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                    <text>111STO'J{1.Jt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - rures, un Yoile blanc tombant de la coiffe et
llollant sur les épaules jusqu'au bas de la robr.
Quelques rares amis, des serviteurs l'entour~nt. Elle embrasseceux-ci, elle consoleccu:xlà. Elle demande que ses femmes l'accompa•
gnent, et elle se porte garante de leur courage. Entre les halleùJrdiers, le funèbre cortège se met en marche et gagne la grande
salle, En face de là cheminée, où brûle un
grand feu, se dresse, entouré d'une balustrade, l'échafaud, drapé de noir. Là se tiennent immobiles deux hommes masqués, ,"ftus
de noir; avec des tabliers blancs. Trois chaises et un billot. La hache rst posée contre la
balustrade. Au fond de la salle se liennrnl
quelques spectateurs, des châtelains du voisi-

nage.
~farie s·a~seoit, écoute la lecture de l'arrêt

et refuse d'abjurer sa foi a\'ec un calme
extraordinaire. Elle prie encore, même pour
ses ennemis, même pour Élisabeth! Ses femmes lui ôtent ses \'êtements de cérémonie et
elle apparait, les épaules découvertes, en habit de velours pourpre. Quand elle avance vers
le billot, ses lemmes se mettent à sangloter.

(&lt; Ne criez pas; j'ai promis pour rnus! )&gt;
leur rappelle la reine. Elle s'agenouille sur le
cous~in de velour~ noir, se laisse bander les
yeux avec son mouchoir et Jit encore à ses
femmes en les saluant de la main : « Adieu
pour la dernière fois et au revoir! l&gt; Elle récite alors un psaume, làle le billot et y pose
la tète en murmurant: « Seigneur, je remets
mon âme entre vos mains! n Ce furent ses
derniers mols. Le billot lui faisant mal, elle
place ses mains sous son cou. Le bourreau
les lui écarte, puis il !ère et abat la hache,
qui glisse sur l'os et blesse la reine. Aucun
cri, aucun tressaillement. Au second coup, lu
tête roule par terre. Au moment où sur les
restes sanglants on jette le manteau royal, le
petit chien favori dè Marie Stuart sort de sous
les plis du manteau, se prend à hurler et refuse de s'écarter du cadavre.
Aucune main amie ne couche la reine dans
son cercueil.
Ainsi Iadv Blenncrbasset nous relate en
détail la captivité et la mort de Marie Stuart.
L'émotion qu'inspire à la femme un si long
martyre n'innue pas sur le jugement de l'his-

torien. L'auteur n'a souci, dans celle intéressante étude, que de nous montrer àlarie
telle qu'elle fut : séJuisanle, généreuse,
passionnée et plus fidèle en amitié qu'en
amour.
La reine d'Écosse et la reine.d'Angleterre,
nous explique encore l'auteur, luttaient avec
une énergie et une ténacité pareil!t s pour
deux conceptions inconciliables. Ce duel fatal
entre les convictions politiques et religieuses
des partis qu'elles représentaient s'envenima
d'une féroce rivalité de femmes. Les moiens
d'allaque &lt;t de défense dont elles usèrent
peu vent répugner à des consciences modernes; mais, au xv1e siècle, la trahison et le
meurtre étaient considérés et acccplés comme
d'indispensables ressorts de gouvrrnement.
Or, quand, dans ce duel aussi long qu'acbarné
des deux reines, on voit de tels moyens assurer sans cesse le succè5, la puissance et la
victoire à l'une des rivales, comment se défendre d'un peu de pitié pour l'autre qui,
toujours malheureuse et vaincue, ne trourn
dans ces mêmes moyens qu 'humiliations, défaites, expiations et douleurs?
C HARLES

FOLEY.

Docteur MAX BILLARD

.,,.

La mort du Duc de Reichstadt
En 1851, Marie-Louise était demeurée à
Plaisaqce el se reposait de ses émotions loin
de la ,ille insurgée. Elle recevait de la capi•
tale les meilleures nouvelles et elle pouvait
enfin écrire à sa clière Victoire : cr A Parme
tout est tranquille; grâce au Giel, l'esprit
commence à devenir meilleur, et l'on m'y
désire beaucoup; on dit que la ville est dans
une tristesse terrible et toute déserte; elle
ne se remettra pas, je suis sûre, de bien des
années 1• l&gt;
~Tarie-Louise, en tout cas, se plaisait
beaucoup à Plaisance : le printemps était
venu, et avec les rayolls de soleil, clair et
chaleureux, les beaux jardins de celte résidence d'Cté étaient panaché5 de belles fleurs
llouvelles . Le mois d'avril rajeullissait la souveraine de ses fraiches harmonies, et la
compagnie de ses enfants et de ses intimes
amis ne gâtait rien à ces impressions balsamiques. Aussi quilte-t-elle, {( les larmes
aux yeux, Plaisance )) oil elle trouvait un
repos à.ont elle avait c&lt; si besoin l&gt; .
La duchesse reçut à Parme un &lt;&lt; accueil
froid , . La ville pourtant fut « illuminée
trois jours n. On chanta le lendemain de son arrivée &lt;c une cantate
au théâtre &gt;J, où la souveraine fut
saluée, dans sa loge, ()ar les applaudissements des spectateurs. Mais,
dans son ensemble, la population
ne manifestait aucune sympathie
réelle à son égard, et Marie-Louise
en faisait part ainsi le 2/~ août à sa
chère Victoire :
« On ne doit pas se faire illusion, le feu couve sous la cendre et
l'esprit est très mauvais; on n'a qu'à
rer1ardcr la manière insolente de
be~ucoup de gens, lorsque la voiture
de cour passe dans les rues, pour
s'en convaincre. )&gt;
Aussi la duchesse quitte-t-elle Parme assez ,,ile pour aller à Sala
&lt;( respirer un bon air et n'entûndre
rien lJ,
)lais à ptine est-elle installée dans
sa résidence d'été, que la nouvelle
arrive que le choléra, parcourant l'Europe
comme un vent mortel, moissonnait du Nord
Eilrait du volume : Les maris de 1\Jarir.-Louise.
,tapl'i.1s cfr,; docu111e11~s nouveaux ou i11édits, oun1we omè de lrènle-crnq gravures, par le docteur

)k-:° Billard. (Librairie acadêmique ~errin et ~ie.)
\. /,elfrc iL Mm e de Cre,rneville, Piaisa11ce,
l'i avril \~jl. - Co1-respo11danre de llariP-1.rmist'
t liOU-1847 /, Gêrolcl. Vienne, 1887.
Vl - ll1sToR1A. - Fasc. 4.~.

au Sud et de l'Orient à l'Occident des milliers
d'individus. C! S'il vient ici - ce n'était pas
très fier - je reste tout l'hiver à Sala, écritelle à sa chère amie; je serai à portée de faire
des dispositions, et cependant un peu isolée. &gt;)
Déjà, elle apprend que le Oéau s'est abattu
sur Vienne, et elle fait de nouveau part de
ses terreurs à Mme de Crenneville : &lt;( Je suis
dans les plus cruelles angoisses pour tous les
miens, et surtout pour mon fils, qui, quoique
près de l'empereur à Schœnbrünn, ne voudra
pas se ménager autant que le reste de la
famille; je crois que j'aurai beaucoup moins
peur lorsqu'il sera ici, qu'à présent, qu'il
est près des miens et que j'en suis éloignée
i1 tant de cent lieues. Je ne sais encore où je
me renfermerai à l'approche du choléra, et
je ne crains pas cette prison comme vous,
si nous venons dans ce cas; ce serait, pour
ce qui regarde la réclusion, comme ,un hiver
passé à la campagne; mais les suites, les
calamités et les dépenses du choléra seront
incalculables. Je suis sùre que le printemps
ne SC passera pas sans que nous l'ayons
en Italie, et toutes les mesures qu'on a à

LE DUC DE REI CHSTADT SUR SON LIT DE )lORT,

D'après la gravure de

SERZ.

prendre me donnent une peine terrible!. &gt;&gt;
Marie-Louise prévoyait donc de sérieuses
2.Lclfrc datb- de Parme. dit 24 septembre 1831.
~- Le 1.terceau du Roi de Home n'était pas à Vienne,
wmrne _l'ont prëtendu certains_ liist.oricns, ~ l'époque
oll )lar1c-Lou1se ordonna la fusion de sa to1lcllc d :irpenl. L'expédition c 1_1 fut faite de Pa1·m_e i1 S~lum~
IJrünn en ·1831. \01r J. Lecomte, lllal'te-Lmuse n
Panne, Somerai11. Paris. 181-5, t. JI. p. 87. - (.:I".
0

difficultés pour faire farc aux dépenses
qu'allait occasionner l'invasion du fléau. Cc
fut au milieu de cette crise, qu'elle pensa,
pour multiplier les ressources, que la toilette en vermeil et lapis qu'elle tenait de la
Ville de Paris, ile pouvait être mieux employée qu'au soulagement de ses sujets menacés d'une contagion générale . Marie-Louise
décréta, sur la proposition de son ministre
des Finances, le comte Bondani, la conversion en espèces de toute la matière fusible
de ce magnifique ouvrage, et en ordonna
immédiatement l'application au soulagement
des victimes et aux besoins des orphelins du
choléra. Cette fonte produisit 125.000 francs.
Marie-Louise avait songé un moment à battre
également monnaie avec le berceau en argent
du Roi de Rome; mais, sur la réclamation
du duc de Reichstadt, le ·somptueux souvenir
fut expédié à \'ienne'. •
Les angoisses de Marie-Louise ne l'empêchaient pas de goûter les douceurs de la vie.
Avec une sorte d'insouciance, elle écrivait de
Parme, le 26 février 1832 : c&lt; Je crains bien
de ne pouvoir venir au bal du 6 : car je
n'arrive que le 5 à Plaisance, el
ils m'ont préparé je ne sais quoi
pour les fêtes du carnaval. Mercredi
a été en scène le nouvel Opéra de
Ricci : 11 nuovo Figaro e !Cl A/odi:sla: quelle charmante musique!»
Au mois de mai -1832, !larieLouise était à Plaisance. Bien qu 'absorbée par des bals, des dlners, de:;:
soirées dansantes, l'al'chiduchei:isc
n'était pas sans songer à la santé du
duc de Reichstadt. Dans une letlre
à sa chère Victoire, elle écrivait :
« Je suis assez sotte, lorsqu'il y a
de mauvais bruits en ville, de m'en
inquiéter outre mesure, car, lorsqu'on est loin, on se fait bien des
monstres, et je ,,ois avec terreur
l'avenir; quoique je serais bien heureuse de revoir mon fils et de pouvoir m'assurer de l'état de sa santé
qui me tourmente bien cruellement
.
.
'
Je cr01s que le climat d'Italie lui
serait bien perniçieux, car sa poitrine, rrrâce
au Ciel, est tout à fait libre et touie la
Jloslein, qui rela_te qu~ le berceau _avait étê apporlé ;i
P~rme_ par ~ar1e-L2u1se et figurait au palais duc:il.
L llabe, Pans, l ~3a, Jl· 99. Ce chef-d'œuvrc ries talents réunis de Prud'hon, Roguct, Odiot et Tho~ire, qui a _figuré it l'Exposi~iou 1;ét~ospccti1·e de Ja
\Jlle de Paris (19001, fait au.1oui-d hm parli,i du tr1L
;;or de la maison impl'r1ale de \ïcnnc.

�!

I'

fflST01{1.JI

----------------------------------------

maladie s'est jetée sur le foie; on sait que
les climats chauds sont nuisibles ; il est
d'une mélancolie terrible, veut toujours
rester seul, et est extrêmement tourmenté

de la bile, qui continue à se dé9ager par
des évacuations; il ne tousse plus du tout,
et sort à pied et en voiture i mais la cure
sera longue; Ferrari me dit que ce qui

, lui fera le plus dè Lien sont les eaux minérale5:, el je crois qu'il en prendra, que cela
ne l'étonnerait pas qu'il prît la jaunisse, mais
que je dois être tranquille. Dieu veuille qu'il
aye raison. Car s'il arrivait que le malheur
voulût qu'il devî11t plus mal, el que le clw-

léra f"ùl ici, je ne pou,-rnis pas aller à
Vienne, ccir je sens que le devoll' de fout
;,01werain est de sacrifie1· ses plus chères
affections pour rester &lt;W milieu du danger
&lt;uec ses sujets . 1) Et Marie-Louis:c ajoutait:
« Uepuis mon bal, mon rhume est de nouveau re,·enu, et la poitrine me faiL mal. Je
suis contente que cette canée soiL p·assée,
mais je dois dire qu'il a vraiment été beau.
Mme Scarampi a donné une soirée dansante
charmante, mais, comme les veilles 1lle sont
défendues, j'ai été obligée de partir à minuit
à mon grand regret. ii
A l'époque où Marie-Louise écrivait cette
leltre à sa chère Victoire, on ne se faisait
plus d'illusions, à Vienne, sur la santé du
duc de Reichstadt. Le jeune prince ne quittait plus le lit el se mourait lentement.
Marie-Louirn arait été instruite du daugn
qui menaçait son fils, mais elle ne pouvait se
décider à quitter ses États 1 • Elle ne consentit
à partir que lorsque les nourelle, furent
alarmantes. Rlle s'arrêta à Trieste pour voir
l'empereur qui s'y trouvait en ce moment;
une indisposition assez grave la força même
d'y rester quelques jours.
Le soir du 24 juin, elle arrivail enfin à
Schœnhrünn.
On assure que son désespoir fut profond,
à la vue des ravages que le mal avait déjà
faits sur ce jeune homme naguère si beau,
1. « Votre .\llessc conçoiL que pour des raiso11s
d'œoonomic (sfr) et d'ordre aussi bien que puur la
tranquillitê du ,Pays 1 je 1w conseille point a Sa Majesté de le quitter el de se rendre a Vienne sans
motîrs, mais elle concevra ~galcmcut mon a11xiété de
ne pas contribuer inrnlontaircmeut ii cc que l'on
puisse un jour blùmcr celle au_gustc princesse d'uuc
iudiffèreuce (qui ne !erait cerla1nemcnl qu'apfarenlr)
pour son fils; j'ose tlonc rnus prier, mon prmce, tic
\·ouluir bien me !'.'.tire connailrn votre opinio11 it ccl
l'gard. » Le/ln~ du b(u·o11 de ,llarshall â Meflemicli,
~ mai ·IR32, citf'c par Eduard Wertheimer, Der ller:::.og vo11 Reiclt,ïludl , Stuttgart cl llerliu 1902, p. 436,
uote 5.
2. fr.li gehe u11lt:.rJ /ch qehe w1ter !
3. 1llei11e Alutler 1·ufènl Meiue ilfolfer 1'11fe11!
lreg mit dem 'fùch.' lch bmuc!te uicltls meltrl Cc
sunl les pt1roles textuelles prononœcs par le duc de
Hcichstacfl. • Eduard \Vcr1hC'imcr, d'aprês une lettre
tic Moll â Oiclrichstein du ü aolll 1832, loc. cil.,
p. 4i2. note 1.
4. Umscltfiigc! J'esil,alor! Ces dcruiers dclails

au front rayonnant d'intelligence, actuellement sans voix, courbé, les joues creuses, les
yeux hâves el enfoncés, se soulevant sur son
lit de mort pour presser de ses bras défaillants sa mère, qui, dans l'oubli de ses plus
saints devoirs, l'avait sevré de l'amour et. de
ses caresses, et venait recevoir son dernier
soupir.
La présence de sa mère parut, pendant
quelques jours, diminuer l'intensité du mal
par la satisfaction qu'éprouva le prince. Mais
ses jours étaient comptés.
Le 21 juillet, une circonstance singulière
signala le premier jour de l'agonie du Hoi de
Rome. La foudre, comme pour proclamer son
arrêt de mort, tomba sur une des aigles impériales qui décorent et dominent le palais de
Schœnbrünn. , Le fils de Napoléon, dil-on à
Vienne, devait Onir par un coup de tonnerre. i&gt;
La nuit se passa dans une alternalirn dd
ralme affaissé cl d'agitation nerveuse. Le ca~
pitaine baron Moll, gouverneur du prince,
11e quittait pas la chambre du malade. Vers
les trois heures et demie llu matin, le duc
ressentit tout à coup une violente douleur; il
Se leva sur rnn s~ant et s'écria en allemand :
« Je me meurs! Je me meurs! t » Moll bondit
au lit du moribond et, al"ec l'aide du D'" Nickert, souleva le duc qui se mit à crier: « Appelez ma mère! retirez la table!. .. je n'ai
plus besoin de rien! 3 » Croyant que la crise
serait vite passée, on ne crut pas devoir
avertir l'archiduchesse. Moll el le o,· Nickert
étaient près du lil el soutenaient. loujours le
malade. Soudain, le baron sentit que le duc
lui saisissait les bras et les pressait com'ulsivement, el le jeune prince se mit à crier avec
de grands elTorls : " Cataplasme! vésicatoire! 4 1} Ce furent ses dernières paroles. Ses
yeux devinrent hagards, vitreux, presque
éteints; il respirail doucement, mais il ne
pouvait plus parler. C'est alors que Moll courut avertir la grande maîtresse de MarieLouise et l'archiduc Fraaçois, &lt;( à qui le
sf)n1 empru11lè~ au rétcnl l'l saranl ounagc Je
~I. Eduard Wertheimer (Der 1/er~og 1•on lleù:hsladl ),
qui, 11ppuye sur des documents inédits, émt111ant des
témoins mèmcs du drame ile ~d1œ11hrünn, donne 1111
t'&lt;'cil de la mort du duc de l\ciclisladt, &lt;1ui dill'l·n·
rnr plus d·un point tle la relation de dr ~lo11tbcl
dont se srml, en gênèral, în~pirés l~s liîsto1·ic11s • .
5. Oc Montbel. Le duc de Jiewltsla il. Le :-i;ol'manl, Paris 1852, p. 33i.
tî. El 11011 le rlianoi11c WagnC'r, ui un prêl~L, comme
le con:li"nent génCralcmcul lrs historie11s. Eduard
Wcrlhei;.cr, lue. l'il. ; 11. H::i.
7. Le même.
S. li l'ut µris 1iar un ~culplr,ur inconnu jusque-lit,
du nom de Klein. F'oresli a Dielrù.:hsteù1. Vie1rne,
8 septembre 183'1. Cilé par Eduard Werlhcimcr , foc.
cil ., p. 4i5.

9. Les rcmmp1oblPs lrarnux, préscurs il Ioules lf'S
m,!moircs, de Ml!. l\lassu11, Webchingcr, Imbert de.
Saint-Amand cl CalianCs, nnus dis11f'nsent d1• tout
il1i\·cloppl.'mcnt sur la maladie , les cérémo11ic~ et les
o!Jst'11ucs ,lu tluc tic J:cichs1~1H.

prince avait demandé de l'assister dans ses
derniers momenls 5 n.
Quand Marie-Louise entra dans la chambre
morluaire, elle trembla de tout son corps,
chancela, et, pour se soutenir, saisit le bras
du baron avec conlraction. Arrivée au pied
du lit, elle fondit en larmes, incapable de
proférer une parole. Le prince la reconnut;
un sourire triste dessina l'arc de s:es lèvres,
et il fit à sa mère par deux fois un signe de
tête, cherchant à exprimer un dernier adieu
que ses lèvres ne pouvaient plus articuler.
A ce moment, outre ~farie-Louise, se tenaient autour du lit du moribond le général
Hartmann, le capitaine Standeisky, le baron
Marshall, le comte Scarampi et le D' Malfaui.
Au milieu du silence de mort qui régnait
dans la chambre, on introduisit alors un
jeune chapelain du chàteau, r1ui assistait
pour 1a première fois un moribond 6, et qui
évita, pendant toutes les prières de l'cxtrêmeonction, tout cérémonial qui pi'll impressionner le jeune prince. La cérémonie eut Jieu
au milieu du triste et profond recueillement
de l'entourage. Tout le monde se mit à genoux, Marie-Louise, appuyé.c conlre un fauteuil, anéan 1ie. &lt;! Les prières finies, le jeune
prêtre demanda au duc s'il devait lui foire
une leclnre ou une prière. A la première
question, il répondit : Non, d'un signe de
tête. A la seconde, .il fit une légère affirmation
de la lèle. Alors le chapelain se mil à prier à
mi-voix 7 • )) Mais, tout à coup, à cinq heures
huit minutes du matin, après avoir jeté la
iète deux lois d'un côlé el de l'autre, le prince
s'éteignit doucement le jour même où il avait
appris à Schœobrünn la mort de Napoléon,
dans la même pièce où le vainqueur de Wagram, surgissant avec ses légions et ses fanfares, avait fait la paix avec l'Autriche domptée
et pantelante, où le même jour encore, déshérité, frappé dans tous ses droits, le Roi de
Home s'était vu frustré de son nom glorieux
pour prendre celui de due de Reichstadt.
Tout était fini. Le Roi de Rome dormait du
dernier sommeil, et l'on emportait MarieLouise évanouie.
Le duc Je BeichstaJt, Loité, éprronni, revêtu d'un pantalon bl1in brodé d'argent cl
d'un habit blanc avec des Mcoralions, resta
exposé à Schœnbrünn sur son lit de mort,
pendant la journée du dimanche.
Le lundi ~5 on procéda à l'aulop:.ie du cadavre el, après l'ouverture du corps, au moulage du masque du jeune princ{l sur sa focc
amaigrie 8. Le 25, à 5 heures du soir, un
char fu11èbre trainé par six chevaux blancs,
richement caparaçonnés, emportait à la crypte
de la petile église des Capucins lti cercueil èlc
celui f}UÎ fut le Roi de Ilomc,.
DOCTEUR ,\L\X

~

BILLARD.

VvE

DE

BORDEAU,'-, A LA

JOSEPH

La
CHAPIT~E Il
Sans prétendre f.tire le relevé des amours
de la belle Mme de Fontenay, encore moins
celui de ses caprices et gaillardises, il est
certains épisodes de sa vie, d'autant plus inlércssants q~'ils sont difficiles à dire, qu'on
ne peut véntaLlement passer sous silence :
l'esquisse de sa physionomie en serait trop
incomplète.
Une fois arri\'ée à llorJcaux, Mme de Foulenay, qu'il ne faut pins appeler que Mme de
Cabarrus maintenant qu'elle est di\'orcée, se
mit à voir fréquemment ses deux frères el
son oncle Galabert qui étaient en cette ville.
Elle avait besoin de distractions; à son àO'e,
après un divorce, c'était bien naturel. Il ;ùt
été plus naturel d_e ne les demander qu'à. son
enfant et aux sorns de son éducation; mais
la corde maternelle n'est pas celle qui vibrait
le plus fort chez celle belle coquette. L'oisiveté, les exigences d'un tempérament ardent
qui n'était point satisfait depuis que le ma-

FIN DU

XVII!•

SIÈCLE,

TURQUAN

cito:yenne Tallien
riage, puis le divorce, avaient mis son cœur pos,tion ll. Il faut le dire pour l'excuse de
en disponibilité, le manque d'éducation mo- Thérésia, ces sortes de goûts n"étaient pas
rale, de sentiment du devoir, et même de rares à la fin du xnue siècle. La liaison de
cette sorte de propreté morale qui les rem- M. le Duc (de Bourbon) avec sa sœur la duplace quelquefois: devaient promptement faire chesse du Maine avait été chose non seulenaitre en elle une inclination quelconque. ment connue, mais admise. Elle avait fait
Cette manifestation du sens d'aimer ~e pro- école et trouvé des imitateurs, comme si l'on
duisit par une aberration. Une espèce de né- eût ,écu dans l'ancienne Grèce ou au temps
vrose du cœur compliquée d'une curiosité des Ptolémées. Personne n'ignorait la liaison
dépravée des sens et d'une fermentation du duc de Choiseul et de sa sœur la duchesse
printanière et de jeunesse', la jela dans une de Grammont; personne non plus ne. son~ingulièrc avenlure. Nous ne toucherons .geait à s'en scandaliser, el si l'on en parlait
que deux mots sur ce sujet délicat, un et de dans les salons, c'était comme de la chose la
ces honteux secrets que Ie cœur humain plus naturelle. Il était donc tout simple que
pour parler comme Cbateaubriand, qui lt"s les indulgences excessives que le m9nde arait
eonnaîssait - cache trop rnuvent dans ses pour ces faiblesses - é,1~:'Ilent parce que
abimes , . Nous n'en aurions pas dit un mot ceux qui se les permettaient occupaient les
si l'indiscrète duchesse d'Abranlès n'en avait pins hauts degrés de l'échelle sociale - Théparlé la première. Thérésia se mil donc à résia les eùt pour ses propres faiblesses êt ne
aimer .. .. Vous avez lu le René de Chateau- t;herchât point à réfréner ses instin~tS. Son
briand? ... Eh bien, c'est la même histoire frère, cependant, ne les partagea point; du
que celle de Rene', mais, comme l'a dit la moins, il ne s'y laissa pas aller, et il espéra
duchesse d'Abrantès, C&lt; arec une entière trans- que les distractions auraient vite raison de

�r--

celle aberration p:1ssagère. Il fit donc en
sorte d'avoir toujours des amis à la maison
quand Thérésia devait y venir.
Parmi ses amis était un jeune homme de
dix-neuf ans, alors adjoint au commissaire
des guerres, M. Édouard de Colbert, qui
avait déjà servi l'année précédente dans la
garde nationale de Bordeaux. Il avait de l'esprit, beaucoup de distincLion naturelle, des
manières cLarmantes et une fougue de tempérament qui semble avoir diminué, en

même temps que le charme des manières,
chez les jeunes gens d'aujourd'hui. Il se proposait de quitter les bureaux et de prendre
du service actif aux frontières, ce qui était

plus dans ses goûts, lorsque l'arrivée de

1'

1

1

LA

1f1ST01{1.Jl

Mme de Cabarrus ajourna ses projets.
Une jeune femme aussi belle que l'était
'fhérésia avait plu tout de suite à li. de Colbert qui en était sur l'heure devenu amoureux, mais amoureux fou, comme on l'est à
son ,lge et comme on l'était quand il s'agissait de Thérésia.
li ne paraissait pas facile de déclarer à la
jeune femme les sentiments qu'elle avait
in.'-pirés. Le véritable amour rend les hommes
timides, surtout quand ils n'ont pas encore
vingt ans et que l'éducation leur a enlevé la
présomptueuse assurance qui est presque
toujours inséparable de la médiocrité ou de
l'exlrême jeunesse. Ne trouvant pas l'occasion de faire part à Thérésia de son amour,
il en fit part à un ami, M. de Lamothe, fils
du médecin ordinaire du feu roi Louis XVI.
Il lui raconta comme quoi il aimait la jeune
femme de toute son âme, que le son de sa
voix l'enivrait, que son regard lui donnait le
vertige, que ses lèvres lui inspiraient l'irrésistible envie de les presser sur les siennes,
qu'il n'en dormait plus, qu'il ne pensait qu'à
elle et l'adorait à en mourir!
Il. de Lamothe ne fut pas longtemps sans
rencontrer Mme de Cabarrus . li vil qu'elle
justifiait de tout point l'amour de son ami.
o: Ma rencontre avec Mme de Fontenay, a-t-il
raconté, avait eu quelque chose d'étrange.
Édouard de Colbert, avec qui j'étais en relations d'amitié, sans pourtant être fort inlime,
m'avait choisi pour son confident et me racontait combien il élait malheureux. Souvent
il voulait s'éloigner, ruais la magicienne resserrait ses liens par un regard et le malheureux jeune homme restaiL plus insensé que
jamais. Je craignais d'èlre présenté à cette
femme qui enfl~mmait ainsi pour ne pas
aimer, et puis un jour, je ne sais par quel
événement sii!1ple cela se fit, je m'y trouvai
présenté par Edouard lui-mème. ))
C'est toujours une grande imprudence à
un amoureux de présenter un homme, jeune
ou vieux, beau ou laid, à celle qu'il aime;
il semble que les femmes apportent jusque
dans leur coquellerie et dans les choses du
cœur leur esprit de contradiction. Ces jeunes
gens sont, en vérité, d'une inexpérience! ...
Mais c'est le défaut des natures lo)ales : elles
sont trop confiantes. M. tdouard de Colbert
pria donc son ami de plaider un peu en sa
faveur auprès de 'fhérésia,

« Puisque maintenant tu es dans la maison, me dit Édouard, je t'en conjure poursuit M. de Lamothe - lais Les efforts
pour découvrir ce qui peut causer sa froi~
deur; car je l'aime, je l'aime comme un
pauvre fou, cette femme, et je vois que non
seulement elle ne m'aime pas, mais qu'el1e
ne m'aimera jamais. n
li n'était pas aisé à M. de Lamothe de
plaider la cause de l'amoureux. L'oncle de
Thérésia, M. Galabert, avait conservé au fond
du cœur quelque levain secret des sentiments
quïl avait eus pour elle huit ans auparavant
à Madrid; et, soit qu'il eût gardé, depuis
qu'elle était divorcée, l'espoir de se voir
agréer par elle, soit pour toute autre cause,
il se montrait aussi jaloux que s'il était déjà
son mari. Il ne laissait jamais sa nièce seule
et M. de Lamothe ne parvenait pas à lui dire
deux mots qui ne fussent entendus de ses
gardiens. Car l'oncle n'était pas seul à garder
la précieuse Thérésia. Son frère aîné, Théodore Cabarrus, c&lt; était un vrai tuteur de comédie. Jaloux comme un Espagnol, grondeur
comme un vieillard de tous les pa}'S, il était
si désagréable qu'il fallait aimer sa sœur
, comme l'aimaient ces deux jeunes gens pour
supporter ce qu'ils supportaient de lui 1 "·
Car, à peine présenté, M. de Lamothe
n'avait pu échapper à ce captivant parfum
d'amour, à ce charme étrange et enivrant
que la jeune femme répandait autour d'elle.
Bien qu'il fùt devenu le confident des sentiments de M. de Colbert, la beauté de Thérésia lui avait fait une plus grande impression qu'il ne le pensait lui-même; et c'est
malgré lui qu'il était de,'enu sou rival. Il
avait beau se promettre de ne plus la revoir,
il se donnait ensuite le prétexte de soigner
les intérêls àe son ami et reYenait auprès
d'elle. Puis, devant la charmeuse, hypnotisé
par ses yeux de velours et la musique de sa
rnix, il oubliait tout et se laissait aller à
aimer pour son propre compte celle dont il
aurait dû aiguiller le cœur vers le cœur de
M. de Colbert.
Mais Thérésia se montrait aussi aimable et
indifférente pour l'un que pour l'autre;
celui auquel el1e pensait restait rarement
dans son cercle, et c'est ce qui explique la
sérénité avec laquelle elle recevait les madrigaux de ses aimables adorateurs.
Et le temps passait ainsi, les jours succédant aux jours., les semaines aux semaines,
sans que les affaires de chacun en fussent
a\•ancées.
L'été, au milieu de cet enchevêtrement de
sentiments si divers, était venu. On sait combien il est enchanteur dans celle ville de
Bordeaux; il l'est encore davantage dans ses
environs. Pour des amoureux, c'est le paradis. Mais, en cette année 1795, l'été fut
extraordinairement cliaud. Aussi allait-on le
soir, aux Allées de TournY, s'asseoir sous les
arbres el causer en pre~ant des glaces. Le
cercle ordinaire se formait et l'on devisait
gaiement en dépit des terribles événements
politiques. Or, un soir, on en vint à parler
1. Duchesse d'AoRANTi'.:s, Sftlo11s de Paris.
,,., JOU w-.

du repos et de la tranquillité que l'on goùte ~
la campagne.
- Pourquoi, dit Édouard de Colbert,
n'irions-nous pas à la campagne?... A Bagnères, par exemple? ... On doit y jouir d'une
fraicheur délicieuse ... .
1'hérésia, qui ne disait non à rien quand
il s'agissait de plaisirs, s'écria : et Allons à
Bagnères ! l)
- Allons à Bagnères! Allons à Bagnères!
s'écria après elle toute la bande, folle de jeunesse, d'amour et de mouvement.
Chacun espérait bien, à la faveur des mille
incidents d'un voyage en voiture et des haltes
aux auberges, avancer ses affaires d'une façon
décisive. Aussi fut-il décidé, séance tenante,
qu'on irait tous ensemble à Bagnères. La
journée du lendemain devait être employée
au~ préparatifg et l'on partirait le surlendemam.
Ainsi fut fait. Les cinq personnages du
petit roman, assez compliqué, qui allait se
dérouler comme un rouleau de ruban de
Bordeaux à Bagnères, montèrent en voiture.
Le jeune Cabarrus avait trouvé un prétexte
pour ne pas venir : Théodore, lui, s'était
constitué le gardien de 1a vertu de sa sœur,
et était de la partie, avec l'oncle Galabert.
C'était une chose-bi:en curieuse que·de voir
ces quatre hommes, tous jaloux les uns des
autres, graviter autour de la belle Thérésia.
Olympienne et sereine, aimable pour chacun,
de,,inant certainement les sentiments si divers
qui l'enlaçaient silencieusement, mais ne
laissant pas de-viner les siens, la jeune femme
se livrait à une gracieuse causerie, cl un bon
ton parfait couvrait, il est inutile de le dire,
l'acuité de la gituation.
Le voyage se faisait d'une façon charmante . On al1ait à petites journées, déjeunant dans une auberge, dinant et couchant
dans une autre .... C'était délicieux. On eût
dit une idylle ambulante, douce comme de
l'eau de guimauve, comme les fadeurs de
Bouilly et de Florian. ll_n'y manquait même
pas la jolie bergère, enrubannée de rose et
de bleu : mais, dans peu de lemps, le roH'
allait se changer en rouge et le drame remplacer l'idylle, c'é1ait plus conforme au règne
de folie et de sang que l'on traversait.
En effet, la paix qui régnait entre les
voyageurs ne pouvait pas se prolonger;
c'était une sorte de paix armée, passablement
hypocrite, comme celle qui règne entre certaines nations, mais la seule qu'il pût y avoir
entre ces gens partis pour Bagnères et dont
quelques-uns comptaient bien débarquer à
Cythère. Cette paix était il la merci du
moindre incident. Il ne larda pas à surgir,.
On était arrivé dans un petit bourg, au
delà de Langon. Chacun mourait de faim el
de fatigue·. On trouva bien de quoi souper :
avec des poulets et des œufs, on peut toujours improviser quelque chose; mais, pour
le coucher, ce fut une autre affaire. 11 n'y
a,•ait en tout que trois chambres. Comment
s'en arranger? ... L'oncle Galabert -et son
neveu Théodore, qui avaient cru s'apercevoir
d'un échange d'œillade,, plus électriques el

plus répétées qu'ils ne l'eussent voulu, entre
la brebis donl ils s'étaient adjugé la garde et
les jeunes loups qui auraient bien voulu se
l'adjuger à eux-mêmes, l'oncle et le neveu,
4ui foisaient même assez piteuse mine dans
&lt;·e feu croisé de regards amoureux auxquels
ils ne participaient en aucune foçon, trouv~renL un arrangement extrêmement ingémcux. &lt;C A la guerre comme !L la guerre, dit
Galabert; ma nièce prendra la chambre du
fond. Quunt fr moi, qui lui srrs de père et
qui ai le devoir de veillcr sur elle, je ne puis
m'en éloigner : j'occuperai donc la seconde
pièce, donnant sur celle du fond. Le troisième chambre, il est naturel que mon neveu
la prenne; la famille ne peut pas se séparer. &gt;)
- Et nous? .. . dirent M. de Colbert et
li. do Lamothe.
L'oncle leur fit entendre qu'ils étaient
jeunes et qu'à leur âge on est bien partout.
Eh! mon Dieu, ils n'auraient qu'à faire
comme le cocbt'r et les domestiques : c'élllit
bien le diable s'ils ne trouveraient pas dans
le village une grange et de la paille fraiche,
et ce serait encore eux les mieux couchés.
Théré.sia se récria aYec indignation. Mettre
ces mes~icurs sur la paille! Oh! non, cela ne
se pouvait pas faire ... Comme les domestiques? En vérité, son oncle n'y songeait pas!
ll n'i, songeait que trop au contraire et
chacun des jeunes gens vit que ses sentiments
avaient élé pénétrés par la jalousie de l'oncle
et la vigilance hostile du frère de celle qui
les avait si bien ensorcelés. Ils se promirent
donc d'ètre sur leurs gardes et lancèrent en
même lemps un regard tendrement reconnaissant sur Thérésia, qui avait la bonté de
prendre leur parti et ne permettait pas
qu'ils couchassent ailleurs que sous son toit.
L'oncle Galabert fut obligé de céder, mais
non sans grogner un peu. On discuta et l'on
finit par s'arrêter à l'arrangement suivant:
Thérésia gardait naturellement la chambre
donnant sur le jardin qui lui avait élé d'abord
assignée; on mettait des ma tel.as par terre
dans la seconde chambre et les quatre
hommes y camperaient de leur mieux. Le
cocher et les domestiques s'entasseraient de
la même façon dans la troisième pièce.
Ainsi fut fait.
Mais il faut ici lais~er la parole au général
de Lamothe, qui a raconté ce voJage à Bagnères.
(( Je remarquai, dit-il, une sorte d'alliance
entre Edouard de Colbert, Cabarrus et Galabert. Ce soir-là on me plaça de manière que
j'étais entouré des trois autres : ceci avait
une raison.
&lt;( Depuis que le voyage était commencé,
nous avions trouvé le moren de nous réunir,
~lme de Fontenay et moi, c'est-à-dire que
j'en avais enfin oLtenu la permission de lui
dire que je l'aimais et elle m'écoutait sans
colère. Ce même soir, nous devions nous entendre mutuellement, car je voyais, je sentais
qu'elle m'aimait, et cepcndant,je me désespérais, car elle ne faisait encore que m'écouter.
Aussi, lorsque je me Yis ainsi entouré, il me
prit un vertige, causé par la colère, qui me fit

perdre toute pensée de retenue, et je résolus
de parler à Thérésia ou de tuer tout ce qui y
mettrait obstacle. J'avais de fort bons pistolets, ils étaient chargés el toujours auprès de
mon lit, maÎ!ï le bruit aurait pu l'effrayer. Je
pris avec moi, dans mon lit, un grand couteau à découper que je tromai sur la table
0\1 nous avions soupé et que j'emportai avec
moi sans que l'on s'en aperçùt. Nous nous
couchàmes. Avant de faire une tentatiYe pour
me lever et passer au milieu de tous ces corps
qui semblaient s'entendre pour me barrer le
passage, je voulus bien m'assurer que tous
étaient endormis.
«La volonté ferme est toujours puissante. Je
ne crois pas qu'il y ait une chose, quelque
forte qu'elle soit, qui résiste b la ,·olonté qui
veut. Au bout d'une heure mes gardiens étaient
endormis. Alors je me levai. Mais lorsque je
voulus me chausser, je ne trouvai ni souliers
ni bottes. Cabarrus avait tout fait emporter
sur le conseil d'Edouard de Colbert.
« Je ressentis une telle colère, que si, dans
ce moment, l'un d'eux s'était éveillé, je lui
aurais donné un coup de couteau ou lui
~urais cassé la tête, mais ils ne bougèrent
pas. Cette mesure m'expliqua leur sécurité et
pourquoi ils s'étaient endormis si paisiblement. Je ne voulus pas leur donner cause
gagnée, et, toujours attendant que leur sommeil l,H plus profond, je ne me levai que
lorsqu'il fut tout à fait certain qu'ils ne
s'éveilleraient pas. Je passai au milieu d'eux
avec des précautions dont le détail vous
amuserait et j'allai trouver celle qui m'attendait. Nous parlâmes de cet esclavage oü elle
était retenue et je lui fis roir que c'était une
souffrance qu'elle s'imposait volontairement.
Elle m'écoutait et m'aurait cru dans les con-

Vm: DU FORT DU lIA, A BORDEAUX. -

seils que je lui donnais, quand même
Edouard de Colbert n'aurait pas agi comme il

CTTOYDNN'E TllLLTEN - - ~

le fit. A mon retour dans notre chambre, il
me parla sur un ton qui me déplut. Nous
nous balllmes à l'heure même et ,i'ens If'
bonheur de recevoir un coup d'épée. n
C'était en effet un bonheur pour cet amoureux, car la conséquence de sa blessure fuL
d'être soigné par la belle Tbérésia. Ce duel
avança donc 1_Jlus que ne l"eussent fait des
semaines de la cour la plus assidue les affaires de M. de Lamothe. En tout cas, il
brusqua la situation, trancha toutes les intrigues qui enserraient 'l'hérésia comme une
mouche dans les fils d'une araignée, et amena
une solution.
Un duel pour elle! quel bonheur pour une
coquette! Il y a bien ordinairement un petit
embarras : lequel faut-il aimer, le blessé ou
le vainqueur1 Le vainqueur est certainement
un homme supérieur au vaincu, et par la
force, et par l'adresse, et par le sang-froid,
et par la fougue, et sans doute aussi par
l'amour qui a décuplé toutes ces qualités au
moment décisif; mais le pauvre blessé ne
méritc-l-il pas aussi un regard'!... regard
moins flatteur assurément, puisqu'il y entre
plus de pitié que d'admiration. Mais comme,
au demeurant, c'est pour elle que son sang a
coulé, qu'il souffre, on aurait mauvaise grflCe
à ne pas lui en témoigner quelque reconnaissance.
El c'est avec ces sentiments passablement
enchevêtrés, et qu'elle ne se mit pas en peine
de débrouiller, que la compatissante Thérésia, guidée a,·ant toul par son bon eœur,
s'installa en infirmière au chevet du blessé,
suivant peut-être par la pensée son adversaire victorieux.
Mais tout cela, comme on le pense bien,
ne s'était point passé sans faire quelque ta-

D'apres la gravu,·e dl C0:-ISTA:-IT BOURGEOIS,

page. Il y eul de vh·cs explications entre
l'oncle et la nièce, le îr(·re et la sœur; mais

�r-1t1ST0R,.1.ll
il n'y eut pas d'autre duel. Thérésia, qui
croyait 1e blessé en plus mauvaise po~ture
qu'il ne l'était réellement, se montrait désespérée et, dans le fond de son cœur, était aux

anges de ce que deux beaux jeunes gens se
fussent coupé la izorge pour elle, aux anges
aussi de. soigner un blessé. Pensez donc, à
vingt ans. romanesque et un peu espagnole
comme elle l'était!. .. Aussi, exaltée par cet
événement, le prit-elle de haut avec son
oncle et son frère qui venaient lui faire des
représentations.

En

quelques mots, elle

sabral'affaire. Elle déclara qu'elle n'avait
que faire de leurs conseils et qu'elle ne voulait pas être gardée; elle ajouta que, à partir
de ce moment. elle prétendait secouer le joug
de leur tutelle, agir à sa /?UÎse et être sa
maîtresse. Que diable! quand elle a cinq ans
de service dans le mariage; que, de plus, elle
est divorcée, une femme sait se conduire, ou
bien elle ne le saura jamais ....
Ainsi congédiés, J'oncle et le frère tinrent
conseil avec Il. de Colbert, pendant qu'on
leur préparait à déjeuner . Le résultat de la
délibération fut que Je VO}age ne pouvait se
continuer, que Il. Galabert, qui avait des affaires à Bayonne, irait à Bayonne; que M. de
Colbert retournerait à Bordeaux et que M. de
Cabarrus l'y accompagnerait. Cette entêtée
de Thérésia demeurerait au village et soignerait M. de Lamothe. Ainsi lut lait. On se sépara aw•c heauroup moins d'entrain qu'on ne
s'était réuni et mis en route; puis, chacun
tira de son côté.
&lt;t Tbrrésia et moi, a raconté le général de
Lamothe, h~ureux comme on l'est quand on
s'aime Pt qu'on Pst libre, nous passâmes le
temps de ma convalei-cenre dans }p plus beau
pays. ressentant au rœur une joie qui n'a
plus de parf-'ille dans Je reste de la Yie. 1&gt;
M. Edouard de Colbert, dépilé de celle
avrnlure, se lassa de la vie de bureau qu'il
menait comme adjoint au commissaire des
guerres. Les frontières étaient menacées; il
alla à Paris, s'en:ra~ea, et partit comme simple so!Jat dans le 8• bataillon des volontaires
de la Seine, dit bataillon de Guillomne Tell,
ft'Cruté dans 1a section de Brutus. Il fit une
brillante et glorieuse carrière. (1 dt&gt;vint général de division et a écrit ses Souvenirs simplement destinés à sa famille. Ces Souvenirs 1
ne mentionnent pas l'épisode du voyage à Bagnères, d'abord parce que le général ne parle
que peu de ce qui n'a pas lrait aux choses de
la guerre, ensui1e parce qu'il ne commence
ses Souvenirs qu'a_u mois d'août i795!, c·està-dire après son départ de Cordeaux.
Il faut donc s'en tenir au récit de M. de
Lamothe qui devint lui aussi général. Il y
faut ajouter cependant que le jeune frère de
Thérésia, qui s'était lié avec M. Edouard de
Colbert, partit avec lui pour l'armée. " Depuis longtemps, il était visible que le malheureux jeune homme voulait se faire tuer. ll Il
1. Nou$. sommes heureux de remercier ici le général marquis de Colbert,petit-lils du général Auguste de
C11Ibcrl, tué à \'ennemi, pelil-nernu du ~énéra l

J::d1.1uard de Colbert, de nous avoi r communiqu é le
pl11,; gra~iCll~emenl du monde lesSowumir,y el papiers
inédits de son s1·a11d-onclc.

Llt

La Convention avait déjà enroi-é dans la
Gironde deux de ses membres, Paganel et
Garrau, pour assurer l'exécution du décret
sur le recrutement de l'armée, et, dans de
telles circonstances, ces représentants avaient

toutes les peines du monde à remplir leur
mission.
Le désarroi n'existait pas que dans l'administration : il exislait aussi dans les esprits.
Il est curieux de remarquer que les femmes
_!:C montrèrent, à Bordeaux, plus déséquilibrées que les hommes. c! Nous devons indiquer comme un signe des temps et de laperturLation morale qui régnait dans les esprits
- a écrit le très distingué auteur de l'llistoù-e de la terreu1· à Bordeaux, M. Aurélien
de Vivie - l'immixtion des femmes dans les
affaires publiques. La manie de la politique
les avait chassées du innécéc et faisait des
ravages surtout dans la classe moyenne. Paris en offrait des exemples, Gordeaux les suivit. On voyait les femmes abandonner leur
ménage, les .soins à donner à leurs enfants
et aux affaires domestiques, pour se réunir
sur les places publiques, où les plus audacieuses haranguaient ]a foule ébahie, et parlaient sur toutes les questions à l'ordre du
jour avec une ,,olubilité qui émerveillait les
auditeurs. C'était un spectacle à la fois risible
et déplorable. Il
On voit que le fé)Ilinisme ne date pas d'aujourd'hui.
Des femmes qui avaient la langue la plus
alerte ne se contenlèrent pas des succès du
Forum : il leur fallut ceux de la tribune.
Mais comment y arrh·er?... Les laisserait-on
parler dans le:; clubs que fréquentaient Jeurs
tyrans de mari5. ?... C'était assez doutl:'ux : on
avait supprimé la tyrannie, mais, en t'ait de
tyrans, on n'avait encore osé supprimer que
celui des Tuileries : quand donc supprimerait•on les Capet de ména~e? ... Pour y arriver, il fallait que les femmes s'en mêlassent,
car, avec ces hommes! . .. Elles demandèrent
donc l'autorisation de fonder un club à elles.
Car, c'est un fait, les Îl·mmes n'étaient pas
libres : il leur fallait, pour chaque chose, demander des permissions, même pour satisfaire le besoin qui leur est le plus naturel,
pour parler!
L'aulorirntion fut accordée et les Amies de
la Con.stitntion, - tel lut le nom qu'elles
prirt"nt - se réuairent dans l'église df's Augustins. Elles nommèrent une présidente,
Mme F. Gentil, des vice-présidentes, une
trésorière, des secrétaires.... En peu dC'
temps, le nombre des Amies de la Constitu~
üon dépassa deux mille. La peur d'être signalées comme mauvaises patriote!-:, plus peutêtre que le besoin de parler et de faire parler
d"elles, poussait les Bordelaises à se faire
inscrire au club.
Le premier soin de ces citoyennes avait été
de \'Oler une adresse-programme à l'évêq1:1e
constitutionnel élu, vénérable octogénaire,
rempli des meilleures intentions, donl l'occupation étaif. de rechercher les moyens d'allier
la discipline ecclésiastique avec les libertés
révolutionnaires et le soin de sa popularité.

2. « Je ne &lt;lirai rien, a-t-il é..:ril, de ce qui a rapport ou à ma vie priréc ou à 1m première Jeunesse :
JCUIIC homllle. j'at beamoup aime lt1 beau sexe, qui
m'a µayé de retour. Je Jois loulcfuis reconnaitre que
la sage éducaliün que j'arn.is reçue et les Oon!ô exemples (rue j'ens de honne heure sous les yeux ont été

toujours pour 1n,ii ct·un grand secours dans lt1 mau1•;iisè forluuc.
rt Cet abrégé de. ma modeste histoire ne rcnJra
donc compte 4ue de ma 1·ie publique, m1lîtafrc et
politique, et ne datera que du iuois d'août 1797'. »
3. Dud1. d'.~llRA,·rt:s ~[tm. t. 11 ,p. 50 (t'.d. Garnier).

fut en effet mortellement blessé dans une
affaire et chargea Il. Edouard de Colbert de
ses dernières volontés pour celle ciu'il était
presque heureux de ne plus revoir~.
Ces différents é\'énements, qui doivent
marquer, ce semble, dans la vie d'une
femme, ne paraissent pas avoir laissé grande
trace dans celle de Thérésia. Il est vrai que
la fié\·olution, en ces temps, faisait l'histoire
au pas de charge: les choses les plus extraorJinaires se succédaientavec une rapidité sans
précédents; chaque jour Yoyait une chose
nom elJe et l'événement de la journée faisait
oublier celui de la veille.
1

Lorsque Il. et Mme de Fontenay étaient arrivés à Bordeaux, au mois de mars 1795, la
ville était loin de jouir du calme et de la
prospérité.
Depuis plus d'un an, les clubs gouvernaienl
tout, c'est dire que l'anarchie y élait complète. Les sociétés populaires, loin d'être une
soupape aux fermentations des esprits, ne
faisaient que les activer. Pour assurer l'ordre en ville, il y avait la garde nationale.
Formée tout d'abord d'excellents éléments,
elle a,·ait vu peu à peu les bons cituyens la
déserter, - cc qui était une faute de leur
part, puisqu'ils laissèrent la place aux hommes
de désordre qui avaient tout à gagner dans
l'anari:hie.
Les affaires é!aienl dans la stagnation la
plus complète, le travail man~uait, la disette
régnait ....

Cliché Giraudon.
TALLIEN,

D'afrës le portrait dessiné el g ra11é par

...,, 102

~

BoNXE\'l LLF..

On avait aussi délégué des citoyennes pour
porter solennellement la même adressr à la
municipalité. Le maire les avait reçues, écoutées, haranguées, félicitées de leur civi_!:me,
cou,,ertes de fleurs et d'une rosée de larmes
altendries.
A partir de ce moment, c'étaient chaque
jour des réunions, des discours, des adresses,
des petites lètes à harangues où les plus emballées se taillaient peu à peu une réputation
d'orateur et une intluence de tribune.
On avait d'abord mêlé l'Èll'e s11p1·ême' et
la religion à ces petites drôleries; on ne tarda
pas à s'apercevoir qu'ils n'avaient, l'un et
l'autre, rien à voir avec les questions de po·
litique et de morale dont on délibérait au
club, et on les rejeta totalement. Aussi bien
y avait-il des intérêts plus importants
qui réclamaient leur temps et leur application.
Le Club national de Bordeaux avait donné
l'idée au citoyen Galard, président du clnb
les Surveillants de fa Constitution, d'organiser militairement, en compagnies et en ùataillons, les Amies de fa Conslitution.
L'idée fut trouvée superbe et adoptée par
acclamation dans le c]ub enjuponné . On ne
sait quel uniforme fut adopté, mais des armes
furent distribuées, et l'on vil, chaque jour,
des femmes, armées de piques, de lances l't
Je fusils, s'exercer sur les places et promenades à l'Acole du soldat, et, ce qui leur convenait à coup sûr davantage, à l"école dupe/01011. Elles s'appliquaient aussi à garder le
silence dans les rangs et à ne jamais répliqner à une observation.
Tout cela était au mieux, et les Archives de
la Gironde possèdent une leure, écrite en
style de corps de garde et dont les termes ne
peuvent être reproduits ici, par laquelle une
citoyenne Lée remercie le cito)'en Galard de
son heureuse et patriotique idée.
D'autres citol'ennes, pour qui les exercices
militaires avaient peu d'attraits, cherchaient
à se faire remarc1uer par d'autres moyens.
Une citoyenne Dorbe cadelle, à la suite d'un
banquet donné chez le restaurateur Battut,
vers les premiers jours de janvier (1795)
chanta des couplets patriotiques de ,!:a composition, sur l'air de l'Hymne des AJarse!llais
- c'était alors le nom de la Afarseillaise et improvisa, dans un accès d'enthousiasme,
un salut en trois points au drapeau tricolore,
ce qui lui valut une popularité immédiate, la
place d'archiviste de la société des Amies de
la République française, el, pour sa sœur
ainée, le fauteuil de présidente de la même
sociélé.
Les femmes qui faisaient l'exercice devinrent jalouses de la popularité de celle qui
faisait des chansons. Aussi bien le public
était-il déj,, blasé sur la nouveauté de ce
spectacle. 11 fallait à tout prix ramener à elles
son attention, Car, à quoi bon aller à l'exercice, faire par le Oanc droit et par le flanc
gauche, si les h~ur:nes ne vous regardent
pas? à quoi bon dVOir des armes entre les

mains, si c'est pour ne pas s'en servir? ...
Autant manier le balai, alors!
L'occasion de s'en servir ne devait pas
tarder à se présenter à des lemmes qui la
cherchaient. Le prix du pain allait, disait-on,
augmenter. Les Amies de la Constitution
d'entrer au5sit0t en campagne. Le 8 mars,
une colonne de deux ou trois cents femmes
armées, précédée d'un tambour, marche sur
la municipalité. Un détachement de grenadiers, envoyé à sa rencontre, ne peut lui
faire rebrousser chemin, et, pour éviter des
malheurs, se replie sur !'Hôtel de Ville. Le
bataillon des femmes poursml les grenadiers
et se grossit en roule de nombreuses recrues.
On arrive devant l'llôtel de Ville. Les grenadiers en défendent les portes. On parlemente,
mais inutilement. Les femmes s'avancent en
dépit des sommations. Les grenadiers font
fou : une femme tombe morte.
Yoilà donc le bataillon des lemmes qui a
reçu le baptème du feu : il en est tombé une,
- cent, deux cents, cinq cents, disait-on, le
soir dans ce bon pays où l'enthousiasme el la
passion aiment assez à grossir la vérité quand
le sang-froid ne s'amuse pas à la travestir,
- et l'on ne parle plus que de l'héroïsme
des Bordelaises et de leur sang qui a coulé à
flots : elles ont sauvé la patrie!
C( Nous sommes, a écrit M. de Vivie, de
ceux qui pensent que la femme est faite pour
le gynécée et pour la vie de famille et non
pour les clameurs de la place publique; nous
ne pouvons aussi que regretter J"immixtion 1
des femmes en 1705 et toujours, dans les
actes de la vie politique d'un peuple . Elles y
perdent le charme délicat qui nous attache à
elles et peu\'ent derenir des mégères, comme
les tricoteuses du tribunal révolutionnaire et
de l'échafaud parisien, ou de monstrueuses
exceptions, comme Charlotte Corday, que
Lamartine, dans son langage poétique r,t
coloré, n'a pas craint d'appeler l'Ange rie
l'assassinat'!. ))
La belle Thérésia, tombée en pleine popularité des femmes à Bordeaux, fraîchement
divorcée par-dessus le marché, était admirablement disposée à applaudir au mouvement
féministe. Après s'être un peu familiarisée
avec la ville et ses habitants, elle jela aux
orties ce qui pouvait lui rester de ses idées
de 1788, alors qu'elle était si heureuse de
son marquisat de contrebande; elle se dépouilla en même temps des idées de 1789 et
de celles de 1791, que ses amis Félix Le Pelletier de Saint-Fargeau et les Lameth l11i
avaient lait partager. Elle deYint absolument
sceptique en matière politique et se borna à
suivre les événements d'un œil distrait, étant
d'ailleurs occupée par certaine passion dont
nous avons dit plus haut quelques mots. Avec
son ambition toujours latente, elle aurait bien
voulu peut-être faire un peu parler d'elle.
Mais le moJen ?... Pouvait-elle aller au club des
Amies de la Constitution et pérorer à la tribuae '? ... La chose ne lui souriait qu'à demi,
ce club, en définitive, étant assez mal corn-

1. Ce sont les femmes de Bordeaux: qui ont trou\'é
cc mul rl'l-~lre sup1·fme. Rohcspicrrc ;oua a son tour

du mol el de la chose, mais cc jeu ne lui réussit pa~.
2. flislmrc de la Tm·eur à Bordeau.r:. 1. 1, Jl. 148.

.... 103 \,\-

C1TOYENNE

TJtLLIEN

---.

posé; on ne s'habitue pas si vite, quand on a
été marquise et fètée dans les salons les plus
rarfinés de Paris, à une réputation secondaire
dans un club de femmes de province plus ou
moins communes et vulgaires. Et puis son
scepticisme en matière politique ne pouvait
plaire dans ce milieu d'énergumènes i sa
beauté lui aurait fail des jalouses, ses instincts
délicats auraient été froissés à chaque instant
par les trivialités et les grossièretés de lani;age des clubistes. Non, décidément, sa place
n'était pas là. Cependant, c'est dans les crises
d'un pays ' que les ambitieux trouvent les
occasions de se mettre en évidence : et, critique, la situation de Bordeaux l'était singulièrement. Les souffrances, la misère étaient
générales; les proclamations, les adresses, les
brochures ne l'étaient pas moins, mais ne
remédiaient à rien.
Non pas qu'on se plaignît: ]es âmes étaient
alors trop à la Plutarque, le souille révolutionnaire et patriotique faisait trop oublier les
souffrances pour qu'on en gémît, et, si l'on
en parlait, c'était moins pour s'en plaindre
que pour chercher le moJen de les guérir .
Chacun avait son remède et le proclamait
bien haut supérieur à celui du voisin. De là,
ces débauches inimaginables de discours, de
paroles et d'adresses pendant la Révolution.
Bordeaux ne resta pas en arrière des autres
,·illes et, après le 21 janvier, les femmes
Amies de la Conslitulion avaient enVO)'é des
félicitations à la Convention .
Les députés girondins avaient vu ces
adresses avec plaisir : elles devaient, dans
leur pe1sée, consolider leur situation auprès
Je ]a Montagne qui commençait à les regarder en suspects. Mais, tout à coup, la Convention supprime une allocation extraordinaire,
qui, depuis deux ans, était accordée à la ville
de Bordeaux pour venir au secours des misères
créées par l'arrêt complet des all'aires.
Or, cette mbvention était employée en bons
de pains. Les boulangers, pressentis par la
municipalité, déclarent qu'ils ne feront pas
de pain si on ne leur donne la juste indemnité
qu'ils tonchent depuis deux ans. Mais la ville
n'a pas d'argent et se voit obligée de la supprimer. Le prix du pain augmente alors
d'une façon énorme, d'autant plus qu'on
apprend que les Anglais viennent de capturer
un convoi de vingt-trois bJtiments chargés de
blé pour le gouvernement français.
On fait alors du pain avec du riz, des fèves,
des haricots et des pois avariés; on y ajoute
du son, les balayures des greniers, et ce
mélange, qu'on ne voit parailre que dans les
années de famine ou dans les villes qui subissent un long siège, se vend un prix exorbitant. Et la vie à Bordeaux était auparavant
si facile I Malgré tout, cette chose sans nom
qu'on vendait sous le nom de pain allait bientôt manquer.
La ville fit un emprunt, se recommanda à
la Convention .. .. Un remède momentané fut
le départ pour l'armée d'une foule de
jeunes hommes : cela rédui~ait le nombre
des bouches à nourrir. Et c'est à ce moment,
oll le patriotisme de la ville se montrait d'une

�. - - 1f1STOR..1.ll

________________________________________.

façon si éclatante, que ses députés Gensonné,
f.uadet, Vergniaud étaient dénoncés à la barre
de la Convention. Ils se justifièrent victorieusement. mais la Convention cnvoia à Bordeaux
deux commissaires chargés d'y remo11te1· l'esJil'il 7111/JI i,·. Ce furent le~ représentants Paganel
el Garrau. lis firent tout d'abord une proclamation dont le résultat fut la surexcitation
des passions ré\'olutionnaires et des persécutions contre· une foule de citoyens. Pendant
qu'il exerçait ses persécutions, le peuple
oubliait ses souffrances ....
Mais ce triste remède ne pouvait durer.
Les représentants ne virent d'autre solution
que dans un secours pécuniaire de la Convention. L'Assemblée accorda deux millions, mais
décréla que les habitants seraient tenus
d'afficher Jt la porte de leurs maisons les
noms, prénoms, âge, profession et lieu de
naissance de ceux qu'elles abritaient. Les
,,isites domiciliaires furent la conséquence
immédiate de ce décret, des arrestations sans
nolllhre la consé'fuence de ces visites .
Tout cela n'était pas fait pour rétablir le
calme dans les esprits. On crût à des complots
contre la Convention, il y eut des rna.nifestaiions .... Bref, l'anxiété fut générale, comme
la disette.
Cependant, les commissaires de la Convention, après avoir pourvu aux besoins les plus
immédiats, et organisé la défense des côtes,
quittèrent Bordeaux.
Le Ji mai, l{ls Girondins avaient été, à
Paris, décrétés d'accusation. Cette nouvetle
avait plongé Bordeaux dans la stupeur et l'indignation. Le mois de juin se passa dans la
fièvre. On. avait reçu une lettre de Gensonné
"qui avait excité les esprits en faveur de la
liberté de la représentation nationale, violée
dans la personne des députés de la Gironde.
Le conseil général du département ouvrit des
négocia.lions avec différentes villes pour pro\"Oquer une entente contre la toute-puissance
de la Commune de Paris : on songea à envoyer des bataillons à Paris pour souslraire
la Convention à la pression et aux menaces
des anarchistes; enfin, l'on arrêta, mais pour
les remettre presque aussitôt en liberté, les
représentants Dartigoeyte et Ichon, alors en
mission à Bordeaux.
Le conseil général du département se réunit.
•llans le désir de sauver la République de
l'anarchie,. qui avait envoyé en prison vingtdeux député,s girondins, il se constitua en
Commission pop11latn, cfr .-;af11t-p11b/ir rlu
,r/épartemenf de la Gironde, et se déclara en
permanence.
C'était marcher à la guerre civile. La Con.,,ention, aucun gouvern.ement, ne pouvait tolérer une p1reille atteinte à l'unité nationale.
La &lt;:m11mi.~.-;i011. populoli'èenvoya des délé.gués dans toute la France, et près de soixante
départements adhérèrent à ce mouvement
insurrectionnel. Un de ses premiers actes,
cependant, fut l'envoi d'une adresse à la ConYeution; le même jour elle rendait compte
au ministre de l'Intérieur de ce qui venait de
~e passer à Bordeaux.
La Uontagne répondit à ce défi par le trans-

fert des députés arrêtés dans une maison
nationale.
A Bordeaux, la Commission populaire s'efforçait de réunir une force armée et se heurtait à une grande tiédeur; tout cc qui avait
vigueur, énergie et patriotisme était parti
.pour les armées.
C'est alors que la Convention, par un décret
du 17 juin 1793. envoya Treilhard et Mathieu
en mission dans la Gironde et les départements voisins.
Ces représentants arrivèrent à Bordeaux le
2,i juin . Ils se rendirent à la Commission
populaire et firent tous leurs efforts pour
l'amener à une conciliation. Ils échouèrent.
La Commission les engagea même à quiller
Ilordeaux, où ils n'avaient pu circuler qu'entre
des gardes; ce r1u'ils firent le soir mème du
27 _juin .
Mis à la porte de la ville, les représenlants
mandèrent t1 la Convention le mauvais résultat
de leur mission; ils durent déclarer qu'ils
avaient été chassés de Bordeaux par les /ëdéralisles, et que cette ville était en étal de
rébellion.
C'est à la suite de cette lettre que la Convention nomma, le 10 juillet ·1795, quatre
commissaires munis de tous pouvoirs pour
rétablir son autorité à JJordeaux. Ces commissaires étaient Chaudron-Rousseau, Tallien,
Ysabeau et Garrau .
Mais à peine avait-elle congédié Treilhard
et Mathieu, que l'insurrection bordelaise
réfléchit sur les conséquences de ses actes :
la lassitude, la crainlc, des ambitions qui
n'eurent pas la force d'affronter la lutte, des
rancunes aussi, jetèrent le découragement
dans la Comm:'ssion populaire. On pensa à
recruter d~s forces pour marcher sur Paris et
entraîner les autres départements; on n'arriva pas à réunir plus de quatre cents hommes .
La Commissio11 était vaincue; comme on la
vit la plus faible, on l'abandonna, et le 2 août,
elle prononçait elle-même sa dissolution.
La Convention avait fulminé une sorte
d'excommunication contre Bordeaux. Les commi~saires Ysabeau et Baudot, arrivés le
19 août, lurent mal accueillis d'une population qui avait souffert des mesures vexatoires,
visites domiciliaires, etc., édictées par l'Assemblée : injuriés, bousculés par les « habits
quarrés » (c'est ainsi qu'on appelait l~s jeunes
élégants), ils en imposèrent par leur fermeté
et leur couràge. liais, gardés à vue par une
foule hurlante durant toute la nuit, ils déclarèrent qu'ils allaient quiller Bordeaux puisqu'ils n'y étaient pas libres.
Quelques citoyens qui avaient consen·é leur
sang-frojd et qui jugeaient sainement les conséquences de l'accueil fait aux représentants
et celles de leur départ; les supplièrent de
revenir sur leur décision. Ils furent inflexibles
et partirent, non sans être l'objet de nouvelles
et regrettables violences.
A peine furent-ils partis que les têtes se
calmèrent. On leur envoya des adresses. li
faut citer, entre autres, ceile des cito)·e1rnes
Amies de la l~iberlé et de cf';galité, remar- quable en ce qu'elle invoque les sentiments

de conciliation et de-·générosité des représen
tants. On ne sait si la citoyenne Thérésia
Cabarrus faisait partie de cc cluL féminin,
mais cette adresse semble inspirée par un
rœur })On comme le sien.
C'est à La Réole que s'étaient retirés Isabeau et Jlaudot. C'est là que Tallien, arrivant
de Tours, les rejoignit. Recevant les adresses
et les vœux des Bordelais, instruits des inquiétudes qui les envahissaient, wnnaissant
fa disette qui les accablait, les représentants
se sentirent forts. et parlèrent haut. lis demandèrent la dissolulion de la Société de la jeunesse bonlela.ùe : la société fut dissoute. Ils
demandèrent la dissolution de la municipalité : elle fut prononcée et des commissaires
choisis dans chacune des sections, au nombre
de deux par section, formèrent une nouvelle
municipaliié. Celte révolution, faite le 18 septembre par l'influence de la Saciet é Pran!.·li11,
le club jacobin de Bordeaux, assura le succès
des Monlagnards en cette ville.
Ysabeau et Tallien créèrent un Comité rét•o/utionnaire de surveillance chargé de diriger la noll\·elle municipalité. Ce Comité manifesta aussitôt son existence par les mesures
les plus arbitraires; avec lui les dénonciations,
les visites domiciliaires, les arrestations se
multiplièrent. Puis les représentants, trouvant que le moment était venu de pénétrer
dans Bordeaux, s'y firent précéder par des
subsistances qu'ils arni~nt fait athcter dans
les Charentes; et le 16 octobre ils entrèrent
à Bordeaux par une brèche pratiquée au mur
de la ville près la porte Sainte-Eulalie ou de
Berry ....
c&lt; Précédés et suivis d'une armée révolutionnaire· de 5,000 hommes, sous le commandement des généraux Brune el Janet, le premier ami et le deuxième neveu de Danton,
les conventionnels, impassibles et calmes en
apparence, s'avançaient au milieu de la foule
et du peuple dans des calèches découvertes.
lis avaient revêtu pour la circonstance leur
costume traditionnel 1 • &gt;&gt;
Il n'est pas probable que la vue des
conventionnels et l'appareil militaire qui
les entourait ait impressionné Mme Théresia
Cabarrus. Il n'est pas probable non plus
qu ïls l'aient conquise sur l'heure à la R.évolution. Ses lendances politiques étaient libérales, tant par ses amis de Paris que par ses
parents de Bordeaux; Je haut commerce auquel appartenaient les Cabarrus, ruiné par
la Révolution, ne pouvait guère êire attaché
à un état de choses qui avait lué les affaires
en attendant qu'il en fi't autant de ceux qui
les faisaient. Les mesures ré\•olutiounaires
prises par les commissaires de la Convention
ne durent pas non plus êire bien sympathiques à la jeune femme. La ,·ille, tout d'abord,
fut placée hors du droit commun et l'arbitraire des représerltants fut la seule loi. Cet
arbitraire était cependant masqué par une
apparence de légalité: une Commù;sion m,ilitain, exclusivement composée de civils à qui
l'un donna pour la circonstance des grades de
1..\. m: Yirn:. lli.~·loii·e d&lt;· la
{leau.-r, l. 11 p. 400-410.

1'en'l'lli' 1/ /Jor-

"------------------------------- LJi
généraux, de colonels, de capitaines, 'etc.,
remplissait auprès des proconsuls de Bordeaux lPs fonctions remplies à Paris par le
tribunal révolutionnaire auprès des comités
de salut public et de sll reté générale. ljacombe
en fui le président.
Les comtnissaires de la Convention prirent
des mesures pour que l'influence, parfois
douce et clémente des femmes, ne s'exerç:ît
point sur ce tribunal, et Tallien, qui ne prévoyait pas qu'il cèderait bientôt plus qu'un
autre à cette innuence, signa un arrèté où se
lisent ces phrases peu galantes :
&lt;( Considérant que les actes de ]a justice
« la plus sévère doivent caractériser toutes
&lt;! les démarches des représentan1s d'un grand
(l peuple, et qu'ils doivent fermer l'oreille;,
&lt;( toutes espèces de sollicitations, surtout à
&lt;&lt; celles présentées par une portion de ce
« sexe (autrefois appelé ,lames) dont la sé&lt;( duction est le premier apanage et souvent
&lt;I le seul mérite;
« Considérant que si le pauvre et l'ope&lt; primé doivent avoir un accès facile auprès
c1 dt:s hommes chargés des affaires du peuple,
&lt;( les importuns, les oisifs, les muscadins et
&lt;( les dames doivent être soigneusement
&lt;( éloignés' .... )l
,\lais il est temps de faire le portrait de
T,1llien, de cet homme qui fit une révolution
dans la Révolution, de cet homme qui semhlait appelJ aux plus hautes destinées après
le 9 thermidor, et qui, une fois cet effort
fait, retomba llasque et vide dans l'obscurité
&lt;lo11t il n'aurait jamais dù sortir.
Tallien (Jean-Lambert) , né il Paris le
2;; janvier 1767, était le fils d'un doméstique,
portier, valet de chambre ou mai'tre d'hôtel,
peu importe, du marquis de Bercy. On a dit
que le marquis élait peut-être pour quelque
chose dans la naissance de cet enfant, parce
qu'il le fit élever comme ses propres enfants
et lui témoigna une bien\'eillance que sa
paresse et sa mauvaise conduite ne méritaient
guère. C'est possible, mais c'est là une de
ces choses qu'il est aussi difficile de prouver
que de réfuter, et il faut se garder d'accueillir
témérairement les interprétations méchantes
que certaines gens aiment à donner aux choses
les plus honnêtes et le3 plus désintéressées.
En lait d'études, le jeune Tallien n'apprit
guère dans ses classes que ce qu'il lui en
fallait pour fronder la socié!é. jalouser eeux
qui étaient au-dessus de lui par les talents ou
la fortune, et pérorer contre tout ce qui était
éle\•é. Il fut, dans toute la force du terme,
ce qu'on appelle un fruit sec.
Un jeune homme qui, comme lui, allendait, comme on dit vulgairement, que les
alouettes lui tombassent du ciel toutes rllties,
ne devait pas demeurer longtemps dans les
emplois qu'on lui procura. li fut d'abord
homme d'affaires du marquis de Bercy, puis
clerc de procureur. Mais, se sentant peu de
goùt pour la basoche, ce dont on ne saurait
le hlàmer, il entra commis chez un négociant, puis dans une banque.
l. Ard1i\'llS d è la Gironde. - ,\, n~:
1·e111• à /lonlea11.1-, t. Il , p. '.W,

·v1vn:.

f.a 1'Pr-

Le dépuié Brostaret, de l'Assemblée constituante, le prit comme copiste. li fut ensuite
nccepté par M. Pankoucke pour un emploi
subalterne au Afonifrm·.

ClTOYENNE Tlll.I.ŒN

Dans le renouvellement complet qui semblait
se préparer, il voyait un moyen de satisfaire
ses appétits plutôt qu'un avenir à ses ambitions . Avec les quelques lueurs de lillératurc

'fHÉRÉSIA CARARHUS COMPARAiT DEVANT LE CON\"E;\TIOXNEI. TALLIE~.
!)ANS LE GREFFE DE LA PRISON ()E BolrnEAC-.: (1;93) . ~

Tat/eau ,te J.-F.-&lt;.: .

('ù:RE,

Il avait beau tàter un peu de tout, il ne et de philosophie qu'il avait, prenant pour
trouvait pas sa voie; pour faire sa place au de la science et du talent ce qui n'était qu'une
soleil, il fallait travailler, et Tallien aimait exaltation révolutionnaire et juYérlile, il était
mieux ne rien faire. Aussi ne pouvait-il tenir prèt ;l devenir agitateur, pamphlétaire, jourdans aucun emploi. li était, de plus, d'une naliste comme Camille Desmoulins. Mais il
~rande ignorance . C'est parce qu'il le trouva ne pouvait ètre qu'un sous-Camille. Il fonda
incapable de rédiger une lettre que M. Alexan- un journal qu'il nomma l' cc Ami tle.~ Cidre de Lameth, qui l'avait pris comme secré- loyem ». Cette feuille tomba bien vile sans
taire, dut le congédier. C'était un amateur, attendre l'automne. li devait la faire renai'tre
happant au passage toutes les idées fausses après le 9 thermidor an li. Fruit see du
qu'il trouvait dans les livres ou entendait journalisme, il rn crut alors, comtne tant
émettre devant lui, et se formant ainsi à la d'autres, les capacités de l'homme public.
diable un semblant d'instruction. li se cropit Sa haine contre l'ancien régime lui fit croire
fort éclairé, parce qu'il ne croyait pas à de qu'il était capable de travailler à la constitucertaines choses, et se regardait comme un tion d'un grand Êtat où les abus, qu'il reprophilosophe parce qu'il avait lu Voltaire et chait avec raison à la monarchie de Louis X\' l,
Rousseau. Il s'était pénétré de tout ce qui, n'existeraient pas. Il se jeta donc entièrement
chez ces gén}es si diilërents, llattait ses pas- dans la politique. Une crrlaine facili!é de
sions ou ses faiblesses, - ce qui est souvent parole, une facilité de conscience non moins
la mê~e chose; - il citait leurs tirades avec certaine, beaucoup d'emphase, des grands
emphase, déblatérant contre ceux qui étaient mots, des grands gestes, un grand aplomb,
~icbes , parce qu'il ne l'était pas, ou qui en Yoilà plus qu'il n'en faut pour •expliquer
avaient des talents, parce qu'il n'avait que la la réputation qu'il se fit d'homme capable.
prétention d'en avoir. Bref, comme tous les li sut jouer de cette notoriété de carrefour et
fruits secs et les ignorants, il se croyait apte se fit donner l'emploi de secrélaire-greffier
à gouverner un pays et ne savait pas se gou- de laCommunede Paris avant le 10 août 1792.
verner lui-même.
n Je l'ai connu, a écrit Mallet du Pan, et
La Révolution commençant, un jeune je n'ai point rencontré de révolutionnaire
homme comme lui, qui prenait ses rancunes subalterne plus faux, plus dépourvu de
sociales pour des principes, était on ne peut toutes ~onnaissances et de tous principes,
mieux disposé à s'y jeter à corps perdu. plus fait pour ramper dans les derniers
...., IOS ""'

�111STONJJf
rangs. » Cela ne l'empêcha pas, avant l'âge
de vingt-cinq ans, de jouer les premiers
rôles. Son emploi de greffier, c'était pour lui
le pied à l'étrier. fülgré cela, Tallien n'était
pas encore parvenu à un poste assez élevé
pour qu'on lui découvrît du talent, mais
patience! cela allait venir. Il commençait à
,e trouver mêlé· aux membres de la Commune, il causait avec eux, il prenait goût aux
intrigues de couloirs, il devenait politicien,
vilain mot inventé pour désigner un plus
vilain métier encore, refuge des incapables,
des intrigants, des déclassés des hautes et
des basses classes de la société, véritables
parasites sociaux . Les politiciens sont les
poux du corps politique.
En sa qualité de secrétaire-greffier de
la Commune de P]lris, il fut chargé de l'orf!;anisation administmtivet des massacres de.,
2, 5, 1- et 5 septembre 1792 à Paris. Ses
bons services le firent distinguer et on lui
flt l'honneur de pemer à lui pour organiser
mème besogne à Yersailles, quand il s'agit
de se débarrasser des prisonniers d'État ramenés d'Orléans. Il s'en acquitta le H septembre à la satisfaction de ceux qui l'employaient.

Après avoir bénéficié administrativement
d'une part des dépouilles des victimes de
Paris2, le secrétaire-greffier de la Commune
recueillit semblables bénéfices de son expédition de Versailles. C'est ce qui lui permit
sans doute de faire les frais de son élection à
la Convention. Il fut en effet élu représentant
du peuple par le département de Seinc-etOise. Doué d'une certaine audace de tribune,
d'une grande faconde dans le style révolutionnaire, il cherche à se faire prendre pour un
orateur. Il parle souvent et ses discours
égalent en déclamations extravagantes tout
ce qu'on pouYait souhaiter de mieux en ce
temps-là. Devinant d'instinct qu13 l'avenir,
en politique, est aux exaltés et aux violents,
il provoque les journées des 31 mai et 2 juin
et leur doit d'ètre désigné comme commissaire de la Convention à Tours. Là, il donne
carrière à tous ses mauvais penthants, trafique des passeports, entre en relations coupables, mais fructueuse~, avec des chefs ro-yalisles, cl scandalise la ville par ses débauches".
C'est de là, on l'a vu, qu'il fut envoyé à Bordeaux.
Sur ce plus grand théâtre, il put donner
plus d'extension à ses op.lrations de flibustier.

1. « Il est certain. a diL li. Tlncrs, qu'il y ova1t
des comma11demc11Ls inconnus CL ,·onlradictoires, el
que tous les signes d'une autorité ~ccrête cl opposée
à l'aulorilé publi&lt;j,ue s'étaient manifestés. » \ Hév.
(ranç. t. Ill , p. 13.) Tallien étail l'un des agents
qui, au nom de la Commune, exerçaient un de ,·c~
• commandements inconnus. » \'oir, a .:c sujet et
au su1ct du massacre de \'ersaille&gt;: 1/éoélation, pui.,ée., da11., le, l'llr/011s d11 Comité tif sofut 7nd1lic el du
/:omilf de ·,url'lé (/éllél'llle, ou Mémoires de ~éuart,
rlrnp. Il. Cc s;.11a1·, cl non Sénart, n'est pas, de •'.•n
c,îté, un homme ùes plus retommandoblcs; ma,s,
rspion tics ùcu, comités, il s'érnit trouvé rn~lé i, bien
des all'airts, arait vu de près hien des choses cl bien
des gc_ns. c: c~ ·c1uïl a dit de Talli_en olf!'e un tel caractère d aulhcnt1c1té el de lranch1sc qu un ne prul en
soup~onncr la véracité. Du reste, les arrux de Siltrnr
concol'dcnt al'~C plus d'un passage des lettres de )lallcl du Pan, al'eC les l'élicenccs et les demi-aveux d'une
foule de mémorialistes.
2. « Tous les effets des malheureux massacrés dans
l?s prisons_ d~. Paris el sur la route de Yersaill_es,
/ flners fa1l 1c1 une erreur : le massacre, a \ ersailles, avait eu lieu dans !'Orangerie oit l'on a1·ail
l'ait enlrer les prisonniers) avaient élé séquestrés et
déposés dans les vastes salle~ du Comité de suneillaucc. Jamais la Commune ne ,·oulul représenter ni
les objets, ni leur valeur, èl refusa même toute
réponse à cet rgard. soit au minist ~rc rle l'intérieur,

soit au directoire du rlépartemenl , qui, comme on
sait, arait ètè co11rerti en simple commission de contrilmtions. glle lil plus I ncore. et elle se mit à l'Cndrc
uc sa propre autorité le mohilicr des ~rands hôtels
HU' lesquels 1 , sl'Cllés riaient !'estés apposés depuis
le départ d,•s propriétaires. l'ainement l'admini,tration ,upêrieorc lui faisait-clic des défenses; Ioule
la classe de• s1,/Jord111wt!,, chargi•e de l'cxél'lltion des
ordres, ou ap11arlenail ti t,, 11111nicipalité, ou était
Lrop faible pour agir. » .\. T111Ens. Rü. fra11c., 1 Ill,
p. t:;i. \'oir aussi .llém11i1·es de Sénar.
:;, Voir pour plus amples détails le; .ltémofre,Y de
S{,nar. Yoiô quelqu,•s lignes de )lallet du Pan, qui les
conlirmcnl : u Ce petit misirabl,•, cnl'oyé en mission
à Tours, y commiL les cxaclions les plus révoltantes,
emprisonna el pcrsén1ta de tout son pouvoir les
noLIC's. lcs prêtres, les négociants, les pr, ,priétaircs.... "
(rrançois IJ&gt;:scosTF.s, la /1éi•o/11lif111 1·uc di: /'étra11r1er,
p. :iO!l.)
4. « Tallien, plus a,·ide encore que sanguinaire.
calcula cc qui rendrait le plus du sang ou de l'arge11l
el commença aussitôt ses assassinais en contributions.
Il établit un commerce de la 1•ic et de la mo1·l, qu'il
avait déjà essayé al'eC succès tians le Comité de sùrcté
générale. » Lettre de )lallet du Pan. - Fr;inçois DE~cosrEs, la lléMl11lio11 vue de l'étra11ger , p 310. \'oir
aussi les ,llémoii·es ,le Sénar.
:,. ,11,morial de lfos.1e/111, 1. Ill, p. 129.
li. A. oE \'mE, fa 'l'erreur ri florrleau.r, t.11, p. lM.

li lrafiqua des subsistances, il trafiqua des
armes de luxe qu'il fit saisir chPz les particuliers, il trafiqua du change des assignats
et du numéraire; il trafiqua enfin de la liberté
des prisonniers, de leur vie'. On sait qu'il
s'était logé sur la place où se faisaient les
exécu lions et que l'échafaud était dressé
devant ses fenêtres. &lt;&lt; Ob! ces Jupiters de
bas étage, a dit Shakespeare, laissez-leur un
moment la foudre et vous verrez comme ils
en useront sans pitié! l&gt;
La terreur, cependant, régnait dans flordeaux. L'échafaud était en permanence, et de
soi-disant patriotes se permettaient toutes les
licences. Les visites domiciliaires allaient leur
train, et bien des vols s'y faisaient sous le
couvert d'une apparence de légalité. C'est à
un de ces vols que Tallien dut, selon toute
probabilité, de faire la connaissance de la
citoyenne Cabarrus. li paraîtrait, du reste,
qu'il l'avait déjà vue lrois ans auparavant
quand elle allait faire visite à Mme Charles
rle Lameth, pendant le peu de temps qu'il
fut secrétaire de son beau-frère, Alexandre"'.
\'oici comment la chose se serait passée.
&lt;( Le ~5 noYembre 1795, dit M. de Yivie,
des agents du Comité de surveillance volaient
chez le citoyen Cabarrus, frère de Thérésia,
trois écus de six livres dans une armoire,
cinq autres dans la malle de son domestique,
enlevaient toute son argenterie sous prétexte
qu'elle était armoriée, et ne lais~aienl qu'une
petite cuiller à l'usage de l'enfant du citoyen
Cabarrus.
«C'est sans doute à la suite de ces enlèvements, pour~uit )I. de Yivie, que Tallien vit
Thérésia Cabarrus, qui devint plus tard la
belle madame Tallien, et noua avec elle des
rt'lations que la morale condamne l't dont
l' iutimité ne fut bientôt plus un secret pour
personne r, .... l&gt;
Il est très probable que les choses se sont
passées de la sorte et non comme le dit la
légende, si galamment ornée de fioritures par
Mme Tallien elle-mème et, à sa suite, par
des écrivains qui aimaient mieux Mme Tallien
que la vérité.

( A suivr·e. )

JOSEPH

\-UE DE LA PLACE ROYALE, A L'E;o(TRÈE DE L'Al!B.\SS.\OEUR DE PERSE A PARIS, LE~ Ft[ VRIER

Son Excellence Méhémel Riza Beg

TURQUAN.

L'audiencesolennelleaccordéepar Louis XI\' , pieds à la tète, s'était couvert de diamants
le 19 février 1 7l 5 , à Son Excellence de Perse, et de perles ; il en avait sur lui pour
est restée le type parfait de ces fètes théâ- 12.500.000 livres et fléchissait sous le poids.
trales dont la galerie des Glaces fut la scène D'après M. de Breteuil, introducteur des amau temps du grand roi. Comme Louis XIV se bassadeurs, sa mine était pourtant, sous ces
sentait vieux et fatigué, - il avait soixante- falbalas, haute et majestueuse; à en croire
dix-sept ans et était usé par les médecines et Saint-Simon, au contraire, il paraissait cassé,
les médecins, - il sentait bien que celle maigri et pouvait à peine se traîner.
cérémonie serait la dernière de ses splenL'audience se passa sans incident notable;
deurs, le « bouquet; l&gt; et pour revoir encore le Persan se tira gauchement des saluts
une fois sa cour dans son éclat, il avait dé- d'usage, il ne prononça point de discours,
cidé que les assistants, hommes et femmes, mais seulement « quelques phrases hachées l&gt;
porteraient toutes leurs pierreries sur leurs que traduisit un interprète - il fallut improhabits ou dans les chel'eux; lui-même, des viser, pour les gazettes, une belle harangue
... lOb ...

lït5.

qu'on lui attribua et dont il était parfaitement innocent - et après une courte collation de fruits, Son Excellence persane fut
reconduite jusqu'aux grilles du château avec
tout le cérémonial usité.
Quelqu'un qui poussa un soupir de soulagement en le voyant partir, sa visite faite,
fut M. François Pidou de ~aint-Olon, gentilhomme ordinaire de la chambre, que Je roi
avait dépèché à la rencontre de l'ambassadeur et qui, depuis MarseilJe, était son cornac
et son chambellan. Tout n'avait pas été rose
dans la mission de Saint-Olon .... Il s'était
figuré en l'acceptant - le pauvre homme! _

�r--

H1STORJJI

SoN Exc"En"ENC"E Mt1fÉJK"ET 1{1ZJ1 BEG - - - .

avoir alfaire à un ambassadeur semblable il
tant d'autres; il s'attendait bien à quelques

il répliqua qu'il était son maître el qu'il partirait quand il le jugerait bon. Puis il exécuta

DO:'\:&gt;.É:E P.\R Lf. ROI

Loms XIV

A L'A~ilASS.\DEUR DE PERSE,
A VERSAILLES 1 LF. 19 Fl::vRIER 1715

excentricités de la part de cet exotique, mais
nP s'en inquiétait guère, ayant vécu an
Maro&lt;' et se fiant à son habileté diplomatique.
Aussi ne s'étonna-1-il que très peu lorsque,
arrivé à Marseille, le G décembre 1714, il

de grands moulinets de sabre-, pJrla de crrver des yeux et de fair~ rouler des têtes ....
Saint-Olan se retira très préoccupe. « Ce sC'ra
un grand coup, écrivait-il piteusement à rnn
ministre, si nous parv,•nons
reçut les doh•anres de l'intendant, des inter- à ébranler celte machine-lit et
prètes et de tous ceux qui avaient eu jus- à la mener à Lyon en &lt;1uinze
qu'alors des rapports avec le Persan. A les jours. J&gt;
entendre, celui-ci étai! un grand enfant irasPourtant, après trois secible et fantasque, cruel, méfiant, sournois, maines de flagorneries et de
· égoïste et besogneux; Son Excellence avait complaisances, on réussit à le
débarqué à !lar~eille sans un sou, après décider; il consentit à se metsept mois de voyage et d'innombrables péri- tre en chemin à la condition
péties, n'ayant sauvé de ses aventures que la qu'on lui fournirait « six escassette précieuse, estimée - d'après lui claves turcs JJ et qu'il ferait,
un million de livres, qui contenait les pré- dans le moindre bourg de la
sents envoyés par l'empereur son maître au route, une entrée solennelle.
roi de France.
« Pour avoir la paix )) , on lui
M. de Saint-Olon sourit à ce tableau peu acheta cinq chevaux; Son Exflalteur; il était persuadé que son ~ang-froid cellence quitta Marseille où
et son habitude des cours auraient vite ama- elle laissait 24.000 francs de
doué le personnage. Il se fit annoncer au dettes et le souvenir d'un hôte
Persan et le lrouva, fumant sa pipe, d'une honorable certes, mais coûhumeur de dogue. Méhémet Riza Ileg exposa teux.
immédiatement, avec de grands éclats dr
Le pauvre Saint-Olan n'était
voix, ses prétent~ons : la ville de Mari::eille l'a pas sans angoisses. En prévimal reçu; on ne lui montre que de « petites sion des caprices du Persan,
gens »; à pari les grisettes et quelques dan- il avait dû emprunter à lforseuses du théâtre, il n'a pu encore fréquenter seille dix-sept mille livres qu'il
avec personne; il s'estime mal logé, mal rnpit avec effroi fondre dès
servi, mal nourri, mal gardé; d'abord on ne les premières étapes. L'amlui donne, pour s'entretenir, que trois cents bassadeur ei;ige maintenant
livres par jour;. que peut faire avec trois que son voyage lui soit payé
cents livres une Excellence t.le sa sorte? ... quatre cents francs par jour :
Saint-Olon essaya de placer un mot aimable, &lt;tétant un grand seigneur dans
il n'y parvint. Quand il insinua que le roi de son pays, il n'est pas venu en
France avait hâte cle recevoir l'ambassadeur France pour y mendier son
et qu'il faudrait bientôt songer à se mettre pain ». De fait on lui fournit
en route, Méhérnet Riza lleg lut pris d'un quotidiennement, outrelesécus, trois agneaux,
accès de rage. « Avec une voix de taureau » deux. moutons, dix-huit poulets, cinq poules,

trente-six livres de chandelle, vingt-trois livres
de bougies, cent soixante-dix livres de pain,
trente-denx livres de beurre, huit livres de
café, un quintal de riz, sans compter le safran,
la canelle, les dons de girolle, le sucre candi,
etc. Sa suite revendait, presque intactes, ces
provisions aux marchands qui les apportaient cl
Mébémet lli,a Ueg tirait profit de ce commerce. Il boudait néanmoins, se plaignant
d'être mal hébergé. A Lambez, il exige que
les dames de la ville dansent de,·ant lui pour
le distraire, et elles s'exécutent volontiers. A
Orgon, colère terrible : le carrosse ne lui
convient plus, il déclare qu'il ne bougera pas
de là, devient fou de rage, interdit l'entrée
de sa maison aux. Français qui l'accompagnent; il faut plusieurs heures pour le calmer
el lui faire entendre raison. A Montélimar, il
accepte yingt lirres· de nougat blanc, mais
une jeune fille s'étant approchée de l~i pour
lui présenter ses hommages, reçoit de Son
Excellence un terrible coup de pied : bagarre,
sabres au clair; l'ambassadeur et sa suite se
lancent contre la foule. li y eut deux blessés;
la troupe fut obligée d'intervenir pour rétablir l'ordre.
·
A Lyon, Je terriLle Persan commença par
bouder deux jours; puis, comme il se trou,,ait confortablement installé, il îeignit d'être
malade pour ne plus partir. Versailles perdait
patience et les· ordres étaient de presser le
voyage. Mais le moyen? On mobilisa enfin
!'Oriental et l'on se remit en chemin. A la

d'un château inoccupé et s'y installa avec sa du cheval; il n'y gagna rien. Très mortifié pour lui faire couper la tête, &lt;&lt; afin de l' emsuite. A Moulins, il manifesta le désir de voir de l'aventure, le Persan remarqua que la lune porter en Perse comme une rareté française l&gt;.
rouer un homme; gentiment il offrit, à était décidément peu favorable et se remit au Il avait aussi des goûts plus pratiques, avait
admis dans son intimité une ravissante fille
défaut d"un Français de bonne volonté, l'un lit, - à cinq cents francs par jour.
Ce lut M. de Breteuil qui « en parlant de dix-sept ans qu'on appelait la marquise
de ses serviteurs. Comme Saint-Olan s'excusait de ne pouvoir exaucer son souhait, haut et ferme 1, le décida d'en sortir. Comme d"Épinay; celte petite personne, d'abord, cul
!'Excellence se déclara prise de coliques et se on l'a vu, l'audience de Versailles se passa grand'peur; puis elle se familiarisa vite avec
coucha. Il faut noter que chaque journée, sans -incartade; mais Saint-Olon devait s'épon- !'Asiatique et se füa chez lui: on peul
qu'on voyageât ou non, lui était paJée quatre ger. Quant aux présents du chah, cc fut un assurer que c'est Ja seule alîection qu'il s'atcents livres. Sainl-Olon, aux abois, résumait déboire; la fameuse cassette, estimée un tira en France, car tout le monde souhaitait
de le voir s'en aller.
ainsi son impression dans une .lettre
Lui, ne faisait à son départ aucune
adressée au ministre: et L'ambassadeur
allusion; il fallut l'arracher, au bout de
est un homme furieux. venu de Perse
huit mois, à l'hùtel de la rue de Tournon.
pour faire de la dépense. »
Saint-Olan, exaspéré, ne con sen lait pour
EnÎln le 25 janvier on arrivait à
rien au monde à recommencer le voyage
Melun après trente-deux jours de route;
de
Marseille: on mit !'Excellence à bord
là les dames de la ville furent admises
d'un chaland qui descendit la Seine
à l'honneur de contempler l'envoyé du
jusqu'au Havre. Dans les bagages, outre
chah. Il les fit déchausser et asseoir
de superbes présents envoyés par le roi
sur le tapis. Le lendemain, sans noude Fr:mce à l'empereur de Perse, rn
velle lubie, on panenait !t Charenton
trouvait une grande caisse percée de'
011, suivant l'usage, l'ambassadeur detrous, sur laquelle les serviteurs deUéhévait séjourner jusqu'au jour de sa récepmet veillaient jalousement: cette caisse
tion solennelle.
conleuait la jolie marquise d"Épinay que
Les scènes qui se passèrent à Chal'amoureux oriental n'avait pu se résourenton sont épiques; on en trouve le
dre à abandonner et qui avait consenti à
détail dans un volume, aussi exhilarant
le suivre.
que documenté, de 11. Maurice HerLe 15 septembre, au Havre, Saint-Olon
bette Vne ambas.~acle persane sous
pritcongé de son pensionnaire - sans
Louis .\"TV, d'après des documents inélarmes à ce qu'on peut croire . La frégate
dits, chez Perrin). Méhémet Riza Beg
l'A~h·ée reçut l'ambassadeur et fit voile
n'avait-il pas la ~prétention de régler
;rnssitôt. Le but du voyage était Péterslui-même l'étiquette de son &lt;( entrée &gt;&gt; ?
bourg et Uéhémet comptait rentrer eu
Un sauvage, régler l'étiquette) au temps
Perse par la Moskovie; mais la fin de
du Grand Roi 111 y avait là de quoi glal'odyssée lut lamentable : le pauvre
cer d'épouvante les nobles gardiens de
homme, torturé par le mal de mer,
l'arche sainte. Bien plus, le Persan
voulait descendre du bateau; il fallut
s'était mis dans la tête de /"ai,·e al/en.MÉUÉ.lr1ET RIZA BEG QUITTE V'ERSAILLES 1 LE 13 AOUT 171t,
le déposer 11 Copenhague. li était sans ardre Louis XIV .... On l'avait logé dans
APRES t,ON AUOJENCE DE CONGÉ.
gent; sa suite s'égrenait à chaque étape;
une belle maison, à terrasse sur la riil erra quelque temps deHambourg àilervière; il touchait par jour quatre cents
lin, vendant, pour vivre, les cadeaux de
livres, bientôt portées à cinq cents, et
il n'était pas prrssé d'en finir a,·ec ce reg1- million de livres, rie conlenait que quelques Louis XIV à son souverain; il séjourna trois
mc. Comme il se trouvait bonne grâce, encore petites perles sr.os ,,alcur et un admirable mois à Dantzig, puis il rn remit en roule. On
qu'il fùt laid à faire effroi, il pensait tharmer onguent, véritable élixir de longue vie dont n'a pu recueillir aucun renseignement sur la
les Parisiens en faisant son entrée à cheval, ce personne à la cour n'eut la témérité de tenter suite de son voyage. On sait seulement qu'en
mai 1717, vingt et un mois après son embarqui bouleversait taules les traditions. Soup- !"emploi.
A Paris, Méhémet était logé à ce bel quement au Havre, Méhémet franchissait les
çonnant des résistances,l'ambassadeur déclara
que la lune de férricrétait une époque néfaste; hôtel des ambassadeurs extraordinaires, rue frontières de Perse. Très inquiet de la réception
il attendrait qu'elle fùt passée avant de se de Tournon, qui sert aujourd'hui de caserne qui l'attendait, après tant de retards, et les
mouvoir. Et il se coucha, non sans avoir brisé à la garde républicaine. li s'y trouvait à mains vides des présents du grand roi, il se
quelques meubles, brandi son poignard et l'étroit; on dut, à grands frais. lui procurer sentit perdu et s'empoisonna. La marquise
proféré d'étranges menaces. JI fallut céder. une installation de bains. Il sortait peu, dai- d'Épina)', qui l'avait sui,,i jusque-là, se conUn cheval des écuries du roi fut amené; gnait recevoir quelquefois, surtout des vertit à l'islamisme el partit courageusemmt
Méhémet Riza Beg en voulut essaier; la bête femrnes, car - il faut dire le bien comme le pour Ispahan afin de remethe au chah ce
s'emporta et faillit précipiter Son Excellence mal - il était galant: ainsi, ayant remarqué, qui restait des cadeaux de Louis XIV. Depuis
du haut des terrasses dans la Seine. Je soup- à l'une de ses audiences, une jeune femme lors, connue dans les contes, jamais on n'ençonne fortement Saint-Olon d'avoir fait choix d'un très joli visage, il proposa de l'acheter tendit plus parler d'elle.

T. G.

LE BAIN DE J\'IÉHÉ~IET RIZA BEG.

Bresle, mécontent de la maison qui Jui était
réservée, il fit forcer par ses gens les portes
~

..,., Jo8

w•

lO&lt;J .,,.

�•
.iJft.MOIR,ES DU GÈNÈR,JIL BJIR,ON DE .iJfJIR,llOT - - ~

place . Il traversait la ville pour aller vers
Maubeuge. Je n'ai eu que le temps de mettre
mes effets sur mes chevaux, de confier ma
voiture à un ami et de partir. Je tombais de
sommeil, mais il a falJu marcher toute la
journée au milieu d'une armée immense.
Nous venons de prendre position pour cette
nuit. ...
Nous marchom !. . . Il paraît que le gant
est jelé définitivement. .. . Je ne crois pas
qu'on se batte avant cinq jours ....

ciers qu i s'en vonl. Jugez si les soldats sont
en reste! li n'y en aura pas un dans huit
jours, si la peine de mort ne les retient. ...
Si les Chambres veulent, elles peuvent nous
sauver; mais il faut des moyens pl'ompls et
des lois sùères .... On n'envoie pas un hœuf,
pas de vivres, rien . .. ; de sorte que les soldats
pillent la pauvre France comme ils faisaient
en Russie ....
Je suis aux avant-postes, sous Laon; on
nous a fait promettre de ne pas tirer, et
tout est tranquille ....

llcrbcs-le-Châtcau, 14 juin.

Nous arnns encore marché aujourd'hui,
et j'ai été à cheval ce matin à trois heures ....
Nous voilà sur l'extrème frontière. L'ennemi
se retire, et je ne crois pas qu'il y ait un
grand engagement. Tant pis, car nos troupes
sont bien animées ... .
(Après une brillante affaire, le 17 juin, à
Genappe, Je colonel de Marbot est nommé général de brigade; la chute de l'Empire empêche que cette nomination soit confirmëe.
Après Waterloo, le colonel se retire avec son
régiment sur Valenciennes, puis
vers Paris et derrière la Loire.)

{Lettre écrite. en 1 830 par le colonel de
Marbot au général E. de Grouchy.)

Mo.\'

GÉ~ÉnAL,

J'ai reçu la lettre par laquelle vous exprimez: le désir de connaître la marche des
reconnaissances dirigées par moi sur la Dyle,
le jour de la bataille de Walerloo. Je m'empresse de répondre aux questions que vous
m'adressez à ce sujet.
Le 7e de hussards, dont j'étais colonel,
faisait partie &lt;le la division de cavalerie légère

Laon, 2&amp; juiu 1815.

"'ATEIILOO, 18 JUI:\" 1815,

6 IJEURES

DU SOUL -

D'Jprés la lithographie de

RAFFl::T,

Mémoires

du général baron de Marbot
LETTRES
écrites par le Colonel de Marbot
en 1815'.
(Après le licenciement du ::i.J • de chasseurs et
son incorporation au 3" de la même arme, le
colonel de Mar bot est nommé au commandement
du 7• de hussards (d'Orlians). Ce régiment fait
partie du, ~" corps d'observation, aux ordres du
comte d'Erlon.)

~ysoing, 10 anil ·1815.

... Je suis en face de Tournay et je garde
la ligne depuis Mouchin jusqu'à Chéreng.
Quand je dis que je garde la ligne, je n'ai pas
grand'peine, car les Anglais ne font aucun
l. &lt;:es lûllres soul les seuls documenls que nous
possC,lions sur la cam11agne de Waterloo.

mouvement et sonl aus!-i tranquilles à Tournay que s'ils étaient à Londres. Je crois que
tout se passera à l'amiable. J'ai été hier à
Lille, où j'ai été on ne peul mieux reçu par
le général en chef comte d'Erlon .
Saint-Amand, 5 mai.

... Je \'Îens de recevoir l'ordre de former
une députation de cinq officiers et dix sousofficiers ou soldats pour aller à Paris, au
Champ de !lai. L'ordre porte que le colonel
sera lui-même à la tête de la députation.
Celles de tous les régiments de la division
doivent se mettre en route pour être rendues
le l 7 à trras et partir le lendemain pour
Paris. Tout est ici fort tranquille, et l'on n'y
parle pas de guerre. li y a beaucoup de désertions dans les troupes étrangères. Les
hommes qui en arrivent assurent que tout cc
qui est belge, saxon ou bol/andais, désertera

:, nous. Mon rép,imenl devient de jour en jour
plus considérable. J'ai 700 hommes. Dans
mon dépôt, il en est arrivé 52 hier; le costume les flalte tant qu'ils arrivent d1'11s comme
mouches; on ne sait où les fourrer ....
Saint-i\mand, 8 mai.

... Drpuis huit jours, 1a désertion est au
dernier degré dans les troupes étrangères. Les
soldats belges, saxons, hanovriens, arrivent
par bandes de 15 à 20 . Ils affirment que les
Russes ne viennent prls et qu'on croit qu'il
n'y aura pàs de guerre. Cela parait ici presque
certain. S'il eu arrh'e ainsi, rp1e de paroles
perdues! Que de projets qui se trouveront
manqués! .. .
Ponl-sur-Samhrc,

1;; juin.

Je suis arrivé ce matin de Paris à Valenciennes. J'aj trouvé mon régiment rnr la

Je ne reviens pas de notre
défaite!. .. On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles.
J'ai été, avec mon régiment,
llanqueur de droite de l'armée
pendant presque toute la bataille.
On m'as5urait que le maréchal
Grouchy allait arriver sur ce
point, qui n'était gardé que
par mon régiment, trois pièces
de canon et un bataillon d'infanterie légère 1 ce qui était trop
faible. Au lieu du maréchal
Grouchy, c'est le corps de Blücher qui a débouché!. .. Jugez
de Ia manière dont nous avons
été arranges! ... Nous avons été
enfoncés, et l'ennemi a été surle-champ sur nos derrières! ...
On aurait pu remédier au mal,
mais personne n'a donné d'ordres. Les gros généraux ont été
à Paris faire de mauvais discours. Les petits perdent la
tète, el cela va mal. ... J'ai reçu
un coup de lance dans le côté;
ma blessure est assez forte,
mais j'ai youlu rester pour don- ·
ner le bon exemple. Si chacun
eût fait de même, cela irait
encore, mais les soldats déserlent à l'intérieur i personne ne
BARON DE MARBOT
les arrête, et il y a dans ce
Général de iiivision , pair de France, aide de camp du Prince
pais-ci,quoi qu'on dise, 50,000
Peint par SAINT (11¼0).
hommes qu'on pourrait réunir;
mais alors il faudrait peine de
m.01·t conlre tout homme qui quille rnn
attachée au 1er corps, formant, le 18 juin, la
poste et contre ceux qui donnent permüsion droiie de la portion de l'armée que !'Empede le quitter. Toul le monde donne des reur commandait en personne. Au commencongés, el 11:s diligences sont pleines d'offi- cemrnt de l'action, vers onze heures du
"'1

li 1 ..,.

matin, je fus détaché de la division avec mon
régiment et un bataillon dïnfanterie placé
sous mon commandement. Ces troupes furent
mises en potence à l'exlrème droite, derrière
l?richemont, faisant face à la Dyle.
Des instructions particulières me furent
données, de la part de l' Empereur, par son
aide de camp Labédoyère et un oflicier d'ordonnance dont je n'ai pas retenu le nom.
Elles prescrivaient de laisser le gros de ma
troupe toujours en vue du champ de bataille,
de porter 200 fantassins dans le bois de
Frichemont, un escadron à Lasne, poussant
des postes jusqu'à Saint-Lambert; un autre
escadron moitié à Couture, moitié à .Beaumonl, envoyant des reconnaissances ju!-que
sur la Dyle, aux ponts de Moustier et d'Ottignies. Les commandants de ces divers détachements devaient laisser de quart de lieue
en quart de lieue des petits postes à cheva],
formanl une chaine continue jusque sur le
champ de bataille, afin que, par le moyen
de hussards allant au galop d·un poste à
l'autre, les officiers en reconnaissance pufsent
me prévenir rapidement de leur jonction
avec l'avant-garde des troupes
du maréchal Grouchy, qui
&lt;levaient arriver du côté de la
Dyle. Il m'était colin ordonné
d'envoyer directement à l'Empereur les avis que me transmettraient ces reconnaissances. Je
fis exécuter l'ordre qui m'était
donné.
llme serait impossible, après
un laps de temps de quinze
années, de ûxer au juste l"heure à laquelle le détachement
dirigé vers Moustier parvint sur
ce point, _d'autant plus que le
capitaine Eloy, qui le commandait, avait reçu de moi l'injonction de s'éclairer au loin et de
marcher avec la plus grande
circonspection. Hais en remarquant qu'il partit à onze heures
du champ de bataille et n'amit
pas plus de deux lieues à parcourir, on doit 11résumer qu'il
les fit en deux heures, cc qui
lixerait son arrivée à Moustier à
une heure de l'après-midi. Un
billet du capitaine Éloy, que
me transmirent promptement
les postes intermédiaires, m'apprit qu'il n'avait trouvé aucune
troupe à Moustier, non plus
qu'à Ottignies, et que les
habilants assuraient que les
Français laissés sur 1a rive
droite de la Dyle passaient la
rivière à Limal, Limelette et
royal.
Wavre.
J'envoyai ce billet à l'Empereur par le capitaine Kouhn,
faisant fonction d'adjudant-major. Il revint
accompagné d'un ofticier d'ordonnance lequel me dit de la part de l'Empereu; de
laisser la ligne des postes établie sur , ~fous-

�•

111STORJ.ll
lier, et de prescrire à l'officier qui éclairait
le défilé de Saint-Lambert de le passer, eu
poussant le plus loin possible dans les directions de Limal, Limelette el Wavre. Je
transmis cet ordre, et envoyai même ma
carte au chef du détachement de Lasne el
Saint-Lambert.
Un de mes pelotons, s'étant avancé à un
quart d,, liène au delà de Saint-Lambert,
rencontra un peloton de hussards prussiens,
auquel il prit plusieurs hommes, dont un
officier . .Je prévins l'Empereur de cette étrange
càplure, et lui envoyai les prisonniers.
Informé par ceux-ci qu'ils étaient suivis
par une grande partie de l'armée prussienne,
je me portai avec un escadron de renfort sur
Saint-Lambert. J'aperçus an delà une forte
colonne se dirigeant vers Saint-Lambert.J'en,·oyai un officier à toute bride en prévenir
!'Empereur, qui me fil répondre d'avancer
hardiment, que cette troupe ne pou\'ait être
que le corps du maréchal· Grouehy venant de
Limal el poussant dcl'anl ·lui ·qu_elques Prussiens égarés, dont faisaië,tJ.t partie les prisonniers que j'avais faits; ·
J'eus bientôt la certitude du contraire. La
tête de la colonne pruSsiénne approchait,
quoique très lentement. Je rejetai deux fois
dans le défilé les hussard, el lanciers qui la
précédaient. Je cherchais à gagner du temps
en maintenant le plus possible les ennemis,
qui ne pouvaient déboucher que très difficilement des chemins creux et bourbeux dans
lesquels ils étaient engagés; et lorsque, enfin,
contraint par des forces supérieures,je battais
en retraite, l'adjudant-major, auquel j'avais
ordonné d'aller informer !'Empereur de l'arrivée positive des Prussiens devant Saint•
Lambert, revint en me disant que !'Empereur
prescrivait de prévenir de cet événement la
tête de colonne du maréchal Grouchy, qui
devait déboucher en ce moment par les ponts
de Moustier et d'Ottignies, puisqu'elle ne
venait pas par Limal et Limelette.
J'êcrivis à cet effetau capitaine Éloy; mais
celui•CÎ, ayant vainPment attendu sans voir
parai'tre aucune troupe, et entendant le canon
vers Saint•Lambert, craignit d'ètre coupé. JI
se replia donc successivement sur ses petits
postes, et rrjoignit le gros du régiment resté
en vue du champ de bataille, à peu près au
même instant que les escadrons qui revenaient de Saint-Lambert et Lasne, poussés
par 1\mnemi.
Le combat terrible que soutinrent alors
derrière les ~ois de Frichemont les troupes
que je commandais et celles qui vinrent les
appuyer, absorba trop mon esprit pour que
je puisse spécifier exactement l'heure; mais
je pense qu'il pouvait être à peu près sept
heures du soir; et comme le capitaine Éloy
se replia au trot et ne dut pas mettre plus
d'une heure à revenir, j'estime que ce sera
vers six heures qu'il aura quitté le pont de
Moustier, sur lequel il sera, p:ir conséquent,
resté cinq heures. Il est donc Lien surprenant qu'il n'ait pas vu votre aide de camp, à
moins r1ue celui-ci ne se soit trompé sur le
nom du lieu ,iù il aura abordé la Dyle.

.ifft.MOll/,ES DU' G'ÉN'Él/,JIL BJ!l/,ON DE .ifflll/,BOT --...
Tel est le précis du mouvement que fit le
régiment que je commandais pour éclairer
pendant la bataille de Waterloo le flanc droit
de l'armée française. La marche, la direction
de mes reconnaissances furent d'une si haute
importance dans cette mémorable journée,
que le maréchal Davout, ministre de la guerre,
m'ordonna à la fin de 1815 d'en relater les
circonstances dans un rapport que j'eus l'honneur de lui adresser et qui doit se trouver
encore dans les archives de la guerre 1.
Des faits que je viens de raconter est résultée pour moi la conviction que !'Empereur
attendait sur le champ de bataille de Waterloo
le corps du maréchal Grouchy. Mais sur quoi
cet espoir était-il fondé? C'est ce que j'ignore,
et je ne me permHtrai pas de juger, me
bornant à la narration de ce que j'ai vu.
J'ai l'honneur d'être, etc.

Les ricits du général de Marbot se terminant
à la batailJe de Waterloo, nous avons pensi que
le lecteur désirerait connaître la suite de la carrière du vaillant soldat. Nous la trouvons
retracée dans un article biographique publié
au Journal des Dêbals, par M. Cuvillier-Fle.ury,
le lendemain de la mort du général : il y pari~
précisément des Jlfimoires dont il avait eu connaissance et qu' il engage vive.ment la famille à
publier. Nous avons donc cru ne pouvoir mieux
faire que de terminer cette publication en reproduisant ici in extenso l'article de M. Cuvillier•Fleury, l'un des morceaux les plus éloquents du célèbre académicien.

Le général de Marbot.
(Article du Journal des DibaJs
du n novembre 1 854.)

Une nombreuse assistance, composée de
parents et d'amis, ,d · 'péraux, de magistrats,
de membres de..
· ., .airie el de per~
scmnes distingu· · _. ,., .. ;_._eu desquelles on
remarquait le maréchal minislre de la guerre,
accomp:ignait samedi dernier, à l'église d13
la Madeleine, r..t conduisait ensuite au champ
du repos les restes mortels de ~!. le général
baron de Marbot, enleré le 16 nol'embre, el
après une courte maladie, à l'affeclion et aux
regrets de sa famille.
Le nom de !larLot avait été doublement
inscrit dans l'histoire de la Révolution et de
l'Empire. Le père du général qui ,•ient de
mourir, ancien aide de camp de M. de Schomberg, député de la Corrèze à l'Assemblée
constituante, avait commandé la 1ro division
militaire, présidé le Conseil des Anciens, et
il était mort des suites d'une blessure qu'il
avait reçue au siège de Gênes. Ce fut pendant
cette campagne, si fatale à son père, que
Jean-Baptiste-Marcellin de Marbot fit le premier apprentissage de la guerre, comme
simple soldat au J er régiment de hussards.
li était né le 18 août 1782, an chàteau de la
Rivière (Corrèze), et il n'avait que dix-sept
1 . Les rlt.'•mart'hcs failes au ministère de la gucn·c
pour lrou\'tr ce rapport sont malheureuscmr11t rcstCcs
infruclmiuscs. (.Yole des ldiltt11'1i. }
~

112 w

ans quand il entra au service. Un mois plus
tard, à la suite d'un brillant fait d'armes, il
fut nommé sous-lieutenant; et c'est ainsi que
s'ouvrit pour lui, entre cette perte irréparable qui lui enlevait son plus sûr appui et
celte promotion rapide qui le désignait à
l'estime de ses chefs, la rude carrière où il
devait :;'illustrer.
Marbot appartenait à cette génération 'fUÏ
n'avait que très peu d'années d'avance sur
le grand mouvement de 89 el pour laquelle
la Révolution précipitait pour ainsi dire la
marche du temps; car il faut bien le remarquer ici : parmi ceux qui, voués au métier
des armes, devaient porter si haut et si loin
la gloire du nom français, tous n'avaient pas
eu le même bonheur que le jeune Marbol.
L'ancien régime faisait paier cher aux plus
braves le tort d'une origine obscure et d'une
parenté sans blason. On attendait quelquefois
quinze et vingt ans une première épaulette.
Plusieurs quittaient l'armée faute d'obtenir
un avancement mérité. Ce fut ainsi que Masséna prit son congé le 10 août 1789, après
quatorze ans de service comme soldat eL
sous-officier. ~loncey mit treize ans à gagner
une sous-lieutenance. Soult porta six ans le
fusil. Bernadotte ne lut sous-lieutenant qu'après avoir passé dix ans dans le régiment de
Royale-Marine. JI mit à peine le double de ce
Lcrnps•H1, une-fois la Révolution commencée,
pour devenir de sous-lieutenant roi de
Suède'. Marbot, soldat en 17\19, était déjà
capitaine en 1807, On lui avait tenu compte
des canons qu'il avait enlevés aux Autrichiens, dans une brillante charge de cavalerie,
pendant la seconde campagne d'Italie; on lui
avait su gré de l'énergique activité de ses
services comme aide de camp du maréchal
Augereau penaant la bataille d'Austerlitz. Ce
fut donc comme capitaine qu'il lit Ja campagne d'Eylau. Pendant la bataille de ce
nom, et au moment le plus critique de cette
sanglante journée, Augereau lui donne l'ordre
de se rendre en toute hàte sur l'emplacement qu'occupait encore le J4e de ligne,
cerné de tous -côtés par un détachement formidable de l'armée russe, et d'en ramener,
fil le pou vai!, les débris. )lais il était trop
tard. Pourtant .Marbot, grâce à la vitesse de
son cheval, et quoique plusieurs officiers du
maréchal, por"teurs du même ordre, eussent
rencontré la mort dans cette périlleuse mission, Marbot' pl\nètre jusqu'au monticule
où, pressé$ d~ toutes parts par un ennemi
acharné, Ifs :estes de l'infortuné régiment
tentaient leur derhier effort et rendaient leur
dernier coIIlbai. Marbot accourt; il demande
le colonel; ;to~s les officiers supérieurs ~vaicnt
péri. JI communique à celui qui commandait
à leur place, en attendant de mourir, l'ordre
qu'il avait reçu. Cependant les colonnes
russes, débouchant sur tous les points et bloquant toutes les issues, avaient rendu toute
retraite impossible .... cc Portez notre aigle à
]'Empereur, dit à Marbot, avec d'héroïques
larmes, le chef du 14, de ligne, et_ laites-lui
2. \"oir les Porlraits milita/l'es de )1. de l,:i
Darrc-Duparcq, p. 23. - Paris, 1$53.

des suites de ses blessures. Sa convalescence
mème est héroïque. Son courage et sa mention tirent parti mèrne des mauvaises chances.
Blessé ou non, les maréchaux, commandant

les adieux de notre régiment en lui remettant
ce glorieux insigne que nous ne pouvons plus
défendre .... )) Ce qui se passa ensuite, Marbot ne le vil pas : atteint par un boulet qui
le renversa sur le cou de son cheval, puis
emporté par l'animal en furie hors du carrt!
où le He achevait de mourir jusqu'au dernier
homme, l'aide de camp d'Augereau fut renversé quelqces moments après, puis laissé
pour mort sur la neige, et il eût été confo.1d11
dans le même fossé avec les cadaues qui
l'enlouraient, si un de ses camarades ne l'eùL
miraculeusement reconnu el ramené à l'élatmajor.
Le général ~farbot racontait parfois, el
avéc une émotion communicative, ce dramatique épisode de nos grandes guerres; rl
c'est bien le lieu de faire remarquer ici tout
ce qu'il mettait d'esprit, de verve, d'origi11Jlité et de couleur dans le récit des événements militaires auxquels il avait pris part;
il n'aimait guère à raconter que ceux-là.
Précision du langage, vigueur du trait, abo:1dance des souvenirs, netteté lumineuse et
,·éridique, don de marquer aux yeux par
quelques touches d'un relief ineffaçable les
tableaux qu'il voulait peindri!, rien ne manquait au général Marbot pour intéresser aux
scènes de la guerre les auditeurs les plus
indifférents ou les plus sceptiques. Son
accent, son geste, son sl}'le coloré, sa vive
parole, cette chaleur sincère du souvenir
fidèle, tout faisait de lui un de ces conteurs
si attachants et si rares qui savent mêler au
charme des réminiscences per5onnelles tout
l'intérêt et toute la gravité de l'histoire.
Le général Marhot a laissé plusieurs volumes de mémoires manuscrits, qui ne sont
entièrement connus que de sa famille. Pour
nous, à qui sa confiante amitié avait pour•
tant donné plus d'une fois un avant-goût de
ce rare et curieux travail, œuvre de sa vigoureuse vieillesse, nous n'anticiperons pas sur
une publicatiou qui ne saurait êlre, nous
l'espérons, ni éloignée, ni incomplète. Depuis
Eylau jusqu'à Waterloo, les services de Marbot ont d'ailleurs assez d'éclat pour qu'il ne
soit pas nécessaire de les rappeler longuement, el mieux vaut attendre qu'il nous les
raconte. De l'état-major d'Augereau, Marbot
passe en 'i 808 à celui du maréchal Lannes,
en 1809 à celui du maréchal Masséna. li lait
sous ces deux chefs illustres les deux premières campagnes d'Espagne, blessé le Ior novembre 1808 d'un coup de sabre à Agreda,
puis d'un coup de feu qui lui traverse le
corps au siège de Saragosse. La même année,
il reçoit un biscaïen à la cuisse et un coup de
[eu au poignet à Znaïm, au moment même
où une trêve vient d'être signée, et où il est
envo1•é entre les deux armées ennemies a,·ec
mission de faire cesser le feu. Mar bot, comme
on a pu le remarquer, est blessé partout, et
partout on le retrouve. L'ambulance ne le
retient jamais si longtemps que le champ de
bataille. Sa vigoureuse constitution le sam·e

en chef des corps d'armée dans des positions
difüciles, veulent tous avoir Marbot dans
leur état-major, et on comprend que ce n'est
pas seulement l'intrépide sabreur que les
maréchaux recherchent, c'est aussi l'officier
sérieux, instruit, d'excellent conseil, l'homme
de bon sens, l'esprit avisé el plein de ressources, l'inLelligence au service du courage,
et le calme dans la décision 1 ; c'est tout cela
qui désigne sans cesse le jeune Marbot à la
confiance et au choix des généraux; et c'est
ainsi qu'il passe les dix premières années de
sa vie militaire, faisant la guerre sous les
yeux des plus illustres lieutenants de Napoléon, à la grande école, celle du commandement supérieur, ayant vu de près, dans plu•
sieurs campagnes mémorables, le fort et le
faible de ce grand art si plein de prodiges et
de misères, de concert et d'imprévu, de
hautes conceptions cl de méprisable hasard,
apnt saisi son secret, el capable pour sa part

t. « •. , Plurimum audnciœ ad. pe,·icula capcssend3,
plurim~m ~o.milii intra _ipsa per1cula erat ...• » (TiteLive 1 l1b. XXI, De Amubale.)
2. Remarques ci·itiques sm· l'ouvt•ogo ,Ir ):J. le

lirutenont gênéral Rogniat, intilulé : Crmsidfralions
sur l'art de l,;,. rruel're, pat· le colonel )hrbot :Marcellin ), Pnris, 1~20. Mai-bol ëcri,•it aussi en 1815 un
al1lre oun.i;e, IJUÎ eut 3]ors. 11n cer1ain rl'L&lt;'nlisse-

\'1.-

HISTORIA. -

Fa.se.

43.

LE GthiilRAL DE MARBOT

Statue far .\IILLET DE MARCILL v, inautfun'e
(Corrêze), le 2-:- Octot:re Jll'J5,

à neaulieu

de nous le donner dans celte confidence posthume dont il a laissé à de dignes fils la primeur et l'héritage.
En 1812, le capitaine Marbol quitte définitiœment l'état-major des maréchaux. Nolis
le retrouvons à la tète d'un régiment de
cavalerie (le 25e de chasseurs), qu'il commande avec supériorité pendant toute la campagne de Russie; ('l :, la Bérésina c'est lui
qui protège, autant que la mauvaise fortune
de la France Je pNmet alors, le passage de
nos troupes, et qui contribue à refouler les
forces ennemies qui écrasaient leurs héroïques débris. Blessé tout tl la fois d'un
coup de feu et d'un coup de lance à JacouLowo pendant fo retraite, il revient peu de
mois après, et à peine guéri, recevoir en
pleine poitrine la flèche d'un Ba,kir sur le
champ de bataille de Leipzig.
Au combat de Ilanau, le dernier que nos
troupes livrèrent sur le sol de l'Allemagne,
le colonel Marbot retrouve sa chance, il est
blessé par l'explosion d'un caisson; et enfin
à Waterloo, dans une charge de son régiment,
il reçoit d'une lance anglaise, et après des
prodiges de valeur, une nouvelle blessure,
mais non pas encore la dernière.
L'aveugle et fanatique réaction qui emporta un moment le gouvernement restauré
après les Cent-Jours fit inscrire le nom de
Marbot sur la lisle de proscription du 24 juillet 18-15. La réaclion lui devait cela. !larbot
se réfugia en Allemagne; f'l c'est là, sur ce
théâtre de nos longues victoires, qu'il composa ce remarquable ouvrage 1 qui lui valut
quelques années après, de la part de l'empereur Napoléon mourant sur le rocher de
Sainte-Hélène, cet immortel suffrage de son
patriotisme et de son génie : « ... Au colonel Marhot : je l'engage à continuer à écrire
pour la défense de la gloire des armées françaises, et à en confondre les calomniateurs
et les apostats 3 !. .. »
La Restauration élait trop intelligente pour
garder longtemps rancune à la gloire de
l'Empire. Elle pouvait la craindre, mais elle
l'admirait. La lettre de Vérone, dans laquelle le sage roi Louis XVIJ[ avait rendu un
si grand témoignage au héros d'Arcole et des
Pyramides, é1ait toujours le fond de sa politique à l'égard des seniteurs du régime
impérial. Le général Rapp était un aide de
camp du Roi. Les maréchaux de Napoléon
commandaient ses armées. Marbot fut rappelé de l'exil et nommé au commandement
du ge régimenL de chasseurs à cheval. Déjà,
en 1814, el très peu de temps après le
rétablissement de la monarchie des Bourbons,
le colonel Marbol avait été appelé à commander le 7• de hussards, dont M. le duc d'Orléans était alors le colonel titulaire. Celle
circonstance avait décidé en lui le penchanL
qui le rapprocha depuis de la famille d'Orléans, et qui, plus tard, l'engagea irrévocablement dans sa destinée. llornme de cœur
et d'esprit comme il l'était, attaché plus enment cl qui le mérilail; il est ÎPLitulè : De la 11écessité d"a11gmeulel' les forct•s militaires de la Fi·a 11 ce
5. Par~graphe il, ,11° :51 ,du tes!amcul de Napolêon. I,~

lrgs rlr l Empereur a M~rhot (·ta 1l rlc ant mille {l'llnr.,.

8

�111ST01'{1.J!
)J(i:M01R,ES DU GÉJ\IÉR,l!L 1!Jl]I.OJ\I DE .Jlîll'R,110T

core peul•èlre par sa raison que par sa passion à ces principes de 89 et à ces conquêtes

la discussion intrépide comme le cœur; il
marchait droit à la vérité, comme autrefois
à la bataille. Il affirmait quand d'autres auraient eu peut-être intérèt à douter; il tranchait des questions qu'une habileté plus
souple eftt réservées, et il n'y avait à cela,
je le sais, aucun risque sous le dernier règne.
L'époque, le lieu, l'habitude des controrerses
publiques, l'esprit libéral et curieux du prince
qu'il servait, tout autorisait et encourageait
chez ~farbot celte franchise civiquê du vieux
soldat. D'ailleurs, comment l'arrèter? Elle
lui élait naturelle comme sa bravoure et elle
découlait de la même source.
Le livre que l'Empereur avait si magnifiquement récompensé par deux lignes de sa
main, plus préciruses que le riche legs qu'il
y a,·aiL joint, ce livre aujourd'hui épuis~ 1
sinon oublié, est pourtant cc qui donnerait ll
ceux qui n'ont pas connu le général Marhot
l'idée la plus complète de son caractère, de
son esprit et de cet entrain qui n'appartenait
pas m'lins à sa raison qu'à son courage. Le
liHe est presque tout entier technique, et il
traite de l'art de la guerre dans ses plus
vastes et dans ses plus minutieuses applications; malgré tout et en dépit de cette spécialité où il se rf·nferme, c'est là une des plus
attachantes lectures qu'on puisse faire. Je ne
parle pas de celle verve de l'auteur qui
anime et relève les moindres détails; c'est là
l'intérêt qui s'adresse à tout le monde, c'est
le plaisir; l'ouvrage a d'aulres mériles, je
veux dire cette vigueur du ton, cette ardeur
du raisonnement, cc choix éclairé et cette
mesure décisive de l'érudition mise au service
des théories militaires, - mais surtout cet
accrnt de l'expérience personnelle et ce reflet
de la vie pratique, lumineux commentaire de
la science. Tel est ce livre du général Marbot.
Il l'écrivit à trente-quatre ans. Le livre est
l'homme; el je comprends qu'il ait plu à
!'Empereur el qu'il ait agréablement rempli
quelques-unes de ses longues veillées de
Sainte-Hélène; il lui rappelait un de ses officiers les plus énergiques· et les plus fidèles;
il ralliait dans leur gloire et ranimait dans
leur audace tous ces vieux bataillons détruits
ou dispersés; il flattait, dans le vainqueur
d'Austerlitz, l'habitude et le goùt de ces
grandes opérations de guerre offensive I dont
.1a théorie intrépide el la pratique longtemps
irrésistible avaient été l'instrument de sa
grandeur et la gloire de son règne. !llarbot
flattait ces souvenirs dans l'Empereur déchu
plus qu'il ne l'aurait voulu faire peut-être
dans l'Empereu r tout-puissant; mais il écrivait en homme convaincu. Il défendait la
guerre d'invasion comme quelqu'un qui
n'avait jamais fait autre chose, avec conviction, avec ,,érité, par entrainement d'habitude
el sans parti pris de plaire à personne. li
était l'homme du monde qui songeait le
moins à plaire, quoiqu 'il y eût souvent bi~n
de l'art dans sa bonhomie, bien du cœur et
bien de l'élan dans sa rudesse. Le général
Rogniat avait écriti que les passions les plus

de la France démocratique que la Charte
de 1814 avait consacrés, esprit libéral, cœur
patrio~e, }fafbot s'était senti tout naturellement entrainé vers un prince- qui avait pris
une pari si glorieuse en 1792 aux premières
victoires de l'indépendance nationale et qui,
le preniier 'aussi, en 1815, avait protesté du
haut de la tribune de la pairie contre la
réaction et les proscripteurs. Aussi quand le
duc de Chartres fut en âge de compléter par
des études militaires la brillante el solide
éducation !]_u'il avait reçue à l'Université, sous
la direction d'un professeur éminent, ce fut
au colonel Marbot que fut confiée la mission
de diriger le jeune prince dans cette voie
nouvelle ouverte à son intelligence et à son
activité; et tout le monde sait que le disciple
fil honneur au maître. Dès lors le général
Marbot (le roi l'avait nommé maréchal de
oamp après la révolution de Juillet) ne quitla
plus le duc d'Orléans jusqu'à sa mort; et il
le servit encore après, en restant attaché
comme aide de camp à son jeune fils. Devant
le canon d'AnYcrs, en 1831; plus tard,
en l 855, pendant la courte el pénible campagne de Mascara où il commanda l'avantgarde; en 1859, pendant l'expédition des
Portes de Fer; en J 840, à l'attaque du col de
Mouzaïa, partout Marbot garda sa place
d'honneur et sa part de danger auprès du
prince, et il reçut sa dernière blessure à ses
côtés. c1 ••• C'est votre faute si je suis blessé J&gt;,
dit-il en souriant au jeune duc, comme on
le rapportait à l'ambulance. - , Comment
cela? dit le prince. - Oui, monseigneur;
n'avez-vous pas dit au commencement de
l'action : Je parie que si un de mes officiers
est blessé, ce sera encore Marbot? Vous avez
gagné!. .. l&gt;
Je montre là, sans y insister autrement,
un des côtés de la physionomie militaire de
~[arbot: il avait, dans un esprit très sérieux,
une pointe d'humeur caustique très agréable.
Il était volontiers railleur sans cesser d'être
hienveillant. Une singulière finesse se cachait
dans ce qu'on pouvait appeler quelquefois chez
lui son gros bon sens. J'ajoute que les dons
les plus rares de l'intelligence, la puissance
du calcul, la science des faits et le goùt des
combinaisons abstraites s'alliaient en lui à
une imagiaation très invenlive, à une curiosité très littéraire et à un géaie d'expression
spontanée et de description pittoresque qui
n'était pas S!;!ulement le mérite du conteur,
comme je l'ai dit, mais qui lui assurait partout, dans les délibérations des comités, dans
les conseils du prince, et jusque dans la
Chambre des pairs, sur les questions les plus
générales, un légitime et sérieux ascendant.
D'un commerce très sûr, d'une loyauté à
toute épreuve, sincère el vrai en toute chose,
Marbot avait, dans la discussion, une allure,
non pas de guerrier ni de conquérant, personne ne supportait mieux Ia contradiction, - mais de raisonneur convaincu et
déterminé, qui pouvait se taire, mais qui ne
1. Voir le chapitre ir.tilulé : Des grandes opb·ase rendait pas. Il avait, si on peut le dire, l ions
o/femives. p. 597 cl suiv. de l'ouvrage précilê.

propres à inspirer du courage aux troupes
étaient, selon lui, (f le fanatisme religieux,
l'amour de la patrie, l'honneur, l'ambition,
l'amour, enfin le désir de's richesses ... . Je
passe sous silence la gloire, ajoute l'auteur;
les soldats entendent trop rarement son langage pour qu'elle ait de l'influence sm· lem·
courage .... &gt;l C'était là, il faut bien l'a,,ourr,
une opinion un peu métaphysique pour
l'époque oit le général Rogniat écrivait, et
qui, ftît-elle fondée (ce que je ne crois pas),
n'était ni utile à répandre ni bonne à dire.
« ,. . Mais quoi! s'écrie le colonel Marliot
dans sa réponse, quoi! ils n'entendaient pas
le langage de la gloire, ces soldats qui jurèrent au général Ilarnpon de mourir avec
lui dans la redoute de Montélésimo ! Ceux
qui, saisissant leurs armes à la voix de li:léber, préférèrent une halaille sanglante à une
capilulation honteuse! Ils n'entendaient pas
le langage de la gloire, ces soldats d'Arcolc,
de Rivoli, de Castiglione et de Marengo,
ceux d'Austerlitz, d'Iéna et de Wagram! Ces
milliers de braves qui couraient à une mort
presque certaine dans le seul espoir d'obtenir
la croix de Ia Légion, n'entendaient pas le
langage de la gloire!... Que veulent donc ces
braves .:ïoldats qui s'élancent les premiers sur
la brèche ou s'enfoncent dans les rangs des
escadron.:ï ennemis? Ils veulent se distinguer,
se faire une réputation d'hommes intrépides,
qui attirera sur eux l'estime de leurs chefs,
les louanges de leurs compagnons et l'admiration de leurs concitoyens. Si ce n'est pas
là l'amour de la gloire, qu'est-ce donc 5 ?... &gt;&gt;
J'ai cité cette héroïque tirade, non pas
pour donner une idée du style du général
Marbot : il a d'ordinaire plus de tempérance,
plus de mesure, plus d'originalité, même
dans sa force; mais ce slJtle lt la ba1·onnelle
qu'on aurait pu taxer de déclamation dans
un temps différent du noire, a aujourd'hui
un incontestable à-propos.
Une fois en guerre, qui ne reconnait que
celte façon de juger le soldat français est à la
fois la plus équitable, la plus politi1ue el la
plus vraie? !larbot était le moins pindarique et le moins déclamateur des hommes,
quoiquïl y eùt parfois bien de l'imagination
dans son langage. Mais un sûr instinct lui
avait montré ce qui fait ballre la fibre populaire sous l'uniforme du soldat et sous le
drapeau de la France; el aujourd'hui, après
quarante ans, en rapprochant de ces lignes
épiques, détachées d'un ,,ieux livre, la liste
récemment présentée au général Canrobert
des 8,000 braves qui se sont fait inscrire
pour l'assaut de Sébastopol, n'est-ce pas le
cas de répéter avec le général Marhot : Si
l'amour de la gloire n'est pas là, où est-il
donc? ...
Cette solidarité traditionnelle de la bravoure dans les rangs de l'armée française,
aussi loin que remontent dans le passé ses
glorieuses annales, est très nettement marquée dans l'ouvrage que le colonel !larbot
écrivait en 1816 el qu'il publiait quelques
1

2. Co11sidéraliou.,; s111· l'a1·t de la guen·e, p. 410.
5. Rewm·ques critiques, etc., p. HH-102. _

.,. AU CHATEAU DE lMONDETOUR
SOUVENIRS nES C.\MPAGNES DU G11N~:RAL BARON l)E MARJIOT, CONSERVr.S
•

(Seine- lnférieme). - Tat/eau de E. DE

Ro1sLE1·0MTE.

• de cours dc sa br_c a· Ao-reda·
chapeau
d'aide de
troué d'un
biscaïen,
à !a bataille a·E1·!au; épau•
Sur la table, de gauche à droite : shako d_'aidc de camp cnt~11lé
. ,,. . -'hako
de co"!onel
ducamp
..,. hussards
porté
,i \Yatcrloo. - Sur e fauteuil :
~ lcttes et aiguillettes portees pr Je g-éncral en_ qu~lité d'aide de ccmp du
O~lc{;t 5.' ;uîdon du 2 3. chasseUrs pendant les campagnes de Russie et de Saxe. uniforme de co!cr.cl du ï. hu!sards r,orté a "atcrloo .. - ,\_u•des.s.u~ el " t"b'r·etachc de colonel du~· hussards.
·
Panneau supéncur, a droite. sa ire c sa
1

dt~

�1f1ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
années après. S'il l'eùt écrit vingt ou trente
ans plus tard, il n'eùt pas seulement nommé

les conquérants de l'Égypte, de l'Allemagne
el de l'Italie; il eût signalé, dans les héritiers de ces belliqueux instincts, la même
llammc d'héroïsme qui animait les pères; il
les eût suivis sous les murs de Cadix, dans
les champs de la llorée et à l'attaque du fort
!'Empereur. Plus lard, il eùl cité ces infati~ables soldats qui nous ont donné l'Afrique :
il les avait vus à rœuvre.
Il est mort en faisant comme nous tous de
patriotiques Yœux pour le succès de nos
armes, engagées si glorieusement et si loin!
Les. drapeaux changent, les révolutions s'ac•
cumulent, les années s'écoulent : la bra\'oure
française ne varie pas. Elle est dans la race
et dans le sang. Marbol élait plus que per5,onne un type éminent de ce courage de natu,·e, comme il l'appelle, qui n'a pas seulement la solidité, mais l'élan, qui n'attend pas
l'ennemi, qui court à lui et le surprend,
comme les zouaves à !'Alma, par ces apparitions soudaines qui font de la vitesse ellemême un des éléments de la victoire. Ce
courage de l'invasion, de l'o!Tensive, c~t art
ou plulôt cc don de marcher en avant, (( de
tirer avantage des lenteurs Je l'ennemi, de
l'étonner par sa présence, et de frapper les
grands coups avant qu'il ait pu se reconnaitre D, celte sorte de courage était bien
celle qui convenait à une nation prédestinée,
plus qu'aucune autre, par la franchise de son
génie, par l'expansion contagii::use de son ca•
raclère, par la facilité de sa langue acceptée
de tous, à la diffusion de ses sentiments el
de ses idées; et il n'est pas inutile de le rappeler, au moment où un si grand nombre de
Français sont en ligne devant un redoutable
ennemi. Marbot avait, avec toutes les 'lualités
sérieuses du métier, ce courage d'a,,antgarde, el il était cité dans l'armée pour l'audace de ses entreprises ou de ses aventures.
Un jour (c'était, je crois, au début de la
campagne de Russie, et il venait d'être
nommé colonel), il arrive à la lêle de son régiment devant un gué qu'il avait mission de
franchir. Le passage était défendu par un
nombreux détachement de Cosaques, appuyés
sur une artillerie imposante. Marbot fait reconnaître ]a po:-ition, qui est jugée imprenable. « !larchons, dit-il, mes épauletles
sont d'hier, il leur faut un baptême; en
avant!. .. » En disant cela, il pique des deux.
Il y eut là, pendant quelques instants, une
luue corps à corps, sabre contre sabre, et
des prO\'ocalions d'homme à homme, comme
dans un chant d'Homère. Enfin l'ennemi
céda, les canons furent pris. llarbot reçut
sa huitième blessure, mais il passa.
Le crénéral Marbol a,ait été fidèle à l'Em•
pire j~squ'à souffrir, en mémoire de celte
Alorieuse époque, la proscription et l'exil.
Nous aYons ,u comment la Restauration lui
rendit à la fin justice, et comment la dynastie
de Juillet lui donna sa confiance. La révolution de Février le mit à la retraite. Le général Marbot se résigna. Il accepta sans se
plaindre une disgràœ qui le rattachait encore

à la royauté déchue. Il avait la qualité des
nobles cœurs, il élait fidèle. Le souci très
éclairé et très intelligent du père de famille
n'avait jam?is affaibli chez lui le citoien ni le

soldat. Après avoir élé un des héros de l'épopée 'impériale, il fut un des personnages les
plus considérables el les plus fal'orisés de la
monarchie de Juillet, et il s'en est souvenu
jusqu'à son dernier jour, non sans un méJange de douloureuse amertume quand il
songeait à cette jeune branche d'un tronc
royal, brisée fatalement sous ses yeux, mais
avec une imperturbable sérénité de conscience, en songeant aussi qu'il n'avait jamais cessé, depuis soixante ans, de servir son
pays sur tous les champs de balaille, dans
toutes les rencontres sérieuses, dans l'armée,
dans le Parlement, dans les affaires publiques,
dans l'éducalion d'un prince, el jusque dans
ces derniers et trop courts loisirs de sa verte
,·ieillesse, consacrés au récit de nos grandes
guerres et au souvenir de nos victoires immortelles.

ÉTATS DE SERVICES
de

J eau-Baptiste-An toine-M arcelli n,
Baron de Marbot.
Né à Altillac (Corrèze), le 18 août 1782.
Entré au 1el' régiment de hussards . . 28 septembre 1799.
Maréchal des logis . 1". décembre 1i 99,

Sous-lieutenant . . 51 décembre 1799.
Passé au 25e régiment de chasseurs à
11 juin 1801.
cheval. . . . . . .
Envoyé à l'école
d'équitation de Versailles. . . .
12 septembre 1802.
Nommé aide de
camp du général Au51 août 1803.
gereau. . . .
H
juillet 1804.
Lieutenant . . . .
5 janl'ier 1807.
Capitaine. . . . .
Passé aide de camp
2 nol'embre 1808 ·
du maréchal Lannes .
Che! d'escadrons .
5 juin 1809.
Passé aide de camp
18 juin 1809.
du maréchal !!asséna.
Passé au 1er régiment de chasseurs. . 25 novembre 18 11.
Passé au 23e régi28 janvier 1812.
ment de chasseurs. .
Colonel ou 23' régi•
ment de ehasseurs. . ·15 nol'embre 1812.
Passé au 7• de hus8 octobre 1814.
sards . . .
Porté sur la 2• liste
da l'ordonnance royale
24 juillet 1815.
du . . . . . . .
Sorli de France
12 janvier 1816.
d'après la loi du. . .
Rappelé par l'ordon15 octobre 1818.
nance du.
Admis au traite•

ment de réforme . .

Rétabli en demisolde avec rappel du.
1" a\Til 1820.
Colonel du 8• régiment de chasseurs. .
2':? mars 1~29.
Aide de camp de ~A. Il. le duc d'Orléans.
12 aoùt 1830.
Maréchal de camp.
22 octobre 1~:iO.
Compris dans le cadre d'activité de l'étal2':? mars J8j 1.
major général. . . .
Commandant la 1"'
brigade de cavalerie
au camp de Compiègne . . . . . . . .
18 juin 183t.
Commandant une
brigade de grosse cavalerie au camp de
Compiègne . . . . .
10 juillet 1856.
Lieutenant général
maintenu dans ses
fonctions d'aide de
camp de S. A. Il. le
duc d'Orléans. . . .
21 oclohre 1858.
Mis à la disposition
du gouverneur de I' Al:; avril 1840.
gérie . . . . . . .
m,i -!MO.
llentré en France .
Membre du comité
d'état-major . . . . 20 septembre 1841.
Nommé inspecteur
µénéral pour 1842 du
,J4e arrondissement de
22 mai 1842.
cavalerie. . . . . .
Commandant
les
troupes destinées à figurer la ligne ennemie
dans le corps d'opéra29 mai 1842.
tions sur la Marne. .
Aide de camp de S.
A. fi. Monseigneur le
20 juillet 1842.
comte de Paris . . .
Inspecteur général
pour 1845 du Re arrondissemcnl de cava11 juin 184:i.
lerie
. . . . . .
inspecteur général
pour 1841 du 6•· arrondissement de cava•
25 mai 1844.
lerie . . . .
Membre du comité
13 avril 1845.
de cavalerie . . . .
Inspecteur général
pour 184â du 2• arrondissement de cava24 mai 1845.
lerie . . . . . . .
Inspecteur général
pour 1846 du 2• ar-

rondissement de

C.'l\1 a-

lerie . . . . . . .

Inspecteur général
pour 1817 du 15• arrondissement de cavalerie . .
Maintenu dans la Ire
section du cadre de
l'état-major général .
Admis à faire valoir
ses droils à la retrailr

.JJftM01'lfES DU GÉNÉ~JU. BJl~ON DE .JJfll~BOT

1rr aniI 1~20.

27 mai 1840.

11 juin IX\7.
l"' aoùt 1817.

par le passage d'un
boule!, qui a enlevé la
8 juin 18i8. corne de son chapeau à
8 février 1807.
16 novembre 1854. la bataille d'Eylau. .
Un coup de sabre
au front à Agreda. . I" novembre 1808.
(jn coup de feu au
travers du corps au
Campagnes.
siège de Saragosse . .
9 lévrier 1809.
Un coup de biscaïen
An Vlll, Italie. -An IX, Ouest. - An\,
dans la cuisse droite
Gironde. -An XII, au camp de Balonne. 22 mai 1~09.
An Xlll,aucamp deBresl.-An XIV, 180:,, à la halaille d'Essling.
Un
coup
de
feu
au
1806 et 1807, Grande Armée. - 1808 et
1809, Espagne et Autriche.-1810 el 1811, poignet gauche au
12 juillet 1809.
Portugal. - 1812, llusù. -- 1815 el combat de Znaïm . .
Un coup d'épée dans
18H, Grande Armée. - 1815, Belgique. 1831, 1832, à l'armée du Nord. - 1855, e visage et un coup
de sabre dans le \'en1~59 el 1840, en Algérie.
re au combat de Miranda de Corvo . . .
1'&gt; mars 1811.
Un coup de feu à
l'épaule gauche au
Blessures.
combat de Jakoubo110.
31 juillet 1812.
Un coup de baïonUn coup de lance
nelle au bras gauche.
au genou droit au
A!Tecté d'étourdissecombat de Plechtchéments considérables
nitsoui . . . .
l décembre 1812.

par décret du.
Retraité par arrèté
du . . . . .
Décédé à Paris

17 avril 1848.

Un coup de flèche
dans la cuisse droite à
la bataille de Leip,ig .
Un coup de lance
dans la poitrine à la
bataille de Waterloo .
Une balle au genou
gauche dons l'expédition de Médéah. . .

18 octobre 181;;.
18 juin 1815.
12 mai 1840.

Décorations.

Ordre de la Légion
16 octobre 1808.
d'honneur. Chevalier.
28 seplemhre 181;;.
- Orficier. . .
21 mars 1831.
- Commandeur .
30 avril 1836.
- Grand-officier .
Che\'alier de SaintLouis . . . . . . . 10 septembre 1814.
Grand-croix de la
Couronne de chêne de
décembre 1X32.
llollande. . . . . .
Grand officier de
août 18'&gt;2.
Léopold de Belgiqùe .
1845.
Pair de France en .

FIN

Par Paul de SAINT-VICTOR
~

Machiavel
L'éternel grief jeté et rejeté, comme une
pierre, depuis trois siècles, à cette mémoire
qui m'apparait, à moi, son admirateur passionné, revêtue de la majes.té touchante d'une
grande statue lapidée, c'est son Traité du
Prince, c'est ce livre que le cardinal Poins

sorts du pouvoir, quelque cho~e comme la
Leçon ,L'anctlomie de Rembrandt, un maitre
noir disséquant un cadavre, sur une table de
marbre, devant de mornes élèves. Pour moi,
sans prétendre de,·iuer son énigme, et en
m'en tenant à sa lettre, je le prends comme

disait écrit avec le doigt de Satan, el qu'un
bénédictin proposait de couvrir d'une reliure
en peau de serpent, comme d'un san•benito
d'infamie, dans toutes les bibliothèques de la
chrétienté.
On a traduit en mille variantes les oracles
ambigus du mystérieux sphinx. Il en est qui
lui prêtent une formidable ironie, celle de ce
prophète de la Bible qui se roulait dans les
iniquités et les adultères. D'autres croient y
voir un piège à tigre, tendu à Laurent de
Médicis, auquel MacbiaYel dédia son œuvre;
une amorce de perversité oOerte au tyran de
Florence, pour le faire tomber dans le crime
el, de là, dans la haine et dans la mort.
D'autres enfin ne veulent y trouver que la
froide opération d'un chirurgien politique qui
démontre aux princes les organes et les res-

le produit naturel d'une époque à part, et je
ne reproche pas au fruit du mancenillier
d'être mortel.
N'oublions pas que ce livre lut écrit pendant un tremblement de terre d'anarchie,
d'invasions et de guerres civiles; alors que
Ioule idée de droit, autre que celle de la défense naturelle, avait disparu du monde;
alors que le sang humain aYait moins de prix
que n'en a aujourd'hui l'eau des fontaines.
Dans celte sombre el sublime Italie du
xv1e siècle, une créature inoffensive, sujet ou
prince, était bientôt détruite. La vie était une
lu lle, la maison une forteresse, le vêtement
une cuirasse, l'hospitalité un guet-apens,
l'étreinte un étouffement, la coupe offerte un
poison, la main tendue un coup de poignard.
La patrie esl livrée aux factions du dedans et

aux barbares du dehors, l'ennemi est aux
portes, la révolte dans la rue, la conspiration

dans l'église, le_ brigandage dans la campagne:
parlout la trahJSon, partout la haine partout
la méfiance, partout la mort.
'
Machiavel fait son prince àl'ima•e du temps
qu'il d~it go~verner. Il le trempe, pour le
rendre IDl'u!nerable, dans le Styx de sang qui
co~le à pleins bords; 11 lm forge, sur sa
froide enclume, une armure de dissimuJation
à, l'épreuve des plus pénétrants regards;
1 habitue aux horreurs, comme Mithridate
aux poisons. Cela est atroce sans doute mais
encore une fois, cela est du temps. '
'
Et puis n'oublions pas l'excuse suprême
~e, ce hvre _condamné! son dernier chapitre :
1 Exho,·tatwn au prince de delivrer l'Italie
des barbares, hymne digne de Tyrtée, qui
éclate, comme un chœur héroïque de trompelles, el répand la solennité fatale d'un sacrifice propitiatoire, pou1· le salut du peuple,
sur les meurtres moraux et les étouffements
de vertus qui s'accomplissent au-dessous
dans les profondeurs des ténébreuses théorie;

il

�-

msT01{1J1 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ·

qu'il domine. Ce prince que Machiavel nourrit,
à la façon des oiseaux de proie, d'axiomes
carnassiers et de sanglantes doctrines, c'est
contre les ennemis de sa patrie qu'il ,,eut le
lancer, furieux, armé, implacable; c'est
contre eux qu'il aiguise ses serres, qu'il
exerce son ml aux cercles perfides, aux directions obliques, aux attaques impréYues, el
qu'il l'allèche aux curées féroces du vaincu et
du peuple ,, terre.
Mai,, une fois la part de blâme laite et
p,rfailc au livre du Prince, quelle grande
vie que celle de llachiavel ! li était de la race
de ceux dont le royaume est de ce monde, rl
qui sont fails pour manier, à pleines mains,
les choses el les hommes. Sa jeunesse se
passe dans les ambassades, à négocier les
affaires de Florence auprès des papes, des
empereurs et des rois. C'est contre César Borgia qu'il lait ses premières armes de diplomatie militante. César ne se dérange pas pour
Machiavel; il conçoit, médite et exécute ses
crimes devant lui, avec l'effrapnte sérénité
d'un damné et l'ingénieuse perfection d'un
artiste. Macbia\'l'l ne se contente pas de Jt,s
trammettrc à la seigneurie de Florence; il
les prédit, il les devance, il les prophétise;
il lit dans les entrailles du monstre, comme
un augure dans celles d'une viclime, et, plus
tard, quand son jour est venu, c'e~t lui
qui montre à l'ilalie le défaut de celle cuirasse di.1bolique, qui semblait trempée au
leu de l'enfer.
Mais arrirc la restauration des ~lédicis; la
flépublique succombe, et Matl1ian:l, disgracié,
est brusquement écarté d~ celle vie des a(îaircs,
sa région et son élément.
Il conspire, on l'arrête, on le met à la
question pour lui arrarher un aveu. Mais
autant aurait valu iorlurer une statue de
bronze. A la fin , les Médicis lui font grâce, tl
c't.:st ici que commence son supplice: le supplice de l'activité enchaînée et du génie qui
se ronge lui-même.
Le gcand homme d'Élat, exilé dans sa métairie de San-Caseiano, y rugit d'ennui et de
colère. li implore des Médicis un emploi, une
fonction; un rôle, « fût-ce celui de tourner
une meule ou de rouler une pirrre ». Vous
diriez un lion affamé demandant sa pâture.
On a voulu voir un abaissement dans cette
attitude; je n'y vois, pour ma part, que la
secousse d'une grande force comprimée, qui
tend les bras à l'action loinlaine et se débat
dans son vide. Que lui importait, à lui, le
nom propre du pouvoir, Médicis ou Soderini,
Léon X ou Clément Yll! Ce qu'il voulait,
c'était agir, discuter, convaincre, persuader,
travailler pour ~a villr, en lon ouvrier d'élo~

quence, et courir, entre les nations et elle,
comme la navette d'un tisserand entre les fils
de la toile dont elle trace le dessin el agrandit
la trame.
Les Médicis dédaignent ou redoutent ce

MACIJIAVEL.

D'après 1m

tableau de l.i Galerie des
J Florence.

Ujfices.

tout puissant auxiliaire; alors rhomme · de
pratique se rejelle dans la théorie. li compose
ses immortels Disco111s sur 'l'ile Lti 1e, son
llisloire de Casl1'11cio Caslrat'ani, son merveilleux conte de Belphryor; il aiguise et rarfi'nc amoureusement le style d'acier ciselé du
livre du Prince ; il groupe, autour de lui,
dans les jardins de Ruscellai , un Décamérun
politique dont il est la voix et l'oracle.
Mais ni le tra,ail ni l'abstraction ne peuvent guérir la fiè,·re lente qui le consume.
L'inaction pèse, comme la chape de plomb
dantesque, à cette âme fougueuse; pour y
échapper, il sejelle dans la mort de l'orgie et
de l'ivres se. Le bison, a dit Jean-Paul, dans
une comparaison sublime, se roule dans la
fange pour_ guérir ses blessures. Ainsi fait
l'homme d'~tat, meurtri de la chute de rnn
ambition idéale. li faut l'entendre, dans un
transport de joie sardonique, crier son abjection à tous cenx qui passent, en jetant contre
le ciel plus que son sang, sa boue.
« Tous les jours, - écrit-il à son ami
Vellori, - je vais à l'hôtellerie. Là sont ordinairement l'hôle, un boucher, un meunier et
deux chaufourniers. Jem'encanaille - m'in-

yoglioffo - arec eux, en joijanl à la crica.
Mille disputes s'élèvent, mille injures se croisent; le plus souvent, c'est pour un quatrino,
et l'on nous entend crier de San-Cajetano.
Ainsi vautré dans celle bassesse, j'empêche
mon cerveau de moisir, jedéreloppe la malignité de ma fortune, satisfait qu'elle me Ioule
aux pieds, pour voir si elle n'en aura pas
lionle. »
Elle n'en cul pas honte, l'aveugle déesse,
el, quand elle sembla revenir à lui, quelques
années après, ce lut pour le mystifier el le
tral1ir encore.
Les Médicis se réconcilient enfin arec le
théoricien du pouvoir, et leur premier acte
de faveur est de l'enroier en ambassade auprès ... d'un chapitre de capucins. li s'agissait
de je ne sais quelle chicane de couvrnt à pacifirr. Il y alla, le pauvre grand homme; cl,
pour ma part, je ne sais pas de plus poignante
ironie du sort que ce dix-huitième d'épingle
dnnné à faire à la main puissante qui venait
de forger la panoplie des dominations et des
majestés. Machiavel ju3e du camp d'une
batrachomyomarhie monastique! le lion arbitre des querelles d'une fourmilière 1
L'invasion des Impériaux décide enfin le
pape Clément Vil à appeler Machiavel au
secours de l'[ talie. Il se jette en héros dans
llome menacée, et }' prodigue, en quelques
jours, des trésors de génie, d'é} ,1 quf'!nce et
d'inventions soudaines. La prise de la ville
éternelle le renvoie à Florence, où une leure
d'un brio éperdu, dont les rires rnnglotent et
dont la gaieté nane, nous le montre, au
milieu d~ la pesle, fou d'étourdissement,
malade d'ardeur et cherchant la mort dans
l'amour, alèC une fougue passionnée. Ainsi
les fiomains des dt}rnicrs temps de l'Empire
s'ounaient les veines et fondaient voluptueusement en sJng, dans l'eau parfumée des
Uains asiatiques.
Le reste de sa vie ne fut plus que disgràce,
langueur, abandon, lente agonie . La république restaurée de Florence Je traita en partisan des Médicis et rdusa ses services . Il
regagna son désert de San-Casciano, }a foudre
dans la poitrine, en répétant, sans doute, la
mélancolique apostrophe de Dante àFlorenee:
Papule mi, quùl feci tibi? li languit longuement, lentement, abreuvé d'ennui. Chassé de
cc monde, où il avait placé ses espérances, il
se réfugia dans l'autre. Sur la fin de sa vie,
il tourna le dos aux affaires, comme dit si
énergiquemen l Pierre Matthieu, et ne songra
plus qu'à l'éternité. JI mourut, désabusé,
amer, flétri, blessé au cœur, ne croyant
plus qu'au crucifix, qui consola sa dernière
heure.
i'AUL DE

SAINT-VICTOR.

FRANTZ FUNCK-BRENTANO
dj,&gt;

L'Affaire du Collier
bouche de souveraine, les mots a\'aicnl un
poids plus grand. Les traits qu'elle lançait
pénélraient plus avant, et les blessures faites
Marie-Antoinette 1
étaient d'aulant plus douloureuses que, le
plus souvent, la malice portait juste.
Dè3 son entrée à Strasbourg, la petite
Quand elle était venue à la cour de France,
dauphine avait eu un mot que la ville entière
Marie-Antoinetle était encore une enfant.
a\'ait répété. Comme le chef du )lagistrat,
Louis XV en fait la remarque. Ses plus grands
c'est-3.-dire du com:eil de villP, dans la pemée
plaisirs,
à elle, épouse de l'bérilier du trône,
de lui être agréaLle, entamait une harangue
sont des parties de jeux avec les enfanls de
en allemand : « Ne parlez pas allemand,
sa première femme de chambre, déchirant
monsieur, à dater d'aujourd'hui je n'entends
ses robes, détériorant le mobilier, meltant le
plus que Je français. »
salon sens dessus dessous. On s'attend à voir
Nous devons à la plume d'Edmond el de
entrer par la porte la maman grondcu:,;e. Et,
Jules de Goncourt le meilleur portrait de
de fait, le courrier de Vienne apporte les
~foric-Antoinetle qui ait étP. tracé :
gronderies: « On prétend, lui écrit sa mère,
« Un cœur qui s'é!ance, se liHe, se proque Yous commencrz à donner du ridigue, une jeune fille allant, les bras
dicule au monde, d'éclater de rire au
ouverts, à la vie, avide d'aimer et
visage des gens. Cela vous ferait un
d'ètrc aimée : c'est la dauphine. Elle
tort infini, et ferait même douter de
aimait toutes les choses qui berçent
la Lonté de votre cœur. Ce défaut,
et conseillent la rêverie, toutes les
ma chère fille, dans une princesse,
joies qui parlent au, jeunes femmes
n'est pas léger. u Louis XY fait appeet distraient les jeunes sauve.raines :
ler Mme de Noai,lcs. li désire causer
les retraites familières où l'amitié
de la dauphine. Assurément ses quas\:panche, les causeries intimes où
lités et son charme mériten l tous les
l'esprit s'abandonne, et la nature,
éloges, mt1is elle a trop de vi,·acité
cette amie, et les bois, ces confidents,
dans son maintien public et trop de
cl la campagne et l'horizon, où le
familiarité, à la chasse, par exemple,
regard et la pensée se perdent, et
quand elle distribue des provisions
les fleurs et leur fête éternelle. Par
aux jcunrs gens réunis autour de .::a
un contraste sin3ulier, la gaieté couvoiture. Futilités,dira-t-011. LouisXV,
ne le fond Cmu, presque mélancoesprit clairvoiant, lisait peut-èlrcdans
lique de la dauphine. C'est une gaieté
l'avenir.
folle, légère, pétulante, qui va et
L'abbé de Vermand, qui avait é1é
vient, remplit toul Versailles de mouenvoyé à Vienne pour veiller à l'éduvement et de vie. La mobilité, la
cation de la future daupbine, n'avait
naïveté, l'étourderie, l'expansion,
pas cru devoir corubattre les tenl'espièglerie : la dauphine promène
dances de son caractère. Il les arait,
et répand tout autour d'elle, en couau contraire, aceentuées. \'ermond
rant, le tapage de ses mille grâces.
était, lui aussi, un homme de son
Lajeunesse et l'enfance, tout se mêle
temps : un abbé xv111e siècle, qui aien elle pour séduire, tout s'allie conmait l'esprit, les reparties rives, le
tre l'étiquette, toul plait en la prinbon sens et la bonne humeur. Au
cesse, la plus adorable, la plus lemme,
loin l'ennui, l'étiquette, le cérémonial
si l'on peut dire, de toutes les femmes
encombrant, dont une tradition sécude la Cour. Et toujours saulanle et
laire a embarrassé la reine de France!
voltigeante, passant comme une chanPRIXCESS E DE LAMBALLE.
« L'abbé de Vermond, disent les
son, comme un éclair, sans souci desa
D'aprês le dessitt de C.1R,10NTELLE (Musëe Condé, Chanti.11)'.)
Goncourt, voulait par l'éducation
queue ni de ses dames d'honneur. l&gt;
En tête de ces dames d'honneur
mettre )larie-Antoinetle plus prè.s
vient Mme de Noailles, duègne grave et solen- elle Fut bien de son temps, mais qui lui sus- de son sexe f[UC de son rang. » C'est la docnelle, pénétrée de l'importance de son emploi. cita des inimitiés irréconciliables. Dans sa trine de Jean-Jacques. L'auteur d'Émili•

H

\. Edmoml cl Jules ile GonC'ourl , 1/ist. ,Ir .llurit-Pierre de ~olhac, !Jlm·ieA11lowefle daupltme, ed. de 1808. - Ou même, fo

A11to1:11c1tr-, Cd. de. 188~. -

La dauphine, rieuse, l'a baptisée : !!me l'liliquelle. Quand la dauphine fut devenue reine
et mère, et que, tenant son enfant clans ses
bras, elle voulait le poser dans le berceau,
Mme de Noailles intervenait : ce n'était pas
conforme à l'étiquette. Il arriva, Marie-Antoinelte étant un jour montée tt dos d'âne,
que la hêtc, d'un coup d'arrière-train, la jela
sur 1~ gazon . Elle est assise dans J"herbe
haute, les jupes retroussées et battant dPs
mains : « Vile I allez chercher Mme de
Noailles, qu'elle nous dise ce que veut l'étiquette quand une reine de France est tombée
d'un à.ne! » Ce trait caractérise l'esprit de
Marie-Antoinette, son ironie raite de gaieté et
de bon sens; ironie charmante par laquelle

f:eim.' bf111"ie-.l11ioiiwlfe, Pnris, IX!)O. - )la~imc J,,
J;, Hochcterie et rnar&lt;piis ile Bc:mconrl , /,c/fres tfo
Marie-. lufoineUe, Paris, 1805. llémoires de
... 119 ,,,,.

Jlmc Campu. de llc~cmal. dl' ~!me (l'Oherkircl1.

111•

,1mc Vigcc •Lc Bruo. - Maoricc Tournr-u'i. M(lrieAului11elle dcva11t f'l!isloirc, Paris, 18ilü .

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111STO'R1A

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n'eût pas éduqué son élève différemment.
S'il était permis de supposer que Rousseau

encore se sont figuré, mais un petit village
réel, a rcc une exploitation rurale sérieuse,

LE l'.\RTAGE DF. L.\ POLO&lt;,:\!::. -

Estamte satirique.

eùt admis dans l'Ùat qu'il rêvait une souve- une vraie laitière el de véritables fermiers.
raine, on dirait que Marie-Antoinette eût réa- « Ce séjour de campa~ne, écrit )1. de :\olhac,
lisé son idéal. Qu'est-ce qui la caractérise? augmente la familiarité cl l'abandon. La
L'amour de la nature, l'horreurdesconvenlions reine de France y tient moins de place que
cl la sensibili Lé du cœur. \ a-t-il au lre chose . Mme dl' llonlesson ou la maréchale de Luxemdans les doctrines morales de Jean-Jacques?
bourg dans leur cercle à Paris. C'est une
Elle concevait la vie comme une petite maîtresse de maison sans prétention, qui
demoiselle sentimentale l'imagine à son prin- laisse volontiers ses invités se grouper au tour
temps : aller le matin, du haut de la colline, d'une femme, ~!me de Polignac, par exemple,
l'Oir se lever le soleil, courir dans les gazons el qui se réserve les soins de l'bo~pitalité.
verts, parmi les Oeurs des champs, se pro- Son unique plaisir est de plaire à des hôtes
mener dans les bois, ou le soir au clair de qui sont tous ses amis, à des amis choisis
lune. Sa résidence farnrile est un séjour par son cœur cl dont elle se croit aimée. l&gt;
qu'elle a rapproché de la campagne autant Quand elle entre, les femme~ ne 11uillent pas
qu'elle a pu, Trianon. Trianon n'a pas été le l'épinelle ou leurs métiers de tapisserie; ni
village d 'opéra-comi(1ue que les Concourt les hommes le billard ou le trictrac.
..., 120 ,..

On connaît lc.s traits de sa sensibilité.
C'était la reine qui, assise sur un fauteuil,
au haut d'une estrade oit ~lme \ïgée-Le Brun
la peignait, se précipitait pour ramasser le
pinceau de l'artiste, dans la crainte que
cdle-ci, en état de grossesse a,aneée, ne se
fit mal. Les SOU\'enirs de )(me Vigée-Le Orun
ont laissé de jolis dét:iils sur les « ~éances l&gt;
de son modèle. Quand on était fatigué de
peindre et de causer, la reine Pl l'artiste
chantaient au clarecin les duos de Grétry 1 •
C'était la reine qui, soucie~1se des jeunl's
filles de sa domesticité, lisait le malin les
pièces du soir - elle qui s'astreignait si difficilement à la lecture - pour savoir si le
spectacle leur en pou\'ait être permis. Le
postillon du carrosse où se trouve MarieAntoinelle, tombe et se blesse. Elle refuse de
continuer son chemin et ne veut repartir
qu'une heure après que tous les bandages
ont été post'•s. Elle a organisé les secours,
bns son émotion appelant tout le monde :
« Mon ami n, - pages, palefreniers, postillons. Elle leur disait, les tutoyant : 11 lion
ami, ,a chercher les chirurgiens; mon ami,
cours ,ite pour un lirancard; vois s'il parle,
~•11 est présent! i&gt;
~ous touchons au trait saillant de son caractère, il celui qui lui fera le plus de tort :
1'1rrésistil.ile besoin de témoigner son affection à ceux qu'elle aime el de recevoir les
témoignages d'affection de ceux dont elle se
croit aimée. D'abord sa mère. Celle-ci connait sa fille. Elle sait la puissance de la Lendresse qu'elle lui a inspirée, et qu'en MarieAntoinette la tête n'est pas capable de luller
contre le cœur. Elle en use et abuse. Après
avoir obtenu d'elle ce qui lui semblait le plus
dur, ce qui révoltait tout son être, qu'elle fit
lion visage à la Du Ilarry, - à l'époque où
celle-ci, maîtresse de Louis :\\', dominait la
cour, - ~farie-Thérèse et Joseph li pèsent
sur Marie-Autoinelle et parviennent à faire
d'elle leur auxiliaire dans l'affaire du partage
de la Pologne, dans celle de la succes~ion
de Ba,ière, dans celle de l'ouverture de l' Escaut. La seule idée politique que la reine ail
reçue étant enfant et qui, arnc le temps, a
pris én elle plus de force, est que l'union
étroite de la famille de sa mère a\'ec celle de
son mari, cimentant l'alliance des couronnes
de France et d'Autriche, e5l la base nécessaire de toute politique salutaire aux deux
pays. Elle écrit à sa mère en termes touchants : « )lercy m'a montré sa lettre qui
m'a donné fort à penser. Je ferai de mon
mieux pour contribuer à la conservation de
l'alliance et bonne union. 011 en serais-je s'il
arrivait une rupture entre nos deux familles'!
J'espère que le Bon Dieu me préservera de .ce
malheur el m'inspirera ce que je dois faire.
Je l'en ai prié de bon cœur. » Elle ne croit
pas trahir les intérèts de la France. - Au
reste, les trahit-elle? - Mais son attitude
parviendra grossie, dénaturée, dans la pensée
populaire. Son règne finira aux cris de &lt;( A
1. Les mémoires de )lmc \ïgéc-Lc Brun n'ont pa,
it,• rédigés par elle', mai, de son 1i\'8nt et pi:esquc
s'&gt;US sa &lt;1ic, t'.•C', ~ur sr:; noies el "!l'S ~ou,rnir..; .
1

HISTORIA

Cliché fiirau&lt;lon.

MARIE-LOUISE, ARCHIDUCHESSE D'AUTRICHE
F'EJ\IME DE NAPOLÉON l''
Tableau de j.-B. BORGIIESI. (Pinacothèque royale, Parme. )

�"-------------------------------- Z: An-

AJJ(E

»u Cou.œ~ - ~

bas I'Autrichienne! 1 qui l'accompagneront dans la gêne générale, la prospérité rapide,
jusqu'à l'échafaud; tandis que sa mère et injustifiée, des Polignac parait un défi provo- veut plus autour d'elle de demi-monde. Les
son frère, irrités de trouver en elle des résis- cant. A la cour, la noblesse s'en irrite, le femmes qui ne sont pas veuves ne paraitront
tances de Française, l'accusent de leur côté mécontentement gagne Paris, la f'rance en- qu'avec leurs maris; ce qui raye des listes
d'ingratitude, noMm.tant ses complaisances, tière. Il grandit, devient plus àpre par l"éloi- une foule de noms. Affronts qui ne se paret de ne pas êlre ,·is-à-vis d'eux la fille el la gnement. &lt;&lt; Depuis qu 1tre ans, écrit )lercy, donnent pas.
Au clan des courtisanes ne tarde pas à se
sœur dévouée qu'ils a,·aienl espéré.
on comple que toute la fam~lle de Polignac,
Poussée par son besoin d'affection, Marie- sans aucun mérite envers l"Elat et par pure joindre celui des dérn:s. La piété de la reine
Antoinette crut que, élant sou,·eraioe, il lui faveur, s'est procuré, tant en grandes charges est franche, simple, droite, prime-sautière.
était possiL!e, il lui était permis d'avoir des qu'en autres bienfaits, pour près de cinq Cérémonies et pratiques lui semblent de\'Oir
amis. ifous samns ses affections cordiales, cent mille livres de rerenus annuels. Toutes plaire à Dieu beaucoup moins que les élans
prime-sautières, charmaoles de forme et les familles les plus méritantes se récrient de l'àme et la bonté du cœur. Et cela encore,
d'expression. Deux noms en sont dHeous contre le tort qu'elles éprouvent par une telle les dérnts ne le pardonnent pas. D'autant qui'
célèbres : ceux de la détcieuse princesse de dispcnsatioo de grâces et, si l'on en voit ces dévots, La \'auguyon el sa suite, la comLamballe et de la jolie comtesse Jules de encore ajouter une qui serait sans exemple, tesse de llarsan et sa coterie, uaient été les
Polignac. « La comtesse de Polignac, dit le - il s'agissait de la donation de la terre de plus cyniques flagorneurs de la Du Barry et
duc de Lévis, arni t la plus céleste figure qu'on Bilt'he en Lorraine, - les clameurs et le dé- drs vices du ,·ieux roi. Infiniment bonne,
Marie-Antoinette n'eût pas pris sur elle de
pût voir. Son regard, son sourire, tous ses goût seront portés au dernier point. »
faire
un tort réel à la personne qu'elle eùt
traits étaient angéliques. Elle avait une de
Encore si, dans cc commerce d'amitié, &lt;1ui estimée le moins; mais cet enlrain qu'elle
ces tètes où fiaphaël sait joindre une expres- lui semblait l'essence de la vie, llaric-Antoision spirituelle à une douceur infinie. » Le oelle eût lrom·é des natures sincères et dé- apportait dans ses affections, elle le mellait
timbre de sa ,·oix élait pur et captivant. Elle Youées comme elle-même. De sa chère Poli- aussi dans ses antipalhies. Les deux traits
chantait d'une manière simple et sua,·e el gnac elle ne douta pas; mais clic ,·it un jour sont inséparables dans un caraclère. Son cœur
avec le plus gracieux abandon. Ses mouve- que l'amie préfér,:e n'avait élé dans ses était également franc et vif, 11u'il s'aAil d"aments souples et presque négligés avaient le mains, depuis des années, qu'un instrument mitiés ou d"aversions. Celles-ci se traduisaient
charme de la nature. Sa parure était toujours à procurer des fa,·curs. Et, d"autre part, que en brusqueries, boutadl's, en mols cinglants
des plus simples, une rose dans les cheveux, de désillusions! La reine ,·oulait ètre aimée comme des coups de fouet qu'elle faisait claune robe de linon ou de mousseline légère, pour elle, et elle ne tarda pas à comprendre quer d"une main légère. Et c'est ainsi qu'aublanche, Oottante, bien en harmonie avec ce qu'on n'aimait en elle que la reine. Le dou- tour d'elle, de qui l'àme élait encore celle
caracti·re nalurel, tendre, allectueux. Ses pa- loureux mouvement de recul! Mou,·ement d'un enfant alors qu'elle était dijà mère,
s'élèvent et s'entassent haines, rancunes et
roles semblaient des caresses, son sourire
qui, peu à peu, la rejclle vers les étrangers, rancœurs. A ses propos railleurs, mille bouavait la tendresse d'un baiser. Dès les pre- ceux qu'elle rencontre chez Mme d'Ossun, ou
miers jours, )farie-Anloinelle fut conqui~e. dans les salons des ambassades, les Slaël- ches invisibles, dJns des coins obscurs, mais
Et cc fut une de ces jolies amitiés de jeunesse llolstein, les Stratho,·en, les t'ersen, les Es- où elles sont d'autant plus à redouler, réponfaites de familiarilés el d'étourderie, de con- terhazy, le prince de Ligne. Si bien qu'à la dent par des traits 11ui portent du venin.
fidences et de badinage : « Des jeux où les Cour, autour d'elle, le mécontentement gran- 1&lt; C'est dans les méchancetés et les mensonges
deux amies n'étaient plus que deux femmes, dit encore. Comme on lui montre les incon- répandus, de 1785 à 1788, par la Cour contre
et, se lutinant cl se battant, se décoiffant vénients de celle préférence nou,·elle pour les la reine, écrivait le comte de la lfarck, qu'il
presque avec mille gr:\ccs animées, se dispu- étrangers, elle répond, a1·ec un sourire triste, faut aller chercher les pré tex les des accu~ataient entre elles à qui serait la plus forte. » d'un mot poignant : « fous uez raison, tions du tribunal rémlutionnairc en 17!1:;
L'affection de Mme de Polignac pour la mais c'est que ceux-là ne me demandent co:ltre Marie-Antoinette. »
La reine, il est vrai, était d'humeur joyeuse,
reine était sioct'.•rc et désintéressée. Son déta- rien. »
légère, si l'on veul. 1&lt; Elle aimait la vie, dichement des honneurs et de la fortune avait
Et alors, parmi ceux qui demandent sans
été un de ses principaux attraits aux yeux de lrève ni merci, que de colères! Elles se tra- sent les Goncourt, l"amusement, la distracAlarie-Antoinelle el un slimulaot à la com- duisent par des plaintes, des récriminations, tion, ainsi que l"aiment, ainsi que l'ont toubler de faveurs. Avec quelle joie elle avait bientôt des épisrammes, des satires. Jusqu'au jours aimée la jeunesse et la beauté. • La
appris un jour que son amie était chargée de sein de la Cour, on chante d"un ton moqueur : comlesse de la llarck, dans sa description di!
la cour de France, en parle à Gusta\'C Il :
famille et sans fortune, logeant à Versailles
Pet ile rei11e dr 1·i11gt 1ms,
« La reine va sans cesse à !'Opéra, à la Codans un médiocre hôtel de la rue des Bons(lui lr11ile~ mal ici Ir, g1·11•,
médie,
fait des delles, sollicite des procès,
Enfants ! Et rnici des places, des pensions,
roux rrpassere:. /11 b11rrièrr,
s'affuble
de plumes et de pompons cl se modes titres. Peu ambitieuse pour elle-même,
La11 /aire!
11ue de tout. » La note n'est pas encore lrop
Mme de Polignac, semblable à son amie,
Par étourderie, sans la moindre malveil- méchante, elle va s'envenimer. Au bal chez
était remplie d'afTcclion et de dévouemeut
lance,
le plus souvent en voulant obliger ses M. de Vitry, Marie-Antoinette cotre incognito,
pour les siens. Cc fut un nai parti qui se
amis,
la
reine s'est aliénée, l'une après l'au- en masque, a\'Cc la duchesse de la Yauguion.
groupa autour d'elle, d'abord ses parents,
tre,
les
plus
puissantes familles de la cour : Le marquis de Caraccioli, ambassadeur de
puis ses amis, puis des courtisans. Autour
les fiohan-}larsan-SouLise, qui arnient acquis Naples, ne la reconnait pas el lie conversation
de cette amitié fraiche et gracieuse les intrigues se nouent et les cabales se forment, une situation prépondérante, les Clcrmont- a\'ec elle, sur un ton de badinage. L'intrigue
des manœuvres et des menées. Marie-Antoi- Tonnerre, les Civrac, les La fiochefoucauld, amuse la reine qui y répond. liais ,·oici que
nette devient prisonnière de son amitié. Les les ~oaillcs, les Crillon, les Montmorency. le marquis rougit de confu~ion : a\'ec un
lianes d les ronces étoulîcnt les fleurs dans füvarol a une remarque très profonde. LouisX\l éclat de rire, la reine s'est démasquée. Le
leur fragile éclat. A son amie, la reine ne aimait sa femme d'un amour que les derniers lendemain, la chronic1ue s'est emp~rée de
peut rien refuser, et l'on Yoit peu à peu par llourbons n 'naient accordé qu'à leurs mai- l'anecdote et déjà l'on sent combien peu de
elle s'élever aux honneurs cl à la fortune une tresses. lJarie-Anloioelle hérita des haines chose suffirait pour la retourner contre la
famille aYec son cortège d'amis, de créatures que soulevait autour d'elle la maitresse du réputation de la jeune femme. La familiarité
el de clients, - la faction des Polignac. Ce- roi. Elle avait en outre conlrc elle les médi- de llarie-.\ntoinetlc a d'ailleurs été exagérée.
pendant la misère publique se fait cruelle- sances des femmes arri1·écs à la Cour par la « Son tact, dit le prince de Ligne, en impoment sentir. Les banqueroutes sont retentis- Du Barry. Sa \'erlu mèrue, sa purelé, leur sait autant que sa maje~ té. Il était aussi imsantes, les impôts semblent plus lourds, et, étaient une insulte, et c'est cette pureté possible de l'oublier que de s'oublier soiqu"elles s'efforcent de ternir. La reine ne mèmc. ,, Elle s'est rendue à !'Opéra avec la

�. _______________________________

. - - 1f1STOR,.1.Jl

,

princesse d'llénin. L'essieu de sa voiture se
brise. Elle monte en fiacre et arrive ainsi.
Nul ne saurait l'aventure si, franche et insouciante, elle ne la disait la première, dès son
rntrée : (&lt; Moi, en fiacre à l'Opéra, n'est-ce
pas plaisant?» Le lendemain se murmurait nt
à l'oreille de sales propos sur on ne sait
quelle aventure louche où la reine aurait été
mêlée. La jolie expédition par une malinée
d'avril, sur les coteaux de Afarl,, d'où l'on
verra le solèil monter à l'horizdn, se développe en tout un pamphlet, une ordure, le
Lever de l'A urore, que les courtisans se passent sous le manteau. Par les chaudes soirées
d'é1é, sur les terrasses de Versailles, MarieAntoioelle aime se promener. Des orchestres
dans le feuillage font entendre des accords
que la douceur de la nuit rend plus harmonieux. Marie-Antoinette, qui aime le peuple
et n'a pas de plus chère émotion que de sentir
chacun autour d'elle partager son plaisir, veut
que la fuule entre librement, Au bras du
comte d'Artois ou de la comtesse de Polignac,
elle y heurte le premier venu. Les gazelles
de Londres se remplissent de détails infàmes
sur les « nocturnales » de Vers-ailles. Les
Anglais sont friands des détails scabreux qui
transforment ces promenades familières en
immondes orgies. Les feuilles passent la Manche, sont traduites, se répandent dans Paris.
Les nouvellistes imaginent des folies à
propos des constructions de Trianon. Mazières
y a fait une décoration peinte sur toile arec
enchâssements de verroterie. On parle de
murailles de diamants. Ceux-ci ont birntàt
un tel seintillemrnt dans l'imagination populaire que, lorsque les députés aux Étals génc'iraux, en t 789, visitent Trianon, ils demandent obstinément à mir la s-alle aux diamants. Et comme il est impossible de leur en
montrer aucune, ils partent avec la conviction
que ce témoignage des folies royales leur a
été caché.
Les dépenses et les detles de la reine furent
la plus redoutable des armes dont on l'accaLla. Son étourderie l'yavait exposée, Louis XVI
dut un jour acquitter pour trois cent mille
livres de deltes que la reine avait faites personnellement. Les nouvellistes en parlèrent :
« En lui remt:Ltant ces trois cent mille francs,
disent les Mémoires secrets de Bachaumont,
le roi lui a fait sentir que ceux qui l'entouraient, de crainte de lui déplaire, lui déguisaient la vérité. Il la priait de réfléchir que
cet argent provenait de la substance la plus
pure des peuples et ne devait pas être consacré à des dépenses frivoles. l&gt; Le trait, qui
se répandit, eut des conséquences. En 1777,
une dame Cahouet de Villiers fut arrêtée
pour avoir escroqué d'énormes sommes d'argcnl en se servant du nom de Ja reine. Au
fermier· général Béranger, qui désirait des
honneurs à la Cour, elle avait fait croire que
la reine ,•oulait contracter un emprunt sans
en faire part au roi, parce que celui-ci 1a
grondait de ses trop grandes dépenses. Elle
montrait de faux reçus. L'argent fut donné.

et La reine, écrit le comte lleugnot, avait alors
une réputalion de légèreté que, sans doute,
elle n'a jamais méritée. On la supposait aux
prises avec les besoins d'argent que provoquait son goùt pour la dépense. On citait
d'elle des traits, des paroles, qui la faisaient
descendre du rôle de reine à celui de lemme
aimable. On se familiarisait avec elle à ce
dernier titre par la pensée. l&gt;
Quelques mois après l'alTaire Cahouet de
Villiers, le -19 décembre 1778, Marie-Antoinette mettait au monde le premier de ses
enfants. li était attendu depuis huit ans.
&lt;&lt; Ma santé est entièrement remise, écrit-elle
peu après à sa mère. Je vais rt&gt;prendre ma
vie ordinaire et, par conséquent, j'espère
pouvoir bientôt annoncer à ma chère maman
de nouvelles espérances de grossesse. Elle
peut être rassurée sur ma conduite et je sens
trop la nécessité d'avoir des enfants pour rien
négliger sur cela . Si j'ai eu anciennement des
torts, c'était enfance et légèreté; mais à cette
heure ma tête esl bien plus posée et elle peut
compter que je sens bien tous mes devoirs sur
cela. D'ailleurs je le dois au roi. Il
Ces paroles sont sincères et furent mises
en praliqne. Une profonde cl durable réforme
se fait dans Loule la vie de la souveraine. Mais
est-il encore temps d'arrêter la médi:iance?
Marie-Antoinette veut donner par elle-mème
l'exemple de l'économie. Au Salon de 1785
est exposé son portrait par Mme Vigéc-Le Brun
en robe longue, blanche, tout unie. Elle s'habille comme une femme de chambre, disent
les uns; elle veut, affirment les autres, ruiner
le commerce de Lion et enrichir les Ilelges
de Courtrai, sujets de son frère. Et l'on doit
enlever le portrait. A ce seul trait on voit la
profondeur de l'action qui a été exercée.« Les
accusalions contre la reine, dit M. de Nolhac,
on les lit dans les brochures obscènes qui
courent les cercles et passent de mains en
mains, du boudoir à l'antichambre; on les
retrouve dans ces recueils manuscrits où l'on
rougit de reconnaitre de nobles armoiries et
des e.t Libris de femmes. Les immondices
que remuera la fiévolution, les allusions à
Messaline et à Frédégonde, s'étalent en couplets piquants, aux rimes élégantes et poudrées, et les grandes dames les chantent sur
les airs à la mode, dans l'inLimité des fins
soupers. Mais les fenêtres sont ouvertes; les
passants de la rue écoutent, et, du salon, la
chanson descend au cabaret. Cs peuple, à qui
l'on enseigne le mépris des reines, des femmes et des mères, n'oubliera aucune des leçons qu'il a reçues, et ce sont les refrains des
gens de Cour qui les accompagneront à la
guillotine. &gt;&gt;
Et cependant, s-i une femme eùt dû être
sympalhique aux hommes de la RévoluLion,
c'était bien Marie-Antoinetle. Elle se rapprochait du peuple par so n alîecLion pour lui,
par la manière dont elle en élait émue, par
la manière dont elle s'elTorçnit de le comprendre. Elle se rapprochait des hommes de
la Révolution par les idées qui leur étaient

communes. ~·est-ee pas elle qui obtint l'autorisation du nfariage de Figaro; qui prit la
défense de Linguet; elle qui fil ses efforts
pour que Vollaire fùl reçu à la Cour? MarieAntoinette ramena Necker au ministère. Elle
soutint la double représentation pour le Tiers,
En 1788, elle supprimait spontanément pour
1 200 000 livres de charges dans sa Maison.
Le 8 juin 1775 avait lieu l'entrée solennelle de Louis XVI, encore dauphin, dans la
ville de Paris, avec la dauphine. L'enlhousiasme de la Ioule allait au délire. Les maisons élaient en Heurs, les chapeaux volaient
dans les airs. Des acclamations ininterrompues : cc Vive monseigneur le dauphin! vive
madame la dauphine! » se répétaient en
mille échos. « Madame, disait le duc de Brissac, vous avez là deux cent mille amoureux . n
Marie-Antoinette voulut descendre dans les
jardins, se mêler directement à la foule, remercier de plus près, serrer les mains qui se
lendaienl à elle. Et elle écrit à sa mère une
lettre où bat son cœur :
« Pour les honneurs, nous avons reçu
tous ceux qu'on peut imaginer; mais tout
cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a
louchée le plus; mais c'est la tendresse et
l'empressement de ce pauvre peuple, qui,
malgré les impôts dont il est accablé, était
transporté de joie de nous voir. Lorsque nous
avons été nous promener aux Tuileries, il y
avait une si grande foule que nous avons été
trois quarts d'heure sans pouvoir a\'ancer ni
reculer. Nous avons recommandé plusieurs
fois aux gardes de ne frapper personne. Au
retour, nous sommes montés sur une terrasse
découverte. Je ne puis vous dire, ma chère
maman, les transports de joie, d'affection,
qu'on nous a témoignés dans ce moment.
Qu'on est heureux dans notre état de gagner
l'amitié du peuple à si bon marché! li n'y a
pourtant rien de si précieux. Je l'ai senti et
je ne l'oublierai jamais. »
Marie-Anloinelle et les Français de la Révolution étaient faits pour s'entendre i mais
entre la reine el le pays s'était glissé Basile :
il est l'homme du jour. Beaumarchais, qui a
laissé de son temps une pitloresque peinture,
l'a merveilleusement défini: « La calomnie!. ..
il n'y a pas de plaie mécbanceté, pas d'horreur, pas de conte absurde qu'on ne fasse
adopter en s'y prenant bien .... D'abord un
bruit léger rasant le sol comme l'hirondelle
avant l"orage, 7ûanissimo murmure et ûle et
sème en courant le trait empoisonné. Telle
bouche le recueille, et piano, piano, vous le
glisse adroitement. Le mal est rait, il germe,
il rampe, il chemine, 1·in(orzando, de bouche en bouche il va le diable; puis, tout à
coup, ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à me
d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, · enveloppe, arrache, entraîne, éclate
et tonne; et devient, grâce au ciel, un cri
général, un c1·rscenrlo public, un chorus universel de haine el de proscription '. l&gt;

1. 11 im1wrte ici ,l'olisern~r qu'en 1îH Hcaumarcl1ais arail clé Cll\'oyê à Londres par Louis XVI cl

~arlinc pour y acl1clcr l'Cdition entiCrc 11'1111 affreux
pamphlet cont re )lal'ie-Antoincllc. C'Ctail J'.lvis im-

1w1·ta11l ù la brtn1du· 1•8pag11ofr SHI' st•s ilrnifa àl rl
{'QltrQ/llle ile Fm11ce, il difa11l tl'hfriti,i·/i, el qui

....,

121 w-

L'A'F'FJllR_E /JU COL1.1ER_ - - ,

Les Goncourt ont écrit ces lignes d'une ronne . La femme qui devait accomplir de Lrusque passage des voitures, ou se blottissait
vérité profonde :
pareille façon les actes suprêmes de sa vie, dans l'ébrasement des porles, la pauvre petite,
« La vie parliclÎlière, ses agréments, ses
attachements sont défendus aux souverains.
Prisonniers d'État dans leur palais, ils ne
peuvent f•n sortir sans diminuer la religion
des peuples et le respect de l'opinion. Leur
plaisir doit ètre grand et royal, leur amiLié
haute et sans confidence, leur sourire public
répandu sur tous. Leur cœur même ne leur
appartient pas, et il ne leur est pas loisible
de le suivre et de s'y abandonner. Les reines
sont soumises comme les rois à celle peine
et it cette expiation de ]a royauté. Descendues
à des goùts privés, leur sexe, leur àge, la
simplicité de leur âme, la naïveté de leurs
inclinations, la pureté et le dérnuernent de
leurs tendresses, ne leur acquièrent ni l'indulgence des courtisans, ni le silence des
méchants, ni la charité de l'histoire. )l
Toute de son Lemps, dont elle fut l'expression vire et piltoresque, imbue de la philosophie Sèntimentaleet naturiste qui, du bourgeois au gentilhomme, avait pént'tré tous les
esprits, Marie-Antoinette crut qu'étant reine
elle pouvait èlre femme. Erreur que la Cour
où elle vivait ne lui pardonna pas; que ne
lui pardonna pas la Rél'Olution et qu'aujourd'hui encore nous avons beaucoup de peine
à lui pardonner.
Voici dans quelles conditions fürie-AnLoinette accouchait.
Le garde des sceaux, les ministres et secrétaires d'État attendaient dans le grand cabinet avec la Maison du roi, la Maison de la
reine et les grandes entrées. Le reste ùe la
Cour emplissait le salon de jeu et la galerie.
Tout à coup une voix domine : « La reine va
accouchrr ! &gt;J La Cour se précipite pèle-mêle
ani.; la foule. L'usage veut que tous entrent
en cc moment, que nul ne soit refusé : le
spectacle est public. On envahit la pièce si
tumultueusement que les para\·ents de la
tapisserie entourant le lit de la reine en sont
presque renversés. La place publique est dans
la chambre. Des Sivoyards montent sur les
meubles pour mieux voir. Une masse compacte emplit la pièce, la reine étouffe. « De
l'air! lJ crie l'accoucheur. Le roi se jette sur • LA FRA'iCE IŒÇOIT DES ,\l.\l:iS DE L'AUTHICIIE UN D.lUPHIN" 1 FRUIT PRÉCŒUX DE LEUR ALLIA'.'iCE.
Est;unpe al/egori.;_ue pubtue à l'occ.:,sion dt ta naissa11ct du Dauphin,
les fenêtres calreulrées et les ouvre avec la
force d'un furieux. Les huissiers, les valets
de chambre sont obligés de repousser les ba- aurait dù comprendre que son eœur n'a mit grclollanl dans ses baillons, pieds nus, les
dauds qui se bousculent. L'eau chaude que pas le droit d'aimer et que sa bouche n'avait traits tirés, les lèvres Lleuies de froid el de
l'accoucheur a demandée n'arrivant pas, le pas le droit de rire.
faim. Elle tendait une main fine, frèle, et
premier chirurgien pique à sec le pied de la
Elle ne le comprit pas, et fut guillotinée'· murmurait d'une voix tremblotante, que
reine. Le sang jaillit. Deux SJVo)ards, debout
secouaient par moments comme des frisson,
sur une commode, se sont pris de querelle
VII
de colère : « Pitié pour une pauvre orpheline
et se disent des injures. C'est un vacarme.
du sang des Valois I JJ Les passants, la pluEnfin la reine ouvre les )"eux, elle est sauJeanne de Valois
part, ne l'écoutaient pas; d'autres jetaient,
véc1.
dislrails ou hautains, quelque monnaie; ceux
Tel était le cérémonial de la cour de France
On était en mars et il faisait encore froid. qu'arrêtaient ses paroles « ... une orpheline
quand la reine donnait un héritier à la couElle se collait vile contre les murailles au du sang des Valois JJ, répondaient des injures:
peut éfre frès

t1l1le it

Ioule la famille de Bourbon,

IUl'fout au. roi !.oui, Xl' I , signé: G. A. (Guillaume

Angelucci) , à Pal'is, 17H. Cet Angelucci éta it juif.
lleaumarrhais se mel en rapport avec l11i 1 achêle
l'l•dition.11 fait dClruirc les exemplaires cl proccde
de même pour une scronde (•dition à Amsterdam. li
allait r,~venir triompbant, quand il apprend 11u'Angelucci s'est sau\'é avec un exemplaire soustrait â Ja
destruction. - Voir Corresp. elll1'e blatie-Tltértse et
Uercy-A1·genteau) éd. ll'Arncth et Geffroy, 11,224;

-A. d'Arneth, Reaumm-clrnis u. So1111e11fels \'icnnc,
1868i ; - Paul lluol, Rraumarchaù en .ll/e111ag11c
(Paris, 1869). - Peu aprés il fallut racheter un
autre pamphlt 1. les .lm1Jit1•., de f.lwl'lol el de 'l'oi11clle, s. 1. 1 iiO. Chal'lot reprt·~entail le l'omle d'Artois. JI était ornt! d'estampes immondes La destruction en coüta 17 400 IIJ. a la cas,ctle particuliêrc de
l.ouis XVI, comme en témoigne la 11 uittance du libraire
Boissière, publiëe par llanuel, J&gt;olicc dévoilée, l ,

327-38 .

1. Ed. cl J. de Goncourt 1 !,Ja,•ie-A11foi11ellr,
p. 15l-:i2.
2. Œ :'tapolUou a \'li f'l Sll fJll&lt;'is l'l:l\'lg"CS 3 CXCl't'éS
o;ur l'&lt;'sprit puhlic. sur l'esprit ile la cour, la suppres~io11 011, au moins . l'amollldri~s&lt;'mcnt de l'C'11qucttc
par ~laric-AntoineUe. (.;uitlt:e, st1r\'cil1Cc, cmprisonni•c
par l't:tiquclic, la reine de Fr.lncc 11'ciH pas Clé
SOUt)t·onnCc, nul bruit n':iurail couru, nulle calomnie
ne se serait répandue. » l~redéric )lasson, !,forie/,ouise, p. 201.

�. _____________________________
,

L' Jl'F'F.1t1~1:

. - - 111STORJ.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « Oh! la petite friponne! » et la repoussaient
durement. Alors elle s'asseyait quelques instants sur les bords de la route, lasse, les
coudes sur ses genoux, le menton au creux
des mains. Le vent soulevait ses chereux chà~
tains dont il caressait son visage. Ses lèvres
frémissaient et ses yeux prenaient un éclat
e/Trayant. Elle regardait les carrosses, passant
comme un ven~ de tempête sur le pavé du roi,
de Paris à Versailles, les chevaux au poil
luisant, les cochers galonnés d'or, la livrée
brillante des laquais, les chapeaux à plumes
des gentilshommes, les dames dans leurs cerceaux garnis de satin et les fins corsages où
les dentelles faisaient comme une écume
légère que les diamants étoilaient de leurs
scintillements. Et les yeux de la petite mendiante avaient un éclat dur, ils brillaient de
haine et d'envie.
Le soir, elle regagnait un affreux taudis,
grimpant, épuisée, un escalier de boi~, ou•
vert à la pluie, que Ie lierre, la vigne vierge,
le chèvrefeuille avaient envahi. Tremblante
elle poussait la porte . Dans la pièce, c'était la
misère sordide. Un homme l'accueillait par
des jurons; une femme, qui était sa mère,
ne l'embrassait pas. Tous les jours l'enfant
devait rapporter une somme fixée; el, quand
elle ne l'avait pas atteinte, sa mère lui arrachait ses haillons pour la frapper jusqu'au
sang avec des poignées d'orties.
La petite était dans sa huitième année. Parfois elle emmenait sa sœur plus petite encore,
qu'elle portait sur son dos, après avoir fait
de son tablier une écharpe pour la mainlenir,
et ses genoux, quand elle avait marché quelque temps, pliaient sous le poiùs.
Par une fraîche matinée d'avril, où la
brume, baignée de lumière, faisait une
atmosphère joyeuse, l'enfant s'était arrêtée
hors d'haleine à mi-eôte du village de Passy.
Au loin, sur la route, un carrosse Œnait lentement. Elle l'attendit, et, quand elle lut
auprès, approchant et tendant la main :
cc Faites l'aumôi1e, pour Dieu, à deux
pauvres orphelines du sang des Valois.
- Que dis-Lu là, petite'! l) fit une dame,
richement parée, assise dans le fond du carrosse auprès d'un gros homme couvert de
. broderies qui, déjà, commençait à marmonner . H était absurde d'arrêter sa voilure pour
écouler les mensonges d'une gueuse. Mais la
dame voulait entendre, car déjà l'enfant avait
entamé son histoire. &lt;&lt; A merveille, répondit
la marquise, et je vous promets, ma bonne
petite fille, que, si votre récit se trouve véritable, je vous. servirai de mère. Mais prenez bien garde à vous, ajouta-t-elle, vous

repentiriez de m'en avoir imposé 1• ))
C'était la marquise de Boulainvilliers, qui
se rendait à sa terre de Passy en compagnie
de son mari, le prévôt de Paris ,: . La marquise, ainsi qu'elle l'avait dit, prit des informations auprès des Yoisins du logis qui servait d'abri aux petites mendiantes, ~L, plus
particulièrement, aupr&lt;'s de l'abbé ~noque,
curé de Bouiognc, sur la paroisse duquel elles
demeuraient. Le prèl re, homme de bien,
d'une charité féconde, avait pris ces malheureux en compassion. Au sujet de la mère et
des enfants, il s'était muni de renseignements
précis, qu'il avait fait venir de leur pays, de
Fontette 1 entre Bar-sur-Aube et Bar-sur-Seine,
et il s'empressa de les mellre à la disposition
de la marquise.
L'enfant s'appelait Jeanne; elle était la fille
ainée ' de Jacques de Saint-Rémy, baron de
Luz et de Valois, lequel était né dans son
chàteau de Fonlelte, à six lieues de Bar-surAube, le 22 décembre 1717, et venait de
mourir en l'Jlôtel-llieu de Paris, le 1G février 17U2. Quand elle disait qu'elle était du
sang des Valois, l'enfant disait vrai. Elle descendait réellement en ligne directe, par les
mâles, de Henri li, de la branche des Valois,
ainée de celle de Bourbon alors sur le trône.
La généalogie fut certifiée exacte par le juge
d'armes de la noblesse française, d'IJozier de
Sérigny, et par le savant Chérin,· généalogiste
des ordres du roi. Henri ri avait eu, de Nicole
de Savigny, Jlcori de Saint-Rémy, qu'il reconnut et légitima, reconnaissance et légitimalion
étant alors deux actes identiques et qui ~e
confondaient en un seuP. Henri de SaintRémy avait eu de Chrétienne de Luz, René
de Saint-Rémy, qui avait eu de Jacquette
Drél'ot, Pierre de Saint-Rémy de Valois, qui
avait eu, de Marie de Mulot, Nicolas-René de
Saint-1\émy de Valois, qui avait eu, de MarieÉlisabeth de Viern1e, Jac4ues de Saint-Rémy,
baron de Luz et de Valois, le père de la
fillette en haillons que la marquise de Boulainvilliers avait accueillie sur le marchepied
de sa voilure. Les armes étaient d'argent à
une fasce d'azur, chargée de trois fleurs de
lis d'or. Et elle connaissait ses armes, la
petite; c'était mêrne la seule chose. qu'elle
parût savoir dans son affreuse indigence. La
fasce d'azur, les fleurs de li s d'or : sa petite
tête en était comme tapissée. Et quand elle
en parlait, avec une précision singulière,
ainsi que de l'aïeul, le royal bàtard de Nicole
de Savigny, tout son corps, que la misère
avait incliné, se redressait en un mouvement
de révolte et d'orgueil.
Depuis plusieurs générations, les Saint-

Rémy de Valois menaient, dans leurs domaines
de Fontette, ee que le comte Beugnot appelle
la vie héroïque : agriculteurs et chasseurs, ou
plutôt braconniers; la vraie existence, diraiton: qui convenait à des fils de rois du moment
qu'ils n'étaient pas sur le trône, si, parfois,
on ne les voyait aussi faux monnayeurs. La
ferme du château, immense, dressait sa construction plate et carrée, sans style, datant de
la fin du xv, f' siècle et remaniée dans le courant du xv111(', à mi-côte, dominant une plaine
ondulée, diaprée de champs de luzerne et
d'avoine. Des noyers séculaires l'entouraient,
au feuillage luisant , aux troncs noueux . En
contre-bas, le château d'aspect féodal, de
grosses tours rondes plongeant dans des fossés
où croupissait une eau fangeuse, servait de
grenier à foin, d'abri aux récoltes de fruits,
el de logement au gardien. Il était délabré,
la toiture défoncée; les étages du haut étaient
ouverts à la pluie. « Mon père, écrit Beugnot,
avait vu le chef de cette triste famille - il
s'agissait de Jacques de Saint-Rémy, le père
de la petite Jeanne; - il le peignait comme
un homme de formes athlétiques, qui
vivait de la chasse, de la dévastation des
forêts, de fruits et même de vol de fruits
cultivés. Les Saint-Rémy menaient depuis
deux ou trois générations celle vie liéroïque qu'enduraient les; habitants et les autorités, les uns par crainte, les autres par
quelque retentissement d'un nom longtemps
fameux. n La société du baron n'était composée que de paysans avec lesquels il s'enivrait et se Lattait quand il avait bu. Il vendait
lopin par lopin ce qui restait du patrimoine
familial, pour subvenir à ses débauches. Enfin1 il séduisit une nommée Marie Josse], fille
d'un tâcheron du pais et employée comme
servante au château 5 • Après qu'elle l'eut
rendu deux fois père, il l'épousa 6 •
Marie Josse! aebeva de le ruiner. Elle était
adonnée aux vices les plus dégradants, et
Jacques de Saint-Rémy, avec sa force d'hercule1 avait un caractère faible, une nature
indolente. Dans les mains de sa femme il
n'était qu'une loque. &lt;! Mon père, écrit le
comte Ueugnot, se souvient que, il y a quinze
ou vingt ans, il se transportait chaque année
dans le canton d'Essoyes pour la répartition
des tailles. Lorsqu'il passait dans la paroisse
de Fontette, le curé ne manquait pas de lui
couper la bourse pour les pauvres enfants de
Saint-Rémy. Ces enîaots étaient au nombre de
trois ;, abandonnés dans une chétive masure,
percée sur la rue d'une petile trappe par où
les habitants, chacun à son tour, leur apportaient de la soupe ou quelques aliments gros-

l. Les sources, pour recc,nslituer cetle }larlie du
l'écit, sont très nombreuses et perrncllcnt, non se ulement une certitude, mais d'entrer dans de minutieux
dètaîls. Ce sonl les Sou1•e11irs rie la comtesse de la
~folle el son interrogatoire du 20 jamîet· 178ti pM les
commissaires du Parlemcnl; les J!Jmofres du comte
de la ~loue; les .Mémoires clu comte Ileugnol; un
récil très curieux intitulé l/ÙJloire t·érilable de
Jeanne de Suinl-llémii publiC en 1786, écrit par
c1uclqu'un qui était parliculièremeu t renseigné sur
celle parlie de la \'Îe de notre hCroïnc; les lllfmofrrs
secrets de Jlachaumonl; des cor1·espond:111ccs : entre
autres une lettre de Jacques de Saint-Rémy de Valois, en date du hi moi 1776, au comte de Vergennes,
11'1 il parle de se~ :in11éC's d'enf:mrc (Ardlives rlcw

Affaires étrangères, ml. 1383, f•80 ); enfin les renseignements que M• Target, avocat ùu cardi11al de
Rohan , fü recueillir sur place et qui sont conservés
dans son dossier, Bibl. v. de Pa1·is, ms, de la r é~rve.
2. Marie-Mudelcine de llcllencourt de Dromesnil,
née en 1730, qui avait épousé, en 1748, Anne-GabrielUenry Bernard Je Saint-Saire, marquis de Iloulainvil·
tiers, petit-fils du cl'lCbre financier Samuel Bernard.
3. Mc au ehiitcau de fonlette, département de
l'Aube, le 22 n,·ril 1750 (c l non juillet, comme l'indique ln lègendt' du portrait, cunsm·n! it la llîbliolhl•r1uc nationale (Cabinet des Estampe\, gu·o,11ieut roir
rqJroduit it la pa~e 125 du pl'ésent fascicule ) .
t Sur Nicole cte Sarigny, dame el baronne de SainlP.Cmy, voir les flâlard.t dr la Jlaùon de Fl'(IIIC(' ,

par le marquis deBelleval (Paris, 1901 ), p. 23 el sui\·.
5. ~laric Josse! ou Jossellc était née à Font-elle le
2 mors 1720 de Pi erre Jossel, !l ma11ounicl' », et
rr.rnçoisc Pitois .
6. Le 14 août 1755 en l'église Sai nt- )Jartin de 1.angres. Aulérieurement au maria.9e ëtaient nés cle celle
union , le 9 mars 1153, un 11ls nommé Joseph qui
mourut le 19 décembre de la même annCe, et 1 le
25 fCHicr1755, un fils nommé Jacques de qui il est
question plus loin. Voy. Arsène Thève.no!) SMice lo·

YOUS

71ogl'({p/uque, slalislique cl ldslm·ique sur Fon/elle.
B:ir-sur-Scinc, 1881t, in-8 (IC 50 p.
7. Jacques nê le 2J février 1755, Jea1111e nec le
22 anil 1750. (\'. la noie 3, ci-contre ) et ,1:irie-Anne
1H!l' le 2 octohre ·1757. Le huron ,le Saint-fü•my cul

vu Co1-1-11:~ - - - .

sicrs. {( J'en ai été témoin, disait mon père, la porte - le baron était presque toujours ma&lt;( et le curé n'osait pas ouvrir la porte dans
lade à présent - pour le remplacer par un
" la crainte de m'affliger par le tableau de soldat aux gardes, un nommé Jean-!3aptiste
&lt;&lt; ces enfants nus et nourris comme des
Raymond, natif de l'ile de Sardaigne. Jacques
(! espèces de sauvages; il me disait que mon
de Saint-Rémy mourut à l'llotel-Dieu, comme
ci aumône contribuerait à les habiller. »
il a élé dit, de misère et de chagrin. La vie
Jeanne, la fille aînée, sortait avec Jes trou- de la petite Jeanne devint atroce. Elle était le
peaux du village. Elle allait pieds nus, mai- sou/Tre-douleur de ce couple dépravé et mégrelette, ses cheveux embroussaillés de fétus chant, enfant martyr sur laquelle la débauche
de paille et de foin, pressant les vaches lentes et le remords faisaient retomber leurs viode son brin de houx noir. Sa robe rapiécée, lences. « Insensible à mes pleurs, ~crit
d'un bleu éteint, s'harmonisait à la verdure Jeanne, mon impitoyable mère fermait la
grise des avoines . Mais elle était paresseuse à porte et, après m'avoir forcée à me dépouiller
se lever et il arriYait que, le matin, sa mère de mes misérables haillom, qui me servaient
la poursuivît à coups de fourche, jusque sous à peine à me couvrir, elle tombait sur moi
son grabat, pour la faire sorlir 1 •
avec furie et m'enlevait la peau à grands
Quand le baron de Saint-Rémy et sa femme coups de verge. Ce n'était pas tout. Raymond
eurent épuisé les ressources provenant &lt;lu me liait au pied du lit et si, pendant cette
dernier carré de terre cédé à d'anciens fer- opération cruelle, j'osais jeter des cris, elle
miers, qu'ils eurent vendu leur château mor- recommmçait de me frapper à coups redouceau par morceau à plusieurs familles du blés. Souvent sa verge se brisait entre ses
paJS 11 et lassé la patience de créanciers qui se mains, tant sa brutale fureur s'appesantissait
préparaient à faire exercer contre eux la con- sur moi. »
trainte par corps, ils résolurent d'aller
chercher fortune à Paris. On se mettait
en route, le père, la mère et trois des
quatre enfants : Jacques et Jeanne, les
deux aînés, et la quatrième, !fargueriteAnne, qui venait de naitre et qu'il était
facile de porter. Plus embarrassante était
~Jarie-Anne, âgée d'une année et demi.
On se décida à partir de nuit et à l'accrocher, enveloppée de langes, qui formaient maillot, à l'auvent d'un brave
homme de paysan, nommé Durand, ancien fermier du baron de Saint-Rémy,
qui avait gardé avec lui de bons rapports. Disons immédiatement que cet
excellent homme eut grand'pitié de l'enfant délaissée et, se chargeant d'elle,
l'éleva en lui donnant tous ses soins et
en y mettant tout son cœur.
On était au printemps de J760. « li
n'arriva rien de remarquable sur la roule,
dit un contemporain fort bien renseigné3.
lis allèrent à petites journées. Après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent à
Paris. Ne trouvant pas d'occupation dans
cette ville, ils échouèrent à Bouloane
dont ils connaissaient le curé. CeluÎ-ci
C o.,n·.1-: :.; .)J: lH: 1.. \ \tO'f TC..
les visitait de temps à autre et fournissait c:haritablement à une partie de leur
'7/,-é ~,,,0111t,;;,• k 'l,llv 1,7.rf'.
dépense. " L'autre partie était défraj'ée
par la petite mendiante. La baronne mettait aussi à profit sa beauté de paysanne roC'est alors, en 1765, que Jeanne se trouva
busteetavenante. Elle finit par jeter son mari à sur le chemin de la marquise de Iloulainvil-

liers. Celle-ci la recueillit et la mit, avec sa
petite sœur Marguerite-Anne qu'elle avait vue
attachée sur son dos, chez une dame Leclerc,
qui tenait une maison d'éducation pour jeunes
filles, à Passy. ~forguerite-Anne mourut peu
de temps après de la petite l'érole.
Cependant la baronne de Saint-Rémy, qui
avait abandonné son mari, ne tarda pas à
èlre abandonnée de son amant. Elle retourna
avec son fils Jacques, demeuré près d'elle,
dans Je Dar-sur-Aubois. Des adorateurs rustiques l'aidèrent à y subsister tant que ses
charmes conservèrent des attraits. Peu à peu,
avec l'âge, ceux.ci se perdirent, et la misérable femme mourut dans le dernier dénuement. A peine sorti de l'enfonce, son fils
Jacques était parti avec un peu d'argent en
poche. li avait cheminé jusqu'à Toulon, où il
s'était engagé comme mousse sur le premier
navire qui avait consenti à le recevoir. C'était
une nature énergique, un homme de valeur.
JI fit dans la marine une carrière honorable ' ·
Jeanne demeura chez Ja dame Leclerc
jusqu'aux années qui suivirent sa première communion. Quand elle eut quatorze ans, la marquise de Boulainvilliers
la plaça à Paris, chez une couturière,
Mlle La Marche, d'où elle passa ehez
Mme Boussol, couturière dans le fau.
bour~ Saint-Germain, d'où elle entra en
condition. Son caractère inquiet, agité
ne lui permettait pas de demeurer e~
place. C'était comme une fièvre qui ]a
dévorait. Elle supportait impatiemment
l'obligation de servir. De temps à autre,
Mme de Boulainvilliers la prenait chez
elle pour lui égayer l'humeur, remettre
sa santé. Elle fut, de la sorte, tantôt en
apprentissage, tantôt en service, s'irritant de plus en plus . « Je devins, ditelle, blanchisseuse, porteuse d'eau, cuisinière, repasseuse et lingère; tout enôn,
excepté heureuse et considérée. )) Une
petite-fille des rois de France était-elle
faite pour demeurer en domesticité?
Elle ne laissait pas d'en glisser un mot
parfois, arec gràce et càlinerie, à SJ protectrice, si bien que Mme de Boulainvilliers s'occupa de faire Yérifier officiellement la descendance de Henri JI.
Sentant la jeune fille malheureuse, elle
la prit enfin chez elle oü elle la garda
deux ans.
Jeanne était devenue belle fi Ile, dans la
fleur de ses dix-huit ans, quand Mme de

('11,corc. de lla1·ic Josse!, M:irgue1·ite-Ann e, née le t 7 férrier 1759, morte le 27 novembre de l:i même année•
Je~n , né le 5 mars 1760, â Fontette, mort le O mar~
SUl\'anl.
Au suj~t clc la petite ~larguerite-Ann~, dt' qui il
est rpi~stwn dans celle note, M. Arsène ThévéuoL
veut bien 1~o~s c~voyer _les obscnations suii·anles :
« ~c l"Ous. :it signa le un po1ut oLscu!' et contrad icLoirc
qm m_'urnitci(,jà. fr:ippê et que je n'ai pas pu déc!ai1·cir
au SUJc~ de Ma~gu~rite-An ne, la petite sœur de Jeanne
de V~!ot~, née a J.ontcltc le 17 fh-rier 1i50 et dont
\~Us rn.d1f1ucz l~ mo1·t le '17 110\·embre suirnH d':iprès
1etat cm! de ~?nlette. Coml'!Jcnt expliquer que l'on
ret~·ouve lu meme \\largucnlc-Anne au mois de
ma, 1760. ,1gé7 de quinze mois et e~porlêe de I-'onlelle p:ir s.i mcrc, et, plus .t~rd, à P~r!s,porlée sur Je
(!o~ de sa sœur pour sotl1C1t&lt;'r la p1l1é cles passants?

ques annEies. Quant à rancicn chtltcau oui: lours
ronJes, il est entièrement dêtruil; mais on retrou\'e
le bas des tours il l'intérieur des maisons qui onl élé
construites sur l'cmpl:iccment.
:;, L'auteur anonyni.i de l'Jlisloire i·,'.rilable de
Jeanne de Saint-Rémi.
If. Jacques de Sainl-Bémy de Valois clait nU le
25 1."êvrier 1755, ~l'ant le m~riage de son pi,re avec
)(a1"1c Jossel. Enseigne de vaisseau à Bre~L Je 1c, oc•lob~e .1776; lic\1~cnant de v:iisseau le 4 avril 1780:
cap1t:une de ru.s1l1crs au corp3 de la marine le 1~, no,,embre 178~; il col?mand 1i! la frégate la Sm•i•elllante e l éta~l chevalier de Samt-Loui~quand il mourul
au Port-1.oms (Il~ de Frar!ce), le 9 mai 1785, à J'àg&lt;'
de tr~ntc ans. Voir sur lut l~s lMlard:s tfe ta ,lfo.isrm
de. J,rrwcr, par IC' mar&lt;p11s ,le Belll'l'nl, Il· 4:z E' l

Celle existence ne me paroit pa..~ douteuse, car elle est
aflinnéc par lou;dcs auteurs cl par Jeanne elle.même
qui, dans se~ Mémoires, tlit que )largucrite mou1·ut
de la petite vérolr- a Boulogne-sur-Seine en 1i65 a
l"àge &lt;fc si .X uns. Y o-l-il eu deux M:1rgucrile-Anne
jumelles, ou plulôt - cl j'incline vers cette hypothésc - fa seconde n'aur.iit-clle pas été. emprun tée
ou volée cl sub~tituêe à la première pour exci te!'
plus , ivcment la c!1arilé publique'! t e cas étai l frê•
quont. »
J, Do,s. Targel, Bibl. v. de Pm·1s, m,. de la ré5el"\'è.
· 2. Les desc1!ndanls de ces famil!es occupenl aujourd'luî encore les di/T&amp;rentès pa rlies des bâtiments qui
composoicnl la ferme du château , où chaque famille
&lt;'St séparée de ses voisins par de simples cloisons.
Ces familles sont au nomhre de huit. L'ne partie de
la ferme a 1111? anéantie pnr un i11rerulie, il y n 'JllCl-

SUI\',

�msTO'Jt.1.ll
Boulainvilli!'rs fil venir de Fontcllc MarieAnne qui, jadis, avait été accrochée en maillot
à l'auvent du fermier Durand, pour les placer
toutes deux au pensionnat de l'ab~aye d'Yerres,
près de sa terre de Montgeron, où l'on terminait l'éducation des demoiselles. Elle subvenait aussi aux prrmiers besoins de Jacques
de Saint-Ilémy, qui s'était engagé comme
mousse et lui procurait la pro'ection du duc
de l'cnthièl-re. Le G mai l 776, elle pouvait
enfin faire authentiquer officiellement par
d'llozicr la fameuse généalogie, le seul bitn
des enfants, et, en faveur de celte orig:nc
royale, olJtenait pour chacun d'eux, par Lrcvet du 9 décembre 1776 ', une rcnsion de
1. ..frd1.

uM.,

0 1;rno.

huit cents livres sur la caisse du roi . En
mars 1778, elle retira les deux sœurs de
l'abbaye d'Yerres, pour les placer en celle de
Longchamp où n'étaient admises que des
filles de qualité.
Jeanne a vingt et un ans. Par son habileté
à manier la sympathie de sa protectrice, elle
a transformé son existence. En fut-elle dans
la suile plus heureuse? Elle était la proie
d'un orgut:1il sans mesure. C'é1ait en elle,
disait-elle, le sang des Valois . Cc sang drs
Valois, chacune de ses pensées, chacun de
ses écrits en est comme imprégné. Qurlle que
soit 1a ~ituation de fortune où, par momenls,
elle parviendra, il lui semblera qu'elle rst
toujours la pauHc délaissée, qui répète sur

le bord du chemin, en haillons, les )'CUX allumés de haine et d'envie: C( Prenez pitié d'une
petite mendiante du sang des Valois! » « Tyrannisée par un orgueil indomptable,
écrit-elle elle-même, que j'ai reçu de la nature el ~ue les bontés de Mme de BoulaiOl'illicrs, en me fais;ant entrevoir un avenir plus
Lrillant, avaient rendu plus irascible.je n'arrêtais qu'en rrémissant mes réllexiops sur
mon état. Jll!las I me disais-je, pour11uoi
suis-je issue du sang des Valois? 0 nom
fata1, c·e~t toi qui as ouvert mon ftme !1
cette fierté qui 11\·ût jamais dù y trou\'rr
place; c'est pour toi que je répands des
larmes; c'est :1 toi que je dois mes malheurs! JJ
fRANTZ

['l'\"C'l,-BRE:\T\NO.

(A suivre.)

Au château d'Awill:y
Le château d'Avrilly appartenait à la comtesse des Roi-s, la fille du général Hoche. La
veuve du héros ne quittait pas son unique
.enfant. C'était une belle vieille lemme, très
digne, très intelligente, très intéressante à
écouter; elle est morte fort âgée.
La comtesse des Roys avait un port de
reine, une taille superbe, elle en imposait
beaucoup, malgré son gracieux accueil. C'était
une personne distinguée sous tous les rapports. Elle passait les hivers à Paris el ne
venait à sa terre que l'été. Avrilly était un
vieux château à tourelles, assez laid, la vue
était médiocre, le pays plat. Les appartements de réception étaient beaux, j'y ai ,·u
des bals magnifiques; il n'y avait guère qu'une
lieue de Moulins au château, el par la route
royale de Paris.
Ume des Roys avait encore sa belle-mère,
la comtesse douairière des Roys, seconde
femme de son père. C'étail une adorable
vieille comme on n'en voit plus. Née de Chauvigny de Blot, elle était nièce de la fameuse
comtesse de cenom, une des dames de Mme la
duchesse d'Orléans.
Mme des Roys racontait des histoires qui
me faisaient tenir des beures tranquille à
l'écouter. Il est très vrai que Mme de Blot ne
mangeait pas; elle trouvait cela grossier et ne
vivait en apparence que de fruils, de lait et
de blancs de volailles, qu'elle suçait en les
tenant du bout des doigts . Elle s'en vengeait
en secret sur quelques cütelettes; elle s'enfermait dans sa chambre et les faisait cuire
elle-même, ce qui n'était pas une petite
entreprise pour une dame de celle espècelà.

Elle était fantasque et bizarre; sa toquade
était d'ètre mince, elle s'étouffait, mais sa
taille se fût littéralement prise enlre dix
doigts. Elle est morte jeune encore; on croit
que celle folie l'y a aidée.
Près de Mme des Roi-s, dans la rue de
Paris, où elle habitait un de ces hôtels qui
ont vu ~[me de Sévigné et la duchesse de Montmorency, demeurait une cousine, Mwe du
Château, comme elle demoiselle de Chauvigny.
Ces dames avaient été en prison ensemble
pendant la Terreur, je ne sais plus si c'est
aux Carmes ou ailleurs. Je sais seulement
qu'elles m'en ont raconté d'étranges choses.
Ce qui occupait le plus la majorité des
prisonniers, ce n'était pas la mort, c'était
l'amour. Leurs imaginations el leurs cœurs
surexcités enfantaient des passions inouït's.
Ils aimaient avec une ardeur, un dévouement
dont nous ne nous faisons pa'i idée. [I:; mmquaient de tout, ils avaient à peine de quoi
se vêtir, leurs habits étaient en lambeaux, et
souvent on leur reîusait une aiguille pour
les coudre.
~•la ne les empêchait pas de faire des
visites et de se réunir, de jouer et de rire.
Ils récitaient des vers et représentaient des
scènes. On improvisait des toilettes incroyables pour les grandes occasions, toutes les
industries de la coquetterie des femmes s'exerçaient à qui mièux mieux. Les jàlousiè!s, les
intrigues allaient leur train, les plus jo)ics
avaient leur cour, les vieilles et les laides
s'en vengeaient en les dépréciant.
Leur insouciance pour le sort qui les atlendait ne peut se rendre. Ils savaient qu'un jour
ou l'autre l'échafaud les allendail, ils s'y
résignaient comme les moutons qu'on mène
a la boucherie.
Un jour, je ne sais qui dit qu'il élait bien
désagréable de se donner en spectacle aux

mis~rables qui les égorgeaient el de prêter à
rire à la populace.
- ,Je suis sûr, ajoula-t-on, qu'on doit
ÎJÎrc une laide grimace et que si l'on cherchait dans Je panier du bourreau, on trom·erait que nous sommes horriLles ....
- Il faudrait remédier à cela.
- Comment fa ire?
- Exerçons-nous i1 mourir avec grâce, la
leçon ne sera pas perdue, nous n'en pournns
douter; répétons tous les jours la pi1\ce, jusqu'à celui où nous la jouerons en réalité.
L'idée fut trouvée sul.Jlime; on simula
l'échafaud par la table ù manger, un escabeau
à deux étages représenta l'escalier, une ou
deux chaises tinrent lieu de la fatale machine,
les prisonniers se rangèrent à l'entour comme
au spcctac!c, et chacun monta l'un apr~3
l'autre pour s'essayer.
Tous les jours le geô'.ier arrirait avec ses
listes; il faisait l'appel, on sa\ ait d'a\'ance
que c'était la mort. Un étran3cr ne l'eût
jamais soupçonné.
Quand un nom était prononcé, celui qui le
portait embrassait ses amis à la btite, donnait ses commissions pour ceux qui n'étaient
pas présents, et le dernier adieu était souvent
une plaisanterie. Pas une plainte, pas une
faiblesse, on eût juré qu'ils partaient pour un
voyage de plaisir.
Si, au lieu de celte insouciance et de cette
résignation, ils avaient employé leur courage
à défendre la nnnarcbie et leur intelligence a
diriger les réformes nécessaires, ta Ré\'olution n'aurait pas eu lieu.
Mme des Hoi-s el Mme du Château, très
jeunes encore, f'urent le bonheur d'échapper
à la guillotine : la mort de Robespierre lrs
délivra comme les altlres, comme toute la
France. Elles aimaient à se rappeler ce temps
épouvantable et à raconter les détails de leur
emprisonnement, comme on aime à raconter
les naufrages dont on est rernnu.

ClicM A. Block.

SEDAN ( 1"' SEPTE:\IBRE 1870.) -

Marquis PHILIPPE DE MASSA
dj&lt;&gt;

SOUVENIRS

ET IMPRESSIONS
dj&lt;&gt;

Sedan

1

COMTESSE DAS 11.

Tableau de G. GLARIS.

Le marquis Philippe de Massa, ancien chef
d'escadrons, ancien écuyer de l'empereur Napo léon Il 1, nous a laissé, sur les ivénem,mts qui
précédèrent et suivirent la reddition de Sedan,
des Souvenirs el impressions, écrits au bout d'un
quart de siècle, où il retraçait fidèlement ce qu'il
avait vu au cours de journées douloureuses,inoubliables et inoubliées. c&lt; Au sujetdesévinements,
déclarait ce. parfait galant homme, je ne dirai
que ce que je crois sincèrement ê.tre la vérité.
Au sujet des personnes, je tiendrai à honneur
de parkr avec reconnaissance de celles qui ont
été bonnes pour moi, fussent-elles tombées depuis dans l'impopularité. n On retrouve cette
double prêoccupation dans les pages qu'Hisloria
publie aujourd'hui, et l'attachement que le marquis de Massa professait à l'égard du souverain
déchu, n'ôte assurément rien, à ce vivant récit
d'un témoin, de sa haute valeur documentaire.

Il ne m'appartient pas d'entreprendre la
relation technique de la bataille de Sedan, à
laquelle je n'ai assisté que comme spectateur
plus ou moins exposé, mais je m'efforcerai
de faire un récit véridique de ce que j'ai vu

ou appris pendant l'action, au second plan de
ce sinistre et trop inot_1bliable tableau.
Le feu s'ouvrit au point du jour, au milieu
du brouillard, du côté de Bazeilles, puis, des
bords de la Meuse au sud, s'étendit progressirement à l'est et à l'ouest, à mesure que les
deux armées allemandes, fortes de deux cent
trente mille hommes, opéraient cc grand
mouvement enveloppant qui, dès une heure
de l'après-midi, ache\'ait de couper à l'armée
française sa retraite sur Mézières, la seule
possible peut-être, si le dispositif adopté au
début par le généra] Ducrot n'avait pas été
changé par son successeur dans le commandement en chef.
Depuis six heures et demie du malin, les
officiers de la maison militaire, y compris les
écuyers, allendaient la bride au bras dans la
cour de la sous-préfecture pour accompagner
!'Empereur sur le champ de bataille.
Pendant qu'il s'habillait, Emmanuel d'Harcourt, capitaine de mobiles, officier d'ordonnance du duc de Magenta, arrivant à la bâte,

mit pied à terre au milieu de nous et demanda
à être indroduit auprès de Sa 11ajcsté, pour
lm apprendre que le maréchal venaü d'ètrc
grièvement blessé à l'aine par un éclat d'obus.
Après avoir écouté, les yeux voilés de larmef:,
la communication tle ce fatal événement
I'Empereur approuva la remise du comman-'
dement au général Ducrot, bien qu'il ne fût
pas le plus ancien des commandants de corps
d'armée, mais en réfléchissant que c'était
celui d'entre e~x qui devait être le plus au
courant des proJets du maréchal. Ce dernier
ne savait nullement, pas plus quel'Empcreur,
que le général de Wimpfon, arrivé de Paris
l'avant-vèille pour prendre le commandement
d~ 5e corps,. é~ait en même temps porteur
dune comm1sswn de général en chef, dans
le cas o~ la vacance viendrait à se produire.
En la lm remettant, 1e ministre de la Guerre
croyait encore que l'armée française conser,·ait une avance de deux jours sur la
Ill• armée allemande, el n'aurait affaire qu'à
la seule armée de la !leuse. Calcul opli-

�'--------------------------------------------

111STO'Jt1.ll
mi,te, déjoué par les mar1;bcs forcées de la du fleuve, achC\ :rnt &lt;lt• se dissipl'r, nous
armée, à laquelle appartenait d'ailleurs aperçûmes les hauteurs de la rive gauche
le corps bavarois Mjit engagé la veille 11 couronnées d'une longue lig, c de hallerics
Bazeille,. On ne pomait donc plus douter &lt;JUC allemandes étagées depuis Hcmilly jusqu'au
ddà de \\'addincourt. Aux premiers rayons
l!', autres ne suivi,senl de près!
.\près arnir cmoyé un de se:; officiers d'or- de soleil qui dardèrent sur nos képis galonnés,
donnance, le capilainr Gum1an, auprès &lt;lu notre groupe drwnant nn des obj, ctifs de
général llucrol, ~apoléon Ill monta i1 cbernl leur tir à longue portée, l'Empereur nous
cl, 11 la tète de son étal-major, suivi d'un • ordonna d'aller nous défikr derrière le mur
peloton de guides fourni par l'escadron d'une fabrique près &lt;le laqu1·llc se tenait en
d'escorte, se. dirigea ,ers la porte qui s'oune réserve un bataillon de chasseurs, et resta
sur la route de Bazeilles. A peine avait-il fait volontairement e\posé au feu, ne gardant
&lt;1uclques pas qu'il se croisa anc la mit ure autour de sa personne r1uc D,nillicr, son
dans laquelle était étendu le maréchal, et premier écuyer, Cor\'isart, rnn médecin,
s'arrêta pour s'informer de son étal. Le doc- Pajol, son aide de camp &lt;le senire, el
teur Théophile Anger, qui, bien que non d' Ilendecourt, rnn officier d'ordonnance
monté, avait résolu dt&gt; nous suivre à pietl hirntôt tué raide derrière lui.
Puis - dit le génrral Pajol dans son récit
autant qu'il lui serait possible, s'empressa
d'olîrir fes senices et constata que, malgré de la bataille de Sedan - c1 Sa Majesté rn
sa gravi té, la blessure ne serai l pas mortelle. dirigea sur un point culminant oi1 étail'nt
Hassuré par le rapport de son chirurgien, placées les batteries de réserve du comman!'Empereur continua son chemin sous les dant de Saint-Aulaire el demeura plus d'une
heure dans celle position, au milieu d'ur.c
J&lt;'UX des habitants c1ui, de leur, fenêtres, )p
grêle de projectiles rnnemis, occupé à suiue
regardaient silencieusement passer.
Avant de sortir de l'cnceinlt•, nous rencon- le momemcnt en échelons par bri~ade qur,
tr,imcs plusieurs prisonniers ennemis qu'on conformément aux ordres du général Ducrot,
ramenait cùte à côte avec un certain nombre le général Lebrun commençait à faire ext'tic nos blessés, la plupart atteints au bras. Il cutcr aux di\'isions de son corps d'armée, dars
y avait, marcbant parmi ces derniers, un un combat défensif bien soulenu et habile:.:ouave de hault' stature qui lendit vers nous ment conduit. »
son poignet mutilé en s'écrian~, la rage dans
Informé par le retour du capitaine Guzman
les yeux :
- Je ms me faire pansn et j'y retourne! de la mutation qui renait de se produirr
li ~· a des regards et des paroles enflam- dans l'exercice du commandement en cht.:f
réclamé inopinément par le général de Wimpmés qu'on n'oublie pas.
Au delà des remparts, Sa Hajesté mit son fen, mis au courant du contre-ordre donué
cheval au trot jusqu'à cc qu'elle fùt arrivée par celui-ci à la manœuue du général Ducrol,
aux premières maisons de Balan, oü des et de l'objectif de Carignan substitué à celui
infirmiers transportaient de nouveaux blessés. de ~lézières, J'Empereur comprit que tout
Soutenu par deux fantassins, aHcndait la espoir de salut était désormais perdu. Mais,
voiture d'ambulance un chef d'escadron ne pouvant inlerrnnir sans être accusé de
d'état-major dont le visage était tellement gêner l'aclir,n de ses généraux, ne Youlant
ensanglanté qu'on n'en distinguait plus les pas non plus, quoique privé de toute initiative, quitter le terrain tant que ses forces lui
traits.
- Suis-je donc à cc point défiguré que permettraient d'y rester, il résolut de se portu ne me reconnaisses pas'? me dit-il lorsque ter plus au nord, vers les positions que déje passai à côté de lui.
fendaient les troupes du Ier corps. Nous
C'était, la joue déchirée par une balle, ftimes alors rappelés près de lui et, après un
Octave de Bastard, den'nu plus tard général temps de galop frénétique au milieu du sifde brigade et décédé il y a peu d'années.
flement des balles et des éclats d'obus qui
Au milieu du village, l'Empcreur se porta criblaient le sol, nous rejoignîmes !'Empepar une ruelle en Lerrain décomerl du côté reur dans le chemin creux de Givonne où le
de la ~loncclle et, gagnant un talus d'o11 général de Wimpfen ,·enait de lui dire avec
tirait une des batteries divisionnaires de exaltation en parlant des troupes bavaroises
l'infanterie de marine, s'arrêta près d'elle, et saxonnes :·
non loin de la place où a,ait été frappé le
- Que Yotrc ~Iajesté ne s'inquiète pas;
maréchal. En reconnaissant le souverain dans deux heures, je les aurai jetées dans la
impassible derrière eux, les artilleurs le Meuse ....
saluèrent de leurs Yirnts, les derniers qu'il
Étrange illusion d'un valeureux soldat Je
dm·ait entendre 1
qui la présomption égalait le courage; d'un
L'a}ant aperçu de loin, le général de Vas- général en chef n'envisageant qu'une face du
soigne s'approd1a un instant pour lui donnrr champ de bataille sans se préoccuper assez
&lt;"onnais,ance de la manœuvrc prescrite par des masses énormes qui s'avanpient derrière
le général Ducrot f:n ce qui concernait les lui le long de la presqu 'lie d'lges.
divi~ions du 12• corps chargé de luller pied à
Aussi, loin de partager sa confiance, :Xapopied, tout en ballant en retraite dans la léon Ill ne doutait-il déjà plus du sort fatal
direction tlè Mézières.
réservé à celle malheureuse armée engagée
li élait plus de huit heures, &lt;Juand, la et maintenue malgré lui dans une aventure
hrume légi'•re, qui montait encore des bords dont l'injustice humaine ne dernit pas manIl[c

quer de lui allribucr néanmoins la responsabilité. Pendant trois quarts d'heure encore il
resta, paraissant chercher la mort, sous le
feu croisé de la mitraille.
Mais, depuis cinq heures IJll'il payait ainsi
d'exemple, l'infortuné souverain se sentait de
plus en plus en proie aux souffrances qu 'aggravait celle longue station à cheval. Deu,
fois, il avait di1 mettre pied à terre pour
olitenir quelques minutes de r{&gt;pit, el deux
fois il avait rrtrouvé assez d',:ncrgie pour se
foire hisser de nouveau sur l'étrier.
Yers onze heures el demie, n'r tenant
plus, il se résigna à regagner la ville· dont les
approches élaient encombrées de voitures du
train abandonnées par leurs conducteurs,
d'alTùts brisés, de caissons vides, de soldats
décourais venant chercher un illusoire abri
dans les fossés où l'artillerie a,h-erse n'exerçait pas moins ses ravages. AYanl que le
pont-levis s'abaissât, le général de Courson,
le capitaine de Tréccsson, venaient d'èlre démontés et gravement blessés derrière Sa Majesté.
En dcr!i de la porte, un éclat laboura l'encolure de mon cheval au-dessus du garrot,
un autre alleignit au flanc le cheval de Canisy, un troisième déchira à côté de nous le
bras d'une malheureuse femme arrêtée sur
le seuil de sa maison.
Sur la place Turenne, sur le pont, lieux
découverts, le, projectiles commençaient à
tomber aussi quand l'étal-major impérial les
traversa pour rentrer à la sous-préfecture.
Sur le pont, rencontrant Stolfel et le lieutenant Paul de Waru qui sortaient de chez le
maréchal auprès duquel il se rendait luimême, !'Empereur s'arrêta quelques instants
pour leur demander de ses nouvelles. Aux
premiers mots qu'il leur adressa, un obus
s'aoallit à quelques pas de son cheYal, soulevant devant lui un nuage de poussière. S'il
n'avait interrompu sa marche, il ClÎt Né
infailliblement renversé.
Quel contras le 11 celle heure entre les destinées des deux monarques en présence! D'un
côté Napoléon 111, annihilé, courbé sous le
poids de la défaite, risquant sa vie à chaque
pas comme le plus obscur de ses soldats; de
l'autre, Guillaume Jcr, hors de toute atteinte
sur la hauteur de Frénois, assistant, comme
en une apothéose, à l'agonie de l'empire
français sur les ruines duquel l'empire d'Allemagne allait bientôt se réédifier à son
profit.
Celle agonie d'une armée et d'un régime
qui ne devait pas survivre à sa perte dura
cependant cinq heures encore, au milieu
d'actes héroïques donl nos descendants, tant
qu'il restera une France unie el palpitante,
conserveront pieusement le souvenir, inséparable des lieux et des noms qui s'y rattachent:
A Bazeilles, l'épisode des dernières cartouches brùlées par le capitaine Aubert et le
commandant Lambert;
Au calvaire d' llly, la glorieuse charge de
la division Margueritte, conduite, celui-ci
tombé, par le général de Gallifîet;
A Cazal, la percée audacieuse enlrcprisr

par Ir commandant d'Alincourl avrc un escadron du Ier cuirassiers rt quel11uf's braves
oflicit•rs de Jiflërentes armrs 11ui s'était•11l
joints à lui;
A Balan, enfin, la trouée suprême tentée
pour l'honneur des armes par les généraux
de \\'impfen el Lebrun à la tète des valeuréux
restes du 12·· corps.
Et combien d'autres faits sans doute, pleins
d'abnégation el de courage, dont les modestes
auteurs sont restés ignorés?

major du maréchal de )fac-\lahon, le tir ,Ir·
I'c11Dt•mi s'était un instant ralenti, pour reprendre ensuitr avec une nouvelle intensit1.,.
La relation officielle allemande ne fait aucune
mention de ccl incident, précédé de l'arrivéè
des généraux Douay et Ducrot venant rendre
compte eux-mêmes à !.'Empereur qu'aucun
ralliement de leurs troupes ne leur paraissait
plus possible pour comballre au delà des
remparts; de celle du général Lebrun, annonçant que le, siennes tenaient encore la
moitié du \'illage de Balan et qu'il retournait
parmi elles. L'extrait suivant permet de penser
que c'est vers trois heures et demie que le
drapeau blanc fut vainement déployé une première fois sur la citadelle, el nous apprend
de quelle façon la question d'humanité était
envisagée dans le camp du vainqueur :
c1 Vers quatre heures, afin de hâter la
conclusion d'uue capitulalion et d'épargner à
son armée de nouveaux sacrifices, le Roi
avait donc prescrit que toute l'artillerie disponible eût à faire converger ses feux sui·
8Pdan. A cet ell't:l, les batteries wurtembergeoises étaient également appelées à Donchery
el prenaient position des deux cMés de la
grande route, à l'est de Bellevue et de Frénois .... »
C'est-à-dire à la place même où se tenait
Guillaume I•r pour présider méthodiquement,
en Yertu des plus implacables lois de la
guerre, à la destruction d'une ville entière et
à l'autodafé de ses habitants!
Cette recrudescence de bombardement se
poursuivit par son ordre jusqu'au soir,
n'épargnant même pas l'hôpital où, entrant

· En rentrant pour recevoir les soins ordin:üres de ses médecins, ] 'Empereur avait ordonné qu'on tînt un de ses autres chevaux
prêt, mais l'obstruction, déjà rencontrée dans
l'intérieur el au dehors, avait pris de telles
proportions qu'il dul renoncer à sortir et,
comme a écrit le général Pajol, &lt;&lt; altendre à
la sous-préfecture la fin du drame qui se
déroulait ».
\'ers deux heures et demie, on amena près
de lui le général Margueritte dont il fil panser
sous ses yeux l'horrible blessure. Le patient,
la langue coupée par la balle qui lui traversa
la mâchoire, était obligé de se serl'ir d'un
crayon pour répondre par écrit aux témoignages d'intérêt dont il était f objet.
Pendant ce temps, le c1•rcle de fer se rétrécissait d'heure en heure autour de la place,
circonscrivant de plus en plus l'étroit espace
sur lequel se mouvait encore une résistance
dé,espérée. Bientôt le champ de tir des cinq
cents pièces qui dominaient l'entonnoir se
trouva limité aux abords des remparts et
aux rues de la ville où, malgré la fermeture
des portes, a,·aienl pénétré à l'aide d'échelles '
des milliers de soldats de toutes armes mêlés
, f
aux habitants.
C'est alors seulement que, pour arrêter
l'elînsion de tant de sang aussi noblement
qu 'inutilement répandu, !'Empereur résolut de
provoquer un armistice qui permild'rntrer en
'
pourparlers avec l'ennemi, et qu'il fit appeler
91 . "p /' - r -·
celui de ses officiers cl'ordonnancedont c'était
,__ .,_,. t: - &gt;-- ~
le tour à marcher. Je me rappelle qu'à ce •
d'-~-......,,r;;:/~·"'
moment douloureux, Paul de Cassagnac, qui
:.:,,.:- -.-r!. 4
depuis le matin avait fait le coup de fusil
/').,"~~·~
avec les zouaves de la ligne, se trouvait à côté
de moi dans la cour, et je n'oublierai jamais
d ~ .•~., ~~
quelle émotion poignante nous saisit quand
-i: ~
Arthur dr Lauriston, chargé d'arborer un
drapeau blanc en haut de la citadellr, nous
dit en sanglotant :
- Moi! moi! le petit-fils d'un maréchal
de France!
La mémoire me fait défaut pour préciser
Je moment exact où Napoléon Ill prit l'initiative de cet acle d'humanité sévèrement ju~é F .IC-SIMIU: DL LA I.ETTRE DE .l\'APOLÉO:- 111 ,Il
par ses détracteurs, mais conforme à la nature
ROI Gl'll.l.AUME.
généreuse du soUYerain qui, Yainqueur à
Solferino, offrait spontanément à son rival
l'aincu l'enlrel'ue de Villafranca, destinée it par les fenêtres, les projectiles allaient achewr
mettre un terme aux hécatombes consommées les blessés jusque sur leurs lits.
de part et d'a1tll'e.
Ue toutes les hauteurs autour de la place,
Je croyais me rappeler qu'it l'apparition de l'ouragan de fer, décrivant dans l'air ses
cet emblème, presque aussitôt abattu, paraît- courbes incessantes, le remplissait de vibrail, par ordre du général Faure, chef d'état- tions sinistres. Du rez-de-cbaussét' de la sous-

,,,.

\'I. -

HISTORIA. -

Fasc

4,1,

SEDAN--,

préfecture, nous entendions les ohus briser
les ardoises au-d1•ssus dr. nos t1:tes, nous les
VO}ions. tomber sous nos yeux dans la .cour,
mettre en flammes les toits voisins, éventrer
hommes et chevaux dans les rues, faire sauter
les caissons contenant nos dernières munitions. Quelques heures encore et il ne serait
resté debout que des pans de murs ébréchés
émergeant d'un monceau de cendres étendu
sur un charnier humain!
Pendant cette exécution matérielle et sanglante, les Bavarois s'étaient approchés de la
porte de Torcy, d'où la fusilladedes remparts
les tenait encore à quelque distance. C'est de
ce côté que, vers six heures, nous vimes partir,
envoyé en parlementaire, le commandant
Rouby, en même temps que, d'un commun
accord, l'ordre était donné etéxécuté de cesser
partout Ie.s hostilités de notre côté. A ce moment, prévoyant les rigueurs attachées à la
rrddition imminente de la place &lt;•t des troupes
le capitaine Pierron, officier d'ordonnance de
!'Empereur, quitta notre groupe pour faire
observer au prince de la ~foskowa l'urgence
qu'il y avait de faire brûler les drapeaux et
fut chargé d'en transmettre l'avis au général
Faure.
Dès que le feu, déjà ralenti du côté de
l'ennemi, eut cessé à son tour, dem officiers
bavarois pénétrèrent jusque dans la cour,
presque aussitôt suivis d'un officier supérieur
de l'état-major général prussien, qui les congédia avec autorité. C'était le colonel Bronsart,
d'origine française, et qui, sans la révocation
de l'édit de Nantes, aurait probablement suhi
dans nos rangs lès. rigueurs dont il venait
poser les préliminaires. Quelques instants
après partait, suivi d'un trompette des guides,
le général Reille, porteur de la lettre par laquelle Napoléqn 111 déclarait - cruelle ironie
des mots!- rendre son épée à Guillaume l•·•,
son hon frère.
En signant ce message, dont la teneur était
préméditée depuis sa première tentative pour
arrêter la lutte, !'Empereur espérait obtenir
du destinataire, sinon un de ces élans chevaleresques dont il était lui-même coutumier,
du moins une intervention bienveillante en
faveur d'une courageuse armée qui n'avait
cédé qu'anéantie sous la supériorité du nombre et la muiliplicité des engins meurtriers.
Ilrisé par l'émolion, attendant avec anxiété
le rc:sultat des négociations ouvertes, il ne
parut naturellement pas à ce dernier diner
servi quand même au milieu d'un silence de
mort, et auquel on comprendra que nous
touchâmes à peine, sous le coup de l'oppression qui nous étreignait.
Plus tard, dans la soirée, Galliffet vint
s'informer auprès de nous de l'état du général Margueritte et nous réconforta un peu par
le récit du glorieux fait d'armes accompli
par les régiments dont il a.vait rallié .les débris. Des huit escadrons de sa brigade 1er et :i• chasseurs d'Afrique - il ne restait
pas plus de cent quarante cavaliers montés
ou reYenus à pied. Le colonel Clicquot, du
1er de ces régiments, el le lieutenant-colonel
du :;,, étaient au nombre des morts. Parmi le~

�. - fflST&lt;»(lA

-------------------------------------·

nombreux officiers blessé~', il nous cita Jac- pour y atlendre de nou\'eaux ordres ..\Jais, à
&lt;Jues de Ganay, sous-lieutenant au 5e régi- Ja barrière de l'avancée de Torcy, une grand'- parc attenant au cbàtcau de. Bellevue dan,
lequel Napoléon Ill a.-ait été conduit, après
ment, aujourd'hui général de brigade.
gardc bavaroise nous ferma le passage, et son interrogatoire par le chancelier, jus'Iu'à
Il venait, nous dit-il, de parquer de son nous demeuràmes ainsi près d'une heure
mieux dans les fossés ceux qui restaient en- entre l'avant-poste ennemi, derrière 1cquel ce que le souverain eût décidé dans quelle
core debout, et de pourvoir autant que pos- des hommes de cor\·ée enterraient des morts, province de son royaume il serait transféré.
A peine a,·ions-nous mis pied à terre,
sible à leurs besoins.
et les remparts de la place, du haut desquels qu'arrivèrent, en rniture découverte, les deux
- Quoique j'aie eu souvent la main dure des soldats français exaspérés ou gouailleurs
avec mes hommes, ajouta-t-il, j'ai été touché nous lançaient, les uns des imprécations, les plénipotentiaires allemands, le comte de Bisde l'intérêt qu'ils m'ont témoigné en voianl autres des quolibets, pendant &lt;Jue le corres- marck el le général de Moltke, qui entrèrent
que je n'étais pas tué. Rien ne les l forçait, pondant anglais d'un journal illustré prenait dans l'habitation pour y attendre le retour du
général en chef de l'armée française.
et je leur en sais d'autant plus de gré.
un croquis de notre abominable situation!
Coïncidence fortuite ou raffinement de
Quand il nous quitta, je remarquai qu'il
Le retour du général Waubert, accompagné
portait à son képi de colonel les deux étoiles de l'officier supérieur chargé de nous emme- cruauté, c'élait de la hauteur de Bellevue
du grade qui lui avait été verbalement conréré ner, nous causa donc un soulagement relatif. qu'une batterie prussienne devait donner le sià Raucourt, le lendemain du jour 011 sa L'officier nous compta, inscriYit notre état gnal dela reprise du reu à l'expiration du d,'lai accordé pour la prolongation de l'armistict•.
nomination arait été décidée à Stonne.
numérique sur son carnet, puis nous dit a\·ec
A neuf heures trois quarts, elle vint prenLes combles de l'hôtel oi1 nous avions cou- un sourire ironique :
dre position sous les fenêtres mêmes de la
ché la veille •ianl été troué, à jour par le
- rn instant! Il convient de vous donner pièce où se tenait !'Empereur! Nous ,imes
bombardement, c'est sur la paille, derrière une petite escorte ....
les officiers se servir du 1élémèlre pour menos chevaux, que nous passàmes celte nuit
li fallut encore attendre un quart d'heure surer la distance, les sous-officiers régler la
d'insomnie pendant laquelle s'énuméraient, à l'arrivée d'une demi-douzaine de dragons,
peu de distance de la ville, les dures condi- derrière lesquels nous nous a.chemin:imes en- hausse en conséquence, le capitaine commandant tirer sa montre, et nous nous drmantions dictées par les plénipotentiaires prus- fin vers notre destination.
dions
avec terreur si nous n'allions pas, abrisiens à l'acceptation du général de Wimplen.
.\vant de l'atteindre, nous rencontr:lmes, tés derrière les canons ennemis, as!-ister dt!
- Si vous ne les subissez pas, lui a,,ail ,·enanl au-devant de nous sur la route, un
dit en substance le chef du grand état-major élégant officier des hussards de la garde loin à nnc nouvelle boucherie des ncitres,
allemand, l'armistice expirant à c1uatreheures royale, qui, saluant avec la plus grande poli . . quand arriva à son tour le malheureux général de Wimplen rapportant le protocole de la
du matin, je rouvrirai le feu et brillerai tesse, nous dit:
capitulation
el, en présence de Sf'!-i deux bourSedan,
- Permettez-moi , messieurs, de vou.s reaux, y apposa son nom.
Cependant, au moment de se séparer, avant adresser une question. Je suis le baron de
Les larmes '(ui me montent aux 1eui, en
que rien fl1t conclu, il consentit à proroger Je Gustedt, officier d'ordonnance de Son Altesse
délai jusqu'à dix heures, afin de permettre le prince ro~al de Prusse, commandant en retraçant dans les moindres détails ces épouau général en chef français de réunir tous les chef la Ill• armée. Mon h&lt;au-frère, Il. de ,,a.ntables sournnirs, prouvent assez que, dans
générau, sous ses ordres et de leur eiposer à Bussierre, sert comme engagé volontaire au l'àme comme sur le corps, le temps qui
quel point les posilions inexpugnables ocr.u- ::;e chasseurs d'Afrique, I"un des régiments panse leurs plaies n'en elfatejamais la cic,1trice.
pées par l'ennemi rendraient vaine toute ten- qui se sont si courageusement sacrifiés hier,
tatfre de sortie à l'arme blanche, les muni- et peul~ètre pourriez-vous me renseigner sur
tions élan t entièrement détruites ou épuisées. le sort de mon parent. . ..
Les plénipotentiaires el la batterie s'étant
Informé par le général Castelnau de ce qui
Puis, sans s'interrompre pour attendre la retirés, il ne resta devant la propriété qu'une
venait de se passer dans celle conférence, Na- réponse :
compagnie d'infanterie bavaroise chargée dt•
poléon Ill résolut de profiter du sursis accordé
- Mais avant tout, continua-t-il, laissez- nous garder.
pour se rendre immédiatement auprès du roi moi d'abord vous dire quelle a été l'admiraVers midi, un grand mouremcnt i;e prode Prusse, se constituer son prisonnier el tion de Son Altcsse !loyale en voyant celte
duisit
au dehors ; c'étaient les troupes enviplaider, pendant qu'il en était temps encore, charge, tellemenl belle qu'elle méritait de
la cause de cette malheureuse armée qu'il ne réussir. Je vous ra_pporte ses propres paroles. ronnantes qui prenaient les armes pour rendre
les honneurs sur le passage du lloi et le sacommandait pas, toujours avec l'espoir d'obL'esprit conciliant et la courtoisie toute luer de leurs :iedarnations. Comme tout se
tenir pour elle, de souverain à souverain, un française du prince héritiE-r de Prusse, si fort
adoucisrnment aux clauses rigoureuses atta- appréciés à la Cour pendant son séjour à fait au commandement dans l'armée pru~chées à sa reddilion. On sait combien furent Paris en 1867, ne pouvaient laisser planer sienne, les« Hoch! hocb! » n'étaient répétés
par les diJTérentes uoilés qu'au signal succesvite déçues les dernières illusions qu'il fon- aucun doute sur la réalité de ce propos.
sivement donné par leurs chefs . Je ne prédait sur la générosité de son ancien hôte des
Comme je sal'ais par Galliffet que M. de tends pas dire par là que ces cris nous paruTuileries.
Bussierre était resté au petit dépdl de so1, rent moins en1housiastes pour être plus méSorti de Sedan à six heures et demie du régiment, à Metz, je m'empressai de rassurer
thodiquement proférés.
matin, accompagné de ses aides de camp, il son parent et ennemi, qui me remercia dans
La compagnie de garde se forma aussitôt
fut obligé de s'arrêter à Donchery, dans une les termes les plus chaleureux en nous deen
bataille à l'entrée du parc, el Guillaume I"·
maison de pay~an, la première en entrant mandant si, à son tour, il pou\'ait nous rendre
ne
manqua pas d'en passer l'inspection avant
dans le lillage, où il attendit longtemps, assis un service en quoi que ce fùt.
de
descendre
de chem l devant la porte de son
sur un banc, un émissaire royal qui lut !I. de
Nous lui signalâmes la place où était tombé impérial prisonnier.
Bismarck, duquel, seul, il eut :1 subir l'inter- notre panne camarade d'llendecourt, reconIl était accompagné d'un nombreux ~tatrogatoire, pendant que Guillaume Jer était naissable à son uniforme spécial, a\·ec prière,
major
en tête duquel marchaient le comte de
soigneusement tenu à l'écart à Vendresse.
si son corps était retrouvé, d't:n recommander Uismarck et le général de !foltke, tous deux
la sépulture provisoire au maire de Balan, en
Peu après le départ de !'Empereur, et pen- attendant que la famille pùl venir le récla- en tenue de parade, coiffés du casque. Le
dant que se tenait à Sedan le conseil de mer. li. de Gustedt nous fit ultérieurement premier, droit sur sa selle, dominait l'autre
guerre présidé par le général en chef, le reste savoir que ses recherches étaient demeurées de sa haute taille; le second, légèrement
rnùté par l'àge, était immédiatement suivi
de la suite de Sa Majesté lut prévenu qu'il r;;ans résultat.
d'une
ordonnance, portant, comme un objet
dernit quitter Ja ville à son tour el s'arrèter
A un kilomètre en deçà de Donchery, nous
à un kiJomètre, sur Ja route de Oonchery, quitlàmes la grand'route pour gagner un petit de piété, la casquette de petite tenue de son
maître, recou,·erte de toile blanrhe,

�_

msT0~1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __.

L'entrevue fut de courte durée et, autant
que je m'en souviens, eut lieu sans témoins,
pendant Que, de l'extérieur, nous considérions à distance et arec une indéfiniss;ablc
tristesse les deux principaux artisans de nos
désa~trcs.

Après leur déparf, nous apprimes que Napoléon III serait transféré à Wilhelmshœhe,
près Cassel, en passant par le Lu1embourg
Leige, sous la conduite du général de Doyen
assisté du prince de L1nar, jeune diplomate
que nous a,·ions tous plus ou moin~ connu b.
Paris et qui, ufficier de la landwchr, était
altaché à l'ewadron &lt;l'escorte du lloi, composé de deux cavaliers de choix pris dans

chacun des régiments de cavalerie de la Confédérntion.
Le soir. ordre fut donné de nous tenir
prêts pour le lendemain, 5 septembre, à onze
heures.
Dans la matinée de ce jour, le général de
Boyen dressa lui-même l'état nominatir des
officiers ou assimilés composant la suite, en
priant Sa Majesté de dé~igner ceux qu'elle
désirait avoir près d'elle dans sa captivité. Cc
furent IBs cinq aides de camp, deux des officiers d'ordonnance, Hepp et Lauriston, Davillicr, nainbeaux, Pié.tri et, naturellement,
Conneau et Corvisart, de qui la com·cntion de
Cenère garantissait d'ailleurs la liberté. Lr~
autres furent autorisés à retourner à Paris,
en prenant l'engagement de ne pas servir
pendant la durée de la guerre, engagement
auquel les bienséances leur commandaient de
souscrire, car opter pour un internement à
part eût semblé un reproche indirect au souverain qui les séparait de Jui. Le prince èe
Lynar fut chargé de veHler à l'exécution de
cette formalité. Lorsqu'il voulut nous mettrr,
Canisy et moi, en d~meure de la remplir,
nous nous y refust,mes en alléguant que nous
n'étions plus titulaires d'aucun grade dans
l'armée, ce qui parut l'étonner fort, surtout
à came de moi qu'il croyait être encore capitaine de cavalerie. li laissa provisoirement
enlrc nm mains le formulaire non signé,
disant qu'il en référerait à son supérieur, et
il n'en fut plus question.
A rheure dile, nous fimes avancer, devant
le pc·rron, la coureuse, coupé de poste à deux
place!-, pcrmetlant de s'y dissimuler entièrement à l'aide des volets relc,és. D~s que le
marchepied s'aLaissa, n:mpereur parut sur
le seuil, livide, grelottant de fièvre , se soutenant à peine, pendant que Davillier el PiéLri,
redoublant de soins, l'aidaient à passer, pardessus sa tunique d'uniforme, un épais caban
noir garni d'un cnprn:hou pournnt ~c rallallre
jusque sur Ies )'eux.
C'est ainsi qu'accompagoé du prince de la

Moskowa, il monta dans cette voiture d'aspect
funéraire, comme une ombre devant laquelle
nous nous découvn'mes ave~ le respect dll à
ln Majesté tombée.
Le lugubre cortPp:e se mit rn roule précéJé
d'un détachement des hussards de la Mort.
Le coupé de l'Emperrur sui\'ait le premier,
devant le grand char à Lancs de poste sur les
banquettes duquel avaient pris place les deux
g-rôliers. cOle à côte avec les aides de camp,
Piétri, Da\'illicr et nous. Le re.:,te de nos
compa~nons d'inîorlune venait ensuite, les
uns a chesal, les autres en ,·oiture; les chevaux de main et les bag:1ges fermaient la
marche.
L'itinéraire, pour gagner la frontière belg&lt;',
comprenait un grand Mtour par DonchNy,
Vrigne-aux-Bois, Saint-)lenges, Fleigneux et
les bois.
Dans Jes ,•illages et hameaux que nous traversâmes, les habitants jetaient des regards
attPrrés, les femmes pleuraient, les enfants
même se taisaient comme s'ils avaient eu
comcience de cette grande infortune qui passait de\'ant eux.
La moitié de la roule que nous étions
appelés 1l parcourir étaît bordée de trOupes
ennemies en cantonnements ou drjt1 en formation de marche pour ponrsuivrc fa campagne. Mais, pas un mot, pas un sarcasme ne
sortirent de leurs rangs pendant )es longs
temps d'arrèt occasionnés pour nous par les
mouvements en cours d'exécution.
En rerunche,:m moment oll nous passâmes
à peu de distance d'un groupe de soldats
franrais prisonniers, quelques-uns montrèrent le poing en criant à la trahison, car il
était écrit que, pendèlnt cette dernière étape
de son calvaire, le malheureux Empereur
viderait la coupe d'amertume jusqu't1 la lie.
Enfin, p:issé l'extrême limite nord-ouest
du champ de bataille que nous; Yenions de
contourner, le chemin devint libre. On put
augmenter l'allure pour gagner La Chapdle,
dernier village fr:rnçais. li s'y trouva quelques
francs-tireurs et fant:issins de la ligne qui,
bles~és ou épuis&lt;:s, ;n,aient pu s'éc·bapper et
se trainer jusque-là. En les aperceva11I,
Napoléon Ill lendit sa bourse à llainbaux, qui
escortait à la portière, afin que les derniers
louis de sa liste civile servissent ù secourir
les derniers soldats qu'il rencontrait au moment de quitter le sol frun~·ai~.
A la frontière, le déta&lt;.:hement de hussards
s'arrêta, -et les voilures con\inuf'rent le trajet : mais, à peine avaient-clics dépassé le
poteau indicateur 1 qu'un r.olonel de chasseurs
belges, dont le régiment étaiL échelonné aux.
environs, accourut au galop en s'écriant, le
sabre a la main :

- Arrètrz ! Vous êtes dnns le Luxrmbourg.
Vous ,·iolez la neutralité du territoire.
- Parrlon, rt&gt;pliqna le ~énf'ral de Royen.
nousn'arnns p:1s rpialîté de !Jclligt'1·anls. c·c:-1.
le comte de JlierrP(Olulr; qui voyage a\'ec sa
suite.
Et,dcsccndant de ,,oiturc, il allira !°officier
ll l'écart pour lui dire quelques mots ctuc
celui•ci écoula arec étonnement, penché sui·
sn selle.
- C'est dillërcnl, reprit-il ensuite. Vous
pouvez conlinu~r ,·otre chemin, mcssieurf.
Et il salua du s:abrr.
A Bouillon, on était n1ienx infurmê, c1 unP
foule sympa1hi11ue nuendail !'Empereur pour
le saluer quand il descendit de voiture de\'anl
l'auberge où elJe a,•n:t ,qipris qu'un logement
(,lait retenu pour lui.
La manifestation devint mèruc peu i1 peu ~i
bruyant~ qne le g-énérJl de Boycn craignit un
inslJnl de mir la foule délivrer son pri~onni r !
La fatigue do celui-ci était rxtrème et,
devant repartir Je lendemain malin pour aller
prendre la mie ferrée à Xeukhùte:rn, il
demanda aussitôt à s'aliler.
Une 1,cure :.iprè:-:., il voulut biC'n me recevoir et je fus introduit dans la modeste
chambre où il venait de se coucher.
Malgré son abatt.emcnl, il se soulc,·a sur
un coude.
- \'ous allez rctourncr à Pari!:.? me
drmanda-t-i\.
- Oui, Sire, pour me mellre aux ordres
de l'impératrice, et si l'EmpC"reur a quelque
message particulier à me confier ....
- Aucun, répondit-il. Yous direz hautement ce que ,ous avrz rn, car je n'ai rien à
dissimuler de ce que fai fait en intervenant
pour rnu\'er la vie à tant de hra\'es soldals
déjà décimés par le leu, el à une population
inoffensive de ,,ingt mille âme~ que je n·(œais
7ms le droit de /aissP1' sacrifie/'.
Puis, il me tendit la main pour me congédier, et je quitlai, pour ne plus le revoir, rel
homme si Lon, si lo1al, si reconnai~!-ant
envers ceux qui l'avaient mème le plus
modestement servi; sor1i de l't!iil pour monter sur le trône; tombé du t11Jne pour 1elourner mourir dans l'exil; longtemps populaire
el Lien faisant an gré de la plupart; mortellement haï et dé(riê par quelques-uns, mais
que personne n'a jamais approrhé, dans sa
bonne ou rn mauvai~e fortune, san~ être
séduit par la noblesse de ses sentiments cl
par sou exquise simplicité.
C'est fort de ses dernières paroles à moi
adressées que je me suis cru, au bout do
vingt-six ans, autorisé à écrire ce que j'ai \'U
et assez de fois raconté à ceux c1ui y prenaient intérêt, pour n'en rien oublier.
11

MARQUIS )'HILIPPE DE

MASSA .

LA CHOUANNERIE

NORMANDE AU TEMPS DE L'EMPIRE
~

Tournebut
-

1804 -1809 -

•

Par G. LENOTRE

PRÉFACE

En 1801,, nous hnbilions l'ile Saint-Louis, muns 1 la disparition de mon père et, compaj'avais une huitaine d'années - et j'ai tissant à notre infortune, mettait une habitation
P"
gardé l'impression très vive de l'émotion voisine de la sienne à la disposition de ma
VICTORIEN SARDOU.
causée dans le quarlier et surtout dans notre mère, qui y trouverait la sécurité et le calme
maison par l'arrestation de Georges Cadoudal. dont elle avait grand besoin après de si
- Je vois ma mère, anxieuse, envoyer notre cruelles émotions. Ma mère hésitant, l'enroJé
Une vieille tour.
fidèle servante aux nouvelles; celle-ci les lui de celle bonne dame fil valoir l'intérêt de
donner à voix basse; mon père se faire de ma santé, l'exercice, le bon air indispensab~es
Un soir d'hi,·er,en 1868 ou 69, mon beau- plus en plus rare au logis, et, enfin, une à mon âge et, finalement, elle consentit! père, "Moisson, avec qui je devisais au coin nuit, me réveiller en sursaut, m'embrasser, Munis de tous les renseignements nécessaires,
du feu, après diner, prit sur ma table un embrasser ma mère à la hâte, - etj'entends le surlendemain matin, ma mère, la servante
livre ouvert à la page où j'avais interrompu encore le bruit sourd de la porte de la rue et moi, nous prenions, à Saint-Germain, la
ma lecture et me dit :
se refermant sur lui! - On ne l'a jamais galiote qui, le soir même, au coucher du
- Ah!. .• vous lisez Mme de la Chanterie? revu!
soleil, nous déposait nu l\oule, près d'Aube- Oui, répondis-je. - Un beau livre!. ..
- ,\rrêté? ...
voye.
Yous le connaissez'?
- Nous l'aurions su! - Non; mais proUn jardinier nous attendait, avec une char- Sûrement! ... J'ai même connu l'hé- bablement tué dans sa ruile ou mort de rette pour nous et nos bagages. Et quelques
roïne ....
fatigue el de besoin; ou encore DO}'é au pas- minutes après, rious entrions dans la cour du
Mme de la Chanterie?
sage de quelque rivière, - comme d'autres château.
- ... De son vrai nom, Mme de Com- lugiliîs dont j'ai su jadis les noms .... li
Mme de Combray nous reçut dans un grand
Lray .... J'ai demeuré trois mois chez elle .... devait nous donner de ses nouvelles, dès qu'il salon ayant vue sur la Seine. Elle avait près
- Rue Chanoinesse?
serait en lieu sûr. - Aprl's un mois d'at- d'elle un de ses fils et deux autres familiers
- Non pas rue Chanoinesse, où elle n'a tente, Je désespoir de ma mère prit le carac- du logis, qui accueillirent ma mère avec les
jamais demeuré, - pas plus qu'elle n'était tère le plus alarmant. Elle était comme folle, égards dus à la veuve d'un serriteur de la
la sainte femme du roman de Balzac· risquait les démarches les plus compromet- bonne cause. On soupa; je tombais de som. a' son château de Tournebut d'Aubevoye,
'
mais
tantes et parlait de Bonaparte tout haut, avec meil, et je n'ai gardé de ce repas que le souprès de Gaillon!
si peu de réserre, qu'à chaque coup de son- venir des éclats de voix de ma mère, exubé- Eb ! bon Dieu! ~foisson, contez.moi cela. nette, nous nous attendions, la servante et rante et passionnée à son ordinaire.
Et, sans se faire prier, Moisson me conta moi, à voir entrer la police!
Le lendemain matin, après le premier
ce qui suit :
Ce fut un vi~itcur tout autre qui se pré- déjeuner, le jardinier reparut avec sa char- Ma mère, une Brécourt, qui avait pour senta un beau matin.
rette, pour nous conduire à l'habitation qui
ancêtre un bâtard de Gaston d'Orléans, était
li était, disait-il, l'homme d'affaires de nous était destinée, par une mont'3e si rude
à ce titre, r0) aliste dans l'âme,
'
que ma mère préféra faire la
et très entichée de sa noblesse.
route à pied, lui-même condui- Les Brécourt, gens d'épée,
sant son cheval par la bride.
n'avaient jamais fait fortune.
Nous étions en plein bois, grimLa Révolution les ruina tout à
pan_t toujours et surpris d'aller
fait. Et, sous la Terreur, ma
1.:hercher si loin et si haut l'ha~
mère épousaMoisso11, mon père,
bitation qu'on nous avait donnfo
graveu·r et peintre, simple ro•
comme voisine du château. turier, mais ro)·aliste ardent et
liais ce fut bien une autre afaffilié à tous ·les complots pour la
faire quand, au débouché du
délhrance de la famille royale :
sentier sur une clairière, le jar- ce qui explique la mésaldinier s'écria :
liance! - Elle espérait, d'ailcc Patience!... Nous y
leurs, que la Royauté, dont le
sommes! J&gt;
rétablissement ne faisait pour
Et nous indiqua notre logis.
elle aucun doute, reconnaitrait
&lt;t Oh! s'écria ma mère ,
les services de mon père en
un donjon ! &gt;&gt;
Dessine sur /talure e11 1843 . (Bibliothèqu e 11alio11ale, CaNtf et des Esfamtes. )
l'anoblis~ant et en faisant ~e\'iC'était une ,·ieille tour ronde,
ue le nom des Brécourt tombé
surmontée d;une plate-forme,
en. quenouille. Aussi se faisait-elle appeler Mme de Combray, darne des plus respectables sans autre ouverture que la porte d'entrée,
Mo1sso~1 de Brécourt; et m'a-t-elle su toujours qui vivait dans son chùteau de Tournebut, à et des meurtrières, en guise de fenètres.
rnam·a1s gré de m, en tenir modestement au AuLevoye, près de Gaillon. - Royalisle ferL'endroit, en lui-même, n'avait rien de
nom de mon père.
vente, elle avait appris, par des amis corn- déplaisant. - C'était un plateau, déboisé

.,..

1

�1f1ST0~1.lt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - sur un large espace, entouré de grands arbres rien moins que de repartir à l'instant pour
lui criant: « Il l a quelqu'un là-haut, dans
et de jeunes taillis, avec une éclaircie sur la Paris. \fais notre !&lt;iervante était si heureuse
Seine, et une belle rne qui s'étendait au loin de n'avoir plus it redouter la police; j'avais la chambre. " Elle n'en croit rien, me
sur la campagne. Le jardinier avait sa cabane pris tant de plaisir, dans le bois, à cueillir gronde .... J'insiste, elle me suit avec la ser\'ante; nous montons! Du pa1ier ma mère
à l'écart et un petit jardin potager à notre des fleurs el à courir après les papillons; ma
crie,
sans franchir le seuil : « Il l a quelusage. En somme, on se serait bien accom~ mère elle-même se trouvait si bien de cc
•1u'un là? Il Silence. - Elle ouvre, pousse la
rnodé de celle solitude, après les tristesst.•s grand calme, de ce grand silence, que la
de l'ile Saint-Louis. si la tour avait eu meil- décision fut remise au lendemain. - Et, le porte vitrée. - Personne! ... Mais un lil de
sangle tout défait 1... Elle y porte la main ... .
leure ~ràce ....
lendemain. on renonça au départ!
Il est chaud! Quelqu'un était donc là .. .
Il fallait, pour y entrer, franchir un petit
Notre \'Îe là, pendant deux mois, ne fut couché... tout habillé sans doute!... 011
fossé sur lequel étaient jetéet-, en guise de troublée par aucun incident. Un était aux
est-il? ... Sur la plate-forme? ... On y monte ....
pont, deux planches reliées par une traverse. plus longs jours de l'année; une fois par
une corde ajustée à l'un des côtés de cc semaine on nous in\'itait à souper au cbt,teau, Elle est vide! ... Il a donc profilé pour s'entablier et glissant sur une poulie, permettait cl nous revenions la nuit par les bois, en fuir du moment où je courais au jardin!. ..
Nous redescendons vivement, et la senante
de le redresser de l'inlérieu,·, contre la porte pleine sécurité. Dans l'après-midi, ma mère
appelle
le jardinier .... li a di,paru .... On
d'entrée, pour en douLler la fermeture.
allait parfois rendre visite à !!me der.ombra) sangle }\)ne, et ma mère descend dare-dare
« - El voila le pont-levis!. .. Il dit ma mère et la trou\·ait toujours occupée à jouer aux
au cbàteau! ... Elle lrou1·e à son éternel lricrailleuse ....
cartes ou au trictrac a"ec des amis de séjour lrac, avec le notaire, !!me de Combray qui,
Tout le rez.de-chaussée consistait en une ou de passage: mais, le plus souvent, a\'ec
dès ]es premiers mots, san5 interrompre sa
seule chambre circulaire, avec table, chaises, un gros homme, son notaire. Aucune eiis•
partie, fronce le sourcil ....
bulfel, etc. En lace de la porte, dans l'embra- tencc n'était plus paisihle, plus bourgeoise
a - Encore des rèveries ! La thambre esl
sure du mur qui a,·ait bi~n partout deux que celle-là. Encore que l'on parlàt politique
abandonnée!. .. Personne n'y couche!
mètres d'épaisseur, une fenêtre grillée éclai- librement, - mais arnc plus de mesure que
- !lais le rideau!
rait si mal cette pièce, qui devait servir à la ma mèr(', - jamais, elle me l'a dit plus
- Eh bien quoi, le rideau? - \'otre enfois de salon, de cuisine et dP salle à manger, tard, un seul mot n'a pu lui Faire soupçonner
Faat, en om rant la porte d'entrée, a établi un
que pour y Yoir clair, en plein jour, il fallait ' qu'elle était dans un nid de conspirateurs.
courant d'air et le rideau a flotté!
laisser la porte ouvel'te. D'un côlé était la Une ou deux fois seulement, Mme de Com- Mais le lit tout chaud?. ..
rheminée; de l'autre, l'escalier de boiS qui bray, louchée par la sincérité et l'ardeur de
- Le jardinier a des chats .... Ils étaient
montait aux étages supérieurs; sous l'esca- son royalisme, parut sur le point de lui Faire
couchés là, et se sont enfuis! - Voilà tout 1
lier, une trappe solidement fermée par une quelque confidence .... Elle s'oublia même
- Pourtant! ...
grosse serrure ....
jusqu'à lui dire : « Oh! si vous n'étiez pas
- Enfin, l'avez-vous trouvé, ce fantôme?
« - C'est la cave, dit le jardinier; mais si exaltée, on vous dirait bien certaines
- Non!
l'lic est condamnée, élanl pleine de décombres. choses!... » !fais, comme regrettant déjà
- Eh bien, alors? ... Il
J'ai un cellier où vous pourrez déposer votre d'en arnir trop dit, elle s'en tint Ht! ...
Et, assez malhonnêtement, elle agite soa
boisson. &gt;&gt;
Une nuit, où ma mère ne dormait pas, son cornet, sans plus s'occuper de ma mère qui,
« - Et pour manger? ... » dit la servante. attention fut attirée par le bruit sourd, au
sur un bonsoir très sec de part et d'autre,
le jardinier expliqua qu'il descendait re.z-de-chaussée, d'une porte que l'on ferme
revient à la tour, admettant si peu l'intervenconstamment au château, avec sa charrette, ou d'une trappe qu'on laisse retomber malation des chats qu'elle détache deux pitons de
et que la cuisinière aurait toute facilité pour droitement. L'inquiétude la tint él'eillée toute
l'une de nos caisses, les fixe à la trappe, y
faire ses empleues à Aubevoye. - Quant à la nuit, prêtant l'oreille, mais en vain. Le
passe un cadenas, le ferme, prend la clef, et
ma mère, Mrnede Combray, pensant bien que matin, nous tramâmes le rez-de.chaussée
nous dit : t1 Nous verrons bien si on entre
cette ascension à travers bois lui ·serait trop dans son état ordinaire. Ma mère toutefois
par là. Il Et pour plus de sûreté, le soir,
pénible, devait envo~er un âne, qui nous n'admettait pas qu'elle eùl rêvé. et, le jour
après le souper, elle s'avise de rele,·er le
servirait de monture, quand nous irions au même, elle conta la chose à !!me de Combray,
fameux pont-levis. Nous voilà tous les trois,
château, l'après-midi, en visite, ou, le soir, qui la prit en plaisanterie ... el renvoya ma
allelés
à la corde, qui glisse mal sur une poupour y souper.
mère au jardinier. Celui-ci se déclara l'auteur lie rouillée ... ! C'est pénible; on s'y reprend
Au premier étage, deux chambres séparées du bruit. Passant devant la tour, il avait cru
à trois fois f - Ça grince!... Enfin, le po11t
par une cloison - uue pour ma mère et moi, l'Oir la porte mal close et l'avait heurtée pour
s'ébranle, se soulère, se redresse!. .. C'est
l'autre pour la servante - ne recevaient du constater si elle était fermée. - L'incident
fait!
jour que par les meurtrières. - C'était n'eut pas de suites.
Et le :soir, ma mère me dit, en bordant
~inistre et glacial.. ..
A quelques jours de là, noul'elle alerte, mon lit:
1• El ça, s'écria ma mère, c'est la pri- celte fois plus sérieuse.
(( - t\ous 11·1 l'Îeillirons pa::;, dans ~a
~on ! )l
J'a"ais aperçu, au sommet de la tour, un Bastille! ,
Le Jardinier fit obserrer qu'on n'était là nid de merles qui. de la plaie-forme, était
En quoi elle disait ,·rai. - Car, après huit
c1ue pour dormir, et, ma mère s'apprêtant à facile ;l prendre. Fidèle à la consigne, je n'y
jours à peine de tranquillité, nous sommes
monter au deuxième étage, il l'arrêta, lui étais jamilÎS monté; mais cette fois la tentaréreillés, au milieu de la nuit, par un terrible
montrant les marches qui y conduisaient, tion était trop forte. Je guettai l'ins.tant où
vacarme au rez-de-chaussée. De notre palier,
disjointes ou absentes. - « Cel étage était ma mère et la servante étaient dans noire
anxieux, nous entendons deux ou trois vob:
abandonné : b plate-forme au dessus était en petit jardin, pour grimper lestement là-haut
peut-être, jurant, pestant, sous la trappe que
très mauvais état, l'escalier impraticable et et m'emparer du nid.
l'on veut soulever, el qui présente une résh•
dangereux jusque-là; Mme de Combray nous
Sur le palier du deuxième étage, curieux tance inattendue : celle du cadenas ... mais si
invitait formellement à ne jamais dépasser le de donner, en passant, un coup d'œil au
palier du premier, de peur de quelque acci- logement inhabilé,je pousse la porte d'entrée peu sérieuse, qu'une forte pesée lait tout
sauter ... et la trappe s'ouvre à grand fracas!
dent. J&gt;
et je ,·ois distinctement, derrière la porte - Ma .mère et la senante se précipitent sur
Après quoi, le jardinier alla chercher nos vitrée de la cloison qui sépare les deux pièce,,
notre commode, la poussent, la trainent deUagages.
un rideau Yert que l'on tire brusquement. ... vant la porte ... tandis que l'ennemi, sorli de
Ma mère alors donna cours à sa mam·aise
Effrayé, je descends l'escalier quatre à
humeur. C'était une dérision de nous loger quatre, au risque de me èonner une entorse, la cave, traverse le rez-de-chaussée, en maudans ce grenier à rats! Elle ne parlait de et je cours au jardin, appelant ma mère et rrréant, omire la porte de sortie, ,·oil le tablier
~elevé, dé!ncbe la corde, pousse I': pont qui
1

1

"·-------------------------------------

Tou~NEBUT - - ,

retombe avt.-c bruit. .. puis les voix s'éloignent amant, le notaire Lefebvre et divers autres.
Les routes, à l'abandon depuis l 792, sont
et se perdant sous bois .... Mais allez donc
- Et le mari?
ravinées
par dP.s ornières si profondes que,
dormir après cela! Nous restons rn, trf's in
- Belâché ! - C'était 110 mouchard!
pour les éviter, les voituriers font de longs
11uiets, attendant le jour, el bien que tout
- Votre mère n'a pas été assignée comme
circuits dans les terres labourées, el les chaises
danger ait disparu ... n'osant nous parler lémoin?
de poste glissent cl s'enlizenl dans des fonqu'à voix basse!
drières
boueuses, d'où on ne les tire qu'en y
Enfin, voici le petit jour! - Nous déplaattelant des bœufs. Dix fois, dans une seule
çons la commode, el ma mère, toujours
tournée d'inspection, Fourcro1 est ,·ictime
vaillante, une chandelle à la main, descend la
d'un accident de ce genre. A chaque pas,
première. La trappe, toute béante, laisse voir
dans la campagne, c'est un hameau déserl,
le trou noir de la cave ... la porte d'entrée est
une maison sans toit, une ferme incendiée.
grande om·erle et le pont rabattu. :\'ous appeune église, un chàteau écroulés. Sous l'œil
lons le jardinier, qui ne répond pas, et sa
indifférent d'une police, qui n'est soucieuse
cabane est vide. Ma mère, cette fois, n'attend
que de politique, et de gendarmes, recrulés
pas l'après-midi, saute sur son ,ineetdescend
au château.
de telle sorte que, dans celui qui l'arrête, le
malfaiteur reconnait souvent un ancien camalime de Combray est à sa loilelle. Elle
attend la visite de ma mère el en connait si
rade, des bandes se sont formées de vagabien le molif que, sans lui laisser le temps
bonds et chenapans de toute prm·enance :
de conter l'affaire, elle s'emporte, comme
déserteurs, réfractaires, fu1ards de la préteutous les gens qui, étant à court de bonnes
due armée révolutionnaire el terroristes sans
raisons, les remplacent par de mauvaises
emploi, « l'écume, dit Français de Nantes,
paroles, et lui crie, dès son entrée :
de la Révolution et de la guerre : lanterneur.s
« - \'ous êtes folle, folle à lier!. .. \'ous
de 91, guillotineurs de 03, s;ibrcurs de J'an Hl.
feriez prendre rHa maison pour un repaire de
assommeurs de l'an IY, fusilleurs de l'an V1J.
bandits et de faux monnayeurs! Je suis assez
Cette
canaille ne vit 11ue de rapines C't de
L.i:: Ptn:11.IEK CO:-iSL:L.
fàchée de \'Ous y avoir fait ,·enir !
meurtres, campe dans les forèts désertrs. les
DessinèJ.'après nalu,·e par lsABEY,gravè f.lrTAROJEu·
El moi d'y être venue!
ruines, les carrières abandonnées, comme
Eh bien alors, décampez!
celle de Gueudreville, quartier-général de la
- lleureusement non 1- On nous ignerait ! bande d'Orgères : souterrain ile cent pieds de
Dès demain!. .. Je ,·enais ,·ous le dire!
D'ailleurs qu'aurait--clll• dit? fiien, - sinon long, sur trente de large, où fonctionne Ulll'
Bon voyage 1 )l
Là-dessus lime de Combray lui tourne le que ces gens qui nous ont tant effrayés étaient société de bandits, màles et femelles, parfaidos et ma mère revient au logis, exaspérée ... sùremenl de la bande; qu'ils al'aient dû tement organisée; - chefs, sous-chefs, gardeforcer la trappe, à la suite d'une expédition magasins, espions, courriers, barbier, chirur.
cl bien résolue à prendre, sans tarder, le banocturne où on les avait pourchassls jusqu'à
teau pour Paris.
gien, couturières, cuisiniers, précepteurs
l'enlrée d'un souterrain qui donnait sans pour les gosses (sic) el curé!
Le lendemain, de grand matin, les paquets
doute accès à la cave. ,,
sont laits; le jardinier est à la porte avec sa
Et ce brigandage est partout!
Après que nous eûmes jasé 11uel11ue temps
charrette, et va et vient, prenant nos bagages,
Dans le Midi, il y a si peu de sûreté, de
tandis que la servante sert la soupe. Afa mère à ce propos, Moisson me souhaita le bonsoir Marseille à Toulon et à Toulouse, qu'il ne faut
et je repris sur ma table le chel-d'œuvre de
en mange une ou deux cuillerées en courant;
pas voyager sans escorte. Dans le Var, les
Balzac, pour en poursuivre la lecturei moi de même, détestant la soupe. La servante
Bouches-du-Rhône, Vaucluse, ... de Digne, de
seule vide son assiette 1... Nous descendons au mais je n'allai pas au delà de quelques lignes. Draguignan, d'Avignon à Aix, il faut payer
Mon imagination nouait ailleur~. li } avait
Roule, où le jardinier nous quille à peine, que
rançon. - Un placard, aux abords des routes,
trop loin de l'idéalisme de Balzac au réalisme
la servante est prise d'affreux vomisseavertit le voiageur que, faute de ,·erser cent
de lloisson, qui réveillait en moi le souvenir
ments! ... Nous avons bien quelques nausées,
francs d'avance, il risque d'être tué. La
lointain des romans et des mélodrames de
ma mère et moi; mais la pauvre fille seule ne
quittance remise au conducteur tient lieu de
Ducray-Duminil, de Guilbert de Pixérécourt :
garde rieu de sa soupe du matin, heureusepasseport. Le l'Ol à main armée est à ce point
Alexis ou la ,llaisonneUe dans les bois; ment pour elle; - car nous rentrons à Paris,
passé dans les mœurs, que certains l'illages
l'ictor ou /'Enfant de la forêt! - et au Ires
convaincus que le jardinier, étant seul un
des Basses-Alpes servent publiquement de réœuvres de même date et de même style, si
instant, a jeté quelque poison dans la sousidence à ceux qui n'ont pas d'autre métier.
décriées
de nos jours! - Et je songeais que
pière ou dans nos assiettes.
Sur les rives du l\hône, on avertit charitablece qui fait aujourd'hui leur discrédit a lait
« - Et pas d'autres suites?
ment le rnyageur de ne pas descendre dans
jadis leur vogue; que, souf une forme ridi- Pas d'autres!. ..
telle auberge écartée, sous peine de n'en pas
cule, elles ont bien un fond de vérité; que
sortir. A la frontière d'Italie, ce sont les b111·- Et après, pins de nouvelles de Tources histoires de brigands dans le milieu tranebut'/
bets; dans le Nord, les garroteurs; dans
ditionnel : forèls, ca\'ernes, souterrains, etc.,
- Aucune, jusr1u'cn 1808, où nous apl'Ardèche, la bande noi1'e; dans le Centre, les
charmaient par leur vraisemblance Je lecteur
primes successivement que le courrier de la
chiffon11ie1·s; dans l'Artois, la Picardie la
de ce temps-là, pour qui l'auaque d'une dilireeelle avait été attaqué et dépouillé du côté
Somme, la Seine-Inférieure, le paysChartr~in,
gence par des malandrins à la figure noircie
de Falaise par une bande de gens armés que
!'Orléanais, la Loire-Inférieure, l'Orne, la
~!nit chose aussi naturelle que l'est pour nous
commandait la fille de lime de Combray, Sarthe, la Mayenne, l'Ille-et-Vilaine, etc., et
un accident de chemin de fer; enfin, qu'il
Aime Acquet de Férolles, déguisée en husl'Ile-de-France, jusqu'aux portes de Paris,
voyait dans ce qui nous semble pure extravasard! - puis, que l'on avait arrêté, outre
mais surtout dans le Calvados, le Finistère et
gance la peinture à peine exagérée des mœurs
Aime Acquet, son amant, un \'Ïveur nommé
la Manche, où le royalisme leur sert de dradont il était journellement le témoin el
Le Chevalier; son mari, sa mère, son notaire,
peau, les chauffeu,·s et les bandes des Gl'ands
des dévastations qu'il a,•ail partout sous les
ses serviteurs et ceux de Mme de Combray à yeux!
Gars et des Coupe el Tranche, qui, sous préTournebut : intendant, jardinier, etc., el,
texte de chouannerie, donnent l'assaut aux
C'est dans les rapports publiés par!!. Félix
enfin, que !!me de Combray avait été co,:ferme::;, aux habitations isolées et inspirent
Rocquain qu'il faut ,·oir l'élnl de la France
damnée à la réclusion et à l'exposition putant d'effroi que, si l'un d'eux est arrêté, on
sous le Directoire et les premières années du
blique, - Mme Acquet à mort, ainsi que son Consulat.
ne trouve plus ni témoins pour le reconnai'lre,
ni jury pour le condamner! - La politique
6

�- - - 1f1ST0-1{1A
évidemment n'a rien à voir à ces exploits.
C'est la guerre aux particuliers! Et les
Chouans ont la prétention de ne la faire qu'au
gouvernement. ... Tant qu'ils se Lornent à
livrer bataille, par 1,andes de cinq à six cents,
aux gendarmes el aux gardes nationaux, à
envahir les localités sans défense, pour)'° couper les arbres de la liherté, brùler les paperasses municipales,piller les caisses des receveurs,
des perccptcufs, - l'argent de l'l~tat devant
faire retour à son propriétaire légitime, qui

TOUR,Nr.BUT - -..

élanl brouillée avec tous. Je- souhaitais vivement d'en savoir plus; mais, pour cela, il
fallait consulter les pièces du procès, au
greffé du palais de justice de Rouen. Je n'en
lrouvai jamais le loisir. Je dis quelques moL'i
de l'alfairc à M. Guslare Bord, à Frédéric
Masson, à M. de la Sicotière, etje n'y songeais
plus, même après l'intéressante étude' publiée
par M. Ernest Daudet dans le Temps, quand,
au cours d'une promenade en compagnie de
Lenotre, dans le peu qui a surréi.:u du vieux
est le Roi, -on peut encore les di~tinguer des Paris de la Cité, la maison de la rue ChanoimaJraiteurs de profession. Mais, quand ils nesse, où Balzac loge Mme de la Chanterie,
arrètent les diligences, rançonnent les vo~a- me rappela Moisson, dont je contai l'aventure
geurs, fusillent les curés jureurs et les acqué- à Lenolre, qui mettait alors la dernière main
reurs des biens nationaux, la distinction à sa Com~piration de la Houërie. li n'en
devient trop subtile! Elle n'a plus de raison fallait pas plus pour lui suggérer l'idée d'étud'être en l'an VIII et en l'an IX, où des me- dier J'alfaire de JSOi dans les pièces du prosures vigoureuses a~aot à peu près purgé la cès que personne n'avait consultées avanl lui.
province des chauffeurs et autres bandits qui A quelque Lemps de là, il m'apprenait que la
l'exploitent, le pluS- grand nombre de ceux tour de Tournebut était encore debout; qu'il
qui ont échappé à la rusillade et à la guillo- ne tenait qu'à nous de la visiler, le gendre de
tine s'enrôle dans ce qui subsiste de l'armée la propriétaire actuelle du château d'Auberoyale, dernier refuge du brigandage!
rnye, H. Constantin, s'offrant obligeamment
Dans un tel milieu 1 l'aventure de &amp;foisson i1 nous senir de guide : et, par une belle
n'a rien d'extraordinaire. On ne peut guère matinée d'automne, le chemin de fer nous
lui reprocher que d'être trop simple. C'est la cléposa à la station qui dessert le pelit yiJlage
moindre scène d'un gros mélodrame, ol.l sa &lt;l'Aubevo~·e, dont le nom a retenti deux fois
mère el lui ont joué le rOle de comparses. en justice, pour le procès de Mme de ComMais, si mince que soit l'épisodr, il avait pour bray et pour celui de Mme de Jeufosse.
moi l'attrait de l'inconnu. De Tournebut, de
Celui qui n'a pas le goùt de ces sortes
ses hôtes, je ne sa,·ais rien! - Qu'était, en d'excursions et d'em1uètcs ne saurait s'en
réalité, celle Mme de Combray sanctifiée par figurer le charmr. Que ce soit un petit proBalzac? - Une fanatique, on une intrigante? blème historir1ue à résoudre, un fait ignoré
- Et sa fille, Mme Ac11uet? - Une héroïne ou mal connu à élucider, cette course au
ou une détraquée? - Et l'amant1 - Un document, a,·cc les déceptions de la recherche
vaillant ou un avenlurier1 - Et le mari? ... et les joyeuses· surprises de la décomerte,
Et le notaire'! ... Et les familiers du logis1 t'Sl bien la chasse la plus amusante, en
~ Mme Acquet surtout piquait ma curiosité.
compagnie surtout d'un fureteur tel que LeCnc fille de bonne maison. déguisée en bus- notre, doué d'un flair admirable qui le mcl

f ,E

CHATEA t; DEi Tt:!LERIES 1 IJ.\~S LES

sard, pour arrêter le courrier, comme Chopparl l ... Ce n'est pas banal! ... Au moins
était-ellejeune et jolie? - !19isson n'en samit
rien l Il ne l'avait jamais vue, pas plus que
son amant et son mari, Mme de Combray

Ou château primitif, qui avait élé construit
par le maréchal de Marillac, et que Mme de
Combray a\'aÎt considérablement agrandi, rien
malheureusement ne subsiste plus que les
communs; une terrasse d'où l'on a vue sur
la Seine; la cour d'honneur convertie en pelouse; une vieille allée de tilleuls et l'ancienne clOlure. Une construction nouvelle a
remplacé l'ancienne, il y a une cinquantaine
d'années. Le petit château, dit de Gros-ll,•snil, voisin du grand, a été remanié récemment.
Toutefois l'ensemble est Lei qu'en IXOt. A
la vue'de ces grands bois qui serrent de près
le mur d'enceinte, on comprend que celte
demeure se prêtait admirablement aux allées
et venues mystérieuses, aux conciliabules secrets, au rùle que lui destinait Mme de.Combray, préparant la plus belle chambre pour
l'arrivée prochaine du roi ou du comte d'Artois, et, dans le grand et Je petit chàteau,
ménageant des cachettes, dont une seule pouvait contenir une quarantaine èe gens
armés.
La tour - elle - est toujours là, loin du
cbàteau, au sommet d'une côte boisét!, assrz
raide, et au centre d'une clairière, qui domine
de très haut le cours de ]a rivière.
C'csl une construction massive, trapue, de
mine farouche, telle que la décrivait Moisson,
avec des murs épais et de rares fenêtres si
étroites qu'elles ont plutùt l'air de simples
meurtrières.
Elle parait bien avoir été primilivemcnl
l'un de ces postes de garde et de surveillance
construits, sur les hauteurs, de Mantes à
Paris, tels que la grosse tour de )a· Montjoi-e,
dont Je fossé est bien reconnaissable dans la
forèl de Marly; ou celles de Montaigu et
d'l-lennemont, dont les ruines étaient encore
visibles au dernier siècle. Quelques-unes de
ces tours furent converties en moulins ou en
pigeonniers. La nôtre, dont le dernier étage
et le toit en poivrière ont été démolis et remplacés par une plaie-forme, à une date indéterminée, fut flanquée d'un moulin de bois,
incendié avant la Hévolulion; car il ne figure
pas sur la carte de Cassini qui signale, avt.:c
soin, tous ceux de la contrée. liais rnn souvenir a survécu. La tour et ses abords sont
encore désignés sous le nom de C! Moulin
brûlé».
JI n'y a plus trace de J'excavalion qui précédait la porte d'entrée en 1804, et qui dcYait être le dernier vestige d'un ancien fossé.
Le seuil franchi, voici la pièce circulaire; au
fond, faisant face à la porte, la renèlre dont
on a retiré les barreaux; à gauche, une cheminée moderne qui remplace l'ancienne; 11
droite, l'escalier en bon état. Sous l'escalier,
la trappe a disparu, la cave étant abandonnée
comme inutile. Elle ne pouvait prendre jour
PREMIËRES A'\\(ES DU XI.X• SIÉCLE.
que sur le fossé; en le comblant, on l'a areuglée. Au premier, comme au deuxième étage,
toujc1urs sur la bonne piste. Il y arnit ici, de où l'on a supprimé Jes cloisons, leur trace est
plus, l'attrait particulier de cette ,,ieille to11r encore très apparente, a,·ec quelques fragoubliée, à Jaqnelle nous étions Seuls à nous . ments de papiers de tenture. Le peu de jour
intéresser, et du récit de Moisson à con- qui filtre par les fenêtres justifie l'exclamation
trôler!
de Mme Moisson: « C'est une prison! » La

,

plate-l'orme, d'où la vue est fort belle, a été
remise à neuf, comme l'escalier. Mais, du
rez-de-chaussée au faite, tout concorde avec
la description de lloisson.
Il ne nous reste plus qu'à sarnir comment
du dehors on pouvait pénétrer dans la
cave.
.'\ous aYons deux bons guides : notre aimable bote, li. Constantin, et )). l'abbé llrouin,
curé d'Auhevoye, très au fait des tradilions
locales. Ils nous indiquent la G,·ot/e de rllel'·
mite.'
0 Ducray-Duminil !. .. Encore loi!
C'est. au llanc du coteau qui descend vers
la Seine, une ancienne carrière, en contre-bas
de la tour et sans communication apparente
avec elle, mais située de 1elle sorte que, pour
les relier, il sul'nsait d'un couloir de quelques mètres, rampant sous terre. La grotte
étant aujourd'hui comLléc en grande parlie,
l'entrée de ce boyau a disparu sous le remblai.
En la regardant - lrès innocente en apparence - sous sa chevelure de broussailles et
de ronces, je croyais voir quelque Chouan, à
la clarté des étoiles, l'œil et l'oreille au guet,
se jeter là, brusquement, comme un lièvre
au gite, pour aller dormir loul habillé sur
le grabat du deuxième étage. - l~videmmP.nt
celle tour, machinée, comme toute l'habitation de Mme de Combray, était l'un des refuges que les Chouans s'étaient ménagés, des
côtes de Xormandie jusqu'à Paris, et dont ils
avaient seuls le ~ecret
Mais pourqboi y loger Mme Moisson, sans
la mellre dans la confidence? - Si Mme de
Combray voulait détourner tout rnupçon, par
la présence de deux femmes et d'un enfant,
c'était bien le cas de le leur dire.... Et, si
elle jugeait Mme Moisson trop exaltée pour
un tel aveu, il ne fallait pas l'exposer à des
surprises nocturnes, qui ne pouvaient que
l'exalter encore plus! ... Pbélippeaux, dans le
procès de Georges, interrogé sur le père de
Moisson, qui a disparu, répond qu'il habitait
rue et ile Saint-Louis, près du n0uveau pont ;
qu'il était graveur et dirigeait une manufacture de boutons; et que Mme Moisson avait
rn1e femme de chambre nommée R. PetilJean, mariée à un garde municipal. Est-ce la
crainte de quelque indiscrétion de celle femme
écrivant à son mari qui motivait le silence de
lime de Combray? - Alors et toujours,
pourquoi la tour?
Quoi qu'il en soit, la précision des souvenirs de Moisson nous était démontrée. Seulement la trappe n'avait pas été forcée, comme
il le cropit, au retour d'une expédition nocturne, par des Chouans en déroule. Nous
étions déjà fixés sur ce point par les premiers
documents que Lenotre avait réunis en vue
du présent ouvrage. Dans l'été de 1804, il
n'y eut aucune expédition de ce genre, aux
environs de Tournebut. On n'aurait eu garde
d'attirer l'attention sur le chù.teau, où se cachait alors celui que les Chouans de Normandie appelaient le Grand Alexandre el jugeaient
seul capable de succéder à Georges : le vicomte Robert d'Acb,\ qui, traqué dans Paris,

comme tous les roplistes dénoncés par Qurrclle, avaiL su dépister les recherches, sortir
à la réouverture des portes, sous l'un de ses
déguisements habituels, colporteur, charretier, gagne-pelit, etc., gagner la Normandie
par la rive gauche de Ja Seine, et se réfugier
cbez sa vieille amie, il Tournebut, ol1 il pul
sPjourner quatorze mois durant, sous le nom
de Dcslorières, sans que jamais la police y ail
soupçonné sa présence.
Il était sl'irement, ainsi que Bonnœil, fils
ainé de Mme de Combray, l'un des trois convives, aYec qui Moisson a soupé le soir de
son arrivée. Celui qui jouait toujours aux
cartes, au trictrac, avec Mme de Combra}, et
qu'elle donnait pour son notaire, pourrait
bien être d'Acbé lui-mème. Quant aux hôtes
furtifs de la tour, étant donné le séjour de
d'Aché à Tournebut, il y a !orle apparence
qu'ils étaient là de passage, pour conférer
avec lui, sous bois, sans mème paraitre au
cbàteau. prendre ses ordres cl repartir m)"stérieusement, comme ils étaient venus.
Car, dans sa retraite, d'Acbé conspirait
toujours et s'efforçait à renouer, avec le ministère anglais, les fils du complot qui venait
d'échouer misérablement, Moreau s'étant dérobé à la dernière heure. Le parti royaliste
était moins intimidé qu 'exaspéré par la mort
du duc d"Enghien, de Georges et de Pichegru, et ne se tenait pas pour battu, même
par la proclamation de l'Empire, qui, d'aillcur.s, en province - surtout dans les campagnes, - n'avait pas excité l'enthousiasme
que signalent les rapports officiels.
En réalité, il lut accepté par la majorité
de la population comme un gouvernement
d'expédient, qui rassurait prorisoirement
les intérèls menacés, mais dont la durée
n'était rien moins que certaine! - li était
trop évident que l'Empire, c'était Napoléon,
comme le Consulat avait été Bonaparte, et
que tout reposait sur la tête d'un seul homme.
Que la machine infernale l'eùt supprimé, la
royauté avait beau jeu. Sa vie n'élait pas
seule en cause; sa fortune elle-même était
bien chanceuse. Fondé sur la victoire, l'Empire · était condamné à toujours vaincre. La
guerre pouvait défaire ce qu'a,•ait fait la
guerre. Et celle inquiétude est manifesle
dans les correspondances et les mémoires
contemporains. lis étaient plus nombreux
qu'on ne pense, les courtisans du nouveau
règne, aussi sceptiques sur sa durée que
Madame Mère, économisant ses revenus et
disant à ses filles railleuses : &lt;! Yous serez
peut-être bien heureuses de les retrouver un
jour! » En vue de la catastrophe possible,
ceux-là. se ménageaient une retraite vers les
Bourbons el, par des phrases vagues, des
sourires d'enlente, entretenaient les royalisles
dans l'espoir d'un concours sur lequel on 11e
de,,ait compter qu'au lendemain du succès,
mais que les rO)'alistes considéraient comme
positif et immédiat. - Quant au désastre
qui devait le provoquer, ils l'espéraient et le
promellaient à bref délai aux Chouans impatients, - avec débarquement d'une armée
anglo-russe, ... soulèvement de l'Ouest, ... en-

trée de Louis XVIII dans sa bonne ville de
Paris et renvoi du Corse à son ile!. . Prédictions, en somme, qui n'étaient pas si folles!
-A quelques détails près, dix ans plus tard,
c'était chose faite! ... Et, en politique, qu'estce que dix ans? Froué, Georges, Pichegru,
d'Aché n'auraient eu qu'à se croiser les
bras .... lis auraient ,u l'Empire crouler sous
son propre poids.
Ces réflexions, nous les faisions, de retour
au cbàteau, en regardant, de la terrasse, au
soleil couchant, le cours paisible de la Seine,
et cc joli paysage d'automne que Mine de
Combray et d'Aché, à la même heure, à la
même place, avaient dù contempler laut de
fois, ne prévo~·ant guère le triste sort que
leur réservait l'avenir.
Les inl'ortunes de la malheureuse femme;
la d,:plorable affaire du Quesnai, où le courrier de la recette fut allaqué et dépouillé par
les gens de Mme Acquet, au profit de la caisse
rople el surtout de celle de Le Chevalier;
l'assassinat de d'Achl:, vendu à la police impériale par la Vaubadon, sa maîtresse, et le
louche et làche Doulcet de Ponlécoulnul, qui
ne s'en v.ante pas dans ses ,lfémoires, ont
servi de prétexte à de nombreux récits, romans, nouvelles, etc., où la fantaisie joue
un trop grand rôle, et dont les auteurs, mal
informés, Hippolyte Bonnelicr, comtesse de
)lirabeau, Chennevières, etc., etc., ont usé
largement des libertês acquises aux œuvres
d'imagination. - On ne peut leur adresser
qu'un reproche : - c'est de n'avoir pas le
génie de Balzac.
)lais il est permis de critiquer plus sévèrement les écrits, à prétentions historiques,
sur ~lme de Combray, sa famille, ses résidences et ce cbàteau de Touruebut que
M. Homberg, nous présente flanqué de quatre
tours féodales, et que MM. Le Prévost et
Bourdon nous donnent comme démoli rn
180i !
Mme d'Abrantès, avec sa véracité ordinaire, décrit le mobilier luxueux, et les
grosses lampes des &lt;( labyrinthes de Tournebut, dont il fallait pour ainsi dire la carte,
afin de ne pas s'y égarer &gt;L Elle nous montre
Le Chevalier, crucifix en main, haranguant les
assaillanls du bois du Quesnai, encore qu'il
fùt à Paris ce jour-là, pour se créer un
alibi, ... et ajoute sérieusem~ut : « Je _connais une personne qui était dans la diligenee
et qui, seule, a survécu, les sept autres
voyageurs a~ant été massacrés et leurs cadavres abandonnés sur la route ! »
Or il n'y a eu ni diligence, ni voyageurs,
et personne n'a été tué!. ..
!'lus étranges sont les erreurs de M. de la
Sicotière! - Au moment où il préparait son
grand travail sur Frotti et les Jnsur1'eclio11s
normandes, a~ant su par )1. Gustave fiord
que j'a\·ais quelques renseignements particuliers sur Mme de Combray, il m'écrivit pour
en prendre connaissance. Je lui adressai un
résumé du récit de .lloisson, en l'invitant à
en ,·érifier l'exactitude! - Et c'est là qu'il
se fourvoia de la bonne façon.
Mme de Combray, outre son habitation à

�TOUR,NEBUT - - ,

111S TO']t 1.Jl
Houen, avait deux résidences: l'une, à Aubevoye, où elle séjournait depuis longtemps;
l'autre à trente lieues de là, à Donnay, dans
le département de l'Orne, où elle ne paraissait plus, depuis que son gendre y était installé.
Deux tours portent le même nom de Tour.
nebut, l'une, à Aubevoie, c'est la nôtre;
l'autre, à quelque distance de Donna~ ,
celle-ci n'appartenant pas à Mme de Combray.
Persuadé, sur le seul dire de !Ill. Le Prévost et Bourdon, qu'en 1804, le chàleau d'Aubevoye et sa tour n'existaieut plus et que
Mme de Combray habitait Donnay à cette
date, ... M. de la Sicolière prit naturellement
un Tournebut pour l'autre, ne comprit pas
un traitre mot du récit de Moisson, le traita
de chimère et, dans son livre, me donna acte
de mes renseignements, par cette petite note
dédaigneuse:
&lt;! Une confusion s'est faite, dans beaucoup
d'esprits, entre les deux Tournebut, si diflërents pourtant et si distants l'un de l'autre,
et a donné naissance aux légendes les plus
romanesques et les plus étranges : retraites
inaccessibles, mé1v1gées à des proscrits ou à
des bandits dans les combles de la vieille ·
tour, apparitions nocturnes, victimes innocentes payant de leur vie le malheur
d'avoir surpris les secrets de ces terribles
hôtes . ... »
li esl plaisant de voir M. de la Sicolière
signaler la confusion qu'il est seul à commettre. Mais il y a mieux! - Voici un écrivain qui nous offre en deux gros volumes
l'histoire de la chouannerie normande. Il
n'est que.stion, dans son line, que de déguisements, faux noms, faux papiers, guetsapens, enlèvements, attaques de diligences,
souterrains, prisons, évasions, enfants espions
et femmes capitaines! ... Il constate lui-même
que l'affaire du bois du Quesnai est(&lt; tragique,
éh'ange et mystérieuse! ... )&gt; Et tout aussitôt
il conteste, comme éfrange et romanesque,
la plus simple de toutes ces aventures : celle de Moisson! - Il raille ses cacbelles
dans les combles de la ·vieille tour. Et c'est
précisément dans les combles du château
que la police découvrit le fameux refuge, où
une quarantaine d'hommes pouvaient tenir à
l'aise. li déclare légendafres les retraites
ménagées aux proscrits et aux bandits, et
cela au moment même où il vient de consacrer deux pages à l'énumération de tous les
trous, puits, caveaux, toutes les tanières,
grottes, cavernes, etc., où ces mêmes bandits et pràscrits avaient des retraites assurées!
En sorte que M. de la Sicolière a l'air de
se moquer de lui-même!
Je me reprocherais de ne pas citer, à titre
de curiosité, la biographie de lime et Mlle de
Combray, réunies en une seule et même personne dans le Dictionnaire historique (! ! !)
de Larousse. - C'est un morceau unique en
son genre. Noms, lieux et faits, tout est faux!
Et le comble, c'est qu'à l'appui de ces
rêveries on nous cite les fragments de pré-

tendus mémoires que Félicie (!) de Combray
aurait écrits sous la Hestauration ... , ouCIIAPlTRE PllEMIEn
bliant qu'elle avait été guillotinée sous l'Empire!
Jean-Pierre Querelle.
Avec M. Ernest Daudet, nous rentrons
dans l'histoire. Personne, avant lui, n'a,·ait
IJans la nuit du 25 janvier 1804, le Preétudié sérieusement le crime du Quesnai. mier Consul s'étant levé pour travailler jusIl en a donné dans le journal le Temps, il y qu'au petit jour 1 , ainsi qu'il le faisait fréy a quelques années, un récit fort exact, au- quemment, parcourut les derniers rapports
quel on ne saurait reprocher d'ètre simple- de police déposés sur son bureau.
ment ce quïl voulait être: un résumé fiJèle
Il n'y était question que de sa mort : on
~t rapide. M. Daudet n'a eu, d'ailleurs, à sa l'annonçait déjà, comme chose certaine, à
disposition, qne les dossiers 8170, 8171, Landre.::, en Allemagne, en Hollande; (&lt; assas•
8172 de la série F1 des Archives nationales, siner Bonaparte u était une sorte de sport
et les rapports adressés à Réal par Sarnye- auquel on s·exerçait de tous côtés en Europe
Rollin et Licquet. ce policier si ingénieux et dont les Anglais surtout se montraient ferque le Corentin de Balzac, auprès de lui, a vents; c'esl de chez eux que parlaient, larl'air d'un écolier! - Par suite, le drame de gement munis d'argent et bien équipés, les
famille échappe i, M. Daudet, qui, du reste, amateurs désireux de gagner l'enjeu, anciens
n'avait pas à s'en préoccuper. On ne saurait chouans impénitents pour la plupart, royatirer un meilleur parti qu'il n'a fait des do- listes fanatiques considérant comme un acte
cumenls à sa portée.
pieux le crime qui de,,ait débarrasser la
Lenolre a poussé plus loin ses recherches. France de l'usurpateur.
Il ne s'est pas borné à étudier, pièce par
Ce qui, dans ces rapports de police, peu
pièce, le volumineux dossier du procès dignes de foi à l'ordinaire, était de nature à
de 1808, qui remplit tout une armoire; de causer quelque souci, c'est que tous s'accorcomposer, d'opposer les témoignages l'un à daient sur un point : Gemges Cadoudal avait
l'autre; de contrôler les rapports, les en- disparu. Depuis que cet homme, formidable de
quêtes; de démêler les noms réels sous les courage et de ténacité, avait déclaré au Prefaux, les vérités sous les mensonges; en un mier Consul une guerre sans merci, les agenrs·
mot, d'instruire l'affaire à nouveau : travail de la police ne l'avaient jamais perdu de vue;
formidable, dont il ne donne ici que la subs- on savait qu'il séjournait en Angleterre el on
tance. Servi par ce merveilleux instinct et l'y faisait espionner; mais, s'il était vrai
cette obstination de chercheur, qui triomph,mt qu'il eût échappé à cette surveillance, le dande tous les obstacles; il a su obtenir commu- ger était imminent et le &lt;&lt; tremblement dG
nication de papiers de famille, dont qual- terre' Il prédit était proche.
ques-uns dormaient dans de vieilles malles,
Bonaparte, plus irrité qu'inquiet de ces
reléguées au fond d'un grenier, et, dans ces racontars menaçants, voulut en avoir le cœur
paperasses, découvrir de précieux documents, net. Il redoutait Fouché dont il suspectait,
qui éclairent les dessous de cette affaire du non sans raisons, le dévouement et qui, d'ailQuesnai, où la folle passion d'une pauvre leurs, à cette époque, n'avait pas- officiellefemme joue le plus grand rôle.
ment du moins - la direction de la police,
Et que l'on ne s'attende pas à lire ici un et il avait « attaché à ses flancs )&gt; un espion
roman. - Ceci est une étude historique, dangereux, le belge Réal. C'était à celui-ci
dans toute la rigueur du terme. Lenotre que, pour certaines besognes, Bonaparte prén'avance pas un fait dont il ne puisse fournir férait s'adresser. Réal était le policier type :
la preuve. li ne hasarde pas une hypothèse, ami de Danton, il a,,ait organisé jadis les
sans la donner comme telle, et dans le grandes manifestations populaires destinées
moindre détail il s'interdit toute fantaisie. à intimider la Convention; il avait pénétré
S'il décrit une toilette de Mme Acquet, c'est les terribles dr.ssous du Tribun:.Jl révolutionqu'elle est signalée dans quelque interroga- naire et du Comité de Sùreté générale; il
toire. Je l'ai vu scrupuleux, sur ce point, connaissait et savait utiliser les débris des
jusqu'à supprimer tout le pittoresque qui anciens comités de sections : septembriseurs
pouyait être mis sur le com(lte de son ima- sans occupations, laquais, parfumeurs, dengination. II n'est pas de cause célèbre, où la tistes, maitres de danse sans clientèle, tous
Justice, dans l'exposé des faits, se soit piquée les rebuts de la révolution, toutes les filles
de plus d'exactitude. - Bref, on retrouvera du Palais-llopl, telle était l'armée qu'il
ici toutes les qualités qui ont fait le succès commandait, ayant pour lieutenants Desmade sa Conspiration de la Rouërie : début rets, curé défroqué, et Veyrat, ancien forçat
chevaleresque de cetle chouannerie qu'il nous genevois, marqué et fouetté par le bourreau ;;.
montre, sur son déclin, réduite à arrêter les
1. Recherc!tes ltislüriques sur le procès ,et la
diligences!
ccndamnation du duc d'Enghien, par A. Noug-aPour moi, si je me suis trop attardé à rède de Fa1·et.
2: Une Iêttre de Vienne, rclati1·e à des affaires de
cette vieille tour, c'est fJ_u'elle lui a conseil!~ finances
el saisie par 1a police portail : « - lei,
celte œuvre : - et l'on doit bien quelquiJ comme chez vous, l'hiver a été très doux; mais ou
poui· la fin de février : des personnes bien
reconnaissauce à ces muets témoins du passé, craint
instruites pensent que 1·ous aurez un tremblement de
dont ils nous gardent le souvenir.
terre; si donc vous avez des opérations ù fai:-e, tenez
\"JCTORIEN

""' t38""'

SARDOL".

cet a,.is pour certain; je ne puis m'expliquer da\'antage. » Recherches hislol'iques, Pte.
J. Archi,·cs nationales. P 1H7 I.

Réal el ces deux subalternes seront les protagonistes occultes du drame que nous allons
raconter.
Cette nuit-là, Bonaparte manda Réal en
toute hâte. Procédant, comme à l'ordinaire,
par brèves questions, il s'informa du nombre
de royalistes renfermés ?1 la tour du Temple:
ou à Bicètre, de leurs noms, des soupçons

deux premiers noms désignés à son attention
furent ceux de Picot et de Lebourgeois. Picot
était ua ancien officier de Frotté et avait
commandé en chef, pendant les guerres de
la Chouannerie, la division du pays d'Auœc;
il y avait mérité le surnom d'Egorge-13/eus;
il était chevalier de Saint-Louis. Lebourgeoi!-,
cafetier à Rouen, accusé, vers 1800, d'arnir

DEB.ŒQUE)1Ei\T IJU 16 JANVIER lt3o-t .\ LA FALAISE üE

.BI\ Il.LE.

-

De~sin de Juu:s

autre chouan, Piogé, dit Sans-Pitié ou Tapeà-Mort t, et Desol de Grisolles, ancien comprignon de Georges, &lt;! ro1aliste très dang~reux i 1). Enfin, pour montrer du zè!e, 11
ojouta à ~a liste un cinquième nom, celui de
Querelle, ex-chirurgien de marine, arrèté depuis quatre mois:; sous un vague sonpçon
d'espionnage, mais que le dossier signalaiL

Dl:: POLJG:-;AC, 1111

,tes co11j11re:.. (illusr:e Carn:rnJ!et.)

qui avaient motivé leur arrestation. Vile
satisfait sur tous ces points, il ordonna que,
avant le jour, on choisit quatre des détenus
parmi ceux qui paraitraient les plus compromis et qu'on les 1ivrât à une commission
militaire : s'ils ne faisaient des révélations,
ils seraient fusillés dans les vingt-quatre
heures.
Desmarets, réveillé à cinq heures du matin, fut chargé de dresser la liste, et les

pris part à l'attaque d·une diligence el renvoyé absous, avait, comme Picot son ami,
émigré en Angleterre; tous deux, dénoncés
par un agent provocateur comme ayant laisté
enlend1·e qu'ils ,·enaient attenter à la vie
du Premier Consul, et arrêtés à Pont-Audemer au moment où ils rentraient en
France, étaient au Temple depuis près d'un
an.
A ces deux victimes Desmarets joignit un

rnrumc un homme pusilJanime dont on pouvait (1 attendre quelque chorn 4 ».
- Celui-ci, dit Uonaparte C'n lisant le nom
de Querelle et la note qui l'accompagnait, e~t
plutôt un intrigant qu'un fanatique; il parlera 5.
Le jour même, les cinq « prévenus d'embauchage et de correspondance avec les ennemis de la République » étaient traduits
devant une commission militaire que présidait

l. Archives nationales, Af1" 116, n° ijjJ.
'l. Archi\'es nationales, même dossier.
::i. li al'ait été al'!'ètê le H) vcndCmîairc, an
\11 (octobre 1805\. Archives de la préfecture de
police.
4. En fouillant le passê de Querelle. on avait troun~,
il la date du 22 fénier 1800, un rapport écrit de DelleJsle-en-Mer pai- le général Quantin, établissant qu{' Il~

pri;:onnirr m1it (lt!jà trahi son pa~ti e~ sen·ai! d'e~_vion au génêro.1. Voir: l.,'ne ro11sp1ralwn c11 l an .\1
f'l en l'an Xll, par lluon de l'émrnstcr.
5. Dans le Journal _dll général b~ron Gottr~aud
it Sai11lt'-l1élè11e, publié par MM._le ,,comte d~liroud1y et Antoine (;uîlloîs, on lit ida date du 20mtH 1.816:
(\ L'empereur nous raconte qu'étant consul 11 se
1'C1·cil!n u11c nuit. tout inquiet. Il lroma sur sa talilr

un i-apporl de police annonçant qu'un nommè Trais•
ne! (sic ), chirurgien, venait de débarq~1cr el a1•ail été
arrêlê comme chouan. Sa )lajestê, qui le counaissa1l,
donna oi·dre de le juger sur-le.i.:han_ip. li c,L condamné il mort. l)n suspentl rcxécut1011 et (JIJ c~~aye
de le fai1·e pa1·ler en lui promettant sa g1·âce : la
crainte du supplice lui fail tout dire: il a,ouc que
Geo!'ges et P1~hcgTu sont it Paris .... o etc.

�rr--

111ST0~1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___,,
T OUJ?,N"EBUT - - - .

le général Du plcssis : Desol et Piogé, acfurenl remis à la dispJsition du gouvernement et réincarcérés aussitôt. Picot,
Lcbourgeois et Querelle, condamnés à mort,
étaient transférés à L\Lhaye en attendant
l'ex_éculion qui devait avoir lieu le lende&lt;1 uittés,

main.

- Pas de sursi~, cntendez ...vom, je n'en
,,eux pas, a,,ait dit 0onaparte 1 •
Mais i,I fallait néanmoins laisser au courage
des condamnés le temps de s'amollir et aux
policiers celui de (&lt; cuisiner )&gt; les malheureux.
Il n'y avait évidemment aucune révélation
à altcndre de Picot ni de Lebourgeois : ils
ignoraient tout de la conspiration et étaient
résignés à leur sort; mais on pouvait tirer
parti de leur mort pour frapper l'esprit de
Querelle qui paraissait beaucoup moins ferme
et l'on n'y manqua pas.
011 eut soin de le faire assister aux apprêts
du supplice : il vit arriver devant la prison
le pelolon qui allait fusiller ses compagnons,
'il fut témoin de leur départ et, tout aussitôt,
on lui annonça que « c'était son Lour 1&gt;.
Puis, pour lui distiller son agonie, on le
laissa seul dans ceUe chambre basse de l'ALbaye ol1, jadis, avait siégé le tribunal de
)Jaillard ; ce lieu tragique était éclairé par
une petite fenêtre donnant sur la place et
garnie de forlcs grilles. De là le condamné
vo~•ait, dans l'étroit carrefour, se ranger les
soldats qui devaient le conduire à la plaine
de Grenelle et percevait les gouailleries drs
cm:ieux massés dans l'attente de sa sortie;
même un des gendarmes, aiant mis pied à
terre, avait attaché la bride de son cheval à
l'un des barreaux de la fenètret et l'on entèndait, dans l'intérieur de la prison, le bruit
des pas hâtifs, des portes ouvertes et lourdement retombées, indiquant les derniers préparatifs ....
Querelle resta lnng1emps silencieux, tapi
dans un angle et, tout à coup, comme si la
peur l'eût rendu subitement fou, il se mit à
appeler dése~pérément, criant qu'il ne voulait pas mourir, qu'il dirait tout ce qu'il snvait, suppliant les geôliers de courir chez le
Premier Consul afin d'obtenir pour lui grâce
de la vie; en même temps, il réclamait avec
de grands sanglots le général Mural, gouYerLe 1rdcParis,juranl &lt;fU'illui forait des aveux
complets s'il YOulait seulement donner l'ordre
aux soldats du peloton d'exécution de rentrer
à leur quartier ~.
ilien que Murat, prévenu aussitôt, ne \'lt,
1. I1ul,ii;c1·étio11s, 1108-1830. SomenÙ's anecdot 1-

et. polili~11es l.irts d~t portefe11ille d'1111 fo11clw1wau·e del Empue, mis en ordre par JllusnierDesclo:.eaa..c.
2. Indiscrétions. Op. ri(. Ces souvenirs passent.
pour :t\'oir été dictés par Rëol lui-même.
.~. Querelle du~ mêm e .écrire _une su pplique au g:•11en1! Mural, car 11 csl fa1l :illusion à celle fellrc dans
url pr~~ès-~'er~al que nous. citerons plus loio; m:iis
cette p1ccc 111teressHnle a disparu du dossier.
4. Le signalem ent de Querelle se trouYe sur le registre ?"écrou du Temple .. Ard1ircs de la préfecture
tic pohl'e.
5. lndisrrélions l W8-1$j0. Op. cil.
{i. Le procès•vcrbal de la première déclarnl1011 •le

(J(tCS

dans- cet incident, qu'un prétexte imaginé
par un condamné pour gagner quelques minutes d'existence, il crut devoir en référer au
Consul qui Ill aussitôt prél"enir Béal. Ces
allées et venues avaient pris du temps : le
malheureux Querelle, voyant to~ujours sous sa
fenèlrc les hommes prêts à l'emmener et la
foule impatiente qui le réclamait arnc de
grandes clameurs, était au paroxisme du
désespoir .
Quand Béal ouvrit la porte du cachot,
il aperçut, accroupi sur lP,S dalles et rt1lant de peur, un petit homme au visage
grêlé, aux cheveux noirs, au nez mince et
poinlu, aux yeux gris qu'un tic nerveux con~
tractait continuellement l.
- Vous avez, dit fiéal, annoncé l'intention
de foire des révélations. Je viens pour \'OUS
entendre 5.
Uais le mori~ond pouvait à peine articuler
une parole : Réal dut le rassurer, ordonna
de le porter dans une autre chambre et lui .fit
espérer sa grùce, si ses révélations étaient
importantes 6.
Encore tout tremblant, à mots entrecoupés,
le condamné, faisant effort, raconta &lt;( qu'il
était à Paris depuis plus de six mois, venu de
Londres avec Georges Cadoudal el six de ses
plus fidèles officiers; ils y avaient été rejoints
par un grand nombre d'autres, arrivés de
Bretagne ou débarqués d'Angleterre; ils étaient
en ce moment plus de cent cachés dans Paris,
attendant l'occasion d'enlever Bonaparte ou
de l'assassiner J&gt;. A mesure que sa fra1eur se
calmait il ajoutait des détails : un bâtiment
de la marine anglaise les avait débarqués sur
les cotes de France, au pied de la falaise de
Bi,·ille, près de Dieppe; là, un homme d"Eu
ou du Treport était Yenu les prendre et les
avait conduits à quelque dislance de la côte,
dans une ferme dont lui, Querelle, ne savait
pas le nom. Ils en étaient repartis à la nuit
et avaient ainsi poursuivi leur route de ferme
en ferme jusqu'Il Paris, où ils ne se voyaient
que lorsque Georges les faisait appeler; ils
recevaient leur solde d'une manière convenue
cl, quant_ à lui, &lt;&lt; c'était sous une pierre des
Champs-!Ll}'sées ol1 on la déposait chaque semaine et où il allait la chercher; )) ; un
&lt;&lt; monsieur~ l&gt; était Yenu au-dnant d'eux
jusqu'à la dernière étape, près du village de
Saint-Leu-Taverny, pour préparer leur entrée
à Paris et les aider à passer la barrière.
De ces révélations faites sans ordre, dans
la fièvre, un point primait tous les au1res:
Georges était ll Paris! · fiéal, dont nous sui-

vons lextuellcmcnt Ie récit, laissa Querelle et
se fit conduire aux Tuileries; le Premier
Consul était aux mains de Constant, son valet
d,e chambre, quand on annonça le policier.
1oya_nt sa pâleur , Bonaparte pensa qu'il
renait d'assister à l'exécution des trois
condamnés.
- C'est fini, n'est-ce pas? dit-il.
- No □ pas, général, répondit Héal.
Et, comme il hésitait, le Consul reprit :
- Vous pouvez parler devant Constant.
- Eh bien ... Georges et sa bande sont à
Paris.
En entendant le nom du seul homme qu'il
redoutait, Uonaparte, se tournant à demi, lit
rapidement un signe de croix et, tirant Réal
par la manche, il l'entraina dans le salon
voisin 9 •
Ainsi celle police du Premier Consul, si
nombreuse, si soupçonneuse et si active, cette
police qui &lt;! avait l'œil partout J&gt;, à ce qu'assurait le Alonilenr, se trouvait depuis six
mois en défaut: cent rapports s'amoncelaient
chaque jour sur la table de Béal et pas un
n'avait
signalé les allées et venues de Georo-es
.
0
qui se promenait avec ses chouans de Dieppe
à Paris, entretenait une petite armée et combinait ses opérations avec autant de liberté
que s'il eùl été à Londres. Ces révélations
étaient si alarmantes qu'on préférait n'y point
ajouter foi. Querelle devait avoir menti et
inventé de toutes pièces cette fable absurde
comme un suprême moyen de prolonger sa
vie. Encore fallait-il, pour calmer toute inquiétude, le convaincre d'imposture: s'il était
vrai ~u'il eût ~ccompagaé les (&lt; brigands JJ,
depms la mer Jusqu'à Paris, il pourrait, en
rcc6mmeaç:mt le voyagi!, indiquer leurs différentes étapes; c'est à cc prix qu'on lui laisserait la vie.
Depuis le 27 janvier, date de ses premières
déclarations, Querelle subissail chaque nuit
la visite de Réal ou de Desmarets qui l'interrogeaient longuemenl. La secousse morale
avait été telle que le malheureux, tout en
maintenant ses aveux, tombait dans des accès
de démence, se déchirait la poitrine, s'a&lt;renouillait en érnquant, pour implorer 1:ur
pardon, ceux dont la crainte de la mort lui
arrachait les noms l(t.
Quand il apprit cc qu ·on allcndait de
lui, il parut atterré; non point que sa lâcheté hésitât devant le nomLre énorme de
,·idimes qu'il allait désigner; mais· il s'el'farait, au contraire, à l'idée de ne point (l'u idcr sùrement les policicr3 sur une r~utc

Querelle csl am: Archives de la P1·éfcclurc tic police:
en \'OÎci quelques cxlrtiils :
u - Aujourd'hui, 7 phnitise :111 XI[, nou~, conseille~ d'Etal, comlnis spêcia!emcnl à cet clfrt p:ir le
P!·enuer ~onsul, no~s sommes t1·an~J?Ortés â la prison
chlc de l Abhaye ou nous a,,ons ltt1l comparaitre le
nommé Jcan-Pic~rc Q~cre_llc, natil' de Yanncs, départe~~nt du_ .M~1"b1han. Jngc el co11dam11é par la Comm1ss1on mil1ta11·c, auquel nous avons exhik• la lettre
écri te par lui cl adressée au géné ral Murnt cl c1ue
nùuS a1·ons ann_ext1c a_ la pré~cntc {Celle pih-e a di.~JJ(l1'U du doss1uJ. Nous lm arnns demande &lt;'C qu'il
avaîl â ré1élcr, il. nous a répo11du ainsi qu'il suit :
Nous sommes p:trl 1s de Londres su r la fin d';w1H, au
nombre. de sep! ... nous al'Ons cm b:i rquê il 11:islîng sur
ur_1 h;l\1~ent de n:1~t armé ifo vi11gl c~nons: 11011s
debarquamcs cnt1·e Dieppe et le Ti-ëport 1 de là nous

1inmes il Paris lout d!·oil. Nous avi_ons dcs[ici 101 blfJ1tc
r~al/S le_le:cle] de d1st~ntè'. cin J1s1ar1('c où nous pa~
s1ons le Jour_. .. _chaqu~ le1:m1cr ~hez qui uous arrinom
nous condmsa1t cnsuJle a la forme 0(1 nous de\'ÎOm
couchei· le jour (\'oprCs ... » e tc.
1. Depuis qnïl élail en prison, Quer'el!e n'er: rcce•
\·ail pas moins rt'guliêremenl sa solde : c'est une
smrcilluole de la lingerie de Sainl-Lozarc nommée
Lo_uisc )lirhcl, qui la lui faisail pas~er au Tdmplc. ArCh1\'Cs de la prêfcdurc de police .
~. Cc ' · mo11_sicu1· » .Clail, colllme on le \·err:i plus
10111, le lll:irquts d'llozicr: Querelle. soit qu'il ail mul
entendu le nom, soit que d'Hozicr ait crn utile d~ le
dissimuler, l'appelle Charles /Jaunay.
9. ill~liis_crélt011s, 1798--1830. Op. cil .

10. l'iol1,·e sw· les généraux Pichegm el Moreau,

par Fauche-Borel.

qu'il n'a,,ait parcourue que de nuit et qu'il
craignait de ne pouvoir reconnallre.
L'expédition commença le 5 février. Iléal
avait pris la précaution de mobiliser un fort
détachement de gendarmerie pour escorter le
prisonnier dont Georges et ses hommes pou,,aient tenter la délivrance; il en avait remis
le commandement au lieutenant )langinot 1
officier intelligent et zélé, qu'assistait le citoyen Pasque, - un colosse, - inspecteur
général près le grand juge, agent plein d'astuce et renommé pour la sûreté de son coup
de main•. On sortit de Paris à l'aube par la
barrière Saint-Denis et l'on prit la route de
l'Isle-Adam.
La première journée d'exploration ne donna
aucun résultat. Querelle cropit bien se souvenir qu'une maison du village de Taverny
avait servi de retraite aux chouans la Yeille
de leur entrée dans Paris; mais il n'avait
prêté alors nulle allrntion à la disposition des
localités et, malgré ses efforts de mémoire, il
ne put fournir aucun indice.
Le lendemain on parcourut, sans plus de
succès, la route de Pontoise depuis Pierreiayr
jusqu'à Franconville; on re,·int vers Taverny
par Ermont, le Plessis-Bouchard et le chàteau
de Boissy. Querelle, qui savait sa vie en jeu,
montrait une ardeur fiévreuse que ne partageaient ni Pasque, ni Manginot, bien persuadés maintenant que le condamné
n'avait voulu que gagner du t~mps ou
se ménager 4uelque chance d'évasion.
Ils étaient d'avis d'abandonner ces recherches illusoires et de rentrer à Paris;
mais Querelle implora avec tant d'instances \'ingt-quatre heures de répit
que Manginot se laissa fléchir. Le troisième jour, on explora donc les environs de Taverny et la lisière de la
forêtjusqu'à Bessancourt. Querelle conduisait son escorte au hasard, croyant
se rappeler un groupe d'arbres, un
tournant de chemin, s'imaginant même
retrouver une ferme « à la nature
pal'ticulière de l'aboiement d'un chien».
Enfin, harassée, la petite troupe reprenait le chemin de Paris, lorsqu'en traversant le village de Saint-Leu, le condamné poussa une exclamation de
triomphe : il venait de reconnaitre la
maison tant cherchée, et il donna de
l'intérieur et des habilar.ts une description qui se trouva être si minutieusement exacte que Pasque n'hésita pas,
après vériflcalion, à interroger le propriétaire.
C'était un vigneron, nommé Denis
Lamotte; il fil d'abord valoir qu'il avait
un fils au service d'un orncier de la
garde des con,uls i son autre fils, Vincent Lamotte, habitait avec lui i. Le
bonhomme se montrait, au reste, fort
surpris dd l'envahissement de sa maison;
mais sa finesse paysanne ne put tenir long1. C'csl Pasque qui, quelques jours plus tard, ful
chargé d·arrôte~ Pichegrn, au domicile de Leblanc,
l'UC de c11~ùana1s.
'.:!. llossiers de Georges-Yincenl Lamollc, cl de Denis
l,:tll\Otle. Archives naliouales, F7 ûiOO.

temps contre la professionnelle habileté du route sur Paris; chacun des particuliers en
policier; au bout de quelques minutes il per- prit un dans son cabriolet; deux partirent à
dit pied et s'abandonna. Il comint avoir cheYal i les autres attendirent Je passage de la
reçu, au commencement du dernier mois de guinguelle qui fait le service de Taverny.
Ce récit complétait si bien les déclarations
juillet, un particulier qui se faisait appeler
llouvel ou Saint-Vincent et qui, prenant de Querelle qu'il n'était plus permis de conprétexte d'un achat de vin, lui proposa de server un doute : la bande des sept \'O}'ageurs
loger pendant une nuit sept à huit personnes. se composait de Georges et de son état-major:
Lamotte avait accepté. Le 50 aoùt, au soir, le gros était Georges lni-mème et Querelle
llouvel reparut et annonça que les hommes dit le nom des autres:., tous chouans émérites
arriveraient dans la nuit; il allait les chercher et redoutés; Lamotte, de son côté, ne cacha
aux environs de l'Isle-Adam, et Vincent La- point celui de l'homme qui avait amené les
motte, le fils, l'accompagna pour servir de (( brigands J&gt; jusqu'au bois de la Muette : il
guide aux voyageurs qu'ils rencontrèrent il la s'appelait Nicolas Massignon et était fermier à
lisière du bois de la Muette. Ils étaient au Jouy-le-Comte. Pasque se mit en route avec
nombre de sept, dont un lrès gros qui, cou- ses gendarmes et Massfgnon avoua qu'il était
vert de sueur, s'arrêta dans le bois pour allé chercher les rnyageurs de l'autre côté de
changer de chemise. Tous paraissaient très l'Oise, jusqu'à l'avenue de Nesles; c'était son
fatigués; deux d'entre eux seulement étaient frère, Jean-Baptiste Massignon, fermier à
Saint-Lubin, qui les lui avait remis en cet
à cheval.
Ils arrivèrent, sur les deux heures du ma- endroit. Pasque prit, sans désemparer, le
tin, à Saint-Leu, chez Lamotte; on mit les chemin de Saint-Lubin et marcha toute la
cb.evaux à l'écurie, les hommes s'étendirent nuit. A quatre heures d11 matin, il arrivait
sur la paille dans une chambre de la maison. chez Jean-Baptiste qui, surpris au saut du lit,
Lamotte remarqua que chacun d'eux portait reconnut avoir logé des gens que lui avait
deux pistolets; ils dormirent longtemps et se amenés son beau-frère, Quant.in-Rigaud, cullifirent servir à diner vers midi. Deux particu- vateur à Auleuil, près de Ileauvais 4 • Pasque
liers, venus de Paris en cabriolet et qui tenait ainsi quatre anneaux de la chaine, et
avaient laissé leurs voilures dans le vi_llage, Manginot se mit en campagne pour rele\'er
l'un à la « Croix-Blaache " et l'autre à jusqu'à la mer la ligne suivie par les conjurés.
Savary l'y avait précédé pour surprendre un nouveau débarquement annoncé
par Querelle : en arrivant à la côtr,
il aperçut, à quelque distance, un Lrick
anglais qui louvoyait; mais malgré les
précautions prises et la surveillance
minutieuse, le navire n'aborda pas :
on le vit s'éloigner sur un signal donné
du rivage par un jeune homme venu à
cheî'al de l'intérieur des terres et que
les gendarmes de Savary poursuivirent
jusqu'à la lorèt d'Eu où il s"enfonça.
En douze jours, d'étape en étape,
toujours trainant Querelle, Manginot
avait terminé son enquête et remis aux
mains de Réal une telle masse d'inl,errogatoires et de dépositions qu'il fut
possiùle de reconstituer, comme il suit,
le voyage de Georges et de ses compagnons.
C'est dans la nuit du 23 aoî,t 180~,
que le cutter anglais Vincejo, commandé par le capitaine \Yrigbt avait
débarqué les conjurés au pied des falaises de Biville, mur abrupt de roches
et de craie, haut c.l e t:-ois cent vin()'t
pieds. Là existait, de temps immém~ria1, au lieu dit le creux de Parfon,,al, une estampercl1e5, longue corde
fixée à des pieux, qui servait aux gens
du pays pour descendre à la plage. JI
fallut se hisser le long de ce câble, à
,·'il
force de bras, exercice que la corpulence
l' « Ecu », causèrent avec le; voyageurs qui, de Georges rendait pour lui particulièrement
vers sept heures du s::iir, poursuivirent leur pénible. Enfin, les sept chouans se trouvèrent
j, Villeneuve, dît d'As,as; la Ha ve Sttint-llilairr .
rlil d'Oison: Lahrèche, dit la [fonte:· Jean ~la1·ie, diL
Lemaire; Picot, ,fil le Pelil, rlomcstique de GPorge~.
J.~ septi~me 1'tail Querelle lui-même.
'+ . lnte1·1'ogatoir..,s ,le Df'11is el dt• \ïnrrnt 1.amolh',

rle .lca n-Baplisle Mas~i_gnon, de. Calherinc Rigaut,
frmmf' ).(ass1goon, de Nicolas ~Jass1gnon, etc. Archin-~
mtîon:iles, F 1 4600-4602.
'
5. Voir Sou~ di.c 1·ois, pai· Boucher de Pcrlhcs, 1. [,
p. 149.
·

�. _____________________________________ T

111STO'R,.1.ll
réunis au haut de la falaise el, sous la conduite cette reconstitution prenail d'autant plus d'imde Troche, fils de l'ancien procureur de la ·· portance que l'établissement des stations, échecommune l'Eu, l'un des plus fidèles affidés lonnées depuis la mer jusc1u'à Paris, avaitcerdu parti, ils gagnèrent, à travers champs, la laioement nécessité une longue et coûteuse
ferme de la Poterie, écart du hameau d'Heu- organisation et que les conjurés utilisaient cette
delimont, distant de deux lieues de la côte. route couramment. Ainsi deux des hommes
Tandis que le fermier Detrimont servait à signalés dans le débarquement du 25 août
boire aux débarqués, un personnage mysté- a-vaient repris , vers la mi-septembre, le cherieux, qui se faisait appeler M. Beaumont, min de Bi ville; le 2 octobre, Georges et trois
vint conférer longuement avec eux; c'élait un de ses officiers, venant de Paris, s'étaient de
homme de haute stature, taillé en hercule, au nouveau présentés •..:hez Lamotte qui les avail
teint basané, au front élevé, aux sourcils et conduits au bois de la Muette, où Massignon
aux cheveux noirs : il disparut au petit jour. les attendait. Quinze jours plus tard, Lamotte
Georges et ses compagnons passèrent à la les voyait reparaitre avec quatre nouveaux
Poterie toute la journée du 24. Ils quittèrent compagnons. On constatait, à l'aller et au
la ferme pendant la nuit et marchèrent jus- retour, leur séjour chez tous les affiliés et les
qu'à Preuseville - cinq lieues- où un sieur voyages s'effectuaienl avec une régularité parLoisel les hébergea. L'itinéraire, habilement fàile : mêmes guides, mêmes marches de
combiné, ne s'écartait pas de la vaste forêt nuit, mèmes ah ris pendant le jour 3 • La maid'Eu, qui offrait des chemins toujours cou- son de Boniface Colliaux, à Feuquières, celle
verts et, en cas d'alerte, des refuges presque de Monnier, à Aumale, et la ferme de la Poleimpénétrables. Dans la nuit du 2(), cinq lieues rfe semblaient être Jes principnux lieux de
encore à travers la basse forêt d'Eu, jusqu'à conciliabules. Autre passage dans la seconde
Aumale; Georges et sa bande y arrivèrent à quinzaine de DO\embre; autre passage encore
deux heures du matin I et logèrent chez un en décembre, concordant avec un nouveau
maÎlre de _pension, nommé 1fonnier, qui occu- déharquement1.. En jam ier '180't, Georges
pait l'ancien couvent des re1igieuses domini- fait une quatrième fois la route pour aller
caines. Le gros était monté sur un cheval attendre à Biville la corvett.e anglaise amenant
· noir que Monnier, à défaut d'écurie, cacha Pichegru, le marquis de Hivière et quatre
dans un corridor de la maison, le licol noué autres conjurés;_ Un pêcheur de la côte,
à la clef de la porte '. Quant aux hommes, ils Etienne Horné, donna sur ce débarquement
se couchèrent pêle-mêle sur la paille et ne de précieux détails; il avait bien remarqué
sortirent pas de la journée. A Aumale avait celui qui semblait être le chef, c&lt; un homme
reparu M. Beaumont:.; il était arrivé à cheval gros, une figure pleine, assez dure, voûté et
et, après une heure passée avec les conjurés, les bras un peu embarrassés i&gt;.
il s'était éloigné dans la direction de Quin- Ces mes~ieurs, ajoula-t-il, arrivaient à
campoix. On l'avait rem encore chez Boniface la nuit et repartaient ordinairement vers miColliaux , dit Boni, Il Feuquières, l'étape sui- nuit; ils se contentaient de notre pauvre ordivante - quatre lieues - que les ,,oyageurs naire et restaient toujours entre eux, dans un
avaient gagnée dans la nuit du 27. Ils pas- eoin, pour causer.
sèrent la journée du 28, cinq Jicues plus
Quand venait l'heure de la marée, Uorné
avant, chet Leclerc •, à la ferme des Mon- descendait à la plage pour guetter l'arrivée de
ceaux, appartenant au comte d'Hardivilliers la chaloupe : le mot d'ordre étai! Jacques,
et sise sur la commune de Saint-Omer-en- :mquel les gens du bateau répondaient :
Chaussée. C'est de là que, dans la nuit, le fils
Thom,a.~it.
Leclerc les avait guidés, en évitant .Beauvais,
~langinot, comme bien on pense, mettait
jusqu'à Auteuil, chez Quentin-Rigaud, qui, en arreslation tous ceux qui avaienl prêté aux
Je 29, les conduisit à Uassignon, le fermier conjurés leur concours et les expédiait à
de Saint-Lubin, lequel les repassa, le 50, 1, Paris. La tour du Temple se reruplissai t de
son frère Nicolas, chargé, comme on l'a vu, paysans, de bonnes femmes à bonnets norde leur faciliter la traversée de l'Oise el &lt;le mands, de pèchrurs dieppcis li, ahuris de se
les diriger vers le bois de la Muette, où Denis voir dans ce lieu fameux ol1 la monarchie
Lamotte, le vigneron de Saint•~Jeu, était venu avait agonisé. Mais ce n'était Hi que les suballes chercher.
ternes, le menu fretin du complot, et le PreTel était, très sommairement exposé, le mier Consul, à qui ne déplaisait pas de se
résultat de l'enquête du lieutenant l\langinot. poser en victime grandiose exposée aux coups
Il avait relevé l'itinéraire de Georges avec une de tout un parti, ne pouvait décemment traperspicacité véritablement remarq uable et duire ces villageois inolfènsifs devant une
1

1. ..\rchivc.~ nationales, F' 4(;(l2.
2. Archives nationales, même dossif'r,
5. Archives nalionales, P 360i.
4. Pierre-Cha des Leclerc, char1·etîer, dix-neuf ans .
1lJpo~e : « Vers la fin du mois d'autlt, sui· les ll'oi:.
l1f'ures d~ matin, sept individus dont un ayant uu
d1~rn~ non·, homme cxtr~mcment puissant et qui pa•
ra1ssa1t êlre leur cl,ef, 1·rnrent loger chez mon pèl'e
l'l il~ partirent au dCtlin du jour. » Al'chiw•s nationales, F1 6400.
5. Pour entrer dam le dtlail. il convient de noler
que les Polignac logèrent cependant chez i\l. de Bertenglcs, au chàtpau de Saint-Crépin. On utilisa aussi
uoe roule passant par Gaillefontaine et Gournay.

Forges et Elr~pagny ëtni&lt;'nt aussi drs li1°ux d'«'•l11prs
pour les royalistes.
O. Cc débaNp1cmenl eut lieu le 10 dêecmbi-e 1805.
Il compi·enait ..\rm11nd de Polignac; Coster, dit,
Stiù1t-V iclm·: Jean-Louis Lemercier; De,·ille, dit
Tamerlan, el Pierre.Jean.
7. Lajolais, 1tit Frédfrù:. dit Ouille; Rnsillion,
dit Ir gros fllajo1'; Jule~ de Polignac, dit ,Iules, ri
Armm1d Gaillard. Cc déb:m1uemenl tst lin 16 janl'icr 1804.
8. Archives nationales, F7 6~97.
9. Ainsi on arni l cx1iédié il Paris le pêcheur llorné,
père de neuf enfants, et mis sous les verrous tou~
~es parents, cousins, cousines et bc-lles-sœurs. On les

haute cour de justice. En attendant qu'un
hasard ou une nouvelle trahison révélassent
à la police l'asile de Georges Cadoudal, il était
urgent de découvrir les organisateurs du
complot et ceux-ci semblaient devoir à tout
jamais rester inconnus, bien que Manginot
eût quelques raisons de penser que le centre
de la conjuration se trouvait aux environs
d'Aumale ou de Feuquières.
Son attention avait été attirée, en effet, par
une déposition mentionnant ce cheval noir
qui avait porté Georges de Preuseville à
Aumale et que l'instituteur Monnier avait
caché dans l'allée de sa maison. C'est sur ce
faible indice qu'il se mit en campagne. li
apprit qu'un manœune, nommé SaintAubin 10 , domicilié au hameau de Coppegueule,
avait été chargé de reconduire un cheval à
l'adressed'unelettre que Monnier lui avait remise. Cet homme, appelé à comparaître, recon.
nut avoir mené le cheval &lt;&lt; à une belle maison
bourgeoise des environs de Gournay : lorsqu'il r était ai-rivé, un domestique avait conduit la bête à l'écurie et une dame s'était présentée pour recevoir la lettre ll ; mais il se
défendit de connaître le nom de la dame et la
situation de la maison.
Manginot résolut de battre le pays en compagnie de Saint-Aubin, et celui-ci, qui n'avait
pas l'esprit délié ou qui jouait la bêtise,
s'obstinait à ne pou\'oir fournir aucun renseignement. li promena les gendarmes jusqu't,
six lieues d'Aumale, et crut d'abord reconnaître . le château de !lercatel-sur-Villers;
pourtant, en examinant les avenues et la disposition des bâtiments, il déclara c&lt; qu'il
n'était jamais venu là 11. Mème. déconvenue à
neaulevrier et à Mothois; mais, en approchant
de Gournay, ses souvenirs se précisèrent et il
mena Hanginot à uoe maison du hameau de
Saint.Clair qu'il désigna comme étant celle oll
Monnier l'avait adi:essé; mème, en entrant
dans la cour, il reconnut le domestique auquel,
six mois auparavant, il avait remis le cheval:
c'était un garçon d'écurie, nommé Joseph
Planchon, que Manginot fit immédiatement
arrêter. Puis il commença son enquête.
La maiwn appartenait à un ancien ofncier
de marine, François-Robert d'Acbé 11 , qui l'habitait rarement, étant grand chasseur et préférant le séjour de ses !erres, plus giboieuscs,
des environs de Neufchâtel-en-Bray. SaintClairii'étail donc occupé que par!lmed'Aché,
toujours souffranle, sortant à peine de sa
chambre, et ses deux filles, Louise et Alexandrine. La mère de d'Aché, pres~ue octogénaire et impotente, y vivait également depuis
quelques années, ainsi qu'un jeune homme,
expMin sous la sur\'eillonce de la haute police i1
Auxe1·re; puis, comme ils )' mouraient de foim, à
llruxellrs où ils avaienl du moins tn ressource de
coucher à l'hospice. Ils ne furenl nutorisës il rentrer
chez eux qu'en IS'IO.
m. ProcêMea·bal des pcrqui~itions opt'rl'es pa1·
?ilanginot, en compagnie de :')aint•.h1b in , aux Pmiron,
&lt;l'Aurnale rtde Gournay. Archi\'es n.'llÎonales, F 1 639'i.
11. « Mairie de Marbeuf, Eure. !,'acte de baplêmc
de François-Robert d'Aché, né it llarbeuf, fils dr
Françoîs*Placide d'Aelié, profession rlc chevalier (sic),
et de Louise-)larguerite Uuchesnr, a ét6 reçu et curt&gt;gistré à la paroisse dr. celle com...mllne le 24 dt1•
cembre 1758. » Archives de la mairie de )larbeuf.

nommé Caqueray ·, qu'on appelait aussi le
cheva1ier de Lorme, et qui, par affection,
s'occupait à• faire valoir les terres de M. et de
Mme d'Arhé, dont un jugement récent avait
prononcé la séparation de biens. Caqueray
se considérait comme faisant partie de la famille; l'aînée des filles, Louise, lui était
fiancée.
Rien n'était moins suspect que cette patriarcale demeure; on y paraissait ignorer la
politique, et les ré,,oJutions semblaienl
n'avoir jamais sé,·i sur ces gens tranquilles
et peu fortunés. L'absence seule du chef de
cette famille très unie pouvait étonner; mais
lime d'Aché et ses filles expliquèrent que,
s'ennuyant à Saint-Clair, il habitait ordinairement Rouen, qu'il chassait beaucoup et
qu'il parlageait son temps entre des parents
fixés aux environs de Gaillon 2 et des amis
qui habitaient Saint-Germain-en-Laye. Elles
ignoraient où il se trouvait pour le moment,
n'en ayant pas reçu de nouvelles depuis près
de rleux mois. ~fois, en interrogeant les domestiques, Manginot recueillit certains renseignements qui changeaient l'aspect des
choses : Lambert, le jardinier, avait été fusillé récemment à Évreux, convaincu d'avoir
pris part, avec une bande de chouans, à
l'attaque d'une diligence; le frère de Caqueray venait d'être exéculé à Rouen pour la
même cause; Constant Prévot, Je garçon de
ferme, accusé d'avoir tué un gendarme, avait
été acquitté; mais le pauvre homme était
mort peu de temps après son retour à SaintClair .. .. Manginot avait mis la main sm· un
nid de chouans, et quand il apprit que le
signalement de d'Aché ressemblait singulièrement à celui du mystérieux Beaumont
qu'on avait vu avec Georges à la Poterie, à
Aumale et à Feuquières, il comprit seulement l'importance de sa découverte; après
une rapide perquisition, il prit sur lui de
mettre en arrestation tous les habitants de
Saint-Clair et expédia à Réal un exprès pour
l'aviser de l'incident et demander des instructions complémentaires.
Depuis plusieurs années, chaque fois qu'un
individu était signalé à la police comme étant

un -ennemi du gouvernement ou mèmc un
simple mécontent, on dressait à son nom,
dans les bureaux de Desmarets, une fiche
sur laquelle s'ajoutaient, au fur et à mesure
des dénonciations, tous les renseignements
de nature à compléter la physionomie du
personnage. Bien des gens auxquels on ne
pensait pas se trouvaient ainsi posséder un
assez important dossier. On consulta celui de
d'Aché. li s'y trouvait des annotations dans
le genre de celles-ci : Il est par son au.dace
un des hommes les plus importants du
parti royaliste; ou bien : An moi.,; de décembre dernier, il prit, à Rnnen, un pa.-rseporl pont Saint-Germain-en-Laye où. l'ap, pelaient quelques affaires; et encore : Sou
hôte de Saint-Germain, Brand in de So inlLrull'ent, a déclaré qu'il rie couchait pas
régulièrement chez lui, quelquefois deux
jou 1·.~, quelquefois troi.i; jours de sui fr. Enfin
on avait intercepté une lettre adressée à
Mme d'Aché et qui contenait cette phrase, où
l'on cropit bien reconnaître la maniè•re de
Georges: P1·évenfr M. Durand que lesaffnfres
p1·ennent une bonne tounwre ... sa présence
est nécessaire ... il am·a de mes nouvelles à
l'hôte/de Bordeaux, rue de Gnnelle-SaintJfono1·P, où il demandera HouveL:.. Or, 1-Iouvel
était cet inconnu, qui, le premier, s'était
présenté chez le vigneron de Saint-Leu pour
le décider à prêter son concours aux « bri_gands ". On relevait ainsi la trace de d'Aché
sur tous les poinls du parcours de Biville à
Paris et on en concluait judicieusement r1ue
connaissant admirablement, en sa qualité de
grand chasseur, tout le pays de Bray où il
possédait, d'ailleurs, des propriétés, il avait
été chargé de tracer l'itinéraire des conjurés
et d'organiser leurs vo1ages : il les avait
accompagnés de la Poterie à Feuquières,
tantôt les précédant en éclaireur, tantôt sé·
journant avec eux dans les fermes où il leur
avait ménagé un asile.
C'était donc de d'Aché qu'à défaut de
Georges il fallait s'emparer, et le rremier
Consul le comprit si bien qu'il mobilisa pour
cette recherche deux brigades de la gendarmerie d'élite et cinquante dragons. Tout ce

1. 11 Commune de Beauvoir-en-Lions du 2 mai
1779, acte de naissance rie Jean-Baptiste de Caqueray,
fil~, d~ Honoré-Charles de Caquera y. maitre et proprwta1re de la ,·errerie des Tloulicux, Cl de l.ouisrAng:éliq_ue-lllarie Godarl, son i'pouse. »
Arcl11ves nationales, F7 6397.
~- La fa_mille du Hazey. au ch~leau rln Huzey.
.1. Areh11'es nationales, Fi 6391.

4. On dénonçait parliculiérement la maison de
Mme de SennM·illc, rue de Pai·is, 78. Ai-chi1·es 1mtio11ales, F7 6597.
5. Le 1~• 'mars 1804, à Rouen.
li. Lettre de So,·oye-Rollin, prc\fcl de lo Seine•
lnlëricure, à l\é11L Archircs nationnlcs. F7 8170.
7. li &lt;appelait l.ouis-Plal'idc d'Achê; il Plait am·ien
officier du régiment dr Rassiguy-intanreril'.

OUR_N'EBUT -

,-,.

renfort ne servit qu'à escorler Ja pauvre
Mme d'Aché, malade, sa fille Louise et leur
ami Caqueray qui furent mis au secret,
celui-ci à la Tour du .Temple, les femmes à
la prison des Madelonnettes; la vieille grand'mère impotente restait seule à Saint-Clair;
quant à Alexandrine, elle voulut suivre sa
mère et sa sœur et on lui en laissa toute liberté.
D'Aché, d'ailleurs, restait introuvable;
l'armée que dirigeait Manginot avait battu
sans succ~s tout le pays, de Beaunis au Tréport; on l'avait cherché à Saint-Germain-enLa)'e, où cerlains rapports le disaient caché';
on le cherchait à Saint-D~nis-des-Munts, à
Saint-Romain, à Rouen. Les préfets de l'Eure
et de la Seine-Inférieure avaient reçu l'ordre
de lancer à ses trousses tous leurs agents;
le résultat de cette campagne fut piteux : on
ne parvint à arrêter' que le frère cadet de
d'Aché, brave homme inoffensif et extrêmement borné 6 qui portait Je prénom justifié
de Placide, et qu'ou appelait familièrement
1'om·lour, à cause de sa lourdeur d'esprit el
de sa rotondité' · Sa plus grande crainte était
d'être confondu avec son frère, ce qui lui
était advenu fréquemment; d'Acbé l'aîné
étant insaisissable, c'était sllr Placide, qui
aimait la tranquillité el ne bougeait guère de
chez soi, que Pévoyaient invariablement toutes
les enquêtes. Celle fois encore la chose ne
manqua pas et Manginot mit la main sur lui,
croyant faire merveille; le premier interrogatoire le détrompa. Pourtant il rendit rorupte
de sa prise à Réal qui, dans son ardent désir
de satisfaire aux ordres du Premier Consul,
essaya de donner le change et prit sur lui
d'assurer que Placide d'Aché était un brigand royaliste tout aussi redoutable que rnn
frère; il expédia l'ordre de trainer sous forte
escorte le prisonnier à Paris, se réservant de
l'interroger lui-même; mais, dès qu'il eat
vu 1'onrlour, dès qu'il lui eut posé quelques
questions, entre autres sur sa conduite pendant la Terreur, l'autre ayant répondu :
cc - Je me suis caché chez maman n, Réal
comprit que ce n'était pas li, un bommc
digne d'être posé devant un tribunal, en rival
de Bonaparte. Il le garda cependant en prison
pour que le nom d'Aché figurâl tout au moins
sur le livre d'écrou du Temple.
Du reste, à l'heure où, le 9 mars 1804,
Placide d'Athé f;Ubisfait son interrogatoire,
un événement se produisit qui transformait
le drame et en ht,tait le tragique dénouement.
G. LE;&gt;,iOTRE.

(A suivre.)

�. --- filSTO'R.1.ll
FIGURINES· ET SILHOUETTES
~

La Marquise de ·Sévigné
« Il faut se résoudre 11 être banal, a dit
Henri ~[artin, si l'on veut parler, après tant
d'excellents panégyristes, des qualités de ce
charmant esprit qui a su mellrc une si prodigieuse variélé dans l'expression d'un sentiment toujours le même, et faire pi\'oter la
cour, la ville, la pro\ ince, le monde entier
autour de sa fille. Mais ce que l'histoire ne
peut se dispenser de rappeler, c'est que tous
les Mémoires du temps ensemble n'en donnent pas un tableau plus fidèle et plus complet que madame de Sévigné à elle seule. Les
letlres de madame de Sévigné ne sont pas un
livre sur le siède; c'est le siècle lui-même
qui empreint son image indestructible dans
un miroir merveilleux. ))
A ce lilre-là, en effet, et la correspondance
de la divine marquise ne fût-elle pas l'incomparable recueil par lequel son auteur
s'égale aux plus grands prosateurs français,
madame de Sévigné mérite une place de
choix parmi nos principaux mémorialistes,
car pour jamais, sur le papier où elle laissait,
la bride au cou, trouer sa plume, elle a fixé
l'image vivante, éclatante cl sincère de son
temps. Et nous pourrions, tous tant que
nous sommes, répéter ce que disait le duc
de \'illars-fkmcas :-iprès avoir ache\·é la lecture de ses Jeures: " Il m'a semblé que
d'un coup de baguette, comme par magie,
elle a\'ait fait sortir cet ancien monde ... pour
le foire passer en revue dev?nt moi. n Mais,
de plus, &lt;]uant à elle-même, nous avons une
satisfaction qui ne nous est gnère donnée
pour ses contemporains : celle de pouvoir,
quand le désir nous en prend, la voir en
q11rlc1ue sorte se réincarner et revivre sous
nos 1eux. les vingt dernières années de sa vie.
Il suf!i t pour cela que nous nous rendions à
ce lieu de pèlerinage, dès longtemps consacré
pour les fervents de la litlérature et de l'histoire, qui s'appelle le Musée Carnavalet.
Là, dans le cadre opulent qn'au moment de
sa maturité madame de Sé,·igné s'était choisi,
el qur nous relronvons, conse1·vé a\'eC un
soin pieux, Lei qu'il était pendant le dernier
quart du xvuc siècle, nous n'avons pas it
faire un bien grand effort d'imagination pour
évoquer la bonne et spirituelle babitante de
jadis allant et venant dans le somptueux
logis. Nous l'y voyons, soit&lt;&lt; toule fine seule n,
rêvant, lisant, - ou écrivant,d'une plume t' l1
vérité plus surveillée que la grande épistolière ne se plaisait à l'avouer, quelqu'une de
s:&gt;s admirables missives; soit au milieu d'une
1

Cliché Giraudoo

L'ALERTE,
OU LA CONVERSATION l:S:TERRO.IIPUE.
Gravure de C.-N. CO CIIJ:-i , d'.:zprt!s DF. T ROY.

YI. -

•

lir STORIA . -

Fuse 44·

compagnie brillante de grandes dames, de
gens de cour, d'écrivains et de lettrés, lui
apportant - dans la franchise parfois gaillarde des propos ou . la malice mouchetée de
leurs racontars sur le. roi et sur ses maitresses, sur les inti:igues de Versailles, sur
le monde, l'Église ou le théâtre - les matériaui qu'il ne lui restait plus qu'à mettre en
œuvrc dans sa prochaine letlre à sa Olle. Et,
dans celle enfilade de pièces, dont chacu11e a
gardé, pour les visiteurs d'aujourd'hui, l'attribution qu'elle a\·ait reçue du ,:ivant même
de la marquise, on a si bien la complète illusion dcla présence possible de celle-ci, que, se
penchant sur l'appui d'une des fenêtres à
petits carreaux donnant au-dessus du porche.
principal, on ne se sen1irait qu'à demi étonné
ùe voir arriver à grand fracas une ancienne
calèche de VO}'age, ramenant madame de ,
Sévigné, retour de Grignan, d'où elle re\'Îendrait après un sPjour &lt;Jui n'aurait pas duré
moins de deux cent dix-sept années ....
Mais lorsque, respectueusement accueillie
à son propre seuil par M. Georges Cain, lrn
arlistc de grand laient, un écrivain tout à ]a
fois savant et spirituel, un administrateur
exemplaire, qu'elle n'eîit pas manqué de re-

ccvoir autrefois parmi les gens de bonne
compagnie admis dans son salon, madame de
Sérigné rentrerait ainsi miraculC'usemcnl en

cet admirable hôtel du Marais qui lut el
reste le sien, sa ·surprise, à elle, serait, forte.
Dans la glorieuse maison, devenue le. précieux
musée que l'on sait d'archéologie el d'iconographie parisiennes, elle pourrait, mieux .que
partout ailleurs, apprendre jour 'par jour
l'histoire de la révolution gr:ice à laquelle
fut radicalement transformé, dans son esprit
çt dans ses mœurs, le pays qui · pour elle
ét.ait avant tout un (&lt; royaume &gt;&gt;. Et l'on se
demande ce qu'elle penserait, en se rappelant le sombre château-fort dont elle avait vu
les buit tçmrs sinistrement se dresser d'ans le
voisinage, - prison ,temporaire de Fouquet,
son ami, pendant certaines phases du fameux
procès, ,- et qui ne subsiste plus qu·en une
minuscule effigie, ciselée dans l'une des pierres ~e ses propres murailles, qu'on peul voir
:rnjourd'hui en l'hôtel même de la m.arquise
de Sévigné. Qudle lellre nous vaudraient la
stupeur de la royaliste ressuscitée et, d'autre
pnrt, la joie qu'elle éprou\·erait en retrou,•a11t
,iia maison si heureusement ga,·déc intacte,
avec le rayonnant portrait de sa 1111.e trônant
ù la place dlrnnneur.
Mais, depuis. deux cent quinze ans, madame de Sévigné n'écrit plus de lettres ....
Elle dort h tout jamais là-bas, dans une prlilc ville de la Drùmr, à l'ombre des ruinrs
de ce château de Gri;.{nan vers lequel a\·aient
pris leur ml lant de Jeures où ellc _épnncliait
tout son esprit et tout son cœur. Quoi qu'il
en soit, la sunie matérielle qu'elle doit à la
possibilité où nous _sommes de 'reconstituer,
sans nul effort, sa vi~ dans le milieu même
qui ra v~e en partie se dérouler, fait pour
nous de la marquise presque une contcmpo•
raine.' i◄:t lorsque, aprt'•s une noU\'clle lecture .
de ses letlres, - cbefs-d'~uvre qui n'ont
pas pris une ride et pas un che\'Cu blanc, nous par~urons les pièces de son iogis, c.'est
sa ,:oix même que nous croyo~s enlt'ndre
ré_sonn~r., sous les hau_ts plafon_ds qL)Î out _rn
Ct se'mblent ·encore abritC'r ses joies et ses
tristesses de rclTlmè, ses peitiês et · seS bon~
hcnrs dr mère.

)lais la marquise de Sévigné, si fort qu 'clic
aimât sa grand'ville, en Parisienoe de Paris
qu'elle était, dut s'imposer de fréquents et
longs séjours à la campagne, pour réparef,
par les konomies qu'on y peut faire, les brQches qu'('lle dut parfois OU\'rir dans sa fortune afin de \'enir c11 aide à ses enfants. JI en

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>. --- filSTO'R.1.ll
FIGURINES· ET SILHOUETTES
~

La Marquise de ·Sévigné
« Il faut se résoudre 11 être banal, a dit
Henri ~[artin, si l'on veut parler, après tant
d'excellents panégyristes, des qualités de ce
charmant esprit qui a su mellrc une si prodigieuse variélé dans l'expression d'un sentiment toujours le même, et faire pi\'oter la
cour, la ville, la pro\ ince, le monde entier
autour de sa fille. Mais ce que l'histoire ne
peut se dispenser de rappeler, c'est que tous
les Mémoires du temps ensemble n'en donnent pas un tableau plus fidèle et plus complet que madame de Sévigné à elle seule. Les
letlres de madame de Sévigné ne sont pas un
livre sur le siède; c'est le siècle lui-même
qui empreint son image indestructible dans
un miroir merveilleux. ))
A ce lilre-là, en effet, et la correspondance
de la divine marquise ne fût-elle pas l'incomparable recueil par lequel son auteur
s'égale aux plus grands prosateurs français,
madame de Sévigné mérite une place de
choix parmi nos principaux mémorialistes,
car pour jamais, sur le papier où elle laissait,
la bride au cou, trouer sa plume, elle a fixé
l'image vivante, éclatante cl sincère de son
temps. Et nous pourrions, tous tant que
nous sommes, répéter ce que disait le duc
de \'illars-fkmcas :-iprès avoir ache\·é la lecture de ses Jeures: " Il m'a semblé que
d'un coup de baguette, comme par magie,
elle a\'ait fait sortir cet ancien monde ... pour
le foire passer en revue dev?nt moi. n Mais,
de plus, &lt;]uant à elle-même, nous avons une
satisfaction qui ne nous est gnère donnée
pour ses contemporains : celle de pouvoir,
quand le désir nous en prend, la voir en
q11rlc1ue sorte se réincarner et revivre sous
nos 1eux. les vingt dernières années de sa vie.
Il suf!i t pour cela que nous nous rendions à
ce lieu de pèlerinage, dès longtemps consacré
pour les fervents de la litlérature et de l'histoire, qui s'appelle le Musée Carnavalet.
Là, dans le cadre opulent qn'au moment de
sa maturité madame de Sé,·igné s'était choisi,
el qur nous relronvons, conse1·vé a\'eC un
soin pieux, Lei qu'il était pendant le dernier
quart du xvuc siècle, nous n'avons pas it
faire un bien grand effort d'imagination pour
évoquer la bonne et spirituelle babitante de
jadis allant et venant dans le somptueux
logis. Nous l'y voyons, soit&lt;&lt; toule fine seule n,
rêvant, lisant, - ou écrivant,d'une plume t' l1
vérité plus surveillée que la grande épistolière ne se plaisait à l'avouer, quelqu'une de
s:&gt;s admirables missives; soit au milieu d'une
1

Cliché Giraudoo

L'ALERTE,
OU LA CONVERSATION l:S:TERRO.IIPUE.
Gravure de C.-N. CO CIIJ:-i , d'.:zprt!s DF. T ROY.

YI. -

•

lir STORIA . -

Fuse 44·

compagnie brillante de grandes dames, de
gens de cour, d'écrivains et de lettrés, lui
apportant - dans la franchise parfois gaillarde des propos ou . la malice mouchetée de
leurs racontars sur le. roi et sur ses maitresses, sur les inti:igues de Versailles, sur
le monde, l'Église ou le théâtre - les matériaui qu'il ne lui restait plus qu'à mettre en
œuvrc dans sa prochaine letlre à sa Olle. Et,
dans celle enfilade de pièces, dont chacu11e a
gardé, pour les visiteurs d'aujourd'hui, l'attribution qu'elle a\·ait reçue du ,:ivant même
de la marquise, on a si bien la complète illusion dcla présence possible de celle-ci, que, se
penchant sur l'appui d'une des fenêtres à
petits carreaux donnant au-dessus du porche.
principal, on ne se sen1irait qu'à demi étonné
ùe voir arriver à grand fracas une ancienne
calèche de VO}'age, ramenant madame de ,
Sévigné, retour de Grignan, d'où elle re\'Îendrait après un sPjour &lt;Jui n'aurait pas duré
moins de deux cent dix-sept années ....
Mais lorsque, respectueusement accueillie
à son propre seuil par M. Georges Cain, lrn
arlistc de grand laient, un écrivain tout à ]a
fois savant et spirituel, un administrateur
exemplaire, qu'elle n'eîit pas manqué de re-

ccvoir autrefois parmi les gens de bonne
compagnie admis dans son salon, madame de
Sérigné rentrerait ainsi miraculC'usemcnl en

cet admirable hôtel du Marais qui lut el
reste le sien, sa ·surprise, à elle, serait, forte.
Dans la glorieuse maison, devenue le. précieux
musée que l'on sait d'archéologie el d'iconographie parisiennes, elle pourrait, mieux .que
partout ailleurs, apprendre jour 'par jour
l'histoire de la révolution gr:ice à laquelle
fut radicalement transformé, dans son esprit
çt dans ses mœurs, le pays qui · pour elle
ét.ait avant tout un (&lt; royaume &gt;&gt;. Et l'on se
demande ce qu'elle penserait, en se rappelant le sombre château-fort dont elle avait vu
les buit tçmrs sinistrement se dresser d'ans le
voisinage, - prison ,temporaire de Fouquet,
son ami, pendant certaines phases du fameux
procès, ,- et qui ne subsiste plus qu·en une
minuscule effigie, ciselée dans l'une des pierres ~e ses propres murailles, qu'on peul voir
:rnjourd'hui en l'hôtel même de la m.arquise
de Sévigné. Qudle lellre nous vaudraient la
stupeur de la royaliste ressuscitée et, d'autre
pnrt, la joie qu'elle éprou\·erait en retrou,•a11t
,iia maison si heureusement ga,·déc intacte,
avec le rayonnant portrait de sa 1111.e trônant
ù la place dlrnnneur.
Mais, depuis. deux cent quinze ans, madame de Sévigné n'écrit plus de lettres ....
Elle dort h tout jamais là-bas, dans une prlilc ville de la Drùmr, à l'ombre des ruinrs
de ce château de Gri;.{nan vers lequel a\·aient
pris leur ml lant de Jeures où ellc _épnncliait
tout son esprit et tout son cœur. Quoi qu'il
en soit, la sunie matérielle qu'elle doit à la
possibilité où nous _sommes de 'reconstituer,
sans nul effort, sa vi~ dans le milieu même
qui ra v~e en partie se dérouler, fait pour
nous de la marquise presque une contcmpo•
raine.' i◄:t lorsque, aprt'•s une noU\'clle lecture .
de ses letlres, - cbefs-d'~uvre qui n'ont
pas pris une ride et pas un che\'Cu blanc, nous par~urons les pièces de son iogis, c.'est
sa ,:oix même que nous croyo~s enlt'ndre
ré_sonn~r., sous les hau_ts plafon_ds qL)Î out _rn
Ct se'mblent ·encore abritC'r ses joies et ses
tristesses de rclTlmè, ses peitiês et · seS bon~
hcnrs dr mère.

)lais la marquise de Sévigné, si fort qu 'clic
aimât sa grand'ville, en Parisienoe de Paris
qu'elle était, dut s'imposer de fréquents et
longs séjours à la campagne, pour réparef,
par les konomies qu'on y peut faire, les brQches qu'('lle dut parfois OU\'rir dans sa fortune afin de \'enir c11 aide à ses enfants. JI en

�1f1STO'R..1Jf,
résulte que son château des Rochers, près de
Yitré, est, ainsi que l'hôtel du Marais, une
demeure qui reste imprégnér des souvenirs
de celle femme, et que, tout nous y parlant
d'elle encorr, on y peut compléter l'illusionnante évocation à laquelle tout à l'heurr nous
nous sommes complu.
Gaston Baissier, dans l'exquis volume qu'il
lui a consacré 1 , nous retrace les conditions
d'un voyage de madame de Sévigné dans sa
terre de Bretagne. &lt;( Aujourd'hui, dit-il, on
va de Paris à Vitré en sept heures; madame
de Sévigné mettait huit ou neuf jours, el
quelquefois plus, quand elle s'arrêtait en
route, dans quelque demeure amie. On faisait au plus dix lieues par journée. L'équipage était digne du rang de madame la marquise. « Je vais à deux calèches, écrit-elle à
(( sa fille. J'ai sept chevaux de carrosse, un
(( cheval de bât qui porte mon lil, et trois ou
&lt;( quatre hommes à cheval. Je serai dans ma
c( calèche, tirée par mes deux beaux che« vaux; l'abbé sera quelquefois avec moi.
« Dans l'autre, mon fils, la Mousse el Hélène.
« Cela aura quatre voitures avec un postil« Ion. ».... Comme la route était longue, on
s'arrangeait pour ne pas s'ennuyer. Madame
de Sévigné avait soin de choisir quelques
compagnons agréables; elle emportait dans
sa voiture les livres qu'elle aimait; on causait, on relisait Corneille ou Nicole, et de
temps en temps on regardait le pays .... En
somme, le voyage s'achevait sans ennui, et
madame de Sévigné nous en fait de si plaisantes descriptions, que nous, qui ne connaissons plus ces interminables traversées,
nous sommes quelquefois tentés de les regretter. »
On arrivait enfin à Vitré, et de là au château des Rochers, qui n'en est éloigné que
de six kilomètres. « Le château des Rochers
existe encore, dit Gaston Boissier, et il n'a
pas trop changé d'apparence depuis l'époque
où madame de Sévigné l'habitait. C'est un
bâtiment composé de deux corps de logis en
équerre qui s'appuient sur une tour centrale
du xv• siècle. L'aspect en est simple et noble;
point d'ornement inutile; la tour seule, avec
son toit élégant, ses clochetons et ses tourelles, a une assez fière tournure. Vers la
gauche s'avance une rotonde isolée, que le
mur et la porte du jardin relient au château.
C'est la chapelle, qui fut bâtie par l'abbé de
Coulanges. Entre la chapelle et le château,
une porte s'ouvre sur le parterre. Madame
de Sévigné s'empressait d'y courir. Ce qu'elle
1 . .1/adame de SINg11é, pa1• Gaslon Ilni,sicr. rn
volume, 2 frarm. (Haehclll' el Cie.)

aime le plus aux Rochers, c'est le parterre
et le parc. Ellr n'a pas de plaisir plus vif que
de s'en occuper; elle les modifie sans cesse,
elle les orne, elle• les embellit, elle les met à
la mode du jour.... Aussitôt que Le 'lôtre
s'est fait une réputation dans l'art de décorer
les jardins, elle lui demande des dessins et
des plans. Lorsqu'ils sont e,écutés, et que
les Rochers ont pris un petit air de Versailles, elle contemple. son œuvre et s'en félicite. &lt;( Voilà, écrit-elle à sa fille d'un ton de
« triomphe, ce que notre parterre de houx
&lt;( n'aurait jamais cru pouvoir devenir. » Du
parterre on passe dans le parc, qui est vaste
et bien aménagé. C'est là plus qu'ailleurs que
s'est conservé le som-enir de madame de Sévigné. Les allées qu'elle a plantées existent
encore, et on vous les nomme des noms
mèmes qu'elle leur avait donnés. Yoici la
solitaire, l'infinie, qui serpente et dont on
n'aperçoit pas le terme; le mail, droit et
large au contraire, et qui aboutit à une sorte
de place d'où la vue peut embrasser tous les
environs. C'est un paysage tranquille, dont
l'œil jouit paisiblement et qui repose l'esprit. )&gt;
Quant à la vie qu'ou mène aux nochers,
madame de Sévigné a pris soin de la décrire
elle-même, dans une lettre à madame de Grignan : (( On se lève à huit heures ; très soucc vent je vais jusqu'à neuf heures, que la
cc messe sonne, prendre la fraîcheur de ces
&lt;( bois ; après la messe,on s'habille, on se dit
&lt;&lt; bonjour, on retourne cueillir des fleurs
cc d'orange, on dine; jusqu'à cinq heures, on
« travaille ou on lit: depuis que nous n'avons
cc plus mon fils, je lis, pour épargner la poi&lt;( trine de sa femme. A cinq heures, je la
« quitte, je m'en vais dans ces aimables
,c allées; j'ai un laquais qui me suit ; j'ai
« des livres, je change de place, et je vuie
n les tours de mes promenades ; un livre de
1c dévotion, ou un autre d'histoire, on change,
« cela fait du divertissement ; un peu rêver
« à Dieu, à sa providence, posséder son âme,
cc songer à l'avenir ; enfin, suries huit heures,
c, j'entends une cloche, c'est le souper .... &gt;&gt;
« Comment, se demande Gaston Baissier,
une femme du monde, accoutumée à vivre
au milieu des sociétés les plus agréables de
Paris, a-t-elle pu se plaire à ce point dans
son château de Bretagne, el y rester sans ennui des années entières? ... C'est qu'elle possédait une merveilleuse souplesse de caractère, et, de même qu'elle s'accommodait
sans effort de toutes les personnes, elle savait
se plier à toutes les circonstances.» Elle a dit
de son fils : « Il prend l' e5pri t des lieux où il

est. n gvidemment c'est une qualité que le
fils tenait de sa mère. La plus mondaine des
femmes, quand elle était dans le monde,
devenait campagnarde aux champs. La solitude ne l'effrayait pas, au contraire · il lui
arrivait souvent de la rechercher. Et,' quand
au plaisir d'Ptre seule, de rêver, de lire, de
causer avec les vaches et les moutons, s'ajoutait celui de se promener dans un parterre
Jleuri ou sous de grands arbres et de regarder
un beau paysage, elle y prenait tant de rroût
qu'on avait grand'peine à la ramener da;s le
monde .... C'est ainsi que le temps s'écoule
au_xno~herssans qu'elle s'en aperçoive. Chaque
saison a ses agréments pour elle. Sans doute
elle est heureuse &lt;( d'entendre le rossignol,
le coucou et la fauvette ouvrir le printemps
dans les bois », mais elle trouve du plaisir
aussi dans (( ces beaux ,jours de cristal de
l'automne, qui ne sont plus chauds et qui ne
sont pas froids )J. Et l'hiver lui-même n'est
pas sans charme, quand le soleil brille par
un froid piquant, « et que les arbres sont
p~rés de perles_ et de cristaux &gt;&gt; . Le temps
vient enfin de qmtter sa solitude; elle retourne
sans empressement à Paris, rapportant à sa
fille les économies qu'elle a faites, économies
importantes, qui, une fois, dépassèrent seize
mille livres, et je suppose que, tandis qu'on
la félicite de son courage, elle se dit au fond
du cœur que c'est de l'argent gagné sans
peine. 1,

..

Le château de Br,etagne el l'hôtel à Paris,
si nous prenons la peine de les interroger et
de reconstituer, sur des documents qui ne
manquent pas, la vie qu'y menait la bonne
marquise, nous aideront donc à mieux con•
naitre encore celle-ci et à la mieux aimer .
Quant 1t ses lettres, on aura tout profit à les
relire souvent, autant pour y trouver, prise
sur le vif et sur le fait, la vivante histoire de
près d'un demi-siècle de vie française, que
pour y admirer l'œuvre d'un de nos plus
grands écrivains.
Etde toutenouvelle rencontre avec madame
de Sévigné, on conservera l'impression qu'un
jour Sainte-Beuve, de façon si heureuse, traduisit ainsi : « On est heureux, avec une
personne aussi pure, aussi morale et d'une
vie au-dessus de tout soupçon, de trouver la
belle et bonne qualité française de nos mère~,
la franchise du ton, la rondeur des termes,
le contraire de tout raffinement et de toute
hypocrisie, el, avec tant de délicatesse et de
fleur, l'éclat du rire, la fraicheur du teint, la
santé florissante de l'esprit. n
FO;\TEX ILLES.

LES LÉGIONS DE VARUS

Le Champ des Morts
Par CH. GAILLY DE TAURINES

&lt;(

~ends-moi mes légions!· »

La stupeur fut grande à Rome quand on y
ap~rit _q?'en pleine paix, par guet-apens, les
trois leg10ns commandées par le léaat Varus
ve~aient, e~ Germanie, d'être massa~rées jusqu au dermer homme, et leurs aio!es
prises
0
par les Germains!
U~ jeune Germain, Arminn, qui se disait
l'ami de Rome et avait même servi dans les
troupes romainrs, avait, par trahison été
'
1,.ame de ce complot.
A c~lte nouvtille, parmi les officiers qui se
trouvaient à Rome et qui connaissaient la
Germanie pour y avoir autrefois fait campagne, ce fut une violente explosion de fureur :
« Ainsi, - s'écriait l'un d'eux, Velleius Paterculu.s, préfet de cavalerie ayant récemment
s~r~1 en Germanie; ainsi, victime de 1a stupid1te de son chef, de la perfidie de l'ennemi
de l'iniquité. de la ~or~u~e,. une armée, la plu~
brave, la mieux 1hsc1phnee, la plus aguerrie
des armées romaines, s'est trouvée soudain
perdue. Elle voulait des combats, on les lui
défendit; bien plus, des soldats furent blàmés
. même de peines sévères pour s'être'
pun~s
servi~ de leurs armes et avoir agi en Romaips !
Aussi, dès que, bien perdue au milieu des
forêts et des marécages, celte armée se trouva
pr!s~ au piège, elle put sans peine être extermmee par ce même ennemi que tant de fois
elle avait frappé comme un vil bétail dont 1~
mort ne dépendait que de sa colère ou de sa
pitié. ))
'
. ~uguste, alors âgé de soixante-douze ans,
eta1t, 4uant à lui, en proie à la plus sombre
do~leur. Dans sa maison du Palatin, reconstr?1te, après un incendie, par souscription pubhqu~ d~ peuple, celle maison qu'il avait voulue ~1 simple, sans marbres ni mosaïques
préc1~uses, et où, pendant plus de quarante
ans, 1! coucha, hivercommeété, danslamême
ch~mbre, se retirant, qùand il désirait travailler e.~ secret, à l'étage supérieur, en une
salle qu 1I nommait « Syracuse )l et c, le ber?ea~ des Arts 1&gt;, dans cette demeure, témoin
~~dis de ta~t de ~u.ccès et de ?Joire, Auguste,
l~ux e,t desespere, promenait tragiquement
auJourd hui sa douleur.
d Cille élude est extraite de l'ou1Tage: Les Lé_qions
ai·us, par Ch. GAtLLY DE T.101t1NES que la niaiso11
lieacI1elle
•
' ~ubhcr
. en 'un
lolum . cl C're va lr ès. proc11arncmenl
e rn-16 a,ec hml planches l1ors lcxle el une
carte, au prix de 3 fr. 50.

.-:- cc Varus! \'arus I s'écria-t-il, à la pre~1ere nouveUe ~u désastre, en se frappant la
tete aux murailles et en déchirant ses vêtements, Varus, rends-moi mes légions! 1,

les_ tribus des Marses et rasa jusqu'au sol leur
bms sacré de Tanfana, il se retourna vers les
Caltes, au cœur même de cette immense et
mrstérieuse_forêt d'Hercynie sur laquelle couraient de s1 curieuses lécrendes les mit en
. l
C
'
f mie,
es poursui rit au delà de l'Eder et incrndia Mattium, leur chef'..Jieu.
Il
Thusnelda.

Cliché Giraudon
TltUSXELDA.

Statue a11t1,ue. (Loggia dei Lan=i, Florence.)

C'est 1t ce moment que parvint à Germanicus une ambassade envoyée par l'un des chefs
rhérusques, Ségeste, le beau-père d'Arminn •
ce Ségeste implorait le secours des Romain~
contre son gèndre, le massacreur des légions.
Le difiérend qui mettait ainsi aux prises
~r1?-es, en main'.. le gendre et le beau-père:
eta1t d ordre ent1erement privé.
Chez tous .les peuples encore sauvages, en
quelque partie de la terre qu'on les prenne
dans les forêts du nouveau monde le~
brouss~s de l'Afrique ou les steppes d:Asie,
le mar1~ge affecte toujours, on le sait, la
forme d une vente : en échancre d'armes de
bétail, d'objets d'ornements ;ius ou m~ins
luxueux, colliers, anneaux, bracelets offerts
en_ plus ou moins grand nombre par !; fiancé,
smvant sa fortune et aussi suivant la violence
d~ son désir amoureux, le père de famille
cede, pour sa part, l'objet qui lui appartient
yfi~.
'
Tel ~n effet nous voyons le mariage chez les
~ermam_s : &lt;( Ce n'est pas la femme, dit Tacite, qm apporte la dot, mais le mari• Je
pèr~, la mère, les proches interviennen~ et
ag~eent les pr1sents, non point quelques frivol~tés ou objets de toilette pour l'épouse,
mais des bœufs, un cheval avec sa bride un
~ouc_lier avec glaive el framée pour le ;ère.
~n echange de tout cela, la jeune fille est
livrée et offre 11 son tour à son mari quelques
armes,J. ~
~r, c'est par violence qu'Arminn arait enleve Thusnelda, fille de Ségeste, promise déjà à
un autre. Le père outragé conservait donc cont~e ~rminn _une irréductible haine pour l'avoir
ams1 frustre des riches donations d'armes, de
chevaux et de bétail qu'il pouvait raisonnablement attendre.

Durant plusieurs mois, oublieux de tous
soins de toileue, lui si recherché d'habitude
il laissa croître barbe el cheveux. Jusqu·à l;
lin de sa vie, l'anniversaire du désastre de
Yarus demeura pour lui un jour de tristesse
et de deuil.
Cette douleur
. toutefois ne lui fit pas néaliC
ger ses devo1rs et, après avoir pris dans
nome toutes les mesures nécessaires et levé de
nouveaux soldats, il envoya sur le flhin
Tibère, son fils adoptif, et le jeune Germanicus, neveu de celui-ci, avec mission de
venger Varus et de reconquérir les aigles.
Peu après, succombant à tant de chagrins,
le vieil Auguste mourait et léguait son pouvoir à Tibère.
Dès lors, à Germanicus seul, jeune général
de vingt-cinq ans, incombait la tàche de
1. Tafile, Germanie, ch. 18. Jusqu'â une é uc
venger le massacre des légions de Varus; c'est a~sez
reccnle, dans la nasse-Saxe, les fianfafiltes
de la façon la plus brillante qu'il le fit. Après s, appclarent Brudkop (Braul-Kaul', achat de fiancée)
\oy. Adelung, Gescluc/ite Allen Deutsclte p - 01 ·
une première campagne dans laquelle il chàtia note
2.
' · .:&gt; '
""' 147"'

�,.. __ 111ST0~1.ll
Sa rancune élait d'autant plns vire que,
une fois unie à Arminn, Thusnelda, loin d'en
vouloir à son brutal ravisseur, s'élait au
contraire attachée à lui d'un ardenl amour et
prenait avec , iolence le parti de celui-ri
contre son père.
On sait combien était rigoureuse, enrers
leur mari, la fidélité des femmes germaines :
,, Elles vivent, dit Tacite, enveloppées dans
leur chasteté, sans spectacles, sans festins
corrupteurs, ignorant le galant commerce des
mrstérieux billets 1 • »
·on peut bien ici soupçonner un peu Tacite
de décocher, par-dessus la tête des Yerlueuses
Germaines, une petite satire indirecte aux
lrop coquelles dames de Rome; quels spectacles, quels festins corrupteurs suppo-er en
effel chez des gens nnu rris de viande crue
triturée sous les pieds? quels billets galants
chez des peuples pour qui l'écriture était un
profond mystère?
Cette fidélité &lt;les femmes était d'ailleurs
rigoureusement protégée el rendue facile par
une coutume bien favorable à la vertu :
&lt;c Dans une si
nombreuse nation, ajoute
Tacite, bien peu d'adultères; le châtiment,
en effet, en est prompl, terrible cl appartient
au mari : nue, les cheveux rasés, la femme
coupable est chassée de la maison, puis, à
travers loul le canton, poursuivie à coups de
verges par le mari el ses proches ' · ll
De la punition du séducteur il n'est nullement question, car, chez des gens pour lesquels le droit c'est la force, l'homme peul
nalurellcrnenl tout. EL pourlant, la femme
germaine, par son enlier dérnuemenl et son
ardent courage, ne se rnonlrc point inférieure,
hien au contraire, à ceux qui osent la traiter
ainsi : &lt;1 Dans le combat, d,L encore Tacile,
les guerriers r:ipporlent leurs blessures 11
leurs mères, à leurs épouses, et celles-ci ne
craignent pas de compter, de sonder le~ plaies;
elles porlenl aux comballanls des ,·ivres el
ùes encouragements. On raconte que certaines
lroupcs de Germains, prêtes à lâcher pied,
ont élé ramenées au combat par les coura:rcuscs supplications des femmes &lt;1ui présentaient la poitrine aux fuprds. ,, Aussi, au
mépris pour la femme, se mêlait pourtant,
chel ces sau1·ages. une sorte de superstitieux
respect : &lt;c Ils croient (c·est toujours Tacite
qui parle) qu'il y a dans la femme quelque
chose de sacré el de prophétique, ils ne
m\;ligent pas leurs réponses et na méprisent
par leurs avis. ,,
En vraie Gcrm:iine, Thusnclda était, d'une
façon absolue, soumise à Arminn, son mari,
seigneur et maitre. füntrée un moment , par
suite d'événements qui ne nous sont pas connus, en possession de Ségeste son p~re, elle
n•a~pirait qu'à le fuir el 11 rejoindre Arminn;
quant à celui-ci, c'est pour recouvrer son
bien, sa chose, sa femme, qu'il tenait pour
le moment son beau-père étroitement assiégé.
Prompt i1 saisir l'occasion qui s'offrait si
favorablement 11 lui, Germanicus marche
au secours de Ségeste, vers le sud du pays
1. Tacite, /;en11a11ù. ch. 19.
'.!. Tacite, .l/cew·• des Ge1·11111i11s. ch. 12.

des Chérusques, chasse sans peine l'armée
a~siégcantc rt, dans le camp abandonné par
Arminn, retrouve une partie des dépouilles
rnlcvées rar les b1rb:ircs 11 l'armée de Varus.
Ségeste alors vient remercier son sauwur;
dominant, de sa haute taille, tous ses compagnons, il se présente à Germanicus avec l'assurance que lui donne sa fidélité à la cause
de Rome.
&lt;c Celle fidélité, dit-il, n'est pas chose
nouvelle; du jour où, par faveur du divin
Auguste, j'ai été décoré du titre de cito)'en
romain, je n'ai choisi mes amis, marqué mes
ennemis que d'après Yos seuls intérêts; non
par haine contre ma patrie (car à ceux-là
mêmes qu'ils servent les traîtres sonl odieux),
mais parce que, tant pour nous-mêmes que
pour les Romains, j'estimais la paix préférable
à la ~uerre.
cc Ce ravisseur de ma fille, ce riolateur de
voire alliancr, Arminn, je l'ai accusé devant
Varus qui commandait alors votre armée.
Repoussé par lïmprévoyanle mollesse de ce
chef sans énergie - ah! de quel fail,le secours lui fut alors son amour des lois! - je
l'ai supplié de nous enchainer Lous, moi, Arminn et ses complices. J'en atteste rrtle nuit;
et plût aux dieux que pour moi clic eût ~Lé
la dernière!. .. Ce qui suivit, on le peul mieux
pleurer que dire : j'ai mis dans les fers Arminn, sa faction m'en a fait porter à mon
tour. Maintrnanl, sous la proleclion, César,
je préfère aux nouveautés lès vieux usages,
aux troubles le calme. Je n'agis roinl ainsi

Cliché; Giraudon
AR}IIX:'l.

Sculpture antique. (Musée

au Capitole, Rome.)

dans l"espoir de quelque récompense, mais
ar.n de devenir pour les Germains un utile
conciliateur s'ils viennent à préférer enfü1 un
5. Tacite, A1111ales, T. 58.
4. Ibid., cl,ap. ~ï.

loyal repentir à la perte certaine de leur nation 3 •
cc Permets-moi maintenant, César, continua
Ségeste, de te parler de mes enfants : quan L
:1 mon fils, que sa jeunesse serre d'excuse 11
sa faute. Pour ma fille, elle n'esl, je l'avoue.
ici que p~r force; à toi, César, de décider ~i
c'est en fille de Ségeste ou en femme d'Arminn que tu la veux traiter. ,&gt;
C'est en femme d'Arminn qu'elle le fut,
et, dans le défilé des captifs, les légions étonnées viren l passer, superbe de fierté sauvage,
Thusnelda, s'avançant droite, sans une larme,
sans une plainte, les bras croisés sur son
sein, les yeux obslinémen t baissés et fixés
avec orgu~il snr son ventre, lourd d'un précieux tré~or, l'enfant d'Arminn donl elle était
enceinte•.

m
Le champ des morts.
Captive, Thusnelda fut envoyée cl gardée à
Ravenne ~. En celle ville, où l'on élevait de
jeunes esclaves destinés comme gladialeurs
aux comlwls du !'ir'lue, elle mil au monde
un fils qu'elle nomma Thumaic 6 •
Lorsque Arminn apprit qu'il était ainsi drvcnu père d'un esclave de flome, rien ne put
contenir sa fureur; à tran•rs le pay~, chez
les Chérusques, ses compatriotes, &lt;l'une ardente parole, il allait excilanl la haine contre
les Romains, prêchant la rél'olte, réclamanl
d~s armes contre Ségeste, contre Cé~ar, contre les légion~.
c, Le digne père, s'écriait-il, le grand général, la vaillante armée! tant de bras pour
enlever une femme! A moi, du moins, cc
sont lrois légions. a1·ec leurs légats, qui se
sont rendues, et j'ai fait la guerre non poinl
làchemenl, contre des femmes enceinte~, mais
en brare, contre des soldats. Dans les forêts
sacrées des Germains, ne voit-on pas encore,
suspendues de mes mains en l'honneur des
dieux de nos pères, les aigles romaines que
j'ai conquises!
&lt;c Que Ségeste, s'il le veut, habile une
terre vaincue; que, par celte humiliation, il
restitue à son fils un sacerdoce étranger, les
nais Germ:iins, quant à eux, n'effaccronl jamais de leur cœur la honte d'avoir, entre
l'Elbe et le Rhin, vu les verges, les haches
des licteurs el la loge romaine.
« Chez IPs nations qui ignorent Rome el
son empire, tributs, exactions, supplices sonl
également inconnus. Eh bien! vous, Germains, qui avez su secouer tout cela, rnus
qui avez fait reculer impuissant cet Auguste
que nome a mis au rang des dieux, ce Tibère
qui lui succède, allrz-vous donc trembler aujourd'hui devant une armée de soldats ~édi•
lieux, devant un jeune général sans expérience? Si votre terre, Y0S pères, les antiques
souvenirs des ancèlres vous semblent préférables à des maitres, à une servitude nouvelle, c'est un chef de liberté et de gloire,

1

:i. TacitP, Am,ales, 1. 58.
li. Strahon. li,. VII, ch. 1

�...-

111STO'J{1.Jl

Le Cn.A.MP Des .Mo~rs ---..

..
De là,,.vers l'est, barrière pleine d'épouYanle
el de ' mystère, se dressait devant Germanicus
la soniù;·e masse des montagnes et de la forêt

Arminn, non de honteuse servitude, Ségeste,
qu'il faut suivre 1! »
Par ces paroles, Arminn parvint à soulever,
non seulement les Chérusques, mais toutes
les tribus voisines; lnguiomer même, son
oncle, qui depuis longtemps jouissait d'une
grande considération parmi les Romains, se
laissa entrainer dans son parti, défection qui
ne fut •pas sans causer à Germanicus de fort
graves inquiétudes.
La saison n'étant pas très avancée, Germanicus résolut donc de recommencer la campagne d'après un plan entièrement nouveau :
divisant ses troupes allo de distraire l'attention de l'ennemi, il ordonna à son lieutenant
Cécina, avec les quarante cohortes de ses
quatre légions de l'armée Inférieure, de
prendre comme base d'opération le camp
nouvellement réoccupé d'Aliso, sur la Lippe,
d'y établir ses magasins ' , et de se porter de
là ostensiblement vers n :ms à travers le pays
des Bructères; quant à lui, pendant ce temps,
s'embarquant en secret avec les quatre légions de l'armée Supérieure, il gagnerait la
mer par les lacs et de là l'embouchure de
l'Ems qu'il remonterait pour surprendre à
revers l'ennemi attaqué de front par Cécina.
Sous le commandement du préfet Pedo, la
cavalerie suivrait ce mouvement en longeant,
en pays ami, chez des tribus allié~s, les plages
sablonneuses et les vastes prairies de la Frise.
Les navires emplo1és par Germanicus pour
le transport de ses quatre légions devaient
être au nombre de trois cent cinquante environ ; c'étaient ceux de la flotte entretenue
par les Romains, depuis le temps de Drusus,
sur le Rhin, la Meuse et l'océan Germanique.
Avec précision tous ces mouvements s'accomplirent; en arrivant aux bouches del 'Ems,
le général en chef augmenta encore son armée
des contin11ents
auxiliaires que lui fournirent
O
les tribus des Chauques, ces fidèles alliées
des Romains. Mais, malgré la promptitude et
le secret de ces opérations, l'ennemi ne s'était
point laissé surprendre, et Germanicus, remontant l'Ems tandis que Cécina le descendait, fit sa jonction avec ce dernier sur le
cours moJen du fleuve sans avoir pu joindre
les Germains:
Sous les ordres d'un jeune et brillant général, Lucius Stertinius, le général en chef
lance alors en avant des troupes légères pour
essayer de prendre contact avec ce fuyant adversaire; mais celui-ci persiste à se dérober,
emmenant son bétail, brûlant derrière lui
cabanes, étables et tout ce qu'il ne peut emporter; dans une des escarmouches de cette
poursuite, Stertinius est cependant assez heureux pour reconquérir l'aigle de la XIX• légion, perdue dans le désastre de Varus.
Ainsi, au milieu d'un pays ravagé, l'armée
s'avance entre l'Ems et la Lippe jusqu'aux
sources toutes proches de ces deux rivières.

de Teutobourg, récent théàtre du massacre.
&lt;( Là, disaient les soldats en regardant de
loin ces cimes boisées et ces gorges profondes,
là gisent épars, sans sépulture, en proie aux
bêtes sauvages, les restes de trois légions ;q »
Le cœur serré, chacun se rappelle les
parents, les amis perdus dans le massacre et
brùle de rendre à ces restes ,·énérés les
suprèmes devoirs.
Cédant à ces désirs, Germanicus envoie en
avant Cécina pour reconnaître gorges et défilés, établir des ponts et des chaussées à
travers les marais et les terrains momants;
l'on se met en marche et l'armée en deuil se
trouve bientôt en présence de ces tristes
lieux.
Lugubre et humiliant spectacle! Par l'étendue de son enceinte, la situation de son prétoire, le premier camp de Varus indiquait
bien le travail de trois légions! plus loin, sur
l'emplacement du second camp, des re tranchements à peine formé~, un humble fossé,
montraient que là ne s'étaient arrêtés que les
restes d'une armée déjà décimée, épuisée et
vamcue.
Depuis le massacre, six ans s'étaient écoulés ; le temps et les bêtes sauvages avaient fait
leur œuvre. Sur tout l'espace Pilrcouru entre
les deux camps, par l'armée débandée,
c'étaient des ossements blanchis, amoncelés
là où l'on avait combattu, épars là ou l'on
avait fui; puis des armes brisées, des sque-

lettes de chevaux, des crânes humains suspendus comme trophées aux branches des
arbres; dans des bois voisins, tenus pour
sacrés par les barbares, s'élevaient encore les
exécrables autels sur lesquels, en l'honneur
de divinités avides de sang humain, avaient
été égorgés les tribuns et les centurions de
premier rang.
Échappés par miracle à la captivité ou au
carnage, quelques témoins survivants se trouvaient là : c1 Ici, disaient-ils, tombèrent les
légats de légion; là furent prises les aigles;
ici Varus reçut sa première blessure; là il se
donna la mort. ... Voici le tertre d'où Arminius harangua ses hommes'. »
Puis ils énuméraient les gibets où le vainqueur avait pendu, les fosses où il avait
enfoui les captifs; ils contaient les outrages
infligés aux aigles et aux enseignes.
Ainsi, six ans après le désastre, une armée
romaine venait recueillir les ossements des
trois légions.
Au lendemain même de la sanglante hécatombe, les parents et amis de tous ceux qu'on
supposait massacrés, espérant pouvoir un jour
recueillir leurs restes, avaient songé à honorer
de suite leur mémoire par des monuments
funèbres : sur la rive gauloise du Rhin, à
Vetera Castra, ancien cantonnement d'hi,·er
de la XVIII• légion, anéantie tout entière dans
le désastre, un citoyen romain, Publius Cœlius, érigea ainsi en souvenir de son frère, le
centurion Marcus Cœlius, un bien touchant
monument : sous un fronton triangulaire, on
y voit, en bas-relief, l'image du vieil officier;
sa main est armée du cep de vigne, insigne
de son grade; sa tête s'orne de la couronne
de chêne accordée à quiconque avait, dans un
combat, sauvé un citoven romain; autour de
son cou s'enroule le 'torque, autour de ses
poignets les anneaux, sur sa cuirasse s'étalent les cinq phalères ou décorations, récompenses variées et nombreuses de sa rude
vaillance. Au-dessous du buste, se lit cette
inscription : C( A Marcus Cœlius, fils de Titus,
de Bologne, tribu Lemonia, centurion dans la
dix-huitième légion, tombé en sa cinquantetroisième année dans le désastre de Varus.
Qu'on dépose ici ses os s'ils se peuvent retrouver. Son frère Publius Cœlius, fils de Titus,
a érigé ce monument". ,, De chaque côté du
buste de l'officier, sont sculptées les images
de ses fidèles.affranchis, Thiaminus et Privatus, tombés peut-être à ses côtés dans les
sanglants marécages de la forêt de Teutobourg.
Mais, sur le champ de mort, devant ces
monceaux d'os blanchis, comment reconnaître des restes aimés? S'il se trouvait là,
le frère du vieux centurion ,dut renoncer
pour toujours à l'espoir de transporter les
restes de Cœlius dans le tombeau qu'il
· leur avait préparé, et chacun, en livrant à la

1. Tacite. Am111les, I, :19 «... li n'i· a plus rien à
dire sur celle habitude des historiens anciens de
prêter à leurs pers_onnagcs des, _di~cours de leur invention .... Les ccm•ams qui n cta1ent qne de J'Ul"S
rhéteurs se contcnlnicnt de fabriquer des piéccs d'éloquence pour faire . n,1mi,·cr lem· ta.lent;_ les autres,
comme Tacite et Salluste, chercha1enl a les accommoder it la situation véritable; ils {011t dire à celui

qui pai·le, sino11 ce qu'il IL dit réelleme11t, du
moù1s ce 7u'il a dà dirf', en so1·te que ce, discOU1'S
ue sont pas sans utilité pour les hislo1'ie11s de nos
jnurs. » G. Boissicr, Co11juratio11 de Catilina, p. 152,
Hacl,ette, édit.
2. Le camp d'Aliso a été retroun\ à !laltern. Voy.
de fort mteressanles photographies des rctranchP-ments mis à jour, dans D• Fr. l{œpp. ])ic Romer

in De11lschla11d, in-8', BielefelÎI, 1905, pape li.
5. Tacite, Annales, J, 61.
4. Tacite, A1111ales, 1, 61.
5. llonumcnl trouvé en 1620 au village de Birtcn.
près Xanle11, emplacemcnl de Vetera. Pur(i• d'abord à
Clèves, ce monument se trouve aujourdlmi au musi-c
de Bonn. Le musée de Sainl-Gcnnain en possède 1111
moulage.

GERMANICUS.

Srnlfturc antique. (Rome.)

"" 15u ...

terre ces misérables, informes et anonymes
débris, les y déposait avec le respect véritablement dû à des proches, à des parents, à
des frères 1 •
Au-dessus de ce triste amoncellement d'ossements sans nom, l'armée éleva un haut
tumulus de terre dont, en témoignage de sa
douleur, Germanicus voulut, de sa propre
main, poser la première motte.
Sous ce rustique monument, les morts au
moins reposaient en paix; mais quel sort
était celui des malheureux prisonniers demeurés au pouvoir des Germains? On sait quelle
implacable sévérité Rome professait envers
ceux de ses soldats qui s'étaient laissés prendre
vivants par l'ennemi : aux temps héroïques
de la république, durant la seconde guerre
punique, le Sénat avait formellement refusé
de racheter les prisonniers faits par Annibal
et que celui-ci proposait de renvoyer contre
rançon.
Lors du désastre de Varus, quelques-uns
de ceux qui ne purent mourir les armes à la
main, surent du moins se souvenir de cet
1. Tacilc, A1111a/es, !, 62.
2. Velleius Paterculus. Il, 120.

antique exemple des ancêtres; c'est ainsi que au moment même où tu le méprises, lu peux
Calvus Cœlius, cc bien digne de l'ancienneté toi-même si facilement tomber 5. lJ
de sa race J&gt;, nous dit un de ses anciens
Ainsi, de jeunes hommes appartenant aux
camarades militaires!, ayant été enchainé par plus illustres familles de Rome étaient develes barbares, parvint à saisir un des anneaux nus esclaves des barbares I Heureusement,
de sa chaîne et s'en frappa si violemment la pour ceux-là, le nouvel empire ne montrait
tête qu'il en fit jaillir la cervelle.
plus l'inflexible intransigeance de l'antique
Tous ne montrèrent point si farouche république patricienne; le désastre de Varus
énergie :
avait d'ailleurs été si prompt, si effroyable,
cc Songes-tu, écrivait, trente ans plus tard,
que, par dérogation aux vieux usages, autorile philosophe Sénèque à son ami Lucilius, sation fut donnée aux familles de racheter les
songes-tu que celui que tu appelles ton captifs, à cette condition toutefois que ceux-ci
esclave sort des mêmes origines que toi, jouit demeureraient dans les provinces, sans poudu même ciel, respire, vit et meurt comme voir jamais rentrer ni à Rome, ni même en
toi? Tu peux un jour le voir libre et lui te Italie•.
voir esclaYe. Dans le désastre de Varus, comQuarante ans plus tard, dans une expédibien de jeunes patriciens, très splendidement tion sous l'empereur Claude, les légions
nés, qui accomplissaient dans. l'armée les romaines arrachaient encore, chez les Gerannées de service nécessaires pour leur per- mains, it une honteuse captivité de~ esclaves
mettre d'aspirer aux honneurs sénatoriaux, à chevrnx blancs, au dos voûté, aux membres
se trouvèrent, tout d'un coup, accablés par la tremblants, entrés jadis dans la vie, au temps
fortune! De l'un elle fit un berger, d'un autre de leur jeunesse, d'une façon si brillante, et
un gardien de cabane; ose maintenant mé- que les privilèges de la naissance semblaient
priser un homme dans le funeste sort duquel, alors rnuer d'avance, d'une façon certaine et
facile, aux plus solides et aux plus haut~
:i. Pli11c. f;pislofa•, liv. V, cp. 47.
t Oion Cassius, 1.ïl ch. un.
honneurs.
Cu. G.\ILLY DE TACRl;--;Es.

Souvenirs sur la cour de Louis XV

Le premier événement qui me frappa dans avancer une chaise pour ma mère; elle me
ma tendre enfance fut l'assassinat de plaça sur ses genoux. Nous demeurions dans
Louis XY par Damiens. L'impression que j'é- l'avenue de Paris, et tout le temps de notre
prouvai fut si vive, que les moindres détails course j'entendais sur les trottoirs de cette
sur la confusion et la douleur qui regnèrent avenue des pleurs, des sanglots. Enfin, je vis
ce jour-là dans Versailles me sont aussi pré- arrêter un homme : c'était un huissier de la
sents que les événements les plus récents. chambre du roi, qui était deYenu fou et qui
J'avais diné avec mon père et ma mère chez criait : &lt;1 Oui, je les connais, ces gueux, ces
un de leurs amis. Beaucoup de bougies éclai- scélérats ! lJ Notre chaise fut arrêtée dans
raient le salon, et quatre tables de jeu étaient cette mêlée : ma mère connaissait l'homme
déjà occupées, lorsqu'un ami de la maison désolé que l'on venait de saisir; elle le nomma
entra pâle et défiguré, et dit d'une voix au cavalier de maréchaussée qui l'arrêtait.
presque éteinte : cc Je vous apporte une ter- On se contenta de conduire ce fidèle serviteur
rible nouvelle. Le roi est assassiné! &gt;&gt; A l'ins- à l'hôtel des gendarmes, qui était alors dans
tant, deux dames de la société s'évanouissent, l'avenue. Dans les temps de calamités ou
un brigadier des gardes du corps jette ses d'événements publics les moindres imprucartes et s'écrie : cc Je n'en suis pas étonné, dences sont funestes. Quand le peuple prend
ce sont ces coquins de jésuites ! - Que part à une opinion ou à un fait, il faut
faites-vous, mon frère ? dit une dame en craindre de le heurter et même de l'inquiéter.
s'élançant sur lui, voulez-vous vous faire ar- Les délations ne sont plus alors le résultat
rèter? - Arrêter! pourquoi? parce que je d'une police organisée, el les châtiments
dévoile des scélérats qui veulent un roi ca- n'appartiennent plus à l'impartialité de la
got? n !\Ion père entra; il recommanda de la justice; tout le prouve. .\. l'époque dont je
prudence, dit que le coup n'était pas mortel ; parle l'amour pour le souverain était une requ'il fallait que chacun retournât chez soi ; ligion, et l'assassinat de Louis XV amena une
que les réunions devaient cesser dans le mo- foule d'arrestations non motivées. M. de la
ment d'une crise aussi affreuse. Il avait fait Serre, alors gouverneur des Invalides, sa
... 1.51

...

femme, sa flllc el une partie de ses gens,
furent arrêtés, parce que mademoiselle de la
Serre, venue le jour même de son courent,
pour passer le temps de la fête des rois en
famille, dit, dans le salon de son père, quand
on apporta cette nouvelle de Versailles :
c1 Cela n'est pas surprenant; j'ai entendu
dire à la mère N... que cela ne pouvait manquer, parce que le roi n'aimait pas assez la
r?ligion. l! ~a mère N... , le directeur et plusieurs rehg1euses de ce courent furent interrogés par le lieutenant de police. Une malveillance entretenue dans le public par les
partisans de Port-Royal, et par les adeptes de
la nouvelle secte des philosophes, ne cachait
pas les soupçons qu'ils faisaient tomber sur
les jésuites; et bien certainement, quoiqu'il
n'y eût pas la moindre preuve contre cet ordre, l'événement de l'assassinat du roi servit
le parti qui peu d'années après obtint la destruction de la compagnie de Jésus. Ce scélérat de ~-amie~s se .vengea _de beaucoup de
gens qu ~lavait servis dans diverses provinces,
en les faisant arrêter, et quand ils lui étaient
confrontés il disait aux uns : « C'est pour
ID? venger de vos méchancetés que je vous ai
fait cette peur. J&gt; A quelques femmes, il dit

�r--

111ST0'/{1.ll

« que dans sa prison il ~'élail amusé tic l'effroi qu'elles auraient ll Ce monstre avoua
&lt;1u'il avait fait périr le vertueux La Bourdonnaye en lui donnant un lavement d'eau-forte.
Il avait encore commis d'autres crimes. On
prei;id lrop aisément des gens à son service :
de semblables exemples prouvent qu'on ne
saurait mettre Lrop de précautions aux renseignements néèeisairesavant d'ouvrir l'intérieur
de sa maison ù des étrangers.

+
J'ai &lt;mlendu plusieurs fois M. de Landsmalh, écuyer, commandant de la 1éneric,
11ui venail sou1·enl chez mon père, dire qu'au
bruit de la nouvelle de l'assassinat du roi il
s'était rendu précipitamm&lt;'nt chez Sa Majesté.
.Je ne puis répéter les expressions un peu cavalières dont il se servit pour rassurer le roi;
mais le récit qu'il en faisait lorsque l'on fut
calmé sur les suites de ce funeste érénemenl
:unma pendant longtemps les sociétés où on
le lui faisait raconter. Ce M. de Landsmath
élait un 1•ieux militaire, qui avait donné de
grandes preuves de valeur; rien n'avait pu
soumettre son ton et son excessirn franchise
aux convenances et aux usages respectueux
de Ja cour. Le roi l'aimait beaucoup. Il était
d'une force prodigieuse, et avait souvent
lullé de vigueur du poignet avec le maréchal
de Saxe, renommé pour sa grande force.
M. de Landsmath avait une voix tonnante.
Entré chez Louis XV, le jour de l'horrible attenlal de Damiens, peu d'inslants après il
lrouva près du roi la Dauphine el Mesdames
filles du roi ; Loutes ces princesses, fondant en
larmes, entouraient le lit de Sa Majesté.
&lt;I Faites sortir toutes ces pleureuses, sire, dit
le vieil écuyer, j'ai besoin de vous parler
seul. l&gt; Le roi fit signe aux princesses de se
rclirer. &lt;I Allons, dit Landsmath, voire blessure n'est rien; vous aviez force ,·estes et gilets. ll Puis, découvrant sa poitrine : &lt;1 Voyez,
lui dit-il en lui montrant quatre ou cinq
grandes cicatrice;, voilà qui compte; il y a
trente ans·quej'ai reçu ces blessures; allons,
toussez fort. » Le roi toussa. Puis, prenant
le vase de nuit, il enjoignit à sa majesté dans
l'expression la plus brè1c, d'en faire usage.
Le roi obéit. &lt;I Cc n'est rien, lui dit Landsmatb, moquez-vous de cela; dans qualre
jours nous forcerons un cerf. - Mais si le
fer est empoisonné? dit le roi. - Vieux
mntes que tout cela, reprit-il; si la chose
était possible, la veste et ll•s gilets auraient
nettoyé le fer do quchJues mauvaises drogues. » Le roi fut calmé, et passa ur:e lrès
bonne nuit.

La manière dont mademoiselle de Romans,

mailresse tic Louis .\V, cl mère de l'abbé de
Bourbon, lui fut présentée, mérite, je crois,
d'ètre rapportée. Le roi s'était rendu en
grand cortège à Paris, pour y tenir un lit de
justicP. Passant le long de la terrasse des
Tuileries, il remarqua un chevalier de SaintLouis vètu d'un habit de lustrine, assez passé,
el une femme d'une assez bonne tournure,
tenant sur le parapet de la terrasse une jeune
fille d'une beauté éclatante, très parée, ai•ant
un fourreau de lalletas couleur de rose. Le
roi fut imolonlairemrnl frappé de l'affectalion avec la&lt;1uellc on le faisait remarquer 11
rrlle jeune personne. Ile retour à Ycrsailles,
il appela Le Bel, ministre cl confi&lt;lenl de ses
plaisirs secrets, el lui ortlonna de cherrher cl
de lrouver dans Paris une jeune personne
de douze à lreizc an~, dont il lui donna le
signalement de la manière que je viens de
délailler. Le Bel l'assur:i. qu'il ne vopil nul
espoir de succès dans une semblable commis~ion. c1 Pardonnez-moi, lui dit Louis XV;
relie famille doit habiter dans le quartier
rnisin des Tuileries, du côté du faubourg
Saint-Honoré, ou à l'entrée du faubourg
Sainl-Gerruain. Ces gens-là vont sûrement à
pied; ils n'auront pas fait traverser Paris à
la jeune fille dont ils paraissent très occupés.
lis sont pauvres; le vètement &lt;le l'enfant était
si frais, que je le juge avoir été fait pour le
jour même oit je devais aller à Paris. EUP. le
portera tout l'été; ks Tuileries doivent êlrc
leur promenade des dimanches et des jours
de fètes. Adressez-mus au limonadier de la
terrasse des Feuillants; les cnfanls y prennent des rafraichissements, vous la décou1Tirez par cc moyen. » Le Bel suivit les
ordres du roi, et dans l'espace d'un mois il
découvrit par ce moyen la demeure de la
jeune fille; il sut ']Ue Louis XV ne s'était
trompé en rien sur les intenlions qu'il supposait. Toutes les conditions furent aisément
acceptées; le roï contribua, par des gratifications considérables peudant deux années, à
l'éducation de mademoiselle de P.omans. On
lui laissa lolalement ignorer sa destinée future; et lorsq.u'elle rut quinze ans accomplis;
elle fut menée à \' ersailles sous le simple
prélexle de Yoir le palais. Elle fut conduite,
entre quatre ou cinq heures de l'après-midi,
dans la galerie de glaces, moment où les
grands appartements élaient toujours très
solitaires. Le Del, qui les allendait, ourrit la
porte de glace qui donnait de la galerie dans
le cabinet du roi, cl invita mademoiselle de
l1omans à venir en admirer les beautt's. Rassurée par la vue d'un homme qu'elle connaissait, et excitée par la curiosité bien pardonnable à son âge, elle accepta avec empressement; mais elle insistait pour que Le Bel
procuràt le mèmc plaisir à ses parents. Il

l'assura que c'élail impossible, qu'ils allaient
l'attendre assis dans une des fcnèlres de la
galerie, el qu'après avoir parcouru les appartements intérieurs il la reconduirait vers eux.
Elle accepta; la porte de glace se referma
sur elle. Le Bel lui fit admirer la chambre,
la salle du conseil, lui parlait avec enthousiasme du monarque possesseur de toutes les
beautés donl clic était environnée, et la conduisit enfin vers les petits appartements, où
mademoiselle de Ilomans trouva le roi luimêmc, l'attcndanl avec toute l'impatience et
lous les désirs d'1111 prince qui avait préparé,
depuis plus &lt;le deux ans, le momcnl où il
&lt;lcl'ait la posséder.
Quelles réflexions alfügcantes naissent de
tant d'immoralité! L'arl avec lequel celte
intrigue avait été conduite, l'innocence réelle
de la jeune de Romans, furent sans doute les
motifs qui attachèrent plus parliculièrement
le roi à celle mallresse. Elle est la seule qui
obtint de lui de faire porter le nom de llourbon à son fils .•\u moment d'accoucher elle
reçut un billet de la main du roi, conçu en ces
mots : &lt;I M. le curé de Chaillot, en baptisant
l'enfant de mademoiselle &lt;le Romans, lui donnera les noms suivants: Louis N. de Bourbon l&gt;. Peu d'années après, le roi, méconlenl
&lt;les prétentions que mademoiselle de Romans
établissait sur le bonheur qu'elle avait eu de
donner le jour à un fils reconnu, et voyanl,
par les honneurs dont elle l'environnait,
qu'elle se llattait de le faire légitimer, le fit
enlever des mains de sa mère. Celte commission fut exécutée avec une grande sévérité.
Louis XV s'était promis de ne légitimer
aucun enfant naturel ; le grand nombre de
princes de cc genre que Louis XIV avait
laissés était une charge pour l'État, et rendait
la détermination de Louis XV très louable.
M. l'abbé de Bourbon était très beau, ressemblait parfaitement à son père; il était fort
aimé des princesses fi Iles du roi, cl sa fortune ecclésiastique aurait été portée par
Louis XVI au plus haut degré. On lui destinait le chapeau &lt;le cardinal, l'abbaye de
Saint-Germain-des-Prés el l'él'èché de Bayeux.
Sans ètre rangé parmi les princes du sang, il
aurait eu une très belle existence. li mourut
à Rome, d'une petite vérole eonflucnte; il y
fut généralement regrellé; mais les é1énements sinistres qui ont assailli l'illustre maison dont il avait l'honneur de porter le nom
doivent faire envisager sa mort prématurée
comme un bienfait de la Providence. ~[adcmoiselle &lt;le Romans s'était mariée à un gentilhomme nommé M. de Cavanac; le roi en
l'u l mécontent, et tout le monde la blâmait
J'avoir, en quelque sorlc, quitté par celle
alliance le simple titre de mère de l'abbé de
Ilourbon.
MADAME

.-r, ,

CA.;\lP.\'.\.

LA CHOUANNERIE NORMANDE AU TEMPS DE L'EMPIRE
~

Tournebut
-

1804-1809 -

Par G. LENOTRE

CII.\PITRI-: li

Georges Cadoudal.
Georges élail cnlrJ à Paris, le 1•• septcmLrc 1803, dans un caliriolct à caisse
jaune, que conJuisait, rètu m cocher, le
marquis &lt;l'llozier, ancien pa 0e du roi, établi,
drpuis quelques mois, loueur de rnitures rue
Vidlle-du-Tcmplc 1. D'll01,icr mena Gcor~cs à
l'hôtel de B'or&lt;fcaux tenu, rue de GrcnellcSaint-llonoré, par la rnuvc Dathy.
La mission de préparer dans Paris des
abris pour les conjurés avait éLé confiJe à cet
llouvcl, dit Saint-Vincent, que nous avon; ,·u
déjà chez le l'igneron de Saint• Leu. Hou vcl
s'appelait de son véritable nom Raoul Gaillard t : type parfait du chouan incorrigible,
c'était uu beau garçon &lt;le trente ans, aux
dcnls blanches, au teint frais, !!rand rirnr,
,ètu à la mode. li é1ait très lié vavec d',\ché
cl l'on prétendait qu'ils avaient à Rouen la
même maitresse•. La spécialité &lt;le Haoul
GaillarJ et de son frère Armand était l'allaque
des diligences chargées des fonds de l'État :
l'argent enlevé, versé dans la caisse royale,
serrait :t payer les enrôlés. Depuis près de six
mois ]boui Gaillard était à Paris, rccherch:i.nl
les logeurs discrets, as;islé dans cette délicate
Lcsognc par Ilournt de Lozier, autre intime
do d'Aehé, avec ci.ni il avait servi dans la
marine avant la llévolu tion '.
Georges descendit chez P.aoul GaillarJ 11tii
logeait à l'hôtel de Bordeaux; mais il 1·11
partit le soir et alla coucher à la Clocue d'Or,
chez Den and, 1t l'angle de la rue du Bac et de
la rue de Varenne, OLL vint le rejoindre ~011
lidèle domcsli 1ue, Louis Picot, entré :1 Paris
lcmèmc jour. La Cloche d'Orélait, en 11uel4uc
sorte, le ccnlre des cooj urés : ils remplissaient la maison et Ocnand leur était tout
acquis. C'était un homme dévoué et peu
timide. Il avait placé dans la remise du séo:iteur François de Ncufohàlcau , dont l'hôtel
était tout voisin, le cabriolet, c1 forme de
Bruxelles, garni de drap blanc ll qui servait
ù Georges pour ses courses 5 •
1. .\uraham-Cbarles-Auguslc trlluti,•r : il avait
vingl-srpt ans en 1803. Procès de illo1·1•au, Il, 415,
cl Archi\'CS nationales, 1"1 (ij98 : précis de l'cxistcucc
de Charles-Auguste d'llozier rlcpuis 17()0 .
'2. Il était fils d'un cullil'alcur aisé de l.,\uéucl'illc,
près &lt;le Roucu.
J. La femme Lcrnsscur : elle avait, disait-on , un
fib de chacun ,rcu,.
i. • On présume •1uc c'est par IJouvcl 11uc ,L\ché

Six semaines auparavant, Boul'cl de Lmirr
al'ail loué, p:ir l'inlcrmédiaire de Mme Costard
tic Saint-LégC'r, sa maitresse, une jolie maison, isolée au has &lt;le la colline de Chaillot,
près de la Seinc6, et y avait installé comme
concierges, un sieur Daniel et sa femme; dont
il connai~sait d~ longue date le dévouement à
sa famillt". On accédait au pavillon d'habitation par un double perron &lt;le qualorzc rnarthcs : une première salle à quatre fenèlres
élail pavée &lt;le carreaux de marbre blanc cl
noir; table dtl noyer pour huit couverls,
chaises cannées de paille de couleur, dessus
de portes représcntanl des jeux d'enfants,
rideaux de mousseline des Indes &lt;1 à mille
raies &gt;&gt;; tel était le décor &lt;le celte pièce qui
servait de salle à man0er. Le salon suivant
s'édairail également de quatre fenêtres et

B OUVET DE L OZIER,

D'ap,.ès u11e gravure du CaMnet des Est.impe.• .

contenait une ollomanc et six fauteuils recouverts de velours d'Utrecht bleu et blanc,
a êlé affilié dans le parti : ils sont, 1'1111 cl l'aulrl',
oflicicrs de marine; ils ont les mêmes ronnaissancc,,
les mêmes goùt, cl les mêmes hauitudes : prcs•J11C
compatriotes ils se "oyaiènl chez lime de Sainl-l'afr.
,!ont la maison servait de rendez-vous à Lous les
méconlenls qui se Lrouvairnl i: quelques lieues à la
ronde de ,es propriêtés. » Archi,·es nationale~.
F7 ü307.
;,. Archives dè la prércclurc de police.

tl,·ux bergères en ~oie hro~hée, deux talilcs
J'acajou à dessu~ &lt;le marbre. l'ui, venait la
diambrc à courber avec son lil 1t colonnes,
~es consoles, ses glaces. Au premier étage se
lrourait un apparkmenl de trois pièces et,
Jans un bàliment voisin, était nne grande
salle qui pouvait senir de lieu d'asscmlilée;
le tout entouré d'un grand jardin, fermé, du
rù'é de la berge, par une furie grille à deux
vantaux 8•
Si .nous nous attardons à cet inventaire,
1;'cst qu'il a, seml&gt;le-t-il, une sorte d'éloquence. Qui pourrait imaginer, en effet, que
cc pavillon, si élégamment disposé, eût été
loué par Georges pour s'y loger, lui et ses
amis'/ Ces hommes, dont on ne peut s'empêcher tl'admircr le désintéressement et la ténacité, qui depuis dix ans luttaient pour la
cause royale avec une héroïque cnùuraoce,
supportant les plus rudes privations, alTrontanl les tempêtes, couchant sur la p:iillc,
marcuant fa nuit; ces hommes, dont les corps
s'étaient durcis à force de fatigues, gardaient
des ,'tmes d'une candeur véritablement touchante; ils croyaient encore que le prince
pour lequel ils combattaient viendrait un
jonr partager leurs dangers. La chose avait
été si soul'cnt annoncée et si somcnt ajournée,
qu'un peu de méfiance eût pu leur être permis; mais ils a vaienl la foi el elle leur inspirait cette chose qui leur semblait toute simple
et qui était sublime: tandis qu'ils se logeaient
dans des bouges, qu'ils vi,·a:cnt d'une paye,
modique comme une aumône, parcimonieusement pnilevée sur la caisse &lt;lu parti, ils
ménageaiE-nl une relraite confortable et
SO)'CUSe où leur prince - qui ne devait
jamais venir - pùt altendre douillettement
qu'ils eussent, an prix de leur rie, assuré le
succès de sa cause. Si l'hisloire mème de
nos sanglantes discordes conserve toujours
des allures d'épopée, c'e&amp;t qu'elle abonde en
exemples de ces abnégations aveugles, si
lointaines, si introuvables aujourd'hui qu'elles
nous paraissent d'une invraisemblable extravagance.
Après six jours passés à la Cloche d'Or,
Georges vint prendre possession du pavillon
Ci. La ma ·son appartenait à un sieur Ilarizon le
prix ùc _la. locaLi..11 étai L_ de J
francs pour' ,ix
mois de Jou1s,ance: le bail a,,a,l etc signe le 19 juil1
let ·180}. Archives nationale,, F 6307.
7. La femme Dauicl, née Matlelcinc Pclhuy. blanrl11sscuse de bas de suie. 3l'a1I élel'é le fils J.e Bouvet
de l.ozicr..\ rchi ves nalionalcs, F7 6307.
~- tint des lic11J· el 111e11bles de la p etite 111a i•o11

.5p~

limée à .1!111e de Saint-Léger.

�,

111STOR,.1.Jt
de Chaillot, mais il y séjourna peu 1 , car on
le trouve, vers le 25 septembre, rue Carême-

Prenant, 21, dans le faubourg du Temple;

Tou~NEBUT - - ~
la maison'. Spain apportait à la pratique de
son étrange spécialité une sorte d'amourpropre : il se montrait Her d'avoir réussi à
établir, dans le logement d'un de ses amis,
Je tailleur Michelot, rue de Bussv, une cache
dont Michelot lui-même, obligé par sa profession à de longues absences, ne soupçonnait
pas l'existence et où séjournèrent successivement quatre des conjurés'. Quand le tailleur
était en courses, ses pensionnaires se dégourdissaient dans l'appariement; dès qu'ils l'entendaient monter l'escalier, ils rentraient
dans leur repaire, et le brave ~Iichelot, qui
devinait vaguement qu'un mystère planait
sur sa maison, ne connut le mot de l'énigme
que lorsqu'il comparut devant la justice
comme complice de la conspiration royaliste
dont il n'a,·ait jamais entendu parler.
C'est de la rue Carême-Prenant• que
Georges parlit pour le premier de ses voyages
à Biville. Nous avons indiqué les dates de
ces pérégrinations dont le détail n'entre pas
dans notre sujet. Le 23 janvier il rentrait
définilivement à Paris, amenant Pichegru,
Jules de Polignac et le marquis de Rivière
quïl était allé recevoir à la ferme de la Poterie. Il logea Pichegru chez un employé à la
liquidation générale de la dette publique,
nommé Verdet 1', qui avait cédé aux conjurés
le second étage de sa maison de la rue du
Puits-de-l'llermile : ils restèrent là quatre
jours; le 27, Georges conduisit le général à
la maison de Chaillot c&lt; où ils ne couchèrent
que quelques 6 nuits Jl. A l'heure oit ils s'y
installaient, Querelle signait entre les mains
de Beal ses premières révélations.
Nous n·avons pas à suivre les allées et
venues de Pichegru, ni à conter ses entreYues
arec Moreau : l'organisation seule du complot
nous intéresse, en raison de la part qu'y
a,·ait prise d'Acbé. Personne, d'ailleurs, n'a
jamais démêlé le résultai politique qu'aurait
pu amener la rencontre de l'ambition aigrie
de Moreau 7, de l'insouciance de Pichegru et
de l'ardeur fanatique de Georges. Dans cette
collaboration bùtarde, cc dernier seul était
décidé à l'action, encore qu'il se trouvât paralysé par l'obstination des princes à ne vouloir
0

d'llozier avait loué là un logement à l'entresol
et y avait fait pratiquer &lt;1 une cache )&gt; par un
entrepreneur, nommé Spain, doué d'aptitudes singulit:'res pour ce genre d'architecture. Spain, sous prétexte de réparations
indispensables, s'était enfermé avec ses outils
dans rappartement, et avait machiné dans
le parquet une trappe habilement dissimulée,
au moyen de laquelle, en cas d'alerte, les
locataires pouvaient se glisser jusqu'au rezde-chaussée et sortir par une boutique inoc-

cnpée dont la porte omrait sous le porche de
l. D'après les_ déhats du proc~s, il s·y serait installé
I septembre /ProcU .
1. H, p. 419), mais la déposition du concierge Oauic l
est formelle : il prit avec sa femme, dit-il, possessiou
de la maisou le 16 aoùl et ils y restërent absolument
seuls pendant dcm: mois emiro11: il portait à Mme de
Saiut-Léger les t'ruits du jardin; elle lui annonça un
jour qu'elle partuit pour la camp:iguc, mais que des
personnes de ses amis ,·iendraient l111biter la maison
cl qu'il faudrait les recevoir « comme si c'était ellemême l}. /luit jonrs après, deux individus arrivèrent,
conduits par Hyacinthe {Bouvet de Lozier ). « Daniel
lui remit les clefs et leur donna de la chandelle
parce &lt;p{il_ faisait nuil ; ils rest_êrcnl à la maison pendant hmt JOurs. » Al'elmcs naL10nales, F7 6397.
2. Archi\·cs nationales, F7 6405.
3. D'llozicr, entre auh'es, y passa quatre jours.
pour tro,s semames, vers le

Procès, V, 13ft.
4-. La femme qui, dans le logement de la rue

Carême-Prenant, faisait le lit et rangeait la chambre
des conjurés, s'appelait Marie-Josèphe ~ c'était la cousine de Georges; elle disparut « avec ces messieurs l) .
Archives nationales, F7 ti405, et P1'ocès, Il, -420.
5. Jac&lt;1ues Ye rdet·, quarante-huit ans. né à Vaucouleurs {Meuse). li semlile que ce soit par l'intermédiaire de Monnier, d'A umalc, que d'Aché avait attire
Verdet au parti. Archives nationales, F7 ü-i02. cl
Procès, 11,406.

û. 11 Oet1x indi,·idus soul ar1·î1·Cs et 011t couch.:,
quelques nuits. li y eut, penclant dt"!ux ou lrois jours,
deux l'luwoux dans l'écurie. soîgrn1s par Joseph (Louis
Pico!.), domestique de Lari1·c (Georges) ; Hyad ntl1c
(Bouvet de Lozicl') a apporté un jour une hure de
sauglier cl deux paniers de vin. » Uéposition du (;oncicrgc 0ai1iel. Archives nationales, ~-, 630i.
7. «. Dans la co11fércnce qui eut lieu le 28 ja1n·ie1·
cnll'e IJichcgru, Georges et More;iu, celui-ci ne cacha
pas qu'il dcmaudait pour lui la dictature. - Qu'e5l
ceci, dit Georges avec colère, et pour f/Ui nous prcnez\'ous? :\"ous n'aurions donc ll'av11illé que pour mus'!
S'il en est ainsi, je me re lire et ,·ous pou\·cz bien
faire vos affai1·cs !out seul. Et il Mlrtit en répétant :
- Il parait que lforeau ne roulait se sen·ir de nous
que pour prendre la pl~ce du premier Consul : mais,
un bleu pour un bleu, j'aime encore mieux celui qtu
y est que cc j .-r... là. »
Oéposilion de Bou \'el Uc Lozicr. Voi r 1'ougarètle,
op. cit., t. I, p. 67.
8. « Des conspirateurs a,·aient fait faire des uni~
formes semhlahles à ceux des guides consulaires qui
faisaient jour cl nuit le service auprès du Consul et
le suivaient à chm·al dans ses excursions. Sous ce
costume, cl ~ l'aide de leurs intelligences avec leurs
complices 1te l'intérieur du châtetiu (des ounicrs
marbriers chargés des embellissements et des réparation s à faire aux cheminées ... ) ils auraient pu facile-

traitait ses amis 1 , entre autres Deois Lamotte,
le vigneron de Saint~Leu, et Massignon, le
fermier de Saint-Lubin, auxquels il offrait
des déjeuners fort gais, avait découvert que
Massignon cultivait à bail quelques terres
appartenant à Macheret, le cocher du Premier
Consul, et il s'était mis en tête d'entrer, à
tout hasard, en relation avec ce personnaget;
il eut même l'audace de se présenter au chàteau de Saint-Cloud dans l'espoir de le ren -

passer le détroit que quand le trône serait
rétabli. Il disait vrai, lorsque plus tard, devant
les juges, il affirmait n'~tre venu en France
que pour tenter une restauration ({ dont les
moyens ne furent jamais réunis u ; car on ne
s'entendit même pas sur la façon dont on
agirait à l'égard de Bonaparte. Une idée assez
étrange avait d'abord été émise : le comte
d'Artois, à la tête d'une bande de royalistes
égale en nombre à l'escorte du Consul, devait
l'attendre sur la route de la Malmaison et le
provoquer en un combat singulier, mais la
présence du prince était indispensable à celle
réédition du combat des Trente et, comme il
ne parut point, il fallut renoncer à ce projet
d'un chevaleresque un peu suranné. On s'arrêta ensuite à l'idée d'un enlèvement; des
hommes résolus -les compagnons de Georges
l'étaient tous - se chargeaient de pénétrer,
la nuit, dans le parc de la .\lalmaison, enlevaient Bonaparte et le jetaient dans une berline qu'une trentaine de chouans, costumés
en dragons, auraient escortée à fond de train
jusqu'à la mer. Ce théàtral coup de force
reçut Înème un commencement d'exécution :
on en trouYe l'écho dans les Mémoires publiés
sous le nom du valet de chambre Constant•,

qu'hébergeait Monnier, de capotes et de
culottes de drap vert, auxquelles il ne manquait que des boulons de métal pour qu'elles
fussent transformées en costumes de dragons.
Le, dénonciations de Querelle coupèrent
court à ces préparatifs : il ne restait qu'à se
terrer. Bon nombre des conjurés y réus5irent,
mais tous n'eurent pas cette adresse. Le premier dont se saisirent les agents de Béal lut
Louis Picot, le domestique de Georges.

posa une somme de 1.500 louis d'or qu'on
prit soin de compter devant lui; comme il
repoussait ces offres, Béal le fit metlre à la
torture. Bertrand, le concierge du dépôt, se
chargea de la besogne; on écrasa les doigts
du malheureux Picot au moyen d'un chien de
fusil et d'un tourne-vis; on lui mit les pieds
au feu en présence des oWciers de garde'. JI
n'avoua rien. et Il a tout supporté avec une
résignation criminelle, écriYait à Réal le ma-

,

e ⇒

..._......_H.~
Clkhé Braun et Cl•
ARRESTATION DE GEORGES CADOUDAL. -

Tableau de II. DE

CALLIAS.

et certains détails de l'enquête confirment
ces assertions : ainsi, Raoul Gaillard, qui
continuait à loger à l'hôtel de Bordeaux et y

contrer. D'autre part, Genly, tailleur aux
galeries de bois du Palais-Boyal, aYail livré
quatre uniformes de chasseurs, commandés
par Raoul Gaillard, et Debausseaux, tailleur
à Aumale, avait, à l'époque de l'un des passages, pris mesure, à quelques-uns des hùtes

C'était u11 Lomme rude et grossier, mais fanatiquement dévoué à son maître sous les ordres
duquel il avait servi en Vendée. On le traioa
à la préfecture, on lui promit la liberté immédiate en échange d'un mot qui pût mettre
la police sur la piste de Georges j on lui pro-

gistrat enquêteur Thuriot l; c'est une àrue
endurcie dans le crime et fanatisée. Je l'ai
laissé aujourd'hui à ses souffrances et à sa
solitude; je ferai recommencer demain; il a
le secret de la cachette de Georges, il faut
qu'il le livre. "

ment s°approchcr et sil m~l er à !a garde_ qui était l~g6c
~ la Malmaison; ils auraient pu m&lt;•me
parrenir jusqu'au premier Consul et l'enlever .... Leur
poinl de ralliement élail aux carrières de l\"anlerre :
il y avail dans le pare de la )lalmaison une Cf!rrièrc
as~ez pl'ofonde : on craignait qu'ils n'en prof;ta,sent
pour s'y cacher et on y avait fait metfrc une purlc
en fer.» Mémoires de Constant, t, l, p. 4:1-i.:i.

1. Déposition de Jeanne )lougea.l, cuisinière à
l'hôtel de Bordeaux. Archives nationales, F7 6402.
2. « Saint-\ïnceot nous a cmmrnés déjeuner et je
vis .qu'il y al'aÎt là quatre personnes de sa hauclc.
Désirant \'Oir ~I. Machcrct c1ui était à Saint-Cloud.
Saio~-\'i~cent_ nous _proposa de nous y mener : il
paraissait désire!' mir ce cocher sans chercher, cependant à lui parler, « pour boire, disait-il, une goulte

ensemlilc, s'il le rencontrait» ... . Déposition de J.-B.
~fassignon. Archive~ natiouoles, 1-' 7 6402.
3. « On a commencé par m'o!frir 1.MIJ louis et ma
liberté : ou les a comp1és sur lo tab!e pour partir où
je vouilroi~ nllel' et dire J'a&lt;lrrssc de mon maitre : j'ai
dil que je ne la sa,•ais pils. Lll citoyen Bertrand a
envOl"é che!'cl1cr l'officier de gnrdc el lui a dit d'apporlt!r u·n chieu de fu~il et un tournevis pour me serrer

Je:- doigts. li m·a fait attacher, il m·a fail serrer les
doigts autant qu'il a pu .... C'e:;t la vérité, les olficiers
de garde p~uvcnt le 1t ire : j'ai étl' ch auffé au feu .... n
Déclar:1tion de Pitot. Proâ:s, IV, J35.
4. JI n'csL pas i11u1de de r~ppclcr que Tliuriot fi c
la llozère, Hncirn con,mtionnel régicide, arnit été tltt
parti de Robc:;pierre jusqu'à sa chute cl s"élail ensui le
prudemment rangé au nombre des Thermîdorieus.

el nourrie

�"---------------------------------------

1/1STO'f(1A
Le lendemain nou vclles tortures et, celte
fois, la douleur arracha à Picot l'adresse de
la maison de Chaillot : on y courut; elle était
vide : la journée, pourtant, avait été bonne,
car la police, avertie par une dénonciation
anonyme, avait mis la main sur Bouvet de
Lozier au moment où il entrait chez sa maitresse, Mme de Saint-Léger, rue Saint-Sauveur. Il fut 'interrogé et nia tout; écroué au
Temple, il se pendit pendant la nuit, à l'aide
de sa cravate nouée en corde aux barreaux de
son cachot; un geôlier, l'entendant râler,
pous~a la porlc et le décrocha; mais Bou\'Ct,
plus qu'aux trois quarts morl, fut pris, dès
qu'on l'eut ranimé, d'un treml,lemrnl convulsif et, en proie au délire, il parla .. .. Ce
suicide, pour tout dire,'Lrouva &lt;les incrédules,
et bien des gens, informés des scènes dont le
Temple et la préfecture étaient le théàtrP,
pensèrent qu'on avait un pru aidé Bouvet it
s'étrangler, de même qu'on avait ,, 111is au
feu H les pieds de Picot. Ce qui rendait &lt;·&lt;•s
soupçons assez vrairnmblables, c'est d'abord
que les mains du pendu « étaient horr;blement en0ées 1 » quand il parut le lendemain
devant Réal; c'est ensuite la forme étrange
donnée 11 la déclaration qu'il était cenFé ,l\oir
dictée, à minuit, au moment même où on le
rappelait à la vie : Un homme qui sort des
portes du tombeau, encore cuurert des
ombres de la rnorl, demande vengeance de
ceux qui, par leur p1·1·fidie .. .. On ~·accordait
à penser que cc n'était point là le ~Lyle d'un
pendu, râlant encore, et que les agents de
füal devaient arnir, tout au moins, prêté
leur éloquence it ce morillond.
Quoi qu'il en soit, le gomernement en
savail assez maintenant pour ordonner les
rires mesures de rigueur contre les « derniers
royalistes ». Bou\'ct n'avait pu in&lt;liquer,
comme Picot, que le pavillon du quai de
Chaillot et le logement de la rue CarêmePrenant, et l'on ignorait toujours la retraite
de Georges. Les révélations, arrachées par la
peur ou la torture à ses affiliés, grandissaient
encore la figure de crl homme extraordinaire
en monlranl la puissance de l'ascendant qu'il
exerçait sur ses compagnons et le mystère
dont s'entouraient tous ses actes. Une légende
se créait autour de son nom cl les conwwniqués publiés par le Afonilew· ne contribuaient
pas peu à faire de lui une sorte &lt;le personnage fantastique qu'on s'attendait à
voir surgir tout à coup, pour terminer la
ré,·olution par qucl&lt;Jue grandiose coup de
théâtre.
1. Faurie!, /,es demiers JO!lrs clu Co11sulat.
'l. «. 1,e ~éném!, Duplessis au géuér"I ;ouverneur

de l'an,, 2J pluno5C an XII. Deux md1ln1res rccounaisscnt Georges dans la rue ~euvc-des-Petits-t:liamps,
le suil'ent jusqu'au coin de la rue Coquillière où il
entre dans un cale. Les deux sergents y sont entrés,
ont demandé une bouteille de bière et ont été chercher la garde._ P_end:mt celle minute, Georges, étonné
(Jue cieux m1htmes demandassent une buntcille de
bière sans la boire, en rémoigna rn surprise tout haut
et s'en l'ut avec son camarade. o Arcl,. nal. F7 ti 392.
5. « 8 venlûsc au XIl (t8 février 1804).
" En vertu de l"ortlrc dt1 Prrmier Consul Ioules
les La,·rièrcs de Parisseronl fermées t·e soir, à ~ompter
de. sept heures pr(&gt;cises : 011 laissera entrer tous ceux
•1111 se présenteront et on ne lai~scra sortir pcr,oune
ju,.1u'i1 demain, six heures du mat111 .

et cet homme-lantôme traqué dans la ville,
qu'on croyait rencontrer partout ! et llui demeurait insaisissable. Les barrières étaient
fermées;; comme aux jours les plus tragiques
de la Terreur; des patrouilles de policiers et
de gendarmes gardaient toutes lrs rues; les
troupes de la garnison étaient réparties, armes
chargées, le long des boulevards extérieurs;
des affiches blanches annonçaient « que les
recéleurs des Lrigands seraient a~similés au~
brigands eux-mêmes l&gt; ; c'était la mort pour
qui donnerait asile à l'un deux, ne fût-cc que
pendant vingt-quatre heures, sans le dénoncer à la police; le signalement de G~orgcs el
de ses complices I é1ait in~éré dms tous les
journaux, distribué en brochures et placardé
sur Lous les murs; on y indiquait leurs derniers domiciles et tous les renseignements qui
pouvaient les faire reconnaître; les commis
des· barrières avaient ordre de fouiller les
tonneaux, les charrettes des blanchisseurs, les
paniers et, comme les cimetières ét~ienl situés

hors de l'enceinte, de visiter avec le plus
grand soin les voilures de deuil qui y transportaient les morts 5•
Georges. en qui liant Chaillot, était retourné
chez Verdet, rue du Puits-dc-l'Ilermite.
Comme il ne sorlait pas et que ses amis
n'osaient ,•enir le ,·oir, Mme Verdet s'était
instituée le commissionnaire de la conjuration.
Un soir elle ne revint pas. Chargée de
porter une leltre à Bouvrt de Lozicr, elle était
arrivée rue Saiut-Sauveur au moment 011 l'on
emmenait llomct au Temple cl clic al'ait été
nrrèléc avec lui. Ainsi le cercle autour de
Georges se rétrécissait; il lui fallait quiller
au plus vite la rue du Puits-dc-l'lfermite, car
la lorlurc pouvail arracher à Mme Yerdct le
secret de son asile. Mais où aller? Le pavillon
de Chaillol, l'hôtel d~ la Cloche d'Or, la maison de la rue Carême-Prenant étaient maintenant connus de la poiicc, Charles d'llozier
consulté, indiqua une retraite qu'il se réservait pour lui-même et que lui aYait ménagée
Mlle llisay 6 , pa111 rc fille contrefaite et maladive qui servait l, s conjurés avec un zèle
infatigaL!e, prenant loulcs sortes de déguisements, parvenant à luller d'adrrssc et d'aclivilé avec les agents de fléal. Elle aYait loué
chez la femme Lcmoinc fruitière. rue de la
Montagne-Saiotc-Genevièl'e, une boutique et
une cbamLre haute, en se réservant « d'y
placer des personnes de sa connaissance ï &gt;l.
C'est là qu'elle conduisit Georges dans la
nuil du 1i février. Le lendemain, deux de
ses officiers, Durban el Joyaut, vinrent l'y
rejoindre; tous trois vécurent chez la femme
Lcmoinc pendant l'ingt jours; ils halJitaient
la c:hambre haute, laissa;it inoccupée la boutique du rez-de-chaus~éc, où se tenaient en
surveillance Mlle Jlisay et la petite Lemoine,
âgée de quinze ans. Le soir venu, toutes
deux montaient à la chamLrc des proscrits cl
y passaient la nuit, séparées par un rideau des
lils oii dormaient Georges et ses complices.
D'ailleurs la fruitière cl sa fille ignoraient
absolument la qualité de leurs hôtes, Mlle
Jlisay les ayant présentés comme étant trois
commerçants inquiétés par leurs créanciers
el que le malheur des temps obligcaient à se
cacher.
Cet incognito occasionnait des inci&lt;lrnls
assez piquants : certain jour, la femme Lemoine, revenant du marché 011 les commères
du quarlicr avaient disserté sur la conspiration dont tout Paris s'entretenait, dit à ses
locataires :
- Oh I mon Dieu I vous ne savez pas? On
assure que ce malheureux Georges veut nous

• 10 Yentù5C. - Le con~eillcr d'Etat, prêfcl de police,
recommande de . bien prendre garde que Gcor"CS ne
,orle cles barrières déguisé en chancticr. » ,1,'.'cl,ivcs
,le la prél'ceture de police. 1,e même carton cont ient tic
nombreux rcnrnignemcots sur la surveillance des barrii'rcs et des spécimens des cades déliHées aux militaires que leur SCl'l'ice obligeait à sortir de Paris.
~· Voici, entre autres, celui de Gco,·ges, chef de
br1ga11ds.
« Georges, dit l.arirc , dit Masson, lrcutc-quatre aus
cl n'en paraissaut pas dal'ant~ge, cinq pieds quatre
JJOUCes, cx1t·èmerne11t puissaut et rnnlru, épaules
Jarges, 11'1111c corpulence ênorme; sa lète trè; rcmarcruaLJe par sa prodigieu&lt;c gro$scur. Col très court, le
poignet Jort et gros, jambes et cui&lt;.scs peu lon"ues.
Le nez écra,é et comme cuupG dans le haut, large du

Las : yeux gris dont l'un esl sensiblement plus petit
que l'autre; sourcils légèr ement marqués et séparés.
Cheveux châtain clair. assez fournis, coupés lrès courts,
ne frisant point, excepté s111· le dcrnnt où ils sonl plus
longs; teint frais, blanc et colore, joues pleines, ,ans
rides. Bouche bien l'aile, dents très blanches, barbe
peu garnie, l'a\'oris presque roux, assez fournis, mais
u'étant ni larges, ni longs; menton renfoncé.
« li marche en se bal.mçaul el les bras tendus, de
manière que ses mains sont en dehors. D
Archives de la préfecture Je police. Imprimu.
â. Archives de la préfecture de police.
ü. Marie-Michèle Jlisar élail la fille du toi,cur de
Spain, par qui d'llozic,· i'a,ail connue.
7. l'rocès de Gcorg~s, l'icliegru el -aulru, t. 1,
JJ· ;;;:;;:;.

Paris ,écut dans la fièvre les premiers
jours de mars 1801,, suivant avec anxiété le
duel à mort engagé entre le Premier Consul

"" l

56 ..,.

T OUl(N'EBUT

- - ..,.

elle devait forcément traverser la place où pas derrière lui; Petit et Deslavigny sui"aient
convergeaient le, prinripalcs rues du quar- à plus grande distance. Au moment où la
tier : l'ordre était de la laisser passer, au voiture arrh·ait à l'angle de la rue des Seplcas où elle ne contiendrait qu'une personne!, \'oies, un groupe de quatre individus sortit
mais de la suivre a,·ec les plus extrêmes pré- de l'ombre; l'un d'eux saisit la Larre du tablier, cl, s'aidant du marchepied de droite,
cautions.
La nuit était venue el aucun incident se jeta dans le caLriolet qui ne s'élait pas
n'avait encore été signalé confirmant Irs arrêté et qui partit aussitôt à grande allure ....
Les agrnts arnient reconnu Georges, déhypothèses de Petit. quand, un peu.-- a,·ant
guisé
en fort de la halle. Caniolle, plus rapsept heures, un cabriolet déboucha sur la
proché,
s'élança : les trois hommes restés
place, venant de la rue Galande. Un seul
sur
place
et qui n'étaient autre que Joyaut,
homme s'y troul'ait. tenant les rênes. Lrs
espions qui, sous dillërents costumes, flâ- Durban et Raoul Gaillard, tentèrent de lui
naient autour de la fontaine, le reconnurent barrer le passage; Caniolle, les repoussant,
d'après son signalement : c'était Léridanl. se mit /1 la poursuile de la voiture qui dispaLe cabriolet, du reste, rorlail le n° 55 el raissait dans la rue Saint-Étienne-des-Grès.
n'avait qu'une lanterne allumée, celle de Il l'alleignit au moment où elle s'engouffrait
gauche. Il monta lentement la pente de la dans le passage des Jacobins; saisissant les
rue de la Montagne-$ainlc-GenevièYe; lrs ressorts, il se laissa emporter; les deux offiagent~. rasant les murs, le suivaient de loin. ciers de paix, moins agiles, suil'aienl en
Petit, l'inspecteur Caniolle, l'officier de paix criant : &lt;! Arrête! arrête! ,&gt;
Georges, assis à la droite de Léridant, qui
Destavigny le serraient de plus près, s'allentenait
les rênes, était tourné vers le fond du
dant à le voir s'arrêler devant une dPs maicabriolet
et cherchait à suivre, par le vasislas.
sons de la rue où ils n'auraient qu'à cueillir
les péripéties de la poursuite; au moment où
Georges sur le seuil; mais /1 leur irrand
il s'élait jeté dans la voilure, il arait aperçu
désappointement, le cabriolet tourna à droite
les policiers el avait dit à Léridanl :
dans l'étroite rue des Amandiers rl s'arrêla
- Fouettez, fouettez fort.
rontre une porte cochère Loule proche de
- Pour aller où 1 demanda l'au Ire.
l'ancien collèi?e des Grassins. Comme la lan- .Je n'en sais rien, mais il faut aller;.
lernc projetait une lumière très virn, les
Et le cheval, cinglé de coup~, avail pris le
!rois policiers se dissimuJ1,rent dans les allées
grand trot.
l'Oisines; ils virent Léridant descendre de
Au bas du passage tles Jacobins qui, par
,·oiture. Il entra sous une porte, sortit,
nn angle assez aigu, débouchait dans la rue
rentra enrorc et allcndit près d'un quart
d'heure. Enfin il fit lourncr son cheYal et de la Harpe, Léridanl dut forcément ralentir
pour tourner sur la place Sainl-~lichd el ne
rrmonla sur le siègr.
pas manquer l'entrée de la rue des Fossés1\fonsieur-le-Prince. li se dirigeait vers la rne
du Four, espérant, gràce :, la pente de la rue
des Fossés, distancer les policiers cl arriver
chez Caron a,·ant qu'ils eussent alleint le
cabriolet.
De la place qu'il occupait, Grorges ne pouvait, par l'étroite vitre, voir Caniolle. crnmponné à l'arrière de la capote; mais il en
a percerait d'autres, courant à Ioules jamLes.
Dcstavigny et Petit avaient, en effet, continué
leur poursuite; leurs cris rctrutaient, sur
tout le parcours, les espions postés dans le
quartier; au moment où Léridant lançait à
une allure folle le cabriolet dans la rue des
Fossés-~fonsicur-lc-Prince, Loule une meute
&lt;l'agculs se 1·uail derrière lui.
A l'approche de cc tourbillon les passants
apeurés se garai!'nl sous les portes; une
seule i&lt;lée hantait si bien tous les esprits,
qu'à l'aspect quasi fantastique de celle voilure emportée dans la nuit, au Lruit drs
coups de fouet, des cris, des jurons, du
heurt rnnorc des sabots du chcral sur le
pa\'é, une ~eule clameur s'élcrnit: Georges!
LÉI\IDANT.
Geo1·ges ! C est Georges! Aux fenêtres brusD'après 1111e g1"av11re du Cabinet des Estampes.
que~1enl ouvertes apparaissaient des visages
Le cabriolet s'engagea de nouveau dans la anxieux; de toutes les portes sortaient des
rue de la Monlagnc-Sainle-Geneviève qu'il gens qui, sans savoir, se mcltaient à courir
acheva de gravir au petit pas du cheval; il entraînés c~mme une trombe. Georges vit-ii
prit la place Saint-füiennc-du-Mont, longeant dans celle c~rconstan_ce ?,n dernier moyen de
les maisons : Caniolle marchait à quelques salut? Cru Hl pouvoir s echapper à la faveur
3. Interrogatoirn de Léridant, Arc(,. nal. F7 G392.
'.!. Procès de 1;eo1·ges, P,chtgru el autres, t.lY,p. i t
'l.Pmcès de Georg ts. PichP!l,l'llel aul res. l. 1, p. '.!84.

faire tous périr : si je savais où il est, je le
ferais prendre 1 •
Une autre fois, la jeune fille apporta la nouvelle que Georges avait quitté Paris, déguisé
en aide de camp du Premier Consul. Quelques
jours plus lard, comme Georges lui demandait « ce qu'on disait de nouveau n, elle
répondit :
- On annonce que ce coquin s'est évadé
dans un cercueil.
- Je voudrais bien être sorti de même,
insinua Durban.
Cependant la police avait perdu les lraces
du conspirateur; on estimait généralement
qu'il était parrenu à franchir les barrières,
quand, le 8 mars, l'officier de paix Petit qui,
de longue date, connaissait Léridant, l'un des
conjurés, l'aperçut, causant avec une femme,
sur le boulevard Saint-Antoine. Il le suivit et
le vit aborder, quelques pas plus loin, un
individu dont les traits le frappèrent par leur
similitude avec ceux de Joyaut, le signalement de celui-ci étant affiché sur tous les
murs.
C'était Joyaut, en effet, sorti de chez la
femme Lemoine dans le but de procurer à
Georges un logement où il se trouvât moins
à la merci d'un hasard que dans la mansarde
de la fruitière. Léridanl lui indiqua la maison
du sieur Caron, parfumeur, rue du FourSaint-Gcrmain, comme la retraite la plus sîire
de Paris. Depuis plusieurs années, Caron,
royaliste militant, hébergrait, it la barbe de
la police, les chouans dans l'embarras : il
avait caché pendant plusieurs semaines Hyde
de Nemille; son npparlemcnt était mad1i11é
à souhait; ainsi il avail, pour les cas extrême~,
pratiqué dans son ens&lt;.i;;nc surplomba11l la
rue, une cachellc où un homme pouvait se
tenir à l'aise en cas de perquisition dans
l'intérieur de la maison. Léridant s'était assuré du consentement de Caron et il fut convenu que le lendemain, à la tombée de la
nuit, Georges quitterait la montagne SainteGeneviève pour gagner la rue du Four. Lrridanl derait venir le prendre, à sept heures,
dans un cabriolet.
Quand il vit terminé le colloque dont son
instinct policier lui rér6lait l'importance,
Pclit, qui s'était tenu a dislam:c, suivit
Joyaut à travers les rues et ne le perdit de
vue qu'à la place Maubert. Soupçonnant que
Georges élail logé dans le quarl1t·r, il y organisa une permanence, posta des agents sur
la place du Panlhéon cl dans les rues étroit&lt; s
qui y donnnienl accès; puis il reporla sa surl'eillanrc sur Lérida ni, logé avrc un jeune
homme, nommé Goujon, an cul-de-sac de la
Corderie, derrière l'ancien d11b des Jacobins.
Le lendemain, 0 mar5, l'officier de paix
Petit apprenait, par ses espions, que Goujon
a,ail loué, pour toute la journée, un cabriolet portant le n° 5;;. Il courut à la préfecture et prévint son collègue O.estavigny qui,
avec une nuée d'inspecteurs, viol prendre
position sur la place Maubert. Si, comme le
supposait Petit, Georges était caché près de
là, si, encore, la voiture lui était destinée,

�ll1STO"ft1.Jl
de la cohue·! Toujours est-il qu'à la hauteur
de la rue Voltaire, il sauta du cabriolet. Caniollc, à ce moment. quittant l'arrière de la

voiture que Petit et un aulre agent, nomm{HuOi!t, venaient enfin de devancer, ~e jeta
sur les rênes et, se laissant trainer, contint
le cheval 11ui ~·arrêta fourbu. Buffet fit un
pas vers Georges qui l'étendit mort d'un
coup de pistolet; d'une seconde balle il se
dèbarrassa de Caniolle; il pensait encore se
perdre dans la foule el, peul-être allai t-il y
réussir, car Destavigny, qui accourait sans
souffle, « le vit devant lui, placé avec cette
tranquillité de l'homme qui n'a rien à
craindre; quelques personnes auprès de lui,
trois ou quatre, étaient là sans paraître plus
penser à Georges qu'à rien ». Il allait tourner
l'angle, très déclirn, de la rue de !'Observance, quand Caniolle, qui n'était que blessé,
le frappa de son gourdin : en un instant
Georges fut entouré, terrasse\ fouillé, garrotté• ....
Le lendemain, plus de quarante particuliers, parmi lesquels étaient plusieurs femmes,
se faisaient connaître au grand-juge comme
étant, chacun individuellement, « le principal
auteur » de l'arrestation du chef des
c, brigands ,, .
Par le carrefour de la Comédie, les rues
des Fossés-Saint-Germain et Dauphine,
Georges, lié de cordes, fut conduit à la préfecture. Une foule houleuse l'escortait awc
plus de curiosité que de coli&gt;re, et l'on peut
s'imaginer quelle fut l'i-motion, dans le vieil
bote! de la police, quand on enlendit de
loin, s,ur le quai des Orfènes, la rumeur
grandissante annonçant l'événemenl, et que,
soudain, des corps de garde aux salons du
préfet Dubois, la nouvelle courut : &lt;I Georges
est pris! »
1. 0,1J&gt;&lt;&gt;;ition, &lt;le Coniolle, Je Ue,tavignr, de
l'llil et autre~ témoins el 1deurs de l'arrcsiatiun.
ProcÎ!s ,le 1;eorgc~. Pic·hegru et autres. Pa•.iim.

"·--------------------------------------l'n instant après on poussait Je proscrit
vaincu dans le cabinet de Dubois, interrompu
dans son diner, et il gardait encore, sous J,,,

liens c1ui l'cntra1aienl, tant de hauleur et de
sang-froid &lt;1ue le tout-puissant fonctionnaire
en fut presque intimidé. Desmarets, qui se
trouvait là, ne put lui-même se soustraire à
cette impression. « Georges, que je Yopis
pour la première fois, dit-il, avait toujours
l'lé pour moi comme le Jie11.r de la !t1011tagne, envoyant au loin ses assassins contre
les puissances.

pleine, à l'œil clair, au teint frais, Ir
regard assuré, mais doux, aussi hien que sa
\'OÎ'l;. I

cc Quoique replet de corps, tous s1•s
mouv&lt;'ments et son air i·laient dégagrs :
lète toute ronde. cheveux bouclés, tri·s
courts ; point de favoris, rirn de l'aspect
d'un chef de complot à mort, longtemps dominateur des landes hreton11cs. ,l'étais pri•scnt lorsque le comte Dubois, préfet de police, le 11uestionna : l'aisance du prérenu
dans une telle hagarre, ses réponses fermes,
franches, mesurée~ et dans le meilleur langaf[e, contrastaient beaucoup arec mes idées
sur lui-. 1,
Ses premières répliques dénotaient, en
effet, un calme déconcertant ; on peut citer celle-ci : comme Dubois, ne sachant
évidemment par oi1 commencer, lui reprochait, un peu niaisement, la mort de
l'agent Buffet, « un père de famille o,
Georges lui donna, en souriant, ce con•
seil :
- c, l.a prochaine fois, faites-moi donc
arrêter par des célibataires. 1,
Sa courageuse fierté ne se démentit ni
dans les inlerrog:itoires qu'il eut :1 subir, ni
dernnt la cour de justice : ses réponses au
président ~ont superbes de dédain et d'abnégation; il assume toute la responsabilité du
complot, il nie reconnaitre aucun de ses
amis; il pousse la générosité jusqu'à garder
une attitude pleine de dignité courtoise envers
ceux qui l'ont trahi: même il cherche à pallier l'insouciance de ses princes dont l'égoîste
inertie l'a perdu. Jusqu'à l'échafaud, il resta
grand; onze de ses fidèles Chouans moururent arec lui, au nombre desquels

LE CIi.\ fl:AU DE !.A 1\1AJ \IAISO~, UU Côn: DE L'ARRIVÉE.

[J'.Jfr.'s lt 1essin .lt C, •SSTAST

BouRGE01,. ,CJHntt

« .le trouni, au contraire, une figure
2. Il e,l intére.,sant cle romparer celle de,criplion
n,·ec le si~nalcment que nous avons rerrodnit plus
haut. Ain,i on pt·ul ,01r qu,•, depuis quï était tra,111é

dts EstamftS,)

étaient Louis Picot, Joyaut et Burban, dont
par la pol,ce, Georges nait coupé le~ ravoris qu'il
portait orJinairemrnt.
S. Desmarets, Témuig11agts hiatoriquu.

TO~'N'E'BUT - - -

les noms ont été mêlés à notre récit '
La polie(• n'avait, ,,n somn1P, mis la main
Ainsi se terminait la conspiration; Bona- que sur un petit nombre d&lt;'s conjurés : beau- homme jaloux de recueillir la succession de
parte en sortait empereur; Fouché, ministre coup, même de ceux qui, comme Raoul Gail- Georg&lt;'s.
La capture à laquelle Fouché et Iléal
de la police et son concours allait ne pas être
attachaient le plus de prix était celle dr
inutile car si, aux yeux du public, la mort
d'Aché dont on avait constaté la présence à
de Georges simulait un dénouement, elle
chacune des étapes de Biville à Saint-Leu.
n'était, en réalité, qu ·un simple incident
Ocpuis trois mois, à Paris mèmt•, partout où
d'une lutte &lt;ru'on pouvait prévoir acharnée.
la police ,wait instrumenté, elle avait relevé
Le coup de sonde de l'enquête avait ri•vélé
la piste de ce même d'Aché qui semblait
l'existence d'un mal incurable : tout l'Ouest
avoir présidé à toute l"organisation du comde la France était gangrené de chouannerie;
plot. Ainsi il avait été sigualé rue du Puitsde Rouen à l\antes, de Cherbourg à Poitiers,
dc-l'llermite, chez Yerdet, pendant le séjour
des millions de paysans, de bourgeois, de
de Geor;œs 1 ; il s'était plusieurs fois rencontré
hobereaux restaient attachés à l'ancien régime
arec Raoul Gaillard; en inventoriant les paet si tous n'étaient pas gens à s'armer pour
piers d'une demoisellr ~langeot, chez qui
sa cause ils devaient apporter à l'équilibre de
avait
diné Pichegru, on avait découvert deux
la nouvelle machine gouvernementale un
notes assez énigmatiq ues oit le nom de d',\ché
contrepoids qui en fausserait le fonctionnefigurait·.
ment.
)lme d'.\ché et l'ainée de ses filles avaient
Et puis re que Georges avait tenté, un
été, on l'a vu, écrouées, en février, à la priautre ne pom·ait-il l'essayer à son tour? Si
son des Madelonnettes : on avait laissé la
un homme plus inllucnt que lui sur l'esprit
seconde fille, \lcxandrinc, en liberté, dans
des princes décidait l'un d'eux à franchir le
l'espoir qu'abandonnc:c à elle-même dans
détroit, que compterait alors la gloire toute
Paris, qu'elle ne connaissait pas, elle comneuve du parv&lt;'nu, mise en balance avec l'an•mcttrait
quelque imprudence qui livrerait
tique prestige du nom de Bourbon, grandi
son père à la police. Ellr. s'était logée rue
encore et comme ~anctifié par les tragédies
Traversière-Saint-llonoré, à l'hôtel des Trcizcrérolutionnairc•s"! Telle était la crainte &lt;Jui
PICOT.
Cantons, et, dès son arrivée, Réal avait atlahantait l'esprit de Bonaparte; l'idée l'exaspt:_
D'.itrè.&lt; uJJe J:r,n•ure' du CJN11e/ de.t Es/Jmfts.
ché dPux espions à sa personne; mais leurs
rait qut•, sur la terre de France, ces Bourbons exilés, sans soldats, sans argent, fussent lard, a1·aient joué un rôle dr premier plan, rapports étaient d'une monotonie désolante :
plus maitres que lui : il se sentait chez eux étaient panenus 11 se soustraire à toutes les « Très honnc conduite, très sédentaire, et leur nonchalance même, comparée à son rrcherches. fü étaient él'idemment les plus l'ile rit et elle est journellement avec le
agitation sans trêve, gardait quelque chose habiles, partant les plus dangereux, cl maître el la maitresse de l'hôtel qui sont
d'un âge mùr, - elle ne voit personne, on la
de dédaigneux et d'insolent.
il pouvait se rencontrer parmi eux un
dépeint
sous les couleurs les plus aYanta1. :'ious n'a\'Ons pas à raconter le proc,:, de Georges
el dr ses comp!iccs, mais nous avon,, sur leur cxê- c-unduite, lors d,• J"arrrslatiou ,le lui, Coster, et de
Saint-Parcl,
,1,· Sainl-llo,·h, pour l.rlan.
autant de courage que clïnt~lhgencr l'l d'honculion. nn chx:umenl ~i précirux que nous ,·ro1·ons l\ogl'r,
l.ullon, rlr Saint-\lc-rn·, pour Lemcrl'ier.
u,~tel,:;
mais
qu'il
i·tait
fort
heureux
r1uïl
111• l'eùl
de\'Oir
le reproduire. c·est le rapporl qui rut, ll' Jour
Collet, clc S.,int-\lc1·ry: pour Jorau.
1
pas lu,-., i•lant, aimi q111• llul,:'e r, ormi• jti-11u·aux
rm me, adn&gt;ssé à l'Emprrcur C'l qui fut rc•di~é par
Boileau. de Sainl-)lerry, pour \li•rille.
clrnts.
lïnsp,1"leur dr police chnrgi• de suneillt•r J,•s con\lalmaison, JJrètre de Saint-)lerrJ·, se pr,:.
Coster, H~er. )lfrille et llurban i•taicnl dans la sen1.'ahh&lt;i
1lamnès jusqu'au dernier moment :
ta c'•galcmcnl, ne confc,sa Jll·Nonne ; mais parla i,
même chamhrc: peu clc moments après l!'ur ar,·i\'t'C, •1ur•lr1ucs-uns
c PrHeC'lure de polire, Paris fi messidor an \Il.
cles ronclarnni-s.
Aujourd'hui, à une heur,. du matin, le, contlamni·s ils fin•nl la prière en commun; c·c,t Co,tcr qui parl'n gendarme nomm(, lllon3,son, paraissant 11rcnJr"
(;~~es Cacluutlal, .Coster Saint-\ïctor, !loger ,lit la ri loul haut; ils linirenl leur oraison en chantant un h,•aucoup dîntérèt à llogcr et il Coster, fit clê"errer
/,oueau, Dut'Orps, Picot, Oevrl'c, Jonu, Burhan, L,·- refrain _: il ni do11:r de mo11ri1· pour la reli!fio11 el
lc•s lcrs &lt;i• c••lui-i:i c1ui ensuite lc•s titA tout a fait; sur
mert·irr. Lelan, Pierre-Jean Cadouclal et ll~rillr, ont ,'iOll rot.
!"observation qu'on lui fit qu"il 8\'ait commis une imllog-cr, tlit Loisi•au, i·tail clans la m&amp;me situation prudcm·è.
,·•t,• extraits de Bict'lrc et concluits à la nrni,on de
il répond it 11u·on pourrait les ôter au,
cl"csprit qur. Coster. Il disait en ploi;.,ntant qu"il autre, rl s"c:n
j11stir1•.
rapporter aux Fen&lt;larmrs. li a monh·i·
1•ncore, il y a Quaire mois, trois virginités : heaucoup c1·1rumeur
Leur di•parl de. celle t•n•miërc pri,on a paru leur 8\'&amp;il
cl&lt;&gt; c·c qu on nnil rPmis les fers
I• je n'a\'ais jamais ét,·· arrèti• cl \[. Veyral m·a pris ,le Coster.
foire unr. tmprrs"on proloncle.
à
l"impro,istc
dans
mon
lit;
'l•
jr
n'ai
jamais
{•ti•
en
F.n arrirnrt à la C.mciergcrir, ils (•laient tous di·Dans un autre rnom,•nt, llunasson, ètanl assis pri,s
faits cl abattus, i, rr,ceplion de Coster et de Ro&lt;&gt;t•r prison et le concierge d,• la Force' a eu mes pr,•miccs cl,• Ho;:rr, parut lui faire quelques signt•s d"intrlliil
cet
••Kar•I;
:;,
reste
damr
jl'uillotinc
ne,•
qui
je
1ais
c1ui a,·ai&lt;'nl pris lc•ur Ion de fermeté el d'assuran7r.
A"Cnce, murmura quelqurs mol, rntre ses dents et
Geor,tt•s, l'n arri,·ant à la maison de justice, ne f.,ire c·unnai,,ancc lout il l'heure. Il frra chaud (·e parut montrer hcaucoup d'humeur cle la surveillance:
,oir
ri
œla
sera
plus
sc'-rieu\
que
,fan,
Ir.
cahinrl
dr
prof,•ra point nnc pnrolc; "'"' regard {·tait morn,•,
le lieulcnanl-&lt;:olonel Hhrdy l'a fait relcrnr ri arrc'.1ter.
11 !!C je!a sur 110 (il tl _c,• uc fol que wr, cin,1 heure! Il. B,•rtrand le r1111cie1•9p du Temple).
\li·rillr all,·clait dt• montrer dn ,·ouragr qua11cl srs
Pl tlc1111c du 111alrn qu 11 reprit du cal me cl de J'assnEn sortant cle la mai-on de justice. (;e,1rg(•s clit ii
ram·r qni ne lirc'nl que ,·a1•aoilrr jus,flr"an mom,•nt trois compajl'nons lui parlaient; mais il relomhait l'icol : Ah! ça, 11e t'a pas faire /'e11fa11t.
,lans l"alfa1ssemcnl, ne ,1,sait mol et ron•rrroit un ais·
cln clc'·parl pour le supplier.
IJans la roule que ers individus parcoururint el
Coster ,•st t·elui qui a cau,i• 1,, plus lcuwtrmps f'l 1 roimrnt fi•roce; il dit à VeJral. ,,uc s"il o·n,ait pa, qui était remplie par une foule curieuse, on n'cntom pli- re Iirer ,l'allairr à la prHeclure u·rc &lt;on t1•11dail partout que l'expression dr l'cx,;cration et
nwc le plus de lranquilliti•.
~
passeport, il l'elll poignar,f(, an mo1111'11I 01·1 il l"arait du mtlp, is pour t·cs brigand,, cl on p('ul dire que
Il a cl,t à \l. lc'}rat. onicicr ,r., pai1:, r1u,, 1,, G011 •
arrête l'lr,•z IJrnanl
"'rnrmcnt u ail foit une gran,f,, l'colr en ne• faisant
!"opinion publique i!lait g&lt;!ni·ralcmcnt et fortement
l'icot miel clr Gcori(es, a,ait la lournurr d'un prononci•c
JIClint fusillrr lous les conJur,:, le lendrrn,in clr l"arcontre eu,.
rcslnlion de Georg,•s; _que IO\ll Paris C'Ùl alors applaucli hommc'iur ou ahruti, il paraissait fort peu in,1uirt
Au moment où la t,1 te rie Grorgcs est tombêe. des
clr
10111
r~
qui
allait
se
pas,er.
il ,·elle• mesure• el r11t'rls ,era,rnl m,,rts darrs lïufomic;
c·ris mille fois répi-li•s de : l'ùl' /'empereur! se
!.es nulres rondamn,:, n·ont rien offrrl de rcmar- fir~nl
rnais tiu'cn !es l!11·anl il Ja Cour de justice crimincll,•, •111,,ble
entendre parmi les spct·latcur,; la même cho,1•
au,
oh!!•rvatcurs.
on leur a, art nm crot prc•,ls de gl111rc sur la t,'te.
rut lieu après la mort cfo Pirot cl cle Oc, il!(, 'I'' i, it
Ils
1li·jeuné1·ent
tnus
awc
appétit
C'l
manl{i•rcnl
des
- Je mourrai, ajoula-_t-i_l, a,ec murage; mais rc
lïnstanl de pc'-rir, araicnl crii• : l'it-e la rel19io11,
r1ui me dt-sole, c'est que J'aime ma pairie• et j,• &lt;ni, 1inndc~ J'roicl,•~.
rfre Ir /loi!
\',•rs lt's huit heur,•,, ml. \"oisin, cur,·• clc Saint,11r qu'rllc sera malheur,•use. . .
Oevillr. au moment où il est parti de la ConcirrPuis prrnanl un1 Ion fort _ga,, 11 rc•gardait rn riant Liicnn.-, ,lemanclo'• par Co5ler ri l\err:nen~n, prêtre Kerie, a déclaré qu'il a,ail co111i1•, lors de son arre,,le
SAinl-Sulpicc,
cl,•mancl,:
par
lieorg,'s,
nnr,•nl
h•
s
""' halti: cle llic, lre, rn,1p,· f"r cl,·11, (·oulrurs lra n- l'lllftt ..-.er.
lation, une montre, un 1·achrt el une drr d'or. au
drnnlcs, l'l il clisait.
sieur liillc. 111arèc11al de logis de la gendarmene à
Il _,urlr(•, pr,'•lrp, ,., p1·é-cnt~rr11I _spontM,'· menl,
- J,, ne res-emhle p:11 mal • un arlc•111in ,lu l•,u\lonlmorcncy, et &lt;JIIC lor,r,uïl les lui a reclemnnclés,
-..1\'0rr:
1,•,ard.
t·rlui-t:i a ni,'• le d,;J~•l.
MIl. Gnrnil'r, 1icair,• "" :'lotrc-llame. •111i conle,,a
li dcma111la &lt;i on ~,ail !'nit pc'·rir lforcau; ,ur la
L'ordre el la tranquillité onl c•h• parraitemcnt
1.ouis Oucorp,
r,:ponsc• négati,·e, il aJOttla :
maintenus .... •
v11·air1! 1l,1 b m,:me i·i:li,,,. puur llc,illc
- Quant_ à Pi~lll'gru, 11011, "?.l" ,\'c•rrn,!s. prohabl,•. c-1 From,•nt.
.lrchiws
national,·,, .\F,. 18!10.
Uurhan.
11wnt l'e1 ,o,r d 11 nous ,l,ra ,il ""'t \c•r,tahlr•ment
~Archives
nationales, F7 0397.
1
i-trangl, lui-1111 me.
Lcril'hc, , ira1rc cll' la mêm,• i•f(li,1•. pour Carloucial.
:ï. t a clemoiselle 11angtol, interro;t.:,,, r~pon,lit
Grise!.
prêtre
de
Saint-Eustache,
p·,ur
llogw.
li iiuit par ,lire ic 11. \',,J·ral •JnÏI na,t nri, clan, ,,
« c·est un p,•tit garron qui m'a rc•mis ces pepiers
1
llcinar. de• ~int-llocl,. pou,· Picot.
j'ignore dl! qurlle pari. • .\rchin•s nationale•,, f'' M02'.

�111STORJ.JI
geuses•. i&gt; De ce côté encore il fallait renoncer à tout espoir de s'emparer de d'Aché.
On essaya d'un autre moyen; le 22 mars,
ordre fut donné d'ouvrir les barrières. Fuuché prévoyait bien que, dans leur hâte de
quitter Paris, ceux des complices de Georges
dont on n'avait pu s'emparer reprendraient
aussitôt la route de Normandie, et que, grâce
à la surveillance exercée sur ce point, une
nouvelle rafle pourrait êlrc faite. La mesure, habilement conçue, amena quelque
résultat.
Le 25 mars, un paisan de Mériel, près
l'Isle-Adam, nommé Jacques Pluquet, qui
travaillait à son champ, sur la lisière du
bois de la Muelle, \'it venir à lui quatre
individus, coiff~s de chapeaux rabattus sur
des bonnets de coton et portant à la main de
forts gourdins 11 nœuds. Ils lui demandèrent
si l'on pouvait passer le bac de l'Oise à
~lériel. Pluqurt répondit que la chose élait
facile, cc mais qu'il J avait des gendarmes
fOUr examiner Lous ceux qui passaient ».
Ceci parut les faire hésiter. lis se donnaient
pour des conscrits déserteurs venant de Valenciennes : « Périr pour périr, nous aimons
mieux rejoindre notre pa}S, »
Le récit de Pluquet est assez pittoresque
pour qu'on le cite textuellement :
« Je leur ai demandé d'où ils étaient: ils
m'ont dit : d'Alençon. Je leur ai observé
qu'ils auraient de la peine à aller jusque-là
sans être arrêtés. L'un d'eux m'a dit : cc C'est
vrai, car depuis le coup de chien qui vient
d'arriver à Paris, on monte la garde partout. ,, Celui-ci, laissant aller les trois autres
&lt;levant, me dit : « ~fais si on nous arrêtait,
que nous ferait-on 1 » Je lui répondis : « On
\'OUS conduirait à voire corps de brigade en
brigade. n Sur cela il m'a dit : &lt;&lt; Si on nous
1. Archirns nationales, F7 O:i!li.

2. Archives nutionales. F7 03!l~.
. ~- Le corps d~ l\~oul Çaillard , fut port{- s_u~ ~nr
cmèt·c tic l'onlo1se a l'ar1s t'L pr,•senlc au mrni.l1•re
,le la police. F7 r,;;!)fl.
4. • Ce caralier n'a pas laisse 1gnorrr ses projt-1&lt;
,le vcngcanc~ conlr&lt;' le maire rt il est venu troi,
jours de suite cl il a parlt'• plus familii·remcnl i,
Josepl1 la Chauquelle haliilant J,• la commune. :1011

raltrJpe, on nous fera faire dix mille lieues. n
Et il m'a quitté pour gagner ses camarades;
le plus jeune pouvait avoir viagt-deux ans et
m'a paru fort triste et bien fatigué '. »
Le lendemain, des gens d'Auvers découvrirent dans un bois une petite cabane construite en fai:tots : les quatre hommes y
araient passé la nuit. On les aperçut, les
jours suivants, errant dons la forêt de l'IsleAdam. Enfin, le t••r avril, ils se pré.~entèrent
thez le passeur de Mériel, nommé Eloi Cousin, qui hébergeait chez lui deux gendarmes.
Tandis que les fuyards sollicitaient le passeur
de les prendre &lt;lans son bateau, les gendarmes se montrèrent et les 'lualre hommes
prirent la fuite; un coup de ft'u abattit l'un
d'eux; le second, qui s'arrêtait pour secourir
~on camarade, fut aussitôt appréhendé; les
deux autres purent gagner le bois et s'échapper.
Le blessé fut mis sur un bateau el conduit
à l'hospice ciril de Pontoise où il mourut le
lendemain. nral, aussitôt pré,·mu, expé&lt;lia
Querelle, qu'il gardait soigneusement en prison, afin de l'utiliser en cas de besoin, et
celui-ci, mis rn présence du ca&lt;lavre, le
reconnut aussitôt pour t'trc celui de naoul
Gaillard, dit J/01wel, dit Sai11t-l'inm1/,
l'ami de d'Aché, le principal fourrier de
Georges 7,; l 'aulrr était son frère .\ rmand qui
fut immédiatement dirigé sur Paris cl t1croué
au Temple.
La commune de Mériel avait, dans la circ,0nslance, bien mérité de la patrie et le
Premier Consul lui en témoigna, pour l'exemple, sa satisfaction de façon éclatante. li
exprima le désir &lt;le connaitre cette population si dérouée à sa pP.rsonM et, le 8 avril,
le sous-préfet de Pontoisr se présentait aux
Tuilerirs à la tête de tous les hommrs du
sf'ulement cc cavalier inconnu s·est mo11lrr dans Ir
village ,le Mêrid, dans la campagne, les haulrurs el
proche les boi~. mais encore un autre ,'•tant à pied .
vêtu cl'un habit long, s'est promené dans lrs champ,.
,Jans les cmlroils qu'arnienl parcouru lrs Gaillan! cl
T;imcrlan, cl aus,itùl qu'il aperçut un laboureur qui
faisait siguc à un aulrë de s'approeher de lui, il s·csl
t'nfui à Loule~ jamhes cl a ,h,paru clans le !,ois. ,
Ard1i,cs nationales, t·· 6:iO!l.

,·illage. Bonaparte les félicita personnellement
et, pour marquer plus efficacement sa gratitude, il leur distribua une somme il~
11.000 francs lrouvée clans la ceinture de
f\aoul Gaillard. Celle manifestation était certainement glorieuse pour les pa)'Sa1is de
Mériel, mais elle eut un résnllat qu'on n'avait
pas pré\'U : en rentrant &lt;"hez eux le l11nclrmain, ils apprirent, en enct, qu'un inconnu,
• bien vêtu, bien armé, monté sur un cheva 1
&lt;le prix l&gt;, proft tant de l'absence des habitants, s'était présenlé au \'illage, cl, cc après
beaucoup de questions faites à des femmes
et à des enfants, il s'était rendu à l'endroit
où Raoul Gaillard avait été blessé, en s'informant si on n'avait pas trou\'é un élui auquel
il semblait attacher une grande importance n.
Cet incident fit souvenir que, dan~ le bateau
qui le menait à Pontoise, Raoul (:aillard,
déjà mourant, s'était inquiété de sa\'oir &lt;( si
on a\'ail trouvé dans ses effets 1111 étui il
msofr )&gt;. Sur la réponse négative, &lt;( il avait
paru très fàché el on l'entendit murmurer
que la fortune de celui qui découvrirait cet
objet était faite n.
La risite de cet inconnu - revu depuis
&lt;&lt; dans b campagne, sur les hauteurs et
proche les bois ,, , - les meuaces dr wngeanre qu'il avait proférées, cet étui mystt;·
rieux fournirent matière à un rapport &lt;lélaillé' qui rendit Réal perplexe. N'était-ce
point là d'Aché'/ Une grande battue fut organisée dans la forêt de Carnelle; elle ne donna
aucun résultat ; on explora de même, quatre
jours plus tard, la forêt de Montmorency 011
quelques indices du séjour des &lt;&lt; brigands 11
furent relevés; mais de d'Acbè point de
traces et, malgré l'achr,rnemenl que les
agents de Réal, grisés par la promesse de
fortes primes, apportaient à celle chasse au,
chouans, il fallut bien, après des semaines
el des mois de recherches, d'enquêles, de
ruses, de fausses pistes suivies, de pièges
inulilemenl tendus, se résigner à admellrc
que la police avait perdu la voie et que
l'habile complice de Georges rtait pour lon;temps disparu.
G. LENOTR8.
(A suivre. )

Elisabeth d'Autriche
et Louis de Ba-vière
Par Henry BOIWEAUX.

Avant de lire la biographie de Louis II de
Bavière I que rédigea, non sans un grand
souci de ,·érité, M. Jacques Baim-ille, et les
i_!l)pressions et souvenirs que rapporta sur
Elisabeth d'Autriche! ce jeune Grec, Constantin Christomanos, pour avoir \'écu quelque
temps dans l'ombre de celte impératrice, avant de s'exalter sur ces destinées singulières et tragiques, - il est bon de s'imprégner l'âme de philosophie allemande. li faut
que Hegel nous enseigne que le monde exlérieur ne prend sa réalité que de nous-mêmes,
et que nous entendions les fortes paroles de
Frédéric Nietzche sur les droits
sacrés des supe1'hommes. Un
livre de M. Jules de Gaultier•
nous offre sur ce sujet un enseignement précieux. S'il est vrai
que nous tirons notre métaphysique des étals divers de notre
sensibilité, él'igeant en bien ce

qui (avol'ise noire tempe'rament, el en mal cc qui lui est
conlrail'e, combien les systèmes philosophiques gagneraient
en agrément et en importance
à ètre illustrés de biographies
appropriées ! lXous les décou vririons sur des images, comme
les enfants apprennent à lire.
Ces mots abstraits, dont le jeu
apparaît compliqué à nos cerveaux latins, seraient revêtus
d'apparences vivantes, et nous
en comprendrions le sens et le
charme par leur retentissement
en des cœurs passionnés.
« li m'est apparu peu à
peu, - écrit Nietzche dans
Par de là le Bien et le niai,
- que toute grande philosophie se réduisait jusqu'ici à une
confession de son auteur comme
en des mémoires involontaires
et inaperçus, puis aussi que les
vues morales (ou immorales),
en Loule philosophie, formaient
le _réritable germe d'où chaque
fois la plante entière est éclose. i&gt;
Notre personnalité, - telle
que l'ont sculptée, comme un
marbre, notre race et notre
destin, - déborde dans notre
pensée. Nous concevons l'univers et ses lois selon les tendances &lt;le notre
nature, selon les souhaits de notre cœur,
• l. _Lou[s. Il de Bal'ièrc, par Jacques Bainville
(! erru,, ed1I.).

2. Elisabeth de llai·ière, impt'ratrice d'.lufriclu•,

... 16o ...

et non point selon une logique rigoureuse,
fruit de notre seule connaissance. Ce fut
l'erreur des philosophes d'isoler la raison
de la sensibilité, alors qu'elles se pénètrent.
La morale précède la métaphysi,1ue et la
mène par la main . Ainsi de larges vies frémissantes, dont le dessein s'affirma selon une
volonté, nous exciteraient à tromer leurs
principes de direction el à les résumer en
formules.
Le roi de Bavière et l'impératrice d'Autriche sont des images qui peuvent illustrer
le Culle du moi, lei que le conçoit l'âme

\l. - H1sroR1A. - Fasc. .11 .

seulement de lui-mème, a cru décom1·ir sa
beauté dans la solitude, dans une vie intérieure où s'exaspère vainement le désir mais
qui apporte le mépris dn monde ave~ une
tristesse pleine d'or!!Ucil. Unis par le sawr
·1 l' .
o
o•
1 s étaient encore par l'amitié. Car ils concevaient la vie presque pareillement. Leur
corr~spondancc ne sera jamais publiée, et
~é:1Le ?n regret (regret· d'une joie ou d'une
d~s1llus10~ ?~. Ils l'échangeaient par le mQlen
d un ~ecre_la1re dont chacun possédait la clef
et qui était placé dans le chalet de l'ile des
Roses, au milieu du lac Slarnherg.en Bavière:
là, ils venaient chercher leurs
lcllres qui étaient rares et, pensons-le, singulières. A la mort
du roi (1886), on trou\'a ainsi
une dernière mis~ive adressée
par la Colombe à L'Aigle. Ils
s'appelaient de ces noms d'oiseaux qui ne leur convenaient
point. L'aigle n'avait ni bec ni
serres, mais seulement des ailes, el la colombe &lt;:lait plutôl
une de ces mouettes errantes
qui se plaisent à la diversité
des rivages.

allemande, l'individualisme qui a. coupé tous
liens avec la vie sociale et qui, préoccupé

Ne dit-on point donner pour
épigraphe à la vie de Louis Il
de Bavière ces paroles que son
impériale cousine prononçait à
Corfou sur la statue d'Achille
mourant : « li n'a tenu pour
sacré que sa propre volonté el
n'a vécu que pour ses rèves,
et sa tristesse lui était plus précieuse que la ,ie entière ! i&gt;
Dans ~a biographie, M. Jacques Bainville prétend substituer l'histoire à la légende qui
s'est emparée du roi comme
d'une proie brillante, et ne s'aperçoit point qu'il nous pr{senle un souverain tout aussi
romanesque, bien qu'as&amp;ez dil'ftlrent. Le roman lyrique de
(;ncne hulln
Catulle Mendès (le /foi l'Îerge),
le roman ironique de ~[. Gustave Kahn (le Roi fou), tout
le cicle littéraire allemand qui
gravite autour du pi·ince Lohen91•in, ont sans doute déformé cette figure
dont ils n'ont vu que la bizarrerie el non le

impressions, conversations, souvenirs, par Conilanlin
Chrislomanos, traduction de Gabriel Svvcton, portrail
de l'impcralrice par farnand Khnopff, prélacc de

)lauricc Barrès (Société du !lercure de France' .
5. De Ka11t à .Vietzclu:, par Jules de Gaultier (lier•
cure de France 1•

hll'ERATRJCE ÊLISAB~Tll ,o'Al:TRICIIE,

Tableau de \YINTER!IALTER, '

., .

' Il

�E1.1sA'BET11 v·JIUT1t1c11E ET

, - msro1t1.J1
li
sens philosophique. )1. d'Annuniio voit plus l'histoire de France, mais les satisfactions
clair lorsqu'il dit: « Ce Wittelsbach m'at- débauchées d'un Louis XV ou artistiques d'un
Impératrice errante 1, impératrice de la
tire par l'immensité de son orgueil el de sa Louis II de Bavière n'ajoutent aucun lustre à solitudet, Élisabeth d'Autriche eut, de la
tristesse.... Louis de Bavière est vraiment leur patrie dont ils ignorèrent la vie véritable royauté, la grandeur et non la charge. Ainsi,
un roi, mais roi de lui-même et de son rêve D, et qu'ils ne surent pas confondre avec eux- le contre-coup de ses rêves et de sa ,·ie intécar il fit spécialement servir sa royauté ter- mèmes.
L'aventure de Wagner convient à la jeu- rieure n'abaissait pas tout un peuple oublié.
restre à la satisfaction de la royauté qu'il
nesse
de Louis li, quand bien même elle lui En toute liberté elle se créa elle-même selon
exerçait sur ses désirs et ses songes. Et
son désir. Mais elle ne se souciait point de
\1. Maurice Barrès, plus précis, le complète : inspira des manifestations ridicules, dont ses livrer son intimité. Elle interposait son éwn•&lt; li ressentit jusqu'à la démence la difficulté lettres nous affirment la déraison . 11 n'est tail entre le cours des événements et des
d'accorder son moi avec le moi général, » et pas incomenant que ce royal et bel adoles- hommes cl son visa:re qu'elle ne voulait pas
encore : « Louis Il était un idéaliste, nulle- cent se déguise en Lohengrin, peuple de C)'- laisser voir. « Quand je me meus parmi les
gnes ses étangs el impose une beauté noument un voluptueux d'art. »
gens, - disait-elle, - je n'emploie pour
D'une famille d'artistes et de fous, petit- velle à l'universelle admiration. ~lais il l'est eux que la partie de moi-même qui m'est
fils de l'amant de Lola ~lontez, celle danseuse que, parvenu à l'âge d'homme, le roi oublie commune aYec eux. Ils s'étonnent de me
qui voulait mettre en ballet l'histoire de Ba- le destin de son royaume, et s'en désintéresse trom·er si semblable à eux. ~fais c'est un
,ière, fils du roi '1aximilien trop porté à la pour suivre ses songes. On n'a le droit d'être ,·icux Yèlement que de temps en temps je
métaph)'sique, Louis de Bavière, dès sa plus individualiste sur un trône que si l'on sent tire de l'armoire pour le porter quelques
tendre enfance, fut laissé libre de développer couler en soi le sang même de la patrie. Car heures. o Que sa\'ait-on d'elle? le mariage
ses goùts de rêve et de solitude. Il prit l'ha- Louis de Bavière n'a point pour excuse la romanesque de la pelilr l'ose de 1Ja1•ir1·e, sa
bitude d'oublier le monde pour lui préférer démence. Il ne fut jamais inconscient, et l'on beauté et son amour, - puis ses désillules terres plus vastes et plus fertiles de son ne conçoit point un fou qui caresse sa folie. sions, et tout le pathétique que sa destinée
imagination. Tout enfant, il ne pouvait sup- Il pratiqua le culte de soi-même avec luxe et constamment trainait après elle, et ses fuites
porter la vue d'une personne laide, mais se obstination. li le pratiqua au point de ne pas sur la mer, et ses belles habitations lointournait contre le mur en criant. Et après la consentir à aimer autrement que par imagi- taines. Sa beauté perdue, elle retenait une
campagne franco-allemande, comme il défilait nation. On connaît son dédain de la femme, attention passionnée par ses malheurs dignes
a,·ec le prince Frédéric à la tête des troupes et les mariages projetés qu'il rompit brus- de la tragédie antique. Oo connaissait d'elle
bavaroises, le peuple le vil, avec surprise, quement. Cependant, comme il était beau el ses gestes, et non son àme. Pour avoir voulu
lorsqu'il arri,·a devant les infirmes et les mystérieux, les femmes recherchaient son apprendre le grec moderne. elle a donné au
blessés revenus sanglants et mutilés de la amour. Détail d'une grâce tout allemande, public, sans le savoir, un peu de cette âme
Grande Guel're, détourner la tête : on crut on raconte qu'elles conservaient des poils de dédaigneuse, blasée et lasse. Constantin
à du mi•pris, et ce n't'.•tait qu'un vain souci ses chevaux, ou des lleurs que son pas açait Christomanos, jeune étudiant romanes&lt;1ue et
foulées durant sa promenade. Jamais il ne
des belles formes.
romantique, a retenu les paroles el les attiSon premier acte ro)al fut d'appeler Wa- conduisit l'une d'entre elles aux boudoirs tudes qui la trahissaient, et nous les a répécharmants
qu'il
avait
meublés
avec
art
dans
gner en Bavière. li n'avait point mis la main
tées en paroles cadencées. Sans doute, le
sur le cœur de son peuple pour en connaitre ses châteaux et qui paraissaient destinés :1 petit professeur est un peu grisé, comme si
les battements. li préférait servir l'art, qui encadrer d'aimables idylles. Une chanteuse la contemplation d'une impératrice était pour
est universel, et surtout la satisfaction de ses célèbre, l'ayant ébloui par sa voix, obtint un lui trop capiteuse; il s'exalte dans un enivrecaprices. Voici comme il concevait le pou- jour de lui de visiter sa chambre de parade ment de !leurs trop fortes, el introduit dans
voir : &lt;&lt; C'est un des privilèges de la couronne dont on disait merveilles : après son départ, son style des panaches el des fanfares; il
que le roi n'ait aucun désir à se refuser. ,1 il ordonna de brûler des parfums pour effacer parade pour la galerie, el ne sait pas s'ou~lais ses fantaisies n'étaient point dans le sens la trace de ce passage impur. Il n'était pas- blier. )lais il traduit assez e,actemenl l'imde la tradition et de l'essor de la pairie dont sionné que de solitude. Il demandait à son pression de cette tristesse désabusée sur un
il avait la garde. On ne le voit point souffrir imagination des ivresses plus puissantes, à ce cœur lyrique.
de l'abaissement de la Bavière vaincue en qu'il croyait, que celles de la réalité. Il ne
Élisabeth eut, a,·ec le culte de la jeunesse
t866 avec l'Autriche, et suivant depuis 1870 distinguait pas bien la vie de l'art. Les repré- et de la beauté, l'amour des parages heula destinée de la Prusse, comme une pauvre sentations qu'il se faisait donner pour lui seul reusement divers. Toutes ses résidences,
barque à la remorque d'un grand navire. Son dans un théâtre obscur lui paraissaient plus Lainz aux grands arbres qu'elle appelait le
biographe nous dit qu'il se résigna à l'unité importantes que des événements historiques repos de la fo1'êl, ~liramare penché sur la
allemande sans la rechercher, trop intelligent dont il ne démêlait pas les conséquences. li mer, el Corfou aux jardins d'orangers, l'enpour ne pas comprendre la supériorité du vivait dans d'autres temps, im·itant à sa table tourai~nt d'une poésie qui éblouissait le petit
gouvernement de Berlin et la grandeur qu'il Louis \l\' ou Marie-Antoinette, ~e procurant professeur de grec. Courses d'hiver à Schoënpromettait à l'empire. Je crois plutôt qu'il des hallucinations par une méthode imagina- brunn, par ces temps douloureux qu'elle
fut assez indifférent au sort de son peuple; tive. Les paysans du Tyrol le vopienl passer, aimait parce qu•elle se sentait seule à en
aucun de ses actes ne nous donne l'impres- les soirs d'hiver, dans ses traîneaux dorés, et jouir; croisières sur l'Adriatique, à bord du
sion d'un souverain décidé à cultiver les forces l'été, sur son cheval, franchissant les obsta- yacht Miramare, dont les tentes avec art
de son royaume, à les exalter, à les déve- cles, traversant leurs moissons, cherchant disposées ne laissaient ,·oir que la mer chandans la vitesse et la fatigue l'oubli de soilopper.
geante; grèves de Corfou et bois d'ofüicrs
Il est insuffisant pour la gloire d'un mo- mème, cet oubli qui seul lui donnait le repos. où dansent harmonieusement les jeunes filles
narque de bàtir des châteaux, même ailleurs Eux, cultivaient leurs blés, et lui ne cultivait grecques; terrasse d'Hermès, temple de la
qu'en Espagne, et de fournir à un musicien pas son royaume. Cependant il le respectaient solitude où montait le parfum des prairies,
de génie l'occasion de représenter ses œuvres à cause de son caractère ro1al et de sa mis- c'est dans ces cadres qu'elle nous apparait, à
sur une scène appropriée. Aussi Louis de sion à laquelle il se dérobait. Sa mort, travers les pages du jeune Christomanos, paBavière n'est-il qu'un méchant roitelet sans fuite ou suicide? - ne fut qu'un fait divers reille à un lys noir ,ivant en des pa~sages
importance. Les caprices d'un roi peuvent m1stérieux.
Ainsi Louis de Bavière, romanesque et enchantés. De l'impératrice il trace un porgrandir la renommée d'un ro~aume, si le
trait enthousiaste. Et si nous le pomons
tempérament de ce roi est conforme au tem- puéril, est la preuve vivante que l'indhiduat , D'Annunzio.
pérament national : l'orgueilleuse personna- lisme est sans gloire et ~ans beau té lorsqu'il
•!. )laurice Barrés.
lité d'un Louis XIV ou d' un Napoléon élargit inspire la désertion du but de sa vie.

'

Louis

DE BAVŒ1(E - - - .

croire lorsqu'il consacre des laudes ardentes nos )'eux que trop de soucis quotidiens et entendait ses conseils. llérodote nous rapà ses yeux J'or clair, à sa fière sveltesse o?scurc~ssen~,: « Nous n'avons pas le temps porte que le roi Xerxès fut amoureux d'un
digne. de la chasseresse Diane (et combien daller 1usqu a nous, tout occupés que nous bel arbre et le fit cercler d'or comme le bras
laborieusement conservée ! au
d'une femme. C'était le même
prix de quels régimes sévères!),
roi qui pleurait, devant son inà cette aisance parfaite des mounombrable armée, en songeant
ve~ents que donne une longue
que tous ces hommes rassemhabitude de la beauté, nous
blés dans peu d'années seraient
l'excusons de vouloir sauver
tous morts.
l'impérial visage des injures du
Lor~que la tempète s'opposait
temps au prix d'un témoignage
à son départ pour les riYts de
mensonger, et même de ne pas
Grèce, il fit battre avec des
comprendre qu'une part de
chaines la mer, - la mer qui
cette élégante tristesse désabudeYait le voir revenir, seul avec
sée venait d'avoir senti sur soisa honte, sur un frêle esquif,
même que la beauté est chose
~L en aroir pitié. L'impératrice
passagère.
Elisabeth n'anit pas cette éoerQuelles paroles va prononcer
~ie passionnée pour orner ou
l'impératrice Élisabeth? Elle
frapper la nature. Mais elle préparle tout haut dennt celui-ci
férait aux hommes la mer et
dont elle ne se défie point, el
les arbres. Dans les forêts ou
qui sera un confident inattendu.
sur les vagurs, heureuse, elle
Se souvient-clic de son bonheur
s'oubliait; elle devenait un de
lointain? rn soir, en Bavière,
ces êtres sans nombre qui goû- elle avait seize ans, - elle
tent le bonheur inconnu d'ignodansait a\'ec son cousin Franrer leur individualité. Rapproçois-Joseph, héritier de la couchée des choses, elle ne se senronne d'Autriche. Elle était si
tait plus penser. Et quand elle
belle qu'il ne sentait plus son
rdrouYait sa pensée, c'était
cœur. li lui donna des fleurs à
pour jeter sur ses graves paroles
la dernière valse. Le lendemain,
un éclat d'éternité. Par l'accent
on apprit à la petite princesse
d'une douleur neuve, elle raqu'il demandait sa main, et,
jeunissait ces vieux thèmes détrès pâle, elle murmura simplesolés qui sont la musique de
!Den~ : ? Oh! c'est impossible!
tant de poèmes, el qui nous
Je sms s1 peu de chose ! , Quand
parlent de l'inutilité de tout ce
L E ROI LOUIS Il Dt BA VIÈRE.
elle s'en vint en Autriche le long D'.:ipris 11n tortrall tuNit par l'l1.uSTRAT1os, en juin 1886, 411 /endem.;iln cte la mort qui est destiné à passer un jour.
du Danube, elle respirait l'aEntendez-la murmurer sur la
lraglq11e d11 soui·eratn.
mour comme un bonheur étergrève de C&lt;irfou, au bord du
nel. Puis, lorsque lurent vegrand isolement de la mer ~ans
nus les jours sombres, trop jeune encore sommes à des choses étrangères. ~ous n'a\'ons ,oiles, en regardant au crépuscule les copour connaître l'apaisement, elle promena pas le temps de regarder le ciel qui attend quelicots parsemant la berge : « Quand on
son cœur b)essé aux plus éloignés ri\'ages : nos regards .... J'ai vu une fois, à Talz, une pense que, dans cent ans, il n'y aura plus
e,lle cherchait_ le calme en voyage, et sa peine paysanne en train de distribuer la soupe au, une seule créature humaine de notre temps,
1accompagnait. Elle apprit peu à peu que la valets. Elle n'arriva pas à remplir sa propre pl~s une se~le, - et, probablement, plus un
d_ouleur, comme la joie, a des limites indé- assiette. » Elle, qui eut le temps, ne ,,oulu t trone de roi non plus, - et tout ce &lt;Jui nous
cis~s que peut reculer le destin. Elle était plus consentir à suivre d'autres voies que parait maintenant nécessaire et durable et
déJà faite à la souffrance a\'ant le drame de celle qui menait à son àme. Elle roulut parer grand aura seulement été afin de n'être plus
Meyerl_ing. Quelles paroles va donc prononcer, celle âme de la beauté des choses éternelles. en ce temps-là, - tandis que ces coquelicots
~u. soir de sa vie tragique, l'impératrice Elle oublia les hommes et la durée. Ainsi seront toujours ici, que ces mêmes va11ues
Elisabeth '!
l'on parait grand à bon compte. Car rien n'esl bruiront toujours, et si seules! ... ~ous ~ous
Aucune plainte ne sort de sa bouche 1 et plus facile que de mépriser les œuvres des écartons de notre éternité, parce que chacun
po~rtant « elle ajoute au gémissement bu- hommes, et la hàte quïls apportent à édifier de nous veut être ici pour lui seul, veut
°:lam ce qu'une impératrice adulée peut ces pauvres monuments de leur vie. Cet air enfouir l'autre et se flatte d'incarner à lui
3JOuter d'ac~nt b!asé i ». Elle a appris de la de supériorité, que les contemplatifs affichent seul le monde, tandis que nous ne sommes
nature la résignahon et l'indifférence et au- devant le trarnil des actifs, correspond-il à rien de plus qu'une fleur de pavot ou uni\
cun p~ème nihiliste n'est plus poig~ant el u_ne philosophie plus haute que celle du vague. Nous ne sommes éternels que dans la
plus decouragé que les phrases où elle mur- sm~_ple pa1san, qui mange, le soir, le pain masse, où ni la naissance ni la mort de l'inmure l'acceptation de la vie. La pensée de la qu 11 a gagné a la sueur de son front, sans dividu ne marquent .... 11 Ce n'est point la
mo~t qu'elle ose regarder en face l'a-t-elle rélléchir qu'à sa besogne quotidienne?...,
nouveauté de celle mélancolie qui nous émeut
p~r~fiée, et lui a-t-elle restitué le sens priCette âme passionnée voulait être pacifiée. c'est l'accent infiniment meurtri que l'on ;
~1tJf des choses? Peut-être, car elle ne s'rns- '.&lt; Quand on ne peut être heureux à sa guise, -1eut su~preodre, c·~st .la fè)ure de cœur que
p1re que de la nature et de la mort, et de t1 ne reste qu'à aimer sa souffrance. Cela 1on de\'tne. Celle-ci na point besoin de rasœs deux sommets considère les agitations des seul donne le repos, et le repos, c'est la sembler une armée pour goûter la Yoluplé
hommes avec une pitié dédaioneme. A quoi heautt: de ce monde. » Un temps elle arait des larmes en songeant à tant de morts en
bon cr.~ ~eupations transitoire~ qui prennent placé ailleurs la beauté du monde, cl 111~is ne perspecti\'e; elle n'a t1u'à regarder au dedans
la totahtc de notre ex istrnce? \'ers le fond désirait plus que l'apaisement. Elle le trou- de son :ime, cimetière de toute l'armée ùc ses
permanent de notre être nous derons tourner vait dans le contact de la nature. Elle avait dé?irs el de ses rèves. A celle profondeur, sa
t • )hune,• Barn•,,
pour (,elle-ci une considération mencilleuse, pcmc est consolanti;, elle ;'harmonise à l'in-

�~-

111STOR..1.ll

dillérenle nature qui se soumet docilement )'Hôtel Beau-Rivage, le long des quais. Un
au destin et accepte l'obscurité comme la individu, qui était accoudé à la balustrade,
vint à nous en courant. li se baissa sous
lumière.
D'avance elle accepta sa lin tragique, qur l'ombrelle de Sa Majesté et lui por1a un coup
des bohémiens lui avaient prédite. Elle savait en pleine poitrine. J'aidai l'impératrice à se
qu'à l'heure fixée elle rencontrerait sa desti- relever. Elle voulut marr.her seule jusqu'à
née. Je me souviens d'avoir assisté à Genève l'embarcadère. Comme je lui demandais ~i
aux débats sans grandeur où l'on jugeait son elle souffrait, elle me dit : « Je ne sais pas;
assassin Lucheni. Une seule foi5 l'assistance je crois que j'ai mal à la poitrine. » A peine
sentit peser sur elle le soume de la fatalité, arrivée sur le bateau, elle fut prise d'une
et œ fut pendant la lecture de la déposition syncope. Cependant nul ne songeait qu'elle
de la comletse Sztaray qui accompagnait l'im- avait été frappée avec une arme. Le bateau
le,·a l'ancre. Sa Majesté revint à elle, et murpératrice :
- Nous allions seules au bateau, de mura : c&lt; Que m'est-il arrivé? » Elle semblait

ne point se souvenir de ce qui s'était passé.
Puis elle perdit de nouveau connaissance,
et ne donna plus signe de vie. Le !.iateau
revint en arrière. On la _transporta à l'hôtel. ...
Elle arnit dit : « Je veux être enterrée à
Corfou, près du rivage, pour que, sur mon
tombeau, viennent continuellement se briser
les vagurs. ,, Sur la rive d'un lac étranger
l'a11endait son destin. Déjà frappée au cœur,
elle s'éloigna du bord. Le bateau l'emportait
encore en vopge. Son dernier lit fut fait de
deux rames unies par des pliants. Et son
étonnement n'était pas celui de mourir.
IlENRY

Madame de LiélJen
cc Si jamais je p1·ends un amant, s'écriait
une jolie femme aux intermittences d'idées
sérieuses, ce se mil un amant politique! »
Pour la princesse de Liéven, !'Égérie de lord
Grey et de Guizot, tout sentiment : élan de
l'imagination ou fièvre du cœur, enthousiasme
spirituel ou passion, se transmuait en politique. Faute de pouvoir directement gouverner, eHe s'était faite la conseillère la plus
remuante qu'on pût voir des agissements
diplomatiques; elle remplissait du bruit de
ses opinions les salons, le, ambassades, les
cours de Londres, de Paris, de Saint-Pétersbourg. Thiers qualifiait son salon : l'obsei·l'll-

loire de l'Ew·opc.
L'agitation était son élément naturel. li lui
fallait du nouveau, de l'extraordinaire, i1
tout prix. Un jour qu'elle se lassait d"al1endre, el que rien ne bougeait, à l'horizon,
celle douce ambassadrice écrivait 11 lord Grey:

«Apropos, vous voule::, donc faire La guerre r
M bien.' faites-la. Voyez comme _je suis
accommodante. Le sec1·et de ceci, c'est q11e
je m'ennuie. J'aimerais bien quelqt1e chose
qui remuemit l'Europe. »
Tout simplement, pour distraire Mme de
Liéven ! Que lui importait à elle les coups et
les blessures et ceux qui les reçoivent! Elle
en était si éloignée dans son noble cercle, le
lieu de réunion des aristocraties étrangères,
où son mari, personnage insignifiant et décoratif, pendant vingt-deux ans ambassadeur à
Londres, lui laissait, pour y briller, le~ trois
quarts de la place! Aussi, comme elle parlait
à l'aise, les pieds au chaud, l'éventail à la
main, de prises d'armes et de bataille : « Il
y a nécessité pour nous, déclarait-elle, de

BORDEAGX.

balll'e les Turcs Jl. Elle exerça de l'influence.
Lord Grey la consultait journellement. Elle
correspondait avec le tsar. Des lettres d'elle
parlaient, à chaque moment, pour les chancelleries. Elle avait de l'empire sur son entourage d'hommes supérieurs. Guizot, qui lui
voyait une immense supériorité morale et
intellectuelle, parce qu'il l'aimait, ne pouvait
se passer de sa société ni de ses lell res. Politiquemf:'nt parlant, Thiers, en 1849, appelait
Guizot. el Mme de Liéven le père et la mère
de la fusion. On la prôna, on la 0aua beaucoup. En revanche, des appréciateurs moins
complaisants raillaient volontiers les vaincs
turbulences de celle qu'ils dénommaient la
« Sihylle diplomatique ,, , ou bien &lt;&lt; la Douairière du Congrès ,, . Plus rudement, lord
Malmesbury, traitant de la princesse de Liéven,
disait : c&lt; Ce fut une peste pour nos ministres
des AITaires étrangères ». Chateaubriand, qui
nP lui pardonnait peul-être pas d'avoir, avec
rnn salon, éclipsé celui de Mme Hécamier,
reprochait, 1t relie grande dame d'une morg~e
si hautaine, d"êlre une femme commune, faltgante, aride, el de n'avoir qu'un seul ge~rc
de conversation: la poli Li que vulgaire, capable
d'étonner seulement des intelligences de second ordre. En réalité, malgré sa connaissance
de plusieurs langues, elle possédait peu d'instruction. Son ami Talleyrand et plus encore
~Ime de Dino eurent l'occasion de s'en apercevoir. L'esprit littéraire, ainsi que le sens
de la nature, lui faisaient pr(isque entièrement défaut. Mais l'esprit naturel, une gran~c
abondance de paroles, une habileté singul!ère
à rendre siennes les idées d'autrui lui tenaient
lieu de science acquise. Elle s'habillait avec
beaucoup d'élégance. Son port était d'une
dionité parfaite. Elle causait, elle écrivait
d'~ne façon charmante, et elle eût paru

charmante ell~-même, sans les desiderata
d"une maigreur' excéssive qui ne lui conservait que la transp~rence de la heauté. Telle,
celte fine marq1:1ise de la Chartreuse de
Parme, très agréable, sans doute, aux yeux
du prince son anianr, mais si maigre qu'elle
laissait, disait-=on, la ~arque d'une pincette
sur le coussin d'une bergère, après s'y être
assise un monienl. Mme de Liéven se félicitait, d'ailleurs, d'être ainsi rt non pas autrement, et Guizot lui donnait rairnn : cc li n'y
a pa.ç comme ·le~ pâles et les maigres, assurait-elle 1·e ne 'dois 1·ien à l'ambition des
'
I.
belle.ç joues ». ~'f
Guizot, dision§-nous, lui avait voué un
sentiment ptofond et tPndre, quoiqu'il ne
l'eût rencontrée qu·en 1837, quand elle avait
cinquante-trois ans. Il lui olTrit de l'épouser,
après son veuvage. De se voir trois fois par
jf)ur n'affaiblissait pas leur désir de se revoir.
c&lt; Ce n'est qu'avec 1
•ous que je 1•eux pal'ler.
et' n'est que vouç que je veu.r enlenrfre ,,,
lui écrirnit-elle ; « je reste en vous, je re:;/1'rai toujou1·s a1 ec vous ,, , l~1i répondait-il. li
ne bougeait de chez elle. Etait-il à la campagne, ou courait-elle la poste, ils s'écrivaient
des lettres sans fin 1 • Un si rare attachement
n'était-il, de part et d'autre, qu'une force de
r.,me, mobile unique des aspirations élHécs
et pures! Des curieux auraient bien voulu le
savoir. Mérimée était de ceux-là. Il se chargea
de ren~cigner la galerie. Un soir qu'il y a mit
réception au ministère des A.ITaires étran~ères,
il s'était arrangé de façon à sortir 1~ dernier.
Enfin, saluant le président du Conseil et la
princesse, il quitta l'un des saloos, où ils
s'étaient retirés seuls; mais, au bout de
quelques minutes, il y rentrait en homme
affairé, semblant avoir oublié quelque chose,
faisait un tour ou deux dans la pièce et s'en
allait. « - Eh bien? lui demanda-t-on. -

1. « )!me de Castellane m'écril que rien n'égale
le, coqucllerics Liéven-Guizol. » (Mme cle Dmo, Cl1ro11ique, 28 septembre 1857.)

Eh bien! Le ministre avait ôté son grand
co,·(lôn! ,, C'était tout dire en ne disant rien.

0

1

FRÉDÉRIC

LOLIÈE.

•
Deux maîtres esp1ons
Par P. de PARDIELLAN.

Le public français, toujours galant envers
ses ennemis el confiant en leurs paroles,
s'est imaginé, s'imagine peul-être encore aujourd'hui, qu'à l'époque de Rosbach l'organisation des armées de Louis XV était déplorable, et tient pour exacte l'affirmation de
Frédéric le Grand : c&lt; Soubise a cent cuisiniers et un seul espion, tandis que j'ai cent
espions et un seul cuisinier. »
Ce n'était qu'une boutade el rien de plus,
car, en maintes occasions, par la suite, le
célèbre monarque dut constater - à ses
propres dépens - que le service des renseignements, autrement dit le système d'espionnage français fonctionnait à merveille.
cc Sa sacrée
majesté le hasard ,, , ce
précieux auxiliaire des généraux (s'il faut en
croire le même Frédéric), n'a pas de faveurs
que pour eux, car il en réserve parfois aux
chercheurs. Grâce à une de ces bonnes fortunes, malheureusement trop rares, il a été
possible de retrouver et de suivre la piste,
assez embrouillée, il est vrai, d'un être
extraordinaire, plein de génie, qui a été
précis{·ment l'organisateur du service des
renseignements sous Louis XV. Par la même
occasion, car il n'y a pas de bon drame sans
traître, a été révélée la figure très curieuse
d'un émule du précédent, son ennemi
acharné, son détracteur infatigable. Tout esl
curieux dans l'histoire du premier de ces
prrsonnages, et l'on peut affirmer sans
crainte que peu d'existences ont été aussi
mouvementées que la sienne. Quant à l'autre,
malgré son rôle funeste, il est et reste une
ligure de second plan, et reçoit, comme au
théâtre, la juste punition de ses crimes.
~

Au début de la guerre de la Succession
d'Autriche, lors des opérations qui devaient
amener la chute de Prague, Maurice de Saxe,
commandant l'aile gauche de l'armée aux
ordres de M. le maréchal de Belle-Isle, avait
remarqué un militaire bavarois, un enfant,
à vrai dire, nommé Thürriegel, r1ui, en différentes occasions, avait fait preuve d'une
audace inouïe jointe à un coup d'œil et à un
sang-froid étonnants.
Le futur vainqueur de Fontenoy, plus
c~nn~isseur en hommes qu'en orthographe,
n avait pas manqué de faire appeler le jeune
volontaire et s'était entretenu longuement
avec lni. A défaut de renseignements exacts
sur les propos échangés 11 cette occasion•
entre le~ deux interlocuteurs, l'on ne peut
que se hvrer à des suppositions sur la nature
df' cette conversation. Cependant, elles ont

bien des chances d'être fondées, car nous
savons que Thürriegel, en sortant de cette
conférence, avait emporté une commission
l'autorisant à lever en son nom une compagnie franche et cc à prendre toutes dispositions
,·oulues pour instruire M. le maréchal et
MM. les offi&lt;'iers généraux placés sous ses
ordres de la situation ou des mouvements de
l'ennemi ,,.
La phrase précédente démontre que Thiirriegel avait bel et bien été investi, en la circonstance, des fonctions de chef du service
des renseignements.
Maurice avait eu la main heureuse, car, à
partir de cc jour, l'armée française fut admirablement orientée sur les moindres faits el
gestes des corps ennemis.
A la paix d'Aix-la-Chapelle (1748), notre
homme, qui a,•ait suivi son protecteur et
l'avait aidé à prendre Berg-op-Zoom et Maestricht, rentra en France avec lui et fut successivement chargé de plusieurs missions
importantes, dont il s'acquitta à merveille.
En particulier, dans les années 1754 el 1755,
il fut envo1•é à Min,&gt;rque pour étudier la s'tuation et les défenses de cette île. Au retour
de ce voyage, il fournit un rapport si exact
et si détaillé que 1'amiral de la Galissonnière,
commandant l'escadre qui lransporlait l'armée
du maréchal de Richdieu, se borna simplement à obsener la ligne de conduite indiquée
par Thürriegd. Il n'eut pas lieu de s'en
repentir, car ses opérations furent couronnées
d'un plein succès.
Le débarquement des troupes se fit sans
encomLre à l'endroit désigné par ce dernier
et, après la victoire de la Galissonnière sur
la flotte de l'amiral Byng, Port-Mahon fut
brillamment enleré par Richelieu. Grâce aux
multiples services de ce genre qu'il avait
rendus un peu sur tous les théâtres de guerre,
le capitaine - c'était ainsi qu'on_l'appelait
- s'était acquis une légitime répu1ation. ll
aurait été le plus heureux des mortels, s'il
n'avait rencontré sur son chemin, plus exactement, s'il n'avait côtoyé dans sa carrière un
de ses compatriotes bavarois, un nomm&amp;
Gschray (certains écrivent Geschray), passé
en même temps que lui (f 741) à la solde de
la France, imesti comme lui d"un commandement de troupes franches, rempli de talents
militaires, mais affligé d'un caractère envieux
et bas, et capable · de toutes les vilenies,
ain~i que l'on s'en apercevra par la suite de
cc récit très abrégé.
Le jour même où Louis XV, foulant aux
pieds les anciennes traditions de la diplomatie
française, conclut avec l'Autriche l'alliance

déplorable que l'on sait, Thürriegel, au grand
déplaisir de füchray, reçut mission d'organiser le service des renseignements en Allemagne. A cet effet, il fut investi de pouvoirs
en quelque sorte illimités.
.
D'après un contemporain, le capitaine
prussien d'Archenholz, qui, ,·ers la fin de la
guerre, eut des relations suivies avec lui,
&lt;&lt; Thürrie crel
choisissait lui-même ses aaents
0
0
'
en lei nombre qu'il lui plaisait. C'était lui
qui leur assignait leur rôle, qui fixait leurs
émoluments et qui les leur payait. Installé
en un point central, d'oi1 il expédiait ses
ordres et oit venaient converger les rapports
de ses espions, il comparait les renseignements qui lui parvenaient de toutes parts cl
les épluchait avec une sagacité et une pénétration si extraordinaires que les généraux
français ne pouvaient jamais éprouver de
doutes sur les intentions de leurs adversaires. ,,
Ses deux principaux centres étaient Erfurt
et Gotha. Lorsqu'il s'absentait, - et le cas
se présentait fréquemment , parce qu'il avait
une confiance médiocre en l'honnêteté de ses
subordonnés - un de ses lieutenants prenail
sa place, recevait les dépêches, et après avoir
contrôlé les renseignements, les transmettait
aux quartiers généraux. En plus des arr&lt;&gt;nls
qui battaient la campagne et s'accroch~ient
aux armées ennemies, il en avait d'autres
qui ne sortaient pas de districts nettement
délimités; enfin il s'était assuré le concours
d'indicateurs choisis dans toutes les classes
de la société (Arcbenholz affirme qu'il en entretenait un grand nombre dans les couvents
et les presbytères allemands .
~

Passé maître en l'art de se grimer, il se
mettait en route aussitôt qu'un soupçon germait dans son esprit, toujours en éveil, soit
que la fidélité d'un agent lui inspirât des
doutes, soit qu'il y eût désaccord entre les
renseignements ou que la situation lui parût
équivoque. Hien ne l'arrêtait et bien des fois
on le ,·it, au beau milieu des lignes ennemies, opérer tranquillement à la barbe des
émissaires et des officiers prussiens, auxquels, cependant, les avertissements ne manquaient pas.
Muni de passeports et de sauf-conduits
irréprochables, avec cela porteur de recommandations au bas desquelles figuraient les
signalures d'ambassadeurs et de ministres
accrédités par des puissances neutres, il parcourut à un moment donné Ioule l"Allemarrnc
du Nord, s'insinua dans les camps cnne~is

�_

msTO'J{1.Jl

el parvint même à s'introduire dans les forteresses les plus sévèrement gardées. Plus
fort que cela, il réussit un jour à pénétrer
dans Magdebourg. Là, payant d'audace, il fit la
:::onnaissanœ du gouverneur, dont il ne tarda
point à gagner la confiance et à devenir le
compagnon inséparable.
Un soir, dînant à la table de cet ami, Thürriegel apprit aux invités la chanson que tous
les soldats prussiens fredonnaient, depuis la
victoire de llosbach, et dont les échos n'étaient
pas encore parvenus jusqu'à Magdebourg. li
en était au refrain :
Soubise-bise-bise
Ach ! diese-dicse-diese
Schlage thun dir weh !

(Soubise... ah! ces coups le font bien
mali)
A ce moment-là précisément, on remit au
goùverneur une lettre de frédéric en personne, l'engageant à se tenir sur ses gardes
« attendu qu'un espion français des plus
habiles rôdait autour des forteresses prussiennes et cherchait à en surprendre les secrets ».
Le brave homme, qui n'y voyait pas malice,
donna connaissance de cet écrit à son ami, et
celui-ci en fit son profit. Jugeant qu'il serait
téméraire de pousser les choses à l'extrême,
et d'ailleurs possédant les renseignements
dont il avait besoin, il décampa lestement et,
sans avoir été le moins du monde inquiété,
rentra dans les lignes françaises.
De pareils coups d'audace lui constituaient
des droits indéniables à la reconnaissance des
généraux et de Sa Majesté très chrétienne;
aussi ne manqua-t-il point, en l'année 1760,
d'écrire au comte de Lusace, au corole de
Clermont-Tonnerre, au prince de Soubise et
au maréchal de Belle-Isle, sollicitant leur
entremise auprès du roi, pour lui faire obtenir &lt;&lt; une gratification et une pension proportionnées à ses services, et, en outre, le brevet
de lieutenant-colonel l&gt; que son compatriote
Gschray possédait depuis quelque temps déjà.
Sa requête fut-elle présentée maladroitement
ou ses exigences furent-elles jugées trop
grandes? On ne sait. Mais il est certain qu'il
n'oblint pas complète satisfaction. Le grade
lui fut conféré; quant à la gratification et à
la pension, vu les temps mauvais, elles demeurèrent en souffrance. EL ce ne fut pas
tout. Fâcheusement impressionnés par une

demande émanant d'un homme qui les avait
servis jusqu'alors d'une façon relativement
désintéressée, les généraux, autrefois disposés
à approuver tous ses acles, se mirent à l'observer de très près et n'hésitèrent plus à lui
prodiguer des critiques, dont la plupart, il
est vrai, leur furent suggérées par Gschray.
Ces mesquineries n'auraient peut-être pas
tiré à conséquence, malgré les insinuations
de ce dernier, si, par une sorte de fatalité,
les apparences ne s'étaient mises contre sa
victime.

•

Vers la fin de l'année l 761, trompé par le
rapport d'un de ses agents, Thürriegel donna
un renseignement qui fut reconnu faux. Par
une coïncidence bizarre, à quelques jours de
là, pareille mésaventure ad vint à Fischer, le
célèbre chef de partisans. &lt;&lt; Il fut trahi par
un de ses principaux espions qui dénonça
tous ses camarades à M. le prince Ferdinand
(de Brunswick), ce qui le mit à portée de
les faire tous arrèter le même jour et de faire
un mouvement capital, dont Fischer ne put
donner aucun avis. M~f. d'Estrées et de Soubise, qui commandaient, lui en firent des
reproches amers, et le taxèrent de trahison.
Ce malheureux fnt si sensible à cette imputation qu'il en toJ.Dba malade et en mourut au
bout de quelques jours'. l&gt;
Thürriegel, en sa qualité de Bavarois, n'eut
pas les mêmes scrupules que le brave Alsacien. Un beau jour, il déserta et courut tout
droit chez le roi de Prusse qui le reçut à
bras ouverts et s'empressa de Jui accorder les
avantages demandés. L'autre, en bon mercenaire, prit à cœur ses nouvelles fonctions et
rendit bientôt aux Prussiens les services les
plus signalés. Tout aurait donc été au mieux
pour lui.
Malheureusement, Gschrax veillait.
A peine informé du brillant changement
survenu dans la position du compatriote dont
il croyait avoir consommé la perte, il n'hésita
pas une minute. Quittant les rangs français
dans lesquels il servait, non sans mérite,
depuis vingt ans passés, il vint s'offrir à Frédéric le Grand qui, séance tenante, le
nomma colonel et lui donna le commandement d'un corps franc ne comptant pas moins
de 2.400 hommes.
Gschray se montra satisfait de son sort,
1. 8ese11vnl, 1. p3ge tu.·,.

jusqu'au jour où il fut obligé de s'avouer
que Thürriegel jouissait parmi les Prussiens
d'une réputation au moins égale à celle qu'il
s'était acquise chez les Français. A partir de
là, il n'eut pas d'autre préoccupation que
d'écarter son ri val.
S'autorisant de quelques avantages remportés dès ses débuts el qui lui avaient concilié la faveur du roi, il mit tout en œuvre
pour circonvenir le plus défiant des monarques et ruiner dans son esprit 'fhürriegel,
qui, disait-il, &lt;&lt; n'était entré dans l'armée
prussienne que pour mieux la trahir l&gt;.
Ainsi qu'il fallait s'y attendre, et bien que
l'autre n'apportât aucune prem·e à l'appui de
ses dires, Frédéric prêta l'oreille à ses calomnies et fit emmener à Magdebourg Thiirriegel,
qui n'y comprenait rien.
Toutefois, après réflexion, le roi décida
que le prisonnier ne serait pas détenu à la
citadelle, &lt;&lt; mais pourrait librement circuler
dans l'enceinte de la ville et continuerait à
jouir de ses appointements et gratifications n.
Le plus curieux de l'affaire, c'est que ce
roman d'espions eut le dénouement le plus
moral.
A peine Gschray en fut-il arrivé à ses fins,
que le malheur s'abattit sur lui. Successivement il éprouva des échecs sanglants jusqu'au
jour où, surpris dans les environs de Nordhausen par un parti français, il fut fait prisonnier avec la presque totalité de ses hommes.
Le roi de Prusse, furi1:ux d'avoir accordé sa
confiance à un tel maladroit, licencia les
débris de son corps et les répartit entre
quelques-uns de ses régiments.
Thürriegel demeura enfermé à Magdebouri
jusqu'à la conclusion de la paix. (1765. Traité
d'Huberlsbourg.)
A partir de là, on perd sa trace pendant
quelques années; mais on la retrouve en 1767.
A ce moment, Olavide, le célèbre intendant
général de l'Andalousie, s'occupait de peupler
et de fertiliser la Sierra Morena.
C'est alors que nous voyons reparaitre notre
homme. Il entraine à sa suite quelques milliers d'Allemands, principalemcntdes Souabes,
s'établit avec eux dans les despoblados (entre
Séville et Cordoue) et crée de toutes pièces
les colonies, encore aujourd'hui florissantes,
de la Carolina, la Carlota et Fuente-Palmera.
Ce fut là, que, devenu soldat-laboureur, il
termina par des Géorgiques une lliade singulièrement accidentée.
P.

DE

PARDIELLAN.

JOSEPH TUR.QUAN
dJc&gt;

La cilo))enne Tallien
Voici, au reste, comment Mme Tallien,
quand la gravité de l'àge et la dignité de princesse eurent fait d'elle une autre femme, racontait l'origine de ses relations avec le jeune
commissaire de la Convention :
Elle traversait Ilordeaux avec son mari
M. de Fontenay, ce qui est un singulier oubli
des dates, puisqu'on était au mois de novembre et que le divorce est du 5 avril, - mais
peut-on reprocher à une femme d'oublier les
dates? - lorsqu'elle apprend qu'un bâtiment
anglais, ayant à son bord plus de trois cents
habitants de la ville qui fuient le tribunal révolutionnaire, est sur le point de lever l'ancre;
mais on dit aussi que le capitaine du navire
vient de déclarer qu'il ne partirait pas tant
qu'on ne lui aura pas versé une rnmme de
trois mille francs qui manque au prix du
passage des émigrants.
- Comment! se serait écriée Mme de Fontenay, il ne faut que trois mille francs pour
sauver ces malheureux? Mais je ,·ais les
donner!
Et elle les aurait portés sur-le-champ ellernème au capitaine anglais. Au lieu d'un
reçu, elle aurait simplement demandé la liste
des émigrés et serait allée rejoindre son oncle
,nr la place du Théâtre.
Mais le capitaine anglais, admirateur de
tant dr bonté alliée à tant de beauté, n'avait
pu s'empêcher de raconter ce trait dans un
raîé. Des terroristes s'étaient jetés sur lui.
Tirant alors son épée, il avait bravement fait
retraite, tenant tête à ses assaillants et jetant
bas quelques-uns d'entre eux.
Les blessés avaient ameuté le peuple, dénoncé la belle citoJenne comme amie des
royalistes el juré de lui faire livrer la liste
des émigrants. La foule alors de se porter
sur la place du Théâtre où l'on dit que Thérésia se promène en ce moment.
- La liste! la liste! s'écrie le flot hurlant
du peuple, en l'entourant avec mille menaces.
Mme de Fontenay comprend. « Mais, ditclle, on ,ous a trompés : ceux qui se sont embarqués ne sont pas des conlre-révolution-

naires. - En ce cas, donne-nous la liste, puisque tu l'as dans ton sein. » Et un homme
lui passe la main dans le corsage.
Thérésia recule alors indignée, et, prenant
elle-même un papier dans son corsage :
« Cette liste, dit-elle en la brandissant, la
voilà ! Si vous la voulez, venez la prendre! »
Et elle la déchire en petits morceaux qu'elle
met incontinent dans sa bouche et avale devant la foule stupéfaite de tant de courage.
C'est à ce moment que Tallien, survenant,
se serait interposé pour l'arracher à la fureur
du peuple prêt à se précipiter sur elle, et, au
moment où il venait de donner l'ordre de la
conduire en prison, il l'aurait reconnue! Le
soir même, il était allé au greffe de la prison,
s'était fait amener la belle prisonnière et,
après une conversation où ses grâces l'avaient
absolument subjugué, il l'avait fait sortir en
disant devant le geôlier : &lt;&lt; Tu es libre, citoyenne, je vais au comité expliquer l'erreur
dont lu es victime. »
C'est là la légende. La ,·érité se réduirait
simplement à ceci : Thérésia fit la connaissance de Tallien à propos des réclamations
que Théodore Cabarrus dut faire pour rentrer
en possession de l'arJ?enlerie que les agents
du Comile de -~urveillance, qui auraient eu
bien besoin d'ètre surveillés eux-mêmes,
avaient volée chez lui. Des relations toutes de
courtoisie s'établirent entre elle et le jeune
représentant en mission. Rien de plus naturel : en ces temps troublés, la jeune femme
ne devait pas être fàchée de connaitre un
homme dont la puissance la mettait, elle et
sa famille, à l'abri des persJcutions. De son
côté, le commissaire de la Convention était
doublement flatté dans son orgueil de plébéien
et dans sa vanité de jeune homme, d'ètre
bien vu d'une femme si belle, et qui avait
été marquise!
Arrètée plus tard, sans doute pour arnir
fait quelque imprudence en ce temps de suspicion générale, &lt;&lt; pour quelques peccadilles
aristocratiques», commeledit~I. Ch. Nauroy 1 ,
ou bien parce que ses papiers n'étaient peutêtre pas bien en règle , comme le pense
M. Villenare 1 , Thérésia, de sa prison, avait

invoqué la protection de Tallien. Celui-ci,
qui, depuis qu'il la connaissait, n'avait pas
échappé au charme ensorcelant de la jeune
femme, qui n'avait pas ,·ingt-cinq ans, et à
qui les yeux veloutés de !'Espagnole faisaient
peut-être'déjà bâtir des châteaux en Espagne,
avait couru à la prison. Il était ravi d'une
occasion de revoir Thérésia, enchanté peulêtre de la trouver dans une situation qui
allait lui permettre de lui être utile, espérait
enfin qu'elle lui serait reconnaissante. Bref,
tout un chapitre de roman, ce rêve que tout
amoureux a fait : sauver d'un danger la
femme qu'il aime. A son âge, à une telle
époque, c'était bien naturel; à tout âge, en
tout temps, que ne donnerait-on pas pour cela~
Le programme s'exécuta de point en point.
La liberté de Thérésia pourtant ne fut que la
condition d'un marché. C'est ce qui enlève
toute poésie au roman ; une condition, en pareil cas, est une violence morale, - s'il est
permis d'employer le mot de morale en cette
affaire. Car ce fut bien une alfaire, où la morale n'avait rien à voir - et la belle prisonnière ne sortit de sa cellule que pour habiter
l'hôtel du commissaire de la Convention. La
preuve que c'était bien un marché en est
donnée par Thérésia elle-même : « Quand on
traYerse la tempête, a-t-elle écrit sous la Restauration , on ne choisit pas toujours sa
planche de salut:;. li Ces mots, par parenthèse, ne sont pas très flatteurs pour Tallien;
ils sont peu charitables aussi, et, après tant
d'années, elle aurait pu ne pas les dire. Mais
ils prouvent bien que Tallien ne fut que subi.
Celui-ci, tout planche que veut bien le diro
Thérésia, n'était pas de bois. Mais il aurait
dù d'abord, s'il avait été honnête homme, ne
mettre aucune condition à la liberté de la
ieune femme : c'était une chose atroce que
de lui imposer ainsi le bourreau ou la mort.
D'autres femmes choisirent la mort. Tallien,
qui oubliait les beaux exemples de continence
d'Alexandre, de Scipion et de Turenne, auxquels il ne ressemblait d'ailleurs en aucune
façon, n'était pas le seul à abuser ainsi de
son pouvoir et des prisonnières, et ce temps
otTre plus d'une Thérésia 1. Mme Cabarrus

1. Cu. ~ ,01101, Le Curieux.
2. Bioyrnphie .llichaud, supplément, t. LXT. Lr$
ll3piers ~t3icut alors une bien grosse 3lfaire en voyag~.
•. li fallait, en 1 i9:'i, pour voyager, un certilieat de
r!nsme, un cerlilical _de résidence ou de non émigration. plus, clans les l'llles, une carte de sùreté. Alors
un arrêtait le soir, dans les rues de Bordeaux, tous
,·eux qui n'étaient point munis de celte carte, on les conduisait au corps Je garde, el du coqis ci,• garde il la

prison. o Les gendarmes élaienl stimulés par l'appàtdu
gain. Toul inclil'irlu qui ne pouvait exhiber sa carte
tic sûreté était obligé de donner douze francs on de
laisser son hahil en nantissement. Cet impôt, les gendarmes de la Giroude l'avnienl eux-mrmcs établi; ils
s'en élaicnl _arrogé la perception el les autorités du
temps lermawnt les veux.... »
:i. li est hors de ·i1oule que Tallien ail fai( sortir
Thèrési3 de prison : « .•. Je l'ai sauri&gt;e à Bordeau, "·

a-t-il dit le 2 janl'icr 179:i à la Tribune de la Cou ,ention.
i. Le rcprésent3nt Dumont, à Amiens, u qui est i,
la fois le ca·éaleur, l'interprète cl l'exécuteur de la
loi, a exempté une très jolie femme de la prosc1·ip1ion générale cl paraît journellement en public a,·e,·
Plie. »
li. ÎAIIF, /.J11 stjow· en Pra11ce de 1792 à 1;95,
p. 166.)

CHAPITRE II (suite).

�111STOR_1.ll

----------------------------------------J

était trop femme de son siècle pour hésiter à
accorder ce que Tallien n'aurait dû attendre
que d'un mouvement spontané de celle qui,
il l'avait su peut-être chez M. de Lamelh,
n'était pas d'une vertu bien farouche. Mais cc
fait d'avoir imposé une condition à sa liberté
- indépendamment du devoir professionnel
qui lui ordonnait de faire élargir sans condition
tout prisonnier incarcéré indûment - ce fait

de lui. D'ailleurs, le moyen de dire non? ...
N'oublions jamais, pour les juger tous les
deux, qu'on voit, à de certaines époques, régner de véritables maladies morales; que plu•
sieurs épidémies de ce genre sévissaient à la
fois en France par suite des bouleversements
de la Révolution; que chacun en était plus
ou moins atteint et que, au milieu des fièvres,
des ivresses et des exaltations par lesquelles

HO)BIAGE At: PATRO'I DE I.A LIBERTÉ

est révoltant et il fallait avoir l'âme bien vile
pour se le permettre.
Quelle estime pouvait avoir une femme
pour l'homme qui s'imposait à elle de celle
façon? ... Mais, entre ces deux êtres, il ne fut
jamais question d'estime.
Le marché s'exécuta. Tallien devint de plus
en plus amoureux de celle qui l'avait préféré à
la prison et ne l'avait, en définitive, accepté
que comme pis-aller : mais, comme Talliea,
en somme, était assez joli garçon, quoique
commun d'aspect et de manières, qu'elle n'en
élait pas à faire ses premières armes dans la
vie galante, que M. de Lamothe était parti
pour l'armée, faute de mieux elle se contenta
t. \'oici ce documcnl : « Yu la pétition de 4a
,·itoyenne Thérésia Fontenay, agissan L pour la citoyenne
llo1·er-Fonfrëdc, le Comité autorise Ir citoyen Dorp;ueil

(1793) . - r.ravure de J

'iATJIIEU,

d'après le tableatt de

se manifestait l'alteintc du mal, les cenelles
étaient presque toutes it l'envers.

CHAPITR.E Ill
On ne sait pas combien de temps Thérésia demeura sous les verrous; on ignore
aussi bien la date de son entrée en prison que
celle de sa sortie. Il est certain qu'elle n'y
était pas avant le 16 octobre 1795, jour de
l'entrée de Tallien à Bordeaux. Elle n'y était
pas encore le 15 novembre, puisque, à celle
date, on trouYe dans les registres du Comité
de surveillance une décision relative à une
pétition que 'fhérésia, amie intime des fait lel'el' les sce116s apposés dans les appartements de

cette citoyenne, cl de réapposer les scellés sur les
elfots qui seraiC'nt susceptibles d'êtrl' soustraits i&lt; l;1

"" 168 ...

milles Ducos et Boyer-Fonîrède, avait adres•
sée afin d'obtenir la levée des scellés qui,
après la chute des Girondins, avaient été apposés chez la femme de Boyer-Fonfrède 1 • Elle
n'y était pas davantage le 25 novembre, jour
du vol fait chez son frère par les agents de
l'autorité, car tout fait présumer que c'est à
l'occasion de ce vol qu'elle entra en relations
avec Tallien. D'un autre côté, il est certain

HISTORIA

DE LAl'NAY,

qu'elle n'était plus en prison dès avant le jQ
décembre, car, ce jour-là, on célébra à Bordeaux une fête triomphale en l'honneur de la
prise de Toulon sur les Anglais et Thérésia
Cabarrus, cc qui ne craignait plus d'afticber
publiquement son intimité avec Tallien, et
que l'on voyait presque chaque jour, en compagnie du proconsul et nonchalamment étendue dans sa calèche, parcourir la ville dans
des atours pleins de coquellerie et gracieusement coiffée du bonnet rouge, devait prononcer un discours dans celle circonstance!. ll
Elle n'est donc restée que très peu de
temps en prison, quel4ues jours tout au plus,
un jour seulement peut-être. Et c'est encore
nation n (1. -Archit-es de la Gironde, si·rié L. r1•;.
490 bis. ) A. VE \'mE, La Ter1·e111· à Bordmu.r.
2. Même ouvrage, t. li , p. t :,5.

MADAME DE GRIGNAN.
Tableau dt! 1\llGl\ARO.

(~lusèc CarnaYalet . )

�,

_______________________________ Ll

ici le lieu de détruire une légende, celle qui
veut que, dans sa prison de Bordeaux, Thérésia ait eu les pieds mordus par les rats, et
cela, si cruellemPnt, que les cicatrices ne
s'en allèrent jamais. Plaisanterie que tout
cela! C'est elle encore qui a fait courir ce
bruit-là, sous le Directoire, quand elle se
montrait partout, les pieds nus et les orteils
chargés de bagues; mais c'était bien plus
pour avoir l'occasion de faire voir ses pieds,
qui étaient, paraît-il, de petites merveilles à
mettre sous verre, que pour en dissimuler
des cicatrices absentes. Vovons, de bonne foi,
est-il croyable que, se sen.tant les pieds touchés seulement par des rats, la jeune femme
ne se soit pas démenée de façon à mettre en
fuite les assaillants?... Qui donc se laisserait
mordre les pieds assez profondément pour
que les morsures laissassent des traces huit
ou dix ans après? Et puis, est-il vraisemblable qu'elle n'ait pas eu aux pieds ses
chaussures, ce qui, avec ses protestations actives contre les entreprises des rats, aurait
vite fait fuir ceux-ci? ... D'ailleurs, à propos
de chaussures, si elle avait eu les pieds abîmés, elle n'avait qu'à les mettre dans des
souliers, comme tout le monde, et non à les
couvrir de diamants el de perles. C'est Thérésia elle-même qui mit en circulation celle
fable des rats de Bordeaux, et ses amis complaisants la colportèrent partout 8ans rire.
Que des amoureux le croient, rien de mieux :
une femme sait leur faire croire, si elle le
veut, que les étoiles luisent en plein midi.
Mais la légende s'en est formée, et, comme
une herbe folle, a poussé dans les platesbandes de l'histoire. Qu'on nous pardonne
d'arracher aussi celle-là; hélas,ce ne sera pas
la dernière.
Mais, revenons à la citoyenne Cabarrus, à
la citoyenne Fontenay plutôt, car, toute divorcée qu'elle était, elle parait, pendant son
séjour à Bordeaux, avoir conservé le nom de
son ancien mari. Peut-être était-ce par prudence, car ce nom était moins connu à Bordeaux que celui de Cabarrus. qui appartenait
au haut commerce et qui eût pu lui attirer
des persécu lions 1 •
La citoyenne Fontenay était donc ofllciellrment la maitresse du représentant Tallien.
Cela, toute la ville le savait. Mais un observateur attentif aurait pu se demander comment
une jeune femme aux goûts distingués et
raffinés comme Thérésia, habituée à ne voir
que des hommes aux manières parfaites et à
n'aller que dans des salons qui donnaient le
ton à toute l'Europe, avait pu se faire à vivre
avec un homme dont l'éducation et les manières devaient laisser quelque peu à désirer.
Et à cette époque, les manières et les habitudes des gens de qualité, leur lanzage, leurs
tournures de phrases étaient si diflërentes de
celles de la bourgeoisie, qu'on devinait un

gentilhomme sur sa mine et sur sa façon de
parler. ~lais il est probable que Tallien, qui
avait pour lui l'attrait de la jeunesse, se sera
étudié à dépouiller auprès de Thérésia sa
peau d'ours jacobin et à modifier, dans la
mesure du possible, le commun de ses manières. Et si Thérésia vécut avec lui, c'est
d'abord par nfcessité, puisqu'elle l'avait préféré à la guillotine, ensuite par intérêt, puis
par habitude; elle l'épousa plus tard par ambition, grisée qu'elle était par la popularité
qui l'entoura après le 9 Thermidor, et ne
s'aperçut qu'après le mariage qu'il était incapable de justifier ses espérances. Elle le lâcha alors avec la même facilité qu'elle l'avait
pris.
Mais n'anticipons pas sur notre récit. Lorsqu'on apprit que la maîtresse du représentant
devait prononcer un discours dans une fête
officielle, chacun voulut l'entendre. On n'avait
pas eu pourtant beaucoup de temps pour se
le dire et pour en parler d'avance. A peine la
nouvelle de la prise de Toulon parvin l-elle à
Bordeaux, dans la journée du 29 décembre,
que Tallien el Ysabeau ,•oulurent profiter de
la joie patriotique universelle pour détourner
une partie de cet enthousiasme à leur profil
et à celui de leur mission. Pour cela, il n'y
avait pas un moment à perdre. Aussi ordonnèrent-ils sur-le-champ que cette victoire
serait célébrée dès le lendemain par une
grande fête civique.
M. Aurélien de Vivie, qui tient de témoins
oculaires, derniers survivants de celle époque,
les plus intéressants détails sur le règne de
la Terreur à Bordeaux, a donné une description de cette fète.
C( Dès dix
heures du malin, dit-il, le
50 décembre, des salves d'artillerie se firent
entendre, les navires de la rade furent pavoisés, et la garnison se réunit en armes au
Champ-de-Mars.
C( A onze heures, Ysabeau et Tallien, escortés de toutes les autorités et des corps administratifs, se rendirent au lieu de la cérémonie; un grand concours de peuple remplissait le Champ-de-llars. Après la lecture de la
proclamation et du décret de la Convention
relatifs à la victoire remportée pa1· l'al'mée
fmnçaise su1· les féroces Anglais el les 7ie1·fides Toulonnais, l'hymne de la Liberté fut
solennellement chanté et le peuple y mèla sa
voix puissante.
« A midi précis, le cortège se dirigea vers
le Temple de la Raison.
&lt;c Une affluence considérable se pressait
dans son enceinte; les femmes surtout y
étaient en grand nombre. C'est que le hruil
s'était répandu que Thérésia Cabarrus ... devait prononcer un discours daos cette circonstance.
&lt;c L'attente des curieux ne fut pas trompée : lorsque le cortège des autorités, les re-

1. La preurn en esl dans la pièce rnil'antc extraite des
registres cle la Commission ,le surl'eillancr, a la date
du 13 nol'embre no;:; : « \'u la pè1i1iun de la
rilorenne Thêré,ia Fontenay, etc. • (Archives de la
r;iràudc. série. L. reg. 400 bis) el aussi dans celle-ci,
extraite du même 1·cgistre du Comité de surl'eillance,
~cric J,. 4!!1, à la date du 5 mai 1794 : « Sur les
l'i•clamatious que fait la citoyenne Fontenay. r11·. n

2. « Discours sm· l'éducation, pai· ln citoyr1111e
Tltérésia Cabarn1s-Fo11/may, lu dans 13 si-lance
tenue au Temple de la rlai,on à nordeaux. le 1" décadi du mois de nivôse, jour de la f,',t,• nationale célébrée à l'occ.,sion cle la rep,·i,e de Toulon par les
armes de la Hépublique. Imprimé d'après la demande
des citoyens réunis dans ce temple. » Brochure de
8 pages (Dordraux. J.-Baplistr r.azzara, imp., 1794).

C1TOrE1Y1Y'E

TJU.LTE1Y

présentanls en tête, eut été installé dans le
Temple de la Raison, Thérésia se leva, et
d'une voix émue au début, mais bientôt accentuée et sympathique, elle prononça un
discours où elle essaya, comme elle le dit
elle-même, de tracer l'e.~quisse mpide &lt;{un
plan d'éducation pow· la jPunesse 1 •
La duchesse d'.\brantès, qui raconte dans
ses JIémoi rei; cet épisode de la vie de
Mme Tallien el parle de ce « discours sur
des matières assez abstraites et propre à être
lu en manière de sermon, comme alors cela
se faisait assez souvent», a dit qu'elle n'eut
pas le courage de le lire elle-même et pria
U. Jullien de le lire à sa place. &lt;( füis, ajoute-telle, elle assista à la séance, où SPS auditeurs
étaient bien plus attentifs à la regarder qu'à
écouler le débit lourd et ennuyeux de celui
qui lisait son discours. »
C'est là une erreur : la citoyenne CabarrusFontenay lut bel et bien elle-mème rnn discours, et non pas le citoyen Jullien. La preuve,
c'est que Marc-Antoine Jullien, envoyé en
mission confidentielle par le Comité de SalutPublic, n'arriva à Bordeaux que dans le courant du mois de mars 1794. Mais, si elle lut
elle-même son discours, el elle ne se Lira pas
plus mal que tel autre orateur de cette lecture, Thérésia l'avait-elle fait elle-même? ...
Ceci est moins certain. Il est même absolument sûr que c'est l'œuvre d'un autre. De
'l'alliPn ?.. . C'est doutPux. Bien que la pièce
soit d'une lourdeur emphatique qui était un
peu dans le goût du temps, genre dans lequel excellait Tallien, on y trouve une réminiscence d'Homère qui n'était guère dans ses
cordes d'ancien mauvais élève : &lt;c ••• les générations rapides des faibles mortels ressemblent aux feuilles qui tombent dans les forêts à la fin del'automne .... ll Si celle réminiscence prouve que ce n'est pas Thérésia qui
écrivit ce discours - et vraiment, à vingt ans,
il faudrait qu'une femme le fit exprès pour
écrire quelqu·e chose d'aussi ennuyeux - elle
peul prouver également que ce n'est pas non
plus l'œuvre de Tallien. Ses études avaient
été trop manquées pour qu'il conservât quelque teinture de grec.
Ce que la duchesse d'Abrantès donne d'intéressant sur la présence de Thérésia à cette
fête, c'est sa toilette. « Elle portait, dit-elle,
un habit d'amazone en casimir gros bleu,
avec des boutons jaunes et le collet et les parements en velours rouge. Sur ses beaux cheveux noirs, alors coupés à la Titus et bouclés
tout autour de sa tête, dont la forme était
parfaite, était posé, un peu de côté, un bonnet de velours écarlate bordé de fourrure.
Elle était admirable de beauté dans ce costume3. »
Et c'est bien plus à sa beauté qu'à celle de
son sermon, il le faut croire, qu'elle dut les
applaudissements répétés qui en accueillirent
On connait deux exemplaires de celte brochure. Il
y en a un à la Bibliothèque nationale, sur lequel on

lit ces mols, écrits de la main de Thé1ésia ; &lt;&lt; Envoyi• par r aut,·ur à la ~oc1élé populaire du Calvados. "
~I. s:ins duute_p&lt;!ur qu'on pùt lui rm·oyer des remerc1emenls, la JOiie prêcheuse a ajoute son adre~se :
« :Uaison Fra1,kli11, à Ilo,·deaux. »
5. Duchesse d'Ar.R,'iTi:s . .Uémoù-es. t. Il, p. 4!l.

�1t1ST0'/{1.Jl - - - - - _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _,.
a péroraison. « L'auditoire, dit M. de Vivie,
en demanda l'impression. C'était tout au
moins une politesse faite à la femme aimable
qui, quel que soit le jugement qu'elle ait
donné, à l'histoire, le droit de porter sur sa
conduite morale, ne fit qu'une courte apparition au milieu des saturnales bordelaises. &gt;&gt;
Quelque courte qu'elle ait élé, celle apparition ne laissa pas que d'être bienfaisante.
On a beaucoup dit el répélé que la belle
jeune femme profita de la faveur dont elle
jouissait auprès du commissaire de la Convention pour diminuer les maux de la malheureuse cité, pour faire rendre des prisonniers à la liberté et arracher des têtes à
l'échafaud. Le comte d'Allonville, qui l'a
connue « aussi recommandable par les
nobles mouvements du cœur que séduisante
par sa figure et son esprit ", dit que « Bordeaux eut dû lui élever une statue en reconnaissance des bienfaits qu'elle répandit sur
tant de familles sauvées par elle de la hache
révolulionnaire 1 • » Le comte de Paroy, qui
lui devait beaucoup, a eu la même pensée, et
dit, à propos de Mme Tallien, que « les Bordelais devraient élever une statue de la
Reconnaissance reproduisant ses traits'. »
Voilà bien de l'enthousiasme. Il faut malheureusement en rabattre. Quoi qu'il nous
en coûte de jeter à bas de son piédestal une statue qui n'est pas encore élevée, il faut bien dire
que, si l'on peut s'en tenir au témoignage de
M. de Paroy, il ne faut pas s'en rapporter
absolument à son appréciation. Son père,
emprisonné, a été élargi par l'influence de
Thérésia, et cela d'une façon toute désintéressée. Voilà qui est fort bien, mais il ne
faut pas se hâter de conclure d un cas particulier à la généralité des cas. Il est, en effet,
certains mobiles, dans ses interventions Lienveillantes, qu'il ne faudrait pas trop scruter.
Ce sont les pieds d'argile de la statue. Cc
n'est pas sans preuves que Michelet, malgré
les mille fantaisies dont son génie s'est plu à
à enjolil'er l'Histoii·e de la lléi•olution, a
écrit qu'à Bordeaux Tallien c1 commerça de
la vie » et que, c1 pendant ce temps-là, sa
maîtresse tenait le comptoir. »Et ces preuves,
nous les trouvons dans plusieurs écrits du
temps, san, parler des allusions plus ou
moins transparentes d'une foule de mémorialistes. La marquise de Lage a raconlé:;comme
quoi, étant à Bordeaux, elle dut à Tbérésia
un passeport, par sui te la lil,ierté et peut-être
la vie; mais ce ne fut pas par simple et pur
amour du bien. c1 La Fontenay &gt;&gt; avait une
femme de chambre, la Frenelle, bonne, aimable et charmante fille, qui arail été (( fort
bien élevée el qui écrivait à merveille ».
Aimant à obliger, cette soubrette faisait
main basse, dans les tiroirs de Tallien, sur

tous les passeporls, signés ou en blanc, qu'elle
pouvait découvrir; elle les donnait ensuite à
des gens dénoncés comme suspects, et ceuxci, gràce à ces papiers, s'empressaient de
s'aller mettre en sûreté. Cette brave fille,
voulant donner plus d'extension à ses affaires
toutes d'humanité, eut la pens6e de s'associer sa maîtresse. Thérésia s·y prèta un peu,
s'intéressa à quelr1ues suspects ou prisonniers,
mais elle n'apportait pas à ses démarches le
ïèle de son admirable femme de chambre.
c&lt; Souvent, dit la marquise de Lage, elle oubliait ses promesses, et le prenait quelquefois
mal quand elle les lui rappelait. » Mais
l'amour du bien, chez les âmes qui le
possèdent réellement, surmonte tous les
obstacles. La bonne FrP.nelle, qui connaissait
l'empire des bijoux sur sa frivole maîtresse,
n"hésita pas à les faire interl'enir pour la
décider à procurer un passeport à une cidevant marquise dénoncée comme suspecte.
&lt;I Elle me dit, poursuit l\lme de Lage, que
Tbérésia avait envie depuis plusieurs jours
d'un antique monté en bandeau qui était
chez un marchand qu'elle m'indiqua, et qu'on
voulait vendre mille écus. » Quelques jours
après, J'antique monté en bandeau avait
passé sur la tête de Thérésia et la marquise
de Lage avait son passeport. c1 Quelle folie
vous avez faite, disait l'heureuse poupée en
se regardant à la glace avec son nouveau
bijou sur la tête, il est vraiment charmant. »
Quant au comte d'Allonvillc, qui était reçu
chez Tallien dans les derniers temps de la
Convention, et qui y dinait à côté de 'l'hérésia, on s'explique aisément son enthousiasme pour elle, mais, au point de vue historique, on fera bien de ne pas le partager.
li y a des témoignages plus graves encore
que celui de la marquise de Lage. Les
ll[érnofres de Sénar, qui, de l'aveu de M. Ernest Hamel, l'éminent historien de SaintJust et de Robespierre, peuvent être considérés comme exac,ls en ce qui concerne Tallien, disent que ce commissaire de la
Convention à Bordeaux c&lt; avait défendu de
s'intéresser à aucun détenu, sous peine d'arrestation, mais il paraît que celte peine
n'était exécutée qu'à l'égard de ceux qui ne
pouvaient pas payer .... Il écrivait aux deux
comités de salut public et de sùreté générale
el aux .Jacobins que la guilloti~e produirait
en peu de temps quarante millions.
« La Cabarrus avait chez elle un bureau
dans lequel on vendait les grâces et les libertés et où l'on traitait à des prix e:-.cessifs;
pour racheter leur tête, les riches payaient
avec empressement des cent mille livres; l'un
d'eux, ayant eu la faiblesse de s'en vanter,
fut repris le lendemain et guillotiné tout dt.!
suite. 1&gt;

Ce dernier point expliquerait un passage
des A!érnofres du comte de Paroy, inexplicable sans cela. Pendant que &lt;I La Cabarrus &gt;&gt;
était emprisonnée à Paris, son fils était à
Bordeaux, confié aux soins d'un valet de
chambre. Celui-ci, n'ayant plus d'argent pour
payer sa pension dans l'hôtel garni qu'il
habitait avPc lui, eut la pefüée d'en aller
demander à un négociant, « ~I. Legris, très
riche, que l\lme de Fontenay avait samé de
la guillotine ... ayant obtenu sa gràce de Tallien, qui l'avait fait rentrer dans ses biens
moyennant une amende pour les hôpitaux 4 •••• »
Le négociant refusa de prêter les trois
cents francs qu'on venait lui demander pour
payer la pension du fils de sa bienfaitrice. II
est infiniment probable que sa bourse avait
essuyé une trop forte saignée pour les hôpitau..c et qu'il se considérait comme quille
envers le conven lionne! et sa maîtresse. Il ne
le dit pas, car il était dangereux alors d'avoir
la langue trop longue, mais il refusa net.
D'ailleurs, menant grand train, ne se refusant aucun luxe, Tallien et Thérésia avaient
d'incessants besoins d'argent, et ce n'est pas
la modeste indemnité de représentant du
peuple qui pouvait suffire à leurs dépenses :
quant à la fortune de 'l'hérésia, elle avait été
fortement entamée par M. de Fontenay, et,
dans ces temps difficiles, la jeune femme
avait de la peine à percevoir le revenu de cc
&lt;[Ui en était resté.
Le faux ménage passait joyeusement son
temps : on donnait des diners, où, parmi la
misère générale et la disette de toutes subsistances, la chère était exquise, accompagnée des vins les plus renommés du département et de pain blanc, le seul qui fùt dans
Bordeaux et qui était fait exprès pour la
table de Tallien : on l'appelait le pain de~
1·ep1·ésenlants. Le jeune couple ne sortait
r1u'en ,·oiture et les Bordelais ne parlaient
que du &lt;&lt; char de Tallien dans lequel la Caharrus, appelée Dona Thérésia, se faisait
traîner avec son amant dans un pompeux
étalage, courrier devant, courrier derrière :
la Cabarrus était affublée d'un bonnet ronge
sur la tête. Souvent, il allait en voiture découverte, et la Cabarrus, connue pour prostituée, était promenée en déesse, tenant une
pique .d'une main, el mettant l'autre sur
l'épaule du représentant 'fallien j. »
Cette brillante existence est une bien vilaine page dans la vie de Thérésia. La morale
n'est pas son fort. D'ailleurs, elle l'ignore
totalement. Hàtons-nous de montrer cette
jeune dévoyée dans une attitude qui lui sied
mieux que la mascarade morale et extérirure
dont elle donne le honteux spectacle.
C'est aux mémorialistes du temps qu'il

1. C.omle o'.\1.1.o,v11.u:, Alcmoi,-es .sec,·els, 1. Il. p. 11 ::,_
:1. Comte lJE P.111ov, Jlémofres, p. rnt.

reur ti Bordeaux, 1. Il, p- 402). lnclépendarnmenl d,i
cet argent qui fut dil:1p1dé adminùlrativement, il
est hors ,le doute que Tallien ait Lrait,1 directement,
,le gré à gré, avec les malheureux il qui il vendait
la liherlé et la l'ic. disant que c'élail une amen.le pour
les hôpitaux.
Thérésia 11'a pas dèmcn&lt;i ce qu'elle appelle les
« atroces ralomn,cs » portées contre die cl Tallien.
Elle s'est rontenlée d en gémir, de dire que Tallie11
• ,auva la Franr&lt;' au fi thermidor » r1uc • c'est 1111

peu par sa petite main à elle que la guillolinl' a ••&lt;i·
renversée », et finalement, e~le se demande, la pauvn·
femme : « Qu'ai-je donc fait à cc Sénar·1••• n lanl
,,Jle est désolée de ce qu il ail parle de choses qn'ell"
ciit mieux aimé qu'on laissât dans l"oubl1.
Et, au fail, )(me de Chimar n'tlait plus la fomme
&lt;le Bordeaux, non plus que celle du Bire_cloire, el crhribes du passé, qu'on lui jetait pour ainsi dire à la
race, devaient crucllrmenl la faire rnuffrir.
j_ 1/émoires &lt;le ~énar. p. ~OU.

0

:ï. Marquise or. L,cr., SouL•e11irs, p. 162-176.
, i- « Sur les 6.940.1100 francs d'amendes inOigées
par la Co111111ission militaire, 1.000.000 fut attribué
aux sans-&lt;"ulolles el ·l .325.000 fraucs à la conslruclion
d' un hospice qui ne fut jamais commencé : ces fonds
paraissent a~·?fr. été dilapidés.... Il_ fau_l lire à ~l'l
,•gard les ph1hyp1ques de Cambon, 1ausl~re financit'r
de la Convenllon nationnle. » 1A. m. \'mE, /,a 1i·1·-

.., 1:-0 ,..

0

,,

______________________________

Ut

faut demander le récit de ses bien raits.
Écoutons d'abord la duchesse d'Abrantès.
Elle raconte que la baronne de Lavauret avait
été jetée dans les prisons de Bordeaux. Pourquoi? ... Parce qu'elle avait un fils abbé. Ule
attendait avec angoisse le moment de comparaitre devant le commission militaire que
présidait le terrible Lacombe, lorsqu'on lui
donna l'idée, peut-être reut-elle elle-même,

quelques jours après l'annulation du ban
contre son fils 1 •
Voici un autre trait de sa bonté. Celle fois,
ce fut une bonté militante, qui ne se borna
pas à quelques démarches et à quelques sourires influents, mais qui ne laissa pas que de
lui faire courir des risques. Il s'agit encore
d'une marquise. Elle avait poussé le dévouement jusqu'à prendre celle-ci chez elle et l'y

LE SIÈGE DE TouLo:-:.

d'écrire à c1 la femme parfaite, à la femme
incomparable qui fut l'ange libérateur de la
ville de Bordeaux ». 'l'hérésia, qui connaissait, pour les avoir éprouvées elle-même, les
angoisses de la prison, et pour laquelle, en
cette circonstance comme en plusieurs autres,
le beau vers de Virgile semble avoir été fait:
/1111,d ignara mali. miseri,Y .mccurrere disrn,

Thérésia prit aussitôt fait et cause pour la
malheureuse femme et réussit à la faire
mettre en liberté. Mais le bonheur de Mme de
Lavauret était loin d'être complet : son fils,
prêtre non assermenté, était poursuivi. Elle
parla de ses craintes pour lui à celle qui lui
avait déjà fait donner la liberté, peul-être la
vie, et Tbérésia fut heureuse de lui remettre
1. Ducbesse o'Aon,nÈs, Mémnires. 1. 1, p. ':!72-17.4 (Éd. Garnier .

-

ClTOYlfNJV'E

TALI.T'EN

--°'

)[me Tallien, pour prix de ses services, n'au
rait guère recueilli que de l'ingratitude. i\'ous
savons qu'elle ne recueillit pas que cela; mais
il ne faut pas croire l'humanité si mauvaise
et si oublieuse des services rendus. Beaucoup
oublièrent, c'est certain, mais ils avaient
peut-ètre payé Tallien des grâces que Thérésia obtenait de lui sans se douter qu'un marché intervenait après sa démarche : c'est

D'après une estampe du tem ps.

avait cachée sans même que sa propre femme
·de chambre le sùt. Elle la garda ainsi trois
semaines, parait-il, lui portant elle-même
ses repas et tout cc qui lui était nécessaire.
Elle réussit ensuite à mettre sa protégée dans
un asile sûr, où elle put attendre la fin de
la crise. Comment cette bonté fut-elle récompensée?... Oh! mon Dieu, de la façon la
plus simple et la plus ordinaire : par la plus
complète ingratitude!. .. Ah! comme Mme de
Sévigné avait raison en disant que « quand
on est obligé à quelqu'un à un certain point,
il n'l' a que l'ingratitude qui puisse tirer
d'affaire ».
Cette marquise ne fut pas la seule personne qui se crut dégagée, par la conduite
excentrique de Thérésia, de la reconnaissance
qu'elle lui devait pour sa belle conduite envers elle. A en croire le comte d'.1.llonville,

infiniment probable, et Tallien était très capable de cette canaillerie. Il parait aussi que,
lorsqu'elle rencontrait oubli et ingratitude,
îhérésia « ne s'en plaignait point, mais elle
se parait avec bonheur d'un simple médaillon
renfermant des cheveux de toute une famille
qui lui dut la vie el s'en ressouvenait encore' &gt;&gt; .
Il ne faut pas croire que les libertés qu'elle
obtenait, que les têtes qu'elle arrachait à la
dévorante guillotine ne coûtaient à la belle
Thérésia qu'une câlinerie, quelques caresses
ou une gracieuse bouderie à son ami Tallien.
Loin de là; il lui fallut parfois luller, surmonter d'insurmontabl.:S obstacles, mettre
en jeu des influences réfractaires et en mouvement des hommes répugnants. \'oici un
épisode inédit de sa vie de soldat de la cha0

':!. ComleD A1.1.nw11,1.r . .l/é111.sN'l"Pls,l. \'f, p. 11:,.

�fflSTO'RJ.Jl

LA

rité; nous le tenons de M. Aurélien de Vivie,
que le lecteur connaît par les nombreux emprunts que nous avons faits à sa belle /Jisloire de la Te1n1t1· à Borileau:r. M. de
Vivie la tient lui-même du fils du héros de
cet épisode, un vieux conseiller à la Cour de
Bordeaux, mort depuis longtemps, et qui
l'entendit souvent raconter à son père.
« Honoré Louvet, né à Honfleur, âgé de
trente-huit ans, et négociant à Bordeaux,
avait connu à Rouen Mme de Fontenay, dont
il avait fréquenté le salon. Il la retrouva à
Bordeaux, lui fit visite, et reçut d'elle un
excellent et très aimable accueil. Louvet était
homme du monde et homme d'esprit, aimable, d'une séduisante prestance, et était très
répandu dans la haute société bordelaise. Il
était fort lié avec les membres du club de la
.Jeunesse botdelaise I que présidait le digne
cl éminent Ravez, et qui avaient, à l'occasion
de la levée en masse ordonnée par la Convention, organisé une sorte d'insurrection contre
l'assemblée régicide. Grand amateur d'équitation, Louret s'était enrôlé dans la cavalerie
de la garde nationale bordelaise, corps essentiellement aristocratique et qui avait Dudon
fils pour colonel; il passa par tous les grades
et avait été élu chef d'escadron par ses concitoyens à l'époque des événements qui marquèrcn t le séjour très mouvementé des conYentionnels Ysabeau et Baudot, envoyés à Bordeaux
pour soumetlre la ville, et qu'on en expulsa
purement et simplement. Plus tard, quand
flordeaux fut rentré dans la loi, Louvet se
trouva naturellement compromis. Un mandat
d'arrestation fut lancé contre lui : il se
cacha.
&lt;&lt; Un soir, étant en visite chez Thérésia, il
venait de lui raconter les dangers de sa situation
et d'implorer son secours, lorsqu'un officieux 2
Yint annoncer le président du tribu11al révolutionnaire, Je citoyen Lacombe. Thérésia,
sans perdre son sang-froid, fit cacher Louvet
dans un cabinet de toilette et reçut avec la
plus ~randc amabilité le terrible président
qui, dit-on, était fort louc·bé de la gràce et
de la beauté de Aime Tallien. On causa quelques instants de choses indifférentes, puis
Thérésia parla à Lacombe de Louvet, qu'elle
connaissait et dont elle affirmait Je patriotisme, et elle lui demanda d'être indulgent
pour son protégé s'il venait à être arrêté et
conduit à son tribunal. Lacombe répondit que
ce qu'elle lui demandait était bien difficile,
que Louvet s'était soustrait par la fuite à
l'ordre d'arrestation décerné contre lui, et
que, dans une pareille situation, la Commission militaire (c'était le nom légal du tribunal révolutionnaire) ne pouvait se montrer
indulgente. Thérésia insista et employa toutes
les chaLteries de son éloquence féminine pour
convaincre le président.
« Lacombe résista longtemps, mais, séduit
enfin par son interlocutrice qui régnait après
tout sur l'esprit et le cœur de Tallien à qui il

Nous avons tenu à reproduire le récit de
cet épisode tel que nous l'a communiqué
M. de Vivic. Le tempérament de Mme Tallien,
son c::ractère, son énergie s'y détachent à
merveille. On peut voir que, si elle n'était
pas précisément ce qu'on nomme une gaillarde, elle était loin aussi d'être une femmelette, et que, pour faire le bien, elle savait
mener haut la main les hommes les plus farouches, comme ce Lacombe. On voit également qu'elle n'hésitait pas à Stl déranger
pour une œuvre d'humanilé et qu'dle n'avait
poi_nt de cesse qu'elle ne l'eût accomplie.
Mats que de volonté dans cette jolie tête! et
que de cœur dans cet admirable corps de
femme!
,. Celte _fuis, la belle Thérésia ne recueillit pas
d mgralltude : la preuve s'en trouve dans une
lettre qu'elle écrivit, après le 9 thermidor, à
une amie de Bordeaux, Mme Constance Nairac,
cous!ne germaine ~u girondin Ducos. Elle y
exprime sa reconnaissance pour elle et sa famille et aussi pour une offre que lui fait
M. Louvet : elle se dit pénétrée de sa bonté

et ajoute qu'elle se réser\'C de l'en remercier.
Cette lettre confirme, par là mêmr, l'exactitude du récit qui nous a été si aimablement
envoyé de Bordeaux. Elle confirme aussi la
bonté de Thérésia, car nous , vo1ons le nom
fune autre personne qu'ell&lt;; a arrachée à la
prison. « Je n'ai jamais craint de me compromettre pour l'innocence opprimée, dit~lle, ton mari en est la preuve .... »
M. Laurent-Paul Nairac, ancien député à
la Constituante, mari de l'amie de Thérésia,
n'a pas comparu devant le Tribunal révolutionnaire; son· nom ne figure pa5 parmi ceux
des personnes qu'il a jugées; c'est probablement parce que l'influence de Thérésia lui a
évité d'y paraître 3 on ne pouvait, C'll eflct,
être mis en jugement sans la signature de
Tallien.
Il faut observer ici que celle lettre est
écrite au lendemain de sa sortie de prison,
nprès thermidor. La jeune femme n'avait pas
encore la réputation de bonté qui lui a été
faite depuis, et ne songeait encore ni à se
faire cette réputation, ni à la maintenir; c'est
spontanément et tout naturellement qu'elle
dit qu'elle n'a « jamais craint de rn comprometlre pour l'innocence opprimée » et ce
qu'eUe dit là mérite toute confiance. Plus
lard, elle fera toujours le bien, mais son
goût naturel pour le faire se compliquera
d'un goùt non moins naturel pour qu'on le
sache; elle aura à conserver et à augmenter
sa réputation de bonté : la vanité s'en mêlera
un peu, et ce sera tant mieux pour l'humanité, puisqu'elle en fera davantage.
Pendant que nous sommes encore à Bordeaux, et bien que le récit qui va suivre
allonge encore la partie anecdotique de cc
livre, nous ne poul'ons nous dispenser de le
rapporter. C'est le plus connu des épisodes
du règne de la bonté de llfme Tallien à Bordeaux. Villenave, qui élait détenteur des )fémoires inédits du héros de l'histoire, l'a raconté
longuement dans la Bio91·ophiP Nichaud 1 le
comte Dufort de Cheverny en a également
parlé :; enfin, les Mémoires du comte de Paroy
ont arheYé de le faire connailre dans tous
ses détails. II faut le raconter, puisqu'il
est tout à l'honneur de Thérésia.
Le comte de Paroy avait été amené à Bordeaux par les incidents di l'ers de la vie tourmentée de cette époque. Il avait un véritable
talent pour la peinture el la gravure. Ce talent
lui donnait alors de quoi vivre. C'est à lui
également, comme on va le voir, qu'il dut le
salut de son père, emprisonné comme suspect
à la Réole. Ayant entendu dire que ~lme de
Fontenay, qu'il avait connue petite jeune J1llc
à Paris, cb•z Je comte Bertin, se trouvait à
Bordeaux et que Tallien allait soment diner
chez elle6 il eut l'idée d'envoyer une pétition
à la belle Thérésia et d'y joindre une petite
grarnreau lavis qui avait pour titre: L' Amom·
sans-culotte. C'était un amour tenant d'une
main une pique surmontée d'un bonnet phry-

1. C'éL•il le club des libêraux de Bordeaux.
2. C'ét:iit le nom qu'on donnait aux domesliquPs
sous la Rél'olution,
~- On y lJ•ou,·e un autre_'.'i~irac (!ean-Bapliste), parenl probahlcmenl de cclu1-l:1. rnffi ne111·, 50 ans. &lt;p,i

fui accruitt~ le 16 messidor on Il , peu de tPmps aranl
le O ~hcr~1clor .Jl"" con_séc111en1, lorsque Thërésia étai
en pri~on a_ Paris. Son mfü1encc ne fui donc pour rien
dans I acqu11tcmc11l de celu1-lâ.
',, Tome 1.\1. urliclc : Prince.~.,e de f.himny.

;;. llémoirPs, L. Il, p. :i27-32!l.
6. li paraît bien prohahle, pourtant.. c1uc rriércsia
était allée lrnbitcr l'hôtel &lt;lu commissaire clc la Convention, place Dauphine: peut-être se parlageait-ellr
lenlrc l~s rleux habitations.

devait sa situation présente, il ·promit de
sauver la tête de Louvet s'il se constituait
prisonnier.
« Louvet avait tout entendu et remercia
chaleureusement Thérésia.
·
« Toutefois il hésita longtemps. Las enfin
de la vie précaire où le mettait l'obligation
de se tenir caché, il se constitua prisonnier.
cc S(ln procès :s'instruisit el l'affaire fut
appelée. De l'audience mème, oit les débats
avaient été assez vifs, Louvet put envoyer
quelques mots à Mme Tallien : &lt;t Je suis
perdu si rnus m'abandonnez! »
&lt;1 Tbérésia n'hésita pas. Elle se rendit au
tribunal. On délibérait sur le sort de Louvet.
Thérésia entra dans le cabinet de Lacombe et
le fit demander. Le Président répondit que
le tribunal délibérait et qu'il ne pouvait sortir.
&lt;t Thérésia insista. Lacombe vint.
- « Tu n'as pas oublié, je l'espère, ditelle,, la promesse que lu m'as faite pour
Louvet. Dans lous les cas, je viens te la rappeler. Tu m'as promis de le sauver.
- « Mais les faits sont graves, dit Lacombe, cl je ne sais si je pourrai ....
- &lt;C Il ne s'agit pas de cela, dit Thérésia
avec résolution ; tu as promis de le sauver,
sauve-le.
&lt;c Puis, elle ajouta d'un ton plus bas et
d'une rnix stridente :
- &lt;t Je te préviens que ta tête me répond
de la sienne !
&lt;t Elle se retira sur ces paroles menaçantes.
&lt;c Lacombe rentra à l'audience : deux voix
étaient pour la mort, deux pour l'amende :
la voix du président fit pencher la balance et
Louvel fut sauvé. Il eut seulement trois
mois de prison et ,·ingt-cinq mille francs
d'amende. »

gien, et, de l'autre main, un cœur posé sur
un niveau, lequel niveau était placé sur un
au tri.
Cela ne signifiait pas grand'chose, non plus
que la légende naïvement égrillarde placée
sous celte sorte de rébus :
(Juane! l'amour en bonnet se trou,·c sans culollc.
1.a liherl é lui plait, il en l'ait sa marolle.

Mais, tians ces sortes de cl1oses, il ne faut
pas se montrer difficile; l'amabilité de l'intention fait tout.
C'est à la faveur de cc pasteport illustré de
ce rébus, que le comte de Paroy fit parvenir
à Mme de Fontenay une lettre qui la priait
d'intervenir de toute son influence auprès du
représentant Tallien pour obtenir l'élargissement de son père.
le domestique de Mme de Fontenay, autrefois au service de Mme Le Brun, chez laquelle il avait souvent vu venir M. de Paroy,
se chargea de porter la pétition. Une demiheure après, il revenait et disait que sa
maîtresse l'attendait. On pense avec quel
empressement Paroy se rendit chez la jeune
femme. Il trouva le salon rempli d'une foule
de solliciteurs, qui, la plupart, avaient des
pélilions à la main. « Un instant après,
raconte )I. de Paroy, on ouvrit les deux battants de la porte à une jeune darnP. très jolie,
l'êtue très élégamment. Un salut re.spectueux
rut l'hommage de tout le salon; elle y répondit par un gracieux signe de tête et dit :
1&lt; Le citoyen Paroy est-il parmi vous?. .. ll Je
m'avançai ... elle m'invita de passer avec elle
dans son cabinet. ll
Continuons à écouter le comte de Paroy :
il va nous donner un petit croquis du cabinet,
de l'atelier plutôt, de la citoyenne Cabarrus.
Ce croquis aidera à nous former une idée de
ses goùts et de ses occupations en ces temps
de !erreur. Du reste, l'intérieur d'une jolie
femme est, de tout temps, intéressant à
détailler, ue serait-ce que pour satisfaire ce
sentiment d'indiscrète curiosité qui est au
fond de chacun lorsqu'il s'agit de surprendre
les secrets de ses occupations et de sa vie
intime.
t&lt; En entrant dans son cabinet, dit-il, je
me crus dans le boudoir des Muses réunies :
un forte-piano entr'ouvert avec de la musique
sur le pupilre et beaucoup de cahiers de musique sur une chaise, une guitare' sur un
canapé, une harpe dans un coin, le pupitre
à côté et de la musique, un chevalet avec un
1. Therésia la l'endit e n I i 9',, après ~a sortie tic
prisoo , ainsi IJUe le secr étaire dont il est queslion
&lt;1uelqucs lignes plus bas,

tableau commencé, la boite de couleurs à
l'huile, des pinceaux sur une espèce d'escabeau, une table à dessin, portant un petit
pupitre avec une miniature, une boîte anglaise, une palelle d'ivoire et des pinceaux,
un secrétaire, ouvert, rempli de papiers, de
mémoires et de pétitions; une bibliothèque
dont les livres paraissaient en désordre,
comme si on y touchait souvent; enfin un
mélier à broder avec du salin monté. Je lui
dis: cc Vos talents, madame, sont universels,
à en juger par ce que je vois, mais votre
bonté égale les agréments de votre personne. l&gt;
~r. de Paroy ne pouvait la 0atler davantage : c'était, en effet, un de ses traits distinctifs que le désir de briller en tout, d'être
considérée comme une femme supérieure, la
première même de toutes les femmes! Ce
désir, très louable, quand il est contenu
dans de certaines bornes, se changea vite
chez elle en manie, et comme elle n'avait pas
l'étoffe assez solide pour la façon qu'elle
voulut lui donner, sa prétention ne lit que
démasquer une insuffisance passaLiement
vaniteuse. « C'est à cette manie de briller,
dit un journal du temps, qu'il faut s'en
prendre de la médiocrité en tout genre qui
est le partage de Mme Tallien. Elle sait tout
et ne sait rien. Si vous voulez, elle va vous
parler anglais, italien, espagnol; mais, fussiez-vous natif de Londres ou de Naples, je
vous défie de rien comprendre à ce baragouin qu'elle appelle langue anglaise, langue
italienne. Dans un concert, elle est bonne It
tout, elle chante, touche le piano, pince la
harpe; et l'on est étonné, à la fin, de ce
qu'une femme, avec tant de talents, ait
trouvé le secret d'ennuyer tout le monde 2• l&gt;
Poseuse! c'est là un des défauts de Thérésia; poseuse sous la Terreur, elle sera
plus poseuse encore sous le Directoire, cc
qui lui vaudra le malicieux article qu'on
vient de lire; elle en sera enchantée, car que
veut-elle avant tout, cette charmante cabotine de la politique? Faire parler d'elle. Et
elle a dû être bien heureuse toute sa vie, car
il est peu de femmes qui aient lant occupé
les conversations de son temps.
Thérésia remercia M. de Paroy; son aimaLie
compliment lui avait été au cœur. En fait de
compliments, ceux que nous avons mcrités
le moins sont ceux que nous aimons le plus;
et comme les fornmes ne sont pns bâties
autrement que les hommes, du moins quant
à la vanité, la sollise et la petite hypocrisie
usuelle, 'l'hérésia se sentait délicieusement
2. Tableau de P(lris , 18 ventôse an JI' (8 mars li96).

ClTOYENN'E

TJU.Ll'EN

---.

caressée dans son orgueil, qui était de parallre avoir tous les talents qu'elle n'avait
pas. Le compliment du jeune homme lui
donna de la mémoire : elle répondit en souriant : « Je crois me rappeler vous avoir rn
chez M. llertin avec mon père. J'espère que
vous viendrez me voir le plus souvent que
vous pourrez, mais parlons de li. votre père.
Où est-il?... En prison'!... J'espère obtenir
du citoyen Tallien sa sortie; je lui remettrai
moi-même votre pétition et je veux vous
présenter à lui. l)
On a déjà rn de quelle façon impérieuse
avait su parler la citoyenne Cabarrus au
président du tribunal révolutionnaire; on
voit, comme elle le savait, quand elle voulait,
être aimablement accueillante dans son atelier.
M. de Paroy lui exprima sa reconnaissance
avec une profonde émotion. &lt;t En la quittant,
dit-il, j'étais comme un homme émerveillé,
ayant de la peine à ajouter foi à ce qu'il
voyait, et je m'estimai heureux de ne pas
m'en sentir amoureux. » Mais aussi, la jeune
femme lui avait dit de ces choses qui sont
comme des gouttes d'espérance qui vous
tombent sur le cœur, et elle les avait dites
avec tant de grâce, avec un son de voix si
musical, avec des yeux si délicieusement
veloutés, que le pauvre jeune homme voyait
déjà son père en liberté.
II ne l'était cependant pas encore. On le
transféra de la Réole à Bordeaux. C'était
mauvais signe. Mais Tallien, qui s'intéressait
maintenant à )1. de Paroy, parce que Thérésia lui avait présenté son fils, et que celui-ci
gravait leur portrait à tous deux, disait :
Attendez encore, il faut qu'on l'oublie quelque temps pour le sauver. )&gt;
Le temps se passait au milieu d'allernatives de crainte et d'espoir. Un jour, la
citoyenne Cabarrus dit à M. de Paroy : &lt;t Je
suis désolée que votre père n'ait pas pu sortir
de prison avant que Tallien soit obligé de
partir pour Paris, mais je connais un peu
Ysabeau, qui est son collègue ici; je vais
prier à souper une dame avec laquelle il e~t
fort lié, et je l'engagerai à amener Ysabeau
avec elle. Vous pourrez faire connaissance;
il a de l'esprit et est très instruit. l)
Paroy accepta avec reconnaissance. Au
souper, il fut placé à côté de cette dame,
Mme Delpré, qui le présenta à Ysabeau. Il y
avait là quelques autres députés, envoyés en
mission aux Pyrénées, et qui passaient par
Bordeaux. La réunion fut fort gaie et ~lme Delpré si enchantée de la petite fète, qu'elle
invita tous les convives à se retrouver chez
elle à souper, le lendemain.

(A suivre. )

JOSEPH

TURQUAN .

�'------------------------------------ UNE PAGE D'111ST01'/?E

Clichê Neurdein frères.

Li,;s

BLESSÉS DE LA GARDE IMPÉRIALE RENTRANT A PARIS APRÈS LA IJAT,\ILLE DE Moxn11RAIL. -

D'après l'aquarelle de E.-J. DELÉCLUZE. (Musee de Versailles.)

UNE PAGE D'HISTOIRE

La capitulation de Paris
et la déchéance de Napoléon en /8/4
(D'.llP'JfÈS DES DOCUMENTS 1NÉD1TS)
Par Robert FRANCHEVILLE

Au début de 1814, la France était envahie.
Les alliés marchaient sur Paris_ ;xapoléon
voyait, de jour en jour, diminuer son immense prestige : ce n'était plus pour sa seule
gloire qu'il combattait, mais bien pour la
défense de sa capitale menacée, et de son
.trône revendiqué par les Bourbons. Le 20 mars,
il tenta de s'opposer à la jonction des Russes
el des Autrichiens qui devait s·opérer près de
Châlons. Mais le combat d'Arcis-sur-Aube,
où !'Empereur sembla chercher la mort,
dans la mêlée, ·ne put empêcher Schwartzenberg de donner la main à Blücher.
Dès lors, la partie fut perdue : Augereau
d'une part; de l'autre les ducs de Raguse et
de Trévise étaient en pleine déroute. Le
chemin de Paris était ouvert aux alliés. Déjà
l'armée, démoralisée, parlait tout bas de la
chute imminente de son Empereur. Après
quinze années de victoires, l'idole se brisait,
au milieu de la stupeur d'un peuple accoutumé à la voir et à la croire inébranlable.
Les hauts dignitaires, les généraux, les officiers se demandaient avec angoisse comment
allait finir !'Epopée, et s'ils sombreraient,
eux aussi, dans le cataclysme qui allait

engloutir brutalement !'Empereur et l'Empire? ...
Napoléon n'avait plus qu'un seul parti à
prendre : regagner Paris en toute hâte, s'y
enfermer, et s'y défendre jusqu'à la dernière
extrémité. Il partit donc, doublant les
étapes, espérant, par la rapidité de sa marche,
surprendre l'armée ennemie. Mais il était
déjà trop tard. Le 29 mars au petit jour, il
fit _partir à bride abattue son aide de camp
DeJean, pour annoncer son arrivée aux Parisiens. Mais le 50, comme il approchait de sa
capitale, n'ayant plus que vingt kilomètres à
faire, on lui apprit la bataille de la veille et
la capitulation. Il partit aussitot pour Fontainebleau, la mort dans l'âme.
Telle était, en peu de mols, la situation de
la Fran~e à ce mom~nt critique. On sait que
la garmson de Paris opposa aux Alliés une
héroïque résistance. A ce propos, nous avons
eu la bonne fortune de relrouver,à la date du
16 avril 1814, une longue letlre, ou, plutôt,
un journal manuscrit d'un bourgeois de
Paris, enrôlé dans la garde nationale. Il ne
se battit pas, mais, étant un peu badaud,
comme tout bon bourgeois, il trouva le
..., 174 ,..

moyen d'assister quand même au combat.
Dans ces notes curieuses, destinées à renseigner un parent de province, il décrit assez
adroitement la physionomie anxieuse des
rues et des boulevards, le mouvement des
combats qu'il a vus dans la banlieue,et les
racontars plus ou moins extravagants qui ne
manquent jamais de circuler dans les foules
crédules, à toutes les périodes de trouble.
On le voit fort bien griffonnant, sur une table
de corps de garde, ses impressions et celles
de la ville enfiévrée, tandis qu'au loin tonne
sans relâche le canon de l'invasion ....
Prenons au dimanche 27 mars 1814 le
récit des événements. Ce jour-là, le prince
Joseph, _frère ainé de !'Empereur, passa en
revue l'Ecole Polytechnique, un train d'artillerie à pied, avec 150 canons, el la garde
nationale habillée. La garde non babillée,
c1ui faisait son service en tenue civile, ne
parut point dans la rcrne. Les chasseurs et
grenadiers, au nombre de 20.000, défilèrent, musique en tête. NéanmoinsJa cérémonie fut triste : on n'avait aucune nouvelle de l'armée, el nombre de spectateur~
disaient :

__ ~

- Pauvre garde nationale ! . . . Tu ne tourmenta point; il me laissa du centre, ou pas encore. Toute la plaine de Sainl-Oenis, du
bizet, c'est-à-dire sans être habillé, ce qui côté droit du Canal de l'Ourq était couverte
marches que trop bien !. ..
de nos troupes, et de celles ennemies, mais
Le bruit courut dans la soirée qu'une m'a évité bien des corvées. »
Quoique peu fanatique du senice, il n'en l'action n'était pas encore engagée. Je ,·is
forte colonne ennemie était à Meaux et se
dirigeait sur Paris. On ne s·en inquiéta pas était pas moins bon patriote et eût bravement exécuter différentes manœuvres, ce qui me
outre mesure, espérant qu'elle serait battue. fait son devoir comme les autres. «J'étais faisait présumer que l'affaire ne commenceMais le lundi 28, on apprit qu'elle s'avançait hien résolu à aller me battre si j'1• étais con- rait de ce côté qu'à dix ou onze heures. Cc
toujours. Aussitôt, une foule inquiète en- voqué; mais j'eusse acheté un haLit sur-lc- qui eut lieu.
« L'endroit où le feu était le plus vif, c'écombra les abords des portes Saint-Denis el champ aJin de n'être point fusillé si j'étais
tait entre le côté droit de Pantin et le village
Saint-Martin, pour interroger ceux qui arri- pris. l&gt;
vaient par là. C'était une débàcle indescripCependant, on entendait toujours le canon, des Prés-Saint-Gervais, la butte de Romaintible : plusieurs milliers de véhicules chargés mais on était sans nouvelles. M. D... , qui ville et la huile Saint-Chaumont ; toutes les
de meubles, de provisions, d'enfants el brûlait d'en avoir, proposa, vers quatre hau leurs étaient com·ertes de notre artillerie,
d'animaux jetés là, pêle-mêle, dans la htllc heures du matin (le 29), de faire une pa- qui faisait un feu roulant ; nous avions aussi
de fuir, entraient dans Paris, pour y chercher trouille jusqu'à 1a barrière de Pantin, pour des balleries au pied des hauteurs et dans
asile. Des bœufs, des veaux ou des cochons, aller aux renseignements. Mais la garde la plaine. Notre cavalerie et notre infanterie
égarés dans celle cohue, y semaient un bruyant nationale ayant pour unique mission (à part s'étendaient depuis l'étang de Montfaucon
désarroi. De malheureux paysans affolés les cinq premières compagnies) de veiller à la jusque près de Pantin. L'ennemi occupait le
avaient perdu leurs bestiaux ou leur famille, tranquillité publique; on ne voulut pas l'y reste.
et une pauvre mère qui avait juché ses sept autoriser. Enfin, à 6 heures du matin, son
« Je vis plusieurs charges de cavalerie.
enfants sur une charrette n'en trom-a plus capitaine le laissa partir. Il rentra un instant L'ennemi monta trois fois à l'assaut, pendant
que six en arril'ant à Paris.
chez lui, pour embrasser sa mère el sa sœur que j'étais 11,, et fut chargé ù mitraille, avec
Le même jour, une proclamation du prince qui ne s'étaient pas couchées, et aussi pour une perte considérable. Voyant qu'il ne pou.Joseph annonça le départ de !'Impératrice et prendre quelquechose de chaud ....
vait enlever les positions, il se décida à les
fit appel au courage de la garde nationale.
« Je partis donc, dit-il, pour la barrière tourner. Alors, le fort de l'allaque fut derOès lors, chacun se Lint prèt à marcher au Saint-Denis, que je trouvai fermée. Après rière les Prés Saint-Genais, jusqu'à ce que,
avoir fait plusieurs autres barrières, je sortis le combat s'éloignant toujours derrière les
premier signal.
« Nous dinâmes chez M. Perrier-Legrand, avec beaucoup de difficultés par celle de la buttes, je ne vis presque plus rien. Et les
batteries ayant changé de
raconte le journal de M.
direction, on me dit qu'il
D... ; et pendant le diner,
nous commençâmes à enétait prudent de me retirer;
ce que je fis.
tendre le canon. Un monsieur vint nous annoncer
cc Je rentrai dans Paris
que l'on se battait vivement
par la barrière de Belleville,
et j'allai voir ma tante Jacentre Saint-Denis et Panquet, rue du Faubourg-dutin, el que plusieurs maisons d'Aubervilliers étaient
Temple, qui avait passé la
en feu. Cette nouvelle efnuit dans les transes, plusieurs obus élan t tombés
fraya beaucoup ces dames,
qui revinrent de bonne heure
dans le faubourg, et les
et s'occupèrent de cacher
batteries de Ménilmontant,
ce qu'elles avaient de plus
de Saint-Chaumont el du
Père-Lachaise, qu'elle aperpr~cieux. Aussitot après diner, je retournai au corps
cevait de ses fenêtres,n 'ayant
cessé de faire un bruit soude· garde, où l'on ne s'octenu.
cupa que de nouvelles plus
c1 Je rentrai au corps de
contradictoires les unes que
garde, me promettant bien
les autres, s'attendant d'un
d'être relevé et d'aller me
moment à l'antre à être
reposer. Mais je fus cr~elmené au feu. A minuit,
lemen t trompé : à midi, on
on vint nous annoncer que
nous annonça qu'il fallait
l'on battrait le rappel à trois
redoubler! Nous passâmes
heures du matin et que tous
toute la journée dans l'agiles gardes nationaux se tinstation, entendant sans cesse
sent prêts pour cette heure.
le canon du côté de MonLe rappel fut en·effet battu
treuil el de la butte Montdans tout Paris ei l'effroi se
martre, et au milieu des
mit dans la ville. La canonnouvelles les plus différennade continuait toujours. ll
tes. Plusieurs courriers traLe mardi 29, notre bourversaient Paris de temps en
geois était de garde à la
temps en criant :
place Saint-André-des-Arts,
cc Victoire L.. On a
cl il s'estima fort heureux
d'ètre, par cela même, disfait 8 000 prisonniers l Le
L'ORGANISATIOX__DE L.1 -GARDE NATIONALE DE PARIS. - D'après l'aquarelle à'Op12.
roi de Prusse est pris ! Vive
pensé d'aller au feu! &lt;1 J'avais toujours évité d'être
!'Empereur! L'Empereurest
grenadier, et lorsqu'on voulu l me faire chas- Boyauterie, et je m'avançai sur la route de depuis ce matin à l'affaire!. .. Il vient d'arriseur, je représentai ma ~rande taille qui s'y Pantin, un peu plus loin que la petite Villelle, Yer avec 6 000 hommes !. .. On l'attend dans
opposait, de sorte que le capitaine ue me jusqu'à une batterie de canons qui ne ;ouail une heure, a1·ec 20 000 hommes !. .. L'en-

�, - - 111ST0'/{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
UNE PAGE D'111ST01'JfE -

nemi n'a que ;;5 000 hommes! etc... etc.... droite pour aller se concentrer sur la route de lauriers. Il lui fallait à tout prix la paix et le
&lt;( JI y eut, à 5 heures, une aler!e, alfrcuse
Fontainebleau.
' repos que le terrible Empereur n'avait pas
pour tous ceux qui se trouvaient alors dans
&lt;( De )feaux à Paris, dit le manuscrit de
voulu lui donner. On se murmurait tout bas
les rues. Tout le peuple, hommes, femmes, M. D... , la perte de l'ennemi est évaluée à que tant, qu'il serait lt, on n'aurait pas de
enfants, gardes nationaux eux-mèmes, en- 10 ou J3.000 hommes, et dans l'affaire sous répit. Aussi sa déchéance, après la capitulatrainés par le torrent, se précipitèrent depuis Paris, depuis le mardi 29, à /4 heures, jus- tion, fut-elle en quelque sorte une promesse
le boulevard de la porte Saint-Denis, jus- qu'au lendemain, mercredi 50, à 5 heures, de calme et de concorde. On accueillit les
11u 'au pont Saint-Michel, en criant: .
·' onl'estime à 16 ou 17. 000 hommes ; et la alliés, non comme des vainqueurs, mnis bien
&lt;( Voilà l'ennemi!. .. Fermez les bouli-; nôtre à 3 ou /4.000 seulement. Ce que je comme des pacificateurs. Si l'amour-propre
ques 1. .. Aux armes! ...
puis assurer, c'est qu'ayant visité Je champ national souffrit de celte humiliation inac&lt;( Madame Dubreuil,qui était alors dans la
de bataille, je trouvai six à sept corps russes, coutumée, par contre, le sens pratique ne vit
rue aux Ours, n'eut que la force d'accourir contre un français. Jl
là qu'un événement heureux pour tous, qui
chez elle, sur-le-champ, dans une agitation
Aussitôt la capitulation signée, les autori- mettait fin aux chevauchées el aux hécatombes
difficile à dépeindre. Celte terreur panique tés se hâtèrent de quiller Paris. La garde inutiles. Qui veut la fin, veut les moyens: si
fut produite par deux causes :
nationale veilla it l'ordre et à la tranquillité. les alliés furent les bienvenus, c'est qu'ils
&lt;( La première : un officier polonais blessé
On dut calmer l'éffervescence populaire qui apportaient la paix!. ..
rentra dans Paris en disant :
n'acceptait pas la défaite. c1 Les ou1-riers et
M. D.. . qui était fatigué, lui aussi, étant
&lt;( Nous sommes perdus! ... \'oilà l'en- les anciens mili Laires assaillirent les mairies resté de garde pendant quarante-huit heures
nemi!
pour avoir des armes. On leur dit qu'il n'y ·consécutives, décrit la cérémonie en ces ter&lt;( Un garde national qui l'entendit lui Jit :
en avait pas, et l'on sait aujourd'hui qu'on a mes, dont la bienveillance semble aujourd'hui
(( - Yous feriez mieux de crier : Yire trouvé, dans les arsenaux, 59.000 fu~ils. étrange, et presque choquante :
!'Empereur, ou de vous taire !
D'où peut venir celte indigne trahison?...
(( Le jeudi, 31 mars, nous f1'.imes relevés
&lt;( Le Polonais tira · sur le chasseur et lü
Au surplus, nous en sommes bien heureux à midi. Loin de m'en aller repo~er,je courus
manqua. Mais celui-ci ne manqua pas l'offi- aujourd'hui ! »
aussitôt avec Mourcin rnir l'entrée de !'Empeciu!
·
·
... Yoilà le cri du cœur !... Le peuple, reur de nussie et du fioi de Prusse. Elle se
C( La deuxième : un peloton de grenadiers
fatigué par vingt ans de guerres, fit : C( OuI !Il_ fil dans le plus grand ordre. 50.000 hommes
nationaux conduisait une
environ des· troupes im pévingtairie de prisonniers. La
riales d'élite défilèrent sur
foule était telle qu'ils cherle boulevard, depuis la
chèrent à s'échapper. Alors
portP. Saint-Denis jusqu'aux
on tira sur eux. Le peuple,
Champs-Élysées, au milieu
entendant cette fusillade et
d'un peuple immense qui
royant des Russes courir
ne cessait de témoigner son
dans les rues, crut que tout
allégresse et son enthouétait perdu et s'enfuit en
siasme, et de crier : c( Vijetant l'alarme partout. »
vent !'Empereur, les EnneOn voit que cette petite
mis, le Roi de Prusse, les
chronique reproduit fidèleAlliés, les Bourbons !. ..
ment les péripéties de celte
etc... » ce qui me déplaijournée. Cc sont les petits
sait beaucoup ainsi qu'à
côtés de l'histoire, narrés
Mourcin, puisqu'on n'était
familièrement à un ami,
encore rien moins que sûr
mais ils nous révèlent,
des intentions de Leurs Mamieux que les récits offijestés. D'ailleurs, comme
ciels, l'état d'àme de Paris
nous savions que les Anglais
anxieux. Le bruit de la caentraient pour beaucoup
nonnade ne cessa que vers
dans la conduite des puiscinq heures du soir. Les
sances alliées,
uns disaient qu'on arait ca« 1'imeo Britam1os et dona (epitulé, les autres croyaient
( rentes! .. .
à une simple trê1·e, d'autres enfin assuraient que
• c1 ... Mais depuis, la conl'ennemi, repoussé, 1·oulait
duite des souverains vainpasser l'eau à Bercy et tenqueurs a été telle, qu'elle
ter une nouvelle attaque au
force tout le monde à une
sud de Paris par les baradmiration générale. Simrières d'lvn, de Fontaineplicité, bonté, politesse,
bleau et du ·Maine. En effet,
cgards pour les Français,
les portes de ces barrières
éloges continuels de notre
furent renforcées; plusieurs
bravoure et de notre coubatteries d'artillerie allèrent
rage, réponses pleines d'aprendre position sur la
mabilité, grandeur d'âme,
route de FontaineblE:au.
magnanimité, ils n'ont rien
L ' .\HL:-ITE DES NOU\'EL,LES, DEVA:-ST LES PAXORAllAS ET LE THÉATRE DES VARIÉTÉS.
Toute la soirée, on demeura
négligé de ce qui peut leur
D'après l'aquarelle d 'Qp1z.
dans · l'incertitude ; vers
concilier l'amour et l'es lime
Pantin, le canon tonnait endes Français, et l'on peut
core, par intervalles. Ce n•~st qu'à minuit loul co111me le bon bourgeois qui écrivait ces dire que, si cette conduite est bien-politique,
seulement qu'on apprit la capitulation, grâce lignes. La France était saturée de gloire ; elle elle n'en est pas moins pleine de vertu.
au passage des troupes qui é1•acuaient la rive demandait grâce, écrasée sous le poids de ses
(C Alexandre a une figure aimable et gra-

cieuse : il est bien fait, bel homme, seulement un peu trop gros, spirituel et bon ; il
joint à cela un courage intrépide et l'amour
de tous ses peuples. Entre autres mots pleins
de grâce qu'il dit aux Français, on cite ceuxci : le jour de son entrée, une jeune femme
bien légère lui dit :
c1 Sire, nous vous attendions depuis
longtemps ! ...
c1 - J'aurais désiré venir plus tôt, répondit-il. Si j'ai tant tardé, n'en accusez que la
bravoure française 1
&lt;( Une autre dame lui présenta une pétition
pour lui demander l'exemption des impôts
qu'il mettrait en France.
c1 - Le bon accueil que les Parisiens m'on L
fait, dit-il, en est la quittance.
&lt;( - Je ne suis pas étonné, dit-il aussi, que
les rois de France abusent de leur pouvoir.
Les Français les gâtent trop I Qu 'on est heureux de commander à de pareils peuples !...
&lt;( C'est la garde nationale qui fait le service
auprès de sa personne, dans ses appartements. La garde russe bivouaque dans la rue,
autour de son hôtel. Il était d'abord logé
chez M. de Talleyrand, mais depuis plusieurs
jours, il est à l'Elysée-Bourbon.
C( Le duc Constantin, son frère, ressemble à !'Empereur, mais en laid. Il a les cheveux presque roux, la figure rogue, et l'œil
méchant. Je l'ai vu plusieurs fois et toujours
en colère. Il paraît qu'il adore son frère.
« Le roi de Prusse est grand, mince sans
être maigre : un air de bonté est sur toute sa
figure, qui n'est pas, d'ailleurs, très expressive.
« L'Empereur d'Autriche est sec et maigre, grand, mais courbé sur son cheval, la
poitrine étroite, rn tenan L mal, une figure
longue, maigre et insignifiante, quoique avec
des traits assez forts.
«Le Comte d'Artois (') est bien. Il est encore très vert ; il a de fort belles dents, il se
tient bien à cheval, a bonne tournure, l'œil
vif, le teint animé, un air chevaleresque,
bon, et loyal; il est aussi fort aimable. l&gt;
Il est facile de s'apercevoir que l'auteur
de la lettre est un royaliste convaincu et un
ami de la paix. Peut-être a-t-il, pour les
besoins de sa cause, exagéré quelque peu
l'enthousiasme de la foule, mais, en somme,
il dit la vérité !
... Le lendemain, 1er avril, il va l'isiter le
champ de bataille avec son ami Mourcin.
Suivons-le dans ms curieuses pérégrinations :
(l ... Nous traversâmes, dit-il, tout le village de Belleville, qui était entièrement
ravagé et dont les malheureux habitants
achevaient d'emporter ce qui avait échappé
au pillage. Au bout du village et dans la rue
du Pré-Saint-Gervais, nous nous trouvâmes
presque seuls au milieu de Cosaques qui
s'étaient logés dans les maisons et qui gardaient leurs bagages. Quand nous fûmes à
la dernière maison de Belleville, nous trouvâmes la concierge, qui nous avertit de ne
pas trop nous avancer, cela n'étant pas
1. Plus lard, Charles X.
VI. -

HisTORJA, -

prudent. Nous allâmes, tant que nous vîmes
des bourgeois épars çà et là. Enfin, ennuyés
de revenir vingt fois sur nos pas et de ne point

à ne pas aller plus avant, disant que cela
n'était pas sûr, que Pantin était infesté de
pillards, qu'il n'y restait plus que huit habi-

L'ENTRÉE DES ALLIÉS DANS PARIS PAR LA PORTE SAINT-MARTIN, LE 31 MARS 18q.

Gravure de

LEVA CHEZ,

d'après le dessin de

parcourir une ligne fixe, nous fimes un appel
pour réunir tous ceux qui voudraient, comme
nous, parcourir les buttes jusqu'au bas du
bois de Romainville, descendre derrière Je
Pré-Saint-Gervais, traverser la grand'route,
sous Pantin, et rentrer à Paris par le
canal de ]'Ourcq. Notre petite troupe se grossit jusqu'à vingt ou trente personnes. De
temps en temps nous voyions passer deux ou
trois Cosaques isolés, mais ils ne nous dirent
rien.
c1 Le village ilu Pré-Saint-Gervais étant
rempli de Cosaques, dont les chants se faisaient entendre de loin, nous résolûmes de
ne point le traverser et de tourner autour ;
mais, en approchant de ce village, une partie
de la troupe, intimidée par leurs hurlements
bachiques, retourna sm· ses pas; et le reste
continua à examiner le champ de bataille,
couvert de débris d'armes, de chevaux, de
cadavres, et à visiter les positions. J'étais
surtout curieux d'examiner le terrain où
j'avais vu combattre l'avant-veille.
c1 Nous avions à peine dépassé le village
du Pré-Saint-G.ervaîs, qu'un homme arriva,
en nous disant que les Cosaques tuaient dans
le bois de Romainville tous ceux qu'ils •rencontraient seuls, et qu'ils les dépouillaient.
Nous entendîmes en effet plusieurs coups de
fusil. Comme notre dessein n'était pas d'y
entrer, nous continuâmes notre marche vers
Pantin, mais une autre partie de la troupe
en fut effrayée, et tourna bride.
cc Nous nous dirigions sur Pantin, lorsqu'un habitant de ce village nous engagea

PÊ CHEUX.

tants, qui tremblaient de peur. A ces mots,
le reste de la bande s'enfuit, et nous eûmes
bien de la peine à en retenir deux avec
nous!
. « Nous traversâmes alors la ruelle de
Pantin qui coupe la grand'rue du Pré-SaintGervais et va rejoindre la route de Pantin en
descendant vers Paris. A peine étions-nous
engagés dans cette ruelle, que nous vîmes
déboucher de l'autre côté une douzaine
de Cosaques, qui, heureusement, ne nous
firent rien. Nous suivîmes le chemin qui
bordait leur camp, et nous arrivâmes sans.
encombre à la grand'route. Là, nous fûmes
en toute sûreté, au milieu d'un camp de
troupes russes de toute espèce : nous le
parcourûmes dans tous les sens et arrivâmes sans accident à la ville et très contents
de noir~ expédition. l&gt;
L'odyssée, drôlement contée, serait comique si elle n'était pas accomplie au milieu
des ruines fumantes et des cadavres encore
pantelants. Ce bourgeois, âme peu sensible,
ne vers(;! aucun pleur sur ce carnage, et décrit
allègrement cette promenade funèbre, comme
une simple visite au Jardin des Plantes. C'est
avant tout un curieux qui veut tout voir et
tout savoir, pour que l'ami de province auquel il écrit soit émerveillé de le voir si bien
renseigné.... Et il note mille observa Lions
instructives sur les mœurs des alliés.
(l Ils tiennent de la brute, en ce qu'ils
n'écoutent que leurs premières idées et leurs
passions. Lors,iu 'ils ont bien à boire et à
manger, ils sont fort doux et sociables ;

Fasc.44.
12

�..-

111STOR,.1.ll

passé cela, ils sont féroces et méchanls. Ils
sont toujours pillards. La troupe régulière
est plus policée. La troupe allemande est

eux,. présidés par M. de Talleyrand, homme
à double face qui avait eu l'esprit de se faire
arrêter à la barrière, afin de paraitre rester à

BIYOUAC DES TROl'PES RUSSES AUX CHAMPS~ÉL YSEES.

bonne par nature et par caractère. Le régiment le plus cruel et le plus terrible est celui
des hussards rouges de Russie. Nous exaruinàmes leur costume, leur tournure, leurs
manières, leur cuisine, qui nous fournirent
des détails fort intéressants.

Les 2, 5 et 4 avril, nous visitâmes les
camps des Champs-Elysées, de !'École Militaire et de )lontrouge. Nous vîmes plusieurs
fois l'Empereur de Russie, tant à ses croi-

sées que dans ses promenades. Il sort accompagné seulement de deux ou trois seigneurs
russes, et, le plus souvent, de quelques
jeunes gens à cheval, et entouré d'une foule
immense de peuple. Comme on lui reprochait
de trop s'exposer :
{&lt; Je sais, dit-il, que, parmi les Français, il n'y a pas d'assassins! ...
« Le roi de Prusse et son fils, le prince
Guillaume, allèrent un matin, en simples
particuliers, dans l'Église de l'Oratoire. Le
ministre, qui aperçut deux étrangers, vint à
leur rencontre, et, les reconnaissant, voulut

leur faire apporter des fauteuils. Mais le roi
le remercia et s'assit sur un banc de bois,
avec son fils. Après le service, ils prirent

leurs chapeaux et s'en furent à pied. Quelle
simplicité!. .. J&gt;
M. D... qui était décidément un esprit
acri[, aborde ensuite les questions politiques
et raconté comment s'e bt la déchéance de
Napoléon, &lt;t prononcée par ces mêmes êtres
qui, pendant quatorze ans, ont été cause de
nos malheurs par leur làcheté, leur faiblesse,

et surtout leurs viles adulations ! )J
cc Le jour de la capi1ulation, quelques
sénateurs; plus hardis et qui avaient· toujours
tté du parti de l'opposition, se réunirent entre

Paris par force. Ils délibérèrent sur ce qu'il
convenait de faire, et se rendirent de suite
chez M. deChabrol,préfet; ils lui dirent qu'il
n'y avait pas un instant à perdre, qu'il fallait
lever le masque, et se déclarèrent en faveur
des Bourbons. M. de Chabrol hésitant, ils
s'assemblèrent le lendemain. 51 mars, après
avoir fait ouvrir les portes du Sénat dont on
avait emporté les clefs, et nommèrent une
commission provisoire de cinq membres
pour motiver la déchéance de Napoléon.
« Ce rapport fait, ils prononcèrent cette
fameuse déchéance, qui aurait dù être faiLe
deux ou trois ans plus lôl, sans le secours de
!'Etranger.lis nommèrent ensuite un ~ouvernement provisoire sur l'invitation de !'Empereur de Russie, qui les engagea 3. se donner
une constitution et 3. choisir le genre de
gouvernement qu'ils voudraient. Ils rappelèrent Louis XVIII au trône et firent une
constitution qui les rendit encore plus méprisables qu'ils ne l'avaient jamais été. On
pouvait jadis excuser leurs flatteries en les
regardant comme forcées, et auJourd'hui que
les hommes sont libres de leurs opinions, ils
profitent de cette liberté pour se donner, au
détriment de l'Elat, des charges beaucoup
plus belles que celles qu'ils possédaient, et
de se les donner héréditairement, eux qui ne
les possédaient qu'à vie, et qui, sous un
changement de gouvernement, de\·aient s'attendre à èlrependus. D'autres devaient s'élever dans l'opinion publique, et prouver que,
lorsqu'ils n'étaient pas contraints, ils étaient
dignes de leur rang; mais non t ils. ont la
bassesse de s'approprier, 3. eux seuls, les
immenses revenus du Sénat, et ceux qui partageront avec eux le siège curule n'auront rien.

a M. le comte d'Artois, dans sa réponse au
Sénat, a passé sous silence ce qui concerne le
traitement et l'hérédité, de sorte que l'on
espP.re que ces articles seront supprimés. On
travaille, dit-on, à une nouvelle constitution.
Il a parlé froidement aux sénateurs et a dit
au Corps Législatif des choses très natteuses. &gt;&gt;
Le journal raconte ensuite la cérémonie
religieuse qui eut lieu le jour de Pâques sur
la place Louis XV. Une messe solennelle fut
dite sur un immense autel, en présence des
souverains et de toute l'armée. Les maréchaux
de France eurent l'honneur de baiser le
crucifix les premiers, par une courtoisie des
ninqueurs. Puis l'Empereur de Russie embrassa le maréchal Ney. 8ingulier spectacle
que celui de ces adversaires frateruisant publiquement, tandis que Napoléon déchu prenait
le chemin de l'exil 1. .. Une grande revue
termina cette solennilé.
&lt;t Les Russes sont fort embrasseurS-, ajoute
M. D... ; ce qui est fort singulier, c'est que
l'Empereur lui-même ne peut se dispenser
d'embrasser un serf, lorsque celui-ci lui
présente un çeuf, ou seulement lorsqu'il lui
en témoigne le désir.
CL •• La police est fort bien faite à Paris
par la garde nationale, conjointement' aŒc
les troupes russes. Les soldats impériaux sont
doux et sociables, du reste lourds et presque
sans jugement. Ce sont de vraies machines
que l'on mène avec une sévérité excessiye: .
il est curieux de voir un régiment d'hommes
de six pieds et très robustes obéir aveuglément à nn enfant de quatorze ou quinze
ans parce que c'est le fils de leur podestal.
JI n'entre point dans la tête d'un Russe qu'il
puisse jamais devenir officier : il n'y en a
presque pas d'exemple. L'Empereur en nomma un à l'affaire de Paris pour avoir fait
prisonnier un général. Encore sa\'ait-il lire Pl
chiffrer, servait-il depuis dix ans, et avait-il
mérité la croix, par sa bravoure. Presque tous
les soldats de la garde sont décorés d'une
médaille d'argent; on pourrait regarder cela
comme une amulette ou une relique : c'est
une médaille en actions de grâce à la Providence, pour la campagne de 1812. Tous ceux
qui sont entrés à Paris en auront pour ce fait
d'armes, ceux seulement de la garde et ceux
qui se sont battus. Cardans les trois premiers
jours, nous avons vu défiler, par la rue SaintJacques, la rue de la Harpe, le pont d'Austerlitz
et la rue du Bac, plus de -150,000 hommes
qui 3e dirigeaient sur Orléans et Fontainebleau.
c&lt; Le mardi 12 avril,
l'entrée du comte
d'Arlois a été une fêle universelle. C'est alors
qu'il convint réellementd'e.xpriruer son enthousiasme et sts sentiments. Au mOins nous
avons urr chef de la famille royale! ... Le gouvernement provisoire lui a été déféré aussitôt
son arrivée.
« Le 15et le 14, j'ai été de garde au PontN.euL Les Russes couchenl sur le pavé, sans
paille, la tête sur leurs sacs. Pour nous, nous
occupons le corps de garde où nous avons un
lit de planches .
« Le-15,entréedel'Empereurd'Autriche. »
Suivent quelques mots sur les transes

�H1STO'J{1.Jl

----------------------------------··

mortelles éprouvées par une bonne dame
dont le fils aîné, polytechnicien improvisé
canonnier, s'était battu courageusement sous
les murs de Paris. La lettre raconte ensuite
un incident de la capitulation:
« M. le duc de Raguse avait capitulé, pour
lui et son cor.ps d'armée, à 4 heures après
midi : il devait se retirer avec armes el
bagages, pour que la ville pût capituler aussi:
mais à deux heures du matin les maires
n'étaient pas encore à Bondy où était l'Empereur de Russie. Il les reçut d'abord assez
·vivement, leur faisant de grands reproches de
leur négligence et de ce que, par leur retard,
ils avaient compromis le salut de Paris ; mais
ensuite il leur parla avec sa bonté ordinaire:
il leur dit qu'il avait été obligé, pour retenir
ses soldats, de leur faire de grandes distributions d'eau-de-vie, et de les faire danser, - ce
qu'ils aiment beaucoup. »
Arrivons maintenant à la partie la plus
curieuse de ce journal, qui vient d'évoquer
une grande page d'histoire d'une façon si
familière et si bon enfant. M. D... , ayant fini
de raconter ce qu'il a vu, pense qu'il faut
conclure; et comme il a du style et de la
jugeolte, il n'hésite pas à risquer un petit
essai sur la situation générale du pays et de
son empereur. Et ce qui donne à cette appréciation toute personnelle un intérêt énorme,
c'est que, vraisemblablement, toute la classe
moyenne avait une opinion identique. Une
lettre intime est, par cela même, sincère:
elle ne peut que fournir la note exacte d'une
époque, n'ayant, en somme, aucun intérêt à
falsifier !'Histoire.
Voici les idées qu'exprime la lettre, au
sujet de Napoléon :
« Aujourd'hui que Napoléon est à bas,
ceux même qui ont été les plus vils auprès
de lui sont les.premiers à le déchirer. Je hais
celle sorte d'injustice, résultat de la haine ou
de la passion qui fait voir tout ce qu'un
homme a fait de mal, sans examiner ce qu'il
a fait de bien ; qui donne à ces actions un
motif beaucoup p,lus odieux que celui qui le
fait agir. Sans doute, je me réjouis avec toute
la France de ne plus l'avoir à notre tête.
Moscou ni Dresde n'ont pu le corriger de
son ambition (encore n'est-on pas certain
qu'il ait pu faire la paix); et sans ajouter
tant d'autres calomnies sur son compte, il
suffisait qu'il fùt ambitieux et conquérant
pour faire le malheur de ses peuples. Il faut
aussi que la prospérité el les lâches flagorneries de ses ministres lui aient fait perdre
la tête et l'aient privé de jugement, en ne lui
laissant que le dérèglement d'une ambition
sans mesure. }lais je ne puis supporter qu'on

dise de lui qu'il aimait le sang, qu'il se gorgeait de sang, qu'il faisait massacrer des
milliers d'hommes par plaisir, qu'il a tout
corrompu et tout détruit, qu'il n'a fait que
du mal, que des sottises, etc ...
&lt;&lt; Sans doute, la somme du mal qu'il nous
a fait est mille fois au-dessus du bien, mais
elle ne vient pas de cruauté. L'effet est le
même, mais le motif moins odieux. S'il avait
ressemblé à Tibère ou à Néron, comme on le
dit aujourd'hui, il n'aurait pas régné en
France; et dans tout le cours de son règne,
il ne s'est pas trouvé un homme qui crût
avoir des raisons suffisantes pour l'assassiner l
Peut-on oublier qu'il mit fin à nos guerres
civiles et sut concilier avec adresse les différents partis? Il ramena l'ordre et la tranquillité, fit respecter et rétablir la religion presque
anéantie dans la Révolution. li mit sur pied
les écoles et les collèges qui, loin de détruire
l'éducation, permettaient à un pauvre de recevoir, pour 60 francs par an, la meilleure
imtruction. Sans parler de toutes les écoles
primaires et de tous ces établissements gratuits, il fit refleurir les sciences et les arts,
encouragea toutes sortes de talents et d'industries, remit les lois en vigueur, en créa de
nouvelles, porta ses grandes vues sur toutes
les branches de l'administration, de sorte que
l'Etat n'éprouvait plus la moindre dilapidation; il s'illustra par de nombreux monuments, tant d'utilité que de luxe, fit ouvrir
les plus belles routes et les plus beaux
canaux à travers les rochers, les montagnes
et les marais ; plus fameux encore par ses
victoires etses conquêtes, il commença d'abord
par préserver le sol français de toute invasion
ennemie et sauva la France par la défaite de
~lelas ; bientôt, songeant à raffermir sa puissance et la nôtre, iI porta l:t guerre chez
l'étranger, et fit repentir les souverains de
n'avoir point soutenu la cause des rois, vengea ainsi la France des maux qu'ils avaient
allirés sur elle, etc... n
Cette longue et élogieuse &lt;&lt; tartine », qu
n'en finit plus, ressemble singulièrement à un
article de dictionnaire, ou à quelque résumé
de manuel à l'usage du baccalauréat .... Fort
heureusement pour l'auteur, aucun ouvrage
classique ou autre ne relatait, à cette époque,
les bitnfaits de Napoléon, sans quoi on eût
pu croire que M. D... y avait tout bonnement
copié le passage relatif à ce grand homme,
dans le but perfide d'éblouir le provincia
auquel il écrivait .... li continue sur un ton
un peu moins didactique :
&lt;&lt; Je sais qu'il est impossible de lui pardonner l'affaire d'Espagne, celle des gardes
d'honneur et son ambition . Aussi était-ce,

en résultat, un malheur pour la France que
d'être gouvernée par lui, tandis qu'elle n'aurait jamais eu de meilleur souverain s'il
eût été sage. Aujourd'hui qu'il a tout perdu,
on l'accuse de lâcheté parce qu'il ne s'est pas
tué. Lui, lâche?... Il a toujours été au poste
le plus périlleux, et des milliers de soldais
ont été moissonnés à ses côtés; il y a souvent
plusde courage à ne pas mourir, et peut-être,
prévoit-il qu'il pourra encore jouer un rôle
important. On le dit fort malade. JP, voudrais
pour notre tranquillité, qu'il mourût; j'en
serais fâché pour la gloire des empereurs.
&lt;! li se portait très bien il y a cinq jours;
il supporta sa déchéance avec beaucoup de
sérénité:
- « Je m'en f... ! dit-il. Je ne suis qu'un
soldat!. .. J'aurai assez d'un louis par jour!. ..
r&lt; Ce dont il fut le plus alfecté, c'est d'ètre
abandonné de ceux qu'il croyait lui être trè~
attachés. Les soldats de sa vieille garde lui
ont été plus fidèles. C'était à qui le suivrait
dans son exil; il est toujours à Fontainebleau.
&lt;&lt; Je me suis bien trompé, a-t-il dit, en
recevant sa déposition; je croyais agir pour
la prospérité de la France, et je n'ai fait que
son malheur 1...
11 L'histoire d'Allemagne offre plusieurs
exemples de souverains dépo~és, qui ont vécu
ensuite comme simples particuliers, notamment Othon IV et Wenceslas. L'accusation du
pillage de Paris el d'a,oir voulu faire sautrr
la poudrière, ainsi que beaucoup d'autres
non moins odieuses, ne sont point avéréfs,
il s'en faut de beaucoup. Néanmoins, nous
en voici débarrassés, Dieu soit loué! Le sénatus-consulte du 2 avril lui a fait plus de mal
que toutes les armées alliées; il aurait
peut-être fini par les battre pour notre
malheur! ... »
Ici prend fin Je manuscrit de M. D.... C'est
en somme une véritable chronique, pleine de
détails intéressants, qui fait revivre cette
page d'histoire beaucoup mieux qu'un banal
compte rendu. Et ce qui en fait le principal
mérite, c'est la franchise et la simplicité. Si
le document passe à la postérité, c'est par
surprise; l'auteur n'arnit certainement pas
envisagé cette éventualité improbable, et c'est
pourquoi il a dit tout ce qu'il pensait.. .. Sans
quoi, il n'eût pas mis la même sincérité
carrée dans ses opinions personnelles, de peur
de se compromettre. Ce n'est qu'en pénétrant
l'intimité des vieux mémoires et des lettres
familières, qu'on peut évoquer la vraie physionomie d'une époque écoulée. C'est là, et
non dans le bref récit des batailles, que résident réellement l'intérêt et l'enseignement de
l' Histoire.
ROBERT

FRANCHEVILLE

Henry R\"IUJON, de l'Académie française.
dJ,:&gt;

Deux

r

La gloire est jolie femme. Les historiens,
redresseurs de torts, commettent volontiers
l'erreur de lui faire un bout de morale.
&lt;r Ab l que vous avez donc tort de ne point
aimer cet artiste, cet écrivain, ce soldat!
(Chacun cite un nom, au gré de ses préférences.) Cet homme-là était éperdument
amoureux de vous. Nul n'a mieux mérité
votre faveur. Il valait cent fois tel ou tel que
vous comblez de sourires. )J La grande capricieuse écoute poliment. Quand le sermonneur a fini de prêcher, elle répond ceci :
&lt;&lt; Tout ce que vous me dites de votre ami
est la vérité même. Mais que voulez-vous? il
ne me plaît pas. »
Elle aura toujours, celle Célimène, pour
justifier ses caprices, des raisons auxquelles
la raison ne comprend rien. A vrai dire, elle
n'en a qu'une seule: &lt;&lt; Je suis incapable
d'aimer par devoir. )J Tous les raisonnements
du monde viennent se briser contre un cœur
fermé. C'est infiniment triste, et d'une ré1·oltante injustice. Hélas! il en sera ainsi tant
que les philosophes n'auront pas trouvé le
moien de discipliner la femme et la gloire et
de créer le droit à l'amour.
Parmi les âmes en peine que cette coquette
s'obstine à dédaigner, il en est une, forte
entre toutes et haute à l'égal des plus hautes.
Les plus riches exemplaires d'humanité se
sont ,·us au seizième siècle, sur ces deux lerroirs de fécondité, l'Italie el la France. Le
génie, la vertu et le crime s'épanouirPnt alors
en fleurs prodigieuses. Notre Rabelais, docile
comme un écrivain public à la voix du siècle, sait bien ce qu'il fait en donnant à ses
héros des slal ures gigantesques; la mesquine anatomie de l'animal humain ne suffit
pas à la volonté de Pantagruel, non plus que
l'ordinaire intelligence à sa soif de curiosité.
Les champs de bataille, les ateliers, les académies, tous les domaines de la force et de
l'esprit se peuplèrent de géants. Il y eut, en
ce temps-là, sur la planète, un passage de
surhommes. A cette époque de miracle, qut:1qu'un de chez nous, un Français de vieille
souche, a résumé en lui les diverses manières
par lesquelles l'être humain peut se dépasser.
li a tout connu, celui-là, !out goùté, tout
aimé, tout servi. Dieu, d'abord. C'était pour
les âmes d'alors le besoin et le devoir premiers. Comment servir Dieu et le prier?
deux foules s'égorgèrent pour l'inquiétude de
ce problème. Des scélérals se firent miliciens
du ciel. Cependant, au milieu des tueries,
quelque chose d'exquis s'ébauchait, la souveraineté de l'humanisme. L'art était partout ; des saints maniaient le pinceau et les
capitaines faisaient des vers. Théologien, lati-

niste, artiste, musicien, orateur, poète, soldat surtout, fou de la guerre, héros constamment, héros quand même, héros toujours,
tel fut Agrippa d'Aubigné.
Il a été tout cela et magnifiquement. Quel
poème que cett~ existence enragée! Tout
l'humain s'y trouve exprimé au suprême.
Des mille aspects de la vertu, il en est un
dont le rayonnement obscurcit les autres : le
monde respPcte, entre tous, les mortels qui
ont méprisé la mort. D'Aubigné dansait à
dix ans devant le bûcher; le péril lui était
volupté. Il fut soldat avec ivresse et gaspilla son sang. L'histoire s'amuse des heureux qui ont su violer la fortune. Si son ironie leur pardonne, sa conscience appartient
aux cœurs fidèles; elle garde le plus pur de
son hommage pour ceux qui n'ont pas
changé. A quatre-vingts ans, d'Aubigné, en
son exil genevois, survivant à des haines
étrintes, cuirassé da ses vieilles colères, restait raidi dans sa foi ; son siècle avait couru
sans qu'il bougeât. Nous aimons encore qu'un
esprit guerrier se soit plu aux choses de la
paix ; ce rude porteur d'épée a joué du
théorbe el de la plume, il a chanté toute la
fête de la vie. Ce reitre méditait. Ce huguenot grondeur fit des poèmes d'amour; ce
ronsardisant, des épopées bibliques. Des facultés de génie autour d'une conscience imprenable, un rocher où poussaient des fleurs,

AGRIPPA D'AUBIGNÉ.

D'après un tab~au du temps.

voilà cette âme. En faut-il plus pour mériter
d'épouser la gloire?
Elle n'a pas voulu de cet amant.

Que les contemporains de d'Aubigné aient
méconnu en lui le poète et le penseur, tous
les manuels d'histoire littéraire expliquent
cela le mieux du monde. Son génie d'écrivain s'avisa d'apparaître, costumé aux vieilles
modes, avec des mots et des sentiments désappris, devant une France que Malherbe
avait habituée aux politesses du style el
Henri IV aux joies de la paix. Ce revenant
choisissait mal son heure pour remuer des
haines anciennes, pour parler des martyrs
à des politiques, et de la Bible à des ciseleurs de madrigaux, Pt de fidélité à des ralliés, et de rancunes à des oublieux. Ce lyrisme épique éclata comme une bombarde
importune au sein d'une rnciété pacifiée. Et
puis, pour dire l'héroïsme et donner son
verbe au sublime, une voix s'éleva aussitôt,
plus jeune et plus forte, qui couvrit ce hrui t
d'autrefois; et ce fut la voix de Corneille.
Tout le dix-septième siècle ignora tranquillement le poète des Tragiques et le conteur de
!'Histoire universelle. Imagine-t-on cet écho
de barbarie sous les quinconces de Versailles?
Une épaisse dalle funéraire s'abattit sur la
mémoire de d'Aubigné et son nom même
n'évoqua plus rien. Lorsque sa pelite-fille,
Mme de ~laintenon, devint quasi-reine, elle fit
peu pour ce grand-père incommode. C'était
un spectre maussade au chevet d'une chanoinesse galante que ce huguenot aux gestes de
prophète. La renommée de d'Aubigné sombra pour longtemps.
li a fallu, après deux siècles, la belle ferveur d'un Sainte-Beuve pour qu"on allât regarder au fond de la tombe de ce grand
mort. Les romantiques s'aperçurent que la
France de Charles IX et d'Henri III avait failli
avoir son Dante. Était-ce enfin l'heure de la
justice'!
Certes, d'Aubigné est aujourd'hui profondément respecté. Mais voyons! nous sommes
entre nous et il est vilain de mentir. Le lisezrnus? Je veux dire, le pratiqurz-vous assidûment, comme vous faites de Uontaigoe ou
de Ronsard. N'avez-vous pas cru lui payer
votre dette d'admiration, très suffisamment,
en pénétrant, une fois pour toutes, dans la
brousse épaisse de son génie? Aussi bien les
authologies sont là pour servir votre paresse;
c'est besogne d'érudits d'extraire les lumières
de ce chaos. Y aller 1·oir vous-même, avouez
que vous ne le faites pas souvent. Après tout,
je me demande de quel droit je me permets
de dire ainsi le confiteor des autres. Parlez
pour vous, me dira-t-on I Mon Dieu, si j'ose
me citer, j'ai achevé-mes humanités dans les
cafés que hantaient les derniers romantiques.
Les maitres de ma jeunesse savaient de d'Au-

�fiSTO'/t1.ll -------------------------------------------bigné des vers sublimes, de grands Yer~
larges où pas~ait un vent d'éternité. Ils les
disaient volontiers, mais c'étaient toujours
les mêmes qui revenaient à leur sou,enir. Et
j'avais ainsi la sensation d'épaves superbes
arrachées à un illustre naurrage. J'ai eu le
zèlt&gt; d'en connaitre plus. L'édition critique de
d'Aubigné se publiait précisément alors chez
notre ami Lemerre. Des guides excellents,
)Dl. Réaume et de Caussade, conduisaient les
pèl_erins de bonne volonté. li devenait presque facile de lire d'Aubigné. Par exemple, la
Création, je n'ai pas pu, je le confesse à ma
honte. Des Tragiques, je suis sorti écrasé,
ahuri, prostré, en toute admiration cela va
sans dire. Cette furieuse mêlée d'images m'a
semblé grandiose, et confuse aussi comme
ces prises d'armes où le vieux soldat de la
Bible lapait sur les crânes des papistes.
Misérables créatures de ,·oluplé que nous
sommes, nous demandons au génie le plai• 1
Sir.

li était malhabile, ce capitaine au cœur
indomptable, ce politique hérissé de rancunes, et maladroit ce poète sublime par
instants. Alors on comprend, sans l'excuser,
la cruelle réponse frivole : « li ne me plait
point. » Une heure de la vie de d'Aubigné
résume et symbolise l'infortune de sa destinée. M. Samuel Rocheblave, le mieux informé
de ses admirateurs et le plus persuasif, nous
raconte à nouveau le roman d'amour de son
héros. Cette idylle douloureuse avait été déjà
pieusement commentée par li. Henri Monod.
A vingt ans, Agrippa a follement aimé une
blanche jeune fille, la Diane de son poème du
Printemps. Ce fut, au lendemain de la SaintHarthélemy, dans l'horrible France de la
haine, un coin de fraîcheur adorable. C'est
l'heure de la vie de d'Aubigné, la seule, où
a sauvage énergie se soit reposée. Échappé

aux 11 Noces VPrmeilles », le partisan traqué
faisait halte au manoir de Talcy. La fille
de son hôte, Diane Salviati, une de ces fées
italiennes qui vinrent s'adoucir au pays ùe
Loire, était belle comme on l'est dans Ronsard. C'est elle qui a fait un poète du rude
batteur d'e~trade. D'Aubigné vieilli l'a proclamé : 11 Cet amour me mit en tête la
poésie. » Il a chanté Diane en parfait ronsardisant qu'il était alors, mais r,'est bien autre
chose qu'une musique de concert. Amour
exalté, frénétique, farouche, qui jeta un
reitre, dont le cœur était vierge, aux pieds
d'une merveille de séduction. C'était sa vie
entière et tout son être que d'Aubigné , ouait
à Diane Salviati. Leur histoire est la plus
simple du monde : il l'a aimée, elle ne l'aima
point. Elle aurait dû l'aimer. Il semble bien
qu'elle a es5ayé. C'est trop facile d'expliquer
par la coquetterie le stage cruel que celte
enchanteresse d'[talie fit subir à ce terrible
amant. Ils allèrent tous deux graver leurs
noms sur les chênes des bois de Marchenoir;
leurs mains s'enlacèrent. Diane poussa la
bonne volonté jusqu'au baiser; la tête orageuse de d'Aubigné eut parfois pour oreiller
la blanche poitrine où rien ne battait. Blessé
dangereusement dans une rixe, il fit vingt
lieues, la mort aux lèvres
1

Pour, entre ses deux bras, si doucement mourir.

Diane exécuta loyalement les gestes de la
correcte fiancée; elle s'assit au chevet du
malade el pansa ses plaies physiques. Elle ne
put guérir l'invisible blessure. Il comprit
alors. « Tu es émue, mais point attendrie! »
s'écria-t-il. Il s'évada de cette passion torturante et pensa mourir de s'être délivré.
Elle avait eu peur, la jolie Diane, de cet
amant Cl qui sentait la poudre, la mèche et
le soufre ». Cette âme profonde, mise à ou

devant elle, l'épouvanta. D'Aubigné avait fait
pour la froide idole quelques milliers de vers.
En prose, il a très peu parlé d'elle. li l'a
punie, pourtant, en montrant qu'une toute
petite âme habitait sa forme divine. Dans lt's
années qui suivirent sa rupture avec .Diane
Salviati, il faillit devenir un autre que luimême. c·est l'énigmatique période de sa , ie
où on le voit, oublieux du serment d"Amboise, hôte domestiqué des Valois, homme
de cour, lui, le soldat de Dieu, faisant des
ballets, les dansant peut-être, en grâce auprès de la reine-mère, en coquetterie avec les
Guisards, combattant à Dormans auprès du
Balafré. Diane, fiancée à ~[. de Laimeux, vint
alors à la Cour. Elle vil, dans un tournoi , son
adorateur de naguère, le plaintif compagnon
des promenades au parc de Talcy, déguisé en
figurant de carrousel. Et, sous ce costume
de mensonge, elle faillit l'aimer.
Diane Salviati, vous étiez charmante et
injuste, et criminelle et innocente, comme la
6loire elle-même. Vous avez pensé épouser
d'Aubigné, au moment même où il déméritait de l'amour. La postérité, belle Diane,
vous ressemble étrangement. Elle et vous,
vous vous plaisez aux tournois. aux escrimes
subtiles du talent, aux sub1iles élégances du
bien dire. D'Aubigné ne s'était déguisé que
pour un instant en joli homme. Il remit
pour toujours son armure guerrière. Et
toutes deux, devant ce triste amant magnanime, vous gardez votre moue dédaigneuse
et vous murmurez : 11 li est sublime, mais
que voulez-vous? il ne me plaît pas. » - Avec
plus de génie que bien d'autres, et des trésors d'héroïsme, d'Aubigné ne savait point
se mettre en parure pour aller dans le monde.
Ardemment amoureux d'une femme et éperdu
de gloire, il a rêvé de deux purs mariages el
les a manqués tous les deux.
HENRY

LE SALO:"! DE

1785,

AU LOUVRE,

ou FUT EXPOSÉ

LE PORTRAIT DE LA REINE AVEC SES DEUX ENFANTS, PEINT PAR 111ME VIGÊE-LE

Brn;x.

(Cc portrait se Yoit sur le panneau du fond, a gauche de la porte.)

FRANTZ FUNCK-BRENTANO
~

r

L'Affaire du Colliér

ROUJO?\',

de l'Académie française.

je dois à Dieu, ce que je dois au roi, ce que
je dois à l'État. ... » Un de ses amis l'interrompit : 11 Tais-toi, dct-il, tu mourras insolvable. »
~
~

Jamais BossuPt ne put apprendre au
grand dauphin à écrire une lettre. Ce prince
était très indolent. On raconte que ~es billets
à la comtess~ du Roure finissaient tous par
r.es mols : Le mi me {ait mander pou1' le
conseil. Le jour que celle comtesse fut exilée,
un des courtisans lui demanda s'il n'était pas
bien affligé. (1 Sans doute, dit le dauphin;
ruais cependant me ,·oilà délivré de la nécessité d'écrire le petit billet. »
~ Le maréchal de Biron eut une maladie
très dangereuse : il youlut se confesser; el
dit devant plusieurs de ses amis : &lt;1 Ce que

Un ambassadeur anglais à Naples avait
donné une fête charmante, mais qui n'avait
pas coùté bien cher. On le sut, et on partit
de là pour dénigrer sa fête, qui avait d'abord
beaucoµp réussi. Il s'en vengea en véritable
Anglais, et en homme à qui les guinées ne
coûtaient pas grand'chosc. Il annonça une
autre fête. On crut que c'était pour prendre
sa revamhe, et que la fète serait superbP. Ou
accourt. Grande afOuence. Points d'apprêts.
Enfin, on apporte un réthaud à l'esprit-dcYin. On s'attendait à quelque miracle. « Mes~ieurs, dit-il, ce sont les dépenses, et non
l'agrément d'une fêle, que vous cherchez :
regardez bien (et il entr'ouvre son habit dont

il montre la doublure), c'est un tableau du
Dominiquin, qui vaut cinq mille guinées;
mais ce n'est pas tout : voyez ces dix billets;
ils sont de mille guinées chacun, payables à
vue sur la banque d'Amsterdam. (li en fait
un rouleau, et les met sur le réchaud allumé.)
Je ne doute pas, messieurs, que cette fêle ne
vous satisfasse, el que vous ne vous reliriez
tous contents de moi. Adieu, messieurs, la
f ète est fi oie. i,
~ On faisait une quète à l'Académie française; il manquait un écu de six francs ou un
louis d'or. Un des membres, connu par son
avarice, fut soupçonné de n'avoir pas contribué; il soutint qu'il avait mis; celui qui faisait la collecle dit : &lt;1 Je ne l'ai pas vu, mais
je le crois. J&gt; ~I. de Fontenelle termina la
discussion en disant : &lt;I Je l'ai vu, moi; mais
je ne le crois pas. l&gt;

CJ-JAJl FORT.

Pour aristocratique que fût la vie r1ue
menaient à l'abbaye de Longchamp nos jeunes
demoiselles qui grandissaient en âge et en
beauté - sinon en sagesse - elles en vinrent
à la trouver monotone et bientôt même fort
ennuyeuse. La marquise de Boulainvilliers les
faisait c1 sortir J&gt; de temps à autre. En son
domaine de Passy, les jolies pensionnaires se
trouvaient en contact avec la vie mondaine,
elles s'y laissaient éblouir par les propos
dorés des jeunes gens élégants et sémillants,
et trouvaient, rentrées au couvent, bien inélégante et fruste la robe grise et noire des
religieuses. Les noces magnifiques de Mlle de
Passy, fille de la marquise de Boulainvilliers,

qui épousait le jeune vicomte Gaspard-Paulin
&lt;le Clermont-Tonnerre 1 , où ~Illes de SaintRémy de Valois avaient été priées, déroulèrent
sous leurs yeux un spectacle enchanteur.
Aussi, quand Jeanne eut regagné son couvent
et que l'abbesse, chargée de sonder ses intentions, lui demanda si elle se sentait de la
vocation pour la vie religieuse, la dame abbesse fut-elle bien reçue!
Un jour de l'automne de 1779 2, écrit le
comte Beugnot, on annonce chez Mme de
Surmont - femme du prévot, juge ciril et
criminel de la châtellenie et président des
greniers à sel de Bar-sur-Aube - que deux
princesses fugitives sont tombées à l'auberge
de la Tête-Rouge, c'est-à-dire à la plus misérable auberge de la ville, où il n'y en a pas
· une de passable. Et nous tous de rire de princesses ainsi logées. On apprend que ces dames
sont échappées du couvent de Longchamp et

qu'elles se sont dirigées sur Bar-sur-Aube
comme sur un point central où elles vont
réunir tous leurs efforts pour rentrer dans
les ~ien~ considérable~ qui forment l'antique
patrimorne de leur Maison. Ces biens sont lt&gt;s
terres de Fon tette, d 'Essoyes et de Verpillières. L'une porte le nom de Mlle de Valois
- c'est notre petite Jeanne, - l'antre de
Mlle de Saint-Rémy - c'est Marie-Anne sa
plus jeune sœur.
'
Elles avaient franchi les haies de clôt ure,
un léger paquet sous le bras et douz~ écus
dans leur poche. Le coche d'eau les avait
conduites jusqu'à Nogent, d'où le carrosse de
voiture le~ avait menées à Bar-sur-Aube. De
leurs trente-six livres tournois, elles en avaient
dépensé vingt-quatre.
Toute une j eunesse gaie et vive papillonnait à Bar-sur-.\ube autour de l'énorme et
majestueus{l Présidente de Surmont 3 , en sa

1 I.e mariage ful célébré le 29 janv. ']1;9_ lime
de Clermont-Tonnerre mourut deux années aprês
(fên. li8t J en laissant deux JJPlites filles.
2. Le comte Beugnot parle de l'automne de 1 i82.

L'acte de mari3ge de Xicolas de la !lotte cl de )Ille de
Saint-Rémy cle Valois, en dale du 6 juin 1780 dans
les registres cle l'faat ciril de Bar-sur-Aube, prouve
qu'il laul lire 1779.

. ;;_ « !°ai peint_ de_ quelques traits la société un peu
libre qut se réumss3tt dans la maison de Mme de l:)urmonl », é~rit le comte Be_ugnol. Il esl regr,•ltablc que
celle partie de ses )fémo,res n'ait pas été publiée:.

\' II[

Le comte de La Motte.

.., 183 ....

�111S T0'1{1.11
belle demeure de la rue de l'Aube, entourée
de jardins fleurist. C'étaient des parties de
campagne en chars à bancs, avec des provisions dans des paniers que
l'on allait étaler sur la
mousse et les nappes de
fougères, dans le fond des
bois; c'étaient des comédies, où jeunes gens et jeunes filles se donnaient la
réplique sur une estrade
garnie de tapis, construite
dans l'une des hautes salles
en boiseries blanches de
l'hôtel, et où les spectateurs
applaudissaient un dialogue
d'autant plus animé et naturel que Frontin et Liselle
avaient plus longuement répété leur rôle, bras dessus,
bras dessous, en toute solitude - il fallait bien ménager la surprise! - sous
les voûtes épaisses et discrètes des profondes allées
du parc.
&lt;( Mme de Surmont avait
quelque temps résisté, écrit
le jeune Albert Beugnot,
avocat en herbe; mais nous étions parvenus à
lui persuader que sa position dans la ville lui
imposait l'obligation de protéger des demoiselles de qualité fugitives, persécutées peutètre, et que la noblesse délaissait d'une manière honteuse. Nous avions fait vibrer la
corde sensible. n La bonne dame prit donc
les jeunes filles sous son toit, nonobstant la
mauvaise humeur de son mari qui n'avait
pas laissé de bougonner et de protester contre
cet envahissement dérangeant ses habitudes.
Il avait cédé. « Le mari, dira plus tard l'inspecteur Surhois, est véritablement on ne peut
plus timide; mais sa femme a de la tète el
de la fermetét. » Comme ces demoiselles
étaient dans le plus grand dénuement, Mme de
Surmont leur prèta, le soir de leur arrivée,
deux robes blanches, mais sans trop d'espoir
qu'elles pussent leur servir, car les robes
étaient à sa taille et cette taille était des plus
volumineuses. Aussi, quelle ne fut pas sa
surprise, quand elle vit, le lendemain, que
les corsages allaient parfaitement. On avait
passé la nuit à les découper et recoudre, si
bien qu'elles convenaient à ravir. « Elles procédaient pour tout avec la même liberté et
Mme de Surmont commençait à trouver le
sans-façon des princesses poussé trop loin. ,,
L'ainée, Jeanne de Valois, avait un esprit
actif, impétueux, mettant tout sens dessus
dessous dans la vieille demeure où , du jour
au lendemain, elle s'était trouvée chez elle.
Elle n'avait pas tardé à faire quitter au prési1. La maison de Surmont est conser1•ée il Bar-surAubc, 16 et 18, rue d'Aube, Les salles, style Louis XVI,
sont, pour la plupart, du temps. Par une coïncidence
intèressante, la mai.son de ~urmont est aujourd'hui
habitée par une descendante directe de Henri II el
de Nicole de Savigny, Mlle Olivia de Valois, appartenant à l'une des deux braoches de la famille dont
l'autre s'est éteinte en I tiro;ne de ce récit, eu ses
dcut ,œurs et en so11 fn;ie. - Voir Em. Socard,

'-----------------------------------dent du grenier à sel sa mauvaise humeur,
en le charmant de sa vivacité gracieuse, de
ses espiègleries enjouées, de mille et une

flatteries et câlineries dont le bonhomme se
trouvait tout farci. cc Les demoiselles de SaintRémy, dit Beugnot, qui ne devaient passer
tout au plus que la semaine chez Mme de
Surmont, y demeurèrent un an. Le temps
s'écoula comme il s'écoule dans une petite
ville de province : en querelles, en raccommodements, en propos, en justifications, en
épouvantables intrigues et qui ne franchissaient jamais les murs de la cité. Toutefois
le génie de Mlle de Saint-Rémy, l'ainée, trouvait à se développer dans un cercle aussi
étroit. Elle préludait en attendant partie.
Elle s'était emparée de l'esprit de M. de Surmont, et recouvrait de l'attachement aveugle
que lui portait cet homme de bien, les noirceurs qu'elle distribuait à tout venant, à
Mme de Surmont elle-mème. Cette dernière
m'a souvent répété que l'année la plus malheureuse de sa vie était celle qu'elle avait
passée dans la société de ce démon. »
Parmi les personnes que nos deux sœurs
voyaient à Bar-sur-Aube, figurait une dame de
la Motte, veuve d'un officier de gendarmerie,
compagnie des Bourguignons•, en garnison à
Lunéville. Elle avait un fils engagé dans la
compagnie même où avait servi son mari.
Marc-Antoine-Nicolas de la Motte venait souvent dans la maison de Surmont. C'était un
jeune homme d'une taille au-dessus de la
moyenne, au visage allongé, figure mince,
teint pâle et basané, les yeux et les sourcils
noirs, les cheveux bruns, le nez aquilin mar-

qué de petite vérole. Il avait bon air, en
somme, dans son habit de gendarme écarlate,
brodé de galons d'argent, portant à son chapeau bordé d'argent la cocarde blanche, son grand
manteau de drap écarlate
doublé de serge rouge et
parementé de couleur chamois•. Mais il était lourdaud, et ses camarades,
déformant son nom C( La
Motte l&gt;, l'appelaient cc Momotte l&gt; sans qu'il s'en formalisât.
La Motte avait du talent
pour la comédie. Il tenait
des rôles avec Mlle Jeanne
et lui donnait, dit-elle, des
leçons de déclamation. &lt;( Ces
moments, observe Jeanne,
n'étaient pas perdus pour
l'amour. n On.déclama tant
et si bien qu'il fallut se marier en grande hâte 5 • L'union de Nicolas de la Motte,
écuyer, gendarme du roi de
la compagnie des BourguiCliché Giraudon.
gnons, et de Jeanne de
Saint-Rémy de Valois de
Luz, fut bénie le 6 juin 1780, en la paroisse
de Sainte-Marie-Madeleine de Bar-sur-Aube.
Les fiançailles avaient été célébrées la veille,
cc sous l'autorisation de messire Joseph-Henri
Ar minot, écuyer, seigneur de Fin-et-bonchemin, élu tuteur ad hoc par assemblée de
parents en date du 20 mai 1780, à cause de
la longue absence de la dame Jossel, mère de
la demoiselle ». - (( A la célébration dudit
mariage ont assisté : Nicolas-Clausse de Surmont, conseiller du roi, président, prévôt,
juge civil et criminel de la prévôté et châtellenie de Bar-sur-Aube, lieutenant général de
police et président du grenier à sel, oncle
maternel du mari; messire Joseph-Henri
Arminot, écuyer, seigneur de Fin-et-bon-chemin, parent et tuteur de la mariée, demeurant audit Bon-Chemin, et Jean Durand, receveur des aides, demeurant à Fontette. » Ce
Jean Durand était sans doute l'ancien fermier
de Saint-Rémy qui avait recueilli et élevé la
petite Marie-Anne. Un mois après, jour pour
jour, à la même paroisse, étaient baptisés
Jean-Baptiste et Nicolas-Marc, fils jumeaux de
Nicolas de la :Motte, gendarme du roi, et de
Jeanne de Valois. Les parrains étaient les
domestiques de Mme de Surmont. Les deux
enfants moururent quelques jours après 6 •
Nicolas de la .Motte avait alors vingt-six ans
et Jeanne de Valois en avait vingt-quatre. Les
deux époux usurpèrent le titre de comte avec
assez d'adresse pour que les contemporains,
et depuis lors tous les historiens qui se sont

occupés de leur histoire, y aient été trompés.
Dans les actes d'état civil qui les concernent
et qui nous ont passé sous les yeux, La Motte
est simplement qualifié d'écuyer. Son oncle,
frère de son père, était marchand. La confusion fut d'ailleurs d'autant plus facile qu'il
existait dans le Bar-sur-Aubois deux familles
de la Motte : l'une, à laquelle appartenait le
mari de notre héroïne, était de petite gentilhommerie; l'autre, de noblesse ancienne et
plus considérable, était établie à Braux-leComte.
&lt;( M. de la Motte, dit Beugnot, était un
homme laid, mais bien fait ; habile à tous
les exercices du corps, et, en dépit de sa
laideur, l'expression de sa figure était aimable
et douce. li ne manquait pas entièrement
d'esprit; mais ce qu'il en avait était tourné
vers les aventures subalternes. Il était gentilhomme et le troisième de son nom qui servait dans la gendarmerie. Son père, chevalier
de Saint-Louis et maréchal des logis dans ce
corps, avait été tué dans la bataille de Minden.
Dénué de toute espèce de fortune, il
avait cependant eu le talent de se noyer
de dettes. » C( Gendarme assez dispos
pour bien porter sa botte de foin du
magasin de fourrage au quartier, disait de lui son beau-frère M. de la
Tour, mais ne lui en demandez pas
davantage. l) &lt;&lt; Il n'est pas beau de
figure, écrit Mayer dans son pamphlet,
mais du reste il promettait. Mlle de
Valois fit cas du reste. n
Quand Mme de Surmont apprit à
quel point Jeanne de Valois et son neveu l'avaient trompée, irritée de l'insulte faite à sa maison, elle pria la
demoiselle de sortir et congédia le
galant. Ils allèrent se réfugier chez
Mme de la Tour, femme d'un ancien
contrôleur du vingtième et sœur de
M. de la Motte ; mais celle-ci, fort
gênée elle-même, ne put les héberger
longtemps. Jeanne aliéna pour mille
francs deux années de la pension de
huit cents livres qu'elle avait obtenue;
La Motte vendit pour six cents livres
un cabriolet et un cheval qu'il avait
achetés à crédit à Lunéville : ce furent
les ressources pour se mettre en ménage.
Les gendarmes rouges résidaient au
château de Lunéville qu'ils entretenaient et meublaient à leurs frais . La
Motte se montra fier de présenter aux
camarades sa jeune femme, très jolie
et très coquette, et Jeanne fut fêtée par le
corps Lou! entier. Le mari eut-il motif d'en
prendre ombrage? nous voyons à cette date
sa femme entrer dans le couvent des Annonciades à Saint-Nicolas-du-Port en Lorraine.

Table gêlltal. de la AlaisQII de Valois Saint-Rémy.
Troyes, 1858, in-8.
2. Rapportdatéde Bar-sur-Aube, 16 septembre 1785,
Archives des Affaires étrangères, llém. et docum.,
France, 1399, f• 224.
5. A la veille de la Révolution la gendarmerie
comprcna(l dix compagnies d~nt les quatre premières
- Ecossais, Anglais, Bourgmgnoos et F'lamands avaient le roi pnur capitaine.

4. Signalement du comte de la Motte, Archives des
A/fafres étra11gè1·es. Mém. el docum., France, 15W,
f• 260.
5. L' Histoire véritable de Jea,me de Sai11t-Ré111t
donne sur les prcmiéres amours de Nicolas de la
Motte et de Jeanne de Valois des détails d'un réalisme
tel qu'il est impossible de les reproduire.
6. Ces faits, d'après le registre de l'état civil de
Bar-sur-A ubc.

1. Doss. Target, Bibl. t•. de Paris, ms. de la
réserve.
2. Bette d'Etienville, Défense à une accusation
d'escroquerie, éd. originale, p. 12. On a un portrait
de Rohan par llossin (1768), grave par Catbelin
(1173), un autre portrait gravé par Campion de Ters•n
d'après le dessin de Ch.-N. Cochin (1765), ceux de
Capellan, Chapuy, Klauber, François, \'oyé le Jaune
cl des estampes anonymes. Le Musée municipal de

LES CHEVAUX
D'APOLLON.

Bas-relief de l'ancien hôtel de
Rohan,
par ROBERT LE LORRAIN.

1..'Ar1'Jt11(,E

JJU

Co1.1.11;1(_ --~

L'ordre en avait été fondé par la bienheu- la Motte apprit que sa bienfaitrice, la marreuse Jeanne de Valois, fille de Louis XI, quise de Boulainvilliers, était de passage à
et Mme de la ~lotte avait sans doute fait Strasbourg,_Elle décida son mari à s'y rendre.
valoir son nom pour y ètre agréée. Et le comte A Strasbourg, les jeunes époux entendent que
reprit sa vie de garçon, se noyant de dettes, la marquise est l'hôte du prince cardinal de
&lt;c faisant des escroqueries avec des juifs » et
Rohan en son château de Saverne : ils vont à
s'amusant de son mieux. Bientôt cependant Saverne. Mme de Boulaimilliers, qui s'était
il retira Jeanne du couvent pour la reprendre d'abord fâchée, quand elle avait entendu la
auprès de lui 1 •
folle équipée de ses petites protég~es franJeanne ne tarda pas à faire partager à son chissant les murs de l'abbaye de Longchamp,
mari les rêves d'ambition qui la hantaient. ne leur en a pas tenu longtemps rigueur.
Certes, avec le nom qu'elle portait, son intel- Elle accueille les jeunes époux avec sa bonté
ligence, son activité, on parviendrait à recon- coutumière. Ils lui content leur détresse, ellPquérir une situation digne d'une fille des en est louchée et consent à les présenter au
Valois. La Motte était une nature banale et cardinal.
bornée sur laquelle sa femme n'avait pas
Le prince Louis de Hohan est demeuré tel
tardé à prendre un empire absolu. Ses créan- que nous l'avons connu à Vienne, si ce n'est
ciers le harcelaient. Songeant à chercher que les années, avec leur expfrience, et les
fortune ailleurs, il sollicita un certificat de dignités de plus en plus grandes dont il a été
service; mais celui-ci lui fut refusé. C'était revètu, lui ont donné un air plus grave l'usage du corps. La gendarmerie formait une pas beaucoup. Il est à présent cardinal, tituarme d'élite où les gentilshommes servant laire de l'évêché de Strasbourg, le plus riche
sans g_rade étaient nombreux. Les autres de France, prince-État &lt;l'Empire, landgrave
d'Alsace, abbé de la grande abbaye
de Saint-Vaast et de celle dela ChaiseDieu, proviseur de Sorbonne, grand
aumônier de France, ce qui est la première charge de la cour, supérieur
général de !'Hôpital royal des QuinzeVingts, et commandeur de l'ordre du
Saint-Esprit. Nous avons son portrait
à r,ette époque : un homme d'une belle
figure, mais toujours une figure d'enfant, rondelette, gracieuse et poupine,
haute en couleurs, les cheveux d'un
gris blanc et le devant de la tête dégarni; d'une grande taille, se tenant
fort droit et bien fait. li porte ses
cinquante ans. Bien qu'avecl'âge il se
rnit chargé d'un peu d'embonpoint, la
démarche est toujours noble et aisée,
trahissant dans son allure à la fois
l'homme &lt;l'Église et l'homme de
Cour. Il est toujours affable, aimable,
d'une grâce avenante, ouvert et accueillant, méritant encore le nom
qu'on lui donnait : la Belle Émi-

nence!.

appartenaient à la classe bourgeoise et, en
grande majorité, à des familles de robe. On
perdait tout droit à l'avancement ou à la croix
si l'on se retirait sans certificat de service,
et l'on n'obtenait de rer tificat qu'en payant
ses dettes.

IX
Au château de Saverne.
Vers cette époque, septembre 1781, Mme de
... 185 ""

Rohan a fai t reconstruire, avecfaste
et dans un beau style, par l'architecte
Salins de Montfort, le palais de Saverne, résidence des évèques de Strasbourg, qu'un incendie, où il a failli
périr lui-même, a anéanti le 8 septembre 1779 : perte de plusieurs millions. L'œuvre réalisée est admirable.
Il y installe des collections de physique, d'histoire naturelle ; une nombreuse
bibliothèque aux belles reliures portant sur
les plats, frappées en or, les armoiries cardinalices avec celle mention : Ex bibliotheca
Tttbernensi 3• A Paris, il occupe l'admirable hôtel de Bohan, rue Vieille-du-Temple,
qui a pris le nom de &lt;c Maison de StrasStrasbourg pos~ède vingt-trois portraits différents du
prince Louis cardinal de Rohan.
3. Ces trésors artistiques et scicntifi&lt;Jues ont été
transportés, par le Directoi.rc1,.du Ba~Rhin en la bibliothèque de Strasbour~,. ou I m_cend1e de 187_0 les a
détruits. Le Roy de Samte-Cro1x, p. 89 et smr.

�---

111S TORJ.JI

'------------------------------------- L' ArrAJ~E

dit un merveilleux érudit, qui fut poète 11 ses
heures, Anatole de Montaiglon 2 •
Rohan réunissait les livres d'heures ancieus, les missels aux brillantes enluminures :
il lui répugnait d'avoir entre les mains, durant les offices, de vilains livres iniprimés.
D'autre part il a pris à cœur la faillite de
son neveu le prince de Guéméné, déclarée en
septembre 1782, la retentissante faillite de
trente millions qui a accumulé ruines et misères. Les plus aueinls sont les petites gens,
boutiquiers, portiers, domestiques, qui confiaient leurs épargnes au prince. Rohan n'y
est mêlé ni compromis en rien ; mais, dans
la mesure de ses forces, il veut atténuer le
désastre. Chaque année, ~ans que rien l'y
oblige, il contribue pour une somme considérable à la liquidation des dettes de son
cousin 3.
Rohan a fait un pèlerinage à Sasbach au
champ où Turenne trouva la mort. « La pensée m'est venue, dit-il, d'élever un monument à ce grand homme. J'ai donc acheté le
champ où un boulet le frappa et, avec lui,
la fortune de la France, pour y faire construire une pyramide. Je ferai bâtir à côté une
maison pour y établir un gardien, un vieux
soldat invalide du régiment de Turenne, je
désire que ce soit de préférence un Alsacien. » Le monument fut élevé, la maison
fut construite, un vieux soldat y fut logé•.
Et, de la sorte, l'argent filait. Aussi tous
les contemporains, Marie-Antoinette la première - et avec quelle àpreté : « Un besogneux », dit-elle, - puis tous les his torieos
jusqu'à ce jour, sans exception, ont-ils repro-

thé à fiohan sa fortune .obérée. Un évêque
qui a des dettes : quelle horreur I il devait
entretenir des femmes. Aussi bien sait-on que
ce que l'homme pardonne le plus difficilement à son semblable est de ne pas avoir
d'argent.
~lme de la Motte était une petite créature
fine et souple , d'une grâce ondoyante et
alerte. Des cheveux châtains, de ce châtain si
fin qui a la nuance des noisettes avec des reflets plus clairs, ondulaient sur son front. Ses
yeux étaient bleus, pleins d'expression, très
vifs, sous diis sourcils noirs bien arqués. La
houche, l!:rande, pouvait paraître ce qu'il y
avait de défectueux dans son visage au point
de \'Ue du dessin; cependant elle en était le
charme par les dents fines et d'une blancheur
parfaite, mais surtout par le sourire qui était
enchanteur. « Son sourire allait au cœur »,
dit Beugnot qui en parle d'expérience. Sa
gorge eùt éte à souhait sïl y en avait eu dal'antage; mais, comme l'observe encore Beu11:not, &lt;! la nature s'était arrètée à moitié de
l'ouvrage et cette moi lié faisait regretter
l'autre JJ. L'éclat si pur de son teint, une
peau blanche et fraîche, une physionomie
spirituelle et une allure vive, si légère, qu'en
la voyant se transporter d'un point à un autre
il semblait qu'elle ne pesât rien, ajoutaient à
son agrément. Enfin c'était la voix, doucP,
insinuante, d'un timbre agréable, qui caressait. Avec une instruction négligée elle avait
l'esprit prompt et naturel, elle s'énonçait
correctement et avec une grande facilité. &lt;! La
nature, dit Bette d'Etienville, lui avait prodigué le dangereux don de persuader 5• »
Devant les personnes d'un rang élevé elle sa,•ait prendre un air d'aristocratie, un maintien
noble, à la fois déférent et aisé, merveilleusement approprié à la circonstanc_e. Quant
aux lois morales et à celles de l'Etat, très
simvlement, avec infiniment de naturel, et
sans autre intention mauvaise, Mme de la
àfotte n'en soupçonnait pas l'existence. Elle
allait ainsi tout droit devant elle, avec les
armes redoutables que son sexe, sa beauté et
son esprit mettaient dans ses mains, tout
droit, sans voir d'obstacle, au gré de ses fantaisies impétueuses. &lt;! Tout cela, conclut
lleugnot, composait un ensemble effrayant

pour un observateur et séduisant pour le
commun des hommes qui n'y regardait pas
de si près 6 • i&gt;
Telle était Mme de la Motte. Nous connaissons le cardinal de Rohan.
On a \'li comment Jeanne de Valois a,·ait
rencontré pour la première fois Mme de Boulain.illiers sur le chemin qui montait au
village de Passy. C'est sur la grande route
encore, entre Strasbourg et Saverne, qu'elle
fut pour la première fois présentée au cardinal. « Je rencontrai la dame de BoulainvilIiers, dit celui-ci, qui se promenait sur la
grande route; elle fit arrêter, je m'approchai
de sa voiture et elle me présenta une personne qu'elle me dit s'appeler Mlle de Valois 7 •
&lt;! Ce nom, ajouta-t-elle, appartient vérita« blement à madame, qui est absolument
(&lt; dénuée de fortune. 1&gt; M. et Mme de la
Motte furent reçus au château de Saverne.
Rohan se montra empressé d'entendre les
aventures qui pouvaient se trouver dans la
vie d'une aussi jolie personne. li était d'ailleurs impossible d'imaginer une histoire plus.
intéressante et qui fût mieux contée.
Tandis que Jeanne. assise mr un tabouret,
la taille légèrement pliée en avant, parlait de
sa voix claire et pénétrante, animée de son
sourire enchanteur, rnn mari, dans un fauteuil, l'air digne et grave, opinait du bonnet,
et la marquise de Boulaiovilliers, affectueusement, soulignait les bons endroits. Rohan
promit sa protection. La Motte obtint un
brevet de capitaine à la suite des dragons de
llonsieur, frère du roi. Notre homme y est
titré « comte », erreur à laquelle il a contribué, mais il peut désormais en faire état aux
yeux des incrédules. Mme de Boulainvilliers,
de son côté, payait les dettes à Lunéville. Le
certificat de service, tant désiré, est obtenu,
et le jeune couple prend la diligence pour Paris.
L'aurore de la fortune se lève devant
Jeanne de Valois.

1. Aujourd'hui palais des Archives nationales. A
l'hôtel de Hohan notre Imprimerie Nationale a trouvé
un abri qu'elle serait sur le point de quitter.
2. Sur l'hùtd ùe Rohan voir Henry Jouin, Ancien
ftôtel de Rohan al/'ecté à tlmprimerie Sationale,
Paris, 189\J, in-fol.
3. Déclaratlon du baron de Planta, 28 nov. l i85
(A1·ch. nal .. X1 , 13/l41î) et son interrogatoire (Ibid.,
(F1/h45, B}; .Mémoires de la baronne d'Oberkirch,
II 1. 1,e Laron de Planta, ancien offlcier suisse, avait
été attaché au cardinal depuis 1772, en qualité de
premier gentilhomn,c. Il était son homme de confiance.
On notera quïl était de religion protestante. J,a déclaration ci-dessus paraitra d"autant plus sincère qu'à
la date o,'t elle fut faite, Pl_anta _n'appartenait elu~ ~ la
maison du cardmal. Il lm ara,t donné sa dcm1ss1on
en juin l7~f&gt;, et avail quillé l'hôtel de Strasbourg
dcs'le mois de janvier. Bibl. 11at., ms JolI de Fleury
2088, ! 241 vO.
4. Sa~bach d~pendil ,jusqu'en ,1803 de la scign~u!·ic
d·Oberk1rch, qui relevait clte-meme de la cour ep1scopale de Stra,;bourg. Le champ de Sasbach, acheté
par Uohan. est demeuré jusqu'aujourd'hui la propriété
de la France. terre française en plein duché de llade.
C'est en 1780 que Rohan le v1sila. En 1781, il fit
commencer les travaux du monument à clever il la

mémoire de Turenne. lis furent terminés en 1782.
En 1786, la pyra!11i,lc constr~ite ful r~nyersée_ p~r une
trmpèle. Les pierres e1~ lurent br1~cs, a111s1 ~ue
celles du socle. En aoùl 1 ,8X, la pyramide fut refaite;
mais a\'ant 1796, le monument a\'ait ét6 détruit à
nou\'eau par le temps. La laute en était i, l'entrevreneur qui empl•&gt;)"ait de mau1·ais matériaux. La mai,on
tlu garde, rlélaissér,, tilai~ tombée e~ délabrement._ A
l'approche des armees re,·olut1onna1rcs, commandres
par l!orrau, le carrlinal ,le Huhan s'était retiré en
Suisse. Au co•irs des années t79ô-li\J7 , le monument
fnl relevé par le soin ,le l'arlministrulion fra11çaise et,
de cc jour. celle-ci considéra champ cl monument
comme ·sa propriété. En 1802, il y eut à cc sujet des
contestations entre le gou,·erncnm,t fran1:ais etr,;"êcl1é
de Strasbourg; mais il partir de 1803, dalc de la mort
du cardinal de Rohan. le gouvernement nomma librement le œarrlien rlu champ el du monument qu'il considéra dèlinitivernent comme sa propriété. Le monument, ahanrlonné dans la suite, tomba de nouveau en
ruine. En 182h Charles X, mr les fonds de sa cassette particuliè;·e, le fil reconstruire d'une _rnanièr~
solide et durable. Les abords et les planlailons qm
s·y trouvent, tels qu'on les vo_il aujourd'hui, furent
orrlonnés en 1~43. t Voir un article de E. Palm, dans
le journal der Tag, '11 juillet 1001 , p. 10.) Les Fran-

çais font aujourd'hui encore pèlerinage au champ de
Sasbach, où s'élève la pyramide de Rohan el se conserve pieusemen~ la pierre oil Ture nne s'appuya_ ~ur
mourir. Le gardien actuel, nom,né par le mm1stere
de la guerre français, le 50 janvier 1902, csl li. rerd.Guill. Pauliu, ancien gendarme français, né à ~lolsheirn
(Alsace). Il a succédê à M. Schnoering, ancit&gt;n adjudaut des pon tonniers.
5. !lette d·E1iem·ille, Second mémofre, dans la
Coll. compl., li. 5~. - George! rlit de son coté :
, Un air cfe bonne foi dans ses récits mettait la persuasion sur ses lèvres. » Mém., 11, ;:i6.
ti. ~ous pournns reconstituer la physionomie de
)lme de la Motte d'aprils le tilmoignage du comte
13cu~not, celui _de Rétaux ùe l'illctle _et celui de B~lle
d'Et1envillc qui I obscna a\'ec son œ,I de romancier.
Ces témoignages se complètent l'un l'autre et concordent exactement.
7. flllerr, du cardinal de Rohan, Il jam. 1786,
Campardon. p. 207.
S. Les documents pour servir à l'histoire de Cag-liostro sont très nombreux. La difllcult~ est Je faire
un choix critique pour écarter ceux qui ne sont pas
exacts. On pla~era en première ligne les renseignements recueillis par la Justice. lo~s du pi:occs du
Collier. Ou les trouve aus Arcluves natzonales :

bourg 1&gt;. De grands jardins le foot communiquer a,·ec le palais Soubise 1 • On y admire encore le salon des Singes, d'un goùt
bizarre, paysanneries chinoises par Christophe
Huet, mais dont l'ornementation est harmonieuse et délicate; le~ trumeaux mythologiques de J.-B. )Iarie Pierre, les pittoresques
paysages de.Boucher, et, avant tout, au fronton des vasles écuries oi1 le prince Louis
nourrissait ses cinquante-deux juments d'Angleterre, l'admirable bas-relief de Le Lorrain,
les chevaux d'Apollon,
L'11 bas-l'elief e11 71ierre et qm semble d'afra111,

0

,.. 186 ...

X
Cagliostro ~.
A l'époque même où le cardinal de Rohan
faisait la connaissance de Mme de la Motte,

DU

Cotz.TE~

il enlrait en relations avec un pPrsonnage qui vait pas vu le Christ. avait pu alleindre t1 une
~lais le domestique, avec une profonde
remplissait alors le monde du bruit de ses ressemblance aussi parfaite.
rél'érence:
prodiges, le comte de Cagliostro. Celui-ci verc Vous avez donc connu le Chrsit?
!! Non, mon~ieur. Monsieur sait bien que
nait d'arriver à Strasbouri( 1
je ne suis à son service que
préci1dé d'une renommée qui,
depuis quinze cents ans. J&gt;
dès les premiers jours, s'y était
Cagliostro débilait une liencore accrue. Il guérissait
CJUeur qui avait la vertu de
toutes les maladies possibles
« fixer J&gt; pour toujours ceux
sans daigner acc('pter la moinqui en buYaient dans l'âge 011
dre chose de ceux de ses clients
ils se lrouvaient au moment
qui étaient riches et en donmême. Un autre élixir, dans
nant de l'argent à ceux d'entre
des flacons plus petits, rajeu!'ux qui étaient pauvres. Le
uissait de üngt-cinq ans. Les
prince de Rohan se trouvait
journaux racontaient le plus
dans sa résidence de Saverne,
gravement du monde :
où il accueillait Mme de la
« Une vieille coquette enMotte ; il vint à Strasbourg
tend dire à Caglim,tro qu'il pospour y entrer en,relation avec
sède la véritable eau de Jouun homme aussi extraordivence. Elle prie, elle supplie
naire.
tant, qu'il consent enfin à lui
Une audience fut demanMe
f'n envoyer une petite fiole.
pour le carqinal-évêque; mais
Son domestique quinze-centeelle fut refusée. « Si S. M. le
naire apporte la petite boucardinal est malade, répond
leille étiquetée : &lt;( Eau pour
Cagliostro, qu'il vienne et je
rajeunir de vingt-rioq ans. &gt;l
le guérirai; s'il se porte bien,
La dame étant absente, la
il n'a pas besoin de moi, ni
femme de chambrP, nommée
moi de lui. ll Rohan trou,a
Sophie, àgée de trente ans, a
celle réponse sublime et son
voulu goûter le breuvage, qui
désir de voir le héros en fut
1ui a paru délicieux, et elle a
accru. On ne parlait d'ailleurs
vidé la fiole. Aussitôt ses mPmque de lui dans la ville. Un
bres diminuent, ainsi que ;a
jour qu'il se promenait sur la
taille,sa tête devient plus petit&lt;',
place, dans son habit de taffe•
enfin Sophie n'est plus qu'une
tas bleu galonné sur les coupetite fille de cinq ans qui se
tures, ses cheveux en nattes
perd dans les hardes d'une
poudrées réu ois en cadenettes,
grande personne. La dame rensuivi d'une bande de gamins
tre, appelle Sophie, qui, envequi re~ardait'llf, émerveillés,
loppée, embarrassée dans ses
ses souliers à la d'Artois avec
j upoos, accourt à la voix de sa
des boucles de pierreries, ses
maîtresse. Surprise de la mébas chinés à coins d'or, lPs :l&gt;IARIE·A"ITOINETTE EN VESTALE. - G,·avure de TARDIEU, d'après le tableàfl de Dm10NT, tamorphose, elle demande la
rubis et les diamants qui brilfiole, qui est vide. Furieuse,
laient à ses doigts et à sa
elle prend la pauvre petite et
jabotière, i-a chaîne de montre en diamants
- Nous étions ensemble du dernier bien, lui donne cruellement le fouet. Elle est allée
à trois brins, terminée par six gros dia- répondait Cagliostro. Que de fois nous nous ensuite chez Cagliostro qui a beaucoup ri,
mants et quatre branches de diamants, à promenâmes sur le sable mouillé, au bord mais qui n'a pas voulu donner une seconde
deux desquelles pendait un gland de diamant, du lac de Tibériade! Sa voix élait d'une dou- potion 2 • ll
à la troi~ième une clé d'or garnie de dia- ceur infinie. Mais il ne m'a pas voulu croire.
&lt;c Cet homme, écrit cette année même
mants, et à la quatrième un cachet d'a;rnte, Il a couru les rivages de la mer; il a ra- Labarthe à l'archéologue Séguier, cet homme
ce qui faisait un étincellement sur son gilet à ma~sé une bande de lazaroos, de pêcheurs, &lt;(U'on soupçonne marié à une sylphide, est
Ueurs, et son chapeau mousquetaire orné de des loqueteux! Et il a prêché. Mal lui en est de race juive et arabe d'origine. Personne n'a
plumets blancs, - Cagliostro s'arrêta avec un advenu. ll
les mœurs plus pures. Ses plaisirs sont
cri de surprise devant le grand cruciHx en
l'étude et le diner, quelquefois la comédie.
l'.:t, se tournant ver~ son domestique :
bois sculpté. Car il ne pouvait comprendre
li ne soupe jamais et se couche à neuf heures
&lt;! Tu te souviens du soir, à Jérusalem, où
comment un artiste qui, certainement, n'a- l'on crucifia Jésus? ,&gt;
en toute saison. Après le dessert il prend du

xa, BflH7 - P, 4415 8 - Y, 13125. \;ne partie
en a été publiée par !f. Cam pardon, mais l'intéressant
rapport du commissaire Foutaine est ,lrmeuré inédit.
Ces indications seront complétéc·s par le livre intitule: Vie de Jouplt Balsamo (Paris, 1791), traduit
sur l'original itali~n que la t.:hamb1·e apostoli~ue venait de publier, l'année mi•me, d'après la procédure
du procès fait à Cagliostro par les magistrats du Souverain Ponti(c. On y joindra lrs interrogatoires et
cunlr11nlatio11s du procès du Collier, les mémoire;
rê,ligé, dans cNte affaire par les avocats, ~t surtout
celui de a1• Thilorier pour Cagliostro, puis les pièce,
de l'action intentée, en juin Ii8ti, par Cairliostro. au
marquis de Launey, gouverneur de la Bastille, et au
commissaire Chesnon. et les répliques de ces der ier,.
ru fervent adepte, le fermi,•r général J.-8. cle Laborde, publia à Gcnè..e, en I i8i, d,·s lettre.~ SUI' ltt
Suisse en 1iR 1. où il parle beaucoup de son héros.

- foir aussi les Leltrts rlu comte de ,1/irabeau sttr
Cllgliostro r 1i86) cl les Re1wig11eme11ls mr le séjo"r
,,111' le fam1&gt;11x Caqlio,lro /il à Millau en 1770, par
Elisa von der Hecke (Berlin et Steitin, li8i ). !)ans le Courl'ier de l Europe, rédig, à Londres,
)loraml entreprit eu 1786-87 (numéros. 15-22) u~e
vive ramp,g-ne contre le célèbre aveulur,er cl publia
les rè-ultats de l'enquète minutieuse qu'il fit sur ~es
faits et gestes en Angleterre. Les rném,,ires de l'Jpoqae, ceux rlu bal'on de Gleichcn, de l'abb \ George!,
du cornle Beugnot, dP. Mme d'Oherki,·ch, de Casanova,
les ,llémoires secrets de Bachaumont, la Co1·respon,/an,.e de )létr•, el. outre le Courrier de l'f;urope,
la /Ja,elle de Leyde, la Gazelle ri'Ull'ecltl, le Cour1·ier dlL /Jas-Rhin, ont été rlépouillés. Enfin, dans le
journal du libraire liard y ( Bibl. 1111.t., ms. franç. 6685)
'et de nombreuses lellres particulières, on voil 1:opinion des co11tcmpJrai11s sur Cagliostro el ses prodiges.

Il rsL question en rlétail de la l'rane-maçonneric
éœvpticnne, dont Ca~l10stro fut le promoteur, H de
s~s rapports avec les loires écossaises el les Philalèthrs, dans les livres de Thory, A11nales oi·iginis ,na'l"i Galliorum Urientalis (Paris, 1812) et Al'la laiomo1wn (Paris, 1812), en français sous les litres
latins.
La meillrure vie de Cagliostro est celle qui a
été écrite par fréd. llulau, trad. par W. DuckPll,
dans Perso111wges énigmatiques, t. 1. (Paris, 1861,
in-16) p. 306-3t!l.
Sur la maison de Cagliostro à Paris, 1, rue SaintClaude, consenèe de nos jours, on lir~ les joli~s
pages de li. G. i,ei,ou·e, Jïe1a popien, vieilles
maisons, p. 1ôl-; 1.
1. Le 19 sept. 1780. llémoire pour Ca@liostro, dans
la (;oil, ction /Jette d·Etienville, J, 19.
2. Gazette d'Utrechl, 2 ao,it 178i.

�,

_________________________

L' ArrA11(E nu Cotz.TER. -

111STO'f{1.ll
moka, et, à la suite, une cuillerée d'une
liqueur qu'il ne permt.t pas que l'on goûte.
On ignore quelle est sa religion ; mais
il parle de Jéhovah dans les termes de
la plus grande éloquence et avec le
plus profond respect. C'est cet homme
que je veux. consulter l'an prochain.
Je suis bien sûr que mon estomac
deviendra celui d'un jeune homme de
vingt-cinq ans et que mon asthme el
mon rhumatisme goutteux disparaîtront. Je suis sûr que vous n'aurez
plus de douleur et que vos probes
vous permettront de courir les montagnes. Mm'.l Augeard, jeune et très
jolie femme de Paris, que je connais
beaucoup, très riche par les emplois
de son mari, fermier général, attaquée d'une maladie incurable, a été
le Irou ver. Elle a reçu en préscn l un
élixir qui a fait disparaître tous ses
maux. Et je tiens de son frère qu'elle
jouit de la plus brillante santé.
« Des guérisons subites, dit l'abbé
George! qui ne l'aimait pas, de maladies jugées mortelles et incurables,
opérées en Suisse et à Strasbourg,
portaient le nom de Cagliostro de bouche en bouche et le fai •aient passer
pour un médecin véritablement miraculeux. Ses attentions pour les pauvre,
et ses dédains pour les grands donnaient à son caractère une teinte de
supériorité et d'intérêt qui excitait
l'enthousiasme. Ceux qu'il voulut bien
honorer de sa familiarité ne sortaient
d'auprès de lui qu'en publiant avec
délices ses éminentes qualités. » Aussi,
Buste
à Strasbourg, cinq ou six cents personnes assiégeaient-elles certains jours
la maison de la servante du chanoine de SaintPierre-le-Vieux, qui le logeait, se bousculant
pour y entrer.
Cagliostro paraissait, en 1781, âgé d'une
quarantaine d'années. Il était petit, trapu,
d'une taille épaisse Il avait le cou gros et
court, le teint brun, le front chauve. De gros
yeux à fleur de tête, très vifs et brillants,
dont le regard bigle « perçait comme une
vrille l&gt;, le nez ouvert et retroussé, une large
bouche et de fortes mâchoires, un rire sarcastique et bruyant, une voix sonore et cuivrée marquaient sa physionomie de hardiesse,
d'effronterie et de bonne humeur. Il semblait
moulé, dit Beugnot, tout exprès pour jouer
le rôle du si9no1· Tulipano dans la comédie
italienne. Casanova lui trouve en somme,
avec &lt;( sa hardiesse, son effronterie, ses sarcasmes et. sa friponnerie », une figure fort
« revenante ,&gt; . La plupart de ceux qui le
voyaient - et ceux même qui ne l'aimaient
pas - le déclaraient lrès imposant. &lt;l J'avais
de la peine, écrit Mme d'Oberkirch, à m'arracher à une fascination que je comprends
difficilement aujourd'hui, bien que je ne
puisse la nier 1. »
Il s'énonçait couramment en italien. Le
français dont il se servait était un baragouin
inimaginable. Mais, dans sa bouche, avec sa

était ctlui qui n'était pas, on ne pon\'ail que
s'incliner avec un air de profonde déférence.
li possédait la science des anciens
prêlrPs del'Egyple.Sa conversation roulait d'ordinaire sur trois points : 1° la
médecine universelle dont il connaissait
les secrets ; 2• la maçonnerie égyptienne, qu'il voulait restaurer et dont
il \'enait d'établir la loge mère à Lyon,
car la maçonnerie écossaisP, alors prédominante en France, n'était à ses
yeux qu'une mauvaise dégénérescence;
5° la pierre philosophale dont il allait
donner la formule par la fixation du
mercure et qui devait assurer la transmutatic,n de tous les métaux imparfails en or fin.
Il apportait ainsi à l'humanité, par
sa médecine universelle, la santé du
corps ; par la maçonnerie égyptienne,
la santé de l'âme; et par la pierre
philornpbale, des richesses infinies.
C'étaient ses grands secrets, car il en
avait d'autres, très intéressants également, bien que de moindre importance : celui de prédire les numéros
gagnants aux loteries, celui de donner
au colon le lustre et la finesse de la
soie, de faire avec le chanvre le plus
commun du fil, aussi brau que celui de
Malines, d'amollir le marbre et de lui
rendre ensuile sa dureté première, ce qui devait être, comme on imagine,
d'une grande commodité aux sculpteurs, qui pourraient dorénavant modeler leurs stalues directement dans le
marbre au lieu de la terre glaise ou
CAGLIOSTRO,
de
la cire. Il avait le secret de faire
en marbre, par llouooN. (Collection MuRFAY ~coTT, à Paris.)
enfler les rubis, les émeraudes, les
diamants, en les enterrant sous terre,
assez grande impression. Un de ses ennemis et de leur conserver ensuite leur nouvelle
a apprécié ainsi sa manière de parler : &lt;( Si grosseur ; le secret d'imiter à s'y méle galimatias peul être sublime, personne prendre toutes les écritures, et enfin celui
n'est plus sublime que Cagliostro. Il fait en- d'enoraisser un cochon avec de l'arsenic, de
0
1
.
tendre Je grands mots dans des phrases inin- manière à en transformer a graisse en un
telligibles et excite chez ses auditeurs d'au- poison foudroyant. Cagliostro proposa même
tant plus d'admiration qu'ils l'entendent un jour à un journaliste français établi à
moins. lis le prennent pour un oracle, parce Londres, Morand, qui l'attaquait dans le
qu'il en a l'obscurité. Son art est de ne rien CoU1·rier de l'Europe, un duel au cochon
dire à la raison, l'imagination des auditeurs arseniqué - car il était lui, nalurellemenl,
interprète. La raison est claire et n'a de puis- au-dessus de toute atteinte. àlais le journasance que sur les sages. L'imposture se rend liste manqua de cœur et la rencontre n'eut
inintelligible et exerce son empire sur la mul- pas lieu.
Cagliostro parlait de Dieu arnc respect et
titude. » Pour guérir, il avait trois grands
remèdes: des bains où dominait l'extrait de ne manquaitjamais d'en faire le plus grand
Saturne, une tisane dont la recette n'était éloge. Quant à la doctrine laissée aux homconfiée qu'à un apothicaire de. son choix, mes par le Créateur, elle n'avait pas dépassé,
enfin des gouttes de sa composition dont les dans son intégrité, l'ère des patriarches,
effets miraculeux el souYerains faisaient en Adam, Seth, Enoch, Noé, Abraham, Isaac et
tous lieux ~clater sa renommée. A tous ceux Jacob. Ces patriarches avaient encore été
qui le pressaient de questions pour savoir dépositaires de la Yérité, laquelle s'était altéqui il était, il répondait d'une voix grave, en rée dans la bouche des prophètes, et plus
ramenant ses sourcils et en levant son index encore dans celle des apôtres et des Pères de
vers le ciel : &lt;( Je suis celui qui est » ; et l'Église. Sa tâche à lui, Cagliostro, était de
comme il était difficile de prétendre qu'il rendre aux idées de Dieu leur pureté. Les
vivacité, son énergie d'expression, sa flamme,
ce charabia ne laissait pas de produire une

1. Outre le buste de lloudon el les gravures du
temps, on a de Caglioslro les portraits en écrilnre
laissés par Beugnot; par Casanou. qui le rencontra à
Aix-en-Provence; pa1· lime d'Oberkirch, qui le vil à

.... 188 ...

Strasbourg en 17RO (illémoires, 135) : par un nommé
Bernard, qui envoia un mémoire, le 2 nov. 1786, de
l'alerme, au commissaire Fontaine, el par le Cour1·ier de l'Europe, 3 avril el 15 juin 1787.

délégués des loges françaises, qui l'entendirent, déclarèrent dans leur rapport « avoir
entrevu en lui une annonce de vérité qu'aucun des grands-maîtres n'a aussi complètement développée, et cependant parfaitement
analogue à la maçonnerie bleue dont elle
paraît une interprétation sensible et sublime».
Cagliostro aYail une femme qui, par ses
charmes, produisait une émotion aussi
grande que lui-même. Elle était toute jeune,
déjà femme et encore enfant. On l'aurait
crue Italienne à son accent, aux traits fins et
précis de son visage, une ltafünne blonde,
qui avait de grands yeux bleus, profonds el
doux, ombragés de longs cils; des yeux dont
Maeterlinck eût dit qu'ils étaient un lac frais
et tranquille pour y baigner rnn âme. Le nez
était petit, finement aquilin. Les lèvres,
arquées à l'antique, d'un carmin vif dans la
blancheur du teint, étaient toujours immobiles, semblant ne devoir s'éveiller qu'aux
caresses de l'amour.
&lt;( Elle affichait la noblesse, dit CasanOYa,
la modestie, la naïveté, la douceur et cette
pudeur timide qui donne tant de charmes à
une jeune femme. » Aussi, quand elle passait
sur Djérid, sa cavale noire, la taille cambrée,
la gorge saillante, les hommes la suivaient-ils
du regard. On était amoureux d'elle à distance, sans l'avoir vue. C( Ses plus chauds
partisans, dit un historien, ses enthousiastes
les plus exaltés étaient précisément ceux qui
n'avaient jamais aperçu son visage. Il y eut
des duels à son sujet, des duels engagés à
propos de la couleur de ses yeux, que ni l'un
ni l'autre des adYersaires n'anient jamais
contemplés, à propos d'une fossette à sa joue
droite ou à sa joue gauche. ll Quand, dans la
suite, elle fut mêlée à l'affaire du Collier et
mise à la Bastille, un avocat du barreau de Paris, Me Polverit, présenta sa
déîeme au Parlement : C( On ne sait pas
mieux, dit-il, d'où elle vient que d'où vient
son mari. C'est un ange sous des formes
humaines qui a été envoyé sur la terre pour
partager et adoucir les jours de l'homme des
merveilles. Belle d'une beauté qui n'appartint jamais à une femme, elle n'est pas un
modèle de tendresse, de douceur, de résignation ; non, car elle ne soupçonne même pas
les défauts contraires; sa nature nous offre,
à nous autres pauvres humains, l'idéal d'un'\
perfection que nous pouvons adorer mais que
nous ne saurions comprendre. Cependant cet
ange, à qui il n'est pas donné de pécher, est
sous les verrous. C'est un contre-sens cruel
qu'on ne peul faire cesser trop tôt. Qu 'y a-t-il
de commun entre un être de cette nature et
un procès criminel? l&gt; Cette argumentation
parut au Parlement de Paris juste et
concluante el il fit mettre en liberté Mme de
Cagliostro.
Le prince cardinal de Rohan, qui n'avait
cessé de prendre un vif intérêt à la botanique
et à la chimie, ne se laissa pas décourager
par son premier échec. Il revint à la charge,
se fit humble et petit, tant etsi bien que, finalement, il futadmis dans le sanctuaire d'Escu-

lape. En sortant, il confia ses impressions ~
son secrétaire intime, l'abbé George], qm
nous les a rapportées: « Je vis sur la physionomie de cet homme si peu communicatif, dit
Rohan, une dignité si imposante que je me
sentis pénétré d'un religieux saisissement et
que le respect commanda mes premières
paroles. Cet entretie~, qui fut as~ez c?url,
excita en moi, plus vivement que Jamais, le
désir d'une connaissance plus parliculière. l&gt;
Et la joie du cardinal n'eut plus de bornes
quand, un jour, Cagliostro lui dit : « y~tre
âme est digne de la mienne et vous mer1tez
d'ètre le confident de tous mes secrets. l&gt; De
ce jour la, liaison devint étroite et publique.
Cagliostro s'installa au chàteau de Saverne,
dont les larges cheminées se noircirent à la
fumée de ses fours alchimiques. Sur la terrasse du château, à la clarté des étoiles, les
entretiens de l'alchimiste avec le prince Louis
se prolongeaient fort avant dans la nuit.
Rohan écoutait, le front penché, les bras aux
appuis de son fauteuil, tandis que la blanche
lumière des astres caressait de ses chatoiements d'opale les longs plis d~ la moire cardinalice.
La baronne d'Oberkirch vit en 1780
Cagliostro chez l'évêque de Strasbourg. A son
entrée, l'huissier ouvrait la porte à deux
battants et annonçait : « Son Excellence monsieur le comte de Cagliostro! » Comme la
baronne exprimait au prince de Rohan sa
surprise de tant d'égards :
•
.
&lt;( En vérité, madame, vous etes trop difficile à convaincre. »

1

LE

BAQUET DE

M,

&lt;( C'est une belle pierre, monseigneur, et
je l'a vais déjà admirée.
«- Eh bien! c'est lui qui l'a faite, entendez-vous ? Il l'a créée avec rien. Je l'ai vu,
j'étais là, les yeux fixés sur le creuset, el j'ai
assisté à l'opération. Qu'en pensez-vous, madame la baronne? On ne dira pas qu'il me
leurre, qu'il m'exploite ! Le joaillier et le
O'raveur ont estimé le brillant à Yingt-cinq
0
•
mille livres. Vous conviendrez au moms que
c'est un étrange filou, celui qui fait de pareils
cadeaux. u
« Je restai stupéfaite. M. de Rohan s'en
aperçut et continua :
&lt;( Ce n'est pas tout, il fait de l'or. JI m'en a
composé devant moi pour cinq ou six mille
livres là-haut, dans les combles de mon
palais'. li me rendra le prince le plus riche
de l'Europe. Ce ne sont point des rêves,
madame, ce sont des preuves. Et toutes ses
prophéties réalisées, _el tou~es le~ guérisons
opérées, et tout le bien qu 11 fait I J_e v?us
dis que c'est l'homme le plus ext:ao~dm~'.re,
le plus sublime, et dont le sayo1r na d egal
que sa bonté. »
Rohan plaça le buste de l'alchimiste dans
son palais, après avoir fait graver sur le socle
en lettres d'or : &lt;1 Le divin Cagliostro.» Quand
le prince revint à Paris, dit George!, il laissa
en Alsace un de ses gentilshommes, le confident de ses pensées, le baron de Planta,
pour procurer à Cagliostro tout ce qu'il désirait.
Quand notre alchimiste eut plongé les
populations alsaciennes dans une stupéfaction

MES "'!ER , OU REPRÉSENTATION FIDÈLE DES OPÉRATIONS DU MAGNÉTISME ANIMAL. •

D'après une estampe d11 temps.

Et il me montrait un gros solitaire qu'il portait au petit doigt et sur lequel étaient gravées les armes de la maison de Bohan.

suffisante, -il crut devoir élargir la scène de
son théâtre et, à son tour, venir à Paris. Il
prit congé des nombreux amis qu'il s'était

�'----------------------------------

111STO']t1.Jl
faits à Strasbourg, du maréchal de Contades,
du marquis de la Salle 1 , et se mit en route à
grand bruit, avec une suite considérable, des
courriers, des laquais, des jacquets, des
gardes armés de hallebardes et des hérauts
drapés de brocart qui soufnaient dans des
clairons. En le voyant partir, de vieilles
l&gt;onnes femmes pleuraient en disant que
c'était Je bon Dieu qui s'en allait.
L'époque semble faite pour Cagliostro. &lt;1 Il
_nous fallait des distractions à tout prix, dit
Beugnot, et on voyait un vntige général
s'emparer des esprits. On courait à ce haquet
de )[esmer, autour duquel des gens bien
portants se lenaient pour malades et des gens
mourants s'obstinaient à se croire guéris 1 »
Marat faisait-il le procès du soleil et lui disputait-il d'être le père de la lumière, c'étaient
des cris d'admiration. Un paysan dauphinois,
Bliton, apercevait des sources à cent pieds
sous terre et les faisait jaillir à rn volonté.
Il avait des disciples et drs écrivains qui
célébraient son génie. La Cour et la ,·ille
étaient blasées, la,sées : il fallait du neuf et
du piquant. La scène française était délais,ée
pour les tréteaux et les bouis-bouis où de
sales et vulgaires niaiseries soulevaient
les applaudissements. &lt;1 L'ennui conduisait à
l'extravagance. » Les esprits élaienl agités
en sens contraires, les liens sociaux rompus.
L'opinion était préparée aux aventures.
Œ l'\os pères, écrit l'auteur du pamphlet si
remar&lt;Juable, Deniièl'e pièce du fameux
Col/ie1· ', se passionnèrent pour les saltimbanques de Saint-~lédard. Après avoir dansé
sur les cendres d'un idiot imbécile;; que leur
fanatisme canonisa, on les vit courir en foule
dans des réduits obscurs où des énergumènes
leur montraient des jeunes filles, d'une complexion faible, soulagées par des Cùups d'épée
ou par des coups de bûches; des hommes
crucifiés, cloués réellement par les mains et
les pieds en l'honneur du Rédempteur. 1&gt; La
Bastille et les douches froidt's ayant eu raison
des convulsionnaires , ceux-ci furent rtJmplacés par les ~omnambules et les magnétiseurs. L'bistérie était cultivée en formules
scientifiques. Les découvertes véritables de
Mesmer avaient peu à peu donné lieu à ces
scènes que l'on voit encore aujourd'hui, mais
qui, dans leur nouveauté, fai~aient fureur :
cris, convulsions el invocations. La sorcellerie
n'était plus sanglante, comme à la fin du
siècle précédenl, mais plus dangereuse pour
les nerfs. Les Illumines, les Marlinistes, les
Théosophes, les Pbilalèthes débitaient des
histoires étonnantes. &lt;1 Il serait diflicilc, disent
les rédacteurs du Bachaumont, de rendre
compte du fond de la doc:trine de ces enthousiastes, qui est un grand galimatias, à en
juger par les livres qu'ils publient. &gt;&gt; riombre
de ces cc enthoù~iastes ll vont jouer un rôle
considérable dans les événémenls les plus
importants 1 •
Depuis la grande crise de !'Affaire des
Poisons, les alcl.timisles avaient été pour-

suivis rigoureusement; mais, avec la tolérance du nouveau règne, les lettres de cachet
tombant hors d'usage, ils avaient repris leur
industrie. Un contemporain a tracé d'eux
une peinture pittoresque. &lt;, C'est dans le faubourg Saint-~farceau que se retirent les alchimistes inconnus. Les uns font de l'or. les
autres fixent le mercure (on sait que c'était
le problème de la pierre philosophale), ceuxci soufflent et doublent la grosseur des diamants; ceux-là composent des élixirs. Les
uns fabriquent des poudres, les autres distillent des eaux, tous possèdent des tré,ors
et tous meurent de faim. Leur langage est
inintelligible, leur extérieur celui de la misère, leur habitation est sale et obscure et,
lorsque la curiosité vous attire un moment
dans un de ces tristes rédui1s, vous apercevez
dans un certain coin une malhonnête créature 11ui a l'air d'une sorcière et qui garde
le laboratoire. - Quant aux ad~ptes con11u•,
ils oot de superbes laboratoires garnis d'instruments coûteux et de vase~ bien étiquetés.
Deux ou trois garçons ont l'air de travailler
et, lorsque le grand seigneur arrive, le directeur fait briller à ses yeux l'espoir de réaliser
les plus beaux secrets ; il lui montre les plus
heureux commencements, il lui promet qu'à
la troisième lune on verra. &lt;1 Voir » est le
grand mot des alchimistes 5• &gt;&gt;
Cagliostro loua à Paris l'hôtel de la marquise d'Orvillers. &lt;1 li existe encore aujourd'hui, dit M. G. Lenotre, et l'on s'imagine
sans grand effort l'ellet que la maison devait
faire dans la nuit, avec ses pavillons d'angle,
alors dissimulés par de vieux arbres, ses
cours profondes, ses larges terrasses, quand
les lueurs - les lueurs vives des creusets de
l'alchimiste - filtraient des hautes per,iennes. La porte cbarrelière s'ouvre rue SaintClaude, à l'angle du boulevard Beaumarchais.
La cour parait aujourd'hui, quand on y pénètre, sombre et sévère, toute solennelle avec
ses cordons de larges pierres que le temps a
noircies. Dans le fond, sous un porche dallé,
monte l'escalier de pierre dont les pas ont
peu à peu creusé les marches vers le milieu,
que le temps a lassé, encore fier de sa rampe
de fer forgé, vestige du temp~. &gt;l Du jour au
lendemain Cagliostro l'anima d'un bruit
joyeux, d'un entrain éclatant. C'était, du
malin au soir, le va-rt-vient bariolé des gens
de toute livrée : la cour pleine de carrosses
laqués, les chevaux s'ébrouant, les cochers
crianl et les petites femmes élégantes montant et descendant l'escalier de pierre, saliss~nt leurs gants à la rampe de fer forgé, le
nez en l'air, le regard vif, émues, effarées,
crainlives 6 •
A Paris, Cagliostro se montra tel f]u'il
avait été à Strasbourg, d,gne et réservé. Il
refusa avec hauteur les invitations à dîner
que lui firent parvenir le comle d'Artois,
frère du roi, et le duc de Cnartres, priuce du
saug. Il se proclamait chef des Ro,e-Croix,
;; . Lu diacre Pàris.

!. Inlerr. de lime tic: Cazlioslro, 2i avùl 178:5,
11'/l.. F\ 4450.
2. S. 1. n. d. (Paris, 1786j. in•8 ,le 4à p.

,frrh.

4. foi,· llc ugnol , 1, 6à ; -

dalt! du 24 mars li86; ft-an~. 6685. p. 1Uti.

le llacha wno11l. il la
Har,ly, lJi/J/. n at .. ms.

...., I ÇO

►

qui eux-mèmes se regardaient r,omme des
êtres élus, placés au-dessus du reste des
mortels. Il donnait d'ailleurs à ses adeptes
les plus rares salisfactions.
cc Ceux-ci, lisons-nous dans la corrrspondance parisienne de la Ga::;ette de Leyde,
soupaient avec Voltaire, Henri IV, Montesquieu; ils voyaient à côlé d'eux, dans un6
maison du Marais, des femmes qui étaient en
Écosse, à ~ienne, etc. Un homme d'un grand
sens fut vmr une de ses amies il y a rnviron
un mois. On se met à table. Surpris de voir
quatre couverts de plus el des chaises auprès,
il demande quelles sont les personnes que
l'on attend. On lui dit que ces places sont
remplies; qu'il a le bonheur de diner avec
des intelligences, avec des êtres bien supérieurs à la faible humanité. Jamais son amie
ne_ fut d'ailleurs plus aimahle, jamais elle ne
mit autant d'esprit et d'affabilité pour bien
traitèr se's convives et pour que les intelligences invisibles fussent contentes de son
diner. Au sortir du repas on passe au jardin :
autre enchantement. Chaque arbre a une hamadryade, chaque plante est cultivée par un
g-énie. Il n'est pas jusqu'au bassin qui ne soit
la retraite d'une nymphe. L'homme prudent
ne voulut pas se brouiller avec la maîtresse
du logis et la quitla sans Youloir détruire une
iUusion qui fait le charme de sa vie. 1&gt; Cagliostro ne tarda pas à avoir dans tous les
coins de Paris des adeptes de cette sorte. A
ceux qui ne voyaient pas se réaliser les merveilles prédites, il répondait durement en accusant leurs péchés, leurs m1irmures, leur
incrédulité.
Il entreprit de réformer la franc-maçonnerie sur le rite égyptien, d'après les détails qu'il avait trouvés à Londres, dans le
manuscrit d'un nommé Georges Coston. li
avait des cais~es remplies de statuettes représentant des Isis, des chameaux el des bœufs
Apis. couverts de signes hiéroglyphiques,
qu'il distribuait à srs disciples. Les francsmaçons furent d'ailleurs émerveillés de sa
personne et voulurent traiter avec lui. Mais,
avec eux aussi, il le prit de très haut, exigeant qu'avant toute conversation ils brùlassent leurs archives qui n'étaient, disait-il.
qu'un ramas de niaiseries. Il comprit le parti
qu'il pourrait tirer de l'indifférence des francsmaçons pour les femmes. Celles-ci n'étaient
admises parmi eux qu'aux fêtes. Dans ces
loges de style égyptien, les femmes avaient
un rôle actif. Le succès en fut prodigieux, el
dans les premières classes de la société. La
loge d'Isis, dont l\lme de Cagliostro était
grande-maitresse, comptait en 1784, parmi
ses adeptes : les comtesses de Brienne, Oessalles, de Polignac, de Rrassac, de Choiseul,.
d'Espinchal, Mmes de Boursenne, de Trevièrès, de 1~ Blacbe, de Montchenu, d'Ailly,
d'Auvet, d'Evreux, d'Erlach, de la Fare, la
marquise d'Avrincourt, Mmes de Afonteil, de
Bréhanl, de Btircy, de Baussan de Loménie,
5. ,Uémoires aullt. p our servir à l'hisl. de Cayliosh'o, Il, 47.
6. )lémoire pour lime de la ~lotte. dans la Collect ïo11 /Jitle d·Etieuville, 1, 39·40.

de Genlis, d'autres encore. Le fanatisme fut
poussé au point que le portrait de Cagliostro
se voyait partout; les femmes le portaient à
leurs éventails et à leurs bagues,
les hommes, sur leurs tabatières.
En 17 81, le grand homme retourne
pour quelques jours en Alsace.
« Jamais, dit Mme d'Oberkirch, on
ne se fera une idée de la fureur, de
la passion avec laquelle tout le
monde se le jeta\t à la tète. &gt;&gt; Une
douzaine de femmes de qualité et
deux comédiennes l'avaient suivi
de Paris pour ne pas interrompre
leur cure. La guérison surprenante
d'un officier de dragons venait d'achever de le dil'iniser.
L'illustre Houdon fit son buste.
Le portrait é1ait publié avec ces
l'ers :

)fontbruel, vétéran de coulisses, mais encore
beau parleur, affirmatif, qui se trouvait par
hasard partout où se trouvait Cagliostro,

Oe l'11 mi des humai11s1·econ11aisse, les traits.
Tous sesjo1a'ssont marqués par de nouveaux
bienfaits,
Il prolo11ge la vie, il secourt l'inf/ige11ce,
Le plaisird'ttre utile estseulsa 1·ecompense.

Le cardinal de Rohan ne pou,•ait plus se passer de lui. Il l'avait
incessamment dans son palais et
plusieurs fois la semaine passait
avec lui ses soirées. Sous les auspices du cardinal, le comte de Cagliostro et Mme de la Motte firent
connaissance. Nous devons à cette
circonstance une page charmante
de Beugnot, qui obtint de son amie,
~[me de la Molle, de diner chez elle avec l'illustre alchimiste. 11 Cagliostro, dit Beugnot,
portait ce jour-là un habit à la française gris
de fer, galonné en or, une veste écarlate brodée
en larges points d'Espagne, une culotte rouge,
l'épée engagée dans les basques de l'habit et
un chapeau brodé avec une plume blanche.
Cette dernière parure était encore obligée
pour les marchands d'orviétan, les arracheurs
de dents et les autres artistes médicaux qui
pérorent et débitent leurs drogues en plein
vent.
c1 ~fais Cagliostro relevait ce costume par
des manchettes de dentelles, plusieurs bagues de prix: el des boucles de soulier, à la
vérité d'un vieux dessin, mais a~sez brillantes
pour qu'on les crût d'or tin. Il n'y avait au
souper que des personnes de la famille, car
on ne tenait pas pour étranger un chevalier de

illb

&gt;

témoignait des merveilles qu'il avait opérées
et s'en offrait lui-même en preuve comme
guéri miraculeusement de je ne sais combien
de maladies dont le nom seul portait l'épouvante.
&lt;1 Je ne regardais Cagliostro qu'à la dérobée et ne savais encore qu'en penser. Celle
figure, cette coiffure, l'ensemble de l'homme
m'imposaient malgré moi. Je l'attendais au
discours. Il parlait je ne sais quel baragouin
mi-partie italien et français, et faisait force
citations qui passaient pour de l'arabe, mais
qu'il ne se donnait pas la peine de traduire.
Il parlait seul et eut le temps de parcourir
vingt sujets parce qu'il n'y donnait que l'étendue de développement qui lui convenait. li
ne manquait pas de demander à chaque instant s'il était compris. Et on s'inclinait à la
ronde pour l'en assurer. Lorsqu'il entamait

L' ArrA1JtE vu Cou.œ,t --~
un sujet, il semblait transporté et le prenait
de haut du geste et de la voix. Mais, tout à
coup, il en descendait pour faire à la maîtresse du logis des compliments
fort tendres et des gentillesses comiques. Le même manège dura
pendant tout le souper. Je n'en
recueillis autre chose sinon 'lue le
héros avait parlé du ciel, des astres, du grand arcane, de Memphis, de l'hiérophante, de la chimie transcendante, de géants, d'animaux immenses, d'une ville dans
l'intérieur de l'Afrique dix fois plus
grande que Paris, où il avait des
correspondants; de l'ignorance oi1
nous étions de toutes ces belles
choses qu'il savait sur le bout des
doigts, et qu'il avait entremêlé le
discours de fadeurs comiques à sa
Mme de la Motte, qu'il appelait sa
biche, sa gazelle, sa cygne, sa
colombe, empruntant ainsi ce qu'il
y avait de plus aimable dans le règne animal. Au sortir du souper, il
daigna m'adresser des questions
coup sur coup. Je répondis à toutes
par l'aveu de mon ignorance, et je
sus depuis de Mme de la Motte
qu'il avait conçu l'idée la plus
avantageuse de ma personne et de
mon savoir. »
Sous le chapeau rouge du cardinal, Cagliostro et Mme de la )lotte
étaient faits pour lier partie étroitement ou au contraire, pour entrer en rivalité
viole~le. C'est la seconde des deux alternatives
qui se réalisa. 11 Mme de la Motte, écrit l'abbé
George}, ne trouvait pas assez considérables
les liienfaits qu'elle tirait du cardinal de Rohan,
elle présumait qu'ils eussent été plus abondants encore si Cagliostro, qui possédait la
confiance du prince et dirigeait pour ainsi
dire toutes ses actions, ne lui avait conseillé de
mettre des bornes à ses largesses vis-à-vis
d'elle. Ce n'était qu'un simple soupçon de la
part de la comtesse; il suffit néanmoins
pour lui faire concevoir l'antipathie la plus
forte contre Cagliostro. Elle fit l'impossible
pour le perdre dans l'esprit du cardinal;
mais voyant qu'elle n'y pouvait réussir, elle
renlerma et nourrit dans son cœur des projets
de haine et de vengeance en cherchant toujours l'occasion de les faire éclater. »

(A suivre.)

F RANTZ

FlJN CK-BRE:,"TANO.

�REINES DE THÉATRE
~

Mademoiselle Duchesnois
Qu 'aujourd'hui surabondent et se multiplient it l'infini les vraies ou les fausses vocations de comédiens, et surtout de comédiennes, cela n'a rien en soi qui puisse étonner. Le théâtre, en effet, s'est de plus en
plus étroitement mêlé à la vie courante. Un
pont semble al'oir été jeté entre le monde et
lui. Pour le premier, le second n'a plus &lt;le
secrets, et ses coulisses n'ont plus de myslères. Les moindres aventures ou mésaventures d'un acteur, Lous les coups de fortune
ou tous les coups de tête d'une jolie actrice,
deviennent sur l'heure un sujet de chronique
écrite ou parlée qui se répand et se répète
d'un bout à l'autre du pass. Et celle publicité constante que prodigalement notre temps
assure aux hommes et aux femmes de Lhéàtre, excite chez nombre de jeunes gens et de
jeunes filll's appartenant au monde proprement dit, à la petite bourgeoisie, ou même
aux milieux populaires, le besoin jaloux de
poursuivre sans tarder ,avec les agrémen tsd' une
existence en apparence indépendante et facile,
les bénéfices d'une notoriété vite conquise.
Sans vouloir sottement écraser ses contemporains sous le poids &lt;le comparaisons arbitraires et dangereuses, ni prétendre opposer,
à des nouveaux venus entrant dans la vie,
ceux qui, leur œuvre faite et leur elîort réalisé, en sont depuis longtemps sortis, il est
permis de dire qu'autrefois on devait être
poussé, pour aborder la scène, par une vocation plus robuste, un plus irrésistible instinct,
un amour de la profession plus franchement
désintéressé. Car l'état de comédien, moins
souvent honoré que décrié et honni, ne permettait guère alors aux gens qui l'exerçaient
de faire très brillante figure ailleurs que sur
leur piédestal de planches. On en resta longtemps au sentiment qu'en 1789, dans une
séance de l'Assemblée nationale, a,•ait âprement exprimé l'abbé Maury, à savoir qu'on
ne pouvait donner aux acteurs l'égalité civi~ue, parce qu'il n'était pas, à son avis, de
préjugé plus juste et plus légitime que de
tenir leur métier, « non peut-être pour infàme, mais à coup sür pour peu honorable ».
Quant aux actrices, elles n'avaient guère, en
général, abstraction faite de leurs mérites
scéniques, droit qu'à la considération spéciale accordée aux professionnelles de la
galanterie. En somme, aux comédiennes,
sinon vertueuses, du moins conscientes de
leur dignité_ de femmes, comme aux acteurs
dont le caractère n'était pas inférieur au talent, le théàtre pouvait jadis procurer bien
EN 1870. -

Aux ARIIES ! -

Tableau d'ÉTIENNE BERNE·BF.LLECOtR.

VI. -

I!J~TORIA, -

Fasc. 4~.

des joies et bien des griseries; mais, au point
de vue moral, il réscrYait bien des rancœurs,
bien des amertumes et bien des humiliations
à ceux qui, pour l'amour de lui, étaient deYenus des hors-la-foi aux yeux de l'l~glise el
pour la sociélé civile des hors-la-loi. Ce fut
cet amour-là, et lui seul, sans arrière-pensées ni calculs pratiques, qui germa di•s l'adolescence dans le cœurct dans le cerveau d'une
petite ,illagcoise de Saint-Saul"e, en Flandre.
Catherine-Joséphine Rafin, dont le nom de
théâtre, lluchesnois, devait plus tard s'inscrire à jamais dans les gloriruscs annales de
notre Comédie-Française, avait rn le jour
dans une auberge, mais les facultés magnifiques dont elle était douée n'allaient pas larder à la faire sortir du bouge paternel, pour
la porter triomphalement au trône des reines
de tragédie qu'occupait alors mademoiselle
Raucourt.
Pour Joséphine Ratin comme pour beaucoup d'actrices de son temps - sans parler
de celles du temps présent dont le Conservatoire n'a pas enregistré, d'après une probante

Cliché Giraudon.
~[AOEMOJSELLE GEORGES.

D'apris une mlnla/ure du M11sèe CamavJ/tl.

pièce d'etal CÎYil, l'âge Yéritable avec une
exactitude rigoureuse, - il y eut toujours,
entre la date de sa naissance qu'elle accusait

et la date de J'acte de baptême dressé en 1777
par le desservant de l'église de Saint-Saulv~,
un écart de plusieurs années. Elle n'en était
pas moins fort Jeune encore lorsque, pour la
première fois, elle vint à Paris. Une sœur
ainée, qui l'y avait appelée près d'e1le, occupait un emploi dans la maison de Monsieur;
elle fit donner à sa cadette une éducation
plus relevée que ne semblait le réclamer
l'existence modeste à laquelle, par destination, elle paraissait vouée. L'enfant était
intelligente. On eut vite fait de la dégrossir,
et même de l'affiner. Si bien qu'un jour,
ayant eu l'occasion de voir dans Ali!tlée la
tragédienne Raucourt, ce lui fut une révélation. « Moi aussi, se dit-elle, je lancerai à la
foule les grands vers de Corneille ; moi aussi,
je déroulerai devant le public extasié les périodes de Racine; moi aussi, je serai tour à
tour ardemment ruaissante
et harmoniense-.
o
ment gémissante; moi aussi, je me ferai
applaudir, acclamer et diviniser; moi aussi,
je serai une artiste! »
Un tel rêve, que d'adolescents et de jeunes
filles se le sont formulé à eux-mêmes, sortant tout enfiévrés d'une représentation où
l'acteur aimé, l'actrice adorée avaient soulevé
l'admiration, déchainé l'enthousiasme? Mais,
hélas! pour combien de celles-ci et de ceuxlà, ce rêve n'était-il pas, en cJTet, autre chose
qu'un rêve, qui s'achèl'erail, s'ils voulaient
le vivre jusqu'au bout, dans une cruelle désillusion'! ... Mais, avec Joséphine Ilafio, il
en allait de toute autre sorte. Ce qu'elle avait
entrevu, en contemplant avec émerveillement
el en écoutant avidement mademoiselle Raucourt, elle possédait en elle, insoupçonnés
jusqu'à celte heure, les dons innés qui lui
permettraient de le réaliser à son tour. Et ce
fut en la fillette, dès ce moment-là, l'idée fixe
d'une) vocation que désormais rien ne saurait
maîtriser et qui finirait par avoir raison de
tous les obstacles, de toutes les résistances.
Ni les unes ni les autres ne tardèrent d'ailleurs à se manifester. A peine Joséphine, de
retour à Saint-Saulve, eut-elle exprimé timidement son insurmontable désir de travailler
pour devenir une actrice, une grande actrice
comme mademoiselle Ilaucourt, qu'éclatèrent
autour d'elle les lamentations et les cris de
colère.L'aubergiste, déjà, se voyait déshonoré
par l'insensée lubie de sa fille. Une enfant qui
portait son nom, devenir une histrionne?
Non, jamais il !)e le tolérerait, jamais ne se
consommerait un aussi révoltant scandale!
Et Joséphine, au lieu de se draper dans le

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>REINES DE THÉATRE
~

Mademoiselle Duchesnois
Qu 'aujourd'hui surabondent et se multiplient it l'infini les vraies ou les fausses vocations de comédiens, et surtout de comédiennes, cela n'a rien en soi qui puisse étonner. Le théâtre, en effet, s'est de plus en
plus étroitement mêlé à la vie courante. Un
pont semble al'oir été jeté entre le monde et
lui. Pour le premier, le second n'a plus &lt;le
secrets, et ses coulisses n'ont plus de myslères. Les moindres aventures ou mésaventures d'un acteur, Lous les coups de fortune
ou tous les coups de tête d'une jolie actrice,
deviennent sur l'heure un sujet de chronique
écrite ou parlée qui se répand et se répète
d'un bout à l'autre du pass. Et celle publicité constante que prodigalement notre temps
assure aux hommes et aux femmes de Lhéàtre, excite chez nombre de jeunes gens et de
jeunes filll's appartenant au monde proprement dit, à la petite bourgeoisie, ou même
aux milieux populaires, le besoin jaloux de
poursuivre sans tarder ,avec les agrémen tsd' une
existence en apparence indépendante et facile,
les bénéfices d'une notoriété vite conquise.
Sans vouloir sottement écraser ses contemporains sous le poids &lt;le comparaisons arbitraires et dangereuses, ni prétendre opposer,
à des nouveaux venus entrant dans la vie,
ceux qui, leur œuvre faite et leur elîort réalisé, en sont depuis longtemps sortis, il est
permis de dire qu'autrefois on devait être
poussé, pour aborder la scène, par une vocation plus robuste, un plus irrésistible instinct,
un amour de la profession plus franchement
désintéressé. Car l'état de comédien, moins
souvent honoré que décrié et honni, ne permettait guère alors aux gens qui l'exerçaient
de faire très brillante figure ailleurs que sur
leur piédestal de planches. On en resta longtemps au sentiment qu'en 1789, dans une
séance de l'Assemblée nationale, a,•ait âprement exprimé l'abbé Maury, à savoir qu'on
ne pouvait donner aux acteurs l'égalité civi~ue, parce qu'il n'était pas, à son avis, de
préjugé plus juste et plus légitime que de
tenir leur métier, « non peut-être pour infàme, mais à coup sür pour peu honorable ».
Quant aux actrices, elles n'avaient guère, en
général, abstraction faite de leurs mérites
scéniques, droit qu'à la considération spéciale accordée aux professionnelles de la
galanterie. En somme, aux comédiennes,
sinon vertueuses, du moins conscientes de
leur dignité_ de femmes, comme aux acteurs
dont le caractère n'était pas inférieur au talent, le théàtre pouvait jadis procurer bien
EN 1870. -

Aux ARIIES ! -

Tableau d'ÉTIENNE BERNE·BF.LLECOtR.

VI. -

I!J~TORIA, -

Fasc. 4~.

des joies et bien des griseries; mais, au point
de vue moral, il réscrYait bien des rancœurs,
bien des amertumes et bien des humiliations
à ceux qui, pour l'amour de lui, étaient deYenus des hors-la-foi aux yeux de l'l~glise el
pour la sociélé civile des hors-la-loi. Ce fut
cet amour-là, et lui seul, sans arrière-pensées ni calculs pratiques, qui germa di•s l'adolescence dans le cœurct dans le cerveau d'une
petite ,illagcoise de Saint-Saul"e, en Flandre.
Catherine-Joséphine Rafin, dont le nom de
théâtre, lluchesnois, devait plus tard s'inscrire à jamais dans les gloriruscs annales de
notre Comédie-Française, avait rn le jour
dans une auberge, mais les facultés magnifiques dont elle était douée n'allaient pas larder à la faire sortir du bouge paternel, pour
la porter triomphalement au trône des reines
de tragédie qu'occupait alors mademoiselle
Raucourt.
Pour Joséphine Ratin comme pour beaucoup d'actrices de son temps - sans parler
de celles du temps présent dont le Conservatoire n'a pas enregistré, d'après une probante

Cliché Giraudon.
~[AOEMOJSELLE GEORGES.

D'apris une mlnla/ure du M11sèe CamavJ/tl.

pièce d'etal CÎYil, l'âge Yéritable avec une
exactitude rigoureuse, - il y eut toujours,
entre la date de sa naissance qu'elle accusait

et la date de J'acte de baptême dressé en 1777
par le desservant de l'église de Saint-Saulv~,
un écart de plusieurs années. Elle n'en était
pas moins fort Jeune encore lorsque, pour la
première fois, elle vint à Paris. Une sœur
ainée, qui l'y avait appelée près d'e1le, occupait un emploi dans la maison de Monsieur;
elle fit donner à sa cadette une éducation
plus relevée que ne semblait le réclamer
l'existence modeste à laquelle, par destination, elle paraissait vouée. L'enfant était
intelligente. On eut vite fait de la dégrossir,
et même de l'affiner. Si bien qu'un jour,
ayant eu l'occasion de voir dans Ali!tlée la
tragédienne Raucourt, ce lui fut une révélation. « Moi aussi, se dit-elle, je lancerai à la
foule les grands vers de Corneille ; moi aussi,
je déroulerai devant le public extasié les périodes de Racine; moi aussi, je serai tour à
tour ardemment ruaissante
et harmoniense-.
o
ment gémissante; moi aussi, je me ferai
applaudir, acclamer et diviniser; moi aussi,
je serai une artiste! »
Un tel rêve, que d'adolescents et de jeunes
filles se le sont formulé à eux-mêmes, sortant tout enfiévrés d'une représentation où
l'acteur aimé, l'actrice adorée avaient soulevé
l'admiration, déchainé l'enthousiasme? Mais,
hélas! pour combien de celles-ci et de ceuxlà, ce rêve n'était-il pas, en cJTet, autre chose
qu'un rêve, qui s'achèl'erail, s'ils voulaient
le vivre jusqu'au bout, dans une cruelle désillusion'! ... Mais, avec Joséphine Ilafio, il
en allait de toute autre sorte. Ce qu'elle avait
entrevu, en contemplant avec émerveillement
el en écoutant avidement mademoiselle Raucourt, elle possédait en elle, insoupçonnés
jusqu'à celte heure, les dons innés qui lui
permettraient de le réaliser à son tour. Et ce
fut en la fillette, dès ce moment-là, l'idée fixe
d'une) vocation que désormais rien ne saurait
maîtriser et qui finirait par avoir raison de
tous les obstacles, de toutes les résistances.
Ni les unes ni les autres ne tardèrent d'ailleurs à se manifester. A peine Joséphine, de
retour à Saint-Saulve, eut-elle exprimé timidement son insurmontable désir de travailler
pour devenir une actrice, une grande actrice
comme mademoiselle Ilaucourt, qu'éclatèrent
autour d'elle les lamentations et les cris de
colère.L'aubergiste, déjà, se voyait déshonoré
par l'insensée lubie de sa fille. Une enfant qui
portait son nom, devenir une histrionne?
Non, jamais il !)e le tolérerait, jamais ne se
consommerait un aussi révoltant scandale!
Et Joséphine, au lieu de se draper dans le

�illSTO'R..1.Jl

---------------------------------~--------

peplum el le manteau des reines, au lieu de
chausser le cothurne et de ceindre le bandeau, dut sur-le-champ partir pour Valenciennes, où il lui fallut, le cœur bien gros
sans doute, mettre le tablier blanc des femmes
de chambre et se coiffer du bonnet ruché.
On arnit cru, en la contraignant d'accepter
cette place, détourner de son esprit le rêve
qui l'avait ~anlé. On se trompait. La ,jeune
fille en était plus que jamais possédée. 11
ne l'abandonna pas, bien au contraire, lorsque,
de soubrette, clic se transforma, au bout de
1iuelr1uc temps, en demoiselle de comptoir.
llans la boutique où elle était vendeuse, elle
lit la connaissance d'amateurs de théâtre à
qui vint, un beau jour, la généreuse idée
d'organiser des représentations théâtrales au
bénéfice des pauvres de la Yillc. Joséphine
Bafin ne laissa point pa~scr une aussi heureuse occasion d'essayer devant le public le
talent qu'en elle-même elle sentait germer.
On lui confia d'abord un rôle; puis, en présence du succès réel qu'il lui avait \'alu, on
lui en distribua deux autres. Elle incarna
ainsi successirement le personnage allégorique de la Paix dans une pièce de circon~Lancc ; celui &lt;le Sophie dans une sorte de
mélodrame intitulé : Robert, chef de brigands; enfin, dans Jfahomet, celui de Palmyre. Consciente, dès lors, de cc qu'elle
valait, et plus encore de cc qu'elle pomait
dernnir par un travail suivi et bien dirigé,
elle prit un parti héroïque. Sautant, à l'insu
de ses parents, dans la diligence de Paris,
elle s'envola résolument Yers la grande ,·ille
el vers la gloire.
A,·ec l'aide de sa sœur, qui, après un
accueil assez rude, lui anit pardonné sa
fugue, Joséphine obtint d'être présentée à
Florence, un vieil acteur assez médiocre de
la Comédie où il jouait les pères nobles et
les confidents, mais auquel on se plaisait à
reconnaitre toutes les qualités du bon professeur. La première impression de ce brave
homme fut à la fois des plus défavorables et
des plus fausses. JI déclara tout net, après
une première audition, crue l'aspirante tragédienne était totalement dépourvue de
moyens et qu'elle n'était assurément pas
faite pour entrer au théàtre. Fort heureusement pour la jeune fille, l'avis &lt;le Florence, •
&lt;J ui &lt;levait d'ailleurs revenir sur son hmLai verdict et y substituer par la suite de
précieux conseils, ne fut nullement partagé par deux poètes de la maison : Legouvé,
- 11u'on ne connaitrait guère aujourd'hui si
l'on n'avaiL retenu le litre et un vers de son
.Mérite des Femmes et si l'on ne savait qu'il
fut le père d'Ernest Legouvé, - puis Vigéc,
-:-- . dont ?n ne sait plus rien, même qu'il
ctmt le frere de madame Vigée-Le llrun. Ces deux. hommes, qui surent discerner sous
son inexpérience les admirables qualités par
lcsquell~s elle saurait plus tard subjuguer cl
enthousiasmer le public,
ne lui ménaoèrent
•
0
pas pins leur appm que leurs encouragcme11ts. Dès cc moment, Joséphine Rafin cessa
d'exister : mademoiselle Duchesnois était née.

Legouvé, en homme excellent qu'il était, ne
se contenta pas de lui assurer une protection
active et efficace : il alla jusqu'à s'instituer
pour elle professeur de diction. Lorsqu'il la
vit au point, c'est-à-dire prête à affronter le
public avec toutes les chances de succès, d'un
succès décisif qui devait sur l'heure la mettre
hors de pair, il jugea que le moment était
Yenu de solliciter et d'obtenir un début à la
Comédie-Française. Mais cela n'était en vérité
pas chose facile, pour une jeune fille qui
n'était J'élève d'aucun acteur en crédit. « Cc
ne fut, a-t-on écrit à cc propos, qu'avec des
peines infinies et toute la patience qu'inspire
aux artistes le désir d'arriver, que mademoiselle Duchesnois obtint ce qu'elle désirait
ardemment. :Modestement mise, elle allait
tous les soirs dans les coulisses chercher
quelque marque de bienveillance, un appui
quelconque, et, loin de lui en attirer, la simplicité de son costume, les traits peu avantatageux de sa figure augmentaient le mauvais
vouloir du plus grand nombre. On regardait
avec dédain sa petite robe d'indienne, et plus
d'un qui devait la flatter plus tard riait d'elle
alors. &gt;&gt; Mais on avait intéressé à son avenir
madame de Montesson, la veuve morganatique de Louis-Philippe d'Orléans, père de
Philippe-Égalité. L'aimaLle femme obtint
qu'on la fit débuter. C'est dans Phècll'e que,
le 12 juillet '1802, mademoiselle Duchesnois
alfronta le public de la Comédie-Française.
Et ce fut une victoire éclatante, r1ui se renouvela, plus complète encore et plus triomphale,
11 chacune des apparitions de la jeune tragédienne. On la mettait d'emblée, et en toute
justice, au premier rang des artistes les plus
fameuses dont le talent avait ra1onné sur la
scène glorieuse de l'illustre maison.
Bien qu'elle eût une physionomie expressive où se peignaient avec une singulière
puissance toutes les nuances, les ardeurs et
les violences de la passion, le succès immense
et continu de mademoiselle Duchesnois n'étail
pas, à coup st1r, ce qu'on est convenu d'appeler un succès de jolie femme. &lt;( On l'applaudit, constatait un critique du temps,
comme on se laisse entraîner par un torrent
impétueux, parce qu'on ne saurait lui résister. Quoi qu'il en soit, sa figure est bien loin
d'être dépourvue d'agrément; elle est au contraire noble, fière et majestueuse au théàtre ;
à la ville, sa physionomie est douce, intéressante et remplie de candeur. D'ailleurs, sa
taille est avantageuse el convient parfaitement
à son emploi. n Quant à sa voix, malgré une
espèce de hoquet qui entrecoupait sa diction
dans ses moments d'emportement tragique,
et qui avait pour cause l'émotion contagieuse
que la vibrante interprète était toute la première à éprouver, quant à sa voix, elle prenait aux entrailles même le spectateur le plus
flegmatique. Dans .lriane surtout. lorsqu'on
apprend à l'héroïne que sa sœur a ét&lt;\ enlevée, elle atteignait à une telle puissance d'expression dans l'angoisse et dans la douleur,
qu'un jour Lafon, jouant auprès d'elle un
rôle, ne put se tenir de s'écrier : (( Ab! c'est

sublime! n Jugement tout spontané d'artiste,
qu'avec enlhousiasme le public ratifia de ses
applaudissements.
Mais une nouvelle princesse tragique, qui
pouvait régner auprès d'elle sans réussir toutefois à l'éclipser, avait surgi aux côtés de
mademoiselle Ducbesnois. Celle rivale, c'était
mademoiselle Georges, dont la beauté radieuse
fanatisait le public. Les partisans de celle-ci,
parmi lesquels on comptait la future reine
Hortense qui la protégeait, le critique Geoffroy qui lui brûlait tout son encens, mademoiselle Raucourt qui l'avait préparée à aborder la scène, s'étaient coalisés contre mademoiselle Duchesnois. Celle-ci n'en conservait
pas moins, grâce aux qualités que nous Yenon5 d'indiquer, toute sa force d'action sur
la majorité des speclateurs, et compensait
par là l'infériorité que lui créait l'éblouissant
charme physique de sa rivale. Les trop zélés
amis de mademoiselle Georges, roulant assurer à leur protégée la suprématie sur la scène
du Théâtre-Français, exigèrent imprudemment qu'elle abordât les rôles de Duchesnois.
La nouvelle débutante leur ayant obéi, les
partisans de la titulaire de ces différents rôles
s'en indignèrent, surtout quand elle joua
Phèdre. JI se déchaîna, ce soir-là, dans la
salle de la Comédie, de véritables tempêtes,
C'est ainsi que, crrtain autre soir où l'on
donnait Iphigénie, mademoiselle Raucourt,
qui patronnait véhémentement sa belle élève,
fut accueillie, en Clytemnestre, par une bordée de siffiets. La tragédienne, furieuse, accusant de l'organisation de la ta hale mademoirnlle Ouchesnois, se précipita sur elle. Et
l'on dut arracher de ses griffes la jeune
femme défaillante et terrorisée.
Cette guerre prit tout naturellement fin
par le brusque départ de mademoiselle Georges. Le 11 mars 1808, en effet, celle-ci,
après avoir joué pour la première fois le rôle
de Mandane dans Arla.xerce, disparaissait de
Paris en même temps que le danseur Duport,
de l'Opéra, et gagnait Vienne, puis la nussie.
Elle ne devait rentrer à la Comédie qu'en 181 j,
Quant à mademoiselle Duchesnois, elle
parvint, à force de travail, à donner plus
d'ampleur encore au talent qui avait fait
d'elle, dès le moment de ses débuts, une
iitoile dramatique de première grandeur. Son
ambitieux.rêve de fillette avait a tteinl à sa plus
parfaite réalisation. On n'avait pas, au village
de Saint-Saulve en Flandre, à rougir d'elle,
La grande artiste qu'elle était devenue jetait
un lustre imprévu sur la dynastie desRafin ....
)lais des raisons de santé éloignèrent prématurément mademoiselle Duchesnois de la
scène. Lorsqu'en 1835 elle fit ses adieux au
public, elle n'avait plus paru qu'à de plus en
plus longs inlenalles dans les grands rôle,
qui lui avaient valu de si retentissants succès,
Et deux ans plus tard elle mourait, laissant
un nom inoublié, qui restera inoubliable,
comme ceux de la Champmeslé, de la Clairon,
d'Adrienne Lecouvreur, ses ainée,, - et
aussi de mademoiselle fiaucourt et de mademoiselle Georges.
PAUL DE

....

1 94

"'

i\lORA.

JOSEPH TURQUAN
c:fr&gt;

La
CHAPITRE III (suite).

li faut l~isser ra_conter ce souper à Paroy,
pou,r ~e ,faire une JUste idée de ce qu'étaient
les mv1Les : &lt;( Cette dame, dit-il, me trouvant
de meilleure compagnie que ses convil'CS qui
ne parlaient que par b .. . et par f ... , accepta
mon bras pour aller à table et me mit à côté
d'~Ile ~t Ys_abeau près de Mme de Fontenay,
qut lm avait beaucoup parlé de moi. Le souper f~t d'une gaieté un peu grasse; de~
comédiens, des membres du Comité des
députés y as,istairnt; l'un d'eux n~mmé
Lequinio, s'écria : &lt;( Allons! vive '1a népubliquc ! Et Luvons à la santé des Lral'rs
républi~a~ns q~i ont voté la mort du tyran! &gt;J
Lequm10, qui prenait ses ignobles instincts
pour des sentiments républicains, était cet
affreux gredin qui faisait dîner Je bourreau
à sa table; c'était aussi cet imbécile qui proposa, pour enrichir la nation, de détruire
tous les monuments en bronze qui exi,taient
en France el d'en faire des gros sous.
On YOit ce que Tbérésia, avec ses instincts
raffinés et ses goûts distingués, devait souITrir
en cette compagnie, qui ne rappelait que par
le plus éclatant contraste les cercles de la
princesse de Beauvau et de la maréchale de
Luxemb~urg. Il lui fallait cependant faire
bonne mme à toutes ces mauvaises mines· la
nécessité était là ! Mais, comme elle é~ait
. aussi un peu reine, même dans ce monde-là,
elle en avait pris bravement son parti et rn
~ons~lail ~n trônant. Le comte de Paroy, lui,
1ancien dcfenseur de Louis XYI au 1O aot'il
bouillait dans_sa peau en entendant le toas~
de Lequinio. Ecoutons la suite de son récit :
&lt;( Je dis à ma voisine, par contenance et pour
cacher ~0!1 e?3har~as : « J'aurais Lien plus
&lt;1 de pla1S1r, etant a coté de vous, de boire à
&lt;&lt; voire santé. » Ce Lcquinio reprit : « Bois
« donc,cl passe la bouteille.» Mes sentimentssc
relléta,ient sur 1~0~ visage à un tel point que
ce memc Lequm10, se levant, dit : (( Le
« citoyen qui tient la bouteille est sûrement
« un aristocrate; je m'y connais el îOUS le
&lt;r dénonce! J'en découvris un à Saintes qui
« ~'était glis~é parmi nous; le lendemain,
« Je le fis arrêter et guillotiner de suite : il
c&lt; faut en faire autant de celui-ci. &gt;l
C'était vraiment un convive charmant que
ce député du Morbihan!
Thérésia parla de M. de Paroy à Ysabeau
i,.

1. Comte
32U.

Dul'ORT DE C11EvEn~1,

l!lé111oires, 1. fi ,

cilo:yenne Tallien
et le lui recommanda pour le jour prochain
o~ Tallien,,.obligé d'aller à Paris, ne pourrait plus s mtéresscr à son père. Ysaheau
promit! et c'est à son intervention que le
marq~1s_ de Paroy dut sa sortie de prison.
« Il eta1t temps; sur trente-quatre détenus
dans les cachots, il restait le sixième '. n
C'est là quelques échantillons des façons

r 7mises; elle n'avait cependant sauvé aucune
vie humaine. Thérésia, comme Madeleine,
reconnut plus tard ses erreurs, et le fait de
les reconnaitre ne lui enleva rien de sa bonté
indulgente; elle demeura bonne après avoir
reconnu qu'elle aurait dû être plus sévère à
elle-même, et ne se fil pas de sa vertu toute
fraîche un piédestal pour mépriser les vertus
qui n'étaient pas encore sorties de chrysalide.
Une trop grande facilité pour les choses d'argent, prix d'une trop grande facilité sur certaines autres choses où la complaisance et les
usages du temps avaient plus de place que le
cœur, voilà ce qu'il faut sévèrement blâmer
chez celle belle et fragile pécheresse ; mais
ne la condamnons pas; les condamnés qu'elle
a sauvés de l'échafaud se lèveraient de leurs
tombeaux, à la façon des morts de la ballade
allemande, ils se rangeraient autour d'elle
com~e u~ garde d'honneur et nous reprocheraient Justement une injuste sévérité.
Tallien mérite lui aussi quelque indulge~ce._ Il a été atroce pendant quelque temps,
mais 11 reconnut qu'il avait été trop loin.
Thérésia le prépara à la modération et lorsque
&lt;( des représentations furent faites aux proconsuls par quelques citoyens courageux, que
Thérésia Cabarrus secondait en secret, tant
sur les agissements du Comité que sur les
condamnations iniques p!"ononcées par le triLEQUl:-110.
bunal révolutionnaire 2 ». Tallien eut le méD'après la gravure de F, 80N:&lt;Ev, LLE.
rite de ne pas s'entêter dans son erreur et
&lt;le changer totalement son orientation. Et,
certes, il risquait beaucoup à ce chanaement
diverses dont Thérésia s'ingéniait à faire le de politique; que de dénonciations ~llaient
bien. Si, à côté de celle belle passion de la en être la conséquence!
charité, la plus noble qui soit, elle eut quelBeaucoup de ces dénonciations a,sur,lment
ques erreurs, dues à l'extrême facilité des étaient fondées. Tallien n'était qu'un coquin
m~urs de son temps et à son manque d'édu- à qui les facilités de satisfaire ses instincts de
cation morale, il faut les lui pardonner en proie n'ont pas manqué pendant son proconraison _de, s~ Lonté de cœur. SJn biographe sulat de Bordeaux. ~fais peut-être aussi lui en
est ohhge d en parler, il n'a pas la force de a-~-on attribué plus que son compte et a-t-on
les lui reprocher : c'est si beau d'ètre bon, mis sur son dos les infamies de ses collaboet c'est si rare de l'être autrement qu'en rateurs et de ses agents, Car, comme l'a écrit
paroles! &lt;&lt; Que celui de vous qui est sans un contemporain, habitant de Bordeaux, &lt;1 l'arpéché lui jette la première pierre! » disait bitraire en était arrivé à ce point, sous le
Jésus, à propos d'une Thérésia de son temps Comité de surveillance du 2 frimaire, que les
qui n'avait certainement pas à son actif les mandats d 'arrèt·étaient lancés par les agents
états de servi_ce et les campagnes charitables même du Comité~. » Le désarroi, l'anarchie
de celle qui nous occupe. l',mrquoi les étaient tels, on le voit, qu'il était facile aux
hommes seraient-ils plus sévères que Jé- malh~nnêtes gens, et c'étaient eux qui gousus?... Madeleine, cette bonne Madeleine, a vernaient celle anarchie, de faire tout ce
eu aussi bien des erreurs, et elles lui ont été qu'ils voulaient; ils pêchaient en eau trouble.
2. Aurélien ni,: Vmt, La Terreur à !Jordrau:r:.
Hl6,

l, Il, p,

3. S""n:~I.Gr.,:. Ouo 111.1•.:, Il i,toirc cf,, B orderm.r
pcm/(111/ du-/1111/ 111où.-.\. u,; V11ii,:, 1.11,p. Jü7_

�111STO'RJA
Nous avons déjà dit que, sur la somme de
6.940.000 francs, total des amendes prononcées par la commission militaire, l .000.000
de francs fut attribué aux sans-culottes el
l.325.000 francs à la construction d'un hospice qui ne fut jamais commencé. On
n'a rclrou ré aucune trace de cette
dernière somme. Peul-être une partie
en fut-elle àtlribuée à Tallien qui, non
encore satisfait, fit trafic des passeports et des 0orâces. li était assailli•
de pétitions, d'olîres d'argent aus~1
sans doute : peut-être en accepta-t-1\
sans les avoir provoquées. Mais c'est
douteux. On peut citer de lui certaines
lettres, qui, quand on connaît le personnage et son peu de préju_gés ~~1
matière de probité, laissent v01r _qu il
avait le champ largement ouvert _a ces
louches spéculations. Il adressait, le
50 novembre i 795, au ministre de
l'Intérieur, celte lettre signée de lui
et d'Ysabeau : « Celle nuit, plus de
deux cents gros négociants ont été arrêtés, les scellés mis sur leurs papiers, et la Commission ~ilit~ire ne
va pas tarder à en faire JUSllce. La
crui\lotine et de fortes amendes vont
~pérer le scrutin épuratoire. du commerce et exterminer les ag10teurs et
les accapareurs. » Dans une a~t~e lettre, ils écrivent : (&lt; Les moderes, l~s
insouciants, les égoïstes sont pums
par la bourse ... l'argenterie ar~i:e en
abondance à la Monnaie .... » Vo1c1 une
note signée Tallien, qui est aussi bien
suggestive. «Les représentants,du pe_uple en séance à Bordeau~ re~uere (sic),
les administrateurs du d1str1ct de La Reole, département du Bec ~•A~bès,. ~e leur ~rés~n ter
dans le délai de qmnzame l ctat nommatif de
tous les gens riches, aristoc_rate~, et hommes
suspects et accapareurs, qui dmvent, en ce
moment, être taxés révolutionnai_re~ent P?u~
subvenir aux dépenses extraordrna1res! ams1
que l'indi~tion ,Précise ~es ~~mmes ~~1 peuvent être 1mposees. » Signe . TAt,Lth:. .
Au milieu de telles affaires, avec le désordre administratif qui régnait alors et qu'on
avait sans doute, à tous les degrés de la hiérarchie, intérêt à maintenir, avec le peu de
scrupules et de probité qu'o~_connait ~ Tallien, on peut se convaincre_qu 11 n~ devait ~as
lui ètre difficile de donner aux demers publics
telle destination qui lui convenait sans qu'il
restât trace de leur emploi.
D'ailleurs, à celle époque, toutes le~ autorités de Bordeaux volaient plus ou moms ouvertement : c'était Dorgueil, membre du Comité de surveillance, qui s'adjugeait une
partie des objets d'or et d'argent a~mo:iés
que, pour obéir aux décrets, les par_l_1cul~ers
étaient tenus de déposer chez les b1J oullers
afin qu'on en grattât les écuss~n~; c'était
Endron, membre du même Com1te de sm:veillance, qui, plus modeste, . se cont_en~a1t
de voler un jour treize habits de hvree ;
t. ,1,.d,ives de la tifroudc, série L. - .\. UE Vn·1E,
l.

Il, p. 't8:Z.

LI
c'étaient les autres membres et agents du
même Comité qui pillaient le trésor de chacune des éolises de Bordeaux; c'était le maire
mème de ville, Bertrand, quÎ « s'adjugeait
les objets d'or cl d'argent f!Ue la Terreur

la

LA

PETITE-FORCE•

D'après le dessin de Rosm.,.

arrachait !lux familles riches ... et faisait paier
jusqu'à quinze cents et dix hui,t, ~nts fra~cs
des certificats de civisme &gt;&gt; 2 ; c eta1t Courlrn,
secrétaire du maire; c'était Lacombe, cet
ancien escroc, président du Comité militaire,
qui avait retrouvé ses insti?cts de voleur
depuis qu'il était devenu magistrat et assassin patenté....
.
.
Tallien, qui avait de grands bcsoms d argent pour satisfaire à son luxe, a s'adr,esser
de préférence à une source. specrale o~ les
agents subalternes ne pouvaient pas pmse~,
c'étaient les fonds provenant des taxes arbttraire.s impo.sées au.x détenus po11r obtenir
leur libe1·té. Ces taxes étaient employées sous
la haute direction des conventionnels en mission•. Michelet fait évidemment allusion à des
détournements opérés sur ces taxes, quand
il dit que la guillotine, qu'il avait fait dresser
devant ses fenêlres, « lui fut d'un excellent
rapport &gt;&gt; ". EL ce que Marc-A?toi?e _Jullien,
agent du Comité de salut public, ecrit _à Robespierre sur Thérésia, le touche bien év~de_mment aussi, par la plus naturelle associa lion
d'idées :
« Il y a sur la Fontenay, dit-il, des détails
politiques bien singuliers, et Borde~ux sem,?le
avoir été jusqu'à présent un laby~mth~ d ,_nlrigues et de gaspillages. Il est bien d1ffic1le

?t~

2. A.
p. LO~.

11t

\'1v1E, La Teneur it /Jnrdl'lliu, t. II,

de démêler le républicanisme _et la probit_é.
Je fais tout le travail d'un comité de survmllance et passe les nuits avec de~ hom~~~ pr~- ·
cieux que j'ai découverts, mais que J etud,_e
encore. J'ai des renseignements dont le resultat doit arracher Bordeaux à la
classe des fripons qui en faisaient leur
proie et rendre le peuple à l'~mot~r
sincère des vertus et de la Repubhque. 1&gt;
Cependant Tallien avai~ éco~té les
représentations que certams citoyens
coura"eux, poussés à bout par celle
manière de convertir bon gré mal gré
les "ens à la Révolution, étaient allés
lui faire. La réflexion lui vint enfin,
et il se rendit compte qu'il était temps,
plus que temps d'enrayer. L~ 4fé~rier
1704 un décret si"né de lui et d Ysabeau 'destitua en ~asse le Comité de
surveillance et ordonna l'arrestation de
tous ses membres.
Thérésia avait joué un rôle en cet
acte de ,igueur : c'est elle qui avait
encoura"é les citoyens qui pouvaient
0
1
,
avoir quelque influence sur es representants à leur ou Hir les yeux; elle,
s'y était employée, c'est certain. Elle
travailla d'une façon constante à ramener Tallien à la modération, et c'est
bien évidemment à son influence que
l'on voit, à partir du mois de janvier
1791-, le chiffre des exécutions diminuer d'une façon très sensible; il marque, comme un thermomètre enregistreur, le pouvoir de plus en plus gra?d
que sa bonté pren~il sur le commissaire de la Convention et, par contrecoup sur le tribunal révolutionnaire. En revanche Je nombre des condamnations à
J'amende augmente, et ces amendes, généralement de 100,000 et de 200,000 francs,
variaient entre 10,000 el 1,200,000 francs;
ce sont les armateurs, les commerçants, les
banquiers qui, par un sing~lier has?'.d' s&lt;:
trouvent avoir commis des crimes et dehts qui
s'expient par ces amendes écr,as~ntes; !es ~auvres diables, eux, sont envoyes a la gu1llotrnc.
Nous avons relevé, mois par mois, toutes
les condamnations à mort et à l'amende, pro•
noncées par le tribunal révolutionnaire de
Bordeaux. C'est au mois de décembre que
Thérésia fit la connaissance intime de Tallien : on pourra, par la ~impie lecture des
chiffres qui suivent, se rendre compte de sa
bienfaisante influence.
Condnmnation,;;
f1 mort à l'ameutlc

1793 Octobre. •
Nornmbrc.
Décembre.
179't Janvier.
Février.
~Iars .
Avril. .
)lai. . .
Juin .
Juillcl .

5
l!)

3~

1
28
14

1{j

10
7
10
»
72
129

2i
12

4

Tallien quitta Bordeaux le 22 février, mais
;;. A. IIE \'111f;, l,a Ten·eui-àBol'{{f•au.r,LIT, p. 200.
'i. llu:utl.LT, Rél'olultoll (1w1çais1·, l. ~Il.

C1TOYENNE

TJU.'LTEN

--~

Thérésia y resta jusqu'au 4 mai et conserva barrus »'·Les papiers de Robespierre publiés cile de démêler le républicanisme de la
un peu de son influence. Elle partie, les exé- après sa mort montrent que le petit Jullien probité•. )J
cutions se multiplient d'une façon effrayante, n'avait pas dû laisser ignorer à l'inventeur de
c&lt; Ysabeau, qui me vit hier, me dit Tallien
en juin et surtout en juillet.
!'Être suprême que le modérantisme dont on arrêté.... La punition des intrigants de BorCependant la situation de Tallien, ses actes, accusait Tallien était l'œuvre de la belle Thé- deaux, dont les uns n'avaient en vue, comme
lui avaient fait beaucoup d"ennemis; son luxe, résia, mais qu'il se compliquait aussi d"in- Chabot, qu'un intérêt• .... » A Saint-.Just, il
ses voitures, le luxe de sa maîtresse, lui en fluences moins éthérées. Le représentant Cour- propose entre autres choses de « distinguer
avaient fait davantage. La destitution des tois dit, dans l'emphatique rapport qui pré- par un arrêté ceux qui ont donné de l'argent
membres du Comité de surveillance lui en cède la publication de cette infime partie des (à Bordeaux) pour racheter une vie que beaufit de nouveaux, mais pas les mêmes. Les papiers de Ilobespierre, qu • c&lt; il lui dénonce coup n'avaient point mérité de perdre, et
passions étaient d'autant plus excitées contre jusqu'à des femmes », dont il détaille les les infâmes qui ont exigé de l'argent pour
lui, parmi les membres et les amis du Co- charmes. C'est évidemment un portrait de vendre la loi : les premiers, ne craignant
mité, que bien des intérêts privés, mais ina- Thérésia, peut-être un peu dôcolleté, tracé plus, parleront; les autres seront découverts
vouables, étaient compromis. Aussi les dénon- par Jullien fils à l'Jncor1'11ptible, auquel Cour- et punis. &gt;&gt;
ciations contre Tallien se mirent-elles à pleu- tois fait allusion.
Tallien est évidemment visé par ces mots :
voir au Comité de salut public. On l'accusa
Il est très regrettable que ces papiers Les infrîmes qui onl exigé de l' m·gent ....
de modérantisme : on dut l'accuser aussi, n'aient pas été imprimés dans leur totalité.
Ces lettres montrent - et beaucoup d'aubien probablement, de corruption. Averti Mais le représentant Courtois, qui avait été tres existaient qui ont été détruites par l'intésans doute par quelque ami du Comité, Tal- chargé de les inventorier et qui avait eu de ressé après le O thermidor - que l'orage se
lien se sentit menacé. Il voulut aller se justi- bonnes raisons pour réclamer celte mission, formait contre Tallien, à Paris, et que, comme
fier à la Convention. Aussi, le 22 février 1704, ayant eu le malheur, comme tant d'autres, Danton, il aurait bientôt à entrer en lutte
partait-il pour Paris, laissant Ysabeau à Bor- d'écrire fort obséquieusement à Robespierre avec Robespierre.
deaux pour faire tête à leurs ennemis com- au temps de sa puissance, avait commencé
muns.
par reprendre et brûler ses lettres; il en
En attendant, comme Thérésia voyait que
Est-ce pour le même motif qu'il y laissa rendit aussi beaucoup à leurs auteurs qui Tallien serait obligé de rester à Paris plus
Thérésia?... On ne sait, mais elle ne partit eurent bien soin de ne pas les conserver, et longtemps qu'il ne l'avait pensé en partant,
pas avec lui. La raison en est probablement ne se gêna pas pour garder le reste, c'est-à- qu'il ne serait peut-être pas maintenu dans
que Tallien pensait bientôt revenir après s'être dire presque tout : il en fil argen t plus sa mission de Bordeaux, qu'elle-même se
justifié des accusations lancées contre lui.
tard.
sentait mal vue du puissant Jullien, elle se
Sur ces entrefaites, yers la fin de mars ou
Dans plus d'une lettre publiée, Jullien, par décida /1 aller retrouver son amant ;1 Paris.
le commencement d'avril, un jeune homme, des insinuations et des réticences, laisse Par amour? .. . C'est peu probable : n'avaitse disant agent du Comité de salut public, entendre que Tallien n'est pas à l'abri de elle pas dit elle-même à Bordeaux « que ce
était arrivé 11 Bordeaux. Il s'était mis aus- tout soupçon quant à la probité : c1 Bordeaux n'était pas du tout la passion qni l'allachait à
sitôt en relation avec les ennemis de TalTallien, mais une sorte d'honneur et de
lien ctd'\'sabeau el entretenait avec Paris
devoir, puisque c'était elle qui était cause
une correspondanc~ très active. Ce jeune
des dangers qu'il courait:;. &gt;&gt;
homme, nommé Marc-Antoine Jullien,
D'un autre côté, elle avait un ami
fils du député à la Convention Jullien
qui connaissait un certain Taschereau,
(de Toulouse) et qui se fit lui-même aphomme taré, agent secret du Comité de
peler plus lard Jullien de Paris, était
salut public, à genoux devant Robesalors âgé de dix-neuf ans. Le Comité de
pierre, qu'il devait trahir ignominieusesalut public lui avait trouvé assez de
ment dès qu'il fut abattu. Taschereau,
maturité pour l'envoyer comme agent de
qui était au courant de bien des intrigues,
confiance à Bordeaux : il s'agissait de le
dit à son ami qu'il se tramait quelque
renseigner sur la conduite vraie des deux
chose contre elle et qu'elle ferait bien de
conventionnels en mission. Tallien ne
quitter Bordeaux. Cet ami manda immés'était pas suffisamment j ustifié devant
diatement une si importante nouvelle à
la Convention, et les Comités de salut
Thérésia, en l'engageant à s'arrèterquelpublic et de sûreté générale avaient été
que temps dans une ville des bords de
chargés par elle de faire une enquête et
la Loire. D'un autre côté, une loi toute
un prompt rapport sur sa conduite à
récente du 27-28 germinal, anll (16-17
Bordeaux.
avril 1704) interdisait aux ci-devant noLe jeune Jullien, le petit Jullien,
bles le séjour des villes frontières et
comme on l'appela bientôt, était souple
maritimes. Thérésia était donc, pour pluet habile. II ne fut pas long, grâce aux
sieurs motifs, obligée de quitter Borterribles influences qu'on lui savait, à se
de:mx.
créer une petite cour et à miner, par des
La nouvelle loi contre les ci-devant
manœuvres souterraines, l'autoritéd'Ysanobles fut mise immédiatement en vibeau. Il écrivait à fiobespierre, qu "il adgueur. A Bordeaux, Ysabeau chargea le
mirait comme un dieu, ses impressions
Comité de surveillance de son exéculion.
l\IAXIMILIEN ROBESPIERRE.
tant sur la conduite d'Ysabeau et de TalD'après la grav111·e de \\'.-11. EGLETOx.
Le Comité convoqua les ci-devant des
lien que sur la maitresse de celui-ci dont
deux sexes et leur délivra des ordres de
il avait fait la connaissance, la conquête
passe pour quitter Bordeaux. Chaque
aussi, si l'on en croit Senar 1 et que, avec son semble avoir été jusqu'à présent un labyrin the ordre portait naturellement le nom du lieu
accent méridional, il appelait c&lt; la belle Ca- d'intrigues et de gaspillages. Il ·est bien diffi- où le porteur fixait son domicile.
1. • Ce Jullien avait envoyé au Comité de sùrelé
i;:énérale une copie de la tellre que la prostituée
Cabarrus lui avait écrite, cl dans laquelle elle l'inl'Î•
lait à passer dans l'Amérique septentrionale avec elle,
parce qu'elle voulait fuir ce Tallien coure1t de crimes

el qui l'avait compromise : elle lui offrait de partager al'CC lui sa fortune qui serait plus que suffisante pour eux deux. » (SEx.,n, Révélat,011s puisées, etc., p. 219).
2. ;'iotes inédites du baron Larrey, chirurgien en

chef de la Grande Armée. Ces notes soul en nolre
possession. ·
3. Lettre du 11 prairial, un II (30 mai 1794).
4. J,ellrc du 15 prairial, an li l juin l 79i).
5. Cu. l'innov. Le Curieux.

�. - ffiST0'/{1.Jl

•

Le registre des ordres cle passe a été conservé aux archives de Bordeaux. A la date du
15 floréal, an Il (4 mai 1704), on trouve
lïndicalion suivantP ·
11 Caharrus•Fontenay {Thérésia, l'emme FonLcna)-), vingt ans, demeurant cours dr Tourny,
native de Madrid, dirigée sur Orléans. »
C'est donc le 4 mai, au plus tôt, mais plus
vraisemblablement le 5 ou le 6 mai, que
Thérésia quitta Bordeaux. Comme ce n'était
pas encore la mode, chez lrs femmes. d'être
honnes mères, elle laissa son fils dans un
hôtel garni, sous la garde d'un domestique
nommé Joseph. Elle n'allait pas directement
à Paris, mais à Orléans : peut-être ne voulait-elle pas faire connaitre à Jullien, qu'elle
savait ne lui être pas favorable, qu'elle allait
rejoindre son amant à Paris, et chercbait-e)IP
à lui donner le change. Mais. une fuis à OrJ,:ans, elle saurait bien se foire délivrer un
passeport pour Paris et l'aller retrouver.
L'ordre de passe délivré à Thérésia est
assez curieux pour èlre r1'produil ici : lll
voici Je texte intégral :
« Délivré à la citoyenne Thérésia CabarrusFontenay, épouse divorcée Fontenay, âgée de
vingt ans, ayant joui ci-devant des privilèges
de noblesse, natiYe de Madrid, en France
depnis quatorze ans, domiciliée à Bordeaux,
cours de Tourny, laquelle nous a déclaré aller
dans la commune d'Orléans, où elle déclare
vouloir se retirer, conformément à la loi des
2i et 28 germinal dernier.
« Signalement :
« Taille cinq pieds deux pouces, visage
blanc et joli, cheveux noirs, front bien fait,
sourcils clairs, yeux bruns, nez bien fait,
bouche petite, menton rond.
c&lt; Fait en séance, le 15 noréal, an II 1• »
Conformément à son ordre de passe, 'l'hérésia s'arrèta à Orléans, comme en !ail foi le
r3pport du citoyen Boulanger, général de brigade de l'armée re .. olutionnaire. Là, elle se
fit donner un passeport pour Fontenay-auxRoses, et c'est dans la maison de son ancien
mari que son amant vint la îOir. Mais en
secret, car ce pauvre Tallien, donl la position
était assez ébranlée auprès du Cnmité de
salut public, et qui savait que 1'hérésia était
encore moins en faveur que Jui, qui, de plus,
se doutait qu'il était epié, ne voulait pas
qu'on sùt où il allait. Et c'est à ce moment
que le pelit Jullien, qui poussait Robespierre
à les faire arrêler tous les deux, lui écrivait.
(11 prairial, 50 mai). « Je crois deroir t'envoyer copie de l'extrait d'une lettre de Tallien
au Club national; elle coïncide avec le départ
de la Fontenai, que le Comité de salut public
aura sans doute fait arrêter. li y a sur elle
des déLails politiques Lien ~ingulicrs ' .... n
Quelques jours après, le 15 prairial, il
écrivait: &lt;&lt; Ysabeau, qui me vit hier, me dit
Tallien arrêté .... La Fontenai doit maintenant
être en état d'arrestalion 5 • »
1. Arcldves de la Gù-oude, sCrie J,1 2li0. Re135. ~ous de,;ons cet
rntércs!-nul document, q111 hxc la d3te du clcparl de
fhCré:.:i'l de BorclC'aux, el la came rl·elle (le ce départ,
il la bienveillance lie li. A. de \ï,,ie, 11ui nous a eomm1111i(ILIC qncl1111e, nulrrs documt•111s et 1m11~ a guidé
gistre des 01·dres de pa~5:(!

y,

On rnit que celle double arrestation était décidée, en principe, par Robespierre. Il s'y était
décidé sur les conseils de Jullien qui avait
ronnrmé, dans ses l~ttres, les dénoncialions
dirnrses dont Tallien éL1it l'objet. Mais en
attendant le rapport que le Comité de salut
public Jtait chargé de présenter li la Convention, ,, la suite de l'enquête à laquelle se
livrait Jullien sur les agissements de Tallien
à Rordeaux, on devait s'assurer de Thérésia.
'l'allien .~cn!ait vaguement tout cda.

Cl ... Un grand nombre d'intrigants bordelais sont en ce moment à Paris et vont partout
calomaiant Bordeaux et les représentants du
peuple qui y ont été envoyés. S'il ne s'agissait que de moi, je ne serais pas venu aujourd'hui fixer l'attention de la Conrention nationale; •mais ces calomnies sont, je le déclarC',
"'J,andues par des hommes perfides ....
&lt;( ••• Il faut que la Convention nalionale
rende justice à ceux qui ont rempli leur devoir: il faut qne les bons citoyens soient rassurl's, qne les intrigants SOÎl nt rlJuils au
CHAPITR.E IV
silence, et que les hommes qui n'ont jamais
varié dans Jeurs principes soient encouragés
On se rappelle que Tallien avait quitté Bor- par ceux qui savent les apprécier.
deaux le ~2 lévrier 179{ pour aller se justifier
&lt;c· Je suis bien loin de redouter l'examen le
à Paris. Les· défiances l'y accueillirent. li ne plus sévère de ma conduite et de celle de mon
put parvenir à se faire entendre du Comité de collègue; jP le provoque au rontraire: j'atSalut puLlic'. Après plusieurs tentatives tends avec irnpalience le moment ol1 je pourinfructueuse·s, il fallut bien sr rendre à l'évi- rai faire à \'OS Comités le raprort de taules
dence : il était en smpicion. Dès le 12 mars, nos opéralions, et ils seront, comme vous,
il montait à la tribune de la Convention et. étonnés des immenses travaux auxquels nous
voulant a1ler au-devant de l'accusation, il di- nous sommts livrés a,·er une infatigable a1•tisait: « Depuis longtemps, la calomnie s'atta- vité. ))
che sur les pas des patrioles . Les représentants
Ce discours ne fit pas tomber les défiances.
du peuple e9voyé~ dans les départements sont Pourtant, dix jours après qu'il fut prononcé,
aujourd'hui en hutte à toutes les persécutions, Tallien présida la Convention (22 mars) jusà toutes les contrariétés. Rien sans doute qu'au jour 011 les têtes de Danton et de Camille
d'étonnant dans celle condui1e de la part des Desmoulins tombèrent par suite de l'applicaintrigants, car leurs complots ont été déjoués, tion du programme systématique de llobescar le masque a été arraché à tous les hypo- pierre (16 germinal-5 ·avril)•.
crites, Les représentants du peuple envoyés à
Cependant, Tallien sentait que les suspiIlordcaux devaient s'allendrc à n'êlre pas cions se ravivaient contre lui. La fa çon dont
épargnés. Celle commun~ était devenue l'un Robespierre s'était débarrassé de Camille et de
des principaux loyers du fédéralisme; les Danton lui faisait terriblement appréhender
esprits' y étaient agités, égaré5 par des hommes qu'il ne méditàt pour lui un sort pareil. Pour
astucieux; les girondins de Bordeaux et de le conjurer, il crut utile de monter encore une
Paris s'entendaient parfaitement; la conspi- fois à la tribune et de natter habilement ceration s'étendait sur toute la République; et lui à qui toute la Comcntion obéissait :
~i nous n'eussions pas agi arec cette sagesse n ... S'il reste encore parmi nous, dil-il, des
énergique qui com•cnait aux loc..,lités et aux hommes dont les principes politiques soient
circonstances, Bordeaux aurait éprouvé le condamnables, des hommes sa.os probi1é, sans
mème rnrt que Lyon . .Nous avons été assn: honneur, sans verlu, qu'on nous les fasse
heureux pour rendre celle importante com- connaitre franchement, et, si les accusations
mune à la République sans quune goulte de rnnt vraies, nous nous lèverons lous pour les
sang patriote ait coulé. Nous avons détruit le faire traduire au tribunal révolutionnaire.
fédéralisme jusque dans ses racines; nous
« Mais il faut aussi que les défiances pararnns relevé le courage abattu des patriotes; ticulières cessent, que le5 hommes faits pour
nous les a,ons appells aux fonctions publi- s' t:slimer mutuellement s•examinent et sacben l
ques ; nous a\'Ons poursuivi avec courage les allat:ber leur confünce à ceux qui la mériaristocrates, les fédéralistes et lous les hommes tent .... li faut que les patriotes de la Montasuspects; nous devions donc êlre dénoncés par gne, qui n'ont jamais dévié des \rais principes,
leurs partisans; notre espoir n·a pas étti qui, au nomLre de cinquante seulement, ont
trompé. Les calomnies les plus atroces se sont longtemps lullé contre le parti droil et ses
répandues contre nous. Yotre Comité de sù- ri.bominables machinations, il faut que 1 es
reté générale a reçu bier une lettre par laquelle mèmes patriotes se réunissent aujourd'hui. Et
on lm annonce qu'\"saüeau etmoide\'ons nous s'il en est d'autres qui soient revenus de leur
embarquer pour fuir cn:Amérique sur un navire égarem·enl, qui veuillentsiocèremeut marcher
cbargé de plu~ieurs millions. Tuus les jour- avec nous, qui soient purs comme le peuple
naux publient aujourd'hui que Bordeaux est en qu'ils repré-eutt:nl, qui 11'aie11t poiut trempé
conlre-rémlution, que les gens suspects s'y dans les complots que nous avons punis, nous
promènent audacieusement cl que le patrio- marcherons avec eux par la ,·oie des sacrifitisme y est opprimé. Eh bien! cito)ens, tous ces, nous ferons arec eu, le bonheur du
ces faits sont faux.
peuple. "
On voit que Tallien recherche l'appui des

de son érudition et de ses recherches en lout. ce qui
couccrne le séjour de Tallien et de Thfr(,,i.- â Bordeaux.
2. /lapiel's i11hlils /l"oui:éa the:. Robespiel'l'e,
Saùd-Jitsl, /&gt;ayau. l'IC., s11pp1·i1111 1s uu omis JHlf
Co11rtoi11, t. Ill , p. 31.

Ibid .. p. S~.
4. Lr:tlre de follîe11 ù l"sahra11, :; mar.. - Archivrs de la (;l/'midt, sé rie L. A. m: \"rm:.
;). l,es prèsidcnts de la Convc&gt;11tion n'Ctaienl élus
que jKHlr quinze jours.
;j,

�'----------------------------------- LA C1TOYENN'E T.Jf.1.L1'EN

111S TOR,.1.Jl
Montagnards, qu'il compte sur eux et qu'il
fait des avances am: autres en les assurant
qu'ils seront les biemenus dans rnn parti.
Car il veut aussi se concilier leurs sympathies.
A part cela, pas une idée pratique, rien que
des mots Yagues : la voie des sacrifices ... le
bonheur du peuple .... Mais ces phrases vides
plaisent au peuple qui depuis longtemps s'en
contente. .
Après cettJ déclaration, Tallien sent le besoin de rassurer la Montagne sur la pureté de
ses intentions et l'intransigeance de ses principes. Pour lui plaire davantage, il va lui
parler de ses ennemis, de ceux qui s'opposent
au bonheur du peuple; il excite à la haine
après avoir pleuré de tendresse. &lt;1 Mais,
ajoute-t-il, nous ne voulons pas de ceux qui
n'ont pas paru dans les premiers jours de la
Ré,·olution, qui étaient cachés dans leurs caves quand nous étions à la Bastille, qui se
sont montrés sur la brèche quand il n'y avait
plus de danger, et qui ne se montrent aujourd'hui que pour nous demander une part des
dépouilles de l'ennemi vaincu. »
Ah! les dépouilles de l'ennemi vaincu!
C'est là la grande affaire, et c'est, en fait d'affaires, pe qu'il connait le mieux ; c'est là ce
qui le touche le plus, et, il le sait, ce qui touche Je plus un certain nombre de ses collègues.
C'est le point capital de son discours; en deux
mots il cherche à se justifier, mais fort vaguement, des vagues accusations qui, il le sait,
circulent sur lui parmi les représentants et
parmi le peuple.
&lt;I Ces dépouilles de l'ennemi vaincu, poursuit-il, nous neles lui avonsenlevées que pour
les donner au peuple. Vous l'avez décrété sur
le rapport du Comité de salut publi&lt;;, et la
distribution en sera faite selon le vœu que nous
portons dans notre cœur ; elles amélioreront
le sort des patriotes infortunés. Yoilà le fruit
des Yictoires que nous avons remportées; voilà
tout ce que nous voulons. »
Le peuple des tribunes devait applaudir à
ce langage; prendre la fortune de ceux qui
l'avaient gagnée par leur travail, leurs talents,
leurs t&gt;conomies, leurs services au pays, leurs
privations, leurs dangers souvent, el cela pour
la distribuer à ceux qui, au lieu de travailler
el d'économiser, aimaient mieux passer leurs
journées aux séances de l'Assemblée, leurs
soirées au cabaret cl au club, c'é1ait assurément une idée meneil1euse et celui qui
l'exprimait un grand homme. Le peuple applaudit ceux qui le flattent el caressent ses
instincts, pas les bons, mais les mauvais.
Tallien le savait et chercl1ait à se tirer d'une
situation désagréal.,le par un compliment au
peuple, qui l'amnistiait par ses applaudissements. Mais il dtipassc un peu la note quand,
entraîné par son amom· de la phrase, il
ajoute :
« Nous reviendrons ensuite dans nos chaumirres, dans nos greniers, et là nous savourerons le plaisir d'avoir rempli notre tâ('he
glorieuse, d'avoir répondu à J'attente de la
nation, d'avoir justifié la confiance qu'elle
avait mise en nous; là, nous jouirons en paix
du bonheur d'avoir fait celui du peuple; c'est

un bien que nous préférons à tous les trésors
de la terre. 11
Est-cc bien sûr? On en peul douter, car ce
n'est pas dans un grenier que l'aurait suivi sa
belle maitresse, qui voulait jouir de toutes les
satisfactions matérielles de la vie, qui ne voulait se priver de rien, à qui il fallait des chevaux, des voitnres, des domestiques, des
bijoux .... li habita bien la Chaumière plus
tard; mais, si le chaume couvrait celle habitation, le plus grand luxe régnait à l'imérieur
el elle ne rappelait en rien les maisons des
paysans pauvres. C'était donc une dérision à
lui de dire qu'il se retirerait dans une chaumière ou dans un grenier, alors qu'il avait, il
Bordeaux, déployé un véritable faste dans son
hôtel de la place Dauphine, alors qu'il ne sortait qu'en voiture, qu'il mangeait du pain
blanc, tandis que toute la ville n'en mangeait
que du noir, et ne bnvait que les vins les plus
renommés du Bordelais. Ce qu'il disait, ce
n'était &lt;Jue pour llatter les bas sentiments
d'envie que pouvaient avoir ses auditeurs;
cette flagornerie était aussi lâche qu'hypocrite.
Robespierre n'aimait pas Tallien; il n'avait
que du mépris pour cet ètre brouillon et faux,
sans l'ombre de caractère, à genoux de,·ant
un'jupon comme deYant un écu, et prêt à tout
trahir pour l'amour de l'un comme pour
l'amour de l'autre. Tallien n'ignorait pas cette
antipathie. li se sentait gêné par le regard investigateur, froid comme le bistouri du chirurgien, que Robespierre attachait parfois sur
lui, à travers ses bésicles, comme. pour le
scruter jusqu'au fond de la conscience. Devant
lui, il ctailembarrasséà l'égard d'un coupable
devant un juge. Aussi ne l'aimait-il pas ; mais,
faible et sans consistance, il le craignait;
faux et rampant, il essayait de le llaller. Figé
dans un dédain glacial, Robespierre n'accueillait pas ses avances. ,\. la séance du 1cr germinal an II (21 mars 17\H), 'l'allien, qui
n'était rentré à Paris que depuis un mois,
donna lecture à la tribune de la Convention
d'un discours extraordinairement violent contre les aristocrates el les modérés. C'était
moins dans l'intérêt de la Répuhlique que
pour faire sa cour à Robespierre qui 1~ tenait
en disgrâce, il le vopit bien, à la suite des
rapports qui lui avaient été faits sur sa conduite à Bordeaux. Pour plaire également à
Hobespierre, d'auh·es Talliens demandèrent
l'affichage du discours. Hobespierre s'y opposa
énergiquement: c1 Je m'oppose, dit-il, à l'impression &lt;le ce discours, à cause des expressions inexactes qu'il renferme. 11 n'est pas
vrai que les aristocrates et les modérés soient
en joie el lèvent la tête; jamais au rontraire
ils n'ont été si consternés .... u Tallien ne le
fut pas moins deYant cette fin de non-receYoir
à laquelle se heurtaient ses avances; mais,
plat et obséquieux, il déclare que Robespierre
a raison, reconnait que lui-mème tout à
l'heure n'a dit que des sottises et que ce serait
en faire une que de les al'ûcher dans toutes
les communes de France.
Une si basse Oagornerie ne lui concilie pas

les bonnes gràces de celui qu'il s'évertue à
gagner. Il le sent et cherche des appuis contre
cette mauvaise volonté menaçant&lt;'. \oici i.i
quoi il s'arrète :
.\ la façon de tous les amants passés, présents et futurs, Tallien racontait à Thérésia
tout ce qu'il faisait et tout ce qu'on lui faisait. Parce que sa maîtresse l'écoute afin d'en
tirer profit, l'homme croit qu'elle lui témoig-ne la plus grande confiance. Tbérésia est
donc mise par Tallien au courant de la mauvaise volonté llagrante de Hobespierre; je vous
demande un peu de quoi se mêlait cc l'àcheux
en voulant les empêcher de jouir en paix de
leurs économies de Bordeaux ! Eh! s'il tenait
tant que cela, ce poseur, à être incorruptible,
personne ne J'en empêchait; mais, pour
Dieu! qu'il ne ,int pas empêcher les autres
de vivre à leur guise. Aussi, d'un commun
accord, on décida que, pour ramener tt Tallien
l'opinion de la Convention qui, par suite
des menées de Robespierre, menaçait de l'abandonner; pour faire connaitre en même
temps Thérésia comme une bonne citoyenne,
puisqu'elle aussi avait été dénoncée, celle-ci
adresserait à la Convention, sous la forme
d'une pétition, un factum qui, inspiré des
plus purs principes, serait une manière de
profession de foi républicaine selon la formule
du jour et mellraitae-dessus de tout soupçon
d'incivisme celle qui l'avait écrit et, par suite,
son amant. C'était le renouvellement, au sein
de la Convention, de la petite comédie jouée
le 50 décembre précédent dans l'église des
Récollets de Bordeaux; seulement, cette foi~,
ce n'est pas Thérésia qui ferait la lecture. Et
c'était grand dommage, car alors elle aurait
eu tout de suite cause gagnée. Mais ne fallaitil pas employer tous les mo1r,ns pour consolidt r
la situation de Tallien menacée? Ne lui devai relle pas cela, à lui qui l'avait tirée de prison
à Bordeaux et qui, s'il était maintenant accusé d'avoir saigné quelr1ues bourses réactionnaire!', ne l'avait fait que pour elle, pour
fournir à son lu \e?
La pétition fut donc écrite, copiée sans
doute sur le brouillon que Tallien lui adressa
de Paris, et envoyée à la Convention. Tallien
n'était plus au fauteuil de la présidence :
c'est dommage ; il eùl été piquant de lui voir
donner lecture de la pétition de sa maitresse.
C'est nobcrt Lindet qui eut cet honneur.
Quelle singulit?re comédie! La Convention
nationale écoutant une élucubration indigeste,
envoyée par la maitresse d'un représentant,
connue'pour son extrême facilité de mœurs, el
parlant de 11 la morale qui est plus que jamais
à l'ordre du jour ll, de c1 la pudeur et son
heureuse inlluence &gt;J ; disant : « Qui peut
enseigner la pudeur, si ce n'est la rnix d'une
femme? Qui peut la persuader, ~i ce n'est
son exemple? &gt;J Et pour dire tout cela, la jolie
prêcheuse n'était appuJt'.·e que sur l'expérience
de ses vingt ans etla moralité de sa conduite.
Quant à prècber d'exemple, il ne fallait pas
le lui demander.
Personne ne se méprit sur le but Yisé par
la belle pétitionnaire, mais pas une protestation ne s'éleva contre Je gaspillage qu'on fai-

sait du temps de l'Assemblée. La pétition fut
envoyée am Comités dïnstruction et de Salut
public. Si, au lieu d'arnir été écrite par une
femme que l'on savait jeune et admirablement
belle, celte pétition eut été l'œuvre d'une
vieille institutrice, pauvre el vertueuse, lui
eût-on fait le même accueil'!
Ce factum réclamait pow· les femmes
l'honorable avantage d'ètre appelées dans les
hôpitaux et hospices pour y donner des soins
et des consolations au\ malheureU\; il réclamait aussi, pourlesjeunes filles, un apprentissage dans les asiles de la souffrance. De celte
façon - et ceci n'est pas mal pensé du tout,
mais détonne dans la bouche de Thérésia elles n'arriveraient pas au mariage seulement
avec des idées de plaisir et dP, dissipation, ce
qui cause le malheur de tant de maris, elles
verraient par elles-mêmes que les $Oulfrances
sont une des conditions de la vie et qu'il faut
être armé d'autre chose que de diamants et
de belles robes pour les surmonter.
Robespierre ne fut pas dupe de la comédie
de Tallien ; il démasqua fort bien le coup de
la pétition et vit que cette manœuvre tendait
à donner le change, tant au Comité de Salut
public et à la Convention qu'au peuple. Son
&lt;I incorruptible ll et intransigeant programme
ne pouvait admettre les compromissions de
Tallien. li voyait en lui un corrompu qui l'accablait de serviles protestations de dévouement,
mais il n'était dupe ni de lui ni de ses protestations, et se croyait assez fort pour triompher
quand il le voudrait de cet ob~équieux ennemi.
Mais il voyait aussi que ce faible, à genoux
devant sa maitresse, ne pouvait être complètement responsable de ses actes. li est des
hommes à qui l'amour fait abdiquer Ioule
pensée personnelle et qui sont réduits à l'étal
de Yil instrument entre les mains de la femme
qui s'en sert. Robespierre voyait que Tallien
n'était plus, commeces jouets d'enfants, ces
pantins dont les bras et les jambes, reliés par
des ficelles à une tige centrale, ne font que les
moul'ements qu'on leur commande; qu'il
n'était plus que la chose de Thérésia Cabarrus. C'est celle-ci qu'il rendit en partie re;ponsable des concussions et des tri potages &lt;le
Tallien, - et il se trompait d:rns ses calculs
de psychologue, car, à Tours, Tallien ne connaissait pas 'fhérésia et il n'y avait pas brillé
par un plus vif désintéressement qu'à Bordeaux. Aussi voua-t-il à Thérésia une raocune
toute particulière, presl1ue une haine de famille. ])'abord , parce qu'elle était une ci-devant
aristocrate dont la conversion à la République
était assez sujette à caution; ensuite, parce
que sa facilité de mœurs ne cadrait pas avec
les austères principes qu'il affichait; enfin,
11arce qu'elle avait déployé à Bordeaux un luxe
alimenté par les concussions et les trafics de
son amant, luxe -que lui, Hobespierre, ne se
permettait pas à Paris. C'est de tous ces griefs
qu'il songeait à envoyer Thérésia se justifier
devant le tribunal révolutionnaire.
De la pensée à l'exécution, il n'y avait pas
chez lui un long intervalle. C'est le 24 avril
qu'on avait lu la pétition de Thérésia à la
Convention; c'est le_4 ou le 5 mai que celle-ci

avait quitté Bordeaux; le 10 mai, naisemblablement, qu'elle était arrivée à Fontenay-auxRoses, et douze jours après, le 22 mai, le
Comité de salut public prenait un arrêté ordonnant son arrestation immédiate. Chose
bien significative, cet arrêté était entièrement
écrit de la main de Robespierre.
C'est à lui que revient la responsal,ililé
presque entière de l'arrestation de 'l'hérésia,
malgré les signatures de Billaud-Varennes,
Barère et Collot d'Herbois, qui aœompagnent
la sienne sur le mandat d'amener. Voici, en
effet, ce que dit plus lard Collot d'Herbois, se
justifiant à la tribune de la Convention d'ayoir
signé cet ordre d'arrestation :
« Quant au mandat d'arrêt décerné contre
la citoyenne Cabarrus, il n'en est pas que
Robespierre ait présenté avec des formes qui
nous obligeassent davantage à le signer. II
nous dit qu'elle était fille d'un comte espagnol, ministre d'Espagne, et née à Valence.
Aucun de nous n'a signé par ressentiment,
car nous ne la connaissions pas »1 •
Collot d'Herbois ne dit pas tout, et il ne
pouvait, après le triomphe des Thermidoriens,
dire les autres motifs, les seuls sérieux, que
Robespierre lui avait donnés pour avoir sa
signature. Il faut cependant remarquer que
la signature de Robespierre eût suffi. Seul
des quatre signataires, il faisait partie du
Comité de salut public, et, aux termes de la
loi du 17 septembre J 79~, la signature d'un
membre de ce Comité suffisait pour faire
arrêter un étranger : or, Tbérésia était regardée comme étrangère et l'Espagne était
en guerre avec la France.
Il y avait alors à Paris un agent du Comité
de salut public assez peu recommandahle par
lui-même et pas beaucoup plus par ses fonctions, qui consistaient à renseigner secrètement le Comité sur les personnes qu'il faisait
surveiller. Il se nommait Taschereau. Nous
avons déjà parlé de lui. li était alors le très
humble serviteur de Robespierre, en allendant qu'il devînt, après le 9 thermidor, son
très acharné détracteur'. Il est des gens qui
éprouvent le besoin de s'aplatir devant les
puissants et d'insulter ceux qui ne peuvent
plus rien, quelques services d'ailleurs qu'ils
en aient reçus. Taschereau était de ceux-là.
Comment connut-il Thérésia? Nous ne pouvons le dire, mais voici ce qu'il a écrit à
propos de son arrestation, et ces détails,
malgré le peu de foi qu'on doive ajouter aux
écrits d'un homme comme lui, paraissent
vrais : &lt;1 Jamais victime ne fut poursuivie par
Robe~picrre avec plus d'acharnement. Il était
question de la faire arrèter et juger à J3ordeaux par la commission militaire. Elle avait
à Paris un ami qui était aussi le mien, je lui
fls part de ce qui se tramait contre elle, il lui
écrivit, l'engagea de partir sur-le-champ, de
s'arrêter dans quelque ville sur les bords de
1. lllonitwr du 9 germinal an III (29 mars 1795).
'l. Voir sa répugnante brochure : A illaximilie11

nobespieri·e au.i Enfers, par ÎASCt1EREAu-F,11Gurs.
5. Taschereau fait êvidcmment allusion à la lett re
de Marc-Antoine Jullien à Robes1iierrc, datée du
mai 1794 : « Je crois devoir l'envoyer copie de
l'extrait d'une ](j(re de Tallien au club national; rlle
coïncicle avec le départ de la Fontenai &lt;JuC le Co-

;;o

_,,

201

""

la Loire, et qne là nous irions la rejoindre,
afin de nous concerter ensemble. Dix jours
après celte lellre, elle arrive à Fontenay-auxRoses, nous nous rendons près d'elle. Je ne
l'avais jamais vue el mes démarches en sa
faveur n'avaient d'autre but que d'obliger
mon ami ; mais, aussitôt qu'e11e m'eut raconté ses malheurs, le sentiment qui me fai~ait agir se porta volontairement vers elle, et
je lui promis de ne rien négliger pour la
soustraire à ses persécuteurs.
&lt;t Le lendemain, elle vint à Paris et se
rendit chez mon ami; le danger croissait.
On écrit de Bordeaux qu'elle est partie 3, que
toute recherche est du temps perdu. Les
émissaires de Robespierre, LaYallette et Boulanger, se mirent en campagne; nous sommes
observés de près. Il ne restait d'autre parti à
prendre que de fuir pour essayer de se racher à Versailles, mais Boulanger arrive au
moment où elle entre chez mon ami. L'ordre
porte d'arrêter la citoyenne Cabarrus-Fontenay
et tous ceux qui se trouveraient avec ellr.
Mon ami et sa femme furent donc compris
dans l'arrestation, et ce fut aYec grand'peine
que, s'étant réclamés de moi, on consentit à
les laisser chez eux aYeC deux gardiens.
Grand bruit dans la famille Duplay : celte
maison leur appartenait i, je l'avais fait louer
à mon ami. La citoyenne Cabarrus-Fontenay
s'y était d'abord réfugiée : j'étais donc un
conspirateur! Quelle nuit affreuse! Vers minuit la principale victime est arrêtée à Vers_ailles, conduite à la section de~ ChampsElysées et de là à la Force. »
C'était uai. Dix jours après que Rohrspierre avait laocé le mandat d'arrêt contre
Thérésia, Je citoyen Boulanger, général de
brigade, l'arrêlai t à Versailles. On arrêtai l
en mème temps « le jeune homme qui demeure avec elle 1&gt;, comme l'indique le mandat, un citoyen Guéry, qui, on ne sait pourquoi, pour charmer peut-être les ennuis d'un
long voyage, tenait, depuis Bordeaux, compagnie à la maîtresse de Tallien. Son domestique, nommé Guillaume Bidos, était arrêté
de son côté, dans la maison du citoyen Desmousseau, rue de l'Union, n° 6, quartier des
Champs-Elysées. l&gt;e plus, cette excellente
Frenelle, la femme de chambre à qui Thérésia devait d'avoir fait les premiers pas dans
la charité, avait été arrêtée à Fonlenay-auxRoses el essayait, la bra vc fille, de se faire
prendre pour sa maitresse afin de la sauver.
Cet événement se passa dans la nuit du
J1 au 12 prairial (50 au 51 mai 1704).
D'après le rapport du général Boulanger, et la
citoyenne Fontenay a été conduite à la PetiteForce, où elle a été mise au secret, le citoyen
Guéry au Luxembourg, le domestique et la
femme de chaml,re, l'un au Luxembourg.
l'autre à la Petite-Force •.
mité de sal!-'t pul,lic aura sans doute l'ait arrêter. »
4. On sait que Robespierre habitait a\'CC la famill,1
Durlay la maison qui porte actuellement te n• 598 de
la rue Saint-Honoré, et qui appartenait à M. Du play.
Celte maison est encore telle qu'elle était en 1 ï94
sauf _qu'.elle a été surèletêe d'un étage. (Voir à ce sujet
le Ires rntéressant OU\'f3!(e du D• CABANÈS, le cabiurt
.,ec:re/ de /'histoire, 2• série, p. 196, l!l!l.)

�, - fflSTOR..1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.
La Petite-Force, annexe de la Force, au•
tremenl dit l'ancien hôtel de M. de Caumont,
duc de la Force, était située dans la rue
Pavée-au-Marais. Elle louchait à l'hôtel de
Lamoignon, sur un emplacement compris
entre cet hôtel, au nord, el la rue du Roi-deSicile, au sud. Le registre d'écrou de la Force
mentionne l'entrée de Thérésia à la prison;
comment se·fait-il qu'avec ce renseignement
l'on ait dit qu'(•lle avait été incarcérée aux
Carmes?
Voici l'extrait du registre d'écrou de la
Force en ce qui concerne Thérésia; il est daté
du 8 prairial an II (27 mai 1791), el non du
22 mars, comme on l'a dit par erreur manifeste, puisque, à cette date, Thérésia était
toujours à Bordeaux. D'ailleurs, cette date
même du 27 mai est inexacte, car, arrêtée
dans la nuit du 50 au 51 mai, it Versailles,
comment Thérésia aurait-elle pu être incarcérée à Paris le 27 mai? Mais les guichetier,, en
l'an Il, n'étaient pas encore très familiarisés
avec le calendrier républicain et, comme tout
le monde, faisaient chaque jour des erreurs.
Cet extrait devrait porter la date du 12 prairial (51 mai), comme l'ordre du Comité de
surveillance des Champs-füysées en vertu duquel Thérésia était écrouée.
Yoici donc l'extrait du registre d'écrou :
C! Thérèse Caharrus, femme Fontenay, âgée
de vingt ans, native de Madrid, en Espagne,
sans état, demeurant à Versailles, taille quatre
pieds onze pouces, cheveux et sourcils bruns,
front ordinaire, yeux bruns, nez moyen,
bouche pelile, menton rond.
&lt;C Envoyée dans cette maison pour y être
détenue au secret, en vertu de l'ordonnance
du Comité de salut public en date du 3 prairial. »
Maintenant, en exécution de quel ordre
fut-elle conduite el admise à la Petite-Force?
En exécu lion de celui-ci :
&lt;! Ordre du Comité de suneillance révolutionnaire de la section des Champs-Élysées
de conduire, en vnlu d'un arrêté du Comité
de salut public de la Comention, en la maison
d'arrèl du Luxembourg ou Ioule aulre, le
nommé Jean Guéry, désigné comme le jeune
homme accompagnant la nommée Thérè,e Cabarrus, femme Fontenay. 12 prairial an Il. ,,
Et de qui était signé cet ordre? Oh! l'étrange chosll ! Outre la signature du président
Dumas et celles de six membres du Comité,
il y avait celle de Tallien!
On se ,demande en &lt;Juelle qualité Tallien
apposait sa griffe sur cette pièce. Quant à ses
motifs pour le faire, ils peuvent s'expliquer.
On se rappelle que Thérésia étail venue de
Bordeaux avec un jeune homme, M. Jean
Guéry. Était-ce le fils de cet indiYidu qui, au
dire du rapport de Boulanger, l'avait intéressée dans une affaire desalpêlre'!On l'ignore.
On ne sait pas davantage s'il fut question de
salpêtre entre elle et son compagnon, mais il
est possible que les beaux yeux de Thérésia
aient mis le feu aux poudres chez le jeune
Guéry. Le tête-à-tète capiteux d'un voyage en
chaise de posle entre un jeune homme el une
j cune jemme de vingt ans, romanesque, di-

rnrcée par-dessus le marché, qui ne se lais~ait guère gêner par les principes, qui n'aimait pas l'homme qu'elle avait pris pour
amant I el qui était séparée dclui depuis plus
de deux mois; l'excitation du voyage, les
beaux jours de mai et, comme dit La Fontaine :
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et. je pense,
Quelque diable aussi la poussant,

il est possible que sa conduite ail donné à
Tallien quelque sujet de jalousie. Car il devait être, non moins bien que Robespierre,
instruit de ce que faisait sa belle maîtresse;
et, à la suite d'une explication qui ne lui
aura pas donné satisfaction, peut-être a-t-il,
dans un accès de dépit amoureux, de jalousie
furieuse plutôt, donné celle sinf:!;ulière ~ignalure qui le venge à la fois de Thérésia et de
Jean Guéry?
Peut-être aussi avilit-il vu dans les cartons,
au Comité de salut public, la lettre dans laquelle Jullien faait que Thérésia lui avait
offert de s'enfuir avec lui en Amérique?
Peut-ètre enfin, avec le caractère làche et
obséquieux qu'on lui connait, - et sans que
cela soit une raison d'exclure les autres motifs, - Tallien eut-il la pensée de sacrifier
lui-même sa maîtresse, puisqu'il la voyait
petdue, et de se faire auprès de Robespierre
un mérite de son sacrifice, afin de rentrer
dans ses bonnes grâces? Avec ces natures-là,
tout est possible. On va voir, du reste, que,
en fait de platitudes devant Robespierre,
Tallien n'était p:1s au bout de son rouleau.
Le lendemain de l'arrestation de Thérésia,
Taschereau raconte qu'il rencontra Tallien se
promenant aux Champs -Élysées , triste et
abattu. Il alla à lui: &lt;&lt; Tu n'as rien à craindre
pour la citoyenne Cabarrus, lui dit-il; ton
amie ne sera pas encore aujourd'hui traduite
au tribunal rérolutionnaire. i&gt;
En effet, Thérésia avait été interrogée par
Coffinhal, que Robespierre lui avait envoyé;
et il lui semble bien que c'est Taschereau,
ami de Desmousseau, que Thérésia connaissait, qui fit une déruarch en faveur de la
belle prisonnière auprès du citoyen Boulanger,
qui l'avait arrêtée, auprès de La Valelle et
de l'ex-fermier général Verdun : ces trois
hommes allèrent lrouv~r Coffinhal et obtinrent
de lui qu'elle ne serait pas encore envoyée au
tribunal révolutionnaire. Il fallait, avant tout,
gagner du temps ....
Que fit Tallien apri•s l'arrestation dtl Thérésia? Fut-il parmi les solliciteurs de Coffinhal
pour faire ajourner sa comparution devant le
tribunal? On ne sait, mais il est probable
que, comme il se sentait très suspecté, il
chercha tout d'abord à se faire oublier &lt;le
ceux qui distribuaient les billets de guillotine
avec la même libéralité qu'il les avait délivrés lui-même à Bordeaux. Et puis, il avait
besoin de rassembler ses idées, de se ressaisir .. .. L'idée d'une action hardie, d'une
1. li fout se rappeler. sur ce point, ces mols que
nous avons dcjà cités et qu'on troure dans une lettre
d'elle, écriJe sous la Restauration : « Quand on tra"" 202 v.-

attaque directe contre Robespierre ne parait
pas lui être venue dans les premiers temps
de l'incarcération de Thérésia. Peut-être
est-ce à ce moment qu'il fit une visite à
Robespierre? « Robespierre, a tcrit Barras,
était devenu dans la Convention une espèce
de tribunal auquel chacun croJait devoir se
référer pour obtenir un jugement sur les
choses dont il pouvait être accusé; on imaginait se mettre en sûreté dès que Robespierre
aurait prononcé l'absolution » 1 • Tallien se
présenta donc, comme Fréron, comme Barras
l'avaient fait à leur retour de Toulon, à la
maison de la rue Saint-Honoré : pas plus que
ces corrompus, il ne reçut de l'incorruptible
un accueil satisfaisant. Grave imprudence de
la part de Robespierre : dans sa ~iluation, il
ne devait mécontenter personne et ne pas
compter sur sa popularité d'une façon trop
absolue. Mais il savait qu'on lui avait reproché d'a\'oir serré la main à Danton le jour
même où il le faisait envoJer au tribunal révolutionnaire. Est-ce dédain pour Tallien,
comme pour Barras et Fréron? Est-ce pour
ne pas être accusé d'hypocrisie comme on
l'avait fait au sujet de la mise en accusation
de son ami Danton? Robespierre l'éconduisit
avec une politesse glaciale.
Tallien ne se tint pas pour ballu et riposta
par de nouvelles platitudes. A la séance du
24 prairial (12 juin) , douze jours après
l'arrestation de Thérésia, deux jours après le
vole de la loi connue sous le uom de loi du
22 prairial, que Robespierre avait fait voter
pour atteindre d'une façon sùre et rapide ces
hommes, disait-il, &lt;t gorgés de sang et de rapines )&gt; et qui ne fut qu'un coup de bâton
dans l'eau, Tallien avait été convaincu de
mensonge par Hobespierre qui , en pleine
séance de la ï.omention, l'avait traité de manière à le couvrir de honte et de confusion
devant ses collègues. Et, le lendemain, l\obespierre r~cevail de lui une letlre des plus
plates, d'autant plus inconcevable qu'il savait
que c'était lui qui avait, au Comité de salut
public, écrit l'ordre d'arrestation de Thérésia:
il est vrai que lui-même, Tallien, avait signé
celui de conduire son ami Guéry en prison.
&lt;! L'imposture soutenue par le crime .... , lui
disait-il, ces mots terribles et injustes, Robespierre, retentissent encore dans mon âme
ulcérée. Je viens, avec la franchise d'un
homme de bien, te donner quelc1ues éclaircissements .... » Comme si un homme de bien
donne des éclaircissements autrement que
l'épée à la main à un homme qui l'a traité
de menteur et de criminel! Mais l'épée, la
noble et loyale épée, Tallien ne connaissait
pas cela ....
Non content de s'être ainsi aplati une fois
de plus devant Ilobespierre, il éprouve le besoin d'en faire autant devant Couthon. Ah! si
Tallien était à genoux de1·aat l'argent et de,·ant une maitresse, il faut conven ir qu'il ne
l'était pas moins dc,·ant les hommes dont il
avai t quelque chose à craindre - ou à espévcr::e la tempêt~, on ne choisit pas sa planch&lt;' de
5alut. »

2. Bmn;s, .lllmoù-es,

L.

1, p. 116.

"·--~------------------ LA C1TO'YENN'E TllLLT'EN
rer - quille ù ltnr en vouloir ensuite mortellement de sa propre bassesse. Hélas! est-ce
que ce caractère n'a pas fait école?
C'est dans ces coups de cravache, inOi!.!1:s
par Robespirrre
vdc
. à ces &lt;t homme t,rrorrrés
t,
sang et dc rapines », c'est à sa volonté nettement e~ primée de les alleindre. qu'il faut
chercher_ les causes premièrrs et déci~irns du
coup d'Etat du 9 thermidor. C'est à celle
séance du 24 prairial que rrmonle la conspi-

Et il laissa celle épée de Damoclès suspendu~ sur la têle de ceux qui n'avaient pas les
mamsnettPs. De là, le rapprochement instinctif,
le syndical de tou Les ces consciences véreuses
et leur alliance contre cet empêcheur de
danser en rond, cc Calon inlempestif qui
avait la ~ingulière prétention de vouloir qu'il
n'y rùt, comme représcnlants du peuple, que
des hommes honnêtes. Si, au lieu de laisser
pesrr son accusation sur un nombre indéler-

RoRESPIERRE EST AME:-!É, BLESSI'.:, DANS !.'ANTICHAMBRE DU COMITÉ DE ~Al.UT PURl.lC. -

ration des crimes cl de la peur contre celui
qui voulait les chàticr.
t&lt; Ce serait outrager la patrir, avait dit
~obespierre, que de soulTrir que quelques
mtrigants, plus méprisables que les autres
parce qu'ils sont plus bJPOCrilcs, s'elforçassenl d'eutrainer une partie de cette Montagne et de s'y faire les chefs d'un parti. l&gt;
A cc moment, Bourdon (de l'OisP) l'interrompit : « On vient de dire assez clairement que
fêlais un scélérat. n Ce qui lui valut celle
sanglante réplique : « Je n'ai pas nommé
Bourdon ; malheur à qui se nomme lui, '
Les .
.
meme.....
rntr1ganls
ne rnnt pas de la
llontagne ! - Nommez-les ! - JtJ les nommerai quand il le faudra », conclut Hobcspierre.

. .... 20.3 ...

crime », comme les appelait un autre révolutionnaire qui ne l'était guère autrement
.
'
Sam~-Just,
mais qui, au moins, était intègreauraient été sur l'heure décrétés d'accusalion
et le tribunal révolutionnaire en fÙt fait
prompte justice; l'ère sanrrlante de la Rérolution était peut-être terminée et il n'y eùt pas
eu de !J lhermidor. füis la menace de Robespierre amena la concentration des représentants qui avaient le; plus gros excès à se

Gravure de

miné de députés, Robespierre avait dit franchement : C! Toi, Tallien, je t'accuse d'avoir
trafiqué des vies humaines à Bordeaur; toi,
Barras, je t'accuse, et toi aussi, Fréron,
d'amir pillé à rotre profit les Hises de Marseille el de Toulon et d'a;uir empoché
800.000 francs au détriment des caisses de
l'État; loi, Rovère, je t'accuse d'avoir été le
complice des vols et des crimes de Jourdan
Coupe-Tètes, à Avignon; toi, Courtois, je
t'accuse d'avoir l'Ol~ daus la mission en Bdgique; toi, André Dumont, je t'accuse d'avoir
fait• toutes sortes de brirrandarres
à Amiens·'
t)
0
lo1, Fouc·hé, je t'accuse d'avoir fait les mêmes
chos~s à Lyon ... », si Ilobespierre s'élait
ex primé avec celle franchise, tous ces coquins,
tous ces « révolutionnaires dans le sens du

- -..

BERTHAULT,

d'après

DUPLESSIS-BERTEAUX.

reprocher ; d'au Ires, qui sans être aussi criminels n'avaient pas la conscience très nette
se crurent visés également par les paroles d~
Robespierre et se rapprochèrent du noyau des
g_rand:~ coupables._ Ctux-ci surent exploiter la
s1~ua_t10n comme ils araient su exploiter leurs
rn1ss1ons. lis dressèrent des listes et les firent
circuler en disant loul bas qu'ellcscontenaicnt
les n~ms des représentants que Robespierre
voulait envoyer rendre compte de leurs
actes au tribunal révolutionnaire. De là une
Terreur au milieu de ceux qui faisaient la
Terreur. De là cette coalition du crime et de
la peur. De là la journée du 9 thermidor qui
ne fut pas seulement, on le voi t, « la punition
de l'ambition dictatoriale », comme veut le
faire croire Barère, ce faux frère doubléd'un

�111S TOR._1.11
faux bonhomme, mais une simple querelle,
une « brouillerie de famille Il, selon l'expression de ~Jallet du Pan.
Cependant Robespierre faisait surveiller
Tallien par les agents du Comité de salut
public. On a des rapporls de police sur ses
faits et gestes. Depuis l'arrestation de Thérésia, il éfait suivi pas à pas et ses q1oindres
actions épiées et rapportées. Il s'était aperçu
de cette surveillance et en avait parlé, mais
fort maladroitement, à la Convention, et,
depuis, il ne sortait plus qu'armé et ne marchait qu'avec la plus grande circonspection.
llabitait-il déjà la rue de la Perle, au Marais?
Y vint-il pour être plus près de la prison de
la Force, où, Lien qu'il ait peut-être essa)é
de l'oublier, était enfermée sa belle maitresse?
C'est difficile à savoir; mais ce dont on se
doute bien, c'est qu'il n'y vécut pas l'esprit
tranquille pendant le court intervalle qui
s'écoula jusqu'au 9 thermidor.
Pendant ce temps-là, que faisait Thérésia?
Ce qu'avaient fait les autres femmes qui, avant
elle, avaient été incarcérées. On se désolait
d'abord, on était désespéré, puis on s'habituait. Elle fit comme les autres.
On a dit et on a beaucoup répété qu'elle
avait été enfermée aux Carmes, que c'est dans
cette prison qu'elle fit la connaissance de
~[me de Beauharnais, qui eut une si prodigieuse fortune, et de Mme d'Aiguillon, qui
&lt;levait plus tard épouser le comte Louis de
Girardin et devenir dame d'honneur de la
reine de Naples. Mais c'est une erreur. Le
rapport du général Boulanger est formel et re
point a déjà été établi par M. Alexandre Sorel
dans son ouvrage sur le Couvent des Carmes.
Il y a là une page qu'il faut citer entièrement : « li existe, dit-il, à la p1·ison des
Carmes, une pièce éclairée sur un jardin par
une fenêtre, située au-dessus d'une petite
salle qui fait suite à la sacristie; on y arrive
par un escalier qui ne compte guère qu'une
quinzaine de marches. C'est à cet endroit que
les prêtres détenus dans l'église venaient décliner leurs noms, etc., avant d'être envoyés
à la mort. Il y a quelques années, les murs
de cette chambre en question, connue sous le
nom de Chambre ciux Epées, conservaient les
traces de nombreuses inscriptions que l'abbé
Guérin a copiées et qu'il a décrites dans une
lellre publiée par le journal ln Vérilé, elc.
Toutes ces inscriptions ont disparu à la suite
d'un badigeonnage dont la chambre a été
l'objet depuis qu'elle est habitée. La première
qu'on remarque dans la chambre est située
sur le mur du fond, en l'ace de la fenêtre.
Elle est écrite au crayon : « Oh I liberté,
quand cesseras-lu d'être un vain mot? Voilà
dix-sept jours que nous sommes enfermés :
on nous dit que nous sortirons demain, mais
n'est-ce pas là un vain espoir?
« Citoyenne TA LLIE~, J oséphinc veuve BEH 11A.R~A1s, n'AIG01uo:-1. 1&gt;
« Ces trois noms mis au bas de l'inscription étaient certainement de nature à commander le respect et, pour éviter toute dégradation, Mme de Soyecourt fit recouvrir cette

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - LA C1TOYENN'E TAU..1'EN

partie de la muraille d'un petit chàssis vitré.
&lt;( Mais il faut se demander si c'est Lien
authentique, d'abord le mot enfennés au
masculin? puis les signatures 1 ».
Il n'y a pas à s'arrêter à une faute d'orthographe : les lettres de Mme Tallien, comme
celles de Joséphine, en fourmillent, celles de
Voltaire en étaient pleines. Tout ie monde
alors en faisait, plus ou moins. Mais on peut
remarquer riue Thérésia n'a jamais signé
Citoyenne Tallien: à ce moment, elle n'était
pas encore mariée avec le représentant Tallien
et signait Cabarrus-Fontenay, Et puis, jamais
Thérésia ne mit les pieds, comme prisonnière,
à la maison des Carmes. Cette inscription ne
peut donc en aucune façon être considérée
comme l'œuvre d'une seule des trois femmes
dont elle porte la signature.
Enfermée à la Pt:tile-Force d au secret,
combien elle dut souffrir, la pauvre jeune
jemme, habituée comme elle l'était à tous les
raffinements du luxe et jetée tout à coup dans
un lieu qui n'offrait pas plus de confortable
qu'un cul-de-basse-fosse! Enfin, nos pères,
moins difficiles que nous, estimaient que,
comme antichambre de la mort, c'était suffisant. Taine fait, de cette prison primitivement
destinée aux assassins et aux voleurs, une
description qui est à donner la nausée : « Au
pied de l'escalier, et sous les lucarnes qui
servent de fenêtres, sont deux loges à cochons;
des latrines communes au bout de la salle cl
le baquet de nuit achèvent d'empoisonner
l'air .... Les lits sont des sacs de paille fourmillant de vermine .... On impose aux prisonniers la nourriture el la gamelle des forçats. »
Tout cela était répu~nant au dernier point,
mais on n'a pas oublié que Thérésia avait du
courage et qu'elle savait surmonter ses répugnances. D'ailleurs, à vingt ans, quelle misère
n'acceple-t-on pas joyeusement? Elle souffril,
sans doute, mais en bonne compagnie. Les
débris de l'ancien régime, hommes el femmes,
enfermés avec elle, n'étaient pas plus qu'elle
habitués à ce nouveau régime eten souffraient
toutautant; ily avait entre autres lemarécbal
de Ségur, le glorieux blessé de Rocoux et de
La"'felt, l'ancil!n ministre de la guerre de
Louis XV[, qui, amputé d'up bras par le
canon autrichi~n, s'attendait chaque jour à
subir une amputation vins grave ....
Il fallait avoirl'âme solidement trempée ou
$ingulièrement frivole pour ne pas se laisser
aller au découragement dans un pareil endroit,
avec la guillotine toujours en perspec1ire.
Quelques prisonniers étaient pris d'une invinc.ible torpeur au milieu de cette oisiveté forcée,
et cherchaient à oublier leurs angoisses dans
le sommeil; d'autres réagissaient contre le
malheur et contre la privation, plus sensible
encore, de ces mille riens qui sont tout dans
certaines existences, et cherchaient à communiquer à leurs compagnons et compagnes
d'infortune la fermelé qu'ils n'avaient peulêtre pas tant qu'ils voulaient bien le dire .
On s'accoutume à tout. Le docile troupeau
des prisonniers s'était, dans chaque prison,
1. Alexandre SoREt,. LP Couvent des Cai·mes peudanl fa Trrreur, pp. 317-325 (Paris, IJidicr, 1l!ti3) .

habitué à celle vie de misères et d'angoisses.

Il le fallait bien, d'ailleurs : le moyen de faire
autrement? Thérésia fit donc comme les
autres et prit son mal en patience. Peu à peu
on adoucit la rigueur première avec laquelle
elle était traitée; on lui donna de la paille
fraiche et l'on se relâcha de la surveillance
du secret.
On sait peu de choses sur sa détention à la
Force, et la légende a vite poussé ses branches
Heuries, après le 9 thermidor, sur le terrain
nu, mais non stérile, de la vérité. Aussi ne
faut-il pas s'attarder à redire et discuter
toutes les fantaisies que l'imagination et la
flatterie ont imprimées sur cet épisode de la
vie de Mme Tallien.
~fais il faut revenir à Tallien et voir ce
qu'il faisait pendant que sa maîtresse gisait à
la Force, sur une paillasse bourrée de vermine.
Il menait naturellement une campagne contre
nobespierre; il réunissait en faisceau tous les
amours-propres froissés, Ioules les peur~, tous
ambitieux de second ordre, et les groupait,
aidé en cela par tous ceux qui avaient à
redouter la lumière sur leurs actes, contre
celui qui voulait qu'on la fit.
Robespierre savait bien que ses ennemis
organisaient de sourdes menées contre lui.
S'il avait eu une plus grande connaissance des
passions humaines, s'il avait eu le flair plus
subtil, il aurait senti que, après avoir manqué
le moment d'agir, le 24 prairial, il était de la
dernière imprudence à lui de laisser à ses
ennemis tous loisirs pour s'organiser et se défendre. Il comptait trop sur sa popularité
pour aroir &lt;lt'S inquiétudes. li méprisait trop
aussi ses ennemis; il eût mieux fait de s'en
méfier. Mais, comme le dit Bossuet, « la sagesse humaine est toujours courte par quelque
endroit ». Robespierre allait bientôt en faire la
cruelle expérience. Il reconnut pourtant que la
situation, extraordinairement tendue, ne
pouvait se prolonger davantage. A la séance
des jacobins du 6 thermidor, il s'éleva contre
ceux qui divisaient les citoyens par leurs
odieuses menées. Couthon, le remplaçant à la
tribune, précisa davantagé; il déclara que les
meneurs siégeaient à la Convention, qu'il y
avait là &lt;&lt; cinq ou six représentants ... dont les
mains sont pleines de richesses de la Répu Llique et dégouttant es du sang des innocents
qu'ils ont immolés ».
C'était là une nouvelle menace, elle précipita les événements. Barras, Fréron, qu'une
révocation avec improbation était allé chercher
en Provence et que le Comité de salut puhlic
refusa de recevoir à leur retour; Tallien, qui
se trouvait dans un ras analogue, Rovère, etc.,
ne voulurent pas se laisser devancer; comme
à la guerre, le succès devait appartenir à
celui qui attaquerait. L'audace et la rapidité
des coups pouvaient seules sauver les conjurés. lis mirent de leur côté la droite del' Assemblée en lui promellant tolérance et modération, et se rivèrent l'extrême gauche en lui
montrant que Robespierre n'ét~it qu'un modéré, qu'avec son invention de l'Etre suprème,
il faisait marcher la Révolution à reculons, et
qu'il ne visait, en définitive, qu'à la dictature.

Flatteries, menaces, tout fut mis en œuvre,
et, le 8 thermidor, Fouché pouvait dire: « La
division est complète, demain il faut frapper.»
Avant de raconter la fameuse journée du
9 thermidor, il faut revenir à Thérésia.
Il paraîtrait qu'elle avait réussi à correspondre avec Tallien, tout au moins à lui faire
parvenir quelques billets. C'est possible : on
s'était peu à peu relâché de la surveillance
étroite dont elle avait été l'objet tout d'abord,
et beaucoup d'autres détenus avaient trouvé le
moyen de faire passer de leurs nouvelles à
leurs parents et leurs amis.
On a beaucoup dit et redit que c'est à une
lettre de Thérésia qu'est due, en réalité, la
chute de Robespierre et du gouvernement de
la guillotine. Cette lettre, écrite sous l'impérieux instinct de la conservation, aurait été le
coup de fouet que, du fond de sa prison,
Thérésia aurait allongé à son amant pour le
faire sortir de sa torpeur.
Mais celui-ci, qui sentait tout autant que
Thérésia l'aiguillon de la crainte et qui se
VO)'ait tout aussi près qu'elle de la &lt;( coupeuse
de têtes », n'avait pas eu besoin de cc coup de
fouet pour agir. On n'improvise pas un
9 thermidor : un acte de vigueur comme
celui-là demande une longue préparatiou.
Tallien avait concerté tout un plan d'attaque
avec ceux quel' on a.depuis appelés les Thermidoriens; il avait formé la colonne d'assaut,
assuré ses flancs et ses derrières, composé
une réserve, et quand tout fut prêt, il livra
bataille.
La lettre de Thérésia n'y fut pour rien.
Cette lettre a-t-elle même été écrite?
M. de Lacretelle, dans son llisl()Ù'e de
France, exprime, sous forme d'éloges, la reconnaissance personnelle qu'il doit à Mme Tallien pour avoir fait des démarches en sa faveur
après le 18 fructidor. Si cette lettre avait
existé, il en aurait eu certainement connaissance et eùt été enchanté de la citer, mais il
n'en parle pas. Il a dû connaitre la fable que
faisaient circuler les Thermidoriens, mais sans
se douter que l'on voulait faire à cette galanterie de salon l'honneur dP. la présenter
comme histoire à la postérité.
Plus tard, en 1824, la princesse de
Chimay, écrivant à M. de Pougens, se plaint
de ce silence : « Rendez-mt1i le service, lui ditelle d'exprimer à M. de Lacretelle ma reconnaissance pour la manière dont il a bien
voulu parler de moi dans le onzième volume
(de son Histoire de France). J'aurais sans
doute voulu qu'il mentionnât ma lettre du
7 thermidor à M. Tallien .... »
Cette réclamation est pour nous une présomption de plus qui nous fait incliner à
croire que Thérésia pense encore à substituer,
en ce qui la concerne, la légende à !'Histoire.
Et, bien qu'il nous en coûte de le dire,
cette lettre existerait que rien ne prouverait
~u'elle n'a pas été faite après coup, pour
etayer la légende, lorsque Tallien se rendit
compte de l'immensité des résultats de sa
victoire, - car, dans de telles convulsions, les
questions sont infiniment plus orandes que
ne le croient les acte~rs, - et q;e, par ama-

hililé, il en fit remonter le mérite à Thérésia.
Les autres Thermidoriens étaient trop galants
pour nP. pas faire chorus avec Tallien et, tout
en sachant parfaitement comme quoi tout
cela n'était pas, ils en répandirent la fable.
D'ailleurs, tout parti veut une héroïne; on
en avait une là, sous la main, tout fraîchement sortie de prison. Il était impossible
d'en trouver une plus belle ; aussi la saluat-on unanimement, à un souper, du titre de
Notre-Dame de Thermidor.
Au reste, voici cette lettre, considérée bien
à tort, selon nous, comme monument historique sérieux et probant.
De

la Force. le 7 thermidor.

Jladame de Fontenay il 1'1. Tallien.
(! L'administrateur de la police sort d'ici;
il est venu m'annoncer que demain je monterai au tribunal, c'est-à-dire sur l'échafaud.
Cela ressemble bien peu au rêve que j'ai fait
celte nuit. Robespierre n'existait plus et les
prisons étaient ouvertes. Mais, gràce à votre
insigne làcheté, il ne se trouvera bientôt plus
personne en France capable de le réaliser. »

Comme les correspondances avec le dehors
n'étaient pas faciles, on a imaginé de dire, et
Madame Tallien a raconté souvent elle-même
que cette lettre parvint à son adresse par des
moyens extraordinaires. Tan tôt on voulait que
Tallien eût loué un grenier, dans une maison
dominant la cour de la prison où elle faisait
sa promenade du soir, et que, du haut de
son grenier, il lui lançùt, dès qu'il l'apercevait seule, un caillou enveloppé dans un
papier sur lequel il avait écrit tout cc qu'il
voulait lui dire. Tantôt on disait sérieusement que c'était au• moyen d'un trognon de
chou évidé, dans l'intérieur duquel elle
plaçait un billet et qu'elle lançait par-dessus
le mur, que Tbérésia avait trouvé le moyen
de correspondre avcc son amant et de lui
envoyer cette lettre décisive.
Voilà des folies. Pour nous résumer, que
Thérésia ait écrit cc fameux billet le 7 thermidor, ou seulement plus tard, après sa
sortie de prison, pour donner un corps à la
légende dont elle voulait pavoiser son nom,
et pour hausser encore le piédestal sur lequel
elle voulait prendre une &lt;( altitude » devant
la postérité, il est certain que, avec ou sans
lettre d'elle, Tallien aurait attaqué quand
même Robespierre.
Thérésia ne fut donc pour rien dans la
journée qui amena la chute de Robespierre :
et, pour aller à la postérité, les légèretés de
sa vie, ses bontés aussi, la servent mieux que
ses services au 9 thermidor.
Le soleil se leva, le dimanche 9 thermidor
(27 juillet 1794), dans une de ces brumes
lourdes et torrides qui sont fréquentes à
Paris vers la fin de l'été. A l'Assemblée
régnait l'anxiété. Le groupe des &lt;( pourris »
était décidé à brusquer la fortune et à ren1·erser, coùte que coùte, un pouvoir qui avait
déclaré son intention de les châtier; les
groupes de droite et d'extrême gauche étaient

décidés à les appuyer, le groupe des trembleurs à les suivre. Une bonne carte dans le
jeu des conjurés; soixante-huit députés, Lous
dévoués à Robespierre, étaient en mission
dans les départements.
La séance commen&lt;'a comme à l'ordinaire
par la lecture du pr~cès-vcrbctl de la séance
précédente. Le procès-verbal adopté, SaintJust monta à la tribune. Il se mit it lire,
scandant ses phrases du poing, selon le geste
qui lui était habituel, un écrit dans lequel il
attaquait les membres du Comité de Salut
public.
Tallien l'interrompit. Il dit que, comme
lui, il n'était d'aucune faction, qu'il n'avait
en ,·ue que le bien de la patrie et l'intérêt de
la libertC:·; la preuve, c'est qu'il demandait
que le voile fùt entièrement déchiré.
Ces mots furent accueillis par une triple
salve d'applaudissements : chacun des conjurés savait ce que cela voulait dire. Là se
borna, - c'est Barère c1ui l'affirme dans ses
,lfémoires et son affirmation paraît, sur ce
point, à peu de chose près exacte, - là se
borna le rôle de Tallien en cette journée.
&lt;( C'est ce di~cours, dit-il, que Tallien interrom1~it un instant, unique service qu'il
rendit dans celte journée dont il a voulu
ensuite s'attribuer les honneurs .... Voilà, je
le répète, la seule part que Tallien ait eue
aux événements du !) thermidor. Ce fait
simple était trop connu pour qu'on lui attribuàt la grande influence que les agents de
Coblentz, arrh·és à Paris, et ses amis de
contre-révolution ont cherché à lui prêter
depuis, avec l'intention de le rendre puissant
dans l'opinion, et les passions du parti réacteur qui domina jusqu'au '15 vendémiairc 1 ».
Rillaud-Varennes s'élança à la tribune
quand Tallien en descendit, et fit un Ion" discou_rs. Robespierre voulut l'y remp~cer;
mais le branle était donné, les conjurés ne le
laissèrent pas varler; les cris de A bas le
ty1·an ! l'empêchèrent de se faire entendre.
Voyant que les affaires prenaient une
fùcheuse tournure pour Robespierre, Tallien
prend de no~veau la ~arole. Cet~e fois, il y
va plus hardiment - Il sent qu il est soutenu - et il déci.ire avec de grands gestes
qu'il s'est armé d'un poignard pour percer le
sein du nouveau Cromwell, dans le cas où
l'Assemblée n'aurait 1,as le courarre de le
décréter d'accusation.
t&gt;
. C'est sur ces parole~, violemment applaudies, que la Convention vote l'arrestation
d'Jfanriot et de son état-major et qu'elle se
déc_lare en pe'.~anence (( jusqu'à ce que le
glaive de la 101 ait assuré la Hévolution J&gt; .
Billaud-Yarennes réclame l'arrestation du
général Boulanger : on l'accorde.
Robespierre veut parler : un tonnerre
d'imprécations comre sa voix. La partie
semble gagnée; les Tallien, les Fouché, les
Rovère, les Ba.rras, etc., ne veulent pas la
compromettre.
1. IJARi:nE. ilfémoires, t. Ill, p. 221. Cc fut là en
cff~L, le _relie de T~llie!l, mais il ne faut pas oublier
~Ill 11 avait _loul prcparc pa: _une campagne acti,·e, oit
11 a,.a,_l dcploye ~es. q uahles de chef de parti cl
monlrc du lOUJl d œil cl ,le la prévoyance.

�~ - 111ST0'/{1.ll
Barère, qui ne ,·eut pas, lui, se compromettre, et qui sent chanceler la fortune de
Hobespierrc, juge prudent de prononcer un
discours ni chair ni poisson, qui lui permette
à un momenl donné de se retourner conlre
celui que, deux jours auparavant, il portait
aux nues; mais il ne l'accable pas encore. Le
vieux Vadi_er s'en charge. Tallien, voyant le
loup à terre, lui porte encore un coup : il
lui reproche l'arrestation des membres du
Comité révolu lionnaire de la section de
rindivisibilité, des calomnies conlre les
sauveurs de la patrie, des acles d'oppression
sur les simples particuliers. Ceci visait évidemment l'arrestation de Thérésia Cabarrus.
Il allait poursuil're, lorsque Robespierre
l'interrompit: cc C'est faux, dit-il, je ... »
Les passions surexcitées, surchauffées dans
celle atmosphère de haines délirantes, éclatent de nouveau en mille cris et l'empêchent
de se faire entendre : les cris redoublenl, ils
se prolongent et ne finissenl pas... El la sonnette du président, dans ce débordement de
toutes les fureurs humaines, tintait et tintait
sans reh'tche, furieuse elle-même, désespérée,
impuissante ...
Robespierre lutte pourlant, il veut se faire
entendre et ne cesse de réclamer la parole au
milieu de cet ouragan de toutes les rages et
de toutes les haines de l'enfer. « Tu ne l'auras qu'à ton tour! l) lui répond Thuriot, qui
vient de remplacer Collot d'Herbois au fauteuil et qui prélude ainsi, par un déni de
justice, à la carrière qu'il fera dans la
magislralure impériale.
Il lulte encore et répond à cette parole
qu'on lui lance comme une flèche empoisonnée : cc C'est le sang de Danton qui
t'étouffe 1 » par celle autre qui démasque les
sentiments vrais de ses bourreaux : « Làches 1
pLJurquoi ne l'avez-vous pas défendu? »1
Dans le cercle des haines grouillantes qui
l'étreignent, Robespierre ressemble à un de
ces scorp:ons que des gamins cruels, en
Espagne, entourent d'un cercle de charbons
ardents : de quelque côté qu'il cherche à
fuir, le malheureux insecte se heurte à une
barrière de feu et, impuissant à sortir de cet
enfer, finit par darder sur lui-même son
aiguillon meurtrier. nobcspierre lu lie cependant jusqu'au bout.
Enfîn, l'épuisement de tous amène le
silence : il se fait solennel, absolu .... La sonnette du président a cessé de sonner.... Le
moment est poignant.

- Je demande le décrel d'arrestation
contre Hobespicrre ! dit Louchet 1 •
- Je demande un décret d'accusation
contre Hobespierre ! ajoute Louau.
On les vote.
C'est alors que Hobespierre jeune, dans un
mou\'ement d'amour fraternel que l'on n'a
pas assPz admiré, demande à partager le
sort de Maximilien.
On J'accorde.
Fréron, que celte simplicité dans le
dévouement a fait un instant trembler pour
le résultat de la journée, - comme si la
générosité était aussi contagieuse que les
mauvaises passions, dit, en s'essuyant le front
que l'effroi a fait perler non moins que la
chaleur: «Ah! qu'un tyran est dur à abattre! 1&gt;
Et ce Fréron, qui a mitraillé Toulon et
noyé Marseille dans le sang, crie : \ïve la
Liberté! Vive la République!
Maximilien et Augustin nouespierre, SaintJ ust, Couthon, Le Bas, décrétés d'accusation,
sont traduits à la barre et emmenés par une
brigade de gendarmes.
La séance était terminée, m:iis la journée
ne l'était pas. La Commune, au fait des événrments, était réunie. Elle rendit arrêté sur
arrêté, défendant aux directeurs de prisons
d'écrouer un seul nouvel individu sans un
ordre formel du maire Fleuriot-Lcscot, ...
ordonnant qu'une députation du conseil
général irait, avec la force armée, délivrrr
Robespierre el ses collègues déc ré Lés d'accusation, ... appelant le peuple aux armes ....
Les nouveaux maitres de la France, non
moins actifs que la Commune, avaient repris
séance à sept heures. Ils rendaient ii la Commune coup sur coup et ripostaient à ses arrêtés par des décrets les annulant. La victoire
leur demeura.
Conduit de prison en prison, - car toutes
les portes, conformément à l'ordre de la Commune, se fermaient devant lui, - Robespierre
fut amené à l'administration de la police sur
le quai des Orfèvres et conduit enfin à !'Hotel
de Ville par une Mputation de la Commune.
Il était huit heures et demie du soir. Peutêtre aurait-il pu, grâce à ,a popularité, rétablir ses affaires. Mais il n'était pas homme
d'action. Il hésita, perdit du temps, et consentant enfin il signer un appel à la section des
Piques, que venait de rédiger le représentant
Lerebours, il avait écrit les deux premières
lettres de son nom, flo ... , lorsqu'il s'interrompit brusquement : un coup de pistolet,
tiré par un assassin soldé\ lui fil tomber la

1. LEH&gt;SEUI\ (ùe la Sarthe), /Jlémoù-es, t. TIi,
p. 147.
'l. !léputé d~ l'A l'eHon. _l~rrorisle elfrén{•. plus
lard lo11ct10nn,11re de f'Emp1rc . Il fil une grosse fcn·•
lune comme trésorier général de la ~nmme.
_;ï. _c·c~l L~oM~cl Bourdon, i, en croire E. llanwl, le
très 1•rnd1t l11stor1cn ~c llobe~picrrc cl de Saint-.lusl,
&lt;J,lll r_ec~uta ~cl assa_ssin ,le 1·111gl ans, nommé ~ll'rda.
l:è vila111 drnlc dcnn I colonel, baron &lt;le l'Empire et
cul l'honnèur, 11u'il ne mérilail pas, d'èlre tué àla
tête &lt;lu 1" ,·égimenl de chasseurs à cl1c,•al le jour de

la halaille de la Moskowa. (\'oir à cc sujet le Général
Cw·ély, par le général T11ouu.,s, p. 2~.)
t Uocleur C;u,"i:i, Cabine/ secret de l'Histoire.
1" série, p. 12!). - l'.:xlrail d'une lellre du docteur
(;aral, de Bordeaux, &lt;1ui avait connu Souberbielle. li n'y a qu'un pcli t malheur it celle jolie boutade d('
S11ubc1·biclle, c'est r1ue llamiol (et non llenrio!) fui
tlécrélê d'accus:1lion le !) thermidor ~n même temps
que l\obcsp1errc, cl que les Thern11dor1cns les l'nvoyércnl tous les deux à la morl en même tempi, le
10 Thermidor.
(A

plume des mains. La balle l'avait atteint à la
joue, lui déchirant les chairs, brisant l'os
maxillaire inférieur et éclaboussant de Laches
de sang le papier sur lequel il écri\'ait.
Robespierre abattu, la lutte était finie. La
victoire définitive restait à ceux que l'on a
appelés les Thermidoriens. C'était un triomphe
d'intérêts personnels sur d'autres intérêts
personnels: c'est pour cela que l'acharnement
avait été si sauvage. Mais de doctrines, d'idées,
point.
C'était le cas, pour les vainqueurs, de montrer leurs sentiments de modération et d'humanité, - s'ils en avaient eu. Comme si elles
avaient attendu un contre-ordre, les tharrettes chargées de porter à la place du Trônenenversé la pâl ure journalière de la guillotine,
s'attardaient dans la cour du palais de justice;
elles attendaient ... el elles parurent ne s'ébranler qu'à regret pou rieur luguLre destination.
Il était cinq heures. La Convention aurait eu
le temps d'envoyer, par un exprès, l'ordre de
surseoir aux exécutions : elle ne le fit pas.
Ceci n'est-il pas une preuve que les Thermidoriens ne sonp-eaient nullement à abolir le
régime du sang? Ils n'eurent pas non plus la
moindre idée de clémence, le lendemain, et
la guillotine régla définitivement leurs démêlés avec flobespierre, son parti et la Commune
de Paris; soixante-dix viclimes porlèrent ce
jour-là leurs tètes sur l'échafaud, et c'est dans
le sang, sur un lit de cadavres, que s'inaugura le règne des Thermidoriens.
Cc ne fuL que qucl4ues jours après, et sous
la prrs~ion de l'opinion pulJlique, que les
exécutions furent suspendues, les prisons
ouvertes peu à peu et la Terreur mitigée.
Mais les Thermidoriens, qui bénéficièrent
ainsi d'une réputation de clémence, et dont
l'histoire a fait des soldats de l'humanité,
méritaient tout autant que ceux qu'ils venaient
de jeter à bas qu'on leur appliquàt les dernières cl vengeresses imprécations de Chénier
que le tribunal révolutionnaire, ce
... tribunal impie
Qui mange, lioil, rote du sa11g,

venait d'envoyer à la morl; de Chénier qui
écrivait, au moment où l'on vint le prendre
pour le faire monter sur la fatale charrette :
Mourir sans l'idcr mou carquois 1
Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange
tes bourreaux barbouilleurs de lois!

Quant à Hobespicrre, sans cherd1er à faire
de lui une innocente victime, comme quelques amis posthumes l'ont essayé, on peut en
penser ce qufl disait plus tard son ami le docteur Souberbielle: « Un homme de sang, lui,
le plus probe des citoyens; un homme de
sang, jamais! Écoutez ceci: Hanriot, son ami,
lui dit: « Pour en finir d'un seul coup, il faut
faire tomber cent mille têtes &gt;i. ()ue fit llobcspierre? li fit guillotiner son ami llanriul.
Et YOUS me direz après cela que c'était uu
homme de sang !~ &gt;1

suivre.)

JOSEPH

,TURQUAN.

Docteur CABANÈS
~"o

Beaumarchais s'est--il suicidé?

Le matin du 8 mai 1799, le valet de
ch~rnbre de Beaumarchais, surpris de ne pas
YOir descendre son mailre comme à l'ordinaire, pénét~ait dans la pièce où il reposait
Pt le trouvait sans mouvcmenl et sans vie.
li était, nous dit un contempor:ün, dans la même attitude 011 il
s'était placé en se mettant au lit 1 •
Aucun dérangement n'annonçait qu'il eût sou f.Tert. Les médecins appelés déclarèrent unanimement qu'il avait succombé à une
attaque d'apoplexie - « le san"
', •
,
0
s eta1t porle au cerveau &gt;&gt; - et
qu'il était sorti de la vie sans douleur et sans avoir eu conscience
de sa fin prochaine.
Ce qui nous laisse croire à une
mort naturelle, c'est que, la veille
même, l'auteur du Barbier avait
passé une soirée très gaie au m:lieu de sa famille et en compagnie de quelques amis.
Il avait évoqué, au cours de sa
conversation, des souvenirs de
jeunesse, qu'il avait contés, selon
les termes d'un témoin, cc avec
une aménité clnrmante &gt;&gt;.
Le libraire B~srnnge, mort centenaire en octobre 1865, rapportait avoir passé celte dernière soirée a\'ec Beaumarchais. Il avait
fait avec lui une partie de dames,
et Beaumarchais ne serait allé se
coucher que sur les instances de
son valet de chambre. A onze heures, il s'était retiré en embrassant
sa femme. Comme celle-ci avait
une légère indisposition, il lui avait
affectueusement recommandé de
prendre soin de sa santé. Quant
à lui, il ne se plaignait en aucune façon.
Après avoir donné ordre de le réveiller· de
bonne
. heure,
. il s'était endormi et , le Ieddemam matin, on le trouvait inanimé.
. ~elle fin subite d'un homme qui paraissait
J0?1r d'une santé si parfaite ,éveilla,chez cerlarns, des soupçons qui, aujourd'hui encore,
ne sont pas tout à fait dissipés.
Dans une com-ersation tenue peu de jours
avan_t s~ mort, Be~umarchai~ avait, parait-il,
e~pr1me le souhait, quand 11 serait las de la
vie, de se débarrasser promptement de sa
1. Gu~" _llf: _1.A ll1n.HLu.111F. fl istoire d&lt;• 1/eaum~rchais (cd1l1on 1'ourncu1), 188~, p_. 47;;_
- •1':evue des Deu.t-Mondes, Ja111·1cr-mars l 8i0,
P' 4 ),;o ,
3. Dans 1~ notice qui précède son édition in-18 de
Beaumarchais.
,

&lt;&lt; guenille 1,, par un de ces moyens chimiques
dont on commençait à parler à l'époque.
Une semaine à peine après le décès de
Beaumarchais, un « ami de la famille » écrivait à sa veuve, qu'il avait rencontré quel-

?e décour~gemenl,_ Beaumarchais ait fait part

a, son .a°:11 de_ proJets que, de sens rassis, il
n a~ra1t Jamais songé à mettre à exécution.
Il n en !allut pas plus pour é1ablir la légende.
Esmenard, dans son article BEAUMARCII \IS
de la Bibliographie universelle,
HaveneP après 13eucbot, SainlrIlcuve lui-même après flavenel,
ne manquèrent pas de reproduire
cette version, et ~ans trop cherch~r à la démentir. Tout au plus
Sarnte-Beuve, quand on lui eut
so_umis les argummts qui milit~1ent en favt:ur de l'hypothèse
d une mort naturelle, se rendit-il
.
mais
rn conservant par devers lui'
« un léger doute• ,&gt;.
Ce doute n'est plus permis aujourd'hui.
Les documents qui ont éLé mis
en lumière, notamment par le Liographe le plus autorisé de Beaumarchais, M. de Loménie• el
pl~s récemment, par M. Eug. Lin~
thtlbac, sont pour entraîner les
contradicteurs les plus tenaces.
. Dans les derniers temps de sa
ne, Beaumarchais présentait l'aspe~t d'un homme « replet et sangum &gt;&gt; : ce sont les expressions mêmes que l'on retrouve dans le
dernier passeport que lui délivra le
ministre de France à Ilambour". A
la même époque, il sequalifiaitluim~me : un bon vieillard g1·and,
yru, groi;, gras.
Mais il Y a plus, et ce détail a
une toute autre valeur à nos yeux:
Beaumarchais était sujet à de fréquentes syncopes.
.
. Le 5 mai 1797, alors àgé de
qu'un qui, disait-il, lui avait cc débité--grare- somnte-crnq ans, il écrivait à sa fille G •
vemenl cette impertinence l&gt;.
« Depuis, la _nuit du 6 au 7 avril, où j'cu~
Celui qui avait fait courir ce bruit calom- un_long aneant1ssement, qui était le second
nieux n:était autre que le poète Népomucène cw1s que la natu,·e me donnait depuis cinq
Lemercier, avec lequel Beaumarchais était semaines, mon état rsl plus tolérable. J'attrès lié: . Dans s,~s derniers jours, l'auteur te,_1ds les poudres végétales ('!). Et soit que la
du Jlanage de J,1gal'o se consolait souvent
saison ascendante où nous sommes ranime
dans l'intimité du jeune poète, des obsession~ un peu mes forces, soit que cet éréthisme
de ~oute sor_te que de ruineuses prodigalités procède de fièvre, j'ai pu faire, ma chère enavaient suscitées à sa vieillesse. li lui faisait fant, d'immenses travaux, dont tu recueilleconfidence de ses embarras financier~, el il ra~ I&lt;:_ fruit par les précautions que j'ai
n'est pas surprenant que, dans un moment prises ' . &gt;&gt;
t Causeries du lundi, t. VI.
étailadoré; lui seul paraissait el lui seul se croyait ca5. L. 1'! _Lo%&gt;1~:, Beaimw1·clrais el 8011 temps,
~nbl_ede dé_br~uil!cr l_'ine~lr;~a_ble chaos de ses affaires.

l. Il, pp. ;,,2lJ cl su,"anlcs.

6. L"r1L111c. 1t'aprës8o~~EVILLE ur. M,11\SüGl, illmede
IJeaumarclta1s, p. 115.
7. Be3urnarchais adorail sa fille umquc dont il

Es~~1I _adm1ss1blc, op_mc _JUd1c1cusemcnt de Loménie,
~u 11 ail pu songer a laisser volonlairemcnl cc lourd
!nrdc~u. sur les bras de sa fille el d'un icune mari
mexperimenlè 1
'

�111STO'l{1.ll

-----------------------------------

Ces « avis de la nature n étaient vraisemblablement des allaques d'hémorragie cérébrale. La première, comme le disait un spirituel médecin d'autrefois, est une sommation
sans frais, la seconde une sommation avec
frais, et la troisième .... l'expulsion de ce
monde.
La mort de Beaumarchais s'explique de la
sorte, très logiquement; mais nous avons
d'autres preuves, plus concluantes.
Et d'abord, le certificat du chirurgien
appelé à constater le décès, certificat daté du
· jour même de cc décès (20 noréal an VII),
déclare que le c&lt; citoyen Beaumarchais est
mort d'une apoplexie sanguine, et non autre
maladie n.
A ce témoignage, Al. de Loménie joint
celui du propre gendre de Beaumardiais qui,
consulté sur ce point, répondit par la lcltre
suivante, dont les termes, très explicites, ne
laissent place à aucune autre hipolhèEe que
celle d'une mort naturelle :
Villepinlc, par Lirry Scinc-cl-Oisr ,
i octobre 1840.

cc Mo.-;smun,

« Je viens d'apprendre avec un étonnement pénible les bruits que l'on a fait courir

sur les dernitrs moments de Beaumarchais,
mon beau-père. L'assertion memongère de
son suicide, qui a été reproduite dans des
écrits sérieux, m'oblige à repousser avec toute
l'indignation qu'elle mérite une fable dont la
famille et les amis de Beaumarchais se seraient émus, s'ils l'avaient connue plus tôt.
c, Ucaumarchais, après avoir passé en
famille la soirée la plus animée, où jamais
son esprit n'avait élé plus libre el plus brillant, a été frappé d'apoplexie. Son valet de
chambre, en entrant chez lui le matin, l'a
trouvé dans la même position où il l'avait
laissé en le couchant, la figure calme et ayant
l'air de reposer. Je fus averti par les cris de
désespoir du valet de chambre, je courus
chez mon br au-père, où je constatai celle
mort subite et lranquille; je ne m'occupai
plus ensuite que de saU\er à sa fille, qui
avait un véritable culte pour son père, l'angoisse d'une nomclle qui aurait pu Jui être
funesle si elle l'eût apprise sans ménagement.
c&lt; Voilà, Monsieur, la Yérité exacte ....
cc DnA11u1s. »
Dans la famille de Beaumarchais, on ne
croyait donc pas au suicide; dans les papins
laissés par la veuve de !'écrivain, on ne
trouve pas la moindre allusion, si voilée

soit-elle, à celle version véritablement insoutenable.
Un des familiers les plus intimes de neaumarchais, Gudin de la Brenellerie, dont
M. Maurice 'l'ourneux a possédé les manuscrits, dit que, la veille de sa mort, Beaumarchais paraissait c, plein de force et de santé 11,
et que cc .a constitution vigoureuse, son embonpoint annonçaient qu'elle n'était point
altérée &gt;l. Dans les lettres qu'il adressait à
Mme de Beaumarchais, Gudin rappelle à
maintes reprises la fin si imprérnc de son
ami et, à cette occasion, souhaite comme lui
une mort cc rnudaine et tranquille 11. Mme de
Beaumarchais écrit, de son cùté : cc Mon mari
est sorti de la vie comme il y était entré. 11
Ainsi, d'une part, un propos en l'air, tenu
par un homme qu'avaient affecté des revers
de fortune, des affaires très compliquées, des
soucis familiaux - sa fille qu'il adorait lui
donnait des inc1uiétudes de santé dont s'était
ému son cœur, particulièrement sensible; de
l'autre, une déclaralion formelle d'un homme
de l'art, une tradition de famille immuable.
Entre les deux versions pas d'hésitation llOSsible : celle de la mort naturelle est la seule
acceptable. li nous semble que le problème est
d'une solution si aisée et ~i simple,quc nous
nous défendrions presr1ue de l'avoir soulevé.
DocTEUR

CABANÈS.

CHARLES FOLEY
~

Les débuts difficiles
de l'Académie française
Hans sont intéressante étude, Le Plaisa11t
:abbe de Boisrobel'l (~fcrcm·e de Frnnce),
)1. Emile Magne nous retrace, non sans indulgence, la carrière d'homme de lellres et de
courtisan d'un des plus célèbres lmmo1·istes
du x.vn• siècle. Auteur dramatique, romancier, poète, épistolier, inépuisable anecdotier,
le frivole mais incorruptible ami de Richelieu
sut faire oublier, par son esprit primesautier
et son imperturbable gaieté, les désordres de
son existence.
Cc ne furent ni Conrart, ni Chapelain, nous assure l'historien, - ce fut Boisrobert,
qui, par son crédit auprès du cardinal, assura
la fondation de l'Institution fameuse c, où devaient se concentrer toutes les lumières de
l'esprit français n .
Dans la vie du plaisant abbé, c'est le point
qui nous intére~se. Aussi avons-nous puisé,
dans le livre de M. Emile Magne, la plupart
des détails qui nous ont permis d'évoc1uer,
sous un jour un peu nouveau, les origines de
l'Académie française.
~

Madame de Maintenon

~laJame deUaintenon m'ad;tsouvcnt qu'elle
avait connu madame de Montespan chez le maréchal d'Albret, cl qu'elle n'al'ait point alors
celte humeur qu'elle a fait paraitre depuis;
ajoutant que ses sentiments étaient honnêtes,
s1 conduite réglée, et sa réputation bien établie.
Elle devint peu après dame du palais de la
Reine, par la faveur de Monsieur, et le Roi
ne fit alors aucune allention à sa beauté :
toute sa faveur se bornait à sa maitresse,
qu'elle amurnit à son coucher, qui durait
longtemps, parce que la Reine s'était fait une
habitude d'attendre toujours le !loi pour se
mellre au lit. Cette princesse était si vertueuse
qu'elle n'imaginait pas facilement que les
autres femmes ne fussent pas aussi sages
qu'elle; et pour faire voir jusqu'à quel point
allait son innocence, quoique avec beaucoup
de hauteur dans ses sentiments, il suffit de
rappeler ici ce qu'dle dit à une carmélite,
qu'elle avait priée de l'aider à faire son examen de conscience pour une confession géné-

raie qu'elle avait dessein de faire. Celle religieuse lui demanda si, en E5pagoe, dans sa
jeune~se, avant d'être mariée, elle n'avait
point eu envie de plaire à quelques-uns des
jeunes gens de la cour du roi son père :
cc Oh non! ma 111è1·e, dit-elle, il n·y avait
/ioinl de roi. )&gt;
)lais enfin, madame de ~lontespan plut au
roi; elle en eut des enfants, et il fut question
de les mettre entre les mains d'une personne
qui sùt et les bien éle\·er et les bien cacher.
Elle se souvint de madame de Maintenon, et elle
crut qu'il n'y avait personne qui en fût plus
capable : elle lui en fit donc l'aire la proposition, à quoi madame de Maiotcnon répondit
que, pour les enfants de madame de Montespan, elle ne s'en chargerait point; mais que,
si le Hoi lui ordonnait d 'a mir soin des siens,
elle lui obéirait. Le roi l'en pria, et elle les
prit arec elle.
Si cc fut pour madame de .Maintenon le
commencement d'une fortune singulière, ce
fut aussi le commencement de ses peines et
de sa contrainte. li fallnt s'éloigner de ses
amis, renoncer aux plaisirs de la société, pour
lesquels elle semblait ètre née, et il le fallut
sans en pouvoir donner de bonnes raisons
aux gens de sa connaissance. Cependant,

comme il n'était pas po;sib'.c de s'en éloigmr
tout d'un coup, pour remédier aux inconvénients qui pouvaient arri rer dans une aussi
petite maison que la sienne, dans laquelle il
était aisé de surprrndre une nourrice, d"c11tendre crier un enfant, et tout le reste, elle
prit pour prétexte la petite dïleudicourt, el
la demanda it madame sa mère, qui ht lui
donna sans peine par l'amitié qui était entre
elles, et par le goùt qu'elle lui connaissait
pour les enfants. C,!lle petite fille fut depuis
madame de Montgon, dame du palais &lt;le madame la Oaupbine de Sarnie.
Je me souviens d'avoir ouï raconter beaucoup de particularilés de ces temps-là, qui
ne méritent pas, jecrois,d'ètreécritcs, quoique
le récit m'en ait infiniment amusé. Je ne
dirai qu'un mot.
On emoyait chercher madame de füinlenon
quand les premières douleurs pour accoucher
prenaient à madame de Montespan. Elle emportait l'enfant, le cachait sous son écharpe,
se cachait elle-mème sous un masque, et,
prenant un fiacre, revenait ainsi à Paris.
Combien de frayeurs n'a\ait-elle point que
cet enfant ne criât ! Ces craintes se sont souvent renourelées, puisque madame de Montespan a eu sept enfants du Roi.
:\L\DAME DE

C.\.YLCS.

çonne ;1à un de ces conciliabules clan des lins
où, sous couvert de belles-lettres et de galanteries, on se permet de fronder sa politique
ou même de fomenter des complots. Il faut
Ioule la verve endiablée, toute la gaieté bouffonne du favori pour calmer les méfiances du
maître. Le plaisant abbé a pris tellement à
cœur la cause de ses nouveaux amis, il en dit
tant et tant. .. qu'il en dit trop I Gagné, séduit,
non seulement Bichelieu abandonne ses idées
de répression, mais, en politicien essentiellement pratique, il cherche, lui qui n'a à son
serrice que des ,·eg ra/tiers de lettres, à quoi
lui pourraient être utiles Conrart et ses amis.
Ne pourraient-ils, par exemple, dirigés, stylés
et largement gagés, atténuer par des éloges
adroits l'impopularité du ministre et même
réfu Ler, par de véhémentes ou spirituelles
répliques, les terribles pamphlets que lui
décochent sans trère d'insaisissables ennemis?
Le cardinal et l'abbé discutent, précisent
leur projet el donnent à leur idée première une
portée plus large et plus haute. Boisrobert est
alors chargé de proposer à ses nouveaux amis
de la rue Saint-Martin de« régulariser et perfectionner la langue ». Dans ce but, le petit
cénacle sera autorisé par lettres patentes,
moyennant privilèges et pensions, cc à faire un
corps et à s'assembler régulièrement sous
une autorité publique l&gt;.
Conrart et ses amis sont bien moins flattés

dance. Aussi regimbent-ils sous le joug qu'on
leur impose, si doré que soit ce joug. 'l'ant
mal que bien, le plaisant abbé apaise les premières résistances et prend sous son bonnet
d'assurer au tout puissant ministre que ses
offres sont accueillies avec la plus humble
gratitude.
Il va sans dire que, sous ses dehors de générosité désintéressée, Richelieu entend user
el mème abuser de l'humble g1·alilwle des
futurs .\cadémiciens. c, Son Eminence veut être
consultée sur tous les ])l'élendants afin de
fermer la porte à la brigue et de ne soufl'rfr
en son assemblée que des gens qu'il connaisse
ses sel'viteur.~. ,&gt;
Le$ ennemis du ministre ont tout de suite
pénétré ses intentions. Ils plaignent ironiquement Conrart et ses familiers d'être désormais
astreints cc à composer des fards pour plastrer
de laides actions el à faire des onguents pour
mettre sur les plaies publiques ». Ils s'indignent que, sur promesse c&lt; d'avancement et
petite assistance l&gt;, cette ca11ail/e consente h
combattre la vérité.
L'Académie s'organise et formule ses
statuts, mais de toutes parts surgissent des
obstacles.
Louis XJII n'ose opposer un refus au cardidinal, mais il n'accorde les lettres patentes
qu'à contre-cœur. Plus brave, le Parlement
refuse de les enregistrer. L'opinion publique

En l 6:i4, au coin de la rue Saint-Martin et
de la rue des Yieilles-Étuvcs, chez Conrart, se
réunissait chaque semaine un petit groupe
d'amis. Là, Godeau, Gombauld, Chapelain,
Uesmarets, Habert, Giry, Serizay, Malleville
et l'abbé de Cerisy devisaient librement.
IJuelqu 'un de la compagnie avait-il composé
un ouvrage? ll le communiquait aux autres
qui lui en disaient franchement leur avis.
Parfois la causerie se prolongeait dans une
promenade ou s'achevait dans une collation.
Nos amis s'étaient engagés à ne parler à personne de leur réunion.
L'abbé de Boisrobert, favori du cardinal de
Richelieu, avait pour fonction de distraire et
d'égayer Son Eminence. C'eût été, pour tout
autre, une tâche impossible. ~lais Boisrobert
se tenait au courant des moindres nouvelles
de la ville et de la cour; il les accommodait à
sa façon piquante et savait, en les contant et
les mimant avec son air tour à tour niais el
finaud de Normand, leur prêter une saveur
comique extraordinaire.
Oès que l'abbé eut vent des cc caquets et
parleries l&gt; du petit cénacle, il brùla de s'y
faire admettre. Un beau jour, par surprise ou
par force, il pénètre chez Conrart et s'impose
à la compagnie. Les dix se méfient d'abord
C1a: SÉANCE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE .\U LOUVRE. - D'après la g ravure de P.-P. SEVIN.
de ce familier du ministre, mais notre Normand a tôt fait de les remettre à l'aiser On ~e
quitte enchanté. Et Boisrobert de courir aussitôt au palais Cardinal et de répéter tout ce qu'ell'rayés d'une telle fareur. lis n'ont aucune se déclare coutre l'Académie. Arnaud d',\11qu'il a entendu de cqrieux et d'amusant.
ambition, et, dans ces causeries intimes, ils dilly refuse d'en l'aire partie. Uésigné, Balzac
Tout de suite ombrageux, Richelieu soup- jouissent délicieusement de leur indépen- proteste: cc C'est une tyrannie qui va s'établir
Vl. -

lhSTORIA, -

Fasc. 45.

"' 209 ...

�~ - ffiSTO'R,.1.11
sur les esprits et à laquelle il faudra que nous
Il y a pis, l'Académie est sans domicile fixe.
autres, faiseurs de livres, nous rendions une Elle promène son registre de la rue Saintobéissance aveugle. Si cela est, je suis rebelle, Martin à la rue des Cinq-Diamants, de l'hôtel
je suis hérétique, je vais me jeter dans le Pellevé à l'hotel de Mélusine. II a été décidé
parti des barbares! n Enrôlé contre son gré, que les Académiciens rédigeraient un dictionil ira aux séances comme on se 1·end au naire, une rhétorique, une poétique et une
gibet et se désolera de figurer parmi tant grammaire. Le dictionnaire seul est entrepris,
d'extravagants niguedouilles. Scarron estime et combien mollement! De l'aveu même de
que les 4-cadémiciens feront autant de por- Chapelain, il n'est pareille assemblée de faitiers, Lons tout au plus à « balayer, éclairer, néants. Les uns ont toujours un prétexte pour
donner des sièges et moucher les chandelles ». s'esquiver. (Certain jour, l'Académie ouvre et
Pour quelques honnêtes gens qui s'y trouve- termine sa séance en présence d'un seul Jcaront, - prétendent d'autres, - le reste ne démicien !) Les autres, ceux qui Yiennent,
· sera composé que de chicaneurs, de sophistes s'occupent de toute autre chose que de littéet de plats panégyristes. « Cette cabale ne sur- rature. On s'y querelle, on y rit, on cherche
passera la médiocrité commune 'Jll'en beau- à tuer le temps en badinages plus ou moins
coup de vanité. 1&gt;
agréables. Mais, dès qu'on reparle d11 dictionInjures et quolibets de toutes sortes pleu- naire, c'est une dérobade générale. Le cardivent sur ceux qu'on surnomme les enfants de nal est obligé de se fàcher. Il met les .\cadéla pitié de Boisrobe1·t.
rniciens en demeure, dans les trois jours, de
L'abbé, chargé de présenter les requêtes s'engager à venir assidûment ou de céder leur
au cardinal, s'intéresse effectivement bien plus place. Les Immortels paraissent donc aux séanaux écrivains besogneux qu'aux écrivains de ta- ces ; mais c'est pour s'y débarrasser une bonne
lent. En l'occurrence, sa charité l'inspire mal, fois du dictionnaire. Ils adjugent, contre une
car l'Académie se constitue en assemblage pension de deux mille livres, l'énorme labeur,
aussi confus et bizarre qu'hétéroclite. « Les qui devait être commun, au seul et malheucourtisans y coudoient les savantasscs, les reux \'augelas !
traineurs de guenilles des secrétaires d'État rl
Son Eminence, dont les rnes intéressées
les bouffons des évêques ! 1&gt;
n'ont pas changé, daigne excuser cette pa-

resse, à la condition toutefois que, de temps
en temps, la Compagnie lui corrigera ses. harano-ues,
travaillera à ses ouvrages
chrétiens
0
.
ef célébrera ses victoires. Pms comme, en
dépit de sa police, les pamphlets se multiplient,
le cardinal, entêté dans son idée première,
confie aux Académiciens le soin dangereux de
répondre aux libelles. Soit manque de conviction, soit scrupule d'employer des paroles
aussi puantes que la partie adrerse, soit enlin
inexpérience dans le maniement de l'injure,
les pauvres Immortels, bafoués, outragés,
vilipendés de la pire façon par des diffamateurs de profession, en sont réduits au plus
piteux silence. Son Eminence elle-même n'a
d'autre moyen de se venger des pamphlétaires que de les faire rouer ou pendre ... en
effirrie !
0
••
De leur défaite mème, nos .\cadém1c1ens
espéraient le repos. Ils avaient complé sans
leur terrible bienfaiteur. Celui-ci les lance
implacablement dans la ridicule el mesriuine
querelle du Cid ....
Mais ici commence une nouvelle série
d'épreuves et l'Académie, quoique péniblement
formée, bien que comptant à peine ses quarante membres, est quand même sortie des
terrriversations
et des difficultés inhérentes à
0
tous débuts.
CllAllLES

Les Parisiens ne se promènent point, ils
courent, ils se précipitent.
Le plus beau jardin se trouve désert à telle
heure, à tel jour, parce qu'il est d'usagr, cc
jour-là, de faire foule ailleurs. On ne voit pas
la raison de cette préférence exclusive; mais
cette convention tacite s'observe exactement.
Dans l'allée choisie où reflue la multitude,
on s'y embarrasse, on s'y heurte, on s·y coudoie, et les Ilots n'y sont pas moins agités
que ceux des spectacles.
Tantôt la poignée d'une épée s'engage dans
les plis d'un falbala dont elle arrache un
lambeau. Tantôt le bout du fourreau s'arrète dans une garniture de point:, et déchire
une vingtaine de mailles. Les boutons des
habits emportent les fils délicats ùe la blonde
des mantelets, et l'on n'est occupé qu'à faire
une profonde inclination aux femmes dont le
pied presse involontairement la robe.
Là les douairières ont le tic de faire l'enfant, et les filles de douze ans affectent l'air
de l'."tge mûr et réfléchi; de sorte qu'à Paris

l'aimable adolescence 11 ·est pas plus de mise
dans la société _que sur le théàtre.
Point de visage féminin qui ne s'étudie à
dissimuler sa date. Que de soins secrets pour
dérober les rides naissantes! Mais le grasseyement d'une prononciation débile ne sert
pas à déguiser les années.
Les filles entretenues ont pris le parti de
se mettre très décemment; et si elles continuent, il faudra les connaitre pour ne point
se tromper, et pour les distinguer d'une honuète bourgeoise.
On s'aperçoit, dans toutes ces promenades,
que les femmes ont grand besoin de voir cl
d'ètre \ ues.
Lorsque les plumes flottaient sur les têtes
de nos belles, c'était un coup d'œil fort
agréable qul' de contempler du haut de la
terrasse des Tuileries tous ces panaches mobiles et ondoyants qui brillaient parmi les
flots de promeneurs.
Il n'est pas difficile d'y deviner les états.
lei un gros procureur foule pesamment la
terre et brise la chaise sur laquelle il s'assied;
un abbé légèrement penché sourit à propos,
et sa face joyeuse et chérie annonce qu'il vil
dans une molle et profonde indolence à l'appui
d"un riche bénéfice. Une douairière immobile
paraît insensible à tout ce qui se passe autour

Madame de Mirabeau

FOLE\'.

d'elle. ici l'on voit des visages étourdis; là
des fronts soucieux. L'un vient pour se reposer, l'autre pour se distraire d'un sombre
désespoir.
On s'entasse 11 uelquefois dans la partie la
plus désagréable du jardin, et là les groupes
tumultueux qui vous piétinent sans miséricorde, obligent le convalescent et le goutteux
à se réfugier dans des allées écartées et solitaires.
Depuis peu, des filles publiques et bien
vêtues se rangent en plein jour sur des
chaises au coin d'un arbre, el de là raccrochent les passants, non avec-le bras, mais
avec un regard qui vous fait baisser la vue.
Elles attendent vers le midi que quelqu'un
leur offre à diner. Rarement manquent-elles
leur coup; il y a toujours quelques officiers
en semestre, quelques libertins désœuvrés
r1ui s'en emparent: elles se rallient entre
elles, et se prêtent la main pour embaucher
les dupes et les imprudents, et former ce
qu'on appelle pai·lies cal'rées.
Cette impudence si visible qu'éclaire encore l'œil du sol,.il, au milieu d'un jardin
où l'honnête bourgeoise est obligée de détourner les regards; ce mépris non voilé des
bienséances est ce qui révolle le plus le partisan de la décence publique.

"'lERCIER.

l

Ce fut un beau mariage el qui mil en émoi
toute la noblesse de Provence que celui du
comte de Mirabeau aYcc Mlle Émilie de Marignane, qu'on célébra le 23 juin 1772, en
l'é![lise du Saint-Esprit à Aix.
Émilie de Marignane était une riche héritière el les prétendants à sa main s'étaient
manifestés nombreux. Mirabeau, qui ne
comptait point parmi les favo,·is, distança
ses rivaux par un moyen assez hrutal, mais
sûr : il se glissa, la nuit, dans l'hôtel de Mari"nane
et, dès l'aube, se. montra à une fenêo
tre, en manches de chemise et en
caleçon, le col débraillé, de façon
à être aperçu par les passants dans
cc costume de séducteur. Ce fut
un esclandre. M. de Marignane
pensa étouffer d'indignation; mais
il lui fallut bien donner sa fille,
et Émilie n'y mit point d'obstacle.
Les noces durèrent plus d'une
semaine et furent splendides; la
plus grande compagnie de ProYence avait signé au contrat. li y
eut bien quelques incidents déplaisants; mais une bombance de hui L
jours se passe-t-elle sans avanie?
Ainsi, Mirabeau rossa comme un
domestique le capitaine de vais~
seau Cresp de Saint-Cézaire, qn1
s'était chargé de représenter au
mariage M. de Mirabeau, le père,
retenu à son château de J3ignon,
et que l'affaire d'ailleurs n'intéressait pas. On surprit aussi, entre
les nouveaux époux, une scène
d'une telle violence que les cris
poussés par le marié arrêtèrent
net les danses et les ripailles des
paysans logés dans les communs.
Pourtant tout s'arrangea el,
dans les premiers jours de juillet,
le jeune couple partit pour Marseille, laissant la société d'Aix
fort intriguée de savoir &lt;« ce que
deviendrait ce ménage-là l&gt; . M. de
Mirabeau, le père, en augurait
bien : « A elle, écrivait-il, il lui
faut des odeurs fortes, des mauvais ragoûts, parfois des passe-temps de singe;
à lui, du piquant, du caprice, de la résistance
• souple. J'ai toujours P.cnsé que cet a,semblage
bizarre était, au fond, ce qui convenait à
l'un et à l'autre. »
li ignorai L sans doute, en portant ce diagnostic favorable, que les dettes du comte dépassaient de beaucoup la dot de sa femme,
dont la fortune se composait surtout d'espé-

mnces. Dès les premiers jours du mariage,
les impatiences de ses créanciers le rendirent
sombre, brutal, insociable : un an ne s'était
pas écoulé, qu'il avait engagé les diamants
d'Émilie; le ménage était aux expédients, la
livrée réduite à lïndispensable. Émilie, du
reste, en prenait son parti; c'était une personne assez passive, peu jolie, petite, mais de
taille bien prise en dépit d'une légère déviation qu'un peu d'art corrigeait; le visage noiraud, irrégulier et commun au premier
aspect, mais d'une expression attachante et

MJRABEAt;.
Gr~vure de FŒs1~GER, d'après le dessin de

J.

G uÉRHI,

mobile quand la timidité ne la figeait pas;
d'abondants cheveux noirs, de belles dents,
la bouche rieuse : au demeurant, elle plaisait.
En octobre :l 775, elle donna le jour à un
fils qui fut baptisé Viclor, et que tout de suite
on appela Gogo. Ce fut le dernier rayon de
soleil qui passa sur le ménage. Mirabeau ,
ravi d'être père, avait à J'avance étudié tou t
"' 211 "'

un système d'hygiène infantile et délibéré un
programme d'éducation, mais le Lemps lui
manqua pour en faire l'expérience; il était
absorbé par les soucis d'argent, les discussions d·ïntérêt ; sa violence, ses emportements furieux lui valaient mauvais renom et
nombre d'ennemis. Un jour, c'était le 5 août
:l 774, il se rua, au cours d'une partie de
campagne, sur un de ses parents, M. de Villeneuve-Mouans, gros homme d'une soixantaine d'années qu'on surnommait Gras-Fondu,
et qui s"était permis quelques propos malicieux sur le compte de Mme de
Cabris, sœur de Mirabeau. Celuici arracha le parasol dont GrasFondu abritait sa rotondité et le
lui cassa sur la tête; puis les deux
hommes, se prenant à bras-lecorps, roulèrent dans les guérets,
se bourrant de coups. Les dames riaient à gorge déployée;
mais quand M. de Villeneuve se
releva, écorché et meurtri, il était
fort mécontent et ne tarda pas
à le manifester.
Ces scènes fréquentes n'étaient
pas une distraction prisée de la
jeune comtesse de Mirabeau, contrainte par le manque d'argent
de séjourner à la campagne. Elle
sut s'en créer d'autres; celle qui
lui plut le mieux était la cour assidue d'un bel officier aux mousquetaires du roi, le chevalier de
Gassaud. Celui-ci par malheur ne
se contcn ta pas d'être éloquent, il
eut le tort d'écrire. Mirabeau
surprit une lettre; sa rage fut
terrible, d'autant plus qu'elle était
muette. « Je ne crie jamais dans
la colère, écrivait-il plus lard en
songeant à cette heure tragique;
je renverserais un mur, je mordrais des boulets _rouges, mais je
ne crie pas! » Emilie tomba à
ses pieds et a voua son crime: Lous
les Gassaud, hommes et femmes,
accourus à la nouvelle de l'événement, s'agenouillèrent, demandant gràce. Mirabeau releva tout le monde
et pardonna.
Mais c'était, en deux années d'union, trop
de scandales, et les époux se séparèrent.
l~milie gagna Paris, afin de solliciter en faveur
de son mari, cQntre lequel le rancunier G1'asFondu venait de déposer une plainte en assassinal. On sait comment les démarches de la
jeune femme avortèrent. Mirabeau, par lettre

�,

JKADJUŒ D'E .lK11(ABEAU

fflST0'/{1.Jl
de cachet, fut écroué au château d'if. Et de
ceci encore Émilie se consola vite; elle proposa bien d'entrer au couvent, ou d'aller rejoindre en prison son fougueux mari, mais
elle réfléchit bientôt qu'dle lui serait plus
utile en restant dans le monde. Réfugiée chez
son beau-père, au château du Bignon, près
de Montargis, elle se résigna à mener joyeuse
vie, coquetant, s'essayant à la comédie, écrivant de jolis billets, ne repoussant pas m1lme

__________________________________

perpétuelle, qui ne dura elle-même que trois
ans. La vie orageuse et bruyante de celui-ci
avait jusqu'à présent détou_rné les checcheurs
d'étudier celle de la cairn~ Emilie. M. Dauphin
Meunier, avec la collaboràtion·· de )CGeorges
Leloir, l'a reconstituée à l'aide de précieux
documents communiqués par ~f. Lucas
de Montigny, apportant à l'histoire du
protagoniste de la Révolution une contribution inespérée. ( l,a Collllesse de .Mira-

jour où, à l'approche des élections aux ÉtatsGénéraux, elle vit son ex-mari porté en triomphe dans les rues d'Aix. Ce regret s'accrut it
mesure qu'augmentait la renommée du robuste tribun; elle le reconnaissait bien là : il
malmenait le vieux: monde comme il l'avait
malmenée, elle; et peut-ètrc, à ce moment,
lui aurait-il plu d'être hattue par ce secoueur
de foules. Quand elle le sut mort et hien
endormi au fond du Panthéon, elle émigra ;

trts, surgis au cours de la Révolution, un nom
dominait tous lt!s autres : celui de Mirabeau.
En vain la Terreur l'avait dépanth{•onisé; les
bonnes gens, dans le peuple et ailleurs, songeant aux catastrophes passées, disaient :
11 Ah! si Mirabeau avait vécu! » Alors, dans
la petite âme d'Emilie, un revirement subit
s'opéra : elle se mit à aimer, oui, à aimer cet
homme qu'elle n'avait pas compris; elle porta
son deuil, reprit son nom; elle s'enferma dans

l'hôtel de la rue de Seine, où, si elle l'avait
voulu, jadis, ils auraient pu vivre heureu,.
Là, recluse, elle s'entourait des portraits et
drs lettres de celui qui n'était plus; elle
chantait les airs qu'il aimait, comme s'il eût
pu encore )'entendre; elle traitait comme son
propre fils un enfant adoptif du tribun, Gabriel
Lucas de ~lontigny, alors âgé de quinze ou
seize ans ....
~!ème elle réclama et fit inhumer secrt•le-

ment, dans le caveau où elle désirait
reposer un jour, les restes de Mirabeau exclus
du Panthéon, inutilement cherchés naguère
au vieux cimetit'•re Sainte-Catherine, où ils
sont encore, selon toute vraisemblance. Elle
mourut à quarante-huit ans, le H mars 1800,
&lt;1 dans la chamhre et dans le lit » de celui
qu'elle n'avait pas aimé vivant el qui, mort,
lui inspira, jusqu'au dernier soupir, des regrets chaque jour plus passionnés.
T. G .

•

COMTE DE SÉGUR
cf:&gt;

Sou1Jenirs de la Cour de Russie

PO)IPI; Ft:NÎWRI,; DE lll!RABEAI,, Li,; ·1 ,\\"IUL

les ,isites du beau mousquetaire, ou d'autres.... Existence nonchalante et falote, à
peine coupée d'un cri de douleur arraché
par la mort de Gogo, étouffant de convulsions, un soir, pendant que sa mère jouait
une charade.
Et quinze années ainsi se passèrent; qui me
années que Mirabeau employa à sortir du chf1teau d'if, à être interné au fort de Joux, à
« rompre son ban ll, à enlever Mme de Mo11ier, à courir de Pontarlier it Dijon, en Italie, en Sardaigne, en Allemagne, en Hollande,
dépistant toutes les polices, écrivant, écumant, jaloux, amoureux, désespéré; tombant
enfin sous le coup d'une condamnation à mort
pour rapt, vite commuée en une détention

1791. -

Gra1·ure de BERTIIHLT, J"après le Jess/11 ,1e PRŒt:R.

beau, 17:J2-1800, Perrin el Cie, éditeurs.)
Jusqu'en 1789, Émilie de Mirabeau resta
insouciante et sans décision, non pas qu'elle
eût horreur de son effrayant mari, mais redoutant son impétuosité et peut-être aussi
l'esclavage qu'elle présageait d'un rapprochement. Miraheau fut suppliant, se déclara
amendé, prêt à reprendre la Yie commune ;
les deux familles s'entendirent, - c'était la
première fois, - s'efforçant à réunir les deux
époux, ne fùt-ce qu'une heure cc pour en tirer
de la race l&gt;. Émilie résista; la séparation fu l
prononcée avec l'éclat que l'on sait; elle seule,
de toute la Provence, ne paraît pas s'en être
émue outre mesure.
Son premier regret, et il fut vif, date du

dès la frontière franchie, elle lit la rencontre_
d'un officier piémontais qui portait le nom
empanaché de Spirito-Francesco Focardi della
Roccasparviera. C'était un brave soldat et un
honnête homme car, le Ojuin 17!12, il épousait à Nice la veuYe de l'illu$trissime Honoré
Riquetti, comte de Mirabeau, à peine remise
de la naissance d'un enfant, qui, né six semaines auparavant, fut baptisé sous le nom
de Charles-Honoré-Esprit-Anne Foucard della
Uocca. Honoré était là en souvenir du premier mari.
Mais l'enfant mourut, et le père. La Jlépublique triomphante se faisait indulgente :
Émilie se risqua à rentrer en France. Quel
étonnement! De Lous les noms à jamais illus-

L'habitude d'ordonner, sans formes, des
chàtimt'nts, qui sont aussitôt innigés que
commandés, pour df.'s fautes rondamné1's
sans examen et sans appel par un maitre
absolu, entraine, de la part même des maîtres
les moins durs, d'étranges méprises.
En voici une dont le dénoûment fut assez
ridicule, grâce au personnage qui s'en trouvait l'objet, quoique h• commencement en
rùt été fort triste et presque cruel.
Un matin, je vois arriver chez moi, avec
précipitation, un homme troublé, agité à la
fois par la crainte, par la douleur, par la
colèrl'. Sc;; cheveux étaient hérissés, ses yeux
rouues et remplis de larmes, sa voix trembla~tc, ses habits en désordre. C'était un
Français.
Dès que je lui eus dcma~dé la caus~ dr
son trouble et de son rhaµ:rm : « Monsieur
« le Comte, me dit-il, j'implore la protection
H dt&gt; Yotre Excrllencc contre un acte affreux
11 d'injustice et de violence; on vient, par
« ordre d'un seigneur puissant, de m'outrager
cc sans sujet rt de me faire donner cent coups
&lt;1 de fouet.
« - Un tel trailement, lui dis-je, serait
« inrxcusablc quand mème une faute µ:ravr
cc l'aurait attiré; s'il n'a pas de motif, comme
&lt;I Yous le prétendez, il est inexplicable et
&lt;1 tout à fait invraisemblable. Mais qui peut
cc avoir donné un tel ordre? .
cc - C'est, me répondit le plaignant, Son
« Excellence ,r. le comte de Bru('e, gouver,, neur de la ·ville. -Vous ètes fou, repris-je;
cc il est impossible qu'un homme aussi esti&lt;1 mable, aussi éclairé, aussi généralement
(( estimé que l'est ~t. le comte de Bruce, se
cc soit permis, à l'égard d'un Français, une
cc telle violence, à moins que vous ne l'ayez
c1 personnellement attaqué et insullé.
cc - Hélas! monsieur, répliqua le plai-

cc
cc
«
cc
cc
cc
«
&lt;1
cc
"
cc

gnant, je n'ai jamais connu M. le comte de
Bruce. Je suis cuisinier; ayant appris que
monsieur le gouverneur en Youlail un, je
me suis présenté à son hôtel, on m'a fait
monter dans son appartement. Dès qu'on
m'a annoncé à Son Excellence, elle a ordonné qu'on me donnàt cent C'oups de
fouet, ce qui, sur-le-champ, a été exécuté.
lion aventure peut vous paraître im-raisemblable; mais elle n'est que trop réelle,
et mes épaules peuvent au besoin me servir
cc de preuves.
cc -- Écoutez, lui di~-je enfin, si, contre !ou te
" apparence, vous avez dit Yrai, j'obtiendrai
,, réparation de votre injure, et je ne souffricc rai pas qu'on traite ainsi mes cnmpatriotes,
u que mon devoir est de protéger. )lais,
cc songez-y bien, si vous m'avez fait un conte,
« je saurai vous faire repentir de votre
" imposture. Portez Yous-même au gouvercc ncur la lettre que je vais lui écrire; un de
" mes gens vous accompagnera. n
En effet, j'écri1•is sur-le-champ au comte
de Bruce pour l'informer de l'étrange dénonciation qui venait de m'ètre faite. Je lui
disais que, bien qu'il me fùt impossible d'y
ajouter foi, l'obligation de protéger les Francais me faisait un devoir de lui demander
l'explication d'un fait si singulier, puisque
enfin il était possible que quelque agent
subalterne ~ùt abusé indigntiment de son nom
pour commlltrc cet acte de violence. Je lt!
prrvenais que j'attendais impatiemment sa
réponse, afin de prendre les mesures nécessaires pour punir le plaignant s'il avait menti
el pour lui faire rendre une prompte justice
si, contre toute apparence, il avait dit la
vérité.
Deux heures se passèrent sans qu'aucune
réponse me parvint. Je commençais à m'impatienter ; ;e me disposais i1 sortir pour

chercher moi-même l'éclaircissement r1ue
j'arais demandé, lorsque je vis soudain reparaitre mon homme, qui véritablement ne
semLlait plu~ le mème; son air était calme,
sa bouche riante; la gaieté brillait dans ses
yeux.
« Eh bien! lui dis-je, m'apportez-vous une
cc réponse? - Non, monsieur; Son Excel" lence va bientôt vous la faire elle-même;
u mais je n'ai plus aucun sujet de me
c1 plaindre; je suis content, très content;
H tout ceci n'est qu'un quiproquo. Il ne me
cc reste qu'à vous remercier de vos bontés.
" -Comment! repris-je, est-cc que les cent
c&lt; coups de fouet ne vous restent plus? - Si
cc fait, monsieur, ils restent sur mes épaules,"
&lt;1 cl très bien gravés; mais, ma foi! on les
11 a parfaitement pansés, et de manière à me
cc faire prendre mon parti assez doucement.
" Tout m'a été expliqué; voici le fait : ~f. le
11 comte de Bruce avait pour cuisinier un
cc Russe, né dans ses terres; cet homme,
,, peu de jours avant mon aventure, avait
c&lt; déserté, el, dit-on, volé. Son Excellence,
cc en ordonnant de courir à sa recherche,
Cl s'était proposé de le faire châtier dès qu'on
11 le lui ramènerait.
cc Or c'est dans ces circonstances que je
cc me présentai pour occuper la place vacante.
&lt;1 Quand on ouvrit la porte du cabinet de
&lt;1 monsieur le gouverneur, il était assis à
« son bureau, très occupé et me tournant le
,1 dos. Le domestique qui me précédait dit
11 en entrant : .lfonseignem·, 1•oilà le cuisicc nier. A l'instant Son Excellence, sans se
cc retourner, répondit : Eli bien! qll'on le
&lt;, mène dans la cour, et qu'oli lui donne
cc cent coups de fouet, comme je l'ai oi-" donné. Aussitôt le domestique referme la
cc porte, me saisit, m'entraîne et appelle ses
cc camarades, qui, sans pitié, comme je vous

�fflST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
« l'ai dit, appliquent, sur le dos d'un pauvre
« cuisinier français, les coups destinés à
« celui du cuisinier russe déserteur.
« Son Excellence, en me plaignant avec
&lt;&lt; bonté, a bir•n voulu m'expliquer elle-même
&lt;r cette méprise, et a terminé ses paroles
&lt;&lt; consolantes par le don de celle grande
« bourse pleine d'or que voici. JJ Je congédiai le pauvre diable, dont je ne pouvais
m'empêcher de trouver la juste colère beaucoup trop facilement apaisée.

Tous ces effets, tantôt cruels, tant&lt;Îl
bizarres, rarement plaisants, d'un pouvoir
dont rien n'arrête ou ne suspend au moins
l'action, sont les conséquences inévitables de
l'absence de Loule institution et de toute
garantie. Dans un pays où l'obéissance est
passive et la remontrance interdite, le prince
ou le maître le plus juste et le plus sage
doit trembler des suites d'une volonté irréfléchie ou d'un ordre donné avec trop de
précipitation.
En voici une preuve qui paraîtra peut-être
un peu folle; mais c'est un fait que m'ont
attesté plusieurs Russes, el qu'un de mes
honorables collègues, qui siège aujourd'hui à
la chambre des Pairs, a souvent en Russie
entendu raconter comme moi. Or notez que
ce fait s'est, disait-on, passé sous le règne de
Catherine II, qui certes a été et est encore
citée, par Lous les habitants de son vaste empire, comme un modèle de raison, de prudence, de douceur et de bonté.
Un étranger très riche, nommé Suderland,
était banquier de la cour et naturalisé en
Russie; il jouissait, auprès de l'impératrice,
d'une assez grande faveur. Un matin on lui
annonce que sa maison est entourée de gardes
et que le maitre de police demande à lui
parler.
Cet officier, nommé fleliew, entra avec
l'air consterné.
(&lt; Monsieur Sudrrland, dit-il, je me voi~,
&lt;( avec un vrai chagrin, chargé, par ma gra« cieuse souveraine, d'exécuter un ordre
« dont la sévérité m"effraye, m'afflige, et
&lt;( j'ignore par quelle faute ou par quel délit
&lt;( vous avez excité à ce point le ressentiment
&lt;( de Sa Majesté.
·
« - l\Ioi I monsieur, répondit le ban« quier, je l'ignore autant et plus que vous;
« ma surprise surpasse la ,·ôtre. Mais, enfin,
« quel est cet ordre?
« - Monsieur, reprend l'officier, en ,·é« rité le courage me manque pour vous le
« faire connaître.
« - Eh quoi! aurais-je perdu la con&lt;( fiance de l'impératrice?
« - Si ce n'était que cela, vous ne me
« verriez pas si désolé. La confiance peul

« revenir ; une place peut être rendue.
&lt;c - Eh bien! s'agit-il de me renvoyer
&lt;c dans mon pays?
&lt;c - Ce serait une contrariété; mais avec
&lt;&lt; vos richesses on est bien partout.
,c - Ah! mon Dieu! s'écrie Suderland
&lt;&lt; tremblant, est-il question de m'exiler en
&lt;( Sibérie?
c( - Hélas! on en revient.
&lt;c - De me jeter en prison?
« - Si cc n'était que cela, on en sort.
« - Bonté divine! voudrait-on me !mou« ter?
« - Ce supplice est affreux, mais il ne
&lt;&lt; tue pas.
(C - Eh quoi! dit le banquier en sanglo&lt;c tant, ma vie est-elle en péril? L'impéra&lt;&lt; Lricc, si bonne, si clémente, qui me par« lait si doucement encore il y a deux jours,
&lt;&lt; elle voudrait!. .. Mais je ne puis le croire.
&lt;( Ah! de grâre, achevez! La mort serait
(( moins cruelle que celle allente insuppor&lt;c table.
&lt;( - Eh bien I mon cher, dit enfin l'offi« cier de police avec une voix lamentable,
" ma gracieuse souveraine m'a donné l'ordre
&lt;&lt; de vous faire empailler.
&lt;&lt; - Empailler! s'écrie Suderland en re&lt;c gardant fixement son interlocuteur; mais
&lt;( vous avez perdu la rai~on ou l'impératrice
&lt;&lt; n'aurait pas conservé la sienne; enfin vous
&lt;( n'auriez pas reçu un pareil ordre $ans
&lt;C en faire sentir la barbarie el l'exlrava&lt;c gance.
&lt;( - Hélas! mon pauvre ami, j'ai fait ce
&lt;&lt; qu'ordinairement nous n'osons jamais ten&lt;( ter; j'ai marqué ma surprise, ma douleur;
« j'allais hasarder d'humbles remontrances;
&lt;&lt; mais mon auguste souveraine, d'un ton
&lt;( irrité, en me reprochant mon hésitation,
&lt;( m'a commandé de sortir et d'exécuter sur&lt;( le-champ l'ordre qu'elle m'avait donné, en
&lt;&lt; ajoutant ces paroles qui retentissent mcorè
&lt;&lt; à mon oreille : &lt;&lt; Alle::,! el n'oubliez pas
&lt;( r1ue votre devoir est de vous acquitter
« sans 11w1·mw·e des commissions don/ je
&lt;( daigne vous charger. Jl
Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le tremblement , le dése5poir
&lt;lu pauvre banquier. Après avoir laissé quelque temps un libre cours à l'explosion de sa
douleur, le maître de police lui dit qu'il lui
donne un quart d'heure pour mettre ordre à
ses affaires.
Alors Suderland le prie, le conjure, le
presse longtemps en vain de lui laisser écrire
un billet à l'impératrice pour implorer sa
pitié. Le magistrat, vaincu par ses supplications, cède en tremblant à ses prières, se
charge de son billet, sort, et, n'osant aller
au palais, se rend précipitamment chez le
comte de Bruce.
Celui-ci croit que le maitre de police est

devenu fou; il lui dit de le suivre, de l'attendre dans le palais, et court sans tarder
chez l'impératrice. Introduit chez celte princesse, il lui expose le fait.
Catherine, en entendant cet étrange récit,
s'écrie:« Juste ciel! quelle horreur! En vérité,
,, Reliew a perdu la tête. Comte, partez,
&lt;&lt; courez, et ordonnez à cet insensé d'aller
« tout de suite délivrer mon pauvre banquier
« de ses folles terreur~, et de le mellre en
« liberté. J&gt;
Le comte sort, exécute l'ordre, revient, et
trouve avec surprise Catherine riant aux
éclats. &lt;( Je vois à présent, dit-elle, la cause
&lt;&lt; d'une scène aussi burlesque qu'inconce« vable. J'avais depuis quelques années un
&lt;&lt; joli chien que j'aimais beaucoup, et je
&lt;&lt; lui avais donné le nom de Suderla1ul,
&lt;( parce que c'était celui d'un Anglais qui
(( m'en avait fait présent. Ce thien vient
« de mourir ; j ·ai ordonné à Rcliew de le
&lt;&lt; faire empailler, et, comme il hésitait, je
&lt;( me suis mis en colère contre lui, pensant
« que, par une vanité solle, il croyait une
&lt;c telle commission au-dessous de sa dignité.
&lt;1 Voilà le mot de cette ridicule énigme. n

Cc fait ou ce eonte paraitra sans doute
plaisant; mais cc qui ne l'est pas, c'est le
sort des hommes qui peuvent se croire obligés d'obéir à une volonté absolue, quelque
absurde que puisse être son objet.
Au reste, et je crois juste de le répéter,
les mœurs publiques, les sages intentions de
Catherine el celles de ses deux successeurs,
ont déjà, pour la civilisation, fait la moitié
de l'ouvrage qu'on aurait pu attendre d'une
bonne législation.
Pendant un séjour de cinq ans en Russie,
je n"ai pas entendu parler d'un trait de tyrannie el de cruauté. Les paysans, à la vérité,
vivent csclaYes, mais ils sont traités avec
douceur. On ne rencontre dans J'empire aucun mendiant; si l'on en trouvait, ils seraient
renvoyés à leurs seigneurs, qui sont obligés
de les nourrir; el ces seigneurs eux-mêmes,
quoique soumis à un pouvoir absolu, jouissent, par leur rang et par l'opinion, d'une
considération peu différente de celle qui leur
appartient dans les autres monarchies non
constitutionnelles de l'Europe.
Ils doivent à Catherine une organisation
qui régularise dans chaque province leurs
assemblées et leur donne mème le droit
d'élire leurs présidents et leurs juges. Tous
les emplois civils et militaires sont dans leurs
mains; mais ce qui leur manque seulement,
c'est un ciment légal qui garantisse à la fois
la sécurité du trône, les prérogatives de la
noblesse el l'adoucissement graduel de l'existence du peuple.
C'omE DE

lt

Sl~G CR.

Vurc

PERSPECrl\'E llE L.\ PLACE LOUIS

XV,

PRISE DU CÔTÉ llES CH\MPS·ÈLYSÉES

•

· ·

· · -

Gr

.

..

ave Par :--; r E en 1~81, ,l'après le dessin du CHE\'ALIER DE L'E,PINASSF.

Fl~ANTZ FUNCK-BRENTANO
~

L 'Affaire du Collier
XI
Misère de Jeanne de Valois.
Le comte et la comtesse de la Molle
n·~:aie~t _pu se résoudre à la vie de garnison
qu ils eta1ent appelés à mener dans le petit
trou de province qu'était Lunéville. L'accueil
du cardinal de Rohan à Saverne avait stimulé
l'ambition qui dévorait Jeanne de Valois. On
alla jusqu'à faire fi de la charge de capitaine
dans les dragons de Monsieur, dont on ne
conserva que le titre. On emprunta mille
francs à M. Beugnot, notaire à Bar-sur-Aube
et l'on partit pour Paris. Nous sommes su;
la fin de 1781.
Nos jeunes époux s'installent rue &lt;le la
Verrerie, à la Ville de lleims, un hôtel de
1. r.et hôtel, situé rue de la Verrerie a• 83 ava it
~ppartenu, au siècle précédent, à Bos;uet, r;rmier
,ls.gabelles rlu Lyon.nais et. du Languedoc, le père de
1 1cque ùe lleaux. \011· l.eleuvc, les Anciennes mai-

~:nce np~ar~nc~ el _médiocrement fréq uen- riolcs qui portent les paniers d'œufs et les
te . &lt;&lt; li eta1t d aussi bon renom, dit Deu- herbes potagères débordant sous les lourdes
gnot, que la 1'êle Rouge de Bar-sur-.\ube. JJ bâches. C'est le centre du quartier où des:
Jeanne et son mari n'y ont que deux petites cendcnt les petites gens qui ont affaire dans
pièces, à demi meublées. El de ce jour com- le~ bureaux des ministres et les entour$ du
mence la plus ex lraordinaire vie d'a&lt;&gt;ilalions rot. Non lo(n d~ garni Gobert, et toujours
el d'intrigues qu'il soit possible d'i~agincr. place Dauphrne, 1auberge de la Belle /mage.
Ou Ire le logement à Paris, la comtesse en Elle ne vaut guère mieux que la 1ële flo~ge
pr~nd un à ~ersaillcs, afin de pouvoir plus ou la Ville de Reims 1 • Dans le fond de Ja
facilement faire ses démarches auprès des cour, trois remises, à droite et à gauche les
mm1stres et des personnes influentes à la é?uries ,où piaffent les chevaux. On loge à
Cour. Elle s'installe à Versailles place Dau- pied et a cheval. Là grouille tout un monde
phine, où elle loue deux chambres dans un de &lt;c solliciteurs de placets JJ de oazetiers
garni tenu par les époux Gobert. La place d'officiers de fortune et de oa;des du corps'
0
octogonale - avec ses maisons à deux étages mêlés à_ des colporteurs et à des maquignons:
dont la plupart sont ornées au faîte de ba- J_eanne ira prendre à la Belle Image une parlustres bordant la toiture, en imitation du tie de ses repas•.
château - est toujours encombrée de carLe comte de la l\[otte aime le luxe et les
sons de Pm:l8, IV! 3~0. ~ maison, très piltoresqur
~vec ses fenct~c! cmtrecs, s est conservée jusqu'à nos
Jours presque intacte.
2. L'ancienne place Dauphine il Versailles esl au.... 2 1,) ...

~ourd'b~i la place Hoche. La Belle Image se lrou\'aÎt
au numero 8 actuel. Jehaa, ta Ville de Versa 1'lt.e8
sn monuments_. ses 1·ues, Paris, ·1900.
•
~- Confrontation de fücole Lcguay avec llad 1 .
Br11Taull, 21 mars 1785. Pièces de pl'océdw·e, e Cino

�1f1STO'J{1.Jt
divcrlissemrnts, Ir vin cl ln bonne chère. 11 deux fois par semaine, elle me faisait la
s'habille avec mauvais goûl, mais avec faste, grâce d'acrepter au C(llfran Bleu, et elle y
sr couvre de bijoux. li se llalle de se faire étonnait ma jeunesse de ~on appétit. Les
bien venir auprès des femmes, el la sienne, autres jours elle avait recours à mon bras
qui se considère comme fort au-dessus de pour la promenade, qui aboutissait constamson mari, ne daigne y faire attention. La menl à un café. Elle avait un goût singulier
comtesse s'habille, elle aussi, avec une élé- pour la bonne bière el ne la trouvait maugance voyante, tapageuse, très coûteuse. vaise nulle part. Elle mangeait par distracAussi les quartiers. de la pension qui lui est lion deux ou trois douzaines d'échaudés, et
attribuée sont-ils dépensés bien avant que ces distractions étaient si fréquentes qu'il fald'êtres perçus. Elle a momentanément pris lait m'apercevoir qu'elle avait légèrement
auprès d'elle son frère Jacques et sa sœur diné, si elle avait diné. l&gt;
Marie-Anne; car elle veut pousser, d'un coup,
La gêne ni la misère n'empêchèrent
aux honneurs el à la fortune, tous les Va- Mme de la Molle d'augmenter encore son
lois. « Sa vie est alors obscure, dira plus train. Le 5 septembre 1782, elle loue, au
lard l'avocat Target. On y remarque tout numéro 1;i de la rue Neuve-Saint-Gilles au
l'étrange assortiment d'une existence précaire, Marais, vis-à-vis de la petite porte des Miniincertaine, faite de faste et de misère : un mes, une maison avec loge de portier, four à
laquais, un jocquey, des femmes de chambre, pain, remise, grande et petite écurie, trois
un carrosse de remise; mais des meubles de étages, dont les hautes et étroites fenêtres
louage, des querelles avec l'hôtesse, une bat- sont ornées de balustrades en fer à fleurs el
terie, 1500 livres de clelles pour la nourri- dessins Louis XV. Bette d'l~tienville l'a visilure, et la mendicité. »
tée. cc J'ai été dans une maison de la rue
La marquise de Boulai1l\'illiers venait de Neuve-Sai11t-Gilles, dit-il, dont la porte comourir ' . Jeanne avait perdu en elle un pré- chère est fort écrasée en enlrant. A gauche
cieux appui; mais elle comptait sur le cardi- est la loge de portier; ;1 droite, l'escalier, qui
nal, sur le grand aumônier à qui la marquise est assez ordinaire. Au haut se trouve un carl'avait confiée. Elle vint lui dire sa misère, ré servant de vestibule, une antichambre de
de sa voix douce, insinuante, avec ses grands médiocre grandeur où l'on entre dans un sayeux bleus. A dater de mai J782, Ilohan lui Ion boisé à deux croisées en face l'une de
fit remettre de temps à. autre, sm· les fonds l'autre. Une espèce de console ou table ronde
de.I. gi:~nge aumônerief des secours de trois, .1 à dessus de marbre, les meubles d'étoffe mêquatre et cinq louis : une seule fois ,·ingt- lée, une très belle harpe; au bout du salon
cinq louis sur ses propres fonds, dans un un boudoir'. ll
moment de détresse extrême 1 . Dans la suite,
La maiso!l a ét~ conservée". On gravit auelle nia qu'elle eût accepté seml.ilables au- jourd'bui encore l'escalier de pierre à la
mône,. Elle, fille des Valois, n'était pas, di- rampe luisante souterioc d'une ferronnerie à
sait-elle, femme à recevoir quatre ou cinq hautes fleurs de lis, que d'un pied nerveuxet
louis. Or nous voyons que, dans une lettre rapide, Jeanne de Valois monta si souvent.
du 1., mars 178:i, elle envoie au contrôleur · L'appartement de la rue Neuve-Saint-Gilles,
général Lefèvre d'Ormesson des reconnais- loué en septembre 17 82, ne put êlre occupé,
sances d'objets déposés par elle au Mopt-_de- les époux La Motte n'ayant pas de quoi le
P1été el demande humblement assistance; garnir. Le Goctobre Jeanne écrit à la baronne
nous avons d'elle un reçu, daté du 7 octobre de Crussol d'Uzès, belle-fille de la marquise
suivant, par lequel elle accuse à ce contrôleur de Boulainvilliers : cc La majeure partie de
général réception d'un secours de quarante- mes efict5 rnnt au Mont-de-Piété. Le peu qui
huit francs:;. « Son crédit à l'hôtel de me rc&amp;tc et mes petits meubles sont saisis et
Reims, dit Beugnot, avait singulièrement si, jeudi, je ne trouve pas six cents livres, je
baissé, el les deux prêts, de dix louis chacun, serai réduite à coucher sur la paille0 • l&gt; Les La
que je lui avais faits à distance, ne l'avaient Motte avaient dù quitter la Ville de Reims,
que faiblement relevée. Je ne pouvais pas ayant reçu congé parce qu'ils n'y payaient pas
l'inviter à manger chez moi, parce que je leurs dettes . Ils vinrent demeurer Hôlel
n'avais pas de ménage monté, mais, une ou d'Al'tois, 011 .Jeanne fut nourrie par la mère

de sa femme de chambre, une darne Briffault.
tandis que le comte de la Motte, menacé d'nrrestation par ses créanciers, s'enfuyait de Paris jusqu'à Bric-Comte-Robert et s'y cachait
chez un nommé Poncet, aubergiste, à l'Espérm1ce ". Le JO février i 785, plusieurs commerçants, créanciers des La Motte, leur font
interdire par huissier de vendre on de sortir
ce qui pouvait leur rester de mobilier. Et
Jeanne retourne chez le cardinal de Rohan.
Celui-ci consent à se rendre caution pour elle
d'une somme de 5000 livres, prêtée par un
usurier de Nancy, Isaac Beer. Go autre juif,
brocanteur, la cautionne pour des meubles.
Elle avait fait revenir son mari et, vers
Pâques 1784, elle peut enfin prendre possession de la maison louée rue Neuve-Saint-Gilles.
Mme de la Motte était soutenue par le dévouement de ses serviteurs : admirables dévouements, natures simples et aimantes dont
l'essence est l'altacbement; serviteurs comme
on en vit tant sous l'Ancien Régime, restant
soumis à leurs maîtres, sans gages, les assistant de leurs propres deniers dans les moments de gêne extrême, se sacrifiant à eux
jusques et y compris la mort. Rosalie,
femme de chambre de Jeanne de Valois, et
son valet de chambre Deschamps, furent
dans celle période de sa vie ses plus fermes
appuis 8 •
« L'aisance apparente de la rue NeuveSaint-Gilles, poursuit M" Target, n'est qu'un
accroissement de misère réelle. Le mari et la
femme n'y ont vécu que d'emprunts; tantôt à
demi meublés, tantùt démeublés, selon que
la détresse éloignait le mobilier ou qu'un
événement imprévu le rappelait. Des couverts
d'étain, et, les jours de représentation, six
couverts d'argent empruntés 9 ; une pension
de 800 livres, portée à 1500, puis vendue à
perte par l'indigence 10 ; des domestiques mal
payés, des affaires en marchandises qu'on
envoyait au Mont-de-Piété; et cependant toujours des voyages, toujours des sollicitations,
à Versailles, à Fontainebleau, quelques présents aussitôt dévorés que reçus, des detles
et de l'intrigue. l&gt;
A la fin de chaque semaine Jeanne, assistée de fiosalic, lavait les deux robes de mousseline et les deux jupes de linon, les seules
qu'elle n'eùt pas mises en gage, et les repassait sur la table de la salle à manger. Quant
au comte, il 11'osait plus sortir, parce c1u'il

reusc. l'n texte cite par Lcf'e111 e (A11r. 11wisous dr
l'aris, IY, '108-11 , conccrnanl une maison donnant
rur Saint-Gilles et rue des Totu·nrllrs, trnant am
hoirs llaudclot. êt-artc les numéros I ü et 18 actuels,
car les 1,oirs Baudelot représe11te11t la maison tle :llme tle
la Molle. On ne pouvait donc plus hésiter qu'entre
les numéros 8 el !O.
Or, parmi les titrPs de propriête du numéro 10,
qu'on a pu consulter dans les études de :Il• Fleury,
notaire, faubourg St-Honoré, cl de JI• l\ohincau, notai,·e, quai de la ~légisscrie, se Lrouve un inventaire
après &lt;léc~s, en date &lt;lu li mars 178::ï, des biens &lt;le
Mlle Marg.-Cath. de llaudelot, fille majeure, dres~é
par M• Lormeau \aujourd'hui M• Leroy, suecesieur,
rue St-Denis), où est décrite la « maison sise rnc
l'ieuve-Saint-Gilles au Marais, prés les ~linimes, louée
2200 lb. par an : savoir, un appariement au s. Chapuzeau de Viefvillers, parf'ait sous seing privé du
7 oct. 1781, à raison de 1000 lb. par au, et le surplus de ladite maison. y compris l'écurie et la remise,
à M. le comte de la llotte et à la dame son iJp.,usc,
par ha, 1, aussi sous sci11g prh ~. du :, sept. tler111t'r,

pour en joui,· à partir du 1"' oct., moycnnanl 1200 lh.
pa1· an. » L'immeuble fut "endu le 9 mai 18'2I. par
,\lcxandrinr-\Ïcloirc de Courdoumcr, à )1. llonori•.
!Jepuis ,·elle date il n'a rnbi aucune 10odifiration.
(i. LNtre faisant partie de la collection lluplrssi,,
publ. dans l'.111111/eur d'twlographPN, t" mars 1~(i(;.
i. En no"embre 1782, dossier Target, /Jit,L. 1•. ,/t,
Paris, m~. de la réserve.
~- Ces faits d'après les notes de Target, /Ji/,l. ,,
de Paris, ms. de la réserve.
9. Au baron de Vieuxvillers, le colocataire. floss.
Target.
10. En al'ril 1784. On a une lettre du baron de Breteuil, en date du 15 mai 1784. fa isant sa1·01r que le
roi a autorisé le comte et la comtesse de la llolte à
transporter au sieur lluhcrt Gautier, bourj!'eois de
Paris, la pension de 1500 livres atlribuée à la dame
de la llolle, et la pe11sion de 800 lu. attribuée à son
frère, cela en raison de la gêne de leur ménage.
La double cession était l'aile pour une somme de
~000 lb. Oéclaration de Grenier, orl'r•·re (Arl'h. 11al.,
\\ ll.1417), el noies de Target tll,b/. ,,. de /'a ris).

1. En &lt;lêcemhre Ii8 I.
2. ~oles dP l\ohan pour son avocat, Bibl. t•. de
Pa,·is, ms. de la réserve. doss. Target.
5. Pièce pro\'enanl de la collection l)uplessis, l'.l111atru1· d'1111/oy1·11phes -du 1" mars 1X5!i, aujourd'hui
clans la collection de M. AIf. Bégis.
4. )!me de la )lollc reconnut a la confrontation que
« la description de son appartement se trou"c coul'orme ». Pièces de 1n·océdure.
5. Aujourd'hui le numéro 10 (précêdemmenl 6) de
la rue Saint-Gilles. Le 5 sept. l 78i, l\ose-Louise
Vanmine, veuvr de Louis de Courdou,11er. maréchal
des camps. héritière de la demoiselle de Baudelot,
donnait l'immeuble en localion aux (•poux La )tolte
(,irc/1. 11at.. X, 2 ll/1417). \'oici comment on a pu
l'id_rnt\fie1;- l'nc d_escription i~dique !{U~ 1~ maison
êla1t s,tu,•r rue :'ieuve-Sa1nt-(,1tles, 1·1s-a-ns de la
petite porte des )linimes (A1·c/1. nal., F, 7/4441ce qui limitait la recherche aux numéros 8-18 de a
rue Saint-Gilles actuelle. Les numéros 12-14 acl nets
formaient au xvu• siècle la • Cour de Yenise ». rési&lt;lcnl'C ,1,• l'ambassadeur, a1: siêcle suivanl, hillf'I de Pé-

B/,

HISTORIA

MADEMOISELLE DUCHESNOI S.
Tableau de GÉRARD .
(,\Jusée Carnavalet. - Don de M. DorsTEAU, 1910.J

�~------------------------------------ L'
p 'était pas vêtu. Le cuisinier, sur ses deniers,
faisait les avances chez le boucher el le boulanger. La bourse du serviteur s'épuisa. Il
fallut jeûner.
cc Allons nous coucher, disait Rosalie, on
n'a pas faim pendant que l'on dort. l&gt;
De temps à autre, Jeanne se procurait des
ressources en &lt;&lt; faisant des affaires &gt;&gt;, spécula lions en marchandises; elle prenait beaucoup à crédit : au point qu'elle en fut mise
en observation par la police 1 •
Au mois d'août, l'alerte fut vive. Les huissiers frappaient à la porte. Le ficlèle Deschamps sauva le lit et les fauteuils du salon,
aidé d'un garçon perruquier. Ils les portèrent
sur leur dos chez un nommé Berlandeux, r1,1e
des Tournelles.
&lt;&lt; Vite, mon cher Deschamps, s'écriait
)lme de la ~folle, détachez les glaces du salon
et les rideaux des croisées l
- Où les porter?
- Vite, au Mont-de-Piété! ll
Le domestique y court et revient avec cinq
louis.
Le baron de Vieuvillers prête ~00 livres,
un religieux minime vingt-cinq louis. On
achète de beaux habits : un panier en dentelles pour la comtesse,
un frac de velours pour le comte,
afin de se remellre en état de solliciter à la Cour. Nous sommes en
octobre 178;1, Les époux La Molle
parlent pour Fontainebleau, .Jeanne
s'installe, avec son mari, rue d'.\von, à l'ancienne maison du greffe.
Elle a une chambre carrée, assez
grande, joliment attifée. Une cheminée en marbre blanc: aux croisées, des rideaux de mousseline à
fleurs. &lt;&lt; Ht!aucoup de messieurs
comme il faut venaienlalternalivement faire visite à madame la comtesse, tandis que monsieur le comte
allait se chauffer dans les appartements du château. »- &lt;&lt; Militaires
et gens de robe se faisaient un plaisir de lui rendre visite et de lui
laisser des marques de leur générosité'. l&gt;

à crédit une pièce de satin de vingt-cinq
aunes, la met dans sa voiture et continue
son chemin. Arrivée aux Champs-Élysées,
elle en\'oie le cocher chercher un fiacre sur
la place Louis X\'. La Motte y monte, porte
la pièce d'étoffe au Mont-de-Piété, en reçoit
douze louis et retrouve le soir sa femme à
Versailles où tous deux se congratulent de
l'heureuse issue de cette expédition.
Mme de la Motte avait un but précis. Elle
poursuivait la restitution des biens qui, naguère, avaient été dans sa famille, les terres
de Fontette, d'Essoyes et de Verpillières, dont
ses pères, disait-elle, avaient été injustement
frustrés. La restitution lui en paraissait d'autant plus facile à obtenir qu'une partie de
ces 'domaines étaient depuis quelque temps
tombés dans les mains du roi. Elle ne parl'Cnait cependant pas, malgré tous ses efforts,
à franchir le cercle des plus minces bourgeois
de Versailles~. Désespérant de réussir par les
moyens ordinaires, elle en imagina de plus
audacieux. Un jour de décembre 1785, dans
le salon de service, encombré de monde, de la
comtesse de Prol'encr, bl'llc•-sœur de Louis XVI,
elle feignit de tomber de faiblesse et d'inani-

XII
Autour de la Cour â .

L'argent reçu était gaspillé el
de nouvelles ressources devenaient
nécessaires. On imagine mille et
un moyens. Pour aller à la Cour le
comte et la comtesse ont loué un
carrosse de remise. Mais ils n'ont
pas d'argent. Tous deux dans leur
carrosse passent rue Saint-Honoré, chez Lenormand, marchand d'étolfos. Jeanne prend

L lléclaraliou &lt;le ./ -1'. rlc llruguières. insprct. dc
police, en tlate du 11 avr. 1780. A1·c/1. 11al., X2,
Il 1417.
2. Notes de Target, Bibl. de Pa,·is, ms. de la réserve.
3. Les principales sources de cc chapilre sont les
notes cl inl'ormations recueillies -par largcL ms. de

lion. La princesse fut avertie qu'une femme
de qualité mourait de faim dans rnn antila réscrrc à la Bibl. de la Ville de Pans ), que confirment et complètent les « faits pour i111erro~c1· »
)[ma da la l[r,(te, du ms. Joly de Fleury 20!&lt;8 de la

Bibl.

11at.

4. )lma Campan, cd. llarrière, p. 46:i; llaugnot,

[. 2(1.

5. On sait que par l'expression « )fo,lamr

Jl1"1"A11(E DU COl.L'ŒTf. -

chambre. Très émue, elle se fit apporter le
placet que, fort à propos, Jeanne tenait à la
main, et fit transporter la jeune femme sur
un brancard à son logement qui était alors
hôtel de Jouy, rue des Récollets .
Laissée seule, Jeanne appelle son fidèle
Deschamps :
cc Si Madame " envoie quelqu'un de ses
gens demander des nouvelles de mon état,
dites-lui que j'ai fait une fausse couche, que
j'ai été saignée cinq fois. »
Les médecins de Madame vinrent à deux
reprises la visiter. La princesse lui envoya
deux cents livres, une autre fois douze louis.
L'abbé Malet fit dans les salons de la Cour
une quête qui produisit trois cents livres r. .
Avec cet argent Jeanne venait la nuit de
Yersailles à Paris et, le malin retonroail à
Versailles, pour se mettre le jour dans son
lit. Elle passa ainsi trois mois :1 Versailles où
elle laissa, à l'hôtel de Jouy, une dette de
cinq cents écus· - dont elle pensait peutèlre /ètre acquittée par les bontés qu'elle
n'avait cessé de témoigner à l'un des fils de
l'hùtesse 8 •
Ce fut à cette époque que, sur les instances de ~fadame, la pension de
Jeanne de Valois fut portée de huit
cents 11 quinze cents livres O• Mais
qu'étaient quinze cents livres pour
les La Molle? Jeanne essaya de pénétrer jusqu'à la princessl! qui paraissait s'intéresser à elle : à ce
moment la comtesse de Prorrnce
soupçonna l'artifice et l'écarta
comme une intrigante. Un second
évanouissement ne réussit pas
mieux auprès de la comtesse d'Artois.
Troisième tentative le . 2 févrirr 1784, d'une audace plus
grande encore. Jeanne se place dans
la galerie des Glaces, au passage
de la reine qui se rend à la messe.
Elle perce la foule, tombe évanouie; mais cela fit un tel brouhaha
que la reine ne put même l'apercevoir. Le coup était manqué.
Jeanne renouvela enfin ses syncopes en les compliquant de convulsions nerveuses, sous les fenêtres de l'appartement occupé par
Uarie-Anloioetle. Mais celte foisencore la reine ne la vit pas. Dans
ses Mémoires, où elle fait une réalité de ses dé,irs, Mme de la )folle
découvre le fond de sa pensée :
r&lt; Le roi trouva Sa ~lajesté dans une
agitation extrême dont il s'empressa de demander la came. Elle
lui dit qu'elle ,·cnait d'être témoin
d'un spectacle bien triste; qu'elle avait vu
une jeune femme tomher dans d'alfreuses
&lt;p~euc ».''~mmc 0!1 disait, était dt!signéc J'(&gt;pouse ,1 11
rr,•re pu111e du rot.
6, Déclaration de Mme Polhey, premii•re femme do
chamlirc de )[aclamc.
.
7. ~oies de Tnrgcl. Ri/JI. r.de Pai·is, ms. de laréserre.
8. Bibl. 11at., ms. Jol~· de Flcurr 2081{, f 28~.
n. JlrcrcL &lt;lu 18 j:1111'. 1iil~.
•
0

P,

o sans

�fflSTO'}tl.Jl

________________________________________,.

C()lll'ulsions. « J'ai demandé son nom, ajouta de plus en plus forte. li lui en donna avis, intrigants qui usaient d'un crédit réel ou
imaginaire pour se faire livrer, de droite et
« la reine, et on m'a répondu que c'était la assez rudement :
11 Petite mère, j'ai entendu pendant mon
de gauche, des sommes d'argent, sous pro&lt;I demoiselle de Valois, épouse du comte de
« la ~lotte. L'accident qui lui est arrivé est séjour à Versailles ce que l'on dit de vous. messe de faire réussir tel projet, de faire
« bien fâcheux. Ce sont des jeunes gens, et Yous vous vantez, dit-on, de voir la reine, donner une place ou une décoration. Indusd'approcher de Sa ~fajeslé, de lui parler. trie naturellement florissante à celte époque
&lt;&lt; je les plains de tout mon cœur. » L'intérèt
que j'avais inspiré à la reine ne pouvait Léonard, coiffeur de la reine, qui était pré- où la volonté d'un ministre, d'une favorite,
manquer d'exciter l'envie des personnes qui sent, a dit qu'il n'aurait qu'un mot à dire à de la souveraine, pouvait entraîner, sans
cherchaient à se réserver exclusivement ses la reine el que mus seriez renfermée pour lti contrôle, les décisions les plus importantes.
reste de vos jours; qu'il était sùr que vous Jeanne comprit que le jour oit chacun serait
bonnes grâces. •
La seule personne de la Cour dont Jeanne ll·approchez point de la reine. Si vous vous persuadé qu'elle avait de l'influence auprès
parvint à faire la connaissance, parmi tant vantez de cela et que cela ne soit pas, ,·ous de Madame et auprès de la reine, elle verrait
la fin de sa misère. Son nom, Jeanne de Vade démarches et de sollicitations, était un êtes une femme perdue. &gt;&gt;
Jeanne, au premier moment, déconcertée, lois, qu'elle faisait sonner très haut et faisait
nommé Desclaux, musicien du roi et garçon
passer, comme elle dit, sur celui de son mari,
de la chambre de la reine, avec lequel elle balbu1i:1:
signant 11 comtesse de Valois-La Motte », lui
&lt;&lt; Je ne me vante point de parler à la
dina plusieurs fois dans le courant de l'anétait d'un grand secours. Dès les premiers
née 1782, chez la femme d'un chirurgien- reine. &gt;&gt;
temps de son séjour à Paris, quand elle de)fais, aussitôt, se ressaisissant :
accoucheur de Ycrsailles; encore, à p:lrtir de
meurait encore en garni, rue de la Verrerie,
c1 Je vois Sa Majesté et n'en parle jamais! 1&gt;
cette date, cessa-t-elle d'être reçue dans
Jeanne avait son plan. Elle préparait et elle était parvenue à faire prendre son incelte maison et perdit-elle Desclaux de me.
Elle le remplaça par l'un des fils de l' hô- étudiait le rôle de ce qu'on appelait à la lieu- fluence au sérieux : des personnes venaient
la solliciter pour avoir des platesse qui servait à l'hôtel de
ces dans les bureaux'. Elle
Jou y. Celui-ci était un beau garavait extorqué mille écus à
çon d'allure élégante. Mme de
M. de Ganges, en lui prometla Motte paraissait à son bras
tant son crrdit auprès de la
dans les appartements du cbàreine pour faire obtenir une
teau, aux promenades de Verplace de 80 000 livres à M. de
sailles. 0 n les voyait diner à
Blainville, frère de l'abbé de
de petites tables, en tète à tète.
Lattaignant, conseiller au ParEt à ceuxqui demandaient quel
lement 1 ; elle s'était fait enétait ce jeune homme :
voyer par fül. Perrin, négo- Un officier de la chambre
ciants à Lyon, « qui désiraient
de la reine, disait Jeanne de
faire passer un projet utile au
Valois.
gouvernement », lisez : « à
Cependant, à Versailles, à
leur industrie &gt;&gt; , une caisse
Paris, dans la société qui la
remplie d'étoffes superbes, cafréquentait rue Neuve-Saintdeau estimé, par les connaisGilles, Jeanne répandait qu'elle
seurs qui le virent, à 10 000 lidevenait influente à la Cour,
vres pour le moins.
où elle n'était plus appelée,
disait-elle, que la &lt;&lt; comtesse
XIII
de Valois n : elle mangeait chez
Madame et chez la comtesse
La Maison
d'Artois; elle était favorisée
de ta Comtesse.
des bontés de la reine et avait
même un pied dans ses apparLa réputation, mieux assise
tements. Aussi les voyages à
de jour en jour, de cette influVersailles devinrent-ils de plus
ence active auprès de la reine
en plus fréquents. Ces récepet à la Cour, et les charmes,
tions à la Cour se bornaient
la grâce enjouée et séd uisantc
hélas ! à se renfermer chez le
de Jeanne de Valois, et les
teneur de garnis Gobert, où
grosses bouteilles de hou rgoJeanne vivait de sa table, régagne que le comte montait de
lée pour tout diner d'un plat
la cave, groupaient rue Nemcde choux, de lentilles ou de
Saint-Gilles un cercle de famiharicots, et payant son repas
liers.
C'était une curieuse asdouze sols. )lais à Gobert aussi
semblée : quelques financiers
elle disait qu'elle était reçue à
d'un âge mùr, manœuvranl
la Cour, et, certains jours, les
autour de la jeune femme de
jours _où elle y dinait, Jtianoe
qui ils flairaient l'indigence
allait prendre place à la tal.Jle
d'hôte de l'hôtel de Jouy. Elle LES ENFANTS DU COMTE D'ARTOIS : DUC D'ANGOULÊ~IE, FlLS AÎNÉ; MADEMOISELLE: sous le luxe d'apparat; de jolis
ET LE DUC DE BERRY DANS LES BRAS D'UNE DES GOUVERNA'.'ITES,
abbés parfumés; quelques avorentrait tard el ne tarissait plus
cats, M• Laporte, gendre du
sur les bonnes gràces de Masubstitut du procureur général
dame, surl'affabilitédela comtesse d'Artois et sur la bonté de la reine qui lenance de police « une faiseuse d'affaires aux Requêtes; le jeune M• Albert Beugnot,
daignait l'honorer de sa sympathie.
dans les bureaux des ministres à la Cour ».
1. Bibl. na/ .. ms. Joly de Fleury 2088,_ f" 211;'&gt; ,•.
M. de la Fresnaye, qui avait de l'amitié Dans les dossiers des archives de la Bastille
2. Lellre, s. 1. n. tl . s., à ))• Targe!, Bibl. J. &lt;le
pour Jeanne, apprit la rumeur, qui devenait on rencontre par centaines les noms de ces Pa,-is, ms. dr la rèscnc.

'------------------------------------

r

qui n'y venait, dit-il, qu'en habit noir et en
cheveux longs pour marquer son respect; des
comtesses et des marquises de qui, peut-être,
il n'eût pas été discret d'épousseter le
blason; puis des mili Laires, le comte
d'Olomieu, officier des gardes 1, œil
vif, figure martiale, parlant haut, retroussant ses moustaches et grand
trousseur de cotillons, qui venait journellement faire avec Jeanne sa partie
de trictrac. Le plus intime était un
certain ~lare-Antoine Rétaux de Yillcue, ancien gendarme, camarade du
comte de la Molle, lequel l'avait présenté à sa femme. Les maris n'en font
jamais d'autres! Rétaux était fils du
directeur général des octrois de Lyon,
son frère était président en l'élection
de Bar-sur-Aube. Il avait quitté sa
mère, qui demeurait dans cette dernière ville, et était venu demeurer à
Paris dans l'automne de 1784. JI s'était logé rue du Pelit-Carreau, au coin
de la rue Bourbon-Villcneul'e; mais,
dès le mois de décembre, il était venu
demeurer rue Saint-Louis au Marais,
pour se rapprocher de la comtesse i.
Le chevalier de Villette, comme il ~e
faisait appeler, était un beau jeune
gars, d'une trentaine d'années, la taille
bien faite, les . cheveux blonds, où,
malgré la jeunesse, brillaient déjà des
fils d'argent, et des yeux bleus, un IPint frais
et coloré:;. Il était séduisant, faisait de~ vers,
imitait à faire mourir de rire ~Ille Contafde
la Comédie-Française, et, tandis que La Mo.ttc
pinçait de la harpe, chantait agréablement
des mélodies de Rameau ou de F;ancœJir.
Avec son écriture qu'il savait rendre très
fine, une écriture de femme, Rétaux servait
de secrétaire à Mme de la Motte, et nous
avons des raisons de croire qu'auprès d'elle
ses fonctions allaient plus loin. L'inspecteur
Quidor, qui était chargé de la police des
filles, procéda dans la suite à l'arrestation de
Rétaux à Genève. Très expert en ces matières,
il note les rapports du jeune secrétaire avec
la dame qui l'employait, d'une expression
pittoresque et vigoureuse qu'on ne peut
reproduire ici.
On reconnaitra d'ailleurs, à la louange de
Jeanne, que, dans la suite, quand elle aura
fait, comme on le verra, une affaire importante, elle ne laissera manquer de rien un
jeune homme qui lui était si précieux.
&lt;I Mme de la Moite m'a dit, écrira à Rétaux
son frère, le Président en l'élection de Darsur-Aube, qu'elle t'a fait avoir 20000 livres
que lu loucheras à la fin du mois. La Motte
m'avait dit, quelques jours auparavant,

taire adjoint, un minime de la Place Royale,
exerçant les fonctions de procureur de cette
maison, le Père Loth. Une porte bâtarde du
couvent donnait dans la rue Neuve-SaintGilles, en face du numéro 15, oit Jeanne
demeurait. Le minime disait tous les matins
la messe pour la comtesse, car elle entendait
la messe tous les jours. II la faisait entrer
par la petite porte dans la chapelle où l'attendait un prie-Dieu de velours. li lui servait
en outre de majordome, engageait et faisait
agréer les domestiques, surveillait l'office et
la cuisine, morigénait la femme de chambre
Hosalie, la soubrette classique : dix-huit ans,
taille fi ne, des yeux noirs el un petit nez
retroussé•. Il réglait les fournisseurs et. gardait les clefs de la maison quand le comte et
la comtesse allaient à la campagne 6 • Le Père
Loth était au demeurant bon compagnon. On
l'avait vu au bal en habit de canlier, trouvant un égal plaisir aux contredanses et aux
menuets. Il reconduisait sa danseuse jusqu'à
sa chaise, en tenant son chapeau sous le bras,
mettant ses pas en cadence avec un soin
extrême, et finalement baisant la main de
la dame, avec un beau salut de cour, de
l'air le plus galant. Il était recherché dans
les petites fêtes que donnaient lt!s maisons

1. Le scandale du procès du Collier l'obligea dans
la suite à démissionner.
2. Arc/,. des aff. étrang., ~Iém. cl docum ..
France 1400, f• 71 v•.
5. Confrontation du cardinal de Rohan à Rosalie,
21 mars "1786, A?·clt. 11at., xi, B/1417.
4. Arch. des a/{ ét1-a11g., Mém. el docum.,
France 1400, f• 69-14; cf. ibid., ms. 1399, f• 187.
5. Confrontation de Nicole Leguay, dite rl'Oliva, à
Madeleine Briffault, dite Rosalie, 21 mars ·178~.
6. Déposition du P. Lolh dC'l•ant les commissaires

du Parlement, A,·clt. 11at., xi. B/1417; - Vie de
Jeanne de Saint-Rémy, li, 518; - J\lém. du comte
de la Motte. p. :i88 cl suiv.
7. Bibl. na/ .. m~. Joly de t'leury 2088, f• 57-1.
8. Arcli. aO'.étra11g .. l509,f•181 y•,182; tf.ibid.,
f• 224.
9. Bibl. de la V. de Pa,·is, dossier Target. Sur
les Saint-Rémy de Valois établis à Troyes, voir u11e
intéressante lettre signée de Montfort, garde du corps,
datée de Troye;;, 19 avr. 17b6 Arrh. af. étrang.,
1lém. et docum., France 1400, f• 12;;,

qu'elle t'avait fait avoir une pension de
1200 livres'. &gt;&gt;
)lme de la Motte avait, en outre, un sc-rré-

Ill

I

({•il'/,/

""' 2 19

...

L'Arr.JmfE lJU

Cou.œ~ - ~

bourgeoises aux environs du couvent et y
paraissait en costume d'abbé : ce joli costume à manchettes de dentelles, la jabotièr'.l
en point de Tulle, orné par derrière
du large pli en soie moirée, qui tombe
de la nuque aux talons et semble décroché d'un tableau de Walleau. Tel
il venait souper chez Mme de la
Molle 7 •
L'office du secrétaire, Rétaux de
Villette, et celui du majordome, le
Père Loth, étaient complétés par un
intendant. Ces fonctions étaient remplies par un avocat, lieutenant en l'élection de Bar-sur-Aube, nommé Filleux . Mme de la Motte le consultait
sur les affaires importantes, les questions d'argent. C'était en ces questions
un homme très avisé, d'un dévouement
éprouvé : la comtesse le logeait chez
elle 8 •
On avait également ,·u dans le rnlon
de la comtesse un pcrsonnagP arrivé
de Troyes rn Champagne et qui se nommait lui aussi de \"alois. Jeanne l'appelait 11 mon che; cousin&gt;&gt; et le faisait
diner avec des chevaliers de SaintLouis. li était venu pour se faire reconnaitre à l'instar de sa cousine, en
ayant grand besoin, car il avait six
enfants. Mais il eut la maladresse de
dire à table qu'il était savetier de son
étal, ce qui fit que Jeanne le mit à la porte
et lui interdit de reparaitre à l'avenir 9 •
Enfin Mme de la Motte avait pris chez elle
une dem(.)iselle Colson, parente de son mari,
jeune fille fort pauvre à qui elle faisait
remplir le, fonctions de lectrice et de dame
de compagnie 10 •
Valets de chambre, cuisinier, cocher, jocquey, ménage de portiers, soubrette, lectrice
et dame de compagnie, confesseur, intendant,
secrétaire, majordome, un officier pour le
trictrac, un ami du mari pour les besognes
de confiance, un moine élégant et parfumé
pour les missions délicates : la maison de la
comtesse était au grand complet.
Dès l'installation de Jeanne, rue ~euveSaint-t;illes, on )' avait vu apparaîlre une
personne qui, par une singulière rencontre,
s'appelait également Mme de la Motte: de son
nom de fille Marie-Josèphe-Françoise Waldburg
de Frohherg. Elle avait épousé l'administrateur du collège de la Flèche, Pierre du Pont
de la ~lotte. Celle dame avait été détenue à la
Bastille du 22 février au 2\J juin 17 82, d'où
elle avait été transférée à la Villette, chez un
nommé ~facé, qui tenait une de ces curieuses
pensions pour prisonniers par lettres de
cachet comme il y en eut plusieurs à Paris
'1~. )ll(e Colson, qui élail lrès fine cl intelligente. ne
fut Jamais dupe des manœu,·res de sa cousine. Aussi

lime tic la Motte _I~ disgrac)a-l-cllc en juin 1784. Elle
voulut alors se faire rrltg,eus,' et se retira dans un
rouvenl it \'ersailles, de là à l'abbaye tic Lonachamp •
mais dans le ccuranl de 1785 elle en sortit èl s~
maria. Il est question d'elle dans les mémoires manusc1·its du comte de la Motte conservés aux A,·c!âves
11alionales, F1 6354•/7277, p. 118, en ers termes :
« Mme _Dcstony, qui a~·ait demeuré quelques temps
citez mot avant son manage •.

�IDSTOR._1.11
avant et même pendant la Révolution. Elle
s'était évadée de chez )lacé peu de jours après.
L'histoire de cette autre dame de la Motte est
intéressante pour nous. Elle se disait, elle
aussi, honorée de la confiance de la reine,
montrait des lettres que Mme de Polignac
était censée lui écrire, parlait de la faveur
dont elle aurait joui auprès de la princesse de
Lamballe, usait d'~n cachet de la reine surpris sur la table du duc de Polignac, racontait
comment elle avait dP.sarmé, par son crédit
sur la souveraine, le ressentiment de la princesse de Guéméné contre une certaine dame
de ll.oquefeuille, et, mettant toute cette belle
influence à la disposition du plus oflrant,
soutirait aux gens des sommes importantes.
Nous la verrons sous peu collaboratrice de
Jeanne de Valois : mais celle-ci va marcher
sur ses traces avec une énergie et une audace
que Françoise Waldburg de Frohberg n'eût
pas soupçonnées 1 •
Cependant Jeanne, qui menait un train de
vie de plus en plus brillant, sentait de plus
en plus lourdement le poids de la misère.
Un sauf-conduit du ministre Amelot la mettait à l'abri des poursuites que voulaient exercer
contre elle des créanciers auxquels elle &lt;levait
une forte somme depuis deux ans 2 • &lt;( Alais,
comme elle l'écrit au contrôleur général quelques jours après•, cela ne la met pas à l'abri
de vendre ses meubles. n - « Je ferai des
esclandres, ajoute-t-elle, et je ne peux pas
faire autrement. Il faut que je vive et les
miens. &gt;&gt; Le 6 avril, une condamnation pour
dettes est prononcée par le prJvôt de Paris 4 •
Le Lerme de la Saint-Jean 1781~ ne peut être
acquitté que grâce à trois cents livres que le
père Loth est parvenu à emprunter 5 •
Jeanne écrivait le 16 mai li 83 à Lefèvre
d'Ormesson : &lt;, Vous me trouvez sans doute,
monsieur, très extravagante; mais je ne puis
m'empêcher de me plaindre puisque la plus
petite des gràces ne peut m'être accordée. Je
ne suis plus surprise s'il se fait tant de mal
et je puis encore dire que c'est la religion qui
m'a retenue de faire le mal r._ &gt;&gt;
XI\'

La peine du Cardinal de Rohan
Arrivant de son ambassade de Vienne,
le prince Louis de Rohan était porteur de
deux lettres, écrites par Marie-Thérèse, l'une
pour Louis XVf, l'autre pour llarie-Antoinette.
L'accueil du roi fut des plus réserl'és. Il
l'écouta quelques minutes et lui dit brusquement : « Je vous ferai bientôt savoir mes
volontés. » Quant à la reine, Rohan ne put
même pas obtenir d'elle une audience. Elle
lui emop demander la lellre que l'impératrice lui avait confiée. Le jeune prélat en
t. Dans la suite, pendant la périudc révolutionnaire,
Mme ,lu Pont la Motte fut arrêtée sur ordre ùu
Comité de Salut public date du 5 thermidor an li.
Sainl-.lusl lui-même avait rédigé la note suivante :
« La Duponl-Lamolle, embastillée pour intrigues de
Cour. Partie de son histoire se trou,·e dans celle de la
Bastille. La première intrigante de l'Europ1•, correspondant avec 11•1 ministres des com·s étrangères tian

'--------------------------------éprouva une peine profonde, encore plus qu'il
n'en fut irrité. Et il prit la résolution de faire
tout au monde pour adoucir peu à peu la
rigueur de sa souveraine.
L'enfant qu'il avait saluée et bénie à Strasbourg était devenue une femme d'une grâce
délicieuse, que la majesté du trtlne rehaussait
de son éclat. Rohan cherchait à gagner
l'amitié de ceux qui avaient occasion d'approcher la reine et pourraient effacer dans son
esprit les mauvaises impressions que le courrier de Vienne ne cessait d') faire pénétrer.
« Les inquiétudes que Votre Majesté me
témoigne dans sa très gracieuse lettre sur les
intrigues du prince de Rohan, écrit MercyArgenteau à Marie-Thérèse, en date du 16 juillet f 7i6, n'étaient pas sans fondement. Ce
coadjuteur, étant parfaitement raccommodé
arnc la princesse de Guéméné, en obtint que
celle-ci se chargerait de remettre une lettre à
la reine, dans laquelle le coadjuteur la suppliait de lui accorder une audience. Heureusement la lettre, sous un vernis de respect,
aYait un coin de morgue el de reproche qui
choqua. L'abbé de Vermont et moi fimes
notre possible pour décider Sa Majesté à déclarer nettement qu'elle n'avait pas d'audience
i1 donner au coadjuteur; mais la reine prit
un parti moins décisif, et, sur les instances
réitérées de la princesse de Guéméné, la reine,
sans accorder ni refuser, prétexta tantôt une
occupation, tantôt une promenade, de façon
qu'enfin le coadjuteur fut obligé de partir
pour Strasbourg sans avoir eu d'audience 7 • »
Quand, en 1777, la grande aumônerir, la
première charge en dignité de la cour de
France, devint vacante, Bohan, qui avait la
promesse de la succession, faillit ne pas être
nommé à cause de l'opposition très vive que
lui fit Marie-Antoinette stimulée par )[ercyArgenteau. Encore le roi ne donna-t-il son
agrément que sous la condition que Bohan
signerait un engagement de se démettre de
la charge au bout d'une année; mais, comme
le fait observer Mercy, les Roban-MarsanSoubise étaient d'une action trop puissante
pour r.e pas arrêter l'échéance d'un pareil
billet.
•Marie-Antoinette annonce la nouYelle (t sa
mère : « Je pense bien comme vous, ma
chère maman, sur le prince Louis, que je
crois de fort mauvais principe et très dangereux par ses intrigues, et s'il n'avait tenu qu'à
moi, il n'aurait pas de plar.e ici. Au reste
celle de grand aumônier ne lui donne aucun
rapport avec moi et il n'aura pas grande
parole du roi qu'il ne verra qu'à son lever
et à l'église 8 • »
&lt;( F.n vain, dit l'abbé George!, secrétaire
particulier du prince de llohan, le grand
aumônier écrivit-il à la reine jusqu'à trois
fois : ces lettres, il le sut à n'en pouvoir

douter, ne furent jamais lues. Elles ne furent
même pas ouvertes. En vain employa-t-il la
médiation des personnes à qui la reine donnait des marques particulières de bonté et
d'amitié, en vain eut-il recours à Joseph li,
frère de la reine, lors de son VO) age en
France, pour être autorisé à présenter son
apologie, les réponses annoncèrent une volonté
bien décidée à ne jamais se porter à aucune
voie de rapprochement et de réconciliation°. ,i
Peut-être cependant la reine eùt-elle laissé
ses rancunes s'assoupir, si Mercy, agent de
fürie-Thérèse, n'e1it été là, aux aguets, actif
à les réveiller. « 'fel que je connais le coadjuteur de Bohan, lui écrivait l'impératrice
d'Autriche, je le crois aussi capable de s'insinuer da05 l'esprit de ma fille qu'il a été
assez heureux pour se faire ici, à Vienne, de
nombreux partisans. &gt;&gt;
Triste et révoltant spectacle, que cette mère,
Marie-Thérèse, qui ne voit plus dans sa fille
qu'un instrument de sa politique. « Tout en
elle désormais, dit M. de Nolhac, sa beauté,
sa popularité, sa maternité, devra senir, à
l'heure nécesrnire, les intérêts de la politique
autrichienne. » Elle ose faire dire à sa fille,
dauphine de France, que l'.\utriche est sa
patrie. Et cette patrie, comment veut-elle
qu'elle la serve? En étant gracieuse pour la
Du Barry, pour la courtisane qui d4shonore
la cour, qui heurte en Marie-Antoinette la
pudeur de femme et la dignité d'épouse.
Marie-Antoinette répond que c'est plus fort
qu'elle, qu'elle ne peul; mais l'impératrice
insiste, elle veut, elle parle durement! sa
fille s'imagine-t-elle avoir à lui donner des
leçons de dignité et d'expérience? Mercy vient
à la rescousse. Marie-Antoinette, obligée de
céder, parle à la favorite avec un sourire, et
celle-ci, dans sa reconnaissance un peu brutale, ,eut aussitôt lui faire acheter par le roi,
en manière de récompense, une parure de
diamants.
Marie-Antoinette est devenue reine. Elle
aurait le devoir d'entrer en rapport avec le
cardinal de Rohan, son grand aumônier;
mais l'impératrice veille, avec ses dévoués
auxiliaires, le comte de ~fercy et l'abbé de
Yermond, et fait si bien qu'elle réussit à l'en
empècher.
Rohan en était au désespoir. Marie-Antoinette, gracieuse, vive, le fascinait. Et Rohan
était ambitieux. Ses débuts, les progrès
rapides de sa carrière, la situation prépondérante de sa famille, les dignités dont il était
revêtu découvraient devant lui les plus vastes
espoirs. Lrs 0atteurs, qui butinaient sur sa
fortune et ses dignités, le grisaient du souvenir de !lichelieu, de Mazarin, de Fleury, les
cardinaux qui avaient régné sur la L•'rance.
&lt;( li avait plus que le droit, il avait le deYoir,
lui disait-on, de parvenir à la direction de

l'ancien régime, admise chez le cardinal de . Rohan,
maitrc,sc de Fleury qui a élé prisonnier d'Etat à la
citadelle d'Arras. Elle avait, pour agcnlde ses intrigues.
l)ruzy, qu'o;llc a amené à Paris et qu'elle faisait déguiser. Lanlôl en ibhê, lanlôl en officier ». Arc/,, 11al.,

5. 1783, 16 mai.
4. A.rch. nal., F 7, 4145, B.
5. Déposition du P. Loth, H sept. 1785, À1'ch. 11a/.
6. Publiil par Chaix d'Est-Ange, p. 13.
7. Geffroy et d'Arneth, Il. 4i0-7t.
8. Recueil de M)I. de Beaucoart et de la Rocheterie,
T, 140.
9. George!, II, 19-20.

F'/ H37.

ll. Le sauf-conduit eslchtéd n 12 mai 1783. Arc/1.
11at., F7/4ib0.

L' Jl-,=i=A1~E

DU COZ.L1E~ - - ~

l'État. &gt;&gt; Le malheur fit que le prince Louis pureté qui n'eùt d'égale que celle des anges, derrière ce paravent, fermez les yeux et déen arriva à le croire. li dictait à son secrétaire, tles nerfs délicats, des yeux Liens; il fallait, sirez en vous-même la chose que vous soule baron de Planta , les projets qu'il devait en outre, que l'ange fût né sous la constel- haitez voir. Si vous ètes innocente, vous
réaliser quand il serait au ministère. C'étaient lation du Capricorne. Or, il se trouvait que verrez ce que vous désirez voir, ~i vous ne
des programmes de réformes politiques dont Mlle de la Tour remplissait toutes ces condi- l'êtes pas, vous ne verrez rien. &gt;l Mlle de la
l'exécution ferait le bonheur des Français 1 • tions. « La mèrc,dit Beugnot, faillit en mou- Tour se plaça derrière le paravent tandis que
Mais un obstacle se dressait entre le pou voir rir de joie et crut que les trésors de Memphis Cagliostro et le cardinal - qui se tenait à
et lui. Et quel obstacle! - la reine.
et de la grande ville de l'intérieur de l'Afrique côté de la cheminée - restaient au dehors.
Et c'est ainsi que, de plus en plus profon- allaient tomber sur sa famille, laquelle en
Cagliostro se mit à faire pendant quelque
dément, dans cet esprit où l'imagination avait prodigieusement besoin. &gt;&gt;
temps des signes magiques, puis, s'adressant
tenait une si grande place, dans ce cœur tout
L'illustre magicien crut utile de procéder à la jeune fille : c, Frappez un coup par terre
féminin o1t la raison n'avait pas accès, s'en- à des expériences préliminaires. II reçut la et dites si vous voyez quelque chos8? - Je
racina une idée fixe, se développa une obses- jeune fille dans son laboratoire, installé en ne vois rien, répondit Marie-Jeanne. - Eh
sion redoutable : regagner les bonnes grâces l'hôtel de Rohan, rue Vieille-du-Temple. bien, mademoiselle, dit Cao-liostro, vous
"
•
•
t&gt;
de la reine.
« Mademoiselle, lui dit-il, est-il vrai que n ' etes
pomt mnocente. &gt;&gt; Alors la demoiselle
« Je me représentais, ditlecomteBeugnot, vous soyez innocente? ,i Elle répondit avec piquée au vif répondit qu'elle voyait ce
ce malheureux cardinal de Bohan entre Ca- assurance : c, Oui, monsieur. - Eh bien, qu'elle désirait, et sortit du paraveut satisgliostro et Mme de la Molte 2 • &gt;&gt; Ceux-ci, l'un ajouta Cagliostro, je vais dans un instant faite &lt;l'a voir convaincu les grns de son
et l'autre, avaient dès
innocence.
le premier jour pénétré
Nous possédons un
son caractère bon et crétrès
précieux interrorra•
0
dule, d'une naïveté conto1re de Marie-Jeanne de
fiante, un caractère d'enla Tour, racontant plus
fant, et démêlé aussi
tard aux commissaires
l'ambition qui le rondu Parlement les cérégeait et qui, nonobstant
monies de Cagliostro.
tant de richesses et
C'est un document préd'honneurs, faisait le
cis, authentiqur, et
tourment de sa vie.
qui nous montre sous le
Cagliostro se charjour le plus curieux le
geait de parvenir au but
caractère du prince de
par ses cérémonies.
Rohan'.
Le corole de la l\fotte
La jeune fille raconte
avait une sœur, qui avait
11ue, s'étant rendue avec
épousé à Bar-sur-Aube
sa mère ;1 l'hôtel du carun ancien contrôleur du
dinal 5, t&lt; l'hôtel de Strasvingtième, Choppin de
bourg », elle y trouva
la Tour, homme d'esle cardinal et Cagliostro.
pri L, mais caustique et
On lui mit un petit tabrutal. Nous avons vu
blier blanc, sur lequel il
les jeunes gens trouver
y avait un crachat d'arasile chez les La Tour
gent, et, après lui avoir
quand Mme de Surmont
fait réciter des prières,
les eut chassés de sa
on la fit s'approcher
maison. Mmedela'l'our,
d'une table oit étaient
excédée des mauvaises
posés deux chandelles
plaisanteries de son maallumées et un grand
ri, l'avait 11uitté en celte
vase rempli d'eau claire.
année 1785 et était veCagliostro, derrière un
nue à Paris, avec sa fille
paravent, faisait des gesMarie-Jeanne, s'installer
tes avec une épée, inchez une tante, l\fme
voquait le grand Cofte,
Clausse, de la famille
les anges Raphaël et Mide l\f. de Surmont, qui
chaël. li demandait à
l'aYait reçue chez elle,
Mlle de la Tour si elle
rue du Sentier. Mariel'oyait la reine dans le
Jeanne était une petite
•
vase. Marie-Jeanne, qui
demoiselle de quinze ans
ne voyait rien, répondit
d'une beauté et d'une
qu'elle la voyait parfaiblancheur remarquatement et cela c, pour se
NICOLE L E&lt;..UAY, DITE BARONNE IJ°ÛLil'.I.
bles•. Or , Cagliostro,
débarrasser &gt;l, déclaraD'apres UII pastel &lt;'011/emporai11 . {Colleclio11 FRANTZ F u NCl(·llRE.'ffANO .)
pour ses opérations,
l-elle aux juges.
avait besoin d'une voyanCagliostrolui demanda
te, sujet plus difficile à lrournr qu'on n'ima- connaitre si vous l'êtes. l\ecommandez-vous ensuite si elle ne voyait pas des anges el de
gine, car il fallait plusieurs conditions : une à Dieu et, avec votre innocence, mettez-vous petits bonshommes qui voulaient l'embrasser,
1. Hétaux d.: Villette ùéclarc devant le ParlclllCllt qu'il a vu les mémoires él'ri ts de la main
d~ Planta. Uoss. Target, /Jil,/, v. de JJai·ù . ms. &lt;le la
~E~~

.

2. 1, 62.
::;. ' · 58-59.

?· Intcn·.

de )laric-Jcaunc de la Tour, âgée tic
quinze aus, 21 sept. 1785, Arc/,. 11al. , xi, B/1117.

La ,·é,·acité de celle· déposition csl d'ailleurs ronfirmi-c par les détails du ms. tic la Ili/A. na/. , Jolv cle
Fleury 2088, I'• :'i14-l5.
•
r,. Le 1 anil 178;i.

�111S TORJ.Jl
cl, comme elle répondit que non : « Mettezvous en colère, dit Cagliostro, frappez du pied,
appelez le grand Cofte, dites aux anges de venir
, ous embrasser! ,&gt; A quoi elle répondit qu'elle
les voyait et embrassait les petits bonshommes,
et cela, ajouta-t-elle, &lt;I pour se débarrasser ».
« Le cardinal, pendant ce temps-là, était en
prière et se prosternait et dit à la déposante,
en s'en allant, de ne rien dire, car cela lui
ferait du tort. l&gt;
Mlle de la Tour revint au palais du cardinal trois jours après 1 • On lui donna cc jourlà une· longue chemise blanche tissue d'argent, un &lt;I grand soleil » au milieu, ornée
sur les bords de crépine d'argent, et une
écharpe bleue : costume dessiné par Cagliostro. Vètue de cette chemisr, le grand soleil
llamboyant sur sa poitrine, et, ceinle de cette
écharpe, elle fut introduite dans la chambre
à coucher du cardinal, tout éclairée de bougies. Sur la table il y avait encore un vase
rempli d'eau transparente et, tout autour,
des étoiles, de petits bonshommes et des
signes qu'elle u'avait jamais vus. C'étaient
des hièroglyphes et des figurines représentant
Isis et le bœuf Apis . Cagliostro, ayant recommencé à faire de grands gestes avec son
épée, lui demanda si elle ne voyait pas dans
la carafe une Ît'mme blanche et si celle
femme ne ressemblait pas à la reine. MarieJeanne, qui ne voyait toujours rien, répondit qu'~llc l'apercevait.
« Il lui demanda ensuite si elle ne voyait pns
un vieux bonhomme vêtu de blanc, qui se
promenait dans le jardin, qui venait pour
l'embrasser; elle dit qu'elle le voyait, et que
c't&gt;tait pour se débarrass&lt;r. ll Elltl dut ensui le
répétrr ks invocations au gran~ Cofte et à
l'ange Gal,riel, pui~ Cagliostro l'averlil qu'elle
allait voir le cardinal à genoux, tenant en
main une labatière dans laquelle il y aurait
un petit écu, et, comme il recommençait
dms une agitation de plus en plus grande
ses gestes al'ec son épée, la jeune fille lui
dit qu'elle \'oyait effectivement le cardioal à
genoux tenant en main une tabatière dans
laquelle il y avait un petit écu. Alors le cardinal, très animé, dit que c'était cc incroyal1l&lt;',
extraordinaire », et il avait, obsef\ ê Mlle de
la Tour, &lt;c l'air pénétré de joie et de satisfaction l&gt;. &lt;1 Le cardinal s'était mis à genoux, il
pleurait et levait les mains au cieli. ,i &lt;c J'ai
été complètement aveuglé, dira plus lard le
prince de Rohan devant le Parlement, par le
désir immense que j'avais de regagner les
bonnes grâces de la reine 3• »

" - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - L' A'F'FJll~ë vu Co1.1..œ~ - - ,
tacle principal auquel se heurte l'histoire du
Collier, est l'invraisemblable crédulité qu'elle
exige de la part du cardinal~- Et voilà que
des textes précis, concordants, authentiques,
prouvent que le cardinal était incroyablement
crédule. Deux jours avant qu'il fût arrêté,
Cagliostro lui avait persuadé qu'il avait diné
avec Henri IV. &lt;c Cette anecdote, dit la
Gazette de Leyde, dont on peut garantir
l'authenticité, justifie toutes les imprudences
du cardinal•. l&gt; &lt;I Sa crédulité incroyable,
note le duc de Lévis, est réellement le nœud
de toute l'affaire et dispense de recourir aux
explications non moins incroyables qu'on n'a
pas manqué de suggérer 6 • » On dira que,
plus haut, nous avons présenté Rohan comme
un homme d'esprit. Dans son Garde du
Corps, Mayrr a prévu l'oujection, et cite le
Barbier de Séville: &lt;I Quand la jo!ie Suzanne
dit à Figaro que les gens d'esprit sont bêles,
elle a bien rairnn, 3uzanne. »

Tel était le cardinal de Bohan. Or, l'o!Js-

La comtesse de la Motte avait de son côté
dressé ses batteries. En avril 1784, elle commença de parler au cardinal, discrètement
d'abord, de ses relations avec la reine 7• Puis
elle donna des Mt ails que Rohan, tenu éloigné
ùe la Cour, ne pouvait contrôler. Elle accumulait les anecdoles avec son imagination
précise, vivante, cl qui, dans le courant
111ême de la conl'ersation, la servait avec tant
d'abondance el de rapidité.
« Quand j'épomai le comte de la Motte,
disait-clic, nous n'avions rien : 800 livres de
pension qui ru 'étaienl faites sur le Trésor. Et
il fallut vaincre l'opposition que faisait au
mariage la famille de mon mari, de 11ui la
mère crJignait que Hous lui tombassions à
thargP.
&lt;c Nous nous rendimes à Paris où, p;ir les
moyens dl! nos amis, Madame et Mme la comtesse d'Artois eurent la bonté de s'intéresser
à nous auprès des minislrts du roi. Les besoins
de l'l~tal et la multiplicité des affaires firent
traîner en longueur nos sollicitations et celles
de nos protecteurs, de sorte qu'après avoir
épuisé la bonté et la patience de nos amis,
sans avoir rien obtenu, on nous conseilla
d'essayer les bontés de la reine.
« Après bien des débats entre la crainte
et l'espérance je me déterminai à présenter
un placet à Sa M11jeslé; mais l'appareil de la
majesté et la hardiesse de l'action manquèrent
de me coùler la vie, car je tombai évanouie

aux pieds de la reine, qui en fut touchée et,
par un mouvement de bonté et d'humanité,
ordonna qu'on me portât sur un lit chez une
dame de la Cour.
cc Quand je fus revem~e de mon évanouissemr.nt la reine a eu la bonté de me voir, de
s'intéresser à mon sort en m'encourageant 11
Jui demander des grâces qui ne seraient pas,
disait-elle, dans le cas d'ê1 re refusées. »
Le cardinal, très confiant, ne doutait pas,
doutait d'autant moins que, peu à peu, elle
lui donnait les nouvelles les plus agréables.
Elle était reçue dans l'intimité de la reine,
disait-elle, qui n'avait plus de secrets pour
elle, qui lui confiait ses pensées, à elle, son
amie, sa cousine, nJle des Valois, pensées
dvnt le fond lui était à présent connu peulêtre mieux qu'au roi lui-même 8• Et elle pouvait affirmer que la reine revenait peu à peu
de ses impression~ premières, des mensonges
perfides que lui avait insinués le comte de
Mercy. des calomnies que lui apportait le
courrier de Vienne. La conduite du cardinal
de Rohan, si généreuse vis-à-vis du prince de
Guéméné, son neYeu, el d'autres traits de sa
bienfaisance monlrent, disait la reine, que le
grand aumônier a le cœur bon 9 • En mai,
Jeanne déclara au prince Louis que, pénétrée
de reconnaissance pour tant de bienfaits reçus
de lui, elle était résolue de consacrer désor
mais à lui être utile toute l'influence rlonl
elle disposait à la Cour, et, en mai, le 1isage
radieux, elle lui annonça que, sans doute, le
but ne tarderait pas d'ètre atteint 1°.
Elle alla plus loin. fienouvclant le procédé
qui avait si bien réussi, en 1777 ,à Mme Cahouet
de Villiers avec le f~rmier général Béranger,
elle persuada à Bohan r1ue la reine, en passan t, lui ferait un signe de tête où il verrait
clairement une marque de son intérêt. Rohan
fut aux aguets, et ce signe, &lt;I celle nuance ll,
comme il dira lui-même, il crut effectivement
l'apercevoir i1 plusieurs reprises 11 • Ce point
acquis, Mme dt! la Motte fit un pas de plus.
Elle se hasarda à mettre sous les yeux du
prince Louis des lellres sur papier blanc
vergé, bordé d'un liséré bleu clair, ayant au
coin les lis de France, que la reine écrivait à
sa cousine, la comtesse de Valois, et oit, de
temps à autre, passait le nom du gr,rnd
aumônier.
Le Père Loth déposera plus tard devaol les
commissaires du Parlement : &lt;! Je me rappelle qu'une fois, me pré,enlanl chez Mme de
la Molle pour lui parler, je ne pus entrer
parce qu'elle était, me dit-on, occupée avec
le sieur Villette. On ouvrit la porte peu après
et je vis auprès du lit de Mme de la ~lotte

t. Le 1 aVl'll 1785.
~- llibl. nat., ms. Joly de Fleury 2088, f• 51:i.
:;. George!, Il. 201.
.
.
4. \'oir li• Labori, le Procès d11 Collier, discours
prononcé à la conft'•rencc _des avocats le 2ü nov. ·1888,
tians la Gazelle des Tr1bu11au.r rlu \!6 no,·. t88~,
p. 2, col. 1.
5. Gazelle de Leyde, du 9 nov. 1i85.
6. Souvenirs et Pol'lrail, (181:'i), p. 154.
i. Notes de Rohan pour ~!• Target, Bibl. v. de
Paris, ms. de la réserve.
8. Au point de vue cle l'histoire qui fut imaginée
par ~lmc de la Molle, de ses rapports avec ~larieAntoinelle, la déposition faite par le Père Mac Dermot! ,

à Lon,lrcs, le 10 octobre Ii8:i, clcva11l i\l• Ouùourg-,
notaire public, est des plu, curieuses ( Arcli. des .lff'.
étra11g., Mém. el docu,u. France 1390, I'•• 1àl-25u).
Mac IJcrmoll rapporte cc que lui a conliè le comte
de la Molle, lc11ucl répèlatl les propos de sa fcmmf'.
On y YOil que, dès l'origine, dès 178~, Loule celle
histoire s'était fixée dans l'eipril clc Mme de la Molle
avec une précision élonuante. Elle n'osa la produire,
ni dans ses interrogatoires, ui devant le Parlement
assemblé, ni dans les mémoires qu'elle fit rédiger par
ses avocats. Le contrôle en étail trop faci le et, dès la
première objection, !"échafaudage se fùl écroulé. liais
plus lard, quand elle fut réfugiée à Londres, à l"époquc
où les calomnies commencêrcnt à se déverser 1m1H1-

némenl sur la reine. Jeanne de Valois mil son l,istoire au jour, clans son Mémoire justificatif, puis
clans la Vie de Jca11ne de Saint Rémy. Elle l'écri1·it
telle qu'elle l'avait conçue dès 178 11. telle qu'elle la
racontait au cardinal. El celle longue gestation, où
cha1fue trait en , inl à prendre dans son esprit la
r eltelé et le relief de l'idée fixe, explique la marche,
l'encliaînement qu'elle pan-inl à donner aux faits, et
qui, dans la suite, onl trompé lant cl'hisloricns.
9. Notes de Rohan pour l!• Targel. Bibl. v de Paris.
10. Notes de Rohan pour li• Target, ibid.
11. O&lt;iclaralion rérligée par le cardinal de Rohan à
la Bastille, pour Vergennes cl le maréchal de Castries.
le 20 août 1785.

XV

La faveur de la reine.

.,,. 222 """

une petite table de nuit sur laquelle étaient
p_osés une écritoire et du petit papier bordé de
vignettes bleues 1 • l&gt; Le fidèle Deschamps allait
acheter le p~pier à vignettes chez un parfumeur_ rue Samt-Anastase, et parfois chez un
papetier rue des francs-Bourgeois.
Mme de la Motte dit bientôt au cardinal :
&lt;c Mes instances ont eu leur effet. Je suis
autorisée par la reine à rous demander rotre
justification par écrit. l&gt; Jeanne avait un sou-

a commencé à écrire au cardinal des lettres
soi-disant de la reine, en mai 1781. Il écrivait sous la dictée de Mme de la Motte.
C'étaient, dira-t-il, des lellres 1c agréables». li
aYait d'abord dit c1 d'inclination », mais il se
reprit.
&lt;1 Je ne comprenais pas, déclarera Yillette,
ce que Mme de la Motte me faisait écrire;
mais je m'apercevais que, par ses écrits, elle
voulait tromper le cardinal et, par les réponses

YuE PERSPECTIVE l)U NOUVEAU PALAIS-ROYAL. -

Dessine et gravé

e1I

r;BS

rire enchanteur, une 1·oix qui persuadait; &lt;lu cardinal, je voyais qu'il avait l'ambition
Hohan écoutait, enchanté, persuadé. Rohan de se servir du crédit de Mme de la Molle
écrivit sa justification . Il y mit un soin infini. auprès de la reine, pour devenir premier
Le brouillon en fut fait et déchiré vingt fois. ministre!. »
Enfin il en donna le texte. Mme de la Motte
Ces lcllres furent assez nombreuses, mais
apporta quelques jours après une réponse sur toutes, celles qui étaient censées émaner de
papier de petit format, doré sur tranches. La la reine, aussi bien que les réponses du
reine y disait : &lt;! Je suis charmée de ne plus prince Louis, étaient brûlée, au fur et à
1·ous trouver coupable. Je ne puis encore vous mesure par Jeanne de Valois 3•
accorder l'audience que vous désirez. Quand
Ce fut aimi, observe l'abbé George!', que
les circonstances le permettront, je vous en les lettres et réponses se succédèrent. Cette
ferai prévenir. Soyez discret. l&gt; Et la com- correspondance, dont, malheureusement, on
tesse de la Motte engagea le cardinal à ré- n'a plus trouvé de vestige, était graduée et
pondre pour dire sa joie, sa gratitude.
. nuancée dans les prétendues fottres de Ia
Villette avouera devant le Parlement qu'il reine, de manière à faire croire au cardinal
I. Confrontation de Rohan au P. Luth, 16 mars l 78ll
A,•c/1, na/., Xi, B/H17. Oéclaration confirmée par le;
aveux ,te !\étaux de Villclle.
·

2. i'ioles rédigées pour la défense du cardinal clc
Rohan. Ooss. Target, Bibl. v. de Paris, ms. de la
réserve.

qu'il était parvenu à inspirer à celle princesse
!a pl~s intime confiance et le plus grand
mteret.
'
George! parle à celle date des conciliabules
entre Rohan, le baron de Planta, son homme
de confiance, Cagliostro cl le secrétaire particulier du cardinal, Ramond de Carbonnièrës.
Le baron Frédéric de Planta appartenait i1
une bonne famille des Grisons. li était protestant et avait servi avec distinction comme

fa,· N.

RANSONIŒTTE

capitaine dans les armées du roi de France
et dans celles du roi de Prusse. Le prince
Louis l'avait rencontré à Vienne, où Planla
lui avait rendu de grands services comme
« observateur des choses de la Cour et dtJ la
politique ll . Carbonnières était un jeune
homme très distingué, mais d'une imaoinalion exaltée et qui joua plus tard, co~mc
député de Paris, un ri\le marquant à la tribuoe cl dans les comités de l'Assemblée
législative. A ce petit conseil fut adjointe
Mme de la Motte. On lisait en grand secret, à
la lueur des chandelles, les billets à liséré
hie~. « _~Ime de la Uotte, remarque George),
les JOua1l tous. ll Cagliostro invoquait l'aa(\'e
de lumière et l'esprit des ténèbres. II proph~3. Déclaration cle Rétaux de lïllclle

'&gt;. Mémoires, II, 42.

·

�,,_______________________

111STO'RJA
tisait que celle heureuse correspondance allait
placer le prince au plus haut point de faveur,
que son influence dans l'État allait devenir
prépondérante et qu'il en userait pour la
pi:_opagation des bons principes, la gloire de
!'Etre suprème et le bonheur des Français.
Tant et si bien que Rohan ne douta plus du
désir que la reine arail de le recevoir pour lui
dire seule à seul ses sentiments d'affection et
d'estime, mais qu'à cause de Breteuil el de
sa faclion encore si puissante sur l'esprit du
roi, ce revirement devait être tenu caché
quelque temps encore. La première entrevue
aurait lieu secrètemenl, le soir, au fond d'une
allée solitaire du parc de Versailles, à quelque
distance du ch,Hcau.
Ce fut pour Rohan une aurore radieuse de
lumière cl de joie. Dans l'éloignement, la
reine était devenue pour lui une créature
surnaturelle, rayonnant dans la gloire royale
qu'elle rendait plus brillante encore par sa
gr.lcc et sa bonté. Et c'était la bonté qui la
rapprochait de lui. Elle savait à présent la
cause de ses dettes, de ces dettes tant reprochées, et se reprochait sans doute à elle-même
sa dureté, ce dédain froid et hautain dont
elle l'avait si longtemps meurtri. Elle allait
lui dire elle-mème sa r.entrée en faveur et
qu'elle savait à présent qui il était. Elle viendrait lui dire ce retour en gràccs, seule, dans
le silence de la nuit, en attendant le jour où
elle le proclamerait del'ant la France entière.
Rohan était accoudé à l'appui de la fenêtre
ouverte sur les jardins de l'hôtel Soubise. Le
soir s'obscurcissait. Ses idées devenaient incertaines. Il ne démêlait plus lui-même ses
sentiments. Ce n'était plus en lui qu'une
émotion de reconnaissance, de rcconnais~ance
pour la souveraine gracieuse el clémente, el
pour la jeune femme aussi, Jeanne de Valois,
qu'il avait assistée dans sa misère de quelques
deniers, comme une pauvresse, et qui, à
présent, de ses faibles mains, par un effet de
la Providence trop atLentive au peu qu'il avait
fait, le portait, lui, prince de l'Églisr, jusqu'auprès du tronc royal.
c1 J'ai toujours remarqué dira l'an
d'après un pamphlétaire, au cours d'un
libelle vendu sous le manteau, - dans le
génie de M. le Cardinal, une sorte d'élévation, de droiture et de pénétration, qui me
l'ont fait regarder comme un homme rare,
dont les qualités ne paraissent pas avec tout
leur avantage parce qu'il ne s'assujettit pas
assez pour les montrer dans un certain jour
et pour s'attirer l'estime qu'elles méritent.
C'est une pierre précieuse qui, polie selon des
lois moins ordinaires, rend un genre d'éclat
d'après lequel on n'est pas encore assez habitué d'en juger le prix 1• »

XVI
La baronne d'Oliva.

En juillet 178.1, le comte de la Molle re1. Leltre à l'occasion de la détention de S .•E.
Jl. le cardinal de lloha11 à la Bastille (s . 1., 178;;;,
p. 17.

enfant de quatre ans, un joli petit bonhomme
marquait dans les jardins du Palais-Royal le rendez-\'ous à cette époque de la jeunesse aux boucles brunes, qu'elle avait pris en
joyeuse et où la Motte, pour cause, se trou- affrction et que ses parents lui confiaient.
Nicole était en somme une bonne et gen~
vait souvent - une jolie personne qui venait
s'asseoir régulièrement à la même place, où tille créature, une de ces petites Parisiennes
elle se distrayait très gracieusement à jouer qui demandent peu à la vie, cueillent dans
avec un enfant. Elle avait de longs cheveux leur jeunesse les fruils de l'amour, heureuses
d'un blond cendré, souples et ondoyants, le de leur bea ulé et de leur tendresse, iusou:..
cou assez long, mais fin et gracieux, une ciantes et confiantes, à la fois naïves el rusées;
belle gorge et de grands yeux bleus d'une mais dont les ruses ne sont guère méchàntes.
expression claire et douce, un regard d'en- Marie-Antoinette la traitera avec mépris :
fant. Les lèvres, un peu avancées, étaient « Une barboteuse des rues », dira-t-ellc.
d'une couleur vive, avec une expression de Conservons-lui noire sympathie. En somme
volupté, à laquelle se mêlaient beaucoup de elle en était digne.
Le comte de la Motte est dès l'abord frappé
bonté el de tendresse!, Elle exerçait le joli
métier de modiste et s'appelait de son vrai des grâces de la jeune femme et, plus encore,
nom Marie-Nicole Leguay. Elle était née rue de sa ressemblance vraiment surprenante
Saint-Martin , le 1cr septembre 17 61 , de avec la reine. ll lie conversation. « li se préClaude Leguay, officier invalide, bourgeois de sente, dit Nicole Leguay, avec tous les témoiParis, et de sa femme, Marguerite David. gnages du respect el de l'honnêteté et me prie
« ~lon premier malheur, dira-t-elle dans la de lui permellre de Ycnir me voir et me faire
suite, fut de perdre trop tôt une mère tendre sa cour. Je ne pus prendre sur moi de lui
et vigilante, dont la présence et les soins refuser cette permission. )) Assurément.
Dans ses pamphlets, 11/olus, libelliste et
eussent éloigné de moi les dangers inséparables d'une jeunesse abandonnée à elle-même. » mauvaise langue, reproduit le récit fait par
Orpheline de père el de mère, Nicole avait été Nicole en le coupant de ses réllexions.
&lt;1 Un jour du mois de juillet, dit Nicole,
placée rue de la Grange-Batelière, chez un
certain Antoine Legros, qui prenait des en- après midi, j'étais assise au Palais-Royal.
fants en pension; mais elle y fut maltraitée .J'avais pour toute société l'enfant dont je
et son éducation entièrement négligée. La viens de parler. Je vois passer plusieurs fois
jeune fille fut contrainte de se sauver et se devant moi un grand jeune homme qui se
lrouva sur le pavé de Paris. Legros se garda promenait seul. li m'était inconnu. Il me
de lui faire connaitre sa famille. Il se garda fixe. Je m'aperçois même qu'à mesure qu'il
aussi de lui remellre une somme d'argent m'approche, il ralentit sa marche, comme
assez imporlante qu'avant de mourir Leguay pour me considérer à loisir. Une chaise étail
lui avait confiée pour son enfant. Legros était vacante à deux ou trois pieds &lt;le la mienne ....
- Un petit clin d'œil. .. , interrompt
mort à son tour, en février 178:i, et ses héritiers venaient de remettre à Nicole quatre Jlolas.
- li vint s'asseoir, poursuit Nicok.
mille livres. En réalité ils lui del'aient da- C'est l'ordinaire, observe Motus.
vantage; mais, faible à se défendre, elle avait
- Je passe rapidement, dit Nicole, sur ces
accepté celle lransaction 5 • Elle obtint son
rmancipation par sentence au Châtelet du premières circonstances dout un plus long
28 février 1783. On ne l'appelait plus Nicole délai! serait inutile.
- Très inutile, selon Motus. Le plus petit
Leguay. Dans le monde de la jeunesse dorée,
bourgeois
de Paris sail ce qu ïl en est.
elle n'était connue que sous un nom de
- li suffit de dire, continue Nicole, que
guerre, Mme de Signy, car, bonne fille, trop
bonne fille sans doute, elle ne savait rien re- nous nous rencontrâmes plusieurs jours de
fuser, mais absolument rien, à ceux - et ils suite au Palais-Royal.
- Bon! s'écrie .lllol11s, tout va au mieux.
étaient nombreux - que ses charmes rem- Je venais un soir de le quitter et de
plissaient d'admiration. Elle demeurait au
Petit hôtel tle Lambesc, rue du Jour, au coin retourner au logis, dit Nicole en terminant :
de la rue Montmartre, fréquentée assidûment il m'avait suivie. l)
llfolus conclut : « C'est l'usage• &gt;&gt;.
par un jeune gentilhomme, Jean-BaptisteLe
comte de la Motte se conforma à cet
Toussaint de Beausire, écuyer, fils d'un lieutenant au grenier à sel de Paris. Beausire usage d'une manière assidue. D'ailleurs sa
élail joli garçon, grand, bien fait, le teint femme, ne tardant pas à faire la connaissance
brun, un peu marqué de petite vérole 4. Après d'une personne aussi aimable, introduisit
avoir perdu, lui aussi, son père et sa mère, Nicole Leguay dans sou salon de la rue Neuveil dépensait gaiement le patrimoine assez Saint-Gilles, après lui avoir donné le nom de
baronne d'Oliva - l'anagramme du nom de
considérable dont il avait hérité.
Les après-midi, la jeune modiste allait Valois. Elle l'invite à diner, lui fait toutes
fréquemment passer deux ou trois heures sortes de politesses et mille el une cajoleries•.
dans les jardins du Palais-Royal, avec un Elle a bientôt gagné sa nouvelle amie à ses
'.t Sig,iulcm,•11l M la baronne d'Oliva .. ll'l'h. dl's
I)[ clorum .• Fra11cc l3!l!l, l• 230.
- Belle tl'Eticnvillc, Second ille1110Îl'e, dans sa Coll.
&lt;'?IIIJII,, Il, ~2; -:- On a te. por(rail de ~icole Leguay,
dtlc baronne cl Ol11a, ad v11•11111, pat· PUJO;, gravé pat·
Lcgra11d.
3. Arc/&lt;. 11at., \ , 5110.

A//'- i'lrn11q., llém.

i . .l,·c/1. d1·s ,1/f. elrall!J.,
France l3ll~. r• 230.

!\lérn. cl docum.,

:,. Suite des observalious de Jlotus sur le ,llti·
11wii·e de Mlle rf'Olfra; p. 21-22.
6. Analyse pour la demoiselle rf'0lil'a, d:ms la
&lt;:olledùm m111plèle, \l, 1~; sccim&lt;l .llt!111uÙ'e pour
llcUc cl' Elicnvillc, ibid., li, 4:,.

projets. Ce qu'elle lui demande n'est d'ailleurs
- Qu'est-ce donc que vous voulez qur. je
q_u '?ne ba~atelle, et &lt;1 vous ferez tant de plai- fasse?
s!r a la rerne, ma toute belle, qui a l'inten- La plus petite chose du monde. Vous
t!on de vous donner en retour quinze mille remettre~, un soir, dans une allée des jardins
livres el, en outre, un cadeau qui vaudra de Versa1lles, une rose et un billet à un arand
0
davantage encore.
seigneur qui vous baisera la main.
_i. Além. pour _la de1?1oiselle Leguay d'Olim, éd_
orig., p. 72 cl smv. : Second illémoire, p. 18.

2. lntcrr. du 8 mai 1786, publié par Campardon,
p. 391.

L' ArrA11(E
-

Du CoLLŒ1(

--...

Mais qu'importe à la reini,?

~ Mon cher cœur, il serait trop long de vous

ex phquer cela. Le comte viendra vous chercher
demain soir et vous mènera à Versailles 1 • &gt;&gt;
« Il ne m'a pas été difficile, dira Mme de
la Motte aux commissaires du Parlement, de
persuader à la fille d'Oliva de J·ouer ce rôle-là
'
parce qu' elie est fort bête 1 • »

(A suivre.)

FRANTZ

FUXCK-BRE:\'TANO.

SOUVENJRS DE LA LECTRICE DE LA REJNE HORTENSE
~

le départ de l'Empereur
Madame Mère fut la dernière personne de
la famille impériale qui vint prendre congé
de !'Empereur. Talma, qui, en habit de garde
national, s'était rendu à la Malmaison pour
s~lucr le gr?nd homme avant son départ,
nnt me v01r le lendemain et me raconla
combien il avait été touché de ce que l'Empereur l'avait reçu, quoique déjà l'ordre eût
été donné de ne plus laisser entrer personne;
que !'Empereur avait paru sem,ible à sa
visite et lui avait témoigné beaucoup d'intérêt :
« De quelle belle scène tragique ai-je été
témoin, mademoiselle Cochelel ! me disait
Talma avec celte âme de feu qu'on lui connaissait.
« Quel spectacle que cette séparation de
Madame Mère et de son Ols!
&lt;&lt; Elle n'arracha aucune marque de sensibilité à !'Empereur; mais qu'elle a fait naître
d'expression dans sa belle physionomie, dans
sa pose, et que de choses probablement dans
sa pensée!!! L'émotion de Madame Mère se
tit_jour par deux grosses larmes qui sillonna1ent ce beau visage à l'antique, et sa bouche
ne prononça que ces trois mots, en lui tendant la main au moment du départ :
&lt;1 Adieu, mon fils! »
&lt;t La réponse de !'Empereur fut aussi
laconique :
&lt;c Ma mère, adieu! »
« Puis ils s'embrassèrent. &gt;&gt;
C'est ainsi que se fit celle sépara.lion, qui
devait être éternelle!
Mais revenons à !'Empereur, qui se dirige~it rapidement sur Rochefort,. ayant avec
lm dans sa voiture le général Becker, comm~saire délégué par le gouvernement provisoire pour l'accompagoer jusqu'à son embarquement. A son arrivée à Rochefort
l'Empereur y rencontra son frère Joseph, qui

~tait prêt à s'embarquer pour se rendre aux
Etats-Unis sur un bâtiment de cette nation•
le trajet se fit heureusement, après avoi;
év(lé la croisière anglaise. Un capitaine danois, dont le navire était réputé fort bon
marcheur, et qui se trouvait en rade à La
Rochelle, offrit à !'Empereur de le transporter à New-York; il répondait sur sa tête
du succès_ ~e l'ent_r~prise, mais il y mettait
une c~nd1t1on ~peciale; c'était que !'Empereur s embarquat seul et se cachât dans une
armoire secrète .... L'Empereur refusa.
li y avait un moyen de soustraire !'Empereur aux Anglais : l'attachement que son
frère Jo_sep~ l_ui vouait était le garant que ce
moyen rnfailhLle n'aurait pas élé inutilement
proposé. Il aurait fallu que Joseph endossât
1~ red!ngote grise, qu'il se coiffàt du chapeau
h1stor1que, et, qu'entouré des fidèles de l'Emper.eur,, il se fit prendre pour lui par les Ani.(la1s. Certes, fa ressemblance du visage élait
frapp~nte, et ce n'était pas un pouce de plus
en taille que fo Roi avait sur son frère qui
eùt fait découvrir l'ingénieux stratagèm/ Les
Anglais,. se trouvant en possession de Joseph,
se seraient empressés de le conduire aux
bords de la Tamise : alors !'Empereur aurait
passé d'autant ~lus ~acilement en Amérique
que la llotte qui était en croisière se serait
éloignée.
J'ai souvent raisonné sur ce sujet arec la
Reiue Hortense, et nous sommes tombées
d'accord sur la réussite :
. «. Si l 'En_ipereur ou son frère y avait pensé,
d1sa1t-elle, il y aurait eu là une belle paae
pour _l'h!sto(re ~e Joseph; el, tel que je.Je
connais, il n aurait pas laissé échapper l'oi;casion d'un pareil dél'Ouement. 1&gt;
La Reine, avant le départ de !'Empereur
pour a!ler s'~mbar~uer, ne sachant pas quel
sorl lui serait réservé, l'avait prié avec insis-

tance d'accepter son beau collier de diam~nts, pensant avec raison qu'un objet de
prix, .en un I?0 me~t critique, lui sauverait
peut-et~e )a vie. L ~mpereur n'y avait pas
~onsenll d ~~ord; puis il avait fini par céder,
~ la cond111on que la Reine recevrait en
echan~e un papier contenant les délé&lt;rations
des b?1s qu'il avait réservés sur la liste"civile
et qui furent saisis par les Bourbons à leu;
~etour. Malgré sa légalité, cette dette n'a
Jamais été payée. Le collier fut donc cousu
dans _un ruban de soie noire, que !'Empereur
a touJours porté autour de lui.
, La Reine, ~p~ès cette dernière marque de
devouement a l Empereur, avait pris conaé
de lui. A peine fu l-elle de retour chez ell~
qu:un~ idée subite lui rappela tous les objet~
~m lm apfartenaient_ encore, et qui allaient
etre exposes à devenir la proie de l'ennemi
à la Malmaison :
., &lt;1 J.'ai là d~s tableaux magnifiques, que
J aura~s .Pu faire transporter à Paris; mais
poma1s-Je y penser, lorsqu'il s'aaissait
des
0
dangers de l'F.;mpereur? &gt;&gt;
.Le _salon de la Reine, à Paris, ne dé,emphssa1t pas; beaucoup de dames de sa société
la_ duc.hesse de ~icence, Mme Corbineau, s;
desola1ent du depart de Napoléon; l'armée
et le peuple demandaient à cor et à cris des
armes pour combattre et sauver la France.
&lt;1 Il est trop lard, disait la Reine d'un ton
calme et résigné; on a repoussé, on a méconnu !'Empereur, lui qui, jusqu'au dernier
moment, avait pensé qu'on finirait par comprendre la nécessité de le rappeler au commandement de l'armée qui lui était si dévouée, el qui certes se serait plutôt fait
h~che~ avec l~i ,sous les murs de Paris, que
d y laisser pcnetrer les alliés une seconde
fois. Ceux: q,ti l'ont éloigné auront de grands
reproches à se faire; maintenant tout est fini In
LOUISE

VI. -

HISTORIA, -

FASC

45.

.... 225 ....

COCHELET.

rS

�LE CHATEAU DE VINCENNES, -

D'apres la gravure de PERELLE (Cabinet des Estampes.)

ALEX, MINSTER
"'J&lt;&gt;

La mort de Mazarin
MAZARIN GOUVERNEUR DU DONJON, -

MOLIÈRE JOUE A VINCENNES

DEVANT LOUJS XIV,

LES DERNIERS JOURS DU CARDJNAL.

L'un des plus curieux et des plus émouvants souvenirs qu evoque le château de
Vincennes est, sans contredit, celui de Mazarin, qui y décéda en 1661, étant gouverneur
du Donjon.
L'histoire raconte qu'aux derniers jours de

''

sa longue carrière, déjà mortellement atteint
du mal qui devait le terrasser, Uazarin, quoique conscient de sa fin prochaine, donnait à
la Cour une hospitalité digne d'elle et présisidait lui-même à l'organisation des diverlissements du Roi. C'est ainsi qu'il manda Molière et sa troupe, et que celui-ci donna devant
la Cour la premiè-t"e représentation de Don
Gai·cie de Navarre, qu'il devait jouer, cette
année 1661, pour l'ouverture du Palais-Royal
mis à sa disposition par le Roi.
Mais le célèbre ministre, en homme qui
connaît l'humanité et qui avait expérimenté
les ,,icissitudes du sort et de l'impopularité,
ne bornait pas là, malgré le mal qui le rongeait,
son rôle et sa mission. Il ne voµlait pas lais-

ser à d'autres que lui-même le soin de pour- (JUe, si le Cardinal était dur pour les autres
voir à la sécurité de la Cour et à la sienne il savait l'être pour lui-même à une heure
propre.
où, cependant, les volontés les plus mâles sont
Indépendamment de la puissante artillerie parfois défaillantes. Les mémoires du temps
du Donjon, des nombreux mousquetaires et sont unanimes à le représenter C! bravant la
des pelotons de ses 300 gardes à pied, " por- mort», qu'il savait imminente, aussi soigneux
tant une petile mantiHe rouge à ses armes, du moindre détail de_sa toilette que des plus
relevées en broderies sur l'épaule », spéciale- grands intérêts de l'Etat, et témoignant haument chargés de la surveillance et de la sécu- tement son désir de mourir, sinon debout,
rité de ses hôtes, le Cardinal, craignant un du moins impavide.
coup de main, toujours possible, n'avait pas
Et cependant Mazarin avait montré plus
hésité à faire peupler les fossés du château d'une fois qu'il était 1oin d'être un héros,
par de nombreuses bêtes féroces : ours, ti- qu'il était homme, et comme tel, selon l'exgres, lions, panthères, etc., se gardant ainsi pression du poète, nullement étranger aux
de la trahison des hommes par la férocité faiblesses humaines : cc Nil humani a me alienative et aveugle des grands fames ....
num puto 1 &gt;&gt;
Inutile de dire qu'à cette rude époque nul
Loménie de Brienne dans ses mémoires,
ne se fùt avisé de meltre là un écriteau, qui paraissent éciitS 'avec sincérité, dépeint
d'ailleurs bien inutile pour les hôtes sangui- ainsi l'une des luttes les plus poignantes que
naires des fossés du cbàteau : &lt;! Soyez bons le Cardinal ait soutenues moralement, dans
pour les hommes 1 "
ses derni.ers jours, pour dominer sa nature
Nous devons toutefois à la vérité de dire craintive et avare.

�mSTO'J{l.R

------------------------~---------.

« Peu de jours, dit-il, après que Guénaud
eut annoncé au Cardinal sa fin prochaine, je
me promenais dans les appartements neufs
de son palais. J'étais dans la
petile galerie où l'on VO)ait une
tapisserie tout en laine, représentant Scipion, exécutée sur
les dessins de Jules Romain;
elle avait apparlenu au maréchal de Saint-André: le Cardinal n'en avait pas de plus
belle. Je l'entendis venir au
bruit que faisaient ses pan~
toufles qu'il trainait comme
un homme fort languissant

sais le contraire, me dit-i1, mais n'en parlons
plus. li laut mourir plutôt aujourd'hui que
demain.11 souhaite ma mort,je le sais bien! ... JJ

et qui sort d'une grande ma-

ladie. Je me cachai derrière
la tapisserie el je l'entendi!-

moribond que les courtisans venaient de voir
dans son lit si pâle et si délait el qui leur
apparaissait tout à coup tout frais, tout rajeuni avec toutes les apparences de la santé, ils regardaient
cela comme un songe, comme
une vision.Cependant, toujours
impitO}'ables, ils murmuraient
en Ire eux: « Fourbe il a vécu,
fourbe il a voulu mourir! lJ
Mais l'effort de volonté du
, ieillard moribond l'avait épuisé; aussi, à peine reporté sur
son lit, Mazarin faillit perdre
connaissance, ce qui fâcha fort
son dévoué valet de chambre
Bernoin.
Cependant, sentant venir sa
fin prochaine, Mazarin réclama
les secours spirituels deM.Claude Joly, curé de Saiot-Nicolasdes-Cbamps, qui devint plus
tard évêque d'Agen.
Madame de Motteülle nous
montre enfin le Cudinal à son
dernier jour, &lt;&lt; entouré de ses
domestiques,assi s dans sa chaise, en simarre couleur de feu,
des Estampes.
sa calotte sur la tête, la barbe
!aile, étaol propre et de bonne
mine comme un homme - qui veut brner
la mort». Après leur avoir demandé pardon
de ses moments de colère ou de rudesse envers
eux, le Cardinal, dans la soirée, revit son testament et signa encore des dépêches pour le
service du Roi. Par une ultime déférence
pour sa volonté, en effet, le Roi et la Reine
lui firent même encore demander ce qu'il
désirait qui lût fait après sa mort. « Ses paroles étaient autant d'oracles qui ordonnaient
de l'avenir .... l&gt;
Puis il entra dans une agonie qui fut ter•
rible, et il mourut deux heures après minuit. ...
Cependant Louis XIV avait déjà réuni son
Conseil des ministres, et pris en mains l'au•
torité !iu prème.
La mort du cardinal Mazarin ne désarma
pas ses ennemis. Nous terminerons en reproduisant ici trois épigrammes que la haine
inspira aux vieux frondeurs impénitents qui,
oublieux de la majesté de la mort, avaient
peut~ètre encore trop présent!: à l'esprit. .. les
fauves des fossés du Donjon.

qui disail : « li faut quitter
tout cela! l&gt; Il s'arrêtait à
chaque pas, car il était très
faible et se tenait tantôt d'un
côté, tantôt de l'autre, el, jetant les ieux ,ur l'objet qui
lui frappait la vue, il disait du
profond de son cœur : « Il
faut quitter tout cela 1 " El se
retournant il ajoulait. C! Et TOl!BEAU DU CARDINAL MAZARIX, - D'après une gravure du Cabinel
encore cela I Que j'ai eu de
peine à acquérir ces choses !
Puis-je les abandonner sans regret 7 Je ne Je compris qui! roulait parler du Roi dont
les verrai plus où je vais 1. .. » J'entendis ces la capacité, qu'il connaissait, lui donnait de
paroles très distinctement. Elles me touchè- la jalou.sie. l&gt;
Par ces lignes, on peut juger de la lutte
rent peul-être plus qu'il n'en était louché
terrible qu'instinctivement cet homme énerlui-mêmr .. ..
« Je tis un grand soupir que je ne pus re- gique devait soutenir en son for intérieur
tenir el il m'enlcndit. « Qui est là, dit-il, contre la mort.
Mais. sans aucun doute, sa longue maitrise
qui est là? - C'est moi, monseigneur,_ qui
attendais le moment de parler à Votre Emi- de lui-même, qualité qui caractérise les
nence d'une leltre fort importante que je hommes forts ; son habitude de celer ses
viens de recevoir. - Approchez, approchez, pensées ou ses émotions sous un air impasme dit-il d'un ton fort dolent i donnez-moi la sible; la qualité royale de ses hôtes, appelés
main, je suis bien faible, je n'en puis plus. ll sous peu à assister à son dernier geste et à
Je lui présentai le bras, il s'appuya dessus. son dernier soupir: toutes ces considérations
Alors, revenant i1 sa pensée: n \'oyez, mon le tinrent, malgré la faiblesse de la nature, à
ami, cc beau tahleau du Corrège, et encore la hauteur de son héroïque attitude dans la
cette J'én11s du Titien et cet ine;ompara- souffrance et devant le trépas.
Écoutons encore Loménie de Brienne :
hlc Déluge d"Antoine Carrache, car je sais
« Le Cardinal donc, peu de jours aYaot sa
que ,·ous aimez les tableaux et que vous vous
y connaissrz très bien. Ah! mon pauvre ami, mort, se fit faire la barbe et relever la mousil faut quitter tout cela! Adieu, chers la- tache au fer; on lui mit du rouge aux joues
bleaux, que j'ai tant aimés et qui m'ont tant et sur leslè,·res ,el on le farda si bien a,·cc de
la céruse et du blanc d'Espagne qu'il n'avait
coûté .... n
Je lui répondis: « Ah I vous êles moins peut-être été de sa vie ni si blanc, ni si ver- - Enfin le Càrdinal • terminé son sort :
Français,que dirons-nous de rc grand personnage?
mal que vous ne pensez. Bon courage, mon- meil. Montant alors dans sa chaise à porteurs
Il a fait la paix; il est morl !
seigneur, personne ne désire plus votre mort. qui était ouverte par dovant, il alla faire en
JI ne pouva1l 1 pour nous, rien faire davanlage.
- Est-il vrai? Ab! vous ne savez pas tout. ce bel équipage un tour de jardin, pour enn'ai jamais pu mir Jules sain ni malade;
terrer, comme il le disait lui-mème, « la - Je
Quelqu'un la dé~ire! »
J'ai reçu mainte rebuffade
1
SJnagogue avec honneur )&gt;. A la vue de cc
o: Cela ne peut être, 1uonseigneur ! - Je
Dans sa salle cl sur le degré ;
1.

L:n ~oir que le commandeur de Louvrl' tenait le

jeu du Cardinal cl qu'il s'empressait, après avoir fait
un beau coup, de l'annoncer à llazarin, celui-ci lui
répondit en souriant : , Commandeur, je perds beaucoup plus dans mon liL que. je ne gagne et ne pe.ux
gagner à la !able où. vous tenez mon jl'u. ~ - e Bon,

bon, lui répondit !.ouvré, ne fa'.1l-il pas enterr~r la
syaagogue a,·ec honneur~ , - « Oui, ,·iposta leCard_1~al.
a,·cc beaucoup d cxpr, mon cl de calme d~ns la. '?11;
oui mais cc sera ,·o'.ls autres, mes amis, qui I entcr;crez, cl je paierai les frais de la pompe funèbre! 11

~lais enfin je l'ai ,·u sur son lil de parade ....
Et je l'ai m forl à mon gré.

Enfin celle épilaplie:
Ci-gît ]'Éminence Deuxiéme :
Dieu nous garde de la TroisiCme l

Ai.Ex. ~llNSTER.

BELLES DU VIEUX TEMPS
djo

Mademoiselle de Charolais
Si Mlle de Clermont apparaît à nos yeux
comme l'image de la tendresse et de la constance, Mlle de Charolais, sa sœur, personnifie
au contraire 1a société galanle de la Régence
et du règne de Louis XV, période voluptueuse
et charmante qui devrait nous éloigner par ses
défauts mais qui pourtant, presque malgré
nous, nous retient par ses charmes.
Née à Chantilly, le 25 juin 1695, elle était
l'ainée de ces quatre sœurs qui de\'aient embellir Chantilly et Versailles et les égayer, en
mèmc temps, par leurs piquantes intrigues
et leurs prouesses amoureuses.
C'était à l'époque où la marquise de Prie
régnait sur le cœur de son frère le duc de
Bourbon, alors ministre tout puissant, qu'elle
avait fait ses débuts à la cour, et si elle n'imita
pas les excès de la duchesse de Berry, Ioule
sa vie, néanmoins, ses mœurs se ressentirent
des dangereux exemples qu'elle avait em
autour d'elle. Connue d'abord sous le nom de
Mlle de la Roche-sur-Yon, elle porla jusqu'en
t 750 celui de « Mademoiselle», titre attaché
à la première princesse du sang avant son
mariage. Elle avait montré dès l'enfance un
caractère altier, ,·iolent et fantasque, et avec
les années, son indépendance d'allures n'avait
fait que s'accentuer. Ses immenses revenus
lui permettaient de dépenser sans compter,
et habituée à voir réaliser à l'instant tous ses
caprices, à satisfaire sans exception toutes ses
fantaisies, e1le n'essaya même pas decommander à ses instincts lorsqu'elle se trouva à vingt
aos libre et indépendanle.
Ardenle et passionnée, elle avouai! ellemème avec un cynisme presque naïf qu'elle
ne pouvait s'arranger de l'existence de tout le
monde et qu'il lui répugnait de vivre comme
une bourgeoise.
Sans êlre méchante elle avait l'esprit caus•
tique et le verbe tranchant, aussi s'était-e11e
attiré le courroux du duc de Bourbon qu'elle
prenait un malin plaisir à inquiéter sur la
fidélité problématique de lime de Prie. M. le
Doc n'avait pas manqué de s'en ouvrir à sa
~~tresse et celle dernière, outrée de pareilles
1~smuations, n'avait pas eu de peine à desservir la jeune princesse dans l'esprit de son
frère. Celle-ci, pour se venger de la froideur
qui lui était témoignée, se tourna du côté du
roi et se mit à fréquenter assidûment sa sociélé habiluelle.
So1.1Rn:s. - Jlistoire du Xl'J/Je sircte, par lf. de
l;acretelle, 1808. -Jour11a/ et Mémoiri:s du marquis
li Arge11~011, publiés par M. Ratherr, (808. -Journal
de8arbte1·. -

Jllémotres du duc

de

/h"cltelitu 1 I 792.

Louis XV, alors dans tout le charme de
l'at.lolescence, pouvait passer pour le gentilhomme le plus beau el le plus séduisant de
son royaume. Nulle conquête ne pouvait être
plus flatteuse, et il est probable que Mlle de
Charolais ne négligea rien pour lui plaire.
Ambitieuse el dépourvue de scrupules, elle
n'eùt pas rougi de devenir sa maitresse, etsi
elle n'atteignit pas le but qu'elle s'était proposé, c·est que le roi encore timide trompa
son espoir par une retenue dont il n'osait
pas s'écarter.
Yais les attraits de la reine de devaient pas
le releoir longtemps. Le maréchal de Richelieu raconte dans ses mémoires qu'au mois
de janvier t 752, à la fin d'un souper où l'on
s'était égayé un peu plus que d'ordinaire,
Louis XV but à la santé de « sa maîlresse inconnue )) , puis après avoir brisé son nrre il
invita ses hôtes à en faire autant.
Il leur proposa alors de deviner « le nom
de celle inconnue et de déclarer à la compagnie quelle dame pouvait lui plaire». Le repas
comptait vingt-quatre convives ; lorsqu'on

MADE:\IOISELLE DE CHAROLAIS . -

D'apres

BOUCHER.

recueillit les YOix, Mlle de Charolais avait
obtenu sept suffrages, Mme de Lauraguais en
avait eu dix, et les septautres s'étaient répartis
sur quelques femmes de la cour.
Aucune de ces prévisions n'était juste ; ce
.. 229 ..

fut à Julie de Nesle, mariée à son cousin le
comte de Mailly, qu'allèrent les préférences
royales, et sans se montrer jalouse de ces
lauriers qu'elle n'avait pas su cueillir pour
elle-même, !lademoiselle devint la confidente
habituelle de leurs amours.
Le chùteau de !ladrid dont elle avait fait sa
résidence favorite se trouvait tout près de la
Muette où le roi allait souvent passer plusieurs
jours, et la complaisante chàtelaine se faisait
un plaisir d'héberger che:t elle la comtesse de
Mailly. De là, rien de plus commode pour la
favorite que d'aller, en traversant le bois de
Boulogne, retrouver le galant monarque.
Pendant quelque temps l'intrigue demeura
secrète mais on remarqua bientàt que chaque
matin, pendant les séjours du roi à la Muette,
les allées fermées par des clôlures vertes portaient des traces de roues encore fraiches sur
le parcours compris entre 11::s deux châteaux.
Aucun doute n'était possible : les barrières
a,,aient été ouvertes, une calèche avait passé
là pendant la nuit ; la nouvelle ne tarda pas
à s'en répandre, el il ne lut pas difficile de
s'en expliquer le pourquoi ....
MademoiseUe s'était faite la compagne assidue de Mme de !lailly et élait devenue son inséparable. lorsque le roi venait chasser dans le
bois de Boulogne, c'était elle l'organisatrice
des divertissements et des fètes, et le temps
passait joyeusement. Le diner avait lieu à Madrid et le souper à la Muelte, puis, dans
l'après-midi, on allait goûter chez la maréchale d'Estrées, Cl dans la petite maison appelée Bagatelle" qu'elle possédait au milieu du
bois.
A cette intimité de chaque jour, la princesse
lrouvait son compte ; elle poussait Mme de
!lailli à profiler de son règne pour en tirer le
meilleur parti et s'assurer le plus possible de
profits et de richesses. Sonascendantd'ailleurs
croissait peu à peu sur le roi comme sur sa
maitresse, car la hardiesse et la volonté subjuguent les esprits timid~s lorsqu'ils se sont
ouverts à quelque ascendant. Assurée de
l'indulgence du jeune souverain,qu'elle amusait par ses saillies et par ses boutades, elle
donnait libre cours à ses folies, sans cesse
renouvelées, et l'amenait à sourire de ses
folles équipées.
Tantôt on la voyait, passionnée pour la
chasse, parcourir sans relâche ses forêts en
tous sens au milieu d'une meute hurlante,
forçant le gibier ou les bêles sauvages sans
trêve ni merci ! Son costume d'amazone était

�.MJIDEMOISELU
. - - 111ST0'/{1.ll
rouge pour courre le loup, bleu pour le cerf
et vert pour le daim et le saaglier !
Tantôt elle se faisait architecte, élevant au

mêlée encore à des divertissements et des
fètes, mais le crédit dont elle avait joui était
perdu pour toujours. Cefuten 1740, espérant

Clich~ Giraudon.

VUE DU CHATEAU DE MADRID, DANS LE BOIS OF, BOULOGNE.

Gravure dt N~;E, d'après le CHEVALIER DE L"ESPINASSE,

Ces vers montrent suffisamment que la
liberté d'allures de la princesse ne lui ayait
pas conservé une réputation sans tache; on
allait jusqu'à prétendre que !"arrondissement
~~ cette même ceinlure la contraignit plusieurs
101s à aller à Bagatelle faire de lon•ues et
mystérieuses retraites pour y cacher ~ fruit
indiscret de ses amours.
J'ai rappelé dans une étude précédente sur
Mlle de Clermont le jeu de mots qu'avaient
su_ggéré ses liaisons avec llichelieu, le comte
de Melun et le chevalier de Bavière . Dès t 721,
au moment de sa première intrigue, on avait
raconté qu'à Chantilly M. le Due avait profité
d'une chasse pour entrainer le duc de Richelieu dans un coin écarté du bois et lui demander raison de ses assiduités près de sa
sœur .. Celui-ci, après avoir invoqué Ja qualilé
~e pr1_n~ du sang de son adversaire, qui lui
mlerd1sa1t de se mesurer avec lui, avait dù
céder à ses menaces, mettre l'épée à la main
et engager un combat meurtrier dont le duc
de Bourbon, grièvemeni blessé, avait failli
être la Yictime.
Sa liaison avec le comte de Coiany 2 n'avait
pas causé moins de scandale. U~e chanson
la~euse sur_ les plus secrets appas de Mademoiselle avait couru tout Paris après un souper à Madrid où le jeune Nivernais s'était
trouvé témoin inattendu de ses sinuuliers
ou?lis des convenances. « Deux mille\ qui
Coigny succède .. . ", disait un des couplets
de cette outrageante chanson.
La ~n du comte de Coigny fut mystérieuse
et tragique. On le trouva un beau matin au
fond d'un fossé sous sa voiture versée, avec
la gorge ouverte.
Après avoir soupé chez Mademoiselle il
avait voulu, au cours de l'hiver et par ~ne

gré de son caprice les constructions les plus rentrer en gràce, qu'elle envoya au roi et à
coûteuses et les palais les plus luxueux.
Mme de Mailly son portrait en cordelier peint
. ltf. le_ ~uc, son frèr~, était depuis longtemps par Boucher sur une tabatière. Celle curieuse
d1s;gracie; Mme de Prie, en e1.1l lan"uissait à peinture est restée célèbre : enveloppée de
Courbépine, el le pomoir de Mddem~iselle ne grâce et d'abandon, elle est, par un piquant
faisait que s'accroitre et s'affermir · maloré contraste, Yêtue d'une robe de bure, d'une
le dérèglement de ses mœurs, elle av~it coupe monacale, les reins ceints d'une corde
l'oreille du cardinal de Fleury dont elle forti- grossière ; ses yeux noirs pétillent de malice
fiait le parti et, ~ Fo1_1taineb1eau, son appar• dans son visage éblouissant de jeunesse et de
tement commumqua1t avec celui du vieux fraicheur, et sa bouche s'entr'ouvre en un
ministre par un escalier dérobé. Elle y mon- sourire voluptueux empreint d'une grâce mutait deux ou !rois fois le jour et y demeurait
longtemps, discutant avec lui .rnr les affaires
les pl~s importantes.
finit pars 1eITrayerde
cette mOuence grandissante, et l'on craiunit
qu'à la mort du cardinal elle n'en arrivât à
gouverner le royaume, tant son ascendant sur
le roi avait augmenté. Pourtant celui-ci subissait son influence plus par l'habitude qu'il
avait de ~a p_résence. que par raffection qu'il
lm portait; il connaissait ses défauts, et s'il
appréciait son esprit, il haïssait ledérèglement
de ses habitudes et le décousu de ses façons.
O,n n'eut_ donc pas grand"peine à !"éloigner
d elle ; 1] suffit de la séparer peu à peu de
Mme de Mailly en suscitant entre elles des di•cussions et des brouilles. Une impruden~e
acheva de ruiner son crédit : elle avait émis
la prétention de faire nommer sous-secrétaire
d'État !!gr de Vauréal arcbevèquede Rennes'.
Le prélat, si l'on en eroit le journal de Barbier, était fort a~ant dans ses bonnes grâces,
et, devant les eugences de Mademoiselle le
cardinal de Fltury jeta les hauts cris. Mg; de
Vauréal fut avisé de. rentrer dans son diocèse
Vl'E ou PAVILLON DE BAGATELLEl DU COTÉ DE L'ENTRtE. - D'apris lt tableau de L. BELLENGER·
et la princesse se vit rayer de la liste des soupers. c·est en vain qu'elle voulut s'appuyer tine. Tout le monde connait le quatrain que nuit glaciale, se faire reconduire à Versailles
sur la comtesse de Toulouse dont la faveur ce délicieux portrait inspira à Voltaire :
où il devait à la première heure chasser le
s'annonçait comme brillante ; elle se trouva
Frère ange de Charolais

?n

~, Louis-Guy de Vauréal , archevêque de Rennes,
qm fut plus tard ambassadeur en Espagne.

Dis-moi par quelle avcniure
Le cordon de Saint-François
A Venus sert de ceinture.

'l. Jcan-Aatoine, comte de Coigny né en 1702,
cordon hleu, colonel-général des drag'ons el lieutenant-général.

lendemain avec le roi. La neige tombait à
gros flocons, le postillon, à demi gelé, se déclarait aveuglé par la tourmente. Coigny ne
voulut rien entendre : « Vous avez toujours
peur, vous autres, répondit-il avec insouciance, rentrons et marchons bon train. )&gt;
Vis-à-vis le village d'Auteuil, le cocher qui
ne vo1 ail plus sa route culbuta dans un ravin;
Coigny avec sa tête cassa une glace de la berline et des fragments de verre lui entrèrent
si profondément dans la gorge qu'il succomba
en quelques instants. Tel fut le récit que
rapportèrent les gazettes, mais on ne se fit
pas faute de prétendre que c'est dans un duel
auquel Mlle de Charolais n'était pas étrangère
que Coigny amit trouvé la mort.
Quoi qu'il en soit, la Princesse témoigna
d'un grand chagrin, mais chercha pourtant
bientôt par une aulre intrigue à faire diversion à sa douleur.
Ce fut le prince de Dombes qui la consola.
C'était le deuxième fils de la duchesse du
Maine, et Jeurs amours furent si publiques
qu'on prétendit qu"ils étaient unis par un
mariage morganatique .
Il est curieux de remarquer que, sur ces
quatre sœurs, il en est trois qui passèrent à
tort ou à raison pour s'être engagées secrètement dans les liens du mariage. Nous avons
vu que Mlle de Clermont avait épousé le dur,
de Melun, Mlle de Charolais passa pour avoir
été unie au prince de Dombes et )Ille de Sens
devint, dit-on, la femme du comte de Langeron.
Seule, la fière Mlle de Vermandois ne
donna jamais prise à la critique. Élevée dès
son enfance dans un couvent loin de Versailles, elle avait été préservée des séductions
de la Cour, et à un esprit cultivé elle joignait
un caractère élevé et loyal. De toutes les princesses de l'Europe qui pouvaient prétendre à
monter sur le trône de France, elle était celle
qui l'emportait en beauté sur toutes ses
rivales. Il. le Duc avait jeté les yeux sur elle
pour la faire épouser au roi ; mais ce fut,
dit-on, !!me de Prie qui vint mettre obstacle
à ces séduisantes perspectives. Désireuse de
voir de près sa future souveraine, elle se
présenta à elle sous un nom supposé et lui

fit pari de la brillante destinée qui lui était
réservée. La jeune fille, habituée à se maitriser, ne témoigna ni joie ni surprise; mais
lorsque la favorite eut prononcé le nom de
Mme de Prie, elle s'exprima sur le compte
de la maîtresse de son frère en termes qui

1

,,

1
1
1

MADAME DE MAILLY.

ne pouvaient laisser de doutes sur l'horreur
qu'elle lui inspirait. Lorsqu"elle lui eut déclaré avec une calme assurance que son premier devoir serait de la faire expulser de la
Cour, la mar11uise de Prie ne contint plus sa
colère : c&lt; Vous ne serez jamais reine! » lui
dit-elle en s'éloignant, et ce fut, en effet,
quelques mois plus tard, Uarie Leczinska, au
lieu de!llle de Vermandois, qui devint l'épouse
de Louis XV.
On raconte que la jeune princesse refusa
de paraitre devant la reine qui lui avait
été préférée, et elle mourut, trois ans
après le mariage, abbesse de Beaumont-lesTours.
Mlle de Charolais eut une fin moins édiliantè, bien que ses dernières années aient
été exemptes de scandales.
1. Louise-}larie-Bathilde d'Orléans, née le 10 juillet 1750, qui fut la mêre du duc d'Enghien.

DE C1t.J11(0LJITS

La naissance de la fille du duc de Chartres'
lui arnit lait perdre son titre de « Mademoiselle "• et Bagatelle, qu'elle avait acquis de
la maréchale d"Estrées, était devenue son séjour de prédilection.
Elle le préférait à son magnifique hôtel de
la rue de Grenelle-Saint-Germain et au grand
château de Madrid qui lui semblait démodé.
Du petit ch.Heau dont elle avait pourtant traeé
jadis tous les plans et dessiné elle-même les
parterres, elle s'était lassée à son tour, et
elle ne se plaisait plus que dans cette délicieuse retraite que le comte d'Artois devait
transformer quelques années plus tard. Au
cœur même du bois de Boulogne, à deux pas
de Paris, voisine à la fois de Versailles, de la
Muette et de Marly où elle faisait de fréquentes apparitions, elle se plaisait là plus
que partout ailleurs, entourée d'un cercle
nombreux, menant un train royal, et lancée
dans un tourbillon incessant de plaisirs et de
fètes. Le couvent de Longchamp se trouvait
tout proche, et dans la célèbre abbaye dont
la règle n'avait rien d'austère elle séjournait
parfois pendant plusieurs jours.
Lorsqu'elle s'éteignit à soixante-trois ans,
elle avait, quatre jours avant, fait son testament qu'on peut lire aux Archives; elle instituait pour son hérilier son neveu le comte
de la Marche, prince de Bourbon-Conti, mari
de la duchesse de Modène, âgé de vingtquatre ans. Elle n'avait oublié personne
autour d'elle, à tous elle laissait un souvenir.
Plus fidèle en amitié que constante en amour,
elle avait su se faire des amies qu'elle s'était
attachées par la reconnaissance, car dans ses
prodigalités elle se montrait charitable. Au
cours de ses changeantes passions, son humeur
s'était assagie el son existence était devenue
moins brU}'anle. Sa jeunesse s'était évanouie,
sa beauté avait disparu, mais il lui était resté
le charme d'une intelligence aiguisée el une
gaieté naturelle inaltérable.
Aussi la postérité s'est montrée indulgente
pour ses faiblesses. Elle a voulu oublier le
scandale de ses aventures trop retenth,santes
pour ne se rappeler que ses qualités génJreuses, le charme de son esprit et de sa gràce,
el ses triomphants succès.
VICOMTE DE

L'Escurial
·*
Je partis de Madrid pour me rendre à la
cour, et je fus coucher à l'Escurial avec les
comtes de Lorges et de Céreste, mon second
fils, l'abbé de Saint-Simon et son frère. Pecquet et deux principaux des officiers des
troupes du roi, qui demeurèrent avec moi
tant que je lus en Espagne. Outre les ordres
du roi d'Espagne et les lettres du marquis de
Grimaldo, je fus aussi muni de celles du

nonce pour le prieur de l'Escurial, qui en est
en méme temps gouverneur, pour me faire
voir les merveilles de ce superbe et prodigieux
monastère, et m'ouvrir tout ce que je voulais
y visiter, car j'avais été bien averti que, sans
la recommandation du nonce, celles du roi et
de son ministre, ni mon caractère ne m'y
auraient pas beaucoup servi. Encore verra-t-on
que je ne laissai pas d'éprouver la rusticité
et la superstition de ces grossiers hiéronymites.
Ce sont des moines blancs et noirs, dont
l'habit ressemble à celui des célestins, fort
oisifs, ignorants, sans aucune austérité, qui,
pour le nombre des monastères dont aucun

REISET.

n'est abha)'e, et pour les richesses, sont à
peu près en Espagne ce que sont les béoédictins en France, el sont comme eux en congrégation. Us élisent aussi comme eux leurs
supérieurs généraux et particuliers, exœpté
le prieur de l'Escurial, qui est à la nomination du roi, qui l'y laisse tant et si peu qu'il
lui plait, et qui est à proportion bien mieux
logé à l'Escurial que Sa Majesté Catholique..
C'est un prodige de bâtiments, de structure,
de toute espèce de magnificence, que cette
maison, et que l'amas immense de richesses
qu'elle renferm~ en tableaux, en ornements,
en vases de toute espèce, en pierreries semées
partout, dont je n'entreprendrai pas la des-

�1nST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - criptwn, qui n'est point de mon sujet; il et où il mourut. Il entendait les offices par
li,·res qu'on l destine, ceux-!~ le sont aux cersuffira de dire qn'un curieux connaisseur rn
ces fenètres. Je \'Oulus voir cet appartement cueils qui y sont rangés les uns auprès des
toutes ces différentes beautés s'y appliqnerait
où on entrait par derrière. Je fus refusé.
plus de trois mois sans relâche et n'aurait J'eus beau insister sur les ordres du roi et autres, la tète à la muraille, les pieds au
pas eocore tout examiné. La forme de gril a du nonce de me faire ,·air tout ce que je ,·ou- bord des ta~seaux, qui portent l'inscription
réglé toute l'ordonnance de ce somptueux drais, je disputai en vain. Ils me dirent que du nom de la personne qui est dedans. Les
édifice, en l'honneur de saint Laurent et de cet appartement était fermé depuis la mort cercueils sonl re,,ètus, les uns de velours, les
autres de brocart, qui ne se ,·oit guère qu'aux
la bataille de Saint-Quentin, gagnée la reille
de Philippe 11, sans que personne y fût entré
par Philippe li, qui, royant l'action de dessus depuis. J'alléguai que je savais que le roi pieds, tant ils sont proches les uns des autres,
une hauteur, voua d'édifier ce monastère si Philippe V l'avait YU as·ec ,a suite. Ils me et les tasseaux bas dessus.
Quoique ce lieu soit si enfermé, on n'y sent
ses troupes remportaient la victoire, et de- l'avouèrent, mais ils me dirent en même
aucune
odeur. Nous hl.mes des inscriptions à
mandait à ses courtisans si c'était là les plai- temps qu'il y Plait entré par force et en maitre
sirs de l'empereur son père qui, en effet, les qui les a,,ait menacés de faire briser les notre portée, et le moine d'autres à mesure
y prenait bien de plus près. li n'y a portes, portes, qu'il était le seul roi qui, depuis Phi- que nous les lui demandions. Nous fimes
serrures, ustensiles de quelque sorte que ce lippe Il, y lùt entré une seule lois, et qu'ils ainsi le tour, causant et raisonnant là-dessus.
soit, ni pièce de vaisselle qui ne soit marquée ne l'ouvraient et ne l'ouvriraient jamais à Passant au fond de la pièce, le cercueil du
malheureux don Carlos s'offrit à notre vue.
d'un gril.
personne. Je ne compris rien à cette espèce
La distance de Madrid à l'Escurial approche de superstition; mais 1I fallut en demeurer (( Pour celui-là, dis-je, on sait bien pourquoi
fort de celle de Paris à Fontainebleau. Le là. Louville, qui était entré avec le roi, et de quoi il est mort. " A cette parole, le
pays e!-t uni d devient fort désert en appro- m'avait dit que le tout ne contenait que cinq gros moine s'altéra, soutint qu'il était mort
de mort naturelle, et se mit à déclamer
chant de l'Escurial, qui prend son nom d'un
ou six chambres obscures et quelques petits
gros ,illage dont on passe fort près à une trous, !out ceJa petit, de charpenterie bou- contre les contes qu'il dit qu'on avait répanlieue. L'E,curial est sur un haut où on monte ~illée, sans tapisserie lor~quïl le vit, ni au• dus. Je souris en disant que je convenais qu'il
imperceptiblement, d'où l'on voit des déserts cune sorte de meubles : ainsi je ne perdis n'était pas vrai qu'on lui eùtcoupé les veines.
Ce mot acheva d'irriter le moine, qui se mit
à perte de vue des trois côlés; mais il est pas grand'chose à n'y pas entrer.
à bavarder avec une sorte d'emportement. Je
tourné et comme plaqué à la montagne de
En descendant au Panthéon, je vis une
Guadarrama qui environne de tous côtés Ma- porte à gauche à la moitié de l'escalier. Le m'en divertis d'abord en silence. Puis je lui
drid à distance de plusieurs lieues plus ou gros moine qui nuus accompagnait nous dit dis que le roi, peu après être arrivé en
moins près. Il n'y a point de village à l'Es- que c'était le Pourrissofr, et l'ouvrit. On Espagne, avait eu la curiosité de faire ouvrir
curial; le logement de Leurs Majestés catho- manie cinq ou six marches dans l'épaisseur le cercueil de don Carlos, et que je sa,,ais
liques lait la queue du gril, les principaux du mur, el on entre dans une chambre d'un homme qui y était présent (c'était Lougrands officiers et les plus néCf'ssaires sont étroite et longue. On n'y YOit que les mu- ville) IJU'on y avait trouvé sa tête entre ses
logés, même les dames de la reine, dans le railles blanches, une grande fenêtre au bout jambes; &lt;1ue Philippe Il, son père, lui avait
monastère; tout le reste l'est fort mal sur le près d'où on entre, une porte assez petile lait couper dans sa prison devant lui. « lié
côté par lequel on arrive, où tout est fort mal vis•à-vis, pour lous meubles une longue table bien I s'écria le moine tout en furie, apparemment qu'il l'avait bien mérité; car Philippe Il
bâti pour la suite de la cour.
de bois, qui tient tout le milieu de la pièce en eut la permission du pape », et de là
L'église, le grand escalier el le grand cloitre qui sert pour poser et accommoder les corps.
me surprirent. J'admirai l'élégance de l'apo- Pour chacun qu'on y dépose, on creuse une crier de toute sa force merveilles de la piété
thicairerie et ]'agrément des jardins, qui niche dans la muraille, oi, on place le corps et de la justice de Philippe Il, et de la puispourtant ne sont qu'une large et longue ter- pour y pourrir. La niche se renferme dessus sance sans bornes du pape, el à l'hérésie
rasse. Le Panthéon m'effraya par une sorte sans qu'il paraisse qu'on ait touché à la mu- contre quiconque doutait qu'il ne pût pas ord'horreur et de majesté. Le grand autel et la raille, qui est partout luisante et qui éblouit donner, décider et dispenser de tout. Tel est
sacristie épuisèrent mes yeux par leurs im- de blancheur, et le lieu e,t fort clair. Le le Fanatisme des pays d'inquisition, où la
menses ricbesrns. La bibliothèque ne me sa- moine me montra l'endroit de la muraille qui science est un crime, l'ignorance et la stupitisfit point , et les bibliothécaires encore couvrait le corps de !I. de Vendôme, près de dité la première vertu. Quoique mon caracmoins. Je fus reçu avec beaucoup de civililé l'autre porte, lequel, à sa mine et à son dis- tère m'en mit à couvert,je ne voulus pas diset de bonne chère à souper, quoique à l'espa- cours, n'est pas pour en sortir jamais. Ceux puter et faire avec ce piffre de moine une
gnole, dont le prieur et un autre gros moine des rois et 'des reines, lesquelles ont eu des scène ridicule. Je me contentai de rire et de
me firent les honneurs. Passe ce premier re- enfan1s, en sont tirés au hout d'un certain faire signe de se taire, comme je fis à ceux
pas, mes gens me firent à manger; mais ce temps et portés sans cérémonie dans les tiroirs qui étaient avec moi. Le moine dit donc tout
gros moine J' lourait toujours quelques pièces du Panthéon qui leur sont destinés, Ceux des ce qu'il voulut à son aise, et assez longtemps
qu'il n'eùt pas été bonnète de refuser, et infants et des reines qui n'ont point eu sans pouroir s'apaiser. Il s'apercerait peutmangea toujours avec nous, parce qu'il ne d'enfants sont portés dans la pièce joignante èlre à nos mines que nous nous moquions de
nous quittait point pour nous mener partout. dont je vais parler, et y sont pour tou- lui, quoique sans gesles et sans parole. Ent:in,
il nous montra le reste du tour de la chambre ►
l'n fort mauvais latin suppléait au français jours.
toujours fumant; puis nous descendimes au
qu'il n'entendait point, ni nous l'espa\'is-à-vis de la fenêtre, il l'autre bout de la Panthéon. On me fit la singulière laveur
gnol.
chambre, en est une autre de forme semblaDans le sanctuaire, au grand autel, il y a ble, et qui n'a rie/l de funèbre. Le bout opposé d'allumer environ les deux tiers de l'immense
des vitrées derrière les sièges des prêtres cé- à la porte et les deux côtés de cette piè'Ce, et de l'admirable chandelier qui pend du milébrant la grand'messe et de ses assistants. qui n'a d'issue que la porte par où on y entre, lieu de la voùte, dont la lumière nous éblouit,
Ces fenêtres, IJUi sont presque de plain-pied sont accommodés précisément en bibliothèque; et faisait distinguer dans toutes les parties du
à ce sanctuaire, qui l'Sl fort élevé, sont de mais, au lieu que les tasseaux d'une biblio- Panlhéon, non seuleme11t les moinJres !rails.
l'appariement que Philippe II s'était lait bâtir, thèque sont accommodés à la proportion des de la plus petite écriture, mais ce qui &gt;f
trouvait de toutes parts de plus délié.
SAINT-SIMON.

DE L'EMPIRE

Tournebut
-

1804-1809 -

Par G. LENOTRE

CHAPITRE Ill
Les Combray.

contre le cardinal de llichelieu il y avait établi un atelier clandestin de fausse monnaie.
C'était à lui qu'était due la construction de
l'aile de briques, restée inachevée, sa condamnation à mort, pour crime de péculat 1, étant
venue interrompre les embellissements qu'il
avait entrepris.
li ne suhsiste plus guère en France de châteaux comparables à ces romautiques manoirs
du trmps passé dont les pierres avaient vécu
toutes les crises d~ notre histoire et que cha&lt;JUC siècle avait enrichis d'un pavillon et dotés
d'une légende. Tournebut é1ait, au commencement du x1xe siècle, le type achelé de ces
vieilles demeures où il y avait tant de grandes
salles etsi peu de logemenls, et dont les hautes
toitures d'ardoises recouvraient des enchevêtrements de charpentes formant des greniers
vastes comme des cathédrales. On assurait que
ses épaisses murailles étaient percées de couloirs secrets et recélaient des cachettes que
Louis de Marillac avait jadis utilisées.
Tournebut était habité, en 1804, par la

Il y avait alors, dans le département de
l'Eure, sur la rive gauche de la Seine, au delà
de Gaillon, un vieux et vaste manoir, adossé
au coteau qui s'étend en promontoirejusqu'aux
Andelys; on l'appelait le cbàteau de Tournebut. Quoi~ue ses hautes façades, émergeant
d'un taillis bas, fussent visibles de la rivière,
Tournebut restait cependant à l'écart de l'actif transit, entrelenu par terre et par eau, de
Rouen à Paris : des bois assez vastes le séparaiPnt, en effet, de la grand'route qui, de
Gaillon, gagne directement, par le plateau,
SJint-Cyr-du-Vaudreuil; quant aux coches
d'eau, ils faisaient généralement escale au hameau du Roule où des bidets de louage - des
mazettes -attendaient et portaient jusqu'au
bac de Muids les marchandises et les passagers,
leur épargnant ainsi le grand détour formé
par la Seine.
Tournebu tétait donc isolé entre ces deux voies
toujours très suivies; sa principale façade, à
l'exposition du levant, en regard dela rivière, se
composait de deux lourds pavillons, accolés
l'un à l'autre, construits en brique et pierre,
dans la manière du temps de Louis XIII, avec
de grands combles d'ardoises et de hautes lucarnes i elle se prolongeait par une construction plus basse et d'aspect plus moderne que
terminait la chapelle. Derant le château, formant terrasse, une sorte de vieux bastion carré
dont les murs moussus baignaient dans l'eau
stag-nante d'une large douve. L'autre façade,
regardant l'ouest, avait moins d'aspect; quelques toises seulement de terrain plat la séparaient du coteau abrupt et boisé auquel était
adossé Tournebut; un mur, percé de portes
discrètes, ouvrant sur les bois, enclavait le
chàteau, la ferme et la partie basse du parc:
un vaste marais, s'étendant du pied des terrasses jusqu'à la Seine, rendait, de ce côté,
l'accès presqueinabordable.
GRos-)1ESNIL (ou LE PETIT-CHATEAU},
Par le mariage de Generière de Bois-l'Evêque, dame de Tournebut, cette seigneuriale
DANS so~ ÉTAT ACTUEL.
demeure était passée, dans les premières années du xvn• siècle, à la famille de Marillac.
Le maréchal Louis de Marillac - oncle de marquise de Combray, née Geneviève Gouyn
Mme Legras, Ja collaboratrice de saint Vin- de Brunelles, fille d'un président de la Cour
eeotde Paul-l'avait possédée de 1613à t 631, des comptes, aides et finances de Normandie.
et la tradition assurait qu'au cours de sa lutte Son mari, Jean-Louis-Armand-Emmanuel Hélie de Combray, était mort en J 784, lui lais1. Il fut exécuté à Paris le 10 mai 1tl32.
2. Madeleine Hubert, après la mort de son premier

mari Gouyn de Brunelles, uait épousé en secondes
noces If. Lcdain d Esteville.

- 233 .....

sant deux fils et deux filles, et des bieos considérables situés aux environs de Falaise, sur
le territoire des paroisses de Donnay, Combra1,
Bonoœil « et autres lieux ». Mme de Combray tenait Tournebut de sa mère, Madeleine
Hubert, fille elle-même d'un conseiller à la
grand'chambredu Parlement de Normandie•.
Outre le château et la ferme, qu'entourait un
parc planté de vieux arbres, le domaine comprenait les bois qui couvrent le coteau el i"i
l'exlrémité desquels, sur la hauteur, se trouvait une vieille tour, ancien moulin à vent,
bâtie au.dessus de profondes carrif'res et (Ju'on
appelait la Tow· du moulin brûlé ou de /'Ermitage: c'est sous ce der11ier nom qu'elle
figure sur les plans anciens du pays; elle le
devait au souvenir d'un solitaire &lt;fUÎ avait vécu
dans ces carrières pendant de longues années
et qui y était mort vers la fin du règne de
Louis XV, laissant dans toute la région une
grande réputation de sainteté.
~lme de Combray était « d'un caractère
altier el impérieux; son âme était forte el
pleine d'énergie; cllesa\'ait braver les dangers
et l'opinion; les projets les plus hardis ne
l'eflrayaient pas; son ambition élait démesurée•"· Tel est le portrait que traçait d'elle
un de ses plus irréconciliables ennemi:: et l'on
verra, par la suite du récit, que les princi"
paux traits en sont assez fld,Hes. Mais, pour
aider à parfaire la ressemblance, il faut, dès
l'abord, faire valoir une circonstance atténuante : Mme de Combray était une roi•aliste
fanatique, et cela même ne suffirait pas à
rendre son histoire intelligible si l'on ne faisait la part de ce calvaire que montaient,
depuis tant d'années, les fidèles de la royauté,
et dont toutes les stations se comptaient par
des désillusions et des déchéances. Depuis
qu'avait été entreprise, en 1789, la guerre
contre les nobles, toutes leurs tenlatives de
résistance, dédaigneuses d'abord, opiniâtres
plus tard, maladroites toujours, avaient piteusement avorté. Leurs échecs ne se comptaient
plus et il y avait là de quoi justifier, à l'égard
du nouvel ordre de choses, le dépit haineux
d'une caste qui, pendant tant de siècles, s'était complue à se croire douée de toutes les
supériorités. Beaucoup, il est vrai, s'étaient
résigoés à la défaite; mais les intrans_igeants
s'obstinaient à la lutte et, pour tout dire, cet
attachement tenace au cadavre de la monarchie n'était pas sans grandeur.

3. Note d'Acquct de Férolles. Archives de la famille
de Saint-Victor.

�111ST0'1{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - La marquise de Combray s'était placée, dès
les premiers jours de la Révolution, au nombre des royalistes irréductibles. Son mari,
homme timoré et placide, employant à d'interminables lectures les heures qu'il ne consacrait pas au sommeil, lui avait, de tout temps
abandonné la direction du ménage, et la gestion de sa fortune. Le veuvage n'avait fait
qu'augmenter l'autorité de Mme de Combra)'
qui régnait sur tout un monde de petits fermiers, de paysans et de serviteurs, plus craintifs peut-être que dévoués.
Elle exigeait de ses enfants une passivité
complète : l'ainé de ses fils1, qu'on appelait
le chevalier de Bonnœil, du nom d'une terre
voisine du château de Donnay, aux environs
de Falaise, supportait patiemment le joug
maternel: il était, aù reste, officier au noyaidragons à l'époque de la Rérnlution. Son frère
puîné, Timoléon de Combray', était de tempérament moins docile. Au sortir de l'Ecole
militaire, comme son père venait de mourir,
il sollicita de M. de Vergennes une mission
dans les Etats barbaresques et s'embarqua
pour le Maroc. Timoléon était un homme
d'esprit libéral et droit, d'une haute culture
intellectuelle et d'un scepticisme philosophique
qui cadrait mal avec le caractère autoritaire
de la marquise : quoique fils dévoué et respectueux, on le verra, c'est pour se soustraire
à là tutelle de sa mère qu'il s'expatria. cc Notre diversité d'opinion, écrira-t-il plus tard ,
m'a valu l'avantage de n'avoir pas habité avec
elle deux mois de suite en dix-sept ans•. »
Du Maroc il passa en Algérie, puis à Tunis et
en Egypte. Il allait pénétrer dans la grande Tartarie quand il eut connaissance de~ débuts de la
Ré\'olu lion ; il reprit aussitôt le chemin de
France où il arriva au commencement de
17~1.
Des deux filles de Mme de Combray, l'aînée' avait épousé, à vingt-deux ans, en i 787,
Jacques-Philippe-Henri d'Houel; la plus jeune,
Caroline-~ladeleiue-Louise-Geneviève, était née
en 1775 5 et n'avait, par conséquent, que
onze ans à la mort de son père. C'est celte enfant qui sera l'héroïne du drame que nous
avons à conter.
En août 1791, )!me de Combra)' s'inscrivit
avec ses deux fils sur la liste des otages de
Louis XVI qu'avait imaginée le journaliste
Durosoy. C'était nn acte de courage, car il était
facile de prévoir que les six cent onze· noms
portés à cc ce livre d'or de la fidélité », composeraient bientclt un répertoire de suspects.
Du reste, tant qu'il y eut espoir de faire triompher la cause monarchique, les deux frères
luttèrent courageusement: Timoléon resta
près du roi jusqu'au 10 août et ne passa en

Angleterre qu'après avoir pris part à la dé- avec une ardeur intarissable, la croisade sainte
fense des Tuileries ; Bonnœil avait émigré aux quelques femmes qui l'entouraient.
L'exaltation royaliste de Mme de Combray
l'année précédente et servait dans l'armée des
Princes. Mme de Combray, restée seule avec n'avait pas besoin de ce coup de fouet: un
ses deux filles - le mari de l'aînée avait éga- sage lui eût conseillé la résignation ou, tout
lement émigré,- quitta en i 795 Tournebut au moins, la patience ; mais, par un effet de
et vint se fixer à Rouen, où, bien qu'elle fût, sa mauvaise fortune, elle ne se trouvait entouen ville, propriétaire de plusieurs immeubles, rée que de gens dont le fanatisme excusait
elle loua, rue de la Valasse, au faubourg et réglait le sien propre. La fureur était
Bouvreuil, &lt;tune maison sans numéro, isolée, devenue l'état habituel de ce monde dont
ayant une entrée sur la campagne 6 n. Elle l'esprit surchauffé ne se nourrissait que de
donnait comme prétexte à sa retraite le désir fausses nouvelles, de récits légendaires, de
de parfaire l'éducation de sa plus jeune fille, l'espérance folle des représailles imminentes.
qui entrait alors dans sa vingtième année.
On y accueillait avec une crédulité jamais
Caroline de Combray était de très petite découragée des prophéties grossières, antaille - grande comme un chien assis, disait- nonçant de prochains et terribles massacres,
on - mais charmante ; son teint était d'une auxquels, invariablement, devait mettre fin le
pureté parfaite, ses cheveux noirs d'une abon- retour miraculeux des lis, et, comme les illudance et d'une longueur peu ordinaires. Elle sions de ce genre se fortifient de leurs décepétait aimante et sensible, très romanesque, tions mêmes, la maison de la rue de la Valasse
pleine de vivacité et de franchise; le grand entendit bientôt des voix mystérieuses et deattrait de sa menue personne résultait d'un vint le théàtre &lt;t d'apparitions célestes ll qui,
mélange piquant d'énergie et de douceur. sur l'invitation du P. Lemercier, prédisaient
Elle avait été élevée au couvent des Nouvelles l'imminente destruction de tous les bleus et
Catholiques de Caen 7 où elle était restée six: la restauration de la monarchie.
Certain jour, dans l'été de 1795, un inconnu
ans, recevant les leçons &lt;t de maîtres d'agrément de touteespèceetdedifférenteslangues l&gt;. se présenta chez le P. Lemercier, muni d'un
Elle était musicienne et jouait de la harpe; mot de passe et d'une très chaude rècommandès qu'on fut installé à Rouen, sa mère lui dation, émanant d'un prêtre réfractaire 1°, qui
donna pour professeur d'accompagnement vivait caché à Caen. C'était un chef de chouans
Boïeldieu &lt;&lt; qu'elle pa)'a longtemps 6 francs portant le tilre et le nom de général Leb1·et :
argent par cachet 8 )), somme qui paraissait il était de taille moyenne avait la barbe et
fabuleuse en ce temps d'assignats et de man- les cheveux roux, les yeux couleur d'acier, le
dats territoriaux.
regard froid 11 .
Admis chez Mme de Combray sous les auspiMme de Combray, d'ailleurs, se trouvait fort
gênée; comme ses deux fils étaient émigrés, ces du P. Lemercier, il ne dissimula point que
le séquestre avait été mis sur tous les biens son véritable nom était Louis Acquet d'Ilauteprovenant de la succession de leur père, et les porte, chevalier de Férolles. li venait à Rouen,
fermages ne rentraient pas. Des 50. 000 francs disait-il, envoyé par les princes pour transde rentes que possédait la famille avant la mettre leurs ordres à Mallet de Crécy, qui
Révolution, un cinquième à peine, représenté commandait pour le roi la Haute-Norpar les propres de Mme de Combray, restait mandie.
On juge quel accueil fut fait au chevalier.
disponible et elle aYait été réduite à des emprunts pour subvenir aux charges très lourdes Mme de Combray et ses filles, et aussi les
bonnes religieuses et les pères chartreux, s·éde sa maison de Rouen.
Outre ses deux filles et ses domestiques, puisaient en prévenances et s'ingéniaient à
elle y abritait, en effet, cc une demi-douzaine satisfaire le moindre désir de cet homme qui
de bonnes religieuses et deux ou trois char- prenait modestement le titre &lt;t d'agent génétreux 9 J&gt; au nombre desquels se trouvait un ral de Sa Majesté ,, . On lui avait ménagé, dans
moine insermenté, nommé Lemercier, qui prit l'endroit le plus discret de la maison, une
bientôt sur son entourage une influence pré- cache sûre qu'avait bénite le P. Lemercier;
pondérante. En sa qualité de réfractaire, le Acquet s'y tenait une partie du jour et, le soir,
P. Lemercier s'exposait, s'il était découvert, ne dédaignait pas de se mêler aux évocations
à la mort ou, tout au moins, à la déportation, habituelles, et de conter,en manière d'interet l'on comprend qu'il n'éprouvât qu'une sym- mède, le récit de ses exploits.
A l'entendre, il était possesseur de vastes
pathie très mitigée pour la Révolution qui le
vouait, bien malgré lui, au martyre: il appe- domaines situés aux environs des $ableslait de tous ses vœux le feu du ciel sur les d 'Olonne d'où il était originaire u: officier au
mécréants et, n'osant se montrer, prêchait, régiment de Brie-infanterie avant la f\évolu-

1. Jean-Louis-Alexanrlrc-César Hélie de Combray,
chevalier de Bonnœil, né à Falaise le 6 juillet 1762.
2. ,\.-Timoléon de Combray. né à Falaise en 176i.
5. Archivl's de la famille de Saint-Victor.
4. Louise-Geneviève llélie de Combray, née en septembre 1765, mariée le 19 septembre 1787.
5. Extrait des registres de la paroisse Saint-Gervais
de Falaise: le mercredi 21• jour de juillet 1773, a été
baptisée par nous, curé de celle paroisse, Carolinr.Ma~delaine-Louise-Geneviévc, nèe le même jour du
légitime mariage de llessircJean-Louis-Armand-Emmanuel Hélie de Combray, seigneur el patron de Combray, Donnay, Bonnœil et autres lieux, et de noble
dame Gene\'iève Gouin Brunelle, ... etc.

6. Rapporl du préfet de la Seine-lnférieurr au
Conseiller d'Etal Réal, 26 février 1808. Archives nationales F 1 8172.
7. • ~ous soussignées, direclrisse (sic, de la maison
d'éducation des NouYelles Catholiques de Caen, et
l\lme de Ranville, religieuse dudit couvent, attestons
à qui il appartiendra que la demoiselle Marie-LouiseCaroline llélie rlc Combray a été en pension dans noire
communauté pendant six années entières avec une
femme de chambre pour la soigner et ce, à raiwn de
700 livres par an; nous attestons en outre que, pendant ces six années, elle a eu continuellement des
maitres d'agrément de Ioule espèce et de différentes
langues. t Archives de la famille de Saint-Victor.

8. Nole de Mme de Combray. Archives de la famit e
de; Saint-Victor.
9. Lellre de Timoléon de Combray à sa sœur. Archi,·es de la fomille de Saint-Victor.
10. Note de Timoléon de Combray. Archil'CS de la
famille de Saint-Victor. - Ce rél'ractaire s'appelait
J\oux-Deslandes, el fut condamné plus tard, dit Timoléon, aux galères pour fabrication de faux billets de
banque.
11. r.ote de Timoléon de Combray. Archil'es de la
famille de Saint-Yictor.
12. Il était de Saint-Cyr-la-Lande Deux-Sèvres).
Voici son acte de baptême: « Aujourd'hui, 0 norembre 1760. a été baptisé Louis, fils légitime de ~Je,sirc

"·---------------

T OU'Jf,'N'E1JUT

---.

tion 1, il se trouvait à Lille en 1791 et avait dont les deux frères, émigrés, ne reparaîla vérité est que Acquet &lt;t déclara sa flamme »
pro~té du vo~si_nage de la frontière pour in- traient probablement jamais, et, dès l'abord
~ur:,_er_son_ regm~ent et émigrer en Belgique; il mit tout en œuvre pour flatter la marott; à ~Ille de Combray el comme celle-ci, un peu
11 s etait_mis_ aussitôt à la disposition des prin~éfiante, encore que très disposée à se laisser
royalis_te de la mère et les idées romanesques aimer, se défendait comme il convient le checes, a_vait ~ait en Vendée, en Poitou, en Nor- de la Jeune fille. Le P. Lemercier lui-même
vali?r signa une _sorte d'engagement ;1ystique
mand1e ~eme, des enrôlements pour l'armée
date du 1er Janvier 1796. où, &lt;t à la face de
royal~, aidant des prêtres à émigrer, sauvant
la sainte Eglise et au plaisir de Dieu » il
d~s _villages entiers de la fureur des bleus. Il
s:obligeait
à l'épouser sur première réquisic1ta1t Ch_ar:tte, Frotté, Puisaye comme étant
5
s,o~
• Elle serra soigneusement ce précieux
ses plus mt1mes amis et ces noms évoquaient
paprnr et, un peu moins de dix mois plus tard,
l?s chevaleresques épopées des guerres de
1 OueSt auxquelles il avait pris une "lorieuse
le 17 octobre, l'agent municipal de la commun~ d'.Aubev?ie, sur le territoire de laquelle
part. Parfois il disparaissait pendant ;lusieurs
est
situe le chateau de Tournebut inscrivait
~our~, et.' au retour de ces fugues mystérieuses,
la ~aissance d'une fille, née de 1~ citoyenne
11 laissait ente~dre qu'il venait d'accomplir
Lomse-Charlotte de Combray, épouse du ciquelque haut fait ou de mener à bien une mistoyen
Louis Acquet 6. Voilà pourquoi la marsion périlleuse. C'est ainsi que le chevalier
quise
&lt;t
se trou va obligée de donner son conAcquet de Férolles était devenu l'idole du
s.ente~ent_
au mariage,"• qui n'eut lieu que
petit gr~upe de naïves royalistes parmi les1annee smvanle : on n en trouve mention à
quel_les 11 était réfugié : il avait bravement
l'état civil de Rouen, qu'à la date du 17 j~in
servi la cause; il se targuait d'avoir mérité le
1797.
surnom d~ toutou des princes, et ceci, aux
Acquet était ainsi parvenu à ses fins : il
yeux ébloms de Mme de Combray, tenait lieu
de toutes les références.
avai~ séd~it ~Hie de Combray pour rendre le
mariage mév1table et, celui-ci conclu il s'était
En réalité Acquet était un aventurier: s'il
fait envoyer, sous prétexte d'empêcher leur
nous fallait ici tenir compte de tous les méfaits
vente, en possessiJn provisoire des biens de
portés à son actif, on nous soupçonnerait de
ETAT ACTUEL OE LA MAISO'I OU MAOA)rE DE COMla
famil_le de Co~bray, situés à Donnay, près
pousser gratuitement au noir cette fio-ure
de
0
BRAY ÉTAIT DO)!ICILIÉE A ROUEN, RUE OU CIIA.\IP·
de Falaise, et sequestrés par suite de l'insmélodrame. Quelques traits, recueillis par les
DES-Ü!SEAUX, N° 36, LORSQU'EN I ïC)8 ELLE ACHETA
cription du nom de Bonnœil sur la liste dt's
C?mbray, suffiront à l'esquisser: officier à
GROS-:\1ESNIL.
émigrés. A peine installé ï, il met les terres au
Lille, sur le point d'être interné à la suite
pillag~, il fait argent de tout, il coupe les bois
d'une délation odieuse dont il s'était rendu
sans epargner les bosquets et charmilles :
c?upable 1 '. i_l dése~ta et se rendit en Belgique, fut conquis; Acquet simulait, pour se l'allirer
n_osa.nt reJomdrel armée des émigrés; il s'ar- la piété la plus vive et la plus scrupuleus; &lt;t le domaine de Donnay devient entre ses
mains une espèce de désert 8 &gt;&gt;. Arrêté dans
reta a Mons, puis gagna bientôt l'ouest de la dévotion.
ses
déprédations par une plainte de ses deux
~rance et s_e mit à chouanner ; m1is la poliUne note de J3onnœil nous renseiane sur la
tique restait étrangère à son fait· il s'était façon dont se termina cette tragique"intrigue: beaux-frères, il im1gina d'attaquer le testaassocié à quelques spadassins de sa' trempe et &lt;t Acquet employa tous les moyens de séduc- ment du marquis de Combray, prétendantque
détroussait à son profit les voyaaeurs ou tion pour parvenir à son but. La jeune per- sa ~e~~e: ?1rneure au décès de son père,
. 1
0
rançonnait
es acheteurs de biens nationaux.
sonne, craignant d'ètre lonatemps sans se avait ete lesee dans le partage. C'était déclarer
~ans l'Eure, Ott il opérait d'ordinaire, il assas- marier à cause du malheureu~ temps d'alors, ouvertement la guerre à la famille dans
s1?a de sa main deux gardes-chasse sans l'écouta, malgré tant de raisons qui la sollici- laquelle il était entré et, pour forcer sa femme
defense que sa petite troupe avait rencontrés 3. taient d'attendre et de rejeter les propositions à épouser sa querdle, il la terrorisait et la
li excellait à enlever les caisses des percep- que pouvait lui faire un homme dont on ne rouait del coups. Une seconde fille était née de
9
teurs ruraux et, le coup fait, pour colorer ses connaissait ni les noms, ni le pays, ni la for- celle triste union , et ces enfants elles-mêmes
ex~loits d'une teinte de royalisme, il ab1ttait tune... Les conseils mêmes de la mère ne n'échappaient pas aux brutalités de leur père:
nmtamment, dans les villages où il opérait, furent malheureusement pas écoutés, et elle une note écrite de la main de Mme Acquet est
'
les arbres de la liberté, Las enfin « d'un mé- se trouva obligée dti donner son consentement sur ce point, d'une ~l,,quence navrante :
li. Acquet assommait tous les jours ses enfants .
tier où il n'y avait que des coups à recevoir au mariage, les lois d'alors accordant toute
et sa tète à perdre J&gt;, il vint à Rouen chercher liberté aux filles et les autorisant à secouer le il me maltraitait aussi sans cesse: c'était souven~
fortune; sans doute, avant de s'introduire chez joug salutaire de leurs parents. l&gt; Les dates avec des cotrcts qu'il corrigeait ses enfants et s'en
~cr_vait toujours lorsc1u'il_les faisait lire; elles
Mme de Combray, avait-il eu soin de se ren- de certaines pièces complètent sans ménagt!- etaien~ lOUJours toutes noires des coups qu'elles
seigner•. Il savait trouver là une riche héritière menLs les périphase; discrètes de Bonnœil; reccva1cnt.

.1

Jacqucs-Fra_nçois Acquet, chevalier seigneur d'Jlautcporte, de Fe~ol_lcs cl autres lieux, chevalier de l'ordre
royal et m1hta1rc de Saint-Louis, el de dame Jeanncl'aulc_ Cordier,. ses père el mère, ledit Louis, né d'hier.
P,arrarn: mcsme Louis ~e Losjle, _prêtre doyen et curé
d Oyron, marrame: demo1sPlle Lou1se-Charlolle Acquet
sa_sœur, qui _a dé~laré ne savoir signer. »
'
1. Son dosswr n existe aux archives du ministère de
la Guer1:~ q11e sous la forme d'une chemise vide de
toules, p1eces. _0)1 i:elève le n~m d'Acquct de Férolles
dans I Etat rmlzlatre de la h·a11ce comme sous-lieutenant, puis li1;utenantde Brie-infanterie, 1782 à 1i9 I.
A celte dernière dale le régiment était en effet à
Lille. Acqu~t ligure également sur les cont;ôles du régiment de Brie.
2. «... 11 avait été bien auparavant condamné à vingt
an~. au chàtea~ de Saumur, pour un fait si honteux
qu 1! faut le ta,_re. » Note de Bonnœil. Archives de ta
fam,lle de S~rnt- Yictor. B~nncr•il exagère : sur les
contrôles du regiment de Bric, aux archives du ministère de la guer~·e! on trouve, au nom d'Acquet, celle
men!1on : • 10 Jmlle_t 1780 - condamné par le tribunal a trois ans de prison à Saumur. »

3. «... Il fait conduire le nommé :Uercié, garde du
duc de Bouillon, demeurant à• Sainte-'.llarguerite-desBeaux, près Breteuil, à un endroit écarl~ de la forêt
où il le fait ma~sacrer; et, comme le fils de ce Mercié
vint pour dégager son père, il ordonna, de sang-froid,
à Gérard Saint-llclme, son second (ce Saint-llelme,
dit Gérard, a été fusillé à la suite de cette affaire-là
à Rouen, il y a six ou sept ans) de s'en débarrasser;
mais comme une telle barbarie répugnail à la lroupe,
composée pour la plupart de jeunes réquisitionuai~es
égares, on dit qu'il le tua lui-même d'un coup de sa
carabine... •
~oie de la main de Bonm.eil. Archives de la famille
de Saint-\'ictor.
4. • li a cherché à avoir des renseignements sur la
fortune ... » Nole de Bonnœil.
5. Ceae pièce èlranfe se trouve dans les Archi,·es
de la famille de Saint-\ictor; l'acte n'estsignéque des
seuls conlraclant:1 et non point des amis et parents
dont le consentement semble y être annoncé, Mlle de
Combray signe Charlolte: ce prénom qui ne figure pas
à son acte cle baptème élait sans doute celui qu'on lui
donnait familièrement.

- 235 -

, 6. Extrait des actes de )'état. ci~il de la commune
d A~bevo1e (Eure) : • Ce .~ourll hm, 26 1·endémiairc
&lt;le l_an V ( l '7 octobr_e _1_~90 1.. . est comparu le CÎtùyen
Louis Acq\1ct, \lom1c1lie en cette commune, lequel
a_ccompagne du citoyen Claude ~otlier, bourgeoisrlomici~
héen celle commune, cl de la ~1~~enne Marie-Françoise
Lambert d_e Chalange, dom1c1hee au Pelit-Ant.lelys
cauton dudit lieu, lesquels m'ont déclaré que la cito:
yen ne Lou1s~-Charlotte_ de Combray, domiciliée en celle
co~munc,. epouse du c1toren .L~uis, Acquet, est accouchee lner, a une heure apres-m1d1, d une enfant femelle
laquelle m'a été representée, et à laquelle ils ont
donné le nom de Charlolle. •
7. Acquet s'installa à Donnay au mois de frimaire
an VI (décembre 1797).
8. Mémo!re po!-'r MM. Ilf lie de Bonnœil et /Jélie de
Combray, a Falaise , de 1imprimerie de Brée frères
en 1806.
·
•
9. Nous n'av?ns pu _tr~uver l~ace d~ la naissance de
cette _seconde hile. q~1 s ap~ela1t !larie-1Ienrie1te-Clément111c. Une lro1s1eme hile, Marie-Céline-Octavie
naquit plus tard, en 1801. Nous retrouverons ces !roi~
cnfanls.

�1f1ST0-1{1.l!
Il me doooa un jour un soufflet si forl que le
sang m'en a jailli rlu nez el de la bouche, et que
j'en restai un momrnt sans connaissance ... . 11 a été
chercher ses pisloleL&lt;: pour me lmiler J;-. ce1·vclle,
ce qu'il aurait fait s'il ne s'était pas trouvé du
monde ....
11 élail toujours armé d'un poignard qui ne le
quilhlÎt pas 1 •

Au mois de janvier 1804, Mme Acquet s'était
résolue à s'enfuir de cet enrer; profitant d'un
voyage de son mari en Vendée, elle lui écrivit
qu'elle renonçait à la vie commune et courut
à Falaise demander asile à son frère Timoléon
rentré depuis peu en France'. Celui-ci s'entremit pour éviler un scandale et obtint de sa
sœur qu'elle réintégrerait le domicile conjugal.
Mme Acquet suivit ce sage conseil; mais elle
ue put se décider à revoir son mari, revenu
en toute hâte et qui, trouvant fermée la porte
du château où elle s'était barricadée, fit constater par le juge de paix du canton d'Harcourl,
assisté de son gref6er et de deux gendarmes,
que sa femme refusait de le recevoir 3 • .AJant
enfin trouvé, un beau matin (( son sPcrétaire
forcé et tous ses papiers enlevés J), elle revint
à Falaise, obtint un jugement l'autorisant à
habiter chez son frère et déposa une plainte
en sépara lion.
Les choses en étaient là à l'époq11e du procès
de Georges Cadoudal. Acquet, dont la foreur
s'exaspérait de la résistance que rencontraient
ses projets, jura qu'il tirerait de sa femme et
de tous les Combray une vengeance éclatante :
il:, devaient, pour leur malheur, donner trop
facilement prise à sa haine.
Après trois années passées à Rouen, Ume de
Combray était rentrée, au printemps de 1796,
à son château de Tournebut: elle y apportait
intactes ses rancunes ro~ alistes et ses tenaces
illusions. Elle avait déclaré la guerre à la
Révolution et croyait la victoire assurée dans
un très court délai.
C'est un effet assez ordinaire des passions
politil1ues que d'aveugler ceux qu'elles dominent au point de leur présenter comme des
réalités imminentes leurs désirs et leurs prévisions. Mme de Combray escomptait si impatiemment le retour du roi que l'une des raisons
qui l'avait-nt décidée à regagner son château
était d'j- préparer des appartements pour
y abriter les princes el leur suite au cas où le
débarquement tant attendu s'effectuerait sur
la côte de Normandie. Déjà, en 1792. Gaillon
avait été dé:5igné pour se rvir d'étape à
Louis XVI, s'il s'était décidé à renouveler ,,ers
1

1. Archives (le la famille dt Saint-Victor.
'2. Idem.

3. Procès-verbal de Jacques-François Bullct,jugc de
paix du canlon dïlarcourL 1 nivôse. an XII.
4 On pense qu'un souterrain unissait le grand au
petit chàteau, et la découverte assez récente d'une
sorte rle cave sous la pelouse du parc actuel donnerait
du poids it celle opin10n.
5. « Le 1t prairial an VI (50mai 1708), vente pal'
le citoyen Hue il la citoyenne Gouin, veuve llêlie. Jlenry-Guillamne Hue demeurant en la commune de
Bougy (Ca\l·ados) ,,end à Genevihe Gouin, veuve du
citoyen Armand-Emm,muel JIJlic, demeurant à Rouen,
rue du Champ-des-Oisf'aux, n° 56, une maison de
propriêtaire, cour, jardin et petite forme ... le tout
situé en la commune d'Aubevoie, près Gaillon; ladite
petite ferme contenant, tant en maison, bâtiments,
terres et vigues, coteaux, masure, labour cl bois taillis,
environ hu1L acres, y comr,ris la maison de propriétaire. Celte vente est de mit mille francs de principal que ledit citoyen Hue reconnait avoir reçu ce

TOW{JI/F.1JUT - - ,

la mPr la tenta live arnrlée à Varennes; le
chàteau de Gaillon n'était plus, en 1796,
habitable; mais Tournebut, qui en était voisin, devait, dans l'idée de la marquise, offrir
les mèmes avantages, .se trouvant, à peu près,
à mi-chemin entre la côfe et Paris. Son isolement permettait, d'ailleurs, d'y recevoir des
hôtes de passage sans éveiller les soupçons, et
ses vaste:, cachettes, où pouvaient se terrer
soixaute à qualre-vingts personnes, favorisaient des conciliabules clandestins.
Pour plus de sùreté encore, Mme de Comhra-y fit, Yers cette époque, l'acquisition d"une
assez vaste maison, située à quelque deux
cents mètres des murs de Tournebut et qu'on
appelait Gros-Mesnil ou le Petit-Château.
C'était un pavillon à deux étages, çoiffé d'un
haut toit d'ardoise; la cour qui le précédait
était entourée de (&lt; masures &gt;) et de bàtiments
de service: une muraille assez haute fermait
de tous cûlés celle propriété qu'une sente discrète mettait en communication a\'ec l'une
des petites portes pratiquées dans la cloture
de Tournebut~.
A peine en possession du Petit-Châleau 5 ,
Mme de Combray y fit construire deux vastes
cachettes; elle employait à ces besognes confidentielles un homme sûr, nommé SoJer, qui
cumulait à Tournebut les fonctions d'intendant, de maître d'hôtel el de valet de chambre.
Soier était né à Combray, l'une des terres
que la marquise possédait en Bisse-Normandie, et était entré à son service, en 1791 ,
à seize ans, en qualité d'aide de cuisine 6 ; il
avait suivi sa maitresse à flouen pendant la
'ferreur et, depuis le retour à Tournebut,
elle l'avait chargé de la remplacer daas l'administration de son domaine; il avait, à ce
titre, la haute main sur la domesticité du
château, qui se composait de six personnes,
parmi lesquelles la femme de ehambre Querey;
et le jardinier Châtel 8 méritent une mention
particulière.
Chaque année, vers Pâques, .Mme de Combray se faisait conduire à Rouen où, sous
prétexte d'emplettes et de loyer à toucher,
elle séjournait un mois; Soyer el Mlle Querey
seuls l'accompagnaient. Oulre sa mai.son patrimoniale de la rue Saint-Amand, 'elle avait
gardé son discret immeuble du faubourg
Bouvreuil qui continuait à servir d'asile à des
proscrits' recherchés par la police du Directoire et. d'entrepôt aux réfractaires de la région, assurés d'y trouver des engagements et

les moyens de rejoindre l'armée, royale. Tournebut lui~mèmc, admirablement situé pour
servir de passage et de lieu d'étapes entre Ja
Haute et la Basse-Normandie, devint le refuge
indiqué de tous les partisans qu'un coup
hardi signalait aux autorités de l'une ou de
l'autre rive de la Seine, totalement sPparées
à cette époque par la rareté et la lenleur des
communications. et plus encore par la centralisation policière qui excluait, pour ainsi
dire, tous rapports directs entre les diverses
autorités départementales. C'est ainsi que,
de 1796 à 1804, Mme de ComLray, devenue
chef de parti c&lt; aYec cet avantage de n'ètre
connue dans ce sens que par le parli luimême 10 &gt;&gt;, hébergea ]es chefs les plus compromis de la Chouannerie normande, étranges
héros auxquels leur bravoure fo]le avait
créé une renommée légendaire et dont les
noms se retrouvent à peine, douteusement
orthographiés, dans les récits des historiens.
Au nombre des hôtes qui séjournèrent à
Tournebut était Charles de Margadel ", l'un
des o.rnriers de Frott~. qui avait organisé une
police royaliste à Paris it même, d'où il s'échappait pour venir faire le coup de Ît'u dans
l'Eure, sous les ordres d'Hingant de Saint.Maur, autre habitué de Tournebut, qui !
prépara son étonnante équipée de Pacy-surEure.
Outre Margadel et Hingant, Mme de Combray avait, le plus sôuvent, offert asile à Armand Gaillard et à son frère Raoul1 5 , dont
nous avons conté ]a mort. DcvilJe, dit Tamerlan, les frères Tellier, Le Bienvenu du
Buc, l'un des officiers de Hingant; un autre
encore, caché sous le 110m de Collin, dit
Cupidon; un :,:padassin allemand, nommé
Flicrlé, dit le ~la1'Chand, que nous retrouverons, éLaient également ses bôles ordinaires,
sans compter les Sauve-la-Graisse, les San~Quartier, les Blondel, les Perce-Pataud, comparses sans nom et sans histoire qui étaient
toujours assurés de lrouYer, dans Jes cachettes du grand château ou dans la Tour de
l'Ermitage, refuge et secours 14 •
C'étaient là des locataires compromettants,
et il n'est que trop facile d'imaginer à quel
passe-temps occupaient les loisirs de leur
retraite à Tournebut ces gens depuis longw
temps dégoûtés des occupations régulières, et
pour qui la lutte et le danger étaient devenus des besoins impérieux. Une statistique,
difficile à établir, fournirait sur ce point des

jour, en espèces d'or et d'al'gcnt ayant cours, de ladite veuve Hélie... D
Archives du greffe de la Justice de paix de Gaillo11.
Quelques années plus tard, en juin 1800, Mme de
Combray, 11e se réservant que le petit château proprcme11l dit, donna à Lail pour 1rois ans, à Claude
Bachelet d'Aubevoie, les terres, bois et vignes qui en
dêpenda1ent.
ti. Interrogatoire de Jean-Henry Soyer, 31 octobre 1808. Archives du greffe de la Cour d'assises de
Rouen.
7. Catherine Querey, âgée de !rente-sept à trentehuit ans {en 1807), née à Fromanville, près de PontAudemer. Archives du greffe de la Cour d'assises de
l\ouen.
8. Nicolas Châtel, né à Saint-Cyr-du,Vandreuil, âgé
de vinpt-six ans (en 1807 ). Archives du greffe de la
Cour d as~i~f's de Rouen.
9. 4 - J1avais loué une maison qui leur aait consacrée et où ils trouvaient toules les caches nécessaires à leur sùrelé, D Lettre de Mme de Combray

au roi Louis XYIII. Archi\·es nationales, F' 81i0.
10. Rapport du Préfe t de la Seine-Inférieure. Archi,·es n:ilionalei:i, F' 817'1.
11. La note de la Sicotière sur Margadel est très
confuse. Voir de préfl!rence, sur ce p~rsonnage. un
pa~sage des Mimofre&amp;d' l/yde de !Yeuville, t.1, p. 284.
12. o: ~'aitcs-\•ous rendre complede tous les indivi•
dus qui sont logés chez Coulal, restaurateur, en face
d~ la rue de Chartres ... c'est dans cette maison que
logeait Margadel. Faites une recherche rigoureuse
dans cetle maison . C'est là que s'adressaient autrefois
les lettres du Comité anglais. ll
Archives de la Préfecture de Police. Affaire du
5 nivôse.
13. 11 Le. peu de ressources qui nous restait encore
élait consacré à sauver du glaive vos fid éles serviteurs
el j'ai eu à re.gretter le chevalier de Margadelle,
Raoulle, Tamerlan el le jeune Tellier •.•. ll Lettre de
Mme de Combray à Louis XVIII.
14. Quand Saint-Réjant, l'auteur et la victime de la
machine infernale de la rue Saint-Nicaise, vint à

""'236 -

présomptions saisissantes : - en septembre 1800, les deux diligences de Caen à Paris
sont a:rêt~es ~ot~e Evreux et Pacy, au lieu
nomme R1q111qui. par deux cents brio-ands
bien armés: 48.000 livres de fonds, appartenant à l'Etat,sonl soustraites. - En 1800 encore, la diligence de Rouen à Pont-Audemer
est attaquée par vingt chouans qui enlèvenl,

'

'

quelques jours plus tard, la malle de Caen
à Paris est dévalisée par six brigands. Sur la
grande route de la rirn droite, les attaques
de diligences sont fréquentes à la côle de
Saint-Genais, à la montée d'Authevernes, au
vieux moulin de Mouflaines 1 • Beaucoup plus
tard seulement, quand le château de Tourm·but fut connu pour un repaire a\'éré. dr.

LA FAl'ollLLE DE COMBRAY. -

D'apresun tableau appartenant à M.

LE

Paris par Vernon et par Magny-en•Vcxin où
les courriers avaient été si souvent arrêtés! i&gt;,
il pouvait bien avoir servi de centre à ces
opérations et, comme les auteurs en étaient
demeurés introuvables, on les porta toutes à
l'actif de Mme de Combray. li faut bien reconnaitre que cette accusation rétrosprctive
et sans preuves certaines n'avait rien de trop

Co;,,nE DES

ALLEURS,

De gauche a jro,tc : ,\rmand-Timo!éon de Combray; ~ouise-Gene\'iève de Combray (Mme d'll ouel de la Pommeraye\: Caroline de Combrai· C,lme Acquet de
Férolles;; J ean-Louis Alexandre de Combray, chevalier de Bonnœil; .l\lmc de Combray.
·

une partie des fonds qu'elle transporte. En 1801, vol d'une dili~ence près d'Evreux;

chouans, les autorités songèrent que &lt;! par sa
situation à égale distance des deux roules de

Paris pour prêparer son crime, il arrivait d'une \ocnlil~ du ~éparlcmcn t de l'Eure qu'il s'obstina à ne
poml dé~19ncr : on ~ut seu lc~enl qu'il étai t muntè
en rouJe dans ~ne ,:01ture puUltque ,·enant d'Eneux.
Pour se loger. 11 priL le premier 110m qui lui passa
j~ar l'esprit cl ~e ful celui de Soyer, le nom de
1 homme de confiance de Mme de t.:omlirav. Il n'est
pas interdit rle supposer qüe sa derniOre étape a\'ait
&amp;Lé Tournebut.
) . La fréquence de ces arrestations de dili,,.enccs
a11ola1L la police de /'arîs : dans les cartons det&gt; documents relatifs à l'affaire du 5 nivôse on trouve aux
Archin!s de la préf~c~ure de police la' nole que Yoici r
~ « ~e vol, J~s dilrgences et de tous les fonds pubites s organisait chez üourmon! 1 sous la direction du
ci-de\·a11t chen lier d~ Luxembourg et de tlalartic,
demeurant rue Florentm , en entrant par la rue Jlonoré
le premier hôtel à gauche.
'

téméraire. Le vol des fonds de l'Etat était
une bagatelle pour dés gens que dix ans de

Les êtres secondaires chargés de l'exécution de cet
in~âme briganclage sont les particuliers dont les noms
SUJ \'Cllt :
- Charles Godet, à P:iris.
- I.e~ deux frères Le Pclleti, r, qui rc~tent du cùté
d'A vranches.
- Daguerre le jeune (sic ), à Paris.
- Charles Sour1lak (sic), a Paris.
- Bernard Sourdak, rue des Auguslint
- Godin,. hôtel oll a ·logé \'Empereur.
- I.e petit Alexandre, i'1 Paris,
- El Chappedelaine, hûtel de May~nne, rne du
Four-Honoré.
On entretenait, pour l'exècution de ces horrililes fo1·faits. U';'e trentaine d'hommes qui recevaient 60 francs
par mots et le Yètcment : ces hommes n·ont aucun
domicile.
Le dépôt de tous les secrets de celle société se

t,rouve rne ~euve-Sainte-C~tl~erine. maison d'un 1onnel1cr, ..chez les filles Fr_ém1ll1011, au quatrième, sur le
rlerricrc. dans un ?·,limet mansardé clans lequ el se
trouve u!'e cache q.ui n est.connue que des demoiselles
en question. c.~s _filles doivent aussi ètre dépositail'es
du secrel de l mfernale age.nec anglaise.
Dans tous les cas, on ne risque rien de fouillf'r tout
le corps ~e logis du 1c!·rière de la maison habitée par
les demoiselles Frém1llion et une dame au premier
amie intime de Sourdak le père. 11
'
• Archives de la préfecture de polire. Alfai1·e du S niYose.
On pc~t. cons~ller aussi, sur les aUenlats que nous
venons d enul?er'o!r, le~ notes de la Sicotièr~. Voir
Fl'Otlé et les 11/SutTrctwns normandes t 'I pp 290
457,647, 6i8, etc.
' ·' ' ·
'
2.. Happor.L du prêfct de la Sei ne-Inférieure à Réal
Arclnves nalJOnales. fî 817'1.
'

�• - mSTO'/t1.Jl

T OUR_N'EBUT

guerre acharnée avaient blasés sur tous les brigandages; on conçoit, au reste, que le piège
odieux tendu par Bonaparte à Frotté, si populaire dans toute la région normande, l'exé-

C'est à Tournebut que d';\ché s'était réfugié. JI avait quitté Paris dès la première heure
de l"ouverture des Larrières et, soit qu'il eût,
plus habilement que les !rères Gaillard, dépisté les surveillances, soit, ce qui est probable, qu'il pût, d'une traite, gagner SaintGermain, où nous savons qu'il avait un asile,
et, de là, sans avoir à risquer le passage d'un
bac ou d'un pont, sans s'arrêter à aucune
auberge, franchir en un jour les quinze lieues
qui le séparaient de Gaillon, il arriva sans
malencontre chez Mme de Combray qui referma immédiatement sur lui Ja porte d'une
des caches du grand château 1 •
Tournebut élail pour d' Acbé un lieu familier, des liens de parenté l'unissaient à Mme de
Combray et, bien avant la Révolution, quand
il était « en semestre )&gt;, il y avait fait d'assez
longs séjours, alors que la &lt;&lt; grand'mère
Brunelle » vivait encore. JI y était revenu
depuis et avait passé là une partie de l'autonrne de 1805. Une grande réunion y avait
eu lieu à cette époque, sous prétexte de fèter
le mariage de M. du Hasey, propriélaire d'un
château voisin de Gaillon. Du Hasey était
l'aide de camp de Guérin de Bruslard, le fameux chouan que Frotté avait désigné pour
son successeur dans le commandement en
chef de l'armée royale, et qui n'avait eu qu'à
la licencier; c'est dire que celte réunion, dont
la mention revient souvent dans les ra pporls,
avait dû prendre, par le choix et la qualité
des convives, une importance plus grande
que celle d'un simple repas de noces.
D'Aché apprit à Tournebut la proclamation

de l'Empire et l'exécution de Georges. C'était là, semble-t-il, la fin des espérances du
parti royaliste : de quelque côté que l'on se
tournât, nulle ressource; plus de chefs, plus
d'argent, plus d'hommes : s'il restait dans
les campagnes de l'Orne et de la Man_che
nombre de réfractaires, il était impossible
de les grouper et de les solder. De jour en
jour la machine gouvernementale gagnait en
force el en autorité; au moindre mouvement
la France sentait se resserrer cet étau de fer
auquel elle était prise, ravie, d'ailleurs, ou,
tout au moins, stupéfaite et grisée; et si grand
étoil le prestige de l'extraordinaire héros qui
personnifiait à lui seul tout le régime, que
ceux mêmes qu'il avait vaincus ne déguisaient
pas leur admiration : le roi d'Espagne - un
Bourbon! - lui envoyait les insignes de la
Toison d'Or. Le monde fasciné se donnait, et
nulle histoire n'offre l'exemple d'une puissance matérieUe et morale comparable à ce
que lut celle de Napoléon dans le temps où le
Saint Père passait les monts pour venir reconnaître et saluer en lui l'instrument de la
Providence et le sacrer César au nom de
Dieu.
C'est pourtant à la même époque que
d'Aché, proscrit, reclus dans les cachettes de
Tournebut, sans un compagnon, sans un sou
vaillant, sans autre conseil et sans aulre allié
que la vieille femme qui lui donnait asile,
conçut l'étonnant projet d'entrer en lutte
contre l'homme devant lequel toule l'Europe
s'agenouillait. Ainsi présentée, la chose paraît
folle et, sans doute, les illusions royalistes
de d'Aché l'aveuglaient-elles sur les conditions du duel qu'il allait entreprendre. Mais
c'est l'histoire de ces illusions mêmes qu'il
est d'autant plus intéressant de suivre qu'elles
étaient communes à bien des gens pour qui
Bonaparte, au faîte de sa puissance, ne fut
jamais qu'un crimintl audacieux, dont la
grandeur factic~ était à la merci d'un coup
de main.
La police de Fouthé n'avait pas renoncé à
découvrir la retraite du lugitil. On le cherthait à Paris 2 , à Rouen, à Saint-Denis-duBosguérard, près de Bourgthéroulde, où sa
mère possédait une petite propriété; on le
guettait surtout à Saint-Clair où sa femme et
ses filles étaient rentrées après l'exécution de
Georges. On leur avait ouvert les portes de la
prison des Madelonnettess en leur fais'ant
savoir que, par mesure de haute police,
elles eussent à se retirer à quarante lieues
de Paris et des côtes; mais les pauvres
femmes, presque sans ressources, n'avaient
point tenu compte de cette injonction, et on
tolérait leur présence à Saint-Clair dans l'espoir que d'Aché se lasserait de sa vie no-

made et viendrait se faire prendre au gîte.
Quant à Placide, dès qu'il se vit hors du
Temple et qu'il eut conduit chez elles sa
belle-sœur et ses nièces, il regagna Rouen où
il arriva vers la mi-juillet. Il n"était pas
installé de la veille dans son logement de la
rue Saint-Patrice qu'il reçut - sans qu'il
pût dire d'où ni comment - une lettre lui
annonçant que son frère cc s'éloignait pour
ne pas compromettre davantage les siens, et
qu'il ne reviendrait en France qu'à la paix
générale, espérant obtenir alors du gouvernement la permission de finir ses jours au
milieu de sa famille 4 l) .
D'Acbé, pourtant, vivait à Tournebut sans
grand mystère. Pour toute pr,foaution il évitait de sortir de la propriété et il avait pris
le nom de Deslorières, qui avait été l'un des
pseudonymes de Georges Cadoudal, « comme
s'il avait voulu se désigner pour son successeur5 J&gt;. Les domestiques, peu à peu, s'habituaient à la présence de cet hôte que Mme de
Combray entourait de soins, u parce qu'il
avait en, disait-elle, des désagréments avec
le gouvernement )&gt;. Sous prétexte de réparations entreprises à l'église d'Aubevoie, le
curé de la paroisse était invité à venir, chaque
dimanche, célébrer la messe à la chapelle
du château, et d'Aché pouvait ainsi assister à l'office sans se montrer dans le village.
Les jours passaient sans doute avec lenteur pour cet homme accoutumé à la vie la
plus active; il rêvait du retour du roi avec sa
vieille amie; Bonnœil, qui séjournait une
partie de l'année à Tournebut, donnait lecture
d'une oraison funèbre du duc d'Enghien,
pamphlet virulent que les royalisles se passaient de main en main et dont il avait pris
copie. Que de lois d'Aché ne dut-il point
arpenter la magnifique allée de tilleuls,
encore debout a11jourd'hui, seul vestige de
l'ancien parc. li y a là une table de pierre
verdie sur laquelle on aime à penser que cet
homme étrange s'accoudait quand il songeait
à son rival et que, du fond de sa retraite, il
façonnait l'avenir au gré de ses illusions
royalistes, comme l'autre, dans son Olympe
des Tuileries, au caprice de son am~
bilion.
Celle e:xistenced' oisiveté et de recueillement
dura plus de quinze mois. Depuis la fin de
mars 1804, date de son arrivée à Tournebut,
jusqu'au jour où il s'en éloigna, il ne parait
pas que d'Aché reçut d'autre visite que celle
de la dame Leyasseur, de Rouen, qui, s'il
fallait en croire certain rapport de police,
aurait été simultanément sa maîtresse et celle
de Raoul Gaillard. A la vérité, elle était une
amie dévouée des royalistes auxquels elle

1. « Mme de Combray m'a parlé d'une cachellc
dans le grand châleau, niais sans me ta faire voir, en
me disant qu'elle nvait servi à rr.Lirer Deslaurières
(d'Aché) apres l'alli:iire de Georges, à Paris. , Interrogatoire de Lefebvre, 22 août 1808. Archives du greffe
de la Cour d'assises de Rouen.
2. Bulletin de police du 11 ,·endémiaire an XIII (3 oc
tobre 1804). r Alexandrine d'Aché: une pièce dêposée
à la Cour criminelle prouve que le sieur Daché, son
père, était un des conspiraleurs, et que sa famille
étail iniliCe dans le secret du complot. On sait, d'ai1
leurs, que cet indi1·idu êlail lié avec Raoul Gaillard

et qu'il s'Ctait reu_ni à Georg~s dans J; dernier ~·oyage
que ce chef de br1gan!ls a [ait à 1~ cote. ~urre!ller la
demoiselle de passage a Paris etqu1 pourrait arn1r pour
but de suivre une nouvelle intrigue ou de donner des
soins à son /1ère qui y serait caché. Continuer à re
chercher ce ui ci donl on rtonne le sigualemenl. 11
Archives nationales, AF •• 1491.
5. « Jearme-Louisc d'Aché, née Roquefeuille, RenCe-Louisc ,\'Aché. Caquera y dit De Lorme , cl Miche1
Louis--Placide d'Aché, do11l YOUS rn'nct ordonné la
mise en liberté, ont pris leurs passeports. Leur d~pllrt a été surveillé, les trois premiers sont parhs

pom· Saint-Clair, prC~ qournay, l'autre pour Ro_!)en. b
Rapport à Réal, 10 Juillet 1804. Ar. nat. F7 6:,97.
4. Interrogatoire de Plaeided'~ch~, 31 octobre 1808.
Arehi1·es du greffe de la Cour d assises de Rouen.
5. Rapport du préfet de la Seinc-Inrérieure. Ar
cl1ivcs nalimrnles, F' 817'1. li esl possible que d'Achè
utilisât depuis longlemp~ ce surnom. Nous avons ren
contré dans les Archives de la famille de Snint-Victor
un diplùme de franc-maçon au nom du F. ·. de Lorière,
daté de l'an de la vraie Lumière 4786. P eu t-êire
est ce la un document laissé par d' Achë à Tournebut
et qu'avait eonsenê Mme de Combray.

cution sommaire du général et de ses six

officiers, l'assassinat du duc d'Enghieo, la
mort de Georges - presque un dieu pour la
Chouannerie- et de se.s braves compagnons,
on conçoit que ces faits, succédant à tant

de fusillades, d'emprisonnements sans jugement, de trahisons policières, de guets-apens,
de dénonci~tions payées et récompensées à
l'égal de hauts faits, aient exaspéré les royalistes vaincus et envenimé leur haine au point
que tous les moyens d'action leur parurent
acceptables : tel était l'état d'esprit de Mme de
Combray au milieu de l'année 1804, date à
laquelle nous avons arrêté le récit des mal-

heurs conjugaux de Mme Acquet de Férolles,
el il justifiait le mot de Bonald : « Des sottises faites par des gens habiles, des extravagances dites par des gens d'esprit, des crimes
commis par d'honnêtes gens, ,,oilà toute la
Révolution. &gt;&gt;

4

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4

--~

avait rendu de signalés services et c'est par ment, l'Empire de.Napoléon s'écroulerait sans
armée de volontaires à panaches blancs, il
elle que d'Acbé, pendant sa réclusion à Tour- quïl fùt besoin de porter un seul coup.
irait ~ecevoir Sa Majesté, la vieille marquise
nebut, ~arvint à se tenir au courant de cé qui
Tel était l'éternel sujet des causeries que mettait la dernière main à la disposition des
se passait en Basse-Normandie. Depuis la pa
~[me de Combray el son hôte entrecoupaient
cification générale, la tranquillité y était, en d'interminables parties de cartes ou de tric- appartements depuis longtemps préparés pour
abriter, sur le chemin de Paris, le roi et sa
apparence du moins, rétablie; la
suite; même, pour perpétuer le souChouannerie semblait oubliée; mais
venir de cette visite, qui devait èlre
la conscription n'enlrait pas dans les
la
page glorieuse de l'histoire de
mœurs des classes rurales, et la riTournebut,
elle avait fait recrépir
gueur avec laquelle elle était appliquée
et orner d'un fronton l'ancien bâtiindisposait la population : le nombre
ment du château que Marillac avait
des réfractaires et des déserteurs
laissé inachevé!.
augmentait à chaque réquisition;
Au mois de juillet 1805, après
protégés par les sympathies des payplus d'un an passé dans cette solisans, ils se dérobaient facilement aux
tude, d'Aché jugea le moment d'agir
recherches; les gens de la campagne
arrivé
: l'empereur allait partir pour
les considéraient bien plus comme
combattre
une nouvelle coalitions ;
des victimes que comme des rebelles
le sort des armes pouvait lui être déet ]es nourrissaient quand ils poufavorable; il suffisait d'un échec pour
vaient les accueillir sans être vus. Il
ébranler
sur ses bases mal affermies
y avait là les éléments d'une nouvelle
le
nouvel
Empire que mainter:ait
insurrection auxquels viendraient se
seul
le
prestige
d'une armée toujours
joindre, si l'on parvenait à réunir et
victorieuse.
Il
s'agissait
de profiter
à équiper ces réfractaires, tous les
de
cette
chance
au
cas
où
elle
vînt à rn
survivants des bandes de Frotté,
présenter.
D'Aché
devait,
d'ailleurs,
exaspérés de la rigueur du nouveau
pour se ttnir à portée de la croisière
régime et des maunis traitements
anglaise, se rapprocher du Cotentin;
des gendarmes.
il comptait, dans cette région, des
La descente d'un prince français
amis dé\ oués et savait y trou ver
sur les côtes de Normandie devait,
des retraites sûres; de son côté, Mme
dans l'esprit de d'Aché, opérer le
de Combray, prenant prétexte de la
groupement de tous les mécontents.
foire de Saint Clair qui se tenait, chaBien persuadé qu'il sulfirait d'anque année à la mi-juillet, aux envinoncer à M. le comte d'Artois où à
rons du château de Donnay, pouvait,
l'un de ses fils, que leur présence
sans donner prise aux soupçons, con
était désirée par les fidèles popula&lt;luire son hôte jusqu'au delà de Fations de l'Ouest, pour décider l'un L'ALLÉE DES TILLEULS DE TOURNEBUT, TELLE QU'ON PEUT LA VOIR
laise. On résolut donc de se mettre
ENCORE
AUJOURD'HUI
d'eux à passer le détroit, il projetait
en route et, le 15 juillet 1805, la
de se rendre en Angleterre afin d'en
marquise quittait Tournebut avec
rorter lui-mê~e à Hart,~elll'invitation; peut- trac; dans leur oisiveté fiévreuse, isolés du son fils Bonnœil, dans un cabriolet que menait
etre ne pourrait-on empecher le roi de prendre reste du monde, ignorant tout des nouvelles d'Acbé vêtu en postillon'·
en personne la tète du mouvement et de dé- idées et des nouvelles mœurs, ils se calfeuC'est en cet équipage qu'entrait en campabarquer, ie premier, sur la terre de France; traient dans leurs illusions et se grisaient de
gne, sans autre ressource que son courage et
c'était la secrète conviction de d'Aché, et, dans leurs ulopies au point de leur donner la cousa foi royaliste,cet homme dont le rève était
l'ardeur de son crédule enthousiasme. il avait leur d'une réalité. Et, tandis que le proscrit
de changer la face du monde; et l'on songe,
la certitude qu'à l'annonce d'un tel événe- étudiait l'endroit de la côte où, suivi d'une
malgré soi, en présence de cette héroïque c:m1. ~lie était chargée, dit•011, de la corre5pondance
informé, « avant même notre gouvernemenl D. des
deur, au départ du héros de Cervantès,
a1•cc I Angleterre. Rapport Ju préfet Je la Seine4
préparatifs de la coalition et c1u'il eùt quitté Tourquittant un beau malin sa gentilhommière,
Inférieur~. Archives nationales, F' 8172.
nebut 11: deux mois avaut que l'Empereur quittiit les
2, Celte nouvelle lacaJe, en regard de la Seine
muni d'une vieille rondache et couvert d'une
Tuileries
». On en concluait qu'il était ires informé
portait, au fronton, la date de 1801..
'
iles projets de l'Angleterre el qu'il y ai:aîtdes corresarmure démodée, pour aller, poussé par une
. Titres de {a prnpriélé communiqués par Mme Le
pondants.
V1lla1n, propriétaire actuelle du domaine rle Tournebul.
folie sublime, prendre le parti des oppri4. Rapport du préfet de la Scine Inferieure. Ar
3. La police s'étonna, plus la1·d 1 que d'Aché eùl été
chives nationales, F1 8172.
més el déclarer la guerre aux Géants.
1,

4

1

4

4

4

4

G. LENOTRE.
(A suivre.)

�·r--

ffiSTO'J{l.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - '

ques voix ont rrié : \'i,,e la République!
Il est retourné lentement à sa place. Son cousin Napoléon, fils de Jérôme, celui qui ressemble tant à l'empereur, est venu le féliciter
par-dessus M. Vieillard.
.
Du reste, il s'est assis sans dire un mot à
ses deux voisins. Il se tait 1 mais il paraît
plutôt embarrassé que taciturne.

Louis Bonaparte
Les Débuts
24 septembre 1848.

Louis Napoléon a paru aujourd'hui à l'Assemblée. li est allé s'asseoir au septième banc
de la troisième travée à gauche, entre M. Vieillard et Il. llavin.
li parait Jetrne, a des moustaches et une
royale noirrs, une raie dans les cheveux.
Cravate noire, habit noir boutonné, col rabattu des gants blancs. Perrin et Léon Faucher,' assis immédiatement au-dessous de lui,
n'ont pas tourné la tête. An bout de quelques
iuslants, les tribunes se sont mi.:ies à lorgner
le princ~, et le prince s'est mis à lorgner les
tribunes.
26 seplemlirc.

Louis Bonaparte est monté à la tribune
(5 h. 1/4). Redingote noire, pantalon gris. li
a lu, avec un papier chilfonné à la main. On
l'a écouté dans un profond silence. Il a
prononcé le mot compatriotes avec un
accent étranger. Quand il a eu fini, quel-

9 octobre.

Pendant qu·on agitait la question de la présidence, Louis Bonaparte s'est absenté de
l'Assemblée. Cependant, lorsqu'on a discuté
l'amendement d'Antony Thouret qui excluait
lt:'s membres des familles royales ou impériales, il a reparu. Il s'est assis à l'extrémité
de son banc, à côté de son ancien précepteur,
M. Vieillard, et il a écouté en silence, tantôt
s'accoudant le menton dans la main, tantôt
tordant sa moustache.
Tout tl coup, il s'est levé et s'est dirigé
lenlement vers la tribune, au milieu d'une
agitation extraordinaire. Une moitié de l'Assemblée criait : Aux voix! L'autre criait :
Parlez!
Il. Sarrans était à la tribune. Le président
a dit :-M. Sarrans cède la parole à Il. LouisNapoléon Bonaparte.
li n'a dit que quelques mots insignifiants et est redescendu de la tribune au mi-

LA DAN:SE DES CHIENS• -

Gravure de

LEVA CllEZ,

d.'aprës

,.

'

MICHELET
No,·eml:ire 181.8.

J"ai diné le 19 novembre chez Odilon
Ilarrot à Bougival.
li y avait là MM. de Rémusat, de Tocqueville, Girardin, Léon Faucher, un membre
du Parlement anglais avec sa femme, laide
avec de belle, dents et de l'esprit, Mme Odilon
Barrot et sa mère.
Vers le milieu du diner, Louis Bonaparte
est venu avec son cousin, le fils de Jérômi;&gt;,
et M. Abbatucci, représentant.
Louis Bonaparte est distingué, froid, doux,
intelli()'ent
avec une certaine mesure de déféo
rence et de dignité, l'air allemand, des moustaches noires; nulle ressemblance avec l'empereur.
Il a peu mangé, peu parlé, peu ri,quoiqu'on
fùt très gai.
!!me Odilon Barrot l'a fait asseoir à sa
gauche. L'Anglais était à droite.
M. de Rémusat, qui était assis entre le
prince et moi, m'a dit assez haut pour que
Louis Napoléon ait pu l'entendre : -je donne
mes vœux à Louis Napoléon et mon vote à
Cavaignac.
Louis Bonaparte, pendant ce temps-là,
faisait manger des goujons frits à Ja levreltt!
de !!me Odilon Barrot.
VICTOR

LA VIE D'AUTRJ::FOJS. -

1

lieu d'un éclat de rire de stupéfaction.

CARLE VER"1ET.

(Musee Carnavalet.

JIUGO.

~

Catherine de Médicis

et Charles IX
L'écrh·ain distingué auquel nous devons la· prêle, toujours taillée. A la tête des LaubesElle représentait fort bien, avec une cerpublication des Négociations de la H·ance pin, des Pinart et des Villeroy, et autres sedans le Levant, dit que les lcllres de Cathe- crétaires français, à la tête des Gondi, des taine noblesse dans le costume, les fêtes et
rine de Médicis donnent l'idée 'd"une femme Birague et autres secrétaires italiens, il faut les bâtiments, une belle tenue de reine mère,
que démentaient, d'une part, sa cour équi•
&lt;1 simple, bonne el p1'esque naïve, qui eut
placer cet intarissable scribe femelle, Cathe- vogue de filles faciles, d'autre part, certaines
surtout le génie de l'amour malernel et lui rine de !lédicis. Elle écrivaille toujours. S'il
échappées de paroles qui lui arrivaient à elle•
dut ses hautes qualités politiques. »
n ·y a pas de dépêche à faire, elle se dédomPour porter sur Catherine un jugement si mage en écrivant des lettres de politesse; de mème, des saillies bouffonnes et cyniques qui
favorable, il faudrait s'en remettre unique- compliment, de condoléance, même aux sim- rappelaient la vulgarité des Médicis, la fausse
ment à ce qu'elle écrit elle-mème. La naïveté ples particuliers; elle sollicite des procès; bonhomie qui n'aida pas peu à l'élévation de
apparente de ses leltres, leur grâce incontes- elle écrit pour ses bâtiments, pour ses petites ces princes marchands.
Elle n'était jamais plus gaie que quand on
table, sont du reste le charme propre à la Yillas, les casines qu'elle fait ou veut faire.
lui
apportait quelque bonne satire contre elle,
1angue de cour, vers la fin du xv1e siècle. La plus connue est la gentille casine de ses
amère,
outrageante et sale. Elle riait, se
Tandis que les provinciaux, même hommes Tuileries, petit palais élégant qu'on ne peut
de génie, un Montaigne, un d'Aubigné, fati- plus retrouver sous les monstrueuses gibbo- tenait les côtes. cc Le roi de Navarre et la
guent par un travail constant, les grandes sités et perruques architecturales dont l'a royne mère étant à la fenestre · dans une
chambre assez basse, écoutaient deux goujats
dames de l'époque, Catherine, Marie Stuart, affublé le grand siècle.
qui, faisant rostir une oye, chantaient des
~farguerile de Valois, écrivent au
vilenies contre la rovne.... Et ils
courant de la plume une langue
maugréyoent de la ;hîenne, tant
déjà moderne, agréable et facile,
elle leur faisait de maux. Le roi
où le peu qu'on troure de formes
de Navarre prenait congé de la
antiques semble une aimable naïroyne mère pour aller les faire penveté gauloise et donne un faux air
dre. !lais elle dit par la fenestre :
de vieille franchise.
« Hé! que vous a-t-elle lait? Elle
Mais le même écrivain se met
est
cause que vous rôtissez I'oye. &gt;&gt;
en contradiction directe avec, les
Puis
se tourne vers IP. roi de Navarre
actes, quand il ajoute:&lt;&lt; On admire
en riant, et lui dit: &lt;&lt; Mon cousin,
la pensée infatigable qui dirige
il ne faut que nos colères descen•
tout le mouvement de cette épodent là.... Ce n'est pas nostre
que, que les ambassadeurs intergibier. J)
rogent comme l'âme de cette poliVoilà la vérital,le Catherine de
tique, devant laquelle s'incline le
Médicis, bonne femme si l'on veut,
conseil de Philippe Il , etc. »Tout
en ce sens qu'à toute chose elle
au contraire, on voit que le conseil
fut
insensible.
de Philippe li (le modéré GranDu reste, prête à admettre !out
velle comme le violent duc d'Albe)
crime utile. Son admirateur Taest unanime dans son opinion .fur
vannes, qui la justifie assez bien
la reine mère, et, loin de s'incliner
dequelques
empoisonnements, lui
devant elle, ne la nomme jamais
attribue le meurtre d'un favori de
qu'avec mépris.
son fils, et même la grande iniliaCe n'est pas que ces politiques
tive de la mort de Coligny. li la
soient tombés dans l'erreur des
surfait,
je pense, et l'exagère, en
écrivains protestants qui ont accului
attribuant
l'idée d'une chose si
mulé sur elle tous les crimes del' éhardie. Elle y consentit, y céda.
poque. Ils la connaissaient mieux,
Alais jamais, sans une pression
sachant parfaitement qu'elle avait
'--.
très peu d'initiative, nulle audace, 1,-_::__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _= - - ~ - - - - ' étrangère et une grande peur, elle
n'aurait osé un tel acte.
mème pour le mal. Elle suivait
Elle n'avait pas plus de cœur que
les événements au jour le jour,
CATHERINE DE MÉDICIS,
de sens, de tempérament. Comme
accommodant son indifférence moUthographie d.e M ,I.URIN, d'apres 11n tableau ancie11.
mère, elle appartenait pourtant à la
rale, sa parole menteuse et sa dexnature, elle était femelle, aimait
térité à toute cause qui semblait
ses petits. Un seul du moins; elle
prévaloir. Ainsi, quoique. à fa suit~, elle
Catherine aimait les arts, mais dans le
influa infl ni ment. Seule elle était laborieuse, petit. Elle était restée juste à la mesure des appel)e sincèrement et hardiment le duc
d'Anjou « la personne de ce monde qui m'est
seule elle avait une plume facile 1 toujours petites principautés italiennes.
la plus chère » (lettre du l"· déc.1571). Elle
\'!. - III STORIA. -

Fa.se. 4G.

16

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Baron Heckedorn</name>
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                    <text>·r--

ffiSTO'J{l.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - '

ques voix ont rrié : \'i,,e la République!
Il est retourné lentement à sa place. Son cousin Napoléon, fils de Jérôme, celui qui ressemble tant à l'empereur, est venu le féliciter
par-dessus M. Vieillard.
.
Du reste, il s'est assis sans dire un mot à
ses deux voisins. Il se tait 1 mais il paraît
plutôt embarrassé que taciturne.

Louis Bonaparte
Les Débuts
24 septembre 1848.

Louis Napoléon a paru aujourd'hui à l'Assemblée. li est allé s'asseoir au septième banc
de la troisième travée à gauche, entre M. Vieillard et Il. llavin.
li parait Jetrne, a des moustaches et une
royale noirrs, une raie dans les cheveux.
Cravate noire, habit noir boutonné, col rabattu des gants blancs. Perrin et Léon Faucher,' assis immédiatement au-dessous de lui,
n'ont pas tourné la tête. An bout de quelques
iuslants, les tribunes se sont mi.:ies à lorgner
le princ~, et le prince s'est mis à lorgner les
tribunes.
26 seplemlirc.

Louis Bonaparte est monté à la tribune
(5 h. 1/4). Redingote noire, pantalon gris. li
a lu, avec un papier chilfonné à la main. On
l'a écouté dans un profond silence. Il a
prononcé le mot compatriotes avec un
accent étranger. Quand il a eu fini, quel-

9 octobre.

Pendant qu·on agitait la question de la présidence, Louis Bonaparte s'est absenté de
l'Assemblée. Cependant, lorsqu'on a discuté
l'amendement d'Antony Thouret qui excluait
lt:'s membres des familles royales ou impériales, il a reparu. Il s'est assis à l'extrémité
de son banc, à côté de son ancien précepteur,
M. Vieillard, et il a écouté en silence, tantôt
s'accoudant le menton dans la main, tantôt
tordant sa moustache.
Tout tl coup, il s'est levé et s'est dirigé
lenlement vers la tribune, au milieu d'une
agitation extraordinaire. Une moitié de l'Assemblée criait : Aux voix! L'autre criait :
Parlez!
Il. Sarrans était à la tribune. Le président
a dit :-M. Sarrans cède la parole à Il. LouisNapoléon Bonaparte.
li n'a dit que quelques mots insignifiants et est redescendu de la tribune au mi-

LA DAN:SE DES CHIENS• -

Gravure de

LEVA CllEZ,

d.'aprës

,.

'

MICHELET
No,·eml:ire 181.8.

J"ai diné le 19 novembre chez Odilon
Ilarrot à Bougival.
li y avait là MM. de Rémusat, de Tocqueville, Girardin, Léon Faucher, un membre
du Parlement anglais avec sa femme, laide
avec de belle, dents et de l'esprit, Mme Odilon
Barrot et sa mère.
Vers le milieu du diner, Louis Bonaparte
est venu avec son cousin, le fils de Jérômi;&gt;,
et M. Abbatucci, représentant.
Louis Bonaparte est distingué, froid, doux,
intelli()'ent
avec une certaine mesure de déféo
rence et de dignité, l'air allemand, des moustaches noires; nulle ressemblance avec l'empereur.
Il a peu mangé, peu parlé, peu ri,quoiqu'on
fùt très gai.
!!me Odilon Barrot l'a fait asseoir à sa
gauche. L'Anglais était à droite.
M. de Rémusat, qui était assis entre le
prince et moi, m'a dit assez haut pour que
Louis Napoléon ait pu l'entendre : -je donne
mes vœux à Louis Napoléon et mon vote à
Cavaignac.
Louis Bonaparte, pendant ce temps-là,
faisait manger des goujons frits à Ja levreltt!
de !!me Odilon Barrot.
VICTOR

LA VIE D'AUTRJ::FOJS. -

1

lieu d'un éclat de rire de stupéfaction.

CARLE VER"1ET.

(Musee Carnavalet.

JIUGO.

~

Catherine de Médicis

et Charles IX
L'écrh·ain distingué auquel nous devons la· prêle, toujours taillée. A la tête des LaubesElle représentait fort bien, avec une cerpublication des Négociations de la H·ance pin, des Pinart et des Villeroy, et autres sedans le Levant, dit que les lcllres de Cathe- crétaires français, à la tête des Gondi, des taine noblesse dans le costume, les fêtes et
rine de Médicis donnent l'idée 'd"une femme Birague et autres secrétaires italiens, il faut les bâtiments, une belle tenue de reine mère,
que démentaient, d'une part, sa cour équi•
&lt;1 simple, bonne el p1'esque naïve, qui eut
placer cet intarissable scribe femelle, Cathe- vogue de filles faciles, d'autre part, certaines
surtout le génie de l'amour malernel et lui rine de !lédicis. Elle écrivaille toujours. S'il
échappées de paroles qui lui arrivaient à elle•
dut ses hautes qualités politiques. »
n ·y a pas de dépêche à faire, elle se dédomPour porter sur Catherine un jugement si mage en écrivant des lettres de politesse; de mème, des saillies bouffonnes et cyniques qui
favorable, il faudrait s'en remettre unique- compliment, de condoléance, même aux sim- rappelaient la vulgarité des Médicis, la fausse
ment à ce qu'elle écrit elle-mème. La naïveté ples particuliers; elle sollicite des procès; bonhomie qui n'aida pas peu à l'élévation de
apparente de ses leltres, leur grâce incontes- elle écrit pour ses bâtiments, pour ses petites ces princes marchands.
Elle n'était jamais plus gaie que quand on
table, sont du reste le charme propre à la Yillas, les casines qu'elle fait ou veut faire.
lui
apportait quelque bonne satire contre elle,
1angue de cour, vers la fin du xv1e siècle. La plus connue est la gentille casine de ses
amère,
outrageante et sale. Elle riait, se
Tandis que les provinciaux, même hommes Tuileries, petit palais élégant qu'on ne peut
de génie, un Montaigne, un d'Aubigné, fati- plus retrouver sous les monstrueuses gibbo- tenait les côtes. cc Le roi de Navarre et la
guent par un travail constant, les grandes sités et perruques architecturales dont l'a royne mère étant à la fenestre · dans une
chambre assez basse, écoutaient deux goujats
dames de l'époque, Catherine, Marie Stuart, affublé le grand siècle.
qui, faisant rostir une oye, chantaient des
~farguerile de Valois, écrivent au
vilenies contre la rovne.... Et ils
courant de la plume une langue
maugréyoent de la ;hîenne, tant
déjà moderne, agréable et facile,
elle leur faisait de maux. Le roi
où le peu qu'on troure de formes
de Navarre prenait congé de la
antiques semble une aimable naïroyne mère pour aller les faire penveté gauloise et donne un faux air
dre. !lais elle dit par la fenestre :
de vieille franchise.
« Hé! que vous a-t-elle lait? Elle
Mais le même écrivain se met
est
cause que vous rôtissez I'oye. &gt;&gt;
en contradiction directe avec, les
Puis
se tourne vers IP. roi de Navarre
actes, quand il ajoute:&lt;&lt; On admire
en riant, et lui dit: &lt;&lt; Mon cousin,
la pensée infatigable qui dirige
il ne faut que nos colères descen•
tout le mouvement de cette épodent là.... Ce n'est pas nostre
que, que les ambassadeurs intergibier. J)
rogent comme l'âme de cette poliVoilà la vérital,le Catherine de
tique, devant laquelle s'incline le
Médicis, bonne femme si l'on veut,
conseil de Philippe Il , etc. »Tout
en ce sens qu'à toute chose elle
au contraire, on voit que le conseil
fut
insensible.
de Philippe li (le modéré GranDu reste, prête à admettre !out
velle comme le violent duc d'Albe)
crime utile. Son admirateur Taest unanime dans son opinion .fur
vannes, qui la justifie assez bien
la reine mère, et, loin de s'incliner
dequelques
empoisonnements, lui
devant elle, ne la nomme jamais
attribue le meurtre d'un favori de
qu'avec mépris.
son fils, et même la grande iniliaCe n'est pas que ces politiques
tive de la mort de Coligny. li la
soient tombés dans l'erreur des
surfait,
je pense, et l'exagère, en
écrivains protestants qui ont accului
attribuant
l'idée d'une chose si
mulé sur elle tous les crimes del' éhardie. Elle y consentit, y céda.
poque. Ils la connaissaient mieux,
Alais jamais, sans une pression
sachant parfaitement qu'elle avait
'--.
très peu d'initiative, nulle audace, 1,-_::__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _= - - ~ - - - - ' étrangère et une grande peur, elle
n'aurait osé un tel acte.
mème pour le mal. Elle suivait
Elle n'avait pas plus de cœur que
les événements au jour le jour,
CATHERINE DE MÉDICIS,
de sens, de tempérament. Comme
accommodant son indifférence moUthographie d.e M ,I.URIN, d'apres 11n tableau ancie11.
mère, elle appartenait pourtant à la
rale, sa parole menteuse et sa dexnature, elle était femelle, aimait
térité à toute cause qui semblait
ses petits. Un seul du moins; elle
prévaloir. Ainsi, quoique. à fa suit~, elle
Catherine aimait les arts, mais dans le
influa infl ni ment. Seule elle était laborieuse, petit. Elle était restée juste à la mesure des appel)e sincèrement et hardiment le duc
d'Anjou « la personne de ce monde qui m'est
seule elle avait une plume facile 1 toujours petites principautés italiennes.
la plus chère » (lettre du l"· déc.1571). Elle
\'!. - III STORIA. -

Fa.se. 4G.

16

�1f1STOR1ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - était dure pour sa tille Marguerite cl Pour le
duc d'Alençon, fort hypocrite pour l'aîné, le
roi Charles.
Il ne tient pas à sa fille Marguerite que
nous ne croyions que cette digne reine n'ait
eu des révélations prophéliques, « ces averLisscmcnts particuliers que Dieu donne aux
personnes illustres el rares .... Elle ne perdit
jamais un de ses enfants qu'elle n'ait vu une
îorL grande flamme. Et la nouvelle arrivait. n
Malade à l'extrémité, elle s'écrie, comme si
elle ci'1t vu donner la bataille de Jarnac :
&lt;( Voyez çomme ils fuyent ! mon fil s a la vic&lt;t Loire!. .. Eh I mon Dieu! relevez mon fils,
t( il est par terre!. .. Voyez-vous dans cette
" baye le prince de Condé mort! Il Ce qui
fait tort à ce récit, c'est un mélange de deux
faits et deux époques, de Jarnac et de Montcontour.
Si elle aimait llcnri d'.\njou, nous l'avons
dit, c'est qu'il était Italien. Elle restait toute
Italienne. Elle fit la fortune de son parent, le
Florentin Gondi, à qui elle confia Charles L\;
la fortune de son cousin, le Florentin Slro2zi,
c1ui devint colonel général de l'infanterie.
Quand le duc d',\njou quittait par moment le
commandement de l'armée, clic y mellail un

Italien, Gonzague, duc de Nevers. Elle correspondaiL régulièrement avec son cousin
Côme de Médicis, duc de Tosca.ne, et ce qui
l'indisposait le plus contre Philippe li,
c'est qu'il contestait à Côme le tilre de
grand-duc que lui avait accordé le pape,
et qui eût donné le pas aux Médicis
sur tous les princes d'[talic.
Ses lctlres montrent partout une Italienne plus que prudente, fort craintive
pour ses enfants, qui ménage tout et
a peur de tout. Nulle trace de celle profonde dissimnlation qui lui eî1l fait pré. parer la Saint-Barthélemy pendant tant
d'années. On voit, et par ses dépêches
confidentielles, el par les plus secrètes
instructions données à nos :imbassadcurs, que, si elle avail eu celle idée en
1568, elle ne songeait plus alors à rien
de pareil. Elle sentait le poids de l'épée
proleslante el n'espérait plus rien. Jamais elle n'eut l'idée ni le courage
d'une révolte contre les faits. Enlc,·ée
par les Guise en 1561, elle se résigna,
fut quasi caLholique. Dominée et vaincue
par Coligny en 1570, elle se résigna, fut
quasi prolestante. Cela dura deux ans.
Toute sa préoccupation, c'étail l'intérieur, sa famille, son fils Henri d'Anjou. La guerre semblait l'avoir débarrassé du concurrent Henri de Guise qui,
par deux fois, s'était ridiculement
avanct!, compromis. A la Roche- l'Aheille, il entraîne l'armée, malgré les
généraux, se sauve; On fut au moment
de tout perdre. Devant Poitiers, il s'obstine à
combattre, se sauvr, se trouve trop heureux de
se réfugier dans la ville. Brave de sa per.Gonnc, il parut un franc étourdi, parfaitement indigne de son père, indigne du grand

rôle de chef des catholiques que saisissait père l'engendra malgré lui d'une femme haïe
et méprisée. Il l'ut un divorce \'Î\'ant.
Henri d'Anjou.
Pendant que sa l'acilité, son éloquence naLa seule inquiétude de Catherine, c'était la
jalousie de Charles IX. Elle avait gagné sur turelle, son amour des vers el de la musique,
lui de lui faire garder, en pleine paix, dans eùt semblé un reflet de François [er ou de
un frère du même ùgc, un lieutenant général Marguerite, sa furie d'armes, de chasse, et
du royaume, un commandant de l'armée, une ses tueries de hèles (même à coups de bùion)
espèce de maire du palais. Le roi entrevoyait étonnaient, faisaient peur. li était né baqu'il avait fait un autre roi, et qu'il ne pou- roque, a inuit les masques hideux, burlesques,
vait le défaire, les généraux catholiques étanl les divertissements périlleux, les tours de
à lui. Mais, s'il ne pouvait le destituer, il ÎJrce qu'on laisse aux baladins. On a de lni
pouvait le tuer. li en eut l'idée, un peu tard. une gJg:eure contre un seigneur, portant
qu'en deux ans d'exercice le 1'oi pal'vienrfra.
Déjà son frère l'avait perdu.
Charles IX n'avait personne à lui. Sa mère (L baiser son pied. Quoique ses mœurs fosle tenait isolé. Au contraire llenri d'Anjou. sent bonnes (relativement à son frère), il était
La cour galante, parfumée, de ce mignon tou- cynique en paroles, et ce qu'on peut dire,
jours au lil, et déjà médcciné pour l'épuise- polisson. Parfois, dans ses gaietés étranges, il
ment, était pleine d'hommes d'exécution : se levait la nuit, faisait lever tout le monde,
Tavannes, si sanguinaire à la Saint-Barthé- courait masqué, avec des torches, éveiller en
lemy; le noir Strozzi, qui, en un jour, noya sursaut, prendre au lil quelque jeune seide sang-froid trois cents l'emmcs; Montes- gneur, qu'il faisait sangler ou fouettait luiquiou, qui avait assassiné Condé, et enfin des même.
Mais plus souvent encore, d'humeur noire
assassins de profession, comme Maurevert.
Ce prince femme aimait les mâles, et, comme et mélancolique. Il s'enfermait, forgeait des
armes, battait le fer jusqu'à n'en pouvoir
tels, tous ceux qui frappaient.
La vie de Charles IX ne leur cùt guère plus. Ou bien il s'enfonçait dans les grandes
pesé, s'ils n'avaient cru régner sous lui et forêts, s'épuisait et ne s'arrêtait que quand
bientôt hériter. On était sûr qu'il mourrait la fièvre le prenait.
On lui attribue de beaux vers à Ronsard.
de bonne heure de quelque accident, blessure, excès ou maladie. Il fut blessé d'un cerf Moi qui ne crois gul're aux vers des rois, je
ne suis pas trop éloigné d'accepter
ceux de Charles IX. Dans son portrait
(fait à seize ans) où son œil furieux
est quelque peu louslie, par l'obliquilé
du regard, il y a pourtant une lueur.
Cette :\me violente, hautaine, put, par
quelque beau jour d'orage, rencontrer
et forcer la Muse; la capricieuse, qui
l'uit les sages, se laisse quelqm l'ois surprendre aux l'ous.

DÉFENSE D' li:'i Yll.L.\ GE. -

T~Ne.m de A. LE IJRU.

L'-Colonel ROUSSET
~

Î3 lyre, qui raviL par tlll si t! nux .'H·cord",
T'a~senil le, esprils donl jr 11':1i (Jtl ll le'&lt; corp~.
1-J lr l'eu rend If! maitre ei le ~~il introduire
Où le plu~ fi r r 1i·ran 11(! 111:ut arnir d'empire ...
Tou~ dru x l!gal e menl nou s portons des eoui,mnrs,
l\l1ii~ , roi, j e !e-, l'e~oi ~: poète, Ul ll's d01111r,.

CIIARLES IX.

D 'apr ès un tab/e:w d11 Jll11s èe de l'&lt;'n ailles.

en 15 il; son frère un moment se crut roi.
Ce malheureux Charles IX (disons aussi :
c,e misérable) l'ut une énigme pour tous et
pour lui-même. Son àme trouble était l'image
de sa naissance absurde, du moment où sou

~-

Ce qui est sùr, du reste, c'est qu'il
n'eut rien de la bassessé de sa mère,
rien ·des sales amours des Valois, des
égouts de son frère Henri. JI aima, et
la mème. li l'a aimée jusqu'à la mort.
L'objet de cet unique amour était
une demoi.seHe un peu plus âgée que
lui, ~larie Touchet, Flamande d'origine,
petite-fille par sa mère d'un médecin
du roi, et fille d'un juge d'Orléans.
Deux choses avaient forre sur lui,
la musique et cette calme Flamande.
C'est en elle qu'il se réfugia aux deux
moments les plus terribles. Le seul
entant qu'il laissa d'elle tut conçu dans
le désespoir au jour 011 on lui nt dire
qu 'il avait voulu le massacre. Et peu après,
quand il mourut, parmi les ombres et les
visions de la Sain l-Barihélemy, il la fit venir
encore, chercha en elle le suicide et s'extermina par l'amour.
.\lfCIIELr:T.

HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE (1870-187l )
~

Les firmées de province
Dans k tome li ,ri ctmment paru, de l'édition complète et définitive de son 1foloire g/néra/e de la Guerre
frarico-21/em!lnde ( 18; 0-1 87 1). Je L'-CoLONEL RoussET
retrace les diveTSCS phases de la lutte héroïque que
nos arméu de la Loire, du Nord, de J 'Est et nos
places fortes soutinrent jusq:i:' à la dernière heure pour
sauver l'honneur du pays. A cet admirable volume
digne en tous points dt celui qui l'a pricéd(, et dan;
lequel l'émintnt écrivain militaire fait plus que jamais
preuve dts plus hauts mérites d historien, nous empruntons le début du ch,pitre consacré à la formation des
armées dt province, ainsi que la relation saisissante de
la dtfenst dt Chàtc:audun en octobre 1870. Et nous
joignons à ces extraits des illustrations tirées également
de ce tome dcuxiime qui vi,nt dt paraitre. Lcs lecteurs
d Jfotoria pourront ainsi st fairt une idü si restreints
forcément, que soient les fragments que ~ous pouvon;
~etlrt sous leurs yeux, de la valtilr que présente,
a t.lus les points dt vue, cette édition de l'ouvrage céJé.
bre du L'-CoLo:-iEL RouSSl!T.

Situation de la province
au mois de septembre 1870.
Le 19 septembre 1870, jour où, par lecomLat de Chàtillon, les armées allemandes terminaient l'investissement de Paris, seize départements fran~ais étaient envahis, en totalité
ou en partie. De nos places fortes, les unes
étaient déjà prises, l'es autres assiégées, masquées ou sur le point de, l'ètre. 815,000 ennemis foulaient le sol du territoire, et, derrière eux, 550,000 hommes exercés et encadrés, sans compter ni l'arrière-ban de la
landwebr, ni Je landsturm, étaient prêls, soit
à combler les vides des forces belligérantes,
soit à renforcer au besoin celles-ci.

Pour refouler hors de son territoire des
masses aussi redoutables, quelles éLaient les
r~ssources ~ont la France pouvait encore
dISposer? L armée de Metz, véritable noyau
de notre ancienne puissance militaire, ne
comptait déjà plus, et celle de Sedan avait
disparu tout entière. Les 15e et 14e corps,
seules épaves échappées au désastre étaient
r
venus s•en1ermer
dans Paris, d'oll il• était à
prév~ir r1u'ils ne sortiraient pas de sitôt; les
gar~1s.o~s des places fortes, composées en
maJor1!e d_e gardes mobil~~' étaient bloquées
et vouces a un sort que I ctat d'infériorité de
no.s forteresses et de leur armement ne faisait que trop pressentir. Il restait en tout
pour tenir la campagne et garder l'Alcérie'
0
•

�_

. ____________________

ff1STOR._1Jl

un effectif de 420 officiers et 15,427 hommes.
La situation de notre colonie ne donnant pas,
pour le moDlent, d'inquiétude, ces corps
furent appelés en France, et, au
C'est en face d'une situation
milieu de septembre, ils étaient
amsi lamentable que se trouva,
déjà
en route pour la plupart. On
en arrivant à Tours, le 16 sepdirigea
également sur la Loire
tembre, le vice-amiral Fourichon,
les
trois
compagnies
de discipline,
délégué au ministère dn la marine
qui comptaient, ensemble, 18 9fet ~t celui de la guerre par intérim.
ficiers el l, i67 soldat~.
li ne dispos~it au surplus que
La cavalerie se composait des
. d'un personn·el restreint, le minis6
régiments
de la division Reyau,
tère de la guerre n'apnt, par suite
laquelle,
primitivement
affectée
d'une conception peut judicieuse
au
,
t
5e
corps,
avait
été,
dès
le 1.J
des exigences de la situation,
septembre,
distraite
de
ce
corps,
envoyé en province que le quart
à Paris, et envoyée à Orléans.
de ses employés 1 • Néanmoins,
Elle était forte de 200 officiers,
on se mit immédiatement en de2,500 hommes et 2,700 chevaux.
voir de remplir les instructions
L'artille1·ie n'aYait, comme
qu'avait données, au départ de
troupe
organisée, qu'une seule
Paris, le général Le Flù, et on
hatlerie
montée (5' du i2'), ayant
panint à mettre sur pied, en
également appartenu au 15ecorps,
quelques jours, un corps d'armée
et laissée par lui à Mézières; encomplet, le 15e, dont le général
core 1' existence de cette batterie
de la Motte-Rouge ' reçut le comne tut-elle connue à Tours qu'au
mandement.
mois de décembre. Restaient seuQuand on songe, pendant les
lement, pour être utilisés imméloisirs de la paix, à la somme
diatement, les débris de 7 batteprodigieuse d'efforts qu'il a fallu
rie!- échappées de Sedan et en
dépenser pour arriver, en aussi
train de se reformer à Lyon,
peu de temps etavec les éléments
Valence et Grenoble. li existait
épa rpillés dont on disposait, à
également
5 batteries (5'rnfficiers,
former rron seulement le ·15ecorps
1,807
hommes
et 572 chevaux),
d'armée,mais successivement tous
laissées
en
Afrique,
et 2 compaceux qui ont constitué les armées
gnies de pontonniers axec leurs
de la Loire et de l'Est; quand on
équipages de pont attelés. Cet ense reporte aux difficultés de tousemble donnait à peu près 1,500
tes sortes qui, en présence de
hommes et 1,800 chevaux.
masses victorieuses arrivées jusLe génie comptait 18 officiers
qu'au cœur du territoire, entraet 655 bommes, tous en Algérie.
{'liché Xadar
vaient la mise en œuvre des serSi donc l'on totalise les forces
CHARLES-LOUIS DE FREYCDl:ET,
vices, les mouvements et la créade
campagne, on arrive à l'effecDéléguë au Ministêre de la Guerre. {Go11vernemenl .te la Difense 11alio1iale),
tion du matériel, la fabrication
tif
misérable
de 15,000 fantassins,
des armes et des engins de guer6,800 cavaliers, i ,500 artilleurs,
re; quand on réfléchit à la tâche
écrasante qu'ont assumée el accomplie, sauvegarde de l'honneur national, l'œuvre de et moins de 700 sapwrs. C'est là tout ce
en ces jours de troubles et de deuil, quelques relèvement dont, quelques semaines plus qu'on possédait de troupes actives. Fort
hommes soutenus seulement par leur dévoue- tard, Gambetta allait deYenir l'âme et la heureusement, il existait encore dans les
ment et leur patriotisme, on ne peut se personnification même, devrait laisser dans dépôts une réserve assez imposante, qu'il
défendre d'une émotion consolante et d'un tous les cœurs français un souvenir plein de était possible d'encadrer plus ou moins vite.
Ces TT\OUPES DE m:PôT se décomposaient
patriotique orgueil. L'improvisation des ar- fierté.
comme
suit:
Ressources
existant
en
personnel.
On
mées de province est un des plus étonnants
Pour
l'inf'anterif', 91 dépôts de régiments,
ne
saurait
se
rendre
un
compte
exact
de
tours de force dont l'histoire fasse mention,
et·qui laisse loin derrière lui, quoi qu'on en l'énorme travail de production auquel ont dû 14 de bataillons de chasseurs, 5 de zouaves,
ait dit, l'effort national de 1793. Nos ennemis se livrer les organisateurs de la défense en 3 de tirailleurs, donnant un effectif total de
étonnés ont avoué eux-mêmes, par la bouche province, ni porter sur leur œuvre un juge- ·l ,27,\ ofnciers et 100,1172 hommes.
Pour la cavalerie, 9 déJJÔls de cuirassiers,
d'un de leurs écrivains les plus autorisés, le ment équitable, sans examiner avec quelque
11
de dragons, 8 de lanciers, Ude chasseurs,
détail
les
ressources
qu'ils
ont
trouvées
et
général von der Goltz, que, seule en Europe,
la France, grâce à son unité, sa richesse et celles qu'ils ont créées. li est donc indispen- 7 de hussards, 4 de chasseurs d'Afrique,
sa puissante vitalité, était capable de l'accom- sable de faire l'énumération complète des donnant un effectif total de 772 officiers,
plir; et nous pouvons ajouter, nous, que si unes et des autres; leur simple ·comparaison 27,2:.7 homme~, !5,559 chevaux, dont
le succès n'a pas répondu à tant d'ardeur sera le plus éloquent des commentaires et le 1,440 de trait.
Pour l' artillei-ie, i1 dépôts de régiments
généreuse, du moins celle-ci a-t-elle eu pour plus décisif des arguments.
Les TROUPES DE CAMPAGNE comprenaien1, montés, 2 de régiments !L cheval, 1- de ponconséquences le réveil de la confiance et des
courages, l'exaltation des passions les plus nous l'avons dit, cinq régiments tle 1-igne, tonniers, 2 du train d'artillerie, auxquels il
nobles, la fusion dans une ardente commu- stationnés en Algérie, et lrois bataillons d'in- faut ajouter 7 compagnies d'ouvriers, 7 comnion d'amour pour la patrie d'hommes appar- fanterie légère d'Afrique, comptant au total pagnies d'artificiers et 1- compagnie d'armu-

une {,·action de la garde mobile de
p1·ovince, cinq 1·é,qiments d'infanterie,
six de cavale1'ie et n11e batterie montée.

1. L'ami1·al Fouric\1011 arail auprès de lui deux
directeurs seulement : le gènêral Lcl'orl {cavalerie)
et le général Véronique (génie), plus quelques chefs
de bureau dont un, Je colonel Thourn1.1s (artillerie),

tenant à toutes les croyances et à toutes les
opinions. N'eût-elle produit que ce résultat,
sans compter la conservation de Belfort et la

ne derait pas tarder 3. dc\·enir directeur et à assumer
la lâche pre5quc surhumoine de doler nos armées de
leur a.rmcme11l cl de leur matériel.

'l. Le général de la :\folle-Rouge. brillant soldat
de Malakoff el de llagenta, vena.il d'être rappelê du
cadre de réserve, où la limite d'rlgc l'a,·ait place
depuis peu de temps.

riers, donnant un total général de 288 offiiers, !5,592 hommes et 9,570 chevaux.
Enfin,_pour le génie, 2 dépôts, comprenant
offlmers et 2,012 sapeurs, mineurs ou
conducteurs.
, En somme, les dépôts comprenaient une
lorce totale de 2,;:;75 officiers et 145,355 hom~es de troupe, plus ou moins exercés. Nous
disons plus ou moins exercés, car si l'on décompose par ~tégories !e~ soldats des dépôts,
o~ est fr?PP~ de la mmime proportion qui
s. y trou_v~1t. d hommes ayant reçu une instruction m1hta1re complète. Voici du reste cette
décomposition, instructive à plus d'un titre:
Ancien~ Ouvrier;; llecrucs
soldab hors-ra 11 ,. ,le la

'fotaux

l 4.82i
20,188
IO ,:'iOü
1,805

3,210
t,286
207

ï6,H20
3,520
4,000

100/t72
27,2~7
'15,502
2,0t2

47,426

13,467

84,H0

145,535

"' cla~sl' l8G~

Iul'anl crie.
Ca ra let·ic.
Arlilleric.
Génie .

8,ï'l,J

On voil qu 'il n'y avait guère là que
47,000 hommes sur lesquels on pût immédiatement compter. En les ajoutant aux
2?,5.00 hommes de troupes de campagne,
c eta1t une armée de 70,000 hommes, tout
au plus, dont on pouvnit disposer. Encore
faut-il ne p~s, oublier que nous avons compris,
dans ce clnflre de 47,426 anciens soldats, la
deuxième portion du contingent, les malades
et les absents temporaires.
Les deux dépôts du 1'rain des équipages comptaient d'autre part 57 officiers,

LA GUfü(J(E 1'1(.11.NCO-ÀÜEMJtND'È _ , .

4,976 hommes et 4,585 chevaux, plus 15 of-

Report. . . . 905. 000 hommes;
ficiers et 85i hommes classés comme ouvriers
6° Les célibataires ou
constructeurs; et l'Algérie conservait à sa veufs sans enfants des
disposition 96 officiers, 5,923 hommes et classes 1863 et 1866
2,010 chevaux.
incorporés dans la aard~
Enfin, il existait 198 médecins militaires mobile par la loi du
disponibles, dont 39 seulement en France et 15 août. .
10,000
159 en Algérie.
Total . . . 9-15,000 hommes.
Ainsi les forces totales constituant au milieu de septembre 1870, tant en France qu'en
Tels sont les éléments, plus ou moins bons,
Al~érie, l'armée régulière française, y comavec lesquels purent être organisées les arpris tontes les non-valem·s, se montaient au
mées qui allaient chercher à refouler l'enchiffre rond de . . . . i80,000 hommes. vahisseur.
Il convient d'y ajouter:
i ' Les troupes de la
garde nationale mobile,
soit. . . . . . .
225,000
2° La portion de la
classe 1869 incorporée
M. de Freycinet.
dans cette même garde
mobile, soit . - . . . . l '&lt;0,000
... A côté de Gambetta se trouvait un homme
3° La classe de i870
qui, depuis, a joué en France un rôle poli{mise en route au mois
tique considérable. Ingénieur des mines,
chargé au 4 septembre de la préfecture de
d'octobre), soit. . . . IG0,000
4° Les corps francs,
~!onta~b~n, où_il, ~e réussit pas 1, ~• · de Freyles engagés volontaires
cmet eta1t arnve a Tours sans situation dépour la durée de la
finie. Sa grande activité, ses remarquables
guerre, etc., environ . .
50,000
facultés d'assimilation, des relations antérieures aussi, paraît-il i , le désignèrent au
5° Les hommes âgés
de moins de 55 ans, céchoix de Gambetta, qui, trouvant trop lourd
libataires ou veufs sans
pour ses épaules le double fardeau dont elles
enfants, appelés par la
étaient chargées, en imposa une partie à ce
loi du lO aof1t . .
170,000
collaborateur improvisé, et le nomma, sous
A repol'ler .

\JO:-;. 000 hommes.

1. Gén. 1'11oi:.111s, Pm·is, Tom· s, IJ01·deaux,p. l00
2. /&amp;id., page OD.

�1f1STOR,,1A
sa direction , délégué au ministère de la
guerre. C'est lui, par suite, qui, en réalité,
dirigea les opérations militaires, pas toujours
avec bonheur, comme on le verra.
Telle se trouva donc, vers le milieu d'octobre 1870, la constitution du gouvernement
de province. A celte date, deux corps d'armée
étaient à peu près complètement créés ; une
division, formée à Besançon sous. les ordres
du général Cambriels, et des groupements
épars de forces portaient l'effectif des troupes
organisées à 120,000 hommes environ. Le
général Lefort; obligé par le mauvais état de
sa santë d'abandonner la Délégation, avait
émis l'avis que ce chiffre était déjà suffisant
pour sauver l'honneur. Mais un objectif ainsi
limité n'était pas celui que Gambetta entrevoyait dans ses généreuses espérances; pour
lui, il s'agissait d'armer le pays tout entier,
et de refouler les armées ennemies hors du
territoire français ; tàche formidable, que les
circonstances devaient rendre impossible ,
mais qui n'était au-dessus ni de son activité
ni de son ardeur . Il se trouvait à Tours depuis quatre jours à peine, et déjà les premiers
décrets étaient lancés, qui devaient, à son
sens, donner à la résistance toute son opiniâtreté, et à l'organisation militaire son développement maximum.
Le 13 octobre parut un décret qui suspendait les lois ordinaires de l'avancement pendant la durée de la guerre : toutefois, les
grades accordés n'étaient valables après la
paix que s'ils avaient été {( justifiés par quelque action d'éclat ou service extraordinaire
dùment constaté par le gournrnement de la
République lJ. C'était là une mesure qui s'imposait, si l'on Youlait se procurer des cadres
en nombre suffisant. Elle a pu entrainer des
conséquences fâcheuses; mais ce serait commeltre une injustice que d'en rendre responsables ceux qui l'ont adoptée. sous la pression
du besoin. Le 14, nouveau décret, créant une
armée (Wttiliafre, c'est-à-dire autorisant la
collation des grades militaires, à titre temporaire et spécial, à toutes personnes paraissant en état de les exercer. Cc procédé,
dont la première application, faite pendant
la guerre de Sécession, avait permis au gouYernement américain fédéral de sortir riclorieux de sa lutte avec les provinces du Sud,
ne donna pas en France d'aussi briUants
résultats. Il procura beaucoup d'officiers,
dont quelques-uns ont rendu d1.:s ser\'iccs
réels, mais il amena aussi la présence dam;
nos rangs de pas mal d'av~nluricrs ,1u'il 1:ùt
été plus avantageux à tous égards de ne point
distraire de leur existence vagabonde. M. de
Fre)·cinet lui-même n'en disconvient pa s :
« Je n'affirmerai pas, dil-il, que, sur le nomLre, il n'y ait pas eu des choix reprochables.
Mais on s'en étonnera peu, si l'on songe à la
célérité cxtrème avec laquelle il a fallu les

faire. En quelques semaines, nous avons corps de francs-tireurs agissaient tanlôt avec
réuni plusieurs milliers d'officiers; élait-il une pleine indépendance, tantôt élaient placés
possible de scruter les antécédents de chacun? sous les ordres de l'autorité militaire. Au
Un titre antérieur, le patronage d'une per- demeurant, il y avait là plus de confusion que
simne connue, des certir.cats dont nous de profit.
n'avions pas loujours le moyen tle vérifier
Enfin, le 2 OO\'ernbre, fut promulgué un
l'aulhenlicilé, déterminaient notre accepta- décret qui appelait sous les drapeaux tous les
tion. L'ennemi était à nos portes; souvent ' célibataires ,,alides jusqu'à l"âge de quarante
nos soldats n'attendaient qu'un chef pour ans. C'était le ministre de l'intérieur qui avait
partir; une enquête, en ce cas, n'était guère mission de procéder à l'organisation de ces
de mise. Nous nous attachions surtout, je nouvelles levées, de leur fournir leur habillel'avoue, aux qualités militaires, laissant un ment, leur équipement et leur armement, et
peu au second plan les autres conditions r1ui même, par unè étrange anomalie, de pouront leur légitime parl dans les temps calmes, voir à la formation de leurs cadres et au démais qui s'efl'acent sur les champs de ba- veloppement de leur instruction. Comme on
laille 1• » Malheureusement, ces qualités mi- aurait dû s'y attendre, le ministre de l'intélitaires elles-mêmes étaient souvent dou- rieur fut impuissant à suffire à une tàche f:ti
teuses. Existeraient-elles, d'ailleurs, qu'elles nouvelle pour lui; les mobilisés (c'est ainsi
ne suffiraient pas à donner à l'homme revêtu qu'étaient dénommés ces derniers contind'un grade éleré l'ascendant moral nécessaire gents) furent aussi mal habillés que mal
pour imposer aux autres le sacrifice déter- armés et surtout mal instruits. On les réminé de leur vie. En tout cas, le procédé, pandit dans des camps dits d'instruction,
utilisable peut-être pour le recrutement d~s commandés par des généraux auxiliaires; ils
grades très suballernes, ne saurait, sans in- y végétèrent misérablement dans la boue et
convénients graves, servir à créer des officiers sous la neige ; mais on ne réussit pas à [aire
supérieurs; l'expérience de la dernière guerre d1eux des soldats.
l'a surabondamment démontré.
Un troisième décret, paru à cette même
date du 14 octobre, organisait la défense
locale dans les départements. Ce décret avait
pour but it la fois d'utiliser les ressources
Châteaudun.
dérensivcs de chaque région, et de soustraire
... Depuis le 29 septembre, Châteaudun
à l'ennemi, à mesure qu'il progressait, les
appro\'isionnemenls dont il aurait pu s'em- était occupé par un bataillon de francs-tireurs,
parer. « Il était question de créer autour de commandé par un officier du nom de Lil'armée allemande une sorte d'fovestisscmenl pow:$ki, bomme énergique et résolu, qui
comparable dans ses effets à celui qu'elle- avait su discipliner ses 700 hommes, et faire
même avait créé autour de Paris,:. JJ A cet d'eux une troupe digne de cc titre ' . Avec lui
ellet, tout département dont la frontière se se trouvaient 115 francs-tireurs de Nantes
trouvait, par quelque point, ;, moins dt: (capitaine Legalle), 50 francs-tireurs de
100 kilomètres de l'ennemi, était, ipso facto, Cannes, et 55ti gardes nationaux de Cbàteaudéclaré en e'Lat de guerre. Un comité, com- dun (com mandant de Tcstaoières); en tout
posé de cinq à neuf membres, tt présidé par t 200 hommes au maximum, sans artillerie.
le général commandaat le département. avait Les forces allemandes se montaient à une dimission d'organiser la défense, de tout di!'.'.,- vision d'infanterie (6088 hommes environ),
poser pour disputer le passage à l'ennemi, de une division de cavalerie (~000 chevaux) et
réquisitionner personnel et matérjel, enfin 5G pièce::, 5 • On avait aménagé dans Chftleaude faire disparaître lés approvisionnements de &lt;lun 11uclques b:irricades, et crénelé une ou
toutes sortes:;. Ce système, centralisé au mi- deux maisons isolées; mais à cela se bornai l
nistère par un commandant du génie, avait l'organisation défensive de la localité.
Au moment oi1 [le f 8 octobre], vers onze heuson bon et son mauvais côté. Dans certains
cas, il entra mit assez efficacement les progrès res un quart du matin, le régiment de hussards
de l'adversaire, arrêlait ses patrouilles de , qui formait la pointe d'avant-garde apparaisdécouverte et jetait l'inquiétnt.le dans ses :,aît mr la route d'Orléans 6 , en m e de la gare
avant-gardes; mais il avait l'inconvéuitnt de de Chàleaudun, il lut accueilli par une vive fuproduire une dispersion d'efforts qui dimi- sillade p1rtie &lt;l'une ferme en bordure de la
nuait de beaucoup la portée des résultats, et route. Aussitôt une halterie à cheval \'Ïnt caune dissémination de forces qui rendait im- nonner cette ferme et la voie ferrée, (( mais
possible la réalisation de tout plan se ratta- s.ans par\'enir à déloger l'adversaire de ses
chant à l'ensemLle des opérations. Un certain positions' &gt;l. Le général de Wittich fil alors
nombre de bataillons de mobiles, avec la avancer quatre Laiteries montées, une au
garde nationale sédentaire, étai en t mis à la nord de la route d'Orgères, les trois autres
disposition des commandants régionaux; les :iu sud de la route d'Orléang, et déploya snn

1. Cu.
page :..3.

pour chef, à Tours, le eapitainc tfo Li1,owski, a111:il'11
of'fieier tlP. chasscul's à pied, J,,11ucl ne Larda p.is à lui
donner les qualités qui lui manqu.:ticnl. 011 peul le
ci ter comme le modèle des corfs francs. C'est lui qui
surprit à AUiis, le 8 oclobrc, 'l·scadron de hussards
prussiens.
llepuis, il do11na nrnintes pre:u1·cs de sa valeur,
et le général d'Aurellc a pu dire que, « sous un ehd

111:'.

Fni-:Ycm:T.

La Guerre eu prol'l11ce,

;l. Ibid. 1)agc 59.
3. Jûid. pages 5'J cl 60.
4. t'ormê à Paris, araul la lrnlaille de Sc,lan, ce
l,ataillon arait qui1té la ('apilale dans la so inlc du
4 septembre, cl apr~s .de_s débnl~ 11ss.ez fàcheux au
p oinl ile vue lle la d1sc1p!1ue, u ·a1\ fim µa1· ~é d1oisil'

intelligent et d'une l,rnourc in contestée, i! avait
rendu &lt;le réels sen·iccs ».
5. Qwitrc Wlllerié~ divi,,ionnaircs, une ballcl'ic à
ehcval et une batterie bararoisc.
ti. Yennnl de Tournoi~is, oit les troupes ;illcmandes
avaieHL passé la nuil. Ce rêgîmc11t de lms,ards (n° 13 )
l·lait le régimeut di\isionnnire de la 22• dirision.
7. La i:uc/'fe (ra//co~atle111a11de, 2• parlie, p. 242.

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que l'assaillant se voit réduit à conqufrfr
maison par maison, et la lutte se prolonge
ainsi jusqu'à une heure fort avancée de ]a
nuit, déterminant sur son passage des incendies qu.i consumaient nne grande partie
des maisons". 1&gt; Le commandant de Lipowski,
avec 500 hommes environ, s'était replié vers
sept heures dans la direction de Brou; mais
les autres défenseurs tenaient toujours; ce
n'est qu'à neuf heures du soir que l'ennemi
put arriver sur la place Hoyale, étant définitivement maître de toute la partie de la
ville comprise enlrc la gare et ce point. Les
pertes, de part et d'autre, étaient d'une
centaine d'hommes ; mais nous laissions
aux mains des Allemands 1.J0 prisonniers
environ.
Ainsi cette vi1le ouverte, défendue par une
poignée de braves gens, venait, pendanttoute
une journée, de tenir en échec une division
complète'. C'est là, à coup ~ùr, un des plus
glorieux épisodes de la guerre, et la France
entière s'est associée à l'hommage rendu à
la noble cité dunoise par le décret du 25 octobre l870, déclarant qu'elle avait bien
mérité de la patrie s. Quant à la colère des
Allemands, exaspérés par l'inutilité de leurs
procédés d'intimidation habituels ' , elle ne
connut plus de bornes, et se traduisit en des
atrocités sans nom, que leurs auteurs n'ont
pas même eu le courage d'avouer 7 • 197 maisons, sur les 255 qui furent détruites, ont
été incendiées par eux à la main, et la fin
de la lutte n'éteignit par les torches incen-

diaires qu'ils promenaient partout. Par plaisir, après souper, ils brûlaient l'hôtel du
Grand.~fonarque, où ils venaient de prendre
leur repas, et, le lendemain encore, ils met•
taient le feu 3. une auberge, sans qu'on ait
jamais su pourquoi. C'était le pendant de
Bazeilles et d 'Ablis!
Pour excuser une pareille barbarie, les
Allemands ont prétendu que les lois de la
guerre autorisent à traiter aYec la dernière
rigueur les combattants dont ]a qualité de
belligérant n'est pas reèonnue, el que, cette
qualité, ils se refusaient à l'accorder aux
francs-tireurs et aux gardes nationaux. Les
Allemands ont l'argutie facile ou la mémoire
bien courte. Avaient-ils donc oublié, en
1870, l'ordre du eabinet du 17 mars 181â,
dans lequel le père de leur souverain, le roi
Frédéric-Guillaume Ill, recommandait aux
hommes de la levée en masse (landst1mn) de
ne pas revêtir d'uniforme, :et de courir sus
aux Français, partout où iis les rencontreraient? Ces principes de défense à outrance
que le gouvernement prussien avait proclamés le premier, nos partisans ne faisaient,
en prenant les armes, pas autre chose que
les appliquer, et encore avec des tempéraments. Les Allemands étaient donc mal venus
de se plaindre d'une résistance dont ils
avaient eux-mêmes donné l'exemple, et ils
commettaient, en tout cas, un acte indigne
de gens civilisés, en la châtiant par une répression aussi sauvage. Le droit striet d'une
nation envahie est de combattre l'envahisseur
par tous les moyens en son pouvoir, pourvu
seulement que ces moyens ne. soient pas
condamnés par les lois de la guerre admises
entre les peuples civilisés; or, ces lois, nos
francs-tireurs ne les ont point violées. Au surplus, ainsi que l'a écrit le maréchal GouvionSaint-Cyr, &lt;&lt; l'idée de résister à une invasion
puissante au moyen de l'armée permanente
seule, sans y faire participer la population,
serait pour un pays comme le nôtre unefaule
grave et un manque de confiance envers la
ualion )J.
La vérité est que les Allemands se piéoccupaient beaucoup de cette résistance inexorable,
de cette lutte pied à pied qu'il leur fallait
soutenir contre des populations exaspérées,
dont le patriotisme s'exaltait en proportion
des rigueurs d'un ennemi impitoyable. ,Ils
constataient avec dépit que si, aux environs
de Paris principalement, quelques habitants,

1. la guerre fraw;o-alle'maude, 2" parlie,pagc 24;;.
2. Il ne restait que six compagnies en rêscrvc.
5. La G1rnl're frauco-allemamle, 2• parlic, p. 243,
4. li n'y a pas a Le11ir compte de la 4 division de
cavalerie, dont la batterie à cheval fut seule cng:igCe.
La 8" brigade obserr8it les Onnes, ,·ers Cloyes; le
reste ne fut pas empl oyé.
5. Par décret du 3 ·septembre 1877, la ville de
Clidtcaudun a été autorisCe â faire figurer tians ses
armes la croix de la Légion d'honnet11·.
ü. t ·artillerie allemande a lancé sur C!niteautlun
:.!179 projectiles.
7. L~ Nrhtliou allema11dc se borne à dire ceci :

rne foi·te amende élait împosëe uux habitants, en
raison d(' leur 11articipalio11 au combat. » (Page 243.)
8. Cette colonne. empruntée il la division wurtcmbergcoisc, partit de l-'0111,wlt, le· :!L oclolirc tians
l'après-midi, arrira à ~angis, le _ 22, à ~larolles, c.ù
elle passa la Seine 1 le 25, pénétra dallS Monterca_u,
puis se dirigea par Brays sur ~ogcnL. Le 25, elle rhspersait en cc point Jcs francs-tireurs cl quel11ues mobiles de l'.i. suhdi\'Îsion de Troyes, qui lui inlligèrcnt
une perte de 50 homm.::s (dont le lieutenanl-coloncl
qui la comurnndail, lilcss\!). Le 27, elle rent rait it
}lontault, ayant parcouru plus de 200 kilomélrcs en
6 jours.

infanterie de façon à attaquer la ville par le
nord et par le sud. Cependant, au son du
tocsin, tous les défenseurs de Châteaudun
avaient couru à leur poste; ils ne purent empêcher l'ennemi de s'emparer des avancées,
que les obus incendiaient, mais ils l'arrêtèrent net devant les barricades qui intercep-

taient les entrées de là ville. En vain, le général de Wittich met-il en action une sixième
batterie; la lutte se prolonge pendant des
heures sans qu'il soit possible aux Prussiens
de faire le -moindre progrès. Ceux-ci canon-

nent longuement les positions de la défense';
enfin, à la nuit tombante, ils parviennent, en
déployant presque toute leur infanterie', à
pénétrer dans la ville par trois côtés à la
fois. &lt;c Les barricades construites dans le
périmètre extérieur sont emportées; mais les

Français n'en continuent pas moins une résistance désespérée dans l'intérieur de la ville,

8

«

par làcheté, peur ou âpreté au gain, leur
donnaient toute facilité pour se procurer ce
dont ils avaient besoin, dans la plupart des
circonstances, au contraire, les mesures les
plus sévères, les promesses les plus alléchantes ne parvenaient pas à vaincre la gêné•
reuse inertie des populations, et à obtenir
d'elles le concours sans lequel des services
d'intérêt général ne pouvaient plus fonctionner. Partout, les gardes nationaux, les
francs-tireurs, les habitants eu:x-mèmes harcelaient leurs escadrons de découverte, fusillaient Jeurs troupes de réquisition, et i]s
avaient fini par tuer toute hardiesse chez
leurs cavaliers. Le 14, en arrivant devant
Varize, les avant-gardes du général de Witt~ch avaient été refoulées par les gardes naLionaux de Varize et de Civry, et il avait fallu,
pour pouvoir pousser p]us avant, s'emparer
des deux villages, qui fuient d'aillems incendiés, après des scènes de massacre révoltantes~
Les lignes d'étapes de l'armée d'investissement de Paris étaient constamment harcelées
par des groupes francs, qu'il fallait pourchasser, bien que, par suite de la dispersion
de leurs efforts, ils n'obtinssent que des résultats locaux et de peu d'importance. Du
côté de Nogent et de Montereau principalement, leurs perpétuelles escarmouches étaient
devenues inquiétantes, et les troupes d'étapes
ne pouvant suffire à les refouler, le Prince
royal avait dû envoyer contre eux une colonne
volante forte d'un bataillon, d'un demi-Jscadron et de deux pièces 8 • De même dans l'est,
dans le nord, dans l'ouest, la défense locale
se manifestait par de petites actions quotidiennes, et qui montrent ce qu'on aurait pu
faire, avec une organisation plus complète
et mieux centralisée.
Aussi esl•ce avec une colère non dissimulée que, dans un des numéros de son Journal
officiel (novembre 1870), l'état-major allemand insérait les lignes suivantes, tout à
l'honneur du peuple français : " A toutes les
distances et de toutes les maisons dans la
campagne, nos ca,,aliers sont assaillis de
coups de feu; à leur approche, le laboureur
isolé jette sa bêche, empoigne son fusil à
terre à eôié de lui, el fait feu. Chaque maison devient une petite forteresse, chaque
homme en blouse, un franc-tireur. 1&gt; Et il
ajoutait : &lt;&lt; Ce n'est que par une sévérité
draconienne qu'il est possible de mettre fin
à cette manière tralh'esse et infânie de faire
la guerre, et de donner satisfaction à nos
troupes . »
Sévérité draconienne, soit. Mais qualifier
de traitre et d'infâme l'homme qui défend le
sol de ses ancêtres, sa chaumière, sa famille
et son foie.r, c'est abuser étrangement de la
licence permise au vainqueur, ou se méprendre absolument sur les droits que confère aux nations le souci légitime de leur
indépendance et de leur liberté!
!.'-COLONEL

ROUSSET.

FRANTZ FUNCK-BRENTANO
~

L'Affaire du Collier
XVII
Le bosquet
LB lendemain était le
sept et huit heures du
soir, le comte de la
Motte et Rétaux de Villette vont, en voiture de
remise, chercher la nouvelle baronne d'Oliva
au Petit hôtel de Lambesc et partent avec
elle pour Versailles. Ils
arrivent à dix heures
du soir. La voiture s'arrête place d'Armes où
les voyageurs mettent
pied à terre. De son
côté Mme de la Motte,
dans une autre voiture
de remise, était passée
prendre le baron de
Planta et était arrivée
avec lui et avec Rosalie, ]a soubrette au nez
retroussé. Nicole est
conduite au logement
que la comtesse occupe
place Dauphine, chez
les Gobert 1 •
La demoiselle d'Oliva
est coiffée par Rosalie
sous les ordres et au
goûl de !!me de la
Hotte, une coiffure &lt;&lt; en
demi-bonnet 11. C'est I,
dame de la Motte ellemème qui l'habille :
elle lui passe une robe
blanche de linon moucheté, garnie d'un dessous rose, une (( robe
à l'enfant ll, appelée
alors &lt;&lt; ga ullr, 1&gt; ou
&lt;t chemise ». La comtesse s'inspire du portrait de Marie-Antoinette par Mme Yigée-

Avant de sortir, Mme de la !lotte jette sur
les épaules de sa jeune compagne un mantelet
de Vénus
blanc, en laine fine , et lui met sur la tête
une " calèehe blanche" en gaze d'Italie. Elle
J 1 aoùt 178 ! . Entre
revêt elle-même un domino moiré de taffetas
noir. Et l'on se rend
avec le comte de la Motte
ehez le plus fameux
traiteur de la ville pour
y souper et s'y donner
du cœur.
Dans le grand parc,
morne, désert, le silence de la nuit. On
entend seulement au
loin, dans l'ombre, le
bruit de l'eau qui joue
dans les bassins. Le
ciel est sombre, sans
lune ni étoiles. La baronne et ses deux compagnons ont marché
quelc1ues instants sur la
terrasse qui s'étend devant le château, dont
le grand rectangle ne
forme lui-même qu'une
masse noire dans la nuit
noire. Puis ils sont descendus vers le bosquet
de Vénus'. Ils y sont
entrés. Le bosquet, hlot~
li contre l'énorme mur
qui soutient l'escalier
des Cent-Marches, dans
ce bas-fond, est plus
sombre encore . Les
pins et les sapins, les
cèdres, les tilleuls, les
ormes qui le couvrent
de leur feuillage, mêlent leurs branehes.
C'est une voûte dont
les percées rencontrent
le ciel noir. Les charmilles font des rideaux
MARJE·ANTOINETTE, EN « GAULLE ».
épais de mélèzes et de
Tableau cte .l\1ADAME \'IGÎ:E·LE BRUN, (Apfar/ie11/ à Madame la CO~ITESSE DE BIRON,)
tulipiers et de buis
massif. A peine distin~

1. Z'io~rs de Tar·gcl, Biblolhè.que v. de Pttriis, 1fü .
de l.i rcserrc; Secu11d lll é111où·c /IO!ll' ltt ,tOlil'a,

p. l0- 11.
2. L·e,.pressio11 ( gaullc e, 1c11ail tlu 11101 gofe, ~ 1ètcmcnt de unit fait d'une ctoffe légCrc -» . 1Jiclio1111aire
d u patois de la Fla11dre (ra11raise. p.a.1· Vcrmc~sc.
3. C'est par erreur que plusieurs historiens placent
J,1 scè ne sur la terrasse du cliâtrau d 11'~u11·e~ dan~ le
lioStJllCl tics Bains d'Apollon. Elle a i·k r ccomtiluCt'

Le Brun, qui venait de faire sensation au Salon
·de 1785, où l'on avait effectivement vu la
reine vêtue d'une gaulle longue et blanche,
très simple, dont la mousseline et la batiste
faisaient tous les frais'!.

ici J'aprl:s les tlêpfüÎL]ons cl 1ulcrrogaLOircs du canli11al (le ll ul1an, de l\étmix dr, \ï!lellc cl de la d'Oliva,
les ml'nwirns de l'abbé George! cl la dèclaraLion, rlu
i nul". 1785, d'uu juif uommé ~alhan, lirocoutcur et
usurier. a tjlli la peli!e d'Oliva 1 qui était entre s,•s
palles. fit des confidentes quelques jou!'s après l'é1·é11cment. Rétaux, dans ses deux interrogatoires, celui
1p1'il rnliil di·s Sot/ arrrs!a1ion à Genève (Arc hives
drs A/F, l'lra119. 1 i\lém. cl d0t11111. 1 France 14DO.

f,, liû-H} . et celui c1uïl suLit tic.vaut les commissaires du \ 1,1rlcrnent (Campardon, p. 362),indfriuc 11cltcrne11l le bosquet de \'ênus. Une statue de Vénus
devait y être placée, au centre : cl le ne le ful pas,
mais it celle date, en prévision de te projet, le bosquet, aujourd'hui bosquet de la 1·cù1c, portail bi('n
le no~i de bosq1:ct ~e Vénus. Voir Aug. Jchan, le
laby1·111lht. de l_ usailfrs el _Je bo1&gt;quet de la ,·einc,
tkms l'e1·8a1llcs tllustrr, 20 Jan\'. WOI, p. 115-19.

�-

111ST0~1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __,

gue-t-on le carré d'une petile clairière, les d'Artois ! » C'est encore l\étaux de Villette.
allées el le rond-point du milieu. Ici le La demoiselle d'Oliva esl emmenée par le
silence est absolu. Seuls les oiseaux de nuit, comte de la )folle el le cardinal se relire
en volant, froissent les feuilles de leurs ailes : suivi de la comtesse.
bruissement qui surprend et fait frissonner.
Telle fut la fameuse scène dite du Losquet.
Nicole a vraiment peur et se serre au comte
Les quatre compères, ll. et Mme de la Molle,
de la Molle. Subitement, comme une ombre, nétaux et la d'Oliva, se retrouvèrent peu
arrive un homme, à qui le comte dit : « Ah l après chez la comtesse, place Dauphine, où la
vous rnilà! l&gt; et l'homme disparait. C'était d'Oliva passa la nuit. Ils étaient d'une gaieté
Rétaux de Villette.
folle. L'aventure avait réussi au delà de tout
On s'est arrêté dans une allée. Mlle d'Oli- espoir. On riait surtout de l'agenouillement
va, craintive, immobile, n'ose se retourner. du Cardinal'.
On prêle l'oreille. Les petites pierres des allées
Le jeune Albert Beugnot était le lendemain
craquent sous un bruit de pas qui se rap- rue Neuve-Saint-Gilles, ol1 il allendait agréaprochent. Trois hommes paraissent. L'un blement la mailresse du logis en compagnie
deux s'avance, grand, mince, serré dans une de la lectrice et dame de compagnie, Mlle
redingote, sous un long manteau, son grand Colson. (( CeIIc-ci ne manquait ni d'esprit ni
chapeau rabattu en clabaud sur le visage. de malice n, écrit-il. (( Je crois, me dit-elle cc
Mlle d'Oliva est poussée par le bras. Le comte ,, jour- là, Leurs Allcsscs occupée~ à do
et la comtesse se sont éloignés. Elle est seule. &lt;&lt; grands projets. On passe la vie à des conElle tremble autant que les feuilles des arbres : « seils secrtts ol1 le premier secrétaire,
la rose qu'elle tient s'échappe de ses doigts. " (!létaux) est seul ad:nis. Sa Hévérence le
Une lettre est dans sa poche, mais elle ne " second secrétaire (le Père Loth) en est
songe pas à l'en tirer. , L'homme au granJ &lt;&lt; réduit à écouter aux portes, et il fait trois
manteau s'incline jusqu'à terrr, baise le bas &lt;1 voyages par jour rue Vieille-du-Temple,
de sa jupe. Nicole murmure, elle ne sait pas, (( sans deviner un traitre mot des messages
elle n'a jamais su quoi. Le cartlinul, qui « qu'on lui confie. Le frocard s'rn désole,
n'est pas moins ému,croit entendre: (( Vous c&lt; car il est curieux comme une vieille dévote. &gt;&gt;
pouvez espérer que le passé sera oublié. J&gt;
« Entre minuit et une heure, poursuit
li s'incline de nouveau avec de~ paroles de IJeugnot, nous entendons enfin Je bruit d'une
reconnaissance et de respect, auxquelles la voiture d'où desrendrnt M. el Mme de 1,
demoiselle d'Oliva, &lt;1ui tremble de plus en Motte, Villette et une femme de vingt-cinq l.U
plus, n'enlend pas un mot. Brusquement un trente ans, blonde, fort belle cl remarquaindividu sunient en coup de vent : « Vite, Llement Lien faite. Les deux femmes élaient

deux hommes en frac; de sorte qu'on a,,ait
l'air de revrnir d'une partie de campagne. On
commença par des plaisanleries obligées sur
mon lêtc-à-têle avec !Ille Colrnn. On déraisonnait, on riait, on fredonnait, on ne se
tenait plus sur ses jambes. L'inconnue parlageail l'allégresse commune, mais elle gardait
de la limidité. ll Beugnot, sentant r1ue sa
présence gênait les joyeux compagnons et les
empêchait de parler librement de ce qui les
mellait en si bonne humeur, prit congé. Sans
le retenir, on Jui demanda de reconduire en
voilure Ia jeune inconnue.
&lt;c Comment donc, mais avec plaisir! &gt;&gt;
« La figure de celte femme, dit Beugnot,
m'avait jelé, dès le premier coup d'œil, dans
celte sorte d'inquiétude qu'on ressent devant
une figure qu'on est bien sûr d'avoir vue
rp1el,~ue part. En voiture, je lui adressai
différentes qucsiions, mais je n'en pus rien
lirer. Je déposai celte belle silencieuse rue
de Cléry. L'inriuiétude que m'avait causée sa
fi~ure était sa parfaite resseml.Jlance avec la
reine'.... l&gt;

XVlil
Premiers effets des bonnes grâces
de la reine.

vite, venez, voici Madame et Mme la corutesse

mises avec élégance mais avec simplicité ; les

nuhan dira lui-mème, par l'intermédiaire
de son avocat, Me Target, en quel état la scène
du Losquet avait mis son esprit : (l Après cc
fatvl ruoment, le cardinal n'est plus seule~
ment confiant et crédule, il est aveugle et se
fait de son arnuglemenl mème un inviolaLlc
dernir. Sa soumission aux ordres qu'il recevra
par la dame de h Motte s·enchaîne aux scnliments du profond respect et de la reconnaissance qui vont disposer de ~a v:e entière;
il attendra avec résignalion le moment où la
lJonlé qui rassure voudra bien se manifester;
mais en attendant il obéira à tout : tri est
l'état de son âme. &gt;&gt;
Mme de la Molle ne larde pas à mettre cel
état d'àmc en exploitation. Quelques jours se
si.ml à peine écoulés depuis l'entrevue du
Losquet, qu cllc fait savoir au cardinal que
1a reine désire un prompt secours de cinquante
milJe livres pour une famille d'infortunés
gen1ibhommes. Jeanne esl anxieuse : le
prince donnera-t-il l'argent ' '/ Rohan est heureux que la reine daigne avoir recours ii ses
humLlcs services. Comme il n'a pas la somme
sous la main, il l'emprunte au juif Cerf•Beer.
« \'os bons offices, lui dit-il, vous donnent la
certitude d'une protection de la plus haute
importance, pour ,·ous et pour Yotre nation "'. Jl
Le 2 l aoùt, il cinq heures du soir, le père
Loth était dans le cabinet de toilelle de la
comtesse - parfaitemenr, dans le cabinet
de toilette. Jeanne s'apprètait pour le souper
et le bon moine lui tenait compagnie. Cependant il lui trouvait l'air inquiet.
(( )jn souci '!...
- J'attends 50 000 livres d'une personne

1. DCclaralion de Rélaut de \'i!letle ii. Genè1·c, .1frclt.
des Aff. élr., )lém. et doc., France 1400. (" 69-74.
2. Sur celle ressemblance tous les conlcmµorai ns
011l d'accord. « li n'esl pas surpremnl , rl 'aprl:s mes

yeux , que M. le cardîual , dans l'obsrnritê, ait Jlll
i,rendrc la fill e d'Oliva pour la reine : même corporcnce, même pcau 1 mêmes cheveu x, une resscmbl:mce
de ph ysionomi e qu i m'o11t frappé. )) ~oies rlu dossier

Targe l, lliblinlf11lqm~ v. de Paris, ms. de la réscn ·e.
j, Mém. de Targcl, &lt;lan s le recueil de Be lle
d'Eti e 111·ill e, IV , 28-"20.
~- Grorgel 1 Il. 43.

1

B OSQU ET DE V É!'. US

(ou

Cliché J. Aubert et Cie, \'crsailles

DE LA REIN E) . -

ENT RÉE DU U.B YRINTIIE. -

n ·apres une estampe a ncie nne.

""' 2.50

w-

,

____________________________ L'

AFF.!11~E DU C01.L1E~ - - ,

qui doit me les apporter à ce moment et ce
délai me fait croire que la chose n'aura pas
lieu, ce qui m'aUligerait beaucoup.
Le lendemain, Loth apprit que les 50 000
livres avaient été réellement versées. La joie
de Jeanne éclatait :
&lt;&lt; A peine flltcs•vous sorti hier, que le
baron de Planta arriva avec la bonne nouvelle! ll
Et comme le Minime réitérait ses compliments :
&lt;&lt; C'est la reine qui a ordonné à M. le
cardinal de me compter cette somme et il a
ordre de Sa Majesté de me compter successivement 50 000 écus'. Il
C'est le chilTre que Jeanne elle-même a fixé.
Cependant elle jugea utile d'éloigner le prince
momentanément. Un petit billet à liséré bleu
vint tout à propos lui conseiller de se retirer
quelque temps en Alsace. Avant de partir,
Rohan recommanda à Planta, qui restait à
Paris pour les besoins de la correspondance
à liséré bleu, de remettre à !!me de la !folle,
pour la reine, tout l'argent qu'elle lui demanderait, ajoutant que, si la somme était d'un
chiffre élevé et le besoin pressant, il devrait
vendre des objets d'art et des meubles de prix.
Une nouvelle demande se produisit en effet,
mais, comme elle n'était pas urgente, le
cardinal attendit norembre pour envoyer de
Saverne à la comtesse une deuxième somme,
de cent mille francs cette fois, ·qui fut également portée par le baron de Planta'.
Nous avons vu dans quelJe gêne affreuse
se trouvait Jeanne de Valois en juin 1784 :
elle avail aliéné à celle date non seulement
sa pension de quinze cents livres, mais celle
de son frère le m.a.rin, dont elle avait le brevet
entre les mains; le père Loth négociait pour
elle un emprunt de trois cents livres afin
qu'elle pût payer son loyer. Or, en ce mois
d'aoùt 1784, ol1 est fait le premier versement
de cinquante mille livres, Jeanne place trenteneuf mille livres chez divers particuliers. En
septembre, elle charge son homme d'affaires,
le Père minime, de convertir en argent vingt
billets noirs de cent livres chacun de la caisse
d'escompte :;. En novembre, après Je deuxième
versement, elle achète d'un ancien contrôleur
de guerre, nommé Charton, au prix de dixhuit mille livres, qu clle paie comptant, une
maison à Bar-sur-Aube : une vaste maison
bourgeoise, avec entrCe rue Saint-llichel au
centre de la ville. On accède dans la cour par
une large grille s'ouvrant à deux battant5,
dont les gonds sont scellés aux murs de petits
pavillons s'élevant à droite et à gauche,
coiffés de toitures haules et pointues. La cour
s'étend en longueur. Dès l'abord, l'œil esl
agréablement charmé par une lerrasse garnie
de fleurs, exhaussée de quelques marches et

a. fait faire, masquent la basse-cour qui est fait faire plusieurs parures de diamants que le
dans le fond. Le corps principal du logis sieur Régnier lui a apportées à différentes
s'étend sur la gauche en entrant: cuisine qui reprises. &gt;&gt; L'argent complant qu'elle verse,
prend jour sur la rue Saint-Michel, vestibule, en prenant certains objets, lui permet d'en
antichambre, salle à manger, salon, deux acheter d'autres pour des sommes beaucoup
chambres, sellerie, et, dans le fond, l'écurie plus considérables. Au payement de cellespour les chevaux, tel est la disposition du ci l'avenir pourvoira. Elle est rencontrée
rez-de--chaussée. Toulcs ces pièces en enfilade, dans les galeries de Versailles fort parée :
se commandant l'une l'aulre, selon la dispo- elle dit que sa fortune s'est améliorée et
sition habituelle des vieilles" demeures, à que c'est par les bienfaits de la famille
l'exception de la sellerie et de l'écurie qui royale 5 •
n'ont entrée que sur la cour. Le corps de
Pllu à peu le ton de la société devient, rue
bâtiment de droite a beaucoup mùins d'éten- Neuve-Saint-Gilles, celui de la bonne compadue en longueur : il se compose, au rez-de-- gnie. Le comte de la Motte y fait valoir son
chaussée, de trois remises en vollte d'arrêt. talent sur la harpe, et l\étaux la heauté dè sa
Des fenètres on découvre la campagne, le voix, devant d'élégants connaisseurs. « Je
cours sinueux de la Dresse et de l'Aube entre rencontrai alors chez la comtesse, dit Beugnot,
les bouquets d'arbres où les saules mèlent le marquis de Saisseval, gros joueur, riche
leurs touffes vert pâle aux massses sombres et faufilé à la Cour; l'abbé de Cabres, condes aulnes sous les longs peupliers : la rivière seiller au Parlement ; Rouillé d'Orfeuille,
divise ses eaux contre les piles moussues des intendant de Champagne; le comte d'Estaing;
vieux ponts, elle miroite parmi la verdure un receveur général nommé d·Orcy et Lecoul•
grasse des prairies, au pied des coteaux de teux de Ja Noraye. l&gt; Ce dernier aspirait à
Sainte-Germaine où mùrit le Yin·mousseux I. supplanter le Père Loth, majordome de la
El à Charonne, près de Paris, Jeanne s'installe comtesse. On cùl laissé au !linime le soin de
une jolie villégiature, dans une coquelteLp,ro-- lui dire la messe.
priété, pour les parties de campagne. &lt;l etat
Nous pouvons reconstituer exactement l'as-

1. ;\'oi es de Targel d'aprës les indications 1lu
P. Loth,Bibl. v. d e Pa1·is ms. de laréscr\"C; déj&gt;osition
du P. Loth, H sept. 178â, A1·clt. uat. X-,? 8 / 1417.
2. !,'envoi des ccnl cînquanle mille livres, f:ait par le
Clll'dinaJ , ful nîê dans la suite par Mme de la Molle :
il est prouvé, non seul cmc11t par IC's déclarations du
cardinal de Bohan, mais par cell es du harnn de Planta
qui porta 13 somm e, par celles du P. Loth, par celles
&lt;l!!: Rélam qui écrivit les prl!Lcndues letLres ~c la
t'Clllc dcnrnndan l l'argent. ~lme de la Motte cl1t au
P. Loth e lil H!!t.mx que les sommes lui a\·ai culété rcmi•
se:,;. l,'cmoi est e ncore prou1·é par les acquisi!ions de

valeurs cl de maisons fuites alors pa r les b Molle et par
le luxe 1lonl ils s'entourent exactement en cc momr nt.
j_ Ceci de l'a1·eu de Mm e de la lloU c : M~moirc
de Mo. Doil!ot. Collection complè te, I, 60 ; CL rnterr.
tie Mme de la Molle puLlié par c~mparllon, p. ~77.
Mme de la llolte place il es l vrai, l'achat des titres
de renlc en juillet ; mai s comme elle J;ll_ace égalemcnL
eu juillet la ~cène du bosquet, le, fatl s Jcrn eurent
concordants.
4. Celle maison fu t achéLec le 10 thermidor an V
{28 juillet li07) au comte de la ~lotte par :Nicolas
Armand. Le corps de bàtimenl a di sparu par le pc r-

1

entourée de berceaux en vollte, aux plantes
grimpantes, qu'encadre une ligne de jeunes
tilleuls. Terrasse et berceaux, que la comtesse

de la maison, dit HosaUc, a été alors augmenté tant en meubles, bijoux, qu 'argenterie.
Dans le mois de novembre Mme de la !lotte a

-~.~-.-;;r:~:-.r~~~
;:.

-· .

"' ~~, -... .,...

'?;;i

.r(V&gt;~ .
t'lid1 ê J.•\ ubc re t C'•, Yersa illcs

\'U E ACTl:ELLE OU B OSQUET DE LA REINE. - LA SALLE DES 'fL'LIPIERS.
D'après le dessin de L ARR UE .

cernent de la rue Annaml. (,'aile gauche forme aujnurtl1111i les uuméros 1, 3, ~ de la ru é Armand , cl 57 de
la rue N"alionalc (ancienn e ru e Suinl-)liehel); l'aile
droil e, les numCros 2, 4. 0 de la ru e Armand et
::iU de la rue 1' ali onale. M. Armand, qui fuL dëputC
de l"M1be de 18~/! â 1848, a dcssiué les pl1rns el la
pcrspecli1·c de lïrnmcuhlc avanl la lransforillali orl.
t:c,; dessins nous ont été communiqués a\'ec la plus
gracieuse oh:igeancc par nolrc d1slînguê co11frêre
.Il. Arlhur Tluh·cnol.
5. Têmoîgnage lin comte d'Ol omie u, dans sou interr.
tlu li nnil 178G. ,11-clt. na l., x~ ll/ 1417.

�..,

fflSTO'J{l.ll
pect du salon de Mme de la Motte 1. [nehaule
pièce en boiseries blanches, éclairée de deux
fenêtres montant jusqu'au plafond et se faisant
face, l'une sur la rue, l'autre sur la cour.
L'énorme poutre qui soutient le second
étage est apparente. La corniche est ornée de
la moulure à petits carrés qui caractérise le
stvle du temps. Les illustrations militaires du
grand siècle, Turenne et Tourville, sont représentées par des bustes en bronze sur socles de
marbre avec ornements de cuivre doré. Devant
la glace de la cheminée - une glace en deux
morceaux, dans un mince cadre en bois doré
dont l'ornementation est de perles et de dentelures, - une pendule marquant les secondes, les heures et le quantième du mois, en
marbre blanc, portant une statuette de la
Sensibilité, entre deux vases de Sèvres sur
pieds d'albàtre blanc. Les murs sont tendus
de hautes lisses à personnages; aux trumeaux,
des tapisseries plus petites à verdures. Le
mobilier comprend un canapé et six fauteuils
en tapisseries représentant les fables de La
Fontaine, et des chaises à dossiers ovales, couvertes de satin rayé à bouquet : le vrai style
Louis XVI. Aux angles, des &lt;! encoignures »
en bois laqué peint en vert d'eau, avec fleurs;
par terre un grand tapis d'Aubusson, et,
pour l'éclairage du soir, deux colonnes de
stuc « sur lesquelles sont des figures de bronze
tenantes chacune une girandole à trois branches de cuivre doré Jl. Mme de la Motte, vive,
alerte, charmante, parmi ses invités, va de
l'un à l'autre vêtue d'une « anglaise ll gorgede-pigeon et d'une jupe de soie rose.
Notre petite baronne d'Oliva continue de
paraitre quelque temps rue Neuve-SaintGilles, mais bientôt on la rebute. Mme de la
Molle ne la trouve plus d'assez bon genre.
Elle lui reproche de ne pas s'être comportée
décemment chez le baron de Lilleroy, officier
aux gardes, où elles furent déjeuner ftnsemble,
et d'avoir dit des indécences chez Mme de la
Fresnaye qui les avait priées à diner. En
outre, sur les quinze mille livres promises à
Nicole, Mme de la Motte n'en a versé que
quatre mille et ne désire pas en donner
davantage.
Jeanne s'occupe de marièr sa sœur MarieAnne, &lt;! bien blonde, bien fade, fort bête &gt;&gt; ,
dit Beugnot, très fière elle aussi d'être petitefille des Valois. Nous l'avons vue se sauver
gaiement avec sa sœur de l'abbaJe de Longchamp; mais, depuis, elle s'est retirée au
couvent de Jarcy, près de Brie-Comte-Robert,
où l'abbesse, Mme de Bracque, l'a 'prise en
affection. Mme de la Molte a trouvé un beau
parti, le comte de Salivet de Fouchécourt, et
en écrit à Mme de Bracque. Mais il faudrait
queMarie-Annevint demeurer quelque temps
auprès d'elle. « Il paraît que ma forluue
apparente, écrit-elle, a fait naître en ma sœur
des soupçons offensants pour moi. li lui serait
1. D'après la piêcc même qui esl encore aujourd'hui
conscl'vée, et l'inventaire du mubiliel' fail les 9, 10,
12 sept. 1785. Arcli. 11at., x~. B/ 1411 .
'2. Doss. Targe!, /Jibl. ,,. dr Paris, ms. de la réseL·,•c.
3. Confronlalion du il mars I i~G. , !rd,. 11al. , X',
B1Ht 7.

facile de connailre la source honorable d'où
elle me vient. JJ
Cependant Jeanne n'en continuait pas moins
de se présenter au cardinal comme réduite à
l'indigence et à obtenir de lui, de temps à
autre, quelques louis, comme auparavant•.
En somme, quel chemin fait par la petite
mendiante que Mme de Boulainvilliers écoutait
sur le marchepied de sa voiture, chemin fait
grâce à son énergie, à sa volonté, à son esprit
d'intrigue! Que n'a-t-elle su employer dès
lors la fortune qu'elle avait su conquérir! Il
est vrai que le bien acquis de la sorte ne peut
profiter. Ce qui vient au son des fifres s'en
va au bruit des tambours. L'argP.nt est jeté
par les fenêtres. Puis l'ambition est sans
bornes : la médiocrité, même dorée, ne saurait convenir au sang des Valois. De nouvelles
ressources sont nécessaires.

XIX
Délicate énigme.
Dejà, sans doute, l'on se sera posé laquestion : quel était le caractère des relations
enlre le cardinal et Mme de la Motte?
Tous les historiens ont été jusqu'à ce jour
d'accord sur ce point et nous allons nous
mettre en contradiction avec eux tous. Pour
établir que le cardinal désirait et obtenait de
)[me de la Motte ses plus précieuses faveurs,
deux témoignages sont invoqués. Le premier
est celui de Mme de la Motte elle-même
devant les conseillers instructeurs du Parlement; le second est la relation deBeugoot, à qui
la comtesse montrera dans la suite un paquet
de lettres que lui aurait adressées le cardinal.
Nous récusons Mme de la Motte. Elle aura
un intérêt 1mpérieux à parler ainsi devant
le Parlement. Ce sera son unique moyen de
défense. L'instruclion lui demandera d'où
était venue la fortune prodigieuse qui, tout
d'un coup, avait surgi sous ses pas : &lt;&lt; J'étais,
répondra-t-elle, la maîtresse du cardinal. »
Ce fut d'ailleurs la manie de Jeanne de
Valois. On n'imagine pas le nombre d'hommes qu'elle accuse d'avoir été ses amants, ou
d'avoir voulu l'être, de gré ou de force.
Quelqu'un la gênait-il, ou lui déplaisait-il, ou
la contrariait-il, le trait ne se faisait pas
attendre : « Vous avez été, ou, vous avez
voulu être mon amant. J&gt;
Le cardinal niera avec tant de âignité, de
mesure, de force, qu'il est impossible d'hésiter entre les deux témoignages. Il y a plus.
Ayant un intérêt si grand à établir le fait,
Jeanne ne pourra apporter le moindre indice.
Les dépositions des domestiques seront contre
elle. Rosalie, confrontée à Rohan, reconnaîtra
que le cardinal n'est venu, en tout el pour
tout, chez Mme de la Motte, que quatre ou
cinq fois à Paris, deux ou trois fois à Veri. Confrontalion de nohnn à Belle d'I'.1ic11\'ille,

Arc!,. nat.,

x.•, Il/1Hi.

5. IJéclaralion 14scpl. li8:i,.lrch. 1111t., X2 , R 141i.
Il. « :"ious ou1•rons un grand coffre de bois de sandal rempli de papiers clc loulrs couleurs et de loules
dimension;. J'èla1s pressé d'en finir : je lui demande
s'il y a clans ces papiers des obligation, au porteur ou

sailles'\ visites faites la plupart devant témoins; aucune le ~oir ni de nuit~.
•
Rosalie ajoutera : &lt;( Pendant que M. le cardinal était chez Madame, la porte n'était pas
du tout fermée. &gt;&gt; Les rendez-vous, dira-t-on,
avaient lieu ailleurs : mais c'est précisement
chez elle que Mme de la Motte déclare avoir
comblé le cardinal de ses faveurs - et très
souvent.
Une autre indication, non moins concluante,
est fournie par ces secours de trois, quatre
ou cinq louis, que Rohan avait coutume de
donner à Mme de la Motte, depuis mai 1782
jusqu'à leur arrestation. Jeanne, qui sent la
force de l'argument, essaie de nier; mais les
témoignages de ses familiers, du Père Loth,
de la demoiselle Colson, sont encore décisifs.
Le Père Loth ajoute que Mme de la )lotte
avait imaginé de raconter à Rohan qu'elle
avait reçu de la reine un don de mille écus,
afin d'obtenir de lui des secours plus grands".
Si Jeanne e.û tété la maitresse du prince, peuton supposer qu'avec sa fortune, son caractère
généreux et prodigue à l'excès, alors qu'il la
considérait comme une femme du meilleur
·monde, amie particulière de la reine, il l'eût
réduite à des aumônes?
Quant à la prétendue correspondance que
Beugnot verra dans les mains de Jeanne de
Valois à Bar-sur-Aube, il en parlera ainsi :
« li est heureux pour la mémoire de M. le
cardinal que ces lettres aient été supprimées.
C'est une perle pour l'histoire des passions
humaines. Mais quel était donc ce siècle où
un prince de l'Église n'hésitait pas d'écrire, de
signer, d'adresser à une femme qu'il connaissait si peu et si mal, des lettres que, de
nos jours, un homme qui ,e respecte le moins
du monde pourrait commencer de lire, mais
n'achèverait pas jusqu'au bout. &gt;l Ce témoignage se détruit par lui-même. Le prince de
Rohan n'était pas homme à écrire de la sorte.
Est-il utile d'insister? Jeanne, avec son
imagination en ébullition perpétuelle et désordonnée, passa sa vie à forger des romans, des
correspondances surtout et à les remplir de
malpropretés. On reconnait son doigté à ce
que dit Beugnot. Pourquoi brù lera-t-elle ces
lettres dans une circonstance où elles auraient
constitué toute sa défense? - parce que les
lettres étaient fausses. Et pourquoi les ferat-elle auparavant lire à Beugnol 6 , qu'elle s'empressera quelques jours après de demander
pour avocat? - afin qu'il en témoigne quand
le contrôle n'en sera plus possible.
On observera encore que si ces lettres eussent été écrites par Rohan, celui-ci n'eût pu
s •exposer à en recevoir le cinglant démenti
devant le Parlement assemblé, au moment où
il niera toute relation intime avec la comtesse.
Car il ne saura pas alors, lui, que les lettres
ont été brùlées. Aussi bien, quand Rohan
répondra à son accusatrice avec autant de
des l,i Ilets de la caisse &lt;l'escomplc, et, sur ,a réponse
négalive, je propose de tout jclcr au feu, en bloc.
Elle insiste au moins pour un examen sommaire ; n~~s
y procédons fort lentemcnl ,le son culé, et 1u·i•c1p1lammcnl du mien. C'est li, qu·en porlaut des regard;
assez fugitifs sm· r1uelqucs-uucs des mille lettre; tl_e
)l. le tardinal de l\oban ... D llcugnol, ,l/é111oi,·cs, 1, !Ili.

1

t

:

___________________________________

L' .ArrAmE DU COLL'Œ'Jt. - - ~

Aye~ un

))l'lt

de déce11ce

El laissez là les catin., !

L'histoire suivra le jugement du
peuple, et nous quitterons nousmême cette matière, convaincu
de notre impuissance à relourner
l'opinion ;_

XX

rivière dépassant en richesse et en éclat tous
les bijoux connus. Ils avaient ainsi composé
Le collier.
un « grand collier en esclavage JJ , qu'ils
avaient espéré faire acheter par Louis X\'
Le joaillier de la couronne et de la reine• pour la Du Barry, mais le roi était venu à
était à cette époque un saxon, Charles- mourir. Alors ils avaient envoyé le dessin de
.Auguste Biihmer 5 • Ses magasins s'ouvraient la parure à la Cour d'Espagne: le prix avait
rue Yendôme. Biihmer avait conduit ses effrayé.
Après l'avènement de Louis XVI, connaisaffaires avec beaucoup de hardiesse, d'activité
et d'intelligence; mais, à l'époque de ce récit, sant la passion de la nouvelle reine pour les
ses facultés s'étaient affaiblies, et il s'effaçait bijoux, escomptant la réputation faite à
devant son associé, son compatriote Paul Marie-Antoinette de coquetterie et de folles
Bassenge, originaire de Leipzig, d'origine dépenses, les joailliers, dès 1774, présenfrançaise cependant, car il appartenait à une tèrent le collier au roi. Louis XVI en parla à
famille de réfugiés chassés par les sui tes de Marie-Antoinette, mais la reine, effrayée elle
la révocation de l'édit de Nantes. Les Bühmer, aussi du prix si élevé, un million six cent
comme on les appelait du nom du principal mille livres - c'était l'estimation des joailassocié, avaient acheté depuis des années, par liers Maillard et d'Oigny - le refusa.
Bühmer revint à la charge : il ferait les
toute l'Europe, les plus beaux diamants qu'ils
conditions les plus avantageuses ;
les payements s'échelonneraient à
diverses échéances, partie en rentes viagères. Il suppliait le roi
de faire l'acquisition. Ses iastances étaient d'autant plus pressantes
que, pour faire cette parure, il
avait emprunté 800 000 livres au
trésorier de la marine, Baudard
de Sainte-James. Les inlérèts, qu'il
se trouvait obligé de payer, devenaient pour lui un poids de plus
en plus lourd et qui devait, avec
le temps, entraîner sa ruine complète, mais la reine refusa encore.
Sa réponse au roi est demeurée
célèbre :
« Nous avons plus besoin d'un
vaisseau que d'un bijou. ll
De ce moment les plaintes de
Bühmer allèrent à tous les échos.
Il les faisait à tout venant. En
1777, s'adressant directement à
Marie-Antoinette, il se jeta à ses
genoux. Sa Majesté était suppliée
d'acheter le collier, sinon il irait
se préci piler dans la rivière. Et il
versait des larmes. &lt;( Levez-vous,
Bühmer, lui dit la reine sévèrement, je n'aime point de pareilles
exclamations : les gens honnêtes
n'ont pas besoin de supplier à genoux. J'ai refusé le collier. Le roi
a voulu me le donner, je l'ai refusé encore. Ne m'en parlez donc
plus jamais. Tàchez de le diviser,
de le vendre et ne vous noyez
pas. ll
Sur de nouvelles instances des
bijoutiers, le roi en reparla à la
reine devant Mme Campan. « Je
MADELEINE BRIFFAULT, DITE ROSALIE, FEMME DE CHAMBRE DE LA cmtTESSE me souviens, écrit celle-ci, que la
DE LA MOTTE. D'aprés une gravure du Catinet des Estampes.
l d
.
l
reine ui it que s1 rée lement
La scène qu·on roit sous le médaillon représente Mme de la lllotte et le marché n'était pas onéreux, le
Rosalie habillant Mlle d'Olirn.
roi pouvait faire celle acquisition
et conserver ce collier pour les
avaient pu se procurer, pour en faire une époques des mariages d~ ses enfants, mais

hauteur que de force, Mme de la Motte, qui
ne recule cependant devant aucun moyen de
défense, n'osera-t-elle rappeler cette correspondance; bien plus, elle n'osera pas invoquer le témoignage de Beugnot.
« J'ai hésité jusqu'ici, dira Rohan, dans sa
ronfrontation à Jeanne de Valois, le 2 i avril
1786, de répondre, par une répugnance bien
naturelle, à tout cc que Mme de la Motte a
tenu de propos à double entente sur ses rapports avec moi. Si elle ne se respecte pas
assez et veut faire croire même ce qui n'est
pas, je repousse comme je dois les soupçons
qu'elle cherche à accréditer . Je ne peux
d'aillC"urs, pour ce que je me dois à moimème, insister davantage. Voilà donc une
nouvelle atrocité, qui, accompagnée de toutes
invraisemblances, ne me laisse que la même
horreur que j'ai exprimée lorsque Mme de la
)lotte, à tant de reprises, a déjà
cherché à jeter des soupçons
odieux. L'invraisemblance rend
impossible ce qu'elle voudrait présenter comme vrai. Je ne peux
que détourner mes regards et ma
pensée de dessus une inculpation
pareille. D'ailleurs, j'observe que
Mme de la Motte a fait attendre
bien longtemps lacalomnie qu'elle
préparait pour excuser son mensonge, quand elle s'est vue contrainte à ne plus pouvoir le soutenir. &gt;&gt;
Autant que pareille chose peut
Nre tenue pour certaine - car,
comme dit l'autre, avecles femmes
on ne peut jamais savoir - , nous
sommes disposé à nous porter
garant des paroles du cardinal.
Mais telle est la force de la calomnie que, dè;; le premier éclat
du procès, se répandront des libelles, qui se passeront sous le manteau et se payeront au poids de
l'or1, où les amours de la comtesse et de Son Eminence seront
contés en termes inouïs, avec les
détails les plus graveleux ; des
recueils d'informations relativement sérieux, comme la Conespondance sec1·ète, affirmeront des
anecdotes qu'une plull_le qui se
respecte ne pourrait reproduire;
les nations protestantes applaudiront à la corruption du clergé
français 1 ; le peuple viendra chanter au prisonnier jusque sous les
murs de la Bastille :

1. Jomnal de Hardy, Bibl. nat., ms. franc. C\685,
p. 406.
2. Jlémofres du comte de la Motte, p. 9i.
5. Le seul conlcmpol'ain qni, à notre connaissance,

ait exposé le Yéritablc caractère des rclalions " toutes

blanches» clu cardinal de ltohan cl de Mme de la 3lolle,
csl l'auleur ile la Lettre à l'occasion de la délt-11/Ù,n
de S. E. JI. le cai·di11al, p, (i.

.... 253 ...

4. Arch. des Aff. ~l1·ang_., France 1309, f• 220 v
5. On prononç,ut a Pans : llocmcr, comme le
11rouve la graphie Bo!témer, Boëltme1·. qui revianl
dans les texlcs.
0

•

�. - - 1t1STO'R_1.Jt

_________________________________.

qu'elle ne s'en parerait jamais, na voulant p:is
qu'on pûl lui reprocher dans le monde
d'avoir désiré un objet &lt;l'un prix aussi
excessiF. » Comme les cnrants étaient encore
très jeunes, Louis XVI ne voulut pas immobiliser pendant de longues aonées une si
grosse somme et refusa définitivement la
proposition.
BOhmer connaissait le procureur grfléral
aux requêtes, Louis-François Achet, de qui
nous avons vu le gendre, Me Laporte, fréquenter ~hez la comtesse de Valois. M0 Laporte parlicipait n:èmc aux (&lt; affaires &gt;&gt; que
Jeanne entreprenait, et comme la comtesse
lui arnit montré, il lui au5-si, des lellres midisant de la reine, il avait une haute idee de
son crédit. Le 20 novemLM 1784, comme
on causait dans le salon de la rue NeuveSaint-Gilles et qu'il était question &lt;le bijoux,
L:iporte dit à Jeanne, sans parailre y atladlt'r
aucune importance, que, puisqu'elle était c11
si grande faveur auprûs de Sa àfajesté, ell..:
devrait bien faciliter aux pauvres bijouliers
BOhmcr el Bassenge la vente de leur collier.
C'était une lourde charge pour ces négrn.:ian1s
que de conserrer si longlemps un objet de
pareille valeur.
11 Ce collier, demanda Mme de la Molll',
l'avez-mus vu?
- Une vraie merveille, répondit Laporte.
Les joailliers de la couronne y ont travaillé
pendant des années, et, ne fùt-ce qu'au
point de vue de la valeur des pierres, c'est
un trésor. u
Et il offrit à la comlesse de lui amener les
Bohmer avec leur bijou. Mme de la Molle
accepta. Dans les premiers jours de dé~embre,
le beau-père, Achet, voyait les joailliers :
t( ~\'ez-vous toujours votre collier? vous
occupez-rous de le pb1cer?
- Oh oui! mais il faudrait quelqu'un qui
eût assez de crédit sur le roi ou sur la reine
pour les déterminer.
- Mon gendre, répondit Achet, a fait connaissance depuis quelque temps de la comtesse de la ~folle, de l'ancienne maison de
Valois. Elle se dit en crédit aupri•s de la
reine : il serait possible de Ja déterminer à
agir . !&gt;
Et les joailliers assuraient qu'ils donneraient I OOU louis à qui leur ferait vendre le
collier. Laporte était criblé de dcucs.
Quelques jours après, Achet revint trouver
les Biihrncr : Mme de la !lotte ne paraissait
pas disposée à intervenir, mais la curiosilé la
porlait à voir le collier'.
Le cardinal de Rohan se trouvait à celle
époque en AJsaee. Achet et Bassenge arrivèrent ainsi rue Neuve-Saint-Gilles, le 29 décembre, avec le précieux écrin. Il fut ouvert
devant Jeanne. Quelle surprise! Un étincellement de paillettes lumineuses se jouant
aux angles des pierres limpides, mille et
mille petites flammes mullicolore:,, ,•ires
eomme des éclairs, qui jaillissaient au
moindre mouvement.
1. Bibl. nat . , ms. Joly de Fleur/', 2088, f"' 529
. 2. C.elle ~latc est importm1te.A,·anl e retour du car~
limai a Paris Mme de la llotte avait dl·jà cngagP la né-

"---------------------------- L' .lfr'FJll]lE DU COLLTE]l

,

Le cardinal ne quitta Saverne que le
1~ janrier J78:5 pour revenir à Paris'· Le
21 janvier, Lt comtesse eut avec les joailliers
une deuxième entrt'.vue, en présence de
M' Arhcl. Elle leur dit que le collier serait
pcut-êrrc vendu dans quelques jours. L'acquisition en sera faite par un lrès grand seigneur. ime ajoute, el insiste sur ce point, notf'z la prudence, - qu'elle leur conseille
très virr.mmt de prendre directement arnc
lui Ioules les précaulions utiles pour les arrangements qn'on pournit songer à leur proposer. Quant h elle, clic ne wut en aucune
façon être mêlée à l'affaire. Son nom n'y doit
pas être prononcé. Les joailliers lui offrent
un bijou en reconnaissance du service rf'ndu.
Elle ne veut pas du cadeau. Elle n'en agit que
pour les obliger. Et elle s'oppose même à ce
qu'on ]a considère comme une intermédiaire.
Le 24 janvier, à sept heures du matin, frannc
retourne chez les joaillkr.:i arrc son mari,
pour leur annoncer la visite du prince cardinal de i1ohan. (( C'csl Lien ave1..: lui, insistet-elle une fois de plus, que VliUS prcndrrz
Lous les arrangements et toutes les précautions nécessaires. Gard, z-rous de lui dire riue
je me suis mêlée à l'affaire. Si j'ai pu vous
être utile, je me déclare surnsamment récompensée. n Et elle s'en va.
Peu après, arrirc le cardinal. Mme de la
~lutle lui a fait croire que la rt'.ine désire
acheter ce bijou, en catbettc du R1,i et à
crédit, se trou\'ant pour le moment démunie
d'argent. La reine paiera à échéances, avait
dit Jeanne de Valois, de trois ,en trois mois :
pour ce marché, elle a besoin d'un intermédiaire, d'un intermédiaire qui, par sa per-

sonne même et la haute considération dont il
est environné, sera une garantie aux yeux des

joailliers, craintifs de faire crédit d'une
sorçme pareille, el c'est au cardinal que ]a
reine a songé. &lt;&lt; Pour me déterminer, écrit
le prince Louis, Mme de la Motte m'apporta
une ldlre supposée de la reine, dans laquelle
S1 Majesté paraissait désirer d'acquérir le
collier et marquait que, n'ayant pas pour
l'instant les fonds nécessaires et ne voulant
pas entrer elle-même dans le détail des arrangements à prendre, il lui serait agréable que
je traitasse celle affaire, prisse toutes les
mesures pour l'acquisition et déterminasse
les époques de payement qui pourraient
convenir:;. » Comment le cardinal put-il
croire à la réalité d'une telle commission'? Un pamphlétaire du temps dit en termes très
justes :
&lt;&lt; On se persuade si facilement cc qu'on
désire t C'était une erreur qui n'eût pas séduit un homme ordinaire, qui ne se mire
que dans une eau tranquille, habitué à ne
calculer que des cho~l's du sens' commun,
donl les idées lentes et mesurées se combinent à chaque p:is ffuÏl fait : mais c'é1ai1
une erreur qu'on dt!vait penser avoir pu
cnlrainer l'esprit vif et agité de M. le CardinJI, en lui fai:;ant adopter, par penchant,
pas~ion même, un arrangement qui fût
propre à nourrir qu elque sentiment, quelque
vue nouvelle, dans les labyrinthes continuels
de son imagination 4• l&gt; Opinion que reprendront les magistrats qui, sous la direction du
procureur général, instruisirent avec beaucoup d'indépendance l'affaire du Collier :
« Le Cardinal n'a été que séduit, diront-ils,
il était dans le délire, entraîné par une ambition qui l'a égaré, c'est un esprit e:xa1té 5 • JJ
Rohan vient donc chez les Bohmer Je
24 janvier 1785. La parure ne lui semble pas
d'un joli dessin : elle est lourde, massh·e.
Celle fantaisie l'étonne de la part d'une
femme d'un goût alerte comme Marie-Antoinette. Mais, puisque c'est la volonté de la
reine, le marché est conclu . Le 29 janvier,
les joailliers sont reçus à l'hôtel de Strasbourg, el Bohan fixe les conditions auxquelles
le collier sera livré : un million six cent
mil1es livres, pa1'ahles en deux ans, par
quartiers, de six mois en six mois; le premier \'ersement de quatre cent mille livres
devant être fait par la reine le 1'' août 1785.
La livraison du bijou aura lieu le :1er février,
parce que, dit Jeanne, la reine veut le collier
pour la Chandeleur. Le cardinal met luimême ces conditions sur papier et les communique à Mme de la !lotte, afin qu'elles
soient soumises à la reine et ratifiées par
elle. Le 50 janvier, Jeanne revient. Sa
Majesté approuve Ie marché, dit-elle, mais
voudrait ne pas donner sa signature. fiohan
insiste, l'affaire est de conséquence et il lui
faut un mot d'écrit. Enfin, le 51 janvier, la
comtmse lui apporte, à l'hôtel de Strasbourµ,
une ratification du lrailé. C'est la feuille
même écrite par le cardinal et signée par les
Ilôhmer. En marge de chaque article, on a

gociati~n avec les bijoutiers .L'initial ive del'acquîsilion
des 61Joux ne peut donc être Yenue du card inal.
S. Ooss. Target, niûl. v. de Pm·is, ms. de la réserrc.

4. Lettre sw· la détenlio,1 d e S. E. il!. le cardinal, p. 14-15.
j, Bibl. mit., ms. Joly de Fleury 2088, f0 {ij , ·0 •

1

l

1

1

-- .J

1

mis le mot &lt;t approuvé J&gt; et au bas, en
- La reine les donnera )l, répond Mme de
manière de signature, c! Marie-Antoinette de la )folle.
France ». Jeanne de Valois ajoute : &lt;t La
Et elle sort, après avoir fixé au cardinal
reine, qui agit à l'insu du
roi toujours contrarié de
son penchant à la dépense, a expressément recommandé de ne pas laisser sortir le billet de vos
mains. Ne le montrez à
qui que ce soit. ))
La veille, Cagliostro
était rernnu de Lyon. Le
prince s'empressa de le
consulter sur l'affaire doJJt
il était chargé. &lt;( Ce Python, écrit l'abbé George!,
monta sur son trépied.
Les invocations égyptiennes furent faites pendant
une nuit éclairée par une
grande quantité de bougies dans le salon même
du cardinal. L'oracle, inspiré par son démon familier, prononç.a que la négociation était digne du
prince, qu'elle aurait un
plein succès, qu'elle mettrait le sceau aux bonlés
de la reine el ferait éclore
le jour heureu, qui découvrirait, pour le bonheur
de la France el de l'humanilé, les rares talents de
M. le cardinal. " Toul à
îait rasssuré, nohan, le
1er février au matin, écril
aux bijoutiers pour les
presser de livrer la parure. Ceux-ci d'accourir. Ils
remettentl' écrin et apprennent alors que le collier est
pour la reine, le cardinal
CoLLIER EN ESCI.AVAGE, DIT • LE COLLIER DE LA REINE
ne croJant pas enfreindre
D'après mie estampe contemporaine.
les volontés de la souveraine en leur montrant,
pour leur tranquillité, la
pièce signée : 1lfarie-Antoinette de France. rendez-vous pour le soir, à Versailles. Avant
Car Rohan était très Lon. Dans ce moment il de monter en voiture le prince Louis écrit
était heureux et voulait, dans sa bonté, faire encore aux IlOhmer pour leur annoncer
partager son bonheur. Le mème jour Mme qu'ils recevront les intérêts à courir jusde la Molle revient impatiente.
qu'aux divers versements; puis, muni du
« Le collier ?
bijou, il part. JI est accompagné de son
- Le voici.
valet de chambre, Schreibcr, chargé du pré- Sa Majesté l'allend aujourd'hui même. cieux fardeau. La brume du soir lombe sur
- Jè le porterai aujourd'hui même. Mais les larges avenues de la ville quand on arrive
les intérèts des sommes jusqu'au jour du au logement de la comtesse, place Dauphine .
payement?
Au pas de la porte, Rohan renvoie son valet
1. QuelquC's jours plus lar,I, Mme de la Motte &lt;l iL
à llohan que cet hom me s'appelait Desdaux. Elli!

empruntait le nom du garçon allaché à la chambrn
de la reine, a1ee lequel elle avait Jtné il r a
quelques années. Desdaux seul, en effel, dail
attaché à la fois it la chambre de la reine cl à la
musique du roi {grande chapelle, symphonie cl Yiu-loë)~st ici un des points du récit où la démons.
!ration peut être faite ..t·une maniCre précise. Mme de
la Houe apparaitra innocente ou coupable, selon que
ce sera Desdaux ou !létaux de Yillctle qui aura reçu
le liijou, Dcsclaux p(lur le do11JJC'r à la reine, l\élrtm

pour le lui remcllre à elle. Or, tous les lCmoignages
concordent pour démonlrer que cc ful Hétaux de
\ïlleUe : celui du cardinal qui reconnut un des 11ersonnages rlc la scène iJu bosquet oll Réla11x avoua
avoir figuré; celui de no~alie. la fémme ile
chambre, qui dCclal'C a\'oir dans ce moment ouverl à
Hétaux la JlOrlc qui èlait condamnée pour tout autre
r1u e pour ui; le témoignage de Desclaux lui-même,
qui affirme n'avoir jamais porté â Mme de la 1'1oUe
une lettre de la reilrn. el que celle-ci ne l'a jamais
chargé de remettre it la reine une boite remplie de
diamants. « La vêrité. dit-il dans son interrogatoire
du 2 dh:C' mlwc 17 85, t'Sl que dt•i1uis trois ans el

.., 255 ....

---.

et, prenant la boile, monte seul au premier.
Mme dr la Molle est chez elle. Elle a loul
ordonné· comme pour une comédie. fiohan
est introduit dans une
chambre qui a uae alcôve
en papier et communique
avec un petit cabinet par
une porte vitrée. Une
&lt;( lumière sombre&gt;&gt; Cclaire
la pièce. li me de la Motte
entremit dans les mains
du prince l'objet de ses
comoitises. Elle se contient.
« La reine, diL-elle,
attend le collier. lJ
Quelques minutes s'écouJent.
On entend les pas d'un
homme ·qui se fait annoncer :
" De la part de la reine! )J
Par discrétion, le cardinal se relire dans l'alcOve; mais il a rn la silhouette du personnage,
un grand jeune homme,
entièremenL habillé de
noir, figure mince, teint
pâle, le ,·isage allongr, les
yeux profonds el les sourcils noirs. A l'allure, il
reconnaît le même homme
qui, au mois d'août, avait
annoncé dans le bosquet
la promenade de Madame
el de la comtesse d'Artois. C'est en effet Rétaux
de Villette, qui s'est grimé. L'homme remet un
Lillel. La comtesse le fait
sortir alors jusque sur le
palier et, se rapprochant
du cardina], lui donne
lecture de la lellre. La
reine ordonne de remettre
le collier au porteur. Le
cardinal donne l'écrin, Mme de la !lotte le
tend au mes~ager &lt;Jtt'elle fait rentrer: Rétaux
le prend el port, la comtesse étant allée lui
ouvrir elle-même la porte.
Jeanne dit au cardinal que cet individu
était attaché à la musique du roi et à la
chambre de la reine 1 • A son tour, le prélat
prend congé.
Le soir, de retour rue Saint-Gilles, Jeanne
de Valois rccevail la parure des mains de
son amant.
demi je n'ai pas parlé à la dame de la Molle. »
Enfin, il sa coufrontation du 25 mars ·I ï86, Mme de
la Motte ful contrainte d'avouer « que la déposition
de "Desclaux contenail. la plus cractc vêrilé », el,
clans celle du 22 avril au cardinal, ~ue Desclaux
u'étail j:1mais ,·cnu chez elle, et qu 'il étiiil faux
qu'on ftil 1·enu chez elle chercher Il! collier de la
part de la reine; - ce qui ne l'empêcliera pas plus
lard, dans H?S MCmoires, de redire c1ue c'est Oesclaui:
qui porta le bijou ii la reinr. {/'te de Jeanne de
~afrit-Rémy, 1, 361.) Toutes les pîctes aux 1l1'cltivcs nationales, parmi
la procédure.

�'HlSTO'R._1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - XXI
Un supplément aux « Mille et une
Nuits».
Combien nous devons regretter qu'aucun
document ne nous révèle ce qui se passa chez
la comtesse de la Afotte, rue Neuve-SaintGilles, en ces premiers jours de février 178:i !
Le merveilleux bijou est grossièrement'dépecé
avec un couteau 1 , sur la table, les fenêtres
closes, les rideaux tirés, entre deux chandelles dont la lumière est rabattue. Le comte,
la comtesse et Rétaux de Yillette sont penchés sur ces richesses qu'ils enfouissent dans
lti fond des tiroirs à l'approche des domestiques.
Le mercredi des Cendres, 9 février, Jeanne
charge Rétaux de Villette de vendre des fragments du collier. Dès le 15 février, il est
arrêté les poches pleines de diamants. Les
historiens n'ont pas suffisamment mis en
lumière ce fait qui, à lui seul, dénonce cependant les voleurs. sans doute possible. Le
12 février, un juif, bijoutier au Petit-Carreau,
nommé Adan, était venu trouver lïnspecteur
de police du r1uartier Montmartre, J .-Fr. de
Bruguières, pour lui dire qu'un nommé
Rétaux de Villette colportait des brillants
chez les marchands et les juifs, les offrant à
si bas prix qu'on ne voulait pas les acheter,
soupçonnant un vol. Cel homme, disait
Adan, « avait l'air très suspect par son encolure )J et il devait partir incessamment pour
la Hollande, avec le brocanteur Abraham
Franc, pour y vendre des diamants. Adan
ajoutait que Rétaux lui avait promis, s'il lui
achetait ses premières pierres, de lui en procurer bien d'autres semblables et parmi lesquelles il y en aurait de très belles.
Bruguières fait une perquisition chez l'ami
de Mme de la Moue dans l'appartement, au
cinquième, qu'il occupe rue Saint-Louis au
Marais 2 • li l'oblige à une déclaration chez le
commissaire du quartier. Confus, hésitant,
[\étaux finit par avouer qu'il tient les dia1. Déclaration des bijoutiers auglais à c1ui les diamants furent vendus.
2. Au numéro 53. La ri;e Saint-Louis au llarais
correspondait à la portion de la rue de Turenne actuelle comprise entre la rue des FranLs-Bourgeois et
la rue Charlot.
:'i. Déposil. de l'insp. de Bruguières, 11 avril 178G.
4. )1 se prèsenla chez le joaillier Jefferys le 2:i avril.
Déposition de Jelferys, 19 di•ccmbrc t 78â, brochure
in-12. p. 51.

mants d'une dame de qualité, parente du
roi, nommée la comtesse de Yalois La Motte.
S'il a fait difficulté de donner son nom, c'est
que la dame l'a prié de ne rien àire. Encorr
s'oppose-t-il à ce que le nom qu'il indique
soit mis par écrit. On a vu plus haut que
Jeanne avait été surveillée par la police. On
savait qu'elle &lt;( faisait des affaires» et comme
on n'avait reçu aucune plainte en vol de
hijoux, on crut qu'il s'agissait encore là
d'une de ces affaires dont, moyennant bénéfice, il lui arrivait de se charger~. Jeanne de
Yalois en fut donc quille pour la peur, mais
l'aventure lui ouvre les yeux sur le danger de
négocier à Paris des diamants en trop grande
quantité. Elle décide que son mari ira se défaire en Angleterre de la majeure partie du
collier, et, d'autre part, elle insiste pour que
Rétaux aille vendre des brillants en Hollande.
Mais celui-ci ne se soucie plus de la commission.
La ~folle partit pour Londres le 10 ou
le 12 avril 4, en compagnie d'un capitaine
irlandais au service de la France, le che\'alier
Jean U'Neil. Celui-ci le mit en rapport avec
un capucin irlandais, Frère Barthélemy Mac
Dermoll, qui avait d'ailleurs séjourné dans la
maison de son ordre à Bar-sur-Aube. Mac
Dermolt avait été aumônier du marquis de
Noailles pendant son ambassade en Angleterre. Il était resté à Londres après le départ
du marquis, demeurant en communication,
à la fois avec le département des Affaires
étrangères et avec celui de la Marine, pensionné par l'une et par l'autre, ce qui donnerait à penser qu'il jouait en Angleterre, pour
le compte du gouvernement français, le role
d' cc informateur &gt;l, pour reprendre l'expression du temps 5 • La Motte· séduisait, dit Mac
Dermot!, par la distinction de ses manières.
Le capucin se lia avec lui et lui rendit de
grands services. Il nous a)aissé une précieuse
relation de ses conversations avec le comte
tandis qu'ils se promenaient au long des pelouses vertes de South-Kensington 6 • La Motte
était couvert de bijoux précieux : montres,
5. Bibl. 11at., ms. Joly de Fleury, 2088. f• 366;
Arcltivc.i des Afl'. élr., Mém. et coc, France 1399,

fo 248.
6. A1·ch. des .If{. éfrang., Mém. et docum., France
1399, f•• 2,ll-256.
7. Confronta lion de Victor Laisus, valet de chambre
ducomtede la)lotte, au cardinal de Rohan, 17 avril 178ti,
,frch. mit., X', o.'f ~17, el interr. du P. MacDermott
,tans le &lt;lo~s. forg~I, Bi!JI. ,,. de f'aris, ms. de la r,•;;;crve.

tabatières, bagues, boucles de brillants : et
il avait clans ses mains des diamants en quantité étonnante. II disait que ces pierres provenaient d'une boucle de ceinture, depuis
longtemps dans sa famille, bijou démodé et
dont il désirait se défaire. Il entra en rapport
avec les principaux bijoutiers de Londres,
Robert et William Gray, associés dans New
Bond Street, et Nathaniel JcfferJs, joaillier
dans Piccadilly, qui enverront dans la suite
leurs déclarations au procès. Le comte se
présentait les mains pleines de Lrillants du
plus grand prix. Quelques-uns, dirent les
bijoutiers, étaient endommagés, comme s'ils
avaient éLé arrachés d'une parure, par une
main hâtive et maladroite, avec un couteau. C'étaient les diamants du collier. Les
joailliers les reconn11rent plus tard aux dessins qui leur furent transmis par les soins de
Bohmer et de Bassenge. La llfotte les offrait
tellement au-dessous de leur valeur que, à
leur tour, les bijoutiers anglais soupçonnèrent
un larcin. lis firent prendre des informations
par l'ambassade de France, mais comme il
n'était toujours question d'aucun vol de diamants, ils consentirent à négocier. Ils achetèrent à La Motte des brillants pour plus de
deux cent quarante miJ!e liYres, payées partie
argent comptant, partie par une lettre de
change sur Perregaux, banquier à Paris;
d'autres, s'élevant à une valeur de soixante
mille livres, furent laissés par le comte entre
leurs mains pour être montés en bijoux de
diverses sortes; d'autres enfin, représentant
une somme de huit mille livres sterling,
furent échangés en hùte contre lès objets les
plus divers dont nous avons la liste: un assortiment de montres avec leurs chaînes, des
boucles de rubis, des tabatières à miniatures,
des colliers de perles, des pendants d'oreille
et une Lague en brillants, « un écran à feu,
un entonnoir et son verre, deux très belles
épées d'acier, quatre rasoirs, deux mille aiguilles, un tire-bouchon, une agrafe de chemise, une paire de pincettes à asperges, un
portefeuille de soie, une bourse, un grand
couteau à découper et sa fourchette, un syphon, des étuis pour cure-dents, etc. », et
toute « une pacotille &gt;J de perles et un lot
d'autres bijoux. Un collier à un rang et une
paire de girandoles remis par le joaillier Gray
sont, à eux seuls, estimés trois mille livres
sterling et la pacotille de perles à une valeur
égale 1 •
FR.\NTZ

(A suivre.)

FUNCK-BRENTAAO.

BARON HECKEDORN

L'opinion à Berlin en 1806
Il peut arriver que les annonces des journaux - je parle des annonces en dernière
page - reflètent l'opinion d'un pays; il suffit, pour s'en convaincre, de consulter la collection de la fameuse gazette berlinoise, de
flaude et Spener, dans la période comprise
entre septembre et décembre 1806. Ces Be1'linische Nachrichten 1Nouvelles de Bel'lin) 1,
dont chaque numéro forme un cahier de six
à huit feuilles, reproduisent des racontars,
des histoires de chiens écrasés aux quatre
coins du monde, des bavardages vaguement
scientifiques, mais ne contiennent pas un
article de fond, pas une discussion, rien qui
soit de nature à trahir les sentiments politiques du pays. En revanche, les petites annonces, dont un grand nombre sont fort amusantes, retracent avec une implacable netteté
la courbe de l'opinion.
Comme on sait, la guerre fut déclarée par
Ja Prusse le 9 août 1806.
A part quelques avis officiels, concernant
la ré,1uisition des chevaux, des voitures, des
fourrages, etc., etc., les journaux ne disent
pas un mot pouvant faire croire à des hostilités prochaines. C'est le 23 septembre seulement que le 1Titiq1œ théâtral de la gazette
de llaude et Spener, parlant du Camp de
Wallenstein, représenté le 19 au Théàtre
National, fait allusion à la guerre.
A partir de celle date, il semble que le
public berlinois s'emballe soudainement. Le
Camp de Wallenstein et la Pucelle d'Ol'léans, deux pièces qui fourmillent d'allusions
patriotiques et guerrières, ne quittent plus
l'affiche. En même temps, les journaux annoncent la mise en vente de brochures tendancieuses et de « portraits artistiques de
LL. MM. le roi et la reine, ainsi que de leurs
enfants royaux, œuvres de M. Dahling, dont
les pinceaux ont été guidés par l'enthousiasme du patriotisme et de l'art n, ainsi que
la prochaine apparition du Telegmpli, journal fondé par le professor Lan,ge.
Le 7 octobre, trois jours avant le combat
de Saalfeld, où devait périr le prince LouisFerdinand de Prusse, la gazette notifie la
mise eu venle d'atlas et de cartes. Le 9, on
l trouve une réclame qui persistera jusqu'à
la fin de l'année. Rédigée en français, elle dit
ce qui suit: « Les Dames Vincent de Genève
ont, à la sollicitation de plusieurs personnes
distinguécs, rétabli leur Pension, déjà si
célèl1re pour le Sexe. On s'adresse chez M. le

prJf esseur Molière, rue Française, n° 4:_; _ JJ Malheureusement, le même jour, l'officieuse
Le 11 octobre, à la drmantle g&lt;inérale, gazelle de llaude et Spener publie que, &lt;( suion joue la Pucelle d'Orléans. - En raison vant des nouvelles provisoires, l'armée du roi
des circonstances, le nommé Dieterici, édi- a perdu une bataille à AuerstœdL. On ne sait
teur, met en vente, au prix de 2 groschen, encore rien de précis, mais il est certain que
,c le numéro 3G du P1·e11ssische I/ausfremul S. M. le roi et ses frères sont en vie )J .
(l'Ami de la maison prussienne), dont voici
Malgré la teneur décourageante de ce comle sommaire intéres~ant: .\ux nobles guer- muniqué, la gazette continue à insérer des
riers prussiens. - Aphorismes. - Le Vau- réclames en faveur de nombreuses publicatour (fable). - Correspondance: Lettre du gé- tions patriotiques.
néral-lieutenant de Rüchel à M. de MalEn revanche, le 2 l octobre, il se produit
Lzahn, au nom de ses camarades. (Cette lettre un changemenl plus marqué. Ce sont des
contient notamment l'opinion de Son Excel- détails sur la mort du prince Louis-Ferdilenre sur... don Quichotte.) »
nand, puis un appel à la population, signé
Le général de Rüchel, auteur de ce pam- des membres du magist1·at:; de Berlin et
phlet coutre ... don Quichotte, est le même engageant les habitants de la ville « à s'absqui arriva trop lard à Iéna pour donner la tenir de toute manifestation hostile et de
mesure de ses talents militaires, mais assez à toute résistance contre les troupes impériales
temps pour se faire prendre 2 • Le même et royales françaises, afin d'éviter les mal11 octobre, Beaumgartner (éditeur à Leipzig) heurs les plus effroyables lJ ; ensuite, un rt'.•cit
fait connaitre qu'il met en vente c, les Ins- très circonstancié des séjours que Napoléon
tructions secrètes de Frédéric Il à ses géné- a faits à Bamberg et à Cronach; enfin, la
raux inspecteurs &gt;&gt;, et Werkmeister, à Ber- .note sui vante : &lt;( Vu mon départ pré•cipi té à
lin, annonce que le public lrouYera chez lui destination de Stellin, j'envoie mes plus cor« Six chants patriotiques n, au prix de six diales salutations i, mes amis cl connaisgroschen. Enfin, c, !'Arrivée de S. M. l'em- sances. Signé : 13reuvel, secrétaire intime au
pereur Alexandre 1°' à Berlin, en noir à un collège supérieur de la guerre. &gt;&gt;
frédéric d'or, en couleurs à deux frédérics
Les jours suivants, il n'est plus question
d'or, se trouve chez Philipson, Iagerstrassc, de gravures , de lithographies, d'ouvrages ou
40, à Berlin )J.
de chansons patriotiques : la cavalerie franLe U octobre, le jour même où se livraient çaise n'est plus loin de Berlin. Les Lhéàlrcs
les batailles d'Jéna cl d'Aucrstmdt, la gazelle ne chôment pas, mais le Camp de Wallenspublie: 1° un appel du roi à la nation prus- tein et la Pucelle d'Orléans ont précipitamsienne, et 2° un appel aux guerriers alle- ment quitté l'arfiche et cédé la place au Coumands. Aux annonces figure une réclame en sin de Lisbonne, à Eulenspiegel, à TphifJénie,
faveur du Preussische Ilcwsfreund, n° 57, à l'Abbé de /'Épée. à Be/monte et ConslancP.;
lequel glorifie le libraire Palm (fusillé par le 27, jour où Napoléon 1°" fait son entrée à
exécution d'un jugement de conseil de guerre Berlin, le programme comporte : /'Abbé de
« pour avoir propagé des livres et des bro- /' Jt11ée et Ale.ris ; le ma:-di 28,c'cst le fü11·iage
chures excitant les Allemands à la révolte n). secret que l'on joue; le 29, c'est l'hèdre.
Le 16 octobre, la l'ucelle d'Orléans tient
A partir du 1er novembre, la gazette et le
toujours l'affiche et la gazette reproduit le Telegraph commencent à publier des anmanifeste du roi de Prusse et l'annonce du nonces et des réclames en français.
Telegraph, journal des opàations de la
Le tribunal crimi ncl de Berlin ouvre le feu
911e1"re de 1806, « dont. le wcmier numéro par une longue lellre de 1·iiquisitio11 contre
paraîtra le 17 de ce mots et donnera Lo~1Le 22 prisonniers qui, profitant des événements,
salisfaction à l'Allemand, au patriote prussien se sont évadés des prisons de la ville. Concl à l'ami de la vérité ».
curremment avec lui, un sellier fait savoir
Mais, le 18, la situation change. Le 1'ele- qu' « on peut avoir toutes sortes de ceintures
graph, né de la veille, rapporte « que le de cuir vernissé pour 1 1/lt à 1 ':i/ 1 thaler,
prince de llohenlohe a battu les maréchaux au quartier du Werder &gt;J .
Soult et Ponte-Corvo (Bernadotte), leur a
Le 4 novembre, il y a déjà une demi-doutué beaucoup de monde et leur a pris zaine d'avis rédigés en français.
15,000 hommes et Loule leur artillerie ».
Le 15, cc un jeune homme, natif de Berlin,

1. Cc journal parai,sait trois fois par semaine les
mardi, jeudi N samedi.
'
2. C'est &lt;le lui qu'il est question dans le 8i• bullelin : " Autant les prisonniers français se louent des
Il nsses, autaul ils se plai~ncut des Prnssiens, surtout
tin général RiiclH'I, officier aussi méchant cl fanfaron
qu'il est inepte ~t ignor~nt sur le 1:liamp de bataille.
!Jcs corps prussiens qui se lrouva1rnt à la journée

ll'lt•na. le sien est c&lt;:lui qui s'est le moins brnl'Cmcnl
comporté .... En entrant à K~•n,gsberg, o~ a tyo~v~
aux galères un caporal franra1s, •1u1 y avait éle Jelc
parce qu'entendant les scdateurs de füich_el earlC\'
mal de l'Emprreur, il s'i•Lait emporté el al'a1L dcclarc
ne pas vouloir le souffrir en _sa présence. Le g~ncrul
Victor, qui fui fait prisonmcr da~s une c\ia1se de
poste, par un guet-apens. a 1,u aussi à se plarndre du

\'l. -

HISTORIA, -

fASC •

.;6.

traitement qu'il a rci:n tlu gi·ni•ral Hiichel, qui i•tail
o-oul'erncur tle Kœui!!Sbcrg. C'est cependant le même
frnchel qui, hlessé à la batai llc ù'jéna,,fut ac~alilé_dc
bons traitements par les l•1ran~a1s; c est IUI qu on
laissa libre, cl â qui, :rn lieu d'envoyer ~es g:ardes,
comme on devait le J'aire, on cnYoya des d11r11rgw11s. »
3. Les qu~trc patriotes qu_! avaient signé ce d~cumcnt s'appela1c11t: Büscl11ng, llullcr, Gerrcshc1m et l..:C,•ls.

�, - - 111STO'ft1.ll
souhaite de récévoir un emplacement pour
valet de chambre à une personne attachée à
l'armée française. Ceux qui en ont besoin

voudront bien remettre leur adresse cacheté,
signr O., au Conloir de la Gazette de flaude
ct Spcncr l&gt;. Un :rntrc fait savoir que (&lt; celui
qui ramenera à l'h0tcl d'Eicbhaum, 22, ]-leiligengeistslrasse, un chien de chasse,· tigré
noir, des oreilles noirs, un Collier sur lequeI
on trouve les Iiellres : A. JI. M., recevra un
Louis d'or pour Becompens J&gt;.
Dès le 25 octobre, messieurs les libraires
de Berlin commencent à Yendre des portraits
de Napoléon Je1•• &lt;! Le portrait très ressemblant de S. M. )'Empereur et Roi, Napoléon Jer, en buste, estampe gravée au trait
et coloriée, se trouve ,1 un écu l'épreuve chez
Lehmann, Probstgasse, Nr. 14 J&gt;.
Pour satisfaire à un besoin direct des soldàts, le &lt;c Véritable Taba~ de France se vend
chez le marcba~d Rodcnbeck, près du pont
du Spandau, Nr. 4 &gt;J .
'
Il serait dommage d'oublier le mécanicien
G. Winckler, rue des Chasseurs, Nr. 59, qui
cc construit toutes sortes d'instruments artificiels, enlr'autrts une plume imbue d'encre
qui écrit toujours; des marques de Whist de
nouvelle invention; des cachets pour cacheter
avec de l'oublie, qui découvrent si on a ouvert les lettres; des dents artificielles, individuellcs ou en gallerie entière; un instrument pour se nettoyer les dents, comme
aussi de l'encre ineffaçable pour marquer le
linge l) .
Un industriel nommé Papengulh fait savoir
que « des boutons pour la garde impériale

peut-on trouver dans la fabrique Spittelmarkt, Nr. 5 n, et Stohwasser et Cie annoncent que

cc

des Tabatières en papier m,kbé

avec le portrait très ressemblant de l'Empercur Napoléon sont à avoir dans notre ~fogazin Stechhahn, Nr. 6, comme aussi dans
notre Fabrique, Wilhelmstrasse, Nr. 98 ,i.
II
de soi que les réclames et avis concernant les « harnois de gueule )J tiennent
une large place dans la nomenclature.
Ainsi : « Mes pains d'épice français se
trouvent chez moi, Mittelstrassc, Nr. G, qu'à
la foire, dans la grande rue, devant la maison Nr. 58, Tackmann », ou : c&lt; Les célèbres
pains d'épice sucrés, français, d'Hambourg
et hollandais, se tr01ncnt de nouveau à la
foire, dans mon magazin, placé devant le
manège Iury lJ, ou encore : cc On vient d'élablir une chambre à vin dans la Krausenstrasse, Nr. 53. Outre de toutes sortes de
vins de bonne qualité, on peut avoir aussi
quelque chose à manger. 11
Le confiturier Lange amor~e lrl client dans
les termes que voici: &lt;( J'ai l'honneur d'annonccr au Public que mon exposition de celte
année représentera une scène intéressante du
quatrième acte du drame : l~s Hussites devant Naumbonrg. Je pourrai aussi fournir
au respectable Public de l'eau de cerises de
Basle et autres raîraîchissements de bonne
qualité. ll Le confiturier Weyde est plus bref;
-voici comment il s'exprime : « Que j'ai ouYert mon exposition annale, j'ai l'honneur
d'en avertir le public. L'entrée à deux gros
sera accepté pour payement. i&gt; Dès le ·15 noYcmbre, une colonne entière de la gazette

,·a

est remplie d'annonces en allemand, concernant des portraits de Napoléon, et même il
se trouve un libraire assez plat valet pour
insérer ce qui suit : rc Le Portrait de S. M.
Napoléon Jer, l'Empereur des Français, Roi
d'Italie, et vainqueu1· d'Allemagne, in-'~".
16 groschen. Ce porl1'ait, r11ti est le pluli
ressemblant de Lous les p01·lm.ils de cet Emperem· si grand et si unique, est copié à
Bel'lin et se vend dans toutes les Librafries. »
Après cela, il n'y aurait plus qu'i1 tirer le
rideau, mais il serait criminel de ne pas
reproduire 1cs quelques vers français insérés
dans la gazette du jeudi ! ! décembre 1806 :
A )JADEl!OISELLE WILLICII

(l'ai·

tt/1

Berlinois)

Vous i·trs jcunf', sage et belle,
Yous chantez comme PhilomNe.
.\.dorablc \\ïllicl1, aux sons de voire voix.
L'Amour quitte Cyl11C1·c et 1'oic sur vos traces.
Il l'OUS prend pour une des Grâces,
Vous les valez bien toutes trois.

Au lieu de rimer d'aussi détestables vers,
ce jeune Berlinois aurait mieux fait, semblet-il, de se joindre à ceux de ses compalriotes
qui s'efforçaient - inutilement, d'ailleurs de disputer aux armées de Napoléon Jer les
derniers lambeaux du royaume de Prusse.
Mais ce garçon pensait différemment.
A lire ses vers ainsi que les offres de service des commerçants berlinois, on gagne
quelque chose : on comprend l'état d'esprit
des Allemands, nos contemporains, qui s'étonnent qu 'au bout de quarante ans les Français n'aient pas encore oublié leurs départements perdus.
BARON

Je ne veux pas ometlre une bagatelle dont
je fus témoin à cette promenade, où le roi
montra ses jardins à ~larly, et dont la curiosité de voir les mines el d'ouïr les propos du
succès du voyage de Clichy m'empêchèrent
d'en rien perdre. Le roi, sur les cinq heures,
sortit à pied et passa devant tous les pavillons
du côté de llarly. Bergheyck sortit de celui
de Chamillart pour se mellre à sa suite. Au
pavillon suivant, le rai s'arrêta. C'était celui
de Desmarets, qui se présenta avec le.fameux
banquier Samuel Bernard, qu 'il avait mandé
pour diner et travailler avec lui. C'était le
plas riche de l'Europe, et qui faisait le plus
gros et le plus assuré commerce d'argent. Il
sentait ses forces, il y voulail des ménagemenls proportionnés, et les contrôleurs généraux, qui avaient bien plus souvent affaire de
lui qu'il n'avait d'eux, le traitaient avec des
égards et des distinctions forL grandes. Le roi

dit à Desmarels qu'il était bien aise de le voir
avec M. Bernard, puis, tout de suite, dit à ce
dernier : c( Vous êtes bien homme b. n'avoir
jamais vu Marly, venez le voir à ma promenade, je vous rendrai après à Hes marets. 1&gt;
Bernard suivit, et pendant qu'elle dura, le
roi ne parla qu'à Bergbeyck et à lui, et autant à lui qu'à d'autres, les menant partout
et leur montrant tout également avec les
grâces qu'il savait si bien employer quand il
avait dessein de combler. J'admirais, et je
n'étais pas le seul, celte espèce de prostitution
du roi, si avare de ses paroles, à un hon:ime
de l'espèce de Bernard. Je ne lus pas longtemps sans en apprendre la cause, et j'admirai alors où les plus grands rois se trouvent
quelquefois réduits.
Desmarets ne savait plus de quel bois !aire
flèche. Tout manquait et tout était épuisé. Il
avait été à Paris frapper à toutes les portes.
On a,,ait si souvent et si nettement manqué à
toutes sortes d'engagements pris, et aux paroles les plus précises, qu'il ne trouva partout
que des excuses et des portes fermées. Bernard, comme les autres, ne voulut rien avancer. li lui était beaucoup dù. En vain, Des-

l!ECIŒOOR!i.

marets lui représenta l'excès des besoins les
plus pressants, et l'énormité des gains qu'il
avait faits avec le roi, Bernard demeura inébranlable. Voilà le roi et le ministre cruellement embarrassés. Desmarets dit au roi que,
tout bien examiné, il n'y avait que Bernard
qui pût le lirer d'affaire, parce qu'il n'était
pas douteux qu'il n'eùt les plus gros fonds et
partout; qu'il n'était question que de vaincre
sa volonté, Pt l'opiniâtreté même insolente
qu'il lui a,·ait montrée; que c'était un homme
fou de vanité, et capable d'ouvrir sa bourse
si le roi daignait le Jlatter. Dans la nécessité
si pressante des affaires, le roi y consentit, et
pour tenter ce secours avP.c moins d'indécence et sans risquer de refus, Desmarets
proposa l'expédient que je viens de raconter.
llernard en fut la dupe; il revint de la promenade du roi chez Desmarets tellement enchanté que, d'abordée, il lui dit qu'il aimait
mfoux risquer sa ruine que de laisser dans
l'embarras un prince qui venait de le combler, et dont il se mit à faire des éloges avec
enthousiasme. Desmarets en profita sur-lecharnp et en lira beaucoup plus qu'il ne
s'était proposé.
SAINT-SIMON.

.,,,

BAR.ON DE MARICOURT

UNE SÉQUESTRATION AU XVII' SIÈCLE

.,,,

Catherine Denis
Pendant une soirée d'hiver de l'année 1693, auditoire considérable. Sa « plaidoirie pour
armées du Roi, chef de nom et d'armes de
M. Pierre Gillet', le fameux avocat, s'apprê!.. un gentilhomme accusé de rapt et d'enlèvesa maison, une des pJus considérables du
tait à souper en son austère '.dem~ure de la ment 11 permettait alors au public de connaiPoitou, et Mlle deJussac 2, sa sœur, qui vivait
rue des Noyers, paroisse Saint-Etienne-du- ·tre la déplorable histoire qui suit:
dans la pralique des œuvres. En ,·isilant les
Afont, à Paris, quand un coup de marteau,
Non loin de la maison de II. !"avocat Gillet églises et les prisons, Mlle de Jussac y renfrappé à Ja porte de Ja rue, suivi d'une demeuraient, en 1686, dans la rue de la Cacontrait souvent une dame également charibrusque irruption, vint mettable, laquelle était la femme
tre en émoi Mlle Catherine Godu
sieur Denis, établi docteur
rillon, sa femme, et les dixen
médecine
dans la rue Sainlneuf enfants issus de leur
André--des-Arts, YÎs-à-Yis celle
union, bénie de Dieu, lesquels
de la Contrescarpe. Bien que
s'attablaient dernnt la soupe
M. Denis fût d'humeur atrafumante.
bilaire et quinteuse, ses grandes
Quarante-deux yeux, y comconnaissances médicales le faipris ceux de M. et de Mme Gilsaient honorer de l'estime du
let, se tournèrent vers l'étranduc de Montausier', de Mme la
ger qui troublait leur quiéduchesse d'Hanovre, voire
tude, et demeurèrent admiramême de celle de Madame,
tifs devant un gentilhomme de
belle-sœur du Roi. Le ménage
bonne mine.
Denis possédait une fille faite
M. Gillet," connaissant à sa
à ravir et douée des qualités
vue qu'il avaitafl'aire à un hôte
précieuses du cœur et de l'esd'importance, se leva de table
prit. Elle accompagnait sa mère
en soupirant, prit et moucha
dans ses visites de charité, et
!"une des chandelles et s'en fut
de fréquentes rencontres avec
dans la salle de compagnie où,
Mlle de Jussac amenèrent entre
pendant une heure d'horloge,
elles un commerce d'amitié.
il écouta patiemment les paroQuelques visites s'échangèrent.
les de son visiteur tardif.
Apparemment, la pieuse Mlle de
Celui-ci se nommait messire
Jussac n'était pas fâchée de
Alexis de Jussac, chevalier,
faire connaître à son frère la
marquis de la Morinière, et veparfaite beauté de son amie .
nait l'entretenir d'une curieuse
Catherine était, il e~t vrai,
affaire, dans laquelle il priait
de condition médiocre, mais
Il. Gillet de vouloir bien plaises charmes suffiraient peutder sa cause.
ètre à dégager Jussac des liens
Dès le lendemain, !"avocat
qui l'unissaient à certaine marse me liait à l' œuvre et se plonquise de mœurs dissolues, vigeait dans l'étude de quantités
vant en état de viduité, à lade pièces de procédure que lui
quelle il avait promis mariage.
faisait tenir M. de Jussac. Il
!Ille de Jussac ne se trompait
s'écbaulTait à cette lecture, et
pas. A peine son frère eut-il
bientôt il parlait en faveur de
connu la fille du docteur, qu'il
sa partie, avec le talent et le
s'en éprit éperdument et larezèle qu'on lui connait, par-dechercha en justes noces. li
vanl le Parlement de Paris, en présence d'un lendre, ledit Il. de Jussac, aide des camps el s'ouvrit à la marquise de sa passion, et celleCelle élude est c:ürai le ~u volume ; En mm·ge
,le 110/re llisloire , par le baron de )lariconrl, édilë.
à la Lihrai1·ie Emile-Paul. Pnx : 5 francs.
Soi:ncr.s. - Archives de la famille Gillet de la
flcnommière, Plaidoyers de ~I. Gillet.
i. l.a famille Gillet, connue dans les fastes de ln
magistrature, a donné plusieurs juriscofüultes de
marque au Pa rlemen t de Pdris, un doyen des procureurs dudit Pulemcnl, uuleur du code Gillet: un
prl'sident du Conseil souvera in du Roussillon, uo
èche1'În ,le Pnris, etc. l,'un d'eux, avocat de talent,
Pierre Gillet, seigneur de la Renommière, épousa

Catherine Gorîllon, fille d'un conseiller au Cli:111:let,
&lt;jui lui donn:i ,,ing-t-deux enfants. (n grand nombre
d'entre eux sun•l•curcnt. Une ll·,1dition comervée
dans ln famille veul que Mme Giliel ail un jour
com·iP, à souper une dame de condition qu'elle
n'nvait point vue depuis dC' longues annécB. « \'cncz
dans ln soirée, lui aura il-clic Jit; venez, Madame,
partager noire modeste souper el soyez assurée que
nous demeure1·ons en famille. »
Or, lori&lt;que la dame de condition s'en fut dans la
rue des ~O)ers, elle exprima ses regrets de ne point
êlre parée quand elle fut en face d'un forl nombn·ux cOuYerl. « Je vois, dit-elle à Mme Gille!, que

vous me faites une méchante affaire, car vous avez
c~ soir une société des plus !l considé~ables i. Dans
l'instant qu 'elle se courro~ça.il'. lli:ne Gillet la _rass~ru
en lui rli~a 11 t qu'elle avait ete nngt-d~u~ fois merc
et que bon nomlire de ses enfants cla1ent encore
en l'ic.
On lit une anecdote du même genre concernant
une famille bretonne, compûsCc d_e plu~ de. vin.gt enfants, dans les lUémoùe:s du géncral d Amlig11~ ...
2. llr-nriet te-Suzanne de Jussac de 1~ Mormiere.,
mol'te fille le 2K juin '1689 (carrés d'lloz1er).
3. Le gouverneu1· du Dauphin, époux de Juli~
d'Angenncs.

�~-------------------------

, . _ msTO'R,.1A
ci, bonne personne au demeurant et comprcn:ml qu'elle ne pouvait lutter contre les altrails sensibles de l'innocence, eut la sagesse
de déchirer la promesse de mariage &lt;[U'ellc
avait obtcnucdc son amant.
La famille Deni.;;, d'origine modcslc et peu
favorisée des biens de fortune, se montra tuut
d'abord ilalléc des avances du marquis. Le
docteur ne marqua point d'éloignrmcnt pour
ce projet, sans cependant recevoir dans sa
maison, par sé\'érité de mœurs, celui qu'on
destinait à ·m. fille. Ainsi le voulaient :tlurs
les baLiludes d'une bourgeoisie d'austère apparence. Quant à Mme Denis, clic ne fil pas
mystère qu 'clic aimerait assez avoir pour
gendre un h 1mmc de qualité. C'est la seule
imprrssion, manifestée par elle, que l'on
connaisse dans toute celle affaire où elle demeura tr~s effacée. Elle ne tarda poiat, du
reste, i, décéder.
Bientôt après sa mort, un ami de M. de
Jussac, le comte de Mauléon, grand seigneur
de Gascogne, fit à M. Denis l'honneur de rcnir
chez lui, en grand appareil, pour lui demandel' la main de sa fille au nom de son ami.
M. Denis agréa d'abord la demande el permit
à Jussac de « lui faire une visite en forme »,
,i;ite au cours de laquelle ledit Jussac pul
apercevoir celle qu'il aimait et entendre Denis
lui répondre celle phrase évasive :
- Vous me faites, monsieur, beaucoup
d'honneur, cl je penserai à ce que vous me
demandez ici.
Ces paroles, hélas! ' dissimulaient une défaite . Denis ne rnulait point marier sa fille.
Depuis la mort de sa femme, il \Î\"a.Ît sous le
charme d'une servante qui l"avait captivé, et

osera à peine, dans Ja cha!.leté de rnn langage, parler en srs plaidoiries de celle passion honteuse que Mlle Denis elle-même ne
voulait point révéler. Il est toutefois hors de
doule que c·est dans cette intrigue qu'il faut
rechercher l'origine des procédés iniques dont
le dorteur usa ,,is-à-,is de sa fille Catherine .
En effet, il "ne tarda pas à faire savoir à ~f. de
Jussac qu'il n·arail pas assez de biens pour
prétendre à fa main de sa fille. Le prétexte
était dénué de toute espèce de vraisemLlance,
car Catherine Denis n'élait point un bon
parti. Son père ne lui donnait pas de dol. Sa
mère n'avait laissé aucune espèce de fortune,
et, après avoir fait grand mystère sur la
situatioil pécuniaire de sa fille, Denis dira
plus lard qu'il ne peut rien lni donner de
son vivant et ne pourra lui assnrer que son
héritage après dfcès, afin qu'elle épouse
quelque homme de robe.
&lt;! Rare et merveilleux effort de tendresse
pour une fille unique, s'écriera alors le digne
M. Cillel, de tout lui donner quand on n'aura
plus besoin de rien! )J
D'autre part, au moment où il a fait sa
demande, Jussac élait apanagé d'une estimable fortune. li était riche à 5,000 livres
de rentes du chef de sa tante el de sa tante
feue Mme de !!aillé.
- Il rsl vrai, dit!!. Denis en avril 1G8G,
qnand on lui fait savoir l'état des biens de
Jussac; il est vrai, mais il est à peine gentilhomme, el je ne le puis qualifier &lt;[UC
d'écurer.
A une {poque où les litres nobiliaires possédï.tient aux Ieux de tous une incontestable
importance, la suffüancc de M. Denis porta

rés: comment! !Ille Denis est fille d'un médecin, cl de telles paroles petll'enl échapper
ii son p~re quand ma partie est l'aîné de la
maison de Jussac, qui tire son origine des
anciens comtes de Limoges par la branche de
Rochechouart? Sa généalogie, marquée pour
une des premières. et des plus illustres du
Poitou, remonte à cinq cents ans. Un de srs
ancêtres fut tué à Pavie, son trisaïeul a été
éle\'é auprès de- François Jer en qualité d'un
des enfants d'honneur que nous appelons aujnurd'hui menins. Il est allié aux premièrrs
maisons du roiaumc, entre autres à celles de
La nocbefoucauld, de Souvré, de Lavardin,
de Laval, de Matignon. li y a eu plusieurs
chevaliers de Malte dans cette maison, et
M. de Jussac, qui a été dans le service dès sa
première jeunesse, a mème eu l'honneur de
servir sous Monsieur I Par un malheur as~rz
ordinaire &lt;lans les plus illustres maisons, il
y a eu des detles dans la sienne, mais il lui
reste du Lien. On ne peut rien concevoir aux
prétentions de la partie adverse! )&gt;
füen, en effet, ne p~ut fléchir la rnlonté
de M. Denis. Ce que vopnt, sa malheureuse
fille s'en va, dans le courant du printemps de
168U, faire ses Pâques dans l'église de SainlGcrmain-Ic-Vieux, où elle retrouve Alexis de
Jussac, qui communie aYec elle pour obtenir
de Dieu la bénédiction de leur dessein. Denis,
à celle nouvelle, entre en fureur et accuse sa
fille d'avoir fait une communion sacrilège .
ci Eh! quoi, dit à cet égard U. Gillet, dans
un langage religieux qu'on aimerait voir
tenir à beaucoup de nos modernes avocats,
s'il en faut croire un soupçon odieux et criminel, on se sera présenlé avec un cœur impur à cette sainte table où l'on mange le pain
des anges! On aura profané, par des désirs
déréglés, le plus adorable, le plus sacré de
nos m) Stères ! On aura offert à Dieu, pour un
désir illégitime, un sacrifice auguste et redoutable devant qui tout tremble de crainte
ou de respect! Mais que le sieur Denis nous
regarde, tant qu'il lui plaira, avec des yeux
envenimés qui ont empoisonné ,jusqu'ici toutes
nos actions, on ne trouvera pas dans le public la même disposition à faire un crime de
l'acte de religion le plus respectable, cl celle
seule communion suffira pour justifier les
accusés. ))
Vers le mois de mai de la même année,
Denis, pour arracher du cœur de sa fille le
souvenir de celu~ qu'elle aime, la met au
couvent de Panlbcmont, d'où il la retire
quelque temps après pour l'envoyer aux FH!es
de b Miséricorde, dans l'espoir qu'on lui donnera la vocalion religieuse. A la .Miséricorde,
non plus qu'à Panthemont, elle ne voit personne sans un ordre écrit de son père. Dans
la situation de l'infortuné Jussac, il était difficile qu'il supportât patiemment de ne point
avoir de nournllcs Je Catherine. L'amour on le répète depuis longtemps en une phrase
stéréotypée - est fertile en expédients. Pcmr
tâcher d'entendre parler de celle qu'il aimr,
il prie une fille, nommée Uarie-Anne Masrnn, d'entrer comme pensionnaire à la Miséricorde. Elle y demeure douze à quinze jollrs
1

LE GRAND CHATELET.

qui, jalouse de 11lle Denis, cherchait, par les
moyens les plus perfides, à entraver son bonheur. Comme on le verra plus loin, M. Gillet

à son comble l'irritation des partisans du
marquis. (( Commcnl ! s'écria M. Gillet, quand
il connut, par la suite, ces propos immodé-

·et fait parvenir deux ou trois Jeures de Ju.:sac à sa compagne. J;e père, aux aguets, apprend hientOt cet in~ident et dépose une
plainte contre Jussac le 3 j:rnrier 10~7.
Cependant, comme les lettres (( étaient conformes à l'esprit de décence )), il est débouté
de cette plainte, et, au mois de mars miva11t, il relire sa fille pour la meure aux Ursulines de Sain le-.\ voye où elle est observée
plus exactement que jamais. De sorte qu'Alexis de Jussac, ayant pe:rdu jusqu'à l'espérance de pouroir même lui étrire, en C"st
réduit à chercher accès dans une maison dont
le quatrième étage a vue sur le jardin de
Sainte-A voie,
li y monle de temps à autre. Voilà encore
un de ses crimes aux yeux du père irrilé. Et
que pouvait-il, cependant, y aroir là de cri•
mine!? li voit quelquefois la demoiselle Denis
se promener avec d'autres pensionnaires,
sans pournir en être remarqué à cause de
l'éloignemrnt. li suit des yeux- faible con~olation - tous les tours qu'elle fait dons le
jardin. Il examine ses manières, son air, son
habillement; il écoule sa roix ,1ui parvient à
peine jusqu'à lui. Peut-être verse-t-il les
larmes de l'amour contrarié? llen vient enfin
à lrnsarder quelques bil1ets qui sont intC'rcrpiés. Ou n'y rencontre que la marque Je
l'estime et du respect, el, ct'pendant, M. D~nis contraint sa fille à écrire à Jussac qu'elle
ne l'aime plus. Le stilc forcé de la lellrc fait
assez comprt-ndrl! à celui-ci que cc n'est point
là le langage du cœur. De plus, comme la
demoiselle Uenis possédait un porlrait de lui
qu'on l'oblige à lui renroycr, il s'aperçoit
avec transport qu'elle a c,mscrvé l'original et
expédié la copie exécutée par elle, car elle
peint à ravir.
Que fait alors le médecin Denis? Il relire
sa fille en sa maison et l'enferme chez lui .
On fait rnystl·re aux domestir1ues eux-mêmes
de sa présence, et quand quelqu'un, dans le
quartier, s'informe qui est celle personne
invisible logée chez le sieur Denis, on répond
que c'est une dame de campagne qu'il soigne
d'un mal secret. Qui lui donne-t-il pour surYeillanle de ses acles? La ::enanle indignc)larie Pelil-qu'il dé.!-honorede son amour!
Celle frmmc, d'une réputation fort décriée,
la garde à vue, cl l'on im~gine aisément de
quels opproLres elle accaLlc Catherine Denis.
Marie Pelitjoinl la plus détcstaLle audace
au scandale de ses mœurs. Dans Je temps
qu'elle est dans la maison des Denis, elle
met au wond0 un enfant dont l'extrait b;:iplislairc porte qu"elle est &lt;( r~mmc de Jean de
La Motlrn, bourgeois dt! Tonnerre, le mari
absent J&gt;. Mais, quelques mois plus tôt, elle
prenait la qualilé de veuve de cc même Jeau
de la Mothe! Voilà donc Marie Petit veuve
avant la naissance de son enfant, puis ensuite
femme du même m;:l.I'i. A moins que le prétendu Jea11 Ll0 La Mothe ne soit ressuscité, on
aura peine à conœvoir deux qualités si 011posécs.
Quel éta;t le père de cet enfant? C\st cc
que n'osent affirmer d'abord les pièces de
procédure. Mais il est aisé de lire entre les

UNE S'ÉQU'EST'II.JITTON AU XV1l 0 Sl'ÈCLE -

lignes les soupçons qui se portent sur le sieur
Denis, malgré que, par respect filial, Catherine Denis n'ose accmer son père.
L'existence de l'infortunée devient intolérable entre son père et sa maitresse. Que ne

fcra-l-elle pas pour recouvrer la liberté!
Seule, s;:ins expéri('nce, sans conseils, elle
chcrchl' sans cesse l'occasion qui 1a pourra
servir, et quand celle-ci se présente, elle ne
la laisse point échapper.
11 chambre dans br1uelle on la tenait élait
la dernière d'une enfilade &lt;le plusieurs pièces.
Un jour où son père s'entretenait dans cette
chambre avec 1a Petil, on vint le quérir pour
une visile de malade fort pressante. li sortit
brusquement. Sa fille le suivit dans la salle
qui tenait à la chambre. La Pètil sui\·it aussi.
Comme Catherine, les yeux attachés sur le
portrait de feu sa mère, restait trop longtemps dans celle salle :
- fkntrons, dit Marie Petit avec aigreur.
Il fait froid ici.
Et, n'éiant pas dans la maison sur le pied
d'une servante, elle passa la première. Catherine, au lieu de 1a suirrc, retira la porte à
elle cl la ferma à douLlc tour .... La Petit
cria, hurla, frappa la porte à coups de poings
et à coups de pieds, cependant que Mfle Denis,
heureuse et tremblante, allait quérir l'l1ospitalité chez ~[me la marquise de Congnée.
parente du duc tle Afontausier, laquelle était
une amie et protectrice de sa dJfunLe mère.
Ceci eut lieu le 3 fé\-rier 1689, après une
longue sé{JllCSlration qui menaçait de ne
jamais prendre fin. Ilien qu'à cc moment
Catherine n'ait même pas vu M. de Jussac,
son père chercha à faire croire dans 1e puLlic
à un enlèvement cl déposa une accusation de
rapt contre le malheureux. JI eut même
l'audace, pour donner plus de force à son
accusation, d'avancer en juslicc que Jussai.:,
l'honnête Jussac, 1ui avait dérobé 400 pistoles.
Celui-ci, se reposant sur son innocence, ne
s'alarma p:&gt;int de celle plainte el se mon1ra
fort élonué quand, le 26 fcvrie~, il fut arrèté

~

cl conduit aux prisons du Chàtclel par décret
de prise de corps décerné bien légèrement
contre lui par le lieutenant criminel de Paris.
Denis fot très joyeux de cette victoire, mais
il s'alarmait de ne point voir revenir chez lui
sa fille qui, épouvantée à la pensée de rentrer
au domicile paternel, demeurait chez Mmcde
Congnée.
Jusqu'au 5 mai, les choses restèrent en
l'étal. L'inrortuné Jussac ne quittait pas la
prison, quand son cousin, le comte de Jussac,
gouverneur du duc du Maine, et qui périt
depuis à la bataille de Fleurus', el le marquis
de Congnée vinrent demander à Denis - la
démarche dut leur coûter! - s'il ne pourrait point se désister de sa plainte el faire
rdaxer leur parent.
- J'y consens, répondit le médecin, qu'il
fallait implorer, alors qu"on eùl été fort aise
de l'incarcérer lui-même. J'y comens, mais
rendez-moi ma fille.
M. de Congnéc promit Lien de faire ce qui
lui serait possible el s'adressa au duc de
Montausier, intermédiaire entre les deux
familles qu'il connaissait C:galemrnt. Le duc
obtint, à force 'de prières et de conseils, que
la demoiselle Denis rentrerait, non sans une
Yéritable angoisse, chez son père dénaturé.
C'est alors que celui-ci sa,·oura sa froide
vengeance. Il fit, il est vrai, élargir Alexis
de .Jussac, mais il ne ménagea point sa fille.
Sur-le-champ, il fit enfermer la malheureuse,
dont les appréhensions n'étaient que lrop
justifiées, dans la .Maison de 1a Proridenc\,
&lt;! communau!é établie pour recevoir, à 20 écus
de pension annuelle, de pauvres filles de
service justiu'à ce qu'elles aient lrouré une
condition. ,,
Il est aisé de conceroir la douleur el l'indignation de l'infortunée Mlle Demis quand
elle se vit entourée de personnes au5si grossières. l~lle écrivit à son père des lettres
touchantes, elle ne cessa de le supplier dl!
cha.ng~r son déplorable état, et le caracl~rl'
&lt;lu méJecin se révéla alors dans toute s 1
bir~arie. Jt sembla qu'il cùl pitié de sa fille.
t( Je comprends, lui dit-il en venant la vi~iter,
'luelle est mire angoisse préscntr, et je Yeux,
rna fil!c, vous mettre en meilleur lieu. 1~ A
peine s'était-il t!Xprimé lians ces termes, le
7 scplcm\Jrc 1G8~, qu'il cmmeni Catherine
dans un carrosse de lum::ge, sans lui dire où
il la menait.
La voiture roula pendnnt longtemps ....
Toul à coup, cil~ s'arrête derant une sombre
demeure. Un guichet ~·ouvre. Une femme
d'aspect revèchc fait entrer C11herine, et son
père s'esquive rapidement sans mol dire. On
lra\'erse un long couloir, un second guichet
s'ouvre encore. La voix rude d'une femme
du commun apprend à Catherine qu'il lui
faut changer de vêtements. La pauvre innocente s'imagine qu'on va l'habiller d'une
robe de religieuse, comme cela se pratiquait
alors vis-à-\'Îs des pensionnaires de quelques
couvents. Elle se dévêt en t,·cmLlant . Quelle
n\:sl pas sa stupeur c1uand on lui pr~sentc
1. Claude, comlc Je Ju~sac, ancien capitaine des
gardes du duc d'ûl'léans 1 morl en -1690.

•

�1f1STO'J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - un déshabillé de cou1'euse, composé d'une
Or, suivant un registre du temps, on appe•
La réfugiée s'empara du taffetas, et sitùt
seule pièce de bure noire, d'une grosse cor- lait ainsi dans la maison « de petits cachots qu'elle eut quillé la Providence, elle s'en
nette plate en manière de coiffure et d'un noirs, fort affreux, oit l'on couche sur une
fut chez la cousine Denis, qui s'émerveilla
long mouchoir de même, descendant jusqu'à planche enclavée dans le mur, d'où pendent
en voyant une repentie dépasser le seuil de
la ceinture!
de courtes chaines, pour le col, les pieds et sa maison. Son indignation fut grande quand
lnterdile à la vue de cet habit, immobile,
elle sut que c'était en pareille compagnie
le cœur saisi, elle tombe de faiblesse sur une
que demeurait Catherine, alors que son père
chaise, ne répondant que par des larmes aux
la disait morte au monde, ensevelie dans un
duretés qu'on lui dit en la dépouillant.
bon couvent à plus de cent lieues de Paris.
Toutefois, elle ignorait encore dans quelle
La nouvelle en fut vite répandue dans la
communauté de Paris on donnait aux pensionfamille. Denis fut considéré comme l'homme
naires un équipage aussi lugubre; mais elle
le plus détestable du monde, et ses parents
le sut bient(Jt, lorsque, entourée d'une troupe
Mposèrrnt une plainte contre lui. M. le Lieude filles vêtues comme elle, qui la traitaient
tenant civil de Paris s'empressa de courir au
de sœur et de compagne, elle apprit que
Refoge et, ayant cnlendu conter les malheurs
c'étaient les excès de la plus inràme proslide Catherine, il l'en tira pour la mener an
tution qui les avaient fait inlernn en ce lieu.
couvent de Port.nopl, sous la prolection de
Mlle Denis était enfermée à la Providenee _.
la supérieurP, la vénérable Mme de Harlay 1 •
dépen~ance du triste reruge de Sainte-PélaLa pauvre fille en pensa, dit-on, mourir de
gie!. .. Je laisse imaginer au lecleur et sentir
contentement.
par lui-même le trouble, le saisissement, la
Preuve du respect de 1a puissance paterdouleur dont elle lut frappée à celle nouvelle.
nelle à celle époque, M. Denis ne lut pas
L'art ne fournit point de traits assn forts ni
même inquiété. Sa fille se contenta de déposer
assez heureux pour peindre une situation si
une plainte pour prolester contre le mémoire
viYe. Quel séjour pour des oreilles chastes et
qu'il lui avait extorqué, et M. Denis 2, sans
un cœur innocent!
plus s'en occuper, ne craig-nit point de dire
La nuit venue, on la conduisit dans la
qu'il était fort irrité du commerce entretenu
cellule qu'on lui avait destinée. Qu'était-ce
par Catherine avec une fille de mauvaise vie,
alors que la chambre d'une fille repentie?
telle que celle qui lui avait ouvert les portes
Les pièces du procès nous permettent de le
du Refuge. C'était dépasser les bornes de
dire : " Les cellules du Dortoir de la Provil'audace, et M. Gillet le lui fit durement
dence sont de petites chambres qui n'ont d'esentendre, en disant qu'il ne fallait poiol
pace que pour une couche fort étroite et une
s'attendre 1&lt; à ce que Mlle Denis rencontrât
chaise de paille.A chaque porte est une petite
des rosières au mauvais lieu où son père
fenestre grillée et un trou par où l'on passe les mains. L'on donne à celles 11u'on enferme l'avait si cruellement recluse 1&gt;.
à manger. Chaque chamhre reçoit par cette plus ou moins de ces chaines, selon que la
Cependant, que &lt;lever.ait M. do Jussac?
fenestre et le trou la lueur d'une lampe qui faute est plus ou moins griève u.
Eut-il connaissance du séjour de ~a bienen éclaire quatre à la fois et. ne reste allumée
Une fille s'effrayerait pour de moindres aimée dans une maison de Elles repenties? Il
qu'autanl de temps qu'il faut pour se mettre menaces. Catherine Denis signa le mémoire
est permis de ne point Je croire, car des
au lit, après quoy l'on ferme toutes les portes sous promesse d'être mise de suite en liberté. pièces du procès il ressort que l'infatigable
en dehors avec de gros verroüils. J)
Cependant, prise d'un remords, elle allait le amoureux ne put lui donner aucun signe de
Ainsi enrermée, Mlle Denis ne put contenir déchirer au moment où son père quiuait la vie depuis un jour où, à la Miséricorde, il
ses gémissements. Le bruit en vint jusqu'aux maison. On le lui arracha des mains et lui avait fait tenir une promesse de mariage
oreilles d'une offi,cière qui monta pour lui M. Denis s'en fut, emportant le mémoire ... signée de son sang. Cette promesse fut enfin
dire que, si elle ne se taisait pas, on la met- et laissant sa fille au Refuge.
suivie d'un simnlacre d'exécution qui donne
trait en un endroit où elle ne troublerait
Deux mois encore elle y demeura. Sa dou- une idée des mœurs du temps.
le repos de personne. li fallait étouffer sur ceur et sa sagesse édifiaient ses indignes
Le 14 novembre 1692, Catherine, alors
l'heure des sanglots el des plaintes. Elle compagnes, et l'une d'elles chercha à la servir pensionnaire de Port-Roya], atteignit sa majos'était jetée toute habillée sur son lit et sa dans la mesure de ses moyens. C'était une rité. Aussitôt, elle adressa des sommations à
nuit tout entière s'écoula dans les larmes et fille qui avait purgé sa peine et qui allait son père et fit dresser, par-devant un notaire
l'insomnie.
quiller le Refuge. Catherine Denis s'ouvrit à convoqué dans l'austère couvent, un contrat
Combien en passa-t-elle par la suite de elle de ses malheurs, el la fille repentie de mariage entre elle et M. de Jussac, qu'elle
semblables! Que d'affronls elle subit! Que promît son concours à « l'honnête prisOJ\· ·n'at10it pas vn depuis bientôt sept ans et
d'amertumes elle dévora sans oser même Jes nière ii. Il s'agissait de prévenir les parents de qui ne comparut point à la cérémonie, n'ayant
adoucir par la trisle consolalion que l'on Catherine Denis de sa détention. Que faire? pas obtenu licence de rencontrer Catherine!
trouve dans la liberté de se plaindre! C'est li n'y avait point d'encre dans la prison. 11 signa l'acte dans l'étude du notaire, après
ce qu'elle conta par la -suite à ses parents Toute correspondance y était interdite!
que cette formalité eut été remplie à Porlémus, quand elle sortit de cet infernal séjour.
Catherine confia à sa compagne l'adresse Rosal par tous les parents de Catherine, son
Vingt mois s'y écoulèrent sans qu'elle en- et le nom d'une de ses parentes. Mais ce père excepté, el par !!me de Harlay.
tendit parler de son père et sans qu'elle pût renseignement verbal ne suffit point à éclaiEn face de cet événement, la colère du
faire connaître, à qui que ce soit, sa 5ituation rer la bonne pécheresse un peu bornée qui sieur Denis ne connut plus de bornes. Depuis
déplorable. Un jour, cependant, son père lui venait en aide. A chaque moment, e!Je longtemps s'échangeaient entre lui et la partie
vient la voir et ,·eut la contraindre à sianer
oubliait l'adresse indiqul,e... . Alors, avec Jussac de nomLreuses pièces de procédure,
0
un mémoire qui contient de calomnieuses lïngéniosité des prisonniers, Catberine s'avisa appels, contre-appels et autres, dont le détail
accusations contre I\1. de Jussac. Elle résiste. qu'un morceau de taffetas noir qu'elle avait
1. füêce de François de llarlay, archevêque de
- C'est bien, ma fille, lui dit M. Denis. dans sa misérable garde•roLe l'erait assez
Pans: elle fut cnsuifo ablics~e de l'Abbayc-au-J;ois, oi,
C'est bien. On va, pour lors, rous mettre au bien son affaire el, patiemment, elle y traça, clic porla les erreurs du jansënisme.
2. Elle appela aussi de la _sentence que son pêre
pain et à l'eau dans les Jacquelles, et vous y par le moyen de la couture, l'adresse et le
avait olllenue du lîeolenant civil, le 7 septembre 1689,
passerez le restant de vos jours.
nom de sa parente.
autorisant son iuterncmcut au fü•fuge.

UN"E S"ÉQUEST"J/,.JtT10N .JtU xv11, Sl"ÉCL"E - - ,

ici serait fastidieux. Disons seulement qu'en
recevant de sa fille trois sommations respectueuses, il fit paraître un mémoire calomnieux - véritable chel-d'œuvre de perfidie
- accusant Jussac de rapt, d'enlèvement et
de subornation. C'est à cette dernière accusation que répondit Gillet dans deux beaux
plaidoyers prononcés à la Tournelle en 169;;.
D'enlèvement et de rapt, il ne pouvait être
question, car, depuis sept ans, Jussac et Catherine vivaient éloignés l'un de l'autre dans
J'égale tristesse qui convient aux amants
contrariés. Gillet, à cet égard, se livre à quelques réflexions qui donneront idée de ce que
ce mot de rapt évoquait dans l'esprit des
juristes en un temps oll les difîérences sociales étaient chose d'importance.
&lt;c Ce qui fait proprement, dit•il, le crime·
de rapt ou ~ubornation, c'est le désavantage
et le déshonneu'r de l'union; et toutes les
ordonnances que nous avons contre le crime
de rapt et les mariages clandestins n'ont é1é
faites que pour empêcher l'inégalité des
alliances dans les mariages, car celle de 16:iU,
qui est la plus célèbre en la matière, dit que
c'est pour arrèler le cours du désordre qui a
troublé le repos de tant de familles et flétri
leur honneur par des alliances inégales et
souvent honteuses et infàmes. &gt;&gt;
Le cas de M. de Jussac est tout à l'encontre
de celui prévu par les lois. Bien plus, c'est
lui qui, peut-être, a élé C( suborné n par Catherine! Et cette hypothèse un peu osée se
développe sous la plume de Gillet, dans une
forme charmante, encore qu'un peu ironique,•
qui mérite d'être tout au long rapportée :
&lt;f Une fille séduire un homme plus âgé
qu'elle? La proposition paraît un paradoxe;
mais la séduction dont nous l'accusons est
une séduction fort innocente el nous ne pensons pas à nous en plaiqdre. Cette séduction,
c'est la seule force de son mérite, et, pour Ja
séduction du cœur, les filles les plus âgées
ne sont pas les plus à craindre. Elle avait
dix-huit ou dix-neur ans quand le sieur de
Jussac l'a recherchée. A cet âge, que les
charmes sont puissants! Peut-on dire qu'à
dix-huit ans et dans un âge plus jeune encore, une fille ignore l'art de plaire, l'art
d'engager, qu'elle est incapable de séduire?
Dans un âge où le premier usage que l'on
fait de sa raison est de se connaitre aimable
ou de se chagriner de ne l'être pas; dans un
ttge où l'on compte pour le plus grand de tous
les maux une maladie, parce qu'elle grossit
le teint, cave la peau et laisse quelques sillons
sur les joues; dans un âge où l'on perd tous
les jours tant de temps à consulter ce qui
sied ou ce qui ne sied pas; à étudier des manières engageantes, à composer son air, à placer une mouche, à rendre un sourire agréable,
à apprendre à ses }'eux le dangereux langage
qui, arec un regard doux et languissant et
des œillades tendres, porte le feu dans l'âme
la plus tiède? A quoi bon tous ces soins?
Pourquoi tant d'inquiétudes? El que veut di rc
tout cela, sinon que, dans la funeste science
de séduire les cœurs, presque toujours la
malice devance l'âge .... J&gt;

Tandis qu'en la chambre de la Tournelle,
M. Gillet prenait la défense du marquis de
Jussac, le &lt;1 Tout-Paris n d'alors s'intéressait
à ce curieux procès, fruit d'une obstination
paternelle que l'on a peine à concevoir.
!I. Denis avait de puissants protecteurs. Chacun s'efforçait vainement de le ramener à des
sentiments plus humains. Lo duc de Montausier lui fit entendre quelques paroles conciliantes. La duchesse d'llanovrc ne dédaigna
pas de lui représenter que li. de Jussac était
un parti de tout point avantageux pour sa fille.
Enfin, on parla de cette aventure en aussi
haut lieu qu'il soit possible, à la Cour! Madame, la célèbre Madame, duchesse d'Orléans, palatine de Bavière, s'en fut, un jour,
visiter Catherine Deni, à Port-Royal cl voulut
bien, après avoir Illandé son père, s'abaisser
jusqu'à faire de fortes instances auprès de lui
pour qu'il consentit à un mariage désiré par
elle, ::.econde princesse du royaume!
Tout fut en vain. Denis demeura dans sa
farouche obstination, que personne ne pouvait concevoir.
« Une conduite si outrée, disait Gillet, e:;t
certainement uae preuve bien convaincante
que le cœur de l'homme est un abime qu'on
ne peut sonder. L'on entreprend en vain
l'anatomie de celui du sieur Denis. L'on
fouille, en vain, dans tous les replis de cc
cœur, pour trouver la passion qui le domine.
C'était, d'abord, disait•il, pure amitié pour
sa fille ... . Met-on une fille au Refuge par
amitié? Est-ce la voie de lui trouver un bon
parti? .. . Aurait-il de la haine pour elle? Mais
quoi! un père haïr son propre sang, ses
entrailles, sa fille unique ... Serait•ce prévention! entètement? Porta-l•on jamais l'opiniâtreté, la bizarrerie si loin? Serait-ce grossièreté? mauvaise humeur?
« Quelle apparence qu'un homme éle,é
à Paris, qui a vieilli dans le centre de la politesse, n'eût pas corrigé ce qu'il y aurait eu
d'inculte dans son éducation ou de sauvage

Qu'est-ce donc enfin, si ce n'est ni amour, ni
haine, ni caprice, ni obstination, ni ,·engeance, ni amour-propre, ni intérèt, ni férocité naturelle? Ce pourrait être tout ensemble.
C'est peut-être un amas confus, un assemblage de diverses passions violentes, qui ont
produit un sentiment monstrueux, qu'on ne
peut ni concevoir, ni définir. 1&gt;
Pe11dànl que M. Gillot parlait ainsi, de
sourds murmures d'indignation se faisaient
entendre dans la salle, et quand Denis sortait
de la Tournelle, les huées de la foule le suivaient aussi dans Paris. Il est vrai que le
docteur portail le comble à son audace, li en
arriva;\ demander que M. de Jussac fùt con•
damné à mort comme suborneur. Ce que
YO)'ant, Gillet, rempli d'une juste Jureur,
se décida à dévoiler à demi au public les
honteuses raisons qui motivaient l'attitude
de Denis envers sa fille. li s'indigna d'abord
do l'obstination de Denis. cc Quel est donc,
s'écria-t-il, cc crime impardonnable, aux
yeux d'un père? Règle-t-on comme on veut,
au gré d'autrui, les mouvements d'une pas•
sion impérieuse qui fait la loi à toutes les
autres passions? Se défait•on ainsi d'un sentiment opiniâtre qui se nourrit de difficultés
et d'espérances?
({ C'est un torrent qui grossit, qui acquiert
de nouvelles forces contre l'obstacle d'une
digue, un brasier que le vent de.s contrariétés enflamme davantage, un l'eu qui n'était
qu'une étincelle dans sa naissance et qui
devient un grand incendie dans ses progrès ....
&lt;c Et maintenant que le sieur Denis porte
la fureur jusqu'à demander le sang de ma
partie, suis-je obligé, sans trahir mon ministère, de garder toujours, avec ]a même
retenue, des ménagements qui n'ont servi
qu'à rendre notre accusateur plus hardi, plus
emporté, plus téméraire? Ce qui a perverti si
indignement le cœur de ce père inhumain,
c'est une brutale passion qui a donné aux
enfants du. crime toute l'affection, toute la

L'ÉGLISE DU COUVENT DE PORT-ROYAL, AU FAUBOURG SAINT-JACQUES,

D'aprês la gravure ae l.

dans son tempérament 1L'imagination s'épuise
en rénexions inutiles, l'esprit se perd à chercher le ressort d'un mouvement si déréglé.

.... 262 --..\1

263 ""

MAROT,

tendresse paternelle, et n'a réservé pour la
fille unique et légitime qu'une aveugle insensibilité, qu'une cruauté inouïe .... l&gt;

�, - filSTORJ.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Ainsi donc, l'enfant de Marie Petit, soidisant femme de Jean de La Molhe, est, à
n'en pas douter, le fruit ou l'un des fruits du
honteux commerce du médecin Denis et de
sa servante! li faut que Gillet soit poussé
jusque dans ses derniers retranchements pour
dévoiler cc crime, que l'honnête Catherine
voulait cacher à tous .. L'agent de toute cette
ttSnélireusc intrigue, c'est la Petit qui non
seulement est jalouse, comme on l'a vu plus
haut, de la fille de son amant, mais qui, par
de sourdes menées, cherche à la faire interner
dans un couvent pour le reste de ses jours.
Son fils illégitime bénéficiera de celle habile
mesure.
Quand les _juges et le public curent la parfaite connaissance des &lt;&lt; dessous ,, de ce scandaleux procès, l'affaire ne traîna plus en longueur. La dernière et brillante plaidoirie de
M. Gillet, en date du 11 avril 16\J:i, soutenue
contrccelle de M. de Betz, en faveur de Denis,
acheva de perdre le mauvais docleur dans l'es-

prit de la foule et des membres du Parlement.
Par un arrêt du 6 juin de la même année,
il fut ordonné &lt;&lt; que l'écrou d'emprisonnement du sieur de Jussac serait rayé et biffé,
la détention de la demoiselle Denis, en la
maison de Sainte-Pélagie, déclarée injurieuse,
tortionnaire et déraisonnable, et que M. Dorijat, doyen des conseillers de la Cour, se
transporterait au monastère de Porl-Hoyal
pour saYoir si elle persistait dans son désir
de mariage ,, .
M. Dorijat se transporta à Port-Royal, cl
comme Mlle Denis lui dit, avec une certaine
véhémence de paroles, qu'elle persistait plus
que jamais dans ses desseins, la Cour ordonna,
le 22 juin 1695 :
(( Qu'il serait procédé à la célébration du
mariage d'entre elle et ledit de Jussac,
nonobstant toutes oppositions ou appellations
failes ou à faire! ll
On imagine aisément que Catherine ne se
fit poinl prier pour quiller Port-Royal, quand,

avec sa bienveillance habituelle, la vénérable
Mme &lt;le Harlay vint lui marquer qu'elle était
libre.
Comme dans les contes de Perrault ou de
Mme d'Aunoy, les tristes arentures qui précèdent se terminèrent par un heureux hymen.
Après sept années de constance et d'amour
contrarié, les deux amants s'épousèrent en
justes noces, et il y a tout lieu d'espérer, bien
que l'histoire demeure muette à cet égard,
qu'ils vécurent longtemps et qu'ils eurent
beaucoup d'enfants.
Quant à l'honnète M. Gillet, qui joua un
peu dans tout ceci le rôle de la l'éc bienl'aisante, il n'eul point à regreller l'ineommodilé
que lui avait causée M. de Jussac, par un
dérangement tardif, au cours d'une soirée
d'hiver, car, ayanl agi en homme de bien
autant qn'en avocat de talent, il grandit
encore dans la considération de ses concitoyens et dans l'estime de Mlle Catherine
Gorillon, sa femme.
BARON DE

,.,-

MARICOCRT.

telle était la spécialité de U. de Jlonlrond, des autres, ,, ce trait fameux qu'Alexandre
quand il s'y reposait de jouer gros jeu, de Dumas fils glissa dans une de. ses comédies,
calculer en secret, d'intriguer au dedans et qu'on pensa restituer à Mme Émile de Girarau dehors, pour lui-même ou pour M. de din, et dont l'ami de Talleyrand fut le véri'l'alleyrand. li les gardait à son compte ou table père. C'est encore lui, l'ancien roué du
les repassait au voisin; et, sauf qu'il oc les ven- Directoire, qui avait lancé la rénexion trop
Un homme d'audace et d'esprit, un intri- dait peul-être pas, il ressemblait à ce Rouge•véridique, ordinairement mise au complc du
gant de haut vol : Sainte-Beuve l'enferma mont, passé maître dans l'art d'improviser
prince de Bénévent et que La Rochefoucauld
tout entier dans une seule ligne. Le beau, des mots, voire des mots historiques réservés eùl signée· «S'il l'OUS a1Ti1•e q11elque clw.~e
l'insatiable Montrond I eut, à son actif, trois aux grandes occasions.
d'heureu.r, ne uwnque::; pas d'alle1· le dire
faits signalés. Il fut le sauveur el l'époux, au
à
1•os amis, afin de leur faire de la peine. »
cfc&gt;
deuxième tour, de « la .Jeune Captive, ,, la
Dans le bon temps de ses rapports familiers
hcllc Aimée de Coigny, duchesse de Fleury.
c1 S'il était possible, remarquailllme S... ,
avec le grand chambellan de Napoléon et
Il mil en échec la vcrlu miraculeuse de J u- de réunir les grains de l'esprit de Montrond, Louis XVIII, il était reçu partout et, si nous
lielle l\écamier. Et Talleyrand, par de longues cc serait, à coup sûr, le chapelet de l'ancienne en croyons Mme de Coigne, fèté, recherché
années de compagnonnage, le porta dans un amabilité franraise, mais cc ne serait le code
par beaucoup de gens haut placés. Cc crédit,
jour si public qu'il ne fut plus possible, dé- de la morale d'aucun temps ni d'aucun l'ondé sur une équivoque, ne dura pas tousormais, d'avoir la vision de l'un sans que peuple. »
jours. Tallcyrand se fatigua d'entendre le
s'y rellétàt, comme une vivante contrcDétachons l'un des grains d,1 ce rosaire. mème refrain, pendant quarante ans. ~lontépreu vc, l'image de l'au lre. Devant Montrond )!me Davidolf, quêtant, lui demandait sa rond, vieilli, malade et pauvre, termina dans
on disait de Talleyrand jeune : « // est si contribution en faveur des filles repenties : une médiocrité relative une existence conduite
ai111able! ,, - cc Jl est si vicieu,r.1 l&gt; ajou- cc .l!rulame, lui objecta-t-il, si elles sont sans méthode et sans but. li trouva, pour
lail-il.
repentie.&lt;, je ne lem· donnerai pas: si elles abriter ses derniers jours, des consolations
Sur le lard, le prince voulanl expliquer ne le sont pas, je ferai mes clw1·ilà moi- auprès de l'ex-merveilleuse Fortunée Hamelin,
les raisons de son attachement pour le per- mrme. l&gt; C'est Montrond qui disait plai- dont il avait été l'amant, au plein de leur
sonnage un peu singulier qu'on voyait partout samment de l'orgueilleux Cambacérès : « Je jeunesse brillante, qu'il avait lassée de son
avec lui: c&lt; Save::;-vous po11rquoi j'aime asse" 1•iens de lra1 el'ser les Tuileries el j'ai eu humeur singulière, de ses injustices, de sa
ce Montrond? C'est }J(ll'Ce qu'il n'a pas
l'honneur de voir /'a1·chicha11ce,lier qui s'ar- déloyauté même, et qui lui fut secourable
beaucoup de pr~ju,qés. » - « Save::;-1•011s chipro111e11ait. ,, C'est lui qui, sur une ques- lorsqu'il Yint s'abattre à ses pieds, mourant,
pourquoi j'aime faut JI. de Talleyrand~ tion d'emprunt particulier, répondait à James
goùter auprès d'elle encore 11ucl11ues heures
répliqua celui-ci. C'esl parce qu'il n'en a pas de Rothschild : &lt;c l,es affaires, c'est l'm·genl de douceur et de paix, enfi a rester dans la
du tout. 1&gt; Faire des mols dans le monde :
2. /,ellrr.ç de Forlw1f,, lfa111eli11. Paris, le 12 dé- mémoire de celle qui lui pardonna, &lt;I comme
1. Tallcwand l'ayail qualifié : /'Eufa11t Jésus de
ccmhrc 181,;ï. P. p. .\. Gayol, Brnilc-Paul, édi- le plus aimable des vieillards, le plus reconl'E11frr. •
leur, 1911.
naissant des amis et le plus noble chrétien 2 • ,i
1

J'ose. 46.

FRÉDÉRIC

Cïicbê Giraudon.

LOUÉE

ÉLISABETH D'AUTRICHE, FEMME DE CHARLES IX , ROI DE FRANCE
Tableau de

F R ANÇOIS

CLOC ET. (Musée &lt;lu Lou\Tc. J

�LA CHOUANNERIE

NORMANDE AU TEMPS DE L'EMPIRE
~

Tournebut
-

1804 -1809 -

Par G. LENOTRE

CHAPITRE IV
D'Aché

damations it maintes reprises formulées pa1·
Bonnœil, avait continué it ravager la terre de
Dounay, pour en tirer profit immédiat, coupant les bois, débitant en fagots les charmilles, abattant les hêtres centenaires; le
chàteau lui-même, dont la façade s'allongeait
naguère au bout de solennelles avenues, avait
souffert de ses dévastations; ce n'était plus
qu'une masure, aux portes ballantes, au toit
effondré où Acquet s'était réser1•é un logement, abandonnant le reste aux ravages des
saisons et du temps. Rembuché dans cette
ruine comme un fauve dans sa bauge, il ne
supportait aucune atteinte à ce qu'il appelait
ses dl'oil.~. Mme de Combray ayant voulu, en
1803, passer le Lemps des moissons dans ce

Le domaine de Donnay, ~ilué à trois lieues
de Falaise sur la route d'llarcourt, était une
de ces terres dont Acquet de Férolles al'ait
usurpé la possession, sous couleur de les
soustraire au fisc et de prendre en main la
gérance des biens de son beau-frère Bonnœil,
émigré. Or, celui-ci était depuis longtemps
rentré en jouissance de ses droits civils et
Acquet ne lui cédait pas la place : ce terrible
homme, agissant au nom de sa femme
comme créancier de la succession de r~u
M. de Combray 1 , aYait engagé contre ses
beaux-frères toute une série de procès ; il s'était révélé si habile procédurier qu'il était parvenu, bien que
lime Acquet eût depuis longtemps formé
contre lui une demande en séparation,
à vivre sur les biens des Combray où
il se maintenait comme en pays con&lt;1uis, au moyen de tout un arsenal de
text~s, tirés, suirant l'occasion, de
l'anden droit coutumier de Normandie,
des lois révolutionnaires ou du Code
Napoléon. Traiter ces questions, dans
le détail, serait fastidieux. et inutile :
il suffira de saYoir qu'à l'époque où
nous a conduit notre récit Mme Acquet
n'avait, pour toute ressource, qu'une
pension de deux mille francs que lui
aYait allouée, à Litre de provision, un
jugement du l er août 1804. Elle vivait
seule à Falaise, dans l'hôtel de Combray, rue du Tripot, assez vaste immeuble composé de deux corps de logis
dont l'un se trouvait vacant par l'absence de Timoléon, fixé à Paris. Mme de
Combray s'était chargée de subvenir à
l'entretien de ses petites-filles : elles
avaient été reléguées à Rouen, dans
une pension tenue par uue dame Du
LA TOUR DE TOURNEBUT, D.\:'iS SO:'i ÈTAT ACTUEL,
Saussay".
Prévoyant bien que celte situation ne
serait pas éternelle, Acquet, en dépit des l'écbàtcau où s'étaient &lt;!coulées ses années heu1. A la mort ,.le son p~re, en 1784, Donnœif l'ainé
des lits, av:1it hàité d~s terres de Combray, Donnay,
llonuœil el Le~sarl. Le second fils, Timoléon, reçut la
rn.;ison ,le Falaise, d'autres immeubles, des rentes cl
m, capital de v:i.:540 Ji\'rcs. Jlonnœil ayant été in~crit
sur la liste des émigrés, le séquestre fut mis sur ses
hicns; _ses deux sœms, ~lme d'Jloucl e_t )lm~ ~cquet,
réclamcrent alors une deltvrancc du bien hcrpd,taire
pour leur tenir lieu de leur légitime N leur réclamation f'ut admise jusqu·à concurrence &lt;le la moitié de
leurs droits : 1111 arrêté du 13 nin)s~ an IX envoya

lime Ac&lt;1uet en possession des Liens séquestrés ~ur
Bo11nœ1l Jllsqu'a concun·(•ncc d'un capital de
32.114 francs. lime de Combr;iy inlerdnl à ,on lour
pour la liquidation de; droits qu'elle arail i, cxercrr
rnr la succes1ion de s011 mari; les cho~es en étaient
là, quand Donnœil, amnistié, réclama la toi.alité de
ses bien:;. La s1laalion, comme on voit, était un nid ,i.
procès : il semble hien qu·elle ne fut jamais complètement liquidée à la complète satisfaction de tous le;
inlé1·csst~s.
2. Archil'cs dr la famille de Saint-Vi('lor.

reuses, où tous ses enfants avaient été élevés,
il l'en avait fait expulser par huissier, et la
marquise s'était réfugiée au presbytère du
village, vendu comme bien national lors de
la Rél'olution, et qu'elle avait racheté de
compte à demi arec la commune pour le
rendre à son ancienne destination•. Comme
aucun desservant n'avait encore été nommé,
elle put s'installer là, tant Lien que mal, à la
grande colère de son gendre qui considérait
celle intrusion comme une bravade.
Deux ans plus tard, )fme de ComLra)'
n'avait pas à Do1inay d'autre asile et c'est à
ce presbytère, toujou!'s inoccupé, qu'elle
amena d'Aché; ils y arrivèrent le f 7 juillet
au soir. li ne pouvait être question, pour le
proscrit, d'un long séjour dans celle
maisùn très en évidence et sans cesse
exposée a l'espionnage haineux d'Acquet. Il y demeura cependant quinze
jours, nese cachant pas, chassant même 1
et recevant quelques visites, celle de
Mme Acquet, entre autres, qui vint de
Falaise pour voir sa mère et qui rencontra là d'Aché pour la première fuis .
Au commencement d'aoî1t, celui-l:iquittait Donnay et Mme de Combray l'accompagna jusqu'au château d'un voisin
de campagne, M. l)escroisy::, où il passa
une nuit; au petit jour, il s'éloigna à
cheval dans la direction de Bayeux.
Mme de Combray seule était dans la
confidence du lieu où il se relirait.
D'Aché avait, dans la région, le
choix de plusieurs asiles. Il était particulièrement lié avec la famille Duquesnay de Montfiquet, qui habitait
Mandeville près de Trévières. M. de
)fontfiquet, gentilhomme d'une grande
loyauté, mais parfaitement insignifiant,
ayant émigré au début de la Révolution, sa terre de Mandeville avait été
mise sous séquestre, son chàtcau pillé
et en partie démoli. 1\Ime de Montfiljuet,
femme de tête et d'énergie, restée sans
ressources avec ses six tilles, s'était réfugiée chez les d'Aché, à Gournay, où elle

:;_ « Celui qui l'arnit achclé d'abo1·d 1·uulut s'en défaire cl le proposa aux habilanls de la commu11c au,
11uels il le l'Cndit 3600 francs cl ma mère a fourni la
moitié de la somme. » Interrogatoire dt· Bonnœil.
Archi1·es du greffe tle la Cour &lt;l'as,iscs rle Rouen.
4. Interrogatoire de Guillaume, dit Lanoë, 4 janvier 1808. Arch. du greffe de la Cour d'assises tic fluuen.
:;. « - Qui est ce )1. J&gt;escl'Oisy? - c·cst 1111 gentilhomme des cnrirons, fils de li. de )lanoury, ancien
ami de la maison. , Interrogatoire de Lanoë. )1, Dcscroisy habitait à Les lloulicrs-cn-Cinglais.

�, - - 1flSTO'RJA
passa loul le temp, de la Terreur 1. lime d"Acbé
garda mème auprès d"elle, pendant cinq ans,
une des jeunes filles, Henriette, qui l·tail disgraciée el bossue, mais d'une intelligence
remarquable.
M. de Montfiquet, revenu de l'étranger en
l'an Vil', avait tant bien que mal reconstitué
son petit domaine de Mandeville : il y vivait
pamrement avec les siens dans l'espoir du
retour de la monarchie qui rJmènerait dl's
jours meilleurs. Tous ces motifs assuraient
l.i, à d'Aché, non seulement un abri s11r,
mais un concours de tous Ies instants; Je
très pl'Lit nombre de personnes au couraat de
ce 11ui se passait à MandC\'Îlle étaient persuadées que )Ille llenrielle avait sur le proscrit
une rrrande iuOuence et qu'elle (:tait, depuis
]ong~mps, sa nrnitresse:;. Ile Lnü unanime,
elle recevait toutes ses confidcnecs et Je servait en admiratrice passionnée. Ue fait, elle
lui amil ménagé, pour les cas d'alerte,
d'autres retraites aux environs de Trévières :
l'une au moulin de llungy, l'autre cbez M. de
Canlelou à Lingèvres; une troisième enfin,
chez un tanneur tic Ba~eux, nommé la Péraudièrc. Et, pour l'escorter ~ans ses expéditions, elle a\'ait recruté un homme d'une
audace inouïe qui brigandait depuis dix ans
dans la région ; il avait 11 ,·cnger la mort de
ses deux frères, tombés dans un guet-apens
et fusillés i1 Bayeux en 1796; on rappelait
David l'Jntrépide. Dix fois condamné i, mort
et certain d'être immédiatement fusillé s'il
était pris, Ualid n'avait pas de domicile; par
les nuits de tempête, il s'embarquait dans
un canot qu'il conduisait et. sûr de n'être
pas rejoint, il gagnait l'Angleterre où il servait de commissionnaire aux émigrés; on
as:-ure même qu'il n'était pas sans influence
dans l'entourage du comte d'Artois'. Quand
il séjournait en France, il logeait chr.z une
vieille dame, ancienne gouvcrnanle d'un conseiller au Parlement de Normandie', qui habitait seule un ancien hôtel de Bayeux et à
qui \Ille Henriette de \lontfiqucl l'avait
recommandé. David n'y tenait pas grand'place; quand il arrh·ait, il faisait basculer
deux marches de l'escalier machinées i1 son
idée, se glissait dans une caYité que cette
manœuvre découvrait et remettait la chose
en placr; toute la gendarmerie du Calvados
aurait pu monter au premier étage et en
redescendre sans se douter qu·un homme
était caché dans la maison où, d'ailleurs, on
ne le chercha jamais 8.
Tels étaient les moyens et le personnel
dont disposait d'Acbé 7 sur son nouvt&gt;au terrain d'opérations : une pauvre fille bossue
1. .-\rchi,·es natioo:iles. l)o)o,ier Montfiquet. F• 8li 1,
'2. luten·oga.toirc de l\ichard. ~liche! Guilherl,
7 jan\'ier I Rtl8 ..\1·d1iH s du grclfo de la Cour tl'usi~!
de lloul'n.
3. Déclaration du notaire Lcfcl.m·c . Lellr'e du prffct
,le la Seinc--Inlérîeure i Réal. ArdlÏn!s n:tlionalei:.
F' 8171.
i. a: Cel homme serait d'autant plus rsscutiel i
entendre qu'il a aecompa;,'Ill" M. Ale.1.all(/re td i\che;
c.hcz 11. do la Ch11pclle et qu'il pos~l!dc le~ secrets de
son cabinet. • Déclaration de Guilbert, 17 jam·ier 1R08.
.\rchin~~ tlu greffe de 111 Cour d'ao:si•es de HouC'n.
;",. M. Lucour. Al'ch1\'Cs 11alionall'~, p: Xli2.
6. l\enscigncm('nl~ communiqut:~ par Guîlbrrt l'l
1

TOU]tll/EBUT
formait son conseil, et son armée se compo- ment réparateur auquel la France devait le
sait de David l'Jnt,-épide. Du reste, il n'avait Concordai. L"abbé Clérissc, obligé par la dispas un sou vaillant; au commencement de position du local à faire presque ménage
l'automne, Mme de Combray lui envop huit commun avec Mme de Combra,. ne tarda pas
louis par Lanoë, garde-chasse qu'elle avait 11 s'apcrce"oir de l'allure louchè de la maison :
eu à son service et qui occupait maintenant c'étaient des conciliabules à voix basse, dr:une petite ferme à Glatigny, près de Brette- vi!-iteurs admis ]a nuit et disparus au petit
ville-sur-Dives. Lanoë était le type du paysan jour, des allées et "enues mystérieuses, bref,
rapace que l'appât d'un petit écu rend docile; tout le train d'une maison de conspirateurs,
jadis il anit servi de guide au baron de Com- si bien qu'un jour l'bonnèle curé prit à part
marque et à Froué, au temps où Mme de Lanoë et lui prêcba la prudence &lt;c lui prédiCombray leur offrait asile à Donnay; il avait sant de gra,·es ennuis s'il ne quittait au plus
même, pour cc fait, paru devant une com- tôt le service de la marquise "· )fme de
mission militaire et était resté près de drnx Combray, exaspérée, traita l'abbé de conco1·ans en prison; mais la leçon n'avait seni it dataire, injure qui, dans sa bouchl', signirien : pour trois francs il faisait dix lieues; fiait ,·enégat; elle eut lïmprudence d"ajouter
s'il se lamentait sur les dangers aux1quels ces que le règne de &lt;1 l'usurpateur ne durerait
missions l'exposaient, on doublait la somme pas toujours, et l{Ue les princes licndraicnt
et il partait content. Au milieu d"aoùt, il bientôt, à la têle d'une armée anglaise. rc•
alla chercher à Mandeville, pour l'amener à mettre les choses en place ». Et, dans sa
Donnay, d'Aché qui y passa dix jours el qui colère, elle quitta avec éclat le presbytère
y séjourna encore pendant trois semaines à pour aller demander a~ilc à son fermier,
la fin de septembre. Il del"ait y re1·enir en llébcrt 8 , logé dans un tournebl'ide qui serdécembre; mais il vit, it J'beurc où il s'ap- vait de cabaret, à la rencontre des routes
prêtait à s'y rendre, surgir, à Mandeville, d'llarcourt et de Cesny, et qu·on appelait la
Bonnœil en alarmes qui l'avertit de ne pas Bijude. Acquel triomphait; l'abbé, stupéfait,
~e montrer : ~lme de Combray était accusée se tenait coi, quand le malheur voulut qu'il
d'un crime et sous le coup d'une arrestation .... tombât malade. se mit au lit et mourùt
après quelques jours d'indisposition. Le bruit
Acquet n'avait pas vu, sans dépit, sa belle- circula, venaat du chàteau, que MmedeCommère s'installer à sa porte , très à l'affût Je hray l'avait (&lt; tué de chagrin »; puis on se
ce qui pou\·ait êlre désagréable à la marquise, parla, à l'oreille, d'un certain panier de Yin
il se mit à songer que, si un titulaire était blanc dont elle aurait fait cadeau au pauvre
nommé à la cure vacante de Donnay, il fau- prêtre; huit jours plus tard, tous ceux. &lt;1ui
drait bien le loger au presbytère, dont la tenaient pour Acquet étaient persuadés que
commune possédait la moitié, et que cette la marquise avail empoisonné l'abbéClérisse •
cohabitation gênerait considérablement Mme de &lt;&lt; après l'aYoir imprudemment admis dans
Combray. Celle perspectire réjouit Acquet, ses confidences 10 &gt;&gt;. L'émotion fut grande au
et comme il aYait des amis haut placés, \·illage: Acquet jouait la consternation; l'auentre autres le haron Darthenay, son voisin torité pré,·enue par lui, sans nul doute,
de Meslay, récemment désigné comme député commençait une enquête, quand M. de Saintdu CalYados, il obtint. sans grande peine, la Léonard, ne"eu de la marquise, maire de
nomination d'un desserYant. Peu de jours Falaise et très bien en Cour, parvint à étouffer
après, un brave prètre, nommé l"abbé Clé- l'affaire et à imposer silence aux malveillants.
ris!'-e, débarquait à Donnay, très disposé it
Cette première passe du duel engagé entre
remplir saintement les de\·oirs de son minis- Acquet de Férolles el la famille de Combray
tère, et bien éloigné de pré\·oir le sorl tra- avait eu pour résultat d'interdire à d'Acbé la
gique am1uel il était destiné.
maison de sa vieille amie : se sentant aux
Mme de Combray avait pris ses aises au prises avec un ennemi toujours aux agu&lt;•ts,
presbytère qu'elle considérait un peu comme elle n'osait exposer à une dénonciation
sa propriété personnelle, puisqu'elle en avait l"homme sur la tête duquel reposait le sort
pa)'é la moitié; elle se \·it forcée de céder de la monarchie. D'Aché, de lonl l'hiver, ne
une partie de l'immeuble, ce lfUÎ l'aigrit, dès parut pas à la Bijude; Mme de Combray y
l'abord, contre le nomeJ arrivant. Ile .son vivait seule avec son fil s Bonnœil et son fercôté, Ac11uel fit fètc à son protégé, le reçut mier Hébert : elle avait fait repeindre el
chaleureusement, le mil en ga rde contre les approprier la maison; mais elle souffrait d_e
agissements de la marquise, qu'il dépeigait se voir logée si mesq uinement et regrettait
comme une ennemie acbarnée du gouverne- les hautes salles el la quiétude de Tournebut.
Placl'nc sur les retraites de /k!lorièrt1 (d'AchéJ.
i\rcl1ives uatioonlcs, F7 8172.
7. Ou Jour de son arrin'·e à Mandc\illc, d'Achl'
a,·ail ll't.H.Jllé son 110111 de Drllorfrres coutre celui
d'Alexamll'e, précanli1111 (/Ili lui créai! en quelque
~rle dcu,; personnalités dirfèrcnles rt qui dc\·ait, en
ca, de rechel'chc!&lt;, faîn• hifurquer les polici1•rs,
K. François llt·berl. nC au \'C, a1wudi-.scment Je
Falaise, était fermier ,le la Bijudc depuis trente ans :
füuo Je Comùray 11vt1it en lui un e .coati 1nce absolue;
la Uijudc nait étC doanl•e en douaire i lime de Combray; la lermr rnpporlail 6 it 700 1t,,rcs par amwe .
O. Aucu ne prL'uvc. est-il Jwsoi11 de le dire, ne fut
apportC(' i l'appui de et•llc llL'CU!-:tllon; il ~- n doue

tout autant de 1m~somplions contre. Acquet )Ille co,~trc
sa bellc•mi!re; Acqucl pouvait :ivmr comnu_s le cr ime
- s'il v cul rrimc - pom· en accuser ensuile :ilrnc de
Combrà'J. liais il n"étnit pas muLile de 1ueutio11nt•ni:fait, car de semblable~ calomnie_~ se rC'produ1~ircul
plus tard, ri d'autres 11\·entures du même f::~l!rc ool
pu fnil'e croi re que \fmn de Com!iray sacnhu11, ~ns
scrupules, à lïntérèt de sou Jltlrh, les gens .11u'_cllc
cro,,1it trop ÎmL_ruils tic ses sC'rret~. "· de la Su:ot1Crl'
a tô'rl tl(! )&gt;arler 1rouiquement d1•s l'ic l imrs iimorenl~s
payant le _kur rie ... etc .. ,car 1·a~_usation, fondl•e. ou
11o11, rut pr1•c, 11lus tard, trl'!- nu sl'r1cmpnr la Jl~,llce.
10. l\a 11 port du pr,:ret ile b Semc-lnf't·ncurl',
.\n.:hn·es nationales, P Sli2.

1

1

_ _ -.

Au commencement du carême de 180G, elle à toute épreuve. Comme il était propriétaire
envoya une dernière fois Lanoë à Mandelille d'une ferme dans la commune de Saint- conté 1a morl aux premières pages de ce récit,
décida de sa vocation : Le Chera lier se fit
pour con\'enir avec d'Aché d'un moyen de
Arnould, aux environs d'Exmcs, on l'appelait
correspondance et elle repril, avec Bonoœil, le C/1e1•a/iei· dt• Saint-Arnould, ce qui lui C( officier royaliste n, non poinl tant par conla route de Gaillon, déterminée à ne plus donnait l"allure d'un gentilhomme. Il était, viction que par un ~entiment de générosité
qui le portait du ctité des vaincus et des
remettre le pied sur ses
terres de Basse-Normandie
opprimés. Dès les premiers
tant que son gendre y réjours de son enrôlement,
µ,-nerait en maitre, et bien
un coup de feu lui fracas!,;e le bras gauche-'; à
pers11adée que le prochain
retour du roi la \'cngerait
peine guéri de sa blrsdes humiliations qu'elle
sure, il se remet en camvenait d"1 supporter. Elle
pagne, est compromis dans
était, d'ailleurs, brouillée
une arrestation de dili.
avec sa fille qui n'était vegcnce : on empr;,rnnne
nue à Donnay que deux
!rois de ses amis; luilois pendant le séjour de
mème, arrêlé, panient à
prouver que, le jour même
sa mère, où elle n'a\'ait
où l'attaque a,,ail lieu au,
manifesté 11u'une admiraen\'irons d'Évreux, il rention très mitigée pour les
projets de d'Aché el avait
dait "isite, à Paris, à un
sénateur très ami du pouparu se dé:sintéresser comvoir, et les magistrats duplètement des tracas susrent s'incliner devant cet
cités à la marquise et de
indiscutable alibi. Le Cbrson e1ode à la Bij ude.
valier pourtan,t voulut comSi Mme Acquet de Féparaitre devant le triburolles s'en désintéressait,
nal qui jugea ses compaen elfet, c'est qu'un grand
gnons et plaida leur cause
événement s'était passé
daas sa vie.
11 avec l'éloquence de l'aL'EGLISE DU VILLAGE DE COllllRAr.
mitié la plus pure et la
Acquet savait bien que
plus héroïque , ; m~mc
le procès en séparation
quand il entendit prononintenté par sa femme se terminerait inévi- d'ailleurs, bien apparenté et de famille loucer leur condamnation à mort, il demanda,
tablement au profit de la demanderesse : chant à la noblesse.
dans un élan d'émotion qui émerveilla, à
les mam,ais traitements qu'elle avait endurés
Le Che\'alier est resté un des personnages
étaient de notoriété publique; tout le monde, les moins étudiés de l"histoire des troubles de partager leur échafaud. On se contenta de
à Falaise, la plaignàit et prenait son parti. Ce l'Ouesl : ses aventures, pourtant, méritent l'envoyer dans les prisons de Caen d'où il
procès perdu était, pour Acquet, la fin de la mieux que les quelques lig;nes, souvent erro- sortit au bout de quelques mois, pour rester
plantureuse existence qu'il menait à Donnay nées, que lui ont parcimonieusement consa- à Caen même, sous la surveillance de la poet, non seulement il eût rnulu gagner du crées certains chroniqueurs de la Chouannerie. lice, et c'est alors que son existence devint
temps, mais il souhaitait secrètement que sa C'est une figure très spéciale, copieusement une extravagante épopée.
Il se lrom·ait maitre d'une fortune assez
femme mit de son coté quelques torts bien romanesque, un peu éaigmatique comme il
importante
_: sa chevaleresque conduite à
établis et fit ainsi regagner, à lui, défendeur, convient, el qui tranche, par une nuance de
sinon les sympalhies, du moins une chance galanterie et de scepticisme, sur le food uni- l'affaire d'fü,rcux lui avait valu, dans le
de voir repousser la demande en séparation formément héroïque et brutal du tableau•. monde de la Chouannerie, une célébrité telle
que, sans le connaitre autrsmcnt que de
qui causait sa ruine. Pour mener à bien cette
(( Né généreux et amoureu1 de gloire)), renom, Mme de Combray avait traversé la
machiavélique combinaison, il m:inifesta l'in• ainsi qu'il le disait lui-mème, il était le fils
tention d'entrer en arrangemeal avec la d'un conseiller garde.marteau de la maîtrise Normandie pour ,,enir, comme Lien d'autres
famille de Combray et il dépècha à Mme Ac- des eaux et forêts de Vire. Un séjour de plu- dames royalist!!s, visiter le héros dans sa
&lt;Juet un de ses amis chargé de poser les sieur~ aanées à Paris, où il reçut les leçons prison et lui offrir ses services : il eut des
hases d'une transaction. Cet ami, nommé Le « de maîtres de toute sorte, tant pour les admiratrices qui l'adulaient et des flatteurs
Che\'alier, était un beau garçon de vingt-cinq sciences que pour les beaux-arts cl les lau- qui l'exploitèrent; comment celle tête, un
ans•, aux cheveux poirs. au teint mat, aux gues étrangères~ 1&gt;, avait complété son édu- peu chaude, de vingt ans aurait-elle résisté à
dents Uancl1cs. Il avait les yeux tendres, la cation. Il était rentré à Saint-Arnould en de telles griseries en cette étrange époque où
\'oix chaude et, par surcroît, une tournure 1799, fort embarrassé du cboix d'une car- les plus sages déraisonnaient? Ou moins sa
élégante, une bonne humeur inépuisable, rière, lorsqu'une rencontre avec Picot, chef folie fut-elle généreuse.
A peine hors de prison, apitoyé par la
malgré son air mélancolique, el une audace de division du pays d'Auge, dont nous al"ons
misère des chouans amnistiés, véritables
1. • Extrait des regislres di?. la paroisse Xotrc-Oamc
cicmcnts pour l'obligeante êrudition arec laquelle il Jétais en contcmpl~tion dc,·ant cet homm1: don! Jal"ais
de \ire : le 2 mars 1i80 a été baptisê un 1ils, nê di!
m'a guidt•,
ce jour du légitime mariage de Charle,• Frani;-ois•llari11
entendu lanl Je fois ,·a.nier le courage: Je ne pou tais
J,e Sénl•ca l se trompe sur certains points, mais son
Le Chenlil'r, comeiller, ,rardc•marteau de la maitrise
conci lier ce ton simple, modeste, distingm\ avec les
tCmoiguag:_e est précieux cependant et nous y aurons
des Eaux et Forêts de \'1re, et de dame \for1e-A11ne~
actes
de courage 11u'on lui allr1huail : il était nHu
queh1uefo1~ recours.
J1cquel inl'-Suzannr Dumont, son épouse. Xommt!
d'un habit noir, dans un costume correct, é!Cg:mt,
- • Le Che,·alicr ét11il memhre tri•s cl1êri d'une
Armanrl•Viclor por Armoud-1,ouis Oumonl de la' fto.
c1u·1.I était _bien _rare d~ 1·01r à c~lle époque .... li h'ait
famil_fe dont une partie habitait Tinchebray cl l'autre
rhclle, rcpré:.cntl· par dame l/aric-Suzanne•llenée du
en viron cmq pieds, crnq ou six pouces, mince mais
llcr111ères•lc-Patry,
à
un
kilomt!trc
de
ma
famille.
li
parfaitement proJlOrlionn,~. ,
llonthra.r, t•pouse de Philippè Dumo11L 1 conseiller ,
n'était pas de Jù_ur où nous ne \'Îs.sions quelque
ma.rraînê de l'enfanl. ,
3. Dillard de \'eaux, blémoire,, t. lJI , p. 21'.
membre
de
rt:Ue
lnmille
Le
Chc,·alicr.
Pour
aller
Je
2. Un écrirain normand, Charles Le Sénêetil, tlont
4. « A J'arTaire du Gast ,, dit La !)1colièrc. UiU.rd
~Ïn~hchray
chez
son
1
1arcul,
M.
de
la·
Hochcllc,
il
l•toit
de Veaux donne une autre \'Crsion :
nou~ aurous plus lard â citer les trm,·am, se soun••
md1spc11sable que Le t.:he,alicr Jlassàt dans noire pare :
nait d':noir ,u , t'lanl enl'ant, Le Chcn1licr, cl avnil
« En faisant une patrouille dans les em·irons du
r.'est
lâ,
qu'rtant
chez
mon
oncle,
je
l'ai
rencontré.
consigné ses imprc-.sions dan~ des noies mo.nuscritcs
haras du Pin, J,e Che,·alier plaça nonchalamment
J'ai
assisté
penrlant
une
demi.heure
il
une
conversa'!~·a liicn \Oulu me communiquer 31. BCuel, l'arcltison c,piugolc sou,s son liras; le eouj' partil el dixtion soutenue u ·ec le n,cilleur ton, cl fnoue que je
1·1stc ,ln Cah·ados, ii qui j'adrrs~e ici Ions m!'s rrnwr•
neuf balles lui bmt!rcnt l'l'paulc ,. il émoir~,, l. llf,
n'ai ril'll compris ni reLenu de cc 11m s·c~t dit, car p. 215.

�. - - 1l1STORJA
nable; le personnage qui surgi,saiL dans sa
parias dont les bandes affamées vivaient d'ex- d'autres faisaient le guet; on partageait jn~vie
répolldail si bien à l'idée qu'elle se faipédients ou d'aumônes, il prend à sa charge qu'au dernier sou l'argent du gouvernement,
sait d'un héros; il était si beau, si brave, si
en
ayant
soin
de
rèplaccr
dans
les
coffres
« les royalistes sans aveu de tous les partis,
généreux; il p:irlait avec tant de douceur et
les nourrit, les loge, le, entretient )) , tou- celui appartenant au, particuliers; quelques
de
politesse que Mme Acquet, pour qui ces
jours suivi d'une douzaine de ces parasites heures plus tard la bande rentrait à Caen el
qualité,
étaient rle surprenantes 11ouveaulés,
dont la troupe dépenaillée encombrait le c~fé les réunions bruyanl e; du café llervieux
l'aima,
dès
le oremier jour, « d'un amour
llcrvicux, où il tr.oait sa cour el où lraînaicnl, n'étaic1,t mèmc pas interrompues.
effréné:;&gt;&gt;. Elle s'associa à son existence avec
Ce
qui,
en
dépit
de
ces
équipées
que
peren outre, des maitres d'anglais, de mathéune ardeur qui excluait tout autre sentiment ,
matiques el d'escrime qu'il avait 11 sa solde sonne, d'ailleur~, ne jugeait dé,honorantes,
clic voulut être si bien à lui que, perdant
et dont il recevait. les leçons entre deux par- rend particulièrement attachante la figure de
Le Chevalier, c'est la douleur intime et pro- toute retenue, elle adopta son aventureuse
ties de pharaon.
fonde
qui assombrissait sa vie d'aventures. Il façon de vivre, se mêlant aux déclassés qui
Le Chevalier avait le cœur ardent, la bourse
entouraient son amant et fréquentant avec
toujours ouverte; il parlait facilement el a\'ait épousé en 1801 - à ,ingt el un ans,
eux les auberges et les cafés de Caen. Il était
« avec. le ton du barreau &gt;). li apportait à ses alors qu'il était détenu à C1en- une jeune
parvenu à se soustraire à la surveillance de
affections une sorte d'exaltation passionnée : fille un peu plus âgée que lui, Lucile Tliila police de Caen; il entreprenait secrètement
boust,
dont
le
père
avait
été
directeur
des
il apprit, en prison, la ~ort d'un de ses
des voyages à Paris éü il avait, disait-il, des
amis, Gilbert, guillotiné à Evreux, et, comme domaines!. Il lui fallait s'échapper de ~a
amis
dans l'entourage même de l'empereur;
1p1elqu'un le félicitait de sa prochaine mise prison pour passer qut']ques rares heure~
il
courait
les roules de ~ormandie, connu de
en l1berlt\, il répondait : - &lt;&lt; Ah l mon bon auprès de sa femme qu'il chérissait d'auta11t
tous les anciens chouans, causant avec eux
que
le
plus
souvent
son
amour
était
réduit
à
camarade ! Était-ce une lcLlre &lt;le félicitations
du bon temps où l'on faisait h guerre aux
q11'il fJllait m'écrire? Mon c1rur vons c,L-il s'exhaler en lettres brùlantes et non dénuées
131eus et ne cachant pas que, le jour où il
si peu connu et ne sa vrz-vous pas combic:i de littérature. C'est en prison qu'il apprit la
le
rnudrait, il n'aurait qu'à faire un signe
je chérissais Gilbert? Oui, le bonheur de mes naissance d'un fils né de celte intermittente
pour
voir se ranger autour de lui toute une
jours est i1 jamais détruit; rien ne peut union, et, huit jours plus tard, la mort d(• la
armée. li entretenait, au reste, une petite
femme
adoré(•
qui
l'a\'ait
rendu
père.
Son
remplir le vide de mon cœur .... J'ai vécu ....
troupe de gens déterminés qui portaient ses
Oh! bien trop! 0 devoirs divins de l'amitié cliagrin fut immense; il rn mit à aimer son
messages et composaient son état-major.
et de l'honneur, que mon cœur brûle de l'nfant de toutes les forces de son âme exalNombre d'indices ne permettent pas de
vous satisfaire! 0 moment de l'anéantisse- · tée, et, de œ jour, oo peut affirmer qu'il
ùouter que leur grande ressource était l'enn'eut
plus,
à
proprement
parler,
d'autre
ment ou de l'éternité, que vous me semblerez
li!vemcnl des fonds de l'lttal transportés par
doux 11uand je les aurai remplis! &gt;) Telle affection. îl avait vécu si vite qu'à vingt-trois
les voitures publiques, et c'est de ces butins
était la manière de Le Chevalier, et celle ans il était lassé de l'existence; sa seule
que s'alimentait la caisse du parti, le trésoatrectalion détonnai L singulièrement dans le préoccupation était l'asenir de son fil~ qu'il
rier Bureau de Placène étant depuis longavait
r.onfié
aux
soins
d'une
brarc
femme,
monde 011 il vivait; son opulence rclalive, sa
temps blasé sur la provenance des fonàs qu'il
nommée
Marie
Hamon
;
il
traçait,
pour
ce
générosité, un certain mystère qui planait
recevait. Certaines concordances de dates
bambin
au
maillot,
une
règle
de
conduite
sur sa vie lui donnaient, sur les chefs les
sont singulièrement probantes : ainsi, au
plus populaires, une sorte d'avantage : on « qu'il fuie la corruption, la séduction et
commencement de décembre 1805, d'Aché
savait qu'il rêvait de « projets gigantesques » toutes les passions hontruses et violenles;
est à Mandeville, chez Mont fiquel, ~i dénué
qu'il
soit
ami
comme
oo
l'étai!
dans
l'ancienne
et ses partisans le considéraient comme étant
d'argent ![HC ~fme de Combray, on l'a vu, lui
Grèce,
amant
comme
on
fut
dam
l'antique
de taille à accomplir de grandes choses.
envoie,
par Lanoi.!, huit Joui, d'or; cependant
En réalité, Le Chevalier dépensait sans Gaules .... ))
il
songe
à passer en Angleterre pour en rameAu rést1mé, ses exploits, sa captivité, se,
compter son patrimoine qui se trouva bientùt
ner les princes: une somme importante lui est
malheurs
intimes,
sa
faconde,
son
courage
et
singulièrement réduit' : la caisse du parti
nécessaire' pour Lli,poser son voyage el parer
dont un ancien officii.:r de Frotté, Bureau de sa belle prestance faisaient de Le Chevalier
aux
éventualités d'une si audacieuse tentative.
Placèoe, s'intitulait pompeusement le tréso- un héros de roman et voilà l'homme qu'Aclime
Acquet est instruit~ de la situation par
1·ie1· général, la caisse du parti était vide cl, quct de Férolles jugea bon de « décocher l&gt;
sa
mère
qu'elle est venue voir i, Donnay, et,
pour la remplir, des instructions 11 venues de à sa femme. Sam doute l'avait-il connu par
le 22 décembre 1805, la diligence de llouen
l'intermédiaire
de
quelqu'un
de
ses
anciens
haut 1), sans qu'on sîtt nettement de qui elles
à Paris est attaquée à la côte d' Authe\'ernes,
émanaient, recommandaient aux fidèles le compagnons de chouannerie; il le reçut à
distante de trois lieues seulement du chf,teau
pillage des caisses de l'Ùal. Le Chevalier, Donnay, lui prêta, pour se l'attacher. d'assez
de Tournebut. Les voyageurs remarquèrent
dont la manière de virre avait peu à peu fortes sommes que Le Chevalier distribuait
qu'un des brigands, vêtu d'un costume miliaussitôt
à
la
mcu
le
de
parasites
qui
ne
le
di\ten&lt;lu la surveillance de la police, en protaire, et que ses camarades appelaient le
quittait
pas~
:
Acquet
lui
fit
confidence
des
fitait pour faire de rapides absences. Certains
D1·agon, é1ait plus mince et plus actif que
al'aient remarqué que chacune de ses fugues projets &lt;le séparalion dont le menaçait sa
les
autres, si bien qu'on l'~ùt pris « pour
coïncidait ordinairement avec une arrestation femme et le pria d'user auprès d'elle de ~a
une
femme habillée en homme 0 l&gt;. La même
de diligence, chose fréquente en Normandie séduisante éloquence pour parl'enir à un
bande
opérait de nouveau, au même lieu, le
à celle époque el considérée par tout 1e parti arrangement amiable.
1
:-5
février
1806; ainsi que dans l'affaire préOn nun'luc de renseignements sur la
comme jeu de bonne guerre; la plupart
cédente,
elle
disparut, le coup foi t, si rapidu temps, d'ailleurs, l'exploit n'était pas façon dont s'acquitta de sa mission ce condement
qu'on
pensa bien qu'une maison des
de nature à éveiller grands scrupules, le ciliateur que, sans son mari, la pauvre
environs lui senait de retraite; les soupçons
femme
n'aurait
jamais
connu.
Elle
s'était
conducteur de la voiture, et souvent aussi
se portèrent sur le chàlcau de ~lusscgros 7 ,
son escorte, étant de complicité avec les donnée, autant par inexpérience que par
situé à trois lieues d'Autheverncs; uni ne
chouans; on tirait seulement quelques coups surprise, à un homme qui, pendant cinq am,
songea alors à Tournebut, dont les maitres
de fusil ou de pistolet pour simuler un com- l'avait martyrisée; elle vivait à Falaise dans
élaicnl absents depuis sept mois. C'est en
uo
isolement
dont
s'accommodaient
mal
son
bat; les uns ouvraient les caisses, tandis que
besoin de tendresse et sa nature imprcs~ion- Réal, 11 octobre 1807. Arrhives nationales. I" Still.
l. \'oici, eslimé par lui-m~rnc, à quoi se réduisait
sa fortune vers 180~ : une maison i, Caen, érnluéc
.t0.000 francs, ltnc petite ferme et un bois dans les
cnvil'ons dt! \'ire, evalués '.!5.000 francs. l'l'éanccs certaines 50.000 t'rancs . .lrcl11vcs nationales F1 81 i:!.
'l!. Renseignements particuliers.

;;. llcmcigncmcnls particuliers
4. « li. Acquet me prèla 2.400 francs que je lui
3i reudus, il y a quatre à ci1u1 mois. ~ lrllrc tic L,·
Chevalier à Réal. Archives uallonalcs, F' 8171.
5. Lettre du préfet ,le la Seine-inférieure à

ü. Dèclaralion du sieur llurgaull, propriélai1·~, tl,••
meuranl à Paris, rue de la Pa,~, n" 14..\rchi\'CS 11a•
Lionalcs. F 817':l.
7. Hècapilulalion ril's faits qui sr licnl au procès ,les
,lames Combray. Archives nalioualcs, F1 8170.

"-------------mars, seulrmcnt, qu'y revint Mme de Combray, cl c';sl, en a1Ti! qnc .d'Aché, copieusrmcnl leste cl argent, se décidait à franchir Je
détroit pour porter aux princes les ,·œux de
leurs fiJèlet provinces de l'Ouest.

T OU1t,'N'E'BUT

--,

Depuis qu'il hahilait .Mandeville d'Aché
n'avait pas perdu son temps. C'6tait une
entreprise délicate que d'orrraniser dans les
co?di1ions où il se trouvait, un' passsage
oflrant quelques chances de réussite. L'embarquement était relativement aisé et David
~'/i'.t1'ipùle se chargeait d'y pourroir; mais
11 importait suriout d'assurer le retour 1 et
l'abo_rdage cland1:s1in de la. côte frança ise,
garme de patrouilles, sillonnée jour et nuit
par les douaniers et gardée par des sentinc~lcs sur Lous les points où un ba,lcau pouYa1t approcher du rivage, présentait des difficultés presque insurmontables. D'Aché fit
choix d'une petite crique, au pied des rochers de Sainte-Honorine, à deux lieues à
peine de Trévières. David, qui connaissait
lo~s les côtiers de la région, acheta à bon
prix la complicité d'une des virrics chargées
de la surveillance de la mer~. On coo\'int
avec cet h?mme d'~n système de signaux qui
permettraient de n aborder qu'en cas d'absolue sécurité.
C'est par une nuit de tempête à la fin
d'avril 1806, que d'Aché prit la m~r dans un
canot de dix-sept pieds de long que dirirteait
0
seul David l'Jntrépùle. Après cinqu antc
heures de traversée, ils abordèrent en Angleterre cl David regagna aussiLôt le larrre
tandis que d'Aché se meltait en roule p~u;
Londres.
On s'imagine aisément quelles devaient èlre
les impressions de c~s fanatiques de la royauté
lorsqu ils_ approc?a1en~ de ces princes pour
lesquels 11s se del'Oua1cnt depuis tant d'années; traqués sur la terre de France et
poursuivis comme des malfaiteurs ils se fi,,.u.
•
'
0
r?•e~t trournr a Londres l'accueil l[UC mér1~a1t l~u~ héroù!u_e fidélité : ils se prépara1en L a ctre trrutes en fils par le roi en
amis par les princes, en chefs par les ~migrés qui allendaieol impatiemment, a1ant de
rentrer en France, qu'on la leur eût reconquise .... La déception était cruelle: ce monde
&lt;le l'émigration, que ses malheurs et son
incommensurable vanité rendaient si facile à
duper, avait été victime de tant de faux
chouans, d'espions déguisés ou de simples
csc.rocs, tous apportant des plans de reslauralron, se les faisant payer et s'esquivant
pour ne plus reparaitre, que la méfiance à la
lin, avait pris la place de celte assu;ance
can.dide d~s premiers lemps : tout Français,
arrivant a Londres, é1ait considéré comme
un aventurier el, autant qu'on peut lire dans
une histoire ferm~c, - car ceux qui ten-

tr1:e?L l'expérience d'une ,·isile aux princes
rx,lcs ont rcspecluensrmcnt fait silence sur
leur déconvrnuc, - il semble Lien qu'un
rapprochement avec l'émigration réserrnit
aux royafülcs mililanls de terribles déboires.
D'Aché 1ù\chappa point à celle désillusion,
cl, quoiqu'il fùl resté muet sur les incidents
de son séjou r à Londres, on sut qu'il y aYaiL
ét6, &lt;lès !'ab?rd, mis en prison et q~e, &lt;l,·
deux mois, 1l ne put parvenir à approcl1cr
le comte d'Artois et moins encore le roi
exilé.
M. de la Châpelle, qui était alors le personnage inOueot de la petite cour d'llarlwel,
!e fit corn paraitre, le questionna sur ses proJel.s, s'~ppos~ à cc qu'il fùt reçu par les
prmccs , mais le mit en rapport avec les
minis~.rP~ du roi George; tout individu apportant l 1dcc de quelque macbioalion contre le
gournrnemen~ de Napoléon élait toujours,
chez ces dcrmcrs, bien venu et écout1\.
Après trois semaiues de ronférences on
arrêta, pour le printemps de 1807, un' débarquement qu'appuierait une levée générale
des paysans de l'Ouest. L'attaque simulée de
Porl-&lt;;n-Ilessin permellrai l de s'emparer, par
surprise, des îles Tabitou et Saint-Marcouf
ainsi que de Port-Bail, sur la côte occideo~
tale du Cotentin; la destruction de, chaussres
qui défe?dent la partie basse de la péninsule
assurerait le succès de l'entreprise en isolant
Cherbourg, pris à revers el enlevé sans résistance possible. Le corps d'inrnsion, concentré
sous les forts de la ville, ayant là une retrai.e
assurée, descendrait par Carentan sur SainlLô et sur Caen à la rencontre de l'armée de
paysans et de réfractaires dont d'Aché ,,.arantissait le concours; il se faisait fort de ~éuoir
vingt mille hommes; le gouvernement anglais en offrait tout autant en soldats russes
et suédoi~ q11'il se chargeait de transporter
sur les cotes de France; en altendant afin
de parer aux dépenses que ofo:issiteraie~l ces
préparatifs, un « crédit illimité &gt;&gt; était ouvert
11 d'Aché sur le banquier Nourry de Caen•.
~on séjour à Londres dura près de trois
mois; vers la fin de juillet, une fré"ale anglaise le ramenait à la station de l'amiral
Saumarez qui le reçut avec de 0 -rands é"ards
0
et fit appareiller, pour Je cond;irc à la côte
un brick de quatorze canons. Quand oo fut'
la nuit, il quelques portées de fusil du rivarr~
&lt;le Saint-Honorine, d'Aché exécuta lui-mê~c
les signaux convenus auxquels la Yirtie
de
0
terre ne tarda pas à répondre. Une heure
après: le canot_ de David rtnt1'épùle accost:iiL
1~ br,?k. a~gla1s et, avant le lever du jour,
d A.die cla1 l rentré à ,1aodeville cl faisait
1:artager à ses Mies la joie que lui causait
l ~eureux succès de son ,·oyage. EL, tout de
smte, on fit des projets : on décida, sur-lechamp, que le chàteau des Monfiqncl seni-

rai! d'~sil~ au roi durant les premiers jour~
qm smvra1enl le débarquement 1 • Huit mois
devaient s'éconler a\'ant l'entr,:e en campag:ne
tL cc temps suffisail à d'Aché, l'argent ~ne
manquant_ pas. pour préparer ses opérations.
com·1en~ de dire tout de suile que le
cabmet anglais, en spéculant sur le fanatisme
de d'Aché comme jadis sur celui de Gcorrres
0
Cadoudal c~. de ta!1t d'autres, n'était point du
tout &lt;l:i.ns 1111 Len llon de tenir ses promesses;
sa poli~ir1ue h~ineuse contre Napoléon lui
suggérait celle rnfamie de stimuler les naïfs
~oy_alisl.cs de France par des espérances qu'il
cla1t Lien .déterminé à ne pas réaliser; il les
ab~ndonna1l lorsqu '.i1 les voyait engagés au
P?•~l de ne pouvoir reculer, peu soucieux,
&lt;l a11leurs, de les pouss(•r à l'échafaud et désire~x seulement d'entretenir en France des
a~1taleurs et de les acculer à une situation
désespérée, dans le but de susciter parmi
eux quelque assassin qui débarrasserait Je
monde de Bonaparte. Sans doute est-ce là
un.e. d:s caus~s de l'obslinalion des princes
exiles a ne pomt encourarrcr les tentatives de
leurs partisans; connaissai~nt-ils le piè"e tendu
à la loyauté de ces malheureux? ~•~saicnlils les mcllre en garde dans la crainte de
~'aliéner le ?ouvcrnement anglais? Papienl1ls de ce prix le loyer d'llarlwel? Cette histoire des intrigues qui se jouaient autour du
prétendant est pleine de mystères ceux qui
y furent mêlés, tels que Fauch;-Ilorel ou
!lydc de Neuville s'y perdaient eux-mèm13,, et
1I fal_Iut le grand jour de la Restauration pour
ou vr1.r les yeux des principaux intéressés sur
certams dél'Ouemenls qui se trouvèrent
n'avoir été que des trahisons.
En ce qui concerne d'Aché, il semble bien
certain qu} ne reçut des princes aucune prom~sse, qu il ne fut mrmc pas admis en leur
~res~o_ce et ,que les ministres ao3lais, seuls,
l exc1lerent a se lancer dans l'extraordinaire
aventure 011 ils avaient bien l'intention de 1
1a,sser
·
· Ainsi le crédit illimité ouverte
périr.
chez le ba_nquier l\'ourry n'était qu'un leurre:
t?ut en laissant croi~c _aux conspirateur, que
1argent ne leur Îèra1t pmais défaut on lin1 •_
. d'avance ce crédit à ::;0.000 francs
'
i
Lait
l
cet_te duplicité indigna jusqu'aux policic:s
qui, plus Lard, eo eurent la révélation.
li n'est point facile de suivre d'Aché da
' ns
le_ trava,·1 occu.Ile qu'il entreprenait : il appor~ail tant. de so'.~s et de précautions à échapper
a la rI'.c~ q~ 11 ~• du_ mGn~e coup, dépisté la
posterite . c est a peme s1 qudques jalons
pe1:mette~t de . suivre sa trace pendant les
~ro1S annees .cim marquèrent l'apogée de son
etonnante existence.
On le trourc d'ahord, pendant l'automne
de 1806, à ,la Bijude où Mme &lt;le Combray
restée à Tournebut, av:ût charoé llonnœil ~
Mme ,\cquet d'aller le recevoi~. li s'agissa~t

1. ~ lin jour jr. l_ui faisais ous,·n·cr qu'en drsccn
da.nt a lcrn• 11 aurait pu l'ire arrèté; mais il m'appr,~ al_ors quïl ne. courait aucun risque, parce ,1uïl
av~,t . a lu, ses ~,gnaux, cl par là il e11lcudail celui
11_111 signale sm· la_ &lt;'Ôle. Il s'embarquait à cl,rnx petites
lieues de :lande , die : . c'élnil Joui près tf,, là que rn
l~ouva,l ! 1111lmdu r1111 lui faisait des sin-11aux en
rq,ons.. a ceux qur Oeslorii•rcs faisait av~nt tl~ dübarqucr. - D. - M. [kslurières vous a-t-il dit corn-

bicn il lui en. avait co_ùlé pour gagner la vigie? _
Il; - li ne ma p~s ~les1gné la somme. mais il m·a
d1l que cela l 111 coula, l cher. »
l11lcl'rog,_,1oirc clc Guillaume. dit Lanoë, j fdnicr
l8~8. Archl\·es cl!-' grelfedc la Cour d'assises ,le Jloucn.
t .. lnterro,:a101rc oie llme de Combray ~ aoùt 1807
Al'~lll\'es ,lu g-rcfl'c de la Cour d'assises Je llouen. ·
,,. « m!!c Acgucl se rappelle que lorsqu'elle vil
~[. Dcslor,erns, il y a un an, à Donna~, il fui apprit

~u.c .le_ g-ouvcrncmcnt. anglais lui avait donné crécliJ
1ll11mlc sur un banquier de Caen. ,, Déclamt i 011 I
,l!nll' Acquel, 9 octol,rc IR07.
&lt;P
4 . ."· 1.a mai~c,n des )l.onlfiqucl avait éh; tlcsli1111 •
rcce1011· le 1·01, s'il cla1 l débarqué incou•uilo
P. a
qu'elle était le centre des habitudes cf,, Uc-lo' ynrce
on complait aussi sm ll. de Cantclou ~ichc' ricrP;~:
lai~c des environs de llareux. » Dfrlarapropr1&lt;•·
,lf,11e A,·quet, 20 déccmb,·è J807
ion de

l!

�r--

T OUJ?.NEBUT

111ST0'/{1.ll

de Jui procurer un porteur d'ordres rompu
aux habitudes et aux dangers de la Chouannerie. Mme Acquet avait proposé, pour remplir ces îooctions, un AllcmanJ nomméFlierlé 1
que Le Chevalier recommandait. Flicrlé s'était
distingué dans la Chouannerie; spadassin
émérite, il avait éLé mêlé à tous les complots.
Venu à Paris à l'époque du 18 frncridor, il y
avait reparu au moment où Saint-Héjant préparait sa macbin'e infernale; il I sPjourna de
nouveau pendant trois mois lors de la conspiration de Georges. Depuis deux ans il vivait,
en attendant quelque nouvel engagemt'nt,
d'une' petite pension sur la caisse royale el,
quand les fonds manquaient, il se faisait h'!!Jerger par se!:&lt; anciens compagnons plus fortunés, rôdant de Caen à Falaise, de Morlain à
llaveux ou à Saint-Lô, pous5:ant même ses
exèursions jusque dans la Mayenne'. Bien
qu'il ne l'eùt pas avoué, on peut affirmer
qu'il élait un des hommes employés ordinairer:pent aux alla4ues des voitures publiques :
c'était en ce genre un professionnel: on l'appelait le Teisch '.
Convoqué à la Bijude, il s'y présenta un
matin de la fin d'octobre; le soir du mème
jour, tandis qu'on était à table, d'Aché arriva
à son tour; on causa, - assez ,,aguement
du grand projet, - mais beaucoup des anciens camarades de la Chouannerie; malgré
son accent tudesque des plus prononcés,
Flierlé, sur ce sujet, était intarissable. D'Aché
el lui couchèrent dans la même chambre et
cette intimité dura deux jours pleins, au bout
desquels on convint que Flierlé serait employé, en qualité de courrier, aux gages de
cinquante écus par mois. Cette nuit-là, Lanot
conduisit d'Aché jusqu'à deux lieues de la
Bijude et le mil sur la route d'Argentan ·~ .
Ici, nouveau jalon: le 26 novembre, J'inspecleur de police Veyrat informe eu loule
bâte Desmarets que d'Aché, tant cherché
depuis deux ans, a débarqué la veille à Paris,
descendant de la diligence de Rennes avec un
nommé Durand "· Celui-ci, laissant sa malle
au bureau, s'é1ait logé dans un hôtel de la
rue Montmarlre, d'oti il élait parti, lf' matin
mème, pour Boulogne. c&lt; Quant à d'Aché,
écrivait Veyrat, il n'avait ni malle ni paquet
el il a disparu dès qu'il fut descendu de voiture; les recherches que l'on a faites aux
1. FlicrlC Ctait nC à l,eibs\adl, dans le duché de
~eu bourg, en~A!lemagnc. 11 a\·ail_quaranle ans en 1808.
'2. Les rl!vêlations de Flierlê fournissent des indicalîons prècic~ses _sur , I? sort de~ anciens. chouans
pendant la pénodc 1m~er1ale: vo1c1 un extra1l de ces
1 nter;ogaloires: « D. Etiez-vous pay~ _exaclemenl? R. Oui, exactement.. - D. Y ava1t-1l beaucoup de
monde payé comme \·ous? - R. Nous pouvions ètre
une cinquantaine, parce qu'on ne pcnsio1mait que les
chouans qui avaient ètC orficiers. On donnait se ulement des secuur3 aux simples soldat s qui Ctaicnl dans
le besoin, on ,•n logeait même dans les maisons particu lières et on p!lyait leui· nourriture. On en plaçait
aussi comme domestiques chez les Jlarliculicrs riches. ti
Archives du grcll'c de la Cour d'assises de Rouen.
3. Le /Jeutslt (l'Allcmand ).
4. , En le reconduisant suz· la route pour le mcl\rc
dans le chemin de Paris, il me tlil qu'il a\'ail étC eu
Angleterre pour se concerter avec M. de la Chapelle;
que, 5il pom.·3it lui être utile, il le? fera it , mais qu'il
n'y ,·oyait pas encore bien clair. , lnterrogat~ire de
(;uillaume, dit Lanoë, 2 septembre 1808. 1\rclmcs du
~relfe de la Cour d'assises de Rouen.
~1. On s'ap('l'~·ut que cc llu1·nud Ctait un placide

maisons garnies et hôtels du voisinage n'ont
rien produit. l&gt; Desmarets mit en campagne
ses meilleurs agents; mais tout fut inutile :
d'1ché resta introuvable.
Il était à Tournebut 6 où il demeura un
mois. Il est probable que cc passage à Paris
cl ce séjour chez !!me de Combray étaient
motivés par un pressant besoin d'argent: :1
cette date, d'Acbé avait épuisé le crédit ou vert
chez le banquier Nourryi croyant la source
intarissable, il l'avait exploitée largement7;
sa déception fut cruelle quand on l'avisa que
sou compt~ était définitivement clos. li se
trou\'aÎt de ~uveau sans argent, et, par une
coïncidence u'il faut bien signaler, tandis
qu'il séjourn, il à Tournebut, eu ce mois de
novembrf' 1806, la diligence de Paris à Rouen
fut dévalisée au Moulin de ~louflaiues•, à
quelque cent mètres d'Authevernes où avaient
eu lieu les précédentes attaques. Cette fois le
butin lut JDédiocre; quand d'Aché reprit le
chemin de Man4eville, il n'avait que six cents
francs pour toute ressource 9 •
Il dut passer l'hiver dans une oisiveté tor•
turante: nul ipdice de ses agissements jus•
qu'en février 1807 . Le temps des grauds événements était proche, et il était urgent de les
annoncer. Il s'arrêta à l'idée d'un manireste
qui devait être répandu à profusion dans
tau te la province, et ne laissa à personne le
soin de le rédiger; celte proclamation, faite
au nom des princes, stipulait l'amnistie générale, la conservation des autorité~, la modifi- •
cation des impôts et l'abolition de la con•
scription ,q_ Lanoë, mandé à :Mandeville, reçut
dix louis et le manuscrit de ce manifeste avec
ordre de le faire imprimer aussi secrètement
que possible 11 • Le madré :Normand promit,
glissa le papier dans la doublure de son habit et, après une tentative infructueuse - et
probablement assez molle - auprès d'un
apprenti typGgraphe de Falaise, il le remit à
Flierlé, avec toutes les recommandations de
prudence, mais en y joignant cinq louis seulement 11 • Flierlé s'adressa à un libraire de la
Froide-Rue à Caen; celui-ci, .iprès avoîr pris
connaissance du tex te, refusa son concours.
Ici se place un incident dont il est dirücile
de démêler l'importance, qui semble avoir
été considérable, cependant, à en juger par
le mystère dont il resta entouré. Soit qu'il

eût reçu quelque communication urgente
d'Angleterre, soit, plutàt, que, dans son dé- .
nuement, il eût pensé à réclamer l'assistance
de ses amis de Tournebut, d' Aché expédia en
hâle Flierlé il !!me de Combray et lui remit
deux lettres en lui recommandant la plus
extrême discrétion. Flierlé partit de Caen à
cheval, le 15 mars au matin. Le lendemain,
à l'aube, il arrivait à Rouen, et, tout de
suite, il se rendait rue de l'Hôpital, chez une
modiste, la dame Lambert, à laquelle était
adressé un des billets dont il était porteur .
« - Je le lui remis, dit•il, sur son escalier,
sans lui parler, parce qu'on m'en avait donné
l'ordre, et je partis dans la matinée même
pour Tournebut où j'arrivai entre deux et
trois heures. Je donnai l'autre lettre à
lime de Combray qui la jeta au feu après
l'avoir lue 1::. . )J
Flierlé coucha au chàteau; le lendemain,
Bonnœil le conduisit à Louviers et lui confia
là un paquet de lettres à l'adresse de d' Aché.
Tous deux se dirigèrent ensemble sur Rouen,
et !'Allemand prit, rue de !'Hôpital, « la
réponse de la marchande de modes qui la lui
remit elle-mème sans dire un mot 14 ». Puis
il poursuivit aussitôt son voyagP: le 20 mars,
au soir, il était de retour à Mandeville et
déposait le précieux courrier entre les mains
de d'Aché . A peine celui-ci en eut-il pris connaissance qu'il expédia à David l'ordre d'appareiller son canot et, sans perdre un moment, les lettres venues de Rouen furent
portées en mer aux stationnaires anglais pour
être ùe suite envoyées à Londres"'·
On ignora toujours ce que contenaient ces
mystérieuses dépêches et, sur ce point, l'enquète fut réduite aux suppositions. On prétendit que d'Aché avait adressé à Mme de
Comhray le manifeste et qu'une imprimerie
clandestine fonctionnait dans les caves de
Tournebut; on assura, d'autre part, que
Bonnœil était rentré, \·ers le {5 mars, d'un
voyage à Paris et en av!lit rapporté, pour la
faire passer par Mande,,ille, la corre~pondance d'un comité royaliste secret;, l'adresse
du cabinet anglais Hi_ D'Aché. certainement,
attachait une importance extrême à cette
expédition qui devait, selon lui, décider d·uu
emoi immédiat de fonds et hàter les préparatifs de la descente à l'ile Tahitou. Mais les

voyageur qui ignorait le nom et !la personnalité de

me parler. Il me remit un manif~s\e pour le !~ire
imprimer: !l annon\·ail au~ Fran!_;m S qu~ les anc1l'ns
princes allaient rentrer; qu ils co11~ervcra1enl les autorités, que les prop~iét~s ser~i~nt respecté.es et que
cllacun cùt à se lemr L1ei1 pa1s1blc chez soi. 1&gt; Interrogatoire de Guillaume dit Lauoë, 5 février 1808.
..\1·chivcs du grctfc clc la Cour d'as~i~cs de Rouen.
·l'L « Lanui; me dit qu'ayant élll chargé par ~I. Dcslorîèrcs de faire imprimer la proclamation, cl n'aymL
pu trouver dïmpr1meur qui \'uulùl le faire, il m:,
priait de voir si je ierais plus heureux que lui cl qu•i1
me remeLtrail les cinq louis que lui avait donnés
M. Deslorièrcs. - B. M. Oeslorièrc~ lui en an1il
donné di:t: ne vous le dit-il p~s? - R. li ne m'en
parla pas. o Interrogatoire de Flicr\C, 16 janvif'r 1~08.
.\ rchivcs du grell'e de la Cour cl'asmes de lloucn .
15. Archives nationales, ~-; Nlï2.
1i. interrogatoire de Flicrli·, 15 ja11\'Îcr ISO!l.
Archives du greffe de la Cour 1l'assiscs de Rouen.
1:,. Dêclaration de (;uilbcrt, huissier ii TréviCrcs.
11 janvier 1808. Al'cl1i1'CS du Greffe de kl Cour t!'as•
sises cle Rouen.
-l(i. ;füpport du 11rHet de la Seine-I nférieure.
Archi\·es natiom1\es, F7 817~.

d'Ache: il n'ét:tit monté 11u'à Laval dans la diligence

oll d·Aché se trouvait dCjà. Archives I rn1lionalcs,
F7 0397.
6. « Il est tombé comme une bombe .... Il a passé
un mois chez moi, il y a environ ucuf mois; mais cc
u'est pas de Donnay qu'il venait, je ne sais cl'oil. »
lulerrogatoirc de l\lme de t:ombray, 2 aoùt 1801.
Archives du greffe de la Cour ,rassises de Rouen.
1. Une grande partie de cel argent 3\'ait élé
emoyée dans les environs de Roue11. Rappo1'l du
préfet de la Seine-Inférieure. Âl'chives nationales,
F'Ml72.

8. Le 30 novembrn 1806 . Récapilulation des faib
qui se lient au procès des dames Combrav. Al'chi,·es
nalionales, P 8170.
"
!). Mme de Combray affirma lui aroir prêté ccLlr
somme. Archi\·c~ du greffe de la Colll' d'assi~cs &lt;l.:
Rouen.
IO. l)(•daratious de lime Acqurt de Férolles, cl
rapport du préfet de la Seinc-lnrêrieurc, déjâ cité.
11. • Au mois de fo\'l'ier de 1'011 dernier, et \'ers la
moitié, 11. Dcslorières m'ècri,,iL par la poste il Donnai·
et me dit tic me rendre oit il éla il parce qu'i l ,,ou lait

.

•

jours se passèrent et aucune réponse ne par- aux brigandages dont le produit devait lui
en règle; sur quoi, Le Chevalier, prenant
vint. Dans l"angoisse de l'inc.ertitude et de revenir sans danger 3 » ; cette accusation rél'avantage, le traita &lt;l d'agent des Anglais ))
l'attente, il pensa à se rapprocher de Le pond mal à la loyauté chevaleresque de sou
et, posant ses pistolets sur la table, « l'invita
Chevalier qu ïl ne connaissait que par sa caractère : il nous semble plus probable qu'à
à se brûler immédiatement la cervelle 4 n. On
réputation d'homme adroit et résolu; l'entre- l'un de ses voyages à Paris, il était tombé
se calma pourtant de part el d'autre et chavue eut lieu à Trévières vers le milieu
cun exposa ses moyens d'action : Le
d'avril 1807. Le Chevalier avait amené
Chevalier connaissait la plupart des
un de ses aides de camp. D'Aché s'y
ebouans de Normandie, soit pour avoir
présenta seul.
combattu en leur compagnie, soit parce
Le_nom de ces deux hommes est si
qu'il s'était lié avec eux dans les difféignoré, ils tiennent dans l'histoire une
rentes prisons de Caen ou d'Évreux oli
si humble place qu'on a peine à se
il arait sPjourné. Il se chargeait donc
figurer, maintenant qu'on connait le
des enrôlements et de la conduite de
piteux avortement de leurs rêves, coml'armée dont il déléguerait le commanment, sans ridicule, ils pouvaient imadement à deux hommes qui lui étaient
giner que de leur rencontre sortirait
tout dé\'Oués. Le nom de l'un ne fut
un résultat quelconque. !lais l'atmopas publié : c'était, dit-on, un ancien
sphère dans laquelle ils se mouvaient
chef d"état-major de Charette ; l'autre
leur créait à tous deux une puissance :
étail fameux dans toute la Chouanned'Aché était - ou croyait être - le
rie, sous Je pseudonyme du général
porte-parole du roi exilé; quant à Le
Antonio: il s'appelait Allain et, depuis
Chevalier, - soit gloriole, soit créduLrn IX, travaillait a\'eC Le Che\'alÎL'f.
lité, - il se targuait d'une immeme
Celui-ci assurait, d'ailleurs, Je conpopularité dans le monde de la Chouancours de son ami, ~r. de Grimant, dinerie et parlait, avec mystère, du co•
recteur du haras d'Argentan, qui fourmité roialiste qui, fontionnant à Paris,
nirait à l'armée des princes la cavalerie
était parvenu, disait-il, à rallier à la
nécessaire; il offrait, en outre, de se
cause du prétendant des hommes consirendre à Paris ci pour le grand coup 5 n
dérables de l'entourage rllême de l'emet
se faisait fort, à l'aide de certaines
pereur.
L'HÔTEL DE CmmRAY, DANS LA RUE DU TRIPOT, A FALAISE.
complicités Il, de « s'emparer de la
Depuis qu'il était l'amant adoré de
(ÉTAT ACTUEL.)
trésorerie impériale 1&gt;. D'Aché, de son
!lmc Acquet, les stations de Le Chevalier
càté,
irait en Angleterre chercher le
au cal'é llervieux étaient devenues plus
roi, présiderait au débarquement el
rares; ses parasites s'étaient dispersés, et Lien dans le piège _tendu par l'espion Perlet C[Ui,
guiderait, à tra,·ers la Normandie insurgée,
qu'il eùt conservé sa maison de la rue Saint- payé par les prmces comme chef d'une acrence
l'armée suédo•russe jusqu'aux portes de la
J
•
•
Sauveur, à Caen, il passait 1a plus rrrande par- uc renseignements, vendait à Fouché leur
capitale.
. de son temps soit à Falaise, soit• à la Bij ude
lte
correspondance et livrait à la police les royaLa besogne ainsi distribuée, les deux 11001qu'habitait alternativement son ardente mai'- listes qui la lui apportaient. Ce Perlet avait
mes se &lt;Juittèrent alliés, mais non amis :
tresse. La police du comte Caffarelli, préfet ima_giné, comme appât pour son trébuchet,
d'Aché s'était trouvé olfonsé des prétentions
du Calvados, s'était déshabituée de le sur- l'e.ustence d'un comité de puissants personde Le Chevalier; celui-ci, en rentrant chez
1
veiller; mème il avait obtenu un passeport nages qu'il se vanlait d'avoir amenés à la
pour Paris, où il se rendait fréquemmenl. Il cause rOj'ale, et sans doute Le Chevalier fut-il Mme Acquet, ne cacha pas qu'à sou idée
d'Aché n'était &lt;! qu'un vulgaire intrigant et
en revenait toujours plus confiant, et dans le l'une de ses trop nombreuses victimes. Quoi
un agent de l'Angleterre &gt;&gt; 7•
petit groupe où il vivait à Falaise, et qui se qu'il en soit, il tirait vanité de ses hautes
Restait la question d'argent qui, pour le
composait de Dusaussay, son cousin, de compromissions, et c'est en égal, presque en
moment,
primait toutes les autres; on était
Beaurepaire et de Desmontis, deux cama- t!mule, qu'il se présenta chez d'Aché.
bien
tombé
d'acco!d sur la nécessité de piller
rades de la Chouannerie, de Révérend, ancien
La conférence fut, d'abord, plus que les caisses de l'Etat en attendant l'arrivée
chirurgien à l'armée de Frotté, et de Me Le- froide; ces deux hommes, si différents de
lehvre, le notaire de la famille de Combray, façon et de nature, aspiraient tous deux à un des subsides d'Anglelerre i m;iis ni d'Acbé
ni Le Chevalier ne s'étaient ici formellemen~
il ne tarissait pas en confidences sur ce fa- grand ràl~ et se jalousaient instinctivement;
meux comité secret et sur l'imminence de la leurs sentiments personnels même les divi- prononcés : chacun d'eux voulait laisser à
restauration; la révolution qui l'amènerait saient : l'un était l'amant de !!me Acquet de l'autre la responsabilité du vol; ils se la rejedevait, à l'en croire, être Lrès pacifique: Férolles, l'autre était l'ami de Mme de Com- tèrent plus tard obstinément : l'un asmrant
Bonaparte, fait prisonnier par deux de ses bray, et celle-ci blâmait fort l'inconduite de que d'Aché, lui-mème, avait, au nom du roi
généraux, disposant chacun d"uu corps de sa tille à qui elle avait signifié de ne plus donné l'ordre d'arrêter les voitures publiques~
40.000 hommes, serait expédié aux Anglais reparaitre à Tournebut. Le Chevalier, après l'autre reniant Le Chevalier et l'accusant d'a:
et lremplacé C( par une régence dont on choj- les politesses d'usage, se rt!fusa à poursuil're voir compromis la cause en employant de
sirait les membres parmi les sénateurs sur l'entretien avant d'être fixé sur la nature des tels moyens. Le débat est de peu d'intérêt·
lesquels ou pouvait compter' ». On rappel- pouvoirs conférés par le roi à son interlocu- l'argent manquait, et non seulement la caiss~
lerait alors le comte d'Artois - ou sou fils teur et sur l'autorité dont il était investi. Or, royali~te éta_il vide, m1is, ce qui était bien
le duc de Berry - qui prendrait possession de po~voirs écrits, d'Aché n'en al'ait jamais plus immédiatement gra\'e, Le Chevalier et
du royaume en qualité de lieutenant-général. eus ; 11 se retrancha, avec arrogance, sur ce ses amis se trouvaient sans ressources. A
Le Chevalier ajoutait-il foi à ces utopies? que la confiance que les princes lui témoi- force de mener large vie et de se sacrifier
On a dit qu'en les propageant cc il ne cher- gnaient da lait des premiers jours de la Révo- pour le parli, il avait totalement dissipé sa
chait qu'à enivrer les gens pour les exciter lution et qu'il attendait d'eux une commission fortune el il était couvert de ~elles: l'avoué
Vanier, chargé de ses aITaircs d'intérèts, pcr-

1. En auûl 1 806. Archh·es nationales, F 7, 8110.
2. _Interrogatoire de 1,el'eb\·re, 9 janvier 1808.
Arcluvcs du greffe de la Cour d'assises de l\oucn .
. 5. Note épinglée à l'inlcnogatoirr &lt;lu notaire LclPIJrr(' . Archives nationales, F 7 8171.

~- Rapp_ort du prérel de la Scinc•Inféricurc. Arcluves nationales, P l'!l12.
~. Lellre de Héal au préfel clu Calvados. Archires
n3tionalcs, F 7 81 ~O.
6. Entre auli·es celle de l'adjurlaul-gén6ral La11-

tom·:lf~hc~,. co~patriote Je Le &lt;:hcralier cl que
cclu1-c1 d1sa1t cln~ sun ami. Arcltil'Cs national ,5
F 7 817J.
c,
_7. lntcrrogatoi 1·e de Flicrlé, 15 janvier ·18œ. Arcl11res du greffe de la Cour tt'assi~cs df' Bolll'H.

�. - - 1t1STO'R.1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
dait la tête sous l'avalanche de traites, de
protèts, dr billets impayés qui tombait sur
son étude 1• Le notaire LcfoLvre, gros homme
viveur et sensuel, n'était pas mieux en fonds
et mettait sur le compte du gouvernement la
débàcle de ses affaires qui n'avait d'autre
cause que son désordre.
Quant à Le Cbe\'alier luimême, il attribuait, non
sans raisons, sa .ruine à son
désintéressement et à son
dévouement pour la came
royale, cc qui lui était une
excuse pour le passé et aussi
pour l'avenir. Hme Acquet,
qui l'admirait aveuglément,
avait donné jusqu'à son dernier louis poursubrenir aux
coùteuscs libéralités de son
amant. li reste d'elle des
billets touchants qui montrent à quel point elle lui
était attachée :

sion de deux mille francs, sans pouvoir disposer des biens de l'hérilage palrrnel. Et
voilà qu'un soir, seule à Fnlaise avec Lanoë,
à l'bôtcl de Combray, rue du Tripot, dont
l'un des corps de logis avait été loué au rece•
vcur des finances, elle entendit, à travers le

Yoili1 la lcltrc de Mme Blin
(une créancière), &lt;1uc je vous
emoie; loute m.i peine est de

cabriolet, elle revinl à la charge et lui remit,
enveloppr dans du colon, un_morceau de circ
jaune en lui ordonnanL d'aller, dès qu'ils
seraient rue du Tripot, prendre l'empreinte
de la serrure du rece,·eur. Lanoë s'en défendit, alléguant c&lt; que c'était la maison de
Il. Timoléon el qu'il pourrait en arriver it celui-ci du
désag"émcnt ~ D, Mais elle
insista. - &lt;&lt; Je veux l'empreinte, dit-elle; je ne vous
dis pas pourquoi faire; mais
je veux l'avoir. &gt;&gt; Lanoë,
pour se débarrasser d'une
mission qui lui déplaisait,
s'en alla prendre en cachette l'empreinte de laserrure du grenier à foin. Une
clef fut faite sur ce modèle,
et, la nuit venue, la lille de
la marquise de Combray,
retenant son souffle et marchant sans bruit, se glissa
jusqu'au bureau du receveur des finances et tenta
vainement d'en ·ouvrir la
porteu ....

n',noir pas la somme, j'aur:iis
le plai~ir de la ~1:iycr pour· vous
A peu près vers le mêet jamais vous n'en auriez rien
LE PRESBYTERE DU VILLAGE DE D ONNAY. (ÊTAT ACTUEL. )
me temps, Le Chevalier,
su .... Je \'Ous aime de tout
qui revenait d'un voyage à
mon cœur et je suis toute f1
Paris, recevait de l'arnué
vou~ cl · jr- ferai tout pour
1
Yanier, tout aussi cndelté que son clienl,
vous .... Aimez-moi com me je vous aime; JC vous mur, le tintement des louis qu on ensachait.
cmhras~c hicn fort~.

Je ferai tout pour vous, - et la pauHc
l'cmme se désolait de savoir le a héros qu'elle
idolâtrait l&gt; aux prises arec de mesquines
préoccupations d'argent. Elle n'y pouvait
parer, ayant été récemment déboulée de sa
demande en séparation 3 • Acquet triomphait :
elle était réduite à vivre de sa modique pen1. La plupart ile ces réclamalious se ti·ouv c11t aux
An•11ives naliouall's dans le carlon Fj 8171.
2. Archives nalîom1les , J!7 8171.
::;, Le 4 mars 1807. Arclii,·cs de la fomîllc &lt;le ~ainlVidor.

4. « Un soir que ,Ït\lais el1cz elle. )!me Acqucl:
cnlcnJ.aul ,·ésonnc1· J.c l'argcnl chez le 1·ec1'veur q111
dcmcul'ait 1la11s la maison, me dit &lt;p1'il lui follait de
i"al'gcnl; q~1'il lui fall_ait sculem~nl dix ~ille fr~ncs. îJ
ln!c1·ro":ilo1rc &lt;le Gudlnumc, 1ht l,anoe. Arclures du
grrlfo :lr la Cour t1·asûscs d,, Boue11.
fi. l11lerron-ntoil'C ile l,ar10ë, 5 scplcmbl'e 1808.
ü. &lt;! Elle Ïit faire des dcl's sui· cCUi' cmpreinle cl

Ce bruit produisit sur elle une sorte de griserie : elle songea qu'il y a\'ait là de quoi
satisfaire à toutes les fantai$ies de son
amant. ...
-Lanoë, dit-elle tout à coup, il me fout de
l'argent, il me faut seulemenl 10.000 Iranc:- 4 •
Ce soir-là, L:rnoë, terrifié, ne répondit
rien; mais, quelques jours plus tard, comme
il la ramenait de la Bijude à Falaise dans son
me chnrgca ensu ite tl'nller les essayer; comm e jp
~3\·ais bien qu·ellcs ne pout"raient scnir, je lui rlis
qu ellcs u·111laienl pns. Quelque Lemps nprl•s, cllè me
dil: « .1'11i élC lt's essa~cr moi-mênic pc111la11l la nuit.
parce lJUe je w~ m'en l'apporte /)as à mus. » lnlcrroj,Oloirc de Lauoë, ~, seplcmLrc 80~.
7, Archives nationales, Fi 8171.
8. « La eo11lrc-n'.:\'olution était immanquable : ccux&lt;pai la scrviroicul scraicn l bien ri·cornpensès; mais,
s1 011 ne lui êlait pas utile 1la11s le momC'Hl actuel,
tum les a11cirns ~rrvicrs ~erai1 nt oubliés.» illlerrogatoirc de Fliel'h.'•. Arclii1·rs du greffe d(' !:1 Cuur 1L1ssiscs tic l\ourn.
0

1

l'avis que la situation pécuniaire était désespérée. - (( Je crains, écri\·ait Vanier,
l'accomplissement du psaume : Cnde veniet auxilium nobi:; quia perimus ' . l) Ce
à quoi Le Chevalier répondit, comme il le
faisait, invariablement : (( - Dans six semaine~, peut-être avant, le roi sera remonté
sur le tràne; les beaux jours alors reviendront
et nous aurons de bonnes places : seulemenl,
il est temps de montrer du zèle, car ceux
qui n'auront rien fait n'auront, comme de
juste, rien à altendre a. l&gt; Il ajoutait que
l'beurc était propice, c&lt; Bonaparte étant au
fond de l'Allemagne arec toute son armée l&gt;.
li aimait ces allusions qui le posaient,
pour ainsi dire, en rival de Napoléon et grandissaienl son rôle à la hauteur de ses illusions.

G. LENOTRE.

(A suivre.)

HENRY BORDEAUX

Adélaïde de Bellegarde
Dans le salon drs sept cheminées, au musée
du Louvre, juste au-dessus de Mme Réca?1ier
mollement étendue, est un autre portrait de
femme qui eut son heure de réputation, de mauvaise réputation. -A vrai dire, onne
,·oit à celle place que la grande composition
correcte et !roide de David, l'Enlèvement des
Sabines. Entre les guerriers qui se menacent
de la lance sans excès, deux femmes se sont
précipitées au premier plan : une grande
blonde étend ses beaux bras suppliants el
rrénéreux, tandis qu'une brune, à genoux, sa
•
1.
noire che,elure dénouée, les vêtements a1ssant voir, dans un désordre habile, l'épaule
et le sein opulents, montre d'un geste apprêté
des enfants nus qui sourient et qui jouent
sans attacher d'importance à la bagarre. La
brune, c'est AdélaïJe de Bellegarde. A tous
ceux qui seraient curieux d'approcher cette
beauté qui rappelle la Judith d'Allori, cette superbe Judith du Palais Pitti, à Florence, qui tient en main la tête de son amant,
car le peintre qui rt'présenlait sa maitresse
en Judith se peignit lui-même snus les traits
d'llolopherne afin de montrer comment il
avail perdu la tète, - je conseillerais la lecture de l'ouvrage que M. Ernest Daudet lui a
consacré sous le Litre le Roman d·un Conventionnel, el une visite au cbàteau des Marches,
en Savoie.
Ce cbàteau des Marches est une sorte d'ancienne forteresse, bâtie presque à la limite de
la Savoie el du Dauphiné. li s'élève sur un
mamelon d'où ron découvre cette merveiUe
assez rare dans les pays.ages savoisiens : une
belle plaine arrosée par un fleuve et encadrée
par des formes diverses de montagnes ; la
vallée du Grésivaudan entourée par les Alpes
de Maurienne et du Dauphiné, et surtout le
mont Granier semblable à un lion couché qui
lève la tête, - le mont Granier terrible et
sauvage avec sa haute muraille nue que les
sapins ont renoncé à escalader. Aujourd'hui,
si l'on pénètre dans le château, c'est pour
trouver cette grande cage toute pleine de cris
d'enfant. lis chanrent dans les corridors,
dans la salle d'honneur, sur la terrasse qui
domine des jardins en pente. La vieille caserne e&amp;t devenue un orphelinat, un orphelinat au bon air, en pleine campagne, où l'on
semble ignorer la mélancolie. La salle des
fètes est particulièrement bien consenée.
D'une dimension de dix-huit mètres sur quatorze, haute de deux étages, elle n'a été transformée que dans son usage et porte encore
les décorations mythologiques qu'imprima sur
s :s murs, au xv111e siècle, le pinceau des
frères Galliari. Hercule el Mars, Minerve et
Vl.-

H1STOR1A. -

Fasc. ,fJ,

Diane se font vis-à-vis comme lt&gt;s figurPs
d'un quadrille divin. li y a mèmc, sur un
panneau, un exquis médaillon de l'Amour.
Le petit enfant, dévêlu, grassouillet et charmant, tire une 0èche que le Yisiteur croit
dirigée contre sa poitrine; et si rnus tournez
autour de lui pour le mieux observer, la
pointe de la flèche maligne vous suit dans
toute.i vos évolutions. L'enfant qui sourit ne
cesse point de vous viser. Ainsi nul ne peut se
dérober à ses traits. li les dirige de tous les
côtés à la fois.
Aujourd'hui celte salle des fèles est nne
salle de récréations enfantines. l!:n 1792,
Adèle de Bellegarde y dansa : c'était un Lai
donné en l'honneur du général Kdlcrmann.
Adèle de Bellegarde a vingt ans, elle est dans
tout l'éclat de sa beauté. Mariée à un cou~in
deux fois plus âgé qu'elle, mère de deux
enfants, elle est revenue, seule aYec sa jeune
sœur Aurore, du Piémont oll elle avait émigré, afin de sauvegarder par sa présence ses
propriétés de Savoie menacées de la confiscation. Elle n'a pas d~ peine à les sauvegarder,
ear l'un des trois délégués envoyés par la

recevoir le trait du petit Amour. On connait
le caractère de Hérault de Séchelles. Ce terroriste que l'ancienne sodété avait couvé tendrement, qu't·lle avait pourvu de tous ses
Yiœs, soif de luxe, libertinage, scepticisme,
et de toutes ses qualilés, élégance, grâce;
insolence et courage, est une de ces ileurs de
décadence comme on en trouve dans l'histoire
romaine à la veille des barbares. Les femmes
l'appellent le cc délicieux " Séchelles; il ne
sait pas se passer d'elles, el aucune ne peut
se vanter de le détourner une heure de son
travail. La race des roués de la Régence dt~vait aboutir à ce conventionnel. Les blasés
de,iennent vite cruels el dangereux; la domination les aUÎie comme un plaisir plus puissant, ils sont avides de tous les spectacles et
brûlent d'y jouer un rôle; le sang même les
e11ivre. Jeune, beau comme Antinoüs, adoré,
llérault de Séchelles est pris d'un cc désir
effréné de renommée "· Toul d'un coup le
magistrat d'ancien régime se rérèle implacable et violent. Il vote toutes ks spoliations,
toutes les exécutions, jusqu'à celle du roi.
Arriviste, il a laissé une 1'hé01·ie de l'ambi-

Cliché Giraudon.

L'ENLÈVEMENT DES SABINES. -

Table:iu de

Convention pour organiser le département du
Mont-Blanc est Hérault de Séchelles, et il lui
a suffi de venir au château des Marches pour

DAV!D.

(Musee du Louvre. )

tion où l'on trouve des conseils comme celuici : &lt;c Ayez une haute idée de vos facultés et
travaillez, vous les triplerez. &gt;) Plus jouisséur
18

�111STOR._1.ll
encore qu'arriviste, il donne le fin mot du
caractère furieux qu'il cachait sous de froides
apparences dans un billet que cite une de ses
maîlresses : cc Je veux me bàter de vivre.
Lorsqu'ils m'arracheront la vie, ils croiront
tuer un homme de trente-deux ans, j'en aurai
quatre-vingts, car je veux vivre en un jour
dix années. » Et il tient parole. Il se hâte de
vi1Te; il jouit du pouvoir et des femmes, par
le cerveau et par les sens. Quand il est dénoncé, arrêté, enroyé à l'échafaud, il manifeste sans pose, sans arrogance, une indifférence stupéfiante. Quand tout le monde fait
des phrases ou des ge&amp;tes, accuse ou se défend, -il rfpond sobrement, se sait perdu, ne
s'en afflige point et montre dans la mort
celle altitude des beaux joueurs dont il est
impossiblè de savoir s'ils songent à leurs
perles ou à lem·s amours.
La séduction de cet homme devait être bien
puissante, à en juger par la transformation
de la comtesse de Bellegarde qui est évidemment son œuvre. De celte jeune femme,
élevée dans le devoir, au fond d'une province,
sans grande initiative, accoutumée à la vie
monotone, il fait une coquelte et surtout une
curieuse. David nous la peint le visage désespéré, penchée sur de petits enfants dans un
beau geste de pitié. Elle quille sans un regret ses enfants - de son vieux mari je ne
parle pas - pour suivre Hé, ault de Séchelles.
Après s'être arfichée avec lui aux Marches el
à Chambéry, après avoir changé pour lui son
air et ses toilettes et donné des fêtes en son
honneur, elle l'accompagne à Paris. Elle
n'emmène avec elle que sa jeune sœur Aurore dont elle ne se séparera jamais, par une
affection touchante et réciproque que les dangers ni les plaisirs ne purent interrompre. A
Paris, les deux petites Savoi~iennes se grisent
de la nouveauté et de la diversité des spectâcles. La légère Aimée de Coigny - la cc Jeune
Cap1ive » que poétisa André Chénier - les
représente en quelques mols de femme dans
ses Mémofres: « Leur curiosité pour voir les
personnes célèbres de cette époque n'étant
arrêtée par aucune répugnance, nous dit-elle,
on peut se figurer les gens qui sont entrés
dans leur chambre. »

Cependant le spectacle auquel elles assistent sous la conduite de Hérault devient de
plus en plus dangereux. Plus il est dangereux, plus elles se plaisent, semble-t-il, à le
r

HÉRAULT DE SÉCHELLES.

Gravure de

LEVACHEZ,

d'après

LANEUVILLE.

regarder. Ont-elles pris l'habitude, dans leurs
monlagnes de Savoie, de contempler sans
peur les ahimes, ou veulent-elles rallraper
leurs tranquilles années d'enfance en vivant
double, à la manière que le délicieu:c Hérault
dè Séchelles leur a nouvellement apprise?
Insouciantes et curieuses, elles ne veulent
pas s'en aller. La Terreur sévit; elles restent
dans la fournaise. Elles assistent aux séances
de la Convention, aux audiences du Tribunal
révolutionnaire 1~ jour ot1 Marie-Aaloinelte y
comparaît. « Leur jolie figure et leur jeunesse J&gt; attirent Lous les regards. !&lt;:Iles sont
nobles; le mari d'Adèle sert à l'armée du roi
de Piémont. La guilloline les guette. Par
amour peut-être Adèle demeure, et sa sœur
ne l'abandonne pas. Hérault ne les entretient
pas de ses propres dangers. Il est dénoncé,
il est arrêté, il est condamné : elles sont là.
On raconte que lorsqu'il descendit de lac barrette cc il regardait du côté du Garde-~leuble
une main de femme qui, à travers les volets
entr'ouverls, lui envoyait un dernier adieu ».

Était-ce Adèle de Bellegarde? On n'en sait
rien. Leur vie à Lous les deux était lrop compliquée pour 4u'il soit possible de l'affirmer.
Les deux sœurs furent arrêtées à leur four.
Il ne paraît pas que le désespoir d'Adèle fut
bien profond. Était-elle fa1aliste comme son
amant? Je la crois plutôt un peu pas~ive,
subissant assez volontiers les événements sans
les rechercher ni s'en étonner: de là celle
légèreté qui a toujours étonné ses contemporains. Elle ne courait pas au-devant de3 passions ni des dangers, mais elle ne les écartait
pas. llérault avait plus de violence concentrée
et plus de flamme. En prison, ces dames
nouèrent des relations de société. Elles furent
sauvées par le neuf Thermidor, bien que
Lamartine allribue leur salut à un motif plus
poétique : &lt;! L'échafaud, dit-il, ébloui de
leur beauté, les avait refusées. lJ En re temps,
l'échafaud ne se laissait éblouir ni par la
beauté, ni par la jeunesse, ni par l'infortune.
Adèle, \Ïle consolée, reprit sa '"ie mondaine que partageait Aurore, mais celle-ci
persistait à demeurer au second plan. Elle
préférait le rôle de confidente et d'intendante,
et comprenait fort bien, quoiqu'dle fùt ellemême agrrable, que la figure de sa sœur
l'obligeait à être aimée. Adèle l'entendait
ainsi, et tout marchait à merveille. Elle
accorda ses faveurs à l'acteur Garat dont elle
eut un fils, et découvrit brusquement pour
cet enfant naturel le sentiment maternel
qu'elle avait loujours ignoré pour les légitimes. En 1814, elle s'enlhom,iasma pour la
Restauration, comme elle s'était enthousiasmée en 1792 pour la Révolution. Mais cet
enthousiasme n'était point, celle fois, commandé par un autre senlimenl. Elle avait
oublié le mieux du monde Hérault de Séchell~s. Elle ne mérite point de figurer parmi
ces femmes passionnées qui introduisent dans
l'amour une violence tragique. De son pays
ualal aux lignes heurtées c:t sévères el aux
couleurs délicates elle avait surtout relenu le
g••sle mutin du petit Amour qui, dans la
grande salle du chf1leau des Marrhes, sourit
en tirant ses flèches.
HENRY

""' 274 ""'

BORDEAUX.

Le tombeau de Turenne
Le f 1 octobre -1793, un seul monument
restait debout dans la 13asilique de Saint-D"'nis
silencieuse el dévastée : c'était celui du vainqueUI' de Sinzheim, de Ladenbourg, de Turckheim, dont le retour à Versailles, en 1674,
avait été salué par le canon, les fanfares et
les acclamations de la foule. Turenne mort
ne devait pa~ êlre protégé par sa gloire, et
son tombeau allait crouler, comme tous les
autres, sons le marteau des barbares.
Le monument, qui était adossé à l'un dl's
côtés de la chapelle de Saint-Eustache, t\1ail
le même qui fit1ure aujourd'hui sous le dôme
des Invalides: ~'était la même effigie &lt;lu capitaine avèc sa cuirasse et son manteau. La
statue de l' Immortalité le recevant dans ses
bras n'a pas changé; les figures allégoriques de la Sagesse et de la Valeur, qui ornent le monument, sont les
mêmes personnifiant les vertus cardinales du maréchal :
la Sagesse, avec un vase d'où
s'écoulent des pièces de monnaie rappelant les liLéralilés
du prince; la Valeur, dans
l'altitude d'un guerrier que
la douleur accable.
On sait trop que les sépultures qui remplissent aujourd'hui la Bisilique de SaintDenis n'ont rien gardé de leurs
poussières, et qu'elles ont par
là même perdu tout leur dl'et.
Ici, du m1 ins, nous avons un
tombeau qui ne sert pas seulement à l'histoire de l'Arl,
mais qui dit quelrp1e chose à
l'imagination et au cœur: seul
de tous les sépulcres l'iolés en
1795, le mauwlée de Turenne
a gardé toutes ses cendres.

placé immédiatement au-dessous du tombeau
de marbre que sa famille lui avait îail ériger,
et qu'ils eurent ouvert le cercueil! Turenne
fut trouvé dans un état de conservation lei,
qu'il n'avait pas été déformé et que li&gt;s !raits
de son visage n'étaient point altérés; ks spectateurs, surpris, admirèrent dans ces restes
glacés le vainqueur de Turekheim, el oubliant
le coup mortel dont il fut frappé à Salzbach,
chacun d'eux crut voir son àme s'agiter encore, pour défendre les droits de la France 1 • l&gt;
Ce corps, cc nullement flétri et parfaitement conforme aux portrails et médaillons
r1ue nous possédons de ce grand capitaine,
était en état de momie sèche et de couleur de
bistre clair )J t.

Or, le 12 octobre uu malin,
avant de pénétrer dans le caveau des Bourhons, les ou,-riers, impatients de voir les
restes d'un grand homme,
s'empressèrent d'ouvrir le
tumbCJ u de Turenne. Ce fut
le premier l
« QJel fut leur étonnement, lorsqu'ils
eurent démoli la fermeture du petit caveau

On allait le jeter dans la f11sse préparée
pour les Ilourbons, quand cc sur les obserrn-

tions de plusieurs personnes de marque ,, 3
qui se trouvaient présentes à celle première
opéra tion, il fut remis au nommé Host, gardien du lieu, homme rangé, méthodique,
qui conserva cette momie dans une boite de
chêne, et la déposa dans la petite sacristie de
l'église où il l'exposa pendant plus de huit
mois aux regards des curieux.
Jusqu'au mois de juin 17!H une foule de
,isiteurs vinrent des quatre coins. du pays
dans celle dépendance de l'église. Et ce ne
dut pas être un spectacle banal que celui de
ce gardien de la vieille église, veillant, du
fond de sa lo6e, sur sa relique funèbre_, prcnn nt un air de circonstance rour recevoir son
monde et montrer, (( moyennant une petite
rétribution l&gt;, les restes du
héros. Détail d'ignoble cupidité, qui nous montre que
le cilo1en Host avait également
Ir génie du trafic, cc cet homme
vil se permit d'ôter toutes lt s
dents de Turenne pour les
1•endre à ceux qu'un spectacle
aussi curieux que touchant altirait dans l'église,&gt;•. Le jeune
orateur de la Révolution, si
connu par son exaltation républicaine et rn poétique inspiration du Palais-Royal, était
venu, lui aussi, contempler la
curieuse relique. li voulut posséder un souvenir du grand
capitaine et, à défaut de denls
épuisées, il coupa un doigt
au cadavre desséché 5 •
De la capitale, pendant la
belle saison, des milliers de
curieux vinrent conlempler ce
11ue le bamum de Turenne
faisait voir comme un étrange
Libelot. Un beau jour, en juin
1794, M. De~fontaines 6 , prcfesseu r de Bolaniquc au Jardin
des Plantes, a Lli ré aussi par
tout le tap~ge fait autour du
cadavre exhumé, frappé de
l'étonnante conservation du
corps, réclama l'objet histol'Îque et l'obtint pour le Cabiuet d'Histoire naturelle.
Le vaillant capi1aine dont, en d'autres
temps, on t ùl transféré les restes aux rouk-

1. Alexandre Lc11oi1· . .llusé,, ,/es mo11u111e11ts (,·a11çai~.
2. • Procès-,·erbal cummui,iqué par Ti11ll1011in. ,
Cc paragraphe qu'on r,·lroun; liUé1·alemcnL trai,scriL
dans le Le,11• d'A!cxandrn Lrnuir, ,ans indic,1tio11 ,le la
source, cl &lt;1ue tous les auteui-s citent cumrnc émanant

de lui, est ~xtrait tlu manuscrit en question, donl nous
avons eu l'origi1111I entre les m11ins.
3. Alcxln,lrc Lenoir. /.or. cil.
4. L.e même.
5. Cal,anès cl :Xaas. La .Yëvrose l"évolutio1111ai,e.
ti. Dcsfontaincs l llcué-1.oui; , mcmlirc de l' Aca-

d/,rnie ries ,cicnrC's. profcssc_ur d,: Duta_niquc _au )luséum d'lii,loirc naturelle et a la Facullr ries suencrs
de P~ris né en 1751 à Tremblay. en llrctag11c, mort
à Paris,' en 183:3. On a de lui 'nne !Jore du Moul
.lllas, t i98, tt un .llé111_où:e rnr. les t,gcs des Jl"!UIIO·
cotylétlunécs. Lcbas. Dtclio111ia1re e11cyclopéd1que-

�"·---------------------------------1f1STOR,_1.ll
menls des tambours drapés et aux salves inin-

terrompues du canon, n'eut pas une grande
pompe étalée autour de son cercueil, lors de
cette translation à Paris:i Ce que nous en
savons se résume dans ces deux lignes de

dom Laforcade: " On m'a assuré que ce lut
deux maoœuvricrs ou journaliers qui le transportèrent à bras jusqu'à Paris. n
li fut déposé au Muséum, dans c.e ,·ieux
bâtiment, aux murailles lépreuses et moisies,
qui comprend encore aujourd'hui différentes

Le cadavre du grand capitaine était là,
quand, le 2 août 1706, un député de l'Isère,
Dumolard, monta à la tribune du Conseil des
Cinq-Cenis :
{! Je parcourais dernièrement le Jardin des
Plantes, dit-il; enlré dans l1's diversf-S s:illes
du Lâtiment, quelle a élé mon affliction t·n
vopnt les restes du grand Turenne plaré-s
entre ceux d'un éléphant et d'un rhinocéros!
Ne devait-il échapper à la fureur de ces
modernes vandales, que pour obtenir un tel

je vous propose de faire, en demandant au
Directoire, par un message, les mesures qu'il
a dû prendre pour faire déposer dans un lieu
plus convenable cl plus décent les restes du
grand Turenne!. )l
La proposition fut adoplée, mais elle n'eut
pas de suite immPdiate. Ce fut seulement le
24 germinal an \11, que le Directoire exécutif ordonna ]a fin de ce scandale et arrêta
que lPs restes de Turenne seraient transportés
dans le Musée des Monuments françai~, et

,
f

MORT DE TURENNE A SALl.BACH, LE

galeriCs d'Histoire naturelle 1 • Ce corps, qui
fut debout sur tant de ch,mps de bataille et
qu'atteignit un boulet liréau hasard, demeura
exposé, pendant quatre ans, à la curiosité
publique, arec les bêtes empaillées, les fossiles fanlasliques et les animaux rJres. Pendant des semaines, cc fut la grande attraction, et l'on fit queue, le dimanthe, à la parle
&lt;lu Muséum.
1. Le Cabinet d'llisloire naturelle ne se tomposait,
â celle êpoqur, que de quatre grandes salles. Belin,
7• édition a1111o~Cc p:ir lm de l'l/istoire de Paris par
Dulaurc, 183tl.

27 J 1LLET 1675. -

D'après une a11cie11ne ~ravure allemJnde au Cabind des Est:rn1f'eS.

asile? Il esl d::s faits, citoyens, qui suffisent
seuls pour dépraver un gouvernement el le
rlésbonorer aux yeux de l'étraoger. Tel est
celui que je mus dénonce ....
« Ce n'est pas que je veuille demander que
vous honoriez la mémoire de Tùrenne, je propose seulement de ne pas diminuer quelque
chose de noir~ suprême gloire en l'oubliant.
«Je ne &lt;lemande pas pour cet homme illuflre les honneurs du Panthéon ... ; mais vous
avez le droit d'éveiller l'attention du Directoire
sur un objet d'inlérèt national; c'est ce que

qu'ils seraient déposés dans un sarcophage
placé dans le jardin É'ysée de cet établissement.
Et c'est ainsi que le 24 prairial, à la nuit
tombante, le citoyen Lesieur, dans une carriole que lui avait procurée un nommé Berthier,
officier de l'ar:;enal, se rendait au Jardin des
Plantes « pour retirer les rt-'slcs du guerrier
recommandable par sa valeur el ses vertus
civiques, d'un lieu où il était confondu avec
2. Séance du C,onscil des Cin;i-Cenls, présidence de
Bois~y d"Ang!as, 15 thermidor an Y. - Monilew· du
10 aoùl 11!:16.

LE TO.llfBEJ!U DE TUR.ENNE

&lt;f Ici esl le corps cle seren1ss11ne J)1'ince
des objets de curiosité publique Il 1• Arrivé au
Muséum, à huit heures du soir, il trouvait là llenri de Lrt Tom· d'A11ve1'gne, viconite de
Alexandre Lenoir, admini'itrateur du Musée Turenne, 11Ut1'échal général de la cat•cderie
des Monuments français, les
citoyens Biaart et Par.hez, et
les ·frères Sauvé qui l'altenclaient pour procéder à l'enlèvement du cercueil.
Le lecteur nous saura gré
de citer textuellement un e&gt;,trait du procès-verbal de cette
translation, lui épargnant ainsi
tous les ornements oratoireïl,
susceptibles de lui enlever quelque chose de sa saveur :
c&lt; Nous étant fait donner
connaissance du liru où étaient
déposés les restes de Turenne,
nous fûmes introduits dans
un local servant de laboratoire,
au milieu duquel était posér,
sur une estrade de bois peiut
en granit, une caisse en forme
de cercueil, aussi de bois peint,
vitrée par dessus, de la longueur de 1 mètre 97 milljmètrcs, dans laquelle on nous
a déclaré que le corps de Turenne était enfermé. Nous remarquàmes, en effd, au travers du vitr.ige qui couvrait ce
certueil, un corp5 étendu, enveloppé d"un linceul, lequel
To~IBEAU DE TURENlŒ. - Gravu,·e de S1MO:mEAU, d'après le dusin
avait été déchiré et découvrait
la tête jusqu'à l'estomac: ce
qui nous ayant portés à le considérer plus attentivemenl, il nous parut que llgèl'e de France, go11verneur du haut et du
ce corps a\'ait été embaumé avec soin dans bas Limousin, lequel fut tué ,L'un coup de
toutes ses parties, ce qui en avait conservé canon à Sahbach, le XXVII Juillet, l'an
Ioules l( s forme~. Le crâne avait été coupé et M.DC.LXXV "•.
remplacé ou recouvert d'une calotte de bois
de la même forme, mais excédant dans toute
Cette con~latation terminée, les ouvriers
sa circonférence. Toutes les formes du visage chargèrent dans la carriole ce cercueil dont
ne nous parurent pas tellement altérée~, que le couvercle de verre laissait voir la face monous ne pûmes reconnaître les traits que Je mifiée du béros, les ieux clos el la bouche
marbre nous a laissés de ce grand homme; il ouverte; et très tard dans la nuit, la berline,
re:-tail encore des cJJets du funeste coup qui qui ne rappelait guère le deuil triomphal, ni
l\nleva au milieu de ses tri'1mphes, et qui lui J'enthousiasme funèbre de 1675, entra arnc
causa sans doute une violente convulsion rnn lugubre chargement dans la cour du
dans la flgure, ainsi qu'il nous a paru par Musée des Uonumenls Français. La bière liréc:
l'état de la bouche extrêmement ouverte. Et hors de la voilure fuL déposée dans un coin
continuant à considérer ces respectables restes, de l'immeuble, en atlendant Je mrcophage
nous aperçûmes que les bras étaient étendus commar.dé en son honneurs.
de chaque côté du corps, et que les mains
Pendant deux aus, les restes de Turenne
étaient croisées ~ur la région du ventre; le
reste était enveloppé &lt;lu linceul et offrait les figurèrent dans le nouveau Musée, mais guère
formes ordinaires. Sur le côté du cercueil plus noblement qu'au .Jardin des Plantes, à
était attachée une inscription graYée sur une côlé d'une tombe mérovingienne, des effigies
plaflUe de cui"re, qui paraît êlre ctlle qui d'HéltÏse et d'ALelard et du sarcophage
avait été placPe sur l'ancien cercueil où ce peut-être d'une petite-fille de Sésostris. En
corps avait été renfermé, ~ur laquelle nous 1800 seulement, à peine investi de toutes les
al tribu lions du pournir suprème, le Premier
lùmes cc qui suit :

1. Procè.,-l'el"bal de franslaliou de.s 1·esfes de
Turenne, du 24 prairial a11 Vil. l/ori!!i1111l de cc
doc11menl est cousené dans les archi vcs de }I• Jousse!m, aujourd'hui lilulaire de l'êlude du citoyen
Polier, cheL qui il ful déposë par acte du 20 nmdémiairc an VIIJ.
2. C'esl le. lieu de signaler l'intére~sante page qu'a
consacrêe notre distingué confrère, le Or Cabanès, il
l"odys,éc du cœur du vaillant capitaine, dans son

Cabinet secret de l'Jlistofre, 3• s., p. 310. Cc cœur.
échappé au ,·anùalîsmc r,{yoJutiomrnire, est t-onscr'"ê
aujourd'hui au château de Saint-l'aulel « dans une
en vcloppe de plomb, rc\'èlue d'un sac de velours
cramoisi u, 1&gt;0ur cmeruntrr à notre frudit collègue
des dét.ails toujours s1 précis et si minuticnx.
3. Cc sarcophage fut exCculé sur un dessin de
A. Lenoir. - Procès-vei·Ual cité plu~ haut. Une couronne et des altriùuls de guerre dêcor.:iicnt ce lomèCau
,,M

277 ....

_

~

Consul lrou"a la place qui convenait aux
dépouilles du capitaine du Grand Siècle, qui
avaient eu une si étonnante odyssée : il ordonna
leur lrafülation sous le dôme
des lmalides, dans ce lieu silencieux el sacré oit rnnt se reposer les rnldals de la pa1rir,
et où lui-mème de,ail dormir
un jour, au milieu du temple
consacré par la fleligion au Dieu
drs a1 mées.
Le 22 ,eptemLre IEOO, le
caron des lmalides annonçait
la solennilé. C'é1ait la même
foule, le mèmc enthousiasme
qu'on dnait mir quarante ans
plus lard, lor~que le cuc.ueil
du grand Empereur, longtemps
bercé par les murmures de
l'Océan, entra sous le dôme
digne de lui. A deux heures de
l'après-midi, le corps de Turenne, placé sur un c-har de
triomphe, trainé par quatre
chevaux Llancs, quillait le Musée iles Monumenls Français.
Sur le cercueil était placée l'épée du héros'. Un chc,al pie 5 ,
harnal hé comme au temps du
grand roi t:t conduit par un
nègre, ouvrait la marche. I.e
pompeux cortège traversa Paris
au miliru d'une foule immcu.-c,
de LE BRUN".
saluant de ses acclamai ions le
vaillant capitaine dont le ca1-ra&lt;:tère Pgala le génie. li était
1ruis heures quand le précieux dépOt pénétra sous le dôme où l'attendait le Premier
Consul.
Ce fut Carnot, ministre de la guerre, qui
pada, devant le cercue:t pompeusement paré,
au nom du gouvernement : &lt;&lt; Vos yeux so_nt
fixés sur les restes du grand Turenne; voilà
le corps de ce guerrier si cher à ton I Français-,
à tout ami de la gloire et de l'humanité ....
Demain r:ous cé!E'brons la fondation de la
llépublique. Préparons cette fèle par l'apothéose &lt;le ce que nous laissèrent de louable et
de justement i!Justre les ,siècles antérieurs.
Ce temple n'est pas réservé à ceux que le
hasard fit ou doit faire exister sous l'ère républicaine, mais à ceux qui, dans tous les temps,
montrèrent des vertus dignes d'elle. Désormais, 0 Turenne! tes mânes habileronl cette
enceinte; ils demeureront naturafü;é,.; parmi
les fondateurs de la République; ils embelliront leurs triomphes et participeront à lems
fêtes nationales.
&lt;&lt; Aux braves apparlient la cendre du bra\'e;
ils en sont les gardiens naturels; ils doivent
en êlre les dépositaires jaloux. Un droit reste
après la mort au guel'rier qui fut moissonné
â quatre face:; el de forme antique, a,·ec celte ios-

crijllÎon :
&gt;assant, t•a tlù-e aux enfants de Mars que Tu1·e1111e esl dam ce tombeau.
Des 1.:iuricrs, des chênes et des sapins ombragcaicnl
ce monument.
lt. Elle a,,ait étê cou~cnêc dans la famille Je
Bouillon et prêtée 1iour la cê1·Cmon1c.
5. Comme celui que moulait Turenne.

�filSTO']t1.JI
sur le champ des combats : celui de de-

u:te propriété que la mort n'enlève pas .....

meurer sous la sauvegarde des guerri~rs
qui lui survivent, de partager aVèC &lt;ux
l'asile tonsacré à la -gloire; car la gloire tst

« C'est au nom de la fiépubliqus que
ma main doit déposer ces lauritrs daus sa
tombe.

. 1. « Discours 1•rononc:é par le cilo~·cn Carnot, mi111slrc de la guerre, dans le temple &lt;le llars, à la
c~rémonie de Ju tramlation du corps de Turenne. le

cinquièmr jour complCml'ulairc an \LII ll . - Monilr:111' i1.nii:ersi:t, 1°' el 2 \'('lHiêmi,iire nn IX.
:L Jlouih'W' wiwerscl, 3 vcndémi.iire au IX.

C( Puisse l'ombre du grand Turenne être sensil.ile 11 cet acte de la rt!connaissance nationale,
commandé par un gouvernement qui sail apprécier les vertus 1 ! n
Le ministre de la guerre déposa sur le cercueil une couronne de laurier, et une symphonie militaire termina la cérémonie~.

DOCTECR

Scu1Jenirs
Uon mari, Eugène de Poillow de SaintMars, commença sa carrière par son entrJe
aux pages, et la façon dont il oLtint son brc"et est assez étrange pour être racontée.

Son grand-père était officier supérieur aux
gardes françaises. Il avait eu sous ses ordres
un sergent nommé Lefebvre, dont la femme
était blanchisseuse de la compagnie.

vous eussiez besoin de moi? Vous ne douiez
point de mon empressement à vous satisfaire.
Jt! n'ai pas oublié vos bontés pour moi et
pour ma femme, qui m'a chargé de tous ses
re.{pects pour vous, et nous sommes tous les
d~ux. entièrement à votre serrice.
Il eut même le parfait bon goût de ne pas
demander à préseoler sa ferµme.
Mille de Saint-Mars lui fil part de ce qu'elle
désirait pour son petit-fils; moins de huit
jours après, le brevet était obtenu et le jeune
homme entrait aux pagrs.

..

Le sergent devint le maréchal Lefebvre,
duc de Dantzig.
!la grand'mère était restée chargée de ses
petits-enfants, après la mort de son fils qui
succomba aux suites de la guerre d'Espagne.
Leur mère \'O)'ageait bcJUcoup et songeait à
se remarier. Ils demeurèrent donc aux soins
de leur aïeule; cependant le baron de Courval
prit avec lui, depuis l':'i_:;e de quntre ou cinq
ans, son neveu Eugène de Saint-llars, et le
fll élever avec son fils, ce qui resrnrra cncoriJ
les doubles liens de parenté.
L'état militaire était, à celte éµoqne, le
plus propice à l"avancement et à sati::ifaire
l'amLition d'un homme; on songea à mellre
Eugène aux pages. C'était un excellent délm l,
mais les places étaient fort demandées; il fa 1lait de haules protections pour en obtenir une,
et la marquise ne connaissait personne à la
nouŒlle cour.
- J'ai bien une connaissance, cependant,
dit-elle un jour, mais je n'ose pas l'invoquer.
C'est le maréchal Lefebvre. Lui el sa femme
seraient peu fla.ttés de se rappeler le tem p~
où ils venaient dans mon antichambre, et où
l~ sergent, de planton chez mon ruari, attendait ses ordres.
- Détrompez-vous, ma.d,unc, rt•prit une
des personnes à qui elle s'adressait, le maréchal se souvient toujours d'où il est parti et
ne trouve pas mauvais qu'on le lui rappelle;
adrcssf•z-vous à lui et mus obtiendrez, j'en
suis sùr, tout cc que vous désirez.
La marquise se risqua.
Le lendemain, dès qui! fut l"heure des
visites, oo lui annonça le maréchal Lefebvre.
Il enlra sans aucun embarras el, arec une
bonhomie et une simplicité rares dans une
pareille position, il alla droit au fait:
- Serais-je assez heureux, madame 1a
m.'.lrqnise, dit-il en lui donnant ce titre alors
prohibé, serais-je assrz heureux pour que

Lefobvrc était Alsacien, sa femme aussi.

Ils allaient souvent dans leur pays, toujours
a,·ec ce profond bon sens qui ne craignait pas
de remonter à leur origine.
Pendant un de ces \'O)'ages, M. de Chnert,
président de la cour royale de Culmar, visila
la duchesrn. Ils se connaissaient dès longtèmps, et elle le recevait à merveille.
Après les premiers compliments, il lui demaada des nouvelles de monsieur son fil~,
enfant fort insupportable et qui leur avait
camé beaucoup de chagrins.
- Ab I dit-elle, en prenant son air le plus
bénin, vous ne le reconnaîtriez pas .... Si vous
saviez comme il est poli, bien élevé, charmant! J,Hnais un mot plus haut que l'autre;
il apprend bien maintenanl, j'en suis très
contente. Je vais vous le faire venir, vous en
jug-crrz.
Elle se lè,·e, ouvre une porle dérobée, à
côté de son l1l, rn face du président.
- Coco! Coco! crie-l-elle.
Pas de réponse, elle recommence.
- Coco ! Coco !
- Il va venir, il est dans sa chambr,•.
Elle se rassoit, la conversation reprend; au
bout d'un quart d'heure elle s'iuterrompl.
- li faut pourtant que rnus voyiez Coco.
Il ne m'a donc pas entendue?
Elle recommence le même jeu, sans plus
de résultat.
- Mais, sacrebleu! Yiendras-tu '? s'écriel-elle impatientée .
Un léger mouvement indique qu 'tlle I st
obéie. Satbfaite, elle retourne à sa place.
- Le voilà, ajouta-t-elk
Quelques secondes après, lc:1. porte s 'tntr' ouvre, une têle toute hérissée parait dans
l"entrc-bâillemenl, c'est celle de Coco.
11 lùcbe d'une voix sonore le mol de Camhronae, tire la langue et disparait bru pmmeut.

MAX

Mon mari avait beaucoup de mémoire, il
aimait fort à raconter; j'ai retenu de lui quelques faits assez curieux et qui doiv~nt trouver
place ici.
Étaut page de Napoléon Jer, celui-ci, qui,
de ces enfants, voulait faire des hommes assez
robustes pour pouYoir le suivre dans ses rapides conquêtes, les exerçait de bonne heure
aux fatigues; c'était entre eux une sorte
d'émulation à qui en supporterait le plus.
lis suivaient l'empereur cl l'impératrice
dans leurs VO)'ages, pres4ue toujours à cheval. !l. de Saint-11ars arrivait donc d"Allemagne à la suite de Marie-Louise. Us pa!)sèrent à Vare11nes, et là, pendaot qu'on relayait
les chevau1, les habitants s'altroupèrent autour du cortège ainsi que cda se passe toujours et partout.
Un homme s'avança près de la voiture et
commença un discours verbeux, avec force
révérences. L'impératrice l'écoutait avec ct tlc
patience des malheureux souYerains, obligés
de subir un ennui pcrpéluel; il est vrai qu'on
les y drt'sse Je Lanne heure-.
La duchesse de Montebello était à côté de
Sa Maje'!-té. Un des ofliciers de service lui dit
un mot à l'oreille. La dame d'honneur fit un
geste de surprise el de mécontenlemeut.
- l i faut prévenir Sa Majesté, ajouta+elle.
Marie-Louise l'entendit el s'i1iforwa de ce
que c'élait.
'
- Nous sommes à Varennes, continua la
maréchale, et cet homme qui ose haranguer
Yolre Majesté est ce même Drouet, qui a fait
arrêter la rein~ Marie-Antoinette.
L'impératrice poussa un cri.
Les chevaux élaient attelés, on n'aUcndait
que la fin des compliments pour se remettre
en route.
- Qu'on parle loul de suilr, ordonnat-elle.
Et, sans écùuter la fin, ~lie tourne le dos à
l'orateur, toute rouoe, et courroucée au dernier degré.
- Cet homme est bien hardi, continuat-é1le, il ne sait donc pas que la reine était
ma tante! ...
Drouet resta ~tupéfait. Il n'avait pas volé
1, leçon.

DA.Sil.

(MARQ l: t SE DE PO! LLOW DE S1.rnr -i\lARS.)

TUR.QUAN

+

La citoyenne Tallien

BILLARD.

C'était là sa meilleure éducation, jugez &lt;lu
reste!
Ce fils est mort jeune; il n'aurait proLablement pas fait oublier :,On père.

COMTESSE

JOSEPH

CHAPITR.E V

profit, Je regmie de la Terreur, sans avoir
l'audace entreprenante, le patriotisme, les
talents, les aspirations de Cf'Ux qui avaient
joué les premiers rôles, sans arnir pour excuse
1a situation critique de la France prise entre
la gmrre civile et l'invasion. Et s'ils furent
obligés d'enrayer, au lendemain même de
leurs premières vengeances, ce fut à cause du
mout·ement général et irrésistible de la
France entière, qui fit voir qu'elle ne tolérerait
plus le gouvernement de la guillotine.
Un des premiers soins de Tallien fut de faire
metlre en liberté sa maitresse. Si elle avait eu
des torts à son égard, si elle arnit commis
quelque inconséquence dont son extrême ('O·
quetterie é1ait seule coupable- et, coupable ,
comment l'aurait-elle été puisqu'elle ne lui
avait pas encore juré fidélité- sa longue détention l'en arnit assez cruellement punie. De

Après leur triomph9, les Thermidoriens
eurent un moment d'étonnement. Tallien
n'était pas parmi les moins étonnés. Il se
rnyait 4evenu l'homme du jour pour aYoir osé
attaquer Robespierre en face et avoir entraîné
la masse des indécis. Il entrevoyait vaguement qu'il y avait pour lui une grande situation à prendre dans la Convention après cet
acte gui le mettait tellement en évidence, et
c'est à lui que les flatteurs, qui lui YOJaient
déjà une grande autorité, rapportaient tout
l'honneur de la journée. Croyant aisément ce
qui le Oal!ait, Tallien n'avait garde de les
contredire. En politicien avisé, il chercha à
tirer le plus grand parl.i possible de son succès . L'intérêt personnel l'avait seul poussé à
attaquer Robespierre, l'intérêt personnel seul
continua à dicter sa conduite : il n'y faut
chercher ni un plan, ni une idée politique, ni
l'amour du bien public et du pays; on ne
trouverait rien de tout cela, - mais seulement
le désir de jouir, dans son débraillement moral, des richesses et de la maîl resse qu'il avait
scandaleusement acquises à Bordeaux; il faut
y voir aussi , et avant tout, le dé.\cir de supprimer ou de faire taire les témoins de ses crimes .
Il chrrdrn à faire monter les uns à l'échafaud 1 ; il fait em·oycr les autres en prison 1
dans l'espérance qu'il n'en sortiront pas.
Il semble sètre pénétré de celle détestaLle
maxime de Machiavel : C! li ne fout pas qu~
celui 4ui gouverne soit honnête homme, mais
il faut qu'il ait grand soin de le paraître. J&gt;
Car maintenant son coup d'État lui a ouwrt
des horizons nouveaux : l'ambition le mord
au cœur, il se croit appelé à jouer un grand
ràle, à prendre une grande place, f.t il ne faut
pas pour cela avoir un passé trop gènant
qu'on pourrait à l'occasion lui jeter à la face.
Aussi, les premières mesures prbcs pour
assurer la durée de leur triomphe, leurs vengeanct:s pnsonneilcs assouvies, les Thermidoriens respirent; ils pement se mettre à leurs
petites alla.ires, les seules d'aiHeurs qui préoccupent ces petits hommes. Ah! comme !lallet
du Pan les a bien dépeints en disant : c&lt; Ce
sont des valets qui ont pris le sceptre des
mains de leurs maîtres apiès les aroir assassinés. ll Ils ne voulait:nt, en effet, ces comparses, que continuer, m_ais à leur propre

son côté, Tallien n'était pas blanc comme
neige: n'avait-il pas, on s'en souvient, signé
l'ordre d'incarcérati un de son ami Guéry?
Thérésia ne s'en douta jamais. Afais tous deux
avaient expié leurs torts réciproques, tout grief

1. Dans le premier numCro du journal qu'il fonde
3~rCs le 9 Lhcrmidor, l'Am i de~· Ciloy1m1t, Tallien
denoncc uu agent des ComitCs 1\e Salul public et tic

d' un lémoin gèuant.

FRÉRO~.

Sureté gC.néralé, qui con11ai'l ses mê~ails comme complice de Robespierre. 11 c.~père se débarrasser ainsi

... 279 -

élait oublié, el, le 1~. la belle Thérésia sortait
de prison.
Le petit Jullien, lui, J entrait! « Il aine aux
satellites de Robespierre! avait dit Tallien, le
11 thermidor, à la tribune de la Convention;
on arait mis à la tête de l'instruction publique
un jeune homme de dix-neuf am, un jeune
homme que son âge appelle à la défense de la
patrie aux frontières . On ne s'est pas contenté
de cela; on a envoyé ce jeune homme dans un
département du Midi; là, il a exercé un pouvoir révoltant; il a fait couler le sang I our
s'applaudir ensuite de ~es actes arbitraires
auprès de Hobespierre et lui envoyer la liste
de ses victimes. " C'était habile à Tallien de
parler ainsi, mais c'était canaille; c'était une
manière de rejeter ~ur le petit Jullien les crimes dont il s'était couvert lui-même. Toute sa
conduite, dPpuis ce temps, consista à en
charger ce malheureux qui n'avait cependant
pas besoin d'endosser ceux des autres.
A quoi Thérésia ernploya+elle les premiers
Lemps de sa liberté 1 A mettre tout d'abord un
peu d'ordre dans ses affaires que deux mois
de détention et le malheur des temps a\'aient
passablement dérangées . Elle avait besoin
d'argent : une lettre qu'dle adressa à une de
ses amies de Ilurdeaux nous montre, dans le
menu, ses préoccupations.
Tous ces détails de la vie matérielle réglés:,
elle envoya de l'argent à sondomesliqueJosei h,
resté à Bordeaux avec son fils : c'était pour
paJer leur pt&gt;nsion pas~ablement arriéré!! par
rnite de force majeure. Puis, la direction des
travaux à faire et les soins de son installalion
!1 la chaumière clu Cours-la-Reine, ancienne
habitation de ~Ille Raucourt, lui prirent quelque temps. Après cela elle n'eut plus qu"à
jouir de la popularité immeme qui entourait
Tallien el dont elle avait une bonne part.
« L'homme auquel !"opinion publique allribue le mérite de la réaction dont on sentait le
bienfait, a écrit le chancelier Pasquier, c'est
'l'allien ... la France oublie le proconsul cruel
qui a tyrannisé Bordeaux, l'un des promoteurs des massacres de septembre, le régicide.
Il y a des sentiments qui effacent ou surmontent tous les autres: Lei est celui de la reconnaissance qu'on porte à cet homme. Je l'ai
vu, après le bruit d'un assassinat dont il avait
paru menacé, après une retraite de quelques
jours dont le motif n'était pas bien connu,
On \·oil que l'Ami des Ciloye11s èlait cousin gcrmaio de l'A ·mi du Peuple.
2. Comme llarc-Antoine Jullîen, pnr exemple .

�1f1STO"l{1.ll

jeune, assez beau; il avait l'air calme et serein. Mme Tallien élait à ses côtés, elle partageait son triomphe. Pour elle aussi tout '!tait
effacé, et l'opinion ne savait pas avoir de rigueurs 1 • J&gt; Oui, il faut le répéter après le duc
Pasquier, l'homme qui a fait ouvrir les prisons
à ses semblables opprimés, mérite qu'onlui pardonne beaucoup, quels qu'aient été les mobiles
qui l'ont poussé à agir; il mérite aussi de la
reconnaissance, quelque fortuit qu'ait été le
bien qui découla de son acle.
Les premiers mois qui suivirent le 9 thermidor ne furent pas pour Tallien un temps
de désœuvrement et de seuls plaisirs. La vie
politique n'était pas calme à la Convention et
tandis que la population, pour se consoler des
ruines et des deuils de la Terreur, se jetait à
corps per&lt;lu dans les plaisirs el les débauches,
bien des colères couvaient sous la cendre. [l
fallait avant tout museler les comités. Tallien,
avec Cambon, fit décréter qu'ils ne seraient
plus permanents, mais renouvelés par quart
tous les mois. Le Comité de Salut public,
décimé par la guillotine, lut complété;
l'homme qui avait osé attaquer en face SaintJust et Robe~vierreen fit partie. La puissance
dictatoriale des comités se trouva ainsi détruite. C'est dans l'intérêt de leur conservation
personnelle que les Thermidoriens avaient
pris ces mesures énergiques: la France, elle,
n'y vil que le bien qui en découla; elle l'allrihua à leur sagessP, et c'est pour cela qu'elle
les applaudissait en toute occasion.
'Tallien et les autres Thermidoriens qui ne
pouvaient se méprendre, à la popularité qui
les entourait, que la France ne tolérerait plus
un régime de sang, se rendirent aux prisons
'en personne, en ouvrirent largement les parles
et se firent encore acclamer.
Mais le parti de Robespierre ne les acclamait pas. Une foule de mécontents, entre
autres les quelques milliers de citoyens qui
recevaient quarante sous par jour pour assister
aux assemblées des sections, et à qui ]es Thermidoriens avaient supprimé cette prime à la
fainéantise, se réunissaient à la société des
Jacobins. lis y déclamaient avec fureur contre
la nou.velle orientation de 1a politique conventionnelle et lançaient des menaces contre les
nouveaux maitres de la France. Le 25 fructidor même (9 septembre), Tallien faillit, à
ce qu'on assura, être assassiné. La Convention s'émut de cet attentat. Merlin de Thionville dil que le peuple « voulail que le règne
des assassins finît » et rejeta sur le club des
Jacobins la responsabilité de cette tentalive
criminelle. Hais ce n'est que le 21 brumaire
( l l novembre) que les comités de la Conven-

lion décidèrent la suspension des séances des
Jacobins, la fermeture de leur salle el le dépôl
de la clef de celle salle au secrétariat du comilé de Sûreté générale.
Thérésia, dans une letlret, ::.'attribue le
mérite de la fermeture de ce club. Il est probable qu'elle n'y fut pas étrangère. Après
raLlenlat donl Tallien (qui n'était pas encore
son mari) avait failli être victime, et dont
celui-ci attribua la re~ponsahilité aux rancunes des Jacobins, Thérésia l'engagea sans doute
à provoquer, à la Convention, un décret de
dissolution de celle société. Mais elle s'attribue un rôle actif dans l'a Ifaire: &lt;( Ce fut aus~i
moi, dit-elle, qui lus dans la rue Saint-Honoré, accompagnée de Fréron el de Merlin de
Thionville, enlever les clefs de la porte du club
des Jacobins, ce qui empêcha leur réunion ce
jour-là et donna ainsi le temps au parli contrairede provoquer leur clôture définiti,ve avant
qu'ils ne sef ussent concertés pour l'empècher. )&gt;
La chose a dû se passer ainsi, puisqueMmeTallien le dit. Mais il est curirnx de voir que deux
membres de l'Assemblée, arcompagnés d'une
femme, se donnaient mission d'attenter au
droit de réunion, au moment où la Convention
le faisc1il elle-même par une loi de circonstance.
Ce petit incident e~t une des mille preuves
de l'anarchie qui régna en France après le
9 thermidor et qui se prolongea, sous le Directoire, jusqu'au f8 brumaire. Cette anarchie
n'était pas seulement dans l'administration,
mais aussi dans les esprits. L'atonie des affaires
avait amené une misèregénérale,et les mémorialistes du temps onl tous fait le tableau des
souffrances de la population. Donnons celui-ci,
qui monlre en même temps ce qu'était alors
la vie à Paris : cc La disette était affreuse, dit
l'un d'eux, la misère au comble, et ce souverain déchu (le peuple) osait à peine se plaindre. Ce n'était plus qu'une vile populace sans
énergie, rugissant encore sous Ja main qui la
chàtiait, mais n'ayant plus même la pensée
d'une révolte. Tous les malins, la ville entière
présentait le déplorable spectacle de milliers
de femmes et d'enfants accroupis sur le pavé,
aux. portes des boulangers, pour y recevoir,
en paianl, un morceau de pain! Plus de la
moitié de Paris ne se nourrissait que de pommes de terre. Le papier•monnaie était sans
valeur, l'argent sans circulation; celte situation a duré plus d'une année. Un spectacle
plus élrange frappait encore les yeux de l'observateur : les infortunés qui avaient gémi
dans les prisons étaient rendus à la liberté,
et comme ils avaient échappé au supplice, ils
jouissaient de leur bonheur avec transport;
les dangers auxquels ils avaient été exposés
si longtemps excitaient un grand. intérêt. Hais
la vanité, si ingénieuse en France, en sut
tirer parti; c'était à qui prétendrait avoir le
plus souffert, et comme il était de bon goût
d'avoir été persécuté, une foule de gens qui
s'étaient cachés ou avaient acheté leur tranquillité à force de bassesses, se vantaient
d'avoir gémi dans les prisons. Des milliers
d'innocenls avaient péri sur l'échafaud; mais

si l'on s'en fût rapporté aux récits de la haine
et de la vanité, la moiûé de Paris eût emprisonné ou massacré l'autre moitié. A celle
époque, le désordre de la société était porté à
son comble; ]es rangs avaient disparu, les
richesses avaient changé de mains : comme il
était encore dangereux de se vanter de sa
naissance et de rappeler une ancienne existence, les nouveaux enrichis voulaient donner
le ton et joignaient à tous ks travers d'une
mauvaise éducation lous les ridicules d'un
patronage sans dignité. Une autre classe,
plus recommandable, les artistes, trouva de
la considération dans le besoin que beaucoup
de gens éprou\'aienl de chercher des distractions el mème des ressources dans les arts de
l'imagination. Ce goût des art~, généralement
répandu, acheva de jeter dans les modes el
jusque dans les mœurs de la capitale un dévergondage inconcevahle ; les jeunes gens se
coiffaient en victimes, l~s cheveux relevés sur
le sommet de la lêle, pour rappeler les infortunés qu'on conduisait au supplice; ]Ps femmes, au contraire, imitaient dans lPurs vêtements les usages de l'ancienne Grèce. On ne
croirait pas, sans l'avoir vu, que des femmes
charmantes, bien élevées et d'une naissance
distinguée, portaient des pantalons couleur de
chair, se couvraient les pieds de cothurnes,
étaient à peinè vêtues de robes de gaze transparentes, et, le sein détouvert, les bras nus
jusqu'aux rpaules, se présentaient dans les
lieux publics, et loin de révolter la pudeur,
n'excitaient que l'admiration el les applaudissements. Les anciens palais, ]es jardins particuliers é1aient transformés en asiles de
plab,irs: c'était l1 Él1·sée, c'était P.iphos, Tivoli,
ldalie, etc. ; et partout une cohue, une étourderie turbulente, un débordement de mauvais
ton et un mépris de toutes les bienséances qui
excitaient la honte et le dégoùt 5 • ))
La citoyenne Thérésia n'était pas étrangère
à cette corruption des mœurs ni à ces licences
de la mode. Dans ce renouveau de la Société
parisienne, c'est elle qui, en sa C[Ualité de
femme en vue, de grande coquette et de
beauté hors de pair, donnait le ton aux autres
femmes, comme le fait la reine dans une monart.:hie. Elle n'allait cependant pas tarder,
parmi bien des mauvais exemples, à en donner
un bon : celui du mariage.
Thérésia de,·ait à Tallien de l'avoir arrachée à l'échafaud, à Bordeaux; de cela, elle
l'en a\'ait payé et, de part et d'autre, les
conditions du marché avaient été tenues. Us
étaient quittes. Si elle lui devait aussi un
peu, pui~qu'il en avait signé l'ordre, l'incarcération de son ami Guéry, c'est bien à lui
qu'elle de\'aÎt sa mise en liberté. De son côté,
Tallien, pour lui être agréable, avait la courtoisie de lui dire que, sans son amour, sans
sa lettre, il n'aurait pas eu l'énergie d'allaquer Robespierre. On se devait donc réciproquement beaucoup de reconnaissance. N'y
avait-il pas lieu de faire sanctionner ces sentiments et l'irrégularité de leur situation par
le mariage'? Bien des convenances se trou-

1. Chancelier PMQu111t , Mém oins , t. I, p. 114.
2. A. M. de Pougcns, Bruxell es, 16 novembre 1824.

3. C1&lt; LA\'.ILETlE , Mém ofres et Sout:enù s, t.1 , p.1 M.
4. li y avait aussi une autre raison. Peut- être Thê-

résia était - elle d~jà enceinte de relie de ses fill es qui
de\'Înl la comtesse de Narbonne-Pelet.

reparaitre au 1héâtre de l'Odéon. On ~avait
qu'il devait y venir, ·on l'I attendait. JJmais
salle de spectacle ne ful aussi remplie. L'intérieur n'avait pas suffi; les escaliers mêmes
étaient pleins comme le parterre. Il paraît

enfin : quel accueil! Quelles acclamations!
Les spectateurs des loges, du parterre, les
hommes, les femmes, tous montent rnr les
bancs,. on ne peut assez le regardtr. Il éJait

...., 28o .....

�111ST0'1{1A

----- -----------------------·

veraient réunies - du moins tous deux Je
crurent - dans une union où il en avait
d'abord été si peu question. On ne sait si le
souci de la morale, celui de la dignité de leur

vie privée, entra dans les calculs de chacun.
C'est peu probable : à celle époque, à leur

âge, dans les classes sociales si opposée~ d'où
ils sortaient l'un et l'autre, on ne se preoccupait pas de pareilles niaiseries. Tallie~ ai~ait

'J'hérésia et en était aimé, ou du moms 11 le
croyait, ce qui revient au même. Il n'ignorait
sans doute aucune des légèretés de celte co-

quette. En véritable amoureux, il oubliait
celles qui avaient précédé le moment où il
l'avait connue et ne pensait pas que de nouvelles coquetteries pourraient 5ui, re celles-I_à.
Pour ce qui est de la façon dont elle avait,
pour lui, oublié ks lois de la m?ral~ el_ de
l'honneur, elle était toute ammsl1ee : falhen
oubliait assez volontiers qu'il lui avait imposé
lui-même cette conduite, il s'imaginait peutêtre aussi qu'il avait fait sa conquêle : sa
vanité y trouvait doublement son compte, car
'l'héré~ia était fort jolie, et puis, pensez donc,
elle était marquise I Pour le fils d'un domestique, ce n'élait pas là une mince considération, et, pour tout le monde,que serait l'amour
si la vanité ne venait pas en pimenter un peu
l'éternelle banalité?
Et le pauvre aveugle, qui, sans rappeler ~e
trop près l'enfant au bandeau et au carqu01~,
n'était pas mal de sa personne .e~ comptait
peut-être sur ses avantages ext~r•~~rs ~our
conserver sa conqnêle, ne pourn1t s imaginer
que Thérésia, un beau jour, lassée de lui ou
tout simplement curieuse d'un autre hommr,
pourrait se permettre _avec celui-1~. c~ qu'ell~
s'était permis avec lm. De cela, l 1dee ne lm
vint pas; ou, si elle lui vint, il se dit pl ut-~!re
qu'elle avait une jolie forlune et que,_lorsque
amour et beauté ,,iennent à nous faire banqueroute, c'est toujours u?~ comp~nsat~on.
Mais celte cruelle éventllid1te pom•a1t arriver
à d'aulrcs, à lui jamais! li aimait. il était
aimé et il arait peut-être eu vent de cette p~role de l'Étriture : Fortis esl ut nwt·s diLectio 1 (l'amour est fort comme la mort).
L'avenir devait lui monlrer bien vite que
l'Écriture ne se connaisrnit pa.:; plus que lui à
ces choses chez les femmes. Et c'est en toute
confiance qu'il s'embarl1ua dans l'aventure du
mariage.
.
.
,
De son &lt;Ôlé, Théré~ia ne m:rnqua1t 1,as d y
apporter une bonne ~rm·i~ion dïll_usions .
Mais pas les mêmes. L 'en1 vrement du tr10mphe
de thermidor, les exagérations qu'elle entendait de toutes parts sur les mérites de Tallien,
les ·applaudissements qui, durant plusieurs
mois 2, saluaieut l'entrée de son amant dans
tout lieu public, lui firent croire qu 'die
s'était trompée sur son compte et qu'il élait
réellement un homme de valeur.
Ambilieuse, elle pensa qu'arec les qualités
qu'elle lui prêlail depuis qu'on l'applaudissait
partout, Tallien ne s'arrêterait pas là. Il était·
fort jeune, vingt-cinq ans, pas davant:ige;
avec un peu de savoir-faire on pouvait espérer
pour lui les plus hrntes deslinées. Tout était
1. Gant., Vlll, 6.

créer à la société nouvelle qui s'élevait sur
les ruines de l'anf'ienne. li y avait de grandes
situations à prendre pour Ms hommes Jeunes
et entreprenauts. Tallien avait fait ses preuve~,
il était l'idole du puulic parisien : elle saurait
bien le pou~ser en se poussant el_le-même.
L'avenir, devant lui, s'ouvrait donc 11nmeose.
Elle aima il les nobles et délirates jouissances
du poun•ir; elle adorait le luxe : elle cr~t
que les hantes situations qu~ n~ manqu~ra1~
pas d'orcuper un ~omme s1. hwn_ par~t lUJ
procureraient les r1cbess:s necessa1res a. ~e~
&lt;Toùts dé\oraleurs. Et pm-:, a\ec cette îanltt~
~ue l'on a à prendre ses dé~irs pour des
Jilés, elle se di~ait qu'à !out prendre elle eta1t
haLituée à Tallien. Homme pour homme, autant accepter celui-là. li n'était pas plus la_id
qu'un autre, et, depuis qu'il la fré4ue_nta1t,
il s'était as~ez convenablement forme aux
usarres ex1érieurs de la bonne compag-nie.
~iais l'aimait-elle? Ceci est une autre question, el bien oiseuse, car qu'est-ce que
l'amour a à faire, je vous le demande, dans
le mariage? Elle trouv:iil ou croyait trouver
son avantaoe à épou.~er Tallien, elle l'épousait. Quoi de plus simple! Et y a-t-,il be~oi~
de s'embarrasser d'autre chose? Etc est arns,
qu'elle se trouva avoir pris pour mari JUStement l'homme qui ne pouvait en aucune
façon lui convenir, et Tallien, la femme qu'il
ne lui fallait pa,.
. . . ,
Et le 26 décemure 1~94 la mume1pahte
donmiit la sanction légale à l'union commencée rle ~i cavalière façon à Bordeaux. De
sanction religieuse, il n'eu fut point question.
Pas un parent ne si.!na au mariag~.
Après son mariage, Théréi ia quitta rnn
appariement de la Chaussée, d'Anlin p_our
aller sïnslaller anc son mari a la Chaumiere.
C'était une charmante habit11tion couverte en
chaume, située au coia de l'allée des Veuves
(à présent a,·enue Montaigne) et du CoursLa-Rl'ine.
La citO)'enne 'fallien, qui ai.mail le monde,
ce qui é1ait bien naturel, pmsqu~ sa beauté
lui valait dt!S succès et que sa gracieuse amaLilité lui en prof'urait d'aulres, voulut, une
fois mariée, se mettre à recevoir. Elle eut
pein~, tout d'ab~_rd, à recruter so_n s_alon :
l'émi«ration la !erreur, encore :-1 recente,
les d~uÜs, ia ruine générale en était'nl lrs
causes principales. !lais les dé~u_tés.' l_cs banquiers avec lesq~els son père av~11 ele. en relation, les fourrnsseurs drs armees qm commençaient à étaler un grand luxe, quelques
«ens de lettres et artistes lui formèrent
bientôt un noyrn d'habitués fort agréables.
On jouait, à la Chaumière; on jouait ~ème
très gros jeu; on 1 d!uait, on ,Y sou rait, on
y faisait de la musique ; mais, malgré la
vo«ue extraordinaire qu'avaient alors toutes
les° danses, on n'y dansait pas.
Toujours aimable, toujours charmante, la
belle mailresse de maison faisait on ne p('ul
mieux les honneurs de chez elle. QuelqUts
femmes commençaient à y venir, et, si elle
parlait avec elles plaisirs . et toilett~s, cela
ne l't:rnpêl·hait pas de smvre atten11,,em1:11t

;é~-

2. Chanctlier P.i.~Qun.:n, ./Jlémoh-es, t. 1, p. 114.

la politique de couloirs à laqu~lle é1ail mêlé
son mari et qui venait se contmuer _dans le~
soirées de la Chaumière. Elle prenait part a
toutes les causrries, même à celles d'affaires,
- les politiciens, on le voit, ont de tout
trmps traité les affaires entre les femm_es e_t
le champagne, - et s'évertuai_l à _pla1r~ a
chacun, ce qui ne lui était pas d,rûcile. c.~sl
ainsi qu'elle plantait les jalon.s de la carne~e
qu'elle rê\'ait pour son mari, et elle ~~,•ait
bien que, dans toute carrière, en po!1h~ue
plus encore qu'ailleurs, la femme dmt etre
le collaborateur de son mari. Du reste,
n'rst-ce pas elle qui en recueille les plus
beaux bénéfices! Mais il y en a si peu de capables! Et, par une dé~ision du sort.' ce. ne
sont jamais ctlles-là qui occu~ent la s1tuat10n
où elles pourraient faire briller leurs qualités, leur esprit et leurs talents. . ..
Dans l'anarchie universelle qm smv1l le
9 thermidor, Mme Tallien eut un ml'~ile;. el
hien grand : celui de prêcher la Lonle, I_mduluence et l'oubli des discordts passees.
1m: recevait des pétitions, comme j~dis à
Bordeaux · elle les apost11lait el se fais:a1t une
,
•
t '
clientèle de sollii;iteurs. Les émigr~s ren res,
les anciens royalistes, lui rappelant d'a1~ciennt&gt;s relations, ne craignairnt pas de _venu
s'adresser à elle, pour s'assurer le succes de
leurs demandes. Elle s'emplo)·ait avec une
bienveillance infati«able à obliger tout le
monde, et cette bie;veillance, trait distinctif
de son caractère, ne la quittera jamais.
Malheureusemeul. la r.oquLLterie, uue
extrême léo-èreté ne la quitteront pas darantao-c. Les t~rribles leçons des événements ne
lui apportent pas le moindre_ séricu.x dans le
caraclère ·1 le don de réflexion lm manque
to1alemen t; elle est toute de prime-saut, ne
fait que cc qui lui plait et ~e s'inquiète ~as
des conséquences. On pourrait presque cr01re
que, si elle fait le bien, c'est pour s'ti_mus.eri
si elle oblige les gens, c'est pour se d1str:ure,
pour satisfaire un besoin d'intri~uer, parce
qu'elle trome drôle de ~e mêler d'affaires et
de faire marcher les g(•ns à son commandement, &lt;JUe c'est une cbose délicieuse d'ê~re
une femme politique. Elle est du reste bien
convaincue qu'elle l'esl, depuis qu'elle cherr..:hc
à faire croire que c'est elle qui a ren,·ersé
Robespierre. N'écrivait-elle pas, en 1~2!, e~
faisant, il est vrai, une légère restr1d1on _a
ce qu'elle disait san~ aucune rt'.ticence d~pu1s
sa sortie de prison : « . ... Le 9 thermidor,
le plus beau jour de m~ vie, puisyu~ c't~t un
peu par ma petite mai~ que 1~ gu1Ilotrne a
été renversée. J&gt; Complice obligeant de ce
petit empiètemcnl sur les droits de son. mari,
le public le croyait alors, ou. du_ morns se
plaisait à se le figurer, tant 11 a1rue à personnifier en une idolr, homme ou femme,
ses sentiments, ses préférences, ses afli:clions,
comme aussi ses rancunes et ses haines.
C( On rendait gràces à Mme Tallien, dit un
contemporain, de la salutaire influence e~ercée par elle lors du U Lhermidor, et on aJo.u•
tait presque les hommilges de la reconnaissance puhlique au culte rendu à sa beauté 3 • )&gt;
3. Duc de Il \GtJsE , .llémoires, t. 1, p. 80.

1.JI

ClTO'YEl\lN'E

T ./11..Ll'EN

Mme Tallien rrut un peu trop à la situation meubles les plus recherchés, l'or, les diade sainte, tout au moins d'idole, qu'elle mants, devenus la proie de trois cents bri- charges et emplois extraordinaires, comme il
y eu avait sous la monarchie, demeurait un
s'était faite, et, dans son admiration pour gands dont l'opulC'nce insulie à sa )'lisère. La
simple dépu·é, perdu dans la masse des
elle-même, elle ne songea point, en ces plupart de ces dépulés sont sortis de la caaulrl's; que l'Henir qu'elle lui rroyait était
temps de misère navrante, à mettre un frein naille : à ces vices, ils ont ajouté celui d'une
bien long à se dessiner, qu'il ne justifiait
à son goût excessif pour la toilette. Lrs
pas,
en somme, les espéranc-cs qu'elle avait
gazettes du temps ne dédaignent pas de donner
placées en lui. Elle avait beau le pousser à se
parfois les détails de ces extravagances.
mettre en arnnt cl à devenir l'homme indisMallet du Pan, dans sa Correspondance avec
pensable
de la Conl'ention, Tallien, qui pala Cour de Vienne, parle d'une robe à la
raissait avoir fourni dans la conjuration
~recque que &lt;! Ja femme d'un député nommé
contre floblspierre la somme de ses capaTallien a payée douze mille livres». Si elle aicités, ne réussissait pas à prendre à. la Conmait à obliger ceux qui venaient s'adresser à
vention une place prépondérante. C'est qu'il
elle, il ne semble pas qu'elle ait beaucoup
y avail du subalterne en lui, du ,alet; il rn
songé à aider Jes pauvres, les uais pauvres,
ressentait de son origine : de plus, il n'avait
qui, par miiliers, mouraient de faim et de
pac; assez d'instruction pour s'occuper utilefroid . Sa bonté était plus passive qu'active,
ment des questions de législation ou d'admic'est-à-dire qu'elle ne refusait rien à ses amis,
ni,tration, el ses C( talents l) n'étaient pas de
mais ne pensait pas à aller au-devant des
ceux qu'on peut uliliser souwnt dans une
infortunes pour les soulager. Tout le mondr,
assemblée deliLérante : on ne f.tit pas Lous
d'ailleurs, était alors ainsi. On 1.e songeait
les jours un 9 thermidor. Aus5i le rnpit-on
qu'à s'amuser, qu'à faire la fète à outrance :
errer dans lrs couloirs, se mêl, r à une foule
théàtre, bals, concerts, soupers, se parlageaient
d'intrigurs, s'occuper de spéculations comle temps de ce petit noyau &lt;l'enrichis, de banmerciales rJbaissantes, s'éparpiller rn mille
quiers, de fournisseurs des armfos, de spépetitrs affaires.. Et, romme il n'arait pas dans
culateurs sur les biens nationaux, d'agiosa vîe un but élevé et d'intérèl général, il deteurs sur les subs:istances, de déptJtés, etc .,
meurait un médiocre et ne sorta'.t pas de
qui formaient alors le Tout-Paris de l'époque
M ER LIN" DE TIUONVILLE.
l'ornière
de~ rnlgaircs politiciens. li ue mûet s'étourdissaient, dans une orgie sans fin,
D'apres le dessin de i".IAuRrn.
rissait pas. C'est le défaut des hommes chez
sur les dangers de la patrie et les souffrances
qui les passions rt le sentiment l'emporttnl
des patriotes. Écoutons sur la façon de vivre hypocrisie plus effrontée que leurs mœurs, et sur
le caractère.
de tout ce monde, qui élait celui dont s'c n- ils donnent le premier exemple connu de
IJ
y avait amsi à cela une autre raison,
tourait Mme Tallien, le calvinisle et philo- l'impudence dans le crime el de la profanaoh! bien prosaï4ue, et que, comme lous les
sophe de Berne, Mallet du Pan. Il écriYait, le tion journalière des mots de justice, de vertu,
hommes faibles, il n'osait pas supprimerpnr un
1er février 1795 : « Je craindrais de peindre de désintPressement, de démence 1 • »
coup d'énergie, par un petit 9 Thermidor de
la vie inràme de trois ou quatre cenls de ces
Voilà le milieu dans lequel viYail lime Tal- ménage. Le malheureux a\ ait besoin J"argent
dépulés. lis é1onnent la Yillc la plus corrom- lien, jeune fr•mme de vingt et un am. Après
pour fournir aux dépenses écrasantes de sa
pue du monde entier par leurs débordements. Ie monde corrompu qu'elle avait rn et fréfemme. C'est pour cela qu'il prostitunit son
C'est du sein de la débauche la plus effrénée, quenté sous Louis XVI, après les singuliers
mandat électif dans des affaires commerciales
qu'ils rendent l'ordre drs massacresi c'est com,ivcs parmi lt·squels elle s:oupait l1 Buret qu'il ne rougissait pas d'en faire argent.
en sorlant des bras des plus vill·S prosliluées dèaux, il ne faut pas s'étounrr 4u'elle ne
Mais comment aurait-il pu rougir de quelque
qu'ils vont parler de mœurs el de vertus à s'en étonnât pas el11'•même, qu'elle ne pemàt
chose après Tours et Bordcaux? C'est aussi
la tribune; c'est au milieu d'orgies qui feraient point qu'on pf1t êlre autrement et vivre plus
pour de l'argent qu'il trahit la République,
rougir les plus impudents libertins qu'ils re- honorablement. Les comcrsalions de ces grns
lui , enfant de la République, qui lui devait
çoivent lts clefs des villes conquises et les aux sentiments si peu élcYés n'élaient guère
tout, qui n'avait été quelc1ue chose que par
propo!)itions de paix. Pres11ue tous out fait à faites pour remontn le. niveau de l'honn ur
elle: oui, il travailla, en 1795, à n·tablir la
Paris et dans les départements le commerce et de la dignité, et, dans son salon comme
royauté des BourLons. Incapable de faire ~a
des emprisonneml'nts èt des dêlivrances , des dans ceux qui s'ouH.1Îent peu à peu à Paris,
place au soleil par son travail dans une démomorls et d(s ,·ies; ils ont J1JÎ; à prix les têtes Mme Tallien n'entendait parler que du cours
cratie, a)ant de l'ambition et point de talents,
et les fortunes; mille fois ils ont envoyé à journalier des assignaLs c·t des de11r1:rs de
ce chacal dé la politique complait tirl'r honl'érbafau&lt;l celui dont ils avairnt reçu des s·1m- consommation, d'agiolage, de ~péculatious et
neurs et profits, profils surtoul, de la monarmes énormes pour le sauver. Partout ils ont d'alfoirrs. Ce n'est r1u'après ces conversations
chie. Et c'est ce qui fait tomber l'accusation
forcé des femmes chastes à se prostituer pour qui faisaient du salon une SU( cursale du Perlancée contre lui d'avoir été C! l'empoisonnc.-ur
racheter leurs jours ou ceux de leurs maris;. ron' ou du marchéaui: Llés,que qutlqurs esdu fils de Louis XVI au Temple ». D'abord
Tuul ce que l'impiété peut vomir de Llas- prits moins terre à terre parlaitul del, Consl'eufant n'a pas été emroisonné ; ensuite 1
plièmes, tout ce que l'immoralité peul dicta titulio11, de I.1 guerre, de la pacification des
comment Tallien aurait-il songé à le suppride turpiludes, forme leur habitude et leur esprits, parfois d'art et de littérature, et
mer, puisqu'il voulait au contraire le faire
com-cr~alion. Ils ont acquis l,·s hôtels, les alors une aimaLle pointe de galanterie venait
proclamer roi, afin d'asseoir solidement sa
fermes, le moLilit:r des propriétaires qu'ils égayer la causerie .
propre situation pendant la régrnce?
ont fait assassiner; leur luxe est celui dl's
Ccpendanl, Mme Tallien ne semLlail pas
La mort du jeuoe prince ruina, pour le
satr.ipes de l'ancienne Perse. Ils ne prennent m•oir trouvé dans son mariage, dans son
moment, ses espérances. Et l(s Jacobins n'apas la peine de dissimuler ces fortunes; mais mari plutôt, tout ce qu't,lle avait paru s'en
vairnt pas si tort qu'on pouvait le croire au
le peuple est tellement corrompu 4ue ce prometlre. L'affection de Tallit:" □ ne lui ma11premier abord en trnitant Tallien, Barras et
spectacle le touche peu, et lt·Ilemcnl ser,ile 4uait pas, mais cda ne la touchait que peu,
les autres Tbermidorie11s de royalistes~ puisque
qu'il Yoil aYec iudiflérence les plus belles dc- étant de ces femmes qui aiment mirux ètre
en préparant par des négocii:..tions secrètes le
Dlf:'urcs, les plus magnifiques maisons de préféréts qu'aimées. Ce qui l'ennuyait, c'est
rttour de Ja roputé, ils trahissaient la Répuplai~ance, les taLles les plus exquises, les que son mari, pour qui die avait rêvé des
Lliqur. Il est à remarquer, du reste, que
1

1. Mua.ET

011

PAX, Con·espoJ1da11ce at•cc fo cour

tle lïem1e, t. 1, p. 01.

2. Le Perron était cel f'sealier· aux marches dP
disjointes Cjui élail à l'cxlrt\milC de

pic1-rcs usées cl

ln rue \ïrirnne el sur 1, quel se trnaient tous ceux ~ui
1·i,·aienl Ue la Dom·sc.

�. - - mSTO'R,_1.JI
Tallien et Barras. furent seuls exceptés de la

loi dite d'amnistie qui, en 1815, exila les conventionnels régicides. Est-cc la citoyenne
Tallien ,qui les avait l'un et l'autre engagés à
entrer en pourparlers avec les Bourbons pour
une restauration royaliste? Peut-être. Toujours est-il que, en 1815, ils surent se prévaloir de leur trahison, et c'est bien plutôt à

cela. qu'au souvenir du 9 Thermidor qu'ils

aYeucrlemenl d'amoureux, Tallien commençait
o
.
b
à s'apercevoir qu'il ne ~ompta1t ~as ~~ucoup
chez lui : Lientdl on lm fera sentir qu 1l y est
de trop. Le pauvre homme dut terribleme~t
souffrir en voyant que sa femme ne voulait
pas être belle que pour lui. _Et belle, ~Ile
l'était, ~n ces années, au dela de ce qu on
peut dire. Sa beauté faisait événement "quand

elle entrait dans un salon, dans un théalre ou

FERMETURE DE LA SALLE DES jACOBlXS. -

durent les ménagements que la flestauration
n'ellt point pour les autres régicides.
Le jeuoe couple n'avait encore q~e tr.ès P,~u
de mois de mariage et le ménage n alla1t deJà
plus. Sa lune de miel n'av~it été qu'~n _déjeuner de soleil. Les tira1~lelD:ents cla1ent
fréquents. Tallien pourtant a1ma1t sa femme,
il l'aimait sincèrement. Et c'est pour cela
qu'il ne pouvait voir avecindifférenc,e les légèretés et inconséquences de plus dune sorte
que Thérésia, charmante si on_ veut, ~a~s volage el passablement perfide, mventa1t JOurnellement, comme si elle se fùt juré d'excéder
et de pousser à bout son mari. Malgré son

L;i

jauues collanls. C'ctait la mod~ de se dandiner
ain~i. Avec leur cliqutti;; de breloques, de
grosses chaînes de montre et de cannes torsPs,
avec leurs chapeaux à deux cornes Et leurs
cocardes gigantesques, ces incropbles ~~aient
em,ahi peu à peu le salon de la Chaum1ere et
rien n'était plus curieux que d'entendre, au
lieu de langage, le gazouillis de petite maîlre1:=se, fait d'inepties et de fadaises, que ces

Gravure de l\lALAf'E.~U, d,'aprés DUP LF.SSI-BF.RTF.A UX,

·dans quelque lieu public. Même chez lui,
cette beauté empêchait Tallien d'approcher sa
femme comme il l'aurait désiré. Et, comme
il y avait toujours beaucoup de monde dans sa
maison l'intimitéétaithannie du foyn. Chaque
soir, q~and on nê sortait ras, il voy~it Thérésia
trônant au milieu d'un cercle de Jeunes gens
à la mode. Ces inc oyables, comme on lrs
appelait, coiffés à l'imbrci_le jusque ;ur les
yeux, maniant avec millesmgeries un enorme
lorrnon avant de se le pbcer sur le nez, se
da;dinaient avec leurs habits bleus à basques
traînant jusqu'à terre, leurs gilêls à grands
re,·ers et à grands ramages, leurs pantalons

inr.-oyables Jêlaient avec une gracieuse étourderie à tous les échos du salon.
Tallien n'aurait pas voulu de tous ces
rrens-là
chez lui. Bien qu'il ne pût s'emfècbrr
0
.
d'être flatté , simple enfant du peuple, de rn11·
dans sa mai~on des hommes de l'ancienne
arislocralie venir en solliciteurs , il rn était
aus~i gêné. Mais il n'élait pas le _maîlre .de
signifier une volonté, d'avoir un avis, de fa1.re
une observation, de donner même un conseil,
On ne lui demandait rien de tout cela, et,
s'il aYait un droit, c'était celui de se taire.
Tout amoureux t1ui n'est pas aimé - et
c'est le cas général - en est là : c'est celui

1

des deux qui n'aime pas qui est lout; l'aulre
ne compte pas, ou si peu!. .. IleureusemE'nt
que la Providence nous a donné le don d'illusion et aussi l'espérance : ces deux viatiques
nous permettent d'atteindre, sans trop de désespoir, le moment où il raul dire adieu aux
chimèr~s. Tallien ne vivait donc que d'illusions
et d'espérances. Il cherchait à s'aveugler sur
son triste sort lorsque le voile des illusions
se déchirait lrop brulalement deYanl ses )·eux;
et c'est ce qui l'excuse de s'être plongé alors,
pour s'étourdir, dans toutes les sensualités.
Politicien, il cherchait aussi des disfractions
d,ms ces éternelles intrigues de couloirs, et,
toujours à l'affût des occasions de se mellre
en évidence, il essayait de gravir à nouveau les
li auteurs où l'arnil un instant porté le O Thermidor. filais l'éloffe, rn lui, faisait absolument
défaut, et, après quelque tcnlative, il rrtombait
dans la désolante réalité de son insurflsance.
Thérésia cependant le menait, el il est probable qu'elle fut plusd'unefois son inspiratrice.
On peut atlribuer un peu à son influence
la plaido-rie que fit Tallien, le 5 frimaire,
en faveur des fédéralistes bordelais, tt aussi
l'abrogation du décret du 6 ao ,'it 17!)5 qui
les aYait mis hors la loi i -à moins gue, dans
un simple intérêt particulier, une i11tention
électorale pcut-èlre ou le n1lurd désir de fairè
oublier les rnuvenirs fàcheux de son proconsulat, Tallien n'ait chnché à se concilier ainsi
des sympathies dan; Bordeaux.
Mme Tallien avait une ambi1ion : c'était de
rt!unir dans son salon tous les députés qui
avaient volé con Ire nobespierre le 9 Thermidor,
d'y amener peu à peu les autres, de les
gagner par ses manières gracieuses, et d'opérer
ainsi une concrntration dont son mari serait
le chef et elle l'inspiratrice. Le plan était
bon, et si Tallien avait eu quelque vdleur
personnelle, il aurait pu se réaliser facilement.
])ans les temps agités, un caractère doublé
d'une intelligence et d'une solide instruction
parvient toujours à s'impü:ier. Et il} avait
certainement une place à prendre dans l'Éwt,
car, depuis la chute du Comité de Salut public,
le pournir était de fait vacant.
On ne saurait blàmer Mme Tallien de cette
ambition, bien qu'elle eût trouvé rnn intérêt
à la réaliser. Rien ne saurait donner une idée
du point d'exaspfration auquel ]es esprits
étaient montés à la Convention, et la femme
qui rnulait en amenn la pac:fi~tion avait
assurément une pensée génért!use. S'efforçant
de faire de son rève une réalité, ~ltne Tallien
essayait de faire prendre goùt, par ;on exempt ·,
à un langage poli et à des manières moins
débrailJées que celles qui avairnt eu cours
avant thermidor, et cherchait à nettoyer les
laches de sang et de boue dont beaucoup
étail'nt couvrrls. Elle s'était entourée d'un
petit état-major de femmes plus aimables
que scrupuleuses, qui l'aidaient à attirer et à
retenir chez elle les hommes dont elle voulait former un groupe politique. Parmi ces
femmes SP. trouvaient Mme Ilovère, femme du

!·

nue \'icl?r de BR0G1.TR, Souvc11irs, 1. 1, p. 23.
~ ... L.a Pell[~ l'oste ~~ le Pl'ompt /11/ormatcw·,
.)me551doran ,. -221u1n 1797.

député montag-nard, Mme Je Navailles, Mme
de Chàteaurenault, lemme d'un député de
Saône-et-Loire, Mme de Beauharnais, dont le
mari avait péri sur l'échafaud et qui promenait son deuil dans les hais el les fêtes ....
Mme Tallien avait connu celle-ci pendant sa
détention, etla jeune veuve, trouva11t chci elle
une hospitalité facile qui lui parut devoir être
aussi profitable qu 'agréable, était vite devenue
son intime. Thérésia la présenta à diOërentes
perrnnnes qui l'aidèrent dans la situation
embarrassée ol1 elle se trounit, entre autres
i1 Barras qui, depuis thermidor, fréquentait
beaucoup la maison Tallien.
Mais sa facilité de mœurs, celle des femmes
de sa cour, le mépris qu'elle affichait de
toute pudeur, lui fire:it un grand lort dans
ses ambitions politiques . Le scandale de ses
élégants déshabillés défrayait tout Paris. , Je
voyais comme bien d'autres, a écrit un contemporain, la belle Mme Tallien arrivant au
fianelagh, babillée en Diane, le buste deminu, chaussée de cothurnes et rètue, si l'on
peut rmplo)'er ce mot, d'une lunique qui ne
dépassait pas le genou 1 • u La Lellc ciloyenne,
en effet, pour avoir plus de succès que les
autres femmes, a rait revêtu, comme toujours,
les grâcfü de la jeunesse, mai~ dépouillé à
peu près complètement ce qui aurait pu empêcherle public de les voir. Le mauvais exemple est toujours suivi. Mme Tallien eut le tort
de donner ce mauvais exemple, les autres
femmes de le suirre. « L'effronterie du luxe,
écrivait !lallet du P•n, surtout celui de la parure, surpao;;sc à Paris tout ce que les temps

C1TOYE.NNE T.l!LL1EN _ _ ,.

de la Momrchic offraient en ce genre de plus
immoral. » Et ces ligars, écrites en janvier 1795, seront mcore vraies deux ans
aprè5, car on lit dans un journal de 1 ~97 :
« Dimanebedernier était le jour de la décade.
C'était fête pour toutes les religions et chacun

s'était empressé de prendre l'air par un beau
temps et après quelques jours de pluie. Les
Champs~ElyséP,g regorgeaient d'endimanchés
et de déoadés. Deux femmes descendent d'un
joli cabriolet, l'une mise décemment, l'autre
les bras et la gorge nus, avec une .seule jupe
de gaze, sur un pantalon couleur de chair ... t »
Mme Tallien n'était peut-être pas la femme au
panlalon couleur de chair de œ jour-là, mais
elle était responsable de la licence qui se
voyait partout dans le vêtement des femmes.
Ces excentricités de tenue ne pouvaient plaire
à ceux des conventionnels qui aflicbaient ou
avaient vraiment des princ·Îpt'S d'austérité.
Amenés dans le salon de Tàllien, ils se scandalisaient de la mise plus gue fan1aisiste de
la maîtresse de maison, et, s'ils admiraient
ses petits pieds, ses bras et c&lt; quel4ues accessoires J), ils admiraient moins cette idée de
les montrer aux gens. Ils ne re\enaient plus
et retournaient aux clubs. Li ils ne craignaient pas de dire francheme11t leur avis sur
la belle impudente. Du haut de la tribune des
sociétés populaires, ils tonnaient contre la
Cabarrus et la corruption gu'elle introduisait
dans les mœurs rle la Républi4ue. lis ne ménageaient pas davantage lesaristucrates qu'ils
avaient coudoJés chez elle, Jt,s fournisseurs
et intrigants de toute sorte 4u"elle traînait à
ses !rousses. Et des appla11d1~sements, très
justes, il faut le reconnaitre, a(X;ueillaient
leurs virulentes déclamations.
Levasseur (de la Sarthe) avaitdit à la tribune
des Jacobins: &lt;( Demandous a Ti!llien un compte
exact de ses liaisons; qu'il nous dise où il en
est avec la femme d'un émigré 4ui se trouve
être la fille du trésorier du roi d'E,.pagne. JJ
Tallien avait répondu àce coup droit, /;!fOS de
sous-entendus. filais ses e-x pliC&lt;l lions n'avaient
satisfait personne, et, bien qu'il prole~làt de
sa pureté jacobine, on le chassa du club.
On ne le chassa pas de la Comention,
parce qu'on ne le pouvait pas, mais on l'y
attaqua a\·ec 1a même ,·iolen1..e. L't;t.iit toujours sur le même rnjct, sur la Cabarrus.
li lut obligé, à la séance du 2 jaurier f 7!)5,
d'expliquer à quel point il en éiait aVec elle.
Mais copions le Moniteur :
Du11u1 - ... Et nous qui n'avons pas les
trésors de la C1barrus ... (Grand bruit.)
ÎALI.ŒN réclame avec force la paroi~.
TAI.LIEN, à la tribune. Il en cuû1e à un
représentant du peuple d'entretenir de lui
une grande Assemblée. Depuis lo11gtemps je
me suis imposé silence, soit par mes discours,
soit par mes écrits. J'ai lait à la patrie le
sacrifice de mon amour-propre blessé; mais,
depuis quelques jours, les calomnies les plus
atroces ont retenti dans cette enceinte. Je
mets un terme à mon sil~nce, parce gu'il deviendrait un aveu tacite des horreurs qu'on
déverse sur un représentant du peuple.
« On a parlé dans cette Assemblée d'une
femme .... Je n'aurais jamais cru qu·elle dùt
occuper Je3 délibérations de la Convention
nationale'. On a parlé de la fille de Cabarrus.

3. Tallien oublie qu'elle occupa dejà , l"année llrécêdeule 1 les délibéralions de la Comcnlion. Et la
pélition qu'i! lui lil écrire &lt;le Bordeaux, qui fui lue

en. pleine Assemblée à la séance du 24 avril 1793, cl
qui euL le,; honneurs du reuvoî au Comité de l'instruction publique ?..

BARRAS.

�1

. - - 1f1ST0'/{1.ll
EU bien, je le déclare au milieu de mes collègues, au milieu du peuple qui m'entend,
cette femme est ma femme.

.

.

...

(( ... . Quant à la femme dont on a \'Oulu occuper l'Assemblée, je la connais depuis longtemps. J~ l'ai sauvée à Bordea~1x. Ses 1:1a!heurs et ms ver lus me la firent aimer. Arr1vee
à Paris dans des temps de tyrannie et d'oppr~ssion, elle fut perséculée et jetée dans une
prison.
.
,
&lt;1 Lin émissaire du tyran IU1 fut envoye et
lui dit: &lt;c Écrivez que vous avez connu Tallien
(!

comme un mauvais citoyen; alors on vous

donnera la liberté et un passe-port pour
c! a1ler dans les pays étrangers. l&gt;
« Elle rr.poussa rémissaire av~c indi~nation. Voilà pourquoi elle n'est sortie depr1son
que le 12 thermidor. On a trouv~ dans lts
papiers t.lu 1yran une note pour l en'"oyer à
l'échafaud.
« Voilà, citoyens, voilà celle qui est ma
femme. &gt;&gt;
Sl femme, elle l'était en effet, mais depuis une semaine seulement. .
.
Combien, ce jour-là, la c1loyenne Tall1e_n
dut bénir le représentaut Duhem ! Il avait
parlé d'elle à ]a Convention! Pas av1 c beaucoup de bienveillance, c'est ,T~i,_ ni de ~ourtoisie non plus, mais que lm importait? Il
avait parlé d'elle, c'est tout ce qu'il lui fallait.
Tourmentée du désir d'occuper les conversations de chacun, elle était aux anges de savoir
que la Crmvention l'avait prirn pour objet de
ses délibérations; son cœur faisait la rose en
entendant le récit de ce qui avait été dit à
\'Assemblée; il la faisait le lendemain en le
lisant dans le Moniteur .... Oh! ce Du hem, elle
l'aurait embrassé pour lui avoir fail le plaisir
de l'insulter à la tribune de la Convention!
(i

MaJr,ré les mœurs licencieuses qu'introduisit cel~e "rande prêtresse de la mode, il serait
injuste d~ ne pas reconnaître que Mme Tallien
exerça aussi une heureuse influence : ce fut
sur le retour de la sociabilité en Franct&gt;.
Héunissanl aulour d'elle tous les enrichis du
jour, elle leur donna, par ses prodi~alités, l_e
goùt de la dépense. Cela procura du trav:itl
aux ouvriers et ouvrières qui, depuis si longtemps, mouraient de faim, et fit ainsi renaître la circulation de l'argent dans le commerce, di! l'esprit dans les classes supérieures.
Recevant les plus rustres des conventionnels, elle s'évertuail à leur faire apprécier le
charme d'une réunion où l'on causait décemment, où l'on faisait de la musique et où l'on
laissait pour quelques moments de cô~é
!'odieuse politique. Remplie de grâce, mais
ayant &lt;( plus de jargon que d'esprit )), pour
emplo1er une e1pression d'une de ~es conremporaincs, la princesse Hélène de Ligne, elle
s'amusait à plaire, causant, jouant du piano,
ch:wlaul !t tour de rùle. Elle allait même jusqu'à dire des vers, plus, sans doute, pour
Lriller elle-même que pour faire goûter à son
auditoire les douceur:, de la poésie. &lt;c Un certain soir, - dit un journaliste du temps,
Mme Tallien, après avoir brillé tour à tour

r
auprès d'une harpe et d'un piano, voulant
prouver à ses convives qu'elle n'était étrangère à aucune sorte de talent,, se ~il _à déclamer quelques vers du rôle d Agrippm~ da~s
Britannicus. &lt;c-Mafoi, ma bonne amie, dll
&lt;! Uerlin de Thionville, vous avt&gt;z appris le rôle
&lt;&lt; d'Agrippine comme moi ci-lui de Brutus, par
&lt;1 in!-tinct. n Cette saillie fit rire tout le monde;
Mme Tallien eut le bon esprit de faire comme
tout le monde 1 • l)
Tous les banquiers et fournisseurs se mirent eux-mêmes à recevoir et ouvrirent leurs
salons : une société nouvelle essaya de se
constituer, augm,.,ntée des débris et épaves de
l'ancienne. &lt;&lt; C'était, a é1.;rit Mme de Staël
revenue à Paris au mois tle mai 1795, c'était
vraiment alors un spectacle birn bizarre que
la société de Paris .... L'on ,,oyait, les jours de
décade, car les dimanches n'existaient plus,
tous les éléments de l'ancien et du nouveau
réoime réunis dans les soirées, mais non
o
..
des perréconcilié;;,
Les élégantes mameres
sonnes bien élevées perçaient à travers
l'humble costume qu'elles gardaient encore,
comme au temps de la Terreur. Les hommes
convertis du parti jacobin entraient pour la
première fois dans la société du grand monde,
t'l leur amour-propre était plus ombrageux
encore rnr tout ce qui tient au bon ton, qu'ils
,,oulaiPnt imitf'r, que sur aucun au1re sujet.
Les femmes del' ancien régime les t&gt;nlouraient
pour en obtenir la rentrée de Jeurs frè:e::, de
leurs fils, de leurs époux, et la flatterie graciruse dont elles sav:iienl se servir venait
frapper ces rudes oreilles et disposait les factieux les plus acerbes à r.e que nous arnns ,,u
depuis, c'e11t-à-dire à refaire une Cour, à reprl'ndre tous ses abus, mais en ayant soin de
se les appliquer à eux-mêmes'. »
11 faut remarquer ici que, malgré l'opinion
avantageuse que Mme Tallien aimait assez
&lt;tu'on eût de son esprit, elle ne cherr.ha pai:
~ entrer dans les salons où l'on causait. Peutèlre n'y eùt-elle pas été admise. Mais tbez
Mme de Staël, où se groupaient Lou,; les genres
de supériorités, la chose lui E-ÛL été aisée.
Mme de Staël, 11ui avait un bon cœur et ne se
laissait pas arrèter par les préjugés, lui aurait
ci•rlainementouvert toutes grandt&gt;s les portes
de son salon. Elle ne pouvait avoir oublié que,
le 2 septembre 1792, Tallien était venu lui apporter un passeport, qu'il lui avait donné, pour
f!;a ~ùreté, un gendarme chargé de l'accompa·
gner jusqu'à la frontière, qu'il avait mê~e
poussé la courtoisie jusqu'à dire qu'il oublierait les noms des personnes qu'il avai l trouvées chez elle et qui s'estimaienl fort compromises d"y avoir été vues par un secrétaire de
la Commune. Celle conduite parait bien
naturelle. A ce moment, elle le paraissait
m(lins el était fort r:ire. Il n'y a pas tant de
Ldles actions dans la vie de Tallien pour
qu ·on ne lui tienne pas compte de celle-là.
Mme de S1aël ne l'ouhlia pas et son hienveillant souvenir se manifeste dans srs Conside'ratians sur la Re'volution /1·auçaise. Mais si
Mme Tallien ne fut pas de ses r(.'uuions, c'est

qu'elle ne désirait pas en être. Dans le cercle
d'intelligences d'élite qui gravitaient aulour
de Mme de Staël, elle n'eût pas fait très brillante fioure; à côté de cette reine de l'esprit,
elle eût°été assez effar,ée, elle qui n'était que
reine de la beauté. Elle n'aurait eu là que le
second rang, tout au plus; aussi n'y alla~
t-elle pas. Plustard,sousle Directoire,Mmede
Staël, qui renait souvent chez Barras au
Luxembourg et à Grosbois, la rencontra plus
d'une fois, mais ces deux femmes s'en tiendront toujours à de simples rapports de politesse.
Mme Tallien cherchait avant tout à s'amuser et à jouir de la vie selon ses goûts, plus
matériels qu 'éthérés . Elleconrribua cependant
à établir, sinon le règne de la clémence, tout
au moins celui de l'oubli, sur les ruines du
rè"ne
de la Terreur, et il n'est pas douteux
0
qu 'elle ail sou\'ent aiguillé son mari vers la
modération politique . Nous l'al'ons déjà dit.
Mais Tallien, incapable de suivre plus de quelques semaines un plan de cond~_ite, retomh~it
trop fréquemment dans l ormere de la violence. Enfant de la Terreur, il ne concevait
pas, en polilique, d'aulre syslèm?. de gouvernrment. C'est évidemment sous I rnlluence de
i:-a femme qu'il avait dit : ci La Conventionne
doit pas souffrir que la République soit pl~s
longtemps divisée en deux classes: les persecuteurs et les persécutés, ceux qui font peur
el ceux qui ont peur. » Mais sa conduite démentait bientôt ces sages paroles jusqu'au
jour où, rappelé de nouveau à la modération,
il prononçait encore des phrases sonores sur
la liberté et recevait en récompense quelque
sourire de Thérésia. Cela Je tirait pour un
moment des préoccupations moroses et ch~grines qui étaient maintenant son état o~d1:
nairP. Car, des deux côtés, on commençait a
s'apercevoir quel' on n'était nulleme~t fait l_'u~
pour l'autre. Il en est presque touJours ams1
lorsqu'un entrainement, où certains avantages
physiques plus ou moins contestables, ont eu
plus de part que les froids calculs de. la raison, a déterminé un manage. Le pauue Tallien commençait à s'en rendre compte et
chaque jour lui montrait corn Lien sa femme
était le contraire de ce qu'il avait cru et dece
qu'il aurait souhaüé qu'elle lùt. _Ses gaspillages insensés le fa1sa1ent non moms sou0rir
que ses coquetteries trop accentuées et ses
costumes trop déshabillés. Après a mir dépensé
pour y pourvoir les sommes qu'il avait rapportées de Bordeaux, prévotant le °:1oment
très prochain où il ne pourrait plus faire ~ace
à de telles dépt'nses et sachant que cerlarnes
femmes n'aiment leur mari - c'est-à-dire ne
le supportent - que tant qu'il leur fournit de
l'aroent
le malheureux se voi·a;t au moment
0
'
•
de ne plus être aia:é de sa femme. Il y avait
si peu de temps cependant qu'il5 ét~ient ~ariés ! Et c'r.st cette cruPlle perspecllve qui le
jeta, peut-être pour s'étourdir sur les tri~tesses de son intérieur si brillant, dans le vm
el les courtisanes de Las étage. lis sont plus
nombreux qu'un ne le pense, les hommes qui

1. Tableau de Paris, 18 rc11Lôsc an \'. {8 mars
1 ;06).

lion fra11ça.•se.

1

2. ll11E Dt: STAEL, Co11sidéraliom sw· la Rt:volu-

i

Î

Lli

CITOYENNE TALLIEN - - . . ,

ont recour$ à ces Iris tes déri, atifs pour oublier Sa femme, dont le parti thermidorien cherche
les chagrins que l,mr donnent des femmes li faire l'héroïne et la divinité de la llépuhli- perdre à chacun la saine notion des choses, le
peuple finit par être aussi insensé que ms détrouvées séduisantes et aimables dans le monde.
que, y siège, y trône, plulôt, entourée d'hom- putés : cc Un agiotage effréné, des fortunes
En les voyant se plonger dans les désordrrs
t&gt;t les dissipations, on leur jelle la pierre;
mais si l'on se donnait la. peine de rechercher
les molifs d'une telle conduite, c'est à la
femme qu'on jelterait la pierre, à la femme
qui, par ses indifférences, par ses rebuffades
souvent, par ses exigmces folles et ses dépenses extravaganres, choses dont le public ne
voit que le càté brillant, rend la ,,ie commune
intenable au meilleur des maris. Tout montre
que tel était le sort de Tallien dans son ménage. S'il avait lu Massillon, il aurait pu
reconn:iître, tout en s'en faisant l'application il
lui-même, la justesse de cette réflexion :
« C'est un désordre d'aimer ce qui ne peut
être noire bonheur, ni notre perfection, ni
par conséquent notre repos .... Et, au fond,
nous sentons bien nous-mêmes l'injuslice dt!
cet amour,quelque emporté qu'il puisse être,
nous découvrons bientôl,dans les créatures qui
nous l'inspirent, des défauts et des faiblesses
r1ui les en rendent indignes, nous les trou\'ons
Lienlôl injustes, bizarres, fausses, vaines,
incoaslantes; plus nous les approfondissons,
plus nous nous disons t1 nous-mèmes que
notre cœur s'est trompé et que ce n'est pas
C!icbe A. H!Otk.
là ce qu'il cherchait.. .. Notre raison rougit
LES ECLAIREURS DE HOCHE DANS LE r1N1STÈRE. TaNeau de CotSSIN OE LA FOSSE.
tout bas de la faiblesse de nos penchants;
nous ne portons plus nos liens qu'avec peine,
notre passion devient noire supplice. . .. &gt;) mages et d'amirscomplaisanles. Pour donner
Tallien en était à cette dernière étape de le change sur de œrtains bruils qui ont eu immenses en papier élt&gt;vées en un clin d'œil,
l'amour i mais, en ce moment, c'était laques- cours, il propose de célthr,·rune rète commé- la corruption la plus vile, le brigandage et
tion pécuniaire qui le tourmentait le plus. morative du supplice de Louis XVl; il va à J'pJTronterie des mœurs publiques, un million
Car si sa femme avait une grande qualité, une aulre f'ète dounée par le comte Carletli, de~ familles. plon~/es de l'aisance dans la
l'horreul' de l'avarice et d13 la mesquiMrie, minislre plénipotentiaire d'une petite cour n1i~èrp, le luxe le plus impudent conlrastant
elle avait aus,i, fautede réflexion rt de mesure, italienne, le jour même où l'on apprend la avec lï11digence, et les mots de vertu, de morale, d'humanité, de sagesse dans la bouche
le défaut de cette qualité : c'était un gouflre, mort du malheureux fils de Louis X\"!.
de
tous les fripons et de tous les imbéciles qui
et tous les trésors de l'Inde eusst:nt filé comme Mme Tallien accompagne son mari ou y va de
de l'eau à travers ses jolis doigts aux ongles son côté. Il n'y a pas de fète sans elle . !lais composent. les !rois quarts de Paris, ,·oilà la
roses . Tallien se mit donc à spéculer, tomme à ct&gt;Jlc-1·.i, la hclle ciloyenne eut un su~cès situation de celte capitale. &gt;&gt; C'est le 21 juin
chacun d"ailleurs le faisait à cette époque, inouï. ~lallel du Pan, trJs bien renseigné sur 1795 que Mallet du Pan faisait ce tableau de
Paris.
Après s'être enrichi par lrs exactions à Ror- ce qui se passait à Paris, écrit que « c'était
Tout ce luxP, toutes ces jouissances factices
dt&gt;aux, il cherche à faire une seconde fortune une fête somptueuse où dt!s femmes, aussi
à Paris par l'agiotage. Comme tout le monde viles par l'infamie de leurs mœurs que par se tournaient chez Tallien en amertumes. Et
il se fait marchand de savon, de chandelles, leurs principes, é1alèrent le luxe des voitures, c'esl à cet état d'âme particulier, où le jetaient
de bonnets de colon .... Mais il ne réussilsans des pierreries. d~ la parure la plus recherchée. les extravagances inconcevables de son adodoute pas dans ses spéculations, car on le voit, Un grand nombre de députés ... étaient réunis rable femme, qu'il aimait et qui ne se souciait
'"ers la ûn du règne de la Convention, faire à ces prostiluées, la plupart leurs conculiines. pas de lui, qu'il faut peut-être attribuer les
partie d'une société de fournitures et sub~is- La femme TalliPn rrçut les adorations d'une propositions sanguinaires qu'il fit à la Conlanœs militaires, Ja compagnie Ouen, sise rue rPine. Mme de Staël y prodigua son impu- rention. Le terroriste, le buveur de sang se
Taranne. Fouché en était aussi, Héal égale- dence et son immoralité; la joie la plus retrouvait en lui sous l'apprenti homme du
monde qui avait le plus brillant salon de
ment. Il est probable que Tallien chercha à bruyante di:')tingua r:ette orgie. 1&gt;
Paris. sous Je mari malheureux qui en avait
entrer dans d'autre:: entreprises financières
Et quels temps pour des lètes pareille,!
plt~s ou moins avouables, toujours pour com- C'est au plus fort de la di,ett", alor, que la la plus jolie femme. li monta à la tribune le
bler le gouffre sans cesse béant des dépenses ruinP est générale, que le peuple entier souflre 15 germinal an III pour demander 4ue les
Je sa femme, et ces dépenses n'éraient c rtai- de la faim, que l'avenir est on ne peut plus députés condamnés à la déportation (Barère
nement pas faites pour des fondations d'or- menaçant. ... Quel démoralisant spcctncle pour étai! parmi ceux-là) fussent condamnés à mort
phelinats ou d'asiles de vieillards, dont le les ma«ses ! Mais les massPs, est-ce que les poli- et exécutés sur-le-cbamp. Un murmure de
réprobation s'éleva sur tous les bancs et l'Asbe~oin se faisait alors si terriblement f-'entir.
ticiens s'occuprnt d'elles? La moralisa1io11 du semblée passa à l'ordre rlu jour.
Cela ne l'empêt.:hait pas de chercher aussi. peuplc,est-ce que cela vaut un in~tant de leurs
Moins de deux mois après, le 1er prairfol,
comme politicieu, la fortune dans les inlrigues plaisirs ou de l1•urs intérèts particuliers? IJède couloirs. Pour ne pas se laisser ouLlier, il tises que fout cela! ... li fautjouir, il faut jnnir la Convention c:,t envahie par lè peuple. Une
~c mèle à tout, il se montre partout. 11 fait vite de la fortune malpropre qu'on a amass~e fuis l'émeute apaisée, quinze députés sont
partie d'une sorte de comité dont l'abbé en qul'lques jours : qui satt si demain on le arrètés comme ini;;tigateurs ou complices du
Sie1 ès est le cbf'f et qui se tient le plus souvent pourra eucore ?... Aussi les habitants de Paris mouvement. &lt;&lt; Ce n'est point assez d'arrêter
quelques hommes, ~•écria Tallien; il faut
à la Chaumière, d'autres fois cbezJ ulie Talma. sont-ils en proie à un affolement qui a fait
d'autres rueurtres, car il ne faut pas que le

�_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _J

,---

1!1STOR,.1.ll

Tallien, qui était à la recherche d'un '.ôle
cul ]ïJéc peu délicate da s'appropri_er ecl
depuis
qu'il en avait joué un, fut enchante~~
écrit. li le demanda à M. Charles, le mil dans
encore. l&gt;
celte
mission.
De son côté, Horhe n'eut qua
Voyant que les lois de sang étaient passées sa poche, et, plus tard, « le lut comme son se louer du concours des deux commissaires.
à la Convention 1. » Mais ce retour à
de mode, Tallien se rejeta du côté de la mo- ouvra"e
0
Habitués aux procédés révolu1i?n~1airt-~, il~
dération. Les principes ne le gênaient guère, la mo dération ne dura pas. Un mois après, n'hésitèr( nt pas, pour procurer a I armee de:s
comme
les
Chouans
avaient
repris
la
campagne
puisqu'il n'en avait _aucun .. Politicien ~e _b~s
et en Normandie, et que la Con- vivres el des chevaux, à employer dt•s moyen.s
étarte 1 il allait là où 11 croyait que son rnleret en Bretacrne
0
&lt;l'é m1.0• res
' de qui répugnaient au général et auxquds il
ét:;i.it d'allcr, sans même penser qu'il était venlion a\'ait appris qu'un corps
n'eût sans doute pas rrcouru.
.
quatre
mille
hommes
venait
d'~tre
débarqué
député pour s'occuper des inlérèls du payscl
Mais ils ne s·en tinrent pas à cefa. Une&lt;·ap1tnsur
nos
côtes
par
la
flotte
angl~1se,
~~s
~emnon des siens. Il versa donc dans la modéralation avaitété.arrêtèe, ,•erbahmt&gt;nl !-e11l1·menl,
tion et cette voile-face fut mème l'occasion bres du Comité de Salut publtc, s msptranl
Parait-il ' entre le 0(rénrfal Hoche et fh·s démigrés
pour lui d'un succès qÙi ne lui fit pa~ grand des traditions de leurs terribles devanciers et débarqués:
.
ceux-ci, moins les c:ht' ~, e,aienl
honneur. Yoici le fait: Rœderer, qm, pour se rappelant l'énerg~e. passée de !allien, ~e être traités comme prisonniers de tfUnrt·. Les
sauver irn têle sous la Terreur, s'était retiré au firent ré\'eiller au m1heu de la nuit et parltr commissaire de la ConvenLion sur,1ennenl el
Pecq, village au pied de la ,ùte de Sainl- pour l'armée de l'Ou~st en qu~lité de_com- acceptent la capitulation. et _Vous_ S.t:'r, z, ~e~Germain, avait écrit pour se distraire, pen- missaire de la Conve.nt10n. On lui donnait des s.ieurs, dit Tallien aux pnsonmer:-, traites
.
.
dant sa réclusion volontaire ou plutôt forcél&gt;, pou,·oirs illimités.
La Convention avait repns ses anciennes avec toute l'humanité due au malheur'. ))
une sorte de discours satirique sur le régime
Puis Tallien se rend à Paris pour faire part
de la Terreur. C'était un morceau tout à fait habitudes : elle croyait la République mena- de ces événements à la Convention.
réactionnaire. li l'envoya à un rédacteur d.u cée elle nommait des commissaires. Le
Il n'avait point à ce moment d~ dis~ositions
journal le Rtipubticain, nommé Charles. Celui- rep~ésentanl Blad fut joint à Tallie~. llsavaienl, sanouinaires à l'égard des pr1sonrners. Le
comme
instruclions
générales,
l
ordre
de
seci en prit connaissance et en rit un~_Ieclure
général llocbe lui avait prêché la clémence _e~
un soir dans le salon de la Cliaum1ere. Cet conder le général Hoche, '3ans toute~ois se mê!er Tallien s'était rendu à ses rai~ons d humanile
article obtint le suffrage de la uelle Théré,ia desopérationsmilitaires et, au besom, de faire et de bonne politique. (! Je serai lcu_r avocat,
et des assislanls. Tallien, devant ce suecès, lever en masse la Normandie et la Ilretagne. écrivait-il au général avant de partir, et au
secrètement avec Tallien et lui prêta sa rédaction, ses
1. fü.11.f.RE, Ménwfres, t._ IV, .P- 105._.-:- S.1.1~n;besoin je prierai pour ces monstre!! 5 - lJ
ide,•s. »
"90
DE0\'E, Cause1'ies du lu11dt, L \111,_p. J;:i0: a Tal2. Comte o'AtLo~nLu:, .llém.twcrels, L Ill. p.v lien n·arait fait qu'y adapter un ~et1t_préamhule;-··
II partit donc avec des idées de cl(rurnce.
j_ 13rnGoc~1o~x, J'ie di, génel'al llocl,e, p. 'l 90-lf.ll.

MADAME CAMPAN

soleil se lève et qne ces scélérats eÀisLcnt

Rœderer, dès ce moment (28 aout 11~4), travailla

JOSEPH

(A suivre. )

TURQUAN.

~

Marie Leczinska, reine de France
Marie Leczinska, femme de Louis XV, par des histoires que dans ce cas elle se faiparlait souvent de la position plus que mé- sait conter comme les enfants en dèmandenl
diocre où elle se trouvait à l'époque où la po- à leurs bonnes. Cette nuit, rien ne pouvait
litique du cabinet de Versailles Îll rompre le ramener son sommeil : sa femme de chambre,
mariage du roi avec la jf'lmc in fan le, et mon- Ja croiant endormie, s'éloignait de son lit sur
ter au rang de reine de France une princesse la pointe des pieds; le moindre Lruit du parpolonaist', fille d'un souverain détrôné. 1hant r1uet réveillait la reine, qui criait ; &lt;( ÜL1 allezqu'un événement aussi peu espéré e1il changé vous? Restez; contez encore. )&gt; Quoiqu'il fût
la destinée de celte Ycrtueuse princesse, il plus de deux heures après minuit, celte
avait été question de la marier au duc d'Es- femme, qui se nomm:iit Iloirot, et qui était
trées, et quand la duchesse de ce nom vint fort naïve, lui disait : &lt;1 Mais qu'a donc Votre
lni faire sa cour à Versailles, C'lle dit aux Majesté celle nuit 1 y a-t-il de la Îlèvre? fautpersonnes qui l'environna.ient : cc Je pourrais il faire éveiller son médecin? - Oh, non,
cependant être à la place de cellç dame, el non, ma bonne Ooirol, je ne suis pas malade;
fai~e la révérence à la reine de France. n Elle mais cette pauvre madame de Châteauro11x 1
racontait que le roi son père lui
avait appris son élévation d'une
manière qui aurait pu lui faire
une trop grande impression; qu'il
avait eu soin, pour ne pas troubler sa tranquillité, de lui laisser
ignorer totalement les premières
négocia1ions entamées pour son
mariage, et quf\ tout étant définitivement arrêté et l'ambassadeur arriré, son père s'était rendu
chez elle, avait avancé un fauteuil, l'y avait fait placer, et lui
avait dit: cc Permettez, madame,
que je jouisse d'un bonheur qui
répare et surpasse tous rues revers : je veux être le premier à
rendre mes hommages à la reine
de France. ►&gt;
Marie Leczinska n'était pas
jolie; mais elle avait de la finesse
dans l'esprit et dans les traits,
et ses manières simples étaient
relevées par les grâces des dames
polonaises. Elle aimait 1~ roi;
ses premières infidélités lui fure1Jt
très pénibles à supporter. Cependaol la mort de madame de Cb,\leauroux, qu'elle avait connue
fort jeune, et qui avait même
été l'oujcl de ses bontés, lui fil
une pénible impression. Celle
bonne reine se ressentait des premières années d'une éducation
superstitieuse : elle avait peur
des revenants. La première nuit
qu'elle passa après avoir appris
celte mort presque subite, elle ne pouvait si elle revenait!. .. - Eh Jésus! madame, lui
s'co&lt;l.ormir, et faisait veiller une de ses répondit cette femme, qui avait perdu toute
femmes, qui cherchait à calmer son insomnie patience, si madame de Cbftteauroux revient,
VI. -

U:Œ CHASSE

sors

LA RESTAURATIO:-i. -

L ' HALLALI DU CERF. -

◄

288

w,

n·après re~tamte de

]AZET.

IhsTORtA. -

f asc . 4(•

bien sùrement cc n'est pas Votre Majesté
qu'elle viendra chercher. ii La reine partît
d'un éclat de rire à celte naïveté; son agitation cessa, et bientôt elle fut endormie.
La nomination de madame Le Normand
d'l~tioles, marquise de Pompadour, à la place
de dame du palais de la reine, offensa la dignité autant que la sensibililé de cette princesse. Cependant les hommages respectueux
de la marquise, l'intérêt qu'avaient les grands
qui briguaient ses faveurs de la faire traiter
avec indulgence par la reine, le respect de
Uarie Leczinska pour les rnlontés du roi,
1out concourut à cc que la marquise fùt assez
Lien vue par celte princesse. Le frère de madame de Pompadour reçut du
roi des lettres de haute naissance, et fut nommé surintendant des bâtiments et jardins.
Soment il faisait offrir à la reine,
par la marquise sa sœur, les
neurs, les ananas, les primeurs
les plus rares, venant des jardins de Trianon et de Choisy.
Un jour que la marquise était
eatrée chez la reine, portant une
grande corbeille de lleurs qu'elle
tenait avec ses deux beaux bras
sans gants, par signe de respect,
la reine admira tout haut la
beauté de la marquise, et par
des éloges déLaillés, qui auraient
convenu autant à une production
des arts qu'à un être animé, elle
semblait vouloir justifier le goùt
du roi. Le teint, les yeux, les
beaux bras de la favorite, tout
avait été le sujet d'éloges faits
avec le ton de supériorité qui les
rend plus offensants que flatteurs, lorsque la reine pria la
marquise de chanter dans l'attitude où elle était, désirant entendre cette voix et ce talent do.nt
Loule la cour du roi avait-~té
charmée au spectacle des petits
appartements, et réunir à la fuis
le plaisir des oreilles à ceux des
yeux. La marquise, tenant toujours son énorme corbeille, sentait parfaitement ce que cette
invitation avait de désobligeant,
et cherchait à s'excuser sur l'invitation de
chanter. La reine fiî1it par le lui ordonner;
alors elle fit entendre sa belle ,,oix, en chai'9

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _J

,---

1!1STOR,.1.ll

Tallien, qui était à la recherche d'un '.ôle
cul ]ïJéc peu délicate da s'appropri_er ecl
depuis
qu'il en avait joué un, fut enchante~~
écrit. li le demanda à M. Charles, le mil dans
encore. l&gt;
celte
mission.
De son côté, Horhe n'eut qua
Voyant que les lois de sang étaient passées sa poche, et, plus tard, « le lut comme son se louer du concours des deux commissaires.
à la Convention 1. » Mais ce retour à
de mode, Tallien se rejeta du côté de la mo- ouvra"e
0
Habitués aux procédés révolu1i?n~1airt-~, il~
dération. Les principes ne le gênaient guère, la mo dération ne dura pas. Un mois après, n'hésitèr( nt pas, pour procurer a I armee de:s
comme
les
Chouans
avaient
repris
la
campagne
puisqu'il n'en avait _aucun .. Politicien ~e _b~s
et en Normandie, et que la Con- vivres el des chevaux, à employer dt•s moyen.s
étarte 1 il allait là où 11 croyait que son rnleret en Bretacrne
0
&lt;l'é m1.0• res
' de qui répugnaient au général et auxquds il
ét:;i.it d'allcr, sans même penser qu'il était venlion a\'ait appris qu'un corps
n'eût sans doute pas rrcouru.
.
quatre
mille
hommes
venait
d'~tre
débarqué
député pour s'occuper des inlérèls du payscl
Mais ils ne s·en tinrent pas à cefa. Une&lt;·ap1tnsur
nos
côtes
par
la
flotte
angl~1se,
~~s
~emnon des siens. Il versa donc dans la modéralation avaitété.arrêtèe, ,•erbahmt&gt;nl !-e11l1·menl,
tion et cette voile-face fut mème l'occasion bres du Comité de Salut publtc, s msptranl
Parait-il ' entre le 0(rénrfal Hoche et fh·s démigrés
pour lui d'un succès qÙi ne lui fit pa~ grand des traditions de leurs terribles devanciers et débarqués:
.
ceux-ci, moins les c:ht' ~, e,aienl
honneur. Yoici le fait: Rœderer, qm, pour se rappelant l'énerg~e. passée de !allien, ~e être traités comme prisonniers de tfUnrt·. Les
sauver irn têle sous la Terreur, s'était retiré au firent ré\'eiller au m1heu de la nuit et parltr commissaire de la ConvenLion sur,1ennenl el
Pecq, village au pied de la ,ùte de Sainl- pour l'armée de l'Ou~st en qu~lité de_com- acceptent la capitulation. et _Vous_ S.t:'r, z, ~e~Germain, avait écrit pour se distraire, pen- missaire de la Conve.nt10n. On lui donnait des s.ieurs, dit Tallien aux pnsonmer:-, traites
.
.
dant sa réclusion volontaire ou plutôt forcél&gt;, pou,·oirs illimités.
La Convention avait repns ses anciennes avec toute l'humanité due au malheur'. ))
une sorte de discours satirique sur le régime
Puis Tallien se rend à Paris pour faire part
de la Terreur. C'était un morceau tout à fait habitudes : elle croyait la République mena- de ces événements à la Convention.
réactionnaire. li l'envoya à un rédacteur d.u cée elle nommait des commissaires. Le
Il n'avait point à ce moment d~ dis~ositions
journal le Rtipubticain, nommé Charles. Celui- rep~ésentanl Blad fut joint à Tallie~. llsavaienl, sanouinaires à l'égard des pr1sonrners. Le
comme
instruclions
générales,
l
ordre
de
seci en prit connaissance et en rit un~_Ieclure
général llocbe lui avait prêché la clémence _e~
un soir dans le salon de la Cliaum1ere. Cet conder le général Hoche, '3ans toute~ois se mê!er Tallien s'était rendu à ses rai~ons d humanile
article obtint le suffrage de la uelle Théré,ia desopérationsmilitaires et, au besom, de faire et de bonne politique. (! Je serai lcu_r avocat,
et des assislanls. Tallien, devant ce suecès, lever en masse la Normandie et la Ilretagne. écrivait-il au général avant de partir, et au
secrètement avec Tallien et lui prêta sa rédaction, ses
1. fü.11.f.RE, Ménwfres, t._ IV, .P- 105._.-:- S.1.1~n;besoin je prierai pour ces monstre!! 5 - lJ
ide,•s. »
"90
DE0\'E, Cause1'ies du lu11dt, L \111,_p. J;:i0: a Tal2. Comte o'AtLo~nLu:, .llém.twcrels, L Ill. p.v lien n·arait fait qu'y adapter un ~et1t_préamhule;-··
II partit donc avec des idées de cl(rurnce.
j_ 13rnGoc~1o~x, J'ie di, génel'al llocl,e, p. 'l 90-lf.ll.

MADAME CAMPAN

soleil se lève et qne ces scélérats eÀisLcnt

Rœderer, dès ce moment (28 aout 11~4), travailla

JOSEPH

(A suivre. )

TURQUAN.

~

Marie Leczinska, reine de France
Marie Leczinska, femme de Louis XV, par des histoires que dans ce cas elle se faiparlait souvent de la position plus que mé- sait conter comme les enfants en dèmandenl
diocre où elle se trouvait à l'époque où la po- à leurs bonnes. Cette nuit, rien ne pouvait
litique du cabinet de Versailles Îll rompre le ramener son sommeil : sa femme de chambre,
mariage du roi avec la jf'lmc in fan le, et mon- Ja croiant endormie, s'éloignait de son lit sur
ter au rang de reine de France une princesse la pointe des pieds; le moindre Lruit du parpolonaist', fille d'un souverain détrôné. 1hant r1uet réveillait la reine, qui criait ; &lt;( ÜL1 allezqu'un événement aussi peu espéré e1il changé vous? Restez; contez encore. )&gt; Quoiqu'il fût
la destinée de celte Ycrtueuse princesse, il plus de deux heures après minuit, celte
avait été question de la marier au duc d'Es- femme, qui se nomm:iit Iloirot, et qui était
trées, et quand la duchesse de ce nom vint fort naïve, lui disait : &lt;1 Mais qu'a donc Votre
lni faire sa cour à Versailles, C'lle dit aux Majesté celle nuit 1 y a-t-il de la Îlèvre? fautpersonnes qui l'environna.ient : cc Je pourrais il faire éveiller son médecin? - Oh, non,
cependant être à la place de cellç dame, el non, ma bonne Ooirol, je ne suis pas malade;
fai~e la révérence à la reine de France. n Elle mais cette pauvre madame de Châteauro11x 1
racontait que le roi son père lui
avait appris son élévation d'une
manière qui aurait pu lui faire
une trop grande impression; qu'il
avait eu soin, pour ne pas troubler sa tranquillité, de lui laisser
ignorer totalement les premières
négocia1ions entamées pour son
mariage, et quf\ tout étant définitivement arrêté et l'ambassadeur arriré, son père s'était rendu
chez elle, avait avancé un fauteuil, l'y avait fait placer, et lui
avait dit: cc Permettez, madame,
que je jouisse d'un bonheur qui
répare et surpasse tous rues revers : je veux être le premier à
rendre mes hommages à la reine
de France. ►&gt;
Marie Leczinska n'était pas
jolie; mais elle avait de la finesse
dans l'esprit et dans les traits,
et ses manières simples étaient
relevées par les grâces des dames
polonaises. Elle aimait 1~ roi;
ses premières infidélités lui fure1Jt
très pénibles à supporter. Cependaol la mort de madame de Cb,\leauroux, qu'elle avait connue
fort jeune, et qui avait même
été l'oujcl de ses bontés, lui fil
une pénible impression. Celle
bonne reine se ressentait des premières années d'une éducation
superstitieuse : elle avait peur
des revenants. La première nuit
qu'elle passa après avoir appris
celte mort presque subite, elle ne pouvait si elle revenait!. .. - Eh Jésus! madame, lui
s'co&lt;l.ormir, et faisait veiller une de ses répondit cette femme, qui avait perdu toute
femmes, qui cherchait à calmer son insomnie patience, si madame de Cbftteauroux revient,
VI. -

U:Œ CHASSE

sors

LA RESTAURATIO:-i. -

L ' HALLALI DU CERF. -

◄

288

w,

n·après re~tamte de

]AZET.

IhsTORtA. -

f asc . 4(•

bien sùrement cc n'est pas Votre Majesté
qu'elle viendra chercher. ii La reine partît
d'un éclat de rire à celte naïveté; son agitation cessa, et bientôt elle fut endormie.
La nomination de madame Le Normand
d'l~tioles, marquise de Pompadour, à la place
de dame du palais de la reine, offensa la dignité autant que la sensibililé de cette princesse. Cependant les hommages respectueux
de la marquise, l'intérêt qu'avaient les grands
qui briguaient ses faveurs de la faire traiter
avec indulgence par la reine, le respect de
Uarie Leczinska pour les rnlontés du roi,
1out concourut à cc que la marquise fùt assez
Lien vue par celte princesse. Le frère de madame de Pompadour reçut du
roi des lettres de haute naissance, et fut nommé surintendant des bâtiments et jardins.
Soment il faisait offrir à la reine,
par la marquise sa sœur, les
neurs, les ananas, les primeurs
les plus rares, venant des jardins de Trianon et de Choisy.
Un jour que la marquise était
eatrée chez la reine, portant une
grande corbeille de lleurs qu'elle
tenait avec ses deux beaux bras
sans gants, par signe de respect,
la reine admira tout haut la
beauté de la marquise, et par
des éloges déLaillés, qui auraient
convenu autant à une production
des arts qu'à un être animé, elle
semblait vouloir justifier le goùt
du roi. Le teint, les yeux, les
beaux bras de la favorite, tout
avait été le sujet d'éloges faits
avec le ton de supériorité qui les
rend plus offensants que flatteurs, lorsque la reine pria la
marquise de chanter dans l'attitude où elle était, désirant entendre cette voix et ce talent do.nt
Loule la cour du roi avait-~té
charmée au spectacle des petits
appartements, et réunir à la fuis
le plaisir des oreilles à ceux des
yeux. La marquise, tenant toujours son énorme corbeille, sentait parfaitement ce que cette
invitation avait de désobligeant,
et cherchait à s'excuser sur l'invitation de
chanter. La reine fiî1it par le lui ordonner;
alors elle fit entendre sa belle ,,oix, en chai'9

�.r--

1f1STORJ.ll

sissanl le monologue d'Armide : Enfin il est
en ma puissance. Toutes les dames présentes
à cette scène eurent à composer leur visage
en remarquant l'altération de celui de la reine.
La reine recevait avec beaucoup de grâce
el de dignité; mais il arrive très som:ent aux

rrrands de répéter les mêmes questrnns, la
~térilité des idées étant bien pardonnable
dans des réceptions publiques où on a si peu
·de choses à dire. Une ambassadrice fit sentir
à celle princesse qu'elle Tie se prêtai_! pas à
ses distractions sur ce qui la concernait. Cette
dame était grosse, et, malgré son état, elle
se présentait ass\dûment ch~z la _reine, qu~,
toutes les fois qu eUe la voyait, lm demandait
si elle était grosse, et, après la réponse affirmative, s'informait du nombre de mois où
en était sa grossesse. Fatiguée de la récidi'"~
de ces questions, et· désobligée de l'oubh
total qui avait toujours suiv~ celte fo~sse

marque d'intérêt, l'ambassadrice répondit à
la question : Etes-i·ous grosse? Non, madame.
Dans l'instant celle réponse rappela à la mémoire de la reine celles qui lui m·aient élé
faites précédemment. &lt;c Comment, madame!
lui dit•elle; il me semble que vous m'avez
répondu plusieurs fois que vous étiez grosse:
seriez-vous accouchée~ - Non, madame;
mais en répétant toujours la même chose à
\'olre Majesté j'ai craint de l'ennuyrr. 11 Cette
ambassadrice fut depuis ce jour reçue très
froidement à la cour de Marie Leczinska; et
si êlle avait eu plus d'influence, l'ambassadeur eût bien pu se ressentir de l'indiscrétion de sa femme. La reine était gracieuse et
modeste; mais plus, dans l'intérieur de son
âme, elle remerciait Dieu de l'avoir placée
sur le premier trOne de l'Europe, moins elle
,,oulait qu'on se rappelàt son élévation. Ce
sentiment la portait à faire observer toutes
les formes de respect, comme la haute idée
du rang dans lequel les princes ~on~ nés, et
qui les conduit trop souren t à dedaigner les
formes d'étiquetle el à rechercher les habitudes les plus simples . Le c~ntraste. sur ce
point était frappant e~tr~ Mane Leczm~k~ et
Marie-Antoinette. On l a Justement et generalement pemé : celte reine infortuné~ por~a
trop loin son insouciance pour cc qui te_na1t
aux formes sévères de l'étiquette. Un Jour
que la maréchale de Mouchy la fatiguait de
questions sur l'étend~e qu'elle rnulait accorder aux dames pour oler ou garder leur manteau, pour aYoir les barbes de ~curs ~oi~ures
retroussP.es ou pendantes, la reme lm repondit en ma présence : &lt;{ Madame, arr~ngez
tout cela comme vous l'entendrez; mais ne
· croyez pas qu'une reine née arthiduche?se
d'Autriche J' apporte l'intérêt cl_ l'attention
qu'y donnait une princesse polonaise de\'enue
reine de France. ll
La princesse polonaise, à la véritP,, ne pardonnait pas le moindre écart sur le pro~on,d
respect dû à sa personne et à tout ce qm dependait d'elle. La duchesse_ de ·:•, dame de
son palais, d'un caractère impérieux et aca-

riàtre, s'attirait de ces petits dégoûts que l~s
serviteurs des princes ne manquent 1ama1s
de donner aux personnes hautaines et désobligeantes quand ils peu_vent les appuier, :~r
leurs de,·oirs ou sur de simples usages. L ell&lt;1uetle on pourrait dire les seules convenances' du respect, interdisaient de rien p~ser
à soi sur les sièges de la thambre de la rernc.
On traversait à Versailles celle chambre poOr
se rendre au salon de jeu. La duchesse de***
posa son manteau sur un. des, pli~n~s rangés
devant la balustrade du hl; 1hmsS1er de la
chambre, chargé de suneiller tout ce qui se
passait dans cette pièce pendant la durée du
jeu, vit ce manteau, le pnt et.le porta d~ns
l'antichambre des valets de pied. La reme
avait un gros chat favori, qui ne cesrnit de
parcourir les appartements. Ce manteau de
satin, doublé de fourrure, se trouve à sa
conrenance, il s'y établit. Malheurrnsement
les traces de son séjour se firent remarquer
de la manière la plus désagréa~le sur !e sat~n
Liane de la pelisse, quelque som que Ion eut
pris pour les faire disparaître avant de I_a lm
donner. La duchesse s'en ;iperçut, prit le
manteau à sa main, et rentra furieuse dans
la chambre de la reine, qui était encore environnée de presque toule sa c?ur : C( Yoyez,
madame, lui dit-elle, l'impertmence de l'Os
gens, qui ont jeté ma pelisse sur une banquette de l'antichambre, où le chat de V~lrc
Majesté vient de l'arranger com~e la v01l,a. &gt;l
La reine mécontente de ses plamtes et d une
semblabie familiarité, lui dit de l'air le plus
froid : c( Sachez, madame, que vous avez _des
gens, el que je n'en ai pas; j'ai des officiers
de ma chambre. qui ont acheté l'honneur de
me ser,ir : cc sont des hommes bien élevés
et instruits; ils savent quelle est la dignité
qui doit accompagner une de mes _d~me.s d~
palais; ils n'ignorent pas que, cho,~ie parmi
les plus grandes dames du royaume, vous
devriez ètre accompagnée d'un écuyer, ou
au moins d'un valet de chambre, qui ]e
remplacerait et recevrait de vous votre pelisse, et qu'en observant ces form:s con~enables à votre rang vous ne seriez pomt
exposée à mir Yos effets jetés sur des banquettes d'antichambre. ))
Marie Leczinska ne put voir sans prérention la princesse de Saxe, q~i épou.sa le dauphin en secondes noces; mais l~s rga~ds, les
respects, les soins de la daupb~ne, lm. firent
oublier qu'elle était fille du prrnce qm portait la couronne de son père. Cepend:int quelques preuves des profonds rerncntimen~s ne
peuvent échapper aux yeux des gens qui_ environnent sans cesse les grands; et s1 la
reine ne voyait plus dans la princesse de
Saxe qu'une épouse chérie par son fil ~, et ln
mère dn prince desliné à la succession du
trône elle n'avait pas oublié qu'Auguste por•
tait l~ couronne de Stanislas. Un jour, un
officier de sa lharnbre s'étant chargé rle lui
demander une audience particn li ère pour le

ministre de Saxe, et la reine n'étant point
disposée à l'acc?~der, cet ~.om:°e _insista en
se permctlant d aJouter qu 1! n avait osé demander cette faveur à ]a reine que parce que
ce ministre é1ait un ambassadeur de famille.
u Dites anti-famille, reprit la reine avec
vivacité, et faites-le entrer. &gt;J
La reine aimait beaucoup madame la duchesse de Tallard, gouvernante des enfants
de France. Cette dame, apnt atteint un âge
avancé ,·int prendre concré de Sa Uajesté et
'
0
.
lui faire
part de la résolution
qu'e 1le avait
prise de quitter le monde et de mctlre e°;6n
un interYalle entre la vie et la mort. La reme
lui t(moigna tous ses regrets, essa)a de la
détournE&gt;r de ce projet, et, tout attendrie par
l'idée du sacrifice auquel la princesse se déterminail, lui demanda où elle comptait se
retirer : C&lt; Dans les entresols de mon bôlel,
madame, 11 lui répondit madame de Tallard
Le comte de Tessé, père du dernier comte
de cc nom, qui n'a point laissé d'enFants,
était premier écuJer de ]a reine Marie Leczimka. Elle eslimait ses wr!us, mais s'amusait quelquefois de la simplicité de son esprit. Un jour qu'il avait été question des
hauts fails militaires qui prouvaient Ja noblesse française, la reine dit au comte : c&lt; Et
vous 1 monsieur de Tessé, toute votre maison
s'est aussi bien dislinguée dans. la carrière
des armes? - Ah! madame, nous avons tous
été tués au service de nos maîtres! - Que je
suis heureuse, reprit la reine, que vou,; soye-z
resté pour me le dire. 11 Ce bon M. de Tessé
avait marié son fils à l'aimable, à la spirituelle fille du duc d'Aycn, depuis maréchal
de Noailles; il aimait éperdument sa be l'e~
fille, et n'en parlait jamais qu'avec attendrissement. La reine, qui cherchait à l'obliger,
l'entretenait souvent de la jeune comtesse, et
lui demanda un jour quelle qualité il remarquait essentiellement en elle. cc Sa bonté,
madame, sa bonté, répondit~il les yeux pleins
de larmrs ; cUe est douce... douce comme
une Lonne berline. - Voilà bien, dit la
reine, une comparaison de premier écuyer. &gt;&gt;
Le père de la reine était mort consumé
auprès de sa cheminée. Comme presque tous
les vieillards, il répugrniit à des soins qui dénotent l'affaiblissement des facultés, et avait
ordonné à un valet de chambre, qui voulait
rester près de lui, de se retirer dans la pièce
voisine. Une étincelle mit le feu à une douillette de taffetas ouaté de coton, que la reine
sa fille lui avait emoyée. Ce pauvre prince,
qui espérait encore sortir de l'état affreux ol1
l'avait mis ce terrible accident, voulut en
faire part lui-même à la reine, et, mêlant la
oaieté douce de son caractère au courage de
~on :îme, il lui manda: &lt;( Ce qui me console,
ma fille, c'est que je brûle pour ,,ous. ))
Cette Jeure ne quitta pas Marie Leczinska jusqu'à sa dernière hc?re, et ses _femm;s la
surprirent souvent ba~sant ~n papier qu_ elles
ont jugé être le dernier adieu de Slamslas .
ill,DAME

CAMPA:\.

JOSEPH

TURQUAN

"""

La cilo])enne Tallien
CHAPITRE V (suite).

1

(

qu'il réclamait d'elle, et pour solde el pour
acompte. Ala séance du 9 thermidor de l'an Il,
il avait exhibé el brandi théàlralemenl un
poignard en disant : « J'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé
d'un poignard pour lui percer le sein si la
Convention nationale n'a\'ait pas le courage de
le décréter d'accusation. 11 Le coup du poignard lui avait trop bien réussi pour n'en pas.
faire, le 9 thermidor de l'an III, une seconde

Arrivé ;) Paris le 8 thermidor, Thérésia,
qui menait de front les plaisirs de l'intrigue,
ceux de l'ambition et les autres, avertit Tallien, dès sa descente de voiture, qu'il y avait du
nouveau: le Comité de Salut public avait des
preuves de ses relations secrètes avec les royalistes. C'était Sieyès, cette taupe de La Révolution, comme l'avait appelé Robespierre,
qui avait éventé la mèche, surpris des pièces
probantes en Hollande et remis le tout au
Comité.
A cette nouvelle, le traitre se sentit perdu.
Comment se justifier devant le Comité de Salut public? .. . Il n'y avait pas de temps à
perdre pour prendre une détermination, car
le lendemain même il fallait se présenter à la
Convention. Aussi, peut-êlre d'un commun
accord avec sa femme, Tallien décida-t-i[ de
nier tout ce dont on pourrait l'accuser. L'audace tire presque toujours d'affaire. De plus,
il fallait afficher un républicanisme plus
intransigeant que jamais, se montrer farouche
et requérir contre les royalistes de Quiberon
les plus terribles châtiments. Mais la capitulation,? il fallait la nier. Mais les paroles échangées 1 il fallait nier !oui cela. !lais les letlres,
les papiers? ... il fallait les détruire.
Ainsi fut-il fait. Des centaines de prisonniers devaient être sacrifiés pour sauver un
traitre du chà1iment que méritait sa trahison!
Le lendemain, 9 thermidor, la Convenlion
tenait une séance solennelle. Tous les députés
siégeaient en costume. Des guirlandes de
fleurs décoraient les murs, un orchestre faisait entendre des airs patriotiques, et des
choeurs de jeunes fi Iles habillées de blanc
chantaient des hymnes de !larie--Joseph Chénier. La séance commença par la lecture, que
fit Courtois , d'un rapport sur la journée du
!) thermidor de l'année précédente. Ensuite
Tallien monta à la tribune. li lut, lui aussi,
un rapport, mais sur l'affaire de Quiberon.
Toujours à l'affùt d'un rôle, d'une situation
à prendre, il était visible que Tallien cherchait à rajeunir sa popularité, vieille déjà
d'un an, et à se faire décerner de nouvelles
couronnes ci\'iques ....
Un jour de fête, on est indulgent. Le 9 thermidor, pour qui l'aurait-on été si ce n'est
pour Tallien? La Convention ne marchanda
pas à ce représentant] les applaudissements

édilion. Mais, cette fois , il ajouta des fioritures et manqua son effet pour l'avoir voulu
trop complet. Parlant des vaincus de Quiberon , il tira de sa ceinture un poignard et le
brandit aux yeux des représentants étonnés,
en disant :
{( Ce poignard est un de ceux dont ces
chevali'crs étaient armés, qu'ils destinaient
à percer le sein des patriotes, et dont ils n'ont
pas fait usage pour eux-mêmes, parce qu'ils
connaissaient le venin que cette arme recélait.
li faut apprendre à toutes les nations qu'un
animal en ayant été frappé, il a été vérifié que
la blessure était empoisonnée. J&gt;
Voilà legalimatias que le goût de Ja phrase,
plus que le goût de la vérité, faisait faire à cc
cabotin de la politique. !lais Tallien , " qui
avait fort peu de traits dans l'esprit, a écrit

1. On a vu un peu plus haul qu 'i l ne se bornait
pas â s'approprier leurs mots, mais qu 'i l n'a.nit pas

hêsitê un jour
Hœderer.

Cliché Giraudo n.
i'IÎADA)I E T A LLIEN.

Gra vure de

a lire

Q UENEPE Y,

comme siens les travam rie

son ami Barras qui n'en avait guère plus, ne
faisait point de bons mots par lui-même; il
répétait ceux des autres 1 , il les répandait et
les multipliait dans sa causerie peu vive, mais
inextinguible, qui l'a fait appeler Robinet
d'eau tiède. JJ
Ce jour-là, pourtant, ce n'était pas de l'eau
tiède qui coulait du robinet; c'étaient bel et
bien des paroles calomniatrices, empoisonnées
comme les poignards dont il parlait et auxquels personne ne crut dans l'Assemblée. !lais
la Convention. que le débarquement des émigrés avait passablement alarmée, n'était pas
disposée à Ia clémence : Tallien se mit à
l'unisson. Aussi bien arait-il pour cela ses raisons. Les memhresdu Comité de Salut public,
lhermidoriens comme lui, consmtirent à garder pour eux ce qu'ils avaient appris de ses
menées avec les royalistes et se contentèrent
de le tenir à !'oeil. Il le sentit el dès lors le
terroriste se montra plus d'une fois sous le
thermidorien afin d'assoupir les légitimes déflances des républicains sincères.
L'on n'a pas de pièces sur cc point de l'histoire de nos discordes civiles. Tallien avait
trop d'intérêt à les faire disparaitre pour qu'on
ne le soupçonne pas de les avoir détruites
lui-même ou fait détruire par ses amis. ll
n'avait pas fait autrement après le 9 thermidor de l'an Il. De même pour celle gênante
affaire de ses négociations avec les royalistes.
cc Ce fourbe avait intrigué avec l'Espagne dans
l'intérêt du dauphin, et, après sa mort, il
intriguait encore pour mettre sur le trône de
France un infant d'Espagne, et pour masquer
ses diverses machinations, il proposait les
mesures les plus terroristes i. )J
Et pourquoi Tallien qui, par ses origines,
aurait dû , moins qu'un autre, être soupçonné
de jouer au républicain , cherchait-il à se
vendre aux rnnernis de la République, à
traillr le régime auquel il dm•ait, faute de
pouvoir être quelqu'un, d'avoir été quelque
chose? Eh! mon Dieu, pour une femme,
comme toujours! C'était peut-être pour obéir
à la direction de Thérésin, mais bien plutol
pour avoir de quoi suffire à ses gaspillages
insensés : car ce n'est pas avec son indemnité
de vingt-huit livres par jour :1uïl le pourait
faire.
Mais revenons à la fète du 9 thermidor.
Une fois la soleÎlaité terminée à la Convention, Tallien rejoignit sa femme. Eux au~si 1
ce jour-là, donnaient leur petite fète. Du
'l. Lunom:: Scmr:T, I.e Direc(o ire, t. 1, p. 2'18.

�_

111STO'J{1.Jl

------------------------------------~

9 thermidor ils aYaient fait leur chose, et
cette chose les anil faits : c'était leur piédestal à tous les deux. Il y avait donc grand
diner de gala it la Chaumière pour célébrer
cette fêle de famille. lime Tallien avait-elle
choisi ses con,ives?C'csl probable; d'ailleurs
elle le dit, " J'avais réuni tous les députés
marquants et exagérés de tous les partis. ))
li l avait surtout les principaux girondins et
]es thermidoriens , Louvet, Lanjuinais, Boissy
d'Anglas, Fréron, Barras, no\'ère, etc., cl l'on
mit par les mots : c1 J'arais réuni. ... » la
suprématie qu'elle avait dans son ménage.
lime Tallien aimait assez que le public
s'occup,it d'elle cl de ce qu'elle !aisa1l. Elle
trouva, d'accord a"ec son mari, que l'occasion
était bonne pour se rappeler à son souvenir.
Aussi firent-ils insérer au 1foniteur la note
suivante :
« Tallien, pour qui celle époque est aujrmrd'hui glorieuse à des titres nournaux,
avait invité plusieu!'~ de ses colll'gues à un
banquet frugal.
« Voici les toasts qui ont été portés dans
cette assemLlée d'amis, qui sentaient également le besoin de se rapprocher et de s'unir.
a Lanjuinais a proposé le premier.
(C 1. Au 9 Thermidor,auxreprésentantsamis
de la liberté, qui, dans ce jour mémorable,
ont abattu le tiran, et depuis ont renversé la
L}'rannie. Puissent l'attachement de leurs
collègnes el l'amour des Français être la récompense de leur patriotisme cl de leur
dé\'ouemenl !
« Tallien a porté le second.
« 2. Aux députés mis hors la loi sous la
tyranniedel'anciengou,·ernement ,aux soixantetreize, aux autres ,·ictimes de la Terreur et à
tous ceux qui, dans ce temps dé5astreux, sont
restés fidèles aux lois de l'amonr et de la
librrlé !
a J'ajoute, a dit Louvet : EL à leur union
intime avec les hommes du 9 thermidor 1
« Voici les aulres toasts:
,, ~- Aux armées de la Ilépublique: puissent-elles trouver dans la paix glorieuse
qu'elles préparent la n'compeme de leur
dévouement !
« 4. Les mânes des Français morts en combattant contre la royauté.
« :, Les amis de l'égalité et de la liberté,
quelque pays qu'ils habitent.
, (i, Les puissances amies de la République
frail(:.aise.
, 7. La conslilulion de la République :
puissent la sagesse et la réOeiion de ses représentants corriger les défauts qui auraient pu
s'y être glissés, avant de la soumettre à l'acceplalion .
a 8. Le général Kosciusko, et tous ceux qui
comme lui sont dans les fers pour la cause de
la liberté.
a 9, La clémence : puisse le peuple français, victorieux, donner l'exemple de cette
vertu !
« 10. La concorde entre Lous les représen1. Comte

d'ALLOS\lLLE,

J/im, secret,, l. Ill, p. 398.

'2. Mme Talli en , ou M. de Lecretelle, ignore que
Je,; \HÎ50llnicrs n'on t pas étë exl'cutés en une fois. mais

tants, amis de la justice el de l'humanité.
« Le dernier toast a été porté au milieu
d'acclam,tions nouvelles :
,, 11. Tallien, Hoche el les vainqueurs de
Quiberon. »
I.e .lfonileill' appelle modestement ce diner
un banquet {r11gal. Il était si peu spartiate,
cc banquet, 11u'il y eut au moins onze toasts
cl que l'échaulTcmenl des convives élail lei
que, vingt-neuf ans plus tard, Mme Tallien
s'en sournnail encore et écrivait « ..• le diner
anniversaire du ll, dans lequel j'avais réuni
tous les députés marquants et exagérés de
tous les partis. \'oyanlque par les toasts portés
on allait finir par se jeter les assiclles à la
tète, je me levai el, avec un s.ang-froid qui
imposa à la bruyante assemblée, je portai le
toast qui fit tout rentrer dans le calme le plus
parfait: A l'oubli des erreurs! au pardon des
injures ! à la réconciliation de tous ks Franç,is ! »
C'est dans ce banquet frugal que Tallien,
en s'associant au toast porté à la clémence,
oublia le mensonge qu'il avait fait à la Convention et s'élourdil sur les hécatombes humaines qui en allaient être la conséquence.
En effet, la Com·cntion, à qui Tallien n'avait
pas parlé des engag('menls, verbaux tout au
moins, é1.:hangés entre les combattants, pour
faire cesser une lutte fralricide ; la Convention, auprès de qui Tallien calomnia les prirnnniers, la Convention se crut ohligér, devant
les craintes des répuLlicains cl les pré~omrtuern~e~ audaces des royalistes, d'appliquer
les lois dans toute leur rigueur. Une commis•
sion, réunie à Vannrs, rut chargée de distinguer dl·s ,•fr:tablrs émigrés les prisonniers
enrôlés comme gens de service. C'élait une
soupape om·ertc par laquelle un crrtain nombre d'hommes put être sauvé. ll01•hf', de son
cOté, arait eu soin de faire gardl'r les prirnnniers aussi mal r1uc possible pour f.n·oriser
kur évasion ; mais, conriants dans la capitulation, la plupart restèrent au camp. Les soldats, 'IUÎ n':miienl pas la mêmeconriance que
ccu:x qu'ils garJaienl, en firent échapper le
plus qu'ils purenl. \lalgré tout, le nombre des
victimes ful encore énorme, et, pendanl cinq
mois, on fusilla chaque jour des prisonniers.
L'effet de ce massacre ne fut pas, à en croire
un contemporain, aussi grand à Paris qu'on
aurait pu se l'imaginer. « Je le dis à regret,
et pour l'avoir remarqué, a écrit un combattant de l'armée de Condé, les atroces résultats
de celle catastrophe de Quiberon furent loin
d'exciter le sentimentd'borreur,1u ' ils auraient
dû inspirer .... Puis, pourquoi le !aire? Quelques femmes divorcées, quelques hommes
qui avaient arrangé leurs affaires aux dé1lens
drs absents, craignaient le retour de leurs
parents ou de leurs époux : c'était le petit
nombre, sans doute, de ce qui fut nommé
jadis la bonne compagnie; mais leurs ,·oix
s'unissaient à celles des acquéreurs de biens
nationaux qui déblatéraient sur ce qu'ils qualifiaient l'esprit de Coblentz'. u

Cependant, il semble que lime Tallien ail été
assez affectée des exécutions de Quiberon, bien
qu'elle ait eu, à ce moment, la contrariété de
voir la Convention préférer La ne,·ellièrc à
son m,ri pour le fauteuil de la présidence.
Nous allons laisser M. de Lacretelle raconter
une enlrcvue qu'il eut aYec elle Yers cc temps
là ; mais, comme ~llne Tallien était toujours
du même avis que la personne avec qui elle
parlait, Lanl elle aimait peu à contrarier les
gens, - on m le rnir par les lignes suivantes, - ne faudrait-il pas se méfier un peu
de ces éclats de douleur chez une femme aussi
indifférente et aussi honne tout à la fois '!
Et puis n\ a-t-il pas à se méfier aussi un
peu du récit d'un homme à qui lime Tallirn
permellait si aimaLlement de Laiser ses beaux
bras? ... Quoi qu'il en soit, ,·oilà ce que dit
!I. de Lacrelcllc : " .ravais eu le bonheur de
mir souvent Mme Tallien chez elle el dans ks
cercles où elle éLail alors fêlée par la reconnaissance. Ses rapports arec moi avaient une
jolie nuance d'amitié ; j'en re5tai près d'elle
à l'éblouissement et ne m'a\'enturai point jusqu'à l'amour. Souvent, il nous était arri\'é,
lorsqu ·elle revenait de ses soirées triomphantes
au spectacle, de jouer, soit chez elle, soit chez
d'aulres dames, parmi lesquelles figurait la
jolie vicomtesse de Beauharnais, de jouer à
des jeux innocents, dans un lieu, dans une
société qui ne rappelaient 1•as une innocence
complète, et Ir sort m'a\'ait falorisé d'un
baiser innocent. File fut un jour si conlcn!L'
d'un de mes articles qu'elle me permit de
baiser un bras digne de la Vénus du Capitole:
mai~ , peu dr temps après, je ,,js la même
raveur accordée à un député tnl)Jllagnard conrcrti, ce qui me fit reven:r à moi•mème. »
C'est pour cela qu'on peul douter de la
sincérité des sentiments dont !I. de Lacrl'lellc
va nous faire le tableau : mais cela montre
par quels moyens lime Tallien ,al'ail élal,lir
son pouvoir : chacun s'y laissait prendre et
chantait partout les litauies de la nourellc
s:iinte qui savait si bien prendrr les gens p:i.r
le bras.
a Maintenant, poursuit M. de Lacretelle,
je me présentais à clic a,·ec un "irngc consterné, el la pâleur inaccoutumée du sien me
ré\'élait toutes ses souffrances et ses cruelles
insomnies; je ne sus l'aLorder qu'aYec les
lieux communs de la con\'crsalion : « E!:!t-ce
là, me dit-elle, ce que nous avons à nous dire
après un si cruel éYénemrnt ?. . . Ah ! sans
doute, vous me compremz aussi bien que je
YOUS comprends ,·ous-même. D Puis, en ,·ersant un torrent de larmes : &lt;( Ah ! que
n'étais-je là !.. . me dit-elle. - Eh! mon
Dieu, repris-je avec feu, e.::i t-il une de ces vieLimes des guerresciviles qui n'aitditcent fois:
" Ah! que lime Tallien n'est-elle ici ! • Oui, rnns doute, je serais parvenue, je crois,
à faire différer le supplice', nous aurions
gagné du temps, et, reYenue à Paris, j'aurais
été à la lêle des mères, des filles cl des rnaurs
de ces malheureux émigrés, ou plutotàlasuitc

que I• Commi~s.ion militaire de \'anncs cr: jugeail cle
dix à trente cha9uejour et que les maJl1curcux condam•
nés Claicnt fus11\é, le lendelll8in. La Commissio11.

présitlëe par l'odieux génCral Lcmoine, foncltonn1
pendnnl cinq mois. )lme Tallien aurait C'u tout le
Lemps dïnterrenir ~i &lt;'Ile y :ll'11il so1,l{ê,

�111STOR.1.ll
de Mlle de Sombreuil auprès de laquelle je ne
suis rien 1 ; oui, j'aurais été frapper à la porte
de tous nos thermidoriens, j'aurais été a\'ec elle
à la barre de la Convention. Tout ce que Paris
a de plus distingué par l'âme aurait peuplé
les tribunes, et un grand acte de clémence,
bien avoué par la politique, aurait été une
nouvelle victoire des femmes et le plus grand
honneur de la Convention. Voilà le plan que
je méditais lorsque j'appris la délaite des
émigrés qui m'avait toujours paru inévitable.

J'allais partir lorsque j'ai xu revenir mon mari
effaré el me perçant l'âme p~r ces mols: Toul
est fini! Et voilà que je me dis maintenant:
Tout est fini pour moi et pour une inOuenr.e
que les malheureux ont souvent bénie. Le

cruel événement de Quiberon va servir de prétexte à l'ingratitude pour se dispenser de
reconnaissance envers l'auteur du 9 thermidor; mais, moi, je ne me dispenserai pas de
mes devoirs, je ne gémirai qu'en secret. Je

n'accuserai point celui qui a donné quelque
gloire à mon nom : il faut dire adieu à cette
gloire dont j'étais trop enivrée. Attendez-vous,
mon ami, à voir tomber sur moi autant de
calomnies que naguère il pleuvait de bénédic•
tions, et ceux qui croiront me devoir encore
quelque reconnaissance se contenteront de
dire : « Pauvre madame TaJlien ! _!! ».
Pauvre madame Tallien, en eifet ! mais nullement pour les causes qÙ'elle veut bien dire :
elle a ici plus de jargon que de C&lt;J!!\t,v~ilable
et pense plutôt à l'inUuence des événements
de Quiberon sur son nom, qu'à aviser, avec son
mari, à en empêcher les conséquences sanglantes. Mais peut-être, au contraire, n'y
songe-t-elle que trop, car elle n'ignore pas les
motifs pour lesquels Tallien, disposé &lt;l'abord
à invoquer la clémence de la Convention, a
changé subitement de dispositions. Et eUc
est obligée de ne se mêler en rien de cette
déplorable afiaire, afin de ne pas raviver les
soupçons qui pèsent sur son mari. Ob ! oui,
pauvre madame Tallien !. .. Et si elle a vraiment dit les mots que Lacretelle lui met dans
la bouche : «mais, moi, je ne me dispenserai
pas de mes devoirs! ~, c'est à se demander
jusqu'à quel point peul aller l'aYeuglement
de certaines femmes sur elles-mêmes, car il
parait bien que c'est au moment où elle dit
qu'ellene se dispensera pas de ses devoirs qu'elle
rêve au divorce, c'est-à-dire à manquer à ses
devoirs. Mme Tallien avait pris une (( attilude»
après le 9 thermidor, et l'indulgente complicité du public pour la légende qu'elle voulait
créer autour de son nom lui conservait cette
attitude auréolée. Le peuple a besoin d'idoles
pour ses engouements périodiques. Mme Tallien remplit ce rôle d'idole pendant une année.
C'est beaucoup à Paris. C'était assez pour
qu'elle prît goût au rôle et ne consenlît jamais
à descendre de son piédestal de convention.
C'est pour cela aussi qu'elle n~ s'abaissait pas
à descendre jusqu'aux plus simples devoirs de
son sexe : elle se dispensait de ses devoirs de
l. On vqit que la Jégen&lt;le de lllle de ~ombrewl el
de ~on verre de sang êlait déjil. monnaie courante,
comme celle Je la Jeure de Thêt·ésia à Tallien , le i
thermidor,

LA
mère,- il est vrai que ce n'était pas alors la
mode d'être bonne mère, mais il faut qu'une
femme soit bien mal inspirée pour se priver
du bonheur de l'être, - avec la même charmante désinvolture que de ses devoirs d'épouse.
N'avait-elle pas laissé à Bordeaux, avec un
domestique, son petit garçon âgé de quatre
ans, lorsqu'elle vint à Paris pour rejoindre
son amant 1... S'en était-elle inquiétée depuis?... Oh ! pas beaucoup. S'en occùpàitelle ?.. . Pas du tout. Elle ne s'occupait que
d'elle, de faire de la dépense, de faire des
toilettes et de faire la coquette. Le reste, et Tallien était compris dans ce &lt;&lt;reste)&gt;, - elle
ne s'en souciait pas plus que de son premier
mari.
C'est à la suite de son entretien avec Mme
Tallien, dont on vient de lire le compte rendu,
que M. de Lacretelle ajoute : « Ne reconnaissez-vous pas, d'après de telles paroles, que
c'était là une belle àme que le ciel s'était plu
à orner des formes les plus ravissantes ? Ce
fut un grand tort au public que de la désenchanter sur la gloire et sur la reconnaissance .... Je partageais trop tous ces pressentiments pour pouvoir les combattre. c&lt; Pour
moi, repris-je, il y a un culte auquel je serai
toujours fidèle, c'est celui de Notre-Dame de
Bon-Secours. &gt;&gt; C'est le nom que nous nous
plaisions à lui donner. Son mari entra. Je ne
pus lui dire que des paroles glacées et je
me bâtai de :sortir. &gt;)
C'est une- chose à remarquer que ce nom
de Notre-Dame donné, avec plusieurs variantes
dans ses épilbètes, à une femme qui ne rappelait la mère du Christ-en aucune façon, si
ce n'est par une bonté qui était plutôt attachée au rùle qu'elle al'ait p~is qu'à sa douce
indifiërence native. C'est Notre-Dame de BonSecours, c'est Notre-Dame de Thermidor ... li
est vrai que, dans ces temps d'incrédulité générale, on ne prenait guère plus au sérieux cette
Notre-Dame que les autres. Le peuple, lui,
injuste souvent dans ses aversions comme dans
ses engouements, lui donna aussi le sobriquet
de ?foire-Dame de Septembre. li semblait
qu'on YOulùt à toute force faire d'elle une
Madone et la canoniser, fùt-ceau prix du plus
exécrable souvenir. Mais c'était l'usage, à
celte époque, où le temps se passait presque
entièrement en causeries, de donner un surnom à chaque personne en Yue : n'allait-on
pas avoir bientàt le général Vendémiaire?

les royalistes, pour sa honte. La Convention ne
termina pas sa longue session sans qu'il
elltendit encore porter des accusations sur
l'ambiguïté de sa conduite. A la séance du
1" brumaire (25 octobre) le représentant
Thibaudeau ' dit au milieu d'un silence
attentif : cc Les agents du gouvernement à
Gènes et à Venise ont écrit, il y a quelque
temps, que les émigrés comptaient beaucoup
sur Tallien pour rétablir le royalisme. Une
leltre du prétendant Alonsie11,r, signée de lui,
annonce qu'il a de grandes espérances sur
Tallien. Les pièces existent aux Comités. ))
Mme Tallien n'aurait donc pu, comme le
fit Mme Roland, s'appeler orgueilleusement
la femme de Caton: elle n'en eut pas plus la
pensée qu'elle n'avait eu, à Bordeaux, celle
d'être une seconde Lucrèce ; dans ce temps
de classique à outrance, elle aurait pu dire,
de chacun de ces exemples de l'antiquité :
Souffrez que je l'admire el ne l'imite point.

Ce qu'elle n'admirait plus, c'était son mari.
Elle voyait nettement qu'il était complètement
démonétisé et qu'il serait à tout jamais condamné à demeurer dans sa brouillonne inca~
pacité. Ses espérances étaient donc déçues de
ce côté-là. Illui fallait bien en prendre son parti.
C'est à peu près à ce moment, mais avant
le t5 vendémiaire, que le général Bonaparte
fut introduit chez Mme Tallien. C'est Barras
qui l'avait présenté 4 • Malgré sa pauvreté,
qui perçait sous son uniforme usé, la bienveillance de la maîtresse de maison l'engagea à
revenir. Le jeune Corse n'eut garde de négliger une maison qui pouvait lui être utile. Il
commençait à voir, depuis qu'il était à Paris,
la grande influence que les femmes avaient
dans les aifaires. Il écrivait à son frère Joseph :
1&lt; Les femmes sont partout: aux spectacles,
aux promenades, aux bibliothèques. Dans le
cabinet du savant, vous voyez de très jolies
personnes. Ici seulement, de tous les lieux de
la terre, elles méritent de tenir le gouvernail;
aussi les hommes en sont-ils fous, ne pensent-ils qu'à elles et ne vivent-ils que par &lt;I
pour elles.
&lt;! Une femme a besoin de six. mois de Paris
pour connaître ce qui lui est dû et qud est
son empire u. u
Mme Tallien, qui pensait que tout lui était
dù et que le monde avait été fait spécialement
à son usage, était donc courtisée par celui c1ui
allait bientôt avoir la même manière de voir
Cependant le règne de la Convention tou- pour son propre compte. Le petit général, qui
chait à son terme. 11 avait failli être écourté savait par intuition que les femmes cotent le
par le mourement royaliste du 15 vendé- mérite des hommes selon le plus ou moins
miaire. Heureusement pour l'Assemblée que d'attentions qu'ils ont pour elles, faisait mille
le général Bonaparte, choisi par Barras pour eiforls pour se concilier la faveur de la soucommander sous ses ordres, la tira d'affaire! veraine de la Chaumière etde Paris. Le financier
l'attaque avait été, du reste, comme toutes les Ouvrard nous a laissé le joli tableau d'une des
autres tentatives royalistes, menée en dépit du soirées de La Chaumière, o_ù Bonaparte, prebon sens ; et,siTallienavait quelque intérêt dans nant c&lt; le ton et les manières d'un diseur de ,
l'affaire, il en l'ut pour ses espérances. Il en bonne aventure, s'empara de la main de Mme
fut aussi, toujours à propos d'intrigues avec Tallien et débita mille folies'· » S'étant
:!. LACllElt.J.u, Dix amuies dëpremeb', p. 24!&gt;.
3. Thib,mdcau sunêcul à tous ses collègues de la
ConvCntiorî el de,,int, sous le seêond Empire, sénalcm·
d~ Napoléo11 lll.

f-. ÜAH1tAS , .llémofres, 1. 1, }J,
~- CmtTE DE S&amp;R\'ILL1Bl\S (roi
!Cltl.'e

u.

:.!Sâ.
Joseph, A/émoll'es,

de Napoléon à. son frère, le 18 juillet 1795,
ÛUVllARD, .Mimofres, l. 1, p. 20.

ainsi ~~uis la bienveillance de la jeune femme,
le general voulut employer son crédit pour
obtenu· une faveur. On sait combien il était
b~so~neu_x à celle. époque : chef de brigade
d aruller1e à la smte, sans solde, il prenait
ses repas chez ~fmePermon, amie de sa mère,
el promenait ses hottes éculées et son uniforme râpé dans toutes les rues de ])aris. Un
soir, il pria Mme Tallien de s'intéresser à lui.
C'est elle, il le savait, qui était la grande
dispensatrice des faveurs et des Ocrrâces ·,
devant elle, tout s'aplanissait · sa volonté
était plus forte que la loi. Un arrêté du Comité
de Salut puLlic an Ill accordait aux officiers
e~i activité du drap pour habit, redingote,
~il~t ~t culo_tte ~·un~forme. Bonaparte, qui
eta_1t a la smle, n avait aucun droit à ces prestations. 11 le savait bien. Mais il savait aussi
que si Mme Tallien le demandait pour lui,
on ne refuserait rien à Mme Tallien. li la
pria donc de lui donner une lettre pour
!I. Lefeuve, ordonnateur de la 1 7, division. La
lettre opéra, comme par magie, et Bonaparte
eut son uniforme neuf. C'est pour cela qu'on
a dit depuis qu'il &lt;( devait ses culottes &gt;J à
Mme Tallien.
Cette petite lJisloirea été contée autrement,
et avec des fiorilures de roman, par M. Alissan de Chazet, à qui Mme Tallien l'avait contée
en l'embellissant, et amsi par Mme Sophie
Gay, qui, la tenant de la même source, la raconta de la même façon. M. Lairtulier, dans
ses Femmes célèb1·es, la répète d'après cette
\'e~sion, mais celle d·ouvrard est la seule qui
soit exacte.
Le salon de Tallien était très suivi à celle
époque, moins, on peut le croire, pour le
maître que pour la maîtresse de maison. Là,
se combiaaient les intrigues des politiciens;
là, se traitaient les afîaires de fournitures
pour les armées, les spéculations sur les biens
nationaux: politique véreuse, aifaires véreuses,
qui attiraient dans les salons de la Chaumière
tout ce qui était mêlé à la vie enfiévrée de
celle époque. C'est là aussi que se distribuèrent les roles pour la journée du 15 vendémiaire qui sam·a la représentation naliona]e
et fit surgir l'homme qui devait plus tard la
briser et se subsliluer à elle.
Mis en évidence par sa victoire, ce &lt;c général de rue)&gt; fut récompensé largement et reçut
même de grosses indemnités pécuniaires.
Nommé commandant en chef de l'armée de
l'intérieur, logé dans l'hôtel de la rue des
Capucines, Bonaparte fréquenta de plus en
plus la Chaumière. Et, pendant qu'il était
auprès de sa femme, 1'allien, tourmenté du
hcsoin de faire parler de lui, - peut-être
1~our faire oublier ses intrigues arec les royalistes, peut-être pour assurer sa réélection, monta un jour à la tribune pour accuser un
certai~ nombre de ses collègues d'arnir été
complices de la faction royaliste au 1;; vendémiaire. L'accusation était ridicule, absurde ;
cepe_ndant, pas une voix ne l'appuya. Elle ne
serv1t_qu'à raviver les ferments de haine qui
co_uva1ent sous la cendre et à faire adopter Ja
101 de vengeance et d'exception du 5 brumaire. Cc fut le dernier acte législatif de Ja

Convention. Le lendemain, 4 brumaire an III,
l'Assemblée se séparait au milieu des haines
politiques bouillonnantes, et, pour cela sans
doute, pour des souvenirs plus anciens peut-

ClTOYENNE T1tLLTEN _ _ ,.

~o~gue crise, des mauvaises passions et des
1dees fausses qui l'aYaient désorienté : il était
dù aussi aux pernicieux exemples donnés
par les hommes corrompus qui détenaient le

-~-

- -=:-;~-""'-

LA PRO,\IENAOE DE LO~GCHA!ilP, SOUS LE DIRECTOIRE,

être, donnait le nom de C! place de la Concorde " à la place sur laquelle al'ait été élel'é
le premier échafaud.
CHAPITRE VI

pouvoir à tous les degrés de la hiérarchie,
dans toutes les hranches des administrations.
. Les nouveaux chefs de la France, les cinq
Directeurs, par la diversité de leur c1ractère,
celle de leurs "Vues, de leurs tendances ne
semblaient pas capables de marcher ~vec
l'union indispensable pour donner une impulsion uniforme au pays, pour panser les
plaies saignan_tes-:, ramener peu à peu la paix.
dans les esprits et dans les provinces, faire
renaîtrr le travail et donner du pain à tout
le monde. Le gouvernement allait à hue et à
dia : les csprils suivaient le mourernent.
Une apparence de vie et de splendeur en•
l'eloppait pourtant le palais du Luxembour«
siège du Directoire exécutif. Des soldats, s~~
perbcs de prestance et de tenue, montaient
la garde à toutes les portes'. Des , oiturcs
élégantes, garnies des plus coquettes merveille_uses, des tilburys élevés, conduils par
de br1llanls muscadius, entraient au palais,
en sortaient à toute heure de jour el de
nuit, au risque de rouer sous les voûtes les
malheureux qui n'allaient qu'à pied. Mais
c'est surtout chez B1rras, l'un des cinq Di~
recteurs, que se rend toute cette foule. Des
femmes d'une élégance recherchée, Mme de
Forbin, Mme de Chàteaurenault, Mme de
Beauharnais, sont les plus assidues. Mme Tallien l'est davantage. Elle va au Luxembourg
tous les matins el déjeune presque chaque
jour avec le jeune Directeur .
Le vicomte de Barras, à la fin Je l'année
1795, n'a pas plus de 40 .ans. li est «rand
bien fait, vigoureux, poseur. Il a ceU~ mû~
diocrité présomptueuse qui en impose aux
hommes, celle fatuité insolente qui séduit
les ft?mmes, ces vices distingués qui font
qu'elles l'adorent. füis ce n'est qu'un drille.
A sa corruption accomplie, ce drôle joint

Le Directoire fut bien le pire de tous les
gouvernements ~ur la Ji'rance eut à subir. Ce fut
le règne des thermidoriens, des c1 pourris l&gt;, et
leur pourrilure s'étendit de proche en proche
jusqu'aux masses honnêtes de la popul.1tion.
C'est celle corruption, le plus redoutable de
tous les dissohants, pour une nation, surtout pour une démocratie, qui prépara l'asservissement de la France. Sans les exr,ès de
corruption, sans les excès de pomoir du Directoire, ja1:1ais Bonaparte n'aurait pu faire
son coup d'Etat de Brumaire.
On se figure généralement l'époque du
Directoire comme un temps de fêtes et de divertissements sans .fin. li y en eut, à la véril6,
mais dans une porlion infime de la France
ou plutôt de Paris. Le bruyant troupeau des
fournisseurs des armées, des agioteurs, drs
banquiers, des enrichis de tout acabit, aurait
pu faire croire par son luxe et ses prodigalités à la prospérité de la France, si, autour
de lui, ne s'était trouvé grouillant l'immense
troupeau des malheureux mourant de Faim.
Le scandale des fortunes récentes, de gens
qu'on savait enrichis par la spoliation, par le
vol, par le lraGc de la vie et de la liberté des
citoyens, s'affichait sans pudeur au milieu
des m_isères de la rue; et le gros du peuple
en était arrivé à un tel aflJiblissement physique
et moral) par suite de ses privations, qu'il
voyait cc révoltant spectacle avec un hébétement passif et résigné, sans même avoir la
force de s'indigner. Cette décomposition des
caractères était le résultat du provisoire qui
régnait drpuis cinq ou six ans, des convul1. Il y arnit ~me_ garde du Directoire, composée
sions qui avaicnl ébranlé le pass durant celle de 140 hommes a p1cJ et Je I iO hommes it chcral.
1

�111STOR.1A

'------------------------------- LA C1TOY'ENNE TAH1EN - - . , .

pourtant une qualité : comme Thérésia, il _a
l1orreur de la mesquinerie. Comme d~e, 1I
est aimable dans i-es propos; de plu s, il e~l
accommodant pour placer dans les empl01s
de la Répuhli&lt;1ue Lous les fripons qu'en lui
recommande, pour faire adopter toutes les
affaires vérrusrs qu'on lui propose, car tout
rela lui rapp"Jrle : il fait argent de son crédit,
YCnd le:; radiations de la liste des émigrrs et
empoche dl'S rots-Jc•vin. Mais il ~ si Lanne
grâce à le faire! El puis, il_ a un s1 bra~ costume! Qui donc parle nueux que lm cet
ha!Jîl-Inantcnu nacarat brodé d'or, celte veste
· IJ/anche brodée, celle écharpe bl1 uc fr:rngfo

cilc d'honnêh.1 homme, n'a-t-il pas honlt:!.
d'avoir cherd1é noise su r ce sujet ~1 un aussi
bel homme? ...
Comme les aulres Oirectcurs1 Barras est
lorré au Luxembourg, CL la plupart de~ gens
qt~i y ,·ienncnt ne viennent qu~ pour lu.i. ll ·a
loujours mille affaires en tra,.~, 1:rç01t u1 c
foule dï11trir,anls
et surtout d mlr1pa11tr:-. Il
0
a plus d'une liaison à la foi~. Mais il _a_ trop
d'esprit cc saltimb:mque de la politique,
pour m'rure le cœur de la prtic. :-:a p~se
farorite, auprès de chacun: est de se faire
passer pour fo véritable 111a1lre de_ la France.
Il pari~ de ses collègues cl les trallc aHC un

·
JOURNÉE Dt, l3 VE~DE~IIAIRE,

d'or, œ col de mous~dine ga rni du dentelles? ... On le prendrait presque pour une
femme, de loin, tant il a bonne mine avec
::;un chapeat.i n .nd, panaché de grandes
plumes tricolores, son visa.ge r~ sé, ses bas
de soie blanche et ses souliers a boulfdtes,
_ s'i l n'avait à ses côtés ce glaive de form e
antique comme un glah•e de la !~~. Ah I ce
n'est pas ce bossu_ d,e Lr~ Reve~herc, ccll~
espèce de singe ltab11le, qui representc au_ss1
dignement le Gournrnemcnt! On dit bien
toul bas que Barras a fait des atrocités dans
le !li&lt;li, qu'il a mitraillé Toulon, qu'il a pillé
les églises de Marseille avec son ami Fréron,
que tous deux sont cm~ptablcs _envers le
Trésor d'une somme de hmt cent m1l1efranc s:
mais le O thermidor n'a-t-il pas donné quittance de tout cela? .. . EL Cambon, cet imbé-

.,,.· !\'. -

que l'élection de ce ~entillàtrc déclassé sera
désa gréable aux royalistes.
Avant qu'il n'a11àt trôner au Luxembourg,
Barras lrônail déjà dan, le salon .~e son ro~lèlJ"ue Tallien. Ces deux homml:s s ela1ent lt_t's
ra;idement, par suite de l'intérêL qu'ils
avaient 11 se soutenir mumellemenl comme
thermidoriens et !l s'oider à faire disparaître
les traces d'un passé fâcheux qui po.u~'airnt
subsister dans les cartons des Com1le~ d~
~a\ut public et de Sllreté génér~le . Leur _rnrele
particulière ainsi con'luisr 1 a 1~ smte de
l'envoi à la guillotine de Rubcsp1crre et de
tous ceux qui auraient pu leur drmandt:'r

Gravure J'll1::L1tA~, cl'.iprès le ..te~si11 Je )lo~:-ET,

pclil air de mépris mèlé de pili_é. On le
rem(.-t !Jien parfois i1 sa place, mais cc!a lui
est égal; la dignité n' est pas plus so_n fait q.ue
la probité. Il tient seulemen_t à fo1r_e cro~re
au public que rien ne se fait au D1recto1 re
que par lui; il licnl surloul au, 150.000 francs
que lui vant sa place. et oux bcndires rn~Iproprcs qu'il sail en l1rer. Uo.mme de IJru11,
de v;inité, de succi•s, .il&lt;rnt a la boud1e le
propos gaillard, polisso11 mên~e, rele,é, à la
provençale, d'une po.intc. d'ail, pa~e~scux:
hf,bleur, menteur, hLcrlm el touJours a
vendre : au demeurant , Je meilleur fils du
monde. 'fel est Barras: Mais pourquoi avoir
élu un l'lre pareil à la plus haute magistrature de la République? ... A cause de so_n
ràle actif àu f5 vendémiaire, au 9 tJ10rm1dor, et puis, rnrtout, parce qu·on s'i magine

comple de lt·urs vols et de leurs atroces
excès, Tallien put, grâce à l'amitié de Barras,
plus délié cl plus débrouillé r1ue lui, enlrer
dans quelques affaires et spéculallons productives.
Ç'a,·ail été un crève-rœur pour T~llie?.que
de ne pas être élu Dir~ctru_r. Il ?vatl dl•Ja eu
une déception, lors de l anniversaire du 9 l_~ermidor, en se w1)·ant préférer La l\evelh~re~
Lf&gt;peaux pour la présidence de la Come_nt10~.
Mais il lui était dur, alors que son am, ava1l
cent cintptante mille francs par ,a~ comme
Direclcur sans compter les bencfices de
contreba~de, de n'avoir, lui, que vingthuit francs par jour comme membr~ d~
Conseil des Cinq-Cenis. Sa lemme, qm lrn
avait prodit1ué de l'humeur et non des conw·
•
1•
lations à ses différents échecs, ne lll mar~

quait pas des sentiments plus Lirnveillant:, braves armées, ne se comptèrent bientàt
depuis qu'elle lui royail marquer le pas dans plus. Le peuple était blasé sur lanl de fêtes. habit vert, et son énorme crarate verte, à la
la carrière poli1ique. Et, si loul le monde la Les familles pannes, c'est-à-dire presque façon de celles des ch•)uans, el qui le salue,
disait aimable el cLarmante, le pauvre Tal- toutes, étaient peu disposées à se réjouir, à son entrée, en inclinant la tête par un petit
lien commençait à èlre d'un aulre a\is . quand, au lieu de souper le mir, elles étaient mouvement brusque, comme si elle tomhail
L'amliition déçue, la modicité rclati-m drs . obligées de se contenter d'un maigre morceau sous le couperet. ... Et Tallien, JJlus étrangtr
chez lui quel'émigré qui y vient pour la première
revenus élaient, chrz 'l'hérésia, les princi- de pain noir acquis avec peine.
fQis, entend tout cc monde parler moins du
pa1rs causes de sa désaffection. Et puis, ô
Mais on oublie vite ces misères - on les
logique des femmes ! quelle considérai:on oublie d'autant plus facilement que cc sont passé que de l'avenir; iI sai~it les c~pérances
pourra-t-elle avoir désormais pour son mari ... cc·lles des autres - quand on arrive dans sa de chacun. On ne se gêne pas dcrnnt lui; on
un mari trompé? .. . Car, c'est non moins posi- loge, au bal Tht'.•lu~son, am: réunions du Pa- dit : Quand le roi reviend1'a .. .. Cu on sait
lif, le pauvre Tallien est supplanlé dans le villon de Hanovre, à une soirée du Directeur qu'il n'est pas un répuLlieain Lien sé\ère Sur
cœur de la volage Thérésia par ce poseur de Barras .... Mais c'est à la Chaumièn~, c'est les principes; on se di!, dans les groupes,
que c'est lui, Tallien, qui a été le principal
Barras. Cela, tout le monde le mit, et Tallien
quand elle reçoit chez elle, que !!me 'l'allirn ortisan de la paix avec l'Espagne; on se racomme les autres, sans doute.
sait fan'e passer les heures agréablement. conte que, grâce à sa charmante frrnme, il
C'est un trÜ,le jour que celui où le voile
Elle a un tri laient pour Lien grouper son est hès bien vu en cc pays, .qu' « il a une
des illusions se déchire complètement et où
monde! Ses amies sont des femmes si char- correspondance acthc et rrgulière avec le
l'homme pénètre taule la bassesse d'âme
mantes! Voici la citoyenne llainguerlot, duc d'Alcudia; que, par suite de celle liabon,
d'ur.e femme aimée. Tallien, quelque peu
grande, jolie, élégante, vire dans ses rcpar- il est parvenu à foire rendre à son beau. père
difficile qu'il puisse être sur le chapitre de
tiei&lt;, piquante dans tout ce qu'elle dit, cour- tous ses honneurF, sa place, sa fortune et
la moralité, passe par toutes les tortures de
tisée par les hommes de lettres cl les artisles mème des indemnilés; qu'il a fail écarler et
l'amant, du mari trahi. Ses préoccupations
qui lui prêtent de leur esprit, jalousée par exilèr les principaux ennemis de Cabarrus;
se lisent sur son visage. Peut-être cssaie-t-il
tontes les femmes qui lui refusent jusqu'à que le duc d'Alcudia !ni a annoncé cette noude quelr1ues scènes, peut-être menace-l-il
celui qu'elle a. Vuici la citoyenne Hamelin, velle dans une leUre qu'il a rrçue au milieu
d'un éclat .... Mais on le prend de haut a1·cc
créole ou plutOl mulâtresse, l'air vaporeux de janvier, Icure remplie de flagorneries et
lui, on sait les moyens de lui fermer la
et canaille à la fois, le propos polisson, le de proleslalions d'amitié les plus humbles,
bouthe et de lui prouver qu'il a tous les
geste libre, la mise encore plus : lanccus:e lellre que Tallien a communiquée à plus de
torts. Ses emLarras d'argent, hélas! ne le lui
des C( nudités gazées &gt;&gt; , la voici, à peine deux cents pcrrnnnes 1• &gt;&gt; ci-Ali! uaimcnt,
montrent que trop.
arrivée, entourée de toute une cour de jeunes 'l'allien est si bien que cela a1·ec la Cour d'EsSon beau costume de député aux Cinqgens détaillant, l'œil allumé sous leur énorme pagne!. .. Et pourquoi?•.. -D'où venez-vous
Cenis ne le console pas de ses tristesses. Ce
lorgnon, les beautés plasti11ues de cette im- donc que vous ne savez pas que Tallien est
costume n'est a~surJmeut pas si beau que
pertinente de salon. Et puis, voici la ci- le meilleur royaliste de la l\épubliquc francelui de Barras, mais il a Lien aussi son métoyenne Mailly de Cbâtcaurenaull, la peau çaise, que sa femme Œt au mieux avec le
rile. Ceci a son importance, car les femmes
blanche et rose, l'œil candid&lt;', causant Leau• marquis del Campo, ambassadeur d'Espagne,
jugent souvent des talents d'un homme
coup, souriant loujrmrs, la citoyenne de et quf', depuis qu'il a fait rendre à son beaud'après la coupe ou la couleur de ses ,èteKrüdner, blonde Livonicnne donl le mysli- père les bieus r1ui lui avairnt été confisc1ués,
mcnls. Une robe longue el blanrhe comme
eisme futur ne paraissait pas près alors de (r il a proposé ou duc d'Akudia la couronne
celle du Pape, un manteau écarlate comme
foire éclosion; cl Mme de Navailles, et la de France 2 JJ . I&lt; Cabarrus va travailler de
celui de Richelieu, une toque de velours bleu
citoyenne Saint-Fargeau, la fille de la nation, toutes ses forces à la réussite de cc projel. lJ
comme celle de Cbéruhin, une écharpe en
el la citorenne Beauharnais, et la citoyenne - Mais s'il ne r~ussit pas? ... - Eh bien!
ccirllurc comme celle de Vénus : voilà le
de ForLin ... . Du ràlé des hommes, Lenoir, Tallien soutiendra Louis .\l'JI!. - !lais il
costume du législateur Tallien. Mais Tbérésia
Digeon, Hoffmann, Méhul, Arnauld, ~I. de 11'est pas populairr .... - Cc sera alors le duc
le troure plus ridicule quïmposaut dans cet
Cbàleaurenault causant morale dans ce sin- d'Orléans; n'a-t-il pas eu, en :1702, des
accoutrement. et lui préfère Barras. li est si
?ulier pêle-mèle de toutes les immoralilés a\'ec accointances avrc Je père de ce prince, pour
charm~nt, Juil Carnot n'a-t-il pas dil, l'autre
Mme de Cl1astcnay, U. Récamier r1ui promet l'organisation des.... Chut! le voit.:i, il
jour, qtt' {1 il ayait tous ks vices du Régent
d'amener sa jeune femme à Ja prothainc pourrait nous entendre. &gt;&gt;
sans avoir une seule de ses qualités'!. .. n EL
fète, M. Séguin, M. Pcrregaux, M. llottinTallirn passe. Derrière lui marche un petit
quel plus bel éloge peut-on faire d'un homme
guer, Ilarras, FrPron, Tallien enljn, le maître officier, maigre, la peau jaune collée sur les
auprès de ccrlaincs femmes? ... Aussi les
de la maison. Mais que sont ces vulgaires tempes, les cheveux p)ats collés sur la peau.
avantages moraux et physiques du Directeur
politiciens à rôté des arlisles et des gens de C'est le général Bonaparte, qui a maintenant
l'ont-ils dJfinilivement rmporlé, chez la peu
lellres qu'ils coudoient? Que sont-ils à cùté un uniforme neuf. Les hommes à collets rerts
sé\·ère Thérésia, sur ceux &lt;le son mari.
de ces ~migrés rentrés qui, arec leur habi- regardent arec un certain mépris cc grinQuoi qu'il rn soit, la citorennc Tallien metude du monJe, parlent tl circull'ut d1rz l,1 galet r1ui les a si bien mitraillés sur les marnait une ,·ie de µlu s en plus l'Il l'air.
citoyenne Tallien, arec la même aisance que ches Je Sainl-rloch, lrnusc&gt;cnl les épaules et
Le Directoire aurait bien rnulu dunrwr au
jadis dans les salons d s \'ersailles? ... S'il y ront causer arec la veure ncauharnais, qu·ou
peuple, comme les Empereurs de l'aui.:ieune
a qudtiu'un 11ui ne parait pas èlre chC"z lui, sait ètre du dernier bien arec lui, comrue
llome, 1w1ie111 el circenses, du pain et dl's
dans ce salon, c'est Lil'II Je moîtrc de la avec Barras; mais c'est auprès de la cilo)ennc
fètes. Ne pouvaut lui donner du pain, il se
mai~on , cv u·loyt' par lïnt:ro~·al,lc aY('C ~on Tallien que lJ foule est le plus compadt&gt;,
rabattait ~ur lc.s fè1es : fètc du 21 jauvier,
habit Llt:u, les maius dans lès pod,cs de son c'est autour d'elle que papillonnent tous les
lète du 2(j messidor (14 juiLieL), fètc du
pantalon jaune montant jusqu'a ux aissdlcs; hommagrs : {{ Qul'lle frmmf! cha-m:mlc !
!} thermidor, fète du I er vendémiaire (1cr jour
par l'émigré, arec sa perru11ue poudrée, son Elle est à fai-e mou-i 1famou ! 1&gt; 'l'e.ls sonl
de l'année répuLlicaine ) ; puis, fète.s à
1. .llAI.J.r.T DU p"~, t. 11 , p. 10.
les propos qu'on saisit au \'o) cl.trz les jeunes
chac1uc victoire, et ces fètes, grâce à nus
2. lbid.
grns qui s't·n vonl.
( A suivre,)

joSEJU

TURQUAN.

�LES FEMMES DU SECOND

Julie de Lespinasse

L' AM1JASSAD~1CE

Par Henry l{0UJ0N 1 de l'Académie française.

"'"'

AUX

EMPIRE

CHEVEUX

~

D'O~

La comtesse Le Hon
Messieurs Georges et Jean Monval ont découvert, dans un volume provenant de 1a bibliothèque du marquis de La RochefoucauldLiancourt, un manuscritde huilfeuillels dont
l'écriture est, sans nul doute, celle de Julie de
Lespinasse. Le manuscrit porte ce titre :
Porl.-ail de Madame .... Une femme qu'on ne
nomme point s'y trouve analysée a,,ec la plus
élé•anle
cl la plus perspicace férocité. Il• a
0
été facile d'identifier le modèle du porlra,t :
à chaque ligne, à chaque mot, l'on reconnaît
la comlesse de Bourflers, l'idole de la société
du Temple. !lais fallait-il attribuer à la dolente
Lespinasse ce chef-d'œuvre de littérature féminine? Le style n'est pas dans sa manière douceâtre; il est fait de menues phrases sifflantes
qui crachent leur venin par petites gouUes.
MM. Monval n'bésilent point à attribuer à la
marquise du Deffand ce portrait de Mme de
Boufflers. Julie de Lespinasse aurait simplement tenu la plume sous la dictée de la vieille
aveugle. On voit la scène d'ici. Il y a eu
bureau d'esprit dans le salon de Saint-Joseph;
tous les papillons ont tournoyé autour de la
rayonnante BouFllers. La petite mère du
lJeffand, c&lt; murée dans le cachot de sa cécité J&gt;,
a entendu toute la soirée la musique des
madrigaux monter vers &lt;1 l'Idole l&gt;. Et, par
surcroit, la comtesse de Boufllers ne s'est pas
contentée d'être belle; elle a eu de l'esprit,
elle s'est prononcée sur la politique el la
morale, elle a philosophé. Les sentences ont
coulé à flots de celle bouche éclatante . ll a
fallu que Mme du Defünd fit rouler son fauteuil vers le cercle où la Boufners pontifiait
parmi les désirs. Enfin elle est partie, l'accapareuse! Derrière elle, le salon s'est vidé.
L'aveugle et sa demoiselle de compagnie
restent seules. « Uettez-vous là, mon cœur,
et écrivez ! l&gt; Alors la voix cassée a dicté rageusement les rancunes du vieux cœur flétri.
Et Lespinasse, sans trop de déplaisir, a obéi.
&lt;! Mme de ... , sans être ni belle, ni fraiche,
ni même jolie, ni bien faite, a beaucoup de
grâces dans tout l'ensemble de son visage et
de sa personne ... »
Ici Mme du DuITand s'est interrompue :
« Uites-moi, ·mignonne, est-ce que vous lui
trouvez tant de gr,1ces, à cette Bouffler~? Vous
qui par bonheur avez vos Ieux, comprenezvous ce qu'ils ont tous à s'échauffer pour cette

pédante? " Julie de !'Espinasse répond avec
une petite toux équivoque : (( On ne saurait
nier qu'elle est faite passablement. »
Et un long silence rend encore plus désert
et plus maussade le salon où ces deux femmes,
la galante retraitée et la jeune fille laide,
communienl 1 sans se l'avouer, dans la haine
de la beauté triomphante. &lt;! Moi aussi, se dit
la vieille marquise, j'ai été charmante. Boufflers trône au Temple, dans la salle des
Quatre-Glaces, et le prince de Conti est à ses
pieds. Il y a quarante ans, j'ai soupé avec le
régent. Pourquoi ne m'a-t-il gardé que quinze
jours? Je mourrai sans comprendre les raisons
qui ont détaché de moi ce polisson délicieux.
J'aurais fait une fav,orite accomplie. Ma vie
fut manquée. Ma part d'amour, c'est avec ce
pauvre président Uénault que je l'ai mangée,
en maigres tartines. Je méritais mieux. n
Cependant Mlle de Lespinasse rêve de son
côté : « C'est un froid chevalier que d'Alembert. J'ai de l'esprit, de la seosibilité, du
charme. A quoi cela m'avance-t-il? Voici
bientôt dix ans que je végète dans la domesticité de cette vieille despotique qui me couvre
de caresses, qui me déteste et que j'exècre.
Si elle savait que tous les jours, avant d'aller
chez elle, ses amis montent dans ma chamLrelte et y tiennent séance, elle me chasserait
c.:,mme une servante! J'espère bien ne pas
mourir sans avoir aussi un salon à moi. Un
jour où l'autre, j'aurai de l'influence sur les
scrutins de l'Académie. Mais que ce sera donc
peu de chose encore! Je donnerais tout pour
èlre comme cette effrontée de comtesse de
Boufflers, avec des lèvres rouges, de gros bras
et des épaules blanches. lis me disent tous que
je suis aimable. C'est aimée que je \'oudrais
être. Jusqu'ici aucun d'eux ne m'a troublée.
Je sens en moi pourtant des trésors de passion inutilisés. Tandü: que je parle littérature,
à qui pensé-je? A un milirairc dont je serais
amoureuse éperdument. li Yiendra tôt ou tard,
ce militaire, et ce sera mon bourreau. Ah! si
j'élais belle! "
Du coin obscur où grogne l'aveugle, la
tremblotante voix recommence :
c&lt; Julie, ma chérie, écriYez :
cc Le cœur de Mme de ... , ou plutôt son
àme, car, de cœur, je ne lui en connais point,
est factice comme son esprit. On ne peut pas

dire qu'elle n'ait ni vices, ni vertus, ni même
des défauts et des travers; mais pour peu
qu'on l'étudie, on ne lui trouve ni sentiments,
ni passions, ni affections, ni goûts, ni haine. J&gt;
Ainsi de suite pendant huit feuillets. Celle
exécution de !!me de Boufllers fut, d'après la
&lt;laie probable, le dernier bon.moment que la
marquise du Deffand et Mlle de Lespinasse
aient passé ensemble. Elles se brouillèrent
aussilol après. Julie fonda son salon. Et le
militaire de ses rêves s'incarna dans le comte
de Guibert. Il lui apparut à la fête du lloulinJoli; elle connut alors la cruauté de l'amour
cl devint une virtuose incomparable de la
douleur. Guibert était volage. li faisait figure
de grand homme et les dames se disputaient
ses sourires. La pauvre Lespinasse eut à
lutter, entre cent rivales, contre cette maudite comtesse de Boufflers, toujours insolemment séduisanle à quaranlc-huil ans. Elle
écrivait à l'infidèle : « L'abbé !lorellet disait,
ces jours passés, et dans l'innocence de son
âme, que vous étiez fort amoureux de la comtesse de Boufflers. Si cela n'est pas tout à
fait vrai, cela est si vraisemblable qu'il me
semble que je n'aurais qu'à me plaindre de
ce que vous ne m'ayez pas mise dans la confidence. Je ne mus demande, pour vous acr1uilter envers moi, qu'une chosr, c'est de
me dire la vérité. l&gt;
Après avoir expédié celle làche supplique
douloureuse, Julie de Lespinasse songea sans
doute à cette soirée de jadis où Mme du
Deffand lui avait dicté le portrait de l'Idolc.
Elle a dù penser : ,, C'était une méchante
femme, mais qui ne manquait point de clairvoyance. Et qu'elle avait donc raison de délesler Mme de Boufflers. »
Deux croquis de Carmontelle, au musée
Condé, nous montrent l'idole el Julie. Devant
une table à thé toute .servie, la comtesse de
Boufflers, en déshabillé de mousseline, semble
sortir des nuées; une heureuse tète rose
émero-e des blancheurs. Puis voici Lespinasse,
o
.
en robe
noire, tenue d'institutrice, profi I maigrelet, charme chétif; elle l'ait de la frivolité
et regarde dans le vague. Carmontelle, en
dépit de sa gaucherie, était psychologue. Il a
deviné ce que se disait la triste Julie :
« Pounruoi ne suis-je point belle? Quelle
iniquité! Jl

Par Frédéric LOUÉE.

C'était aux environs de septembre 1856 . mières lignes d'une leltre adressée à la comEn de certains milieux, Youés à l'indiscrétion tesse Le Hon :
professionnelle, - politiques, diplomatiques
ou policiers, - circulaient de singuliers ra« Saint-Pétersbourg, 1856.
contars, au sujet d'un événement d'ordre
(( Je me marie .... L'empereur le veut et
privé rendu public par la qualité des per- la France le désire. Pendant que j'étais au
sonnes .
pouvoir, les rapports de police me disaient
On y mettait en cause vn homme d'État toujours : (( Mariez-vom .... Mariez-vous. »
du plus brillant relief, qu'un miraculeux J'espère, et le désire, que ma femme n'aura
concours de circonstances avait poussé à édi- pas de meilleure amie que vous, et que vous
fier, de ses propres mains, une fortune non ne perdrez pas l'habitude du chemin de
moins extraordinaire. Et l'on y mêlait le nom Bade ....
d'une femme du monde, célèbre par sa
&lt;&lt; Mon:'lr. &gt;&gt;
beauté, par l'éclat de ses réceptions, par ms
qualités rares d'esprit et de cœur, et que la ,
M. de Morny se maria donc, pour le bonchronique quotidienne n'oubliait jamais de heur de la France, comme_il Je croyait, et
porter en première ligne, parmi celles qui pour le sien. li épousa une ,jeune el blonde
gouvernaient l'esprit de Paris. Un incident de princesse moscovite, aux yeux noirs, aux
lettres échangées, grossi de toutes les cir- traits fins, à la tournure élégante, Sophie
constances qu'il plaisait aux imaginations d'y 'l'r~mbctzkoï, demoiselle d'honneur de la t.rnajouter, avait donné le vol à ces propos et
commentaires.
I1 s'agissait, quant au fond de l'histoire,
du mariage, bruyamment annoncé, de !f. de
Morny, alors ambassadeur extraordinaire de
France près la Cour de Russie, et qui s'y était
rendu avec une suite pompeuse, à l'occasion
du couronnement du tsar Alexandre II ....
Des difficultés s'étaient produites, issues de
causes tout intimes . Des réclamations avaient
été formulées. li avait fallu, disait-on, par
ordre supérieur, prendre des mesures, intervenir.
On savait bien, en parlant d'épousailles,
qu'avec ses goûts voyageurs le duc de Morny
entama plus d'une fois de telles négociations,
sans les conclure.
li faillit serrer les liens d'hyménée à Florence. Avant son départ, il était fortement
parlé de son union avec une Américaine,
plus lard devenue l'une des comtesses de
Moltke; puis encore avec une charmante
jeune fille du faubourg Saint-Germain, ~Ille
de Bondeville. On le crut, un moment,
engagé du côté de l'Angleterre. Les bans
allaient même être publiés, à Londres, lorsLE DUC DE l\IOR~Y EN 1852
qu'on apprit qu'il venait de se fiancer a, cc
D'après le dessin de A. FAR CY ,
une beau té russe.
liais, cette fois, la chose était formelle.
Lui-même,_ haussant Ie ton au langage rine, qu'il avait fascinée dans un bal d'amd'un chef d'Etat, qui croit indispensable au
i . li le faut dire aussi : elle n'a\·ail aucune forbonheur de ses peuples la réalisation de s•s tune.
Celte descendante d'un des compagnons de
personnelles joie:-:, lui-même l'avait annoncé flurik , le liéros national et fondateur· de la monarchie
d'une façon presque solennelle, dans ces pre- russe , èlait L_oule prêle, quand survint llorn y, à épou1

..

IIENRY

ROUJON ,

de l'Academie française.

ser le premi er grand seigneut', qui lui demanderait

bassade, a\'eC son charme habituel, bien quïl
eût le double de son âge 1 •
La nouvelle, aussitôt que connue, avait fait
naître, dans l'àme de quelques grandes dames
parisiennes, comme une vague impression de
délaissement. Elle aYait provoqué des revendications plus fondées, de la part de celle qui
fut la providence des ambitions de Morny, à
ses débuts, de celle qui put dire :
•
« - Je le pris sous-lieutenant,je le laisse
ambassadeur. )J
En l'associant à de larges combinaisons industrielles et financières, dont les siens et
son mari assurèrent le dé\'eloppement et le
succès, la comtesse Le Hon av,1it mis entre
ses mains les éléments de puissance et d'autorîté, qui furent les premiers facteurs de sa
haute fortune polilique. Elle y avait engagé,
dis-je, plus que sa confiance, - ses biens
aussi. Quelques millions étaient restés en
route. Une _mise au point s'imposait.
La protestation que n'avait pu retenir la
comtesse Le Hon était rerenue de Saint-PélPrsbourg à Paris, par voies extra-diplomatiques. M. de Morny avait fait pr:ir un de ses
courriers pour en remettre le texte direclement à l'empereur.
De suite on en exagéra, outre mesure·, le
sens et la portée. Des serviteurs trOIJ11Jzê1és
prirent l'alarme. A les entendre, de. ·graves
révélations allaient surgir de cet inddcnt.
Des divulgations fàcheuses, à l'encontre des
fauteurs du coup d'État, étaient imminentes,
~i l'on ne se mellait en garde aussitôt. Déjà,
prétendait-on, des papiers dangereux étaient
entre les mains des princes d'Orléans; et
d'autres allaient partir, qui menaçaient d'a rnir
un retentissement déplorable. Toutes ces suppositions bizarres avaient trouve créance, aux
Tuileries. L'empereur avait jeté ces paroles à
l'un de ses agents secrets :
&lt;! Allez, agissez vite, et énergi[Juement. )J
Francesco Piétri, qui régentait alors le domaine où gouverne, en 1011, M. Lépine, était
entré dans une violente agitation, comme si
l'on e[Lt eu vent d'un complot contre la sùreté
de l'Etat. Des imaginations ridicules avaient
inspiré des décisions non moins extravagantes. Quelques hommes de police avaient
sa main. Tout alla, d'ailleurs, au mieux Jcs inlêrèls
comme du bonheur de )loruy. L'e mpereur de Russie
attribua une dotation importante, en faveur de son
mariage avec l'ambassad eur de France, à la princesse
Sophie T'roubclzkoï.

�l
1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
lait irruption dans l'hôtel el pénétré dans les Litre de la paix ou de la guerre. Récnnm(nt, veau , pour éclairer l'horizon maussatle. La
apparlemenls de la comtesse Le Hon. o·une son ambassade, à Paris, avait apporlé, a\'ec comtesse Le Hon fut celle étoile. JI ne lui falvoix sombre, l'un d'eux, le spadassin corse elle, un présent roial. Cette couronne, offerte lut, exprime Arsène Iloussa)'C, qu'un regard
Griscelli, avait exigé qu'on lui livrât, sans i, un prince de la famille de France, le duc et un sourire pour entrainer le') eœurs, et il
attendre, la mystérieuse casselle renfermant de Nemours l'avait refusée. A 1a possession ajoute, en son langage de poète :
et Elle enchaîna, dans ses cheveux blonds,
les pièces secrètes et rcdoulées. Elle a\!ail de ce ro~ aume il avait préféré l'assurance
les
dieux et les hommes du jour. o
remis à ces gens la fameuse boîte, qui ne palriolique de ne point troubler, en l'acccpElle
était, en effet, très blonde el fort jolie,
tanl,
la
paix
de
ses
concitoyens.
conlenail que des leures et qu'on alla déposer,
la
sédui.:ante
femme que l'une de ses chères
La
jeune
comlesse
Le
Hon
n'eut
pas
à
recomme un précieux butin, dans le cabinet de
Napoléon Ill. Griscc\li, qui avait conduit celle prendre, avec son mari, le chemin de Brux.elles. amies, Mme Janvier de la Molte, et l'académcrveilleme expédilion, rrçut six mille francs Un autre prétendant, agréé des puissances, micien Valout appelaient, à tour de rôle et
de récompense. Tout rentra dans le calme. le prince de Saxe-Cobourg, avait ceint le dia- sans s'être concertés, en leurs lettres: C! Mon
Tant de hruit s'était fait uniquement autour dème dont n'avait pas voulu le duc de Ne- Iris aux ~eux bleus. 1&gt;
JI m'a été permis de l'entrevoir, mieux
d'une question de comptabilité délicate et mours , et confirmé le comte Le llon dans son
embrouillél', - llÙ le ministre nouher devait poste de ministre plt!nipotcntiaire. Elle a,,ait que d'imagination pure, en contemplant lonramener l'ordre et 1a lumière, à la légitime son sort il\-:é, pour longtemps, dans la capi- guement, chez la princesse Poniatowska, sa
fille, un tableau superbe de Dubufe ainé, qui
tale française.
satis[action di:: la comtesse Le lion 1 •
la
représente en pied. C'est une rencontre
C!
Que
nous
importe
celle
couronne
L'empressement, le zèle qu'y déploya Ilouher
furent même si prononcés qu'il en résulta étrangère, lui dit un prince, si vous nous 3.ssez rare qu'un portrait de femme, avec la
fixitl! de son expression, avec ce sourire infaune rupture complète de l ..ancien a,·ocat &lt;le restez! Jl
tigable, qui ne s'adresse à personne, ces yeux
Elle
était
arrivée
fort
à
propos.
Un
roi
sans
Hiom et futur« ,•ice-empereur J&gt; avec Morny;
toujours ouverts, qui YOUS suivent partout
prestige,
une
Cour
sans
courtisans,
des
salons
et l'on sail 11uel grave préjudice causèr~nt les
conséquences de celle brouille à la stabilité sans éclat, sau[ un ou deux, dans tout Paris .... sans vous voir; il est assez rare, dis-je,
On therchait, quand elle vint, si, de quelqu e qu'une telle et passagère figure, immobilisée
de l'Empire ' ·
U en fol encore parlé quelque temps, en pari, ne se lèverait pas bientôt un astre nou- sur la toile, contenle pleinement la pensée.
Mais, quand le fluide lumin('ux
vertu de ce privilège qu'aH1il le
s'y
est répandu, pour en illuminer
duc de Morny de pass'onncr !"opilous les traits, que l'impression est
nion sur tout ce qui concernait sa
autre! En l'admirant là, si vraie,
personne ou ses actes.
si
rapprochée de nous, celle reine
Maisqueful, rllc-mêmr, lacomdrs
soiré1:s cl des bals d'autrefois,
tesse Le lion? Quel avait été rnn
je rendais grf1ce à l'art divin, r1ui
role défini, quelle ,a part de prespeut ainsi mainlenir dans la vie
tige dans l'espace de temps si brel
ks
êtres de beauté que nous a
que rrprésente la duréi d'une exisravis
la mort. Son image traduit
tence humaine?
adorablement l'idéai féminin du
Elle n'avait pas écrit et n'était
jour, lorsque Dubufe préludait aux
point sortie des limites de la vie
grâces un peu convenues de Win~
prÎ\'ée. Un moment, elle y pensa ;
tcrhalter; et, cependant, rien ne
elle arail comm{ ncé à rédiger drs
date:
ni le cm,tume, ni la pose, ni
notes, rappelant ce qu'elle avait
l'air du ,•isage. Elle est debout,
observé ou ressenti, au plus haut
cambrée avec une grâce attirante.
étage de la fortune et de la consiSes cheveux, tordus sur sa lêle,
dération mondaines; puis, elle s'élaissent
écbapper des boucles létai\ interrompue, par un sentiment
gères ondulant sur les épaules.
de modt'stie el de crainte en soi,
Toute la physionomie est animée
qui lui donnait à douter de l'étend'une
expression juvénile et caresdue de son esprit. A défaut de
sante.
Le sourire se joue dans ses
confidences intime~ , contresignées
prunelles,
comme sur sa bouche,
de sa main, vont nous répondre,
avivant les fossettes creusées dans
pour elle, des documents précis et
la Llancbeur rose de ses joues et
rares.
de son menton.
Fille d'un riche banquier de
C'est le charm{', en un mot,
Bruxelles, Mosselman, elle avait
dalls la per[ection du naturel.
épousé, très jeune, le comLe Charles-Aime-Joseph Le lion, l'un des
Étant ainsi, on la regarda heaufondateurs de la monarchie Leige,
roup.
Lorsque Mme Le Hon en Irait
et qui fut, . pendant onze années,
à
!'Opéra,
c'était, dans la salle,
le représentant du roi Léopold l"
un grand remuement de têtes vers
auprès du gomcrnement frân çais 3 •
cette loge de lace, qu'elle avait
Les circonstances élaient critiques.
arrêtée,
dès 1832, puis rnrs cette
Dans celle période mémoraùh•, où
L\ R EIN E; H ORTENSE ET SON F'ILS AI NÉ1 N APO LÉON-LOUIS-CHARLES.
baignoire
légendaire, où se pressètous les intérêts de l'Europe se
Ta bleau du BA RON G ÉRARD ( 18o7).
rent, autour d'elle, tant de persontrournient en lulle, la Belgique
nages illustres. Au fo~'er, ceux qui
élait au premier pfon, comme ar1

1. Cdtc salisl'adiun ruL-dl .i romplêlc ? La douce
:11uba$sadrice prétcudait le conlrairc. On lui avait
enlevé le ~roduit de SC3 capitaux :
« On m accorde trois millions , quand on m'en devrait si'l: 1 » disail-rllc à Estanceli11 1 qui m'a rêpété le
mot.

:2. llcm:m1uo11s-lc , CIJ pas$aul, l\ uulil'r f...1 l rcdcr:1.~le
de sa fortun e politique au frl•re de N3poléon 111. qui
l'avait &lt;fülingué, lorsqu'il n'étail qu'un jeune a\·ocat
de province, et l'avait puussC auprès du prince pl'Csidcnt.
Des médisants a,·ançaicnt que l'.CIIC chaleur mani-

""" 300"""

lc~lée dans la ùéf,wsc des i11Lérèls de la tomlessc I.e
li on a\'ail éveillé un vogue scnlimcnl de dépit tians
l'â me de Mme l\ouhcr.
i). t e Hon élail le prcmir.r ambassadem: de .Bclgiriuc, accrédite a_uprè.~ d'une cour élrangere, a la
suite de la formation du royaume.

1

1

1

paradaient dans le cortège du duc d'Orléans :
le comte de !lorny, le duc Decazes, le marquis de la Valette, le baron Thiers, - car il
élail baron, - Camille et Nestor
Iloqueplan, Saint-Marc Girardin
et les jeunes doctrinaires en appélit d'avantages sociaux moins
spéculatifs, erraient, empressés
et Oatteurs, sur sa trace.
Dès son apparition, elle anit
arrêté le regard et touché le cœur
du duc d·Orléans, le plus aimable et le plus aimé des princes
de la maison régnante. C'était un
rare esprit, une âme d'élite. S'il
avait su conquérir une inOuence
énorme sur l'armfie, s'il jouissait,
dans le pays, d'une extrême popularité, s'il était le -Mécène et
l'ami des artistes, il était bien
aussi le favori des reines de salons. Des autographes, adressés
de sa main à la belle ambassadrice, el qu'une heureuse fortune a portés sous nos )'CUX, vont
nous permettre de suivre, en
même temps que l'affection grandissante du prince, l'étatd'estime
olt l'on tenait, en ces milieux
arislocra1iques, la comtesse Le
lion et l'allraclion qu'elle exerçait.
Aussitôt qu 'il se lut porté à sa
rencontre, le duc d'Orléans, avec
une courtoisie cxtrême et des
égards parfaits, mil sa sollicitudé
lt rechercher les suffrages de la
gracieuse étrangère. Il ne manquait aucune occasion de lui marquer le prix qu'il allarbait à son
jugement, le désir qu'il avait de
connaître, préférabll'ment à celle
d~s autres, son opinion en toutes
choses . Cbacun et chacune, dans
l'entourage familial du roi, qui,
lui-même, s'était avisé de littérature el composa un opéra, cultivait une inclination, un goût artistique. D'Aumale devait mêler
la plume à l'épée. Joinville cl
Nemours dessinaient. La princesse Uarie
sculptait dans le marbre des œuvres dignes
de durée. L'héritier présomptif, " Mgr d'Orléans », s'adonnait à la peinture. Sans prétendre à aucune supériorité, dans ce genre,
il ne lui était pas indîflërcnt de recueillir,
de bonne part, une approbation aimable,
une louange spirituelle, u:i à-propos flatteur sur le point de ses tentatives d'art,
de ses ébauches. Il ne s'en faisait pas accroire, quant au degré du talent; il lui était
sensible, toutefois, qu'on ne l'en jugeât pas
dénué.
Avec une modestie non ·feinte , mais
qui ne demandait qu'à êlre encouragée, et
avec une délicatesse respectueuse dans les
termes, dont il ne se départit jamais, il incitait doucement la comtesse Le Hon à lui en
donner l'assurance, certain jour qu'il lui en-

voyait une œuvrette de sa compos1t10n, enguirlandée de ce madrigal :
t( Je m'Pmpresse de profiter, madame, de

A COJHTESSE l.E 1fON

---

nement du boulevard du Temple. J'ai reconnu ce cœur, bon et généreux, dans les
accents d'indignation et de sympathie, qu'il
a su rendre si bien. J'y réponds,
eomme toujours, par un attacheIf
ment trop sincère pour que vous
n'y comptiez pas entièrement el
trop respectueux pour qu'il ne
soit pas toujours agréé par vous.
" Philippe d'OnLÉA"· »

L'allachemenl, donl parle le
prince, n'en resta pas toujour.l à
ce ton de cérémonie révérencieuse, à ce pur zèle un peu froid ;
mais, en s'approfondissant davantage, il se nuança d'une expression plus directe, plus personnelle el je dirai plus tendre,
comme dans ces lignes charmantes, qui ont, pour nous, l'int~rêt
de compléter le porlr;il de celle
11 qui elles furent adressées :
Tuileries, dimand1e matin.
&lt;c On a beaucoup parlé de vous,
hier soir, au salon, et d'une manière qui a été Lien douce à mon
cœur; car, parmi les nombreux
iuterlocuteurs, il ne s'en est pas
trouvé un seul ni une seule qui
ait laissé échapper un blàme ni
une parole amère envers vous. Je
ne puis vous dire combien je
jouissais de ce triomphe, que
vous remportiez sur Ja médisance
el sur l'esprit de critique de notre salon; j'ai été vraiml'nt heureux de voir que l'on vous ait
rt1ndu justice el que tout ce qu'il
l' a de bon, de noble, d.élcl'é en
,ous ne rf'ste pas inaprrçu. Les
sensations les plus vives sont en
ceux que l'on aime; cc wnt leur3
peines qu'on ressent encore plus
profondément que les siennes
propres; ce sont aussi leurs plai:sirs aux11uels on prend une part
plus grande qu'elles- mêmes.
Aussi vous n~ sauriez croire combien j'ai d'amour-propre pour vous.
(&lt; Ferdinand-Philippe d'0•1.iA,s . »
&lt;c

LA CO ~I TE:SSE LE ll o N, AMB .~SSA ORI CE DE 8F:LGI QU E:.

JJ'o tri:s I'! laNeau de DunuFE,

votre gracieuse permission pour vous prier
d'accepter ce croquis à l'aquarelle. Je rédame,
en faveur de ma palette, toute l'indulgence
dont nous avons, elle et moi, grand besoin;
néanmoins, je me consolerai même de la critique d'un juge aussi sûr que vous, madame,
si j'ai pu vous occuper, un instant, de celui
qui saisit cette occasion de vous renouveler
ses hommages.
(1 Ferdinand-Philippe d'On,ÉANS. Il
D'autres lettres du duc d'Orléans avaient
pris le même chemin, avant celle-ci, qu'ir:spirèrent des circonslances moins frivoles.
C'était au lendemain de l'attentat de Fieschi:
c&lt; Je suis très reconnaissant à voire cœur,
madame, des sentiments qu'il nous a témoignés , lorsque vous avez appris l'horrible évé-

Toute critique rendait les armes à la douceur de~ attraits qui tempéraient de gfilce
ses airs de reine. Les femmes, sans trop de
jalousie, lui résignaient l'empire de la hraut~,
parce qu'elle étaH souverainement bonne et
qu'il semblait naturel qu'une âme si tendre
eùl un charmant visage pour l'exprimer. Elle
avait une grande raison d'être aimée et le secret le plus sûr pour endormir le.l passions
envieuses : c'était son ardeur à seconder les
désirs de ses amis. J'en vois les signes dan s
une foule de lettres la remerciant d'un service rendu ou 1a priant d'un serYice à rendre.
Elle joignait à tout ce qui plaît tout ce qui
attire et tout ce qui touche. Dans l'intime,
elle séduisait par la mutinerie du geste, la

�"------------------------------------

1f1ST0'/{1.JI
jolie ioffoxion de la voix, l'espièglerie ùe ses
yeux rieurs. Car, visiblement, le rire de ses
lèvres se réflétait dans le bleu de son regard
caressant et animé. On ne résistait
point à ce rayonnement s1mpat.hique; et c'était un besoin, en sa
présence, de le lui dire, sans qu'elle
pùt s'en défendre. Devisait-elle à
table, voulait-elle conter quelque
histoire? On l'interrompait, à chaque minute,· pour revenir sur une
attention dont elle était l'objet,
pour insinuer à son adresse un
compliment. Elle devait répéter
plus d'une fois, avec une expression
d'aimable impatience, ce : &lt;( Laissez-moi donc parler », qu'on connai ~sait si bien autour d'elle.
Té'moin ce passage d'une lettre débordante d'atfeclion, que lui écrivait, sous une impression de souvenance heureuse et de regret,
l'une de ses amies retirée, pendant
les vacances d'été, dans une modeste campagne de Maine-et-Loire :
(( Chère comtesse,
Si j'étais là, près de vous, si
je vous écoutais, un soir, comme
je me sentirais réveillée! On ne
sait ce que vaut un plaisir et son
vrai prix que lorsqu'on en est privé.
Je vois votre sourire, vos yflux de
gaieté, et j'entends vos : Dfais, laissez-moi donc parle/'! Je voudrais
bien vous interrompre et vous embrasser. Vous êtes trop aimable:
le savez-vous? On ne rnus le dit
pas assez. C'est avoir le charme
suprême que de posséder, réunis, comme
vous, l'esprit, le goût, le naturel.

avec le cœur. Encore s'intéressail-elle à ces
choses al'ec assez d'intelligence et de raison
pour en soutenir l'entretien.

politiques, elle avait su réserver, dans son
salon, le coin des arlistes, et aussi le coin
des femmes, où Mmes Duchâtel, de Liadières,
toutes les Laffitte, se repassaient
le dé de la causerie assez joliment
pour attirer, par là, les pas d'un
Walewski ou d'un Morny. On y
pouvait deviser aimablement, galamment. Elle s'y prêtait toute la
première. N'avait-ellepas ses beaux
esprits? L'académicien Vatout, l'inévitable &lt;( Vatout», quand il ne madrigalisait pas chez Mme Dosne,
courtisanail avec succès sur le tabouret de la comtesse Le Hon. Ses
mots, sinon sa personne, qui n'avait rien de séduisant, l'avaient
mis en situation de faveur dans la
maison; il y tranchait en amicale
liberté, comme on peut en juger
par ce hou t de conversation épistolaire. La comtesse prenait les eaux
à \ïchy, dans la belle saison, et
\'atout devait lui faire tenir des
nouvelles :
&lt;(

&lt;(

(( Adèle PERROT (Mme JA~v1ER

DE LA

MorTE).

)&gt;

S'il est vrai que la beauté d'une femme
s'épanouit sous les compliments des autres
femmes, il est visible aussi qu'on ne lui en
méuageait point les effets doux et rares.
Il fallait qu'on lui reconnût, en outre, du
jugement, de la sagacité, puisque des hommes du plus sérieux mérite se complaisaient
à lui faire part, soit en causant, soit en écrivant, de leurs idées, de leurs préoccupations.
J'ai, sous les yeux, une liasse de missives
développées, que lui envoyèrent des ministres
de la Belgique, Van Praët, entre autres, el
où ils ne craigoaient point d'aborder, aYec
elle, ambassadrice, les questions épioeuses
du moment..
Plus tard, de 1855 à i 856, c'est un diplomate, un futur ministre des Alfaires rtrangères, Thouvcnel, qui, de Constantinople, la
tient au courant des négociations engagées
sur les affaires d'Orient. Et j'en laisse.
Je ne dirais point qu'elle ne préférât, en
soi, des conversations moins austères, par
exemple des lettres de femmes, comme celles
de son amie, Mme Janvier, où l'esprit se joue
1. Yaloul avait ses grandes entrées aux Tuileries cl
au ch;iteau &lt;l'Eu sous le gouvernement de Juillet.

Paris, ce jeudi 3 août 18 '13,
à bord de mon li l de clou leur.

Si elle invitait un peu beaucoup d'hommes

Aimable et chère,
&lt;( Que vous êtes bonne d'arnir
songé à moi, que vous êtes gentille de m'avoir écrit quatre jolies
pages! En uaic sœur de la charité, ou plutôt en ange que vous
êtes, vous avez pitié du pauvre malade. Le ciel vous bénira!
&lt;( Je nis mieux, beaucoup
mieux .... Mais mon docteur n'est
pas assez imprudent pour m'envoyer à Vichy.
Il sait qu'il y a là certaine Naïade aux blonds
chereux, dont les yeux bleus, par leur douce
flamme, détruiraient toute espèce de vertu et
même la vertu des eaux. Je fais donc de la
sagesse dans mon alcô1:c et_ ~e ciel m:est témoin (le ciel de mon ht) s1 Je pense a autre
chose qu'à mériter ma liberté._ Qu'en fera!-j~?
Je devais faire un voyage en Egypte; mais J y
renonce et, si Dieu et le roi le permettent,
j'irai achever ma conva~es~ence ~u _chàtea_u
d' Eu 1 • Le départ est fixe, Je crois, a lundi.
Je n'ai pas été à Neuilly depuis quin_ze ,jours,
et je ne sais rien que par des on-d1l.
&lt;&lt; On dit que la princesse de Joimille est
très jolie et que, pour les traits, elle rappelle,
à la fois, la princesse llarie, et aussi un peu
la marquise de Loulé. On dit qu'il est question d'une haute proposition de mariage ....
Mais ... et puis mais .... On dit que la duchesse de Nemours et sa beauté ont grand
air en voyage .... Vous voyez que je suis hie~
maio-re en nouvelles. C'est l'imprévu qm
m'e~graisse sous ce rapporl, et je suis clo~é
dans mon tonneau, où je n'ai ni la philosophie
de Dioo-ène, ni le courage de Régulus. Cependant, ai quelque chose de romain, c'est de
manger couché, c'est de lire couché, c'est

'.'i"était-il pas de la famille? Un détail qui n'est pas
connu de tout le momie : \'alout était un fils de Phi-

lippe-Egalité et, par conscqucnl, un frère de Lo11isPl11lippe.

&lt;(

LOl,;IS-:N'APOLÉON BOXAPARTE.

rrravure d'E,11LE PrcHARO, d'après Se:BASTrEN ConNu.

De nature, elle avait le caractère facile,
l'humeur enjouée. Et l'impression s'en rendait communicative, aux alentours. La gravité de Guizot daignait sourire chez elle.
'fbiers, au sortir des Assemblées, retrouvait,
en sa compagnie, sa vivacilé méridionale.
Armand Bertin, le puissant directeur des Débals, qui forçait la volonté roplc et faisait
plier les minislèrés, se rendait, à sa voix, le
phis amène d(s causeurs.
Il ne dépendit pas d'elle qu'elle ne fit
danser Victor de Broglie, sur le tard de la
carrière du ministre, pair de France el
membre de l'Académie. Ne lui écrivait-il
pas, pour en décliner l'invitation, ces lignes
où passe une légère inquiétude :
&lt;c Vous êtes trop bonne de n'avoir pas tout
à fait oublié un pauvre solitaire, étranger,
désormais, au monde, à ses plaisirs, et je
voudrais qu'il me fût permis d'ajouter à ses
affaires. Je serais, dans un bal, un meuble
déplacé el ridicule ; mais, si vous le permettez, j'irai vous remercier, dans un moment
plus opportun, de votre obligeant souvenir.
(( V. OE BROGLIE. ))

f

J{

d'écrire couché. En vérité, le peuple-roi avait
de singulières manies; comme si le lit était
fait pour autre chose que pour ... dormir!. ..
Vatry m'a raconté vos succès. Où n'en auriezvous pas? Un flatteur lisait, hier, à côté de
moi, un volume de Cellamare, et j'ai souri au
portrait de Mme d'Avernes, l'ange de la volupté ....
'&lt; Adieu, charmante buveuse. Quanù sortirez-vous des eaux, comme Yénus?
(( V. VATOUT, ))
Le ton de la lettre est badin. Mais Vatout,
ne l'oublions pas, était un peu le Voilure du
salon de Mme Le lion .
Ses compliments et ses pointes la changeaient des conversations rmpesées des diplomates.
J'aurais idée que U. de Montrond, dont les
beaux jours en étaient à leur dernier quartier, dut faire acte de présence, lui aussi,
chez la comtesse Le Hon. Depuis le temps
qu'il promenait de par le monde son humeur
caustique et jouait au Chamfort, ayant prêté
de l'esprit à Talleyrand lui-même, on recherchait en lui le diseur de bons mots, le conteur
d'anecdotes, le voltairien acerbe, qui amusait
les présenls aux frais des absents. C'est lui
qui, rnyanl des gens de la meilleure compagnie se quereller au point de se jeter des
flambeaux à la tête, leur détachait gaiement :
« Comme j'avais raison de dire que vous
étiez bien ensemble! )&gt; Cc M. de ~lontrond,
dont la quiétude égoïste eût rendu jaloux un
Fontenelle, attendait ~t diner l'un de ses
amis, M. de Sampaye, et celui-ci ne venait
point, parce qu'il avait eu la malechance de
mourir en chemin. On annonce à Monlrond
la fatale nouvelle. li découpait un perdreau
truffé. Aussitôt, il se lève de table, comme
pour se livrer à un violent accès de désespoir,
puis, se rassied : il mange à lui seul le délicat
volatile. &lt;( C'est étrange, remarque-t-il, je
croyais que cela m'aurait coupé l'appétit! l&gt;
Et l'on racontait, du personnage, bien des
traits de la sorte, qui faisaient plus d'honneur à son esprit qu'à sa bonté d'àme,
Mme Le llon eut autour d'elle des gens
d'aussi belle humeur, el d'un cœur moins
sec.

1foN --.,.

térêt d'autrui, à produire des talents 1, elle désirât davantage d'être introduit. Tout
en al'ait elle-même réglé chaque détail, sug- homme un peu marquant s'interrogeait avec
géré les motifs de décoration et disposé tout une espèce d'anxiété sur le néant de sa gloire
l'aménagement intérieur. Rien dans son s'il n'avait pas acquis droit d'entrée dans
ameublement n'était en place, qu'elle ne l'eût l'hôtel du C( rond-point )&gt;. Tout ce que Paris
dessiné, modelé ou remanié. &lt;( Je veux, di- comptait de poitrines décorées rnulait y pasait-elle, que ce soit de telle façon ,, , et elle raitre, y jeter sa lueur ou son reflet.
précisait la chose ou fournissait le dessin.
Elle élail vraiment alors dans l'apogée de
Cet art féminin, cc don qu'elle possédait de cette faveur mondainf', dont les retours sont
mu mettre et de transformer, à son gré, les inévitables.
hasards de la richesse, d'animer d'une ,·ision
de gràce personnelle la froideur des marbres
li
el la lumière inerte de l'or, l'un de ses hùtcs,
Arsène Houssaye, les célébra, en ces vers _inLe salon de la comtesse Le Hon était netteconnus :
ment orléaniste. Il avait le caractère officieux, qui répondait à la situa'ion officielle
Voire palais, madame, est un ricl1e poème,
du mari et aux personnelles sympathies royaParadis idèal, que le Tasse lui-même
listes de tous deux. Les princes et les gouverEût choisi pour .lrmidc en ses rêl'es de feu.
nants de la monarchie de Juillet en avaient
Ainsi qu'une autre grande dame de beau- consacré la couleur par l'habitude, qu'ils
coup d'esprit, la comtesse de Castellane, elle avaient prise, d'y fréquenter assidûment.
transformait, quand il lui plaisait, ses salons Néanmoins, la comtesse étant femme et faien théâtre. On y donnait la comédie del'anl sant prévaloir, en cette qualité, les raisons
un public, dont chaque unité représentait du sentiment sur celles de la politique, elle
une aristocratie de race, de Laient, ou de entretint des relations et serra des attaches,
beauté.
((Ui eussent pu rendre suspect un esprit
Les diners 11u'elle donnait, à jour fixe, le moins sûr que le sien. Elle ne les afficbait
samedi, jouissaient d'une réputation notoire. pas; elle s'enl'eloppait, en les cultivant, des
lis étaient fameux beaucoup plus par le luxe YOiles de la prudence et de la discrétion,
et l'élégance qui présidaient à leur distribu- mais ne s'en laissait point détourner. Dès les
tion, que par le nombre de convives; car il se premiers temps où son alîection s'éreilla sur
limitait à quatorze et l'on n'excéda presque l'al'enir du jeune Morny, elle était en corresjamais ce chiffre d'invités!. Mais chacun en pondance suivie avec la reine Hortense.
parlait, au dehors. Il n'était guère de deLes originaux de ces lettres de la reine
meure aussi en vue que celle-là cl où l'on Hortense, nous les avons en main. Ce n'est

Dans les réunions à petit nombre excellent
les qualités d'une maitresse de maison. ~lais
la comtesse se fùt sentie trop privé!! de s'en
tenir aux lumières discrètes de la demi-intimité. C'était une grande metteuse en scène,
ayant l'amour i□génieux du faste et du décor.
En 1846, s'éleva, au rond-point des ChampsÉlysées, le majestueux. hôtel où s'écoulèrent
ses années les plus radieuses. Artiste par
août
- car elle peignait, .sculptait,. ou grao
.
vait des eaux-fortes - curieuse et rnvenlivc,
pour son plaisir autant que portée,.pour l'in1. Elle protégea beaucoup Tcnnyrc, le prédéce~scur de Darbedienne. - Elle eut une belle galerte
rie tableaux. Cne vente en fui faile, en 185!1, dont
quelques morceaux de choix, comme la S01·tie de
l'lcole, de Decamps, ou des peintures de Meissonier,
r1u'elle seconda beaucoup à ses dêhuls.
2. On y ,·oyait, d'ha~ilude, ~lorny, l'ambassadeur
rnssc l(isseicf, Estancehn, M. rie )lonl~uyon, cl'llober-

LA COMTESSE LE

LOUIS-NAPOLÉON DANS S.\ PRISON DE 11AM.
Dessiné d'af&gt;rés na/u,·e pa1· te Do~nrn CONNEAt'.

Arrnanil Bcrl111, Tl11crs, John Lemoinne, Yaloul
el le comte Léon de Laborde - le père de toute
une lignêe de femmes charmantes. Je trourc, par
hasard, de ce dernier personnage de l'Empire, membre de l'lnslitul, dircclCUI' tin )[usée des antiques au
Loune, plus tard direcleur général des Archives, ce
court billrt, où il s'efforce de répondre ~pirituellcmcol à une invitalioo de la comtesse :
SHI,

« Du pam sec, cl ,·ous me comblerez de bonheur.
Jus-~z. un peu a'.cc du melon el du dessert. Qurnl au
cu1s1 11er fu tur, Je ne me permels aucuue ohservation;
j'ai trop d'inlêrèl à être bien avec celle haute puis•
sance.
« ,\ demain, cht're madame.
« \'otre dévoué scrrilcur,
(( OE LA&amp;ORJlP.. »

�r---

_______________

,.

111STOR._1.Jl

pas sans un émoi d'irriaginalion facile à concevoir que je palpe· ces _feuillets jaunis où se
laissa parler, sentir, vivre·, ·une fille d'impératrice, mèlée, très jell.[1e, à des splendeurs
incomparables, puis rejetée dans les tristesses
de l'exil et les soucis d'une existence pre~que

précaire, intcrrogc:mt, d'un œ.il anxieux, des
lever$ d'aube &lt;1u'elle ne verra pas luire, pres~cnlant peut-être, à travers les brouillards
opalines mu,rant l'horizon, des retours de
fortune inouïs, de merveilleux lendemains
cnsoléillés . Sur le fon&lt;l du tableau, IJU'évoqucnt ses confidences plaintives ou inquiètes,
:ie déc'lnvre la figure tragique de l'homme
qni connaîtra les plus brillantes et les plus
sombres extrémités de la dcslinée humaine.
Dans le secret des phrases alambiquées, par
les détours des allusions vagues et, cependant,
pressantes, une autre ph)'sionomie s'annonce,
non moins étonnante, celle de Morny, fils
caché d'une reine et frère inavoué d'un empereur, q11'unP suit~ dccirconstanccsexlraordinaires pou,.s:era !1 reprrndrc s:a place au
premiC'r rang, ainsi qnc par un droit héréditaire.
A première vue, les lcUres d'llortense à
Mme Le Hon n"ont rien qui frappe cl se distingue de l'ordinaire. Les caractères graphiques ont un aspect de banalité. Le p,picr
sur lcqûel a couru cette écriture abondante
et négligé eSt mince, sans élégance, dénué
de tout signe capable d'en trahir l'origine.
Mais c'est au fond des choses qu'on s'attache,
c'est p1r 111 i1u'on est retenu, car on y rt'çoit
l'impression directe des é,·énemcnts, tracée
d'une main que faisaient trembler, ltmr à
tour, les t'·motions &lt;lela tcndr~S!:.C, de l'am.iélé
ou de la c,Jlère.
Pour la plnpart, ell, s se rapportent aux
annél'S qui s'écoulèrent entre 1855 et 1838.
C'élait la pé,iodè trouble, a"enlun•usc, de la
carrièr~ de prétendant de l.ouis-'.'fapoléon; le
temps, en particulier, de la bizarro échauffourée de Strasbourg.
Peu de temps avant, accomplissant un
vopgc en Suisse, la blonde comlesse ~Yail
rendu \"i:ûtc à la reine Hortense et fait la
connaissance de Louis-Napoléon : « Qui sait
si nous nous reverrons? l&gt; s'était-on dit en se
quiuant. Quelques jours plus tard, elle rn
1rouvail à Berne, avec sa dame de compagnie.
Dans l'bôtd où elle ayait pris appartement,
on eut le dJsagrémeut de s'apercevoir, au
milieu de la nuit, q11c des voi~ins brupnts
s'étaient installés, en la chambre voisine,
allant, marchant, disculaut, parlant fort.
~)étaient-ils annoncés mus leurs véritaLlrs
noms? On pou Yail en concevoir le doute. Elle
n'en eut la certitude que plusieurs années
ensuite. Fialin de Persign~', causant avec
Min&lt;! Le 1-lnn, l'amenait sur le chemin des
suurcnirs. 1, Vous rappelez-vous, lui disait-il,
ces vui~ins incommodes, à Berne, qui, certaine nuit, troublèrent volre sommein Eh
bien, c'était le prince Louis et moi-même.
Nous nous rendions à Slrasbourg. l&gt;
De cette dernière équipée nous n'avons pas
à refaire le récit. Tandis qu'elle allait à ses

fins provisoires : la prison, l'exil, avant le'
trône, pour Je fataliste agissant qui s'y était
lancé, sa mère écrivait d'abondance à la
comtesse Le Hon. Outre qu'elle lui portait
une confiance sans bornes et un sincère attachement, elle n'ignorait point sa situation
influente à la cour i elle al tendait beaucoup
de son inter"ention auprès des ministres et
du roi. Elle lui livrait toutes ses impressions
du moment, comme elles se produisaient et
se succédaient, de jour C'n jour : soucis personnels de sa propre vie, inquiétudes sur sa
santé chancelante, anxiétés vives sur les agissements de son fils .
Cette correspondance, en ses façons extérieures, était enveloppée de beaucoup de précaulions et de mystères. On l'adressait poste
restante, sous des noms supposés, très bourgrois : une Aime Adèle Michrwl ou une
:llme Callit&gt;ri11e Loisel. Encore avait-on
trouvé q11elque péril à la première forme de
suscription; car je vois, sur l'une de ces
pages, en post-scriptum, une recommandation dilférrnte :
« Donnez-moi votre adresse à Paris, oll je
vous écrirai toujours comme pour une dame
C'ltherine; mais ce ne serait plus poste restante, ce qui paraît toujours louche ... . ,,
On y chercherait vainement le cachet de la
châtelaine d'Arenembrrg, el elle avait recommandé ~ la comtesse d'imiter son abstenlion.
- Votre petit cachet, lui dit-elle, est très
bien ainsi, puisque rien n'est gravé dessus.
Elle signe d'une manil•re quelconque :
Adèle Il ..•. , ou d'un parafe illisiLle, ou d'un
point, el c'est tout. Les perrnnncs y sont
désignées, de manière à ne pas s'y méprendre, par des détails qui parlent clair;
toutefois, on se garde dt! les qua'ifier nommément. Il est bon de se sentir instruit d'avance
ou de posséder la clé de ces allusions, pour
comprrndre entièrement de qui et de quoi il
retourne. Les titres d'alliance et de parenté
répondent à d1•s arrangements particuliers,
convenus enlrè la reine Hortense et l'ambassadrice, qu'dle n'appelle jamais : ma chè,·e
comtesse ni ma chère amie, mais bien : ma
chère n-ièce, lt la mode de Ilrclagne ou de
Belgique. Expressément lui recommandet-elle d'user de retour :
&lt;( Certainement, je suis votre amie sincère; appelez-moi donc de cc nom. Ct'pendan1, je pe111:.e qu'il serait préférable, dans
vos lettres, de mellrc ma tante el de prévrni r
volre sœur' qu'elle ait à en écrire de mèmC'.
C'est afin d'èlre !i même de les consen•cr, les
unes el les aulres, el que, si jamais les vôtres
passent sous des Jeux: étrangers, dies semblent émaner d'une nièce &lt;1ue j'aime tendrement. l&gt;

Sa préoccupation est si ,·ive de ne point
nuire à la tran_quill~té morale d'une si générruse et si dé\'ouée jeune amie!
·

Tant de circonspection, dans les formes,
ne l'empêche pas de s'exprimer fort libremeut sur le comple de ceux et de celles qu'elle
dénonce sans les nommer; elle ne se sent
que plus à son aise de dire, sous le voile, cc
qu'elle a sur le cœur, au sujet des oncles de
Louis-Napoléon, par exemple, voire même de
son mari à elle, le roi détrôné de llo\landc :
(C Croiriez-vous que les oncles, de peur,
ont été indignes? Aussi le mariage" eH-il
rompu. Des imbéciles, pour lesquels on aurait eu la sotLise de se sacrifier! Voilà quelle
récompense on en recueille; car c'étaient eux,
en somme, qui auraient prolité de la réussite
de celui qu'ils blàment aujourJ"hui. lJ

De temps en temps, la royale épisto\ii•re
laisse tomber ·quelques ré0exions atlri5tées
sur l'ingratitude du monde, sur ses illusions
cruellem~nl déçues par l'expérience :

« Je sens le besoin de fuir, aussi loin qu'il
me serait possible, cc monde oi1 je n'ai
trouvé que des douleurs, tandis que je n'avais
éprouvé que de doux sentiments pour lui.
Car j'ai eu la faiblesse d'aimer jusqu'à mes
ennemis, el ceux-là m'en onl bien punie.
&lt;t Là où je trouverai du calme et l'absence
de calomnie, là, seulement, je me dirai
contente. »
Mais le fond de sa correspondance est toujours la question irritanle de la famille napoléonienne : les affcclions ne furent jamais
lrès chaudes entre les Ileaubarnais et ]es
Bonaparte. 'l'iraillrmeots financiers, difficultés de règlements, arrérages tardifs, elle
se plaint aussi de ces choses, et pour en
faire retomber sur qui de droit, sur son
mari surtout, le pauvre roi de llollande, les
responsabilités :
« 4 février 1857.
&lt;t Je ne sais encore l'arrivée (de LouisNapoléon) que par les journaux, etje crains
que ce soit un faux bruit. Son père ne donne
signe de YÎC', mais c'est presque agir Lien
que de ne pas faire de mal. Comme on n'avait
pas voulu me prévenir d'avance, on avait
pris rargenl nécessaire chez le banquier,
c'est-à-dire une somme sur laquelle on avait
réellement des droits, puisqu'elle élait le produit d'un Lien ,·endu. Or, la première déclaration du père a été qu'il n'acquitterait
jamais cette delle, cl vous devinez qui a dû
la paier à sa place. Ah! les enfants qui
n'ont pas de famille doi,·cnt, parfois, se lélicitcr. Je deviendrais saint-simonienne! &gt;&gt;

" 51 décembre 1856.
Pendant ces trois jours d'angoiss~, j'ai

Entrainée par le Lesoin de répandre son
âme, elle ne déguise aucune des préoccupa-

1. Nous \·cr1·ons, plus loin, quelle êtait ccttu sœur
prHendue.

2. J,'u111on proJelée de la prini.:essu Matliiltle nvcc
son coùsin le prince l.oui,;-~apoléon.

&lt;c

L11 COMTESSE LE 1ION

pensé à vous, ma chère enfallt·; je me suis
dit :
« - Elle a senti comme moi \a-t-elle pu
le cacher? N'aura-t-elle pas montre trop dïntérêt en laissant voir son inquiétude? )&gt;

Cliché Braun et C"

LA COUR IMPÉRIALE A fONTAINEBLE~U (2 1 JUIN 186o).

ti?~s. qui la traversent : personnels soucis,
d1v1s1ons de famille, jalousies, rivalités intestines entre les Bonaparte, perplexités profondes sur le sort réservé à celui de ses fils
qui s'est imposé d'être le continuateur et le
seul dép~sitaire d~ la tradition napoléonienne,
retours mvolontmres de sa pensée vers un
· au~~e fils, qu'on ne nomme point, parre
qu 11 fut désavoué dès sa naissanee mais qui
réclame, pourtant, une place dans' les fibres
de son cœur. De celui qui s'appela tout simp!emen~, d'abord, Demorny, puis, gràce à la
separation des syllabes, et avec l'aide propice
de la particule : de Morni, en attendant l'adjonct~on, quand il aura richesse et puissance,
des t1lres de comte, de duc: de celui-là elle
ne parle pas en propres termes; mais elle ne
cesse d'y songer, et des allusions se répètent,
dans ces pages, qui le visent d'une manière
transparente.
·
Il ! a un terrible papier, renfermant le
secret, qui lui tient à cœur, et dont la divulgation possible est l'objet continuel de sa
crainte. Ce papier intéresse fort une autre
personne, la sœur encore, la sœur inconnue,
d?nt on parle toujours à mots couverts et qui
n est pas une parente, qui n'est pas une
VI. - H!STORJA, - Fasc. 47·

femme, mais un ami de la comtesse Le Hon,
Morny lui-même :
J'étais bien sûre que le papiet n'avait
été d~vulgué; mais il n'en a pas moins
ete trouve dans un portefeuille. Je ne l'avais
don~é- que pour le cas où il y aurait eu danger 1c1, et on m'avait garanti la promesse de ne
c(

~a~

s'en _servir que dans cette conjoncture. J'ai la
ce~tilu~e, comme on est loyal, qu'on ne
m aurait pas trompée. Je sais en outre
qu'on a cherché toutes les lettr~s de moi à
votre sœur. Les lui a-t-on rendues? Il me
semLle qu'on a dû voir la vérité .... Si l'on
avait été près du succès, on n'aurait pas eu
à s'en plaindre.

INDEX DES PERSOXNAGES

figurant
DANS LA PHOTOGRAPHIE CI-DES2US

...., 3oj w.

20

�. - - msTOR..1.ll

LI

(( Je compte aller en Angleterre, au printemps, je vous écrirai de là. Et, là seulement, je pourrai voir votre sœur Augustine!
et lui dire adieu. &gt;&gt;
On a prétendu que Louis-Napoléon et
Morny ne se rencontrèrent, pour la première
fois, qu'après la proclamation de la République, lorsque le futur empereur vint poser
sa candidature électorale à Paris. En réalité,
depuis Strasbourg et Boulogne, l'homme qui
était appelé à devenir l'esprit dirigeant du
second'Empire, Morny, n'avail pas perdu de
vue Napoléon, son frère. li se trouva avec lui
en Écosse. Et, sans se le dire peut-être,
mais ne l'ignorant point, tous deux ne furent
pas loin de se voir en même temps chez leur
mère, dans la dernière année de la vie de ]a
reine Hortense.
Les portions de correspondance concernant
Morny ne s'arrêtent pas aux di&gt;tails que nous
venons de lire. On y efOeure d'autres points
infiniment délicats de légitimation, sur lesquels nous préférons glisser, mais qui prendraient une singulière clarté, si l'on en
rapprochait les termes ambigus d'une déclaration autrement précise qu'on trOU\'a dans

les papiers de l'ancien ministre d'État~. et ,'était développé dans le salop de la comÉmile Ollivier affirme que Morny n'avait tesse Le Hon, lorsque Morny n'était encore
jamais eu le dessein de revendiquer un rang qu'un dPmi-personnage politique, incertain
dans la famille impériale, en le dévoilant. Il de la route à prendre, ayant un pied dans
n'usa pas de son droit; il en eut l'idée, ce- l'orléanisme, et l'autre pied dans le bonaparpendant, et des allusions, qui ne nous ont tisme. Là, son ambition et ses appPtits
pas échappé, dans une des Jeures de la reine s'étaient senti grandir. Là, s'étaient agités en
Hortense à la comtesse Le Hon, indiquaient son CPrveau des espoirs audacieux et téméassez qu'il y fut encouragé par elle-même, raires.
Qui s'en doutait, dans ce beau cercle
d'une mallère secrète et prudente.
Tel est, en effet, l'intérêt des lettres que orléaniste?
Un épais baodeau recouvrait les yeux des
nous venons de révéler; elles jettent des
politiques réputés les plus sagaces. La dictalueurs inattendues sur des côtés de la vie,
restés dans le vague, de ces personnages ture! qui songeait à cela, vraiment 1 Si, par
hasard, quelque augure importun en pronoshistoriques.
Tant que Louis Bonaparte était demeuré tiquait le noir présage, on se récriait, puis
silencieux à A1"enemberg et au secret dans la on riait de cette vaine menace.
&lt;c C'est dans ce milieu, précisément, me
prison de Ham, Morny n'avait pas laissé
soupçonner qu'il pût ètre, quelque jour, un racontait le général Estancelin (à un demirestaurateur d'empire. Il était au mieux avec siècle de distance), qu'ai-ant porté là-dessus
les princes d'Orléans, et l'infiuence de la la conversation et laissant voir ma crainte
comtesse Le lion en était, pour ainsi dire, le d'un terrible réveil pour le lendemain, je
trait d'union. Car il sut toujours, dans le jeu m'entendis répondre par Mme Dosne, la bellede ses ambitions comme dans la recherche mère de Tbiers :
&lt;f Monsieur Estancelin, il ne faut pas dire
de ses intérêts, de ses plaisirs, habilement
mettre les femmes de son cûté. Tout en rPs- de ces choses : personne ne veut de diclatant attaché d'àme et de cœur à la famille ture, pas même de celle de mon gend1·e ! 1&gt;
d'Orléans, qu'elle ne cessa jamais d'affecL'un des soirs qui précédèrent la fameuse
tionner, dans l'exil comme sur le trône, la
comtesse Le Hon, poussée par une inclination journée, Morny était resté, jusqu'à deux
plus forte, suivait, d'un regard complaisant, heures du matin, dans le petit salon au preles vues, les desseins de Morny, l'encoura- mier étage, songeant, ironique, au momen~
geait à les remplir et l'y aidait des moyens de faire jeter par les fenêtres des gens qm
que procure la fortune. Ou, plutôt, ses sym- étaient entrés par les portes ouvertes à deux
pathies s'entremêlaient, comme à soQ insu, battants.
dans la même et unique intention d'être
La reine Hortense ... , Morny .. . , Fleury ... ,
utile. De même qu"elle avait voulu atténuer,
sous la monarchie de Juillet, les rigueurs du Persigny, ces nom-:, ces influences, ces sympouvoir contre le prétendant bonapartiste, pathies, ne pouvaient qu'imprimer une sende même, sous la présidence et dans les pre- sible évoluûon aux sentiments politiques de
mières années de l'Empire, devait-elle user la comtesse Le Hon. Son salon se teinta
de son ascendant pour suspendre des mesures d'impérialisme, c'est-à-dire qu'il prit la couleur d'une préférence individuelle. L'aspect
de réaction contre les princes dépossédés.
Tout contre le somptueux hôtel de Mme Le fondamental n'en changea pas beaucoup,
Hon, aux Cbamps-Élysées ", se blottissait un toutefois, tant 11u'il continua d'occuper une
pavillon non moins célèbre et qu'on avait plaee dans les cercles de la haute société. On
surnommé, par comparaison de ses propor- continua d'y recevoir les amis poliliques d'un
tioas plus modestes avec celles du palais autre bord . Des affections anciennes, restées
voisin, et par une intention facile à com- au cœur de la coIDtes~e Le lion, ne s'en laisprendre, de ce sobriquet trop connu : la sèrent pas arracher par les alternatives du
Niche à Fidèle. C'est là que demeurait succès . Durant les dix-huit années de la restauration bonapartiste, et longtemps après la
Morny.
Il ne reste plus rien à connaitre du disparition de ce régime, elle se fit un devoir
coup d'État, tel qu'il l'avait prémédité, de d'entretenir des rapports fidèles avec la faconcert avec Saint-Arnaud, Maupas et Fleury. mille royale, dont le souverain se ralliait
On sait moins que le projet avait pris corps de façon si étroite à ceux de ses débuts

1. Ce détai"I, seul, suflirail à édairn tout le mvslérede la s1lua1ion. Comment eût-il pu être question
d'une Mos~elman. - la famille de Mme Le Hon étant
une des plus fortunées de la Belgique.
2. Morny était prênommé Aug11sle.
3. li y traça nettement, de sa main, ces lignes définitives : « Je suis le dernier fils de la reine, pendant le mariage du roi Louis de Hollande, par consèquenl, suiv.inl la loi, très rCgulîèrcmcnl prince
Bonaparte. frére légitime de \'em/&gt;ereur actuel, et
victime cl'un crime. c'est-il-dire 1 'une suppression
d'êtal. J'ai, pour établir mes droits - si j'étais homme
à le faire - plus de preuves qu'il n'en faudrait: la
notoriété, la ressemblance, des lettres de ma mère;
enfin, une leltre de mon frt'Jre, fjui le reconnait.
Bien que je sois, par principe, três peu disµosé it
m'en pré\'aloir, ce n'est pas une raison .... 1&gt; Et la

plume s'était arrêtée su.~ ces p_oints de s~spension.
Mais voici une autre piecc captl~le,. ~elevee av.cc la
plus scrupuleuse e1actitude sur 1. or1gmal (Reg1str~s
de l'élal civil de Paris 3" arromhs!'-emenl) : l'extrait
de naissance du rutur 'grand personnage d'Etat, duc
de Momy :
« L'an mil huit cent onze, le vingt-deux octobre,
à midi sonné, pa~-devant. no.us, f!laire du 1.11• a~·ro1_1dissemcnt de Paris, souss1gne, fa1saut fonction d ofhcier de l'élal civil :
« Est comparu 1t~sieur Claudc-;\fartin Gar~ien , d?Cteur
en méde1·ine et accoucheur, demeurant a Paris, rue
~lontm:u-tre, n° ·137, &lt;livision du Mail. lcqnel n~us _a
déclaré que l~jour d'liier, a deux heure~ du °!~lm, 11
est né chez lm un enfant du sexe masculm, qu 11 nous
prés.-ntc et auquel il donue les prërm~s Char!esAuguste-Louis-Joseph, lequel enfant est ne de Lomse-

Sa sollicitude, sur cc sujet, n'est pas en
repos. On a besoin de la rassurer à tout
moment:

c1 Je vous ai écrit, il y a deux jours. Vous
aurez mon opinion pour votre sœur. Je veux
qu'elle se sente heureuse et, si son amourpropre a été souvent froissé, qu'elle s'élève
au-dessus des opinions et en impose par là.
Je sais bien qu'il faut, pour cela, de la for.
tune, parce qu'elle assure l'indépendance 1 :
c'est à quoi il faut travailler .... Je vous dirai,
ma chère nièce, qu'une lettre reçue ici affirme
. que le père de votre cousin /Louis-Napoléon)
tient à cc qu'on termine mes affaires à ma
satisfaction i mais je n'ose pas y croire .... )&gt;
Et encore :
{! Je ne veux pas que votre sœur dérange
sa vie .... Qu'elle se soigne, voilà tout .... Que
jela sache heureuse, autant qu'il est possible,
,;oilà ce qu'il me faut. J&gt;
Puis, en post-scriptum :
&lt;1 Cette lettre est pour vous deux . »
Est-ce assez d'en écrire? Les sentiments
qu'elle est obligée de comprimer dans les
termes d'une correspondance indirecte n'auront pas à se contraindre, quand ils pourront s'exprimer de vive voix :
cc

6 décembre 1856.

~ 3o6 -

Emilie-Coralie Fleury, épouse &lt;lu sieur Au~uste-Jeanllyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue,
demeurant à Villetaneuse, département de la Seine.
Lesdites J)l'ésenlalion et déclarnlion faites en présence des sieurs Ale-:us-Charlemagne Lamy, cordonnier,
âgé de 42 aos, demeuranl à P_aris, ru~ Bu!faut! n~ 2:&gt;,
ami, et de JoSf'ph ?t\anch, tailleur d habits, age dP.
40 _ans, demeurant a Paris, rue des Deux- ,eus, n" 3,
ami.
11 Lequel déclaranli et les témoins ont signé avec
nous, après lecture faite.
(Signé) : « Gardien, L1my, Ma~~h.
Cretté, ad;oml •·
4. Il devint la propriété de lime. Sabatier d'Espe~ra11. Le dépulè Archdeaeon occupa1l encore, en HlOti,
le pavillon ,·oisin.

triomphants dans le grand monde parisien .
Cependant, à travers res vicissitudes de
temps et de gou\'ernements, une grande
brèche avait été faile dans sa fortune. On ne
l'avait pas reconstituée sans brisures, après
le relevé de comptes sensationnel dont nous
parlions tout à l'heure. Les minC's de la
Vieille-Montagne avaient vu tarir leurs \"Cines
prodigues. Entre les doigts de la belle comtesse les brillants dividendes s'étaient écoulés
comme une onde.
li fallut, d'accord avec le comte Le Hon,
- qui ne se sépara jamais d'elle, contrairement à ce qu'on a prétendu, en alléguant des
inlervalles d'absence plus ou moins prolono-és
du diplomate à Bruxelles', - il fallut vendre
le palais qui avait été l'Olympe de sa souveraineté mondaine. Elle adopta de vivre les
trois quarts de 1'année en son château de
Condé'. Par échappées, elle reprenait possession de ce Paris, dont les fascinations, si
vaines r1u'on le dise, sont toujours prêtes à
ressaisir ceux et celles qui I.çs goûtèrent. Il
lui était resté, au fond de l'âme, quelque
amère souvenance de l'autrefois. Des regrets
passaient au travers de ses lettres; elle s'y
montrait, par instants, triste et désemparée,
et, bien qu'elle se flattât d'avoir mis son
cœur à la raison, ellP ne pom·ait s'empêcher
d'en exprimer la. plainte. C'est à l'u11e de
celles-ci que répondait, sans doute, une jolie
page épistolaire de Mme Janvier de La !lotte
1Adèle Perrol ), trop sincère, trop réellement
féminine, pour n'être pas tirée de l'ombre où
nous l'avons découverte :

Entre deux déplacements, elle retrouvait
des visages connus. Elle se reprenait à savourer les hommagf's qu'on lui avait tant prodigués. Puis:, on Iui promeuajt d'aller saluer
le soleil couchant sur ses terres.
&lt;c Je connais ces promess:es-là, répondait-elle, un soir; ce ne sont que des cartes
de visites; on ne vient jamais. Mais je suis
très beurt'use dans ma solitude; rar ce n'est
que là, vraimenl, que je me suis trouvée en
face d'une femme que j'aime, et que je ne
connaissais pas .
« - Oui, repartait son interlocuteur,
homme d'esprit et poète; et cette femme
charmante, c'est vous!
&lt;&lt; Je n'avais jamais eu le temps, je ne
dirai pas de regarder ma figure, mais de
descendre en moi-même. l&gt;
Le temps des grandes réceptions dans le
cadre somptueux des Champs-Élysées était
bien fini. Pt'u après le mariage de sa fille,
devenue la princesse Louise Poniatow~ka, et
qui s'était acquis, par ses qualités de personne et d'esprit, une brillante place à la
Cour impériale, elle cessa d'aller dans le
monde.
Le crépuscule avait continué de s'assombrir
au-dessus de sa tète. Elle avait dû vendre
aussi le château, où elle s'était fait une seconde existence plus calme, plus intime, et
revenir à Paris, pour s'y confiner dans
l'amour des siens. En 1879, elle perdait son
fils très chéri le comte Léopold Le lion. Ce
lui fut, à elle-mème, le coup de mort. L'année suivante, sa douleur cessait avec sa vie.
Beaucoup de ceux qu'avaient séparés les
désaccords de la politique ou le simple émiettement des destinées humaines, se retrouvèrent, fidèles, à ses obsèques. On l'avait ensevelie dans les violetles, en cette saison
voilée de brumes, où de premières éclaircies
font croire au réveil prochain de la nature.
Et, en effet, le soleil, perçant à travers les
nues, vint jeter un rayon consolateur sur ce
cercueil, qui renfermait, dit un témoin,
« tant de lumière évanouie ».

c( Quand je pense que vous bénissez Dieu
de votre indifférence! Ne maudissez pas
l'amour, mais les amoureux! Je me figure,
parfois, être jeune, et seule comme je suis
dans cette vilaine chaumière. Crovez-vous
que je conna1'trais l'ennui, si j'avai; l'espérance d'y voir arriver le Préféré? Combien je
me moquerais que tout fùt laid autour de
moi! J'aurais un cher visage qui réjouirait
mes yeux. Et le charme serait là! JI vaut
mieux avoir aimé, alors même que c'est fini,
y:u'ignorer l'unique vrai bonheur de ce
monde. L'isolement fait seul la vieillesse. Je
m'y résigne, mais sans renier le dieu que j'ai
adoré!
« Adèle PERROr (M•E lüv1eo DE LA MoTTE). "

Tout à l'heure parlaient à notre mémmre
les révélations les plus précises - tirées des
entrailles maternelles en quelque sorte, sur

1. Lorsque mourut le comte Le lion, des témoignages de l!onsidération sympathique affluèrent chez
elle.
L'un des ministres de Belgique, Van Praët, ~crivait à la comtesse, le 5 mai 1868: 11 Bien souvenl,
en passant en revue les temps (JUe uous avons connus,

le roi disait : « Mon pêre m'a toujours répété que
le comte Le Uon lui avait rendu les plus granrls
11 ~ervices, â l'époque la plus difficile de son rëgne. 11
Et il ajout.ait : « Vous avei mille fois raison de le
« dire : C'était le bon el beau temps. »
2. Dcveuu la propl'Îétè du comte de Jarnac.

Un Post-Scriptum.

, M.

COMTESSE LE 1foN - - - .

la nais~anre du duc de Morny, qui n'avait
point, :lans de bonnes raisons, adopté pour
son écusson une füur d'hortensia barrée.
Un autre fait et d'une terrible signification,
celui-là, concernant les origines également
troubles de son frère couronné : Louis-Napoléon. Je le reçus d'Alfred Mézières, qui l'entendit conter à la duchesse de Plaisance, en
la ,•il~e d'Athènes, lorsque, fraichement sorti
de !"Ecole normale, il accomplissait le pèlerinage classique dans ces lieux privilégiés.
Belle-fille de l'ancien deuxième Consul, elle
était de celui-ci grandement appréciée pour
son intelligence vive, dont les affinilés étaient
plus rares avec le caractère abrupt de son
mari, le général Lebrun, un soldat, rien
qu'un soldat. Il lui disait finement : 11 Vous
et moi, nous nous rejoignons ... à travers
CharlPs! Il Or, dans une de leurs fréquentes
causeries, il lui confiait ce souvenir d'un
rnyage en Hollande.
Un après-midi, Lebrun, duc de Plaisance
et la duchesse se rendaient ensemble au château du roi Louis-Bonaparte. En arrivant au
palais, ils considérèrent sous Je péristyle une
jeune femme pressant contre son sein un
Laby enveloppé de langes précieux. C'était le
prince Louis, dans les bras de ~a nourrice.
Les visiteurs s'approchent, donnent à l'enfantelet une caresse, puis montent l'escalier.
Au premier étage ils se séparent, le duc
allant chez le souverain, la duchesse allant
présenter ses devoirs à la souveraine.
Les premiers mots de Lebrun aussitôt
qu'admis en la présence du roi sont pour le
féliciter du gentil enfant qu'il venait de voir,
et pour Oatter aimablement l'amour-propre
paternel : 11 Que dites-vous là? répondit
Louis d'un ton brusque. Mais ce n'est pas le
mien. Il n'a jamais été à moi. Je sais très
bien qu'il n'a pas une goutte du sang des
Bonaparte dans les veines, mais comme il est
le troisième, comme il n'a aucune chance de
me succéder et parce qu'il ne régnera nulle
part, je n'ai pas voulu faire de bruit, de
scandale. Soyez seulement certain que celuilà n'est pas mon fils. "
Quel étrange imbroglio dans les origines
de la restauration impérialiste! Louis-Napoléon arrivant au faîte de la puissance humaine,
par la grâce d'une naissance plus que douteuse; Morny, son frère inavoué, l'aidant à
gravir les marches du trône et le suivant de
près, tandis que bientôt, dans l'orbe de leur
étonnante fortune, graviteront d'autres destinées exceptionnelles : celles du comte Walewski, - le véritable fils du grand homme,
par droit de nature.
FRÉDÉRIC LOUÉE.

�LES SALONS E1 LA COU}! SOUS L'I 'R,.ESTJI.U}!JI.T1ON

MES SOUVENIRS
&lt;t&gt;

Les salons et la cour sous la Restauration
Par DANIEL STERN (Madame d'Agoult).
'

.,

Au moment où j'entrai dans le monde,

la bonne compagnie parisienne se divisait en
trois parties principales, dont chacune prenait son nom du quartier qu'elle habitait de
préférence : le faubourg Saint-Germain, le
faubourg Saint-llonoré, la Chaussée-d'Antin.
Ce rapprochement, dans un même quartier,

des personnes qui se fréquentaient, ce voisinage de fait, qui devenait aisément voisinage
d'esprit, était extrêmement favorable à la
sociabilité; on s'en aperçoit aujourd'hui qu'il
a cessé d'exister. Avec l'éloignement des demeures, on a vu se produire la froideur des
rdations; ce n'en est pas la seule cause, il
s'en faut bien, mais ce n'en est pas non plus
une des causes moindres.
Les deux premières sociétés, le faubourg
Saint-Germain et le faubourg Saint-Honoré,
séparées seulement par des nuances d'opinions ou par des situations plus ou moins
variables, se rencontraient, se mêlaient aisément.
Elles ne voyaient la troisième, formée
de gens nouveaux, enrichis dans les affaires,
qu'aux rares occasions des fètes officielles 1 •
J'appartenais, par mon père, à la partie la
plus exclusive, la plus pure, en ses opinions
comme en ses traditions, du faubourg SaintGermain. L'émigration, la Vendée, le pavillon Mai·san, la Congrégatfon, le Bord de
l'eau, tous les défenseurs de l'autel et du
trône, tous les fervents du Vive le roi quand
même, toutes les coteries de l'ultra-royalisme
s'y donnaient la main'.
La vieille aristocratie de la cour, de la
ville, de la province, qui faisait le fond de
cette noble compagnie, admellait bien dans
ses salons, par haute faveur, quelques
hommes récents, mais seulement ceux qu'un
grand :zèle, de grands talenl s ou des circonstances heureuses, avaient mis à même de
1. Une anecdole de ma ,·îc mondaine montrera
commenl ropinion sCparait alors ces drux sociétés.
Dons un bal qui se donnait à Francfort, ebez mon
oncle Bethmann, en 1815, quelques dames allemandes. comparant, à la contredanse, une jeune
Françai~e, mademoiselle Lambert, et_ moi, demandèrent à un secrétaire de noire ambassad ~ laquelle,
selou lui, dansait avec le plus d~ gràc~. « Elles da~senl lo11tes deux à merveille, rcpondtt le galanl d1pl,,mate (M. Denys Benoist, aujourd'hui M. 1~ comte
Benoist d'Azy), l'une, comme au faubourg Saml-Gf'rmain l'autre, comme à Ill. Cllaussêe-d'Antin. ~ Le
mot fut lrou,·é joli, répél~, bientôt altéré. Lorsqu'il
revint a son auteur, on l~i foisait dire que made-

'

I

•

I

servir efficacement la cause des Bourbons, et
toujours avec une nuance d'accueil. Les habitudes de ce monde par excellence, qui ne
voulait connaître et compter que lui seul
dans la nation, étaient d'une régularité parfaite : six mois dans les châteaux, six mois
à Paris; le bal en carnaval, le concert et le
sermon en carême, les mariages après Pâques;
le théâtre fort peu, le voyage jamais 3 , les
cartes à jouer en tout temps, tel était l'ordre
invariable des occupations et des plaisirs.
Tout le monde, comme on disait alors, en
parlant de soi et des siens, faisait comme
tout le monde. Mais tout le monde, il faut le
dire s'accordait dans une manière d'être
aussi simple qu'elle était noble. Tout avait
grand air et bonne ' façon dans ces chàteaux
antiques, dans ces vieux h0tels, où 1~ présence des ancêtres, le culte des souvenirs, le
maintien des habitudes solennelles ou familières, entretenaient de génération en génération je ne sais quelle gravité, doue~, je ~e
sais quelle naturelle fierté qu on n abordait

ExPOSITJON DU CORPS DE

Louis

,

pas sans respect. Dans cette sociélé, la plus
illustre du monde, comme on se connaissait
avant même de s'être vu, dès le berceau, on
pourrait dire dès avant la naissance, par
alliances, par récits nourriciers, par tout un
cousinage historique qu'il n'était pas permis
d'ignorer ou de négliger; comme on recevait
même nourriture d'esprit, aux pages, aux
écoles militaires, au régimenl, dans les
ambassades et même dans l'Église: égalité
entre soi, fière obéissance aux princes, largesses aux pauvres, confiance en Dieu et en
la fortune de la France, on apportait. dans
le commerce du monde, une aisance parfaite,
une sécurité, une ouverture de physionomie,
une cordialité d'accueil et d'accent que je n'ai
plus jamais rencontrées ailleurs. Il régnait
dans les demeures de ces grands seigneurs
d'autrefois une certaine magnificence, mais
tempérée par un air de vétusté et d'habitude
qui lui ôtait toute apparence de faste. Les
repas étaient longs, nombreux, substantiels,
mais sans grands apprêts. Le maître de la

XVIII. DANS LA SALLE DU TRÔNE, AUX TUILERIES,

DU 18 AU 22 SEPTEMBRE 1824.

maison servait lui-mème; il tranchait, il découpait avec coquetterie et bonhomie. On
offrait à ses convives le poisson de ses étangs,
le gibier de ses forêls; on leur Yer~ait abondamment les vins vieux des ancêtres. Au
dessert, la chanson gaillarde; ni gêne, ni
piaffe; rien jamais de gourmé, de crêté, d'infatué, dans ces réunions de gentilshommes
où personne n'avait ni vouloir ni pouvoir,
comme il arrive en nos assemblées de parvenus, de se donner pour autre qu'il n'était,
de paraître ce que ne l'aYait pas fait sa naissance. Là aussi, contrairement à la vanité
bourgeoise, les titres, les charges, les emplois, tous les accidents de la fortune ne
comptaient guère, et l'on ne s'y réglait aucunement pour accroître ou diminuer l'honneur de l'accueil. Les femmes, on ne l'ignore
pas, recevaient dans cette société d'origine
chevaleresque des hommages fervents et constants. Jeunes, elles y régnaient par la beauté;
vieilles, elles commandaient au nom de l'expérience; elles gardaient la préséance au
foyer, le privilège de tout dire, le d1·oil
d'asile et de grâce; elles décidaient sauve.
rainement de J'opinion dans les délicatesi:es
de la bienséance et dans les délicatesses de
l'honneur. De leur accueil dépendait le
plus souvent la faveur d3ns le monde et
l'avancement à la cour des jeunes gentilshommes.
La coquetterie et la galanterie ne cessaient
à aucun âge dans les relations des deux
sexes. En amour comme en amitié, les liens
étaient souples, légers: ils rompaient rarement; la vieillesse Yenue, on les trouvait
d'ordinaire resserrés plutôt que relàchés par
l'action du temps et de . l'habitude, Le temps
et l'habitude donnaient à la bonne compagnie, que j'ai vue si brillante encore dans ma
jeunesse, une perfection d'intimité et aussi
une puissance d'opinion que les sociétés nouvelles et mobiles ne sauraient atteindre. Il s'y
produisait, dans une fréquentation à la fois
libre el discrète, des nuances d'expression
&lt;l'une délicatesse infinie. Il y régnait, en1re
personnes de condition et d'éducation entièrement semblables, un sous-enlendu gracieux,
une convention facile. obserYée de tous sans
effort, qui prévenait la dispute, écartait l'importunité, détournait ou palliait les fàcheux
discours. Il en résultait, sans doute, quelque
chose de peu accentué et de trop semblable
qui tournait aisément à la monolonie 1 mais
pourtant les salons, les châteaux, les familles
avaient chacun sa physionomie propre et sa
manière d'être distincte. Je choisirai dans les
différents groupes du faubourg Saint-Germain
les personnes que j'ai le mieux tonnues, ou
cellf's qui, lout en ne faisant que passer deva,H mes Ieux, m'ont laissé l'impression la
plus vive, afin de donner l'aspect général de
ce monde évanoui.

Il
moiselle de Flavigny dansait comme au faubo!1rg
Sai11t-A11toine. Les bons Allemands n'y entendaient
fJ8S malice; mais, pour nous autres Français, quelle
é.normitê l
'2. Les lecteurs qui ne se rappelleraient pas le sens
de ces dénorninations en trou,·eront l'impression très

vive dans le volume de Polthmque des OEuvrea

complètes de Chateaubriand.

. .

5. On avait encore un peu l'op1mon de madame
de Sévigné, lorsqu'elle êcrit il sa fille =. u. Une fe~nme

ne doil paa -remuer sea oa, à moms que d étre
ambatsadi·ice. ,

A tout seigneur, tout honneur! Je parlerai
en premier lieu du roi et des princes, gui,
sans dominer l'opinion, avaient néanmoins

dans les prépccupations du grand monde une
part considérable,
On se gênait fort peu, dans la société du

ENTRÊE DE CHARLES

X

DANS PARIS, LE 27 SEPTEMBRE 1824.

faubourg Saint-Germain, pour critiquer les
princes. Quand on avait fait son dewir de
gentilhomme, en leur offrant ses biens et son
épée, on se tenait pour quille envf'rs eux; on
ne se faisait pas scrupule de dire tout haut
ce qu'on avait à reprendre dans leurs personnes .
La noblesse émigrée, ruinée, décimée par
la révolution, trouvait ses princes ingrats.
Le milliard d'indemnité qu'on lui faisait
espérer sous le rè~ne de Louis XVlll, qu'on
lui donna sous le règne suivant, les grandes
cbargeS rétablies pour elle, n'apaisaient que
le plus gros des colères. Il restait mille
pointes d'aigreur, un vif déplaisir de la
Charte, avec le plus railleur dédain de la politique nouvelle qui accueillait les parvenus,
oubliait le passé, cherchait les compromis,
prétendait enfin réconcilier des gens irréconciliables. Vainement le roi Louis XVlll avaitil essayé, par de nombremes faiblesses, de
désarmer les rO)'alistes. Un prince philosophe,
un prince lellré, assis, quelque peu anglais,
non hostile aux parlements, comprenant
tout, se faisant expliquer tout, se faisant à
tout, n'était guère le fait d'une noblesse
orgueilleuse, qui ne voulait connaitre que le
cheval et l'épée, les droits de la race et les
privilèges du sang. On ne pouvait contester à
Louis XVlll les dons de l'esprit; on ne pouvait méconnailre dans son caractère une certaine grandeur royale; on s'attaqua aux prétendus vices de son cœur; on railla ses fa''oris , et ses favorites. Les caricatures, les
anecdotes, les persiflages, les sarcasmes
contre le roi infirme et libéral, couraient les
...., 309

i,....

salons. On n'y cachait pas du tout l'impatience d'un nouveau règne. Cependant les
profonds respects dynastiques dont la famille

royale entourait son chef, l'étiquette rétablie
au chàteau, plus que tout cela, la dignité
tranquille qui se lisait au front de Louis XVlll,
ôtaient, dès qu'il paraissait en public, malgré sa fàcheuse impotence et la bizarrerie de
son accoutrement, toute possibilité, toute
envie de le trouver ridicule.
Je vis Louis XVIII deux fois, en deux occasions solennelles. Une première fois d'assez
loin, à son balcon, où il assistait, le 2 décembre t823, entouré des princes et des
princesses, à l'entrée triomphale dans le jardin des Tuileries de monseigneur le duc
d'Angoulème et des régiments de la garde,
4ui revenaient victorieux de la campagne
d'Espagne; une autre fois le 25 mars de
l'année suiYante, à l'ouverture de la session
qui devait êlre la dernière de son règne.
La cérémonie se faisait en grand appareil,
au Louvre, dans la salle des gardes, Pn présence de toute la cour. li y avait des places
réservées aux dames prés~ntées; d'autres,
plus en arrière, où étaient admises les personnes non reçuei: au chàteau. Le spectacle
était pour moi tout nouveau. Il fut très grave.
Le vieux roi - il avait altJrs près de soixantedix ans, - vètu selon sa coutume du frac en
drap bleu orné de deux épaulettes d'or, couvert des plaques de ses ordres, la chevelure
poudrée, reniermée derrière la nuque dans
un ruban de soie noire, le chapeau relevé, à
trois cornes, l'épée au côté, ses jambes entlées enveloppées de larges guêtres en velours
cramoisi, entra, roulé par ses pages, dans
son fauteuil, entouré des princes et des grands
de sa maison. L'œil d'un Holbein aurait vu,

�LES SALONS ET LA COU]! SOUS LA "J{ESTAUfl.AT1ON - - - - ,

111STOR._1.Jl
appuyées sur le dossier de pourpre du siège
royal, les mains pâles de la Mort, officieus1:s
el perfides. Louis X\'111 n'avait plus que peu
de mois à vivre. li le savait. Alleint de celle
somnolence sénile qui annonçait aux mPde•
cins. sa fin procbainP, observateur impassible

hàos du Trocadéro célébraient les grâces

piquantes sous la noire mantille, des bouquets
de roses sur le crêpe et la gaze de nos robes
de deuil et de bal; et cet aspect inaccoutumé
des quadrilles, ce mélange de deux couleurs
emblématiques de la plus grande tristesse el
des progrès de la gangrène qui rongeait ses de la plus grande joie en parut un agrément.
Ce fut à son entrée dans Paris, au retour
os ramollis et ses chairs paralysées, le roi,
lorsqu'il se montrait enr.ore en public, n'avait du sacre - 6 juin 1825 - dans sa vaste
plus qu'ull souci : maintenir dans sa per- voiture d'or et de cristal, traînée de huit
sonne affaissée la majesté ro~'ale. Par un chevaux blancs empanachés, que je vis
effort inouï de sa YOlonté, Louis xvrn, rele- Charles X pour la première fois . L'année suivant sa belle tête Lourbonnienne que la pr- vante, je le vis encore dans une procession
. santeur du sommeil faisait malgré lui retom- du grand jubilé - 5 mai 1826. - Il était
ber, prononça le discours solennel, dont les cette fois vêtu de violet, en signe de deuil,
phrases, commencées d'une voix vibrante
encore, s'achevaient inarticulées dans un pé-

nible et confus murmure.
Le comte d'Artois, debout près de son
frère, jetait de loin à loin sur l'assemblée un
regard vague; il souriait, comme par habitude de courtoisie, d'un sourire plus vague
encore. A ses côtés, le duc d'Angoulême, le
héros J,u Tl'ocadéro, selon le langage des
gazettes, embarrassé de sa gloire et de sa
contenance. La duchesse d'Angoulême, en
costume de cour, droite et raide. La duchesse de Berry, gracieuse dans sa gaucherie enfantine, tout affairée à ses dentelles,
tt ses plumes, à ses colliers; occupée,
sans y parvenir, à se composer un maintien. Les ministres derrière le roi. Tout
en avant, le président du conseil, M. de
Villèle, chétif, timide et de peu de mine;
le vicomte de Chateaubriand, ennuyé là
comme ailleurs, et promenant, sur la foule
comme sur le désert, son grand œil superbe.
Les ofliciP.rs de la couronne remplissaient le
fond de la scène; tout autour, une rangée de
gardes du corps, dans leurs brillants uniformes, en formaient la perspective.
Le discours de Louis XVIll annonçait des
changements à la- Charte, qui devaient, faisait-on dire à son auteur, en consolider l'établissement. Le roi fiignifîait aux députés
qu'un projet de loi leur serait présenté pour
substituer au renouvellement annuel, par
cinquième, de la chambre, le renouvellement
intégral, ou ce qu'on appelait dans le langage
parlementaire du temps la septennalité. Je
ne savais guèr~ alors ce qu'on pouvait vouloir
dire par là, mais je n'entendis pas sans émotion ce vieillard royal, dont la voix mourante
commandait à uoe si grande el si noble
assemblée un suprême silence.
L'année suivante, 1824, je portais le deuil
de Louis XVIII, deuil de père, disait-on, el
qu'on de,,ait garder pendant une année entière. Mais après les obsèques, quand le cercueil du feu roi fut descendu au caveau de
ses ancêtres, et que, au bruit du canon, le
roi d'armes eut proclamé, dans la basilique
de Saint-Denis, Charles, dixième du nom, par
la gràce de Dieu, très chrétien, très auguste,
très puissant roi de France et de Navarre, on
tempéra les signes trop lugubres du regret
public. Les fêtes de la saison n'en furent point
attristées. On jeta, à l'espagnole, par imitation peut-être des dames andalouses dont nos

ÜUCUES!àE DE BERRY.

D'après un dessin àll

BARON GiRARO.

non plus pour la mort de Louis XVlll, mais
en commémoration de la mort de Louis XVI.
li se rendait à la place 1e la Concorde pour y
poser la première pierre d'un monument
expiatoire, rnté par la chambre introuvable,
_d'après le vœu exprimé par le maréchal
Soult, à la mémoire du roi martyr, sur le
lieu même de son exécution.
Dans l'année 1828, après mon mariage, je
fus présentée à la cour. A partir de ce moment jusqu'à la révolution de juillet, je vis
assez souvent le roi, soit aux réceptions, soit
aux bals ou aux spectacles du château, soit
dans les soirées intimes de la Dauphine . Les
habitudes et l'étiquclle de la maison de
Bourbon apnt aujourd'hui une sorte d'intérêt historique, je dirai ce que j'en ai vu.
L'usage voulait alors que les nouvelles mariées fussent, à leur entrée dans le monde,
présentées en cérémonie au roi et aux princes.
On était pour celle présentation assistée de
deux 1nan·a1.nes, choisies parmi les parentes
les plus proches ou les plus considérables.
Comme le cérémonial était compliqué, on prenait, pour s'y préparer, des leçons spéciales

du maître à danser de 1a cour, M. Abraham.
C'était lui qu'on avait appelé aux Tuileries,
dans les premiers jours de la Reslauration,
quand la duchesse d'Angoulême s'occupa de
rechercher l'ancienne étiquette; c'était lui
encore qui avait été chargé d'enseigner à la
vive Napolilaine, qui venait épouser le duc de
Berry, les len1eurs de la ré\'érence, l'art de
tenir les pi·eds en dehors, et les autres éléments des grâces françaises . Seul, après plus
d'un quart de siècle d'émigrations, de prisons, de Msastres, M. Abraham les avait
retrouvées intactes dans sa mémoire. Seul,
il pouvait professer le beau main1ien traditionnel. Selo11 la coutume, M. Abraham, en
jabot de dentelle el en manehelles, me donna
trois répétitions de la révérence au roi. li
n'en fallait pas moins pour s'accoutumer à
manœuvrer le long manteau de cour, dans
des marches Pl contre-marches où jamais on
ne devait tourner le dos à Sa Majesté. li fallait apprendre à donner lestemeot, sans qu'il
y parût, de petits coups de pied, à lancer de
petites ruades à la lourde queue traînante,
à désentortiller ses plis confus, à l'étaler
largement et bellement aux yeux, sur les
lapis . Il fallait aussi se mettre bien· en
mémoire les trois inclinations pr11fondes,
à espace égal, qui se devaient faire avant
d'arriver au roi; la première, tout à l'entrée de la galerie à !"extrémité de laquelle
il se tenait, entouré de ses gentilshommes; la seconde, au tiers du chPmin que
l'on faisait vers lui, après une dizaine de
pas, graves et mesurés; la troisième, après
dix autres pas encore, en présence de Sa
Majesté, qui, de son côté, s'était avancée de
quelques pas à la renc~mtre des dames. Enfin,
congédiée d'un signe gracieux, on avait à
opérer une retraite extrêmement difficile,
un mouvement en diagonale, au moyen duquel, en présentant toujours le front au
roi, on devait gagn~r la porte de sortie,
qui se trouvait un peu de côté, dans le
fond, à l'extrémité opposée à celle par oü
l'on était entrée. Il y avait là, avec les préoècupations et l'émotion inséparablas d'un
tel début, si l'on manquait de présence
d'esprit, des occasions d'accidents, ou tout
au moins de gancheries, les plus fâcheux
du monde. Les histoires de ces accidents ornaient la mémoire des gens de cour; on
ne manquait pas de les raconter à la future
présentée, ce qui achevait, comme on peut
croire, de porter le trouble dans son àme el
dans son maintien.
La journée qui précédait la présentation elle se faisait le soir - appartenait aux faiseuses et aux habilleuses, au conseil en permanence des man·aines expérimentées. Mes
deux marraines étaient la vicomtesse d'Agoult, tante de mon mari, dame d'atours de
madame la Dauphine, el la duchesse de !lonlmorcncy-Matignon. Mon habit de cour était
entièrement blanc. Il se composait d'une
robe en tulle lamé, tout enguirlandée de
fleurs en haut relief d'argent, et d'un manteau en velours épinglé, d'un ton plus mat,
également brodé d'argent : le tout, couleur

r

CORTÈGE ROYAL ( 27 SEPTE~IBRE 1824). -

de la lune, comme ]a robe de Peau d'âne,
à ce que je prétendais . Ma coiffure haute et
roide, selon la mode du temps et !~ goùl de
la Dauphine, était formée de plusieurs boucles ou coques de cheveux énormes très
avancéPs sur le devant de la tête, et d'~ù retombaient en arrière de riches barbes en
blondes. Ces coques étaient surmontées d'un
panache de plumes d'a_ulruche. Sur le Iront,
q~e cachaumt en partie deux touffes symétriques de cheYeux frisés, reposaient Jourdement, en manière de diadème, des fleurs et
des épis en diamants. Je portais à muu cou
un collier d'rmeraudes d'üù prndaient d'immenses poires entourées de brillants, dont
on disait qu'ellt::s surpassaient en «rosseur et
en éclat la parure, très vantée à
cour, de
madame la duchesse d'Orléans. Un éventail
taillé à jour dans la nacre et l'or, un mouchoir garni de vieilles dentelles très précieuses que le Yi.comte d'Agoull avait détachées pour moi de son grand costume de
l'ordre du Saint-Esprit, une couche de fard
sur les joues complétaient mon ajustement et
le_ laisai;?l tel qu'il devait être pour satisfaire à l ellquelle de la cour du roi Charles X.
Par une spéciale faveur, pour les amis
dévoués de son long exil - le vicomte et la
vicomtesse d'Agoult n'avaient jamais quitté
mada~e Roy~I~ - la D~uphine avait exprimé
l~ grac1eu1: des1r de voir, dans son particuher et avant qu'elle parùt devant le roi la
nouvelle présentée. En conséquence, ~ous
nous rendîmes dans les petits appartements
de la fille de Louis XVI quelques minutes
avant l'heure indiguée pour la réception
royale. A peine étions-nous dans Je salon
affecté à la dame d'atours, que la porte s'ouvre. Venant droit à moi, la Dauphine me regarde des pieds à la tète, puis, son examen

1;

l

CARROSSE DE LA DAUPHIXE
· ·-

D'a••,·s
r•

1m

dessn,. •conlemporain.
.

fait, se tournant brusquement vers la vicom- re. fa.meux. Français de plus, inventé pour le
tesse d'Agoult: &lt;1 Elle n'a pas assez de roua-e 11 ilfoniteur par le prince de Talleyrand ou
dit-elle d'un ton tranchant; et, sans un° ~ot M. Ileugnot. Quoi qu'il en soit, quand je fus
de plus, elle regagne la porte comme elle en sa présence, le roi voulut être, il fut en
était venue, avec une rapidité foudroyante. réa1ité très aimable. S'adressant à mes deux
cc Comment n'avais-je pas vu ce]a? &gt;&gt; dit Ja
marr~iu_es_, ?a~s l'_inlention vi~ible d'épargner
vicomtesse en me regardant à son tour, sans m~ t1m1d1te, il tmt sur mm, devant moi,
montrer le moindre étonnement du sincrulier mille propos flatteurs, et nous retint beauacc?eil ~e la prince:-se. Mais que faire? n'y coup plus longtemps qu'il n'avait coutume
avait pomt de remède; on venait nous aver- ~e le f?ire d~ns ces fati~antes r~eptions où
lir que les apparlemen1s du roi s'ouvraient. 11 ne s asse_ya1t pas. Uepms lors, Je retournai
A cinq minutes de là, la vicomtesse, la régulièrement au château, et toujours Charles X
duchesse de Montmorency et moi, toutes !rois se rappela, avec cetle mémoire des petites
en ligne, nous faisions notre triple, profonde choses qui sied si bien aux personnes que
et lente révérence à la Majesté du roi l'.on suppose occupées des grandes, mon
Charles X.
visage, mon nom, mes circonstances . Aux
~e spectacle devait être pompeux, de ces petit_es soirées de la Dauphine, il semLlait
trms grandes dames en gala, s'avançant à pas aussi vouloir me distinguer; mais, sans qu'il
comptés dans celle galerie resplendissante, y eùt de sa part ni raideur, ni hauteur auvers un groupe de g-rands seigneurs tout cha- cune, la stérili1 é de son esprit suftisait à
marrés d'or,
qui faisaient cortè«e
au plus rendr~ très insignifiants les rapports qu'il
.
0
gran d seigneur entre tous, à Charles de Bour- e~~ay_a1t d'étahl!r: Ces soirées de la Dauphine
bon, par ]a grâce de Dieu et de ses ancêtres
n eta1ent _pas d ailleurs un lieu propice aux
très auguste et très puissant roi de France
conversatwns agréablei-. Il y régnait une froide Navarre.
de~~ gla.ci_ale, malgré leur apparente mtiCharles X, bien qu'il eût alors soixante-dix m1t~. Vmc1 comment les '-'hoses se passaient.
ans, gardait encore un certain air de jeu- Ass!se au haut bout d'un cercle qui s'allonnE&gt;sse, avec ce je ne sais quoi indéfinissable geait en amande des deux rôtés de son faudu gentilhomme français, lorsqu'il a été très teuil, madame la Dauphine travaillait à un
aimé des femmes . Sa taille était mince, sou- ouvrage en tapisserie. Dans ce cercl~ où
ple, élancée. Ni dans l'ovale maiare et allonaé chacun é~ait placé selon son rang, il ft"était
.
. d
,
o
de son vISage, m ans son front fuyant, ni pas de mise qu'on parlàt à sa voisine autredans son regard indécis, ni même dans ses ment qu'à voix basse, et comme à ia déroehe,·enx blancs, il n'y avait de beauté ou bée. La princesse tirait ses points d'une main
d'autorité véritables; mais l'ensemble de tout sa~cadée_1. Sans s'interrompre, elle jetait de
cela paraissait noble et gracieux.
1010 à Iom, ~vec_ u~e certaine spontanéité apOn vantait beaucoup aux Tuileries l'affabi- parente, ma~~ reglee en effet par l'éliquette,
lité de la parole royale. On répétait des mots
J. Dans la ,·1s1te que fit M. &lt;le Chnteaubriand à madu roi. Les aYait-il jamais dits? li se pour- clame la Dauphine, '-"n. 18Zij, à Carlsh11d, il rcmarqu~
~ c~ m?uvc~enl rapide, 11iachi11al et co11vuk1f 11 .
rait bien qu'il en ait été de tous romme de (Memoires d outre-tombe. )

i1

e;

�- - msTOR,.T.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - du tout à lui rendre justice. En le voyant, il
à l'une ou à l'autre des dames qui siégeaient avec son cousin germain, Louis-Antoine, duc
était difficile de ne pas se dire: que l'union
d'Angoulême,
avait
une
noblesse
de
traits,
autour d'elle, une question brusque. La réd'un tel homme avec la fille de Louis XVI
ponse, au milieu du silence général, était, un éclat de carnation et de chevelure qui
comme on peut croire, aus- rappelaient, disait-on, l'éblouissante beauté de n'avait dû être, pour celte princesse malheureuse, qu'une occasion de plus d'étouffer en
si brève, aussi banale que sa mère. J'ai porté longtemps en bague une
elle
tout ce qui n'était pas le devoir,
petite
miniature
qu'elle
avait
donnée
à
Hartpossible. En dehors de ce
Tout autre était le souvenir que laissait
well
à
la
vicomtesse
d'Agoult;
on
l'y
voit
cercle féminin, le Dauphin
et d'ordinaire la , icom- blonde el blanche, arec des yeux bleus très dans les imaginations le duc de Berry. Très
enfant que j'étais encore lorsqu'il fut tué par
tesse d'Agoult, sa vieille doux. Mais, peu à peu, en prenant de l'âge,
amie de Millau, jouaient ce qu'elle tenait de son père s'était accentué: Louvel, je n'appris ce qu'avait été sa vie que
dans les récits de sa mort. Mais ces récits paensemble aux échecs, si- la tai1le épaisse, le nez busqué, la voix rauthétiques., celui de Chateaubriand surtout,
que,
la
parole
brève,
l'abord
malgracieux.
lencieusement , cela va
qu'on dévorait, le peignaient sous des cousans dire, absolument Dans les adversités d'un destin toujours conleurs si touchantes à sa dernière heure, qu'on
comme auraient pu le traire, sous la perpétuelle menace d'un avese persuadait l'avoir connu, et qu'on lui donnir
toujours
sombre,
dans
la
prison,
dans
la
faire deux automanait des larmes.
proscription,
madame
l\oiale
s'était
cuirassée
tes.
La popularité du duc de Berry, depuis .son
ç,: ·
Dans le fond du d'airain. Sa volontP, toujours debout, refoumariage
- i8i6 - avec Alarie-f.aroline
salon, Charles X, lait incessamment, comme une faiblesse
princesse des Deux-Siciles, était grande. La
indigne
de
la
fille
des
rois,
la
sensibilité
nasilencieusement ausvie animée, communicative, que les jeunes
CosTUME DE COUR,
si, faisait ~a par- turelle à son âme profonde. Simple el droite,
époux
menaient ensemble dans le joli palais
VER$ 1825.
tie de whist avec courageuse el généreuse, comme il a été
de
l'Éljsée,
disposait favorablement l'opinion.
trois des gentils- donné de l'être à peu de lemmes; intrépide
L'absence
de
toute étiquette autour du duc
hommes de sa mairnn ou de celle de sa dans les résolutions les plus hardies; ne cherde Berri, l'ordre et la simplicité qu'il voulait
r,hant,
ne
voulant,
ne
connaissant
ici-bas
que
nièce, le duc de Duras, MM. de Vihraie,
dans sa maison, son goût pour les arts dont
de Périgord, de Damas, ete. De temps en le devoir; fidèle en amitié, capable des plus les aulMs princes n'avaient aucune idée, l'ai•
temps, à la fin d'un rubber, il s'élevait une grands sacrifices, charitable sans mesure et
!ure vive et franche de qualités, de délauts
voix ; c'était celle du roi, qui se fâchait sans fin; malgré tant de vertus, Marie-Théqu'il ne cherchait point à cacher, les fairèse
ne
sut
pas
se
rendre
aimable;
elle
ne
quand il avait perdu; son partner s'excublesses de l'amour, cc ces faiblesses de Franfut
point
aimée
des
Français,
comme
elle
eûl
sait, et le silence recommençait jusqu'au
çois
[" ei-de Bayard, de Henri IV et de Crilprochain rubbe1'. La partie terminée, le roi mérité de l'être. La France, qu'elle chéris- lon, de Louis XIV et de Turenne, que la
se levait en repoussant son siège; aussitôt, sait avec une tendresse douloureuse, ne lui
France, écrivait Chateaubriand, ne saurait
et comme par un re~sort, la Dauphine, qni pardonna jamais d'être triste. Ni son mari,
condamner sans se condamner elle-même 1&gt;,
qui
se
pliait
à
sa
supériorité,
ni
le
roi
son
n'avait pas perdu de vue le jeu roial, se
faisaient au duc de BPrry une physionomie
levait aussi. Elle jetait sa tapisserie; et, d'un oncle, ni le roi son beau-père qui lui ren- dislincte. Il attirait à lui une curiosité indulregard, commandait à son cercle la dhper- daient hommage, ni les serviteurs dévoués
gente cl les simpathies de la Ioule; il retesion . Dans le même temps, à quelque péri- qui l'admiraient, ne pénétrèrent, je le crois, nait après l'offense,à son amitié, brusque mais
le
secret
passionné
de
cette
âme
héroïcrue.
La
pétie qu'on fùt de la marche des échecs, le
sincère, des hommes de cœur et d'honneur.
Dauphin, qui liant tout, se rapprochait du roi maternité lui manqua. Elle vécut et mourut
Ce lut six années après la mort du duc, à
respectueusement. On échangeait alors deux connue de Dieu seul.
Dieppe,
pendant la saison des bains, que
Lorsque, à l'issue de la réception chez le
ou trois paroles; puis le roi, s'acheminant
j'eus
l'occasion
de voir madame la duchesse
vers la porte qui conduisait à ses apparte- roi, je fus présentée au Dauphin, que je de Berry et de lui parler quelquefois. Elle me
n'avais
jamais
vu
que
de
loin,
mon
étonnements, nous adressaît, à chacune en particuplut tout d'abord, el toujours davantage, à
lier, quelques mots; après quoi, il se reti- ment fut extrême. Le contraste était brusmesure que je la connus
rait, en faisant une inclination de tête géné- que. En passant de la solennité, des grandes
mieux. Elle n'.était pas
rale à toute l'assemblée. A prine le roi atlitudes d'une cour nombreuse el brillante,
jolie régulièrement; ses
~,/.,
,_
on
se
trouvait,
tout
d'un
coup,
de
biais,
au
disparu, le Dauphin el la Dauphine dispatraits n'offraient rien de
•
détour
d'une
porte,
en
présence
d'un
P"tit
raissaient également. Les invités rentraient,
remarquable; son regard
. . •,
chacun chez soi, très flattés assurément, très homme presque seul, chétif, grêle el laid,
était
incertain,
sa
lèHe
--.:~
enviés, car celle faveur des petites soirées embarrassé, contracté, agité d'un tic nèr•
de la Dauphine passait pour la plus grande veux, qui clignotait, grimaçait des lèvres et trop .grosse et presque
toujours ouverte; elle se . ._
du monde, mais fort peu avancés en réalité des doigts, faisait elîort pour parler, pQur
tenait fort mal, et les
., _
dans l'intimité d'esprit des augustes per- resler en place. Ce petit homme était le hlros
mieux
disposés
ne
pou'
~.
sonnes qui les admeltaient de la sorte au du T1'ocarléro, Son Altesse f\O)'ale monseivaieot
lui
trouver
grand
~
silfnce et au vide imposant du cercle de gneur le Dauphin, fils ainé du roi Charles X,
grand amiral de France. Il avait alors qua- air. !fais celte. blond~
··
famille.
Napol1ta10e avait
~; ~:} ~
Madame l\ople, duchesse d'Angoulème, rante-neuf ans, mais on n'aurait su quel ~ge
" ~-~ ,,
qui portait, malgré sa maturité - elle avait lui donner, tant, par sa ph)•siooomie ingrate; son charme : une
alors quarante-six ans - depuis l'avènement par le trouble de son maintien , par le ma- splendeur de teint .11:, .. ·. '· './...~
merveilleuse , de "Wl '/, ,:A .· .
de son beau-père, le titre juvénile de Dau- laise de tout sein être, il échappait à l'idée
soJeux cheveux
'4-.~-- J)
qu'on
peut
se
faire
de
la
jeunesse
ou
de
la
phine, n'était pas douée des agréments d'esblonds,
le
plus
joli
prit et de manières qui avaient rendu si maturit é. On a loué, et, je crois, très équibras du monde, des
attrayants l'entretien et la familiarité de tablement, la droiture et la loyauté du duc
COSTUME DE BAL
pieds qui, bien
Marie-Antoinette. Elle n'y prétendait pas, d'Angoulème.
1829.
qu'en dedans, faiOn
a
dit
qu'il
était
de
bon
conseil;
il
a
loin de là. Quelque chose en elle protestait
saient
plaisir
à
voir,
contre ces grâces imprudenles auxquelles promé qu'il était capable de fermeté, de tant ils étaient mignons et bien faits. Et
certaines gens, parmi les rO)'alistes, impu- bonté parfai1e. Mais, au point de vue fémi- puis : « hanté, douceur, esprit, gaieté 1, 1 ,
nin où je me place pour parler des cours el
taient les malheurs de la révolution.
1. Chaleauùriancl. Lettre du due de Berry à llarie•
Marie-Thérèse de France, au moment de des salons, il paraissait disgracié et il proCaroline .
duisait
une
impression
qui
n'inclinait
pas
son mariage- à Millau, le 10 juin 1799 -

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ClîcM Giraudoo.

MADAME VICTOIRE DE FRANCE, FILLE DE LOUIS XV
Tableau ' de NATTIER. tillusée de Versailles. )

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L'ES SJU.ONS 'ET LJt COU7( SOUS .LA 'JtëSTAlffl.ATlON

elle portait tout cela sur son visage c:mdide. la Morle, parut sous ses auspices. Elle fit velure, un pantalon et un sarrau de laine
Malgré la timidité qui la faisait rougir et dans les provinces de nombreuses excursions. noire, sans aucun ornement, d'épais chausbalbutier à propos de rien, on sentait qu'elle Enfin elle prit goût à la plage de Dieppe. Elle sons de lisière. Lorsqu'elle sortait du bain,
désirait plaire, et on désirait de lui plaire.
Je viens de dire qu'elle était timide. On
peut se figurer par quelles épreuves la pauvre
princesse avait dû passer en venant seule, à
dix-sept ans, trouver un mari inconnu qui
approchait de la quarantaine t ; un vieil oncle
toujours assi~, toujours auguste, surtout en
famille; une belle-sœur et un beau-frère qui,
n'ayant connu ni les joies de l'enfance ni les
joies de la m1ternité, ne pouvaient, quoi
qu'ils fissent, ni deviner, ni excuser, encore
moins chérir les ignorances, les inadvertances, les inconséquences sans nombre d'une
enfant qui ne se connaissait pas elle-même.
Ses familiarités italiennes aux prises avec
l'étiquette française et l'austérité de la duchesse d'Angoulême amenaient les conflits les
plus drôles. On contait en ce temps-là mille
traits d'ingénuité de la pauvre Caroline, mille
espiègleries de son mari, mille malices du
roi qui la jetaient toute en confusion et divertissaient la cour. On savait que les dames
de la Dauphine s'offusquaient de ses corsages trop peu épinglés, de ses bas de fil trop.
à jour, de ses yeux trop distraits pendant
vêpres, de son cierge trop agité dans sa
main, à la procession, et d'où la cire découCHATEAU DE ROSNY, D'après l'aquarelle de la DUCl!ESSE DE BERRY.
lait sur sa jupe, beaucoup trop courte; mais,
puisque son mari s'arrangeait de tout cela,
il n'y avait trop rien à dire, et lorsqu'on les y vint chaque année pour la saison des bains. dans sa gaine collante et gluante, la plus jolie
vit heureux ensemble, à leur façon, bien- Elle y attira beaucoup de monde. Loin des femme du monde semblait une monstruosité.
veillants et bienfaisants envers tous, en yeux de la Dauphine, elle osa s'émanciper On se baignait néanmoins en vue de la protoutes circonstances, lorsqu'ils donnèrent, davantage, être elle-même, c'est-à-dire en- menade et l'on permettait que les hommes,
dans les frais jardins de l'Élysée, des bals de jouée, un peu frivole, mais bonne et char- du haut de la terrasse, armés de lorgnettes
printemps où tout respirait la joie, on cessa mante. On vil à Sils côtés, el cela plaisait d'opéra, assistassent à l'aller et au retour,
de parler des inconséquences de la princesse. beaucoup, car le peuple aime presque égale- parfois très long, de la tente à la mer et de
Néanmoins, tout en se taisant, on ne la consi- ment les faiblesses du cœur et ses généro- la mer à la tente, où l'on quittait et repredérait pas comme une personne sérieuse. li sités, les deux jeunes filles que son mari nait les vêlements de ville. C'était aussi malfallut la nuit tragique où le poignard d'un mourant lui avait léguées : les filles de l'An- séant que possible. La princesse napolitaine
assassin fit jaillir sur sa robe de fête le sang glaise, comme on disait dédaigneusement à ou bien n'y avait pas songé, ou bien n'avait
de son mari frappé au cœur, pour la mon- la cour. Elle ordonna des promenades en osé risquer sa popularité en touchant à la
trer à tous ce qu'elle était : grande et simple mer, des fêtes dans les ruines du château coutume; toujours est-il qu'elle n'échappait
en son courage, en son amour, en ses dou- d'Arques; elle porta des bijoux sculptés dans pas au sort commun, bien au contraire. Les
leurs, inspirée dans les élans d'une âme vrai- l'i\'Oire et donna ainsi un élan d'émulation lorgnettes croissaient et multipliaient de jour
ment bonne, et telle que personne, jusque-là, à l'industrie dieppoise. Bref, elle se fit aimer, en jour aux endroits où elle s'ébattait dans
ne l'avait su ni comprendre ni deviner.
chérir; elle eut là sa petite royauté, joyeuse les flots. Mais elle n'y prenait pas garde, et
se divertissait avec ses dames, devant ce
La naissance du duc de Bordeaux, célébrée et familière.
par l'Église de France comme un miracle,
Une particularité de la plage de Dieppe, public curieux, à maintes espiègleries d'endonna à la duchesse de Berry, mère de l'hé- c'est la manière dont on y prenait le bain. fant.
Le jour de l'ouverture de la saison, au
ritier du trône, et rentrée au palais des Tui- Point de petites voitures trainées dans la mer,
leries, une situation plus haute qu'elle ne comme à Ostende, mais des baigneurs atti- premier bain, l'étiquette voulait - qui l'avait
l'avait eue auparavant. A l'avènement de trés, attachés au service de l'étalJlissement, établie? je l'ignore - que l'on tirât le canon
Charles X, prenant le titre de Madame, elle qui emportaient dans leurs bras les bai- au moment où la princesse entrait dans la
eut aux faveurs royales une part qui lui per- gneuses, et, s'avançant dans l'eau jusqu'à mer, et que le médecin inspecteur y accommit d'obliger beaucoup de gens. Elle conti- une cerlaine distance, variable selon la marée, pagnàt !'Altesse Royale. Le docteur ~fourgué
nua, comme elle l'avait fait avec le duc de par delà les rudes galets, les plongeaient, - il se nommait ainsi, si j'ai bonne mémoire
Berry, à s'occuper des arts, à protéger les tête première, et les remettaient debout, en - gardait, pour cette grande occasion, son
artistes. Peu à peu, elle reparut en public; équilibre, sur un sable fin, très doux aux plus bel habit de ville, avec un pantalon
on la revit au spectacle, elle se reprit aux pieds. Nous faisions de laides grimaces pen- neuf ; il offrait à la princesse sa main droite
amusements de son âge. Avec l'agrément du dant et après l'opération du plongeon, qui gantée de blanc, comme pour le bal; c'était
roi, elle patronna le théâtre du Gymnase, qui nous laissait les yeux, les oreilles, le nez, à mourir de rire. Ce premier jour passé, la
porta son nom. Une revue du monde élégant, quelquefois la bouche, quand la peur nous princesse reprenait sa liberté; elle se baignait
avait fait crier, tout remplis d'eau salée. Le à sa mode et comme une simple mortelle,
1. e Je suis toujours elfrayé de mes lrenlc-huil
ans, lui écrirnil le duc de llcrry; je sais qu"à dixcostume que nous portions était aussi fort accostant ses voisines, les mettant de la parscpl ans, je trouvais ceux qui approchaient de la
laid : une coiffe, ou serre-tête de taffetas tie. Cette partie consistait principalement en
•1uarantaine bien rieux. » 51 mai 181li.
ciré, qui enveloppait et cachait toute la che- aspersions, en douches de toute espèce, que
Chateaubriand, Mémoire sur le duc de Berry.

�ms T0-1{1.11
la petite main folàtre de l' AILesse inCTigeait
de droite et de gauche, par surprise, à tout
re qui passait à sa portée. Elle exigeait
,qu'on le lui rendit. Attaques et ripostes; cela

faisait tout un petit tapage maritime et de
pensionnaires en vacances qui lui donnait du
plaisir. Le baigneur de la princesse étant
aussi le mien, j'avais plus souvent que d'au-

tres l'honneur du bain royal. Jeune, blonde
et blanche comme Marie-Caroline, comme elle
hardie au jeu des lames et timide à l'entre.tien, point mariée, point présentée, je lui
Ius une compagnie à souhait avec laquelle
elle se sentait tout à l'aise. Elle complimenta
ma mère sur mes beaux cheveux, sur mes
beaux yeux, et me mit ainsi à la mode pour
toute la saison.
Du vivant de son mari, la duchesse de
Berry voyai.l beaucoup avec lui la famille
d'Orléans. Le cercle intime du Palais-Royal
et de Neuilly, plus nombreux, plus jeune,
moins grave que celui des Tuileries, leur
!()laisait à tou;; deux beaucoup. Ils témoignaient au duc de Chartres surlout tant
d'amitié que le public supposait déjà un
projet d'union &lt;fulre le petit prince et la
,petiLe Jlademoiselleencore au berceau . Après
la catastrophe de !'Opéra, la duchesse de
Berry continua de fréquenter les d'Orléans.
Le duc de Cba.rtres grandissant, devenu un
beau jeune homme, lorsqu'on les vit ensemble ouvrir les bals à la cour et dans les
..ambassades, personne ne douta plus du lien
nouveau qui resserrerait un jour leur parenté 1 .
Au château des Tuileries, on en jugeait
autrement. L'entourage du roi et surtout
celui de la Dauphine ne voyaiPUt pas d'un
J,on œil les relations de la mère du dnc
de Bordeaux avec le fils el les petits-fils de
Philippe-~galité. Le duc d'Orléans restait suspect aux ultras. L'émigration, fermée long·tcmps au soldat de Jemmapes el de Valmy,
ne s'était rapprochée de lui que pour La
forme. O □ n'aimait pas son attitude à la
Chambre des pairs, moins encore ses liaisons
avec Talleyrand et Fouché; on mettait à son
comple la conspiration de Didier; on lui
faisait un crime d"oun·ir ses salons aux buonapartistes et aux libéraux. Lorsque parut,
en 1827, la f,elt,·e au duc d'Orléans', les
1. Comme je visitais un jour le cliàteau de Randan,
- c'était en 1853, - j'y "is, au milieu des souvenirs
-Oc famille, une aquarelle représentant le chàlrau de
Rosny, avec celle signature et celle date : Marie
-l'aroline, fecil 1823.

soupçons qui se murmuraient éclatèrent.
On parla tout haut d'un complot organisé
pour substituer aux Bourbons de la branche
aînée les Bourbons de la branche eadelte. Les
choses en étaient à ce point que, dans cette
même année 1827, entrée, comme je l'ai dit,
par mon mariage, dans l'entourage le plus
proche de la Dauphine, je n'osai point, sans
l'agrément de la vicomtesse d' Agoult, accepter
une invitation qui m'était adressée pour un
prochain concert au Palais-Hoyal. Et celle
personne, si réservée d'ordinaire, était si
agitée de soupçons à l'endroit des d'Orléans,
qu'elle se trahit. &lt;&lt; Je n'aime pas ces genslà, 1J s'écria-t-elle avec un accent singulier;
puis, se reprenant aussitôt et se calmant,
€-lie prononça qu'il n'y avait pas à balancer;
qu'on ne refusait pas de se rendre, quand on
était prié, chez les cousins du roi; que cette
invitation, qui me prévenait gracieusement,
devait être tenue, nonobstant certaines compagnies qui se rencontraient au Palais-flo)·al,
à très grand honneur; et qu'enfin Madame la
duchesse d'Orléans était une personne fort
pieuse.
Les réunions du Palais-Royal étaient, en
effet, comme l'insinuait ma tan le, fort mêlées
et déparées de bourgeois que l'on ne voiait
pas aux Tuileries. Le faubourg Saint-Germain
se plaignait dece mélange. J'entendis un jour
la vieille duchesse de Damas dire, en revenant
&lt;l'une de ces soirées : (&lt; On n'y f'Onnaissait
personne )&gt;. Ce personne se composait d'une
infinité de gens illustres déjà, ou qui devaient
sous peu s'illustrer, et que la révolution prochaine allait porter au pouvoir.
Je me rencontrai au Palais-Royal avec
toute cette haute bourgeoisie que Ic journalisme, le barreau, ]a tribune el les lettres
signalaient et saluaient déjà comme l'élite de
la nation. Je vis là, sans aucun doute, MM. Laffitte, Royer-Collard, Casimir Perier, Thiers,
Guizot, Odilon-Barrot, les frères Bertin, etc.
Je dis sans doute parce que la société à laquelle j'appartenais, faisant toujours partout
bande à part, affichant l'insolence suprême
de la non-c11riositê envers les gens nouveaux, je ne SU5 point mettre les noms sur
les visages inconnus que je voyais passer, et
n'osai les demander, de peur d'inconvenance.
Le duc d'Orléans et sa sœur, Madame Adélaïde. causaient beaucoup, longuement, sérieu2. Le duc d'Or!Cans rlésavoua relte lettre; rauleur.
)1. Cauchois-Lcmaire, fut poursuivi dernnl les tribunaux et condamnê à deux mille francs d·amcndc.

sement, à ce qu'on pouvait croire, avec les
hommes, dans ces grandes réunions dansantes ou musicales; Madame la duchesse
d'Orléans, entourée de son beau cortège d"enfants, faisait le tour des salon5 et disait à chacun un mot aimable.
Le duc de Chartres, avec ses dix-huit ans,
s'essayait à (aire la cour aux dames. On
disait qu'il s'y prenait bien. On vantait sa
bonne éducation, Lien que faite en partie
dans les collèges, ce qui semblait déplorable.
Son abord prévenait en sa fa'"eur. Grand,
svelte, élégant, simple dans sa mise, réservé
dans ses manières, le duc de Chartres, avec
ses che\"eux blonds, ses yeux bleus, son teint
pâle, avait l'air d'un jeune gentleman plutôt
que d'un prince français. JI causait déjà très
bien, d'un ton très doux. Cette année même,
il commençait d'aller dans le monde, chez
les ambassadeurs, chez les ministres et dans
quelques salons des deux faubourgs . li y fut
vite à la mode, comme on pf'ut croire. Les
femmes qu'il distinguait s'en firent honneur.
On lui supposa des bonnes fortunes, et rien
ne parut plus naturel.
Par un singulier hasard, il se rencontra
que l'année même où le duc de Chartres paraissait pour la première fois dans le fauhourg Saint-Germain, on y vit en même
temps un autre jeune homme très beau, très
élégant, bienvenu des femmes, lui aussi, d'un
sang glorieux, d'une naissance romanesque,
qui attirait à la fois la curiosité et la sympathie: c'était le fils de la belle comtesse Walewska, le jeune comte Walewski . De même
àge, à quelques mois près, que le duc de
Chartres - ils élaient nés tous deux dans
l'année 1810 - il était un peu moins grand,
mais, comme lui, mince et svelte. Il dansait
à merveille. JI valsait comme un étranger,
comme un Sldve, avec une grâce innée, une
verve que n'acquièrent jamais nos Pa.ri~iens .
Cette qualité d'étranger le servait, sa naissance encore plus, ses beaux )'eux bruns, son
sourire rêveur et jusqu'à son léger accent
quand il « DISAIT n'A\IOUR ». Pendant plusieurs
hivers, il partagea avec le duc de Chartres plus tard duc d'Orléans - les bonnes grâces
des femmes et l'empressement des salons. La
mode hésitait entre ces deux jeunes rivaux,
entre ces deux charmants cavaliers, à peine
hors de page. La mort n'hésita pas. A quinze
ans de là, elle fit son choix, sûr et rapide.
En emportant le duc d'Orléans, elle emportait
tout un règne.

( A suivre. )

DANIEL

Napoléon vendu aux Anglais

1
1

STERN

Le baron Denon avait, parait-il, coutume
de répéter à ses collaborateurs que le premier
devoir d'un conservateur de musée est de
considérer « comme son propre bien l&gt; les
collections confiées à sa garde.
Celte profession de foi d'un honnête homme
s.'est depuis lors piemement transmise, et
sans contresens, chez les fonctionnaires chargés d'augmenter notre patrimoine artistique;
aujourd'hui seulement, on s'aperçoit que le
mot prêtait à l'amphibologie et que du meilleur conseil suivi à la lettre résultent des
effets désastreux. L'exception est unique sans
doute; maintes fois no;, conservateurs de
musées ont poussé jusqu'à l'héroï-5me le zèle
administratif et bon nombre d'eux ont passé
par de rudes épreuves. Je sais un dossier
d'archives plein d'éloquence; il date de la
Restauration. Dès la rentrée des Bourbons,
les commissaires des puissances étrangères
s'avisèrent que notre Louvre s'enrichissait
indiscrètement depuis vingt ans du fruit de
nos conquêtes et qu'il se faisait temps de
réintégrer à Vienne, à Brunswick ou à Munich les chefs-d'œuvre que les armées victorieuses de la République et de l' Empereur
a\'aient apportés à Paris dans leurs bagages.
Ces commissaires, choisis avec intelligence,
étaient connaisseurs et s'étaient munis d'avance de la liste des tablf'aux, bronzes, marbres et objets d'art qu'ils étaient chargés de
réclamer. Le comte de Pradel, directeur général du ministère de la maison du roi, et le
comte de Forbin, directeur général des musées
royaux, tentèrent bien une timide résistance;
ils prétendirent ignorer la provenance des
objets d'art confiés à leur responsabilité; ils
alléguèrent l'excuse de leur nouveauté dans
le service et l'obligation de remf'tlre à leurs
successeurs les collections dans l'étal où ils
les avaient reçues; mais les alliés n'étaient
pas gens à se contenter de ces fadaises; en
leur qualité d'alliés, ils agissaient comme
chez eux; ils avaient conquis Paris et ne se
souciaient pas de reconduire vides ces fameux
fourgons qui leur avaient servi « à ramener
les Bourbons ll.

( MADAME o'AGOULTJ.

•
JI semble que le pillage commenç, à Compiègne. Le 18 juillet 1815, Pradel fut avisé
par un gardien accouru en émoi que les officiers supérieurs saxons logés au château em~
ballaient cinq tableaux qu'ils croyaient bien
reconnaitre pour apparlenir à leur souverain.
Il fil atteler sa chaise et partit aussitôt pour
Compiègne. Il n'y était pas depuis une heure
qu'une estafeue lui apportait la nouvelle que
des Prussiens casernés à Saint-Cloud décro-

chaient un Rembrandt el faisaient main basse
sur les portraits de Napoléon et des membres
de la famille impériale. De ceux-ci, il n'y
a\'ait rien à dire : c'était. vu l'époque, un
débarras; mais le Rembrandt! Vite Pradel se
fit conduire à Saint-Cloud. Le château était
la proie des étrangers; les serviteurs avaient
été licenciés; pas un gardien, pas un surveillant. Il réclama le secours des gendarmes : il
n'y avait plus de gendarmes. Comme on suspectait leur opinion politique, on les avait
tous expédiés sur la Loire, à la suite de
l'armée impériale. Le malheureux directeur
de la maison du roi fut réduit à armer les
gardes forestiers du parc, qu'il installa dans
le château en leur commandant d'y soutenir
au besoin un siège, si les prétentions des
vainqueurs se manifestaient de nouveau. Un
peu tranquillisé, il rentra à Paris.
Mais là, ]es commissaires l'attendaient; il
fallut bien leur ouvrir la porte du musée, et
tout de suite, ils firent leur choix. La cour
du Louvre était encombrée de fourgons où
venaient s'entasser les toiles des maitres et
les marbres antiques. On procédait à l'aveuglette; on proposait des échanges . c&lt; Passezmoi ce Murillo, je vous cède ce Tilien. - Je
laisse ce Van Ostade et j'emporte ces deux
Lancret. ... )&gt; D'un bout à l'autre de la galerie, on marchandait, on clonait des caisses;
les consenateurs affolés perdaient la tète;
quelques-uns pleuraient; d'autres s'indignèrent. Le 50 septembre, M. L. Casta, commissaire de S. 1\1. le roi de Sardaigne, est surpris arrondissant sa pacotille de deux tableaux
jadis régulièrement achetés et payés par le
musée. Les gardiens s'opposent à la sortie
des colis, exigent un ordre, préviennent leurs
chefs. Casta se retire en maugréant; une
heure plus tard il reparaît, accompagué d'un
aide de camp du gouverneur prussien de
Paris, le général Muflling. L'Aiiemand tempête, menace, parle d'enfoncer les portes el
d'appeler une compagnie de ses soldais : « JI
fera arrêter et conduire à la grand'garde
tous les administrateurs .... &gt;&gt; Il fallut céder.
On oblint à grand'peine de remettre au lendemain l'examen des tableaux en litige.
En apprenant que C( leurs amis les ennemis » ne se gênaient pas, les émigrés rentrés
suivirent l'exemple : à tous le séquestre ou
la conÛ:ication révolutionnaire avaient pris
quelque chose, et les revendications affluèrent. L'un réclamait les portraits de ses ancêtres, ou à défaut, des tapisseries pour
garnir les murs de son hôtel; l'autre se plaignait de la disparition d'un service de porcelaine de Chine; à celui-ci on avait volé un
lustre; celui-là retrouvait sa maison vide et

sollicitait un mobilier d'art; on devait à ces
quéma~deurs montrer mine aimable et visage
compahssant, car tous étaient chaudement
appuyés et se recommandaient des plus influents personnages. Le duc d'Orléans fut
discret : il se contenta d'abord de réclamer
un tableau de l'ancienne galerie de son père,
le !tlarty1·e de sainte Félicité, par Giroust,
« dont les figures étaient des portraits des
ducs de Chartres et de Montpensier, du comte
de Beaujolais et de Mlle d'Orléans ,,.
Aux TuilC'ries rnèmes, les prétention~
étaient d'un autrP. ordre : il fallait, au plus
vite, nettoyer le château des effigies de l'usurpateur qui le profanaient. Dès 1814, on avait
déménagé en hàte tous les portraits de Buonaparte et tous les tableaux rappelant ses ·
victoires; on les avait remplacés par des toiles
ou des tapisseries apportées de Versailles, ou
plus rapidement encore par du papier uni ou
du velours tendu sur châssis; même on avait
descendu, à grands_ frais, le plafond de la
salle du Conseil d'E1at, dont les allégories
choquaient les yeux royalistes . Ce labeur était
terminé dans les derniers jours deférrier 1815.
L'empereur revint; vite, il fallut raccrocher
les tableaux el remettre les batailles en place.
Waterloo interrompit Ja besogne, et tout de
suite on relégua au galetas les effigies impériales .... Les tapissiers ne chômaient pas en
1815 et les emballeurs faisaient fortune.

Pourtant il existait au Louvre, dans une
salle voisine des antiques, un buste de Napoléon difficile à escamoter; c'était un marbre
colossal, de Canova, haut de deux mètres et
demi et pesant sept mille kilogrammes. On
avait bien eu l'idée de le vendre, mais à qui?
Le grand empereur élait en bais~e, même
chez les brocanteurs; d'ailleurs la ~ièce était
d'un tel volume, et si connue, qu'on ne pouvait s'en défaire discrètement. M. de Forbin
eut un trait de génie : puisque les Anglais
s'étaient chargés de débarrasser le monde de
l'original, ils n'hésiteraient pas, sans doute,
à débarrasser aussi le Louvre de son effigie.
On tâta l'ambassadeur de S. M. Britannique,
lequel consulta son gouvernement, et l'on
tomba d'accord assez rapidement. L'Angleterre consentait à acheter, moyennant 66.000
francs, Je marbre encombrant ; la France se
chargeait de tous les frais d'emballage et de
transport, moins la prime d'assurance que
les Anglais consentaient à payer ; il était
stipulé. en outre, que l'énorme buste serait
adressé au marquis d'Osmond, ambassadeur
de Louis XV Ill à Londres, et débarqué comme

�•

- - - fflST0'1(1JJ

marchandise française sur les quais de la On employa un jour à traîner ce coffre giganTamise, où, dès la livraison, on échangerait tesque, sur des rouleaux, à force de cabesdécharge et quittance.
tans, jusqu'aux guichets du Carrousel; il
L'affaire, ainsi conclue, ne fut pas ébruitée. resta là durant toute une nuit; le lendemain
On convoqua au Louvre un emballeur auquel on entreprit de le tirer jusqu'au port Sainton recommanda le secret; il prit ses mesures, Nicolas. Les Parisiens qui s'amassaient pour
établit un échafaudage et commença la cons- voir les ouvriers manœuvrer cette boite imtruction de la caisse; une caisse immense, en mense et si lourde, ne se doutaient guère
cœur de chêne, qui devait peser, à elle seule, qu'elle contenait l'empereur, livré pour la
presque autant que le malencontreux bibelot. seconde fois aux Anglais. Le soir du deuxième
Ce fut une rude besogne : les travaux de jour, la caisse était arrimée à bord d'un bacharpente durèrent plus d'un mois; il ne teau appartenant au marinier Deriberpray,
fallut pas moins d'une semaine pour y intro- avec lequel on avait passé un traité moyennant
duire l'usurpateur de marbre, qui s'y trouva 480 francs. Le colis devait être transbordé à
enfin installé, calé, encastré, inébranlable. Rouen et gagner de là le Havre, où on l'emOn rabattit sur lui le couvercle, dûment cloué barquerait pour l'Angleterre. Tous les détails
et vissé, et ce jour.là les conservateurs, bons de l'opération sont consignés en de nombreux
royalistes, respirèrent : il leur semblait avoir rapports contenus dans le carton 0' 1450 des
scellé pour jamais au cercueil l'insolente Archives nationales.
effigie, et l'homme néfaste, et sa légende.
Mais à Rouen, nouvel embarras : la grue
Depuis ce moment le nom &lt;lu personnage du port n'était pas assez forte pour soulever
ne lut plus une fois prononcé : la chose de- un pareil poids; il fallut recourir à l'industrie
vint le « colis n, la &lt;( caisse lJ, le &lt;1 fardeau &gt;&gt;, privée et le transbordement s'effectua non
l' &lt;&lt; appareil n.... Le contenu resta anonyme. sans peine. Tous les débardeurs qui y prirent

+

part, tous les badauds qui y assistèrent s'informaient de ce que pouvait contenir ce colis
de dimensions et de poids insolites; à tous il
lut répondu qu'on l'ignorait; et de lait, il
paraît bien que seuls les conservateurs du
musée, les emballeurs, le maire du Havre,
et l'ambassadeur de France à Londres furent
mis dans la confidence.
Le voyage dura quatre mois; parti du
Louvre le 1" avril, le fardeau lut déposé le
50 juillet sur les quais de la Tamise. On ouvrit la caisse; le marbre était intact; il apparut dans sa blancheur de spectre, avec sa
lèvre dédaigneuse, son front limpide, ses
yeux de marbre sans prunelles .... Tout bien
considéré, ça valait l'argent; lord Hamilton,
sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères,
signa la traite de soixante-six mille francs,
ainsi qu'on était convenu, et la somme, versée
dans la caisse du musée, lut employée à
l'aménagement de la salle des antiques el à
réparer les dégâts occasionnés dans la galerie
des tableaux par les opérations des commissaires étrangers.
T. G.

•
La marqutse
de Rambouillet

Madame de Rambouillet pouvait avoir
lrente-cinq ans ou environ, quand elle s'aperçut que le feu lui échauffait étrangement le
sang, et lui causait des faiblesses. Elle qui
aimait fort à se chauffer ne s'en abstint pas
pour cela absolument; au contraire, dès que
le froid fut re,·enu, el1e voulut voir si son
incommodité continuerait; elle trouva que
c'était encore pis. Elle essaya encore l'hiver
suivant, mais elle ne pouvait plus s'approcher du feu. Quelques années après, le soleil
lui causa la même incommodité: elle ne se
voulait pourtant point rendre, car personne
n'a jamais tant aimé à se promener et à considérer les beaux endroits du paysage de
Paris. Cependant il fallut y renoncer, au
moins tandis qu'il faisait soleil, car, une fois
qu'elle voulut aller à Saint-Cloud, elle n'était
pas encore à l'entrée du Cours qu'elle s'évanouit, et on lui voyait visiblement bouillir le
!-ang dans_ les veines, car elle a la peau fort
délicate. Avec l'àge son incommodité s'augmenta; je lui ai vu un érysipèle pour une
poèle de feu qu'on avait oubliée par mégarde
sous son lit. La voilà donc réduite à demeurer
presque toujours chez elle, et à ne se chauffer
jamais. La nécessilé lui fit emprunter des
Espagnols l'invention des alcôves, qui sont
aujourd'hui si fort en vogue à Paris. La compagnie se va chauffer dans l'antichambre.
Quand il gèle, elle se tient sur son lit, les
jambes dans un sac de peau d'ours, et elle

dit plaisamment, à cause de la grande quantité de coilîes qu'elle met l'hiver, qu'elle devient sourde à la Saint-Martin, et qu'elle
recouvre l'ouïe à Pàques. Pendant les grands
et longs froids de l'hiver passé, elle se hasarda de faire un peu de feu dans une petite
cheminée qu'on a pratiquée dans sa petite
chambre à alcôve. On mettait un grand écran
du côté du lit, qui, étant plus éloigné qu'autrefois, n'en rece\'ait qu'une chaleur fort
tempérée. Cependant cela ne dura pas longtemps, car elle en reçut à la fin de l'incommodité; et cet été qu'il a fait un furieux
chaud, elle en a pensé mourir, quoique sa
maison soit fort fraiche.
Personne ne fut plus aimé de ses gens, ni
des gens de ses amis, que madame de Rambouillet. Il y a deux ans ou environ, que
M. Patru m'en rapporta un exemple illustre.
li soupait à l'hôtel de Nemours avec l'abbé
de Saint-Spire, qui est à M. de Nemours,
alors M. de Reims. Cet abbé va souvent à
l'hôtel de fiamhouillet; ils parlèrent fort de
la marquise. Un sommelier, nommé Audry,
qui était là, voyant que M. Patru était aussi
des amis de madame de Rambouillet, se vient
jeter à ses pieds, en lui disant: cc Monsieur,
« que je vous adore! j'ai été douze ans à
Cf M. de Montausier; puisque vous êtes des
Cf amis de la grande marquise, personne deC( vant le soir ne vous donnera à boire que
« moi. ll

Madame de Rambouillet est un peu trop
complimenteuse pour certaines gens qui n'en
valent pas trop la peiine; mais c'est un défaut_ que peu de personnes ont aujourd'hui,
car il n'y a plus guère de civilité. Elle est un
peu trop délicate, et le mot de teigneux dans
une satire, ou dans une épigramme, lui
donne, dit-elle, une vilaine idée. Cela va dans
l'excès, surtout quand on est en liberté. Son
mari el elle vivaient un peu trop en cérémonie.
llors qu'elle branle un peu la tête, el cela
lui vient d'avoir mangé trop d'ambre autrefois, elle ne choque point encore, quoiqu'elle
ait près de soixante-dix ans. Elle a le teint
beau, et les soues gens ont dit que c'était
pour cela qu'elle ne voulait point voir le feu,
comme s'il n'y avait point d'écrans au monde.
Elle dit que ce qu'elle souhaiterait le plus
pour sa personne, ce serait de se pouvoir
chau/Ter tout son saoul. Elle alla à la campagne l'automne passé, qu'il ne faisait ni
froid ni chaud; mais cela lui arrh·e rarement,
et ce n'était qu'à une demi-lieue de Paris.
Une maladie lui rendit les lèvres d'une vilaine couleur; depuis elle y a toujours mis
du rouge. J'aimerais mieux qu'elle n'y mit
rien, Au reste, elle a l'esprit aussi net et la
mémoire aussi présente que si elle n'avait
que trente ans. Elle lit toute une journée
sans la moindre incommodité, et c'est ce
qui la divertit le plus.
TALLEMANT DES RÉAUX.

...- 3r6 ....

FÊTE DE NUIT DANS LES JARDINS DE TRIANON,

sous

LOUIS

XVI. -

Tableau de E.-L. C!IATELET. (Musée Carna,alet.

-

Don de M. JACQUES

DuocET.)

FRANTZ FUNCK-BRENTANO
dj,,

L 'Affaire du Collier
CHAPITRE XXI

Un supplément
aux , Mille et une Nuits » (suite).
Si l'on songe à la dépréciation que les diainants avaient subie du fait d'avoir été enlevés de la parure, du fait d'avoir ' été endommagés ~ar celui qui les avait dessertis et par
le rabais que La Motte consentait, dans sa
hâte à. s'en défaire, on voit que la majeure
parti~ du collier fut par lui vendue, échangée
ou laissée entre les mains des bijoutiers Gray
et Je/Terys. De son côté, Mme de la !lotte
vend des diamants à Paris, en mars 1785,
t. Note de la main de Mme de la ·Motte au verso de
l'état du linge donne par elle â sa blanchisseuse le

pour 56 000 livres au joaillier Paris. En avril, parures. l!;t comme Régnier s'étonne de cette
elle profite de la présence chez elle de Fi lieux, quantité de diamants :
avocat et liculenant en l'élection de BarC( _C'e5t un ~deau qu'on m'a fait pour un
sur-Aube, qui était son homme de confiance, service essentiel et une place que j'ai fait
pour lui faire vendre à un bijoutier de ses avoir dans l'Amérique. »
cousins pour 50000 livres de diamants•.
Au mois de juin, elle lui en porte encore
D'autres sont Yendus à des juifs par son pour 16 000 livres, lui disant celle fois qu'elle
neveu de La Tour, fils de l'ancien contrôleur est chargée de les vendre pour une Je ses
. au vingtième, jeune officier de dragons, âgé amies. Elle se libère en diamanls d'une dette
de dix-sept ans. Elle avait une dette de contractée chez &lt;&lt; le sieur Mardoché, rue aux
f2 650 livres chez Régnier, son joaillier, dont Ours )). Dès le mois de février encore, c'estelle s'acquitte dès le mois de février, non en à-dire aussitôt après la livraison du collier,
espèces, mais en diamants. De plus, ~lit: lui en elle achète, payant toujour~ en diamants, des
vend pour 27 540 livres et lui en confie pour chevaux, des voitures, des livrées, deux pen50 000 livres afin qu'il en compose diverses dules, dont l'horloger Furet reçoit 5 700 livres
15 aoùt 1785) Àl'c/i. nat., X1 , B/ 1417 et Bibl. uat.,
en_ deux hrill~nls, « deu~ pots à oille ll, qui
ms. Joly de Fleury 2088, fo -301 v• .
lm sont fournis par un Juif. Et, malgré tous

�~---------------------------------

111STO'J{1.ll
ces diamants répandus de Loule part, 11égnier
voit encore chl'z elle un écrin de brillants
qu'il estime à 100 000 livres pour le moins,
et le comte de la Motte en conserve de son
côté par devers lui pour 50 000 li ires 1 • C'est
donc le collier tout entier que nous pouvons
suivre dans sa dii::persion par Jeanne de Valois el son mari entre les mains des marchands de Paris et de Londres et dont nous
trouvons les restes dans leurs propres écrins .
On ne s'étonnera pas que Mme de la Motte
ait ju~é qu'une nourelle absence du cardinal
de fiohan fût nécessaire à cc moment. On vit
donc arrÏ\'er une nouvelle petite lettre bordée
d'un liséré bleu. « Ces billets, dit George!,
étaient entre les mains de Mme de la Motte
la ba~:uelle enchantée de Circé. l&gt; &lt;! Votre
absence, disait la reine, de,·ient nécessaire
aux: mesures que je crois devoir prendre pour
vous placer où vous dernz être. 1&gt; Jeanne préparait d'autre part l'opinio:1 à son brusque
changement de fortune, en annonçant à tous
que son mari re,enait d'Angletnre après
avoir fait aux courses des gains importants.
Le mari revient de LondreS" dans la nuit
du 2 au 5 juin, et, comme sorlant de terre,
ce sont des chevaux, des li\'rées, des carrosses, des meubles, des bronzt&gt;s, des marbres,
des cristaux, un luxe éblouissant. Les visiteurs
s'amusaient rue Saint-Gilles d'un oiseau automate qui chantait en battant des ailes. La
comtesse l'avait é,·hangé contre un diamant de
1500 livres. Un mobilier immense estimé à
plus de 80 000 livres, est envoyé à Bar-surAube : quarante-deux voitures de rouliers y
arrivent à la file. C'est le Père Loth qui a surveillé l'emballage, dirigé le départ. Tessier,
tapissier de la rue Saint-Louis, a fourni des
étoffes, tentures, tapis pour 50 000 francs;
Gervais, Fournier et Héricourt, du faubourg
Saint-Antoine, ont vendu les meubles meublants; Chevalier les stators de bronze; Adam
les marbres; Sikes les cristaux. On admirait
un lit de velours cramoisi, garni de crépines ·
et de galons d'or, semé de paillettes et de perles. La valeur de l'argenterie al teint 50 000 livres, et celle d,s bijoux 15 000. Les époux
La Motte eurent à llar-sur-Aubl:! six voitures
et douze chevaux. Jeanne aimait surtout son
&lt;t cabriolet léger, fait en forme de ballon et
élevé do plus de dix pieds ".
Et la comtesse a placé 120 000 livres chez
un notaire à Paris, M• La Fresnaye, 80 000 sur
le clergé de France, 60 000 en billets de la
caisse d'escompte'.
Elle avait fait son entrée dans la petite
ville, précét.lée de plusieurs courriers, assise
à la droite de son mari dans sa berline anglaise peinte en gris perle avec armoiries,
doublée de drap blanc, les coussins et tabliers
en taffetas blanc : les armoiries étaient aux
1. Confronlation du P. Lolh au ca rdinal de Rohan
16 mars 1186. Arch iwl.. xi, 13/1411.
'
'2. RenseignemenLs donnês par fillem:, l'homme
d'alfaires dé lime de la Molle, il l'inspecteur Surbois.
Arclt. des Afl'. élra11g., Mem. et docum., France 1309,
rOI 181·186.
3. Arch. nal., X', B/1417.
4. Inventaire des objets laissés dans leur maison de
Bar-sur-Aube par le C'°lmte el la comtesse de la llolle,
fait les 9, to et 12 septembre, Arclt, nat., ~1, 8/1417.

armes des Valois avec la devise: Rege ab avo
sanguinem., nomen et Lilia - du roi l'ancêtre, je tiens le sang, le nom rl les lis. L'attelage se composait de quatre juments anglaises
à courtes queues. Des laquais par derrière,
et, sur le marchepied, pour ouvrir la porte,
&lt;t un nègre couvert d'argent de la Lêle aux
pieds "· Plus étonnants encore étaient la bijouterie et le trousseau de Madame, la rivière de
diamants, la parure de topazes. les robes en
pièces brodées de Lyon. Voici la description
de l'une d'elles d'après un inventaire d'huissier qui ne se répand pas en exagérations poéliques : « Satin blanc, brodé or et argent et
soie de différentes couleurs, avec guirlandes
et épis, lesdites guirlandes entourées d'ùn
velours noir el de plumes et bordées de blondes (dentelles) chevillées avec bouquets détachPs de différentes soies 3 • »
Quant au comte, il avait à tous les doigts
des bagues ornées de rubis et d'émeraudes,
et se promenait avec trois ou quatre chaînes
de montre sur l'estomac. Voici sa garde-robe:
un habit de satin, veste et cu]otte, mouchetés
blanc el noir; un autre des quatre saisons en
velours; un autre de printemps et d'automne
en velours, les boutons en diamants; habit et
culotte de velours cramoisi en broderie de
Lyon, pailletés d'or, boutons en or ciselé,
veste de satin brodée pareillement en or; un
habit frac de talfelas flambé de différentes
couleurs ; un habit de drap couleur de crapaud, boui.Ons dorés a la turque; un frac de
soie cannelée boutons d'argent, à soleils, avec
des diamants autour; un frac de taffetas ce-

en drap de soie, brandebourgs de soie et boutons pareils, veste et culotte pareilles; un
babil de mousseline en soie r,1Jée et flambée,
boutons pareils; un habit de soie camelot à
brandebourgs, boutons pareils; un habit de
drap vert galonné or et argent, parement et
collet de velours cramoisi, boulons en corne
de cerf; un habit couleur vert de mer, boutons de cuivre jaune; un frac de drap flambé
en brun, doublé en soie, boutons de cuivre
doré; un habit couleur chair, brodé, en soie,
avec sa veste et sa culotte; un frac en soie
rayée cannelé bleu; un habit &lt;le drap de coton
chamarré ; - ceci sans compter les vêlements
que le comte de la llotte emporta en Angleterre et qui ne se trouvent pas dans cette liste,
sans compter les mouthoirs en baliste garnis
de malines, les manchettes et jabots en point
d'Angleterre, les chemises en toile fine, tous
Jes accessoires de la toilette et tous les vêtements ordinaires, vêtements de mairnn, robes
de chambre, etc.•.
Et Rétaux de Y,llette, de son coté, apparait
subitement dans un grand état d'opulence•.
Le comte et la comtesse donnaient fêtes sur
fêles, réceptions sur réceptions. lis tenaient
table ouverte. On dinait chez eux lors même
qu'ils n'y étaient pas. Le luxe dans la maison,
en vaisselle plate ~t en valetaille, était Lei que
les gens du pays n'avaient jamais rien vu de
pareil; mais ils avaient tous connu la misère
de Nicolas de la Motte et celle de Jeanne de
Valois. Aussi, comme l'observe Beugnot, qui
était à ce moment à Bar-sur-Aube, on ne
s'abordait plus dans la rue qu'en se demandant quel était ce supplément aux Afi/le et

une Nuits 6.

rise; un frac de drap pistache; un habit noir

Encore leur maison de la rue Saint-Michel
ne leur suffisait plus. La comtesse de la Motte
hésitait dans ce moment à acheter une terre
dans le Bar-sur-Aubois d'une valeur de trois à
quatre cent mille livres. « Je sais, écrira
l'inspecteur Surbois, que, dans ces dispositions,
le comte de la Motte s'est rendu à Servigny,
proche Essoyes, pour a,,oir cette terre; mais
qu'elle lui a paru d'une valeur trop peu
importante. 1&gt;
Ces faits contribuent à faire comprendre
Jeanne de Valois. Si grande qu'ait pu être la
somme d'argent qu'elle venait Je se procurer,
ses dépenses étaient sans mesure aucune.
Songeait•elle à la vie courante, au lendemain'?
Un collier d'un million de livres lui tomberait-il entre les mains chaque mois? Nous
retrouvons ici la mendiante qui passe de la
misère à un luxe disproportionné. De proportion, d'ordre et de mesure, elle n'en pouvait
avoir; nulle éducation, nulle habitude dans la
vie de famille ne lui en avaient donné.
A son tour elle est donc assise parmi les
coussins de satin bleu turquin, dans un car-

Cet inventaire est précieu1, non seulement par les détails qu'il contient, mais parce qu'il permet de contrôler, en en montrant l'exactitude, les descriptions que
Beugnot fait dans ses Mémoires. racontant à celle
dalc la ,,ie des époux La Motle à Bar-sur-Aube.
5. Bibl. nal.. ms. Joly de Fleury 2088, f0 178 v0 •
6. Cès faits, d'après un rapport de l'inspccteur Surbois. rédigé à Bar-sur-Aube en date du 16 septembre
1785 (Arck des Aff. élrm1g .. llêm. et docum.,
~~rance 1309, r"" 181-186), tl'après Dcugnot et d'aprCs

l'auteur de, \'lltslo_ire a1!tl1entique (ces derniers se
trouvèrent I un el l autre a cette date l Bar-sur-Aube),
el d'!tprès les informations recueillies pour son plaidoyer
par M• Target {IJibl. v. de Parit, ms. de la réser,·e),
le tout contrôlé par l'imentaire des 0-1'.! dëc. (Arch.
11al. X2 , B/1417) . Encore cet inventaire n'est-il pas
eomPlet, une grande partie des effets, et les plus précieux. a,·anl été, les uns mis à l'abri par les La Molle
chez Jeù'l'5 parents de Surmont, les autres emportés
par le comte en Angleterre.

""' 318 ....

~os~e à six chevaux. la petite mendiante qui,
Jadis, ~relouant de froid, suivait de ses grands
yeux effarés les dames portées, comme en des
nids de soie et de dentelles, dans leurs voitures brillantes, bruyantes, roulant sur le pavé
du roi.

biens ». Un jour elle refusa de laisser vendre
le peu qui lui en restait. Et Bette de la mettre
sur-le-champ au couvent de Sainte-Catherine
à Saint-Omer, pour aller chercher meilleure

Bette d'Étienville,
bourgeois de Saint-Omer 1 •
Mme de la Molle était en possession du
collier depuis le l" février 1785.
Quelques jours après, le 8 ou le 9 du
même mois, un certain Bette d'Étienville,
venu de Saint.Omer pour soUiciler le privilège
des almanachs chantants et qui fréquentait,
dans les clubs naiSsants, les gazetiers et les
nouvellistes, fut abordé au café de Valois, sur
les jardins du Palais.Royal, par un particulier
qui dit s'appeler Augeard et ètre l'intendant
d'une _dame de qualité. « Ses cheveux blonds,
dit d'Etienville, commençaient à blanchir. Il
était peu chargé d'embonpoint. li avait !'oeil
ouvnt et bleu et la taille un peu au-dessus
de l'ordinaire•. "C'était Rétaux de Villette'.
Connaissance fut bientOt faite. Ap.rès avoir
obtenu la promesse d'une confiance illirnilée,
d'une docilité sans borne et d'une discrétion
à toute épreuve, l'intendant Augeard déclara
à son compagnon qu'il allait faire rn fortune.
Le compagnon en avait besoin.
Jean-CharlE:_s-VincPnt Ilette, qui signait :
« de Bette d'Elicnville, bourgeois, vivant noblement de ses biens en la ville de SaintOmrr &gt;&gt;, était un jeune homme de vingt-sept
ans, au regard doux, fils d'un ouvrier tireur
de pierres b)anches, qui n'a,·ait jamais eu
denier vaillant. Après des études en chirurgie
à Lille, - on sait à quel point ces études
étaient alors rudimentaires, - il avait obtenu
le brevet de sous-aide-major dans les hôpitaux de l'armée. On contait l'histoire de ses
noces avec une vieille demoiselle. Le jour
était fixé, quand Bette, allant à la comédie,
vit jouer Nanine. Le rôle de la baronne
d'Olban le frappa. Si j'allais épouser une baronne d'Olban ! idée qui l'elfraie. Il se cache
chez un ami el part le lendemain pour Li He;
mais la future, instruile de ses démarches,
s'était placée dans la diligence, si bien qu'au
point du jour Bette trouve sa &lt;( promise &gt;&gt; à
ses côtés. L'affaire s'arrangea : l'un n'était
effrayé que du mariage, l'autre décidée à s'en
passer. lis arrivent l'hez la mère de Bette, se
disent mariés, vivent ensemble. Or la demoiselle était réellement un peu baronne d'Olban.
Elle tracasse, la mère se plaint et Bette, pour
se débarrasser, dévoile le mystère;· mais la
mère était scrupuleuse et les fit se marier.
Le galant demeura auprès de sa lemme
dix-huit mois, « vivant noblement de ses
, '-. Voi.r le!l numbreux mémoires rédigés par Belle
d Ehcnv1lle, le baron de Fages, le comte de Précourl
l'abbé ~lulot1 et e~ntre eux,. Pn faveur de Loque cl
Vaucher; pms les rn!errogatmrcs rt confront.ntions des
tP.moifü.et accusés, au~ 1rch. nat., X1 , D/1411, les
déclarations de Dette d Et1ennlle qui se lrou,•cnt dans
le dossier Target, Bibl. v. dP Pari,, ms. dP. la rêserve; les lellres relatives à l'affaire Bette d'Etien-

V Arr.1u1re vu Co1.1.œ~ - - ~

s'il est militaire, la plaœ qu'il demandera,
celle-ci serait-elle occupée. n Une seule condition était exigée en retour,. que le f!Cntilhomme en question fùt de noblesse authentique et qu'il produisît ses titres afin qu'on
les pùt examiner avant d'aller plus a,,ant.
« J'acceptai, dit Bette, ces propositions
avec transport. n Le jour mème il se met en
campagne, s'adre~sant en premier lieu au
comte Xavier de Vînezac, capitaine d'infanterie attaché au maréchal de füilly, mais qut
ne fournit par les titres dt-'mandés. 11 n'est
pas plus heureux auprès de M. de LaurioVissec, avocat au Parlement. Celui-ci, à na~
dirP, âgé de soixanle ans, eût peut-être semblé
un peu mùr pour les noces. L'histoire étonnante n'avait pas tardé à se répandre. Louis
Cardinal de Beaurepaire, ancien gentilhomme
servant de la reine, avait fait connaitre les
conditions du mariage à l'abbé de SaintAndré, aumônier du prince de Condé. qui en
avait informé 1 par une leltre du 22 mai,
Roger-Guillaume, baron de Fages-Chaulnes,
garde du corps de Momil ur. Le baron de
Fages, cadet de Gascogne, hàbleur et criblé
de dettes, semblait l'homme de la situation.
Cc fut d'ailleurs aussilOl son avis, car il
courut chez l'abbé Mulot, chanoine prieur de
Saint-Victor, qui s'était intéressé à Ilette
quand celui-ci était en prison. L'abbé Mulot
mit le baron en rapport avec le bourgeois de
Saint-Omer. Les deux hommes s'entendirent
à merveille et Bette, dans les jardins du Palais-Royal, put annoncer à Augeard que le
gentilhomme était trouvé.
Le gentilhomme est trouvé. " Il est pauvre
mais sensible »; c'est le baron de Fages luimême qui parle. Ce n'est pas l'intérêt qui le
décide; c'est le portrait de la prétendue :
« dons de la nature, talents agréables, qualités de l'esprit et du cœur, naissance illustre
et bien prouvée, alliances importantes, une
fortune acquise de 25 000 livres de rente et
qui devait au moins quintupler. &gt;&gt; On voit
donc très bien que, parmi tant de raisons
d'épouser, la fortune n'était pas la raison
déterminanle.
&lt;&lt; Une faute, il est vrai, ternit cet éloge. »
La future &lt;! est victime d'une faiblesse que
cerlaines personnes ne pardonnent jamais )l.
C'est toujours le baron de Fages qui parle.
La belle a un enfant de quinze ans que lui a
fait jadis le grand seigneur. On aura l'enfant
en sus de la mère. Notre gentilhomme a le
cœur généreux. a ll ne croit pas qu'une
faute, qu'ont pu effacer les larmes du repentir, soit un crime irrémissible. Si le portrait
est ressemblant - et pourquoi en douter si
les sommes sont exactement versées cbez le
notaire? - il n'hésitera pas d'unir soa sort
à celui d'une femme qu'il croit aussi respeclable que malheureuse. " Noble mépris des
vieux préjugés.

fortune a Paris. li y demeurait rue du PetitLion, chez le sieur Lefèvre, vinaigrier, au
moment où Rétaux de Villette, sous le personnage du sieur Augeard, intendant d'une
dame de qualité, le rencontra. La charité publique venait de le faire sortir de l'llôlel de
la Force, où des dettes criardes l'avaient fait
emprisonner. Oo ne l'en voyait pas moins se
promener, assez élégant, au Palais-Royal, sa
taille élancée serrée dans un bahit cannelle
ou prune-monsieur; la jambe prise dans une
culotte de soie noire el des bas blancs; les
cheveux relevés en bourrelet sur les oreilles et
noués à la nuque par un ruban de faiUe noire.
Augeard déclare donc à d'Étienville qu'il
va faire sa fortune. &lt;! Ce projet, répond
d'Étienville, me convient à ravir. »Il ne s'agit,
dit Augeard, que de trouver un gentilhomme
titré qui veuille épouser une dame encore
jeune et jolie, d'une figure très aimable et
d'un caractère très doux, jouissant de vingtcinq mille livres de rente, el au sort de laquelle un prince, l'un des plu!-i grands seigneurs
du royaume, prend un intérêt particulier.
&lt;( Vous préviendrez ce gentilhomme, poursuit
Augeard, qu'il ne pourra voir sa future que
le jour du mariage et vous l' exriterez à la
confiance. Vous lui annoncerez encore que si,
par le contrat de mariage, on stipule la séparation des biens, il sera dédommagé par une
pension de 6 000 livres et qu'il recevra un
gros présent le jour de ses noce~; qu'on lui
payera ses deltes et qu'on lui fera obtenir,
ville et les • éclai rcissements • du comle de Prérourt ni gros ni maigre, les cl1e,·eux blonds el même un

dans les recueils iles Arch. des Aff. t!lra11.g., llêm. et
docurn., F'rauec 1399-1400.
2. Udle d'Eti cnville, Répome au bar",i de Fayes,
dans la Collection complète, Ill, 14.
:;, La femme de clldlnbrc dè lime de la Yotte, Rosalie, rtans sa conrrontat ion au cardinal do Rohan,
trace le portrait !le Vilh:tlc : « d·une taille ITIO) enne,

peu gris, quoiqu'il n'ait que lrente1uatre â trentecinq ans, a~·ant beaucoup de couleurs, es yeux bleus».
Le signalement est idrntiquc.
Dans la suite, quanri Etienvillf' vil combien r111Taire
de Mme de la llotte devenait mauvaise, il nia l'idenlill' entre Hétaux et Augeard, afin de se dêgiigcr de
toute complicité.

�1.'Ar1'.Jl1~E DU COLZ.IB~ - -..

1l1STORJA
Le 5 avril Augeard informe le bourgeois
de Saint-Omer que l'on est très content de
ses bons offices, qu'il peul considérer sa fortune comme faite et que, dès le lendemain,
il sera présenté à la dame en question. En
effet, le 4 avril, à dix heures du soir, dans
un fiacre dont les panneaux ont été rele,·és,
Augeard mène notre homme en une maison
dont il lui est interdit, sous les plus grandes
menaceS, de s'enquérir. c&lt; Si vous cherchez à
connailre l'endroit où je ,·ous conduis, vous
êtes un homme perdu. )) On entre par une
porte cochère basse, dont les battants sont
immédiatement refermés. Au premier, un
salon où d'Étienville est présenté à une
femme charmante qui était seule et lui fit le
plus gracieux accueil. Elle avait trente-quatre
ans environ, de l'embonpoint, une belle figure
et des yeux noirs. Elle causa avec autant d'esprit que de confiance et d'abandon, s'informant avec intérêt du baron de Fages. Tout
ce que d'~lienville lui en dit .eut son approhation. On se sépara assez avant dans la nuit,
et un fiacre, aux panneaux toujours relevés,
ramena le bourgeois de Saint-Omer .au Palais-Royal. Il avait été convenu qu'on se reverrait le lendemain.
Des recherches ultérieures firent· retrouver
à d'Étienville le domicile mystérieux où on
le conduisait ainsi la nuit : c'était le numéro 15 de la rue Neuve-Saint-Gilles, la maison mème de Mme de la Motte. Quant à la
charmante femme qu'il.y rencontrait, il nous
est possible de l'identifier; c'était cette autre
Mme de la !lotte, de son nom de jeune fille
Marie-Josèphe-Françoise de Waldburg-Frohberg, qui avait été mise à la Bastille pour
des escroqueries où elle avait compromis les
noms de la reine, de la comtesse de Polignac
et de la princesse de Lamballe, puis transférée de la Bastille chez le nommé !lacé, qui
tenait à la Villette une pension pour prisonniers par lettres de cachet, d'où elle s'était
évadée presque aussitôt. Elle s'était sauvée en
Allemagne, d'où elle était revenue en France 1 •
Étienville avait dû faire bonne impression
car, dès le 5 avril, à la deuxième entrevue
nocturne, ce furent des confidences sans réserve. Le grand seigneur en question, protecteur de la dame qu'il s'agissait d'épouser,
n'était autre, assurait-on, que le grand aumônier de France, le prince Louis, cardinalévêque de Strasbourg. La belle inconnue était
appelée comtesse Melia de Courville, mais ce
nom, dit-elle de son' propre mouvement,
était d'emprunt. Elle confia dans la suite à
d'Étienville qu'elle se nommait en réalité baronne de Salzburg, jadis chanoinesse du couvenl de Colmar en Alsace, où, élant jeune
fille, Rohan l'avait séduite, puis amenée avec
lui à Vienne, à Paris, à Slrasbourg. C'est à
l'enfant dont il l'avait rendue mère qu'il
s'agissait de faire un sort.

Auprès de !!me de Courville, Étienville
trouva cette fois un troisième personnage qui
dit s'appeler de Marcilly, et qu'on nommait
familièrement u le magistrat)&gt; ou « le conseiller u : un homme d'une quarantaine
d'années, pâle el maigre, portant perruque
nouée aux deux bouts et habit noir. Le signalement trahit le comte de la Motte. Ce magistrat, qui paraissait fort avant dans la confiance de la dame, recommanda la plus grande
prudence et un sPcret absolu. Au cours de
cette deuxième entrevue, Marcilly s'étant retiré, Mme de Courville montra à notre chirurgien aide-major une partie de brillants
non montés, dans une vulgaire petite caisse
de layeterie. Elle disait qu'ils avaient été
estimés 452 000 livres. " Je n'ai jamais rien
vu de si magnifique, écrit Étienville, tant
pour l'éclat que pour la grosseur, et comme
mon étonnement était extraordinaire elle me
dit que ces diamants provenaient d'une rivière
dont Il. le Cardinal lui avait fait présent;
mais que cette sorte de parure n'étant plus à
la mode, elle était décidée à les réaliser avant
son mariage. Elle me fit entendre, à cette
occasion, que je lui paraissais mériter une
telle confiance qu'elle serait charmée que je
voulusse accepter la commission de les aller
vendre en Hollande; mais je lui répondis que
je ne pouvais m'en charger parce que je
n'étais nullement connaisseur. Elle n'insista
pas. » Si !!me de la !lotte n'avait, dans la
suite, fait elle-même l'aveu de la part prise
par elle dans l'intrigue de Mme de Courville 1,
- ces lignes de Bette d'Étienville suffiraient à
en témoigner.
L'histoire mystérieuse des fiançailles du
baron de Fages avec· Mme de Courville esl
intéressante à suivre parce que le genre d'intrigue dè .Jeanne de Valois s'y éclaire vivem~nt. Rétaux découvre au Palais-1\oyal Bette
d'~tienville; comme La ~lotte y avait trouvé
la baronne d'Oliva. Ce sont les mêmes scènes
nocturnes, ordonnées comme des comédies
dont Mme de la !lotte lai l mouvoir les per·
sonnages selon le rôle qu'elle leur a distribué. Ce sont également des comtes et des
conseillers, de nobles dames au:xquelles ~a
pensée prète une réalité fugitive, mais &lt;lans
laquelle, pour fictive qu·ene soit, Jeanne parait se complaire. L'intérêt que Mme de la
Motte avait à nouer celle nouvelle intrigue
fut défini dans la suite par le baron de Fages
lui-même : c( La quantité de diamants renfermés dans une seule main, ne pouvait disparaitre que difficilement et il aurait été trop
facile d'en suivre la trace; il fallait des gens
intermédiaires, ou plutôt des êtres fantastiques qui, ne pouvant être connus, rendraient
impossible la découverte de la vérité et c'est
ce qu'on a imaginé. Une femme à marier,
une femme d'un rang el d'un état faits pour
nécessiter les sacrifices d'un homme juste et

genereu:x, en proportion de sa fortune et de
ses dignités : voilà le fantôme qu'il fallait
créer. D'Étie'1ville, d'autant moins suspect
qu'il est plus inconnu, plus isolé; devait être
chargé de prôner ce fantôme. » Mme de la
Motte y trouvait en outre, pour le jour où le
vol du collier serait connu et où la culpa•
bilité retomberait sur le cardinal, le fait nécessaire à expliquer l'urgent besoin où celuici se serait trouvé de s'approprier le collier
pour. en faire ?rgent sans retard. Aussi dira•
t-elle dans ses interrogatoires : « J'ai vu cette
dame de Courville, chargée de diamants,
chez M. le_cardinal de Rohan pendant la semaine sainte O ; » et ailleurs : C( M. le Cardinal voulait la marier et lui donner 500000 livres: il m'a pressée dans le mois d'avril
d'écrire à mon mari, pour l'engager à revenir
de Londres, pour avoir les ' fonds nécessaires&gt;&gt;. Enfin elle espérait trouver en d'Étien"ille un auxiliaire utile pour la vente des
brillants.
A la fin de cette première semaine d'avril,
Étienville vint annoncer à son nouvel ami, le
baron de Fages, que le mariage aurait lieu le
jour même dans la chapelle du palais Soubise, rue des Francs-Bourgeois, à onze heures
de la nuit, chaque partie n'amenant que ses
témoins. Fages revêt donc ses plus beau
atours et attend, inébranlable, qu'on vienne
le chercher. Tandis qu'il attendait de la sorte
en son appartement, 157, rue du Bac, Étienville était rue Neuve-Saint-Gilles, en compagnie de la future, de !I. de Marcilly et d'un
personnage vêtu d'une lévite petit-gris, portant un chapeau rond où jl y avait un cordon
et des glands d'or, et à qui chacun parlait
avec le plus profond respect. C'était d'Étienvillc n'en douta pas un instant - le
prince Louis, cardinal de Rohan.
Ce cardinal se montrait affable, aimable,
remerciait le bourgeois de Saint-Omer de ce
qu'il faisait pour lui el assurait qu'il ne l'oublierait pas. « Hais, disait-il, pour des raisons
importantes, le mariage ne pourra pas avoir
lieu avant le 15 juillet. » D'litienville de se
récrier : (( Et le baron de Fages 1 &gt;&gt; On va,
dit le cardinal, lui écrire une lettre. Mais
d'Étienville répond que ce délai est de nature
à inspirer de l'inquiétude. Un dédit de
50 000 livres pour le cas où le mariage ne se
ferait pas est rédigé et signé sur l'heure. On
le date du 26 avril, le jour où le dédit sera
remis.
Le lendemain d'Étiem,ille trouve son ami
de Fages dans la plus grande colère; mais en
apprenant l'histoire du dédit il se calme, et,
effectivement, le ':.'.6 avril, Delle lui montre
une enveloppe cachetée de cinc1 cachets de
cire rose, où est contenu, dit-il, le précieux
papier.
Il est si précieux, ce papier, que nos deux
amis prennent la précaution de l'aller déposer

1.. Rapport en date du 28 janvier 17R6 au licul en:mt de police. Arch. nat. , 0 1/4-24, et Bastille devoilée , fasc. VIII, p. 155-54. Comparer avec les lellrcs
du ms. 1590, l\lèm. el docum. , France, des Arch .
des Aff. étrn11g. A cause du nom, La )toile, on prit
la personne qui jouail le rôle de lime de Counille
pour la sœur de Jeanne de Valois ; on \'OÎt d 'autre

µarl qne Mme de Cour\·ille prenait la nom de com~
!esse de Faubert (lisez Frolwrgl, ou de baronne de
Salzbur~ {lise; Waldburp) . O,n conserve il. la Bibl.
nat. (Nouv. acq. fr. tio78}, un recueil de leltres
autographes de Mme de la Motle. née de Waldl.mi-gFroiberg; mai s il y a. une lacune dans la correspondance pour l'époque qui nous inLCresse.

'l. Confront. au cardinal de Rohm , , ,,. mai 1786.
Arch. 1iat. , X't, B/ 1417. - « Mme de la l\lolle, écrit
le comte de Précourt il. Vergenn~, parle de ~!me )lella
de Courville, du mariage cl des diamants de la même
manière que d"Eticmille 11. Le llreendate du 8 fèv.1786.
A rch. des Aff. éh·ang., 1400, f 0 27 v•.
J. 20-25 mars 1785.

1

l

entre les mains de l'abbé François llulot,
chanoine régulier et. prieur de Saint-Victor.
Celui-ci reçoit le pli cacheté et ne doute pas
qu'il ne contienne un dédit de 50000 livres,
puisqu'un gentilhomme et un bourgeois de
Saint.Omer. qui n'ont vu le contenu de l'enveloppe ni l'un ni l'autre, le lui affirment,
l'un el l'autre, très sérieusement. Il promet
d'en avoir grand soin : on verra le parti que
nos compagnons vont tirer de la circonstance.
Nous arrivons au moment le plus invraisemblable de cet invraisemblable mais véritable récit et qui soulèvera dans tout Paris,
quand il y sera connu, la plus hilarante incrédulité. A la fin de mai, !!me de Courville
annonça à notre chirurgien aide-major qu'elle
allait partir pour une terre qu'elle possédait
et dont elle ne lui dit pas le nom, lui proposant, quand elle y serait installée, de l'envoyer chercher pour faire un séjour de
quelques jours qui lui serait un repos el une
partie de plaisir. D'Étienville accepta. Les
mêmes conditions mystérieuses étaient toujours imposées : voJage de nuit en voiture
close et rigoureuse interdiction de s'informer
du lieu ol1 l'on se trouverait. C'est entendu,
répondit d'Étienville. Et les choses se passèrent effectivement ainsi. Augeard, qui vint le
prendre, n'abandonna pas notre homme un
instant durant tout le vo1•age, le séjour et le
retour. On roula en voiture, la nuit, pendant
trois ou quatre heures. Le château était très
beau . Un parc immense communiquait
avec une rivière qued'.Étienville, pour
préciser, déclarera être la Seine, à
moins que ce ne fût la Marne. C'était
assurément dans les environs de Melun. La gracieuse châtelaine lui aurait
dit qu'il avait appartenu jadis à ParisDuverney'. Ce qui le frappa le plus
fut le boudoir 1 tout en glaces et en
dorures. li y vit la belle Mme de Courville, Marcilly le magistrat, l'intendant Augeard, puis un monsieur qu'on
nommait le baron, une dame qui était
veuved'un consejller, un jeune homme
de quinze ans avec son précepteur. Ce
jeune homme, que chacun nommait
(( le petit chevalier», était précisément
le fils de Mme de Courville el du cardinal.
D'Étienville passa en cette société
quelques journées charmantes et revînt, le 5 ou le 4 juin, absolument
enchanté. On eut beau, dans la suite,
lui objecter que tout celaétail absurde
et incroyable : il tint bon. Dans ses
interrogatoires, confrontations, récolements, dans les mémoires et consul.cc
tations de ses avocats, d'Étîenville ne
~démord pas de son château de féerie
où, auprès de la jolie Melia de Courville, il avait passé des jours enchanteurs.
Qu'en faut-il croire? Étant donnée
!!me de la !lotte, la chose est possible; d'autre part, Bette fut un romancier

ne veut pas contracter le mariage avant que
la somme soit versée. ))
• Je ne dissimulais pas à Mme de Courville, dit Bette d'litienville, que si elle était
propriétaire des gros diamants qu'elle m'avait
montrés en me disant qu'ils provenaient d'une
rivière dont elle ne se souciait plus, elle était
assez riche pour se marier sans attendrr, la
somme considérable pour la réalisation de
laquelle je croyais m·être aperçu qu'elle
pressait !I. le Cardinal; mais elle me répondit
que la vente en était très difficile à faire pour
des raisons qu'elle ne pouvait me confier. »
Le mariage fut donc fixé au 12 aoùt. Pour
calmer son ami de Fages, d'Étienville lui
conte que le cardinal lui destinait un cadeau
superbe, une voiture admirable avec deux
chevaux d'un poil cendré. L'abbé de SaintAndré aurait une belle abbaye, celle de SaintVaast sans doute, dont le cardinal était commendataire. Quant au cadeau que lime de
Courville se propose de faire à son futur,
c'est un superbe nécessaire en vermeil et, en
outre, une montre avec sa chaîne, l'une et
l'autre enrichies de diamants, deux bagues
ornées de pierres précieuses, et une tabatière
avec son portrait à elle, baronne de Courville, une merveille de richesse et d'art.
D'Éticnville a vu tout cela. Il a vu encore une
argenterie princière, estimée soixante mille
livres, dont le cardinal a fait présent à la dame,
et le portefeuille contenant les t 00 000 livres,
en billets noirs de la caisse d'escompte,
que Mme de Courville donnna à son
mari le jour des noces. Fages écoute,
trouve tout cela très beau, de plus en
plus beau, mais il trouve aussi que
c'est de plus en plus long à venir.
Ce qui rend les intrigues de !!me
de la Motte intéressantes, ce n'est pas
seulement la hardiesse de ses conceptions, c'est l'inimaginable complica1ion des fictions qu'elle réalise, le nombre des personnages qu'elle met en
scène, forgeant à chacun d'entre eux
un rôle dont elle voit d'un coup d'œil
tout le développement, et les faisant
tous manœuvrer de manière à les
amener chacun au but, au moment
voulu, avec une précision étonnante,
avec une connaisrnnce des caractèrts
que les meilleurs dramaturges n'ont
pas surpassée.
!lais tandis qu'en la petite Nicole
Leguay, qui joua si gentiment le rôle
de la baronne d'Oliva, Jeanne avait
1
trouvé une enfant confiante, timide,
tranquille, elle avait en la personne de
Bette d'Étienville, mis en mouvement
BETTE D ETlllNVILL'W
--s•
un gaillard qui n'a pas tardé à s'en•
lourer de quatre ou cinq compères de
son espèce, lesquels, a, ec une spontanéité que Mme de la !lotte ne leur demandait sans doute pas, vont mener les
cboses à leur façon, hardiment, vive(; rnn1rc de la collection Frnnt1. h1nd- Breu tano .
ment, à la diable, et faire de la belle
dinai répond qu 'il ne faut s'en prendre qu' i, !I medeCourville, qu'elle fùt fantôme_ou réalité
- et là vraiment était le cadet de leurs soucis 1
Mme de Courville :
" Je lui ai promis 500 000 livres et elle - une fée habile à remplir les escarcelles.

:!1onrm1mn :~~-~~Lm~~\Î:

I. « !Mair&lt;'issemcnts n par le comte cle Prt!coUl't.
A i-clt. des Aff. é frang.1500, f"' 126-12ï.
VL -

•

d'une imagination féconde, qui publia un certain nombre de romans d'amour, chacun de
plusieurs volumes. Au lecteur d'en décider.
Dès son retour à Paris, le 4 juin, d'Étienville écrivit au baron de Fages pour lui narrer
son voyage. Il ajoutait que la dame aurait
100 000 écus de rente, qui lui rentreraient
dès après les noces, et qu'elle comptait même
faire à ce sujet avec son mari un voyage en
Allemagne.
D'Étienville et son ami le baron étaient de
la sorte tenus en haleine. Tantôt c'étaient des
bijoux que le bourgeois de Saint-Omer avait
vus entre les mains de la dame, qui les destinait à son futur époux, tantôt l'assurance
que la cérémonie aurait lieu mi-juillet sans
délai nouveau. Le 1" juillet, le baron de
Fages sollicita et obtint de son capitaine,
!!. de Chahrian, l'autorisation pour le
mariage. Le cardinal de Rohan , assurait
Il. de Marcilly. ne restait à Paris que pour la
cérémonie nuptiale, refusant de partir pour
Saverne, où il aurait cependant dû se rendre
pour y recevoir le prince de Condé qui devait
aller tenir une revue des troupes à Strasbourg.
Mais le 15 juillet passe et les noces ne se
font pas. Le 18 juillet, nouvelle entrevue, rue
Neuve-Saint-Gilles, entre d'Étienville, !!me de
Courville et le cardinal. Celui-ci est vêtu celte
fois d'une lévite violet foncé. Le bourgeois de
Saint-Omer marque son impatience. Le car-

HISTORIA. -

Fasc. 47·

1

01

�, . _ 111STO'}t1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
L' JlFF JtmE

XXIII

permettez que je vous demande des nouDans le même mois, séduit par les mêmes
velles de ma boëte pour mon frère l'abbé. » procédés, Vaucher, horloger dans la Cité,
Les fiançailles du- baron de Pages'
Un premier terme avait été payé. Le se- li\'rait au baron douze montres enrichies de
cond ne le fut pas. li était plus important. pierreries et treize chaînes en or. D'Étienville
Le baron de Fages n'était pas homme à C'est, disait le baron, que le mariage éprouservit encore d'intermédiaire dans cette noulaisser traîner fos choses. A peine Bette lui vait un retard imprévu. Et, pour rassurer le
velle affaire. Et le bourgeois de Saint-Omer
eut-il parlé, le 5 avril, de projrt de mariage, négociant, il l'envoie chez dom Mulot, prieur
venait par-dessus le marché manger la soupe
qu'il allait, en compagnie de l'abbé de Saint- de Saint-Victor, qui, gravement, lui montre
de l'horloger « amicalement )&gt;; très amicaleAndré et de Colavier d'Albissy, ancien direc- le pli, fermé de cinq cachets de cire rose, où
ment même, observeront les ~vocats, puisteur de la compagnie de la Guyane française, doit être contenu un dédit de é0.000 francs.
qu'il emmenait ses amis. D'Etienville concommander des bijoux chez Loque, joaillier En outre le bourgeois de Saint-Omer - qui
duisit l'horloger à l'hôtel des Indes où
_au Punt Notre-Dame 2 • Le baron n'a pas un n'a pas de quoi payer son loyer - propose
logeait le baron son ami. Ils le trouvèrent au
sol, mais il va faire un mariage, et quel ma- de transformer les billets du baron de Fages
premier dans son appartement vaste et richeriage! - 10.000 livres argent comptant, en acte notarié dont il s'offre généreusement
ment meublé, donnant des ordres à plusieurs
. une charge de 50.000 livres, et 100.000 en caution. Loque est rassuré.
domestiques à la fois, qui se pressaient aulivres de rente. L'abbé et l'ancien directeur
Tandis que ces choses se passaient sur le tour de lui. " La comédie était parfaitement
de la compagnie de la Guyane française con- Pont-Notre-Dame, elles se répétaient dans
jouée. Après avoir présenté au sieur Vaucher
firment. A cette première visite on n'emporte l'enclos Saint-Germain. Fages y était le débiun état des objets qu'ils voulaient acheter,
aucun bijou.
teur, depuis treize ou quatorze ans, d'un né- le baron de Fages parut ne s'occuper de lui
Du moment qu'il devait faire un pareil gociant, nommé Bernard, pour une somme
et de la négociation que très superficiellemariage, le baron ne pouvait demeurer peti- de cinquante écus qu'il n'avait jamais pu
ment. A toutes les questions de l'h~rloger il
tement logé dans sa garçonnière de la rue du payer. Il en profite pour lui faire une comne faisait qu·une réponse : (C D'Etienville
Bac.
mande énorme en étoffes, toiles et bijoux. vous l'expliquera, d'Étienville a dù vous le
Le rnici rue du !lai!, hôtel des Indes, Comme Bern3.rd avait des doutes, on l'envoie,
dire. " C'était affecter en même temps cette
au premier, où il occupe un appartement lui aussi, à l'abbé Mulot. « Il le trouva dans
· indifférence aisée qui décèle Ja certitude des
somptueux. Des amis colportent les splen- la sacristie, prèt à dire la messe. L'instant
moyens, et cette noble insouciance qui dédeurs de son prochain établissement. Le et le lieu sont remarquables. L'abbé Mulot
daigne l'attention des petits détails . Vaucher
baron s'environne de plusieurs domestiques. l'assura qu'il avait entre ses mains un dédit
fit une fourniture d'objets admirables : une
li a un valet de pied et un chasseur. C'est en de 50.000 livres, que le baron de Fages
montre à répétition enrichie de diamants
équipage qu'il va courir les marchands de la allait faire un mariage de la plus grande
fond bleu, étoiles de brillants, avec sa chaine
ville. emmenant avec lui Bette d'Étienville, à importance et qu'il n'avait rien à craindre
d'or émaillée de bleu à un rang de perles :
qui il a donné des chemises et des habits el pour les fournitures . ll Et Bernard fournit
c'était un oLjet de près de quatre mille francs;
li ui atteste solennellement la véracité de ses des marchandise; pour 15.000 francs, qui
une montre à répétition, boîte à l'anglaise,
déclarations. Le 12 avril, accompagné de rejoignirent celles du sieur Loque au Montavec sa chaîne d'or; une montre enrichie de
l'abbé de Saint-André el de l'ancien gouver- de-Piété.
deux rangs de perles fines, fond bleu, étoiles
neur de la Guyane, Fages revient chez le
Au sieur Thiébault, son tailleur de la rue d'or, avec sa chaîne d'or; une montre unie
bijoutier pour prendre les bijoux commandés: Saint-Nicaise, le baron de Fages et le bourgeois
avec les aiguilles garnies de diamants, avec
il y en a pour 10.000 francs. Le jour mème, de Saint-Omer parlent d'un mariage qui donsa chaine d'or; une montre à fecret à double
afin qu'ils ne s'égarent, le baron a soin de nera 500.000 livres de rente, el déclarent
rang de perles; une montre à chiffres arabes
les porter - et recevoir de l'argent en re- que le dédit entre les mains _de dom Mulot
avec sa chaîne d'or; une montre émaillée de
tour - au Mont-de-Piété, Le 15, les trois est de plus de 50.000 écus. Etant allé à Vibleu, bordure fond blanc, à roue de renamis reviennent ~hez Loque et prennent une neuil il lui ét:rit : &lt;&lt; Bonjour, monsieur et
contre, avec sa chaîne émaillée de bleu et
nouvelle fourniture qui se monte à 12.000 madame Thiébault, je désire bien sincèreperles fines; une montre gorge-de-pigeon
francs. &lt;c Les premiers bijoux avaient !!té ment que ma lettre ,•ous trouve en bonne
avec deux rangs de perles; puis une boîte
donnés aux parents de l'épouse, ceux-ci santé car elle m'intéress~ singulièrement, à
d'or, d'homme, ovale, à portrait; une autre,
étaient pour les parents de l'époux, et la raison de tous les sentiments que vous m'avez
ronde; trois boîtes semblables, pour femme;
famille était nombreuse. 11 Ils reçurent une inspirés en votre faveur cl qui ne se démenun étui d'or émaillé, fond bleu de roi; un
destination identique : le !!ont-de-Piété. Ces tiront jamais .... Comptez sur le vif i~térêt
autre émaillé d'azur, un autre d'or plein,
fournitures étaient faites sur simples recon• que je prends à votre santé, el sur la reconenfin une soupière couwrte, avec son plat,
naissances de l'épouseur. Un premier billet naissance la plus étendue pour toutes les l'une et l'autre en argentJ.
de 2700 livres était payable à très court dé- bontés que rnus a\'ez eues jusqu'à présent
Les deux amis firent de la sorte en quellai, et il fut payé. Étant parti dans les der- pour moi et 4ue je saurai reconnaître quand
ques semaines un butin de 60,000 francs.
niers jours de mai, pour Vineuil, parc de il en sera temps : en attendant je me dis auOr voici que, le 7 août, comme i1 revenait
Chantilly, où il demeurait, le baron écrit au tant votre serviteur que votre débiteur. i&gt;
de Chantilly, où il avait été reçu par le baron
bijoutier pour presser l'envoi de nouveaux
" Les sentiments du baron de Fages, di- de Fages, d'Étienville vit arriver Augeard qui
bijoux dont la livraison se fait attendre. Il ront plus tard les avocats des malheureux
lui demanda de venir d'urgence voir !!me de
ajoute : c&lt; Et vous, monsieur, commeut vous négociants, pour son tailleur et les bontés du
Courville . Il la trouva dans la plus grande
portez-vous 1 Et la cuisse de Mme Loque est- tailleur pour le baron de Fages, rappellent la
agitation. Elle le suppliait de lui rendre le
elle entièrem·eot rétablie? Je le souhaite, car scène de Molière : Don Juan dit aussi Hl. Difameux dédit de 50.000 livres qui était déil est impossible de ne pas prendre intérêt à manche : « !!. Dimanche! le meilleur de vos
posé entre les mains de l'abbé ~lulot.
sa personne, quand on a l'avantage de la con- amis! Je sais ce que je vous dois. Vous avez
« Cette malheureuse pièce perd tout Je
naitre. Elle inspire des sentiments bien dignes un fond de santé admirable. Je veux qu'on monde. J&gt;
d'elle et au-dessus de l'estime. Voilà l'eflet vous escorte. Je suis votre serviteur et de
Bette d'Étienvi!le hésite.
que j'ai éprouvé et vous félicite de plus en plus votre débiteur. " C'est en pareille mu« Vous doutez donc de moi, vous doutez
plus d'un choix aussi heureux. A présent siq_ue que le baron de Fages et son ami Bette du cardiml '? »
d'Etienville se firent forer dans le conrant
Lui, d'Étienvi!le, douter de Mme de Cour1. !!(&gt;mes sources que pour le cltapitre précédent.
&lt;le mai, e'est-à-dire dans le plus court délai
~. 11. li. d'Albissy a été dans l'entreprise des dili:i .•ilbnoil'es pour les •sieurs 1'auclter, lw1·logrr,
gences, a eu des procês à ce sujet, a tait faillite et a
possible, quinze habits, dont la facture déet Loque, bijoutier, contre Belle d'Elienville el le
Clé longtemps au Temple. » Note du doss. Targel.
passa deux mille écus.
batoll de Pages, éd. orig., p. 65.00.
..... 322 ....

ville, douter du cardinal! JI va reprendre
sur-le-champ l'enveloppe chez dom !lulot.
« Les parties intéressées, lui dit-il, sont
chez le notaire pour ratifier l'acte
dont le dédit fait sûreté'. J&gt;
Et il rapporte l'enveloppe précieuse à Mme de Courville; mais
à peine celle-ci l'a-t-elle entre les
mains qu'elle déchire le papier en
mille morceaux et les jette au feu.
D'Étienville dit qu'il renonce à
peindre lui-même sa stupéfaction.
N'essayons pas.
Cette enveloppe, qui était œnsée
contenir une pièce que personne au
monde n'avait jamais vue, avait
été la seule garantie des marchands. Elle n'existait plus,
Mais que s'était-il donc passé qui
pùt mettre Mme de Gourville en un
pa.re:il état? Nous sommes ramenés
à son inspiratrice, la comtesse de
la Motte'.

XXIV
Le coup de foudre
Le cardinal avait remis le collier entre les mains de Mme de la
Molle, le I" lévrier 1785. Le lendemain, jour de la Chandeleur dont
avait parlé Jeanne de Valois, il
chargea son valet de chambre d'accompagner Gherardi, officier au
régiment d'Alsace, pour observer
au diner du roi comment la reine
!lerait mise. On sait que le roi el
la reine avaient le devoir de dîner
en public. Le même jour, Bassenge avait été à Versailles dans
l'espérance d'apercernir la reine ornée de
son bijou. Celle-ci ne le portait pas. Le
jour suivant, 5 février, les Bfihmer, un pe~
tourmentés, vinrent trouver le cardinal, llll
exprimant leur surprise de ce qu'ils n'avaient
pas vu à la Chandeleur la reine parée du collier. Rohan n'y attacha pas d'importance,
mais il ajouta :
« Avez-vous fait vos très humbles remerciements à la reine de ce qu'elle a acheté
votre collier? Il faut les faire'. »
Comme les joailliers ont plus d'une fois
importuné la reine de ce bijou et que, la dernière fois, elle a répondu avec impatience, ils
attendent une occasion pour lui faire leurs
remerciements. L'occasion ne se présente pas.
Les mois passent. lis ont d'ailleurs l'esprit
en repos et le prince Louis de mêm_e•. Les
avocats du cardinal ont eu raison d'insister
1. Leure du comte de Prt!(.-ourl

a Ycrgcnnes,

Atrh.

des Aff. élrm1g., 1399, fQ 124.
2. Les lignes suivantes, Ccrit~s ~al' llar~y dans su.n
journal. à 1•e110que où loul Paris_ s occupait_ tlu prores
du Collier, montrent quelle action pômaient ~lors
avoir sui' 1"opinio11 publique les manœunes dune
ioiguéc 1l'c~croc9, et, f~•a~tre part, que Mme_ d~ ln
,lotte n'ava1l pas donne a sa nom·cl.le. combma1so11
une portée imraisemb_labl~ : « _On d1sail que M. le
cardinal de Bohan a,·a1t fait reltrcr de chez son notaire (songer â dom Jlulot) une somme de 200.000

!

DU CoiL1E](_ - - , .

derant le Parlement sur cette démarche et
cette conversation des 2 et 5 février : elles
mettent la bonne foi de Rohan hors conteste.

traignit le cardinal à acquitter en son lieu et
place le billet de 5000 livres qu'elle avait
souscrit, en 1785, envers Isaac Beer, juif de
Lorraine. Le cardinal l'avait alors
cautionnée. A présent il était pris.
li dut payer'. Le trait est évidemmelll très drôle.
Le 12 mai une petite lettre à
vignette bleue renvoya le prince
Louis à Saverne.
Comme l'avocat Laporte, qui
avait été mêlé à la négociation du
collier, s'étonnait de ce que la reine
ne le portait pas : « Sa füjesté
ne le mettra que pour venir ~1
Paris &gt;&gt;, dit Jeanne; et, une autre
lois : « Quand il sera payé ".
Elle se rendit d'ailleurs ellemême à Bar-sur-Aube où elle fit
l'entrt!e sensationnelle que nous
avons dite et déploya un luxe éclatant. Elle s'y occupa à meubler el
décorer sa maison de la paroisse
Saint-Macloux. De la cour au grenier, tout fut transformé, embelli,
remis à neuf. Nous avons des détails sur la bibliothèque, et ils sont
curieux. C'était un meuble en bois
de rose, grillé, les rayons protégés
de rideaux en taffetas vert; sur le
haut, les bustes de Voltaire et de
Rousseau. Le regard y était dès
l'abord attiré par la grande « Jlistoire généalogique et chronologique
de la maison royale de France 1), du
Père Anselme, neuf volumes infolio; la première acquisition éviLA SU~ATE.
demment que devait faire une fl Ile
Gravure ,t'après Cuonow1E&lt;.:1(1.
des Valois. Puis vingt-sept volumes
des &lt;&lt; Hommes illustres de France JJ
el douze des" Hommes 11luslres de
Dès le ~ fé\TÎer, en revanche, les B0hmer Plutarque lJ ; une histoire de France en trois vo-avaient offert un diner à la comtesse de la lumes, les voyages de Cook, les Voyages auMotte. Le lendemain 4, ils étaient retournés lom· clii !Jlonde, six volumes sur l'hémisphère
chez elle pour ]a remercier encore. Ils dé- austral, un atlas; en fait de littérature :
bordaient de reconnaissance. Le 6, c'étaient Rousseau en trente volumes, Mme Ricoboni,
les Bôbmer qui dinaient rue Ncuve-Sainl- Crébillon, Racine et Boileau; des livres de
Gilles.
piété : Çommentaires 1·éfléchis de l'amour
Auprès du cardinal, Jeanne continuait ce- de Dieu, un volume sur le Miserere, une Sependant de pleurer misère, demandant et maine sainte, un ouvrage sur la Dignité de
recevant les mêmes secours de trois ou l'âme; puis deux livres pratiques : un dicquatre louis qui lui étaient portés, soit par lionnairc français-anglais et anglais-français
Brandner, valet de chambre, soit par Fri- qui sera utile lors d'un prochain ,·oyage
bourg, le suisse de la maison de Strasbourg, outre-Manche, et l'almanach royal de l'année
soit par un commissionnaire nommé Phili- 1781, l'année des premières grandes inbert. Les deux ou !rois fois que Rohan vint trigues et des vastes espoirs de Jeanne de
chez elle, il fut reçu &lt;! dans une chambre en Valois.
haut )J, pauuement meublée .
Vers la fin de mai, !!me de la !lotte fit un
Jeanne fit mieux. Les mains pleines d'or voyage de Bar•sur-Aube à Saverne, travestie
provenant de la vente des diamants, elle con- en homme. Nous trouvons son costume dans
livres (le dt!dit de ;:.o 000 li1,rcs) pour procurer l'éla•
blisstment d'une de ses filles naturelles (le fils d_e
~lme de Counillc) , qu'un garde ùu corps Je Monse_1gneur le comte d'Artois (le baron de Fnges) _s'ét:ut
engagé formellement d'épouser il. la s01J1cital1on d.e
Sou Eminence, en Ye1·tu dudit dépôt qu'il réclamait
aujourd'hui, mena~anl de faire un procCs au notaiz-e
qui s'en !!tait dessaisi inducmeul. » Bibl. 1wl. , ms,
franç. üb85, p. 203.
, ..
::i. Ce fait esl mis hors de doute par Je,:; dcpo,1L1ons
conconl.inles de Ruha11, de Biiln11e1· cl de llas,cugc.

Si 1'011 consitli·rc qu'au mdme momcnl le cumlc cl la
comtesse de la Motte el Hëtaux de \ïHcUe répa11&lt;laicnt de Loute p~rt les tliamanls tlo11t ils avaient les
mains pleine:,, 011 se demande comment il a pu sr.
trou,·er des esprits rétléch:s pour prenJre au sérieuJC
des dissertations ol1 ll1rn~ de la lrotte élail innocenle
et où le cardinal élail rendu coupahl(' du \'()/ 1111
collier.
4. )lém. tlesjoai!lie1·s pour llarie-,\ntoi11elle, Colin:-.
mmplèle, 1, 18 : - l\lêm. de M• Targcl, ibid., l\', 5:..
5. Dos~. Targel, !Ji/JI. v. de Pari,, ms. de la rés,

�1f1STO'J{1.J!
sa garde-robe : lévite en drap bleu foncé,
gilet et culotte de nankin. C'était pour annoncer au prince qu'elle avait obtenu pour lui
une audience de la reine à son retour. Elle
jugea, el ne se trompa point, qu'une routr.
de deux cent vingt lieues, faite exprès pour
porter elle-même cette heureuse nouvelle,

lui donnerait tout le poids possible, el que si
la tranquillité d'esprit du cardinal chancelait,
rien ne Pouvait mieux la raffermir 1 •
Le cardinal revint de Saverne à Paris le
7 juin , Nous entrons en juillet : l'échéance
fatale du 1er aoùt est imminente, échéance
où les bijoutiers doivent recevoir 400.000
livres, premier versement sur les 1.600.000
livres, prix du bijou. Jeanne voit le cardinal
dans les premiers jours du mois. Celui-ci lui

fait parl de l'étonnement qu'il éprouve de ce
que la reine ne porte pas sa parure. La défiance commençait-elle à se glisser dans son
esprit? Mais Jeanne, ingénieuse, a réponse
sur-le-champ. La reine, dit-elle, trouve le
collier d'un prix trop élevé et demande une ·
réduction de 200.000 livres, - sinon elle
rendra le bijou. Et les premières défiances
du cardinal s'évanouissent. La reine ne considère pas le bijou comme dérinitivemenl
ac4uis. Le lO juillet, Rohan voit les joailliers
pour leur parler de la réduction, Ceux-ci,
1. )Jaur. Méjan, Aff. cfo Collier, p. 51:i.
'.l. Il esl intêressanl de reproduire la rédaction de
Hassen,C"e pour apprécier la concision, en même temps
que l'éclat el l'él~ancc que Rohan lui avait dom_1Cs.
\'oîci ce qu'ava.1ent loul d'abord êcrit les hiJOUlicrs :
« La crainte où nous sommes de 11c pouvoir pas
èlre :tsscz heureux pour trouver le moment de têmoigner de ri\·c voix il Volre Majesté notre respectueuse
rcmunaissam.;e nous oblige de le faire par cet écrit.

comme on pense, font la grimace. Ils allèguent leurs engagements, les intérêts qui se
sont accumulés; mais, grimace faite, ils
consentent au rabais. Et le cardinal, avant
de les quiller, les presse une fois de plus
d'aller à Versailles remercier la souveraine.
Bassenge écrit alors sous ses yeux un billet
que Rohan corrige en lui donnant la forme
définitive qui suit :
Jladamc,
:\ous sommes au comble du IJ011heur d'oser
penser &lt;1ue les derniers arrangcmenls qui nou~
ont élé proposés, et auxqucl~ .nous nous sommes
soumis a1cc zèle et respect, sont une nouvelle
preuve de notre soumis~ion el dévouement aux
ordres de \'ot1·e Mflje~té, et nous avons une Haie
satisfaction de penser que la plus belle parure de
diamants qui existe servira à la plus gt·ande et à
la meilleure des reines 2:.

Le 12 juillet, Bühmer, ayanl à paraitre
devant Marie-Antoinette, pour lui remettre
une épaulette et des boucles en diamants
dont le roi lui faisait cadeau à l'occasion du
baptème du duc d'Angoulème, fils du comte
d'Artois, présenta lui-mème le billet. La fatalité fit qu'à ce moment entra le Contrôleur
général, en sorle que le joaillier s'éloigna
avant d'avoir reçu une réponse. Dès que le
Contrôleur fut sorti, la reine lut le billet,
« Votre )lajesté n1et aujourd'hui le comU!e ii nos
1·œux en acquéraut la \'ai'ure de diamants que nous
arons eu l'honneur de ui prfu;enter.
« Nous 8\'0llS accepté avec empressement les der• nicrs arrangements qui nous ont été pro_posés au nom
de Voll'C Majesté. Ces arrani::-cmcnls lui éla11l agréables, nous nous sommes est1mês heureux de saisir
l'occasion de prou\·er à Votre Majesté notre zèle et
110s respects. 11 Doss. Bôhmcr, Bibl. v. de Pai·is, ms.
tic la réserve.

n'y comprit rien. Elle donna ordre de chercher llohmer pour lui demander le mot de
l'énigme, mais déjà il était parti. Bühmer
l'avait obséMe avec son bijou. Elle gardait le
souvenir pénible de la dernière scène où il
s'était précipilé à ses genoux en menaçanl
d'al1er se jeter dans la rivière. &lt;t La reine,
dit Mme Campan, me lut ce papier en me
disant, qu'ayant deviné le matin les énigmes
du ,ifercu,·e, j'allais sans doute trouver le
mot de celle de ce fou de llübmer. Puis elle
brûla sans plus d'attention le billet à un
bougeoir qui restait allumé dans la bibliothèque pour cacheter ses lettres. n La reine
ajouta : &lt;&lt; Cet homme existe pour mon supplice, il a toujours quelque folie en tête.
Songez bien, la première fois que vous le verrez, à lui dire que je n'aime plus les diamants
et que je n'en achèterai plus de ma vie. i&gt;
Ce moment est, dans sa banalité, pour
ceux qui savent la sui le du récit, le plus poignant du drame. Que raffairc fùt alors éclaircie - et c'est par un enchaînement de circonstances des plus médiocres qu'elle ne le
fut pas, - et Marie-Antoinette devait être
tenue à jamais en dehors de l'intrigue. Son
altitude - bien simple cependant et toute
naturelle - en ce seul moment où elle ail
été en contact avec l'intrigue du Collier, a
prêté matière au seul reproche que ses détracteurs aient pu lui adresser, et l'on sait
quelles terribles conséquences les événements
se sont chargés d·en tirer contre elle.
Son silence eut pour résultat de confirmer
les joailliers, non moins que le cardinal,
dans la pensée que le collier était bien entre
ses mains.

(A suivre.)

FRANTZ

FUNCK-BRENTANO.

La rage de mettre tout en nigte en a formé
du ramonage deii cheminties : les rPgis-

pour prix de son danger et de ses peines.
C'est ainsi que se ramonent taule,; les chemiseurs ont chassé ces petits Savoprd.s, et l'on nées de Paris, et des régisseurs n'ont enrégia vu dans des maisons neuves et blanches menté ces petits malheureux que pour gagner
tous ses visages basanés et noircis qui étaient encore sur leur médioC'rc salaire.
aux fenêtres en attendant de l'ouvrage.
Ces Allobroges de tout sexe et de tout âge
L'établissement de la petite poste a fait ne se bornent pas à être commissionnaires ou
tort aux Savoyards. lis sont moins nombreux ramoneurs. Les uns portent une vielle entre
aujourd'hui, et l'on dit que leur fidélité, leurs bras, et l'accompagnent d'une voix nasi longtemps éprouvée, commence à n'être s:de. D'autres ont une boîte à marmotte pour
plus la même; mais ils se distinguent tou- tout trésor. Ceux-ci promènent la lanterne
jours par l'am•ur de leur pays et de leurs magique sur leur dos, et l'annoncent le soir au
moyen d'un orgue nocturne, dont les sons
1Jare11ts.
Il est bien cruel de voir un pauvre cnfarit deviennent plus agréables et plus touchants
de huit ans, les veux bandes et la tête cou- parmi Ie silence et les ténèbres. Les femmes,
verte d'un sac, dtonler des genoux et du dos étalant leur étonnante fécondité, sous le
dans une cheminée étroite et haute de cin- masque de la laideur, vous montrent des enquante pieds; ne pouvoir respirer qu'au fants, et dans leur hol!r, et pendus à leurs
sommet périlleux; redescendre comme il est mamelles, et sous leur.s bras, sans compmonté, au risque de se rompre le cou, pour ter ceux qu'elles chassent devant elles, le
peu que la vétusté du plâtre forme un vide tout pour. attirer . des aumônes ; déo-oûtansous son frêle point d'appui; et la bouche les, maigres,_ nmres, cl paraissant âgées,
remplie de suie, étouffant presque, les pau- elles sont touJours grosses, et à pleine ceinpières chargées, vous demandr,r cinq sols, ture.
une

Paris au XV/Il' siècle
Savoyards

lis sont ramoneurs, commissionnaires, et
forment dans Paris une espèce de confédération qui a ses lois. Les plus âgés ont droit
d'inspection sur les plus jeunes; il )' a des
punition~ contre ceux qui se dérangent; on
les a vus faire justice d'un d'entre eux qui
avait volé; ils lui firent son procès et le pendirent.
Ils épargnent sur le simple nécessaire, pour
envoyer chaque année à leurs pauvres parents.
Ils parcourent les rues depuis le matin
jusqu'au soir, le visage barbouillé de suie,
les dents blanches, l'air naïf et gai; leur cri
est long, plaintif et lugubre.

.

.\lERCIER.

La 1Jie d'une grande comédienne
Une grande artiste, Madame Judith, de la Comédie-Française, qui fut rnêlic, pendanl plus d'un demisiide, à la vie artistique, ]ittirairc et mi:mc politique
du pays, a voulu retracer avec précision 1out cc qu'dlc
avait pu voir et observer au cours de cette carritfe
·aussi longue que brillantc, et reproduire fidilemcnt
tous ln propos qu'elle: avait retenus et notés. C'tst â
cc désir de revivre dans lc passe'. que nous dnons les
tr1h curieux .Mémofre, 1 qui viennent de paraitre, cl
dans lesquds on retrouve nombre de personnages qui,
depuis lerè:gne de Louis-Philippe: jusqu'â ces dcrnil".tS
ttmps, ont 11.".llU dans le monde une place importante ou
joui un grand rôle. Par le trop court utrait que nous
reproduisons id, ln lecteurs d'1listoria jugeront du ton
alcrlt cl infiniment captivant de cc volume,

Guizot déplaisaient à Girardin, celui-ci pourrait
les rejeter lui-même; et je consentis à transmettre au directeur de la Presse la communication de Buloz.
Girardin accepta le rendez-vous.
Buloz revint chez moi pour connaitre cette
réponse. Il revint encore pour fixer d'après
les indications de Guizot la date el l'heure de
l'entrevue.
Cette conversation entre le ministre ployant
sous le poids de son impopularité el le journaliste, maître de l'esprit public, eut donc
lieu che7; moi. Je les vis arriver l'un après
l'autre, Emile de Girardin très vif, tout frétillant, le visage rond et la physionomie
expansive, Guizot sec, anguleux, roide comme
une barre de fer, engoncé jusqu'au nez dans
une cravate qui paraissait l'empêcher de
remuer la tête.
Leur entretien dut être fort curieux. A
vrai dire, la démarche de ce rigide ministre
cherchant à corrompre celui même qui dénonçait arec le plus de furie l'achat des ,
consciences était d'une ironie gigantesque. Jt
n'entendis rien: j'avais laissé, comme bien
on pense, mes deux hôtes seul à seul.
Deux jours après, je reçus de la part de
C:uizol un merveilleux bracelet de diamants.

Au commencement de février 18A8, ,1e
reçus chez moi, inopinément, la visite de
Buloz, l'administrateur de la Comédie-Française.
Comme c'était l'homme le moins courtois
Je la terre, je fus trè!:: étonnée de son apparition. Je m'empressai autour dr, lui, je le
remerciai de l'honneur qu'il me faisait. Il me
laissait dire et ne me répondait que par quelques mots brefs. Je voyais bien qu'il était
préoccupé.
- Judith, me demanda-t-il brusquement,
vous connaissez beaucoup tmile de Girardin?
J'étais, en effet, en excellentes relations
d'amitié avec le célèbre directeur de la Presse.
li venait souvent me voir et ne manquait
jamais de faire publier mes louanges dans
son journal quand l'occasion s'en présentait
A celle époque, il était plus en vue qu'à
aucun autre moment de sa carrière. Longtemps partisan de la monarchie de Juillet, il
avait fini par se tourner contre elle. 11 lui
-reprochait la corruption qu'elle entretenait
dans le pays, la vénalité des honneurs et des
fonctions, l'autoritarisme cassant de M. Guizot, le premier ministre.
Les petits bourgeois qui lisaient la Presse
devenaient insensiblement les farouches adversaires d'un régime qu'ils avaient idolâtré.
Êmile de Girardin tenait, en somme, le sort
de la royauté entre ses mains.
Buloz, ayant entendu ma réponse affirmative, reprit :
- Est-ce un homme accessible à l'argent?
- llund hum 1. .. Demandez-le-lui vousmême .... Je ne me charge pas de lui· poser
la question.
- Pouvez-vous lui dire que Guizot voudrait lui parler chez vous?
MADA:\IE JUDITH,
Je réfléchis un instant. Je sentais bien qu'il
s'agissait d'un marchandage politique; mais
je pensai qu'après tout, si les propositions de J'eus donc tout 1ieu de croire que sa tentative avait réussi.
1. !.a 1.&gt;ie d'une graude coml!die1me : ll/é11w,:C'est d'ailleurs ce que mP. confüma Buloz .
Tl'I! de Madame Judith. de la ComMie-1-'nrnçaù,•.
D'après ce qu'il m'apprit, le ministre avait
ri-digés p:ir Paul Gsell. llluslrnlions ile Laurent
Gsell. Un volume: in-UL Pdx : 3 fr. JO.
obtenu de Girardin, non point que celui-ci

1

·eloumât sa reste - c'eût été Lrop demander et, s:m~ doute, le public n'ellt pas été
du~.e-:-- mais quïl s'éloignât de li"rance.
l~m,1le de_ Girardin, pourtant, ne partit pas.
La Rev?l~t10n de 1848 éclata juste au moment ou ,l bouclait sa valise et lui évila ainsi
nne lâcheté.
Avait-il touché l'aro-ent?
C'est
.,.
0
ce que J ignore.
~n avait Yu si souvent en une seule semarne l'administrateur de la Comédie-Française mo?ter chez moi que je passai dès lors
pour_ avoir été sa maîtresse. Le bracelet que
Je mis à mon poignet ne cOntribua pas peu à
confirmer cette opinion. J'eus beau nier avec
la ,derni_ère _énergie, .des sourires impertinents
m averlissa1ent que Je ne pourrais rien contre
la conviction générale. Buloz me disait-on
avait. pris des précautions p~ur cacher se~
fredarnes, mais des indiscrets avaient dépisté
to~!es ~es ~uses et avaient compté les visites
qu il m avait rendues. Je ünis par laisser les
langues aller leur train ....
Parmi les dramatiques journées qui sionalèrent cette année 1848, c'est celle du 25juin
qui esl restée le plus profondément gravée
dans ma mémoire.
On sait que la terrible insurrection de juin
fut provoquée par le licenciement des ateliers nationaux, institution humanitaire créée
pour parer au chômage des ouvriers mais
qui avait fin~ par devenir une charg~ écrasante pour l'Etat.
Les malheureux qui avaient été recueillis
da_ns ces ateliers,. se trouvant brusquement
reJetés dans leur détresse, se soulevèrent avec
furie contre le gouvernement.
L'insurrection commença le 23 juin.
Ce fut le 25 &lt;JUe les convulsions de la lutte
furent le plus atroces.
. Po~r moi, dans mon logis de la rue Richeheu, Je me demandais avec une anxiété mortelle ce que devenait ma vieille mère qui habitait faubourg du Temple.
Depuis deux jours déjà, j'entendais la canonnade et la fusillade que la nuit même
n'interrompait
pas. C'était un 0"rondement
•
• •
contrnu, sm1stre, effro:yahle. Les ,·olets fermés s~r Ia rue, les clameurs incessantes qui
montaient du dehors, la claustration hermétique où je vivais, tout contribuait à exalter
mon imagination affolée .... Je savais, d'ailleurs, _que le faubourg du Temple était un
des pornts les plus exposés de la ville.
Je_ n'y tin~ plus.
voulus à tout prix
revmr ma mere. Je n écoutai aucun conseil.
Je me serais fait hacher plutôt que de rester
claquemurée
chez moi. Dans la matinée du 9~
.
'
~-&gt;,
Je sorhs ....

!e

�..-- 1f1STO']t1.ll

---------------------·------------~

J'allai devant moi à pas rapides el automatiques, poussée par mon idée fixe .... Mais,
presque aussitôt, je m'entendis appeler:
- Mademoiselle Judith! Mademoiselle Judith !
Il -y avait là, sur un trottoir, un détachement de jeunes gardes mobiles qui, assis sur
leurs sacs derrière des faisceaux de fusils,
mangeaient dans leurs gamelles. Une boutique ouverte leur servait de campement.
C'était l'un d'eux qui m'interpellait:
- ~fademoiselle Judith, où courez-vous
donc r Vous allez vous faire tuer !
Je ne le connaissai~ pas. C'était presque un
enfant : il devait avoir de quinze à seize an~.
Fort joli garçon du reste. Était-ce le contraste
de son extrème jeunesse avec son équipement martial qui donnait encore plus de
gràce à ses traits? Il me dit qu'il m'ayait
souvent applaudie du haut des dernières galeries des Français, qu'il allait au lhéâlre
exprès pour me voir et qu'il rêvait de moi.
li me répéta qu'il était effrayé des dangers
auxquels je m'exposais en sortant seule dans
Paris bouleversé.... li s'était battu la veille
el le matin même. Il me représenta les maisons brûlant de toutes parts et le sang coulant de tous cotés ....
Je lui répondis qu'aucune considération ne
m'arrêterait. Alors, il me proposa de m\1 ccompagner pour me prêter aide au besoin.
J'acceptai, et, quand il en eut obtenu l'autorisation de son lieutenant, il vint avec moi.
Vous peindre toutes les horreurs que
j'aperçus dans cette course ... je ne saurais le
faire.
Mon guide avait choisi, cela va sans dire,
l'itinéraire le moins périlleux. Cela ne m'empêcha pas de voir dans presque toutes les
rues des tronçons de barricades qui avaient
Jté emportées d'assaut , mais qu'on n'avait

11u'à moitié démolies et sur lesquelles gisaient
encore pêle-mêle des cadaHes d'ouvriers et
de soldats. Ah! quel spectacle épouvantable!
Des vieillards en blouse avec des brassards
tricolores étaient culbutés sur des tas de
pavés à tôtés d'enfants Yêtus de l'uniforme
des mobiles. Les cheveux blancs et les cheveux blonds se mèlaient agglutinés par le
sang de plaies hideuses. Des corps de femmes
l1 demi nus, el d'ailleurs noirs de poussière,
de poudre, de meurtrissures:, avaient roul é
lète en bas dans le ruisseau .... C'était 1111
cauchemar inrernal. Je rue mettais les mainc;
sur les yeux pour passer.
Quand nous approchâmes du faubourg du
Temple, le décor devint plus tragique encore.
Force nous fut d'entrer au cœur mème de
1'insurrection.
Là, j'entendis plus d'une balle sifner ,, mes
oreilles. Je crois même que j'aurais rebroussé
chemin si mon amour-propre ne m'avait
interdit de paraitre làche aux Jeux Je mon
compagnon. La maison de ma mère se trouvait au delà d'une barricade que la troupe
n'avait pas encore attaq_uée. C'était un étrange
amoncellement de poutres, de pavés, de voitures renversées, de tables, de fauteuils, de
matelas . La rue en était barrée jusqu'à la
hauteur d'un premier étage.
Mon petit mobile leva la crosse de son fu sil
en l'air pour indiquer le caractère pacifique
de notre expédition et pour demander qu'on
nous laissât passer. On l'apostropha. On vint
à nous . Il expliqua mon dé~ir. A vrai dire,
j'avais à ce moment perdu tout espoir d'arriver à mon but. Contre mon attente, notre
témérité fléchit les défenseurs de la barricade.
L'un d'eux, un grand diable hirsute eu
blouse noire de typo, et coiffé d'une chéchia
rouge de zouave, m'aida même à franchir
l'entassement des pavés.

Citoyenne, mets ton petit pied ici ... , lit
mainten:mt ... el puis là ... , disait-il en m'indiquant les gradins les moins branlants.
Nous pass.',mes. Je vis ma mère. Elle s'était
réfugiée au rez-de-chaussée d'une arrièrccour. Elle était en sûreté. Je l'embrassai :
mon affreuse inquiétude était, enfin, dissipée;
j'étais folle de joie.
Je ne restai, d'ailleurs, que peu de temps,
Mon compagnon devait regagner son poste de
la rue Richelieu.
Désormais rassurée, je résolus de repartir
avec lui. J'avais le diable au corps.
Nous reprîmes le même chemin et nous
eùmes le bonheur extrême d'éviter une seconde fois toute aventure malencontreuse.
Quand j'évoque dans ma mémoire cette incroyable équipée, je me dis que je fus prise
cc jour-là' d'un accès de démence ....
Au moment où je quittai mon compagnon
devant l'espèce de corps de garde ol1 campaient ses camarades, je lui remis vingt francs.
JI rougit jusqu'aux oreilles. Je vis bien
que je venais de le blesser. li voulut me
rendre ma pièce. Puis, soudain, se ravisanl,
i1 s'adressa aux autres mobiles qui se trouvaient Hl :
- Tenez! 1eur dit-il, voilà un louis que
vous donne Mlle Judith de la Comédie-Française pour boire à sa sanLé. Je vous propose
de crier : Vive !Ille Judith!
Us s'empressèrent de pousser cette acclamation et ils la renouvelèrent même plusieurs
lois.
- :&amp;fais, qu'est-ee qui rnus reste, à vous?
demandai-je à mon petit amoureux.
- Laissez-moi vous embrasser I supplia-t-il.
Je lui tendis mes deux joues, après quoi
je l'embrassai !1 mon tour et vite je remonlai
chez moi.
MADAAIE

JUDITH,

de la Comédie-Française.

A Alger
184:i .

Les deux premiers Français quJ mirent le
pied dans Alger en 1850 ont été Eblé, autrefois mon camarade à Louis-le-Grand en mathématiques spéciales, et Daru, aujourd'hui
mon collf'gue à la Chambre des pairs.
f:blé (fils du général) ctait premier lieutenant et Daru second lieutenant de la batterie
qui ouvrit le feu contre la place. li est d'usage
que lorsqu'une armée entre dans une ville
prise d'assaut, la batterie qui a ouvert la
brèche et tiré le premier coup de canon passe
en tête et marche avant tout le monde. C'est
ainsi qu'Éblé et Daru entrèrent les premiers
dans Alger.
li y arnit encore sur la porte par où ils

passèrent des têtes de Français fraichement
coupées et reconnaissables à leurs favoris
blonds ou roux et à leurs cheveux longs. Les
Turcs et les Arabes sont tondus. Le sang de
ces têtes ruisselait le long du mur. Les assiégés n'avaient pas eu le temps ou n'avaient pas
pris la p•ine de les enlever. Dernière bravade
peut-être.
Les troupes allèr_ent se ranger sur la place
devant la Casbah. Eblé et Daru l arrivèrent
les premiers. Comme ils trouvaient le temps
long, ils obtinrent de leur capitaine, vieux
troupier et bonhomme, la permission d'entrer
dans la Casbah en attendant. - Je n'y vois
pas d'inconvénient, dit le vieux soldat, lequel
sortait des armées d'un homme qui n'avait
paS vu d'inconvénient à entrer dans Potsdam,
dans Scbœnhrunn, dans l'Escurial et dans le
Kremlin . Éblé et Daru profitèrent bien vite
de la permission.
La Casbah était déserte. li n'y avait pas deux

heures que les dernières femmes du Dey l'avaien
quittée. C'était un déménagement qui ressemblait à un pillage. Les meubles, les divans,
les boîtes, les écrins ouverts et vides étaient
jetés pêle-mêle au milieu des chambres. Le
palais entier était une collection de niches el
de petits compartiments. Il n'y avait pas trois
salles grandes comme une de nos salles à
manger ~rdinaires. Une chose qui frappa
Daru et Eblé, c'était la quantité d'étoiles de
Lyon en pièces empilées dans les appartements
secrets du Dey. Cela par moments avait l'air
d'un magasin, soit que le Dey en eût la manie,
soit qu'il en fît le commerce. Il y en avait tant
que, le soir, les officiers logés à la Casbah les
arrangèrent sur le carreau de façon à s'en
faire des matelas et des oreillers.
Les soldats du reste regorgent de toutes
sortes de choses prises dans la déroute du
camp de Hussein-Dey. Daru acheta un chameau
cinq francs,
VICTOR

HUGO.

LA

AU TEMPS DE L'EMPIRE

Tournebut
-

CHAPIT~E y
L"affaire du Quesnay.

Le notaire Lefebvre 1 n'en perdait rien de
sa bonne bu_meur: de haute taille, les épaules
larges, le temt fleuri, il aimait à diner fort
et à pérorer dans les cafés, en alternant les
parties de billard avec les " tournées " de
calvados. C'était là, jusqu'alors, sa part dans
la conspiration, et il n'en espérait pas moins à
1~ rentrée des Bourbons, obtenir quelque gra;se
smécure en récompense de son dévouement.
Dans les premiers jours d'avril 1807, Lefebvre et Le Chevalier dinaient ensemble à
Argentan, à l'hôtel du Point-de-France. Ils
avaient :etro_uv~ là les amis Beaurepaire et
Desmontis, ams1 que le cousin Dusaussay; on
alla au ca[é et on y resta plusieurs heures.
Survint Al_laia dit le général Antonio', que
~e Chevah~r ~vait, _on l'a vu, désigné pour
etre son prmc1pal lieutenant; il le présenta
~ux a?tres. Allain dépassait la quarantaine;
11 avait le nez long, les yeux clairs, la face
co_lorée, était marqué de petite vérole et portait une forte barbe noire; l'air, d'ailleurs
d'un bourgeois des plus calmes et des plu;
rangés. Le Chevalier prit sur la table une
carte à jouer, en déchira la moitié, y traça
quelques caractères et la remit à Allain, disant: «-Ceci
vous servira pour entrer. » Ils
causèrent ensuite à mi-voix
dans l'embrasure d'une fenêtre et le notaire surprit encore cette phrase : c&lt; - Une
fois dans l'église, vous sorlirez
par la porte de gauche et vous
trouverez une ruelle; c'est

1804-1809 -

gendarmes. Comme la rniture portant la recette d'Alençon relayait ordinairement à l'hôlel du Point-de-France, à Arrrentan il suffisait
d'être prévenu de l'heure d~ son ~rrivée dans
celle ville pour en déduire tout !"horaire du
reste de son rnyagc. Or, Le Chevalier s'était
assuré le concours d'un palefrenier nommé
Gauthier, dit Boismâle, qui se chargeait,
~oiennant payement, d'avertir Dusaussay
des que_ le_ chargement serait signalé. Dus:aussay hab1ta1t Argentan; en montant aussitôt à
c~eval, il pouvait facilement arriver, plusieurs heures avant la voiture, à l'endroit de
la route où les gens seraient postés . C'était
ce Borsmâle qu'Allain était allé trouver.
Quand il rentra dans le calé, il rendit
c~~pte de sa mission : le palefrenier était
dec1dé, en efl'et, à servir Le Chevalier· mais
l'~~a,ire n'aurait pas lieu, selon taules ~robahil,tes, avant six semaines ou deux mois·
c'était plus d~ temps qu'il n'en fallait pou;
r~~mr la petite troupe nécessaire à l'expéd1t10n. Les rôles furent distribués : Allain .rn
fit fort de recruter des hommes; le notaire
se procurerait des fusils pour les armer· il
mettait, en outre, à Ja disposition d'All~in
une maison située au faubourll' Saint-Laurent
de Falaise, et qu'il était chargé de vendre·
on pourrait établir là " un dépôt d'armes

_I. Jean-Charles Le~cbvrc , !rente-six ans (en 1808),
ne au _Fresne , ~rrond1ssemenl de Caen. Il était notaire
à Falaise depuis 1804. Auparavant, il avait été clerc

s;

de prol'isions », car _la difficulté était de loger
et de nourrir les enrôlés pendant un temps

C'est une chose presque incroyable que ce
recrutement d'une troupe de réfractaires armé~, logés, défrayés de tout pendant deux
mois, parc~urant les routes, s'embusquant
dans les bois, menant aux environs de Caen
el de Falaise une existence de Mohicans sans
qu'aucun gendarme s'en étonne et sans
qu'eux-mêmes, satisfaits d'être nourris et de
boire à leur soif, sonrrent à
s'informer de ce qu'on ~!tend
d'~ux. Et l'on est à la plus
brillante année du régime impérial, à l'apogée de cette administration si vantée qui, en
réalité, n'était que façade : la
Chouannerie avait semé, dans
les populations de l'Ouest, de
tels ferments de désorganisation que les autorités de tous
rangs se sentaient impuissantes
à lutter contre relie épidémie
sansccsserenaissante. Lecomte
Caffarelli, préfet du Calvados,
dans son grand désir de conser•
ver sa pJace, apportait à la
surveillance des réfractairrs
une indolence voisine de la
complicité et ne ce~sait d'a..
. d'.esser à Fouché les rapports
les plus o~t,mis!es sur l'excellent esprit
de ses ':l.dmm1stres et sur leur inviolable

diez_M~ Po!gnant, a Caen, et chez li• Belencontrc. à
Falaise ; pu_,s notaire à Argences, Arch. nat. F' 8171.
2. Hyacmthe-Françoia Allain , quarante-deux ans

(en 1_807). 11. était nê â Appeville, dans la Manche
Arclmes national es, f' 8! 70.
·
3. Interrogatoire du notaire Lefehne, 4 août 1808.

ei

]à:;_'))

Quand Allain se fut éloigné,
Le Chevalier exposa à ses amis
l'affaire qu 'il était en train d'étudier : à l'approche de chaque
trimestre, un mouvement de
fonds s'opérait entre les différents chefs-lieux de la région.
Les receveurs d'Alençon, de
Saint-Lô, d'Évreux expédiaient
del 'argent à Caen; mais ces envois avaient lieu à des dates irrégulières et
étaient, la plupart du temps, escortés par des

qui pouvait être assez long. Le CheYalier répondait de l'assistance de Mme Acquet de
Férolles, qu 'il déciderait aisément à héheraer
!es ho~mes au moins pendant quelq~es
Jours : 1I offrait, e-n outre, comme lieu de
rassemblement, sa maison de la rue SaintSauveur, à Caf'n.
Les grandes lignes du projet ainsi arrêtées
on_ se sépara et, dès le lendemain, Allain
mit en campagne, portant sur lui, comme à
rnn ordinaire, un matériel complet d'arpentage, et muni d'une sorte de diplôme ci d'ingénieur particulier &gt;&gt;, qui lui servait de référence et justifiait ses perpétuels déplacements . C'élait, au reste, le chouan type, le
gar~ déter~iné ~t prêt à tous les coups de
mam, aussi habile à commander une bande
qu·~ dépister _les. gendarmes : intrépide et
ruse, 11 conna1ssa1t tous les réfractaires du
pays et savait s'en faire obéir.

LA BrJUDE, DANS SON ÉT AT ACTUEL.

�fflSTOR._1.ll

--------------------------------~

attachement aux constitutions impériales.
On 'était au milieu d'avril 1807; Allain
passa par Caen où il s'adjoignit Flierlé, et
tous deux, se cachant le jour, marchant de
nuit, gagnèrent les confins de la Bretague.
Allain savait où trouver des hommes : à
vingt-cinq lieues environ de Caen, dans le
département de la Manche, est situé, à l'écart
des grandes routes, le village de la Mancellière dont tous les gars étaient réfractaires.
Le général Antonio qui, dans tous les centres
d'insoumis, était très populaire, s'y fit indiquer la maison d'une femme Harel dont le
mari, incorporé en l'an VIII, à la 65e demihrigade, avait dé.5:erté au hout de six mois,
(! affolé du besoin de revoir sa remme et ses
enfants ll. Son histoire était commune à
bien d'autres : la conscription répugnait à
ces paysans de l'ancienne France qui ne pouvaient se résigner à perdre de vue leur clocher : ils ne manquaient pas de courage et ne
demandaient qu'à se battre; mais, pour eux,
l'ennemi immédiat, c'étaient les genda rm es,
les Bleus, qu'on voyait dans les villages faisant rafle des hommes valides, et ils n'éprouvaient aucune ;inimosité contre les Prussiens
et les Autrichiens qui, eux, ne cherchaient
noise qu'à Bonaparte.
Comme il apportait une olTre de travail
lar~ement rétribué, Allain fut bien reçu chez
la femme Harel, réduite avec ses enfants à
l'extrême misère. Il s'agissait, disait-il,
« d'une opération d'arpentage autorisée par le
&lt;rouvernement l). Harel, lui-même, sorti le
~oir de sa cachette, accepta avec joie la proposition de son ancien chef et, comme celui-ci
avait besoin de &lt;( solides porteurs de perches"• Harel fit profiler de la bonne fortune
deux de ses amis qu'il présenta au géniral
sous le nom de G1·ancl-Charles 1 et de Cœurde-Roi '. Allain compléta sa troupe par l'enrôlement de trois autres recrues : Le lléricey, dit la Sagesse'; Lebrée, dit Flem· d'É11ine~; et Le Lorault, dit la Jeunesse 5 • On
Lut ensemble un coup de cidre et on partit le
soir même, Allain et Flierlé guidant la marche.
En six étapes ils gagnèrent Caen et Allain
conduisit aussitôt ses hommes à la maison
de Le Chevalier, rue Saint-Sauveur. Ils &lt;lev.aient y rester près de trois semaines. On les
mit au grenier, sur du foin 8 ; Chalange, le
domestique de Le Chevalier, qui leur portait
à manger, les trouvait dormant ou jouant
aux cartes 7 • Afin de ne pas éveiller les soupçons des fo1,1rnisseurs habituels de la maison,
un nommé Lerouge, dit Bornet, ancien boulanger, se chargeait de cuire le pain et d'en
approvisionner la maison de la rue SaintSauveur•. Un jour, il apporta, dans sa charrette à pain, quatre fusils procurés par le
notaire Lefebvre'; llarel, qui avait été sol1. Charles-François Michel, ,·ingt-six ans, charpentier, dit le Grand Charles.
2. Son ,·êritable nom etail Grenthe.
7,. Le lléricey, rlit la Sagesse, dîl Gros Pierre,
vingt-huil nns, charpentier.
4. Gabrid Lcbrée, dit la Cheùiaye, dit Fleur d'Epine, vingt--qualr? ans, charpentier. .
5. Jacques-Lu_ms-Mari~ Le Lorault, d1~ la Jeunesse:
6. Allain, qm coud1a11 a,·ec eux, était le seul qui

Elle ne restait pas 01s1vc, d'ailleurs, prédat, les netto)"a, les démonta et les dissimula
dans une botte de paille. Ainsi empaquetées, parant elle-même la nourriture des sept
on chargea les armes sur un cheval que Le- hommes logés sous les combles du château;
rouge 1H sortir, la nuit, par la porte de la des bottes de foin et de paille leur servaient
cave, ouvrant sur la rue Quimcampoix der- de lits : il leur était recommandé de ne point
rière la maison 10 • Les hommes suivirent; sortir, même pour satisfaire aux besoins les
sous la conduite d'Allain, ils traversèrent plus impérieux, et ils restèrent là pendant dix
toute la ville; arrivés à l'extrémité du fau- jours. Chaque soir, Mme Acquet se glissait
bourg de Vaucelles, à la croisée du chemin dans cette tanière empuantie : elle para_isde Cormelles, ils firent halte et se distribuè- sait, tenant son ombrelle de ses mains gan~
rent les armes; Lerouge regagna la ville tées, vêtue d'une robe de mousseline claire,
avec le cheval et la petite troupe s'éloigna le front couvert d'un grand chapeau de
pailleit; elle était ordinairement accompagnée
sur la grande route.
A cinq lieues environ de Caen, après a,·oir de sa servante, Rosalie Dupont, grande et
passé le relais de Langannerie où était alors forte fille, et de Joseph Buquet, cordonnier à
casernée une brigade de gendarmerie, Je Donnay, portant de larges plats de terrr,
chemin de Falaise traverse un fourré assez (( ressemblant à des gamelles », contenant du
épais, mais de peu d'étendue, appelé le bois veau cuit au four, avec des pommes de terre.
du Quesnay. C'est là que les hommes s'arrê- C'était l'heure de la bombance et des gauloitèrent; ils se tapirent dans le taillis et y pas- series; la jolie châtelaine ne dédaignait pas
sèrent toute une journée. La nuit suivante, de présider au repas allant et venant parmi
Allain les conduisit, en trois heures de mar- ces hommes vautrés, s'informant si &lt;( ces
che, à une vaste maison abandonnée dont les braves gens n ne manquaient de rien et se
portes étaient ouvertes et où il les installa trouvaient satisfaits du régime.
Elle était, de tous, la plus impatiente :
dans un grenier, sur le foin : c'était le châsoit
qu'elle prît au sérieux les illusions politeau de Donnay.
Le Chevalier ne s'était pas trompé; tiques de ceux qui l'entraînaient dans cette
Mme Acquet avait accepté, avec une sorte aventure, et qu'elle eût hâte de s'exposer
d'enthousiasme, de servir ses projets; la pen- pour &lt;&lt; la bonne cause &gt;&gt;, soit que son funeste
sée qu'elle se rendait utile à son héros, amour pour Le Chevalier l'eût complètement
qu'elle s'associait à ses dangers, l'aveuglait dévoyée, elle faisait sa chose de l'attentat qui
sur toute autre considération. Elle eût offert se préparait et qui lui semblait devoir mettre
à Allain et à ses compagnons l'hospitalité de fin à ses malheurs. C'était déjà de sa part un
la Bijude, sans la crainte de compromettre acte de témérité folle que d'héberger el d'enson amant qui y faisait d'assez longs sé- tretenir les recrues d'Allain dans une maison
jours, et ·elle s·était arrêtée à l'audacieuse occupée par son mari et d'oser y pénétrer
idée de les loger chez son mari qui, confiné elle-même pour les y visiter; elle se comprodans une dépendance du château de Donnay, mettait ainsi, comme à plaisir, sous les yeux
laissait à l'abandon le corps principal de l'ha- de son ennemi le plus acharné, et, sans
bitation oit l'on pouvait pénétrer par les der- doute, Acquet, tenu au courant, par ses gens
rières sans être vu. Peut-être espérait-elle dressés à l'espionnage, se gardait-il d'interrejeter sur Acquet la complicité du crime au venir, de crainte d'interrompre une aventure
cas où la retraite eût été découverte. Quant où sa femme devait se perdre irrémédiableà Le Chevalier, apprenant que d'Aché venait ment.
Mme Acquet agissait, d'ailleurs, comme si
de quitter Mandeville et de passer en Angleterre &lt;( après avoir annoncé comme très pro- elle eût été assurée de la complicité de tout
chain son retour avec le prince, avec des mu- le pays; elle combina les moindres détails de
nitions, avec de l'argent, etc. 11 ll, il partit l'expédition avec une étonnante fortilité d'espour Paris, aJant à concerter certaines dis- prit; elle cousit, de $es mains, de grands
positions, disait-il, avec le Comité sec1'el. bissacs de grosse toile qui devaient senir à
Avant de quitter la Bijude, il recommanda porter les provisions de la petite troupe et à
bien à sa maîtresse, si le coup se faisait en contenir l'argent retiré des caisses; elle couson absence, de remettre immédiatement l'ar- rut à Falaise pour inYiter Lefebvre à receYoir
gent enlevé à Dusaussay, qui se chargerait de · Allain et Flierlé, en attendant l'heure de
le lui apporter à Paris où le Comité l'atten- l'action. Lefebvre, qui déjà avait fixé son
dait; elle lui donna une boucle de ses admi- prix et s'était fait promettre douze mille
rables che,•eux noirs pour qu'il en composât francs à prendre sur les fonds attendus, ne
un médaillon, et lui fit promettre " qu'il roulait, cependant, s'engager qu'/i. demi; il
n'oublierait pas de lui rapporter de bonne eau consentit néanmoins à loger Allain et Flierlé
de Cologne"· Puis ils s'embrassèrent; il par- dans l'immeuble vacant du faubourg Sainttit : on était au 17 mai 1807; c'était la der- Laurent. Rassurée sur ce point, Mme Acquet
revint à Donnay; dans la nuit du jeudi 28 mai,
nière lois qu'elle le voyait.
eùl un malelas : pendant le jour, il tenait avec Le
Che\'aiicr de longues conférences. D'Aché même
serait ,·enu 5'y joindre quelquefois. l~terroga~oire de
Cœur de Rot . :! octobre 1807. Arclmes nalionales,
F7 ~liO.
7. Déposition de Jean-~·rançois Chalange. Archi,·es
nationales, P 8171.
8, u Bornet venait quelquefois à notre chambre et
nous rlisail : 11 Eh bien, 1we.;-vous bie1t prié le B011

11 Interrogatoire de P.-F. Harel. Archives nationales, F1 817'l.
9. Lefebvre avait acheté ces fusils d'un nommé
Dusaillant, à Falaise. Archi,·es nationales, F'1 8170.
10. Archives nalionalcs, F7 8171.
11. Déclaration de )!me Acquet, 20 décembre 1807
Archives du irretfe de la Cour d'assises de Rouen.
12. Déposition de P.-F. Harel. Archives nationales,
F7 8171.

Dieuf

'---------------------------------les hommes sortirent du cbttlcau, sans em- c:hons de cidre cl partirent, par le derrière
porter leurs armes, et furent conduits tl une de la maison, un peu avant neuf heures.
grange oit on les laissa seuls toute la journée,
Le vendredi, Allain reparut seul à l'auen présence d'un tonnelet de cidre qu'ils mi- berge d'Aubigny; il commanda à la servante
rent à sec'; Mme Acquet, pendant ce temps, de parler des vivres sur la route de Caen
leur préparait une nouvelle retraite;
à peu de distance de l'église de Donnay se trouvait une maison isolée appartenant aux frères Buquet, très dévoués à la famille de Combray; l'un
d'eux, Joseph, le cordonnier, passait
dans le village, pour être, depuis le
départ de Le Chevalier, l'amant de
Mme Acquet, et s'il est possible, grâce
à l'absence de tout témoignage décisif, de sauYer 1a mémoire de la pauvre
femme de cette nouvelle accusation,
il n'en faut pas moins reconnailre
qu'elle exerçait sur cet homme une
influence inexplicable; elle l'avait,
pour ainsi dire, asservi et il lui élait
aveuglément soumis &lt;&lt; par les droits
même qu'elle lui avait accordés~ )),
affirme un rapport adressé à l'empereur. Quoi qu'il en soit, elle n'eut
qu'un mot à dire pour que Joseph
Buquet lui livrât sa maison et, le vendredi, les i;ix hommes en prirent possession 8 • La mère Buquet se chargea
de les nourrir pendant quatre jours;
ils la quittèrent enfin le mardi 2 juin,
à la nuit tombante : Joseph leur inL'AUBERGE DU ~ CHEVAL :--;"OIR " , A FALAJSE,
diqua la route qu'ils devaient suivre
et leur fit même un bout de conduite.
Les pauvres gens traînèrent leurs
guètres jusqu'au matin, s'égarant dans les jusqu',1 l'embranchement du chemin d'llarterres, n'osant ni demander leur chemin, ni court; deux des hommes attendaient là; ils
suivre les routes battues. A l'aube, ils rencon- prirent les provisions et s'esquivèrent rapitraient, à une lieue de Falaise, Allain qui les dement. Allain, vers deux heures du matin,
attendait à la lisière d'un bois, près du ha- se coucha; le samedi, à midi, comme il se
meau de la Jalousie : il les conduisit, en tra- mettait à table, une carriole s'arrêta devant
versant AuLigny, jusqu'à une auberge isolée la porte de l'auberge; Lefebvre et Mme Acà l'extrémité du village.
quet en descendirent; ils apportaient sept
Le notaire Lefebvre avait pris lui-même la fusils 6 qui furent aussitôt montés au grenier.
peine de venir l'avant-veille en personne pré- On causa : Mme Acquet tira d'un petit pasenter Allain à l'aubergiste et demander à nier quelques citrons qu'elle coupa dans un
celui-ci s'il voudrait recevoir pour quelques saladier rempli de vin blanc et d'eau-de-vie 1 ;
jours &lt;1 six braves garçons de déserteurs que tout en tenant conseil, Lefebvre et la jeune
la gendarmerie tourmentait l&gt;, ce à quoi femme buvaient; de la salle basse on percel'homme avait répliqué qu'il les logerait vait leurs grands édats de rire; la chaleur
avec plaisir.
était accablante, tous trois s'enivrèrent 8 • Il
fallut aider Mme Acquet à se remellre en
En arrivant à l'auberge, Allain et ses hom- voiture, et Lefebvre se chargea de la reconmes, harassés de fatigue, demandèrent à :dé- duire à Falaise. Allain, resté seul à Aubijeuner et montèrent tout de suite à la chaµi- gny, fit disposer un souper « pour six à sept
bre qui leur avait été préparée'. JI était personnes li; il en surveillait les préparatifs,
quatre heures et demie du matin 5 • Ils se quand survint un cavalier qui demanda à lui
couchèrent sur la paille et, de tout Je jour, parler : c'était Dusaussay apportant des noune bougèrent qu'à l'heure des repas. La nuit velles; il vmait d'une traite d'Argentan où il
et toute la journée du lendemain se passèrent avait vu la voiture, chargée de caisses d'arégalement à dormir, à manger et à boire. Le gent, entrer dans la cour de l'auberge du
jeudi 4 juin, au soir, ils engouffrèrent dans Point-de-France : il décrivit le chariot,
leurs bissacs du pain, du lard et des cru- l'attelage, le conducteur : puis il 'remonta
1. Déposition de P.-F. Uarel. Archi\'Cs nationales,

F7811'I.
2. Happort du préfet de la Seine-Inférieure, 26 l'ênier 1808, F1 81 i2.
S. Interrogatoire de Grenthe, dit Cœùr de /toi,
2 octobre 1807. Archives nalionalcs, t' 7 8170.
4. Déposition de Chevalier, aubergiste à Auhig11 )"•

5. Acte d'accusation. Archives du greffe de la Cour
d'assises de Rouen.
6.. Outre les. quatre fusils apportés de Donnay, le
notaire en avait acheté d'autres à un ancien chouan
d~ _t'alais; nommé Cour~aceul. On assur~ qu'il les
nait payer; 11 douze louis chacun D, Archi,·cs nationales, F1 8170.

T OUH_NlfBUT

--~

aussitôt à cheval et s'éloigna rapideme11t.
.\ ce moment, la bande tout enlièra reparait, conduite par Flierlé. On distribue les
armes; les hommes se rangent au tour de la
table et mangent debout, hàliveruent. IL,
remtJlissent leurs bissacs de pain et de
viandes froides et, à la nuit pleine,
ils parlent : Allain et Flierlé les accompagnent et rentrent à l'auberge
après deux heures d'absence 9 • lis ne
dormirent pas : on les entendit, jus'lu·au juur, aller et venir lourdemenl
dans le grenier. Le dimanche 7 juin,
.\llain paya la dépense, acheta à l'aubergiste une hache courte et un vieux
fusil, ce qui portait it huit le nombre
des armes à feu dont la bande pouvait disposer. A srpt heures du matin
il s'éloignait définitivenieut, sur la
route de Caen, avec Flierlé, et gagnait,
i, trois lieues de là, le bois du QuesnaJ, où ses hommes avaient passé la
nuit.
Le chariot destiné au transport des
fonds avait été, le J au soir, chargé
à Alençon, dans la cour de la maison
de M. Decrès, receveur général de
l'Orne, de cinq Jourdes cai!-ses contenant en écus et en monnaie de billon
55.489 fr. 02 centimes. Le 6, il cinq
heures du matin, le roulier Jean Gousset, voiturier aux gages du sieur Hubert, directeur des Messageries à Alençon, aYait attelé au camion trois chevaux et, escorté wir deux gendarmes, avait
pris la route d'Argentan où il était arrivé à
cinq heures du soir. Il s'arrêta au Point-deFrar.ce où il devait charger une sixième caisse
renfermant en or et en écus 55.000 francs,
qui lui fut livrée dans la soirée par les agents
de M. Larroc, receveur des finances. La voiture, soigneusement bâchée, resta pendant la
nuit dans la cour de l'auberge. Gousset, qui
avait bu, allait et venait, « parlant à tout
,,enant de son chargement )) ; même il interpella un voyageur, M. Lapeyrière, géomètre
du département de l'Orne, et lui dit en clignant de l'œil sur la caisse que les commis
du roulage hissaient dans le chariot :
- Si nous en avions chacun dix fois autant, notre fortune serait faite 10 •
Le dimanche 7, il attela à quatre heures
d_u matin ; en raison du supplément de
charge, on lui avait imposé un quatrième
cheval; trois gendarmes étaient commandés
pour l'accompagner. On fit assez lentement
les cinq lieues qui séparent Argentan de Falaise où l'on arriva vers dix heures et demie.
Gousset s'arrêta chez Bertami, au (( Cheval
noir 11 », où les gendarmes le quitlèrent ; il y
dina et, comme la chaleur était forte, il s'y
reposa jusqu'à trois heures de l'après-midi;
7. Acle d'accusalion et déposition de Chevalier
aube11iste à Aubigny.
'
8. Idem, et rapµort du pi-Cfet de la Seine-Intérieure. Archives nationales, ~'1 8172.
O. DéJ;WSÎ~i~n de Clicvalier. au~l.ergistc il Aubigny
10. Depos1t1ou du sieur Lapcyncre. Archi\'es .natiO~
nnles, l-'' 8172.
l ·f. 1nlrrrogatoirc de Jean Gousset.

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fflST01(1JI

_____________________________________

le chariot, pendant l'étape, resta clevanl la
porte de l'auberge, sans sur\'eillance. On r('marqua que les che\'aux demeurèrent allelés
trois hèures d'avance et J'on en conclut que
Gousset désirait n'arriver qu'à la nuit à Langannerie, lieu de la couchée.
De lait, il prit son temps. A lrois heures
un quart seulement, il se mil en chemin,
sans escorte cette fois, tous les hommes de la
brigade de Falaise étant employés aux opérations du recrutement qui avaient lieu ce jourlil. Par hasard, à la sortie de la ville, il rencontra \'inchon, gendarme de la brigade de
Langannerie, qui, accompagné de son ncreu,
jeune garçon de di1-sept ans, nommé Antoine Morin, regagnait à pied sa résid1:nce.
Ils engagèrent la conversation avec le roulier,
'1UÎ marchait à la gauche de sa voilure, l'l
firent la route avec Jui. Ces compagnons Je
rencontre n'étaient pas pressés; Gousset nci
paraissait pas, lui non plus, avoir hàte d':irrher. Aux dernières maisons du faubourg, il
offrit une tournée de cidre; après quelqu , s
cents mètres, le gendarme rendit la polittssc
et on s'arrêta devant le cabaret du a Sauvage ». Une lieue plus Join, nouvelle halte à
la « Vieille cave' •· Là, Gousset proposa ~ne
partie de quilles que le gendarme et Morin
acceptèrent. Il était près de sept heures du
soir lorsqu'on passa à Potigni. La journée
était magnifique et le soleil encore haut sur
l'horizon; comme on savait ne plus rencontrer d'auberge avant l'étape, on fil là une
qualrième stalion. Enfin Gousset el ses compagnons se remirent en marche : en une
heure ils pouvaient maintenant atteindre LaDgannerie, où le chariot devait s'arrêter pour
la nuit.

n'avoua-t-cllc pas plus tard, la pauvre fomme,
que, dans le désarroi de son esprit, elle
,i'arnit pas craint d'implorer de Dieu la réussite de « son entreprise »?
Quand, vers cinq heures, la procession fut
terminée, par les rues jonchées de roses,
Jlme Acquet s'en lint trouver Rosalie Dupont, sa confidente. Son impatience était telle
que, n·y pouvant résister, elle partit a\'ec
cette fille, invinciblement attirée vers cette
route où se jouait son sort et celui de son
amant. Lanoi' qui, les offices chantés et les
reposoirs défaits, regagnait, à la fraiche, sur
son bidet, sa ferme de Glatigny, fut lrès ~urpris de rencontrer, au crépuscule, la cb,Helainc de la Bijudc, dans un petit bois près de
Clair-Tizon•. Elle était là, à une lieue à peine
de l'endroit où sa bande éla1l embusqué,. Hu
lieu désert oll elle se trouvait, t-lle put, le
cœur Lattant, immobile et mueue d'angoisse,
entendre les coups de fusil lointains qui résonnaient clair dans le silencedu soir d'été; il
étai! rx.actement huit heures moins un quart.

La veille au soir, Mme Acquet de Férolles,
en rentrant à Falaise avec le notaire Lefebvre,
s'était couchée plus malade de fatigue que
d'ivresse; pourtant, dès l'aube, elle avait regagné Donnay, dans la crainte que son abs~nce
n'y éveillât des soupçons; ce dimanche 7 JUID
était, en effet, le jour de la Fête-Dieu, et elle
devait s'occuper, comme elle le faisait chaque
année, de l'ornementation des reposoirs.
Lanoë, arrivé la veille au soir de sa ferme
de Glatigny, travailla toute la matinée à tendre
des nappes et à tapisser les murs de branches
vertes 2. Mme Acquet dirigeait avec une e1altation fébrile l'arrangement de la procession,
remplissant des corbeilles de roses elTeuillées,
groupant les enfants, posant des guirlandes;
sans doute sa pensée échappait au charme de
cette fête lleurie pour se tourner vers ce bois,
là-bas, où, à cette même heure, les hommes
qu'elle avait embauchés attendaient, tapis
sous les feuilles, le fusil en main. Peul-être
trouvait-elle une jouissance perverse au contraste des cantiques chantés le long des haies
avec l'anxiété criminelle qui l'étreignait;

La voiture avait, en effel, quitté Potig11y à
sept heures. Un peu après le village, la route,
désormais en droite ligne pendant six lieues,
descend une pente au bas de laquelle se rencontre le pclil bois du Quesnay, taillis fourré
et bas de coupe qui n'était guère peuplé que
de noisetiers dominés par quelques pieds de
cbène. Allain avait posté ses hommes sous
les branches, le long de la route : à la lisière
du bois, du côté de Falaise, se trouvaient
Flierlé, le lléricey et Fleur d'Épine. Il s'était
embusqué lui-même .avec llarel et Cœur-defioi à l'extrémité du taillis la plus voisine de
Langannerie. Grand-Charles et Le Loraull
étaient placés à distance égale de ces deux
pelotons, au milieu du bois.
Les huil hommes allendaient depuis midi
le passage du trésor : ils commençaient à
perdre patience et parlaient de retourner
souper à Aubigny quand ils perçurent le
bruit du lourd chariot dévalant la côle: il
avançait assez rapidement, Gousset n'ayant
point pris la précaution d'enrayer. On entendait ses hue et ses dia lancés à pleine voh.
Marchant à gauche de la voiture•, il dirigeait
ses chevaux au moyen d'un long cordeau, son
petit chien trollinail à colé de lui. Le gendarme Yinchon et Morin se trouvaient, pour
l'instant, distancés par l'allure accélérée de
la voiture. Les hommes du premier et du second poste Ja laissèrent passer sans se montrer; elle roulait, maintenant, entre les deux
taillis que coupait la route; en quelques minutes elle atteignit la lisirrc du fourré du
côté de Langannerie quand Gousset aperçut
tout à coup un homme portant une longue
houppelande grise et des bottes à retroussis,
debout au milieu de la chaussée, un fusil à
la main : c'était .\llain.

1. Près du hameau de Saint-Loup.
2. • lléhcrl me dit : c Te voilà bieu arrin! pour
m'aider û. faire le reposoir .... » J,e lendemain,toute la
journée, on m'a \ 'li it Donnay, soil à lraniller au re11osoir soil à roffice. • Jnterrogaloire de Lanoé,
:ï. Lan()tl, qui déposa du fait, assure que Mme Acquet éta.it, i ce moment, accompagnée de troi, per-

ao,wrs. Une chose assez remarquable, c'est qu e Lanoi:,
qui passa, pour retourner â. Glatigny, à moins d'un
QU3rt de lieue du bois du Quesnay el précisément au
momenl où avail lieu le combat, s'est dcJendu d'en
avoir rien entendu.
4. Allain, uançant la tête hors du fourre, aperçut
le ctmioo et eut un instant d'hésitation, Dusaussay ne

,.

- llalte-là, coquin I cria-l-il au charretier.
Beux de ses compagnons, n·ayant qu'un
pantalon et une chemise, un mouchoir de
couleur noué autour du front, sortent aussitût
du bois, apprêtent leurs armes et le mettent
en joue. D'un vigoureux effort, Gousset, pris
de peur, fait tourner tout l'attelage à gauche
el le lance, à grand renfort de jurons et de
coups de fouet, dans qn chemin de tra,·erse
qui vient, en oblique, croiser la route un peu
avant la sortie du bois; mais en un instant
les trois hommes sont sur lui, Je renversent,
lui mettent le canon du fusil sur la tempe,
tandis que deux autres, surgis du taillis,
saut,,nt à la tète des chevaux. La lutle fut
courte : on arrache à Gousset sa cravate, on
la lui noue en bandeau sur les yeux; une
main le fouille et lui prend son couteau, il
est « bourradé "• poussé dans le bois et
menacé d'une balle s'il fait un mouvement.
Cependant Vinchon et Morin, restés en
arrière, onl vu de loin la voiture disparaître
dans le bois. Morin, peu soucieux de se mêler
à la bagarre, se lance à travers champs,
tourne le tailJis très peu étendu, et court vers
Langannerie afin de prévenir les gendarmes.
\'incbon, au contraire, tire son sabre et
s'avance courageusement sur la route; mais à
peine a-t-il fait quelques pas qu'il reçoit, du
premier poste, une triple décharge. Il roule,
frappé d'une balle à l'épaule et .-a s'abattre,
perdant son sang, dans le fossé. Les hommes,
alors, se h:ilent autour de la voiture; à l'aide
du couteau de Gousset, ils coupent les cordes
de la bàcbe, découvrent les coffres, les attaquent à grands coups de hache. Tandis que
deux des brigands détellent les chevaux ,
d'autres jettent pêle-mèlc, à pleines poignée8,
l'or et les écus dans les bissacs dont ils sont
munis. Le premier sac, gonflé d'argent, était
si lourd qu'il fallut l'elforl de trois hommes
pour le hisser sur le dos d'un cheval; Gousset
lui-même, malgré le bandeau qui l'aveugle,
est invité brutalement à donner un coup de
main el obéit :, tâtons. On défonçait la seconde caisse quand le cri : « Aux armes! »
vint interrompre la besogne. Allain rallie ses
hommes et les forme en ligne au bord de la
route.
Morin, en arrinnt à Langannerie, y avait
trouvé seulcmen l deux gendarmes, le brigadier et un homme, qui, aussitôt avertis,
étaient montés à cheval et avaient couru, à
toute bride, jusqu'au bois du Quesnay. li
faisait presque nuit lorsqu'ils parvinrent à la
lisière du fourré. Une décharge les accueille;
une balle frappe le brigadier à la jambe et
son cheval s'abat, morlellemenl blessé; son
unique compagnon, complètement sourd, ne
sait où donner de la tête; voyant rouler son
chef, il prend le parti de baltre en retraite et
court jusqu'au hameau du Quesnay chercher
du renfort. Le bruit de la rusillade a déjà
lui avait an.11oncC que !roi~ chenux et. J'attclag-e q111
se présentait en com1•ren01t quatre. Ma,s 11 reconnut
au signalement. qu'il ui en nait donné, le petit chie~
de Gousset et 11 se renfonç:i dans le bois en criant iJ
ses compagnons : « C'est bien cela. • Interrogatoire de P1erre .. fr1nçoiJ llareJ. Arcliivcs nalionafes

F' 8171.

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jl'lé l'alarme aux alenlours, le tocsin so,rnc li
Potigny, à Ouill} -le-Tcsson, à Sousmont; des

vaux lourdement chargés que les hommes
t•xcitent de la rnix 1 •
Ils prirent a, ec leur butin le chemin
d'Ussy, rntrillnant le charretier Gousset, auquel ou avilit lais:-é son bandeau et que
Grand-Charles tenait par le bras. Ils m&gt;rchaient vite, dans la nuit, pour se garer d'une
poursuite possible. A moins d'une demi-lieue
du Quesnay, la tra"er.se qu'ils suivaient passe
au hameau d'Aisy, écart dn village de Sousmont et où le maire de cette commune avait
un chàteau : il s'appelait li. Dupont d'Aisy
et avait reçu, ce soir-là, à sa table, le capitaine Pinteville, commandant la gendarmerie
de l'arrondissement. Le repas avait été interrompu par le bruit lointain de la fusillade.
M. Dupont envoya aussitôt ses domestiques
donner l'alarme à Sousmont; en moins d'une
heure il avait réuni une trentaine de villageois; il se mit à leur tête avec le capitaine
Pinteville et marcha vers le Quesnay. La petite troupe n'avait pas fait cent pas quand
elle se heurta à la bande d' Allain; un combat
s'engage; )es brigands exécutent un feu
nourri qui, par un hasard bien étonnant, ne
produit d'autre elTet que de disperser les
paysans. Dupont d'Aisy et le capitaine Pinteville lui-même jugent dangereux d'engager
la lutte contre des adversaires si déterminés :
ils replient leurs hommes, et, tournant résolument le dos à l'ennemi, ils battent en retraite du côté du Quesnay•.
Lorsqu'ils arrivèrent ~ dans le bois, une
sorte de foule l'occupait déjà ; des villages
environnants, où le tocsin continuait de sonner, des gens accouraient, attirés uniquement, d'ailleurs, par la curiosité. On riait du
bon tour joue au gouvernement. On estimait
l'affaire bien conduite et nul ne se gênait
pour applaudir à son succès 3 • On entourait
le chariot à demi versé dans l'orni~re du
chemin et on battait en tout sens le petit

l,oi.s pour ~- rde\'l'r le~ traces du comh:il.
Dupont d'.\isi et le capitaine Pinteville, rn
arrivant avec leurs hommes, mirent un peu
d'ordre dans les premières constatations : ils
s'étaient munis de lanternes; en présence des
gendarmes, enfin arrivés en nombre, qui con•
templaienl piteusement la scène, les paysans
recueillaient les débris des colTres et y replaçaient, en la comptant d'un ton gouai11eur,
la monnaie de billon que les voleurs avaient
dédaignée et jetée dans l'herbe. On trouva
dans le taillis le portefonille de cuir du voilurier renfermant les deux bordereaux du
chargement; on sut ainsi que le gouvernement perdait un peu plus de 60.000 francs,
el, devant ce chiffre respectable', l'estime
grandit pour les gens babiles qui avaient fait
le coup. Dans l'endroit le plus épais du bois
on découvrit une sorte de hutte de branchage
où restaient des os, des bouteilles vides et
des verres, et, tout de suite, la légende s'étahlit que les brigands logeaient là , depuis
des semaines n atlendant une occasion lucrative. Ceux qui avaient assisté, de loin , au
combat, décrivaient n ces messieurs )1 qui
étaient, disaient-ils, au nombre tir tlour.e;
trois portaient des redingotes de drap gris,
ceux--ci étaient chaussés de bottes; un autre
avait été frappé « par la très petite taille de
deux des hrigands i; . »
Enfin, la monnaie recueillie et les coffres
rechargés, on attela deux chevaux au camion
qu'on traina chez Dupont d'.\isy; celui-ci
s"était prodigué; il ne quitta pas le chariot
qu'il fit déposer dans sa cour et mit sons
clef les caisses brisées et le billon dont le
total s'élevait à :;401 francs. Et quand, dès
l'aube, M. le comte CalTarelli, préfet du Calvados, prévenu par exprès dès minuit, arriva
sur le1- Heux dans sa chaise de poste, c'est
encore chez Dupont d'Aisy qu'il fut reçu;
mème, apr1'&gt;s avoir recueilli les témoignages
el considéré les pièces à conviction, il adressa
au ministre de la police un de ces rapports
optimistes qu 'il troussait avec tant d'aplomb.
Par celui-ci, il annonçait à Son Excellence
&lt;c qu'ap1·è.s 11éi'ificalinn faite le chargement
avaü été reconnu intact ... sauf les caisses
contenant l'argent du gouvernement&gt;&gt;. M. Caffarelli possédait à fond l'art délicat de la correspondance administrative et savait faire
glisser, à grand renfort d'eau claire, la pilule
dorée des Yérités désagréables.
Ce fonctionnaire modèle passa la journée à
Aisy, attendant des nouvelles; les paysans et
les gendarmes battaient le pays avec précaution, car, depuis la veille, la légende avait
grossi et on parlait, non sans terreur, du

Après l'escarmouche d'Aisy, Allain et ses
compagnons avaient marché µrand train dans
la direction de Donnay: ils allaient à l'aventure et s'égarèrent. En traversant le ,·illage
de Saint-Germain-le-Vasson, ils entrainèrent
de force un garçon meunier qui prenait le
frais sur le seuil de sa porte et qui, bien que
tr/·s effrayé à la vue de cette bande d'hommes
armés et de chevaux chargés de lourds bissacs, consentit à leur servir de guide. 11 les
conduisit jusqu"à Acqueville. Allain le renvo~'a en lui donnant dix écus 6 •
Il était environ minuit quand ils arrht'•rent
à Donnay; ils passèrent derrière le chàteau.
Joseph Buquet les attendait lit et les mena
jusqu'à sa maiscn. Son frère et lui font entrer les huit hommes, leur recommandent le
silence, l~s aident à décharger les sacs dont
le contenu est vidé dans un lrou, creusé
d'avance, au bout du jardin'; puis, on c&lt; tire
à boire JJ. On prend une heure de repos et,
comme le jour allait paraitre, Allain donna
le signal du départ. Il avait bùte de conduire
ses gens hors du département du Calvados et
de les mettre ainsi à l'abri des premières
poursuites de la police de CalTarelli. Au jour
naiss.ant, ils pa,saient l'Orne au pont de La
Larnlelle, jetaient leurs fusils dans une pièce
de blé et se séparaient après avoir reçu chacun 200 francs '.
Cette journée du 8 juin s'écoula pour les
habitants de Donnay dans le calme le plus
parlait. !!me Acquet ne sortit pas de la Bi-

1. Iutcrro11:atoire de P.-F. Harel. Archives nationales, F' 8171. Déclaraliun do Jean Gousset. Archive-,
nationales, P 8172. Rapport du préfet du Calndos il.
nal. Archives nationales. F' ,817:l. ~apport du prél't•t
cle ta Seine-torérieure. Archives naltonales, F1 8172.
Procès : acte d'accusation; interrogatoire de Flierle.
2. Rapport dn préret du Calvados, 9 juin 1801. Lettre du général _M~ncey-, insµ~cleur _g~néra\ _de la
gendarmerie au m1mstre li ouche, U Jmn 1801.
j, Archi1·cs 111tlion11lcs. F' 8172.
1-. Exactement 63.0ïli fr. 85. !\apport Ju préreL du
Calvados.
a. 0-aprês Ir prrmirr r~pporl du prêfct 1h1 Çnh-~dos ;1 Réal, c11 date du !) JUio. la troupe iles hr1gand,

aurait été, 011 effet, composée de dou:,e perso1111es,
dont deux de trè, petite taille a~ant mviron ci./lq
pieds. ~fous &amp;avons, cependant, à n en pou\'oir douter,
qu'Allain et FJierlé n'avaient enrôlé que si1 compagnons, Quatre complices se.raient-ils donc venus, e11
amateurs, prendre part à l'action? Et cette question
nous reporte à la déposition de Lanoë qui, ,·ers huit
heures du iioir, renconlra , le 7 juin, Mme Acgutl et
trois autre, perso1111es aux cm•irons du hois du
Quesnav. L"une de ces fcrsonnes était la fille J)upont:
mais lès deux autres. llé\crl l'l Joseph Buquet,
peul-être. Si Mme Acquet a111ena, au d~rmer mommt,
l'e renfort â .\ lloin , cl qu'elle ,·ou lut assister au pilla-'tC de la ,·oiture. sa pre~ence et rrlle de la fille lluponl expliqueraient la très petite l(tille que If' rnp-

porl rle Calîorelli attribue à deux des compagnons
d'Allain. riotons, en ou1re, que, le 16 septembre sui,·ant, RCal écrirait à ,ll. le prlftl du Calvadoa, à
lui ,eul, qu'il était d,émontrê que Mme Acquet de
Férolles avait participé au \"OI au 7 juin. Archi,es
nationales, F1 81 iO.
6. lnterrogatoire de Flicr!ê. Archives du greffe de
la Cour d·asmcs de Rouen.
7. Rapp:irl du préfet de la Seine-Inférieure. Archives nationales, P 8·172 et. Acte d'accusation.
IL a All~in distribua à ses compagnons et je pris
moi-mi'·mc '200 francs Jans un mouchoir. » Interrogatoire de Flierlé. Ln rapport du préfet de la SeinPlnl'érieure à Iléal assure que chacun des bandil'i ne
rc1;ul que 50 rrrncs, Archives nationales, f7 8172.

1

paysans s'attroupent aux deux extrémités du
bois mais ils sont sans armes et n'osent avancer; Allain a placé en grand'gardes cinq de
ses hommes qui, au jugé, font feu dans les
taillis et ceci tient à distance les curieux les
plus résolus. Derrière ce rideau de tirailleurs
résonnent Jes coups de hache éventrant les

caisses, le fraca:s des planches arrachées, les
urons des trnvailleurs se h.'ttant au pillage;
cette scène extraordinaire se prolonge pen-

dant près d'une heure. Enfin, sur un cri
d'appel, la fusillad e cesse: les brigands s'enfoncent dans le fourré ion entend s'éloigner,
par le chemin de traverse, les pas des che-

1

romL:1l courageu'-i'mc11t liH1: par M. Uupoul
d'Aisy à toute une armée do Lrigand.s. Ycrs
midi, les éclaireurs rentrèrent ne ramenant
qne les quatre chevaux du chariot qu'ils
avaient trouvés attachés à une haie près du
village de Placy, et le pauvre Gousset qui
s'était tranquillement assis à l'ombre d'un
arbre, sur un sillon, près d'une pièce de blé.
Il raconta que la bande !"avait abandonné là,
de très grand ma.tin, après l'avoir fait marcher, pendant toute la nuit. les l'enx bandés.
.\11 bout d'une heure et demit1, n'entendant
plus rien, il avait osé détacher son handrau,
et, ne connaissant pas le pays, il attendait
qu'on vint le cbt,rclll'r; il ne put fournir,
louchant les ,·oleur~, aucunr intlicalion, si ce
n'est qu'ils marchaient très vite et qu'il a,·ait
reçu d'eux de terriLlts roups. li. Calfarelli
plaignit beaucoup cc pauvre homme, le chargea de conduire à Cat!n le chariot et fos
caisses brisées, puis, après arnir h:wlcment
félicité M. Dupont d'Aisy de sa Lelle conduite,
il rèprit, le mèmc jour, le chemin de sa
résidence.

r.

4

Tou~NcBUT - - ,

jude. Dans l'apr~s-midi, un tanneur de des os encore frais, des débris de pain el de allait grossir la liste, si longue depuis dix
Placi, nommé Brazard, en passant devant la viande 1 des ordure~ témoignaient que la bande~ ans, des vols de fonds publics dont les aumaison, héla Hébert qu'il aperçut dans le avait sPjourné i des feuilles de papier, prove~ teurs resteraient à tout jamais impunis. lléal,
,jardin. JI lui apprit que, le matin, à son nant d'un mémoire imprimé par le sieur llairant d'instinct que d'Aché était daus l'afréveil, il avait trouvé quatre chevaux attachés Hely de Bonnœil, frère de Mme Acquet, faire, se souvinl à propos du capitaine Manù sa haie; les gendarmes de Langannerie étaient roulées en cartouches et cachées dans ginot qui, au temps du complot de Georges
étaient venus les réc1amer, disant que un roin sous les tuiles. On découvrit même Cadoudal, avait réussi ;'1 reconstituer Je:-&lt;1 c'étaient ceux de la diligence de Falaise à
les bissacs qu'après le vol les Buquet avaieut étapes des conjurés entre Oiville et Paris el
Caen allalJuêe par les chouans pentlant la cachés là; dans le sol d'une cave, un trou .auquel on devait précisément la révélation
nuit n . Hébert s\:tonna beaucoup 1 ; Mme Ac- &lt;c de deux pieds et demi en carré, profond dn rôle joué par d'Aché dans la conspiration'.
quet fit l'incrédule; mais le bruit de !"atten- de même, avait été creusé pour recevoir l'arJfan ginot' reçut donc l'ordre de se rendre
tat se répandit : le soir, la nouvelle était gent 1&gt;: on avait eu la précaution d'ouvrir, en toute h,lte dans le Calvados. Le 2:; juin il
connue de tout le village.
au-dessus, le plancher, afin que, de l'étage arrivait chez Caffarelli, porteur de ce mot de
Acquet, depuis un mois, restait invisible : supérieur, il fût possible de snneiller le présentation : « L'adresse, le zèle, le bonheur
rnn instinct haineux, et sans doute aussi des dépôt •. Le projet d'enfouir en cet endroit le de cet officier dans ces sortes de recherches
indices sournoisement recueillis, l'avertis- produit du vol avait été, on le sait, abandonné sont connus: ils ont t1té assez prouvés par
saient (JUe sa femme machinait sa propre an profit des Buquet; mais l'indice était d'im- son succès dans une affaire du même genre,
perte, et il se gardait de l'arrêter en si bon portance et Pinteville en fit son rapport.
je Y0us invite à l'accueillir comme il méchemin. Quelques jours auparavant, son jarLa chose, d'ailleurs, n'alla pas plus loin. rile de l'ètre. " Le préfet fit donc fète à l'ofdinier Aumont avait remarqué un matin que Quel soupçon pouvait atteindre les chàtelains ficier; il connaissait trop bien Ia manière des
la rosée « sur la pelouse était abattue » et de Donnay1 Les brigands avaient, à la vérité, chouans et leur habileté à disparaitre pour
rele,·t' des traces de pas conduisant à la ca,·e choisi leur maison pour asile: mais il n'y cont:-crvcr personnellement aucune illusion
Liu cMleau~; mais Acquet sembla n'attacher avait rien ]à qui pùt serdr de base à une sur le ré:sultat final de l'aventure ; mais il
à cc,; J'ai1s aucune importance.
accusation de complicité : ni Pinte,·ille, ni n'en montra rien et manil"e~ ta, au contraire,
C'est par sa sef\'anle qu'il apprit l'enlèrn- Calfarelli, qui transmit au ministre le procès- la plus grande confiance tians le savoir-faire
ment de la receue d'Alençon; le lendemain, verbal, ne songèrent même à pous~er plus d'un homme qui paraissait :-;i Lien en cour.
le boud1er nedel , de Meslay, raconta que, avant sur ce point leur enquête.
Celui-d débuta par u11e nou\'elle perquisihuit à d1\ jours auparavant, comme il pasFouchP. n'en savait pas davantage ; mais il tion au thâteau de Donna} : mais, comme sa
sait en charrette, vers trois heures du matin, trouvait l'alTaire mollement conduite. Il pa- grande réputation l'obligeait au succès et
près des ruines de l'abbaye du Val, « sa ju- raissait évident que l'attentat du Quesna~ &lt;1u'il n'était pas fàcbé d'étonner lei:i autorités
ment avait fait un écart, effra~·éeparJa
du Calvados par la sûreté de son coup
vue de sept ou huit hommes qui sortirent
d"œil, il fit arrèter tout d'abord .lequel
subitement de derrière une haie »; il s
de Férolles; c'était lui qui, le premier,
lui demandèrent le chemin de Rouen.
avait ~révenu la gendarmerie du séjour
Hedet, sans répondre, s'était enfui, et
des brigandsà Donnay, et ceci semblait
comme il parlait à tout venant de celle
à Manginot prodigieusement Jonche. Le
rencontre, Hébert, l'homme-lige de
mème jour, il donnait l'ordre de s'asMme de Combray, l'avait instamment
surer d'llébert; quelques personnes du
prié de ne point ébruiter l'incident. Si
village essayèrent bien d'insinuer qu 'HéAcquet eût gardé un doute, cette rebert et Acquet étaient irréconciliaLlecommandation l'eût dissipé. Il par1it
ment ennemis et que Manginot faisait
aussitôt pour )leslay prendre conseil de
fausse route; mais celui-ci, très "Onflé
.
•
0
l'ami Darthenay, et, le jour suivant,
de son 1mportance, n en voulut pas
il écrivit au commandant de la gendardémordre. Poursuivant ses e1trava•ranmerie l pour l'inviter à perquisitionner
t~s déduclions, _il flaira que la coi:pliau chùleau de Donna 1.
c1té du cbarreller Gousset, convaincu
La visite eut lieu le vendredi 12 juin,
d'avoir bu et joué aux quilles tout Je
et c'est le capitaine Pinteville qui la
long du cLemin, ne pouvait faire doute
dirigea . .\cqut::l s'offrit à guider les reet le pauvre homme fut arrêté dans so~
cherches; la perquisition amena des
village, où il était retourné, près de sa
constatations singulières : certaines
femme el de ses enfants, pour se reportes de cette grande maison, abanmettre de ses émotions. Enfin ManO'idonnée depuis longtemps, furent trounot, él idemment en ,erve de hévu~s
vées munies de fortes serrures récemi:i'imagina que Dupont d'Aisy lui-mèm;
ment posées; d'autres étaient clouées
avait bien pu retenir Pinteville à diner
et on dut les enfoncer; « dans un greet ameuter ses paysans dans le but
nier retiré et obscur auquel on ne pard'assurer la retraite des bri•"ands
· en
O
•
·1 décerna contre
Yenait qu'avec peine » - Acquet conconsequenee,
1
lui' un
duisait les gendarmes - &lt;c un tas de
LE CHATE AU VE .M. Ül,;PO~T D',;\ISY 1 llANS SON ÉTAT .\CTUl:.L.
mandat d'amener7, à la grande stufoin conservait encore l'empreinte des
peur de Caffarelli t1ui myait ainsi emsh hommes qui s'y étaient couchés n:
prisonner tous ceux dont il avait loué
1

1. lnlcrrogaloîrc de Fram,:ois-Jean ll éhcrl.
'-1. Ib id.

J u J'eu~sc. l•criL sur-le-champ :.iuï gcutlarme~
pour les i1witer à faire la ,isilr ... mais jï·crhîs seulement le lendemain qui l:lait le 11, et fJlauique ma
lettre fùl remise dès cc mt•me jour. la v1silc ne se
lit que le llimanchc 1 i. , DCclaratiou d'Acquct de
FCrolles. Archives du i.rrell"e de la Cour •l'assiscs lie
llouen ..\cqu~t commC'I ici unu crrt•u1· : c'est le ,·eu111'(.'di 1'l qu'eu t lieu la perqui,~ ilion : la leltrc de
Ca1forelh qui en fl'IHI compte â l\éal est datée de

Caen. l:i juin.1807. Ou peul encore citer Ct'\ aveu.
fait !lai· lui-même, Je l'odieuse délation rlont Ae&lt;rucL
se rendait hypocritement coupable : (1 C'csl i1 moi
1111'011 doit la d~com·crte tlu rrpo1re ile,- ,·olcurs dan-.
le château de Donnay : c'est moi tJui :ii écrit an brigaJier de la gendarmc,,ic pour Jll"OVOfjUCI' la visite. »
El ciuaud Acquet (o('rin1il celle leltre ,'.Ill ministre dt&gt;
la polie~• (U déccmbn· ·1807 sa remme !!lait depuis
tleux mois ar1':lèc, et il sanit, par consl•11ncnt, 1.1n'il
l'accusait ain si personnellement.
4. Lcllrt' dn pr1ff('t du Calvmlüs a Hé.il.

, 5. « J'cnv~ie sur les_ lie111_ ~1.-.nginol : personne
n est plu~ en cl~~ 11ue lm de rcusSLJ', à raiso11 c.m•tout
des rcla!JOns qu il p~ut !' tiYoir en tre cea bandits cl
tf&gt;u1 qui ou! co111m1s. 1lans l'Eurr, des délits semblables. » :,iote de Réal i1 Foucl1ë.
ü. J,'rançois Man~in~l, né le ~O ma.rs I n1, à Dieulouard {*'ml he), elail en 1807 capitaine de ••cudarmerie à E"reux . Ses _nolcsétail'nl ainsi eonruet: , des
n~oyens. ~le la ~ondml~,de la ll'nuc, très actir. serra i,!
l11i.:_11 t' l riuiia~t ~•en scrnr; assez. adr-oil pour les e~pt ures&gt;).
L Le 11 Jll lllcl 1807 . Artl111·(•S 11.itionalC'~. F7 ~17'1

�'H1STO'l{1.Jl
1a belle conduite el donné en exemple le dé-

,ouement.
Ainsi dans une région olt il n'avp.it, pour
ainsi dire, qu'à frapper au hasard pour
atteindre un coupable, le capitaine Manginol
était asse1 malchanceux pour n'incarcérer

que des irmoceots, et, par surcroit d'ironie,
le hasard voulail que ces innocents fissent,
dO\·ant l'enquête, une si pileuse figure que
les soupçons s'en trouvaient justifiés. Acquet
désirait grandement dénoncer sa femme,

mais il ne \'Ou lait parler qu'à coup sùr, et le
magistrat de sûreté de Falaise, devant lequel
il comparut, note qu'au cours de ses interro(Tatoires c il tombe dans des contradictions;
s~ réponsei,; sont loin d'être !-alisfaisante:-,
quoh1u'il les combine avec le plus grand soin
el réfléchisse longtemps avant de parler ».
\u premier mot qu'il insinua contre Mme de
Combrav et sa fille, le juge, indigné, le fil
taire et ~l'expédia, sous bonne garde, à Caen
où on le mil au secret•. Quant à lléberl, ne
,oulanl pas compromettre les dames de la
Bijude auxquelles il était tout dévoué, il répondit à peine aux questions qui lui étaient
posées; il n·i eut pas jusqu'à llupontd'\isi
qui ne prêlàt au soupçon; on découvrit chez
lui soixante fusils, ce qui parut excessif,
mème pour, un grand chasseur tel qu'il se
piquait de l' ètre, et là encore tous les indices
concouraient à convaincre Manginot qu'il était
dans la bonne voie.
Mme Acquet, cependant, affectait la plus
grande st.'.-curité. Voyant l'enquête s'égarer,
clic p9uvait, en effet, se figurer que tout
tlaoger était pour elle écarté : elle avait bien,
d'ailleurs, d'autres soucis. Depuis le 7 juin,
I.e Chernlier attendait à Paris les fonds dont
il avait le plus pressant besoin, el, comme il
ne receYait rien, malgré ses réclamations
réitérées, il :nait pri~ Je parli de Yenir luimême ('hercher l'argent; il n'osait, cependant, se montrer dans la région de Falaise,
et fixa au notaire Lefebvre un rendez-,,ous à
Laigle en l'i11\·ila11t avec instance à lui
apporter là tout ce dont il pourrait se charger.
Ur, les Buquet, chez qui les 60.000 francs
avaieul été déposés pendant la nuit du 7 juin,
s'obstinaient, malgrli les supplications de
Mme Acquet, à ne pas s'rn dessaisir: ils les
avaient retirés de l~ur jardin et cachés en
di\·ers endroits dont ils gardairntjalousem(lnt
le secret. Ct'pendant, en usant de son inOuence
i:;ur Joseph, Mme .\cquet parrint ;, lui soutirer ;i,;;oo francs qu'elle remit au notaire
pour les porter à Le Chevalier; mais Lefebue,
dès qu'il Lint l'argent, al!Pgua. i1 son tour,
l. « Caen, le 1•r juillcl 1807. Celle uuil, cuire
onte heures el minuit , le !'ieur Acquel de fëroll es a
dé déposé :1 la maison d'arrêt de celle ,·ille. • Lettre
tle Calfarelli i Réal. Archi,·es nationales, F 7 81 :O.

2. L't.'lllrcvue arnit ru lieu le . 2~ _rniu. lut('rrogaluirc de LcM1,·re . .\n:l1i,·es du greffe de la Cour d'assi -:es de Boucn.
:i. c ~Oll :i 11'cnlril11ws point 1land 't1ul.it•rg1•; nous
nom :i~~imcs sur 1'11t•1ht• cl ma lilll' me dit : - Saun•1,-moi, marnau, ,.aun•z-moi. - lit' doutant bien dt•
11uui clil• !'.•lait eoupabl1• il t'DU&lt;;c lie ~&lt;'s rl'l:itions 1,·cc
l.t• U1eulicr,je lui di~ : -(..!u'u·ez-,ous fait, ma filll' '!
- Elle 1111• 1·{,pontlil· - c·e~l pur l'ordrt• dt· li. tl 'Ad,é .
J1· l'CJ}llrtis ~ur l1•-d1mnp : ~ Cel/\ rw !-1.' peul pa~. il
t'n -~~t i,!caJ?oUlc . C'e~l '!n hornm,• d'honn,.u;.. Elle
fH'1-s1.:ta a dire c1ue c était par "OIi ordre. 1, in-tant

qu'on lui avait promis, pour prix de son concours, nne somme de 12.000 francs el qu'il
gardait celle-ci comme acompte. Il poussa
cependant jusqu'à Laigle, à la rencontre de
Le Chevalier• et, pour calmer l'impatience de
celui-ci, il l'assura que Dusaussay allait,
incessamment, prendre la route de P:tris
avec 50.000 francs, qu'il lui remellrail inlL'-

des B1:1quet; r.eux-ci prétextaient, pour-garder
l'argent, qu'il appartenait à la caisse royale
et qu'ils en étaient les dépositaires responsables, et la malheureuse se trouvait avoir
commis un crime que rendait vain l'obstination de ces paisans rapaces. Elle était là,
prête à tout abandonner pour rejoindre
Le CheYalier, prèle à s'expatrier mème avec
lui, lorsqu'on apprit que Mme de Combray,
informée par la rumeur publique des laits
qui se passaient en Basse-Normandie, s'était
décidée à se rendre à Falaise pour plaider
auprès des magistrats la cause de son fermier Hébert. Elle arail quillé Tournebut le
13 juillet et pris à Évreux la diligence de
Caen.
Mme Acquet, venue au-devant de sa mère
jusqu'au relais de Langannerie, attendit là
le passage de la voiture publique et, quand
en descendit llme de Combrai, la jeune
femme, tout en larmes, se jeta dans ses bras.
Comme la marquise s'étonnait un peu de ces
manifestations au,quelles elle n'était plus
accoutumée, sa fille, à voi1 basse, lui dit en
sanglotant :
- Sauvez•moi, maman, sauvez-mail!
Ce fut, de part et d'autre, un retour momentané à l'affectueuse confiance d'autrefois.
Tandis qu'on changeait 1cs chevaux et que
les postillons buvaient à l'auberge, les deux
ft:mmes am•renl s'asseoir à l'ombre d'un
arbre, sur l'herbe du talus, au bord de la
route. l.a confession de Aime Acquet fut sans
réticence : elle dit comment son amour pour
Le Chevalier l'a,,ait entrainée à combiner
l'affaire du 7 juin, à héberger les hommes
d'Allain el à recéler chez les Buquet l'argent
enlevé. Si on le trouvait là, elle était perdue
sans ressources, et il était urgent de soustraire les fonds aux Buquet pour les remeure
au, chefs du parti auxquels ils étaient destinés. Elle n'osa, cette fois, nommer Le Chevalier; mais elle argua que, redoutant
l'espionnage des gens de son mari, elle ne
pouvait ni transporter l'arrrent chez elle, ni
opérer le change des espèces chez quelque

banquier de Falaise ou de Caen; tout le pays
la savait réduite aux expédients. Mme de
Combray n'avait pas à redouter les mèmes
dangers, et elle convint, en elTet, que « personne ne s'étonnerait de ,,oir à sa disposition
,,O ou 60.000 francs, plus ou moins "·
!lais, sur les autres points, son jugemenl
lut moins approbatif: non point qu'elle s'étonnât de voir sa fille compromise en pareille
aventure; combien d'attentats similaires
avaient été préparés, en sa présence, à son
château de Tournebut? N'al'ait-elle pas ellemême inoculé à sa fille le fanatisme politique
en lui présentant comme des martyrs des
hommes tels qu'flinganl de Saint-Maur, Raoul
Gaillard ou Saint-Réjanl 7 Et de quel droit
l'eùt-ellc jugée sé,·èrement, elle qui, fille de
l'intègre président de la Cour des comptes de
Normandie, se montrait prête à se faire la
complice d'un vol à main armCe, que &lt;1 la
sainteté de la cause » rendait, à son a,·is,
méritoire. La marquise de Combray professait, sans Je sa\·oir, Je jacobinisme à rebours; .
elle acceptait le brigandage, comme outrefois
les h::rroristes avaient admis la guillotine; le
but rêvé justifiait les moyens d'action.
Aussi ne s'épuisa•t•elle point en reproches;
elle s'emporta, il est vrai, au nom de Le Chel'alier qu'elle haïssait; mais Mme Acquet
l'apaisa en l'assurant que son amant n'avait
agi que sur l'ordre exprès de d'Acbé el que
tout avait été combiné entre ces deux hommes.
Dès lors que rnn héros était de l'a!Taire, la
marquise de Combray était heureuse d'y jouer
un rOle. Le soir même, elle arrÎ\'ait à Falaise
et, laissant sa fille à l'bôtel de la rue du Tripot,
elle alla demander l'hospitalité à l'une de ses
parentes, Mme de Tréprel. Dès le lendemain
matin, elle manda le notaire Lefebvre-'.
Mme Acquet, avant d'introduire celui-ci che,
sa mère, lui fit la leçon : a Parler le moins
possible de Le Chevalier el affirmer que
d'Aché avait tout ordonné. » Sur ce terrain,
Lefebvre trouva Mme de Combray três oonciliantej il n'eut be.min d'employer« ni prières
ni instances » pour l'engager à se charger de
soustraire les GO 000 francs aux Buquet; celle
}' consentit sans aucune difficulté ni observation contraire : elle parut lrès satisfaite de la
tournure que prenaient les choses et elle
s'offrit à transporter elle-même l'argent à
Caen chez Nourry le banquier de d'Aché "·
lei lime Acquet obser\'a qu'elle n'était point
maitresse de disposer ainsi des fonds; c'était
par amour que la pauvre femme s'était associée à l'attentat dn 7 juin et elle se souciait
fort peu de lïntérèt de la caisse royaliste :

du ùêpiu-t ile la ,oiturc arrira l'l uou~ 1·ep.irlimcs ... .\
Falaise jo couchai che:t un(• de mes parentes, Mm&lt;! Trt•·
prl' (sic) qui C111it absente. •
Interrogatoire de M!'le de f.omlu·,1!. _.\rchi,·cs du
greffe de la Cour d'assises de Huuen.
i. • l.cfobne Toulul se jmtilicr en ,lisant &lt;111e
('·,:1ail par J"ordre de )[. OC'slorièrcs. Je lui rcp;irtis
11ue c.::la u'l'lait pas; que je connaissais trop bien M!S
principes. JI m1.: r~pliqua - l\ladamc, je puis ,·ous
11~surer que c'est par son ordre : depuis que ,·ous
l'avt•z ,·u dianger de faron tic p('mcr , les circonstances ne sont plm les mt'mcs, lia lille tenait 1,,
même lanrrage el je ne !ô81ais 11uc 1•épo11drc, &lt;1uoique
j e w•ncha:~è loujours ~ 1'roire 11ue cela n'l•bil 11as.
l.cfcli1·re cl ma llllr, pendant mon i;éjour à Falaise,
me sollicitfrcnl , ,:,1 puliculiéremcnt l.cfeh'1·e, â leur

nider à tran~porter l'nrgenl provenant du 10I.. .. Je
leur fis voir le dauger auquel je m'exposais; mai.)
l·tant seule nec ma fille, elle se jeta dans mes bras
en fondant eu larmes; je ue pus rt'·sister â se~ sollicitalioos. -.
- lnterrogaloire tle ~lme de Cornbrav. Arcl1i,·es
tlu greffe de l:1 Cour d'assi~ s de llouen. •
Ile son t'1ilê Lcft•lnre dCpo,.ri : - « l,a décfor.1tio11
clt~ llm(' de Comhra1· esl im.' \1tcl1•. Je n'eus bcsoiu
11 ·1•mplorcr aucunes 1iriêr1•s ni instances ris-i-ris d'&lt;'lle
pour r cnga,ll'L'r ile transporter des fonds â c~cn. t~llt•
co1ht.'nlil !&gt;OIIS auruue rtifficulli• 11i obSt'rn1li1ms conlraires cl parut mt'me tri·~ satisfailt&gt; clc la tournure
1111e prenaient les cho"l'S. ,
lnlcrroi:ratoire d1• l.delJ1rc ..\rd1iq•-, 1lu greffe de
la Cour d'as,ises d&lt;' lloucu.

gralement.
Mme Acquet ,e désespérait; la prudence
l'empèchait d'essaier de vainue l'entètement

T OU7t.NEBUT - ,
elle ne souhaitait rien, sinon que son dévouetirent pour la Dijude; Leleb1Te les accomment profitàt à l'homme qu'elle adorait et,
bumeur, ne manque pas de pittoresque :
pagna jusqu'au faubourg; il leur donna rensi l'argent était remis à d'.\ehé, toutes ses
dez-vous à Caen pour le surlendemain el leur
peines devenaient inutiles; elle essaya d'inJe revins, dit-il, de la foire vers u11e heure de
remit,
tracé de sa main, un itinéraire qui
sister, alléguant que Dul'après-midi ; lorsque je fus pour attelcr,je \'is dans
saussay se chargeait de porla ,·oiture unt• --rali~ en cuir
ter l'argent au caissier royacl un sac de nuit. Colin, le domc~lique de la Bijucle, jcla
liste de Paris; que Le Che1li--u1 houes dr p.ulle dans la
valier l'attendait pour se
rnilure pour as.seoir ces darendre en Poitou où sa prémes, et Mme t.le Combray 111e
sence était indispensable;
donna un portemanteau, Lin
mais sur ce point, Mme de
ptHfUCl qui mt• sembla êlre du
Combray lut inflexible : la
linge ri LIii parapluie pour
somme entière serait remeure dans la roiture. Quand
mise au banquier de d'Anous flimes en route, je fis
ché ou elle refusait son
lrottrr mes che\'aux: m.iis
Mme .Acquet mr dil de ne
concours 1• Mme Acquet dut
pas aller !;Ï ,ite parce c1u'elles
s'incliner, le cœur bien gros,
ne voulaient arrh·er que le
et tout de suite on tint consoirà C.icn, rn qu't'lles arnicul
seil sur la façon dont s'efdans la ,·oiture d1• l'argent du
fectuerait le transport.
l'OI. Je la fixai et je ne lui dis
La marquise expédia
rien; mais je rnP dis à moiJouanne, le fils de son anmème : - « Voilà encore un
cien cuisinier, à GlatignJ,
de ses !ours; :-.i je !':nais su
pour prévenir Lanot'
:1vanl de parlir je les aurais
laissées là; elle a usé de suh« &lt;1u'elle voulait sur-leli'rfuge pour me compromelchamp lui parler». Jouanne
lre, ne J'ay:rnt pu ouverlrfit d'une traite ]es six lieues
ment. J) Quand je lui en fis
de Falaise à Glatigny el redt•s reproches, queJr1urs jou1-s
Yint, sans prendre haleine,
plus lard, elle ml' dit : _
en compagnie de Lanoë qui
l( Je me doulais bien, si je
le mit en croupe sur son
,·?us ~n eusse parlt•, que ,ous
cheval. A peine lurent-il;
n aur1('z pas voulu. » Pendant
arrivés que Mme de Comla route, ces dames p.irlèrent
bray ordonna à Lanoë d'alensernhle; mais le bruit de la
,,oiture m'empècha d'entendre
ler à Donnay chercher une
cc qu'elles disaient. Ccpe11Yoiture et de se préparer
d?nt j'cnll•ndis lime .\cquct
à un voyage de plusieurs
chrc que cet argent ser,·irait
jours. Lanoë se fit un peu
:1 payc1· des dettes ou à donner
prier, représenta qu'on était
à des malheurcu.:t. Je l'entenau temps des moissons et
ËGLISE 8AINT•GERlL\l~ lJ'ARGENTAN,
dis àirc aussi que Le Chem.
qu'il avait des travau1 urD'après lt ,dtssîn d'fauu: SACOT,
lier ~l\aiL de l'esprit et Mme
gents à terminer; mais ceci
de- C.Om!Jra! di..ait que M. d'Aimportait peu à la marquise
ché alait l'rsprit plus mûr;
qui parlait ferme et tenait à être obéie;
Le Chevalier aurait llCutleur permettrait d'éviter la grande route trop être pl us de l.111guc que
que lui' .... »
Mme Acquet d'ailleurs insista, disant : « fréquentée.
Yous savez bien que maman n'a confi.ancc
Mme de Combray et sa fille couchèrent ce
qu'en vous pour la conduire et qu'on vous
L'itinéraire indiqué par Lelevre se détoursoir-là à la Uijude; la journée du lendemain
paJe toujours bien ,·os courses'. » Cet argunait de la grand'route à Saint-André-de-Fonlut employée en pourparlers arec les Buquet
ment décida Lanoë qui, le soir même, se mit
tenay,_ vers le_ hameau de Basse-Allemagne;
qui, celte fois, n'osèrent résister à l'ordre
en route pour la Ilijude où il coucha. )lme
la nUJt tomba,t quand la voiture de Lanoë
formel de Mme de Combray el, la nuit renue,
de C.Ombray, on le \'Oit, ne ménageait guère
ils livrèrent, bien à contre-cœur, deux sacs passa rorne au bac d'Athis. On gagna, de là,
les pas de ses serviteurs; la dk,tance, du
Breltenlle-sur-Odon, afin d'entrer en ville
contenant neuf mille francs en écus que la
reste, ne semble pas avoir été, pour ces gens
comme
si. ('on venait_ de Vire ou de BaJeux.
marciuise fit placer, en sa présence:., dans la
accoutumés à la marche el au cheral, un
De son cote, le notaire était arrivé dans la
charrette remisée sous la grange. On ne pouempéchement aussi grand qu'elle le serait de
journée à Caen: après avoir mis son cheval lt
vait charger davantage pour un premier
nos jours.
l'auberge dans le faubourg de Vaucelles, il
voyage et ~lme Acquet sen réjouit, espérant
La r,marque n'est pas sans utilité, el elle
tra,·ersa, en promeneur, toute la ville et alla
encore que le surplus de la somme resterait
aidera à l'intelligence de quelques-uns des à sa disposition.
à 1a rencontre « du trésor » sur la route de
incidents qui vont suivre.
Vire. li atteignait, c.ommc huit heures sonLa marquise avait cru prudent d'éloigner
Le jeudi 16 juillet, Lanoë revint à Falaise
naient, les premières maisons de Bretteville
Lanoë; elle l'eoroya à la foire de Saint-Clair
avtc une petite charrette que lui avait prêtée
qui se tenait en pleine campagne à une lieue et se dispo~ait _à re\'enir sur ses pas, très
un paysan de Donnay; il l'a1·ait allelée de son
étonné de n aro1r pas rencontré 1a charrette,
de là cl on ne le revit que le samedi, au mocheral cl d'un autre, emprunté à Desjardins, ment fixé pour le départ.
l~rsque Mme Acquet l'appela par la fenètre
fermier de Mme de Combray. Les deux
La relation qui] laissa de son vopge, d """:'.haret. Ile~tra; Mme de Combray etsa
femmes prirent place dans la carriole et parfiUe _s eta1en1_ arretées là, tandis que Lanoë
quoique notée avec une é,·idente mauraisr
fa1sa1t consolider, par le charron du vi!Ja"e
t. tntcrro$"11Luirc- Ll1• Lefeb\'l'c. Archive~ du gl'effc
0 '
:i. c Celte son111u• fut apportée le soir cl Mme de
de la Cour d assises ,le Rouen.
Féroll~, ~ ocLoLre 1807. \rd1i1·es tlu "relfc 1/e lu
Combray la lit charger sur une pl'lile voiture et aida
2. Intcrrugdoire de Guillaume, dit Lauoë.
0
Cour ri a ~~ l~('s ile /loucu.
lll l\me il la placer. • Oêclaration de lime .kquc-1 dè
i-. Interrogatoire de l,1110C, i scplcmLrc ISO~.

"" 335 ..,.

�1f1STO'J{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - une des roues de la voitur~. On prit (( un
rafraîchissement » l't on laissa rcposrr les
ehcvaux: vers dix heures H•ulemt•ut on se
remit en marche : Lefebvre avait pris place
avec les dames sur la carriole; à la barrière
de la roule de Granville, il descendit, paya
les droits d'octroi sur le; deux bottes de
paille c1ue contenait la voiture et l'on pénétra
dans la ville sans autres incidents 1 •
C'était à l'auberge de Gélin, rue PavJe,
que, ~ur l'avis du· notaire, on avait décidé de
porter les fonds; Gélin était le gendre de ce
Lerougc, dit Bornet, que Le Chevalier employait quelquefois, mais la voiture se trouva
trop large pour pénétrer dans la cour de
l'auberge; un passage de troupes avait eu
lieu, ce jour-1.1, et la maison était remplie
de soldats. Il ne pouvait être question 1e s\
loger; mais, du moins, fallait-il laisser là les
deux sacs d'argent; tandis que Gélin faisait
le guet, la marquise, consternée de se roir
en pareil lieu, ne pouvant sortir de la cour
parce que la voiture barrait la porte, dut

assister au déchargement; deux hommes,
l'un en veste, l'autre en ,c pelande bleue '»,
s'empressaient autour de la charrette; ce dernier tenait une lanterne sourde : Lefebne,
Lerouge, Mme Acquet elle-même tiraient de
la paille les sacs qu'on bissait par la fenêtre
du rez-de-&lt;:haussée dans la maison. li semble
que lime de Combray éprouva là, pour la
première fois, le sentiment de sa déchéance:
elle se trouvait brutalement mêlée à l'une de
ces expéditions qu'elle s'était représentées
jusqu'alors comme de chevaleresques pas
d'armes, et ces coulisses du brigandage lui
faisaient horreur. « - Mais c'est une bande
de coquins! , dit-elle stupéfaite, à Lanoë',
et elle insista pour qu'il la fit sortir; il lui
fallut passer par la salle du cabaret encombré de buveurs. Enfin dans la rue, sans tourner la tête, elle s'en alla à l'hôtel des Trois
Marchandli, en face de Notre-Dame, où elle
descendait habituellement.
Mme Acquet ne connaissait plus ces hésitations; elle dut souper avec les recéleurs;

1. l11lerrog1toires de l.anol'. tic lime tic Combray.
de Guillaume, dil L:rnol', passim. Archi\'CS ,lu greffe
tlt! la l:our d'assises de lloucu.
~- lntrrrogatoire rie Guillaume, dit L1110l'.
5. 11. EtonL avec Lanoi; iJui portait mon paquet , je
lui 1li.i: c C'est une l;ande de coquins, il ne faut pa~
se m1'.-ler d'eux. • JI m'olJscn a qu'il ne ,·oulait pas
liti~srr sa rnilurl! ni ses cl1C\'t1U~; JC l'approuvai cl lui
clis de h·s reprendre et tic les 0011,luire i son auberge
accoutumée. • Interrogatoi re de :lime de Cornbra1.

I,_ • - IL Qu'est-ce que le sieur cl'.\chC ,ous a &lt;lit
lor~(fllt' vou~ lui parlâtes de~ mis de la diligcnce '.1 I\. li m'as,nra qu'il u•~· étoit pour rien et qu'il élail
toujours digne de mon estime. - D. A \'Oire&gt; retour
tic Bayeux a,·cz-vous dit il volrc lillr cl à Lefebvre
(1uc vous a\·icz vu d'.\ché't - 1\. Xon, je m'en suis
hicn gardée : je les ai laissés d111s la persuasion oit
ils Cto.ient qu'il l•to.it en Angleterre. 1 Interrogatoire
de lime de Combray ..\rchh·es du greffe de la Cour
d'as~ise!i de llouen.

on sut que, dans la nuit, elle eut uec Allain
une entrevue mystérieuse derrière les murs
de !'Abbaye-aux-Dames; Bureau de Placène,
le caissier des chouans, a.}'ant eu vent d'un
transport de fonds, les y retrou,·a après arnir
encaissé l'argent; ils se séparèrent après une
heure d'entretien.
On ne sait où coucha, cette nuit-là,
Mme Acquet; elle ne parut à l'hôtel des
1'rois-.llarrlwnds que quatre jours plus tard;
elle l' rencontra Mme de Combray qui revenait de Bayeux. Dans son besoin de réconfort,
la marquise avait voulu voir d'Aché et savoir
de lui s'il était vrai qu'Allain eût agi d'après
ses ordres; mais d'Acbé, comme bien on
pense, avait assuré sa vieille amie qu'il réprouvait d'aussi vils moyens et u qu'il était
toujours digne de son estime • ». Elle était
re\·enue à Caen, très marrie de s'être laissé
jouer par sa fille et par le notaire; elle ne
leur dit rien de son séjour à Baieux, sinon
qu'elle n'y avait pas vu d'Acbé et qu'il était
encore en Angleterre; puis, toute boudeuse.
elle partit pour Falaise par la diligence, ne
voulant pas foire route a\'ec sa fille. Celle-ci,
le même jour - c'était le jeudi 25 juillet prit une voiture faisant le service de Caen à
Harcourt et descendit à la Forge-à-Cambro
où l'attendait, avec sa charrette, Lanoë, rentré à Donnay depuis le lundi.

(A

PARIS AU X XVII

J• S!Ëcu:.

-

LE HO! SORTANT

ou

PALAIS DE jl'SrlCE APRËS li:-.E SÉA:,;'C.E ROH.LE. -

...,,. 336 -

suivre.)

G. LENOTRE.

(D',.1frës 1111 Jtssin J/1 ,\fllsu CJ1·11,naltt.1

BELLES DU VIEUX TEMPS
&lt;'l"

Madame du Barr:y

•

i

Par le Vicomte de REISET.

C'est une mode généreuse pourrait-on dire
&lt;1ue celle &lt;Jui consiste à tenter de réhabiliter
des personnages historiques trop séYèremcnt
jugés par la postérité, mais parfois cette générosité franchit les limites
admises et c'est arec une surprise toujours renaissante que
nous \'oyons successivement
éroquer à nos yeux étonnés
des personnages historiques
que nous avons peine à reconnaître tant ils s'écartent
et ils dilfèrentde l'aspect sous
lequel nous nous les étions
jusqu'ici figurés~
Est-&lt;:e à l'amour du paradoxe ou au souci de la vérité
((u'il faut attribuer celle propension singulière? c'est un
point sur lequel il serait peutêtre délicat de se prononcer,
mais la tendance existe d'une
façon incontestable et c'est
avec un sourire quelque peu
sceptique que nous V0)'Ons
maintenant tresser de::; guirlandes à des hommes que
nous regardions jadis comme
des criminels vulgaires ou de
simples scélérats. M. Henri
d'Almeiras a tenlC de justifier Hobespierrc et, si cette
étonna11le disposition doit
E'accenluer davantage, il ne
faut pas dé;espérer de ,oir
prochainement béatifier Fou!lu ier-Tinvillc, el mèmc canoniser Uarat !
Est-ce à dire qu'on ne saurait se montrer trop rude ou
trop sévère et qu'il ne faille
pas quelquefois témoigner de
l'indulgence pour les compromissions des uns et les défaiJ.
lances des autres? Je suis
loin de prùner un pareil ri~
gorisme, et je me plais à
reconnaitre que certains personnages, mieux connus et
mieux étudiés depuis quelSo1mcEs. - ,1/me Du Barry, par Claude Sailll-Audrû:
~ll1Lt: PHL, féui er l9u.11. - La Du /Jarry, !llr
Ed.mont! C'l Jde., de Goucourt: C1u.RJ&gt;t.HIER 181M
- Anec~olcs sur la comtesse Du ·lllirr!} , pa~
0cta1c l za,m~ : Qu.1.\TI\. 1880. - Pierre de
Nol11~e, .J/arie-A11loÎ1/tlle, daup/ti11e - Capefiguc,
Lows .\ V el la ,oczélé dit Xl'IIJ• sii:clc, 18f:ii.
VI. - HISTORIA. - Fasc. 43.

ques années it la suite de recherches consciencieuses, nous apparaissent aujourd'l1ui
tout autres que nous ne les avions jugés.
Je citerai comme un frappant exemple la

Z.u1oa, LE NÊGRE DE

Tatllau de

VAN

4~

1tbtE

DU BARRY.

Loo. (Musü Carnavalel.

.\/me Cm11p1v1, 1822. - Smwr1~01. - Sout•e1tir1
de WebeJ·, 182t. - Arsêue Hou55AJC, f.ouis .\ V,
188i. - LcscurC', Corrrspouda11ce secrète sur
la cour el. la i·illc, 1866. - llaurice Bouln
falo11r de Alorie~ l11loù1etle, 1006. - )Jax. &lt;le l~
l\veheteric , llisloire de lla1·ù-A11loi11ctte, tOOà.

-: ,llémoires

uu·s de Jlme J rgée-te Br1111,

remarquable étude que M. Funck-Brentano a
consacrée à Mandrin. L'éminent historien,
tout en respectant scrupuleusement la vérité
historique et en ne nous dissimulant aucun
des pillages ou des exactions
dont son héros était coutumier, a su faire ressortir en
maintes cir..:onstances les côtés généreux de son carac•
tère, et a réussi à le rendre
pres'(ue sympathique à nos
ieux.
Mais si, dans certains cas,
la postérité a lait preuve de
sévérité excessive et s'il y a
eu des figures historiques injustement calomniées, il est
peut-être dangereux de tomber dans l'excès contraire,
en voulant à tout prix excuser toutes les erreurs, absoudre toutes les légèretés et
blanchir indistinc:tement toutes les consciences.
Tel est le cas, ce me semble, de Mme du llarry, que
M. Saint-André, dans un fort
heau livre paru récemment,
nous montre sous un aspect
un peu dilférent de celui
sous lequel nous nous la. figurons. La du 0arry qu'il nous
présente est toute de tendresse, &lt;le séduction et de
charme, et ne resscmLleguère
moralemenl,, il faut l'avouer,
aux portraits que nous counaissions d'elle.
La perfection de corps cl
de visage de la favorite de
l.ouis XV ne faisait point de
t.loule, et nul n'm•ait jamais
contesté l'aurait irrésistible
de ses blonds chernux boucl&lt;!s, ni des longs cils bruns
qui ombrageaient ses yeux
bleus, alanguis et remplis de
caresses.
Mais si cette merveilleuse
beauté réunit l'unanimité
- Edmond el Jules de Goncourt, 1/istoire de 1llarit:-A11tometle. - Charles Vatel, 1/istoire de la
comles,e d" Barry, 5 ,·olurnes. - Ar~ène Jlous~ye, la ~omlt88t: _du /Jarry. - Émile Canlrel,
,, o,welles a la mcw1 sur la com/r,;He du Barry
lrouvee, dan, les Jmpiers du comte de"". '
Mémoires du comte d' E,pinchal .

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Madame Campan</name>
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                    <text>1f1STO'J{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - une des roues de la voitur~. On prit (( un
rafraîchissement » l't on laissa rcposrr les
ehcvaux: vers dix heures H•ulemt•ut on se
remit en marche : Lefebvre avait pris place
avec les dames sur la carriole; à la barrière
de la roule de Granville, il descendit, paya
les droits d'octroi sur le; deux bottes de
paille c1ue contenait la voiture et l'on pénétra
dans la ville sans autres incidents 1 •
C'était à l'auberge de Gélin, rue PavJe,
que, ~ur l'avis du· notaire, on avait décidé de
porter les fonds; Gélin était le gendre de ce
Lerougc, dit Bornet, que Le Chevalier employait quelquefois, mais la voiture se trouva
trop large pour pénétrer dans la cour de
l'auberge; un passage de troupes avait eu
lieu, ce jour-1.1, et la maison était remplie
de soldats. Il ne pouvait être question 1e s\
loger; mais, du moins, fallait-il laisser là les
deux sacs d'argent; tandis que Gélin faisait
le guet, la marquise, consternée de se roir
en pareil lieu, ne pouvant sortir de la cour
parce que la voiture barrait la porte, dut

assister au déchargement; deux hommes,
l'un en veste, l'autre en ,c pelande bleue '»,
s'empressaient autour de la charrette; ce dernier tenait une lanterne sourde : Lefebne,
Lerouge, Mme Acquet elle-même tiraient de
la paille les sacs qu'on bissait par la fenêtre
du rez-de-&lt;:haussée dans la maison. li semble
que lime de Combray éprouva là, pour la
première fois, le sentiment de sa déchéance:
elle se trouvait brutalement mêlée à l'une de
ces expéditions qu'elle s'était représentées
jusqu'alors comme de chevaleresques pas
d'armes, et ces coulisses du brigandage lui
faisaient horreur. « - Mais c'est une bande
de coquins! , dit-elle stupéfaite, à Lanoë',
et elle insista pour qu'il la fit sortir; il lui
fallut passer par la salle du cabaret encombré de buveurs. Enfin dans la rue, sans tourner la tête, elle s'en alla à l'hôtel des Trois
Marchandli, en face de Notre-Dame, où elle
descendait habituellement.
Mme Acquet ne connaissait plus ces hésitations; elle dut souper avec les recéleurs;

1. l11lerrog1toires de l.anol'. tic lime tic Combray.
de Guillaume, dil L:rnol', passim. Archi\'CS ,lu greffe
tlt! la l:our d'assises de lloucu.
~- lntrrrogatoire rie Guillaume, dit L1110l'.
5. 11. EtonL avec Lanoi; iJui portait mon paquet , je
lui 1li.i: c C'est une l;ande de coquins, il ne faut pa~
se m1'.-ler d'eux. • JI m'olJscn a qu'il ne ,·oulait pas
liti~srr sa rnilurl! ni ses cl1C\'t1U~; JC l'approuvai cl lui
clis de h·s reprendre et tic les 0011,luire i son auberge
accoutumée. • Interrogatoi re de :lime de Cornbra1.

I,_ • - IL Qu'est-ce que le sieur cl'.\chC ,ous a &lt;lit
lor~(fllt' vou~ lui parlâtes de~ mis de la diligcnce '.1 I\. li m'as,nra qu'il u•~· étoit pour rien et qu'il élail
toujours digne de mon estime. - D. A \'Oire&gt; retour
tic Bayeux a,·cz-vous dit il volrc lillr cl à Lefebvre
(1uc vous a\·icz vu d'.\ché't - 1\. Xon, je m'en suis
hicn gardée : je les ai laissés d111s la persuasion oit
ils Cto.ient qu'il l•to.it en Angleterre. 1 Interrogatoire
de lime de Combray ..\rchh·es du greffe de la Cour
d'as~ise!i de llouen.

on sut que, dans la nuit, elle eut uec Allain
une entrevue mystérieuse derrière les murs
de !'Abbaye-aux-Dames; Bureau de Placène,
le caissier des chouans, a.}'ant eu vent d'un
transport de fonds, les y retrou,·a après arnir
encaissé l'argent; ils se séparèrent après une
heure d'entretien.
On ne sait où coucha, cette nuit-là,
Mme Acquet; elle ne parut à l'hôtel des
1'rois-.llarrlwnds que quatre jours plus tard;
elle l' rencontra Mme de Combray qui revenait de Bayeux. Dans son besoin de réconfort,
la marquise avait voulu voir d'Aché et savoir
de lui s'il était vrai qu'Allain eût agi d'après
ses ordres; mais d'Acbé, comme bien on
pense, avait assuré sa vieille amie qu'il réprouvait d'aussi vils moyens et u qu'il était
toujours digne de son estime • ». Elle était
re\·enue à Caen, très marrie de s'être laissé
jouer par sa fille et par le notaire; elle ne
leur dit rien de son séjour à Baieux, sinon
qu'elle n'y avait pas vu d'Acbé et qu'il était
encore en Angleterre; puis, toute boudeuse.
elle partit pour Falaise par la diligence, ne
voulant pas foire route a\'ec sa fille. Celle-ci,
le même jour - c'était le jeudi 25 juillet prit une voiture faisant le service de Caen à
Harcourt et descendit à la Forge-à-Cambro
où l'attendait, avec sa charrette, Lanoë, rentré à Donnay depuis le lundi.

(A

PARIS AU X XVII

J• S!Ëcu:.

-

LE HO! SORTANT

ou

PALAIS DE jl'SrlCE APRËS li:-.E SÉA:,;'C.E ROH.LE. -

...,,. 336 -

suivre.)

G. LENOTRE.

(D',.1frës 1111 Jtssin J/1 ,\fllsu CJ1·11,naltt.1

BELLES DU VIEUX TEMPS
&lt;'l"

Madame du Barr:y

•

i

Par le Vicomte de REISET.

C'est une mode généreuse pourrait-on dire
&lt;1ue celle &lt;Jui consiste à tenter de réhabiliter
des personnages historiques trop séYèremcnt
jugés par la postérité, mais parfois cette générosité franchit les limites
admises et c'est arec une surprise toujours renaissante que
nous \'oyons successivement
éroquer à nos yeux étonnés
des personnages historiques
que nous avons peine à reconnaître tant ils s'écartent
et ils dilfèrentde l'aspect sous
lequel nous nous les étions
jusqu'ici figurés~
Est-&lt;:e à l'amour du paradoxe ou au souci de la vérité
((u'il faut attribuer celle propension singulière? c'est un
point sur lequel il serait peutêtre délicat de se prononcer,
mais la tendance existe d'une
façon incontestable et c'est
avec un sourire quelque peu
sceptique que nous V0)'Ons
maintenant tresser de::; guirlandes à des hommes que
nous regardions jadis comme
des criminels vulgaires ou de
simples scélérats. M. Henri
d'Almeiras a tenlC de justifier Hobespierrc et, si cette
étonna11le disposition doit
E'accenluer davantage, il ne
faut pas dé;espérer de ,oir
prochainement béatifier Fou!lu ier-Tinvillc, el mèmc canoniser Uarat !
Est-ce à dire qu'on ne saurait se montrer trop rude ou
trop sévère et qu'il ne faille
pas quelquefois témoigner de
l'indulgence pour les compromissions des uns et les défaiJ.
lances des autres? Je suis
loin de prùner un pareil ri~
gorisme, et je me plais à
reconnaitre que certains personnages, mieux connus et
mieux étudiés depuis quelSo1mcEs. - ,1/me Du Barry, par Claude Sailll-Audrû:
~ll1Lt: PHL, féui er l9u.11. - La Du /Jarry, !llr
Ed.mont! C'l Jde., de Goucourt: C1u.RJ&gt;t.HIER 181M
- Anec~olcs sur la comtesse Du ·lllirr!} , pa~
0cta1c l za,m~ : Qu.1.\TI\. 1880. - Pierre de
Nol11~e, .J/arie-A11loÎ1/tlle, daup/ti11e - Capefiguc,
Lows .\ V el la ,oczélé dit Xl'IIJ• sii:clc, 18f:ii.
VI. - HISTORIA. - Fasc. 43.

ques années it la suite de recherches consciencieuses, nous apparaissent aujourd'l1ui
tout autres que nous ne les avions jugés.
Je citerai comme un frappant exemple la

Z.u1oa, LE NÊGRE DE

Tatllau de

VAN

4~

1tbtE

DU BARRY.

Loo. (Musü Carnavalel.

.\/me Cm11p1v1, 1822. - Smwr1~01. - Sout•e1tir1
de WebeJ·, 182t. - Arsêue Hou55AJC, f.ouis .\ V,
188i. - LcscurC', Corrrspouda11ce secrète sur
la cour el. la i·illc, 1866. - llaurice Bouln
falo11r de Alorie~ l11loù1etle, 1006. - )Jax. &lt;le l~
l\veheteric , llisloire de lla1·ù-A11loi11ctte, tOOà.

-: ,llémoires

uu·s de Jlme J rgée-te Br1111,

remarquable étude que M. Funck-Brentano a
consacrée à Mandrin. L'éminent historien,
tout en respectant scrupuleusement la vérité
historique et en ne nous dissimulant aucun
des pillages ou des exactions
dont son héros était coutumier, a su faire ressortir en
maintes cir..:onstances les côtés généreux de son carac•
tère, et a réussi à le rendre
pres'(ue sympathique à nos
ieux.
Mais si, dans certains cas,
la postérité a lait preuve de
sévérité excessive et s'il y a
eu des figures historiques injustement calomniées, il est
peut-être dangereux de tomber dans l'excès contraire,
en voulant à tout prix excuser toutes les erreurs, absoudre toutes les légèretés et
blanchir indistinc:tement toutes les consciences.
Tel est le cas, ce me semble, de Mme du llarry, que
M. Saint-André, dans un fort
heau livre paru récemment,
nous montre sous un aspect
un peu dilférent de celui
sous lequel nous nous la. figurons. La du 0arry qu'il nous
présente est toute de tendresse, &lt;le séduction et de
charme, et ne resscmLleguère
moralemenl,, il faut l'avouer,
aux portraits que nous counaissions d'elle.
La perfection de corps cl
de visage de la favorite de
l.ouis XV ne faisait point de
t.loule, et nul n'm•ait jamais
contesté l'aurait irrésistible
de ses blonds chernux boucl&lt;!s, ni des longs cils bruns
qui ombrageaient ses yeux
bleus, alanguis et remplis de
caresses.
Mais si cette merveilleuse
beauté réunit l'unanimité
- Edmond el Jules de Goncourt, 1/istoire de 1llarit:-A11tometle. - Charles Vatel, 1/istoire de la
comles,e d" Barry, 5 ,·olurnes. - Ar~ène Jlous~ye, la ~omlt88t: _du /Jarry. - Émile Canlrel,
,, o,welles a la mcw1 sur la com/r,;He du Barry
lrouvee, dan, les Jmpiers du comte de"". '
Mémoires du comte d' E,pinchal .

�r--

111STO'/t1.ll

dans l'hommage, personne, toutefois, n'a\'ait

songé jusqu'ici à nous entretenir de ses généreuses qualités, ni de la délicatesse de ses sentiments. Son nouvel historien a pris
à tàche de nous dJmontrcr que ~a
séduisante héroïne avait été calomniée et que le moral chez elle ne
venait pas déparer le physique. JI

lades d'enfant gâté déridaient le vieu\ roi
11ue tous les plaisirs avaient lassé.
Sa naturelle bonté n'avait pas été altérée

nous affirme que c·~st avec une sys-

tématique malveillance que la postérité s'est acharnée sur son nom, et

il s'indigne de ce déchainement de
calomnies que rien, à l'en croire, ne
peul juslirier.
Peut-èlrc M. Sainl-.\ndré s'était-il
laissé émou\'Oir par le charme de
celle qu'il a voulu défendre; mais.
grâce it des documents probants, il
a fait bonne justice de bien des fâcheuses légendes dont elle avait été
victime, et ce qui ressort clairement
de celle nouvelle étude, c'est que,

malgré la l,~gèreté de sa conduite,
Mme du llarry n'eut pas la jeunesse
éhontée que lui allribucnt les pamphlets de l'époque. Lorsqu'elle quilla
sa province pour débarquer à Paris,
elle avait quinze ans à peine, et
son visage était aussi joli que le nom de
Lange lfu'dle portait à ce moment. Tout
conspirait autour d'elle « pour dresser des
embùches sur le chemin de sa beauté », et
sa vertu fragile ne tarda pas à trébucher. La
cbute était inévitable pour celle petite ouvrière en modes; mais, s'il faut en croire :;on
apologiste, elle resta la cc grisette » amoureuse
et coquette, el ne descendit jamais au rang de
courtisane ,·énale, comme nous la dépeignent
les nombreux libelles souffiés par Choiseul.
Une &lt;1 grisette JJ avec toutes ses qualités,
tous ses défauts et tous ses appétits, c'est, en
effet, ce que ~Jme du Barry semble être restée
durant toute son existence, et c'est peut-titre
ce qui peut l'excuser davantage à nos yeux!
Elle en gardera toute sa ,•ie les goùts et les
sentiments, et ne sera pas même troub!Ce par
celle étonnante fortune qu'elle n'avait jamais
rêvée et dont elle eût été incapable, à elle
seule, de préparer les moyens !
A Versailles, entre sa perruche favorite, sa
petile chienne Dorine, ou Zamor son négrillon, comme Drouais nous l'a peinte dans le
grand portrait que j'ai sous les yeux, elle
restera ce qu'elle était, insouciante et rieuse,
sans nul désir de s'immiscer aux affaires dont
s'accommodent mal sa cervelle d'oiseau et sa
tète légère. Une seule fois elle touchera à la
politique, et ce sera entre deux éclats de
rire qu'elle renversera le ministère: « Saule,
Choiseul! saute, Praslin ! &gt;J disait-elle en
jonglant avec deux oranges.
Elle s'occupa bien moins des Jésuites et
des Parlements que des fêtes dont elle était
la reine, des parures dont elle ornait sa
beauté, et des bijoux dont elle aYait la hantise. Vivre à sa fantaisie, satisfaire à tous ses
caprices el plaire à Louis Je flien-Aimé, telles
furent son unique ambition et son occupation
constante. Son irrésistible gaieté, ses hou-

..
":\larli, apparllt'D11at ik .\S•• ~
a&lt;"...,_tc,,r,. du f\ar&lt;r·

;et,'

par la violence des attaques dont elle fut
l'objet. Les chansons qu'on lui prodigua
n'aigrirent pas son caractère el ne lui imposèrent jamais aucun désir de vengeance. Elle
ne sollicita aucune lettre de cachet et c'est à
sa prière que l'on mit en liberté les auteurs
de la Belle Bourbon,wise qu'un couplet trop
hardi avait menés à la Bastille. N'était-elle
pas la première à rire de la chanson et au
besoin à la chanter au roi lui-même 1 c, Je
n'ai jamais fait de mal à personne JJ, dirai-elle à Fouquier-Tinville qui vient de la conJamner, lorsqu'elle comparait, apeurée, devant le tribunal révolutionnaire pour entendre
son arrêt.
Légende encore, nous dira son biographe,
que cette grossièreté de langage qu'on s'est
plu à lui attribuer et dont on a voulu souiller
sa jolie bouche. Che, tous les contemporains

TRAi.'lEAU UE J)l\u; DU BARRY,

(Collection dit

Vrc0}1Tf: DE

REtSET,

au chjteau de

Vic-sur Airne.)

Ce traineau, qui proviciit de LOU\'Ccicnncs, s·ornc

il. t·a\'ant du portrait de Zamor. La teinte de la ti2:urc
est du plus beau noir. Zamor porte une coillure dorec
et un hausse-col, doré egalement. L'interieur du trai neau est garni de damas crème avec crépines et
r..a]on::. d'or. Sa caisse est roug-c amaranthe. Il a la
~orme ct·unc conque. Le petit siège de !'arnl!rc, dcs_tme au wndnclcur. est ,·ccoul'ert de velours roug-c a
crcrincs d'or. Les Q"Uidcs tenue~ p~1r le conducteur
pa.~saicat Jans l'ouverture pratiquée au-dessu;; du
bonnet de Zamor, a1in de ne pas !!èner :\\me ùu
Barry, assise dans le traîneau.

qui nous ont parlé d'elle, on ne trouve pas la
moindre trace de cette injuste imputation!
On nous vante au conlraire son goùt incontestable pour les arts et son amour
drs belles choses. Et à l'appui de ces
dires on nous cite les chefs-d'œnvre
donl elle avait peuplé son pavillon
de Luciennes et qu'elle avait commandés elle-même aux plus célèbres
artisles.
D'Espinchal, dans ses Me'mo1res,
nous apprend même que les lettres
ne lui demeurèrent pas étrangères.
&lt;&lt; Depuis sa retraite, nous dit-il,
sa principale occupation après la
toiletlc devint la lecture. )J Enfin,
en parlant de Mme du Darr), Talleyrand Jui-mème !,:e départit de sa
malignité habituelle; il nous parle
non seulement de sa grâce triompbante mais encore du charme de
ses propos; et Belleval, peu suspect
d'indulgence, s'étonne de la Yoir acquérir si vite le ton et les manières
de la cour.
Tous ces portraits séduisants ,
nous croyons sans peine à leur exactitude, mais ces qualités attirantes
ne pourront jamais cependant surfire à innocenter la favorite du scandale caus6 pendant tant d'années à Versailles par sa seule
présence aux côtés de Marie-Antoinette et
des princesses de la maison de France, et,
malgré tout, le nom de Ume du llarry rappellera toujours de f:icheux souvenirs! Sans
doute, M. Saint-André, à l'aide de documents probants et de preuves convaincantes,
a lavé la chàtelaine de Louveciennes de nombreuses accusations, et l'inconscience de
Mme du Barry a droit à des circonstances
atténuantes, mais son biographe ne s'en est
pas tenu là. En se faisant l'écho d'un récit
purement fantaisiste, il a voulu faire jouer à
la favorite un rôle dont la hauteur n'était pas
à sa taille, et lui a prêté un héroïsme dont la
pauvre femme n'était guère capable. C'est sur
ce terrain-là que nous ne saurions le suirre.
C'était au plus fort de la Terreur, nous dit
celle étrange légende, et quelques jours avant
que Mme du Barr)', détenue i, Sainte-Pélagie,
montât sur la fatale charretle pour y faire
son dernier voyage. On sait comment, en
effot, au mois de mars i W3 (avec u □ e telle
imprudence qu'on peut à peine se l'expliquer), Mme du Barry avait quitté l'Angleterre, où elle vivait paisible à l'abri de tout
danger, pour rentrer en France et revenir
s'exposer aux fureurs populaires qui devaient
lui ètre fatales. Fut-elle attirée à ces dangers
par le désir de retrourer ses trésors enfouis
dans les jardins dé Luciennes, ses vaisselles
cachées, ses diamants et ses objets d'art,
restes de son ancienne splendeur 1 Fut-ce le
désir de rentrer dans ses bijoux en poursuivant les a·uteurs du vol dont deux ans auparavant elle avait été victime1 Ou bien, comme
on l'a prétendu, vint-clic remplir une mission
secrète et servir les intérêts du parti contrerévolutionnaire en allant chercher pour ses

HISTORIA

i
DROUAJS, PINXIT

CLICt&lt;f 1111.AU .. t

ce,

MADAME DU BARRY
PL 48

�,

___________________________________

MllDJUŒ DU_BAR}ft - - - ,

amis de nouveaux sub5ides? c'est ce qu'il
n'est guère possible d'affirmer de façon certaine. Ce qui est sùr, c'est que ses sympatbies
politiques bien connues, le respectueux
dévouement qu'elle avait montré à la
famille royale, le deuil qu'elle avait porté
ostensiblement ù la mort de Louis XVI,
tout, même ses relalions en France, se
réunissait pour la rendre suspecte. Son

plus grand désir, en voyant confisquer
ses biens et les dénonciations s'accumuler sur sa tète, avait été d'obtenir un
nouveau passeport pour retourner en Angleterre. liais il était trop lard et eUc
allait périr victime de sa témérité. Le
21 septembre l 7DS, elle était jetée en
prison; elle ne devait plus en sortir que
pour aller 1l la mort. C'est ici (JUe se
place l'épisode rapporté par son apologiste.
Durant les deux mois où elle resta au
secret, un ami dévoué pénétra auprès
d'elle et lui olTrit le moyen de s'évader
si clic pouvait fournir une somme assez
forte pour acheter la complicité de ses
gardiens: « Pourrez-vous sauver deux
personnes'! &gt;&gt; demanda la prisonnière.
Et comme on lui répondait que le plan
préparé ne permettait d'en saurer qu'une:
«Alors, reprit Mme du Barr}', ce n'est pas
moi qu'il faut faire évader, c'est Mme
de Mortemart 1• Voici un ordre sur mon
kmc1uier qui vous comptera la somme. »
Mme de Mortemart était la fille du
&lt;l11c de Ilrissac, commandant général de
la garde royale, gouverneur de Paris,
massacré devant les grilles de l'orangerie de Versailles, que l'alTection la plus
tendre unissait à la favorite et dont les septembriseurs étaieat venus un soirjcter la tète
sanglante dans son salon de Louveciennes.
La dernière pensée du duc avait été pour celte
maîtresse adorée tl laquelle il avait adressé
les derniers mots qu'il eùt pu tracer, et en
échange de cette lidèlc alTection, Mme du
Barry avait voulu, au prix de sa propre vie,
sauver celle de la fille de son amant.
1. Adlllaï1lc-Pau line-llosalic de Cossé-BriS5.1c, fille tic
Timolüon, duc de Brissar, massacré à Versailles, Cl de
Uclie )laucini de l\"cvcrs. Celte dcrnii&gt;rc élail clicmême fille du duc de fürc,mis cl d'llélêne de Pontd1arlrai11.
A1\élaïdc ùc Brissac êpourn, le 28 déccmLrc
1781, le duc de Mortemart, niuf en prcmiêrcs
noces tic An11c-l,;al1riclle d'Jlarcourl ~ !a11uellc i! s·élait

'

et la déclaration suivante est plus catégorique encore:
" Dès les premiers troubles de la Révolution, m'a dit la marquise d'Havrincourt, propre petite-fille de Mme de
~Iortemart, ma grand'mère avait émigré
avec ses enfants en Angleterre, où elle
habitait un cottage avec la duchesse
d'llarcourt i. Ce n'est donc pas à l'intervention de Mme du Barr) qu'elle dut
d'avoir la vie sauve. De plus, elle ne fut
j:imais détenue en prison, ni !t Sainte-Pélagie ni ailleurs. Ce récit est une pure
légende dénuée de toute espèce de fondement. 1&gt;
Nulle affirmation ne peut ètre plus
probante, pnis11ue la marttnise dïlavrincourt est la fille de Louis-Victorien de
Mortemart et se trouve être, par conséquent, la propre petite-fille de la duchesse
de Mortemart, née Brissac.
La favorite de Louis X\", d'ailleurs,
n'avait rien d'une héroïne de roman. et
nous ne saurions conclure avec 11. Saint_\ndré que !"anecdote rapportée puisse
t!tre, à défaut d'authenticilé, du moins
conforme à son caractère.
Si l'on en voulait douter, ses défaillances, ;l son heure dernière, sont là
pour démentir le généreux sacrifice
qu'elle eût fait dans des circonstances si
1ragiques ! - La petite modiste d'autrefois a pu ùtre bonne fille et même
msceptible de louables sentiments, mais
elle était incapab]e d'une pareille immolation, mèmc pour celle qui lui eùl
Cliché Leroy.
été la plus cltère. Sa pelite âme, un
MoNmŒNT ,\ Fm, LE srn1N DE i\brn ou BARRY.
peu rnlgaire, n'élait faite ni pour les granTerre cuite comma,iiëe à CLonroN
des choses, ni pour les grands sentiments.
par la comtesse en 1~72. ( llusie de Cluny.)
Elle n'appartenait pas à la race des grandts
dames qui montèrent sur l'échafaud, en
martyres résignées et en chrétiennes ; elle
montrer la complète inanité. Les descendants fut, au contraire, la première victime de
de la fille du duc de Brissac, le duc de Mor- cette époque sanglante qui ait eu peur de
temart, la comtesse Guy de la Rochefoucault mourir et tlui ait tremblé devant la guilet tous les autres m'ont donné formellement lotine. Elle aimait trop la vie pour avoir
Ic lémoignage que cc récit élail mensonger, fait ,·olontairemcnl le sacrifice de son existence. La mort lui sembla si alJ'rcuse et si
m;iriC ('U 177'!. Ile cc mnriag,; naquirent qu:tlrc !'nfonls: l°Casimir-Louis•Viclurnicn, 116 lc '10 mars li87;
ellrayante que, jusqu'au pied de l'échafaud,
'2° Emma, née en 1i!)ll , mariée ,111 duc de Bc.1u!ieu;
elle implora sa gdce avec des sanglots cl des
::; .. :\11lonic, nCc en 17!)1, mariée au manpm Je Furhi11-Ja11~on; 4° .\licia, nCt· en !SOO, mariêe au duc de
;,émissements, et, pour sauver du couperet
:\uaillcs; clic mourut en 1818.
sa tète char.mante et légère, sous la main du
'!. c·ctaît la mère de la première femme de sou
m.1ri cl elle l'affcclionuail Luul parliculiCrcmcul.
bourreau, elle se débattait encore!
Si touchante que soit cette tradition, elle
p1\:he malheureusement par l'invraisemblance et tout vient se réunir pour en dé-

VtCO)!TE DE

REISET.

�RETOUR DE L'ILE o'ELBE. -

/../après SrEUBEX.

P. DE PARDIELLAN

/:

Un épisode des Cenl--]ours

1

D'après la légende, la grosse fortune de la
maison Rothschild s'est faite au lendemain de
Waterloo; mais s'il fout ajouter foi aux dires
d'un banquier anglais, anonyme, auteur de
mémoires dont le Berliner Lokal An;;eiger

a publié des extraits, le seul retour de l'ile
d'Elbe aurait déjà valu des gains énormes
aux célèbres financiers. A part une allusion
assez obscure que Napoléon fit à ce sujet, en
présence de ses familiers, à Sainte-Hélène, il
n'existe aucune trace de l'épisode suivant,
mentionné pilr le banquier en question.
Celui-ci, très jeune en 1815, travaillait

comme petit employé dans les hureaux de
M. James de Rothschild, à Paris. Le 5 mars,
entre neuf et dix heures du soir, le personnel
de la maison se préparait à s'en aller, c1uand
la porte s'ouvrit brusquement, livrant passage au baron James, qui, tout elfaré, annonça le débarquement de Napoléon à Fréjus,
et sa marche sur Paris. (&lt; Louis XVIII, continua-t-il, ,,a se sauyer aussi \'Île que sa corpulence le lui permettra. Les ministres rédigent une proclamation emphatique qu'ils
feront afficher demain matin. Cc n'est pas

cela c1ui les sauvera. Une fois de plus, la stupidité des Bourbons va troubler la paix et
entraîner la France à de nouvelles guerres.
Vous n'ignorez pas, messieurs, que nous
avons dans nos caves cent millions en napoléons d'or. Il est évident que 'l'alleyrand et
Fouché ne reculeront devant rien pour se
faire bien venir dç l'empereur. Comme ils
savent le monlant de notre encaisse en or, il
est non moins évident qu'ils l'engageront à
s'emparer de celte somme, à titre d'emprunt
force. Comment nous tirer de là 1 La confiscation o"': cent millions entraînera la perle
de notre maison. Mon frère Nathan seul (qui
était l1 Londres) pourrait nous sauver; mais
comment le prévl!uir? 1)
La chose n'était pas facile, car les barrières éLaient fermées et gardties par ]a
troupe. Cependant, l'auteur de Cû récit ayant
appris qu'un Allemand nommé Schmidt,
courrier de l'ambassade d'Angleterre, était
autorisé à sortir &lt;le Paris pour porter des
dépêches à Londres, offrit à M. de Rothschild
de remplir auprès du baron l'\athan la mission qu'il lui plairait de lui confier. Quoique

très inter1oqué par la proposition que lui faisait cet employé à 1,500 francs par an, le
baron James condescendit à lui exposer que
ce Schmidt avait refusé les dix mille francs
qu'on lui avait offerts s'il wulait se charger
d'emporter une leurc à l'adresse de son frère
Nathan, el que, par conséquent, il était superflu de renouveler une tentative auprès de
lui. ~fais J'auteur ne se laissa pas convaincre
et insista auprès de son patron, déclarant
nettement qu'avec de l'argent et une lettre
d'in'troduclion, il se faisait fort de remplir la
mission.
Gagné par sa &lt;:haleur et se disant, en
somme, qu'il ne fallait dédaigner aucune
chance de salut, le baron James lui fit donner
de l'argent et lui remit un chilTon de papier
avec ces mots griffonnés en hébreu : cc 'l'u
peux te fier entièrement au porteur. l&gt; Avant
de suivre l'auteur dans sa course ,·ertigineuse, il importe de remarquer que cet
homme était un passionné joueur d'échecs.
Dès qu'il avait une minute de loisir, il se
précipitait au café de la Hégence, où il engageait, sans tarder, une partie avec le courrier

I

\

�1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~chmidt, lequel avait au même degré que
lui Je culte de ce jeu, noble enlre tous ..\
force de s'escrimer l'un contre l'autre, res

deux jeunes gens étaient dcrenus une paire
d'amis, plus que cela, de vrais inséparables.
L'auteur, qui, évidemment, n'était pas Je
premier venu, a\'ait entrevu dès le nom de
Schmidt prononcé le parti qu'il pourrait
tirer de la communjluté de leurs goùts. Au
sortir des bureaux de ~r. de Roth~child, il se
rendit au caré de la Hégence et demanda
qu'on voulût bien lui prê!er un jeu d'échecs .
Oe Jà, il s'en alla trouver son partncr. Celuici, tout n·aturellement, s'empressa de lui conter ses peines, c'est-à-dire l'obligalion oll il
était de faire le vopge de Londres . ~on moins
naturellement, l'autre lni proposa de l'accompagner, histoire de faire d'interminables
parlies en vue de rompre la monotonie de la
roule, et finalement l'entortilla de Ja façon
la plus merveilleuse. Schmidt ne demandait
qu'à se laisser convaincre, et bientôt l'émissaire de M. de r.othschild fut installé en face
de lui, dans une conl'oriahle chaise de poste.
An dernier relais avant Iloulogue, l'auteur
s'a,·rangea pour provoquer un accident &lt;le
voilure (il avait enlevé l'écrou d'une roue).
Tandis que ce pauHc innocent de Schmidt
s'échinait à faire faire les réparations nécessaires, son ami, qui, véritablement, n'était
pas digne de ce titre, enfourchait le premier
cheval venu, partait au galop cl, d'une seule
traite, gagnait la ville, après 3\'0ir parcouru
les dix milles qui la séparaient du lhbilre de
l'accid~nl. C'était, on l'avouera, une chevauchée peu ordinaire pour un homme qui.
peul-être, montait à cheval, ce jour-1~, pour
la premil·re fois de sa vie 1 ou qui, du moin~.

ne devait pas être entraîné 11 cet exercice
violent.
Le rniei donc à Boulogne, 011 de nombreux
obstadcs se dressent devant lui, sous forme
de sentinelles postées de distance en distance.
Des pièces d'or, semées adroitement, lui
frayent un chemin. Il se jctle dans une barf(U~ de contrebandiers qui semble préparée !1
c.on intention - comme dans les Trois MousquelaÏl'es - et. poussé par un vent favorable, s'éloigne de la rire. Quelques heures
plus tard, il débarque à Douvres, se fait donner une voiture allelée de quatre vigoureux
postiers et repart à une allure folle. Enfin, à
cinq heures du malin, trente heures après
arnir quitté Paris, il sonne à la porte de
M. Xalban de Rolhschild, lequel, sur le premier moment, n'esl pas autrement enchanté
d'être ré,·cillé à une h1,ure si matinale.
&lt;&lt; Tiré brusquement d'un profond sommeil
et informé de la catastrophe à laquelle sa
maison était exposée, il garde tout son sangfroid et, après une minute de ré/lexion, me
donna les instructions suivantes : C! Vous allez
retourner en toute hâte auprès de mon frère .
Ne vous laissez pas surmonter par la. fatigue
et arrivez à Paris arnnl J\apoléon. Soyez Lien
persuadé que vous n'obligez pas des ingrats.
Je ne vous en dis pas da\'antage, car Je moment n'est pas aux remerciements. Et maintenant, retenr z mes paroles. Le règne de
Napoléon sera éphémère. L'armée se dédarrra évidemment pour iui, mais la nation,
lasse de si nombreuses guerres, ne la suivra
pas . Le problème consiste pour nous à faire
disparaitre notre or, sans nons brouiller avec
l'empereur. ~ous n'avons rien it payer d'ici
quelque Lemps 1 mais les hillC'ls et valeurs vont

subir une dépréciation; par conséquent, l'or
fera prime. Notre ligne de conduite est donc
tracée : nous n'avons qu'à échanger notre
mélal contre des billets el des valeurs et à
garder le tout dans notre caisse jusqu'au
jour oll le calme aura succédé à la tempête.
Il est bien entendu que mon frère devra
assister à toutes les réceptions des Tuileries,
quitte, si on lui demande de l'argent, à répondre qu'il n'en a plus:. ~t maintenant,
partez, mon garçon, et rentrez ù Paris aussi
vite que possible. »
Lorsque le jeune homme allait sortir, le
baron .\alhan le rappela el lui demanda combien de temps il faudrait à Schmidt pour arri\'er à Londres. Sur la réponse qu'il ne pourrait pas y être avant neuî ou dix heures du
matin, M. de flothi:cbild en,·oya son agent
prévenir lord Castlereagh (alors ministre des
affaires élrangères) des én'•nemcnts qui se passaient en France.
&lt;c Comme mus n'avez pas de passeporl,
ajouta-t-il, et que j'en ai plusieurs signés eu
hlanc, je vais vous en donner un. Passez. par
Calais; ce sera plus prudent, car, à Boulogne,
on vous arrètcrait probaLlement. ))
Tout ceci fut exécuté à la lettre, cl le
8 mars, à une heure de l'après-midi, notre
homme remit au baron James les instructions
de son frère. Elles furent si exactement suh·irs
que Je jour où l'empereur rentrait 11 Paris il
n'y avait plus un centime dans les caisses de
la maison Rothschild.
Les plans de Tallei·rand et de Fouché étaient
d~joués, mais pcndaut la courte durée de son
deuxième règne, Napoléon J~r ne témoigna
ni mécontentement ni ressentiment à M. de
Rothschild.
P.

Preuves et épreUl!es

J'ai ouï faire un conte aux anciens, d'une
dame qui était à la cour, maitresse de feu
M. de Lorge, le bon homme, en ses jeunes
am, l'un des vaillants et renommés c.1pilaines des gens de pied de son temps. Elle,
ayant ouï dire tant de bien de sa Yaillance,
au jour que le roi François premier faisait
combattre des lions en sa cour, voulut faire
preuve s'il était tel· qu'on lui avait fait entendre; et pour cc, lais~a tomber un de ses
gants dans le parc des lions, étant en leur
plus grande furiei et Hi-dessus pria M. de
Lorge de l'aller quérir, s'il l'aimait tant
comme il disait. Lui, sans s'étonner, met sa
cape ~m poing et l'épée à l'autre main, et
s'en va parmi ces lions recouvrer le gant. En

DE

BRANTŒIE.

3.:p -

VUE DU CHATEAU DE VERSAILLES, DU COTE DES JARDINS- -

Gravure de

Ni':E,

a·après le

CHEVALJE:R DE L'ESPINASSJ,:,

FRANTZ FONCK-BRENTANO
~

PARDlELLAN.

quoi la fortune lui fut si favorable, que, fai- et faire preuve de leur valeur, ou les y poussant toujours bonne mine et montrant d'une ser davantage, que non pas faire de ces sotbelle assurance la pointe de son épée aux tises.
lions, ils ne l'osèrent attaquer. Et ayant reJI me souvient que, lorsque nous allàmcs
couvré le gant, il s'en retourna dcvrrs sa assiéger Rouen aux premiers troubles, mamaîtresse et lui rendit; en quoi elle et tous demoiselle de Piennes, l'une des honnêtes
les assistants l'en estimèrent bien fort. Mais filles de la cour, étant en &lt;loure que feu
on dil que, de heau dépit, ~J. de Lorge la M. de Gergeay ne fùt été assez vaillant pour
quitta pour avoir von lu tirer son passe-temps avoir tué lûi seul, et d'homme à homme, le
de lui et de sa valeur de telle façon . Encore feu Laran dïngrande, qui était un des \'aildit-on qu'il lui jeta par beau dépit son gant lants gentilshommes de la cour, pour éprouau nez, car il eùt mieux voulu qu'elle lui ver sa valeur lui donna une faveur d'unr
eût commandé cent fois d'aller enfoncer un écharpe qu'il mît à son habillement de tète;
bataillon de gens de pied, ol1 il s'était bien et, ainsi qu'on vint pour reconnailrc le forl
appris d'y aller, que non de combattre des de Sainle-Catherine, il donna si courageusebêtes, dont le combat n'en est guère glorieux. ment et vaillamment dans une lroupe de cheJe crois que telles femmes, par tels essais, vaux qui étaient sortis hors de la ville, qu'en
se veuJcnt défaire ainsi gentiment de leur.;; Lien combattant il eut un coup de pistolet
serviteurs, qui, possible, les ennuient. Il vau- dans la tête, dont il mourut roide mort sur
drait mieux qu'elles leur donnassent de belles la place; en quoi ladite demoiselle fut satisfaveurs, et l~s prier, pour l'amour d'elles, faite de sa valeur, et, s'il ne fùt mort sur le
les porter aux lieux honorables de la guerre coup, ayant si bien fait, elle l'eùt épousé.

~

•

L'Affaire du Collier
XXIV

Le coup de foudre (snite),
Mme de la Motte voyait approcher le terme
du 1er août où devait être fait le premier
payement de 400.000 livres. EUe avait vu,
chez le cardinal} Baudard de Sainte-James,
trésorier général de la marine, et savait que
celui-ci était attaché au cardinal, fort entiché,
par surcroit, de Cag]ios~ro, en_ relation enfin
avec les Bühmer. li avait marié sa fille avec
le marquis de Puységur, un adepte fervent
de Cacrlioslro et de Mesmer. « Sainle-James,
dit M~e Vigée-Le Brun, était financier dans
toute l'étendue du terme. C'était un homme
de moyenne grandeur, gros et gras, au visage
très coloré, de cette fraicheur qu'on peut
avoir à cinquante ans passés quand on se
porte bien el qu'on est heureux. 1&gt; Dans son
hôtel de la place Vendôme, dont les salons
immenses étaient entièrement tapisséa de

glaces, il donnait des dîners de cinquante vous à. Sainte-James. Pour lui, cent mille
couverts où la nohlesse et les lettres étaient écus ne sont rien. &gt;&gt; Rohan en parla au finan~
brillamment représentés. Sa magnifique pro- cier. li tombait bien.
priété de Nenilly reçut du peuple le nom de
11 Prêter 400 000 livres pour payer le col&lt;t Folie-Sainte-James )), à cause du 1uxe
lier; mais le collier esl fait de 800 000 livres
inouï. li y organisail des soirées où l'on que j'ai prêtées! J&gt;
jouait la comédie, où l'on tirait des feux d"arEncore Sainte-James consentirait-il à cette
tifice, où tant de personnes étaient invitées nouvelle avance, mais, rendu méfiant par
que l'on se croyail dans une promenade pu- l'aventure du fermier général Béranger, il
Llique. Sainte-James étail très ambitieux, désire qu'une lettre, ol1 la reine demanderait
avide de protections puissantes à la Cour; l'argent, demeure enlre ses mains. li n'y faut
il rêvait, non du ruban, mais du cordon donc plus songer.
rouge. C'est lui qui avait jadis prêté aux
Cependant on arrivait à la fin de juillet.
Bohrner les 800.000 livres avec lesquelles ils Mme de la Motte devient agitée, nerveuse.
avaient acheté les diamants du collier, pri- Comment reculer le terme du paiement.?
mitivement destiné à la Du Barry de qui c&lt; Que signifient, lui dira maître Target, ce
Sainte-James avait escompté la faveur.
trouble de votre maison, ces agitations du
Mme de la Motte dil au cardinal: « Je vois 27 juillet, où vous sorte, précipitamment de
la reine embarrassée pour le rnrsement du chez vous, où vous ne revenez ni dîner, ni
1er aoùt. Elle ne vous l'écrit pas pour ne pas souper, ni coucher; où vous vous réfugiez
vous inquiéter . J'ai imaginé un moyen de lui chez des amis et ne voyagez que la nuit? )J
!!tire votre cour en la tranquillisant. Adressez- Ce jour, 27 juillet, elle fait chez le notaire
- 343 ..,.

�r--

fflSTO'R,.1.ll

Minguet, en déposant des diamants C( d'une
immense valeur l&gt; , un emprunt de trentecinq mille livres. Le 51, elle lait porter chez
le cardinal une lettre signée (1 Marie-Antoinclle 1&gt;, ol1 il est dit que les quatra cent
mille livres promises pour le lendemain ne
pourront être payées que le ter octobre, mais
qu'i1 cette dale il serait fait un paiement dl!
sept cent mille livres en une fois, moitié de
la somme totale. Cette fois, l'inquiétude commence it pénétrer dans l'esprit du prélat.
!lais le lendemain une femme de chambre
vient l'appeler de la part de la comlcsse.
Celle-ci, de ses paroles insinuantes, s'efforce

de calmer ses esprils. Et la conriancc lui
revient quand lime de la Molle lui tend une
somme de trente mille li\ res, intérêt à V&lt;'rser
1

aux joailliers pour les srpt cent mille livres
dont le paiement était reculé en, octobre. Le

cardinal, qui croyait toujours Mme de 1a
Molle dans la misère, ne doute pas que celle
somme ne lui ait été remise par la reine. Le
juillet, il voit Jes joailliers, qui accueillent
très mal la proposition du délai. lis protestent avec vivacité et n'acceptent les trenle
mille livres qu'en acompte sur ft,s quatre
cent mille qui leur sont dues immédiatement 1 •
li est urgent qu'ils soient payés, disent-ils.
Sainte-James, leur créancier, de,,ient pressant
et les intérêls qu'ils ont à lui verser les accablent. Le cardinal craint un éclat. L'attitude
des lli.ihmer rendait en effet la 1-ituation extrêmement critique. L'histoire de Mme de la
Motte fait voir en elle une incroyable inconscience, qui fait d'ailleurs sa hardiesse et sa
force . Elle ne voit le danger que quand il est
immédiat et, alors .seulement, cherche à y
parer. En hâte elle fait revenir son mari de
Bar-sur-Aube, où le comte, dans une insouciance parfaite, menait un train royal; puis,
elle combine un coup si hardi, déno l:rnt une
vue si claire des caraclèr('s et de la situation,
qu'une fois de plus on ne peut retenir un cri
de surprise devant ce génie d'intrigue. Le
5 aoùt, elle envoie le Père Loth chercher Ilassenge et lui dit hardiment : (( Vous êtes
trompé. l'écrit de garantie qne possède le
cardinal porte une signature fausse; mais le
prince est assez riche, il payera. D
Parmi ces manœuvres longues, compliquées, conduites avec tant de suite et d'une
main si sùre, c'est ici le coup de maître. Mis
dans cc moment, brutalement, en face de 1a
réalité, épouvanté par la pcrspectire du scandale d'un procès certain, par l'effroyable
honte qui allait rejaillif sur lui Je la scène
du bosquet, à propos de laquelle le procureur du roi lui dirait qu'il avait été entrainé jusqu 'à la lèse-majesté, le cardinal,
qui avait des ressources très grandes, ne
devait pas hésiter à payer les joailliers et à
étouffer toute l'affaire. Et il n'eût pas hésité,
et Mme de la Motte et son mari eussent joui
tranquillement du fruit de leur larcin! Ceci

;;o

. 1. Ces f~it.s, d'après_ le mémoire des joailliers, les
rnterrogalo1res du carrltnal, le plaidoyer de M~ T:iro-et
et les notes qt!C cel_ui-ei r~unit et &lt;JUI sont consen·~es
dans son does1er.8tbL. 11 • de Paris, ms. de !a rt'~en•e

L' JlFF.!11~E
n'est pas une h} polhèse; on a les déclarations
du prince de Roban : « li entrait dans les
projets de Mme de la !lotte, dit-il, de déclarer elle-même que la signature était fausse.
Elle se flattait de m'avoir réduit par ses
adroites manœuvres à payer le collier sans
oser me plaindre. Et j'aurais certainement
pris le parti de m'arranger arec les joailliers,
('n sacrifiant ma fortune et en employant le
secours de mes parents !. n
Malheureusement pour Raban et pour
Jeanne de Valois, les bijoutiers, par timidité,
n'osent affronter le cardinal. Instruit, par son
collègue Bass('ngc, des paroles de Mme de
la Molle, lJiihmcr, en proie aux plus vi\'es
alarmes, court I,~ même jour à Versailles,
s'efforçant d'obtenir une audience de la reine:;.
Il ne peut voir que la lectrice, ~Jme Campan,
qui lui dit :
\( Yous êtes la ,•ictime d'une escroqu('ric,
jamais la reine n ·a reçu le collier . o
Au moins, à présent, les joailliers iront-ils
hardiment faire au cardinal la déclaration
que lime de la Molle leur a conseillée? Jusqu'au bout leur conduite déjouera ses calculs.
Le même jour, 5 août, Mme de la Moite
mandait Hétaux de l'illellc, le pressait de
fuir, lui remellait 4000 livres pour son
voiage. nétaux fait charger ses malles sur un
cabriolet ffUÏI a loué chez Hinnet, sellirr,
rue Saint-Martin . Le cbeval appartient à La
Motte. Il vient souper rue Saint-Gilles, gaiement, jusqu'à minuit, et comme les meubles
de la maison sont d~jà emballôs, à l'exception du lit des époux La Molle, Rétaux va
s'installer dans son cabriolet qu'il a fait
entrer dans la cour et part à deux heures du
malin. li prend le chemin de l'Italie, en passant par la Suisse.
Enfin, ce mème jour, 5 août, Jeanne envoie Rosalie chez le cardinal pour le presser
de venir la voir. Le cardinal a fait défendre
sa porte, mais la femme de chambre insiste,
le suisse la laisse monter. Le cardinal se
rend ru e Neuve-Saint-Gilles. n J'ai des ennemis, lui dit-elle, je suis accusée d'indiscrétions et de van/crics; d·un momrnt à l'autre
je puis être arrèlée; on m'a fait espérer, si
je quille Paris, que peut-être on cessera de
m'apercevoir oll je suis cachée. Je devrais
êl re partie. Juscru e-là je tremble. l~n attcn•
dant que mes ~lfTaires soient terminées ici et
que tous mes meubles soient enlevés, accordez-moi, de grùce, un asile dans votre
hôtel. )J Rohan, confiant jusqu'à la dernière
minute, lui ~it qu'il est prêt à la recevoir
avec son mari.
Dans la journée, elle avait donné un diner
oil elle avait reçu le comte de Barras, sa sœur
Marie-Anne qu'elle avait décidée à Yenir à
Paris, un neveu, et d'autres personnes. Il ne
fallait pas que son trouble intérieurse trahît.
Mais entre onze heures et minuit, après
qu'elle a fait éteindre toutes les lumières
par le portier, elle ouvre la porte doucement,

sans bruit, et glisse comme une ombre,
suivie de Rosalie.
ci Le tremblement, dira Me Target, se
montre dans tous vos pas . Les ténèbres ne
suffisent pas pour vous rassurer contre les
regards; vous craign('z jusqu'à la chandelle
de rntre portier; vous ne sortirez que lorsque
tout le monde sera sorti de sa loge et quand
la lumière sera éteinte; le capuchon de vos
mantelets vous couvrira le visage à l'une el
à l'autre; et c'est ainsi que vous parcourez
mystérieusement, dans l'ombre, la solitude
de celle parlie du boulevard qui vous conduit
à l"botd de Il. le Cardinal où vous allez
prendre refuge. l) Huc Vieille-du-Temple, elle
trouva son mari : c&lt; Le sieur de Carbonnières
nous conduisit dans une chambre qui avait
élé occupée par le sieur abbé George!. ,,
Par cette dernière rnanœuvre, Ume de la
Motte cro}'ait lier définitivement son .sort à
celui de Rohan, établir sa bonne foi : " Si
elle n'avaif pas agi de bonne foi, serait-elle
Yenne ainsi se livrer au prince1 J)
Le 4 aoùt, lendemain de la double déclaration laite par Mme de la Motte et par !!me Campan, Biibmer est appelé à l'hôtel de Strasbourg C'est Bassenge qui y va. Il désire
s'expliquer avec le cardinal, mais, intimidé,
il n'ose encore dire franchement ce qu'il a
sur le cœur, répéter ce qu'il lui a été déclaré
la veille, parler d"un faux. li demande seulement:
C{ Son Éminence est-elle certaine de l'inLrrmédiaire qui a été placé entre die et la
reine? lJ
Bohan voit la surexcitation du joaillier l't
en est effrayé. li faut le calmer. Il serait
capable d"aller jusqu'au roi lui révéler le
secret. nohan lui propose de remettre entre
ses mains le titre contenant les conditions du
marché, revêtu de la signature C! MarieAntoinette de ~·rance &gt;J . Ce sera sa garantie.
Mais immédiatement Bassenge comprend
qu'en cas de duperie cette seule garantie
qu'il a n'en est une qu'en demeurant dans
les mains du cardinal qui lui sert de.caution.
Le cardinal a Leau insister, il refuse de
prendre le billet.
Bassenge reparle de ses inquiétudes ; ses
créanciers s'impatientent, Sainte-James qui
lui a avancé sur le collier 800 000 livres ....
L·angoisse serre le prince Louis à la gorge;
à tout prix Bassenge doit être rassurl•.
&lt;! Si j e vous disais que j'ai traité directe•
ment avec la rei~, seriez-vous content?
- Cela me donn erait la plus grande tranquillité.
- Hé bien, j e suis aussi sûr que si j'avais
traité directement. »
En eflet Rohan n'a-t-il pas vu Marie-Antoinette à Versailles, le soir, dans le bosquel?
la reine ne vient-elle pas de lui faire remettre
50 000 livres? n'a-t-il pas reçu de nombreuses lettres d'elle?
Bassenge répond qu'il demeure inquiet.

1. lnt crr. de Rohan, publié par }[. Campardon,
p. ':223; confrontation à lïnspecteur Quidor, Ardt.

entrant à la Bastille, fut : « J"ai été trompé, j('
payerai le coll ier. »
3. DJclaration de Ilühmcr cl llssse11gc, Arch. 11al.,
Fi/441-~, 13.

1

,ml., X", B/ 1417; )lémoire de lfe T11rgt!l. Collection
complète, IV 1 177. - I.e premier mot du all'll inal,

c&lt; Je ferai représenter à Ja reine combien
ces délais sont nuisibles à vos intérêts. »
ÜJssengc se défie de l'intermédiaire. Sainte•
James est de plus en plus pressant.
&lt;c Je prendsdoncl'eagagement, dit Rohan,
d'obienir du trésorier de la marine qu'il
patirnle pour les pa)'emenls. )&gt;
Cc sont ces mots qui calment le négociant
et il prend congé.
A la suite de cette entrevue angoissante le
prince Louis dicta à Liégeois, l'un de ses
valets de cbambre, un billet où se peignent
ses tourments et qui a été retrouvé parmi ses
papiers. Le voici avec les indications qui
permettent d'en comprendre les termes.
Ell\"o~-J chercher B[assenge], qui soupçonne que
c'est pour lui parler clu même objet (le collier).
Il m'a demandé commer1t il devail répondre. Je
lui ai dit qu'il se garde bien de
foire aucunè ronfi /cncc, qu'il
del"aÎl di1'e qu'il a\'aÎL env,1\é

Entrée avec son mari dans ce petit appartement de l'hôtel de Rohan dans la nuit du
3 au 4 août, Mme de la !lotte en sortit le 5;
le 6 elle partait pour Bar-sur-Aube.
Elle prenait le chemin de son pays natal,
l'esprit rassuré. L'orage en éclatant tomberait
sur J\ohan, qui n'hésiterait pas à le dissiper
en payant les joailliers. D'ailleurs, la négociation n'avait-elle pas été faite directement
entre les marchands et le cardinal? Il n'y
avait pas raison de s'alarmer.
Quand les commissaires du Parlement objectèrent dans la suite à Rohan, que si la
dame de la Motte eût réellement fait imiter
la signature de la reine et rendre les diamants
à son profit, elle n'ellt pas déménagé au
vu et su de tout le monde pour aller à Barsur-Au be et se fût plutôt retirée en pays

l'objl'l rn question à l'étranèr
el que ji&gt; lui rt·comm:rn1lc ab50lumcnl le gerrct rl de ne f.iire
:rncune confidenci&gt;. Il m'a a firmé et n!pété ;J plusicms l'C'prisL'S
que sa vie n'était plus qu'un
lour1nenl dC'puis qu',I il\'nil p1 i:;
la li!lt'r!é tl'éc1·in:1 ii ... ( a rein,,)
, 1 1111'il lui rivait été dit l'flr' C.

(J/111e Cnmpan) &lt;111e le mailrc

(/tt 1·ei11e) 11e s 1,·:iit ce &lt;pic ci&gt;s
gcns-1~ (les Bühmer) \"Oulaicnt

dire. Que la lète lui lournail.
Cet eusemble des choses pourr:iil
aus~i faire tourner la mienne,
si cr n'était si1r que le mo~en
propo.~t.\ (la démarche aupri:s de
Sainlt-James) :1rrange louL pour
le présent el le futur. D'aillem·s l,t
J)C'rsonnc que je propose (SainfeJctmes ) est in struilc dr !nul

parce que débiteur (Les Bülimer)
n·n pu fc.irc nutremr.nl. Ain~i
cela ne change rieu à l'ordre dt'S
cho~cs et au contr,1irc fera naître le ealrue oil est actuellement
le Lroul,lc et le tlés1·~poir 1.

Le cardinal \'it elfccti,·ement Baudard de Sainte-J,1mcs. Il le rencontra dans le
monde, r □ une soirée. Tous
deux se promenaient sur la
terrasse parmi les invités. Le
cardinal supplia le financin
de ne pJ.s presser les bijoutiers el, pour le rassurer, il
lui confia qu'il venait de voir,
écrit de la main de la reine,
&lt;Ju'ellc avait 700 000 livres
pour Jes llühmer. Ruban faisait allusion à la prétendue
lellre de Marie-Antoinette que
Mme de la Motte lui avait
montrée en lui apportant les
30 000 livres d'intérêt sur la somme à verser
ultérieurement! .
1. Bibl. v. de Paris, doss . Target. C'est celte note,

su r laquelle R_ohan ne voulul pas s'expliquer au cours
du procès, ~n'il appelle la « riote informe ».
2. Les fo11s des 3 el 4 aofit 1785, d'a11rès les inter-

Gral'ure d'llubert, d'après L. M. Van Loo.

étranger, Rohan répondit très justement :
« La conduite de ladite dame de la Motte
rogatoires, confrontation~ et récolements du procês,
A1·ch. 111ll., X'! ll/14li, et d'après les notes des dos~iers Target et 8ül11ner, Bibl. v. de /lmis, ms. dc la

réserve.

DU COUTE~ - - ,

n'est pas si inconséquente qu'il semblerait au
premier abord. Elle croyait m'avoir tellement
enveloppé dans ses artifices que je n'oserais
rien dire, et de fait, les manœuvres sont tellement multipliées que j'aurais préféré payer,
ne rien dire et laisser Mme de la !lotte jouir
du fruit de ses intrigues. J)
« Quelle conduite plus naturelle, plus
habile, plus prudente, pouvait donc tenir
Jeanne de Valois? ohserv8 Me Labori. Fuir,
c'est s'accuser, donner à Rohan peut-ètre le
moyen de se déga~er. Rester, c'est condamner
Rohan à arrêter l'afiàire à tout prix, à payer
Biibmer, à se charger de tout. Que peut-elle
craindre en effet? Rohan n'est-il pas un peu
son complice, par son audace à s'élever jusqu'à la reinr, par cette crédulité naïve de
cette entrevue simulée, par cette correspondance ir1Yentée à plaisir? Encore dupe, Rohan ne peut
vouloir perdre la reine; désabusé, il ne peut affronter
une accusation de lèse-majesté, affronter l'échafaud:;. l)
De fait, noLan hésitait. Son
Hprit élait ballotté enlre des
incerlituJes cruelles. Laquestion qui lui avait été posée
par le joaillier, le hanlail. li
s'était efforcé de rassurer IlObmer; mais lui-même n'était
guère rassuré. Et voici q11e
l'escroquerie va lui apparai/re
dans son plein jour quand,
comparant pour la première
fois l'engagrm'ent signé (C Marie-Antoinette de France ,,
qu'il a entre les mains, avec
des billets de la reine qui lui
sont confiés par quelques-uns
de ses parents, il ne lrome
entre les écritures aucune ressemblance.
Cagliostro, son conseill1'r
habituel, e,t appelé auprès de
lui. L'alchimiste, pour une
fois, laisse de rùté les Jumières du grand Cofle, de l'archange Michaël et du bœuf
.Apis. Très perspicace, il démêle l'intrigue. &lt;r Jamais, dit
Cagliostro à floban, la reine
n'a signé Afarie-Anloinetle de
France. Sùrcment vous êtes
trompé. Vous êtes victime
d'une friponnerie et n'av('z
qu'un parti à prendre : aller
vous jeter sans retard aux
pieds du roi et Iui conter cc
qui s'est passé. »
Cagliostro de,·inait-il l'avenir? Dans le présent il parlait
d'or. Nous venons d'indiquer
le moment critique dans la vie de MaricAntoinette, celui où l'arrivée du Contrôleur
3. Fernand Lahori, Confê.rence des avocals, 20 nor
188~.
Alph. Karr (le Figaro, 11 j&lt;lnl'. 1800) d1h-eloppc
des considtlrotions identiques.

�, . _ 111STOR,_1.ll

L' JlFF .111]tE DU COLZ.1E]t _ _ .,.

général l'empêcba de questionner Bühmer
sur le billet qu'il lui remettait: nous voici
au moment critique dans la vie du cardinal.
Eûl-il suivi le conseil de l'alchimiste, l'effroyable scandale était évité. Il était dans une
perplexilé douloureuse. Et c'est encore sa
bonté qui l'arrêtait. Il hésitait à jeter dans
les fers cette jeune femme, une Valois. Elle
avait été poussée à bout pa'r la misère.
« Eh bien, si je le fais, répond-il à Cagliostro, cette femme est perdue.

- Si vous ne voulez pas le faire, un &lt;le
vos amis le fera pour vous.
- Non 1 non, laissez-moi réfléchir. l)
&lt;&lt; J'étais dans la perplexité sur le parli
qu'il me convenait de prendre, incertain s'il

27 juillet 1785, à l'abbé George!, son vicaire
général à la grande aumônerie, pouvoir de
disposer de tous les bénéfices dépendants de
l'évêché de Strasbourg. de l'abbaye de SaintVaast, de celle de la Chaise-Dieu, du prieuré
de Soucillange et d'accorder toutes lettres de
nomination.

A Ilar-sur-Aube, Jeanne donnait des fèles
éblouissantes. C'était un luxe fou. Avec son
mari elle va aux réceptions organisées par
les seigneurs de la contrée. A Châteauvillain,
le duc de Penthièvre l'accueille avec les plus
grands égards . {! Lê prince, dit Beugnot, la
reconduisit jusqu'à la porte du deuxième

jardins de l'abbaJ"e. Le ciel était rempli de
lumière. Le soleil avait disparu derrière les
hauteurs boisées qui enserrent Clairvaux. Les
arbres que porte la colline se découpaient en
dentelles noires sur un fond pourpre et or,
avec des coulées de cuivre vert, flamboyant ;
mais la vallée était dans l'ombre. Seules les
cimes des peupliers et des sapins émergeaient,
d'un jaune orange, comme trempées dans du
safran. Peu à peu la lumière s'est apaisée, le
ciel est devenu violet. Dans la vallée se tasse
une brume blanche, d'instant en instant plus
opaque, où se mêlent des tons gris de plus
en plus sombres . De gros nuages envahissent
lecoucbanl. Le crépuscule se perd dans la nuit.
Neu[ heures sonnent. C'est le moment du

VUE DE L'ABBAYE DE CLAIRVAUX 1 PRÈS DE BAR-SUR-AUDE.

fallait tout ébruiter en dénonçant la dame La
~Joue, s'il ne serait pas plus sage de payer le
collier et d'assoupir celte affaire 1 • »
En ce moment, l'âme du_cardinal fait pitié.
Enfant gâté de la fortune, élevé dans la richesse, les honneurs, tous les obstacles tombant d'eux-mêmes devant ses pas, il ~tait
devenu l'homme d'esprit, de manières délicates et agréables qui charmaient ses amis :
mais l'agrément même de la vie avait émoussé
en lui le caractère. Devant une décision à
prendre, il recule. Et cependant quel gouffre
s'ouvre devant lui. Un fait montre les craintes
qui l'envahissaient. En prévision d'événements
redoutés, peut-être mème de la privation de
la liberté, le cardinal de Rohan donna le

salon donnant sur le grand escalier, honneur
qu'il ne fait point aux duchesses et qu'il
réserve pour les princesses du sa11g 1), tant il
a de respect pour la petite-fille des rois. Le
comte Beugnot voit les époux La Motte presque
journellement.
Le i 7 août, Beugnot avait accompagné
Mme de la !lotte à l'abbaye de Clairvaux
pour les solennités en l'honneur de saint
Bernard. L'abbé, dom l\ocourt, prodiguait
lui aussi à la comtesse les plus rares distinctions. Il croyait, dit Reugnot, à ses relations
avec le cardinal et la traitait comme une princesse de l'Église. Jeanne était dans une toilette brillante et toute couverte de diamants 1.
On se promena toute la soirée dans les beaux

souper. L'abbé Maury, qui devait arriver le
soir même pour prêcher le panégyrique du
saint, était en retard. On se décide enfin à
neuf heures et demie à se mellre à table sans
lui. Le grand réfectoire, percé de deux: étages
de fenêtres, est en fête. Les murailles d'un
blanc cru renvoient la lumière des Lougies,
et les camaïeux: bistres, dans les voussures,
entre les pilastres élevés - des sujets religieux auxquels le style du temps donne un
air de mythologie à la Van Loo - brillent
d'un joyeux éclat.
f,e roulement d'une voilure. L'abbé Maury
parait, essoufOé, agité.
Des nouvelles?
&lt;( Comment des nouvelles1 Mais où vivez.

1. ~oies ile Bohan pour son 3\'0Cal ~I• Target, Bibl.

1•. de Paris, ms. de la rCserve cl inlNJ'. dC' Cagiiostro.

2. ~ol&lt;'s de T:irgel, Biul . v. de Pal'is, téscrve.

Yous donc? le prince cardinal de Bohan,
grand aumùnier de Franee, arrêté mardi
dernier, jour Je l'Asscmption, en habits pontificaux, au moment où il sortait du cabinet du roi. On parle
d°Lm collier de diamants acheté
au nom de la reine .... &gt;&gt;
.Jeanne était assise entre les
robes noires de deux moines et
sur son sein les diamants resplendissaient.
(&lt; Dès que la nouvelle avait
frappé mes oreilles, dit Beugnot, j'avais jeté les yeux sur
Mme de la Molle, qui avait laissé
tomber sa serviette et dont la
figure, pMe et immobile, restait perpendiculaire à son assiette. Le premier moment
passé, elle fait effort rt s'élance
hors de la salle à manger.
L'un des dignitaires de la maison la suit, et, quelques instants
aprè3, je quitte la table et vais
la retrouver. Déjà elle avait fait
mettre ses chevaux ; nous partons. »
Jeanne de Valois prononce
des paroles incohérentes. Brusquement sa pensée s'arrète sur
le no,TI de Cagliostro :
c1 Je vous dis que c'est du
Cagliostro tout pur.
- Mais vous avez reçu ce
charlatan, et ne vous êtes-vous
pas compromise avec lui?
- En rien, et je suis tout à
fait tranquille, j'ai eu grand
tort de quitter le souper. i&gt;
Ucugnot n'a pas une égale
confiance. Il conseille de fuir
en Angleterre.
C! Monsieur, vous m'ennu}'CZ
à la fin ! Je vous ai laissé aller
jusqu"au bout parce que je pensais à autre chose. Faut-il vous répéter dix
fois de suile que je ne suis pour rien dans
celle affaire? Je suis très fàchée de m'èlre
levée de table. Il
Le temps s'était g:Hé. De lourds nuages
roulaient au ciel. C'é1ait l'orage. Dans la nuit
noire la pluie tombait à Yerse. La Yoiture
était fouellée par les branches mouillées des
arbres, ·des hêtres et des frênes qui forment
les bois de Clairvaux : un clapotement monotone qui énervait. Les roues s'embourbaienl
dans les ornières. Le tonnerre éclatait. Par
moments les chevaux s·ébrouaient, refusant
d'avancer. Enfin on sort du bois. Des deux
cùtés du chemin les champs s'étendent mornes
el dé:;erts . Les lanternes sont éteintes. On ne
voit plus devant soi. La comtesse a peur que
les chevaux ne traversent pas droit les ponts
de l"Aube el la jettent dans la rivière. On
passe aux. Crottières. Enûni on arri\"e rue
8aint-Michel, à la maison de la comtesse.
l:Jeugnot lui conseille de brûler tous les papiers qui concernent ses rapports avec le
cardinal. 1( Nous ouvronsi écrit-il, un grand

colîre en bois de santal rempli de papiers de
toutes couleurs. J'étais pressé d'en finir. ii
Pourqnoi ne pas jeter le tout au feu, ensemble,

Grarnre d'Hubert, d'après Méont.

tience 1 • BOhmer s'y rend le U août. Interrogé, il dit comment il a vendu le collier.
~farie-Antoinctte, étonnée, effrayée, ordonne
au bijoutier de lui rédiger un
mPmoire, qui lui est remis le
12 i. La négociation du Collier,
l'initiative de !!me de la !lotte,
les démarches du cardinal et la
remise du bijou entre ses mains
y sont racontées en détail.
:\farie-Antoinette en parle
aussitôt au roi, émue, irritée.
Elle se senl outragée par l'abus
fait de son nom. L'antipathie
que sa mère lui a communiquée et a entretenue si soigneusement en elle, reparaît dans
toute sa force. cc L'affaire, écrilelle à son frère Joseph ![, a
été concertée entre le roi et moi,
les minislres n'en ont rien su. 1&gt;
Ce fut le malheur. Dans le ministère, étaü alors un homme
de premier ordre, doué d'une
connaissance profonde des hommes et d'une précieuse expérience, le comte de Vergennes.
Il eût empêché la faute irréparable qui Ya être commise.
Le 10 aoùt, Baudard de Sainte-James dinait chez le cardinal.
Celui-ci, au cours de la conversation, se plaignit encore de
Ilühmer, de ce qu'il avait négligé de parler à la reine du
collier, ayant eu occasion de la
voir.
&lt;t Je ferai dire à Ilassenge,
ajouta+il, d"aller à Versailles
vendredi prochain, pour parler
avec Sa Majesté".»
Le 15 août, jour de l'Assomplion, était jour de grande
fêle à la Cour depuis le vœu de
Louis XIII plaçant sa couronne
et le royaume sous la protection de la Vierge.
C'était aussi la fête dtl la reine. Toute la cour,
et la noblesse qui gravitait autour de la cour,
se trouvaient à Versailles, et le peuple arrivait en foule de Paris. Dans la matinée, le
roi, la reine, Breteuil, le garde des sceaux

en bloc? Mais Jeanne tient à ce que le jeune
avocat lise certains documents. C'était la prétendue correspondance amoureuse de Rohan
avec Jeanne de Valois . Il était nécessaire que
Beugnot en pril connaissance afin d'en pouvoir témoigner à l'occasion, mais nécessaire
aussi que les lellres fussent anéanties après
cette lecture, afin que l'authenticité n'en pùt
.1. « lfonsie.~r, M~1lam e de ~fozri ti l s·agil de ~lme de
)lise1")&gt; premier~ f7mme de charge de la reine) nl'a
être contrôlée .
elrnrge de vo~s i•crne de la par de Ln Beine de \'OUS
L'aube blanchissait quand Ileugnol prit lro_uver demin mat1n 1 9 du présent. à Trianon. ~a
MaJeslé veue ,·ous l'aire voit- une boucle de cinlurc
congé. 'fous les papiers étaient détruits.

XXV
De la fange sur la crosse
et sur le sceptre.
Tandis que le cardinal était dans ces perplexités, la reine, mise au courant de la
conversation que Mme éampan avait eue, le
vendredi 5, avec son joaillier, manda celui.ci
à Versailles, le lundi 8 aoùt. Elle le mande
en toute hâte. Le billet, rédigé par Loir, son
valet de chambre, témoigne de son irnpa-

dont les diameJJl ue tienne pas bien, leur (l'heure)
l! pl~s como&lt;le serel entre neuf ou cl ix heur du matin .
.1ai I h_~nnenr cleslre, Monsieur, Yot1·e humble ser\'iteur. Signé : Lorn. F,n poslscriplum : Si monSÎt!llr
llohemer 11etés p:is à Pal'is, je pry monsieur llazauge
denv~yer un cx1Jres it lloisi (l:iuissy•Saint-1,l'ger). Uc
Ve1:s11.1llcs, cc 8 aou~l 171fü. Au 11erso : Service de ]a
~eme trës p~essC. Monsieur, monsieur Bohemer, juuuillicr .du .Rot ~l de la Couronne, rue Vendom'me au
ifüra.1s, a ~:iri s. En apnstille : Au porteur dix-huit
so! ~1 !a presente est remis ..avan lroi~ heur de J'npri:s
rn1.d1, cc g a?ust. » Doss. llohmer, Bi.hl. v de Paris,
m~. de la resctre.
2. Il y a deu" mëmoires du Bôhmcr cl Ilassen&amp;e
c~posant l'a!l~ai~e du _Collier, c~,lui qui fut remis Îe
12 ;oùl 178;i a la rerne _(publie e1~ 1786, s. 1., in-~
de. -4 p.) el u11 autre qu, fuL remis le 23 août au1
m1~1str~s. Arch. trnl., F~ 4445/13.
oJ. Bd.il. ual., ms ..loly de Fleury 2088, f 0 328 v.

�..,
r--

H1STO'l{1.11

Miromesnil se sont réunis à dix heures dans
le cabinet du roi 1, Vergennes n'y est pas; la
riuestion qui va être agitée n'est pas de son

celte acquisition d'un collier de diamants que
vous auriez faite au nom de la reine? &gt;J
Rohan est devenu blême.

CHATEAU DE VERSAILLES, -

département. Breteuil donne lecture à haute
voix du mémoire des joailliers. Les opinions
sont exprimées. Miromesnil recommande la
prudence, la modérat;on : « Il faut, dit-il,
s'informer encore, Rohan n'est-il pas d'un
rang et d'une famille à être entendu avant
que d'ètre arrèté? J) Avec violence, Breteuil
exprime une opinion opposée. Nous avons dit
la haine personnelle qui s'était élevée entre
Rohan et lui.
Uretcuil étr1it un homme très bon et fut
un minislrt! dislingné auquel l'histoire finira
par rendre justice. Avec ses grandes qualilés
de cœur et d'esprit, il avait malheureusement
une nature ardente el brusque. Il crut véritablement que le cardinal, abimé de delles,
avait imaginé une pareille nf'gociation pour
se libérer de ses créanciers. Il exprima l'avis
de l'arrêter sur-le-champ. Marie-Antoinette,
non moins passionnée, ne comprenait pas
qu'on hésitàt : « Le cardinal a pris mon
nom comme un vil et maladroit faux monnayeur. &gt;&gt; Louis XVl inclinait vers l'avis de
Miromesnil. Il demanda à Breteuil d'aller
chercher Rohan. Celui-ci s'était rendu à Versailles pour célébrer, dans la chapelle du
palais, l'office de ]'Assomption. li se trouvait
avec les &lt;&lt; grandes entrées &gt;&gt; dans le cabinet
du roi !, C'étaient les dignitaires de la Cour,
les noms les plus illustres de la noblesse. A
onze heures, il entre dans le Cabinet intérieur,
vêtu en soutane de moire écarlate et en
rochet d'Angleterre.
« Mon cousin, dit le roi, qu'est-ce que
1 . Aujourd'hui, au châl ëau de Versailles, salle 130.

LE CA131NET DU ROI.

&lt;! Sire, je Je vois, j'ai éié trompé, mais je
n'ai pas trompé.
- S'il en est ainsi, mon cousin, vous ne
devez avoir aucune inquiétude. ~Jais expliquez-vous .... J)
La reine était devant lui, la tète haute et
fière. Elle le perçait de son re~ard qu'elle
savait rendre si dur et altier; elle l'écrasait
de sa colère, de son mépris . Quelle chute
brusque, atroce, où d'un coup était brisée la
belle et Iongnc espérance qui s'était peu à
peu élevée en Rohan depuis la scène du soir
au fond du parc. Bohan étouffe, le sang enne
ses tempes, ses jambf's fléchissent. Le roi
voiL sen é~otion et lui dit d'une voix plus
douce : « Ecrivez ce dont vous avez à me
rendre comple. » El le roi passe dans sa
bibliolhèquc5, avec la reine, avec Breteuil el
Miromesnil. TTohan est seul, assis devant une
grande feuille blanche, les yeux hagards, la
cervelle vide. li regarde la feuille blanche
fixement. Sa main tremble. Il écrit quinze
lignes commençant par ces mols : C( Une femme
que j'ai cru ... », finissant par ces mols :
u madame J,amotle de Valois ».
Nous lisons dans le rapport officiel au lieutenant de police de Cros11e : 1&lt; Le roi a lais~f!
le cardinal seul dans le cabinet ari.n qu'il pût
écrire lranquillcment. Quelque temps après
le cardinal a apporté nu roi sa déclaration
qu'une femme nommée de Valois lui avait
persuadé que c' étai I pour la reine qu'il fallait

2. Aujourd'hui snlle 125. Ne pas confondre le Cabinet, appclë amsi cabincl du Conseil, al'cc le Cabiriel
intérieur.

- 348 ""

faire l'acquisilion du collier et que cette
femme l'avait trompé. n
cc Où est celte femme? dit lo roi.
Sire, je ne sais pas.
- Avez-vous le collier?
- H est entre les mains de cette femme. &gt;J
(( Le roi lui a dit de retourner dans le
caLinel et d'y allendre. Quelques instants
après, le roi et la reine ont été dans le cabinet
où le cardinal attendail. lis ont ordonné au
garde des sceaux et à M.' de Breteuil de les
suivre. Alors le roi a ordonné au baron de
.Breteuil de faire lecture du mémoire des
deux marchands. lJ
C( Où sont ces- prétendus billets d'autorisation, écrits et signés par Ja reine, dont il est
question dans le Mémoire? dit le roi.
Sire, je les ai, ils sont faux.
Je crois bien qu'ils sont faux!
.le les apporterai à Votre Majesté.
El cetlc lellre écrite par vous aux marchands joailliers, qni est également d;ms lé
Mémoire?
- Sirr, je ne me rappelais pas l'arnir
é,-rite. mais il foet bien que je l'aie écrite
puisrpt 'ils en donnent copie. Je pa}crai le
colli(•r. l&gt;
Un moment de silence, et le roi rl'prend :
c( Monsieur, je ne puis me dispenser, da11s
une pareille circonstance, de faire mettre les
scellés c:hez vous et de m'assurer de YOtre
personne. Le nom de la reine m'est précieux.
Il est compromis, je ne dois rien négliger. &gt;&gt;
l\ohan supplie de lui éviter l'éclat, surtout
an moment où il va entrer dans la chapelle
pour orficier devant toute la Cour el la foule
de peuple ,enue de Paris. Il invoque les bontés
du roi pour Mme de Marsan qui a eu soin de
son enfonce, pour le prince de SouLisc, pour
le nom de Rohan.
Le roi, reut-êlre, allait céder; mais la
reine, qui s'étaiL contenue a\'eC peine, inter, ient :
&lt;( Comment est-il po,;;sihle, monsieur le
cardinal, que, ne vous ayant pas p·irlé depuis
huil ans, vous ayez pu croire que je voudrais
me servir de rntre entrf'rnise pour conc:lure
le marché du collier? i&gt;
Marie-Antoinette parle d'une voix haule et
nerveuse. Elle pleure. Ce sont trop dt.! r:111cnnes, avec celles de Marie-Thérèse, qu'rlle
ressent en ce moment. Son émotion g-.ignc le
roi. Breteuil l'emporte sur Miromesnil.
&lt;l :Monsieur, je tàcherai de consoler ,·os
parents aula1H que je le pourrai . .le dé:-ire
que vous puissiez vous justilier ..le fai~ cc
que je dois comme roi et comme mari. &gt;&gt;
Cependant la foule brillante qui emplissait
les appartements du roi, l'Œil-de-Br~uf, la
ChamiJre, le Cabinet du Conseil, lcCalii11l'l de
la Pendu le, était devenue nerveuse. L'IH'U re
de la messe était écoulée depuis longtemps.
Tout était devenu sombre. On pressenlait un
orage. Que se passait-il derrière la lourde
porte de glace, dJns le Cabinet intPrieur '! Et
les rumeurs de circuler, des bruits vaguts,
des propos.
Un remous. La porte de glace s'est ouverte.
3. Aujourd'hui salle 155.

_______________________________ L'

Rohan parait, droit, pâle. Breteuil est derrière lui. Celui-ci ne se tient pas de joie. Son
,·isage en est empourpré. D'une voix éclatante
il crie au duc de Villeroi, capitaine des gardes
du corps :
&lt;( Arrètez monsieur le cardinal! &gt;&gt;
Quel hourvari l Les courtisans se bousculent. Ceux du second rang se haussent pour
mieux voir. Il en est sur les banquettes. Et
ils sont tous là, les « entrées de la Chambre &gt;1 ,
les &lt;( entrées du Cabinet i&gt;. Sous les yeux qui
le dévisagent, le front moite, le regard 11xe,
talonné par Breteuil qui se rengorge, le prince
Louis lraver.;e l'enfilade des salles, le cabinet
de la Pendule, le cabinet du Conseil, la
Chambre. l'Œil-de-llmuî : le long calvaire!
Il csl enfin appréhendé au moment où, sortant des &lt;! appartements n, il passe de l'Œilde-Ilœuf dans la grande galerie. Une lumière
éblouissante. Le soleil tombe à plein par les
larges fenêtres, reflété par les glaces. EL ici
c'est la foule, le peuple même qui s'entasse.
Dans sa parure ponti0cale, s'apprètant au
sacrifice divin, le prince cardinal, grand aumônier de la France, est arrèté comme un
voleur 1 •
Au premier moment la confosion avait été
si grande que Villeroi avait dù attendre avant
de mettre l'ordre rrçu à exécution. Il avait
confié le cardinal à M. de JouITroy, lieutenant
des gardes du corps. Et, dans l'émotion générale, le seul qui ait du calme, c'est Rohan,
redevenu maître de lui, Il demande d'une
voix tranquille à M. de Jouffroy un crayon,
et écrit, sans autre façon, quelques mots sur
un billet qu'il a appuyé au fond de son bonnet
cat·ré rouge : c'est l"ordre à son fidl:le :iLbé
Georgel de brûler immédiatement tous les
papiers qui sont dans « le portefeuille rouge ii :
les lettres si thères jusqu'à ce jour - cc
qu'il a,·ait pu conserver des petits billets à
virrnelles bleues. Quand il arriva à l'h(Jlel de
St;asbourg, sous escorte, l'ordre était exécuté.
Le lendemain Rohan partit pour la Ilastille,
rassuré de ce côté.
Mme Campan nous fait connaitre l'~tat
d'esprit de la reine : C&lt; Je la vis après la sortie
du baron de Breteuil. Elle me lit frémir par
son agitation.
&lt;! Il faut, disait-elle, que les rices hi&lt;lcux
C( soient démasqués. Quand la pourpre ro(1 maine et le litre de prince ne cai.;hent
(( qu'un besogneux, un escroc, il faut que la
France entière t·t que l'Europe le sac.lient! J)
Marie-.\ntoinctte complait sans les partis
qui allaicut se mettre avec TTohan . Tout
d'aLord sa famille imrnédiale, les fiohan, les
Soubise, les Marsan, les .Brionne, le prince
de Condé qui a t'·pousé une Bohan et sa maison puissante; et autour d'eux tous les méronltnts de la Crmr; tout le clergé, dont
l\ohan esl le chef, depuis le plus humble
séminariste jusqu'au prince-archevêque de
Cambrai qui est, lui aussi, un Rohan; le
. ~ .. Celle sc~u.e ~ ~lé reeonsliluée d':iprês le rnpporl
olf1c1cl ad'.·esse a 1 \uroux de Crosne, ,l1el~lenanl général de µohce (puhl. par Pcuchct, Memoire11 tirés des
A_l'~hives de t.a poli~e, Ill, 158-61 ), complété par le
r~cat que Mane~Anlomette en a c1woyé à son frëre
Joseph Il (lettre du 22 :1oùl 1785, pu!Jliée par lll\l. de

Parlement rival du trône; la Sorbonne où
Bohan est proviseur E:l où il est aimé; les
ennemis de Breteuil, et ils sont nombreux
puisque Breteuil est un homme de valeur;
les ennemis de la reine, et ils sont nombreux
puisqu'elle est charmante et bonn~; Calonne
et ses créatures; Lenoir el ses partisans; le
Garde des Sceaux lui-même, ami du cardinal;
enfin les gazeliers, les libellislcs, les nouvellistes, les esprits forts d'estaminet, les di-5coureurs de prÔmenadc5 publiques , les orateurs du Palais-Ropl, qui voient dès alors,
dans ce conflit enlre la reine et le premier
dignitaire de l'Église de France, une lutte où
le trône et l'autel, précipité.:5 l'un contre
l'autre, vont, l'un l'autre, se fracasser.
l\ivarol écrit : ,, li. de Oreleuil a pris le
cardinal des mains de Mme de la Molle el l'a
écrasé sur le front de la reine qui en est
restée marquée. l&gt; Cette image, qui compare
nohan dans sa robe rouge aux coqnelicots
qm: les enfants s'écrasent sur les tempes, est
hardie, a~surément; mais elle dit bien cc
qu'elle veut dire.
Au Parlement, l'un des conseillen les plus
écoutés, Fréteau de Saint-Just, s'écria, se
frottant les mains, quand il apprit le scan&lt;lale, : c&lt; Grande el heureuse affaire! Un cardinal escroc. la reine impliquée dans une
affaire de faux!. .. Que de fange sur la crosse
el sur le sceptre! Quel triomphe pour les
idées de liberté! Quelle importance pour le
Parlement 1 »
Le 1• juiu 1 70., , à P,ris, ledit conseiller
Fréteau de Saint-Just f11l décapité, Les lrico-

CHATEAU DE VERSAILLES. -

Beaucourt cl de la Rochelerie, Il. 74-76); par le

récil que Rohan en fiL d~ns la suite lui-même; par l:1

relation de Bescnval (Mémoires, éd. Barrii:irc, Il ,
164-65) qui en tenait les circonstances de la bouche
même de la reine; cl par les letlres que Rivière,
agent diplomalique de Saxe, adressait au priucc Xo"ier

Jl1'1'.1!11(E DU COLI.TE]( - - .

leuscs débraillées 1 les patrioles aux figures
Jie de ,,in se pressaient autour de la guillotine. Fréteau pensa-t-il à ce moment à reprendre sa harangue : (( Grande et heureuse
affaire!. .. de la fange sur la crosse et sur le
sceptre ... triomphe de la liberté!. .. » Un
bruit sec : la tète roule, sanglante, les yeux
ouverts.

XXVI
La Bastille.
Le jour mème de l'arrestation du cardinal,
une lettre de cachet, contresignée Breteuil,
ordonnait l'incarcération de Mme de la Molle
à la Bastille'. Le 18 aoùl, à gualre heures du
matin, sous la direction de l'inspecteur Surbois, quelques hoquetons soutenus par la
maréchaussée du pays se présentaient au
domicile de la comtesse, rue Saint-~fichel, à
Bar-sur-Aube. Les hoquetons mirent plus de
h,He que de soin à exécuter leur mission. l!s
n'avaient pas ordre, il est vrai, d'arrèter le
comte de la Motte, mais ils le laissèrent tranquillement détacher les boucles d'oreilles, ôter
les bagues ornées de brillants qui étaient aux
doigts de sa femme, et faire ainsi disparaître
le corps même du délit qu'elle portait sur
elle. Aussi1ôt aprè; le départ des hoguetons
et de sa femme, La Molle alla rendre compte
de l'événement à Albert .Beugnot c&lt; d'un ton,
dit celui-ci, suffisant et tranquille )l,
Dans ses Mémoires, Beugnot passe sous
silence une réunion des parents et amis de
Jeanne de Valois, où La !lotte était venu le

LA SALLE OU CONSEIL.

de Saie, à Pont-sur-Seine (,frchives de l'Aube), puLI.
par Ars. Thé\'enot.! Corresp?udaJ1ce
pt.iuce Fr.-X.
de Saxe, p. 232-.:,4. - VoJr, pour 11dcnt10ration des
salles où la scène se déroula. Pierre de :Solhac le
Châlea!t de. Yersai!les sous Louis XV, p. 74-75.'
2. Or1g. Btbl. del Arsenal, ms. Ba~tillc 1'2457, f :m.

1u

0

�r--

1l1STO'J{1A

convier et où le jeune avocat s'empressa de se
rendre. Le soir même, ''ers les huit à neuf
heures, le comte de la ~fol te, sa sœur Mme de
la Tour et le mari de celte dernière, le prévüt
Clausse de Surmont et sa femme, oncle et
tante de Jeanne de Valois, le lieutenant en
l'éleclion de Bar-sur-Aube, Filleux, et Bcugnot en personne, s'assemblèrènt dans la
mai,on de la rue Saint-Michel. Que ferait-on
en fal'eur do Mme de la !lotte et par quels
moyens parviendrait-on à sauver les biens qui
étaient alors dans ses mains? Sur le premier
point il fut décidé que le comte de la Molle et
sa sœur, Hme de la Tour, partiraient pour
Paris où ils agiraient au mieux. En ce qui

L' .ll'F'Fltl"Jl.E
dans deux grosses caisses et dans six à sept
boites de moindre dimension'·
Et l'on comprend à présent l'inquiétude
qui ne Larda pas à saisir Ileugnot, étant
donnée la part qu ïl avait prise à ces conciliabules et à ces recels. Ses relations a, ec
!!me de la )lotie étaient connues. On répétait
communément à Bar-sur-Aube que la comtesse lui avait donné un diamant de 3 000 livres. (( On me conjurait, dit-il, de m'éloigner
IJien vite. » )lais il se détermina à rester,
« quelque chose qu'il pùt lui en coûter ». Il
vint mème hardiment à Paris, ayant été
chargé d'un procès que la ville avait au Conseil. &lt;( Je préparais, dit lleugnot dans ses
Mémoires, mon néressaire de Bastille. Je le
composai de petites éditions de nos meilleurs
auteurs, que l'on appelait alors des Ca:;.ins,
du noŒ du libraire qui les publiait. J\
ajoulai un étui de mathématiques, un atlas,
une suffisante provision de papier, de plumes,
d'encre et du linge de corps. Je distribuai le

tout dans une malle que je rangeai au pied
de mon lit, comme un ami placé en sentinelle
pour me suivre à quelque heure qu'il me
fallût déloger. »
Le comte de la Motte montra moins de fermeté. On vient de voir qu'il devait se rendre
à Paris avec sa sœur pour y veiller à la
défense de Jeanne de \'alois : aussi le vit-on
quitter Bar-sur-Auùe en compagnie de Mme de
la Tour: mais arrivé à Meaux, il prit la route
de Boulogne-sur-Mer ol1 il demeura trois
jours au Lion d'(œgenl et d'où il s'embarqua
pour l'Angleterre, les poches garnies de billets de la caisse d'escompte et de diamants' .
Quand les hoquetons reparurent à Bar-surconcernait les biens on arrêta les mesures
Aube, ils trouvèrent maison vide. Dès le
suivantes :
2j août, La Motte eut même l'audace de se
Un acte fut passé sous seing pri ,,é, el daté
présenter à Londres, chez le l1ijoutier Gray,
du 1 juillet précédent, par lequel la maison
pour lui vendre les diamants qu'il avait
dt! la rue Saint-llichel appartenant au comte
encore provenant du collier et ceux qu ïl
de la !lotte élait vendue à !f. de la Tour. Le
Jui avait laissés entre les mains lors de
prix, fixé à 12 OUO livres, é!ait déclaré payé.
son premier voyage~.
Le comte et la comtesse se
Le cardinal coucha chez lui,
réservaient la jouissance de
rue Vieille-du-'l'emple, la nuit
l'immeuble et le droit d'y apdu 15 au 16 août. L'aprèsporter toutes les transformamidi du mardi 16, on le vit
tions riu'ils jugeraient utiles.
aux fenêtres de son salon, qui
Restaient les objels mobidominaient les grands jardins
liers, dont il y avait de deux
par lesquels la maison de
11' 't'""L :ii:t- Ô,· t:,·.',•,•111 4.t11.' "''"' gd,.rn ;\. /4 /4,1;(."(¼·
f"'
sortes :
Strasbourg communiquait
,. ,.,,,_ ,•..._,
,-('
....,, "" ... ...,/ ,;:._
i Les meubles meublanfs,
avec l'hütcl Soubise, jouant
les voitures et les chevaux. l ls
avec rnn singe. Le soir, le
étaient frais, du dernier goût,
marquis de Launey, gouveril i\(,(t)' ttf,~,;,. ju,;,yu·:i 1tPu1·:(
connus de toute la ville. On ne
neur de la Dastil!e, alla le pren,Î•· yti&lt;· (J);,1,, 'J" 'd t•uu.t... ,llL,
pouvait espérer les soustraire
dre
pour le constituer prisonaux revendications de la juse!ICo,u. f.' • /
~
.1,, j,i;,,.,, 4•• ~Jc,,,_.,
nier. C'est à onze heures et
tice. On se résigna à en faire
demie, dans la nuit, que la
l'abandon' ·
,·oiture où fiohan avait pris
2° Les diamants, parmi lesplace aYec Launey et le comte
quels l'écrin d'une valeur de
d'Agoult, commandant les gar100 000 livres qui avait servi
des dJ) corps, franchit les
de gage chez le notaire Minponts-levis de la forteresse
guet el que l.a !lotte avait fait
ro~·ale 5• Il ne fut pas logé
retirer par Villette; auxquels
dans les tours, c'est-à-dire
s'ajoutaient huit livres pesant
dans les locaux réservés aux
de perles. On en fit deux parts,
détenus ordinaires. Deux apdont La !lotte emporte l'une
partements élaient aménagés
avec lui et dont l'autre fut conpour recevoir les prisonniers
fiée à llme Clausse de Surmont
de distinction, d;ins les bàtiqui s'engageait à la placer en
ments qu'occupaient les offilieu caché et sù r. Les scellés
ciers de l'élat-major. Le plus
apposés chez La )lotte furent
vaste d'entre eux fut mis à la
rompus. L'argenterie fut condisposition de Rohan. Trois de
fiée à l?illeux, qui l'enfouit
ses domestiques, Brandner,
sous un hangar, près de sa
Schreiher et Liégeois, furent
maison, au fond &lt;l'un lrou enau1ori~és à le servir. Une
foncé dans le sol à. un mètre
somme de cent ringt francs
el demi. Pour plus de précaupar jour - ce qui parait prestion il fit entasser sur l'emLETTRE DE CACIIE:T, CO~TRE:SIGNEE: PAR LE BAMN" DE 8RETEUIL ORDONNANT
1
que invraisemblable étant donplacement du fumier qu'il ret.'E,\\UASTILLE~IENT DU CARDINAL DE ROHAN.
née la valeur de l'argent à
D'après l'original conser...,e a la Bitliolhèque de fAne11,1/
couvrit encore de paisseaux.
cette époque - fut alfectée à
L'argenterie avait été enfermée
son entrelien 6• Sa table était
1

O

..

... ,?,•,t "•' • ., ..,_

1. lis furent revendiqués et saisis, en \'Cl'lu d'une
ordonnance du lieutenant civil ~? .Chàlelct.. par
Ume ycuve d~ Courdoumer, p1:opriet:1.1re à P:ms &lt;le
la maisun que les La Molle :n·a1enl louée rue SainlGil!es .. Le ~a.il était lie neuf ans, dont il n'y avait que
t1·01s d exp ires.
2. Uapporl 1e l."impeclew: Sm·Uois (16 juin 1785).
A rch. de,-&lt; Af/. 1'fra11g.1 Mem. et clocum .. France
131,J!I, f"' 181-tiü: !etlrc tlu subdèlëg-ue de ·nar-su!'-

(

·~

AuLe i,_ l'iulc11tlanl ,le Champagne (3 juin 1780) .
Arc/1. des Aff. t!trtt11g., Mém. el docum., France
1400, los 223-~21-; lellre signée Guichard, au Procureur gènûral, en t!ale du 18 anùl li86. Bibl. 11at ..
ms. Joly de Fleury 2080, f 225.
·
.-:ï. Bapporl de l'in,;;pecleur Smhois, A1·ch. des Afl.
èlraug., llèm. el tlocum., France 130G, f"' 18l-18li·
rx l. du .llomù1q (,'/mmiclc, ibid. 1400, fo 31 J ,.... nos~
sicr Targd il la ilil.,f. de la v. d1J Pol'is, m~. del,, rJscr\'e.
0

.... .35o ..,

4. IJL!posiliou du joaillier Gray, p. t4; dépo,ition
de Victor Laisusi dornesliqu~ du comte de ln llolle.
Arch. 11at., x_t, 0/1417; et M0 Target, dans la Collection complète, I\', 140-4"1.
5. Journal du major de Losme, collcclion Alf. Régis,
dont une anal)·~e et quelc1ues fragments _ont µaru
dans la .Youvel e Ucwe, 1~, dt!c. J8g0, p. 522-i7, et
Bil.,l. de l'Arsenal, ms. Bostil!e, 12457, fo 65. ,•
ü. LcU rc de La Chapelle, premier cornmis du dé0 •

t

servie princièrement. 11 vopit toutes les personnes qu'il désirait, sa famille, ses secrétaires, ses conseils .... Il lui arriva de donner
dans sa prison un festin de
vingt coumrts où l'on ouvrit
des huitres et fit mousser le
champagne. Hardy note que, à
cause de cette affluence de visiteurs, le grand pont-levis de
la Bastille était abaissé pendant
toute. la journée et les deux
vantaux de la porte principale
toujours OU\Perts, C! ce qu'on ne
se souvenait pas d'arnir jamais
vu 1 &gt;&gt;. De sa prison, Rohan
con Li nua de veiller aux affaires
de son diocèse\ à celles de la
grande aumônerie et des QuinzeVingts. Il tenait salon à peu
près comme à l'hôtel de Strasbourg. Il se promenait lesaprèsdîners sur la plate-forme des
tours. Il était alors en redingote brune, en chapeau rond
et rabattu. Les badauds satlroupaient pour le voir. Il y eu
des manifestations et l'on dut
interdire au prisonnier la promenade des tours. Pour prendre l'air le cardinal avait il est
vrai encore les jardins du gouverneur, en triangle, dans l'ancien bastion de la forteresse.
Tel était, comme on sait, Je régime auquel étaient soumis à
la Dastille les prisonniers du
roi, c'est-à-dire ceux qui 1'
étaient renfermés par lettres de
cachet. Mais quand, à partir
du 15 décembre, le cardinal
eut été régulièrement décrété
de prise de corps par le Parlement as~emhlé, et que, cessant d'être le
prisonnier du roi, il devint celui de la magistrature, il fut soumis au régime ordinaire
des détenus. Et, dans la solitude, son buparlement de la Moison du roi, au gouverneur de la
llastille: 6 Versailles. le 28 oct. 1785. Yous pou,·ês.
Monsieur, employcl' sur les états du quar!il'r le Lraitcmcul de M. le cardinal de Rohan â raison de 120 lb.
par jour. » /Ji/.,/. de l'Arsenal, ms. lla slille 124:,ï ,

r~ G:;.

1. Voici la liste des visites que le cardinal rr!rul a
la füastill e dans la seule journl'c du 20 ao!il 178;):
Prince de Condé, duc de Uourbon, comtesse de
Brionne, princesse de Carignan et comtesse Ch11rl0Ue,
SL~ filles, prince et princesse de Vaudemoncl, prince
Ferdinand de Rohan, prince c&gt;t princesse de Moulbazon, duc et duchesse de Mo11tbazon, prince Camille
de Montbazon, prince Charles de Bohan, comtesse de
Marsan, maréchal de Soubi~e, duchc~se de la Vauguyon, prince de Lambesc, ,·icomle de Ponl cl comte
de la Tour, son écuyer; Carbonniëres; Dubois; les
abl.Jés George!, Odornn, de Villefond. Sinatery et
Bidot ; Louvel et Calès, o charges de depemes D :
Racle, « charge des affairei: Guéméné » ; Ravenot;
Roth, "alcl de chambre: Tra\'crse, chirurgien, et les
«

1

.+
1

1

meur devint plus sombre et sa santé s'altéra.
Louis XV[ arnit désigné, dès le premier
moment, pour interroger Rohan à la Bastille,

Dessiné et grasé par Clément Bcn·ic, en 1780.

Breteuil et Thiroux de Crosne. Le choix é!ait
régulier. C'était, en effet, du ministre de
Paris et du lieutenant de police que relevaient
les prisonniers de la Dastille. liais Rohan les
D\'Ocals Target, Colet, Tronchet et de Bonniercs, Bibl.
de l'Anenal, ms. Bastille 12'l5i, r• 50.
2. Le p·ipe Pie VI, eu con•isloirc particulier , suspe11dil le cardrnal de Rohan, jusqu'à lïssuc de l'affaire,
de ses fonctions épiscopales en sa qualilé c1·évèque
de l'églisf'. germanique f' l de rn vnix dans le Sain lCollègc. Le clioeêse de Strasbourg fut administré en
l'aùscnce de Rohan par l'abbé d'Bymar, que le cardinal avait nommé son grand vicaire, cl piir l'abbé Lautz;
le temporel fut mis par le cardinal entl'e les mains du
s. de lleill. procureur fiscal général étahli à Saverne.
Sur les conflils entre ces officiers el le grand chapitrl',
l'iutervcnlîon du Pape, de !'Empereur et de la OiChi
ile rEmpire, voir uoe lettre de Strasbourg, dalëc du
!1 mars 1786, Arclt. des Aff. élrang., )lém. et
docum., France 1400, fto• 48-4\:1 .
3. Puùlié par Peuchct. Mémoires lù-és des At-ch.
de la police, Ill, 162-65.
4, Simeon.Prosper llardy, né it Paris en 1720.
libraire â Paris, rue Sainl-Jacques, depuis le 15 mai
1755, mort à Paris le 16 avril 1806.

DU COl.1.1:f"Jl. - - ..

récusa l'un et l'autre: le premier, pour cause
d'inimitié personnelle, le second comme
n'étant pas d'un rang à l'interroger. lis
furent remplacés par Vergennes, ministre des Affaires étrangères, et le maréchal de Castries,
ministre de la !farine. Le cardinal leur remit, le 20 août,
un résumé clair, modéré et
d'une rigoureuse exactitude, dP.
· J'hisloire du Collier, telle qu'il
la connais:-ail j.
Cependant dans Paris couraient déjà des récits fantastiques , Dès le premier jour l'opinion se passionna. Et pendant
des mois on trou\Pera, tel un
écho, dans les gazettes de Ilollande, la constatation : &lt;&lt; On
ne s'occupe ,l Paris que de l'affaire du Collier . Il
Pour suivre les contre-coups
de ces événements dans l'opinion populaire nous avons un document d'une valeur inestimable, lejournal du libraire Hardy'. Les boutiques des libraires en vogue peuvent alors se
comparer aux salles de rédaction de nos grands journaux.
Là paraissaient et s'enlevaient
ces pamphlets, libelles, brochures, feuilles volantes, qui
s'imprimaient dans la nuit, paraissaient le matin, et à midi
parfois étaient déjà épuisés, Là
se pressaient les échotiers, les
nouvellistes, les curieux et les
flâneurs. Grouillantes potinières
où se répétaient les bruits de la
rue, des cafés et des promenades, de la cour, du Palais et
des salons. Le libraire llardy, brave homme,
d'esprit modéré, sans parti pris, a écrit au
jour le jour la relation de lout ce qui tenait
de la sorte à sa connaissance.
L'opinion publique lut au début hostile au
cardinal. On parlait de ses débauches, des
sérails qu'il entretenait dans Paris. U n'a pas
paru une femme dans le procès, Mme de la
)lotte, la comtesse Cagliostro, la petite d'Oliva,
sans qu'immédiatement les Parisiens ne se
fussent confié l'un à l'autre: &lt;( Encore uoc
maitresse du cardinal! )J El puis le refrain :
« C'est un besogneux! &gt;&gt; On publia des caricatures. L'une représentait !'Éminence captive
tenant de ehaque main une tirelire, avec ces
mots : &lt;1 Il quête pour payer ses dettes Il.
(lloban élait grand aumônier.) Une autre lui
mettait la corde au cou, avec ces mols : &lt;&lt; Autrefois j'étais bleu Jl, allusion au cordon du
Saint-Esprit. Et les chansons de courir les rues.

(A suivre.)

FRANTZ

FUNéK-BRENTANO.

�...

PAUL DE SAINT-VICTOR

COMTE DE SÉOUR
~

Benvenuto Cellini

Potemkin
De tous les personnages que je vis à

Pe-

lcrsbourg. celui qui me frappa le plus et
qu'il était le plus important pour moi de bien
connaître, c'élait le célèbre prince Potemkin,
tout•puissant alors sur le cœur el l'esprit de

l'impératrice.
En Lraç::rnt son por1rait on est cerlain qu'il
ne ponrra point être confondu avec d'autres,
car jamais peut-être on ne vit dans une cour,
dans un conseil et dans un camp, un courtisan plus fastueux et plus rnuvage, un ministre plus entreprenant et moins laborieux,
un général plus audacieux et plus indécis.
Toute sa personne olfrail l'ensemLle le plus
original par un inconceYablc mélange de grandeur et de petitesse, de paresse et d'activité,
d'audace et de timidité, d'ambition et d'insouciance.
Partout un tel homme eût été remarquable
par sa singularité; mais, hors de la Russie,
et sans les circonstances extraordinaires qui
lui concilièrent la biem•eiJlance d'une grande
souveraine, de Catherine II, non seulement il
n'aurait pu acquérir une grande renommée
et parvenir aux éminentes dignités qui l'illustrèrent, mais il ne serait même peut-être
jamais parvenu à un grade un peu avancé.
Ses bizarreries et les inconséquences de son
esprit l'auraient arrêté dès les prcmîers pas
d'une carrière quelconque, soit militaire, soit
civile.
La fortune des hommes célèbres tient plus
qu'on ne pense au siècle, au pays, aux circonstances. Un défaut, à certaine époque,
peut réussir mieux que certain mérite, tandis qu'une belle qualité déplacée nuit souvent
autant qu'un défaut et même qu'un vice.
Le prince Potemkin avait dix-huit ans
lorsque Catherine délrona Pierre III. Épris
des charmes de celle princesse, il s·arma l'un
des premiers pour sa défense; mais, comme
il n'était alors que sous-officier, ce zèle pouvait n'Gtre pas disliogué dans la foule.
Un heureux. hasard fixa sur lui l'attention.

Catherine, tenant à ]a main une épée, voulait
avoir une dragonne; Polemkin s'approche et
lui offre la sienne, elle l'accepte. JI veut respectueusement s'éloigner; mais rnn cheval,
accoutumé à l'escadron, s'obstine à rester
près du cheval de l'impératrice.
Cette opiniâtreté la fait sourire; elle examine avec plus d'intérêt le jeune guerrier,
qui, malgré lui, se serre si près d'elle; elle
lui parle. Sa figure, son maintien, son ardeur, son entretien lui plaisent également;
elle s'informe de sa famille, l'élève au grade
d'officier, et bientôt lui donne une place de
gentilhomme de la chambre dans son palais.
Ainsi ce fut l'entêtement d'un cheval rétif
qui le jeta dans la carrière des honneurs, &lt;le
la richesse et du pomoir. Il m'a raconté luimême cette anecdote.
Potemkin joignait le · don d'une heureuse
mémoire à celui d'un esprit naturel, ,,if,
prompt et mobile; mais en même temps le
sort lui avait donné un caractère indolent et
enclin au repos.
Ennemi de toute gêne, et cependant insa•
liable de volupté, de pouvoir et d'opulence,
voulant jouir de tous les genres de gloire, la
fortune le fatiguait en l'entrainant; elle contrariait sa paresse, c.t pourtant jamais elle
n'allait aussi ,·ile et aussi loin que ses vag_ues
et impatients désirs le demandaient. On pouvait rendre un tel homme ricbe et puissant,
mais il était impossible d'en faire un homme
heureux.
Son cœur élait bon, son esprit caustique;
à la fois avare et magnifique, il prodiguait
des bienfaits et pa}·ait rarement ses dettes.
Le monde l'ennuyait; il y semblait déplacé et
se plaisait néanmoins à tenir uoe espèce de
cour.
Caressant dans l'intimité, il se monlrait,
en public, hautain et presque inabordable;
mais, au fond, •il ne gènait les autres que
parce qu'il était gêné lui-mème. Il avait une
sorte de timidité qu'il voulait déguiser ou

vaincre par un ton froid et orgueilleux.
Le vrai secret pour gagner promptement
son amitié était de ne pas le craindre, de
l'aborder familièrement, de lui parler le premier, el de lui éviter tout embarras en se
mettant promptement à l'aise avec lui.
Quoiqu'il eùt· été élevé à l'université, il
avait moins acquis de connaissances par les
livres que par les hommes; sa paresse fuyait
l'étude, et la curiosité lui faisait chercher
partout des lumières.
C'était le plus grand questionneur qu'il y
eût au monde. Comme son autorité mettait à
sa disposition des hommes de tout rang, de
toule classe et de toute profession, il s'était
tellement instruit en causant et en questionnant que son esprit, riche de tout co que sa
mémoire avait retenu, étonnail souvent, quand
on lui parlait, non seulement les politiques C't
les militaires, mais les voyageurs, les sa,,ants,
les littérateurs, les artistes et même les artisans.
Cc qu'il aimait surtout, c'est la théologie;
car, bien qu'il fùt mondain, ambiLieux et
voluptueux, il était non seulement croyant,
mais superstitieux. Je l'ai vu souvent passer
une matinée à examiner des modèles de casques pour des dragons, des bonnets et des
robes pour ses nièces, des milres et des haLits pontificaux pour des prèlres. On étnil
certain de fixer son allention et de le distraire
de toute autre occupation en lui parlant des
querelles de l'Église grecque et de l'Église
latine, des conciles &lt;le Nicée, de Chalcédoine
et de Jllorcnce.
Dans ses rèves pour l'avenir il passa~l tour
à tour du désir d'ètre duc de Courlande 011
roi de Pologne à celui d'ètre fondateur d'un
ordre religieux, ou mèmc simple moine. En•
llll)'é de ca qu'il possédait, envieux de cc
qu'il ne pouvait obtenir, désirant tout et dégoùté de tout, c'était un uai favori de la fortune, mobile, inconstant et capricieux comwe
elle.
ComE DE SEGUR.

_Bcn,rc_nuto Cellini avait cinq ans, lor:;qu'un
smr ~ b1ver, son père, gui jouait de Ja viole
~u corn ,de l'ùtre,_ crut roir un animal pareil
a un ll'zard qm dansait tout vif dans la
llam_mc. Il dit à l'enfant d'approcher, et lui
appl_"1ua sur la face un soufflet qui lui fit
pdhr les lar~es des yeux. Mais le père les
essuya bu::m vite arec ses caresses : u Cher
" petit, lui dit-il, je ne te frappe point pour
« te punir, mais seulement pour que tu te
&lt;&lt; souviennes que œ lfzard que tu aperç0is
{( dans le feu est une s~lamandre. animal
cc que n'a vu aucun homme vh·ant sur la
(( terre. »
Ce phénomène de sou cufance lut le présage et le symbole de .sa ,·ie : lui aussi fut
un animal vivant dans la flamme, un homme
de feu, de fiel et de Lile, qui s·agita, pendant
soixante ans, au milieu de passions dont le
premier jet aurait dévoré une organisation
moins robusle. Ses Mémoires, écrits dans ms
dernières années, sont ceux d'un Orlando
/iirioso de la vie réelle. La main du
,·ieillard tremble en retraçant son histoire, non de vieillesse, mais d'orgueil
postbume, de haine inaEsouvie ou de
vengeance i-alisfail!e. C'est le cheval de
!lazeppa rentrant à l'étable : il saigne, il fume, il écume encore. Là on
peul \·oir ce que fut l'Art au xne siècle, non pas comme dans les époques
reposées, un luxe-, un goû f, un dilettantisme; mais une passion violente el
terriLle, un fanatisme à outrance, quelque chose comme un mahométisme
remersé, propageant, prêchant, imposant ses idoles a,,cc la même ardeur
que l'autre mcllait à les démolir, La
vie de Cellini ne fnt qu'un long accès
de colère entrecoupé d'inspirations ravissantes. Bandit aux mains de fée, il
semait les bijoux dans le sang des
assassinats cl des emLuscades, comme
Atalante jetait Ees pommes d'or dans
la poussière de l'arène. La Renaissance n'eut pas d'enfant plus excentrique que ce gladiateur maniant le
hur;n, :1ue ce cyclope tisclanl des bagues. Contraste bizarre d~ .l'imagination la plus délicate unie au caractère
le plus intrailaLle !
Cc qui le caractérise, c'csL la rage
passée à l'étal chronique. li est exaspéré de naissance, il est né l'écume à
la bouche. Toul esl instinct dans celle faure
nature, élan primesautier, exercice soudain
et passionné de la force. li rugit et il se
hérisse contre ses émules, c0mme le lion
contre les concurrents dl! son antre ou de
VJ. -

HISTORIA- -

fASC. 48.

sa citerne. A vingt ans, on le voit donner
tête baissée dans une boutique d'orfèvres
rivaux. « Traitres! m'écriai.je, rnici le jour
oll je vais tous vous tuer! • Plus tard, il
poignarda, en pleine rue de Rome, Pompeo,
le joaillier du pape, dont il avait,, se plaindre. (( Je ne Youlais que Je saigner, dit-il,
mais, comme on dit, on ne mesure pas ses
coups . ll A Paris, il entra, armé jusqu'aux
dents, dans l'atelier du Primatice qui lui disputait une statue, et il le fit renoncer à sa
commande, l'épée sur la gorge. C( Messer
c( Francesco, sache que si jamais j'apprends
" que lu reparles de façon ou d'autre de
&lt;&lt; cette commande qui m'appartient, je le
&lt;( tuerai comme un chien! n A Florence, il
s~ rencontre avec ce sombre et haineux Baccio
Ilandinelli, qui usait ses dents sur le ciseau
de Michel-Ange, plus dur encore que la lime
mordue par le serpent de la fable. Type de
l'artiste envieux, que Dante aurait plJcé dans
son Pm·gatoire, parmi ces âmes qui ram·

penl, dans des postures de cadatides, courbées sous d'énormes pierns. - Mais sa
charge, à lui, aurait été un h:1s-relief de Buonarotti, pour qu'il fùl écrasé deux fui s, sous
le poids du marbre cl sous la beauté du ,bcf,\1

353 .-..

d'œuvre. - La lutle fut terrible entre Baccio
et Bcrmnulo. Ici l'allaquc et la défense
s'équiliLrent : même hauteur d'orrrucil
t,
!
meme noirceur de tempérament, mêmes facultés d'acrimonie et de haine. Il faut les
voir se disputer chaque bloc de marl,re qui
arnve au duc de Carrare ou de Grèce : on
dira:t qu'ils vont le briser pou.r se lapider
avec ses fragments. D'autres fois, ils se renc?ntrent deva_nt un ouvrage que l'un d'eux
vient de termrner. Alors, au pied de la statue
ou du groupe, s'engage une rixe qui rappelle
ces seul pturrs des socles antiques repré~entant deux béliers furieux s'rntre•heurtant de
la corne. ~fais Cellini a I'nantao-e dans ces
invectives homériques : il_ sonne° de l'injure
comme de la trompette. Ecoutez-le éreinter
l'JJerc,LLe de son rira]; sa parole vaut le couteau d'Apollon disséquant llarsyas : elle entre
dans le marbre comme dans la chair vive :
" On prétend que si l'on coupait les cheveux
&lt;! de ton Hercule, il ne lui resterait pas assez
cc de crâne p011r contenir sa cervelle ;
C! on ne sait si son visarre est celui
C( d'un homme, d'un li~n ou d'un
r( bœuf; on dit que sa tête n'est pas à
&lt;&lt; l'action et ne tient pas it son cou·
c&lt; que ses deux épaules ressemblenl
&lt;( aux paniers d'un àne; que les mollets ne son l pas copiés sur un mo•
dèle humain, mais sur un mauvais
c: sa~ rempli de melons que l'on au" rart appuyé tout droit le Ion•0 d'un
mur; que le dos produit l'eITet d'un
({ sac d? courges longues; on cherche
(( en vam de quelle manière les deux
&lt;( jambes sont attachées à ce torse
(( hideux qui ne s'appuie ni sur l'une
« ni sur l'autre. Cette paune statue
c, tombe en avant de plus d'une brasse
(( ce qui est la plus grande et la plu;
« affreuse erreur que puissent commettre les ~rtistes à la douzaine que
11 nous connaissons; on trouve que les
bras pendent si disgracieusement
C( que l,'on ~st tenté de croire que 1~
&lt;( 11 as Jamais vu de gens nus et vi" vanls; que la jambe droite d'llercule el celle de Cacus n'ont pas
(1 même un mollet à elles deux. on
dit encore, qu'un des pieds d 'lle;cule
(1 est en terre et 'JUC J'aulre semble
(( posé sur du feu ... : »
Et il poursuit ainsi, raillant outrageant, rnciférant à perdre haleine. 11 'n'y eut
pas un instant de repos, pas une trê\·e de Dieu
dans celle existence agressh·e. Déaainer tirer
son poignard était le plus nJturel ~ le pl~s fréquent de ses gestes. Tous les griefs semblaient
A

•

23

�BENVENUTO CELL1N1 - - -.

11lSTO'f{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
égaux devant sa rancune. Il taxai~ de mort
l'irrévérence et l'outrage, l'offense futile aussi
bien que l'aO'ront sanglant. Comme il s'était
sacré lui-même et couronné monarque absolu
de son art, chaque délit à son égarJ dcrenait
crime de lèse-majesté. -

Son f1 ère est tué

dans une rixe de corps de garde; il &lt;l lorgne
comme une maîtresse i&gt; l'arquebusier qui a
fait le coup, jusqu'à cc que 1 le rencontrant à
la parle d'un cabaret, il l'égorge, par derrière, d'un coup de stylet entre l'os du cou
et la nuque. - Un hôtelier de Ferrare, chez
lcquei il entra, ,,oulut être paié d'avance
avant de le recevoir: même fureur, même
ressentiment. Il passa. la nuit à forger dès
projets de vengeance. " Je pensai d'abord à
cc mettre le feu à la mlison, puis à égorger
C! quatre chevaux que l'hôtelier avait dans
(t son écurie. n Mais le temps lui ayant manqué, il déchargea sa colère, avant de partir,·
sur les lits de l'auberge, dont il tailla les
draps à grands coups de couteau. (&lt; Je hachai
" si bien qualrc !ils, que j'y fis pour plus de
(( cinquante écus de dégât. &gt;&gt; - Ses querelles avec ses maîtresses tournaient à la rixe
et à la tuerie. Ayant à se venger d'une jeune
fille qui lui serrait de modèle, et qui l'avait
trompé arec un de ses apprentis, il la forçait
de po:;er, durant des heures, dans les altiLudes Je; plus fatiganles . Quand elle l'Oulul
se plaindre, il la battit jusqu'à l'assommer.
Enflammé de fureur, je la saisis par les
&lt;1 cheveux et je la trainai dans la chambre,
en la rouant de coups de pied et
t( de coups de poing, jusqu'à ce que la
(( fatigue m'obligdl.t de m'arrêter.)):
Cette violence fiévreuse était d'ailleurs
l~ tempérament de son siècle. Rien de
plus curieux que les rapporls de Cellini
a,·ec ses patrons; il y règne je ne sais
quelle cordialité bourrue et acerbe. Un évêque espagnol lui fait attendre le
salaire d'un vase, il le reprend sous prétexte de le finir, cl montre aux valets qui
,·icnncnt le réclamer des dents de dragon
garJant son trésor. L'é\"êquc envoie une
Lande de coupe-jarrets l'assaillir dans
son atelier; il les reçoit l'escopette au
poing, puis il endosrn sa cotte de maille,
et, le vase d'une main, le poignard de
l'aulre, pénètre fièrement dans le palais du prélat. Il traverse une antichambre jonchée de sbires assis sur leurs
armes. (( Je crus passer au milieu du
« Zodiaque; l'un avait la mine du Lion,
(\ l'autre du Scorpion, celui-là du Can(( cer. J&gt; A sa vue l'évêque édate en
imprécations : il veut son calice, Cellini
réclame son argent. L'affaire se termine
par un troc à l'amiable mêlé de louanges
et d'injures .
Les papes eux-mème:; ne l'intimidaient
pas: il 1int lèie à Clément VII, à Paul Ill,
ces 1erriblcs pontifes qui tenaient le bàton
pastoral de façon à faire trembler leurs troupeaux. Il les ajournait, il les faisait attendre,
il traraillait pour eux li sa fantaisie, à ses
P,eures. Voici comment se passaient d'ordinaire ces altercations. - Le pape compte sur

sortes de gens sont des ignorants qui ne
connais_sent que leur métier. ii Mais le
pape, furieux, se redressant à demi, frappa
de sa canne le porte-mitre imbécile : C( Igno« rant toi-même! Tu l'outrages quand nous
et ne lui disons pas d'injures, nous! lgno(( ranle sei tu che gli di villania, che non
&lt;t gliene diciam noi. &gt;&gt; Cellini eut, avec ses
papes, des scènes toute:; pareilles. Il avait
üeau remplir nome de meurtres et d' algarades, il lui surnsait de montrer une bagur,
un joyau, un camée pour rentrer en grâcr .
- Ainsi, lorsqu'il vient d'expédier le meurtrier de son frère, Clément VII se fàche
d'abord, le mande au Quirinal et le regarde
avec des yeux menaçants. Celli11i tire de son
escarcelle un bouton de chape, au milieu Juquel il a gravé, en demi-rclicî, un mencillcux Dieu le Père, assis sur un gros diam:mt
supporté par de petits anges. A l'instant, la
colère du pape se dissipe; son vis.1ge s'illumine, comme frappé par le rdlet du di,in
joyau. Cc n't'st plus un juge irrité, un sou\·erain prèt à punir, c'est un amateur idohHre tournant et relournant un Lijou unique
enLrc ses mains lremLlantes d\!lllhousiasme.
(( Benvenuto mio, tu aurais été là, dans ma
{( tète, que tu ne l'aurais pas fait autre" menl. " - Le premier acle de Paul Ill
fut de l'absoudre du meurtre de Pompeo,
commis pendant l'interrègne; et comme un
Monsignor objcèlait la loi à cet excès de clémence : « Apprends, lui dit le pape, que des
i! hommes uniques dans leur profession,
C&lt; comme Benvenuto, ne doivent pas êlre
n soumis aux lois, et lui moins qu'un
&lt;( nutre . ll
Ainsi la raison d'art était mise audessus de la raison d'État dans celte
nome de la Renaissance qui fètait comme
des Sainls les dieux de !'Olympe et qui
promenait par srs rues le groupe e&gt;.bumé
du Laocoon, ainsi qu'elle aurait fait
d'un corps de rnartp· retrouvé dans les
Catacombes. L'art élait la seconde religion de ces pontifes patriciens; ils voulaient que le catholicisme l'emporlàt,
même par la formP, sur le paganisme,
et que le crucifix fùt anssi l1ien modelé
que le Jupiter. li élait la première affaire cl la dernière rnllicitudc de leur
règne. - Clément Vif a\"ait commandé
des méJaillcs à Benvenuto~ la maladie
le prend, il se les fait apro;lcr à son lit
de mort. Le vieux pape mori Lond se
soulèrn sur ses oreillers, on allume des
c.-icrgcs, il mel ses luncltes : mais la
taie de l'agouie voile déj/i ses ICUX; il
ne peut plus rien discerner. Alors il
palpe, en !âtonnanl, de ses mains séniles,
les faibles reliefs de ces Lelles médailles
PAVLVS·ll ·PONT·OPT·l\1AX· 1
renonce à Yoir; puis il pousse un
... - = - - . - ·- ..
-,J qu'il
grand soupir et relombe, en bénissant
pour la dernière fois son Benvenuto.
Jamais siècle n'eut une admiration si naïve
irrité : c&lt; Enfin, au lieu de venir nous trouver
,, à nome, tu as attendu que nous ayons été et si profonde pour les chefs-d'oeuvre de la
« nous-même le chcrch,,r à Bologne! JJ Sur main humaine. On sortait du chaos des époquoi, un dt!s évêque:; de sa suite se prit à ques barbares, la sculpture antique surgisdire : (1 Que Yotre Sainteté lui pardonne, ces sait du sépulcre; des lypcs inconnus de gran-

le calice ou la tiHe qu'il a commandés; l'artiste n'est pas prèt et envoie au diable ses
messagers. On le mande au Vatican, il comparait tète luulc; Sa Sainteté est en colère,
die gronde, elle menace. &lt;( En véritéd~ Dieu,
C( je te déclar~, à toi qui fais profoss10n de
&lt;( ne tenir compte ùc personne, que ~i ce
c&lt; n'était p1r respect humain, je te ferais
&lt;! jeter par les fenêtres arec to:1 ouvrage! n
Cellini répli11ue, il élève le ton au diapason
de cette voix qui bénit le monùe et qui excommunie les empires; le Vatican tremùle,
les carJinaux inquiets se regarJ~nt. ... Cda
finit par un baisement de pied et par un sourire paternel.
Car les grands artistes étaient les enfants
g:Hés de celle papauté athénienne de la Renaissance. Elle leur passait toutes leurs exeentricilés et tous leurs caprices; elle les
comblait de ses absolutions et de ses largesses : ils se brouillaient et se raccommodaient
impunément avec elle.
Ce violent Jules li, qui faisait tout lrcmbler, ne se déridait que pour Micbel-An3c .
C'était un cas d'anathème qnc de lui enlcvtr
son sculpteur. lorsque l'artiste, rudo)é par
lui, s'enfuit à Florence, il lanp à la Seigneurie des brefs fulminants pour la sommer de
le rendre. Michel-Ange vint le rctrom'er à Bologne; il entra, avec une moue de lion privé
battu par son maître, dans la salle où le pape
soupait, entouré du Sacré Collége. Jules,
fronçant son sourcil blanchi, le toisa d'un œil

Ci

&lt;(

deur et de beauté apparaissaient au soleil.
Sous leur divine influence, le génie humain,
si longtemps slérile, recouvr,ii·t ses forces
plastiques : il concevait, il engendrait
des formes exquises et grand:oses. Le
monde vivant contemplait, ébloui et ravi,
cc monde immobile. C'était comme une
seconde Création aussi féconde, amsi
srontanée que l'autre. L'homme se retrouvait dans l'altitude étonnée d'Adam
s'éveillant au milieu du peuple infini des
êtrrs éclairés par la première aurore.
On comprend, ,dors, le prix que le
xnc siède atlachait à ses grands arlistes, dt'puis l'arcl1i1ectc qui bâtissait
ses palais, jusqu'à l'orfèvre qui ciselait
ses annraux. On comprend surtout l'accueil que les Barbares fuisaient à ces
Jtaliens, qui h-11r arrirail'Dt, comme les
Magrs de Ja nenaissancc, les mains
pleines de raretés et de mcl'\'eilles exotiques. - füpn n'est touchant comme la
conJ11i!c de François Jcr envers. Bcnrenuto Cellini, lorsque, sur son appel, il
vint install~r rn France sa forge de Polyphème . Il le curnbla de l:trgcsscs, il
lui donna un cli:Heau Four atelier, il
l'appelait u so1 ami. )) &lt;( Je te noierai
« dans l'or 1&gt;, lui dit-il un jour. A char1ue aiguière, _à chaque coupe, à chaque
stalue nouvelle, c'étaient des flatterirs
ro)'alrs et dfs louanges magnifiques :
&lt;t \'oil/i un h 1mme qui mérite vériu tablemenl d'être aimé! ll Ou Lirn
encore : (t En ,,érilé, je ne crois pas
&lt;! que les Anciens aient jamais rien produit
&lt;( d'aussi beau! l&gt; Ce roi, gaulois et batailleur, mais sensuel jusqu'au bout des ongles,
tombe en adoration devant les délicates figurines que lui pétrit cette main d'enchanteur.
li s'émerveille de boire dans une aiguière sur
laquelle une Nymphe recourbée en anse mire
dans le vin sa tête élégante. li se plaît à
prendre son sel dans la conque d'Amphitrite
enlaçant Cybèle de srs longues jamb.es florentines. Il ne se lasse pas d'admirer les gràces
el les fiertés du style toscan, pour lui si nouvelles. C'était la' surprise du guerrier du 11asse
transporté du camp farouche des Croisés,
dans ce jardin d'une fée d'Orient, où les fleurs
pleuvent, où les oiseaux parlent, où l'Amour
plane dans l'air lumineux.
Un jour que le roi ployail sous les anxiétés
d'une guerre désastreuse, le cardinal de Fer-:.
rare le mena voir une porte &lt;lont Cellini venait d'achever le modèle. li se laissa conduire,
soucieux et morose encore. Mais à peine eut-il
vu la Nymphe de Fontainebleau, accoudée sur
le flanc d'un cerf, et voluptueusement allongée
dans la courbe de l'hémicycle, que sa physionomie s'éclaircit : ses yeux reprirent leur
joyeux regard, son sourire de faune amou~
reux revinl à ses lèvres. li ne pensait plus à
l'Empereur ni au Milanais : il était tout à ces
joies de l'admiration artistique, qui correspondaient en lui aux sensations de l'amour.
« Mon ami, - dit-il à Benvenuto en lui frap(( pant sur l'épaule, - je ne sais quel est le
C\ plus hcUl'l'll\", du prince qui trom·e un

homme selon son cœur, ou de l'artiste qui
rencontre un prince qui sache le compren« dre . )J
C(

c&lt;

Comment s'étonner, après ces récits, de
l'orgueil d'un homme devenu le compère des
papes et l'ami des rois! - Un trésorier de
François {cr veut le faire voyager en poste.
&lt;( Ainsi voyagent les fils de duc l&gt;, lui dit-il
pour le décider. " N'ayant jamais été fils de
duc, - répond Cellini, - je ne sais comment ces pcr.sonnages voyagent, mais les
" fils de mon art voyagent à petites jour" nées. IJ - Un majordome du duc de Florence, qu'il rudoie selon sa coutume, s'étonne
cc qu'il l'ait jugé digne de parler à une per" sonne telle que lui. - Les hommes tels
que moi sont digues de parler et aux papes
et aux empereurs et aux grands rois. On
(( n'en trouverait pas deux de ma taille dans
&lt;( le monde entier; mais les gens comme vous,
&lt;( on les rencontre par dizaines à chaque
« porte. » Jamais vanité ne fut plus féroce :
qu'on se figure un paon armé du bec et des
serres de l'oiseau de proie . li faut que tout
cède et que tout ploie devant lui. Seul il a le
génie, la gloire et la science infuse. Il ne conteste pas le talent de ses rivaux, même les
plus illustres; non, il le nie radic:alement et
de haut en bas. L'Antiquité même n'est
bonne qu'à faire repoussoir à ses œuvres.
- Primalice vient de rapporter de Rome des
statues de bronze reproduisant les plus beaux
marbres du Vatican et du Capitole; mais on
les expose dans la galerie où trône le Jupiter
de Cellini, et les pauvres figures antiques ne
peuvent soutenir la présence de ce dieu tonnant. La comparaison les écrase; encore un

·" 355 ...

peu, il les ferait choir en terre devant son
chcf-d'œu~re, comme ·des idoles devant le
vrai Dieu . - L'aplomb dans l'outrecuidance
ne saurait aller au delà. Ce n'est pas
assez des apothéoses perpétuelles où il
se pavane; un jour, il empanache d'une
auréole sa toque florentine, et se cnnonise lui-même tout vivant. &lt;( Je ne veux
c&lt; point passer sous silence la chose la
et plus étonnante qui soit jamais arri\"ée
1&lt; it un homme. Qu'on sache qu'après
u la vision qur j'ai racontée, il me· resta
C( sur la tète une lncur miraculeuse
ci qui a été parfaitement vue par le petit
(( 11omLre d':1111is li r1ui je l'ai montrée.
(' On l'~pcrçoit sur mon ombre, le matin, penda11t deux Lcurcs, à comptrr
" du lerer du soleil, surloul quand le
(( gazon est couvert de rosée, et le soir,
&lt;f au crépuscule. Je la remarquai en
&lt;! Franct', à Paris, uù on la rnyait beau(( coup mieux qu'en Irnlie, parce qur 1
(( dans cc pays, l'uir est plus souvent
c( chargJ de Yapeur.s . Je puis cepenJant
&lt;&lt; la voir et la monlrcr aux autres en
c1 tous lieux, mais toutefois moins disci tinctemcntqu'enFrance. »
Tel quïl esl, id qu'il s'est peint de
couleurs bilicn~rs c·t sanglantes, on
l'aime rt on l'admirr, ce bravo de génie. Ses e.xeès sont ceux &lt;le la force, ses
passions celles de la vie exaltée à son paroxysme. Le zèle de l'art le dévore; il
se bat pour une statue co~me pour une
maltrc5-se, il approurn les élèves de
fiap!1aël qui voulaient tuer le Rosso parce
qu'il avait dénigré leur maître. La &lt;( force
superbe de la forme n, Vis superba {o1'ntœ,
comme dit un poète latin de son temps, le
transporte d'admiration. li faut l'entendre,
dans son Discours sw· les principes de /'art
du Dessin, pal'lcr en idolàtre de la beauté du
corps humain, de ses ossements, de ses membres, des ressorts internes qui le font mou mir
et agir. t( Tu feras copier à ton élève un de
&lt;t ces magnifiques os des hanches qui ont la
&lt;( forme d'un bassin, et r1ui s'articulent si
&lt;( admiraLlèment avec l'os de la cuisse ....
&lt;( Quand tu auras dessiné et bien gravé daus
C( ta mémoire ces os, tu commenceras à dest&lt; siner celui qui est placé entre les deux
« hanches; il est très beau et se nomme
&lt;1 sac1·um .... Tu étudieras ensuite la mer&lt;( veilleuse épine du dos que l'on nomme
11 colonne \'ertébrale. Elle s'appuie sur le sa(r crum, et elle est composée de vingt-quatre
&lt;( os qui s'appellent vertèbres .... 'l'u devras
&lt;{ avoir plaisir à dessiner ces os, car ils sont
(' magnifiques. Le crâne doit ètre dessiné
&lt;( sous tous les sens imagi11ables, afin qu'il
&lt;' ne puisse sortir du souvenir. Car sois bien
certain que l'artiste qui n'a pas les os du
(t crâne bien gravés dans la mémoire, ne
({ saura jamais faire une tète qui ait la moindre gràce .... Je veux aussi que tu te mettes
dans la tête toutes les mesures de l'ossa&lt;I Lure humaine, afin que lu puis5-es ensuite
(( la revêtir plus sûrement de sa chair, de ses
« mll5clcs c:L Je ses nrrf~, dont la divine

�_

111STOR..1.ll

c1 nature se sert pour assembler et lier celte
&lt;( incomparaLlc machine. 1)
Cet enthousiasme e~t plrtagé par toute son
époque. On sait avec quelle ferveur MichelAnge anatomisait les cadavres, plantant une
chandelle dans leur nombril, pour les éludier
jus1uc dans Ia nuit. Le sq.uclette n'est plus,
comme au moyen âge,· la LiJeusc guenille
d'une chair méprisable, mais l'admirable
armature de ]a vigueur d de la beauté.
L'homme se penche sur la tète de mort avec
r.1.Vissemcnl; il n'y cherche plus le dégoût,
mais le secret cle la vie : il mesure sur les
trous du crànc l'orLite des yeux d'Apollou,
de son rictus grimaçant il tire le radieux sourire de Yénus . Les Dieux, les N)'mphes, les
Héros, les Anges, lûs DJesses qui peuplent de
leurs beaux corps les palais et les temples,
sortent du charnier fécondé, comme des fleurs
dl! la pourrilure. Le xne siècle inaugure le
lriomphe plastique de la llorl.
Tonies les choses du burin el de l'ébau-

choir sonL sacrée~ pour Benvenuto. Son art le
possède si bien lout enlier qu'il le poursuit
jusque dans ses rêves. Il sculple l'impalpable,
il ci~èle le songP,. Emprisonné par Paul Ill,
au cbàLeau S:iinl-.\nJe, une \·ision lui apparait oll il \'Oit le soleil comme un disque
énorm·e, représentant tour à tour le Christ et
la Vierge. c&lt; Le soleil, ~ans rayons, rcssem" lilail à un bain d'or fondu. Pendant que je
(t considérais ce phénomène, le centre de
C( l'astre se gonfla et il en sortit un Christ
1( sur la croix, formé de la même matière
lumineuse. Il respirait une grâce et une
(' mansuétude telles, que l'esprit humain ne
H pourrait en imaginer la millième parlie ...
(1 puis le centre de l'astre rn gonfla comme
(1 la première fois, et prit la forme d'une
({ rariss1nte Madone assise cl tenant mr son
&lt;( bras l'Enfant divin qui semble sourire. Elle
était JJlacée entre deux Anges d'une incroya&lt;! Lie Leau lé. )&gt; L'orfèvre, pcrsi~tant dans l'halluciné, rrappc le soleit à l'effigie des médailles.

Par ses qualités comme par ses défauts,
par son talent comme par sa folie, Dcnrenutu
Cellini est la plus originale personnification
d1~ cette Italie artistique du xv1e siècle, qui
produisit des êtres à part dans les séries de
l'histoire. Élran;-cs créatures organisées pour
le mal et pour le génie, pour les violences du
crime et pour les œuvres de l'inspiration.
L'Italie, à celle rpor1ue, offre l'étonnant spectacle d'un pandémonium ennobli et décoré
par lc3 arl.~. Elle a des monstres lettrés et
des bandits dilettantes, des Périclès empoisonneurs el des Phidias meurtriers. Des tigre:liondissent et s'emLusqucnt dans les jardins
d'Armide. Les haines sont arrocrs, les rcsscnlimenls implarables, les coneurrences se
dénouent à coups de stylrt; mais un soufll,J
di,in plane rnr toute cetle tempête humainci
la sè&gt;rc dJborde et fermente; et l'Art grandit
au fort de ces passions déi.:haînées, comme ·1c
bronze prend une forme sublime au milieu
des Oammes cl des scories de la fonte.
PAUL DE

SAINT-\'ICTOR.

Frédéric II et d'Alembert

Le 2U janvier 1770, d'Alembert, écrirant cl ses enfants c:it un Lien plus grani.l crim~
11 Frédéric, se demande comment il serait que de dérober à 11uclqu'un de son superflu:
pos!-iblc de persuader à ceux qui n'ont rien 3° parce que l'intention du vol esl vertueuse
et ·qui souffrent dans la société &lt;&lt; que leur et r1ue l'action en est d'une nécessité indis\·érilaLle intérêt est d'être vertueux, dans le pemable; je suis même persuadé qu'il n'est
cas où ils pourraient impunémrnt ne l'être aucun tribunal, qui, arant Lien constaté la
pas n. La morale utilitaire n'est-elle point Yérité du fait, n'opinât à absoudre un tel Yo. impuissante à les mainlenir dans l'obéis.rnnce? lcur. J) Les biens de la société s.ont fondés
A cela Frédéric rl:pond, le 17 fl!uier, qll'il') sur des senices récip;oqnes; les engageauront recour.:; à lJ charité, plutôt tptc d'user ments sont rompus et l'on rentre dans l'âlat
de moyens criminels, qni scrairnt dangereux de nature dès que les clauses du pacte ne
pour eux : leur intérêt Lien entendu le leur sonl pas observées. Dans sa lettre du 50avril,
commande. Mais d'Alembert insislc : &lt;&lt; Je d'Alembert approuYe cette doctrine: dans ce
suppose, cc qui est possiUle, que l'indigent cas le Toi est permis et même est une action
soit, d'une part, sans espérance d'être secouru juste. li ajoute qu'à son avis, cc cas de néet que, de l'autre, il soit assuré de pournir cessité absolue n'est pas purement métaen cachclle dérober au riche une partie d8 physique el qu'il peul se produire dans la
~on superflu. J) Que fera-t-il dans cc cas? réalité assC'z facilement. Malheureusement
l\!ut-il oa mème doit-il se laisser mourir de celle doclrinr, toute raisonnaLle qu'elle est,
faim anc ~a famille? A nia Frédéric répond es t dangereuse ù répandre, c&lt; par l'abus que
que le cas n'est p:is naisemLiaLlc. a Toute- la eupidilé ou la paresse pourrait en faire».
fois, si, par impossiblr, il se trouvait une Les tribunaux: seraient pcul-èlre obligés de
famille dépourvue de toute assistance et dans chàth-r le voleur innccent, pour cmpèchcr
l'état alîrcux où mus la dépeignez, je ne que tt·aulres, moins malheureux, ne suhisscnt
balancerais point à décider que le vol lui de- son rxcmple. &lt;( Le mot de l'énigme est, ce
vient légitime: 1° parce qu'elle a épromé me semLlc, que la distrilmtion des fortunes
des rcîus au lieu de rcc(voir des secours ; dans la société est d'une inégalité mons2° parce que se laisser périr soi, sa femme trueuse; qu'il est aussi atroce qu'absurde de

Yoir les uns regorger de superflu el les autre&lt;.
manr1ucr de nécessaire. Mais, dans les grands
États surtout, cc mal est irréparaLle, et on
peut être fore-! de sacrifier qucl11uefois des
victim·es, même innocentes, pour empêcher
que les membres pauues de la société ne
s'arment contre les riches, comme ils seraient
tentés et peut-être en droit de le faire. J&gt;
Voilà de singullèrrs Lhéuries et de violentes
paroles. Il faut leur adjoindre les correctirs
nécessaire5. Il n'y a pas loin à aller pour voir
d'Alembert railler la chimère de l'égalité el
déclarer que la philosophie digne de ce nom
ll'a d'autre Lub que (&lt; d'éclairer les souverains
sur leurs nais intérêts, rendre Jcur autorité
plus douce, el plus fidèle l'obéissance qui
1eur est due ». Quant à Frédéric, il ne se
prive pas de persifler les beaux théoriciens et
les législateurs encJcloprdistes qui, n'aianl
jamais gouverné, s'amusent à édifier &lt;les
Étals où ils mettent des hommes de fantaisie.
En réaliLé, la discussion que nous venons
d'analyser n'est qu'un de ces jeux d'esprit
auxquels pemcnl se complaire un philosophe
r1ui vil dans les li\'res et un monarque libre
de prt\jugé5, qui cherche à se distraire des
soucis de la réalité.
A,oRÉ LICHTENBERGER.

MES SOUVENIRS

""'
Les salons el la cour sous la Restauration
Par DANIEL STERN (Madame d'Agoult).

')t

'

Ill
Présentée à la cour, il foll,tit l'èlre ensuite
aux vieilles dames douair:ères du faubo11rg
Saint-Germain. C'était leur droit; elles le
maintenaient el ne se Iai'5saienl poin l ou l1licr.
Les plus .1gées n'allaient plus di.lns le monde
depuis long1r,rnps. Pc1ralJsérs de tout, hormis
de hi langue, elles ne quitLaienl pas leur
paravent, lenrs chenet~, leur bergeJ'e antique,
leur chat familier, leur tabatière et leur Lonbonnière. Elles ne rccevaienl, en dehor.5 de
four descendance, que de rares visites rn de
rares occasions. On allait là une fois en sa
vie, en visile de noces; 11r, y
restait dix minutes, au plus,
puis on n'y retournait pas. C'élait
assez; rurngc était fatisfail.
Les vieilles dames ,·ous avaient
vue; elles avaient salué de l'évenlnil les nouveaux époux. Sôurdes
tl criardes, elles avaient prononcé, haut el dru, de leur voix
rauque, sur les )'Cux, les dents,
la gorge, la main, le pit:d, sur
loul l'air de la mariée. Elll'S
avaient dit: die est {01·t bie11,
ou: elle n·est pas bien, el prévenu ainsi, de leur arrêt, l'opinion du monde.
Les plus jeunes en Ire ces dernières, celles qui n'élaienl point
infirmes et ne s'éear!aient pas
trop de la soixantaiur, ~renaieut
encore leur part du momemcnt
des plaisir.5 mondains. Elles
avaient un salon et généralement un châtra11, où elles
rnyaiL•nl &lt;lu monde, hin:r et été.
li fallait l,·s lréqucnlcr pour se
meure en Lon renom. Quand
on quillail leslcntures éraillées,
les boiseries rnfumét·s, les vieux
cadres poudreux de la douairière de Lu}"ne~, de la douairière
d'Uzès, de la duuai,ière de Duras 1, pour entrer cher. la prince!se de 1a. Trémoïlle, chez la
comtesse Je Afatignon, chez 'la
princesse de Puix 1 d1ez ]a duc11essc d' Escars, chez 1a duchC'ssc
de ~arbonnc, chez la duchesse
J._~ Céreste, on se :sentait rajeuni d'un demi~1,•cl··.
1. Ilelle-mèreilc 1'.1ul cnr d'Ourika.

..,., 356

1-Y,

,

'

•

,

•

Le s:ilon de la princesse de la Trémoïllc,
outre son grand air d'ancien régime, a\'ait
un caractère poliliqtle très prononcé. Ce salon
élait une cour. La princesse, mademoiselle
de La119eron, extrçait de longue date, sur
tout ce r1ui l'approclnit, une domination
entière. Elle n'avait pourtant jamais dl, être
belle, dn moins ne voyait-on pas dans sa
m1nièrc d'ètrc cl de d;re, co:um: il arrive
aux fommcs qui ont eu le don de plaire aux
yeux, aucuns restes de vanilé ou de coquetterie fJminine. Toute sa co~uetterie était
d'03prit : virile, et visant à la souveraineté.
Avec ses petits yeux gris, bordés de rouge,

D.\ME A SA PSYCIJÉ. -

D'après U:o~ Noù...

avec so n tour i.lt! d1eYcux LlonJs, rnn grus
ventre et la dt1ublc mafodie qui décomposait
SOI! sang - le dialète et rh)&lt;lfOJ·ÎÛe - la

1

princesse de la TrémoïllC', grande dame jusqu'à la moelle des o~, a.s~ervissait à ses YOJonlé~, r,ar la force de son intelligence et par
la hauteur de son caraclèrr, toute une masse
de clients, de familiers, de flatteurs et de
parasites. Elle savait aussi, bien que dédaigneuse, s'insinuer là oi1 elle ne pourait s'imposer; caresser les amours-propres, quani.l
elle ne les subjuguait pas tout d'un coup.
Aucunement dévote, instruite sérieusement, elle avait pour elle-même une belle
biblio1hèr1ue: pour les autres, une laLle donl
on parlait, abondante et recherchée. La poJitique était srrn goût, son occupation cons
tante. Elle en avait, sinon le
génie, do moins 1a sagacité et ]a
,ive pratique. la campagne, le
tète-à-tète arec son mari l'ennuyaient à mourir; elle ne s'E.&gt;n
cachait pas. Jamais elle n'avait
pu s'haLilucr ni à la belle terre
de Pezea.u que le prince de Il
'frémoïlle possédait héréJitaircrr.cnt en llerr\', ni même au
cl1à!cau de C~oiss9, bâti par
Colbert, non Join des bords de
la Marnr, au milieu des riches
campagnes de la Brie, récemment acheté par elle, en me
du rnisinagc &lt;le la , ille. La
princesse ne quittait plus guère
Paris, son hôtel de: la rue de
Bourbon!, son jardin en terrasse
sur le quai. Danssa bibliolhèque
en bois de cilronnilr, qu'on
célébrait comme une merveille
d'élPgance et où elle rece\·ait
Li cour etla ,,iJle, de son fauteuil
l'n damas ve1 t, d'où elle ne bougeait qu'à grand'peinc, tlle animait de sa Vtrre inlaris.saLI&lt;',
de ses pi,1uantes sorties, de
ses sarcasmes:, un cercle perpétuellement renouvelé des prrrnnncs les plus marquantes de
~on parli. On y rnpit tous les
hommes de qmlque \'aleur ou
de quelque renom dans l'l~glise
ou dans lî'.1al, r1ui faisaient opposition au liLl'falisme: le &lt;ardinal de La Fare, M. de fionald,
!!. l'ahhé de Genoude, M. de
2. A relie lwure, rue ile Lille. l.'b\Jtcl de la princesse de la 1'rémoïllc, très rapprod1é du palais légis-

latif, n disparu dans les nouH'~Ux aligncmr11l!!.

�LES SA.LONS ET LA. COUR_ SOUS LA. °J{ESTJIUR_A.TTON - - ,

, , _ 111STO'}t1.ll
Maistre, Malhien de Montmorency, ou tout
simplement Mathieu; le chancelier Dambras;
les Polignac; les députés LaLourdonnaye, Delalot, de Castelbajac, de Neuville, de Marcellus, toute la droite passionnée;
quelques hommes de moindre
condition, mais utiles : l'avocat
Piel, M. Ferrand, M. de Lourdoueix, etc.
Dédaigneuse des choses nouvelles, elle qui possédait des
anciennes toute la fleur, ]a princesse raillait sans pitié la politique de transaction entre le.
passé et l'avenir 1• La moindre
concession l'offensait.
Les Villèle, les Corbière,
ne trournient pas toujours gr:îce devant ses
yeux ; les princes,
bien moins encore.
FÊTES DE STAINS,
Elle n'allait pas chez
E:-i 1830.
eux, se sentantreincj
jamais je ne l'ai
vue avec personne sur un pied d'éga- .,. :.' ·
lité. Son infirmité la serrait en cela; /~~
la lourdeur de son corps lui donnait
comme le droit de rester assise; elle
en usait arµplement pour accueillir du
regard, du geste et du sourire, avec
mille nuances de grande dame,
les gens de sa cour.
Le salon de la marquise de
Montcalm, politique comme celui
de 1a princesse de La Trémoïlle,
avait une physionomie différente.
Il avait pris son importance au mo~
ment où le· duc de füchelicu, frère
de la marquise, était entré aux affaires.
«· Le jour oll mon frère a été ministre,
disait-elle, non sans amertume, tout le
monde s'est avisé que j'étais une femme
d'esprit. Il Elle l'était, cela ne pouvait se
nier; et de plus, cultivée par le plus grand
monde européen. D'un caractère noble, désintéressé, modeste au fond, comme son
frère, et, comme lui, d'une admirable droiture; de grande naissance et de grand nom,
comme madame de la Trémoïlle, toujours
souffrante aussi; s'il se peut, moins dérnte
encore; moins exclusivement française, moins
altière en ses opinions, plus curieuse de nouveautés, madame de Montcalm avait un cercle
beaucoup plus étendu par les idées que ne
l'était celui de la princesse. Couchée sur sa
chaise longue, où la retenaient les infirmités
d'un petit corps contrefait et grêle, écoulant
beaucoup, interrogeant de son &lt;Trand œil noir
plein de rayons et de sa parole ;leine de bienveillance, madame de Montcalm n'exerçait
pas une domination visible comme celle de
madame de la 'l'rémoïlle, mais rnn ascendant

À~

•

I_. ~l_lc s~ rn_oq1.iait l.1t:i.ucoup des moulons de la
qui ?U.l\'a1enL docile!nent, en tous pâturages,
la vou du m11mlre. (J. Eh bien monsieur de Villèle
quelle ~èli~e allons-nous.faire ~ujourd'huiJ » di.,;ail~
elle un JO~r. ri! c?nlrl'fo1sant un d1~ ces minîsléricls.
dont elle s1mula1l I cntrêc dans le cabinet du ministre
2. On prMait C'11lre aulre3 î1 la cumlc!'.Sc d~ M~li:
maJ0~1tc.

pénétrait bien plus avant. On sentait en elle plus qu'au château de C01crta[ain, il n'était
la femme qui avait aimé, souffert, rèvé peut- presque jamais question de politique. Les
ètre même une tout autre destinée. Elle ne hommes que l'on recevait là étaient du
commandait pas à la conversation; elle n'y meilleur monde, mais on s'y occupait peu
lançait pas le trait; elle y maintenait sans des choses de l'esprit. Le ton de la maison
effort l'élévation, le tour délicat, la nuance était gai; les façons étaient simples et sans
exacte et aim,ble. Les hommes qu'elle voyait aucune morgue. Malgré la présence d'une
journellement étaient les anciens collègues, jeune fille, la piété de la jeune baronne de
les amis eolitiriues du duc de Richelieu; beau- )fontmorency et la vertu conjugale fort célécoup de aiplomates étrangers: M)L Pasquier, brée de la princesse de Bauffremont, la conMolé, de Barante, Mounier, Rubé.\tarbois, versation avait, à la manière d'autrefois, des
Pozzo di Borgo, Capo-d'Istria, le duc de allures très lestes; vide d'idées, pnm re de
Raguse, le général de Lagarde, \1. Lainé, etc. sentiments, elle se nourrissait d'historiettes
Dans ce salon modeste et tranquille, point el de nouvelles du jour, de modes et d'ajusde discussions trop vÎ\·es; des entretiens où t~~ents; on ! mPdisait du prochain; on }'
la politique n'avait pas d'acrimonie et se riait des maris trompés; on s'y moquait à
mêlait avec souplesse aux intérêts du l'envi de tout le monde. La vieille comtesse
beau monde, des beaux-arts et des de Matignon n'avait jamais été ni prude ni
belles-lettres. Autour de cette femme dévote; ce n'était pas la mode en émigration,
couchée, souffrante, il régnait une . malgré le malheur des temps. Les abbés
sorte de clair-obscur, une dou- galants, les évêques mondains avaient été
ceur sérieuse. Madame de Montcalm très en faveur, db·ait-on, auprès de 1a dame.
ne voulait jamais ni briller, ni éton- On en faisait mille récits, les plus drôles du
ner, ni éclipser, ni intimider per- monde'.
sonne. Elle rechrrchait le mérilr,
Oms cé salon venaient habituellement le
devil'.îait et faisait valoir les moin- duc de Castries, les Brancas, les Luxembourg,
dres talents. Auprès d'elle, les jeu- les Sal,ran, les Rosambo, les Sainle-Alde,,.
nes femmes s'essayaient à la con- gonde, les Clermont-Tonnerre, les Béthune,
~
versation. Elle m'y encourageait les Castellane, les Talaru, les La Guiche
les Vérac, elc. Là se prenaient le~
plus que d'autres. Elle avait
degl'és dans la considération et la mode .
pour moi des indulgences
.' . •
extrêmes, Confidente des
On disait bien quelquefois, tout bas,
1
." , ~ ; ~
sentiments que m'avait
que· madame la Dauphine ne rayait pas
il '"&lt;&lt;.t," •. . .,
voués l'un de ses plus chers
d'un bon œil la duchesse de Montmo1
~
-.i.&lt;
amis, elle me portait
rency, mais celle-ci ne voul~it pas
•.
,p._
un intérèt maternel et
s'en apercevoir. Elle tenait un si
qui ne se démentit jahaut raog à la cour, la maison de
mais. Je me plais1is
Montmorency était d'ailleurs si
chez elle infinimcnl.
pu~ssanle, que la critique avait beau
mordre, la gloire du nom bravait
Quand je veux me rappeler une
tout.
douce image de ma vie du monde
En dehors ds ces maisons brild'autrefois, c'est à elle que je pense,
lantes de la noblesse de cour, où
à son entourage aimable, à son
fréquenlaient aussi les ambassaintimité noble et charmante.
drices, lady Stuart, la
Dans la maison de Montmocomtesse ApP.onyi,
rency-Matignon où j'allais aussi
qui avait introduit
beaucoup, ce n'était pas un salon
en France la grande
proprement dit; c'était chaque
nouveauté des désoir un cercle nombreux de pajeuners
danumts,
rents et d'habitués. La vieille
la baronne de
comtesse de Matignon le présiWerther , le
dait. La duchesse de Montmorency, son fils Raoul, et sa bru, la baronne faubourg Saint - Germain
de Uontmorency, ses deux filles, la princesse comptait un nombre de
de Bau!Tremont et la jeune Alice, mariée plus familles moins illustres,
lard au duc de Valençay, y paraissaient en- moi as titrées:., moins dûsemble ou tour à tour. Assises à une grande daigneuses, plus mèlées à
table ronde, qu'éclairait une grande lampe la noblesse de province, et
suspendue, chargée de corbeilles à ouvrage, dont les salons, moins
les dames, renommées dans cette famille retentis~ants, avaient
pour leurs doigts de fées, travaillaient ~l des un caractère de bontapisseries, à des broderies délicates. Dans homie tout à fait ail'hotel de la · rue Saint-Dominique, non mable.
Le fond de la soj{non, três j(lune -~ncore, un mol piquant. Une jeune
ciété de ma mère,
SORTIE DE BAL
f~mme de sa soc1clé pleurrrnl un e disgràce de l'opiavant mon mariage, DE MADAME, EN 1828.
nion : 4 Consolez-vous, ma chère, lui av:til dit ln
comtesse, chez les grandes- darnes comme nous l'honse composait plus parneur l'cpoussc comme les cheveux. »
ticulièrement de celles-là.• EUe voyait habi- 3. Les till'és étaient les ducs, dout Ir~ femmes
tuellement les anciens amis de mon père,
avaient droit, en cour, au labmtrel.
1

~

•~li•i

~

358 .,,,.

émigrés ou vendéens, les - Suzanne!, les
d'Andigné, les d'Autichamp, les Bourmont;
les députés de h droite, ultra-royalistes :
les Villèle, les Castelbajac, les Delnlol, les
Labourdonna)·e, les Kergorlay, etc. Depuis
que mon frère était entré dans 1a diplomatie, ma mère invitait sc.s chefs ft ses
collègues, tout ce qui, gentilhomme ou
bourgeois, tenait au déparlenienl, à la:
carrière, c'est ainsi que les diplomates
désignaient entre eux le ministère des ::dfaires étrangères et les ambassades, où se
prenait, selon l'opinion des salons, une
sorte rle noblesse. Les Pasr1uier, Hyde de
Neuville, llonnay, MM. de Caux, de Gal,riar,
de Bois-le-Comle, de Vi,•'castd, de !larcdlus,
L:1grenée, de Lagrange, de La1our-~laul.10urg,

de Laroebefoucrnld, de Vaudreuil, de Bourgoing, venaiept chez nous très rnuvent. Les
réunions, les soirées dansantes ou musicales
qui se donnaient thcz ma mère et chez ses
amies, pour les jeunes filles, étaient sans
opprèt.
On n'y cherchait ni luxe ni étalage. Les
pauvres pouvaient imiter les riches, on
n'y regardait pas. Un piano, accompagné
d'un violon, quelttudois d'un instrument à
\·ent, d'un fifre quelconque, pour .. marquer
le rvthmc et la mesurr, tenait lieu J'orcheslrc.
En fait de souper ou de hulîel, un
bouillon, un riz au lait, un lait d'aman&lt;les :
c'était là tout. Les danseuses se paraient Je
leur printemps. l'ne Lland,e robe de mous-

scliuc, un ruban Lieu, rose ou lilas, noltant
à la ceinture, une Oeur dans les cheveux,
elles ne connaiss.aicnt pas d'autres alours.
Entr(' elles et les jeunes gens dont l'llge se
r:1pportait au leur, aucune con:raintr, aucune
pru.leric, mais une bicnsé:rnrc eXl1uise; il
rfgnait dans ces rapports u·ie coquetterie
uahe, une gaieté franche que tempéraient
les discrètes h1Li1ud,•s de la vie de famille,
la réserve nalurelle à la première jeunesse
et celte solidarité de l'honneur qui imprimait à la bonne compagni1i d'autrefois un
caractère totalement différent de celui de
nos sociétés bourgeoises, telles que les îail,
à cette heure, sans lien, sans traJilion, pour
quelques jours à peine, le ha5arJ Jes affaires
ou dL'S rencontres.
D.IKIEL

STERN

(MAP.\ \JE o'AGOUL T ).

regardé, de faire bonne contenance. Un marin;
il fume insouciamment sa pipe; on sent qu'il
montera dans la nacelle du même cœur indifférent et résolu dont il saute à l'abordagci
c'est aIfaire de senice. Ua employé des postes;
il est très occupé; le fourgon des imprimés
Le gouvernement ét,Llil une grande fa- vient d'entrer; c'est lui qui transporte les
brique de ballons, de façon à en avoir tou- précieux sacs et les dispose autour de la
jours un prêt à partir, aussitôt que le vent nacelle. Cinq petites cages arrivent, conteserait favorable. C'était de jour aux premiers n:rnt trente-six pigeons; des pigeons adotemps du siège que ces ballons prenaient leur rables, des noirs, des blancs, des dorés, des
vol, mais on ne tarda pas à s'aperc,.;voir que pigeons qui ont des noms de victoire : Glales Prussiens, avertis de l'heure du départ, diateur, Vermouth, Fille-de-l'Air. C'est le
en guettaient le passage et lanç:iient sur propriétaire lui-même qui les apporte et
l'aérostat ou des fusées încendiaires ou des veille à leur installation. Au moment de
balles de fusils à longue portée, dits fusils partir, on s'aperçoit qu'aucun des voyageurs
de rempart. On se résolut d1Jnc à ne plus n'a ·songé aux provisions; on court; on se
partir que de nuit. C'était presque toujours fouille, on finit par réunir trois petits pains,
dans une gare que les aérostats étaient gonflés deux tablettes de chocolat et une bouteille
et s'envolaient : gare du Nord ou d'Orléans. de vin.
Ce retard a eu son bon côté. Un aide de
Jamais ceux qui ont assisté à ce spectacle ne
l'oublieront de la vie. Au milieu d'une vaste camp entre !out essoufflé: Une dépêche du.
cour, le ballon, à dèmi gonflé, se démène Cou ve,·neur! L'aéronaute la prend; la nacelle
furieusement sous l'effort de la rafale; il est est fixée; on entend le sacramentel : cc Làchez
en taffetas jaune, et les lanternes à réflecteur tout! 1&gt; Le ballon s'élance d'un bond, il
des locomotives jetlent sur la route des lueurs p~rn:hc sous l'effort du vent, qui le courbe
fantastiques. Tout autour s'agitent, dans avèc violence. C'est une seconde d'émotion
l'ombre, des hommes que l'on prenJrait inexprimable; nous sommes tous là, retenant
pour des démons, s'acharnant à quclr1uc notre sourne, les veux fixés sur cette masse
œune infernale. Dans un coin, le directeur noire, qui se r;bat dam une convulsion
des Postes, M. namponl, tire sa montre, d'un e!TroyaLle. Sera-t-elle brisée? non, elle s'éair soucieux, interroge le vent, ·et semble lève, et à peine le ballon a-t-il dépassé le toit
demander conseil à l'aéronaute, M. Godard, vitré de la gar.::, que déjà la nuit s'est referavec qui il cause à voix basse. Il est évident mée sur lui; il se fond en quelque sorte dans
qu'il y a danger, trois hommes doivent partir. l'obscur Lrouillard. c: Adieu! adieu! &gt;J nous
Un voyageur, dont le nom est un mystère. crient les voyageurs, et nous leur répondons
li est enveloppé de fourrures; il se promène par des souhaits de bon voyage, en agitant
inquiet et pâle, el tâche, quand il se sent nos chapeaux: &lt;1 Vhe la France! lJ·

Pendant le Siège

Les pigeons qu'il:i emmènent avec eux
nous reviendront bientôt, à moins que le
froid, la brume, l'épervier ou la balle d'un
Prussien ne les arrête en route. Chacun
d'eux apportera, lié par trois fils à une des
plumes de sa queue, un léger tube, où se
trourera roulé un petit carré de papier de
40 millimètres sur 50 millimètres.
C'est la réduction microscopique, par la
photographie, d'une composition typographique ordinairè.
Cette petite planche, à peine lisible arec
un rnrre de loupe très puissant, ressemble
assez à un journal sur quatre colonnes. Celle
de gauche contient uni11uement celte mention :
SF,RVICE DES DÉPÊCHES PAU PIGEO.\"S VOYAGEURS,

Steenackers à ilfercarlier, 103, rue
de Grenelle.
Les trois autres colonnes conliennent, au
verso comme au recto, la transcription de
dépêches, les unes à la suite des autres, sans
blancs ni interlignes. Quelques-unes de ces
dépêches sont officielles. D'autres viennent
de source privée. Ah! qu'elles nous ont apporté de consolaLion et de joie! Que de pièces
de cent sous et de louis d'or sont lombés
dans la main des facteurs q11i nous remettaient la dépêche si attendue I Et ces pigeons,
de quel tendre respect on les entourait 1
Quand, par hasard, un d'eux, à bout de
l'orces, ruisselant de pluie, s'aliattait au bord
de quelque corniche, de quel œil avide la
foule hientOt amassée suivait ses mouvements! Comme Ioule; les mains se tendaient
vers lui pour lui offrir le pain ou le millet
qui devait l'altirer ! et quel cri de joie quand
il reprenait soh vol droit vers son colombier!
FRANCISQUE

O·

SARCEY.

�'-------------------------------------LA CHOUANNERIE

Tournebut
-

1804-1809 -

Par G. LENOTRE

CHAPITRE V

darmes à Donnay. Lanoë, elTrayé, obéit;
mais Lcft·bvre ne put le suivre que dans
L'afiaire du Quesnay (suilf ).
l'aprèS•!lliJi; ên arrivant à Noron, ils trouvèrent Mme Acquet à l'auberge où elle s'élait
Dès que Mme Acquet eut pris place dans trainée; Ja pauvre femme aYait 1a fièvre;
sa carriole, La.noë s'assit à côlé d'elle et lui presque en fo·aguant, elle informa Lefel,vre
apprit que, la veille, les gendarmes élaienl &lt;! qu'elle n'avait pas d'argent à lui donner;
venus à Donnay et a,·aicnt pnquisitionné dans que Jes gcndarlllcs étaient venus 3 Donnay;
la m~ison des Ouquel; ils étaient partis, tou- que l'homme qui ]es conduisait était peultefois, sans arrêter personne ; c&lt; un homme être un des compagnons d'Allain, amen&lt;) là,
en houppelande noire semblait les conduire)). sans dout(', pour rcconnailre les lieux ; mais
!!me Acquet posa quelques questions hâtives, elle ne craignait rien; el!e allail y retourner
puis elle.dit à Lanoë de fouetter les chevaux · et rapporterait l'argent n.
et garda le silence jusqu'à la Dijude; il l'obLelebrre essaya de la calmer; dès qu'il se
servait du coin de l'œil et vil qu'elle était fut éloigné, après une demi•heure d'entretrès pâle. En arrirant le so:r au viilage, elle tien, elle en lreprit Lanoë, le suppliant de la
voulut allrr de suite à la maison des Buquet, reporter à Donnay; il s'en défendit énergiresta pendant un quart d'heure enfermée que men!, ne voulant plus rien entendre;
avec Josrph; sans doute fit-elle près de lui enfin, dt.:mnt son désespoir, il se laissa attenune suprêm':! tcntati\'e pour obtenir de l'ar- drir, mais jura bien (( que, cette fois, il rn
gent; clic n·parut le teint animé, très fié- avait assC'z et qu'il la laisserait à la Bijude n.
vreuse : - « l'ile, à Falaise "• dit-clic. Mais Elle consentit à tout, se hissa sur le cheval,
Lanoü lui rcpré.,enla &lt;c qu'il avait à faire chez et, de noureau, tenant Lanoë à bras-le-corps,
lui et que son cheral ne pourrait rûsister à les ,,füements trempés d'eau, plaqués sur ses
êlre loujours en roule ii. Pourtant, elle le membres grêles, elle rC'prit le chemin de
" harcela » de telle fa çon qu'à la fin il con- Donnay. En passant à Villeneuve, ferme apparsentit.
tenant à son frère Ilonnœil, elle aperçut un
'l'ahdis que le cheval mangeait l'aroine, groupe de femmes qui l'interpellèrent; le
Mme Acquet _s'en alla à la Bijude et se jeta fermier TrulTault s'approcha et, commr,
tout habillée sur son lit : le temps, très anxieuse, elle l'interrogeait, il répondit:
lourJ pendant toute la journée, s'était chargé.
- Un malheur est arrivé; les gendarmes
,·ers le soir cl de grands éclairs déchiraient sont revenus tout à l'heure chez les Buquet;
le ciel. Vers deux heures du matin 1 Lànoë ils ont pris le père, Ja mère, le fils ainé.
vint fr.ipper au carreau et Mme Acquet parut, Jùscph, qui s'était cach~, est seul, bien dé•
prête à parlir; elle mania en croup.c derrière soM, C't ne sait fJue de\'enir.
lui; ils se mirent en route par la forêt de
Le fermier ajoula qu'il ,·enait d'expéJier à
Saint-Clair et llJnnœil; comme ils péné- Falaise son gars p:iur instruire Mme de Comtraient dans le bois, l'orage éclata tout à Lrar dé cet é\'énemcnt.
coup d'une extraordinaire violence; d'énor!!me Acquet descendit de chernl. Elle tira
mes rafales courbaient les arbres, brisant h•s Trulfault à l'écart cl Je questionna à rnix
branches; la pluie tombait à fluts, transfor- bas~e. Quand elle rnint prl's de Lancë, elle
mant 1..:: chemin en torrent; le cheval avan- était cc aussi blanche qu'une cire ».
çait pourlanl; mais, rnrs le jour, alors qu'on
- Je suis perJuc, lui dit-elle; J0srph
approchait du village de Noron, Mme Acquet Buquet veut me 'Cl.énoncer.
se sentit suLitement indisposée au point
Puis, le regard fixe, parlant pour diequ'elle se lai5sa glisser à terre, prc!lque éva- même :
nouie. Lanoë l'étendit sur les Lruyères, au
- Je pourrais bien, à mon tour, &lt;lé,wnbord de la roule, dans la bouc; quand elle cer Allain, puisqu'il est proscrit; mais où
eut repris ses sens, elle le supplia de la dirais-je que je l'ai connut?
laisser là, de pour&amp;uivrc jusqu'à Falaise et
« Elle paraissait Lien inquiète, ne sachant
d'en ramener le notaire Lefebvre ; elle pa- que faire. » Enfin elle insinua « qu'il fallait
raissait hantée dn souvenir de cc l'homme en la reconduire à Falaise J&gt; . Mais Lanùë fut
houppelande noire ll qui arnit guidé les gcn• intraitable: il jura qu'il n'irait pas plus loin ,
·t. i\"ous con~en ons ll's termes mêmes du rêcit de

l.:1J1oi} . lnl crrogatoircs.

2. lulerrog11tuircsde )Jmc deCo mLra v, 2t :ioùt 180ï ,
11 avril 1808 ; de Guillaum e, dit l.a1,n?, 2 H' Jllcm-

"" 36o -

&lt;! qu'elle pouvait s'adresser au fermier si clic
voulait &gt;&gt;. Et, rendant la bride à rnn cheval,
il s'éloigna au trot, la laissant là, au milieu
d'un CC'rclc de paysans r1ui, silencieusement,
contemplaient, avec une consternation ébahie,
la fille de leur dame, couverte de boue, les
yeux égarés, les Lras ballants, l'air si éperdu
et si désolé que les plus durs la prenaient en
pitié! ,

En rentrant chez lui, cc soir-là, le nolaire
Lefebvre apprit que, pendant son absence,
Mme de Combray lui arnit dépêché son jardinier pour l'inviter à venir, au plus lût, la
rejoindre à I'hô'tel de,la rue du Tripot. Pourtant, harassé, il s'élait jeté sur son lit el dormait à poings fermés quand, vers une heure
du matin, ou frappa à sa porte : c'était encore le jardinier;· il fut si pressant que, malgré sa fatigue, Lefebvre se décida à le suivre.
Il trouva la marquise presque folle d'angoisse; elle avait appris par le gars de Truf.
fault l'arrestation des Buquet; elle ne s'étail
pas couchée, s'altmdant à toute miaule à
recevoir la visite dts gendarmes; elle n'avait
qu'une pensée : fuir, retourner en hâte :1
Tournebut el s'y cacher avec sa fille; elle
pressait le notaire de l'accompagner et, tout
en parlant ûévreusement, elle nouait sur sa
tète un fichu de laine. Lefebvre, plus calme,
lui représenta quïl avait laissé tt Noron
!!me Acquet épuisée de fatigue; il fallait
attendre, 1Jour quiller Falairn, qu'e11e fùt en
état de se mettre en roule; que, d'ailleurs, à
cette heufe de nuit 1 on était dans l'impossibilité de se procurer une rnilure; mais
Mme de Combray, avec l'ubstination d'une ·
femme égarée, ne voulait rien enttndre; elle
e&gt;.péJia à Noron, en lui donnant un écu de
trois liues, son."jardinier, chargé de prévenir.
lime Acquet qu'elle eùt à prendre, sur-lcthamp, le drnmin de Tourne Lut, par SaintSylvain et Lisieux; puis, cnlrainant à lrawrs
les rue5 désertes LefeLue fJUÎ moula thez lui
pour y chercher les trois n,ille francs provc•
nant du vol du 7 juin, die gagna le Vald'Antc et s'engagea sur la route de Caen.
La nuit était lrès sombre; la tempête avait
cessé, mais la pluie tombait sans discontinuer.
Sur le chemin défoncé, la vieille marquise
a\·ai1çait , s'obstinant contre la fatigue, s'arrèlant parfois pour s'assurer qu'elle . n'était
pas dépistéf'. Left!Lvre, pris dt! peur à son
lire- 1808 ; ùu nolairc Lcfelwrc, 7 jan\'icr et 4 ao1il 1808.
A1·c hil''CS 1lu greffe Je ln Cour d 'assise,; ile l\ 011cn.

TOUR_N'EBU1 - - ,

tour, hâtait le pas à côlé d'ellc 1 pli:rnt sous surveillance de la police. Il était neuf heures
le poids de son porlc-mmlcau rempli d'écus: du soir quand, après une heure de marche,
tous deux allaient sans parler; c'était cette die parvint à la hauteur de l'Ermitage; elle
interminable route qu'avait sui rie, le jour du crut prudent d'expédier Lefebvre en éclaivol, le chariot portant la recette d',\len&lt;;,on et reur; elle l'accompa~na jusqu'à la grille rl le
rc sou\'enir devait rendre plus tragique rn• Jai.!- s1 s'a\'cnturer seul rers le cbàteau. Tout
core celte marche effarée dans la nuit.
parais.sait y être au calme: le notaire pénéL'aube pointait à peine quand les fugitifs tra dans la cuisine ol1 il trouva une fJlle d'outraversèrent le bois du Quc5nay; au hameau vrage qui prévint aussitôt Soyer, l'homme
dr, Langannerie, ils quillèrent la route et de conOani.:e; et Mme de Combray ne se
1•rirenl la traverse de Ilrelleville-le-R,hN. li monlra tout r, fait ras.surée que quand celuifaisait maintenant t,rand jour; les granges ci ,·int, m personrH\ lui 011\TÎr uoe porte du
s'ouvraient, les gens s'Jtonnaicnt du passage jardin: clic put ainsi se gli~sC'r 1 sans être
matinal de ce couplé étrangd qui semblait vue, jmqu'à sa chambre 1 .
avoir marché toute la nuit; la marquise sur&lt;a\'&gt;
tout 'intriguait avec ses c·he\·eux col~és aux
tempes, sa jupe trempée d'eau et ses broDEUXIÈME PAR,TIE
dcr1uins couverts dè boue. On n'osa pourtant
les questionner.
CHAPITRE PREMIER
A six heures du mltin, Mme de Combray
et son compagnon atldgnircnt le bourg de
Licquet.
Saint-Sylvain, à cinq grosses lieues de Falaise. Si Mme Acquet était parvenue à quilL'homme cc en houppelandè noire n qui
ler :'\oron, c'était là qu'on devait la rencon- arnit guidé les gendarmes dans leur Yisite à
trer. A l'aul&gt;erge où Lefebvre s'informa, per- Donnay n'était autre que le Gl'and-Cha,·/es,
sonne n'avait paru. 011 attendit pendant deux l'un des compagnons d'Allain, Arrè:é le
heures, que le noLaire employa à s'assurer 1 '~ juillet au village de Le Chalange, il cond'une charrellc pour continuer la route vers sentit, sans difficultés, à désigner l'endroit
Lisieux. Un paysan conscnlil à conduire les où avait été enfoui le trésor et c'est ainsi
voyageurs moJcnnant t5 francs payés d'a- qu'il dirigea la perquisition opérée le 22 chez
,·ance, et, ver3 huit heures, Mme Acquet les Buquet. li reconnut 1, disposition de la
n'arrivant pas, ils se décidèrent à partir. Un maison et du jardin, la s:i.lle oll Allain et ms
peu plus loin, à Croissanville, on fit halte, et compagnons avaient été rrçus dans la nuit du
LefchHe, tout en déjeunant, écri\·it une let- vo1, le verre même dans lequel l t mère Ilutre à l'adresse de Lanoë pour lui recommander instamment de se mettre à la recherche
de Mme Acquet et de l'exhorter à rejoindre
au plus tùt sa mère à TouraeLut.
Le resle du voyage se passa sans incident.
On arriva à Lisieux pour l'heure du souper
et on y passa la nuit. Le lendemlin matin,
Mme de Combray prit, 5-0U_s un faux nom 1,
deux places dans une ,·oiluM publique qui
partait pour Éuèux où l'on débarqua le soir.
Les fugitifs avaient fü un asile, rue de l'Union,
près le gr,rnd séminaire, chot un ancicu
chouan, .nommé Vergne, qui avait été dans
les orJrcs avant la Hévoluliun et qui s'était
établi médecin depuis la pacification. Le jour
suivant, Mme de Combr,y el Lefebvre se
procurèrent une carriole dans ln~tudle ils
firent les cinq lieues qui séparent Evreux de
Lauriers. Ils mirent pied à terre arnnt d'en•
trer d.rns la ville, car Lt marquise voulait
é\ Îter l'hùtel du l\[outo1i où elle était connue.
Ils gagnèrent donc, pat· des rues détournées,
le pont de l'Eure et trou\èrc;it à louC'r, dans
une auber Je du faubourg, un CJbriulet qui
les dépos::i, i1 la nuit tomb11Jle, au hameau
du Val-Tesson,
Us étaient là à une lteue de T0uMehut
qu'ils p::mvaient atteindre en passant par les
VU E DE L'AEIB.HE-AUX- DA~IES, A C.u~. bois; mais n'allait•on pas y lr,.mver les gcn•
&lt;larmes? L1 îu3ue dd Mme de Combray à
Falaise, à Dai·eux. et à Caen, pouvait avoir quel lui avait ,·ersé t.lu c:dre. Au bout du
éveillé l~s sou pço:1.s et atliré sur sa maison la jardin on retrouva les traces de l'excavation

g1·m/fls p eNonnages

1.,: - ~lmc de Comlway me dit , d:in s la roiture,
qu'ell(~ :wait pri s un ,rntre riom qu'elle me tlé:;i911a
pour 111\ •11 scn ·i1· ~i je lu i p:1rlais, OlJis je 11c 111 en

2. lnl error;alo ircs de ~l11w de Cumlmiy et du nolnirc
l.e rcbnc. Archin,s du greffe ,le la Cou r trassis,!s ile
ll u11 cn

où le tré.:;or avait séjourné; le grenier couicnait du linge et des effets npparlenànt à
Jfme .\cquel; son portrait peint en miniature était accroclié au mur dans la chambre
de Joseph. Celui•cÎ, !-cul, a~·ait pris la fuite:
son père, sa mère et son frhe Alexandre
furent conduils, le soir mèmc, aux prisons
de Caen,
Grmul•Clwrles, en hc,mme r1ui rnudrait
IJien ne pas être compromis tout srnl, montrait le plus grand zèle à rccherchC'r ses
complices . Ainsi que jadis l'avait fait Querelle, il parcouraiL le pays, conduisant le cnpilainc Manginot cscortl• de trente gendarmes,
et celle petilc troupe, marchant dr nuit,
poussa SC's recherches jusqu'au ,·illage de la
Mancellière qui passait pour être le plus
fam eux rrp:iirc de réfractaires à ,·ingt lieues
à la ronde; comn:c au plus beau temps de la
Chouannerie il y eut entre gendarmes et dé·
serteurs des cornbals sanglants. A ln suite
d'un de ces engagements, oq arrêta, dans Ja
mais.on d'un sieur LeLougrC', Pierre-François
llarel qui était entré là pour y demander de
l'can-dc-vie et du sel afin de panser une
blessure qu'il venait de rrceYoir; il avait
passé, depuis le vol, la majeure partie de
son lemps caché dans un tonneau enfoui en
terre au fond d'un jarJin . Dans cette expédition Manginot fit une prise plus importante, celle de Flierlé, découvert à Amaié•
sur~Orne, où il villégiaturait paisiblement
chez un de ses anciens c·hefs, Rouault dés
Vaux. Dès son premier- interrogatoire, Flierlé

1

1':ippcllc point ; je ne sais p:is trop, ccprndu11l. ~i cc
n'l•tail pas Mina . , Int errogatoire de Lcfobwe.
Al'd1in,:s du grr ffe de la Colll' d'assises de Rouen.
~

36 1

w,.

Dessin d~ C ONSTANT BOURG EOIS (1819) .

raconla toute soî1 hi~tuire: li savait que de
étaient du complot et

�1f1STO'J{1.ll
pensait bien qu'on y regarderait à deux fois
avant de pousser l'enquètejusqu'au bout.
Si Manginot se dépensait aimi avec une
aJ'deur digne d'éloges, i1 n'en recevait aucun
de Calfarelli, désolé de la tournure que prenait l'affaire, et qui dcsirait, par intérêt d'abord, et aussi par amour de ~a tranquillité,
voir l'altentat du Quesnay réduit aux proportions d'un simple incidenL. Il interrogeait les
prévenus avec la réserve el les précautions
d'un homme qui se mê!e de ce qui ne le r~garde pas; aussi, s'il apprit de Flierlé des
choses qu'il aurait bien voulu ne pas savoir.
touchant l'organirntion, toujours pcrsislanlc,
de la Chouannerie dans le département du
Call·ados, n'en put-il rien tirer sur le fait
même qui motivait son arrestation. L'Aiiemand ne cachait pas sa crainte de périr s'il
parlait, Allain a)'ant promis, le 8 juin, à ses
compagnons, avant de les c1uitter au pont de
la Landelle, « du poison ou un coup de fusil
au premier qui révélerait quelque chose, et
un secours dr deux cents hommes déterminés pour soustraire ceux qui seraieni discrets
à la vengeance de Bonaparte 1 1&gt;.
A Paris, il en était autrement : fa police
n')' travaillait pas de main-morte et Fouché
était tenu journellement au courant des
Il1oindres incidents présentant un rapport
quelconque avec les faits qui se passaient en
Basse-~ormandie. Depuis plusieurs semaines
déjà, un jeune homme, débarqué à Paris
dans la seconde quinzaine de mai, avait attiré
l'attention des agents de la police secrète; on
le yoyait souvent au Palais-Ropl; il se disait
sans mystère général des chouans et &lt;1 se
donnait beaucoup d1importance 1, . Un second
rapport fil connaitre qu'il se nommait Le
Chevalier et qu'il arrivait de Caen, ce qui
permit de demander à Cafiarelli des renseignements. Le préfet du Calva~os répondit
que le signalement communique correspo~dait de tout point à celui d'un homme qui,
plusieurs foi~, lui .a~ait été ?énoncé comm~
un royaliste 111corr1g1ble, facile, du reste, a
reconnaître, car il ne pouvait se servir du
bras gauche'.
Les a~ents reçurent l'orJre de ne pas perdre de v:e le personnage; il habitait rue des
Vieux-Augustins, l'hôtel de Beauvais, maison
connue, depuis la Révolution, comme un allri
toujours ouvert. aux ro~alistes de passage à
Paris. Le Chevalier sortall Leaucoup; presque
chaque soir, il.dinait en vill~ cl frCquentait
chez quelques personnes Lien posées . On le
la

•L Interrogatoire de Flicrlé. Archirn:,; du greffe dç

d'assises de Rouen.
9 Archi\·es nationales, F; 8171.
i On ne trouva chez lui que « 56 sols et un ~s-:scporl délivrti il Caen le 21 mars pour Bordeaux, vise
\e 'l mai à Cacii pour Cherbourg et nou ,,isé à
Paris»4. Archives natio11ales, }' i 3171.
. _
5. 4 Le Chevalier sera sûre~cn,l acqu1tLc _pour le
vol. » Le prCfet du Calvados a Real, '10 aout 1807.
Arcl1îves nationales, F18171.
.
6 Cafforelli craignait que Le Chernher ne fût enleni au cours du Y11Jage de. .Paris à .Caen., et ses
craintes n'étaient pas sans mol1fs. Le prmmmer, dont
on arait annoncé le départ de Paris le 25 juillet.
11 'étail pas encore arri"é à sa deslinatio1! le 7 aoû.L.
a Si nous n'étions à l'approche de la foire de GmCour

'-----------------------------fila pendant une quinzaine de jours; enûn Chevalier était le chef du complot; Lien qu'on
l'ordre fut donné de l'arrêter, et, le 15 juil- eût perquisitionné avec soin - sans trouver
lel, il était conduit, les fers aux mains, à la pourtant autre chose que des papiers partipréfecture de police, sous l'inculpation d'avoir culiers - dans sa maison de la rue Saintparliripé à l'attentat du Quesnay'.
Sauveur; Lien que Flierlé, mis en sa préLe Chevalier n'était pas homme à se lai~- .. sence, l'eût reconnu pour être l'homme à
ser prendre sans vrrr. Ses belles façons, son qui il senait de courrier et de secrétairf', adresse et son éloquence l'avaient déjà tiré ce à quoi l'autre répondit avec mépris que
de si mauvais pas qu'il ne doutait pas qu'elles u l'Allemand n'était pas d'espèce à être son
ne dussent, celle fois encore, lui sauver la domestique et qu'il n'y avait entre eux que
vie. La lettre que, du dépôt de la préfecture. les rapports ordinaires entre le bienfaiteur et
il écrivit à füfril, lC' jour même de son arres- l'obligé )), il n'était pas douteux qu'il ne se
tation, est si bien dans sa manière, à la fois renconlrerait jamais un lrihmwl pour confamilièœ et hautaine, qu'il serait regrettable damner un homme qui se trouvait, le jour
du crime, à soixante lieues de l'endroit où
de ne point la citer :
il avait été commis 5 • Quant à le pOursuine
Arrête sur le soupçon d'un brigandage dont il comme royaliste approuvant le vol des fonds
m'esl aussi important &lt;le me justifier que pénible puLlics, autant valait mettre en jugement la
d'avoir à le faire, mais plein de confiance'en mon
honneur qui ne s'csl jamais démenti el dans Normandie tout entière. D'ailleurs, pour Cafl'équité bien connue de votre caracfère, je ,·ous farelli, qui ne se leurrait pas sur les sentiprie de m'accorder une audience de quelques mi• ments de ses administrés et qui redoutait
nutes prndant lesquelles, dispos.é à répondre à toujours l'explosion imminente d'une nouchacune de vos questions, à les prëvcnir même, velle ChouflnneriP, la présence de Le Chevaje me flatte de vous co11v.1incre que la situation lier dans 1rs prisons de Caen était un perpé,le mes affaires cl surtout ma conduite de toute tuel cauchemar 6 : Allain pouvait surgir tout
la vie doivent me meure au-dessus de la suspicion
à coup avec une armée et renom·elcr, au prod'un brigandage particulier.
fit de son chef, une tentative d'enlèvement 7
J'espère aussi, monsiem·, que rel entrrticn
srmLlable
à celles qui, sous le Directoire,
dont voire justice me garantit la faveur ,,ous conarnient
sauré
la vie au vicomte de Chambray
vaincl'a que je ne suis point frappé de folie au
point de me livrer à un brigandage politique et ou au chevalier Destouches et dont toute la
de songer à lutter contre un gouvernement au- prorince s'était amusée et émue. Et voilà
quel ont dù céder les plus fiers souverains ....
pourquoi, très peu soucieux de s'encombrer
d'un détenu si compromettant, le prudent
A. LE Cnt:vAurn'.
préfet avait, au bout de quatre jours, obtenu
Et pour Lien étaLlir qu'il n'avait pu pren- de Réal l'autorisation de renvoyer à Paris Le
dre part au vol du 7 juin, il joignait à sa Chevalier qui fut définitivement écroué au
lettre vingt allestations de personnes hono- Temple'. Ah! la belle lettre qu'il écrivit, à
rables et connues· qui l'avaient rn à Paris ou peine rentré, au ministre de la police, et
qui y avaient diné avec lui à chacun des jours comme il s'y posait en rival malchanceux de
du mois depuis le 1er jusqu'au 20; au nom- Napoléon !Celle profession de foi est trop longue
bre de ces témoins étaient son compatriole le pour figurer ici dans son intégrité, mais elle
poète Chênedollé et le D•· Dupuytren qu'il projette une si vive lumière sur le caractère
avait consulté sur« l'urgence de se faire am• de celui qui l'a écrite et plus encore sur les
puter les doigts de la main gauche malade illusions que se forgeaient obstinément les
depuis longtemps &gt;&gt;. II avait même eu le soin royalistes à la plus brillante période du réde se montrer au 1'e Deum chanté à Notre- gime impérial, qu'il est indispensable d'en
Dame pour la prise de Dantzig.
produire quelques extraits :
Ses précautions, on le voit, étaient bien
Vous avez désiré savoir la vérité concernant les
prises et cette fois · encore son -aplomb allait
triompher de la mauvaise forlune quand déclarafions de Flierlé sur mon compte et sur les
Réal, très embarrassé de cc prisonnier beau projets q11'il dévoile dans ses déclarations; je vais
parleur,'imagina de l'expédier à Caen, dans vous la dire: la dénégation convient à un crimi . ne) qui redoute l'œil ùc la justice; mais ce sysl'espoir qu'une confrontation avec Flierlé,
fème est étranger à mon caractère qui ne redoute
Grand-Charles et les Buquet déjà arrêtés, rien que le mépris et pour lequel le premier sucamènerait quelque résultat. Mais, bien que cès de ses entreprises est l'estime de ses ennemis
Cafîarelli îùt intimement convaincu que Le mêmes.
hrny, il ctil été facile

de

mcllre Le Che,·alicr entre

deux. gendarmes dans ln première dilig-enèe et de

l'amener de suil\" ici. )Jais dans cc temps-ci les ,·ui•
!ures étant encombrées de ,·oyageurs, je me suis délerminti à rcquilrir M. Manginot qu'il fit partir, sur•
le--champ, deux gendarmei&lt; en poste pour aller aude,,ant de Le Chevalier, l'enlever s'il est possible l.'.1
nuit, et arril"cr de même afin que ses partisans ne
puissent sa\'Oir cc qu'il est dcv~nu .... Alloin. a pro:
mis un coup de fusil ou du poison au /Jri'm1er qw
ré,·êlerait quel&lt;1ue chose et un secours le 200 hommes déterminés poul' enle,•cr ceux qui seraient arrêtés. }'licrlC conlirme ces détails eu térnoiguant la
plus grande crainte d"ètre découvert comme dénonciatcn11', il redoute surtout le poison. »
l.cllre du préfetJu Calvados à Réal, 7 uollt 1807.
Archi\"CS nutionales, F7 8171.

7. Il fut étalili que Le Chorpentier f'i!s, notaire aux
e1nîrons (l'Argentao, a\·ail rt'·uni quelques hommes
pour enle1·er Le Chevalier, lors de son transf'Cremcnt
à Caen. Arcliivcs nalioualcs, Fj 8171
8. Écrous du Temple, 16 :.ioùt 1807. Le concierge
du Temple recevra, en se conformant à fa loi, le
nomme\ Le Chevalier qui sera détenu au secret. Signalement:« 27 ans, pror,riélaireà Caen,taille, •tm,76,
cheveux cl sourcils c 1.ilain foncé, front élevé et
bombé, yeux liruns, nez court, pincé du haut cl un
Jeu large du bas, .houche moyenne, menton un peu
ong el relevé, \'Ïsngc ovale et colore, portant de~
nageoires chàtains, estropié de la main gauche. n
Le prMet du Calvados s'était, en mème temps quç
de Le Chevalier, débarrassé de J&lt;'licrlé qui fut, lm
aussi, amené à Puris et écroué au Temple. Archi,·cs
de la préfecture de police.

!

1

Yotrc Eiccllencc voudra bien ne mu· en moi
ui un homme tremblant devant la morl, ni une
,\me sé;iuilc par l'espoir des récompenses; je uc
demande rien pour dire cc que je pense, car en
le disant je me saLisfais.
J'ai pl'ojeté une insurrection conh·e le gouvcr·
nement de Napoléon; j'ai désiré sa ruine, et, si
je n'ai pu la tenter, c'est parce que j'ai toujours
éh1 mal secondé et trompé somcnt.
... Quels élaienl donc mes moyens pour concevoir au moins l'espérance du succès? Ne voulant p:is paraître tout 11 foil insrnsë à ros 1eux, je
v:ils les fairr connaitre; ne \'Oulant p:is trahir la
ronfl::mcc de ceux qui m'aurnient serri, je vons
rn tairai l&lt;'s détails.
... Je slLis né généreux cl amoureux de gloir('.
Apri&gt;s l'amnistie de l'an YIII, j'étais le plus riche
de mes camarades; mon argent, habilement
donné, me J&gt;1·ocura des partisans. PJusicurs années, j'épiai le moment farnrab\e à une insurt'&lt;'Ction : la dernière campagne d'Autriche m'offrait celte occasion; chacun, dans l'Ouest, croyait
;'1 la défection &lt;les armées frauçaises i je u'y cro?ais
pas, mais j'allais profiter de celte opinion : la
victoire fut trop rapide, j'eus à peine le Lemps
rle projeter.
Après avoir étahli quelques correspondances
dans divers départements, je pal'lis pour Paris;
là, tout concourait à fortifier mes espérances. Des
républicains partageaient mes désirs; je lraitai
a\·ec eux de la réunion des parlis pour une action
plus sùre cl pour une réaction moins forte. Le
mouvement devait s'opérer dans la capitale, un
gouvernement pro\'isoire devait être établi ... toute
la France eùt passé sous un nouveau régime avant
que !'Empereur eût été de retour.
... Mais je ne fus pas longtemps à m'apercevoir que ces républicains n'avaient pas tous les
moyens qu'ils vantaient. .. je me retournai vers
les roplistes de la capitale; ils étaient désunis,
sans plans .... Je n'avais à moi, dans Paris, qu'un
très petit nombre d'hommes : j':i.bandonnal mes
desseins sur Paris, je retournai vers la province.
Là 1 je pouvais réunir deux à trois mille hommes.
J'aurais, aussitOt après-leur rëunion, clépulé vers
les princes Bourbon pour les engager il se rendre
à la tête de mes troupes ....
Mais, à l'ouverture de la seconde campagne,
mes desseins furcnl définitirement ajournés. Ce•
pendant les mesures qu'il m'avait fallu prendre ne
purent partout rester secrètes: quel{1ucs conscrits
réfractaires, quelques déserteurs p:irurent armés
sur différents points; il fallut les soutenir et,
sans ordre ad hoc, mais en vertu d'instructions
générales, un de mes officiers s'empara des fonds
publics pour y parvenir ....
Les coupables sont... moi-même, pour lequel
je ne demande rien, 1101qiar orgueil, puisque la
fierlé la plus altière ne saurait ètrc humiliée de
recevoir des gr;ices de celui qui en fait aux rois,
mais par honneur. Yolrc Excellence voudra sans
doute connaître le motil qui a pu me déterminer
à concevoir, à nourrir de pareils projets; ce motif, le voici : j'ai m le rn:tlheur des amnistiés et
ma propre infortune, peuple proscrit dans l'Etnt,
classé en scnage, exclu non seulement de Lous
les emplois, m:lis encore tyrannisé par ceux mêmes
auxquels n'a jadis manqué que le courage pour
faire cause commune avec eux ....
Quel que soit le sort qui m'est 1·éserré, je YOUS
prie d(' considercr que je n'ai point cessé d'ètre

On s'imagine quelle devait être, à la lecture d'une semblable missive, la stupeur de
Fouché, de Réal, de Desmarets, de Veyrat, de
tous ceux à qui incombait la mission de montrer au Maître ses peuples enthousiastes et
satisfaits, ou tout au moins soumis et silencieux. Ils sentaient bien que, dans cette lettre,
tout n'était pas •hâbleriej on y retrouvait,
amplifié, le plan de Georges : même menace
d'une descente des Bourbons sur lt:s côtes,
même assuraqce de renverser, en frappant
Bonaparte, l'immem:e édifice qu'il avait é!è\'é.
De fait, la croyance que l'Empire, alors que
toute l'Europe paraissait définitivement subjuguée, restait à la merci d'une bataille perdue, était si bien ancrée dans resprit des
populations qu'un homme comme Fouché,
par exemple, très instruit des dessous· de
l'opinion, ne dut jamais croire à la solidité
du régime qu'il servait. Toute l'histoire de la
Restauration n'était~clle pas en germe dans
la profession de foi de Le Chevalier1 Ne devait-elle pas se retromer, cinq ans plus tard,
dans l'étonnante conception de Malet1 Les
choses, en J814·, se passèrent-elles dilTéremment? L'empereur ,•aincu, la défection des

1. ,\rcbi1·es mitionales. Fi 8171.
t. lbid.
5. Jacques-Fortunat Savoye-Rollin, nC â Grenoble
le 18 1\êcembre 1751. Il avait épousë, en '1788 un~
sœm· ile Casimir Perier : c'tSta1t une femme' d'un

grand mérite; .aprC~ qu'ell~ fut _m?rle: Savoye•rlollin
publia une notice b1~ru.pl119,ue ml!tulce 1'111&lt;/.ame. de
Jlollin. Grenoble, l'.\. ct. rn-8 de 1::i p:igcs, s1gur a la
fin : G. Héal.
4. Res prénoms étaienl Picrrc•A!cxandrc.

Français, que j'ai JlU su_ccombcr dans une noble
folie, mais non chercher un ltiche succès, et par
ces motifs j'espère que Yotr1! Exrcllrncc voudra
bien m'accorder la seule faveur que je réclame

L'ANCIENNE

PRÉFECTURE

DE POLICE

FAÇADE

SUR LA RUE DE ]ÉRUSALrn.

Dessin de

CHARLES

TOUVENOT.

pour moi : que mon jugemenf. si j'en dois subir
un, soil mililaire, ainsi que son exécution ....
A. LE

. . .,_ 363 .....

CuEVALrf:R 1 •

TOU](NEBUT - - ~

généraux, le débarquement des princes, l'in
tervention d'un gouvernement pro,·isoire, le
rétablissement de la monarchie, telle lut,
dans la réalité, la suite des événements
c'élait celle qu'avait pré,,ue Georges, celle
que d'.\ché escomptait également, celle que
Le Chevalier augurait avec une clairvoJance
si nette, et qui, pour miraculeuse qu'elle
parût à bien des gens, fut simplement le ·ré•
sultat Jocrique
d'un effort continu, la réussite
0
.
d'une conspiration dont les acteurs avaient
chanrré bien des fois, mais qui n'avait point
subi de trêve, depuis le coup d'État de Ilrumaire jusqu'à l'abdication de Fontainebleau.
Les chefs de la police impériale se voyaient
donc en présence &lt;&lt; d'une nouvelle affaire de
GeorO'es'
)l ,· des révélations partielles de
0
Flierlé, du peu qu'avaient raconté les Buquet, on inférait que d'Acbé pom-ait en être
le chef et l'on recommandait à toutes les autorités {( de bien chercher sans rien ébruiter JJ. En dépit de ces exhortations, Caffarelli
semblait se désintéresser du complot, qu'il
avait déclaré en dernière analyse C( vaste
mais fou )&gt; et qui ne lui semblait pas devûir
mériter davantage son attention.
Le préfet de la Seine-Inférieure, SavoyeI\ollin, avait montré, chaque fois que Réal
s'était adressé à lui au sujet d'incidents se
rattachant à l'affaire du Quesnay, Une ardeur
et un zèle qui contrastaient singulièrement
avec l'in&lt;lolence de son collègue du Calvados, Savoye-Rollin appartenait à une ancienne
famille parlementaire~; avocat général au
parlement de Grenoble avant 1790, il s'était
rallié aux idées modérées de la Révolution et
avait été nommé, au 18 Brumaire, membre
du Tribunat. A cinquante-deux ans, en 1806,
il remplaçait Beugnol à la préfecture de
Houen. C'était un fonctionnaire distingué,
tr.n ailleur, très digne et possesseur d'une
Lelie fort une,
Réal s'en remit à Savoye-Rollin du soin de
découvrir la retraite de d'Aché qui arnit habité, on se le rappelle, avant le débarquement de Georges, la ferme de Saint-Clair,
près de Gournay, el qui possédait quelques
terres dans l'arrondissement de Neufchàtel.
La police de Rouen n'était ni mieux organisée ni ph;s nombreuse que celle de Caen,
mais elle avait pour chef un personnage singulier dont l'activité suppléait aux qualités
qui manquaient à ses agents. C'était un petit
homme instruit, remuant, malin, plein d'imagination et d'esprit, ayant son franc parler
avec tout le monde et ne craignant, comme
il le disait lui.même, (! ni femme, ni Dieu,
ni diable n. Il s'appelait Licquet• el avait,
en 1807, cinquante-trois ans; la Révolution
l'avait trouré procureur du roi de la mai- _
trise des eaux et forêts de· Caudebec, fonctions qu'il avait résignées en 17\JO pour venir
occuper à Rouen un emploi dans l'administration municipale. En l'an lV, il était chef
_du bureau de l'instruction publique~; mais,
en réalité, il faisait, lui seul, toute la besogne
de la mairie et un peu aussi celle du dépar1

5. Archi,·cs adminisli·atives de l'llùlcl de Ville de
l\oucn.

�IDST0'/{1.Jl

__________________________________

.,

C'était la seconde fois que l'allention de
lcment, si Lien qu'il se lrouva tout nalurellcmenl amené, en 1802, au poslc de secré- Licquet était allirée sur le nom de Mme de
taire ('Il cht:f de la municipalité; il délivrait Combray. li l'avait déjà lu, cilé incidemmrnt,
et visa.il en celle quali1û lrs pa~scports. De- dans le procès-verbal de l'interrogatoire ·de
puis cinq ans, personne 11 ·avaiL pu rnpger Flicrlé, et, tout de suite, avec l'instinct du
daos la Seinc-Inréricurc sans passer par son policirr pour qui un mot suffit à la reconsl iLureau; comme il a,ail de la mémoire et que tution de toute une i11lriguc, il eut l'intuition
ses fonctions cc l'amusaient lJ, il gardait un suLile r1ue là était 1~ nœud de l'alfairè. Cette
souvenir très net de tous Jes gens qu'il y impruLlt'nle conridl'ncc &lt;.:tbappée à To11l'lom·
avait toisés et signalés; il se r;1ppclait fort Ût!\ait ~1llirer sur b tête de Mme de Comlmiy
hicn :noir sigor, en déccml1re l80j, le pas- &lt;l\;pou ran lahles cala3l1\1phcs et Licquet lenai t
seport qui.avait servi i1 d',\ché pour se rendre Cn main le Lont de fil qui allait lui servir clt.!
&lt;le Cournay à Saint-Germain-rn-1.:iyr, cl il guide dans le dédale où Caffarclli ;nait refusé
conservaitla,ision très précise de cet homme de s'engager.
Près d'nn mois auparavant, en arrivant,
robuste, grand, au front élevé; aux cheveux
noirs 1 ; Lirquet connaissait d'ailleurs d'.\ché la nuit, à Tùnrnebut avec le notaire Lefebvre,
as~cz particulièrement pour être ioslruit de lime de ComLray avait exprt•s3émcnt recomce détail inlimc (( qu'il arait les ongles de ma11Jé à Soyer de ne po:nt ébruiter son
pieds tellement rrcourliés dans la cl1air qu'il retour. Elle s'é!ait enrt&gt;rmée dafJs son apparmarchait dessus 1&gt;.
tement a\·ec ~a femme de chamLre, Catherine
Depuis celle rencontre avec d.Ad1é, les Querey; le notaire avait partagé la chamLrc
attriliutions de Licquet avaient encore grandi: de Bonnœil. La nuit fui tr;inquille. Le lcnd&lt;'tout en con.servant sa place de secrétaire main - c'était le mardi '::!8 juillet - la margénéral, il avait mis Ja main sur la direction quise fit voir à Lefebvre Jcs a.ppartemenls
de la police et il s'acquillail de ces functions 2 préparés pour reccrnir le roi et les cachelles
avec tant de verve, d'aulorité el de mali~c du grand chàlt•au ~; Tionnœil lui montra les
r1ue nul ne soogeait à criliquer se5 empiète- copies du Jh:1uireste diJ d'Acl1é cl l'urilison
ments. On le craignait, d'ailleurs. car il avait fun~bre du duc d'Engliien, dont oi1flt, après
la langue acérée ; mais il plaisait au préfet le diner, IJ lecture respectueusement. \'ers
qui aimait son esprit et appréciait son habi- le soir, Su)·er annnonça la Yisile du recc,·eur
leté.
de la poste de Gaillon; c'était un ami qui
Découvrir l'introuvable conspirateur et avait, à plusieur3 reprisc3, rendu aux hal.iimontrer par là son savoir-faire à la police de iants de Tourm•hut de signalés ~ervices.
Paris, rnilà. qui, dès l'abord, séduisit grande- Il venait d'apprendre &lt;rue le commandant
ruent Licquet. - Aussi sa satisfâ.ction fut- de la gendarmerie avait reçu, de Paris,
clic sans bornes ciuand, le 17 am\l ·1807, l'ordre de faire à Tournebut unC perquhitrois jours après qu'il eut donné ses inslruc- Lion qui aurait lieu incessamment. Mme de
Lions à ses agents et drt:'Ssé leur plan de cam- C11nbra.y ne se lroubla point; depuis long-p.1gnc, on vint lui apprendre que « ~I. d' Aché temps , elle était préparJc à cette éve11tualitt! :
était écroué à la Conciergerie du Palais de elle ordonna à Soyer de porter quelrptes projustice l&gt;. li )' courul et se fit amener le pri- visions au petit château et, quand la nuit fut
sonnier : - c'élait 1'nurlour, le frère de vcnur, elle s'y rendit avec Left!Lvre. li y a\ttil
d·Aché, l'inoff,nsif Placide, arrèlé à Sainl- là deux cachettes confortables dont elle lui
Denis-du-llosguérard, où il 6tail allé, de expliqua le mécanisme : l'une dt!. ces ouf\ouen qu'il habitait ordinairement, passer bliettes était assez vaste pour qu'on pùt y
une quinzaine chez sa vieille mère :; . La dé- installer côte à tôle deux matela; '; : elle y fit
ceplio:1 de Li c11uct était cruelle, car il n'y entrer le notaire, s'y glissa après lui el rea rait rien à lirèr de Tourlour; il l'inter- ferma sur eux les cloisons.
rogea cependant, pour dissimuler sa déconBonnœil reslait seul à Tournebut; l'exisvenue, sur so.1 rrère, que Placide déclara
tence paisible r1u'il } menait depuis deux
n'avoir pas vu depuis quatre ans, et sur l'em- ans le mettail à l'aLri de tout soupçon el il
ploi de son temp3 qu'il partageait, lorsqu'il s'apprêta à recevoir les gendarmes qui se
n'occupait pa) son logement de la rue Saint- présentèrent le venJrc&lt;li, dès l'aube. te comPatricc, entre Sainl-Denis-du-llosguérard tt mandant du dê 1acbemenl exhiba son mandat
le château de sa parente, Mme de Combray, de pcrquisilion; Iloanœil, fort rassuré sur
aux emirons de Gaillon. D'ailleurs il protesta l'is5ue de l'iuciJ1•nl et, par suite, plein de
&lt;( qu'il n'avait en rue que sa lrarn1uillité et
sang-froid, ouvrit toutes les portCfl, livra
les soins à donner à sa mère impotente et toutes les clefs. Les soldais parcoururent le
fort àgée ll.
•
château des caves aut combles; rien ne

paraissait moins suspect que cette grande
maison dont la plupa.rt des appartements semblaient ill'1ccupés depuis Longtemps, el Ilunnœil afnrma que sa mère était partie depuis
une quinzaine de jours pour la Ila5se-Normandie où elle allait, chaque année, à pa·
reillc époi1uc, recueillir ses fermages et visiter
ses terres dt!s emirons de Falaise; les domestiques, sommairement interrogés, furent
d'autant plus unanimes dans leur dl·claration
quit rcxceplion de Snycr el de Mlle Querry
qui, sC'uls, étaient &lt;liins le secret, ils avaient
Lous vu la m:lrrJuisc partir pour Falaise et
r1u'1l.s ignoraient son retour.
L'orncier reprit aYcc ses hommes le chemin
de Gaillon, sans se douter que la femme qü'il
cherchait était tranquillemrnt occupée, tandis qu'on perquisilionnait dans rn maison, à
jouer aux cartes à cent pas de là, avec un de
ses complices. C'est à cet innocent passetemps que Mme de Combray employait, en
effet, les longues heures que la politique
l'obligeait à vivre dans les réduits herméliquemcnt dus du petit château.
Elie sPjrmrna, avec son hôte, pendant huit
jours dans celte maison à do.ni.le fond, ne se
montrant point au dehors, occupant la journée à parcourir les deux élages de pièces démeublées et rentrant dans la cachelte dès
r1uc lombait !a nuit 0 • Tous deux ne reparur~nl à Tournebut que le mardi 4 août. Ce
jour-là, S01er reçut de Mrne Acquet une
lettre sur l'enveloppe de laquelle la jeune
femme arait écrit : 7iom· maman : c'élait
la réponse au billet envoyé de Crui~sanvillc
pu Lcfebvrr. Mme Ac11uel mandait que &lt;&lt; le
départ t.1.è sa mère lui faisait licaucoup de
tort »; elle assurait pourtant qnc tout daU:gcr semblait écarté €l q1Jc le not:iirc pouYait
rernnir à Falaise sans inqui éludc. Pour ~a
part elle avail trouvé asile 1( cbtz une personne sûre »; l'abbé Morand, vicaire d1•
GuiLray, se cbar5eait, ajoutait-elle, de lui
faire tenir sa correspondance. De la proposition qui lui a,·ait été faite de ,,cnir 5,e rt: fugicr à 'l\mrneliut, pas un mol. Évidemment
Mme Acquet préférait la retraite quelle
s'était choisie et qu 'elle ne désignait pa s.
Mme de Combray, de son càié, s6it quelle
fùt peinée de cette défiance injm,tifiéc, mit
qu'elle craignil de se poser en complice du
vol si elle ne st\p:i.rait pa~ complètement sa
cause de ccllè de lime Acq uet, fit répondre
pnr sa femme de chambre« qu'il n'r!ait plus
temps de rrnir, qu't'llo se portait fort mal rt
ne pouvait reeernir personne; l&gt;. Aimi sr
trouva nellcmcnt accusé le disscn !i 111rnt q1:1i
div:sait ces d !.!UX fommes,
Ce fu l Lefebvre qui se chJ.rgea de remetrre

1. Cc pas;;cporL sign6 de d·Ach~ et tic Licr1uel est
aux Arcl1i\·cs nalimalcs, F7 8 170.

i. « [)i'\ à 1lom.c jo11r.l apri:s son arl'in'•eit Tournclm !, 11ml' .dr C:.un!J1·ay voulul 1111e j'éeri1·issc ponr clic
u11 e lcll1·e il un ahl,é de FalaiFî' &lt;1ur je rruis être
l'nl1bë ]Jorand. Jc fis ohsrl'vcr à lladame que j'éc1·i\'3Îi for! mal; mais Mad ame insista e t j'f!l:ril"Ïs. Ccuc
lcllrc ne di,;ail rien null'l.l dw-e, si cc n'est &lt;Jue )ladamc se porlait l"ol'l mal, qu'elle ne pourait recnoir

2. Les 111Jnuait'èS ,lu dl'parlcmcnt de la Scine-lnl'l•·
1·ie11re. Je 1806 i1 1~11, mentionnent Lic1iuct au
,louble Litre Jè s1•crêlaire gênéral tli! fa rnaine et d1•
clid df' la police.
J. Mme d',\d1éavait11uillé Saint-Clair en mars 1801
et PlaC'îdc tJ'..\c\1é l'arail inslalléc i1 telle épm1ue ù
Sa inl-Dcnis-du- l111S;uérn 1·d.
4. « On m·a monti·é un grand et vaste apparl~m~nl ~lu cùlé du Nord. ler1uc~ était d~sliné, à cc 1p1 c
m n 1\1L ~lmr ile Comhra.)·, a ~cc~rn•r Ir pre!enrlant
cl IL'" pcrsonnr'- 1lt: ~.1 sullc . ~1 on a\·:iil Il' !1onlwur

r1uïl vinL rn Fl'ance, el elle nt(' mor11ra u:1 pelil escal1e1· (\LÙ contluis~il i• ptmicurs appariement.:. au-dessus
ile et&gt; ui-ci, qu'elle me dit être assez nslcs et que dan,;
celle pa1·lic du château on poU\'aiL bien ~· logl'r &lt;JU~ran tc â. cinc111 an lc pcrsoune~. 11 lnlcrroj:t"aloire de L1'fehvre, 22 :mût 1808. ,\rchivcs tin greffe de la Com·
d'assises fie Houen.
5. • C'était un awart~menl de hnil pieds de
]un~ .... o Interrogatoire cle l,cfrhvm, 22 août 1808.
Arc11i1·cs du greffe de la Cour d'as~iscs de Rouen.
ü. Interrogatoires de )lmc de Combray, du notaire
T.efch1rc, ,le Soyer, tic )1111• Què1•1•~·· Passim. Arcliiw•s ùu grelfo dr la Cour d'a!;siscs ile llonen.

personne. Comme Jlmc de Cmnhray ara.il dit fJUC
)lmc Acquet pourrait 11rri1·cr, j'ai lieu de présunicr
c{uc celle lcll rc n'élail é~ritc. que 1lans l'iotcntion de
1en dêlourner. • DCclaralron dc. Mlle Quercy, 5 septrmhrc 1807. Archiws du g1·c.lfo de 1~ Cour d'n~si~c&gt;s
,k llouc11.

Tou~NEBUT - - ,
la lettre lt l'ab!Jé Morand; le notaire avait
hâte de rentrer à Falaise où il se sentait, par
sa situation, plus en sécurité que dans les
caches de Tournebut. li partit le jour même
après arnir foit choix, dans les écuries du
château, &lt;( d'un cheval jaune' J&gt;; il chaussa
une paire de bottes et endossa une redingote
appartenant à llonnœil, puis gagna le I ois
par une pelite porlc percée dans le mur du
parc. Soyer Je conduisit jusqu'à la grande
roule, près '&lt;lu moulin des Quatre-Vents.
Lefebvre prit, pour éviter JtHeux et Louviers,
la roule &lt;lu Neubourg. Le surlendemain,
0 aoùt, il déjeunait à Glatigny, chez Lanol:,
l laissail la redingote, les bottes et le cheval
jaune; et, le même jour, il se dirigeait gaillardement sur Falaise, oll il arrivait le soir.
Dès le 7, il voyait !!me Aquel et la trouvait
comp~ètemcnt rassurée.
Après que Laooë, douze jours auparavant,
l'eût abandonnée, désespéréf't devant la ferme
de Villeneuve, Mme Acquet avait tant supplié
une femme qui se trouYait là que relie-ci
consentit i1 aller chercher Colin, l'un des
domestiques de la BijuJc : c'est avec lui que
la fille de la marquise de Combray revint à
Falaise sur l'un des chevaux du fermirr.
Elle n·osa se présenter à l'hôtel de la rue du
Tripot et s'arrêta chrz 1a mère Cbaurel, une
Urave femme qui blanchissait le linge de la
maison de Combray; ce qui l'allirait là, c'est
que le fils , Victor Chaurel, était gendarme;
il avait fait partie du détachement envoyé la
veille à Donnay et elle voulait savoir de lui
si les Buquet l'avaient dénoncée.
Elle enlra donc chez les C~auvel mus le
prétexte de demander l'adresse du capitaine
Manginot. Le gendarme était à souprr: c'était
un beau garçon de trente-six ans, ancien hussard, lion sujet, mais, quoiqu'il fût marié et
père de trois enfants, noté comme &lt;&lt; courC'ur
cl aimant le sexe 1 J&gt;. - &lt;&lt; Quand Chauvel
est auprè3 des femme~, dirnient ses camarades, il oublie loul "· " li voyait là Mme Acquet pour la première fois. Aux questions
lJU'clle lui posa, il répondit que son nom
avait, en ('(îet, été prononcé, d Manginot,
logé au Gl'and-Turc, était à sa rechenhe.
La jeune femme se mil à pleurer : elle supplia la mère Chauvel de la garder, promettant de payer pension, laisanl appel à sa
pitié, et la blanchisseuse se laissn toucher :
elle disposait d'une mansarde au troisième
étage de la maison; elle y fit porter des couchages qu'on jeta sur le rarreau et c'est de
là que Mme Acquet écrivit à sa mère r1u'elle
s'était procuré une retraite sûre.
Très sûre, en effet, et l'on comprend qu'elle
n·ail pas cru devoir détailler d'une façon plus
précise les conditions de l'hospitalité qui lui
était olfertë. Est-il en effet l.iesoin d'insister
sur le genre de relations é!aLlies, dès la première heure de son installalion dans la maison Chauvel, entre celle pauyre femme chez
1. Déclar:ilLon de Mlle Quèrcy.
:!. Archives du greffe de la Cour d'assises Je Rouen.
:i. Ibid.
4. « LorS11uc je rèvins de Tournebut, Mmè .\ c1Juet

qui la peur d'êlrc prise étouffuit tout aulre
sentiment et le soldat dont son sort dépendait'! Cbaurel n'avait qu'un mol à dire pour
la faire arrêter; elle se donna à lui, il se tut
et l'existence qui, dès lors, commença pour
tous deux, fut ··si miEérablc et si tragique
quelle inspire plus de commisération que de
révolte. Mme Acquet n'avait qu'une pensée,
échapper à l'échafaud; Chauvel n'eut plus
qu'un désir, ne point perdre celle maitresse
inespérée et d'autant plus chère r1u'il lui
faisait le sacrifice de sa carrière, &lt;le son honneur, dé sa "ie peut-être. Les choses, d'abord, se passèrent de foç::in assez calme :
aucun mandat d'amener n'avait été lancé
contre la fugitive et, dans les premiers jours
qui suivirent sa retraite chC'z Chall\'el, elle
sorlait avec lui, le soir, sous un déguiscmenP : bientôt même clic s'rnbardit et osa,
en plein jour, se montrer dans lès rues de
Falaise. Le 15 aoùt, comme le nolairc Lefebvre recevait chez lui Lanoë à déjeuner,
elle y fut également invitée : on causa,
Mme Acquet ne cacha point qu·ellc avait
trouvé dans la maison de la mère Chauvel un
abri, et qu'elle serait tenue au Courant par
le fils des ordres que recevrait de Caen ou de
Paris la brigade de gendarmerie. Lefebvre
amena la conwrsation sur &lt;&lt; le trésor lJ.
L'argent dépos_é chez les Buquet extilait Lien
des comoitises : Bureau de Placène, en sa.
qualité de banquier des chouans, avail, lè
premier, fait valoir les droit,s de la caisse
royale ; Allain el le boulanger Lerougc -

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'

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', l

L 'AKCIENNE PREFECTURE DE POLICE :
L'ARC EN PIERRE DE LA RC~ DE NAZARETH.

Dessi11 de

CHARLES TOUVENOT,

llla_i~ !ogl!e c\1~z Cha!--lvc\. Ccl_ui-eiA lui p~·ocnrail \a
facilile de s')r!ir le soir; Je crois mcmc quelle se degu!sait. Jïrrnorc quels moyens clic avnil employl!s
pour ~voir fa prolcdio11 J e ChauYe\; mais je présume
~

365

v.--

&lt;JHÏ montrèrent un désintéresscmenl absolu
- avaient entrepris le voiage de Donnay cl
soutiré, non sans peine, aux recéleurs douze
cents francs : à cinq reprises, Lerouge, avec
une petite cbarrclle, était rc\"C'nu·scul, à des
jours comcnus, jus11u'à la forêt d'llarcour:;
il allenda;t (1 sous un grand arùre, au Lord
d'une roule de traverse n, ot Buquet lui
apportait là de l'argent. Placènc rrçut ainsi
une douzaine de mille francs &lt;! en écus, si
maculés de- terre que sa femme Fut obligée
de les laver" "· Mais Joseph Buquet, disparu
drpuis l'arrestation de ses parents, savait seul,
juraient ceux-ci, oll le trésor arait été enfoui
cl l'on n'y pouvait plus puiser.
Tout en drjeu111nt avec le notaire et Lanoë
Mme Acquet supplia ce dt:rnier de se mettre
en quète : elle croyait l'argent enterré dans
le chJ.mp de sarra-.in silué entre la maison
desllu·1uet cl les murs du château; elle invi•
tait Lanoë à aller &lt;&lt; pi1p1rr la terre 1&gt; pour
drcouvrir la cacbettr, ce à quoi il se refusa.
Elle semblait aroir « la tête perdueG l); clic
projetait d·aner sc jeter aux pieds de rempcrcur pour Implorer de lui son pardon; elle
parlait de recouvrer l'ar;;ent volé pour le
rendre au Gouvernement, d'y ajouter, s'il le
fallait, le montant de sa dot el de quiller la
France pour toujours. Le soir, en rcnlranl ,
très fiévreuse, chrz IJ Llancbissrnsc, elle lui
fit part des mêmes projets; pendant trois
jours elle se complut à celle idée qu'elle rcssassail continuellcmrnt : la pauue Îtmme se
figurait qu'il lui suffirait, pour se soustraire
au châtiment. de restituer la somme enlc\'ér.
Chauvel était rn tournéè; quand il rHi11t,
le 10, il rapporta une nouvelle : le préfet
Calfarelli devait arriver le lendemain à Falaise
pour y procéder à l'ioterrogatoire de Mme Acqull. Cc fuL une nuit d'angoisse et de larmes;
peul-être est-ce à celle date qu'il fout reporter une tenta.lire de suicide de la malheureuse, l1 qui Cbaunl dut arrac:ber le poison
qu'elle allait absorber. On touche ici, d'ailleurs, à un point très obscur; s'il est permis,
en effet, de croire à la molles:sc, à lïm:ouciance même de CafTardli, il 1nraît assez dif•
ficile de l'accuser de complicité actiYe; il est
cependant bien surprenant que, prévenue
de son arrivée à Falaise, Mme AC'quet n'ait
pas aussitùt pris la fuite et qu'elle consentit
à se présenler devant lui comme ü die cùt
éié assurée de trouver là rncours et protection; l'enlrcrne eut lieu chez le maire,
M. de Saint-Léonard, parent de Mme de Combray, et ressembla plulôt à un conseil de
famille qu'à un interrogatoire. CafTarC'lli s'y
montra beaucoup plus paternel que ne le
comportait son rôle de juge; la tradition subsista longtemps, dans la famille, qu'on a"ail
mis en jeu, pour attendrir le sensible préfet, la parenté - fort éloignée et dont on
avait jusrp1e-fa soigneusement négligé de se
targuer - de Mrne de Combray avec les
Tascher de la Pagnie dont était issue l'imque c'était ccus: de la s&amp;luctiun. :o lnlcrrog,1loirc de
Lefebvre, 23 aollL 1807.
5. Dêclaratio11 tic l,crougc, &lt;lil Uornet, 0 ~otil 1808.
ü. Intcrrug[l_loirc 1k Lano(•. j Sè()lcmbrc l80~.

�IDSTO~}.Jl

---------------------------------·

pératrice. Quoi qu'il en soit, Mme Acquet
sortit de chez li. de Saint-Léonard très rassurée, annonça à la mère Chauvel qu'elle allait
voyager et se chargea même des compliments
de la brave femme pour la marquise de Cumbray près de laquelle elle arnit, disait-ellr,
l'inJ.ention de passer quelques jours, à Tournebut. Dans la journée du 22, elle fil un paquel de ses hardes, et, le soir, déguisée en
pa~'san, clic quilla, au bras du gendarme, la

•

maison de la blanchisseuse 1 •
Après le départ du notaire Lt·febvre, la vie
avait repris à Tournebut son cours haLituel.
Mme de CombrJJ', persuadée que sa fille se
trournit en sùrcté et que le préfet du Cakado~, - soup~·onnàt-il sa complicité, -- ne
se hasarderait jamais à ordonner rnn arrcstalion, se montrait sans défiance et voisinait,
comme d'habitudri avec quelques châtelains
des cmirons. Elle ignorait que l'instruction
c'.tait pas~éc des mains de Caffarelli à cclle&amp;du
préfet de Rouen et qu'il y avait là, pour la
diriger, un homme dont la malice et l'opiniàtrcté ne se décourageraient pas facilement.
Licquct avait employé quinze jours à étudier l'affaire; il n'ayail, pour point dè départ, que les réponse&amp; ambiguës _de Flierlé
et les déclarations pleines de réticences des
Buquet; mais, depuis des années qu'en amateur passionné il s'adonnait à la poHce, il
avait emmagasiné bien des soupçons; l'insuccès de la visite des gendarmes à Tournebut
l'avait confirmé dans la certitude que ce
vieux manoir, de si paisible allure, devait
recéler de terribles secrets et que ceux qui
l'babitaient s'y étaient ménagé d'inaccessibles
retraites. Aussi cbangea-t-il de tactique : le
19 août, Mme de Combray et Bonnoeil, très
rassurés sur l'avenir, étaient allés passer
l'après-midi à Gaillon; comme ils revenaient,
le soir, vers Tournebut, ils se trouvèrent
tout à coup en présence d'un détachement de
gendarmerie posté en travers de la route; la
marquise et son fils durent décliner leurs
noms i l'orficier exhiba un mandat d·amener
et tous ensemble revinrent au château qui
était occupé militairement. La marquise protesta aYec indignation contre l'envahissement
de son domicile; elle n'en dut pas moins
assister à une perquisition sommaire qui se
prolongea pendant toute la soirée. Vers minuit on la mettait, avec son fils et deux gendarmes, dans une voiture qui prit, sous
escorte, le chemin de Rouen, et, à l'aube,
tous deux étaient écroués à la Conciergerie
du Palais de justice.
Licquet n'était d'ailleurs qu'à moitié salisfait du résultat de l'expédition; il avait espéré
surprendre d'Aché qu'il croyait caché à Tournebut 1 ; les agents avaient également arrêlé
la femme Levasseur et Jean-Baptiste Caqucray, marié récemment à Louise d'Acbé mais,
du conspirateur lui-même, aucune trace; del. Yoic! en ~ucl s tC'rn(CS Calî11rclli apprenait à Réal,

le 29 aoul 1807, ln fu1lc de ~lmc Acquet : « J'ai
rnlendu )!me A... i1 Falaise, il y a huit jours: je
n'av11is pas cru dC'\'oi1· la foire arrêlcl'; mais j'avais
charge le magistral de ~flrclè de !.'l Sll\'reiller. JI
nùppre!uJ qu'~llt; a dispar~ l~ 25. " La négligence de
Caffarcll1 fut sen:iremcnl Jugcc pai· Foucl1é. A partit·
de cl'l i11ci1lcnl on lui 1·ctira, de fait, la co11dmle de

puis trois ans cet bomme ex1raordinairc déjouait les recherches de la police : fallait-il
donc croire que, depuis ce temps, il vivait
enfoui dans quelque oubliette de Tournebut
et devait-on attendre que Mme de Combray
révélât le secret si bien gardé de sa retraite?
Dè., l'arrivée de la marquise à la Conciergerie, Licquet, sans se montrer, étail alié
(( étudier l&gt; sa prisonnière : semblable à une
vieille lionne mise en cage, celle femme de
soixante-srpl ans se démenait arec une énergie surprenante : chez elle, nul indice d'abattf1nent ou Oc confusion; clic prenait ses
aises dans la prison, rn plaignait dn régime,
maugréait tout le long du jour, s'emportait
contre les geôliers; il n'}' avait pas à espérer
'(Ue son caractère .rn démcnlil ni à escompter,
pour lui arracher quel1p1c conûdencf', une;
émotion qu'elle ne ressl'nt.iit p:i.s. Le préfet
la fil amenrr en rnilure à son hôtd, par le
concierge de la prison, le 2;; aoùt : l'interrogatoire dua deux jours entiers . Arec l'cxpér~ence et l'astuce d'un repris de justice, la
marquise simula la plus enlière franchise
mais « elle comint srnkment des choses
qu'tlle ne pourait 11ier awc succès:; &gt;&gt;. Licquet posait lc.s questions; elle n'y répondait
qu'après les arnir fait répét,~r plusieurs fois,
sous prétexte qu'elle ne les comprenait pas .
Elle luttait avec acharnement, discutant, ergotant, bataillant pied à pied : si elle avoua
connaître d'Acbé et lui avoir souvent offert
asile, elle nia formell~ment être instruite de
son domicile actuel. Bref, quand SavoJcHollin et Licquet la renvoyèrent à la Conciergerie, ils gardaient l'impression qu'ils avaient
&lt;c eu le dessous et que l'enquête n'avait pas
fait un pas&gt;&gt;. Bonnœil, i~terrogé h son tour,
n'apprit « rien que ce qu'on savait 1&gt;. Placide d'Aché, remis sur la sellette, nia tout et
s'emporta.
Le préfet el son acolyte restaient assez penauds de leur déconvenue quand le concierge
de la prison qui avait reconduit au Palais
Mme de Combray, demanda à leur parler;
introduit aussitôt, il conta que, landis qu'il
s'en retournait seul dans 1a voiture avec la
prisonnière, celle-ci cc lui avait proposé une
forte récompense s'il voulait se charger de
transmettre ses lettres à quelques-uns des
détenus n. Le concierge, accoutumé à ces
sortes de propositions, C! n'avait répondu ni
oui ni non, mais en promettant cependant !1
la femme Combray de la revoir pendant la
nuit, à l'beure de la ronde », et il venait demander au préfet ses ordres au sujet de cette
correspondance; Licquet insista vivement
pour qu'il fût autorisé à la recevoir; il espérait, en interceptant les billets, tirer grand
profit des confidences et des conseils que la
marquise ne manquerait pas d'adresser à ses
coaccusés ile moyen, tout d'abord, répugnait
fort 1t Savoye-Rollin, mais la proposition
l'arfaire poUt' en charge!' le préfet de la Scine-/11féricure. On s'abstinl même de tenir Calfal'clli au cournnt des divers incidents de renquêtc etl1icn sourcnt,
tomme on !c vcna, il n·en app1·il les rêsullal s que
par la roix publique.
'l. « Rouen. 20 aoùt 1807, Mme de Combray cl
Bonnœil sont arrêlés, ils ont été trom·és li Gaillon et
amcuès ici cc malin : r1uant à d'.\ché. ruiué, on a

même de la détenue établissait si bien sa
culpabilité qu'il ne se crut pas obligé à la
discrétion et céda, non sans laisser à son
secrélairc général -- c'était là un des titres
de Licquct - la responsabilité du procédé.
Muni de cc Liane-seing, celui-ci prit en
main la direction de l'enquête; il trouvait là
un merveilleux emploi de ses aptitudes;
jam:iis duel ne fut plus impitoyal1le; jamais
policier ne fit preuve de plus dïnrcntion et
de duplidté; par c&lt; amour de l'art n, par
plaisir - car il n'ambitionnait ni honneurs,
ni argent - Licquet s'acharna contre H's
prisonniers arec une passion qui serait
inexplica!Jle si ses lettres ne révélaient les
joies profondes que cette lutte lui procurait:
il n'éprouvait contre se.s victimes ni rancune,
ni haine; on ne prrç1,it en lui d'autre senliment que la sati.::,faction féroce de les voir
trébi.:cher dans ks pièges qu'il leur !end et
de percer les mystères d'un complot dont la
portée politique seml1le même le laisser tout
à lait indifférent.
A,·cc une jouissance de dilettante il attenait
l'heure où devait lui ètre remis le billet que
Mme de Combray, sans défiance, adressait à
Ilonnœil et à To11r/011r. Il dut patienter jusqu'au lendemain H celle première lettre ne
lui apprit rien : la marr1uise do-nnait à ses
complices un aperçu de ses interrogatoires;
elle le faisait avec tant d'art que Licquel se
demanda si la prisonnière n'avait pas été
avisée que le papier devait passer par ses
main:;. Le même jour le concierge lui remit
un second billet de Mme de ComLray à son
fils, billet tout aussi insignifiant que le premier, mais qui se terminait par celte phrase
énigmatique dont la lecture causa à Licquet
&lt;( un éblouissement )J :
Est-cc que vous ne savez pas que le frère de
Tourlour a brûlé le fichu de mousseline'?

Le frère de Toui-loll1" ... c'était d'Acbé.
!~tait-il donc venu récemment à Tournebut?
Ne s'y trouvait-il pas encore? Une nouvelle
lettre confiée par Bormœil au geôlier et remise
par celui-ci à Licquet semblait répondre
affirmativement à ces questions. Adressée .à
un homme d'affaires de la rue Caucboise,
nommé Legrand, elle était ainsi conçue :
... Je vous en prie, partez de sui le pour Tournebut sans dire à p&lt;'rsonne l'objet rle ,·otre Yopge;
allez à Grm:mesnil (le petit chàteau), ,,oyez la
femme Bachelet et brùlez toutes les pièces suspcclcs qu'elle peut arnir; vous nous rcndrf'Z un
senice inappréciable. Renvoyez-moi cc hil!ct.
Dites à Soxcr que, si on demande si M. d'Acbé
est venu, il y a environ deux ans qu'on ne l'a
pas vu à ToUfnebu t.
Le soir même, l'ordre parlait pour Gaillon
de s'assurer de la personne de Soyer, et,
douze heures plus tard, il étai!, à son tour,
écroué à la Conciergerie de Tiouen, ce qui
inutilement cherché. li parait constant que, dcpui,;
plusieurs annCcs, il ne s'est montré ni dans la commune de Se11ncvillc, ni chez ~!me Dourches. • Letlre
du prefcL de la Seine-Inférieure à Réal.
3. Lcllre du pretet de la Seinc-lnféricm·c à nt:al.
4. Tous ces billets en originaux ou en copies faites
de la main de l,ic11uct, se trouvent dans les cartons
des Archi1·cs nationales, Fi 81 i'l.

T OUR_NEBUT
n'empêchait pas Ilonnœil d'écrire, le lendemain, à ce même Soyer dont Licquet, comme
bien on pense, ne lui avait pas appris l'arrestation :
Je te prie, mon cher Soyer, de regarder dans
les deux ou lrois secrétaires dans la chambre de
ma mère si lu n'y trouverais pas quelc1ucs pièces
qui pourraient la compromettre, surtout de l'écrilurc de M. Dclorièrc (d'Aché). Enlève tout cc qui
esl de ~on écrilurc .... Si on te dem:mde s'il v a
longtemps que )1. Dclorière est venu à Tournch~l,
lu diras c1u'il n'est pas venu depuis environ deux
ans. Dis-le i1 Colas, à Catin et à la fille de la
basse-cour ...

par plus de vingt endroits différents sans être
vu n ; il fit éloigner les domestiques, posta
un gendarme à chacune des parles et, sous
la conduite de Soyer, il entra dans les appartements.
C'était d'abord, au baut du perrOn, sur la

Licquet prenait soigneusement copie de ces
billets; puis il les laissait aller à deslinalion,
dans l'espoir que la réponse, également con•
fisquéc au passage, lui apporterait quelque
lumière ... . O'aillcurs, il ne pouvait, dans ses
fréquentes ,·isitcs aux dr1rnus, hasarder 1a
moindre allusion aux coIJfidcnces qu'ils échaÎlgeaienl, de crainte qu'ils ne vins~cnt à suspe::ter la fidélité dt! leur me::sagcr et à renoncer à son intermédiaire. Dien des points restaient dqnc pour le policier trè~ obscurs. Le
Lil!et suiranl de IJonnccil à So)'Cr contenait
cette phrase :
Mets les petits rideaux SUI' la f'enèlrc de l'endroit oi1 je t',1i dit d'rnfonccr le clou ....
Et on se représente Licquct, le front dans
ses mains, cherchant à déchiffrer cc rébus;
jACQlJES-FORTUN.AT SAV(lYE-ROLLIN.
ce ficbu de momseline, ces petits rideaux, ce
D'après le dessin de BELLLIRD.
clou... était-ce donc là un langage figuré
convenu d'a,·ance entre les prisonniers? El
toutes ces précautions semblaient prises pour cour, dans l'aile de briques construite par le
sauver cc mystérieux d'Aché, dont le salut sire de Marillac, une vaste pièce senant de
était l'unique préoccupation des prérenus; un · chamLrc à Bonnoeil et par laquelle on accémol écrit par Mme de Combray à Bonnœil ne dait !t la grande salle, étonnamment haute et
permettaiL plus aucun doute sur le récent solennelle malgré son délabrement, avec son
carreau de briques, son plafond à poutrelles,
séjour du conspirateur à Tournebut :
ses immenses fenêtres ouvrant sur la terrasse
Je désire que Mme K... aille chez moi et voie du coté de la Stine. Par une double porte à
avec So 1 .•• si Oelor'! ... n'aurait pas laissé dans la ferrures monumentales, percée dans un mur
petite chambre près la ch:imhrc où couchaient épais comme celui d'une bastille, on pénéles cuisiniùr, s du papier dans la doublure de toile
cirée; enfin qu'il regarde J)ill'!oul et hrùle tout. trait dans l'apparterncnt de Mme de Combrn}' : une pren1ière chambre lambrissée de
L'indication, celle fois, était si précise que boi-5l'ries; un boudoir; un cabinet qu'un
Licquct n'y tint plus; il partit pour Tour• escalier dérohé meUait en communication
nehut que la grndarmerie occupait dl'puis ayec un dédale de petits entresols. Un grand
quinze jour.s; il emmenait avec lui Soyer qui couloir, éclairé par trois fenêtres ounant
dcYail lui senir de guide, et le commissaire sur la terrasse, menait, laissant à droite la
de police Lrgcndrc pour dresser le procès- chambre à coucher de la marquise, à la partie la plus ancienne du chàteau, rl'llc dont la
verbal des pcrqui~itions.
façade avait été récemment réédiûée; après
011 arriva à Tournebut le 5 septembre au
matin i Licquct, que cette chasse aux conspi- avuir trayersé le palier du rlC'gré conduisant
rateurs exallait, dut éprourcr une singulière au jardin on se trourait dans le salon, puis
émolion en approchant de cc mp,té, ieux do- dans la salle à manger d'où s'élevait, dans
mainC) objet de tonies ses pensées; d'un coup une tour carrée formant avant-corps sur la
d'œil il en prit en quelque sorle possession : fa çade postérieure, un e:;calier de pierre qui
il fut frappé de lïsolcmcnt du cb,Heau, si dessenait le premier étage . Là, un très long
bien placé à l'écart de la route, au pied des couloir, trois cbambres, prenant vue sur la
bois; il conslala rc qu'on pouvait y pénétrer vallée Je la Seine, et nombre de débarras el
1. Soyer.
2. Est-il utile de rappeler que c·csl sous le pseudonyme etc DeslaUl'ières que l'llme de Combra_\' dési-

gnait toujours d'Acl1é.?
:ï. Les pians a11cicns du chàlcnu cl du domaine de
Tournebut nous ont Clé lrès obligeamment commu11i,1ués par :Ume I.e Yillaiu , pro1wiélairc actuelle.

Nous lui adressons ici l11ommagc di! nolre recounais- ·
sance ainsi qu 'a Mmes de B... cl de 1\ .. , arriërcpetitds-fillcs de Mme de Combray, qui, nées à Tour11cbut, nous ont fourni sur les disposilion~ du château, aujourd'hui démoli, de . lrès précîèuscs iadication.9.
i-. C'était un cal1icr grossier de papier bleuâtre

---.

de petites pièces sans destination. Toul le
reste était en greniers où s'entre-croisaient
les charpentes du fairage: lors«iu'on en poussait la porte, des chouettes dfaroue:hées s'envolaient avec un grand bruit d'ailes dans les
profondeurs de cette forêt d·énormes poutres
,·ermou]urs;;. En somme, rien que de Kès
ordinaire, nul indice de cache que1conque :
on ouvrit tous les meubles, on sonda tous
les murs, on ausculta tous les lambris sans
découvrir aucun double fond .
C'était ~u tour de Soyer d'entrer en scène.
Soit qu'il craignît d'aggranr sa situation,
soit que Licquet lui eùt fait comprendre que
toute dénégation était inutile, l'homme dè
confiance de Mme de Combray consentit à
guider les policiers : il rrit un trousseau dê
clefs et, suivi de Liequet et de Legendrr,
monta, par un escalier de service, dans une
pelile chambre située rnus le toit d'un é1roit
bà1iment acco!é au pa,illon de briques de
Marillac. Cette pièce u'arait qu'une lenètrr,
pcrrée au nord et garniP, en manière de rideau, d'un lambrau d'étoffe verte;. pour tout
mcublr, un mauYais bois ·de lit, tiré au milieu de la chambre. Licquet et le commissaire
de rolicc examinèrent les cloisons et les
firent rnnder sous leurs ieux. SoJer ln1r
laissa le temps de fureter dans tous les coins,
puis, quand ils eurrnt renoncé à décomrir
d'eux-mêmes l'entrée de la cacheue, il s'approcha du lit, mit la main sous le sommier
et en retira un clou . On entendit aussi lût la
chute d'un contrepoids derrière la muraille
qui s'ouvrit, laissant apercevoir une chambre
assez vaste pourant conlenir une quinzaine
de personnes : il s'y trouvait un banc de bois,
un grand réchaud, des chandeliers d'ar(Tent
0
'
une malle remplie de papier à lellres, deux
paquets de che,·eux de diverses couleurs et
quelques traités des jeux. On y saisit, en
outre, l'oraison funèbre du duc d'Enghieu'
copiée par Placide, el le passeport que d'Acbé
avait levé à Rouen, en 1805, et qui portait
la signature de Licquet.
Quar.d on eut mis le tout dahs un sac et
refermé la cloirnn, ciuand on se fut bien
extasié sur la perfection du mécanisme qui
ne lahsait apparenles ni fente ni ouverture
d'aucune sorte, Soyer, toujours suivi de
deux agents, traversa tout le château, monta
au grenier el s'arrêta. enfin dans une petite
pièce siluéc à l'cxtrémilé du bâtiment; elle
était encombrée de linge sale étendu sur des
cord:s; une grosse poutre était fixée presque
a~ mreau du sol, le long de la muraille garme de tablettes supportées par des tasseaux.
Soyer " mit la main dans une petite cavité
de la poutre remplie de bois vermoulu· il en
rf:tira un morceau de for, le porn sur ia tête
d'un clou qui paraisrnit fixé !t demeure dans
l'un des tasseaux et, sur-le-champ, les tablettes se replièrent, une porte s'ouvrit dans
P?rlant tomme lÎl\'r. : Notice hisloriqur wr tassassmat de ]Jo11sc1g11ew· ic Dur De. Ce cahier se
lrou,·c, au~ Archi,·es na!iona!cs, F1 8170. 1t conlicnl,
out!·c I Orl1s.011 fun ébrc, un 11récis assez exact de l'execl!t1~n ~u ,Jeune prince _où l'on reuco11trc quelques
dctail~ 111lercssanls et qui ne me semblent pos a,·oir
lrou\'c pince dans d'.iulrcs r()cits.

�r-

111STO'l{1A

le mur el l'on pénétra dans une salle assez
grande pour que cinquante pcr::=onnes pussent
s'y tenir à l'aise )) ; une fcnêlrc ouvrant sur
le toit de la chapelle et qu'il élait impossible
d'aperccrnir du dehors donnait ;, celle pièce
le jour et l'air; elle ne conlrnait qu'une
grande armoire renfermant un plat de terre
et une pierre d'autel 1 •
Ainsi ce vieux manoir d'aspect si vénérable
et si familial était machiné comme un rf'pairc
de brigands et tfüposé pour senir d'arsenal
et di.! retraite à !oule une armée de conspirateurs; car Soyer révéla également le H'crcl
des ouLlieues du petit c/1âle"11 dont les
ch:u11brcs démeublées pouvaient aüriler au
bl'soin uec garui-rnn consiJéraLle; on n'y
lrouva que trois malles pleines d'argenterie
marquée d'écussons si variés qnc Licquet
i.:rul Lica pouvoir aftlrmcr que cc lrésor provenait des nombreux: mis opérés depuis
quinze ans sur loulrs les routes de la contrée;
après examen, il fut reconnu quïl n'en élait
rien et que la lotaliLé des fièces de ce scnil'e
portait les armes des di1îért'ntcs branches des
familles de Brunelles et de Combra) t; mais,
s'il fut contraint d'en rabltlrc sur cc point,
Licquct ne s'_entèla pas moins à attribuer aux
bûtes de Tournebut tous lt&gt;s méfails commis
dans la région depuis l'époque du Directoire:
ces caehettes si parfaitement dissimulées, cc
château poslé au bord du fleuve, dans les
bois, à portée de deux routes, comme ces nids
de piare où s'embusquaient les chevaliers
pillards du mo-ycn âge, ces choses expliquaient
si bien les atlaqucs de diligences restées impunies, les lundes de brigands subitement
disparues cl à tout jamais intrournLles, que
l'imagination du policier ~e dvnna liLre cours;
il sc persuada que d'Acbé élait là, enfoui ·
Jans queh1uc murail'.c crcu::ic dont So)·cr luimême n'arait peut-être pas le secret, et,
comme il ne rc~tait, dans ce ca~. que l'espoir
Je prc.o&lt;lre k proscrit par la faim, Lic,1ul'l
fit sorlir de TourneLut tous les serviteurs de
Mme de Combray et lais~a en permanence un
pi«111ct de gend.irme1 il! au chàkau dont il
rrmit les clefs, ainsi que l'adminislration du
d0mai11e, au mnire d'Auùevuic. •
1, b procl·s-\'Crhal de celle surprcnanlc perquisition csl aux Archi,cs nationales, P 8172.
2. Dans les Arclii\'CS de la famille ile Saint-\ïclor,
nous tl\'Olls retrouvé l'inventaire &lt;le cc riche rni~sclicr : il mentionne une très nomlJl"cusc \·aisselle
plate, êcucllcs, CU\°Cllcs anciennes, goliclcts, rédiauds,
Jc.lons, cui!ll·rs à ragollls, - ~ix rluuznincs d'assieUcs
au.c armclf de M:nc d'Eslci:illc. la mère de
)lm ~ Je Comhrav arait C'pousê 1111 d'(,:stcville eu secomics noces, _: q119lon~ :usicUcs aux a,·mcs de
.lime d' ,-lssas ("! ) etc., etc.
;;. « Des bruits de verrou~ cl de portes 011l fait
croire a Mme de Combray que le notaire est arrivi!

DJs qu'il fut rentré à Hout"n, sa première été renrn~é d par 11m, Si on m'en parl;1Îl, que
pensée fut pour ses prisonniers : kur carres• dir:iîs-jc?
pond anec avait continué en son absence t t on
Le nwlwais sujet, c'était Licquet luilui rcruil fid,·lement copie de Lous les i,illels rnèmc et il ne s'y trompa po'.nt; mais pour
qu'ils avaient échangés, mnis il!-i srmLlaicnl celle fu:s, il fallait répondre; quoi'! Licqucl,
s'èlre communiqué tout ce qu'ih avaiml d'in- espérant qu'un hasarJ lui scr\'iraiL le mot de
téressant à se dire cl leurs confidcnrrs mrna- l'énigme, usJ d'un e1pédient pour gagner
çairnt de iourncr à la monotonie. L'ima3ina- quelques heures : il fil apprendre à Mme de
1ion du policier trouva le mo1cn d'en Combray que le notaire s'était évanoui au
rc1.oun}!er l'intérèl. L1n soir, à l'heure 011 la cours d'un inlcrrogatoire et qu'il n'était pas
prb on s l'ndormai t, Licquct drnr.a l'ordre aux en état d'écrire•; elle n'en ralentil point sa
gnrdi.·ns d'oun ir Lrusqurmcnt quelques corrrspondanrc; plusieurs fois par jour clic
portes, &lt;le pousser drs verrous, de mnrrhrr adrl}ssait à Lefebvre de courts billets qui ajouavrc bruit d,ms les couloirs et, comme, le laicnt nux perplexités de Licquet :
lcndrm:iin m:itin, Mme de Combray ne
DitCS•moi cc qu·csl dc,·cnn mon cheval j;muc.
man11ua p:1s dl! s'informer des cames de cc
lirank-!Jas, il fut facile de lui foire croire l.c5 commiss::iires sonl toujours à Tournebut : or,
que le notaire Lefebvre avait été arrêté à s'ils étaient instruits du chcrnL. ,ous dcrincz le
l'Cs(µ, ! So~·cz ::isscz !lpiriturl pnur dire cp1c vous
Falaise rt wnait d'èlre écroué pendant la l':ivtz vendu 1t [huen, aux foires. Le petit Licc1uct
nuit:.. Ui-e heure plus lard le concierge est fin rl a beaucoup d'esprit; mais il em11loie le
r,2mcllait, en grand mystère, à la marquise, mensonge soul'cnt.
u11 petit Lillet tracé par Licquel et dans leMon seul embarras csl le c1cr:il : ils auraient
quel &lt;&lt; le notaire l&gt; anoorn;ait lui-rnèmc son bien l'ile la clef. L:i m:iin me lrc1nble, rouvezarrivée à la marquise, rn l'arcrtissant qu'il vous füd Si j'apprends des nouvelles du rhen.1\ je
contrefaisait, par prudencr., son écrilurc. Ce l'OUS les ferai passer de sui le; mais jusqu'ici ib
stratagf'me eut son plein effet : Mme de Com- n'en ~an•nt rien. N'a~cz aucune inquiétude sur la
Lray répondit el sa lrllre fut aussitôt trans- sP-lle et la l,ride : elles sont rcl"Cnucs dans les
m1i;1s de De~lorièrcs qui m'a dil les avoir reprises.
mise à Licquetqui,s'attendantà quelque réYéCc cheval jaune prennit, dans l'imagination
lation décisivc, l'ut consterné de se trouver en
présence d'un nouveau mystère : c&lt; Afandez- de Licquet, des proporlions fantastiques : il
moi, disait la marquise, commenl le cheval hantait jour et nuit sa pensée rt galopJÎt
e:;l revenu; que pasonne ne /'ail vu nulle dans ses cauchemars. Une noU\·ellc perquisition à Tournebut arait permis de constater
part. »
Quel cheval? Que répondre? Si l'on avait que les écuries du château ne contenaient
eu en réalité Lefebvre sous la main, s'il cût qu·u1 petit âne et quatre c.:hi.::,ttux, an lieu de
été possible, en lui repassant le Lillel, d'ob- cinq qui s'y trouvaic:H haLiluellement, et les
tenir une réplique qui eût le sens commun; gens du pays, interrogé.:;, avaient déposé qnc
mais comment, sans son concours., ne pas la Lèle absente élnit, en rll'c::!, &lt;&lt; d'une couéveiller les rnupçons de la marquise sur la leur rougeâtrcl tirnnt s111· le jaune lJ. Comme
pcrsonnalilé de son correspondant? Licquet, le po!icicr expédiait à fiéal, dans son courcontinuant à jouer le rôle du notaire, s1: rier quotidien. les Lillcts érrits par Mme de
borna à tracer quelques lignes, se g;irdant de Combray, on se montrait, à Pnris, tout au~si
parler d'aucun che1·al et demandant des dé- inquiet du service rp1'avait pu rendre l'animal
tails sur la façon dont se passaient les inlcr- mrstéricux dont la d~courcrte dt•v,üt, au
rogatoire~, ce à quoi la marquise répondit : dire de la m1rquise 1 donner la clef de loulè
l'affaire. Qui donc cc cheval avait-il conduit
C'esl le rréfcl el un maurai't sujl'l qui i11terro- ou porté? Un de~ princes de UourLon, peulgent. )lais 1•ous ne me mandez pas si le choral a ètrc? D'Aehé? lime Acquel , qu'on cherchait
vainement dans Ioule la NormJnJie? Licquct
Elle en est comaincuc. Le notaire l'en prê1·icnl lui- était obligé d'avouer à ses chds qu'il ignorait
même cl lui annonce que, pour qu'en aucun cas son
11 à qudle circon::;lance raUatber l'liistoire du
êcriturc uc soit reconnue, il l'a alisolumcnl rcm'crsée. » Note de Licquet â HC'aL .\rcliil'Cs nationales-.
cheval
u. 11 sentait que « l'imporlanrc fjUl!
1-' 7 81ï2.
.
4. Vuici en quels termes Licqucl informai! l"léal lie )fme de Combray mettait à son retour augcelte nou1·clle ru~c : u I.e notaire a dù 1li1·e li Mme de mentüt ce!le qu'on devait apporter à conCornbray qu'il s'élnit lroUYé mal !or~ lie i;on interrog-aloirc cl tJtÙ)ll a\'ait Clé oblige dè le su~pcndrc. li naitre 1c YO)ï\JC qu'on lui nvait fail faire !l.
fallail bien le ,lîspeuscr tic" cun11mmiquer it Mme Je - c! Le point scn5ible est là, ajoutait-il, c'est
ComUray, qui le demande, les qucslioJ1s &lt;Ju'ou lui a le cheval, c'e5t la scll~, c'est la bride qu'il
raites. » Archives nutioualcs, 1-"; ~&lt;tn.
faut retrouver:;. l)
5. Lettre â Héal. Archircs nationale:&gt;, Fi 8li2.

ANATOLE Fl{ANCE, de l'Académie française.

""'

Madame de Lafayette

1

(A suivre.)

....1

368

la\-'-

G. LENOTRE.

M. d'Haussonville a lait, dans le trésor de
M. de La Trémoïlle, des découvertes fort
intéressantes et tout à fait inattendues sur la
vie domestique de Mme de La Fayette. On
savait que Marie-Madeleine de La Vergne
épousa, à l'àge de vingt-trois ans, en 1655,
Jean-François !lotier de La Fayette, qui descendait d'une très ancienne famille d'Auvergne. On avait quelque raison de croire
que ce gentilhomme n'avait pas été beaucoup
aimé et qu'aussi il n'était pas très aimable.
S'il faut en croire une chanson du temps, à
la première entrêvue avec ~llle de La Vergne,
il ne souffla mot et fut agréé tout de même:
Ln belle, consultée
Sur·son futur époux,
Dit, dans celle assemblée,
Qu'il paraissait si doux
Et d'un air fort honnête,
Quoique peut-Nre bête,
Mais qu'après toul, pour elle, un lei mari
Était un bon parti.

Mlle de La Vergne, avec beaucoup d'esprit
el tout le latin que lui avait enseigné Ménage,
n'était pas d'un établissement facile. Son
bien était petit. Elle avait perdu son père.
Sa mère, fort écervelée et quelque peu intrigante, n'avait pai- une très bonne réputation. Elle n'avait pas su garder sa fille il
l'abri de la médisance. D'ailleurs, elle venait
de se remarier. _Marie-Madeleine, qui était
raisonnable, fit un mariage de raison et s'en
alla tranquill1:;ment en Auvergne.
Dans une leUre qui date des premières
années du mariage, elle fait part à i::on maître,
Gilles Ménage, du genre de vie qu'elle mène
en province et du paisible contentement
qu'elle y goùte. Cette lettre a été publiée
pour la première fois par ~I. d'Haussonville.
JI faut la citer tout entière :
cc Depuis que je vous ai él"rit, j'ai loujours
été hors de chei moi /1 faire des visites.
M. de Ba}'ard en a été u11e et, quand je Yous
dirais fos autres, vous n'en striez pas plus
savant. Ce sonl gens que vous avez le bonheur
de ne pas connaitre et que j'ai le malheur
d'avoir pour voisins. Cependant, je dois
avouer, à la honte de ma délicatesse, que je
ne m'ennuie pas avec ces gens-là, quoique je
ne m'î divertisse guère; mais j'ai pris un
certain chemin de leur parler des choses
qu'ils savent, qui m'empèche de m'ennuyer.
Il est vrai aussi que nous avons des hommes,
dans ce voîsina~e, qui ont bien de l'esprit
pour des gens de proyince. Les lemmes n'y
sont pas, à beaucoup prè:.:,, si raisonnables,
mais aussi elles ne font guère de visites; par
conséquent, on n'en e:;t pas incommoJé .
-

H1STORIA. -

Fasc.. 48 .

Pour moi, j'aime bien mieux ne voir guère
de gens que d'en voir de fàcheux, et la solitude que je trouve ici m'est plutôt agréable
qu'emm1•euse. Le soin que je prends de ma
maison m'occupe et me di~·ertit fort : et
comme, &lt;l'a.meurs, je n'ai point de chagrins,
que mon époux m'adore, que je l'aime fort,
que je suis maitresse absolue, je vous assure
que la vie que je mène est fort heureuse et
que je ne demande à Dieu que la conlinuation. Quand on croit être heureuse, vous savez
que cela suf'fit pour l'être; et, comme je suis
persuadée que je le suis, je vis plus contente
que ne le ·sont peut-être toutes les reines de
l'Europe. t&gt;
La jeune femme laisrn assez entendre que
le bonheur si pâle qu'elle goûle est le pur
effet de sa raison. Elle s'en félicite comme
de son ouvrage. On sent bien que ce mari
qui cc l'adore , n'y est pour rien et que, c&lt; si
elle l'aime fort n, c'est avec résignation et
parce qu'elle est une personne tout à fait
raisonnable. M. de La Fayette vivait sur ses
terres de Naddeset d'Espinasse.

retrouvons la comtesse de La Fayette à la
Cour de Madame et dans ce petit hôtel de la
rue de Vaugirard, en face du Petit-Luxembourg, où il y avait un jardin avec un jet
d'eau et un petit cabinet couvert.

. « C'était, dit Mme de Sévigné, le plus joli
heu du monde pour respirer à Paris. »
. M. de La Rochefoucauld y venait tous les
JOUrS.
De M. de La Fayette, point de nouvelles.
!!me de Sévigné n'en dit mot. Tous les biographes en ont conclu qu'il était mort et
c'élait l'opinion unanime que Mme de' La
Fayette était devenue veuve après quelques
années de mariage. Or, il n'en est rien. M. de
La Fayette élait vivant et vivait sur ses terres:.
li survécut de trois ans à M. de La Rochefoucauld, mort en 1680. !f. d'Haussonville (qui
de nous n'enviera son bonheur?) a lrouvé,
dans les archives du comte de La Trémoïlle
un acte établissant que François Motier,coml;
de La Fayette, décéda le 26 juin 1685.
Mme de La Fayette fut, en réalîté, mariée
pendant vingt-huit ans, et elle n·était pas
veuve quand elle souffrait les assiduités du
duc. Mme de Sévigné ne s'en scandalisait
nullement. Al. d'Bau.:;sonville se montrerait
plus sévère. li ne cache point que Mme de
La Fayette lui plairait moins, si elle avait
trahi la fui jadis promise à l'excellent gent,lbomme yu, chassait dans les lorêls d'Auvergne pendant qu'elle écrivait des romans à
Paris, dans le petit cabinet couvert. Il la veut
toute pure. Heureusement qu'il est sûr que
sa liaison avec M. de La Iloehefoucauld fut
innocente. Elle aima le duc· elle en fut
aimée; mais elle lui résista. le veut ainsi.
Au fond, il n'e~ _sait rien. Je n'en sais pas
davautag~, et, s~ Je le contredisais, j'aurais
pour ~01 la vraisemblance. ~fais la politesse
resterait de son côté et ce serait, pour moi,
un gr~nd désavantage. Aussi, je veux tout
ce qu'il veut Mais je confesse qu'il me faut,
pour ceJa, faire un grand effort sur ma raison. !lwe de La Farelle avait alors vingt-cinq
ans, le duc en avait quarante-six. On se demandera comment, de l'humeur qu'il était
elle put l'atlacher platoniquement. li ne vivai(
que pour elle, el près d'elle. JI ne la quittait
pas. Cela donne à penser, quoi qu'on veuille.
M. d'Haussonville ne croit pas lui-mème à la
continence volontaire de M. de La Iloehefoucauld, et je doute, malgré moi, de la piété
de Mme de La Fayette. L'âme de cette charmante femme lui semble limpide. J'ai beau
m'appliquer à la comprendre : elle reste
pour moi, tout à fait obscure.
'

u'

MADAME DE LAFAYETTE.

D'a.pres un tatleau du temps.

&lt;! Il paraît avoir été assez processif, dit
M. d'llaussonville, à en juger par d'assez
nombreuses difficultés qu'il eut avec ses
raisins. 11

Après quelques années de mariage, nous

�H1STOR1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - A mon sens, cette personne C( vraie n élait
impénétrable. Prude, dévote et bien en cour,
je la soupçonnerais presque d'avoir douté de
la vertu, et, ce qui est plus étonnant pour
l'époque, haï le roi. Ses plus intimes amis
ne l'ont point baignée de paresse, et elle
menait les affaires avec une ardeur infatigable. Je ne lui en fais point un reproche i
mais je ne crois pas que jamais femme fùt
plus secrète.
Le livre de M. d'Haussonville est précieux
pour la biographie de Mme de La Fayette. Ce
n'est pas sçn seul mérite. On y trouve une
étude judicieuse des œuvres de celle illustre
dame. M. d'llaussonville estime à sa valeur
la délicate histoire d'Henriette . Il ne goûte
qu'à demi Zaïde, histoire espagnole où l'on
rencontre des enlèrements, dl·S pirates, des
solitudes affreuses, et où de parfaits amants
soupirent dans des palais ornés de peintures

allé~oriques. Et il garde très justement le
meilleur de son admiration pour la Princesse
de Clèves.
Avec la Princesse de Clèves, qui parut en
1678, Mme de La Fayette entrait harmonieusement dans le concert des classiques, à la
suite de Molière el de La Fontaine, de Boileau et de Racine .
Mais il faut bien prendre garde que, si la
/',-incesse de Clèves atteste, par l'élégant
naturel du style et de la pensée, que Racine
est venu, Mme de La Fayette n'en appartient
pas moins, par l'esprit même de son œune,
à la génération de la Fronde et à cette jeunesse nourrie de Corneille. Elle demeure hé-

roïque dans sa simplicité et garde de la vie
un idéal superbe. Par le fond même de son
caracLère, son héroïne est, comme Émilie, une
&lt;c adorable furie n, furie de la pudeur, sans
doute; mais je distingue, dans sa chevelure
blonde, quelques tètes de serpent.
Mme de Clèves, la plus belle prrsonne de
la Cour, est aimée de M. de Nemours,
l'homme le« mieux fait il de tout le ro1 aumP.
M. de Nemours, qui avait, jusque-là, montré dans de nombreuses galanteries une audace heureuse, devient timide dès qu'il e~l
amoureux . li cache sa passion; mais Mme de
Clèves la devine Pl, b!en involontairement, la
partage. Pour se fortifier contre le péril où
son cœur l'entraîae, elle ne craint pas d'avouer à son mari qu'elle aime M. de Nemours,
qu'elle le craint el se craint elle-même. Celui-ci la rassure d'abord. Mais, par l'effet ·
d'une imprudence et d'une indiscrétion du
duc de Nemours, il se croit trahi et meurt
de chagrin.
Ce qu'il y a de plus original dans la conduite de Mme de Clèves, c'est, sans doute,
cet aveu qu'elle fait à son mari d'un amour
qui n'est pas pour lui. Sa vertu s'y montre;
mais, à considérer la simple humanité, elle
n'a pas lieu, il faut bien le reconnaitre, de
s'~n féliciter beaucoup. Cet aveu e~t la première cause de la mort de M. de Clèves. Si
ell~ n'avait point parlé, M. de Clèves ne serait
pas mort; il aurait vécu tranquille, heureux
dans une douce illusion . Mais il fallait être
vraie à tout prix.
Ce fut aussi l'avis d"une dame célèbre qui
renouvela, cent ans plus tard, cette scène
1

d'aveux. Mme Rolaild éprouva, sur les quarante ans, ce qu'elle appelle, en fille de
Rousseau et de la nature, « les vives affections d'une âme forte commandant à un
corps robuste )J. L'homme qu'e1le aimait
avait, comme elle, un sentiment exalté du
devoir. C'était le député Buzot. Ils s'aimèrent
sans être l'un à l'autre. Mme noland avait un
mari plus âgé qu'elle de vingt ans, bonnète
homme, mais caduc et décrépit. Elle crut
dc\'Oir, à l'exemple de ~Jme de Clève!-, avouer
à ce bonhomme qu'elle sentait de l'amour
pour un autre que lui. L'aveu fait à un mari
si amorti ne pouvait tourner au tragique, et,
à cet égard, Mme Roland semblera peut-être
moins imprudente que Mme de Clèves. Pourtant, les effets en furent lamentables.

« Mon mari, dit-elle dans ses Mémoires,
exces~ivement ~ensible et d'aJTection el d'amour-propre, n'a pu supporter l'idée de la
moindre altération dans son empire. Son imagination s'est noircie; sa jalousie m'a irritée;
le bonheur a fui loin de nous. li m'adorait,
je m'immolais à lui, et nous étions malheureux. »
Mme de Clèves n'eut pas, dans sa cruelle
franchise, que je sache, d'autre imitatrice
que Mme Roland. Êncore faut-il considérer
qu'en agissant comme Ume de Clèves, Hme Roland n'avait pas de si bonnes raisons. Mme de
Clèves, en se confiant à son mari, lui demandait secours dans sa détresse. Elle implorait
un appui. Mme Roland ne voulait qu'étaler
sa passion avec sa vertu. Cela est moins admirable.
ANATOLE FRANCE,
de l'Acadtmie française .

Lorsque Jean-Jacques Rousseau revint de
son exil, j'allai le relancer dans son grenier,
rue Plâtrière. Je ne savais pas encore en montant l'escalier comment je m'y prendrais pour
l'aborder; mais, accoutumé à me laisser aller
à mon instinct, qui m'a toujours mieux sen•i
que la réfiexion 1 j'entrai, et parus me tromper.
cc Qu'est-ce que c'est? lJ me dit JeanJacques. Je lui répondis : « Monsieur, pardonnez. Je cherchais M. Rousseau de Toulouse. - Je ne suis, me·dit-il, que Rousseau
de Genève. - Ah, oui, lui dis-je, ce grand
herboriseur ! Je le vois bien. Ah, mon Dieu!
que d'herbes el de gros livres! ils valent
mieux que tous ceux qu'on écrit. l&gt; nousseau
sourit presque, et me fit voir peut-être sa
pervenche, que je n'ai pas l'honneur de connaître, et tout ce qu'il J arait enlre chaque
feuillet de ses in-folio. Je fis semblant d'admirer ce recueil, très peu intéressant et le
plus commun du monde; il se remit à son

travail, sur lequel il avait le nez el les lunettes, et Je continua sans me regarder. Je lui
demandai pardon de mon étourderie, et je le
priai de me dire la demeure de M. Rousseau
de Toulouse; mais, de peur qu'il ne me l'apprit et que tout fût dit, ,j'ajoutai : « Est-il
vrai que vous soyez si habile pour copier la
musique? » li alla me chercher des petits
livres en long, et me dit : cc Voyez comme
cela est propre! , Et il se mit à parler de la
difûculté de ce travail, et de son talent en ce
genre, comme Sganarelle de celui de faire
des fagots. Le respect que m'inspirait un
homme comme celui-là m'avait fait sentir
une sorte de tremblement en ouvrant sa
porte, et m'empêcha de me livrer davantage
à une conversation qui aurait eu l'air d'une
mystification si elle avait duré plus longtemps.
Je n'en voulais que ce qu'il me fallait
pour une espèce de passe-port ou billet d'entrée, et je lui dis que je croyais pourtant
qu'il n'avait pris ces deux genres d'occupations serviles que pour éteindre le feu d~ sa
brùlante imagination . &lt;&lt; Uélas ! me dit-il, les
autres occupations que je me donnais pour
m'instruire el instruire les autres ne m'ont
fait que trop de mal. » Je lui dis après la

..,.

seule chose sur laquelle j'étais de son avis
dans tous ses ouvrages, c'est que je croyais
comme lui au danger de certaines connaissances historiques el littéraires si l'on n'a
pas un esprit sain pour les juger. Il quitta
dans l'ins1anl sa musique, sa pervenche et
ses lunettes, entra#dans des détails supérieurs
peut-être à tout ce qu'il avait écrit, el parcourut toutes les nuances de ses idées avec
une justesse qu'il perdait quelquefois dans la
solitude, à force de méditer et d'écrire.
Sa vilaine femme ou servante nous interrompait quelquefois par quelques questions
saugrenues qu'elle faisait sur son linge ou
sur la soupe. Il Jui répondait avec douceur,
et aurait ennobli un morceau de fromage.
s'il en avait parlé. Je ne m'aperçus pas qu'il
se méfiât de moi le moins du monde. A la
vérité, je l'avais tenu bien en haleine depuis
que j'entrai chez lui, pour ne pas lui donner
lti temps de réfléchir sur ma visile . J'y mis
fin malgré moi; et après un silence de vénération, en regardant encore entre les deux
yeux l'auteur de la Nouvelle lléloise, je
quittai le galetas, séjour de$ rats, mais sanctuaire du génie. li se leva, me reconduisit
avPc une sorte d'intérèt, et ne me demanda
pas mon nom.
PRINCE DF. LlGIŒ.

ÉDOUARD ûACHOT

""'

Marie~Louise intime
Dans lt volume qu'il vient dt consacrer à Mari~Louiu inlime 1, M. Édouard Gachot, grâce à la dicouverte heureuse dt. documt.nts nouveaux, nombreux d
très sivèrtmtnt contrOlis, a traci dt. ctltt impiratrict.1
t.n réa.lité asse, mal connut jusqu ici, une image qu'on
ptut tenir pour définitive. Dt et. très curit.ux, très intirtssant, très captivant ouvragt., nous ditachons lt
chapitre qut voici, qui prtnd Marie-Louist. à Braunau, cinq jours après lt mariage par procuration cilibri à Vit.nnt., et la conduit jusqu'à Compiègnt., où
l'attend l'tmptrtur.

De Braunau à Compiègne.
Le vendredi 16 mars 1810, les cloches de
Braunau~sur-Inn sonnaient pour l'allégresse,
annonçant au peuple un grand événement.
A ces voix de bronze, celles du canon répondirent!. Une ville, que le .soleil illuminait,
allait servir de quartier à l'archiduchesse
!larie-Louise, plutôt à l'impératrice des Français. Car un prince autrichien, Trauttmansdorf, mandataire de François I, avait remis,
près du village de Saint-Pierre, au maréchal
Berthier, mandataire de Napoléon, la prin~
cesse qui devait, publiait-on en Allemagne,
sceller définitivement la paix de Vienne.
Cette princesse, portée en
carrosse de gala, était dans la
compagnie de Caroline Ilonaparle. Elle semblait résignée à
su.bir sa destinée. Durant un
trajet de quatre kilomètres,
le trot des chevaux des hussards &lt;l'escorte ajoutait aux
bruits d'une marche bien réglée
des chevaux d'attelage. Ceux-ci,
à l'entrée de Braunau, ralentirent. !farie-Louise voyait inscrits
sur les bandes d'un arc de triomphe: &lt;l L'amour nous assul'e
cont1·e de fuwrs dangers, lJ
et: 11 Qu'il nous /"asse aussi
heureux que nous pouvons
l'être. l&gt;
Devant une haute maison,
les généraux Friant et Pajol :s,
qui avaient chevauché près des
portières, durent s'écarter, et
l'écuyer prince Aldobrandini
s'empressa, l'archiduchesse descendant, de lui prêter aide.
Lentement, M. de Seyssel d'Aix,
chambellan, la précéda dans
l'auberge de Michel Fink où put
se loger en partie le service d"honneur,
1. Marie-Lo1use intimf}; sa vie à c6té de Napoléou (1800-1814i, par .Eoou.1.no G,1,c110T. Un Ueau

rolumc illuslrê, prix : 6 fro.ncs.

service français, que Berthier avait instruit
de ses devoirs.
Un ordre du prince de Neuchàtel, qui suivait les instructions de Napoléon, allait renVOJer à Vienne la comtesse de Bukowa,
Grande ~lailresse, soupçonnée d'être l'agent
de Metternich. llemplocée par la duchesse de
!lontebello, Marie-Louise s'éprit, tout de
suite, d'admiration pour une femme qui serait désormais son guide sûr et avisé. Elle
l'eut présente à son goûler; elle l'eut dans
sa chambre dans le temps que prit !Ille Lehœuf " pour ôter à Sa Majesté le costume
autrichien de cérémonie pris le matin à
Altheim ,,.
M. de Traultmansdorf, pressé de rentrer a
Vienne, envoyait demander les derniers
ordres. Marie-Louise écrivait à son père cette
lettre que le mandataire remettrait incessamment:

« Mon cher papa,
Pardonnez-moi de ne pas vous avoir
encore écrit hier, comme cela aurait été mon
devoir; mais le voyage, qui était un peu long
&lt;&lt;

BAISE-~1,1.IN A BRAU:-.'AU.

Traullmansdorf, je trouve une occaûon de
pouvoir encore une fois vous écrire sincèrement, et je la saisis avec plaisir pour vous
assurer que je pense sans cesse à vous . Dieu
m'a donné la force de supporter aussi la dernière et pénible secousse, la séparalion de
tous mes parents; ce n'est qu'en lui que je
mets toute ma confiance; il m'aidera el ce
sera lui qui me donnera du courage; et je
trouverai le calme et la consolation pour·
avoir rempli mon d~voir envers vous, en
ayant fait ce sacrifice.
&lt;&lt; Je suis arrivée hier bien tard à Ried,
préoccupée de l'idée que je serais peul-être
pour toujours séparée de vous. Aujourd'hui,
j'arrivai à deux heures ~ l'après-midi au
camp français, dans la baraque de Braunau'".
Après m'être arrêtée quelque temps dans la
baraque autrichienne, je me suis rendue sur
un trône placé dans la pièce de neutralité.
Après qu'on eut lu les actes (d'échange),
tous mes compalriotes me baisèrent encore
la main. Dans ce moment, je ne savais pas
ce que je faisais; j ·eus des frissons et je perdis tellement contenance que le prince de

(Collectio11 PR. o'Ess1.1:-.G.)

et fatigant, m'en empêcha. Par le prince
2. Une partie des renscignemeuts contenus dans la
premiêre parL!c de cc chapitre, piêces inCdites, nous
ont él ê fourms par )Ille AmC!ie Rosenberg. de Linz.

Neuchâtel commençait à pleurer. Le prince
5. l}u corps de Darnul.

4. t'ion, la baraque élevée par les sapeurs du ma-

rêchal Davout Hait prês de Saint•Pierre.

�ll1STOR._1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Trautlmansdorr me remit et on me présenta
Loute ma cour. DieJ ! quelle différence enlrè
les dames françaises el viennoises!
(( La reine de Naples venait à ma

B&lt;rthier son désir de garder Mme Lazansky
au moins ju-;qu'à ~funich.

nid d'aigle qui, d'une plate-forme rocheuse,
domine le large Inn - son premier arrêt.

Mlt'l(1E-LOU1SE 1NT1JIŒ - - ...

peuple, dans les villes traversées. Un persoonel très disci•pliné obéira toujours, dùt-il

époux; et elle veut bien lui reconnaitre du
style.

rencontre dans l'autre chambre; je
l'embrassai et me montrai aimable,

d'une manière élonnante; mais je ne
me fie pas à elle tout à lait, car je
crois que ce n'était pas seulement le
zèle du service qui était la cause de

son voyage.
« Elle partit avec moi pour Braunau. Arrivée là, il me fallut faire
une toilette qui dura deux heures; je
vous assure que je suis déjà aussi

parfumée que toutes les autres
françaises. L'empereur Napoléon m'a
envoyé une magnifique toilette en or,
mais il ne m'a pas encore écrit. Puisqu'il me faut vous quitter, j'aime-

rais mieux être chez lui que de
voyager avec toutes ces dames. Alon
Dieu, que je regrl'tte de ne plus
pouvoir passer d'heureux jours auprès
de vous i ce n'est que maintenant que
j'apprends à les connaitre. Je vous
assure, bien cher papa, que je suis
très triste et que je ne peux pas
eucore me consoler.
&lt;&lt; J'espère que
votre rhume de
cerveau va déjà mieux. Tous les jours, je prie
pour vous. Pardonnez mon griffonnage, mais
j'ai si peu de moments à moi. Je vous baise
encore mille fois les mains et j'ai l'honneur
d'ètre, bien cher papa,
Yo!re très humLle el obéissante fille. "
Ilr,1unou 1 le 16 mars 1810.

MARIAGE CIVIL1 A VŒNNE. (Collectîon

PR.

n'EssusG.)
.MARIAGE CIYIJ., A

L1 réponse ne pouvait èlre que favorable.
Une fète militaire et nocturne remplissait
Braunau de tels bruits que l'impératrice ne
put goûter un repos qui lui était nécessaire.
Et elle s'inquiéta à la vue du mauvais trmps
qui assombrissait la matinée du 17, Néanmoins, ·1e départ eut lieu de bonne heure. Le

MARIAGE RELIGIEUX, A VIENNE. (Collect-io11 PR.

n'ESSLJNG.

Dix heures sonnées, l'archiduchesse pria le
comte de Beauharnais de porter au maréchal

convoi s'avança en terre ba,·aroise. Ce cortège,
important et brillant, fil, dans Alt•Otling -

1. Perrusse, payeur du Trésor de la Couronne,
dcntit \:crscr aux caisses de secours des µau1Tes

5000 francs à Braunau; 12000 à Stra~bourg; 3000 à
Lunéville; 5000 à t\uncy; 1500 à Dar; 6000 à Ch:i-

On y déjeunait. Ensuite, Marie-Louise
allait visiter celte chapelle d'une vierge réputée miraculeuse; et elle daignait informer
!!me de Montebello : " J'ai bien prié pour la
santé et pour la salisfaction de l'empereur
Napoléon. » Dans l'après-midi et sans incident, le cortège gagnait le gros bourg d'Haag.
Attendait là, le prince héritier,
Louis de Bavière, qui devait conduire l'archiduchesse dans la
capitale des Willelshacb.
Maximilien-Joseph avait décidé,
le 1 0 mars, d'accompagner MarieLouise à StrasLourg où, déjà, des
appartements lui avaient été retenus. Le t8, son écuyer écrivait
à un fonctionnaire : a Sa Majesté,
le Roi, a daigné de changer de
résolution et Elle ne partira pas
pour Augsbourg. » Étrange revirement, ou concept politique. Ce
souyerain, devenu tiède envers
l'homme qui, en 1806, l'avait lait
roi, Uarie-Louise le quittait à six
heures du matin, le 19 mars. Elle
ne dit que ces paroles à la comtesse Lazausky : « Adieu, llla
bonne amie ; ,·ous direz à mon
cber papa que je prends tous
les jours du courage. »
Berthier, ordonnateur d'une
marche qu'il fallait pousser à fond,
va donner les itinéraires, décider
quant aux arrêts indispensables
el aux réceptions protocolaires. Des
acclamalions? Le Major général peut les
obtenir en faisant distribuer de l'argent I au
Jons; 4000 a Reims; 1500
sons (Q::! H)).

.a

\'i1ry, et autant à Sois-

s UNT-CLOuo.

êlre surmené. Alais aux instructions précises
du prince de Wagram, Marie-Louise se dérobera parfois. C'est que des r.aprices, innocents, lui commandent : d'embrasser les
petites filles, d'acheter tous les bouquets
présentés, d'interroger les ,·ieillards, et aussi
de demander à deux des dames qui l'accompagnaient, la duchesse de Bassano et
la comtesse de Montmorency, quels
goùts et quelles habitudes dislinguaient Napoléon du commun des
mort~ls.
Si l'archiduchesse sait mettre à
l'aise, très vite, dames du palais et
chambrières, ses façons vont contristt·r le chambellan et les écuyers,
gens gourmés. Devant le roi de Wurtemberg, Frédéric, la jeune MarieLouise se plait a relire, tout haut, un
billet que lui a lait parvenir son
1. ~larie•Louise a élé reçue par le conseil municipal. Lrs rues, sur son passag-&lt;',
étaient tendues de draps blancs, de nœuds,
de guirlandes, tic fleurs et des chiffres de
Napoléon et de lllarie-Louisc. Sa Majesté,
entrée au petit pas des clievaux, a répondu
avec bonié aux Ct'ÏS de: Vive l'impératrice 1
et a salué plutiÎeurs fois le pcuµle accouru
sur son pass.:tge. Elle était très f'aligu(,r,
mais mali:-ré cela elles'csl montrée plusieul's
fois aux fenêtres de son palais (liaison de
M. Joseph Garnaud, actuellement habitée
par M. l'abbê Truchon et qui porte le n°
12 de la rue Dornini de Yrrget). La garde
d·honneur de Sa ~rajesl6. était composée
d'un détachement du 7• régiment de chasseurs à cheval et de !!O gardes nationaux.
l,a '\'il[c a été illuminée. Le 27 mars, il
six heures du matin, Marie-Louise a reçu
le corps municipal qui l'a complimentée.
Au cours de la réception, Sa Majesté a Jit au maire,
li. teblanc-Dubois ; « Je n'oublierai jamais J'ac,·ucil
gracieux des habitants de Vitl'y. ll Des jeunes filles
ollrent a Sa Majesté une corbeille de fleurs, des
dragées el des confitures sèches. Ce fut Mlle Lel'ebvre de Norrois qui complimenla Sa llajesté. Marie-

{Collection PR. n'EsSLDIG.)

Les équipages ont maintenu une vive
allure. Notons, des villes traversées : Ulm,
Stutlgart, Carlsruhe et Rastalt. Dans Kiel,
l'archiduchesse reçut un billet de Metternicb.
Son _correspondant fut qualifié de « Bon
homme». A l'instant de passer le Rhin, sur
un pont de bateaux, l'impératrice refuse de

•!

~

Î t

nanl le bras de llme Lannes, elle quittait la
rive au cri de : n Adieu, Deulschland! )J Le
Lruit du canon, la sonnerie prolongée des cloches, les vivats dans
Strasbourg, hommages rendus à sa
dignité, tout cela l'enchantait. Elle
allait dom, nder au préfet, M. LezayMarnésia, en quel immeuble MarieAnloinelte avait logé en 1770. On
lai imposait des réceptions.:
Après avoir vu l'Alsace en fêtes,
Marie-Louise I'Ppartil le 24 mars, à
huit heures du matin. Son itinéraire était marqué: Saverne, Phalsbourg, Lunéville, Nancy, Toul,
Ligny, Bar-le-Duc, Châlons, Reims.
Hors de cette ville, Je chef des
piqueurs s'engage sur la roule
d'Amiens. Le 26, les voyageurs
vont déjeuner à Sillery, chez le
comte de Valence. L'Impérotrice
hoit du champagne et Je trouve
« vin délectable ». Le soir, à cinq
heures et demie, elle touche à
Vitry-sur-Marne', prend logement
chez M. Garnaud, rue de l'Hôtelde-Ville, et repart le 27, à six heures et demie du malin, sous l'escorte d'un détachement du 7• régiment de chasseurs.
Caroline prévient : &lt;( Que la rencontre très
solennelle des deux époux aura lieu le 28,
dans l'après-midi, non loin de Soissons, sous
la tente élevée près de la ferme de Ponlarcbé. )&gt; L'archiduchesse s'émeut et s'informe:
&lt;&lt; Va-t-on nous faire recommencer tout Je
« cérémonial de Braunau1 ,i Ilerthier peut

1

.4 .\'

MARIAGE RELIGIEUX A PARIS (Collection Pa.

o'EsSLtNG.)

céder aux instances de Caroline lui demandant de rester en voiture. Descendue, et prc-

rassurer l'impératrice: C( L'Empereur ,,ou' dra éviter à Votre Majesté les émotions et

Louise remit au maire et au commandanl de la garcle
d'honneur, à chacun une boîte en or; à )Ille de

Norrois, un collier et des boucles d'oreilles. (BibUolhèque de Vitry.)

�ms T O-R..1.11
" la fatigue. " La jeune fille passe spontanément aux aveux : « Je m'ennuie bien de voir
" !'Empereur. »
Encore, la volonté de celui- ri faisait loi.
On éviterait au moins le séjour à Soissons.
Sorti de Compiègne, avec Murat, porté dans
une calèche sans armoiries, Napoléon pou-

vait, vers cinq ·heures du soir, joindre le
grand cortège au village de Courcelles. Il
pieu vait.. Non, l'Empereur ne surprenait pas
Marie-Louise dans son carrosse. M. de Seyssel ouvrait la portière et l'annonçait. Le mo-

narque ôta son chapeau avant de gravir un
haut marchepied. Très pâle, Marie-Louise
tendit la main droite que César baisa, avant
de dire: C( Madame, j'éprouve à vous voir un
grand plaisir. » Une fois Caroline embrassée,
il s'assit en face des deux princesses. Le
prince Aldobrandini, venu aux ordres, reçut
celui de faire courir sur Compiègne, au galop.
Les chevaux de poste, fati~ués, ne s'avancèrent que difficilement au long d'une route
qui était en mauvais état. Arrêt à Soissons'.
Murat va présenter ses hommages à MarieLouise. , A la petite fille de Caroline des
Deux-Siciles, dont il occupe le trône. » En
quelque sorte, Murat arrache du carrosse sa
femme, qui est tiers peut-être gênant. Donc,
le Corse et l'Autrichienne restèrent seuls.
La pluie continuant, une obscurité très
dense rendit plus difficile la marche des ,·oitures. A Jaulsy, le premier piqueur prit un
guide.
On allait quiller la grande route devant
une grille récemment placée au bord d'une
forêt. Le carrosse impérial était engagé, cette
fois, dans l'avenue des Beaux-Monts, nouvellement ouverte. Les roues criaient sur le
sable ou y creusaient des ornière!&lt;. Enfin,
d'un tertre, les feux du château de Compiègne apparurent. Le quartier-maitre Erlaut
et l'huissier Gallot portèrent des lanternes
devant le perron; éCU}'ers et chambellans
1. Où fut hissf'e 1111e partie du service, dans les
\og-cments préfrés. SerYice qui paya, en dépenses,

2!00 fr. 65 (0 18).
2. l.es Français continuaient à désigner amsi le

prince rêgnant de Lorroinc-llabsbt urg. L'empereur

s'empressèrent à aider !'Empereur et l'impératrice à descendre de voiture.
Marie-Louise, qui portait sur une toilette
blanche un long manteau de velours et que
coiffait mal une toque ornée, devant, de
plumes d'ara, gravit, mais sans avoir quitté
l'appui du bras de Napoléon, les marches du
perron. Dans le premier salon, carré, qui recevait sa lumière d'un grand lustre, deux
petites filles présentèrent assez gauchement
des fleurs à l'archiduchesse qui entendit,
mal, un compliment balbutié plutôt que lu .
. Il est vrai qu'à ce momtnt c&lt; un besoin de ~e
mettre à l'aise la commandait ». Mmes de
Montebello et de Luçay la guidèrent vers son
appartement. L"bui,sier qui les précédait eut
la charge de deux flambeaux. Napoléon allait
s'arrêter dans sa chambre où Marchand lui
changerait son uniforme.
Marie•Louise traversait, dans l'aile droite
du palais, le cabinet de travail de !"Empereur, le salon des Dames, pour arriver à sa
chambre. Par un couloir reliant celle chambre
aux petits appartements, les femmes de service étaient venues; avant qu'elles ne fassent
leur entrée, la princesse avait exprimé à ses
deux assistantes : « L'Empereur est bien
charmant et bien doux pour un homme de
guerre si redoutable; il me semble maintenant que je l'aimerai bien. l&gt;
A dix heures et demie, le souper impérial
était servi. Pendant, Marie-Louise sut pbserver l'étiquette française. A onze heures, Napoléon commanda au grand écuyer, d'un
g~ste, d'éloigner sa chaise. Debout, il offrit
la main droite à l'impératrice qui allait rentrer dans le salon carré. Caroline ayant fait
former le cercle autour de sa belle-sœur, les
dames déjà présentées répondirent à ses
questions, tandis que !'Empereur, Murat et
Berthier, causaient devant une fenêtr~.
Plus tard, la duchesse de Bassano écrivit :
cc En celle soirée, la fille de l'empereur
romain-allemand. François li, nail, en 1804, abandonne Ct' lilre; il anit pri~. en 1805, cclni d'empereur d'Autriche, sous le nom de François I, non
11 François premier ,, sui,·ant ses instructions t\U
prince Collorcdo.

François li• se laissa aller à dire des choses
fort communes. Elle interrogeait bien librement les gens; ce qui lui plaisait à entendre,
elle l'approuvait d'un signe de tête ou d'un
gros rire qui partait sans que ses dents se
soient même desserrées. Que lui importait
tant de connaitre l'histoire de l'ancien pritannée de Compiègne, et ses festes et ses
chasses aux temps de la reine Marie-Antoinette, la ma1beureuse guillotinée. )l
Voulant assurer le repos de la vol"ageuse,
!'Empereur ordonnait à M. de Seyssel. Le
chambellan prévint aussitôt l"lmpératrice que
le cercle allait se rompre. Marie-Louise se
leva pour embrasser familièrement Caroline,
et donner au roi de Naples une main qu'il
baisa; puis, appuyée au bras de Napoléo_n,
l'archiduchesse parcourut un chemin déjà
fait avant le dîner. Les souverains s'arrêtèrent un moment au milieu du cabinet de
travail.
Aldobrandini renseigne : « Les époux se
parlaient à mi-voix, se communiquant quelques projets. Bientôt, leur marche reprise,
ils riaient, comme ces fiancés qui, étant parvenus à la veille des épousailles, ont la pleine
certitude de saisir ·le bonheur. »
Dans le salon des Dames, les dames du
palais formaient la baie. Elles s'inclinaient au
passage de Leurs Majestés qui étaient précédées d"un écuyer et de deux pages portant
des flambeaux.
Mme de Montebello avait devancé l'impératrice dans sa chambre. Deux femme5- de service : Balan et Boisbrûlé, lenues à dislance,
la dutbefse attendait la souveraine au seuil
de l'appartement.
Napoléon s'arrête. Marie-Louise le quitte,
fait trois pas, ~e retourne et s'incline, sans
dire un mot. L'Empereur s'est imposé une
retraite ou plulôt une "discrélion néce~saire
avant que fût accompli le mariage français.
César va suivre l'écuyer et reloufner au salon. Donc « cette prise de possession imposée
à Marie-Louise, dans la nuit du 27 au
28 mars, ll n'a été qu'une assertion maligne
des mémorialistes.
ÈDOUARD

GACIIOT.

JOURNÉE DU 18 FRUCTIDOR, AN V. -

JOSEPH

Gravure de BERTHAULT, d"après GIRARDET.

TURQUAN
et&gt;

La
CHAPITRE VI (suite).

Malgré la Îatilité des mœurs, la corruption générale plutôt, quelques personnes
remontaient aur causes de ce déplorable état
de choses et en renda.ient un peu responsable
la belle citoyenne Tallien. La conduite plus
qu'évaporée de cette grande maîtresse de la
mode, ses allures, ses toilettes plus que fantaisist~s justifia_irnt pleinement les reproches
que lm adressait la partie restée honnête de
la population. Elle reçut même, par suite de
sa fàchcuse célébrité, plus d"un alTront dans
les réunions et les lieux publics. Comme les
salons ne s'ouvraient encore qu'en petit
nombre et que la masse du public, sevrée de

ciloJ)enne

Tallien

toute distraction pendant la réclusion forcée
de la Tem ur, était prise depuis le 9 thermidor d'un goût immodéré pour les plaisirs,
on avait ouvert partout des bals publics et
l'on y dansait tous les jours. li y avait des
hais pour toutes les bourses. On y prenait
de:; abonnemenls et chaque soir une société
étrange, bigarrée, singulièrement mêlée s'y
rencontrait et s'y amusait en commu;. À
l'une de ces réunions, une émigrée rentrée,
!!me de Damas, s'adressant à M. d"Haut,fort,
qui.l'avait conduite au bal de Thélusson, lui
demaada quelle était celle belle personne qui
venait d'entrer dans le salon et vers laquelle
les jeunes gens et les regards des femme::i
s'étaient portés. aussitôt.

« Cette lemme, a écrit un témoin oculaire
de cc petit épisode, était d"une taille audessus de la moyenne. Mais une harmonie
parfaite dans toute sa personne empêchait de
s'apercevoir de l'inconvénient des trop hautes
statures. C'était la Vénus du Capitole, mais
plus belle encore que l"œuvre de Phidias,
car on y retrouvait la même pureté de traits,
la même perfection dans les bras les mains
l~s pie~s, et_ tout cela animé par ~ne expres~
swn h1enve11lanle, une réflexion du miroir
ina~ique de l'àme, qui disait tout ce qu'il y
avait dans cette âme, et c'était de la bonté.
Sa parure ne conlrîbuait pas à ajouter à sa
beauté, car elle avait une simple robe de
mousseline des Indes, d,apée à l'antique c•

�LJt

mSTOR._1.Jf

•

rattachée sur les épaules avec deux camées.
Une ceinture d'or serrait sa taille et était
égalemP.nt fermée par un camée; un large
bracelet d'or arrêtait et fixait sa manche fort
au-dessus du coude. Ses cheveux, d'un noir
dP Yelours, étaieot courts et frisés tout autour de la têle; celle coiffure s'appelait alors
à la 1'itus; sur ses Llanc·hes et belles épaules
était un superbe chàle de cachemire rouge,
parure à cette époque fort rare encore et fort
recherchée. Elle le drapait autour d'elle
d'une manière toujours gracieuse et piltoresque, formant ainsi le plus ravissant tableau 1• l)
A la demandedeMmedeDamas, M. d'/laut,fort répondit :
- Mais c'est Mme Tallien!
- !lme Tallien! s'écria Mme de Damas :
;,h! mon Dieu, comment m'avez-vous amenée
ici!
Et elle s'éloigna avec une affectation marquée du voisinage de la belle Thérésia.
Après l'hôtel Thélusson, le Cercle des
Ét1'ange1'S était le lieu où la société parisienne aimait le plus à se réunir. On y donnait des bals masqués qui faisaient fureur.
Mme Hamelin, Mme llainguerlot, lfme Rovère, Mme Tallien n'y manquaient jam:iis et
portaient dJns ces réunions l'entrain, la
gaieté el le charme qui les caractérisaient.
Leur présence suffisait pour en assurer le
succès. On y rencontrait aussi une ft'mme,
plus jeune que celles-là, dont la célébrité, qui
commençait alors, devait se prolonger, ainsi
que sa jeunesse, pendant près d'un demisiècle : Mme Récamier. Femme d'un riche
banquier de la Chaussée-&lt;l'Antin, belle de
jeunesse el d'une carnation idéalement nacrée, celle-ci alfectait, pour trancher sur Ja
masse des autres femm~s à la mode dont le
luxe sentait un peu trop le parvenu, de ne
se montrer qu'a\'ec une mise des plus simples : une robe blanche, un fichu de linon
sur la tète, et c'était tout. El partout elle
était la plus charmante. Souvent, on quittait
la triomphante beauté de Mme Tallien pour
venir courtiser les ~râces plus discrètes de
l'aérienne Mme Récamier; ce qui étaLlit entre
ces deux femmes à la mode une sorte de
rivalité.
A Tivoli, au Pavillon de Hanovre, Mme Tallien aimait aussi à ~e montrer. Elle y allait
souvent prendre des glaces, le soir. On la
voyait, imposante et le ~ourire aux lèvres,
tra\'erser la foule qui s'y donnait rendezvous. Celle foule était en grande partie composée d'émigrés reiitrês . Par goùt, par politique prévoyante, peut-être, Mme Tallien seml,lait prendre à tâche de plaire à ces éparns
d'un monde où e1le avait débuté et qui, après
l'expérience qu'elle venait de !aire du monde
nouveau, avait srs préférences. Mais on ne la
voyait pas d'un bon œil, •t seuls les gens qui
3\'3Îent quelque grâce ou faveur à demander
lui faisaient bonne mine. Ceux-là] 'accueiUaien t
1. _D&amp;cui,; s~E o'Au11ANTÈS, Afémofres, l. J, p. 367 (êd,

Garnier).

2. « Son vèritable motif était de pénélrer dans ma
société où elle savait Mme Tallien admise en pre-

parce qu'ils savaient qu'elle était toute puissante, qu'ils pensaient recourir à son appui
pour leurs sollicitations, et personne n'ignorait qu'elle ne demandait pas mieux que de
rendre service aux gens, surtout aux royalistes. Elle aurait voulu reparaitre dans cette
société, non pas seulement pardonnée, pour le moment, elle ne songeait point à
s'amender, - mais en souveraine triomphante, comme au Luxembourg.
Car maintenant, la belle pécheresse, à qui
1a société royali~t~ reprochait bien plus ses
fréquentations jacobines que certaines libertés
d'allures, devenait de plus en plus intime de
Barras, à la grande mortification de 'J'alliPn,
qui était bien obligé de s'apercevoir des
coup de canif que sa charmante femme don11ait publi4uement au contrat. Car on n'était
pas re~té bien longtemps dans les régions
éthérées du sentiment. Ce n'était dans les
goflts ni de l'un ni de l'autre, et c'e!it très
rapidement que l'intimité s'était faite.
Il était assez naturel que le Directeur plùt
à Thérésia. Ses manières à la fois distinguées et soldatesques tranchaient sur les
façons vulgaires et bourgeoises de la plupart
des hommes qu'elle voyait, et, dans ce milieu
de parvenus, Barras était un prodige de
di~tinction.
Le Directeur, qui était marié, mais dont
la femme n,~ voulc1it pas, et pour plus d'un
motif, rnnir tenir la maison à Paris, faisait
lui-même à ses invités les honneurs du
Lu,.embourg, comme il les avait faits, un
peu avant, dans son petit hôtel de la rue de
Chaillot. li était cependant aidé en cela par
Mme Tallien. Mme de fü•aubarnais ne vint
que plus tard partager cet empire'. Ces
deux femmes, quel1p1e singulière que 1a
chose puisse paraitre, faisaient bon ménage
entre ellrs .... Ume de Ileauharnais, qu'on
appehit Rom dans le cercle intime du Directeur, n'était ~ortie de prisnn que gràce aux
démarches de 'l'bérésia : Tallien lui-même
avait signé l'ordre de son élargisseweut. Elle
était dans une situation trop précaire pour
négliger une amitié aussi utile que_le pouvait être cell! de la m:iîtœsse de Tal lien et~
à la faveur de la reconnais~ance. elle était
vite devenue une intime des 'l'allit&gt;n. Elle
n'avait fait qu'un pas de la Chaumière au
Luxembourg, s'était attachée à plaire au
Directeur, et c'est ai □ si qu'elle jeta les fondemen!s de sa prodigieuse fortune . La haute
fa\'eur dont elle joui!"-sait auprès du pacha du
Directoire ne porta aucune atteintè aux sentiments d'amitié qui existaient entre ces deux
femmes, ce r1ui montre bien c1ue le cœur
n'avait aucune part dans le commerce de
galanterie que l'une et l'aulre entretenaient
avec IlJrras. L'utilité prati,1ue immédiate
chez l'une, rambition chez l'autre, le désœuvrement et le manque absolu de sens moral
chez toutes le;; deux, expliquent suffisamment cette amitié persistant dans ce singumiè:e ligne depuis le 9 thermidor. , (Brnnu, illemou·cs, t. .1, p. 358).
5. G Mon mari m y r.ouduisit une foi s ou deux seulement el a\"CC rC'pugnance ; ce n'était pas la place

lier ménage à trois . Tout cela est as,urément
bien dénué de poésie; mais en avez-vous
souvent trouvé dans la rJalité des choses et
des gens? ...
Une apparence de bon ton, mais un peu
cavalier, régnait dans les salons du Directeur.
La citoyenne Tallien, qui trouvait a,ec jmte
raison que la grossièreté des façons n'est pas
la conséquence forcée d'un gou\"ernement
répuLlicain- et qu'on peut être poli tout en
ayant la plus grande liberté, même dans les
mœurs, cherchait à donner le ton et les
usages de la bonne compagnie au monde
très mélangé qui fréquentait les salons de
Barras. Pour les décl.1ssées de l'ancien régime, c'était fort bien, et leur t~nue était parfaite. Pour les hommes, cela pouvail encore
aller; il y avait bien quelques notes discordantes dans ce rama'isis de financiers véreux
qui venaient continuer leurs sales spéculations
jusque dans les goguettes du Directeur; mais
leurs femmes! C'é,tait pitié que de les YOir
avPc leurs grosses mains rouges et leurs
vh,ages communs; leur vulgarilé r.n tant soulignée par une richesse criarde, d'entendre
leurs voix plus criardes encore et leurs propos
qui rappelaient à merveille ceux que le spirituel Aude lait tenir à Mme Angot. Et si le
non moins spirituel Bussy ét:tit revenu sur
terre, il aurait pu dire de toutes ces femmes
cr. qu'il écrivit de celles qu'il avait connues :
C( Elles :iimaient, de mon 1emps déjà, l'argent et les pierreries plus que l'esprit, la
jeunesse et la beauté. »
Le Directeur, avec ses manières presque
parfaites, recevait de Slln mieux son peuple
d'invités 3 • Ce Lauzun de la canaille écoutait
chacun d'un petit air protecteur, Il allait de
groupe en groupe, donnait à tous une parole,
un signe de tête, ne vous quittait que sur un
mot aimable ou spirituel, et, content de luimême, allait enfin s'asseoir à une table de
jeu où les cartes étaient républicanisées, les
rois avec des chapeaux à trois cornes et ]es
reines en déesses de la liberté avec le bonnet
rouge sur la tête.
Telles étaient les soirées du Luxembourg,
et elles étaient les plus brillantes de Paris.
Si Mme Tallien venait presque tous les
jours chez Barras, Tallien y venait quelquefois &lt;( et toujours avec le ton et l'extérieur
de l'amitié; mais son esprit était pénétré
d'amertume-'. ll Certes, il y avait de quoi.
L'affection d~ sa femme. qui aurait dll êlre sa
consolation dans ses déboires politiques, lui
faisait absolument banqueroute. La fortune
ne lui souriait plus, Tbérésia pas davantage.
Parmi les habitués des salons de Barras,
on commençait à remarquer le géaéral Bonaparte. On disait même tout bas qu'il était
question de lui pour le commandement de
l'armée d'Italie. Comme on le savait en fort
bons termes avrc la citoyenne Tallien, on
commençait à croire à cette invraisemblable
d"une femme, jeune surloul, et celles qu'on y trouvaient n'étaient bonnes ni à voir ni it reocoolrer. &amp; (Mé~
m oires cl'u11e /11comiue, p. 112 ).
4 Mn: oi,: CnASTENAY, !tlémoires, t. I, p. 562.

ClTOYENNE T1tH1EN _ _ ,.

« Tiens, c'est sa femme!. .. C'est rnn aide
chose. Car IïntimitJ était grande entre la portaient d(:s vicloires. qui demandaient
reine de Thermidor et le petit général corse. presque une ovation pour recevoir les dé- &lt;le camp! Comme il est jeune!. .. Et elle,
li l'invitait à des dPjr-nncrs sompLUt'UX où se pouilles opimes. Quoi qu'il en fût, Marmont donc, comme elle est jr1lie 1
trouvaient d'autres femmt&gt;s de la cour du 'el Junot avaient été magnifiqm•ment reçus
- Vive le général Bonaparte! s'écriait le
'
Luxembourg, entre aulrt"S la gracitu!-e !orsqu'ils furent envoyés en France par le peuple.
créole, veuve du gPuéral Beauharnais, dont il général en cbef. Le jour de la récepti"n de
- Vive la citoyenne Bonaparte! Elle est
commrnçait à s·occuper 1 • ~l:lis il paraît qu'a- Junot au Directoire, Mme Bunaparle. qui bonne pour le pauvre monde!
vant de la courliser, ou plulôt de se lais..;er n'était pas encore partie pour rejomdre Napo- Oui, dbait une grosse femme de l9
courtiser par el!t•, Bonaparte avait élevé ses léoa, voulut êtr.~ témoin de cette réception. Ilalle, c'est bitn Notre-Dame des Victoires,
vues amhitien~es jusqu'à l'autre maîtresse Elle s'y rendit avec Mme Tallien, avec la- celle-là.
- Oui, dit une autre, tu as raison . Mais
du Directeur. Non pas pour l'épouser, puis- quelle elle était intimement liée à celte époque,
r1u'elle avait déjà deux maris vivants, sans et qui, elle-mêmr, était une fraction dt: la rrgarde, à l'autre bras de l'officier, c'est
compter les suppléant~. A moins, cependant, royauté directoriale, dont Joséphinr, comme Nuire-Dame-de-Septembre.
« Le mot était affreux et il Ptait injuste, 1&gt;
que le général, qui aimait assez les premiers Mroe de Beauharnais et peut-être bit&gt;n un peu
rôle~, ne se contentàt, en amour, d'un effà- Mme Bonaparte, avait été égaleme11t revêtue, a ajouté la duchesse d'Arantès'- C'est cercement de comparse. A en croire Ilirras, il si l'on peut parler ainsi. M1ue Bonaparte ét:iit tain. Mais il est curieux d'observer que le
osa, comme on di.;ait alors, lui déclarer sa encore cbarmarite .... Quant à Mme 'fallit'n, peuple, dans sa pensée, fai..;ait partager ]a
Damme ! ; il fnt repoussé sans pitié. Il n.e elle était alors dans la fleur de sou admirable re~ponsabilité du passé de Tallien à sa ft'mme;
il savait le rôle qu'il avait joué dans les mastint pas rancune à la cruelle, pui:--qu'il l'in- beauté.
'foutes deux étaient mises avec cette re- sacres de septembre, il en rejetait une partie
vi1ait, comme le dit Bourrienne, à des drjeu-.
ners somptueux; la grande familiarité qui · cherche antique qui constituait l'élégance de l'odieux sur Tbérésia. Et ce n'est pas le
exishit entre elle et lui ne s'en ressentit du temps et avec toute la richesse que pou- luxe insolent qu'elle déploia:t alors qui
même au.cunemenf. Lorsqu'il alla prendre le vait comporter une toilette du milieu de la était fait pour rayer ce fâcheux passé de la
commant.lement de l'armée d'Italie, il ter- journée. On peut penser que Junot nt fut mémoire d'un peuple qui, mourant de faim,
minait une lellre à Barras, qui décidément pas médiocrement fier de donner le bras à était moins disposé à l'indulgence. On en a
n'était pas plus jaloux que Tallien, par ces ces deux charmantes femme~, lorsque, la tant, cependant, pour Je succès, pour l'inmots : « Adiru, mon ami, sous peu de jours récrption terminée, ils quittèrent le Direc- conduite! surtout quand la l&lt;mme est belle!
je t'écrirai d'Alhenga. Donne-moi des nou- toire .... En sortant, il offrit son bras à Et, en fait de b"auté, on sait que Thérésia
velles de P•ris. Un petit baiser à Mmes Tal- Mme Bonapartè qui, étant femme de son en avait à revendre. ~formant, qui l'a vue à
cette époque, fait chorus avec Ja duchesse
lien et Châ1eaurenault, à la première sur Ia général, avait droit au premier p1s, surtout
bouche, à la seconde sur la jouer;. u Les dans cette solennelle journée. li donna l'autre d'Abrantès sur cette beauté : « Tout ce que
mœurs du temps, comme les maris et les à Mme Tallien et descendit ainsi avec elles l'imagination peut concevoir, dit-il, fera à
amants, autori~aient peut-être ces petites l'escalier du Lux_emhourg. La foule était peine approcher de la réalité; jeune, belle à
fa manière antique, mise ayec un
familiarités; tt ~lme Tallien, qui
goùt admirable, elle avait tout à
permettait à Lacretelle et à d'aula fois de la gràce et de la dignité;
tres de lui baiser les bras, ne desans ètre douée d'un esprit supévait pas s'efiaroutberd'êlre haisée
rieur, elle possédait l'art d'en tirer
sur les lèvres par le général Bonaparti, et séduisait par une extrème
parte.
bienveillance 5 • »
Tout allait donc comme de couLe règne du Directoire est le
tume à la petite cour du Luxemrègne de la citoyenne Tallien. C'est
bourg, avec Bonaparte en moins,
sa graude époque, l'époque de sa
puisque, à peine marié, il 1a\'ait
gloire. Tout Paris s'occupe d'elle,
dù partir pour l'llalie. 11allien,
tout Paris ne parle que d'elle. On
bravé tout d'abord par sa femme,
parle bien ùD peu des victoires de
avait fini . comme tant d'autres,
l'armée d'Italie, mais c'est ~i peu
par ne plus rien dire et tolérait
cette intolérable chose de ]a voir
important, ces choses-là, que les
Parisiens en reviermcut aussitôt à
maîlresse en pied de son ami Bardoùa Thérésia, à son carrosse sangras. On recevait souvent des noude-bœu[6 et à ses perruqurs, à ses
velles d'Italie, et chaque nouYelle
amants et à ses toilettes. Ah! ses
était une victoire. C'était pour
tuildtes ! . . . Quel succès t-Hes ont
Mme Tallien un regain &lt;le lètes et
auprè~ de chacun I Hommes el
de triomphes . La duchesse d'Abrantès nous a laissé le récit d'une
femmes, tout le monde accourt
pour voir la belle citoyenne dès
de ces fêtes, celle donnée à l'ocqn'on signale son arrivée; tout le
casion de l'arrivée à Paris des dramonde veut la voir, et du plus
peaux conquis par Bonaparte et
près possible. Mais aussi, quelle
apportés par ses aides de camp
excentrici1é! Quel déshabillé! Et
Junot et Marmont.
comme on l'apprécie! Voyez tous
&lt;( Junot, dit-elle, fut reçu en
ces incroyables qui jouent des cougrande pompr, et les directeurs
C O:'\"SEIL 01:.S CINQ-C ENTS.- D'après une estampe du temps.
des et du lorgnon, en se pressant
wirent même à cette réception un
apparat qui était sans doute desà qui mieux mieux pour jouir de cc
tiné à. donner au peuple français une grande immense. On se pressait, on se heurtait pour spectacle alléchant! Jeunes et Yieux s'en
idée du gouvernement .sous lequel se rem- mieux voir.
pourlèchrnt d'avance les lèvres, et iis n'auraient certes pas pareil empressement pour
1. floo11RJE:l"N tc: . A/t!mo fres. t. 1, p. 82.
2. Voir noll·~ ouvrage Na11oléon amoureux.
3. 8011aparle à Bat l'a 1, ,,uartier gènéral de füce, le

10 grrminal an IV. Leltre inédite, d,ljit citée par nou s
dans Napoléo11 am11urcu.x.
4. Ducnt:sse: o'.\oR1NrÈS, Mémoi r es, t. H, p. 52.

5. 0cc

nE

R \GUsE , Mr'moù es, t. 1. p. 87.

6. /,e Thé, juin 1797.

�r·-

LJi

H1STO'l{1A

voir passer Cornélie ou Lucrèce, si, d'aventure, ces illustres Homaines revenaient au

monde pour se promener au PtiLiL Coblentz.
Enfin, la voilà! Elle descend de son carrosse. Chacun aussitôt de s'arrêter, de lorgner,
de lui faire cortège ... Il y a de quoi. Belle,
elle l'est chaque jour plus que la veille. Avec
cette assurance et cet air de supériorité que
donne la fortune, · surtout quand elle est

rabaltent sur les oreilles, retenues par des
rubans roses artistement chiffonnés? ... Ce
chapeau cache un peu trop la tète par derrière,
mais pas assez cependant pour empêcher de
voir sa superbe perruque blonde-celle d'hier
était noire, celle d'avant-hier rousse ... 1 , dont
les boucles d'or frémissent tremblotantes, de
même que sa croupe puissante, chaque fuis
qu'elle pose le pied sur le sol. Mais ce n'est

à l'antique el retombant en légers plis jusqu'à
terre! Sur les côtés, pour ne point gêner la
marche, une large échancrure montant, comme
le sommet d'un triangle isocèle, jusqu'à la
hanche : et le public, les yeux dilatés, la
bouche ouverte jusqu'au gosier, paraît avaler
les divines et 1roublantes beautés que la commodité de la déesse lui laisse voir à découvert.
Pas tout à fait à découvert pourtant, car un

1

'

FETE DE LA FONDATION DE LA REPUBLIQ UE: J ervENoEMIAIRE, AN V. -

Gravure de BERTHA ULT, d'après GIRMIDET

jointe à la beauté et à un bonheur qui se met
au-de5-sus des scrupules de conscience et des
lois de l'honneur, bons pour de simples
mortels, la citoyenne Tallien s'annce .... Elle
domine les autres (emmes de toute la tète,
elle les domine aussi par une aisance et une
distinction d'allures qui s'accordent rarement
avec une taille si élevJe. &lt;&lt; Jncessu paluit dea 1&gt;,
dit quelque royaliste, à cc pa-ole ,numé-ai-e &gt;&gt;,
à qui la vue de celle belle femme ne fait pas
perdre son latin. El, en effet, Mme Tallien
semble une de ces déesses qui, au dire des
poètes, daignaient jadis descendre de !'Olympe
pour visiter la terre. La voyez-vous, avec ce
chapeau à forme haute, dont les ailes se

ni pour les rubans roses de son chapeau, ni
pour les grâces blond naissant de sa perruque,
que la foule s'étouffe sur les pas de la déesse.
Ses bras sont nus, ses épaules sont nues, sa
gorge nue, ou, pour mieux dire, un léger
voile de crêpe noir, négligemment drapé,
mais sans plis, en fait valoir avec délices les
voluptueuses rondeurs, sans nuire en rien aux
lis et aux roses de ces divins appas. Est-ce là
tout? ... Dieu merci, non. Le~ déesses, autrefois ne s'embarrassaient point de jupons :
aujourd'hui pas davantage. La belle citoyenne,
plus rigoureuse sur l'exactitude du costume
que sur bien d'autres choses, a une robe ....
Oh! la charmante robe de gaze noire drapée

maillot de so:e couleur de chair protège une
peau trop délicate pour affronter les rayons
d'un soleil ardent et les œillades non moins
ardentes de ce fouillis d'imbéciles en babils
jaunes ou en habits verts qui sont à ses
trousses. Passe le citoyen Talleyrand. Il salue
avec sa gràce la plus charmante et dit à un
jeune mu::.cadin qui l'aborde : &lt;&lt; On ne peut
être plus richement déshabillée. "
Oui, la citoyenne Tallien est la grande
prêtresse des sans-chemise; de complicité
avec la citoyenne Hamelin, eUe a juré de faire
tomber cet absurde 8ac, linceul de leurs
beautés, dans lequel les femmes ont eu, jusqu'à présent,la manie de s'enfouir. Les hommes

1. • Au nombre des folies du temps, les perruques
jouaienl un rôle important. Rien ne peut êlre comparé a l'absurdilé de celle mode. Unn femme brune

denil aroir une perruque blonde, une femme blonde
une brune. Enfin une perruque devenait partie nêcessairc d'un trousseau. J'en ai vu qui coùtaient jus-

qu'à 8 et 10.000 fr.,mais en assignats, cc qui rc\'e11ait
à 150 ou 200 fran cs en argcnl. • \Duchesse d'AuRA:XTÈS,
Mémoires, L l. p, 238 , êd. Garnier).

ont fait leur révolution dans la politique, les
femmes la font dàns la mode. On veut qu'elle
soit grecque et romaine .... Les femmes le
seront aussi. Et c'est pour prêcher d'exemple
que la belle Thérésia, qui trouve la chose
convenable puisqu'elle lui convient, se montre
ainsi &lt;&lt; nue dans un fourreau de gaze ». Elle
est cependant un peu plus babillée que de sa
pudeur et d'un rayon de soleil, comme veulent
le faire croire des malveillants. Voyez ses
jambes : des cercles d'or garnis de rubis, de
saphirs, de diamants, enserrent la finesse de
ses chevilles, des bracelets relèvent la gracieuse rondeur des poignets et font valoir
celle des bras . Le scintillement de cet or et
de ces pierreries se mêle à l'entrelacement régulier des rubans qui retiennent les sandales.
et aux bouffettes surmontées de camées antiques qui reliennent ~es rubans . Mais le
comble de l'audace, ce n'est pas cette mythologie dans le costume, ce nu dans le vê.tement;
le comble de l'audace, c'est d'avoir mis des
bagues à ses orteils! Cela, on ne sait pourquoi,
on ne le lui pardonne pas, et un de ces hommes
à I habits quarrés J&gt;, dans une affreuse brochure, où le mauvais goût le dispute à la
brutalité, mais qui, cependant, n'a pas tort,
reproche à cette merveilleuse « ses diamants
aux pattes de devant et aux palles de derrière Il.
Et la même brochure ose dire en toutes
lellres : « Non, la prostituée de la rue du
Pélican ou de la rue Jean-Saint-Denis, celle de
la Grève, celle du quartier Saint-Martin, ne
sont pas plus coupables que toi ! " Des grincheux, qui n'aiment pas la liberté, prennent
pourtant celle de corner ces vilaines paroles
aux oreilles de la belle citoyenne. ~I ,is celleci n'en a cure. N'a-t-elle pas déjà répété mille
fois que, si elle portait des bagues aux doigts
de pieds, c'est pour dissimuler les cica1rices
des morsures que lui ont faites les rats, dans
les prisons de Bordeaux? ... Mais personne ne
la croit : si cela était, pourquoi ne les dissimulerait-elle pas dans des souliers, comme
tout le monde? Ahl voilà : c'est qu'elle ne
veut pas faire comme tout le monde I Et
devant les sourires moqueurs, elle se contente
de se draper dans sa dignité; dans son chàle
rouge aussi, ce fameux châle qui a coûté une
fortune, mais qui lui vaut tant de regards
envieux, .par conséquent tant de jouissances,
et qu'elle sait porter, avec sa grande taille,
plus pittoresquement que pas une. Elle
n'ignore pas que les femmes jeunes la
jalousent, que les vieilles la critiquent, que
certains esprits mal faits ne la supportent
pas el déblatèrent toute la journée contre elle;
elle en est ravie et aime mieux qu'on dise des
horreurs sur elle plutôt que de n'en pas parler
du tout.
Et, certes, le public ne se prive pas de
jaser; à sa vue, les langues se délient, les
caquets se font à perte d'haleine : « Vous ne
sawz pas, dit l'une, ce n'est pas vrai ce
qu'on disait hier. - Quoi donc? ... - Qu'un
échappé de Coblenlz avait attaché au dos de
la citoyenne Tallien une pancarte avec ces
mots : Respect aux propriétés nationales.
\. Bapsodies, ti~ trimestre.

Ce n'est pas vrai. Les Rapsodie.s l'ont démenti
ce matin. - V-aiment? dit un lncropble.
C'est dommaze, le mol est zoli . Mais ze vais
vous en di-e un aut-e qui vaut son pesant
d'o-. Ze -ega-dais l'aut-e zou- celte meYeilleuse, qui po-tail su- elle toute une
moisson de diamants. Ze ne sais pas pou-quoi
elle 5-e -etou-ne et me dit: - « Qu'avezvous, monsieur, à me considé-er? ... - Ze ne
vous considè-e pas, madame, z'examine les
diamants de la cou-onne. Il Ma pa-ole d·bonneu- la plus pa-fumée, z'ai été si content de
mon mot que ze l'ai po-té tout de suite au
di-ecteu- de la Petite Poste qui l'a insé-é le
lendemain. - Et sait-on, dit une grosse
commère, ce qu'est devenu son premier
mari? ... - Blondinet? ... - Mais non, je ne
parle pas de Saint-Fargeau; si l"on parlait de
ses amants, l'on n'en finirait pas, et je n'ai
pas de temps à perdre; je parle de !I. de Fontenay. - Mais vous le saYez bien; il a
émigré. - On dit pourtant qu'il est rentré à
Paris et qu'elle va se remettre avec lui. Elle a eu à ce sujet une scène violente de
Tallien qui s'est avisé de faire le jaloux j et,
c'est positif, elle l'a menacé de le quiller
pour reprendre M. de Fontenay; celui-ci,
moins jaloux que jamais, lui donnerait pleine
el entière liberté. - Ah I c'est pour cela ....
[l savait bien que sa femme lui reviendrait,
ce mari idéal, quand, au moment du divorce,
ne -voulant pas lui rendre une parure à laquelle
elle tenait, elle lui en demanda la raison :
&lt;( C'est, madame, pour vous l'offrir quand
\"Ous serez ma mal1resse! 1 ... n - Ab!
cha -manl, cba-mant ! Mais vous savez, la
Tallien est fac-ée avec Ba-as, positivement.Oui, répond_un ,·ieux monsieur, l'autre mir,
j'étais au Luxembourg, chei Barras, et je vous
donne ma parole qu'en vopnt l'ancienne mar~uise - il é•ait fort occupé à parler avec
Mme de Staël - il s'est tourné vers moi et
m'a demandé : 11 Quelle est donc celte
femme?' ... " -Allons donc! li n"y a pas de
danger qu'ils se brouillent; ils sont trop
faits l'un pour l'autre .... l&gt;
C'était vrai : r1uelle autre femme était plus
enviable comme maîtresse que celle-là? ...
C'était même sa vocation d'être toujours maitresse de quelqu'un puisqu'elle ne savait pas
l'être d'elle-même. Le mariage, dans sa vie,
n'a été qu'un accident, trois fois répélé il est
vrai, mais qui n'a eu chance de durer avec
elle que lorsque l'àge, nétrissant ses attraits
plus qu'il n'éteignait ses éternellement jeunes
ardeurs, la condamna à une réserve qui était
plus selon les convenances de son rang social
que selon lessiennm, .A.ussi Barras s'accommode~
t-il au mieux de l'étourderie vaniteuse et prodigue de Thérésia. Il se laisse aller avec une
facilité charmante à tous les enlrainements
des sens quet chez lui, il appelle cœur. li se
fait gloire de ce &lt;( morceau de roi l&gt; Ah! ce
n'est pas avec lui que se disputera Thérésia;
les grooneries, les rebuffades, les scènes,
0
•
'
comme toujours, c'est pour le mari; c est
bien décidément le lot de ce pauvre Tallien qui,
à la façon de Georges Dandin, peut se dire, si
2:. Le Tlté, juillet 1791..

ClTOYEN'/'Œ TALHEN

-- ...

cela est une consolation : &lt;( Vous l'avez voulu, vous l'avez ,,oulu, cela vous sied fort biPn,
cl mus voilà ajusté comme il faut. n S'il ne
prenait pas son infortune gait"ment, il ne la
prenait pas non plus au tragique, imitant en
cela les gentilshommes d'avant la Révolution,
dans l'existence desquels cette sorte d'accident
était prévue et escomptée par avance. Et,
comme eux, les filles le consolaient de ]a
femme, et le vin de la triste réalité.
li fallait à la citoyenne Tallien un inconcevable entraînement dans les mauvaises voies
pour se jouer comme elle le faisait des plus
élémentaires convenances, même à cette
époque. On ne doit pas trop cependant s'en
étonner, ni lui jeter la pierre. La nature,
chez elle, n'était nullement mauvaise, mais
dévoj'ée seulement. Les usages de la ,-ieille
société monarchique avaientcommencé l' œu vre
de corruption. Son mari, M. de Fontenay,
l'avait continuée en y apportant sa bonne part
de collaboration. Ses amis s'étaient chargés
du reste. Plus tard, à Bordeaux, Tallien survint, ciui cueillit ce fruit encore vert d'une
civilisation pourrie; et, au lieu de songtr à
réformer chez sa maitresse les défauts et
lacunes morales qu'il pouvait remarquer en
elle, - aussi bien ne prend-on pas une maîtresse pour lui prêcher la morale, - ce sont
ces défauts et lacunes qui précis.ément le
séduisirent, et à tel point qu'il s'imagina
qu'eux seuls pouvaient raire .rnn bonheur .
Peut-être, une rois marié, ,·it-il les choses
sous un jour moins léger et essaya-t-il des
_représentations? ... On peut le croire puisque la
brouille suivit de peu le mariage. Mai.; aussi
n'était-il pas un peu tard pour faire de la
morale à une femme qui avait été choisie
précisément parce qu'elle en man~uait? ....
C'est avant le mariage qu'il aurait fallu le
faire. Mais pour cela il aurait fallu réflé('hir.
Et si Tallien avait réfléchi, jamais il n'aurait
épousé la Cabarrus. Le pli était pris : Thérésia
devait fatalement être légère et inconséquente
usqu'au jour ou de graves événemenls, son
mariage avec un prince, la fuite de lajeunesse,
le sévère o~tracisme dont la frappa le monde,
la firent rentrer en elle-même . Alors seulement elle s'apercevra, chose dont elle ne
s'était jamais doutée jusque-là, que la femme
n'a pas élé créée et mise au monde uniquement pour/amuser et porter dts belles robes,
prendre el quitter des amants, mais qu'elle a
sur terre une mission infiniment plus baule.
En attendant, elle ne cherchait qu'à jouir
de sa jeunesse, mais elle n'en faisait pas un
très bel emploi. li fallait qu'elle ne fùl pas
difficile sur le choix de ses relations - ttdans
sa situation, elle ne pouvait pas l'être, pour
se plaire dans le monde interlope qui fréquentait cht"Z Barras, et vivre dans ce réceptacle de toutes les corru plions. Ecoutez ce
qu'en dit un collègue du Directeur : « Au
Luxembourg, Barras n'élait entouré que des
chefs de l'anarchie la plus crapuleuse, des
aristocrates les plus corrompus, de femmes
perdues, d'hommes ruinés, de faiseurs d'affaires, d'agioteurs, de maîtresses et de mignons.
La débauche la plus infâme se pratiquait, de

�LA

mSTO'Jt1.ll
rnn aveu, dans sa maison 1 u Et voilà le milieu ou tràn:IÎt Thfrésia, le monde dont elle
était la reine! Au fait,c'était bien là sa place,
c'était bien là son monde, el le pamphlet avait
raison : la prostituée de la rue du Pélican
n'était pas plus coupable qu'elle! Elle l'était
même beaucoup moins.
La citoyenne Tallien sent la réprohation
qui perce sous la curiosité dont elle est
l'objet; mais elle dédaigne les sarcasmes dont
plus d'un la cravache lorsqu'elle passe dans
son triomphant déshabillé, elle dédaigne les
outrages dont l'aceahlent les homme!. et h·s
femmes du peuple; elle ne s'émeut point de
l'ostracisme dont la frappent les gens hon.nêtes; elle brave lazzis, pamphlets et carica-

tures, comme elle brave son mari, comme
elle brave la morale et les convenances. Elle
E&lt;St riche, elle a une cour et elle fait parler

d'elle : que faut-il de plus à son bonheur? ...
Sa cour? ... Peu de reines l'eurent plus nom-

breuse, plus brillante .... Jamais il n'y eut,
c'est vrai, plus de déclassées qu'après la Révolution, et cette classe peu intéressante se
presse dans ses salons et anlichambrPs. C'est
Ill qu'elle a choisi ses dames pom· accompagner, et, comme u~e souveraine, elle nomme
celles qui auront l honneur de prendre place
à sa table, de s'asseoir à côté d'elle dans son
carrosse. Elle n'a qu'à choisir dans le troupeau, écume de l'ancien régime, Toutes tarées
plus ou moins, ces femmes sont à ses ordres,
avec des raffinements de servilité à faire honte
aux gens de Cour d'autrefois. On en connaît
léjà quel11ues-unes: Hmes de Cbâteaurenault,
de Navailles, B011aparle, Clotilde de Forbin,
une gaillarde, qui partagèrent avec elle, plus
ou moins, les faveurs de Barras; inais voici
llme de Fleurieu, fille adultérine du mari de
!!me de Pompadour el d'une comédienne;
Ume de Conta&lt;les, qui a toute l'assurance et
la taille d'un caporal prus!'&lt;ien; lime de Noailles,
11ui sort de la finance comme la Cabarrus;
Mme de Chauvelin, ronde comme une boule;
Mmes de Puységur, de Grandmaison, de Beaumont, dJ Listenay, de Brancas, de Wassy,
de Villette, de Gtrvasio, de Croiseuil, de Vigny,
dellorlaix .... Ces femmes, modèles de la plus
basse et de la plus élégante dépravation, entourent sans cesse la ciloyenne Tallien, qui ne
se plait que dans le cliquetis de toutes ces
servililés à titres et à particules, très bonor~es
de tenir compagnie à Ja maîtresse de Barras,
de ce drôle r1ue le hasard des révolutions a
mis à la tète du lJirectoire exécutif de la
République française ..
La famille llarras, en apprenant la haute
dignité de cet indigne, est vite venue s'abattre,
comme un vol de corbeaux, sur le Luxembourg.
Mme Barras seule, que la majesté du malheur
préserve de ces majestés de p:icotilles, et qui
a jadis été vilainement abandonnée par son
mari parce qu'elle était honnête femme,
Mme Barras seule ne vient pas à la curée &lt;les
dépouilles de la France et de l'Italie. Mais le
ban et l'arrière-han de la famille Barras se
sont empressés de venir partager la royauté
1.

L.1. REVELL1ÈRE-LKPt:A.Ox,

illémoires, t. I, p. 330.

de papier doré du vicomte. Quelques femmes
on L mème oublié de retourner dans leur
Provence et prennent racine au Luxembourg.
Voici Mme de ~lootpezat avec ses trois filles
et s:i. ni,'&gt;ce, Mme Janson . Ce sont les com:ines
du Directeur. Quand on a un parent arrivé,
on a toujours beaucoup d'esprit, du moins
ces dames en sont convaincues et veulent le
persuader à tout le Luxembourg. Aussi n'entend-on que leurs voix d'un bout du palais à
l'autre. Mlle Clémentine de Montpezat, qui
cherche un mari, fait des cbaUeries à tous
les jeunes gens à collet vert ou à collet noir,
qui, eux, font des singeries et se dandinent
5Ur leurs jambes et leurs cannes torses dans
les salons de son oncle. Elle chante assez bien,
dit-on, mais n'enchante pas; elle a trop l'accent de la terre natale. Quand elle ne chante
pas elle parle et ne déparle pas pendant des
heures. Comme elie est fort ennuyeuse et
qu'on est trop poli pour en convenir, on dit
qu'elle a beaucoup d'esprit. Ses deux sœurs
sont mariées . .le ne sais si leurs maris sont
ridicule", mais elles le sont, elles, terriblement.
Pas sottes, ridicules seulement. C'e~t ainsi
que la plus jeune, Mme de Malijac, sans dianter comme sa sœur Clémentine, parce qu'elle
sent vaguement que l'accent de Marseille n'est
pas apprécié comme il le mérite par ces routiniers de Parisiens, se contente de faire drs
vers. Si encore elle se contentait de cela! Mais
c'est qu'elle les lit à !out le monde, la malheureuse!. .. Et elle trouve sa ~œur r;dicule
parce qu'elle roucoule des romances .... Oh!
l'éternelle parabole de la paille et de la poutre
dans l'œil, comme elle rst vraie! Mais ce n•e~t
pas tout. !!me de Rougeville, l'aînée des lrois
sœurs, complète la colleclion. Ah! la jolie
pièce que celle-là I Avre elle, il ne s'agit ni
de vers ni de chansons; elle ne fait que des
cancans. Et pas des cancans de Paris; non,
ceux-là ne sont pas intéressant!:, surlout en
ce temps ridiculement prosaïquP, où il ne rn
passe rien et où il n'y a ni roi, ni reine, ni
cour, ni Paris, ni Vnsailles . !fais des Cftncans
de Pro\'f'DCe, cancans à l'ail et à l'huile, panachés de bergamote et de benjoin, propres à
faire fuir tout le monde, d'autant que la
bra"e femme se répète tout le long du jour.
A vrai dire, elle n'a qu'un sujet : l'histoire
de la famille de La3uiche. C'est ,on dada. On
ne raconte pas une anecdote, on ne dit pas
une nouvelle sans qu'elle vous mette immédiatement ses Laguiche sur le tapis; c'est
Mme de Laguit:he qui ... c'est M. de Laguiche
dont... c'est le petit Lag:uiche, vous savez
Lien, le vicomte .... Et puis, c'est le cocher,
les valets de chambre des Laguiche, leurs
chevaux, leurs poules, leurs oies, leurs dindons ... . En Yérité, on dirait une échappée de
leur basse-cour.
Chacun supporte cependant ces insupportables provinciales qui détonnent dans ce mé~
lange de grâce, de nonchalance etde corruption
parisiennes. Barras, qu'elles excèdent, les a
recommandées à son ami Laurenceot. li a
thargé celui-ci de les distraire, de les initier
à la vie de Paris et de les piloter dans le
2.

LA REVELLIÈRE-L1:Pi,;,ur1 1

"" 38o

Mémoires, t. 1, p. 561.
~

monde étrange du Luxembourg. Mais Laurenceofse décharge au plus vite de ce soin, qui
ne l'amuse pas plus que cela, sur ce mauvais
sujet de Louis, - espèce de secrétaire à tout
faire du Directeur et qui, en effet, fait un peu
de tout, jusqu'à voler les bouts de bougie
dans les lustres, après la fète, - pour l'aider,
avec d'autres menus profits non moins honnêtes, à faire la fêle à son tour•. li ne faut
pas lui en vouloir : il prend modèle sur son
patron, qui c&lt; fait de l'argent de toutes mains
pour subvenir à ses dépenses, à ses prodigalités 3 » et à ses maîtresses.
Il est assez curieux de remarquer que
B1rras aimait de préférence à s'entourer de
gens de l'ancien régime. Mais, comme toute
personne h1mnète de sa caste lui aurait tourné
le dos, il ne voyait que les déclassés, le r'2bul,
ceux à qui les autres n'auraient pas rendu un
salut. Peul-être mème que, malgré sa beauté,
Ume Tallien n'aurait pas fait sa conquête si
elle n'a\·ait été quelque peu marquise - ob !
bien peu - avaut de s'affubler de la livrée
révolutionnaire, tant Jes préjugés de naissance
étaient puissants chez ce satrape de la République.
Ce cercle de déclassés était son cercle
familier. Il en avait un autre, moins intime,
composé de flibustiers de toute sorte, vautours
qui dévoraient la substance du peuple et du
soldat, mais que le Directeur était heureux
de recevoir, parce que ces rapaces lui abandonnaient, sous forme de pots-de-vin de cinquante et de cent mille francs, des bribes de
leurs brigandages.
Mme Tallien n'était pas tout à fait étrangère à ces belles choses. Si c'est un peu pour
alimenter ses fantaisies ruineuses que B.1.rras
s'était lancé dans ses sales spéculations, il
est ,·rai de dire que sa belle maitresse rabattait sur lui le gibier qu'il plumait ensuite
de main de maître. C'est elle qui lui présenta
le fameux fournisseur Ouvrard - avec qui
tous deux devaient faire plus tard un bien
singulier marché - et qui, en ce moment ;
sollicitait une fourniture pour la marine.
Gràce à Tbérésia, il l'obtint.
C'est Thérésia aussi peut-être qui imagina
celle jolie combinaison qui consistait à faire
nommer son père, M. de Cabarrus, ambassadeur d'Espagne à Paris . La chose se passa
peut-être en dehors de Barras, mais non
sans l'assentiment de M. Cabarrus, qui ne
rougit point de se voir mêler à une négociation pareille. A moins encore que l'initiative
ne vint de lui, ce qui, au fait, est aussi fort
possible. Toujours est-il qu'il y eut une intrigue, que le général Pérignon, ambassadeur de France à Madrid, fut circonvenu on
ne sait comment ni par qui, et qu'il fit auprès du gouvernement espagnol une démarche &lt;1 en l'assurant que le Directoire
verrait avec plaisir le père de Mme Tallien représentant de l'Espagne à Paris'.» L'Espagne
ne souscrivit pas à cette jolie comédie. C'est
dommage; il eùt été piquant de voir réussir
une intrigue où, chez le père comme chez la
3.
4.

ÎHT6AUDF.Au, Jllmoires
B .11\RAS, Mémoires, t.

sur le Co11sulat.
Il, p. 468.

C1TOYENN'E TAL'LTEN - - . , ,

FÊTE DONNÉE A BON.APARTE AU PALAIS NATIONAL DU DIRECTOIRF- 1 APRÊ:S LE TRAITE DE CAMPO-FORMIO, LE 20 FRIMAIRE, AN

Gra1•ure de

bile, le patriotisme tenait assurément moins
de place que d'inavouables spéculations.
La cralanterie, les toilettes, le nu, n'étaient
pas, ~n le voit, les seules occupations de
Thérésia. Les affaires financières, les combinaisons politiques marchaient de pair avec
tout cela; politique Yéreuse et de boudoir,
politique mesquine d'intérêts privés, de spé-

BERTHAULT,

d'après

Gu~ARDET.

culations malpropres, de préférences particulière5, de rancunes personnelles, polilique à la
Barras. Mais, est-ce l'amant ou la maitresse
qui en prenait l'initiative? ... C'est sans doute
d'un commun accord que tout cela se faisait.
L'accord ne sera pas moins complet quand
Barras, voulant du même coup assouvir sa
haine contre Carnot, assurer sa suprématie
... 381 -

Vf.

sur les Conseils et aussi le succès de plus
d'une compromission particulière, tentera un
véritable coup n~tat.
Dans ce coup d'État, qu'il fera le 18 fructidor, la main des femmes, celle de Thérésia,
notamment, se laisse aisément apercevoir.
La belle citoyenne était plus que jamais ambitieuse. Aimant à dominer, ayant, par con-

�,__ ffiSTO'/t1A

____________________________.

L.11

CITOYENNE

T .IILLIEN

---.

1

séquent une certaine supériorité d'esprit et
de caractère sur ceux qui se laissent domi
ner, elle s'était mis en tète d'occuper en
Fraoce la place de la reine. Croyant la monarchie légitime à tout jamais bannie du
pays, n'était-ce pas à elle, à sa beauté, à sa
supériorité en tout, que rernnait de droit ce
rang suprême? ... Les attaques quolidiennes
des journaux n'étaient-elles pas la constatation de son pouvoir, le seul vraiment établi
sur des bases solides dans une nation aussi
versatile que la nôtre? ...
Aussi lui répugnait-il de voir que son
amant n'était pas tout à fait le premier personnage du pays et qu'il y avait quatre
autres hommes à partager avec lui, sous Îe
mème titre de Directeur, le pouvoir exécutif.
Elle eût voulu qu'il fùt le seul, par la double
raison qu'elle le trouvait, réellement, à cause
de ses manières distinguées, supérieur aux
autres hommes, communs et vulgaires, qui
étaient au pouvoir; ensuite, parce que c'était
elle qui le menait et qu'elle eût éLé, en
mème temps que sa maîLrrsse, la maitresse de
la f'rance. Peut-être même rêvait-elle déjà
d'un divorce avec Tallien pour épouser Barras,
qu'elle eût bien forcé, de son côté, à divorcer.
Ce ne sont pas là propos en l'air. M. Carnot-Feulins, frère du Directeur, a raconté à
son neveu llippolyle Carnot que, &lt;t dinant
chez Barras, assez peu de temps a~ant la
journée de fructidor, et les convives s'étant
dispersés dans le jardin avec leurs tasses de
café, Mme Tallien, fort connue par son attachement pour l'amphitryon, se mit à dire :
" C'est une belle position que celle de Directeur, mais, 3. mon avis, il ne devrait y en
avoir qu'un'. &gt;&gt; Mme Tallien était femme;
elle eut ce jour-là la langue trop longue et
laissa voir son ambition du moment, qui
était probablement aussi celle de Barras.
On sait que la lutte entre le Directoire et
les Conseils était très vive; on sait aussi que
l'union n'existait pas entre les membres du
Directoire, et que Barras, Rewbell et La Revellière songeaient à se débarrasser de Carnot
el de B.trthélemy qui les gênaient. Barras
était l'âme de toutes ces intrigues. C'étaient
là de vilaines affaires; aussi était-ce son
affaire. Mais il fallait une épée pour trancher
les dirticuhés. Mme 1'allien, qui éLait son
inspiratrice, son Égérie, comme on disait
alors, le pouisa fort à emplorer celle du
général Hoche. Barras envoya donc l'ordre à
Hoche de délacher une division de douze
mille hommes de son armée sur la Sambre
et de la metLre en ·route pour Brest, sous le
prétexte d'une nouvelle expédition en lrlandP.
Les douze mille hommes devaient passer par
Paris, y faire les affaires de Barras et se
retirer après la vilaine besogne à laquelle
celui-ci complait les employer.
Le général lloche, que les lauriers de Bonaparle empêchaient de dormir, ne demandait
pas mieux que de jouer uu rôle politique. Il
ne cacha pas à Barras les difficultés de son
projet, mais se mit à sa disposition pour les
vaincre.

Barras venait d'échouer dans des négociations secrètes avec le comle de Lille
(Louis XVIII). Comme ce prioce venait de
lui supprimer toute subvention, il se lança à
corps perdu dans un coup d'État qui consistail à expulser la majorité des Conseils des
Anciens et des Cinq-cents, et la minorité du
Directoire. li le fit à son seul bénéfice et dupa
tous ceux qui avaient fait quelque fonds sur
lui.
Si Mme Tallien l'avait décidé à choisir
Hoche pour l'exécution du coup d'Etat, c'est
une autre femme - tant il est vrai que c'est
la femme qu'on trouve au fond de toutes les
combinaisons des hommes, - Mme de SLaël,
qui fit concevoir des craintes sur l'intervention de ce général, en le représentant comme
ambitieux, donc dangereux. Elle le fit écarter . Hoche, berné, repartit furieux pour son
quartier général, où il mourut quelques jours
après, épuisé par ses excès, et non empoisonné, comme on l'a dit.
Tallien avait son rôle dans celle affaire
qui tendait, avant tout, à élever au pouvoir
l'amant de sa femme. Mais, comme il n'était
pas sûr de la réussite, il ne s'engagea pas à
fond. li se borna à faire au Conseil des CinqCents un discours où il démontrait, à grand
renfort de phrases creuses et sonores, qu'il
était désirable de voir régner la paix et la
confiance entre le Directoire exécutif et le
Corps législatif. Avec ce discours, que !!. de
La Palisse n'eût pas désavoué, il ne se compromettait pas et retombait sur ses pieds,
quel que fût le résultat des machinations en
cours .
Le général Bonaparte, qui, du fond de
l'Italie, surveillait les événements, envoy.a le
général Augereau à Paris wus prétexte de
remettre au Directoire les adresses de l'armée
d'Italie. Ce général se troma honoré de la
honteuse proposition qu'on lui fit d'envahir
les Conseils et de violer la représentation
nationale. Il accepta, et remplit sa mission à
la satisfaction de Barras. Pas à celle de Carnot qui, proscrit, poursuivi, traqué, eut mille
peines à échapper aux assassins et à gagner
la Suisse. C'est lui qui a écrit : c&lt; Cetle
journée du 18 frudidor sera certainement
immortelle dans les fastes du crime 2• 1&gt;

1. .llémot/"es ,'&lt;Ill' Car.1ot, par con fils, 1.11, p. 118.

2. Jlé1111,ires sur Carnot, par son fils, t. Il; 11. 176.

4

CHAPITRE VII
Le coup J"Élat du t 8 fructidor avait dooc
réussi. Pas tout à fait cependant, puisque
Barras était toujours obligé de partager le
pouv1,ir avec quatre collègues. Dans Paris
régnait comme une nou,·elle Terreur. Presque
toutes les familles pleuraient un parent, un
ami proscrit; on os:ait à peine s'informer des
personne~ auxquelles on portait intérèt et l'on
savait qu'une foule de députés, de journalistes
et d'honnêtes gens étaient dirigés sur les ports
de !'Océan pour èire déportés aux plages
meurtrières de la Guyane. Et cela, en somme,
pourquoi? ... A peu près uniquement parce
qu'une courtisane avait eu l'ambition de ,,oir
son amant devenir seul maitre de la F'rance !

Celui-ci avait profité de l'occasion pour se
débarrasser de quelques hommes qui le
gênaient, el ce coquin de llovère ne dut sa
proscription qu'aux plaisanteries qu'il avait
faites sur certains goûts crapuleux du directeur.
Cependant, au bout de peu de temps, quelques salons se rouvrirent, l'horizon s'éclaircit,
et, si l'on entendait parfois comme le grondement de coups de tonnerre lointains après
l'orage, c'était l'écho de quelque exécution
dans la plaioe de Grenelle, celui des protestations indignées et des cris de rage des malheureux déportés .... Puis, tout s'apaisa, et,
avec leur légèreté habituelle, les Parisiens se
reprirent à s'amuser. Les bals de chez Véry,
de Richelieu, de Tivoli, de Marbeuf. le pavillon
de Hanovre, Frascati furent plus animés que
jamais. La citoyenne Tallien y paraissait avec
ses excentricités de costume et faisait son
possible pour faire oublier les événements de
Fructidor. Barras donnait des fêtes au Luxembourg; elle en faisait les honneurs, s'y montrait on ne peut plus accueillaole et jouait de
plus en plus à la souveraine. C'est là qu'elle
se faisait des partisans en causant dans les
coins, à voix uo peu basse, avec les journa. listes, les généraux .. ,. Ces entretiens un peu
mystérieux - qui suffisent à faire l'enchantement des naïfs - se terminaient toujours
par le grand moyen de séduction qu'on
connaît : à la faveur t.Ies tentures baissées,
elle permeltait à son interlocuteur de lui
baiser le bras, qu'elle avait fort beau, el
recrutait ainsi des amis nouveaux pour célébrer ses vertus.
Une femme qui connut Mme Tallien, et
dont nous avons déjà cité des lignes sur elle,
a laissé d'elle la petite esquisse que voici, à
cette époque : &lt;t Elle n'avait pour criiffure
llue ses beaux cheveux noirs bouclés autour
de sa lête, mais point du tout pendants, seulement bouclés à la manière antique, comme
les bustes qu'on voit au Vatican; cette coiffure
allait admirablement au genre de beauté parfaite et régulière de cette femme; elle encadrait comme d'une bordure d'ébène son col
rond et poli comme de l'ivoire, ::,on beau
visage d'un blanc animé sans couleurs apparentes, un vrai teint de Cadix. Elle n'a,'aÎl
pour parure qu'une robe de mousseline très
ample, tombant à longs et larges plis autour
d'elle el faite sur le modèle d'une tunique de
statue grecqur. Seulement, la robe faite en
France en 1798 était d'une belle mousseline
des Indes et faiLe plus élégamment sans doute
que par la couturière d'Aspasie ou de Poppée.
Elle drapait sur la poitrine, et les rnam:hcs
étaient ratLachées sur le bras par des boutons
en camées antiques. Sur les épaules, à la ceinture, étaientdemêaiedes camées. Cette femme
n'avait pas de gants . A l'un de ses bras, qui
auraient pu servir de modèle pour la plus
belle des statues de Cano\·a, elle portait un serpent d'or émaillé de noir, dont la tête. était
fai1e d'une superbe émeraude taillée comme
la tète du rt·ptile; elle portait un magnifique
châle de cachemire, luxe encore très rare en
France à celte époque, et faisait tourner ce

1

j

châle autour d'elle avec une gràce inimitable,
à laquelle elle mettait une grande coquetterie,
car le rouge pourpré de l'étoffe indienne faisait
ressortir l'ét:latante blantheur de ses épaules
et de ses bras. Quand elle souriait, ce qu'elle
faisait gracieusement pour répondre aux révérences multipliées qu'elle recevait, elle
montrait deux rangs de perles brillaûles
qui devaient faire bien des jalouses. 1 J&gt;
De son côté, le Directoire, pour forcer
l'opinion publique à passer J'épono-e sur
les événements de Fructidor, multi;lia les
fètes nationales et civiques. (&lt; J'ai vu, écrivait plus tard le comte Lavalette, j'ai vu
les cinq rois vêtus du manteau de François Jer, avec son chapeau, ses pantalons
et ses dentelles ; la figure de La Revellière, établie comme un bouchon sur deux
épingles, avec les gras et noirs cheveux de
Clodion; M. de Talleyrand &lt;·n pantalon de
soie lie de vin, assis sur un pliant aux
pieds du directeur Barras, dans la cour du
Petit-Luxembourg, présentant gravement à
ses souverains un ambassadeur du grandduc de Toscane, tandis que les Français
mangeaient le diner de son maitre, depuis
la soupe jusqu'au fromage; à droite, cinquante musiciens et chanteurs de l'Opéra,
Lainé, Laïs, Regnault, et lPs actrices, aujourd'hui tous morts de vieillesse, beuglant
une cantate patriotique sur la musique de
![ébul; en face, sur une autre estrade, deux
cents femmes, belles de jeunesse, de frait.:heur et de nudité, décolletées, dépouillées,
s'extasiant sur la majesté de la pentarchie et
sur le bonheur de la République; elles portaient aussi des pantalons de couleur chair
et avaient des bagues aux orteils. C'est un
spectacle qu'on ne reverra plus ... 2 1,
Les fètes n'empèchaient pas !!me Tallien de
se montrer bonne et obligeante. Elle trouvait
le temps de !"être. On venait beaucoup la
solhc1ter en faveur des personnes arrêtées et
elle se prêtait volontiers à faire les démarches
qu'on lui demandait. Elle avait fait de la
bonté une carrière. « Je l'ai vue, a écrit une
femme d'esprit, rendre avec autant de grâce
q.ue de bonté, et, dans l'occasion, avec persistance et courage, les services les plus importants; ~I. de la Millière, enlre autres, lui
dut la vie dans un momentoù seule peut-être
elle pouvait atteindre jusqu'à Barras et obtenir l'ordre exprès d'un sursis 3. &gt;&gt;
Parmi les quarante journalistes qui avaient
été arrêtés par suite du coup de force du
·18 fructidor, se trouvaient deux jeunes gens,
li. de Lacretelle et M. de Norvins. Mme de
Staël, que les frères de ces deux hommes de
lettres avaient intéressée à leur élargisscmen t,
1, Durhesse d'A1111 ,):.:TÈS, Safo11s de Paris

t. Il

p. 'lî9 , {êd. Garnier).
'
'
'l. lettre du co111te Lavalette à Cuvilfiu-fleury
18'19.
'
3 lime de CnAsrE~,H, .llb11011·es, L 1, p. 364.
, 4. Ce pomrail être encore le n° :! I d"aujourcl"hui.
Cu. ;'\unoY, Le Curieux ).
5. J, De 1\"ourns, ilfémorial, t. li , p. 1:10. LicnhT,.LJ.E, Di.c années d'épreuves, p. 3'!7-M'2.
15. foici I e que dit rie lui une l"C!mmc d"1mlanl de
~ns q~c 1l"espril, dont il frêl1uenlai1 le salon. qu:ind
il a1·a1l hesorn d'elle : 11 l1ersuadê ~aus doute l]UC la

el qui, si elle avait poussé au coup d'Etat,

n'approuvait pas les excès qui en furent la
suite, se prêta avec empressement à ce qu'on

LE COXSEJL DES ANCJENS.

en malière politique, tout juste la fixité d'une
girouette 6 •
Cependant, les événements politiques sui-

-D'après une estampe àu ti:mps.

lui demand.ait. Elle n'hésita pas à aller, en
pleine nuit, frapper ala porte de !!me Tallien,
qui habitait alors rue de la Chaussée d'Antin
n° 21, en face de la maison où est mort
Mirabeau•. F,lle la fit lever et la conduisit
dans sa ,,oiture au Luxembourg, afin qu'elle
arrach&lt;lt à Barras les moyens de sauver les
deux jeunes journalistes. Barras céda devant
les instances de ces femmes et leur accorda
leur deJDande 5 • Devant d~ pareils dévouements, devant de pareils services, on ne peut
lrouver que des louanges, et une telle conduite, chez l'une et chez l'autre, efface bien
des choses. Aussi ne faut-il pas s'étonner de
t"ut le bien que M. de Nor vins el !I. de Lacretelle, dans une reconnaissance qui s'était vite
changée en adoration, di,ent de !lme Tallien.
Mais l'on se tromperait étrangement si l'on prenait pour vérité historique les pages écrites
sur celle aimable femme par ~I. de Lacretelle,
au tome XI de son llistofre de Fmn,:e; on
ne se tromperait pas moins en accordant la
même confiance à presque tout le reste, car
cet écrivain, estimable d·ailleurs, mais également dénué de caractère et de dignité, avait,

vaient leur cours. Le général Bonaparte,
après avoir signé la paix de Campo-Formio,
après être allé à Rastadt, était rentré en
France et préparait l'expédition d'Égypte. li
se montrait pru, sachant combien il était
dans la suspicion du Directoire qui venait
pourtant de lui offrir, au Luxembourg, une
bien belle fête. Il faisait le réservé et, en effet,
il se réservait. Cela oe l'empêchait pas de
recevoir un peu dans son petit hôtel de la rue
Cbantereine.
Ume Tallien n'avait pas été des dernières
à venir le féliciter des succès prodigieux de Sjl.
campagne d'Italie. Elle vint aussi lui faire
son compliment quand il fut élu à l'Institut.
Un témoin oculaire a le\'é un petit coin du
rideau du salon pendant celle visite, ce qui
nous permet d'y assister. &lt;c Après le dîner,
dit-il, c'est-à-dire à neuf heures du soir, le
général reçut quelques visites, entre autres,
celle de Mme Tallien qui s'empressait de le
féliciter de son nouveau lriomphe. L'opinion
universelle ne pouvait pas s'exprimer par un
plus gracieux interpr~te. La conversation,
bien qu'elle fùt engagée avec des dames,

justice est du cùté de la fo1·ce, il s'est toujours !)lacé
µrP:s du vainq11eu1·. CL _si vile qu·o11 ne ~avait cQmment
il était lâ: p11urlan1, il avait encore eu le lcmps de
passer à l'irnprimcrie pour quelques variantes qui,
suivant revé11cmei1l du jour1 mrllaicnl dans le récit
du p:issé les torts du côlé du peuple ou les crimes tl11
cùté des rois. /,e3 différentes modific:itions que le
pouvoir a ~u l&gt;ies de notte temps se rel1'0ureraient,
faute d'autres preurc dan s les variantes des l.!Jitions
successives des ouvrages de J,acretclle sur l 'histoire
du p:i~sé.
« Mais cria ne lui coùtai t ni efforl ni calcul : c·etail
in~linclif; il s'approchail du µo,Hoir cumme 011 s'.1p-

pt'och~ rn:ic\1i11alemeut du . feu_ quand on a froid; sa
comc,enc&lt;! ne lui l"CJJl'Oclta1L r10n el ron n'a,,ait pas.
aupr~s de lui, l_e ~ou_rag~ d'êt.re plu~ exigeant que sa
comcienc&lt;! 1 car 11 chu t s1 heureux Je la moindre faveur r1uïl ol1!c11ait, 11_ ai~ail Lant c_e l!x qui faisaient
quc!11ue chose pour IUJ el 11 les oul&gt;lm1l s1 rrnïvemeùl
r1u:rnd il• ne pouxaienl plus lui être utile~. qu·on était
plus étonni!- q11ïnitC ... » (.llme AxcnoT, Ùn salo1t dt
l'aris, p. .i,! ).
. On _,·uit qu'il ne faut pas fairr, µlus de cas des ~crils
l11~Lor1ques de Lacretelle que de J'3uteur lui-mèm('.
Mais, ,;oit dit en pass~;:il. Lacretelle n'a-t-il pas fait

0

,

école? ...

�fflSTO']tl.11
tomba sur les armes, sur les sabres, sur les
lames, sur la qualiié que la lrempe pouvait
leur donner et qui les rend propres même à
couper le fer; je citai comme preuve du fait

un yalagan que j'avais rapporté de Corfou.
cc Qu'en avez-vous fait1.. me dit le général.
- Je l'ai donné à Talma. - Cela est bien
LAnr-:.1.c,.T, Sour:enirsd'un s~xagé11aire, 1. IV, p. ii.
-?-

d'un poèle. CPs messieurs font leur cour,
même aux rois de théâlre. - Je ne la fais
même pas aux héros, général i je ne la fais
qu'aux dames : madame est là pour le dire 1 )).

(A suivre.)

JosEPH TURQUAN.

1'APOLÉON REÇOIT A 8AINT·CLOUD LE Slb\ATUS-CONSULTE QUI LE PROCLAllE EMPEREUR DES FRA.~ÇAIS.

Gravure de PJGEOT. d'atrès k laéfeau de Roue.ET, - (Mttsie de Versailles.)

FR_ÉDÉR_lC LOLIÉE

"""

Napoléon et Talleyrand
Dans l'un de ses fréqu cnls accès de dépit ra)·onnement, elle n'a pas éclipsé l'autre.
contre une inte1ligence . qu'il ne put jamais Napoléon étendit sa gloire beaucoup plus haut
&amp;ubjuguer entièrement ni conduire à sa guise, et beaucoup plus loin : il fut déraciné par la
Napoléon croJait enfnmer en ce peu de mots lempête. TalleFand plia et dura. Nul ne fut
tout ce que Talleyrand, wn œuvre entière et d'aussi près associé que Tc1ll1::yrand aux vastC's
M réputation pou nient attendre du jugement
et tumuilueux desseins do !'Alexandre mcde l'avenir:
derne; nul ne connut, commelui,le caractère
, La poslérilé ne lui donnera d'autre place et la portée de la peméc impériale : son étenque celle qu'il faut pour dire qu'il a éié mi- due, ses irrégulariLés, ses excès. De même
nistre sous tous les gomernements, qu'il qu'il avait tendu l'échelle (tt d'une manière
a prêté ,,ingt ~ermcnts 1 , et que j'ai été assez combien dili~ente, combien opportune! ) à
sot pour m'y laisser prendre. 1)
l'ascension de Bonaparte, quand il le vit porL'hisloire, plus généreuse, ne devait point ter, en quelque sorte, par les événements; de
ratifier une opinion aus~i sommaire, mais, au même se rctourna-t-il contre lui, quand il le
contraire, élargir Je rôle et l'irnporlance du sentit irrémédiablemeut condamné. Napoléon
personnage qui fut l'adn-rrnire poli, perfidf', n'eut pas de plus préci, ux allié, ni de plus
quelquefois, en ses rno}ens, des dernières dangereux adversaire, - ce qu'il savait très
fautes de Napoléon. Les deux figures sont bien 1 . Oui, quant à cela, son opinion était
restées en présence dans la juste lumière de double-ment faite; et, cependant, jusquts après
leurs proportions ,éritaLles; et toute supé- la terrible leçon de 1814, ju,que pendant les
rieure qu'ait été l'une par l'immensité de sùn Cent-Jours, cherchant de dernières clartés

sur les bords de l'abîme où trébuchait ,a
puissance, il en reviendra au ministre qui l'a
trompé, d réclamera encore 'falleJrand.
Ces deux énergies se complétaient l'une par
l'autre, quand elles étaient unies. La première
incarnait le génie de l'action, la seconde exprimait cette force calme, lumineuse, du conseil, qui prépare les voies aux grandes résolutions ou permet d'en atténuer les retenlissements dangereux. Napoléon, comme l'exprime l'historien Mignet, projetait ce qu'il y
a,·ait de grand, de glorieux, de lointain;
Talleyrand parlait .ses soins à en écarter les
périls; et 1a fougue créatrice de celui qui détenait la puissance pom·ait être tempérée par
la lenteur drconspccte du ministre armé de
prudence, - aulant, du moins, que l'un
permettait à l'autre de s'interposer entre
l'obstacle et sa volonté.
Dans les rencontres difficiles où quelque
ingénieux euvhémisme, une déœarche de

Extrait de l'ounagc: Tollcyra11d el- La Société
fran çaise: Du p1·ince de Bénéi•eiil au duc de il lorny.
1-'11ü1]Rlf. l,111.1ü: . Un ,·o lumc in-8°. prix:
i fr. 50, tmilc-Paul, Cditcur.

noL1•c n1aison, à JJré~enL que la forlune l'abandonne,
depuis quelque lemps. , (Curre$]J01tdanee de IYapofëon 1~ t. XXVII, p. l:ïl , piCce 21 1 210. Au roi
Jo•epl1, .\"og-ent. 8 fénicr rnt L 1

ru·

VIL - lhSTORtA, - Fasc. 49.
LES AMATEURS DE PEINTURE, -

Tableau ,je ME(SSONIE:R. -

(Collection CIIAUCJIARO, Musé.! du Louvre.)

1. Exnclt'menl ll'ci1,c.
2. « Méficz-w,us de Tal!e~·r:uHI. Jo le pr.'llîl1ue
drpuis seize annCcs; j'ai mt'me eu ile ln fi11'cur )lO\ll'
. lui; mnis c'est sûrcmcnl le plus grand ennemi de

0

,

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Comte de Ségur</name>
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                    <text>fflSTO']tl.11
tomba sur les armes, sur les sabres, sur les
lames, sur la qualiié que la lrempe pouvait
leur donner et qui les rend propres même à
couper le fer; je citai comme preuve du fait

un yalagan que j'avais rapporté de Corfou.
cc Qu'en avez-vous fait1.. me dit le général.
- Je l'ai donné à Talma. - Cela est bien
LAnr-:.1.c,.T, Sour:enirsd'un s~xagé11aire, 1. IV, p. ii.
-?-

d'un poèle. CPs messieurs font leur cour,
même aux rois de théâlre. - Je ne la fais
même pas aux héros, général i je ne la fais
qu'aux dames : madame est là pour le dire 1 )).

(A suivre.)

JosEPH TURQUAN.

1'APOLÉON REÇOIT A 8AINT·CLOUD LE Slb\ATUS-CONSULTE QUI LE PROCLAllE EMPEREUR DES FRA.~ÇAIS.

Gravure de PJGEOT. d'atrès k laéfeau de Roue.ET, - (Mttsie de Versailles.)

FR_ÉDÉR_lC LOLIÉE

"""

Napoléon et Talleyrand
Dans l'un de ses fréqu cnls accès de dépit ra)·onnement, elle n'a pas éclipsé l'autre.
contre une inte1ligence . qu'il ne put jamais Napoléon étendit sa gloire beaucoup plus haut
&amp;ubjuguer entièrement ni conduire à sa guise, et beaucoup plus loin : il fut déraciné par la
Napoléon croJait enfnmer en ce peu de mots lempête. TalleFand plia et dura. Nul ne fut
tout ce que Talleyrand, wn œuvre entière et d'aussi près associé que Tc1ll1::yrand aux vastC's
M réputation pou nient attendre du jugement
et tumuilueux desseins do !'Alexandre mcde l'avenir:
derne; nul ne connut, commelui,le caractère
, La poslérilé ne lui donnera d'autre place et la portée de la peméc impériale : son étenque celle qu'il faut pour dire qu'il a éié mi- due, ses irrégulariLés, ses excès. De même
nistre sous tous les gomernements, qu'il qu'il avait tendu l'échelle (tt d'une manière
a prêté ,,ingt ~ermcnts 1 , et que j'ai été assez combien dili~ente, combien opportune! ) à
sot pour m'y laisser prendre. 1)
l'ascension de Bonaparte, quand il le vit porL'hisloire, plus généreuse, ne devait point ter, en quelque sorte, par les événements; de
ratifier une opinion aus~i sommaire, mais, au même se rctourna-t-il contre lui, quand il le
contraire, élargir Je rôle et l'irnporlance du sentit irrémédiablemeut condamné. Napoléon
personnage qui fut l'adn-rrnire poli, perfidf', n'eut pas de plus préci, ux allié, ni de plus
quelquefois, en ses rno}ens, des dernières dangereux adversaire, - ce qu'il savait très
fautes de Napoléon. Les deux figures sont bien 1 . Oui, quant à cela, son opinion était
restées en présence dans la juste lumière de double-ment faite; et, cependant, jusquts après
leurs proportions ,éritaLles; et toute supé- la terrible leçon de 1814, ju,que pendant les
rieure qu'ait été l'une par l'immensité de sùn Cent-Jours, cherchant de dernières clartés

sur les bords de l'abîme où trébuchait ,a
puissance, il en reviendra au ministre qui l'a
trompé, d réclamera encore 'falleJrand.
Ces deux énergies se complétaient l'une par
l'autre, quand elles étaient unies. La première
incarnait le génie de l'action, la seconde exprimait cette force calme, lumineuse, du conseil, qui prépare les voies aux grandes résolutions ou permet d'en atténuer les retenlissements dangereux. Napoléon, comme l'exprime l'historien Mignet, projetait ce qu'il y
a,·ait de grand, de glorieux, de lointain;
Talleyrand parlait .ses soins à en écarter les
périls; et 1a fougue créatrice de celui qui détenait la puissance pom·ait être tempérée par
la lenteur drconspccte du ministre armé de
prudence, - aulant, du moins, que l'un
permettait à l'autre de s'interposer entre
l'obstacle et sa volonté.
Dans les rencontres difficiles où quelque
ingénieux euvhémisme, une déœarche de

Extrait de l'ounagc: Tollcyra11d el- La Société
fran çaise: Du p1·ince de Bénéi•eiil au duc de il lorny.
1-'11ü1]Rlf. l,111.1ü: . Un ,·o lumc in-8°. prix:
i fr. 50, tmilc-Paul, Cditcur.

noL1•c n1aison, à JJré~enL que la forlune l'abandonne,
depuis quelque lemps. , (Curre$]J01tdanee de IYapofëon 1~ t. XXVII, p. l:ïl , piCce 21 1 210. Au roi
Jo•epl1, .\"og-ent. 8 fénicr rnt L 1

ru·

VIL - lhSTORtA, - Fasc. 49.
LES AMATEURS DE PEINTURE, -

Tableau ,je ME(SSONIE:R. -

(Collection CIIAUCJIARO, Musé.! du Louvre.)

1. Exnclt'menl ll'ci1,c.
2. « Méficz-w,us de Tal!e~·r:uHI. Jo le pr.'llîl1ue
drpuis seize annCcs; j'ai mt'me eu ile ln fi11'cur )lO\ll'
. lui; mnis c'est sûrcmcnl le plus grand ennemi de

0

,

�-

111STOR._1.ll
°NAPOLÉON ET TIILLEY11_/11YD

.

sage et lente préparation, un temps d'arrêt,
une suspension favorable, pou\'ait amorlir les
effets d'un -choc brusque, 'J'alleyrand excellait
en la manière d'arrondir cc que la dictée de
Xapoléon arait de trop impérieux et de lui
frayer à Iui-mème les moyens de paraitre ou
plus habile ou plus fort, en redevenant plus
ëalme.
Bonaparte, qui jouait volontiers au Jupiter
(surtout au Jupiter tonnanl), oubliait, en
maintes occasions, les caressantes douceurs
de Tallcyrnnd, si moelleux en de certaines
letlres, si rmeloppant en ses paroles; il l'asrnillai( de reproches, d'interpellations vives;
néanmoins, il lui avait confié, n'ayant, auprès
de soi, personne qu'il en jugc:ît plus digne
ou plus capublc, les négociations d'Amiens,
celles dJ Prrsbourg, sinon celles de 'l'ilsitt.
Après Au:-tcrlilz, c'est sur lui qu'il se rPposcra
d'assurer la victoire par des accommodl'ments
qu'on e)pérait duraLles.
(&lt; Je veux la paix, lui écrirniL-il, arrangez
tous les articles du mieux. que vous le
pourrez. )l
Lorsr1u'il avait Lenté d'organiser l'Allemagne et l'Italie, c'est-à-dire d'en parlagf•r
les territoires, d'en diviser le~ gouverncmrnt-:,
pour fortifier d'aulant plus l'unitéde son empire: c'est 'l'alleyrand qu'il consulla longncmenl, afin d'en obtenir des clartés sur lt.!s
dé1ails et de la précision sur l'ensemble.
Le caractère de 'l'alleyrand ne lui élait
jamais apparu comme un miroir de droilurr;
et ses raisons étaient fondées pour lui en refuser
la louange. En revanche, la correspondance
de l'empereur déct\le, !t chaque page, l'eslimc
que lui inspirait - malgré lui - sa pénélration diplomatique et le prix qu'il allacbait
à ses scnices, parce qu'il en avait fait l'épreu vc
en des conjonc!urcs heurem-es oucompliquél'S
de son règne. li fallait que cet homme lui
semLlàt bien utile, ou qu'il en craignit singulièrement les dl's~eins cachés, ou qu'il allribuàt à sa présence une influence mistéricusc
dont il ne pouvait se passer, puisquP, sans lui
vouer une rétlle confiance, il ld coml,la
d'honneurs et d'or avec une munificence sar.s
égale. ll l'avait maintenu sept ans dans le
ministère; il avait inventé des fonctions supérieures inconnues pour qu'il fùt appelé viccgrand-élccteur après avoir été grand chamhtllan, el découpt', à son intention , dans la
di~tribution dLs grands fiefs nouvellement
créés, la principauté de Ilénérent.
Toutes cho5es finies, NapoMon dérlarera
qu'il s'était exagéré ses mérites, qu'il ne
l'avait trouré ni éloquent, ni persuasif dans
leurs entretiens, qu'il roulait beaucoup et
longtemps autour de la mème idée, et qu'au
sortir d'une longue conversation, entamée pour
obtenir des éclaircissements de sa _part, force
était de s'apercevoir qu'il n'y avait pas répandu plus de lumières qu'en la comrnen,~nt.
C'est que vraisemblablement, en ers joutes
malaisées, avec un interlocuteur fougueux et

imarrinatif comme celui-là, Tallcirand. se
confinait il dessein dans un argument umque,
qu'il y revenait sciemment, parce qu'il y
VO)ait lacler d'une situation. et qu'enfin , après
beaucoup d'insistances perdues, renonçant à
convaincre un homme qui le contredisait sans
l'écouter, il se tirait d'affaire, comme il pouvait, par des mots évasifs. ~apoléon ne faisait
pas si bon marché de ses avis, puisqu'il les
recherchait, surtout les regrettait dans les
périodes de dirficultés. Pourquoi Talleyrand
n'était-il plus là! Ah! ,i Talleyrand eût ru
l'affaire en main! Il en maniîestait l'impression sans ménagement au ministre chargé de
le remplacer, et qui n'arrivait point à tirer au
clair une situation embrouillée. En 1800,
étanl à Si.;hœnbrun, assis devant le bureau de
llarie-Thérèse, il rembarrait li. de Champagny
sur les lenteurs apportées dans les négociaLions. c&lt; Tallc)-rand, lui disait-il, avait une
allure plus \'ire; cela m l'Ùl coùté trente
millions, dont il m'aurait pris la moitié, mais
tout serait fini depuis longtemps. )&gt;
Soupçonneux à juste titre des intrigues qui
se tramaient, au dehors, entre ses alliés prétendus 1 cl ses rnncmis déclar~s, sans qu'il p1H
naimcnt distinguer ceux-ci de ceux-là, cherchant dans cette marche à tâtons des l larlés
indicatrices, il se retournait. en fin de comptr,
vers 'l'alle)'rand, pour qu',l l'aidàt à les découvrir. La vcill1&gt;, il se plaignait amèrement de
son jeu ténébreux. Maintenant, il lui rendait
en plrolcs une aIT~ction singuliè-re .
&lt;! Yous êtes un drôle d'hommei je ne
puis m'empêcher de vous aimer &gt;&gt;, lui déclarait-il sans le croire, ni le lui faire accroirt !.
Et le lendemain, il reparlait en de'i tirades
furibonJcs contre la traitrise innée dt! ce
Tallt'JTand.

1. « Alliés sm· le rêlin , ln dL•foction dans l';lmc. »
(A. Sorel.)
2. Le p1·incc de !lellernidt rapporte, en ses sou-

je veux faire une cliose, j1• n·emploic p.1s le pi·incc de
Bënén!nl; je m'a.Jrcsse à lui quand JC ne rem: pas
fail'e une chose, en ayaul l'air da la vuuluir. 1&gt; (Mél'HfJirC,&lt;:; \. 1·
p. 70. 1 Il y 3\ail là lii&lt;-n de la contre-

vf'nir~, qu'un jom· l'empereur lui a\·ail dit : « Qnan,I

0

....

C'était le plaisir de Xapoléon de réveiller
son monde, comme il le disait, par des sorties
imprûrncs autant qu'embarrassantes. D'habiludr, quand il y arait cercle autour de lui, il
parlait seul, lrès écouté, très rcdoulé. Sur
quelque point qu'il tùt porté le sujet de son
monologue, parli en coup de foudrr, comme
une inkrpella1ion, on ne se pcrmellait ,,ne
rarement d'y donner la réplique. Soil qu'ils
fussent tenus sous la crainte, soit pour une
aulre cause, les gens ~e dérobaient p:ir une
réponse fuyante et soumise ou par une ré\·érence de cour aux tiuestions trop dirt"cles
qu'il leur lançait à la tèle. 'l'alleyrand ne partagfait point celte impression générale d'i1llimida1ion , sincère uu jouée, en sa présence,
mais allendait le choc, ,ans lroul,le, et lui
renvoyait en douceur des mols où perçait de
l'ironie contenue, sous des apparences Je
respect et de louange. Au lem ps où l'rmpereur
n'en arnit pas encoreLrisé avec lui quant aux
formes de l'urh:mité, il savait esquire.r le:;
détails gènants par l'agrément d'un trait d'esprit, qui lui perm ettait de glisser sur Je reslt',

0

,

ou par une llatterie d'autant plus adroite
qu'dle n'avait pas l'air d'en ètre une, - la
seule manière de flatter qui ne fùl pas épuisée dans celte atmosphère d'adulation. E&lt;L
sofa species adulanrli superat. Ce fut à Bruxelles que Mme de némusat a\'ait entendu
Talle,rand répondre avec tant de finesse (le
détail en est bien connu) à l'interrogation subite de Bonaparte sur la façon dont il s'y
était pris pour accrollrc si rapidement sa
fortune.
&lt;c Monsieur de Tallc}'f.:tlld, on prétend que
vous êtes fort riche.
l) - 0,1i, Sire.
D Mais extrêmement ricl.e.
n - Oui, Sire.
» - Comment arez-vous fait? Vous étiez
loin de l'être à votre retour d'Amérique?
ii Il est vrai, Sire, mais j'ai racheté,
la veille du 18 brumaire, tous les fonds publics que j'ai trouvés sur la place; et je les ai
revendus le lendemain. 1&gt;
L'histoire était bien inrcntée pour les besoins de la cause. On dut se résoudre à l'accepter comme de la bonne et franche monnaie.
Cette indépendance mesurée, que rendait
soutenable en face d'un souverain aussi peu
endurant que Napoléon la délicate maoiè.·re
dont elle se traduisait, il s·attachait à la conserver sur les différents sujets qui mettaient
leur.s idées en présence. Il arrivait, de loin
en loin, que la littérature et les arts en fissent
Jes frais, quoique Napoléon préférât en causer avec des poètes et des artistes. Un jour
qu'il s'entretenait là-dessus avec son ministre
des ltelations extérieures, leurs vues ne s'étaient pas accordées sur les limites de cc discernement heureux, ,,jf et précis du nai, du
beau, du juste dans la pensée et dans l'expression, qu'on appelle le goût : " Ah! le
bon goût, riposta le prince de Bénévent, si
vous pouviez vous en défaire à coups de canon, il y a longtemps r1u'il n'existerait plus. lJ
TaUe)'rand, qui savait écouler et porter jusque
dans le mutisme des airs de louange, possédait as!urémenl l'un des meilleurs mo)ens
de lui plaire; encore ce genre de complaisance était-il suspect de sa part. Napoléon ne
s'en rapportait qu'à demi à ses silences approbateurs. Il lui senlait des arrière-pensées
dissidentes, contre lesquelles il éprou,·ait de
l'humeur, malgré qu'elles ne lui fussent
point connues.
Étrange vis-à-vis de ces deux maitres dissimulateurs! C'était une des tendances de
Napoléon de poser en principe que l'homme
vraiment politique doit saroir calculer jusqu'aux moindres profits qu'il peut tirer non
seulement de ses qualités ou de ses talents,
mais encore de ses défa uts. Or, TallcrranJ
professait la mèmc théorie. Mais, ce clui le
piquail au jeu, c'est que l'empereur Ja mettait en pratique si à fond qu'il en déconcertait la clairvol'ance la plus lucide. " Ce diable
fii1e!'.S&lt;'. )lais peut-èlrc, en pnl'hrnl ainsi, :\"~poléon lit!
tendail-it qu'à llaltcr Jldlcrnich, eu lui sug~l!rau_t
lï1léc qu'il lui cun!iait à lui cc quïl dis;imnluit a
Tallr':JT&lt;111ll.

•

D

•

_

_

NA~OLÉO:-l' DONNANT L A co;-.;STITUTI(•N AU DUCIIÊ DE VARSOVIE, EN 18o7. -

Tableau de ~lARCEL DE BAC CIARELLI

cgau~hc a drone: Valentin Sobo!ewski: Xa,·ier Dz_1atinski, _Pierre Bielcnski, L:ouis Gutakowski, Jean-Pau! LuszczcwsJ.i, Stanislas .Mata~howsld. ,\
c
Bassano; Talle) rand, prince de Bënèvcnt ; );apolèon; Stanislas Potocki, Joseph \\"tbicJ.i.
' i laret. duc d

d'homme, s'écriait-il chez Mme de Rémusat
!rompe, sur tous les points. Ses passion;
ellcs-memes vous échappent, car il trouve
moyen de les feindre, quoir1u'ellcs existent

réellement. 1&gt; Dans cc genre de comédie, si
la part de la sincérité était aussi mince d'un
côté que de l'autre, il est certain que Napoléon manœu\'rait avec plus de rm:c, Tafüy-

r~nd avec plus de mystère, et que ce derrncr, tout en apportant en affaires les mille
restrictions dont se gardent par métier les
diplomates, visait plus franchement au hui,

�-

'fl1ST0~111------------------------

parce qu'il n'aimuil pas, en somme, qu'on
fùt toujours dans l'inccrlituJe ou sur le
qui-rirn.
Durant la belle période, quand on pensait
y mir drs gages dP. stabilité, Talleyrand seconda d'un vouloir réllécbi les des~eins de
l'empereur, avec d1•s allernalin~s d'accord el
de d1!sunion. A din•rscs fois, éclataient dl'S
critiques, auxquelles il ne s'était pas allendu
rJ. qui gênaient ou déplaçaient le terrain des
négociations diplomatiques entamées. De,
admonestations impatiente,; lui par\'enaicnt

Qum! rnus t~les munan1uc et mus m'aîmt'Z

encore?
li n'était plus semible lJU'à sa gloire; il

sur ce que le ministre semblait outrepasser

les instructions qu'il avait reçues. ll laissait
couler l'averse et reprenait ensuite la discus~ion, d'un esprit calme et en se }oun•nant

que son rôlt! de modérateur lui avait toujours
été fort difficile à remplir. Uans un dé,ir
égal de retenir les excessifs de la fié:rnlution
et d'apaiser les violenls du pouvoir, n'avait-il
pas encouru, tour à lour. llS colères des uns
et des autres'! Les r~puLlicains l'accusèrent
d'aroir voulu soumellre l'l~lal à un maitre;
et ce maître, mêcontent des résistances même
légères qu'il lui opposait et de son refus poli
d'applaudir à tous ses actes, lui reproduit
celle demi-indépendance comme une trahison.
C'étaient les premiers ~ymptômes d'un désaccord plus profund.

Aux alentours de la paix d'Amien~, Talleirand eut sur les lèvres et alt bout de la
plume des compliments extrêmes à l'égard
de celui qu'il arait assuré, pour toute la riP,
d'un tendre et immuable dévoucmunt 1. Svus
le Directoire, passant les bornes, il arait représenté aux gomern:rnls, dont il dCsirait
endormir le3 soupçons, le général BonaparttJ
comme une âme éprise de calme el de simplicité, n'aimant que la paix, l'~tud~, les
poésies d'Ossian et n'aspirant qu'au repos,
après la ,·icloire. En parlant de la sorte, il
sa,·ait pertinemment qu'il n'était pas un
oracle de vérité. C'était bien de l'amour encc.re, sous le Consulat, lorsque des raisons
de santé l'ayant contraint de s"absenter de
Paris - le temps d'aller prendre les eaux à
Bourbon - il se plaignait comme d'un malheur véritable de cette cruelle nécC'ssiLé ,1ui
le priverait, pendant deux semaines, peul•
être trois, d'admirer de plus près la suLlimc
aclivité du héros~. Que serait-il? Que pourrait-il faire, n'étant plus à parlée de son
inspiration?
\'oil."1 le morncnl où je m'aperçois i,icn que,
depuis deux :ins, je ne suis plus accoutumé à
penser seul; ne pas vous voir laisse mon esprit
sa11s guide; aussi ,,1is-jc prohahlemcnl éaire de
pauvres chose~; mais ce n'est p:1s ma foule; jè
ne suis pas; complet, lorsque je suis loin de rnus.

,\ l'a,èncment de l'empire, ~es accents s'étaient tlc,és arec la grandCur Je l'homme ....
1. Bourbon, 30 messidor an IX (19 juillet 1801 ).
2. 20 messidora11 IX. (Arch. Fs. l~rance, ü5X, fol. 11. ;
'.i, /,el/n• 1'1: Trrlll'yrcwd à Sapuléou , Strasbourg.

senlir, à son tour 1 le charme de cette hienvcillance enjouée et prévenante 011 excdfoit
l't::mpercur, quand il daignait s'en donner la
peine; à s'en laisser pénétrer,'dis-jc, au point
de s'en souvenir longtPmps après, avec une
naucusc rntisfaction. Malgré qu'il ~ùl à quoi
s'en tenir sur sa sécheresse habituelle et
qu'il C'll eût rcsrnnli les cITds, il lui revenait
de citer, de sa part, des exemples aima1,lcs
de douceur et d'aménité. Un jour qu'il ~·
insislail, jusqu'à verser dans la louange rnperlatire, Montrond lui repartit, en riant :
!&lt; Vous pournz faire son éloge, ,·ous lui avez
fait assez de mal ! l&gt;

Voltaire n'écrivit pas à Frédéric d'épîtres
plus adroitement complimenteuses que certaines lettres de 'J'alleyrand à i'\opoléon. Comment, par quelle aggravation de causes, de
si Lell~s protestations devaient-elles aboulir,
chez le prince de Ilénévcnt, à un n!rita!Jle
anlag~nisme, rnu3 ks apparences d'un scr,·ice conlinuanl d"ètre actif et soumis?
Des démêlés sur la quc~tion curopéennr,
il y en eut toujours entre l'empereur et son
ministre, quant au fond ou dan~ la forme.
Au cours des années prospères, ces contradictions étaient accidentelles et mesurées.
Puis, rc,·enaienl des entre-temps de conciliation el d'harmonie exemplaires, oll leurs
sentiments se dt'ccraient à l'cnri. Napoléo11
arait failli presque l'aimer, si tant est qu'1l
eût jamais afl'l'ctionné &lt;1uelquc chose ou qu1:lc1u'un, hors &lt;li.! lui, dans ~on cercle mililaire
ou poli1ique. Talle}ranJ s'était $urpris à res-

Talle)'rand rn connut une période de crédit soutenu et qu'il fut prrsque seul à
exercer sur l'esprit Je Ilonapartc; sans lui
consentir aucune sympathie d':lme réelle, on
prêtait l'oreille à l'autorité de sa parole. Il
ne s'était pas abusé, dans ces avantageuses
conditions, jusqu'à se dire qu'il convcrlirail
jamais un tel Jominateu r 1t épomer les , u s
d'une politit1ue d'équilibre cl de modJration.
Mais il avait conçu l'espo:l" qu'il lui serait
possible d'endiguer le torrent. Il s'éfforça,
selon le mol d'un historien, de lier ses pas~ions en les reportant ailleurs, dans la voie
de3 créations à la fuis grandes et salutaires.
Napo!éon, avec sa percrption instaalanée df's
thoses et son amour de la nou·:cauté, inclinait à l'y suivre, pour l'y dépasser bientôt. 11
engageait l'entreprise et en jetait les bases
sans allcndre. Malheurcu~ement, il ne s'y
fixait point. li dérivait à d'autres flots, 11égligeanl ou renversant par caprice cc q11ïl
avait commeni::é d'établir. TalkyranJ, qui
n'arait pas le goftt de la lutlP, pied à pied,
ne persistait point. [l en arriva forcétne11t à
se décourager; et Jc3 ressource.; ffu'il avJit
mises à son service, il se fit à ridée de les
tourner, un jour, contre lui, quand ses exigentcs auraient lassé la fortune.
Dans leurs face à face pk.;us Jïu!errog1lÎùns, où se croi~airnt le doute, la défiance
réciproque, tous deux avaient eu le Lcn~ps de
se pénétrer 1l fond. Talleyraod ne cores;ait
aucune espèce d'illusion sur la capacité d'atlachement de l'empereur pour qui que cc
fùt. Non plus, Napoléon, tout en éprouvant
un plaisir intérieur à piler, puur son usa.~e,
h·s ~ervices ll grandes mani~rcs dl! cc parî.tit
homme cte cour et Ju monde, non plus NJpuléun ne rn lcurrail sur cc qu'il dernil
alleaùrc Je lui, en dehors d'un intérêt imméJial. Sïl cronil en la soumis~ion arcuglémenl idu}àtrc"' d'un duc de Uassano, il
n'ê1aiL pas dupe dl! la fidélité de cœur d'une
certaine portion de son entourJgc . li ménageait Talltiyrand, il tulCraiL Fouehé, parce
fJu'il aimait micut les saroir sous sa griffe
qu'en liberté. M..1i5 il l'tait fixé sur le vrai Je
leurs scnlimcnls. Talleirand l:l Fom:hé ... ces
nom!&gt;-là furent la t:ontinucllc oLsession dl! si
pensCc. Lors'fnÏl ne sera plus le maître de
frapper, Jes mou\'cmcuts vindicatifs lui re~

2;:i ,·c1ulémi.iircau XIV {17 oclolwc 1805). Tallcyramt,
en écrîva11L 1·cs lignes, usail d"uu conseil détourné
pour rf'lrnîr '.\'apoléon dans les bornes •le la m0&lt;1l;r:t~

lion, après ses rapiclee ,ictoîres en Allcm.1in e, cl l'iodi•
ncr ii. ,tes mes con~iliantrs, ér1uit.ibll'~ 1 génl'rcu~c~,
riuï! feint de lui w .z~ércr poui· l'y mi1'11x dis110srr.

CHARLES-MAURICE

DE TALl,F.YRA);D ,

PRINCE DE BÉ~ÉVE'.'iT

D'apn\s le /.:Jl'/eau du R\RO:,. Gf.RARn.

n'a,·ait plus d'amour-propre que par rapport
à lui, Sans tomber dans ua genre Je flagornerie contraire à la délicatesse du goût, il
lui prodiguait de cet encens choisi, où se
surpassent les connaisst urs :
Sire,

Dans l"éloignement où je suis de Yolrc ~fojeslé,
ma plus douce ou plutôt mon unique consolalion
est de !Hl' rapprol'het· d'clll', aulant qu'il est en
moi, par le someoi1· el par l::i préro~·:ince. Le
p.is~é m·cxpliquc le présent et cc qu'a fail \'otrc
ll:ijcslé me devient tm J)l'!i~age de ce qu'e1lc doil
f:1îre; car, t:rndis que les dé.crminations des hommes ordinaires varient ~ans cesse, celles de Volre
~fojestt', prco:rnt leur ~ourre dans sr. magnanimité
nalurclle, !;OUI, d,ms les même~ circonslaoces-,
irrévocaùlemc11l les mèmcs~.

HISTORIA

MADAME GRAND _ PRINCESSE DE TALLEYRAND
Peinlpat&gt;M":-"VIGÉE LE BRUN~ CollectiondeM1'Ja.cquea DOU CET

PL. 4 9

�'-------------------------------monteront au cuveau pour le mal qu'il aurait pu leur faire et l'imprudence, qui fut
sirnnc, de s'en abstcni.r.

Il y avail des instants ot, Talleyrand surtout, cette énigme vivante, crispait, exaspéra:t ses nerfs. Il le haïssait et le désirait, le
rèC'herchail et l'éloignail, le □ allait et l'accaLlait d'invectires; c'était une con tinuelle hésitation de la colère cl de la faveur. Le garderait-il ministre? L'eu\'errait-il en ambassade?
Ou le ferait-il assassiner1 Serait-il moins à
craindre, bien rivant ou menacé de mort,
dans les honneurs ou dans l'exil? Parvicnèr.,it-il , lui Napoléon, à se l'attacher défiaiti-

NAPOLÉO'N 'ET TJ1.Ll'E'Y7/.J1.'ND -

en soi. Tel, Louis XI\', à l'égard de ses gJnéraux, de ~es ministres, qui ne pouvaient h!!.sarder d'initialire éclatante qu'en lui donnant
à croire qu'il en avait été le conseiller, l'inspirateur, et que la gloirè entière lui en revenait à lui seul. Conscient de la supériorité de
ses aptitudes en la science diplomatique, Talle)'rand avait fondé des espérances lonJues
sur la durée d'une influence que l'empereur
s'était empressé de lui retirer, du jour où il
pensa Yoir qu'elle aspirait ~l se rendre indispensable. Napoléon n'aimait pas entendre
louer. On vantait trop la prudence et la sagacité de Tallei-rand; on en redisait lrop sou-

dépassaient pas les limites d'une couverrntion, il avait afl't!cté, depuis lors, de tenir
loin de ses conseils le prince de Talleyrand el
de ne travailler ostensiblemenl qu'avec le
comte de Champagny.
Le signataire des traités de Lunéville,
d'Amiens et de Presbourg, en conçut une
aigreur dont les eITets rejaillissaient de la
personne du maître sur celle du serviteur.
On s'en apercevait, de reste, aux sarcasmes
qu'il se plaisait à décocher contre le noaveau
ministre et la nature suballerne de ses fonctions. Obéissant à des considérations plus relevées, il vopit avec douleur son impuissance

ESQUIS.iE 1/,\Ptü,.S ,\ATJ.;!œ, l&lt;El-'RESEN'fA/\'f LA RÉ.t;NluN DES SuUVERAINS ACCOMPAGNA:.T L'E.ul•EkEUR AU BAL DONNE P~R LA VILLE DE PAIW.::)
LE 4 DÉCE)IBRE 1809. -

Dessln et gravure

ae A .

GODEFROY,

Personnages assis (de gauche à droite) : Joachim·:\'apolêon, roi ùe ~aplcs; Frédéric-Auguste, roi de Saxe; NrOme-Xapo!~on, roi de \\"estphalic; Frl!tléric, roi de
Wurtemberg; Louis-Napoléon, roi de Hollande; :\'apo\eon; l'Jmpératrice J oséphine; Madame, mère de !'Empereur; Marie- Julie, reine des Espagnes; Hortense•
Eugénie, reine de Hollande; Marie-Caroline, reine de :\"ap!es; Frédérique-Catherine, reine de Westphalie; Marie•Pauline. princesse Borghèse.

vcment, à force d'argent? Ou le verrait•il lui
échapper comme une ombre glissante et
jamais sùre? Plus d'une fois, il avait arrêté
le projet de le perdre, mais il en avait suspendu l'exécution, pu l'arrière•pensée quïl
aurait eu l'air dele craindre en s'en défaisant.
Les premiers refroidissements sensibles
suryenus entre eux tinrent à des causes tout
humaines.
Une susceplibililé jalouse, donl toul son
génie ne pouvait le défendre, indisposait 1'apoléon co,ltrc les succès lrop marqués de ses
anciens compagnons d'armes ou de ses négociateurs, parce qu'il prétendait résorber tout

vent les termes à son oreille. Il s'était senti
fatigué d'un ministre, à qui l'opinion attribuait tout le mérite des négociations heureuses. C'était une part qu'on lui dérobait d~
sa puissance et de ses facultés géniales. En
éloignant Talleyrand des affaires étrangères,
sous les compensations apparentes d'une
dignité essentiellement décorative, en choisissant pour lui succéder un homme instruit
mais faible, comme l'était Champ33ny, il
avait voulu qu'on s'accoutumât, d~orm3ÎS,
à Lien savoir que lui seul, chef &lt;le l'Élat,
concevait ses plans et en surrcillait l'exécution. Sauf des rappels occasio_nncls, qui ne

i1 conlre-balar.cer par des arnrtissemenls salutaires les conséquences d'une polilique
intempéranlc.
De son côté, Napoléon avait trop de pénétration pour ne pas comprendre qu'il avait
piqué au vif l'amour-propre de Talleyrand cl
que ni l'argent ni les honneurs ne seraient
un baume assez efficace pour guérir ce genre
de blessure, donl le premier effet est de supprimer toute sensibilité de gratitude et Ioule
capacité de dévouement. li en étail d'aulanl
mieux averti qu'il le savait peu scrupuleux
et qu'il en avait eu la preuve, par lui-même,
aux dépens du Directoire. Sa défiance s'était

�H7$T0'1{1.ll
fortement accrue; il la nourrissait et l'entretenait, contre lui, par des motifs sans précisirn qui ne demandaient qu'à s'exhaler en
des paroles de colère. Ils étaient à deux de
jeu. Tallcyrand arail fait ,on compte sur Je
néant d'un zèle sans résultat d'utilité ni pour
les autres ni pour lui-même. Du mécontentement à la froideur, de la froideur à la mésintelligence, de la mésintelligence à l'inimitié profonde, ce furent Jes élapcsfrancbieil,
en peu d'années, de son ressentiment jusqu'à ce qu'il lui eût donné celte joie de voir
à terre l'empereur et l'empire.
c&lt; Celui qui négocie toujours trouve enfin
un instant propice pour venir à seS' fins. 1 i&gt;
Cette heure devait arriver immanquablement, dans le délai qu'avait entrevu Talleyrand, du fond de ses desseins d'intrigue,
dont une partie, bùtons-nous de le dire, tendait à un but sincère de pacification générale.
Les manières d'agir et de parler de Napoléon,
comme elles se prononçaient, de jour en
jour, contre lui-mème, n'étaient pas de nature
à J'en détourner.
Avant que le grand choc n'éclate, bien des
mots sonneront à son oreille, qui ne seront
pas exactement des douceurs. Il devra les
supporter sans avoir l'air de les entendre. Il
n'en modifiera pas d'une ligne son habituel
maintien. Mais s'il possédait une patience à
toute épreuve pour affronter les procédés
blessants, sourire aux impertinences qu'il ne
pouvait pas corriger d'un mot dominateur, ou
dévorer l'insulte quand elle venait de si haut,
il n'y était pas aussi insensible que semblait
l'indiquer le flegme de son attitude. Il fei•
gnait d'ignorer, mais il. n'oubliait poinl.
Savoir attendre était son art.
Napoléon avait conçu une singulière i&lt;lJe
- quelquefois trop justifiie - de la bassesse
humaine, et sur laquelle il se fondait pour
croire que plus on houspille un homme tenu
sous ·mtre dépendance, plus on l'outrage,
plus il vous devient ami, s'il y voit de l'intérêt. Il l'avait pratiqué contre ses frères,
contre de hauts fonctionnaires et des gens de
bas étage. Il eut le tort d'appliquer les mêmes
vues et le mème traitement à.. un Salicclti et
à un Tallej'fand.
La double humiliation que lui avait infligée Bonaparte, d'abord en l'obligeant à contracter un mariage peu digne, ensuite rn
repoussant de la Cour celle qu'on l'avait
presque forcé d'épouser, n'était pas sortie de
sa mémoire; elle y avait déposé les premiers
germes d'une longue rancune. Qu'on ajoute
à ces précédents d'ordre intime les causes
plus générales dont nous arons développé
l'enchaînement, et c'est assez pour s'expli1.. Richelieu , T esfam enl politique.

quer son effort mélhodique à seconder contre Iéon triomphait. D'opposition de principe, il
Napoléon la marche adverse des événements. n'en avait rencontré que chez Talleyrand. Il
Les alfa ires d'Espagnedécidèrenl la rupture . voulut le rendre témoin de son orgueilleuse
Lorsqu'il avait été q•eslion d'envahir la salisfactiorr. li le rappela de Valençay à
Péninsule sans motif de guerre, 'falleyrand Nantes, où il s'était arrêté, à son retour de
n'avait pas craint d'élever la voix, au sein Bayonne :
:&lt; - Eh bien! lui avait-il lancé, à l'une
d'un Conseil d'État asservi, pour condamner
celle entreprise comme impoliLique et dange- des premières conversations entamées sur le
reuse. Après l'insuccès trop certain de cette sujet, eh bien ! vous voyez à quoi ont abouti
aventure de rapt, qui avait débuté par l'inva- ms prédictions, quant aux. difficultés que je
sion de Burgos et de Barcelone, celui qui rencontrerais pour terminer les affaires d'E'il'avait ordonnée voulut en rejeter la faute, en pagne, selon mes vues; je suis, cepen~an!,
grande partie, du moins, sur celui qui l'avait venu à bouL de ces gens; ils ont tous éte pris
déconseillée. Tout au conlraire des déclara- dans les filets que je leur avais tendus; et je
tions de Talleyrand, Napoléon affirmera qu'il suis maitre de la situation en Espagne, comme
avait presque cédé à son instigation en con- dans le reste de l'Europe. n
Il avait pris, en parlant ainsi, le ton mofisquant le lrùne d'Espagne.
Dès 1805, le prince avait eu connaissance queur, l'air sarcastique. Légèrement ému de
du projet, que nourrissait l'empereur, d'y cet excès de conGance, alors qu'on n'en était
remplacer la dynastie des Bourbons par celle qu'au début des événements et que des comdes Bonaparle. li avait pu, tout en ne l'ap- plications graves étaient à craindre, Talle)Tand
prouvant pas intérieurement et en princi~e, ne put se défendre de lui objecter qu'il ne
l'admellre comme un moyen terme, se rallier voyait pas la situation sous la même face et
t1 l'idée d'un arrangement, qui aurait donné qu'à son avis l'empereur avait plus gagné
à la France le territoire situé au nord de que perdu, dans cc qui venait de se passer à
l'Èbre et cédé, en guise de compensation, le Bayonne.
" - Qu'entendez-vous par là? demandaPortuaal à la monarchie espagnole. Les
0
t•il en arrêtant de marcher, de long en large,
moyens
employés ne furent point ceux qu ''l
1
avait prévus, mais des procédés sans fran- à travers la chambre. »
Et son interlocuteur, avec un calme plein
chise, dont il porta condamnation de la mad'énergie,
que nul ne posséda comme lui en
nière la plus formelle : " On s'empare des
couronnes, prononçait-il, mais on ne les présence de Napoléon, reprit, de la manière
escamote pas. " Il l'avait dit avec une égale suivante, sa démonstration :
" - lion Dieu! c'est tout simple et je
netteté au comte Beugnot, qui en a laissé le
vous
le montrerai par un exemple. Qu'un
témoignage par écrit.
homme
dans le monde y lasse des folies,
0
Nul ne l'i nore : la trame fut savamment
ourdie. On ~péra, avec un art de perfidie qu'il ait des maîtresses, qu'il se conduise
consommé, ce dépouillement d'un roi qui mal envers sa femme, qu'il ait même des
était venu, de confiance, rendre des hom- torts graves envers ses· amis, on le blâmera,
mages à un souverain son allié depuis dix sans doute· mais·, s'il est riche, puissant,
ans. Les princes, on les tenait en chartre habile, il p~urra rencontrer encore les in~ulprivée dans Valença.y'. Le trône était va~ant, oences de la société. Que cet homme triche
le territoire inondé de troupes françaises. ~u jeu, il est immédiatement banni de la
Joseph n'avait plus qu'à s'installer. Le pro- compagnie, qui ne lui pardonnera jamais! )J
Le visage de Napoléon bl~mit d'une colère
o-ramme de cette dépossession s'était accompli, de point en point, comme l'avaient réglé muette. li s'abstint de répondre, voulant se
les ordres sans réplique d'une activilé ~ans donner le temps de réfléchir sur la sanction
scrupule. Persuadé que les Espagnols, s'ils qu'appellerait, tôt ou tard, un!:! contenanc~
commettaient la folie de résister, seraient aussi osée. li ne retint pas Talleyrand , qm
incapables de tenir, il considérait déjà comme put retourner à Valençay, auprès de ses
terminées les affaires de la PJninsule et, pir hùtes, les prisonniers de l'empereur.
Il avait gardé le silence, ce jour-là, où l'on
conséquent, les e3lÎmant indignes d'occuper
était
seul à seul. !fais, quelle revanche de
plus longtemps son allenlion, impatient d'en
son
irritation
contenue, celle qu'il se ménagea
reporter l'dfurl sur d'autres objets, contre
l'Autriche, surtout, qu'il se proposait de à son heure aux Tuileries, entouré de ses
faire rentrer dans le néant, contre tous ses grands digni~aires ! Talleyrand n'a pas jugé
adversaires du jour et du lendemain, Napo- bon d'en relever les termes, au courant de
ses souvenirs; une telle réserve se comprend
2. Napoll·on arnit loué cette J.lrOpri~té de_ Ta}leyran!I au prix de 75,000 fra_ncs lie p~inee a1ma1~ le.s plus qu'à demi : il n'aurait eu rien d'agréable
affaires 1io~iti vcs), pour servir de résidence forcec a
à en rappeler.
Ferdinand Vil cl à son frère, l'infant don Cal'los.
FRÉDÉRIC

(A suivre.)

LOUÉE-

Tournebut
-

.

DEUXIÈME PAR_TIE

CHAPITRE PREMIER

Licquet (suite).
En l'absence du notaire Lefebvre qui eùt
pu donner la solution de cet obsédant rébus,
et que CalTarelli ne se décidait pas à faire
arrêter, il restait un moyen de connaître le
secreL de Mme de Combray; moyen odieux, à
la vérité, mais que Licquet, dans son désarroi,
n'hésita pas à employer : c'était de placer
près d'elle un« mouton&gt;&gt; qui la ferait parler.
Il y avait, à h Conciergerie de Rouen, une
femme Delaitre, recluse pour six ans, qu'on
employait au service de l'infirmerie; elle avait
d'assez bonnes manières, s'exprimait bien et
était à peu près du même âge que Mme Ac-quel. li lut facile de s'assurer que celte
femme consentirait, moyennant remise d'une
partie de sa peine, à servir d'espionne à licquet. On parla d'elle à Mme de Combray, en
ayant soin de la présenter comme une ro1alis1e
fanatique « tourmentée pour ses opinions J&gt;;
la marquise témoigna le désir de la voir; la
femme Delaitre joua parfaitement son rôle,
se donna comme ayant été élevée avec
Mme Acquet au couvent des Nouvelles Catholiques de Caen, se dit fort honorée de partager la prison de la mère de son ancienne
amie de pension; bref, le ~oir même, elle
était en mesure de transmettre à Licquet les
confidences de la prisonnière. Celle-ci lui avait
conté comment Mmr. Acquet avait assisté,
sous un costume d'homme, à ~e nombreuses
attaques de diligences; Mme de Combray ne
redoutait rien tant que de voir sa fille tomber
entre les mains de la police : " Si elle est
prise, disait-elle, elle me chargera 1 • » D"ailleurs, la marquise était résignée à son sorti
elle se savait destinée à l'échafaud : " au surplus, le roi et la reine ont péri sur la guillotine; elle y mourra bien aussi' 1&gt;; pourtant,
elle s'inquiétait de sarnir si, au moyen d'une
forte somme, elle pourrait se sauver; du
cheval jaune pas un mot.
Le lendemain, elle insista sur les craintes
que lui inspirait le sort de sa fille; elle aurait
voulu l'avertir ci de changer de costume et
de se placer, comme servante, à dix ou douze
lieues de Falaise )) , revenant toujours à ce
1. Dèclaralion il e la femme Delailre infirmière à
la conciergerie du Palais. Archives nationales, F7 8 Ji2.
2. &lt;1 Elle complc tellcmeul périr, qu'e lle a promis

1804-1809 _ .

refrain : &lt;&lt; Si elle est arrêtée, elle parlera et
je suis perdue. &gt;&gt; De sorte que Licquet se
persuada que, si la marquise attachait tant
d'importance à ce que le cheval jaune ne lùt
pas trouvé, c'était parce que sa décôm·erte
devait indubitablement amener celle de
Mme Acquet. Celle-ci avait, depuis deux semaines, si complètement échappé aux recherches du capitaine Manginot et de toute la
gendarmerie du Calvados que Iléal était convaincu de son passage en Angleterre. - &lt;1 Les
pêcheurs de la côte, écrivait-il, sont si mal
snrveillés 3 ! l&gt; Or, .sans d'Aché, sans Mme Acquet, point de procès possible : l'arortement
des poursuites, en divulguant la force de
l'organisation du parti royaliste et l'impuissance du gouvernement, donnerait pleinement
raison à l'indolente neutralité de Calfarclli;
en revanche, Licquet savait bien qu'un insuccès serait la fin de sa carrière : il a\"ait
fait de l'alTaire sa chose; son préfet, Savoyef\oHin, ne le suivait qu'à contre-cœur, tout
prêt à le renier en cas d'échec; Réal luimême prenait des précautions pour sacrifier
au besoin un subordonné si compromettant
et, aux lettres de ton amical, émanées du
ministère de la police, succédaient maintenant des ordres secs qui présageaient la défaveur : " Il est indispensable de découvrir la
retraite de Mme Acquet; - il faut procéder
dans le plus bref délai à l'arrestation de
d'Aché- et surtout trouvez lechernljaune ! l&gt;
Comme si la marquise se fût complue à
accroître le désarroi où l'évocation de cette
bête fantôme jetait son persécuteur, elle continuait à griffonner de sa haute et rude écriture, sur des chiffons de papier que le concierge était chargé de ti:;ansmettre au notaire,
toujours absent, d'ailleurs :
Il y a un grand cmlnrras : le clicral jaune est
dénoncé pour manquer. Je p1·endrai le parti d'envo~·er un homme bien Slll' et spil'ituel il l'endroit
du cheval pour en prévenir les habitants et faire
tuer le cheval, ù douze lieues de l'endroit et le
dépouiller ensuite. Mettez•moi par écrit la toute
qu'il faut qu'il 1irenne, les personnes auxquelles
il f:iut s'adresser pour arriver san s foire une seule
de mande. Il est fort et homme à faire quinze
lie ues par jour. RéJJonclcz-moi.

Pour trouver &lt;&lt; cet homme bien sûr et
spirituel » Aime de Combray avait eu recours
à la femme Delailre, laquelle, sur le conseil
â la dé clarant e de lui fa ire cadeau de son ajustement
le jour oll c lic montera à. la guillotine, ce à quoi r,lle
s'aHend . » DCclaration de 111 femm e Del,1ilre.

de Licquet, arniL offert le concours de &lt;1 son
mari, honnête royaliste » qui, en réalité,
n'existait pas; mais Licquet tenait un de ses
agents prêt à jouer le rô1e de ce personnage
fictif et à se mctlre en quèle du cheval dès
qu'on serait fixé sur l'endroit où il était
caché. Sur ce point, comme sur d'aulrcs,
Lefebvre s'obstinait à ne pas répondre, et
pour cause, et Licquet se trouvait obligé
d'avouer sa déconvenue à Iléal : - " La difficulté n'est plus d'intercepter les lettres des
détenus, écrivait-il, mais elle consiste à y
répondre dans un sens tellement juste qu'ils
puissent s'y méprendre. Cela commence à
devenir très embarrassant à cause des imbroglios que chaque jour nous amène. Vous
aurez, Monsieur, à m'accorder une bien
grande absolution de tous les péchés que celle
circonstance me fait commettre; au reste,
toute ruse est permise en amour comme en
guerre, et bien certainement nous y sommes
avec les méchants 4 • » Ce à quoi Réal répondait : - c&lt; Je ne puis croire que le cheval
n'ait servi qu'à la fuite de !lme ,\cquet : on
ne conseillerait pas l'étrange précaution de
lui faire faire un voyage de douze lieues, de
le tuer et de le dépouiller ,ur-le-cbamp. Ces
craintes vous annoncent l'existence de quelque
délit grave pour lequel ce cheval aura servi
et que son existence peut faire dévoiler. li
faut savoir l'histoire de cette bête; depuis
quel temps elle appartient à Mme de Combray, quels étaient ses maitres auparavant 5 . &gt;J
Et Licquet avait beau jurer qu'il était à bout
de ruses et d'inventions, on lui répliquait invariablement: - c&lt; Trouvez le cheval jaune! 1&gt;
Il en était déj~t à maudire son propre zèle,
quand un incident inespéré lui rendit la confiance et l'énergie: Lefebvre, arrêté à Falaise
dans les premiers jours de septembre, venait
d'être écroué à la Conciergerie de Rouen :
c'était là une nouvelle carte qui, bien joriée,
pomait rétablir la partie. li fut facile de faire
écrire par Mme de 8ombray un billet daos
lequel elle insistait une fois de plus pour
connaître (( l'adresse exacte du cheval &gt;J , et le
notaire répondit, sans méfiance, au verso du
feuillet :
Che; La1we, à Glatigny , 11ri!s d e Brei/ailli:-s111·-Dit•1'~.

Chez Lanoë! Comment Licquet ne l'avait-il
pas deviné! Ce nom, si fréquemment cité
. Archi r cs nati onales, F1 8170.
. Archives nationales, F 7 8172.
. Archî\·cs nalîonales 1 F' 8110.

�. _____________________________________T

111STOR,.1.ll
dans les déclarations des inculpés, n'avait
pourtant point retenu son attention. C'était là
bien certainement qu'était cachée Mme Acquet
et, tout de suite triomphant, il expédia à
Réal un exprès pour lui annoncer l'heureuse
nou\'elle: en même temps il mettait en route
vers Glatigny deux agents adroits 1 : ils partirent de Rouen le 1:; septembre et les heures
parurent longues it Licquet en attendant leur
retour. Trois jour~, cinq jours, dix jours se

Il

fous vo1ez que mon commissionnaire rst d'expétlition. J'en re.;.ois par occasion sùre une l1·tlrc.

Il a été chez la femme L:moë, a lroun~ le cheral,
a monlé dessus, a foit cinq à six lieues, l'a tué et
;1 emporté la peau. li m'en en,·oie les crins dont
je parlagr. avec vou,; moitit! pour _,,ous faire \"O!r
b ,·érité · ainsi sovez s,ms inquiétude. Je v:i1s
l'crire à S0~-cr pom~ qu'il dise qu'il ~ Yendu le
cheval 550 li,•rcs à l'{&gt;poquc de la Gmbra~, à un
1

marchand.
Dans sa joie d'ètre délivrée de son caurhcmar, la prisonnière écrivait le même jour à
Colas, son valet d'écurie, écroué, lui aussi, à
la Conciergerie :

être l'une des péripéties iraient rejoindre,
dJns les cartons des affaires à classer, toutes
les tentatives du même genre dont la police
ùc Fouché renonçait à rechercher les auteurs
insaisis-=ables, lors1u'un incident inattendu
réreilla la verve de Licquet et lui suggéra
l'idée d'une nouvelle machination.
CHAPITR,E Il

Madame Acquet.

passèrent sans qu'il reçût de leurs nouvelles;
pour s'aider à prendre patience, il s'occupait
à cuisiner - c'est le terme de police consacré - le notaire Lefebvre : une correspondance suivie s'était établie entre Mme de
Combray et celui-ci ; mais il montrait dans
ses billets, aussi Uien que dans ses interrogatoires, une défiance exlrême!. Licquet
s'effarait mème à la pensée que le prudent
notaire n'aurait pas indiqué l'asile du cheval
jaune s'il n'était bien persuadé d'avance que
celle pi~te ne pourrait conduire à rien . Aussi
le policier, qui jouait son va-tout, vécul-il
dans l'angoisse les deux semaines que dura
l'absence de. ses agl'nts. lis rCparurent enfin,
déconfits et na,rés, trainant le cheval jaune
fourbu et amenant une sorte de colosse,
« assez semblable à un grenadier 3 )) , qui
n'était autre que la femme de Lanoë. Le récit
des émissaires de Licquet fut aussi court que
décevant. En arrirant à Ilretleville-sur-Dires,
ils s'étaient présenlés, avec mille précantiom:,
à la ferme de Glatigny et n'y avaient pas
trouvé Lanoë. que Caffarelli a mit arrêt6 quinze
jours auparavant. Seule, la fermière les avait
reçus et, dès leur première question, les avait
conduits à l'écurie du fameux chenil, ravie
d'ètre débarrassée de celte Lête affamée qui
consommait tout son fourrage. Les agents
avaient poussé jusqu'à Caen et obtenu du
préfet l'autorisation de converser avec Lanoë:
celui-ci avait reconnu sans difficulté que le
cheval lui avait été remis, à la fin de juillet,
par Lefebvre, revenant de Tournebut; mais il
s'~tait défendu de connaitre la retraite de
Mme Acquet. A l'en croire, celle-ci élait
et prisonnièr~ de sa famille &gt;&gt; cl jamai~, sans
doule, on M la dPcouuirait, tout le pa1s de
Falaise étant vendu à M. de Sainl-LéonarJ,
maire de la l'ille, qui s'était déclaré le protecteur de sa cou~ine.
On renvoya à Glalign)' la femme Lanoë,
mère de trois enrants en bas âge, mais on
garda à Rouen le cheval, dans le vague espoir
que Ja présence de ce « témoin muet » amènerait quelque révélation : même Licquel
prit le soin de lui couper quelques poils qu'il
tit passer, précieusement empaquetés, à
Mme de Combray, lui laissant croire que cet
envoi provenait du fidèle Delaitre auquel eUe
a\'ait confié le soin de faire disparaitre l'animal compromettant. Le soir même, la nnrquise, rassurée, adressait au notaire ce billet:

Ainsi finit l'histoire du cheval jaune : il
termina sa mystérieuse od)'Ssée dans les écuries du préfet Saroye-Rollin où Licquet venait
souvent le visiter, comme s'il ellt pu lui arracher son secret. Car il lui restait un doute :
la phrase de Iléal le poursuivait : Si ce cheMl n'amil servi qu'ù. la fuite de Mme Acquet, on ne conseillerait pas fétrange précaution de lui faire (afre un 11oyage de
douJe lieues, de le tuer et de le dépouiller
sur-le-cliam1J. Aujourd·hui même qu'on peut
aisément pénétrer les dessous de l'intrigue, il
reste là une sorte d'énigme. Le cheval n'avait
pas servi à Mme Acquet, puisque nous savons
que, depuis le Yol du 7 juin, elle n'avait point
quitté la région de Fàlaisc : le notaire L~febvre l'avait monté, il est vrai, pour reYemr
de Tournebut; mais était-:-e une circonstance
à dissimuler avec tant de soin? Pourquoi la
marquise, dans ses lettres confidentit·lles, insiste-t-elle à ce poinl? - Dites que le notaire
est rentré chez. lui à pied, e~l une phrase
qu'on retrouve à chacun de ses billets; puisqu'on ne faisait pas m)'S tère du rnyage, la
façon dont il s'était eficctué n'était-elle pas
indifférente?
li resta donc là une part d'inconnu et Licquet ne s'en consola pas : ses ruses n'avaient
amené aucun résultat; d'Aché restait inlrouvable. Mme Acquet avait disparu; son signalement avait été vainement adressé à toutes
les brigades de gendarmerie'. Manginc,t,
désespérant de réussir, renonçait à la poursuivre, et Sa\'Oie-11ollin lui-même &lt;( était délerminé à tout suspendre~ •. Telle était la
situation dans les derniers jours de septembre; il était bien probable que le l'Ol du
Quesoay et le grand complot dont il semblait

La réclusion, l'isolement, les angoisses
n'avaient en rien modifié la rude nalure de
Ja marquise de Combray. Celte femme, accoutumée à la vie de cbàleau, s'était, dès le premier jour, accommodée de l'existence des
prisonniers, sans rien perdre de son caractère hautain et despotique; ses illusions
mêmes restaient intactes. Elle se figurait
diriger encore, du fond de rnn cachot, ses
affidés et ses agents qu'elle considérait en
bloc comme des serviteurs, sans se douter
que la liberlé d'écrire dont elle abusait n'était
qu'un piège tendu à sa vanité ingénue. En
moins d'un mois el!e avait adressé à ses
codétenus plus de cent lettres qui, louté::,
étaient passées par les mains de Licquet : à
l'un elle dictait les réponses qu'il avait à
faire; à l'autre elle conseillait le silence,
s'érigeant en juge absolu de ce qu'ils devaient
dire ou taire et ne pournnl s'imaginer qu'un
seul de ces pauvres gens pût préférer la vie
au bonheur de lui obéir. Elle eût traité d'imposteur quiconque lui eùt affirmé que tous
ses comp1ices l'avaient abandonnée, que Soyer
s'était empressé de dévoiler les caches de
Tournebut; que Mlle Querey avait dit cc
qu'elle avait vu; que Lanoë importunait Caffarelli de ses incessantes révélations, et que
Lefebvre, qui ne se taisait plus que par prudence, était tout prèt, pour sauver sa tète, à
raconter plus qu'il ne savait.
La marquise ignorait toutes ces défoctions :
Licquet avait créé autour d'elle une atmosphère à ce point artificielle qu\,Jle vivait
dans l'illusiou de sori importance d'aulrdois;
convaincue que personne ne l'égalait en finesse
et en autorité, elle considérait le policier
comme un homme assez spirituel pour un
petit bourgeois, mais qui, dès qu'elle voudrait s'en donner la peine, tournerait tout à
sa dévotion. Et Li,·quet, avec une habileté
quasi géniale, pénétra si bien l'àme altière
de la marqui~e, il fot si parfait comédien
dans sa façon de se tenir devant elle, de lui
parler, de la regarder d'un air d'admiration
soumise que, sans étonnement, elle se persuada qu'il était très disposé à la servir; et,
comme elle n'était pas femme à prendre des
ménagements avec les gens de cette espèce,
elle lui dépêcha tout nellement le guichetier
pour lui proposer une somme del 2.000 francs,

1. « ~lme de Combray, qui ignorait effccti,·ement
où le chev3.\ et ~a fille Cloient cachés, l"a dcmundé à
son fils Ilon11œil, qui ne le s.'.l.it pa~ non p!us. 011 o
essnyC de faire pns5cr le liiliet de )lme de Comlir:J\'
au notaire, qui, dè sa m.1în, a êcrit sur !e dos !"adresse
de la J"cnuue el du cheval. On a mi5 imméiliatcmenl
à leurs 1rous~es des hommes bien a1lroits. » Lellrc

de l.icqurt a fiéal. Archives nationales, F7 8 li'1.
~. (\apport de J.icqueL au préfet Je la Seiue-lnl"érieure. Archives natio11ales, F7 8170.
3. ~ote de Licqur.:l. Archi,'es nationales: Fi 811_0.
4. Le préfrt &lt;lu Calvados à ncal. Archives nn\lonales, f,'7 ~L 7'1.
5. , Au moment de fermer ccll.::: lellre arrivcnl

les principaux agents _1_1ue j'ar:iis Cll\'OJ~~ chez Lanoë.
Le comple remtu qu ils me font me fait renoncer à
emoyer de nouveau il. Falaise oU. l'on ne peul plus
espérer de trouver Mme Acquet. M. Savoye•Rollin
vous fera connaitre !es motifs qui l'ont delerminé à
lout suspendre. » l.ellre de Lic11uet à R1!al, 21 sep1.
1807. Archives nationnles, F7 817'2.

Xe l'ennuie p:n; as-tu bt·soin d'argent'! Je te
douze francs. Le maudit chernl : il
m'en a envc,ré du poil. Je t'en fais tenir pour
que tu le rccÛnna:sscs; brùle cc billet.
fefai passer

Et à sa femme de chambre, Catherine
Querey :
Le cheval est tué: mon commlssionn.1ire a 1iris
la peau el l'a brùlée. Si on mus inlerroge sur un

cheval qui a manqué, vous direz qu'on l'a vendu ....
)la maudile fille me donne Lien du mal.

OU'J(J\/'E1JUT - - ~

dont moitié comptant, s'il consentait à entrt."!r qui n'existait, comme 01 le sait, que dans· .-se1'\'Îcc qu'on réclamait de lui et de Jui tran~dans ses intérêts 1 • Licquet se montra tr~s son imagination; elle avou l ne pas le con- mettre trois leures que Mme de Combray
reconnaissant, très honorJ, accept:1 l'argent, naitre perrnrmellement, étanl entrée en rela- \'oulutécriresur-le-champ. La première et très
qu'il d!porn à la caisse de la préfecture, et il lions avec lu'i par l'intermédiaire de la femme confidentielle était adressée au bon Delailre luiput lire, d,'s le jour mêmèmc; la seconde devait
me, un Lille! par lequel
èlre remis(\ au moment de
Mme de Combray annonçait
l'embarquement, à ~Jaugé,
à ses complices lï1eurcusc
homme d'affaires à Sainlnouvelle : /( Nous avons le
V,der~ 3 , qui de\"ait fournir
petit secrilaindans notre
l'argent nécessaire à l'exism,a11c/œ 2 • ••• l&gt;
tence de la fugitive en AnAh l les bonnes causeries
gleterre; la troi~ième lettre
qu'échangèrent Licquc-t et
accréditait Delaitre auprès
la prisonnière, devenus
de !lme Acquet. La maramis! Dès le premier enquise ordonn:iit à sa fille
tretien, il put se convaincre
de suiue l'honnête palron
qu'elle ne connaissait pas
qu'elle lui présentait comme
la retraite de Mme Acquet:
un am1 éprouvé : elle la
mais le notaire, enfin ~orti
suppliait, dans son intérêt,
de son mutisme, n"avait
daas celui de tous leurs
point caché qu'on pourrait
amis, de s'expatrier sans
la découvrir en s'adressant
perdre un jour et elle terà une blanchisseuse de Faminait en prôrnel tant, en
laise, nommée Mme Cha ucas qu't'lle obéit immédiavcl - et Licquet transmit
lcment, de subvenir largeaussitùL ce renseignement
ment à tous ses besoins;
à Mme de Combray, lui
puis elle signa et remit ;,
r('présentant amicalement
Licquet les trois Lillets, en
les dangers qu'entraînerait
l'accablant de témoign~gcs
pour elle l'arre~tation de sa
de rccounaissance.
fille et insinuant qu'il n'y
li ne restait au policier
aurait pas de sécurité à esqu'à se procurer un faiu·
pérer tant que Mme Acquet
Delaitre, puisque Je Yr:ii
« dont le gournrnement,
n'e:xi~lait pas : il fit choix
disait-il, a,•ait mis la tête à
d'un agent iutdligent et de
prix 1) , ne serait pas réfuprestance congrulnle pour
gitie én Angleterre.
lequel il dressa un passeL'idée plaisait à la marport détaillé et il l'expéquise; mais qui se chargedia, muni dt"s leltres de la
PALAIS DE JUSTIC E DE ROUE.'/ : EXTERIEUR UE LA SALLE DES PROCt.,REt.:RS.
rait de découvrir 1a fugitive
marquise, à }-i'alaise pour
D'apres le dessin de T. DE ]OLl)LO:-IT.
et de présider à son emLars'aboucher avec la blanquemenL? A qui, dans la
chisseuse. Cinq jours plus
situatio:1 désespérée où clic se trouvait, ose- D,dailrc, l'iuGrmière qu'on avait placée près tard, le faux Oelailre rentrait à Rouen;
rait-elle se fier? Licquet semblait désigné : il d'elle; mais elle savait qu'il était le mari de les Chauvel, sans déGance aucune, au rn des
se récusa pourtant, alléguant qu'un homme celte femme, patron d'une barque à Saint- lettres de )[me &lt;le Combray, avaient fait à
dél'oué, porteur d'une lettre de Mme de Com- Valery-en-Caux et, par surcroit, parent du l'émissaire de la mar4uise l'accueil le plus
hra)', serait tout aussi bien accrédité et la pauvre Haoul Gaillard, dont la marquise gar- chaud; le gendarme pourtant n'approuva pas
marquise ne don tait pls que sa fille ne suivît dait, au milieu de ses malheurs, un souvenir d'abord l'idée du passage en Angleterre;
aveuglJment ses recommandations, appuyées attendri.
Mme Acc1uet, disait-il, est à Caen, bien
d'une somme surfi;anle pour srjourner à
Licquel écoutait avec le plus grand sérieux cachée, et personne ne rnupçonne sa rclrailc :
l'élranger en allendant des jours meilleurs. sa victime débiter l'histoire de ce personnage à quoi bon l'~xposer aux hasards, toujours
fiestait à trouver l'homme détioué; la mar- fictif que lui-même avait inventé; il assura périlleux, d'un embarquement dans un port
quise n'en connaissait qu"un, celui qui, tout que le choix était excellent, qu'il connais~ait très surveillé. Pourtant, comme Delaitre inrécemment, aYail consenti, sur sa demandr, de longue date le patron Delaitre pour ua sistait, disant qu'il avait re çu de Mme de
à rechercher le cheval jaune, qui l'avait tué, homme d'une loyauté à toute épreuve. Comme Combra)' une mission dont il de\'ait s'acquitdépouillé, aaéanti, et qui s'était, si habile- il ne pouvait être queslion d'introduire ce ter, Chauvel, que son service retenait à
ment, disait-elle, acquitté tle sa mission; elle comparse dans la prison - et pour cause Falaise, donna rendez-mus au patron pour
ne tarit pas d'éloges sur cet honnête compère, Licqµet Youlut bien se charger de l'avertir du le 2 octobre à Caen 4 ; il voulait le présenter
1. « ~lme de CJmbray, füli:le à son système de
co1Tu11lion, a d~po~è dans les mains J.u guichelie1· une
somme de ti.O"UO füres â compte sur cc!le de
12.0LIO li1Tes. Je l'ai fail po1·1er au même monienl .i
!a pr&amp;fccturc. » l.-ett1'e de _Li~quet à nea\. Quelques
plus tard L1c11uet écr1ra1t ou mf·m e : o: J'ai eu
jours
'honneur de vo1B annoncer la remise à fa prCfccturc
d'une somme de 6.000 Jil-res que Mme de Comliray
~êsirait employer à. 1,ne ~orrompre : j'ai égalcrnenl
1honneur Lie vous prcremr que celle dame vient ile
compléter par un second cuvoi celle de Jt.000 füres
~u'elle m·a,·a1t foil offrir .... Le tout est à b disposition de ~I. de Hollin. i Archi,·es nationali?s, fi 817:l.
. .'1. ~illcl de ~lme de Combrn)· à Colas, son garçon
J ecune.

;:;. , Monsieur quelle 3. été ma surprise, lorsque
j'ai èlé à Caen, d'apprrndre que ma fille c:idellc, uon
contenl_e du chagri11 qu'elle m"a donné jusqu'à pl"l'sent, vient d"v mettre le comble en volanl une dili•
g1•nce 3\'CC u~1e douzaine de m3uvais sujets coinmc
elle. On m·a arrêlée comme complice peut-être, ou
att moins connai~sant sa demeure, Cllr ,·ous j1Jg-ez
combien elle est recherchée. 11. Oebitre \'eul bien
me rendre Le service daller la chercher et de la
raire parti1· ~oil à Jersey ou en Angleterre: niais
obligez-moi de lui rcmellre la somme de 3.000 lines
pour lui tlonner les moyens de ,·ivre .. .. Lï10nnêle
homme qui m'oblige se nomme lle\aitrc; vous pourrez
lui donner toute confiance. »
•'- « Quelle con,·ersolion clllcs-rous a\·ec ce 5ienr

Delailre"!-11 me dit que Mme de Combray l'avait
chargé JC venir chercher ~lme Acquet pour la conduire à Saiut-Valery, et Jlom· mïnspii-('r ile la cou.
finncc, il aJouta qu'il an11L de grandes obligations a
)lmede Combray. Je lui rêpondisquc ma sœur ne poumit pas se clwrgcr de l:i mi5sion Lie Mme de Com!Jra v
et qu"à la sollicitation tle toute ma fJrni!le, je pren·drais des informations pour tlCcouvrir Mme Acquet et
lui fnirc connailre la ,·ulonlè de i;a mére. C'étail u11
dimanche et je lui donnai rendez-mus le \"Cndredi
s11Îvtlt1l il rhùtel du l'ure, faubourg \':iucclles, â Caeu.
Je lui obs~nai que Mme Acquet 1ùvail p:is d"argenl
P.OUJ' payer les petites dctt~s qu'elle 1murait aYoir :
tl me dcmand.'.l. s1 10U francs sulfiraicn t. » l11trrroga1oirc de Cliauvel, 29 odobre 1808.

�r-

111STOR,.1.Jl

Six semaines auparavant, en quittant Fa1aisP,, le 25 août, après l'interrogatoire que
lui avait fait subir Caffarelli, ~lme Acquet,
ignorant encore l'arrestation de sa mère,
avait le projet de gagner Tournebut pour s·y
cacher pendant quelque temps, puis de se
rendre à Paris, où elle espérait retrouver Le
Chevalier. Elle trainait avec elle sa troisième
fille, Céline', enfanl de six ans, dont elle
comptail se débarrasser en la plaçant dans la
pension que tenaient à l\ouen les dames Du
Saussay et où se trournient déjà les deux
ainées; la femme Normand, sœur de Chauvel,
l'accompagnait 2 •
Elle alla d'abord jusqu'à Caen, où elle
devait prendre la diligence, et se logea chez
Dessin, à la Coupe-d'Or, rue Saint-Pierre.
Chauvel y vint le lendemain pour dire adieu
à son amie; ils dinèrent ensemble. Tandis
qu'ils étaient à table, un homme, que le gendarme ne connaissait pas, entra dans la salle
et adressa quelques mols à !lme Acquel qui
passa avec lui dans la chambre voisine. C'était
Lemarcband, aubergiste à Louvigny, l'hôte
habituel et l'ami d'Allain. Chauvel, que cet
aparté inquiétail, voyant approcher l'heure
de la diligence, ouvrit la porte et prévint
~[me Acquet que le moment était venu de se
mettre en route; à Sl grande surprise, elle
répondit qu'elle ne partail plus, de graves
intérèls la retenant à Caen. Elle le pria de
conduire la lemme Xormand el la petite fille
jusqu'à la voilure et lui indiqua l'adresse
d'un homme d'affaires de Rouen auquel l'enfant pomail être remise. Le gendarme obéit.
Lor~que, une beure plus tard, il revint à la
Coupe-tl'O,·, Sl maitre~se avait quitté l'auberge. Il reprit tristement le chemin de Falaise.
Lemarchand, instruit du passage de
Mme Acquet, était venu l'avertir, de la part
d'Allain, qu'on avail trouvé pour elle « un
logement où elle serait en sûreté et que, si
elle voulait ne pas partir, elle n'avait qu'à se
rendre, la nuit venue, sur la promenade
Saint-Julien, où quelqu'un l'aborderait pour
la conduire à son nouvel asile ~. &gt;&gt; Peut-être
bien qu 'à cett~ oll're obligeante était venue
s'ajouter quelque menace de la dénoncer si

elle quittail le pays : toujours est-il qu'on
sut 1a décider à différer son voyage. Vers dix
heures du soir, suivant l'avis de Lemarchand,
elle gagna seule le cours Saint-Julien, se promena quelque temps sous les arbres et, avisant deux hommes installés sur un banc, elle
vint s'asseoir à côté d'eux. On s'observa d'a~
bord réciproquement sans mot dire; puis,
l'un des inconnus, prenant la parole, « lui
demanda si elle n'attendait pas quelqu'un ».
Sur sa réponse affirmative, ils se concertèrent
un moment, puis déclinèrent leurs noms :
c'était l'avoué Vannier et Bureau de Placène,
deux intimes de Le Chevalier. Mme Acquel se
nomma à son tom\ et Vannier, lui offrant le
bras, la conduisit chez lui, rue Saint.Martin.
Le lendemain on tint conseil en dJjeunant.
Lemarchand, Vannier et Bureau de Placèrc
se montrèrent très empressés à retenir
Mme Acquet : elle pouvail, disaient-ils, être
assurée de l'impunité tant qu'elle ne sortirait
pas du départemenl du Calvados: ni le préfet
ni les magistrats de Caen ne se souciaient
dïnstruire l'affaire, les hobereaux de BasseNormandie se déclaranl solidaires de la famille
de Combray qui se trouvait, d'ailleurs, alliée
à toute la noblesse de la région. Telles étaient
les raisons que les trois compères faisaient
valoir; mais leur véritable mobile n'était, au
fond, qu'une question d'argent. lis se figuraient que Mme Acquel avait la libre disposition du trésor enfoui chez Buquet et qui se
monlail encore à plus de 40.000 francs . En
la voyant prêle à rejoindre Le Chevalier, persuadés qu'elle portait à son amant le reliquat
des fonds volés, ils avaient cru bon de confisquer au passage la femme et l'argent
auquel ils se croyaient des droits : Lemarcband, comme ami et créancier d'Allain;
Placène, à titre de caissie1· des chouans.
L'avoué Vannier, lui, en qualité de li&lt;1uidateur des deltcs de Le Chevalier, s'élait olferl
à garder ~fme Acquet prisonnière jusqu'à ce
qu'on eût réussi à lui soutirer, écu par écu,
toute la somme.
t
La ,,ie que mena chez Vannier la malheureuse en proie à cc trio de faquins fut un
calvaire d'humiliations et de déchéances.
Quand l'avoué comprit que non seulement sa
prisonnière n'avait pas un sou vaillant, mais
encore qu'elle ne disposait nullement du
trésor &lt;les Duquel, il fut pris d'une furieuse
colère et la menaça tout nellement de la
livrer à la gendarmerie 4 : il lui reprocha« ce
qu'elle mangeait», jura que, d'une façon ou
d'une autre, « il saurait bien lui faire payer
pension et que, certes, il ne continuerait pas
à la nourrir gratuitement ». La pauvre
femme , qui avait cmplo)·é ses derniers louis à
pa)'Cr, dans la diligence de Jlouen, la place
qu'elle n'avait pas occupée, écri\it, dans les
premiers jours de septembre, à Lefebvre
pour le supplier de lui envoyer un peu d'ar-

gent : lui, du moins, avait reçu sa large part
du vol et aurait dù se montrer généreux;
mais il répondit sèchemenl qu'il ne pouvait
rien faire pour elle et qu'elle eùt à s'adresser
à Jo,epb Duquel ' ·
C'était bien à cela qu'on voulait l'amener.
C'est Vannier qui, brutalement, lui enjoignit
de tenter, au risque d'être arrêtée, l'expédition de Donnay pour en rapporter de l'argent, et Lemarchand, pour ne pas 1a perdre
de vue, résolut de l'accompagner.
Mme Acquet lassée, asservie, consentit à
tout ·ce qu'on eiigea : vêtue comme ~une
mendiante, elle reprit le chemin de ce domaine de Donnay où jadis elle avait régné en
souveraine maîtresse; elle revit les longues
avenues au fond desquelles se dressait,
encore imposante, en dépit de sa décrépitude,
la façade du chàteau dominant les trois terrasses du parc : elle en longea les murs pour
gagner la chaumière des Buquet où Joseph,
caché dans les bois voisins, revenait parfois
afin de surveiller son trésor. Elle le surprit
ce jour-là chez lui, le supplia de lui venir en
aide; le paysan fut inflexible; pourlant, elle
obtint une aumûne de cent cinquante francs
qu'il lui compla en pièces de douze sous et en
monnaie de billon 6 • De retour à Caen, le
soir, .Mme Acquet remit fidèlement l'argent à
Vanmer, ne se réservant qu'une quinzaine de
francs pour prix de sa peine; encore dut-elle
subir l'outrage des allusions obscènes de son
hàte au moyen dont elle avait dû se sen·ir
pour extorquer à Duquel celle somme dérisoire. Elle supportait tout) impassible; sou
indifférence ressemblail à de l'hébétement;
elle ne paraissait plus avoir conscience de
l'horreur de sa situation, ni des daogers auxquels elle était exposée. Ses meilleures journées se passaient en promenades autour de
la ville avec Chauvel, auquel elle donnait
rendrz-vous et qui \'eoait de Falaise passer
quelr1ues heures avec elle; ils gagnaient un
village voi~in, déjeunaient dans une guinguelle et reprenaienl à la brune le chemin de
la ville.
Allain lui lémoignail égalemenl quelque
intérêt; il vivait caché dans les environs de
Caen, et venait quelquefois le soir conférer
chez Vannier en compagnie de Ilureau de
Placène et d'un avocat nommé Robert Langelley, avec lequel l'hote de MmeAcquel élail
en relations d'affaires. Tous était également
besogneux et passaient leur temps à imaginer les mo)·ens de faire rendre gorge à
Joseph Buquet. Allain n'en prônait qu'un qui
fut adopté : il s'agissail de retourner encore
une lois à Donnay. Mme Acquet serail du
voyage et lttcherait d'attendrir le paysan; s'il
refusait d'indiquer la cache de l'argen l, Allain
sauterait sur lui et l'étranglerait. ...
C'était vers le 25 septembre; on partit un
matin de Caen. Mme Acquet avnit donné

1. a. Du 27 fl oréal , an IX de la rCpubliquc française, acte de naim ncc de ,)Ia.ri c-Cé li11c-Od~vic1 née
ledit jour à sept heures du matin, fill e de Louis Acquet
el de Caroline-ll ê!îe. Têmoins : Pons et Duparc,
Suivent tes siçnalurcs . \) ArchiYCS de la mairie de
Uonnay, Calvactos.
2. , ~!me Acquet me dit ell e-même qu·eue alfo.il

à Paris et qu·cll c mcllrail sa fill e rn com'enl en passant par Rouen. » Interrogatoire de Cham·el.
S. Dédarali on de J!inc Acquet , 12 décembre ·1807.
Archives nationales, Fi 81i0.
If. Rapport de l'arrcstalion de la J arne Acquet.
Arclti\'es nationales, F1 8172.
J. « Quanl au notaire, c'est un J.. . F.. ,. Il a refu sé

J e J'arge~L à ~!me Acquet qui manquait des clioscs
les plus necessaarrs. Il a pourlanl touché 10.000 fran cs
du _vol. ~! est .v rai que c'est d~ rarge11t que Le Chc"altcr lw den1l. &amp; Rapport de I arrestation de la darne
Acqu et.
6. Acle c1 ·aceu5lllÎ011 cl dCclaraliun de Jlme Aeque t
12 décembre 1807.
'

lui-même à Mme Acquet et assister sa mai-,
tresse dans cette circonstance d'où allait'
dépendre tout son avenir. Et c'est ainsi quele jeudi 1er octobre, Licquct, sûr du succès,
installail dans la diligence partant pour Caen,
le faux capitaine Delaitre, auquel il avait
adjoint, pour plus de sûreté, un neveu du
même nom et un domestique, chobis tous
deux, avec soin, parmi ses plus madrés collaborateurs; le lendemain, les trois espions
descendaient à Caen, à l'hôtel du Parc, faubourg de Vauce1les, où Chauvel avait fixé le
rimdez-vous et promis d'amener Mme Acquet.

1

rendez-\'Ous à Jos:eph chez un fermier nommé jours maintenu à la geôle de Caen: de l'a,,is de escalier fort sombre. C'était une pauwe
Halbout, dont la maison était située à l'écart tous, Mme Vannier élait sa maîtresse et allait chambre sous le toit, prenant jour pn.r deux
du village de Donnay. li vint à l'heure fixée; chaque jour le voir dans son cachot li passait petites croisées el dont rameublement était
mais, comme il approchait avec circonspection, pour être un espion du gourernemmt et Pla- des plus mesquins; Cham•cl vint l'y voir le
craignant quelque guet-apens, il aperçut Allain cène prétendait que Vannier recevait de l'ar- lendemain et c'esl là qu'elle apprit de lui
dissimulé derrière une baie et, t&lt; pris de gent pour le tenir au courant des agissements l'arrivée très prochaine du patron Belaitre,
de Mme Acquet. Langclley, de son côté, affir- envoyé par Mme de Combray pour la sauver
peur, il dévala à toutes jambes ».
li fallut donc reprendre, les mains vides, mait que Placène était un fripon et que, cl lui procurer le moyen de passer en Anglele chemin de Caen et alîronter la colère de « s'il avait déjà louché ,a bonne parl du roi, terrtt. Mme Acquet ne manifesta ni répuls.ion
Vannier qui accusait sa pensionnaire de com- il recevait au moins tout aulant d'argent de ni joie; elle s'étonna que sa mère pensât à
elle: mais il semble qu'elle n'allacha pas
plicité avec les Buquet pour faire aYorter la police 11 .
La pauvre femme qui formait le pivot de grande importance à cet incident qui dc"ait
toutes les tentatives. On tint de nouveau conseil, et, cette fois, Chauvel y fut admis; lui ces intrigues n'était pas davantage épargnrü décider de sa desti11ée. Une seule idée l'obséaussi avait un plan : il proposait dese rendre par ses indignes complices. Après Joseph Bu- dait; trouver une retraite qui lui permît
en uniforme à Donnay avec Mallet, l'un de ses quet, après ChauYel, tous se soupçonnaient d'échapper à l'odieuse tutelle de Vannier; et
camarades; Langelley jouerait le rôle du com- réciproquement d'a\'OÎr été ses amants : Lang1~lley, très surpris de la lrouver chez la
missaire de police : « ils arrèteraicnt Duquel Vannier se serait aimi payé de son bospitalitl!; dentellière, ,·oyant sa perplexité, olfril de la
comme pour lecomple du gouvernement; s'il l'avocat Langelley et le genJarme Mallel lui- conduire à une mais:on de campagne qu'haconsentait à dire où élait l'argent, on lui même auraient taxé à ce prix leurs services ; bitait son père, à une lieue de la rillr. Elle
donnerait la liberté et une adresse sûre pour accusations aussi impossibles qu'inuliles à accepta et partit le soir même sous la conse cacher; en cas de refus, les gendarmes le contràler; elle avait elle-même, d'ailleurs, duile de l'avocat; à cette heure le faux patron
tueraient et seraient quittes pour dresser l'intelligence de son abaissement et le dégoùt, Delailre quillait Houen, el la ruse si babilemen l
par moments, la prenait. Un soir, c'était le ourdie par Licquel allait rnellre fin à la
procès-verbal de rébellion I J).
Tels étaient les conciliabules auxquels assis- 27 septembre, elle ne rentra pa.s chez \'an nier; lamentable odyssée Je !!me Acquet.
tait, muette et résignée, la fille de la marquise fuyant cet enfer, elle vint demander asile à
En arrivanl à l'hôtel ,111 Parc, le 2 octobre
de Combray, le cœur gros pourtant à la pensée une dentellière, nommée AdélaïdeMonderard,
le « patron )J Udaitre s'é:
que cet argent maudit altant mis à la fenêtre de sa
lait devenir la proie de ces
&lt;hambre vers sept heures
hommes qui n'avaient pas
du soir,aperçut un homme
élé à la peine et pour qui
qui faisait les cent pas dans
serait tout le profil. Chaque
la rue, ayant au bras une
jour clles'enlizait plus protrès petite femme, fort comfondément dans cette fange:
munément habillée. A la
cc qui se tramait là, ce
démarche, il reconnut Chauqu'elle enlcndit - car on
vel, vêtu en bourgeois :
ne se gênait pas devant
la femme étail Mme Acquet.
elle- fait horreur; comme
Les deux hommes se saelle représentait, pour ces
luèrent et CbauwJ, qui lforbans, quarante m_i 11 e
iant sa compagne, monta
francs , elle devait subir
à la charubre du patron.
non seulement leurs galane&lt; Compliments, poignées
teries brutales, mais aussi
de mains, confiance la plus
leurs confidence,. Mme Plaintime, comme il est, en
cène émit un jour l'idée de
général, de règle entre un
(ai,·e disparaître le boumilitaire et un marin::.. JJ
langer Lerouge, dit Bornel;
Chauvel exposa qu'il était
comme il avait &lt;c beaucoup
venu à pied de Falaise,
de religion et qu'il était
dans l'après-midi, et que,
très honnête homme J), elle
pour
rn rendre libre, il
craignait que, s'il était aravait
prelexlé, auprès de
rêté, &lt;( il ne consentît pas
ses chefs, une affaire parà mentir et qu'il ne les perticulière qui l'appelait à
dit tous ». Langelley rellayeux.
Le faux Ddaitre
doutait surtout les bavarlui
remit
aussitôt les deux
dages de Flierlé et de Lalellres de Mme de Combray
noë, détenus à Caen, et il
que Chaurel parcourut diss'occupait de les faire emtraitement.
poisonner : il s'étail déjà
- Descendons, dit-il, la
entendu &lt;t avec le pharmadame est proche et nous
cien et l'officier de santé
allcad.
de la prison qu'il avait
PAL.\IS UE jL,SllCE DE ROllEN : lNTfRJEUR DE LA COUR, FAÇADE OU CÔTÉ OU MIDI.
Après quelques pas dans
dans sa manche )) , et il
D'après le dessin de T. DE Jou~ONT,
la
rue,
on la rencontra, en
connaissait aussi un brave
effet,
avec
Langelley, que
homme qui, (( pour peu de
cborn, ferait du bruit en ,,iJle, se laisserait ar- logée rue du Han, et qui était la maîtresse de Chamel présenta à Delaitre. Celui-ci olfril ausrêter et condamner à quelqu&lt;'S mois de prison Langelley. Celte fille consentit à la recevoir et silôl son bras à Mme Acquel : Chauvel, Lanet trourerait ainsi le moyen de se défaire de lui céda une des deux pièces dont se compo- gelley et (( Delaitre neveu JJ suivaient à bonne
ces individus 1 1&gt;. On parlait aussi d'Acquel, tou- sait son logement, auquel on accédait par un distance : on passa le pont et on s'engagea,
1. Happort du ,·oyage du p:ill·ou llr lailre à Ca r n.

2. /Md

�. _____________________________________

Jf1ST0'1{1.ll

T OU'Jt,NEBUT

soir? J'irai a,·cc ,·ous :;.
Le palron Delaitrc fil d'auord quelques
difficultés avant de consentir à retarder ~on
voyage; enfin le Mpart fut fixé au lendemain
samedi, 5 o~tobre, à la nuit tombante . Une
discussion assez hrupnle s'ensuivit. L:111gellcy obserrn que Vannier, Allain, Placène

et les aulrcs n'approuveraient certainement
pas la détermination de Mme Acquet; qu'on
était solidaire les uns des autres, qu'elle ne
courait, d'ailleurs, aucun danger en rcsta nl
a Caen al\cndu qu'il ne s'}' trouverail jamais
un juge pour la poursuivre ni un tribunal
pour la condamner. Delaitre répli~ua que,
précisément pour parer à l'indulgence des
autorités du Calvados, un dém.!t impérial
avait saisi de l'affaire la cour spéciale de
Rouen; mais 1iarncat, f1UÎ ne vopit pas sans
dépit s'éloigner sa mule chance de mettre la
main sur le trésor des Buquet, ripostait qu'il
ne fallait ricn conclure àrant d'avoir pris
l'avis de ses amis, quand la jeune femme
termina la discussion, en dédarant qu'elle
partait (&lt; parce que c'était la volonté de sa
mère &gt;J.
- ttes-vous sûre, demanda Chauvel, que
c'est bien là l'écrilure de votre mère"?
Elle répondit oui et le gendarme opina
qu'elle avait raison d'obéir.
On convint alors des détails du départ :
Lmgelley s'olfrit à conduire les voyageurs
jusqu'à la limile du département du Calvados
que Delailre connai:;sait mal. Mme Acquet ne
devait emporter aucun bagage; se:; efTèts
seraient adressés à fioucn, bureau restant, à
l'adresse J.u patron; la conversation prit C( le
ton de la plus sincère amitié et de la plus
grande confiance &gt;&gt;. Quand I heure ,·int de se
sépa~cr, jJme Acquet serra plusieu rs fois la
main du patron, disant :
- A demain, m msicur.
Et comme clic descendait l'escalier, Cliauvcl resté avec Ddaitrc s'assura que celui-ci
avait apportJ de l'argent pour payer les petites
dettts qu11 la fugitive avait co:1traclécs chez
divers fournisseurs.
Le jour suirant, au matin, ,·ers onze
heure.;, Chauvel se présenta seul à l'auberge
i/11 Parc: il monla à la chambre de D.lailre
qui l'invita à dt&gt;jl'uner cl cnvnia son nc,·cu
chercher des huHre3. GhJurd \'Cnait I ricr
Ddailre de retarder son ,·o):ige d'un JOUI' encore, )lmc Ac 1uct ne pou vaut p1rtir araut le
dimaoche .1, . Tout en mangeant, Chauvel se
lai55ait aller à &lt;les confidences; ce n'était pas
sans trish sic qu'il rnyail s'éloigner son
amie ; lui seul, assurait-il, l'avait servie par
pur dévouement, il dit comment, pour dépister h·s recherches de ses camarade3, chargés
par Manginol d·étalJlir le signalement de la
proscrite, il l'arait rédigé, à dessein, complètement faux, la désignant (( comme étant de
!orle taille cl blonde de che\'eux IJ , li parla
de d'Aché qu ïl traita de brigand c&lt; seul cause
des malheurs arrivés à Mme de Combray et à
sa famille Jl. Enfin il s'informa si Dclaitrc
consentirait à transporter en An3letcrre Allain
et Buquet, qui étaient, en somme, les dtUX
principaux acteurs de l'alfaire, ( l le cc patron )&gt; y consentit hien volontiers; il fut con-

venu que, dès qu'il aurait déposé ~Ime Acquet
en Angleterre, il reviendrait à Saint•\'alrr)',
sou porl d'allache. Allain cl Buquet n'avaient
qn'à se trouver, avec un mot de reconnaissance, le mercredi 14 à Cany, chez Prérnsl,
aubergiste, en face de la poste; il irait là les
quérir pour les rrnbarquer.
Le bnn Delaitre, qui était bien manifestement un messager de la Providence, compta
sur la table, en déjeunant, 1.00 francs en or
qu'il remit à Cbauvel, pour payer les delles
de sa maitresse.
Vannier avait réclamé six louis pour l'hospilalité qu'il lui avait ofîcrle, all~guanl que
&lt;&lt; ces sortes de pensionnaires doivent payer
plus que d'autres à cause des dangers à courir &gt;l; il demandait, en oulr~, qu'on lui remw
boursât le prix de vingt messes que Mme Acquet avaitlait dire '. Chaurel passa une parlie
de la journée du dimanche avec Delailte; le
rendez-vous était fixé pour sept heures du
soir; le patron devait attendre sur la parle
de son auberge et suivre Mme Acl1uet quand
il la verrait passer au bras du gendarme.
Elle ne parut qu'à dix heures du soir et l'on
marcha isolément .jusqu'à la demi-lune dè
Vaucelles. L1ngelley se fit attendre, il arriva
enfln sur un cheval d'emprunt; Je p:itron
a"ail pris un b:dt:t dè poste; quant au ne\'CU
Dclaitre cl au domestique, il:i avaient, dès la
veille, ro?gagné fioaen par la diligence.
C'était le nn:n.!nt dei adieux : M:ne Acquet embrassa Cham·el, qui la 11uitla « de la
maoièrc la plus tendre. en recommandant
au d,:positairc les plus grands soins pour
l'ohjct précieux qui lui était conllé 6 '.&gt;. L1ng&lt;·lley, armé d'un gourdin en mamère de
cravache, pril la tète de la caravane. Delaitre en"doppa th1uJ('menl d1ns sa capote
Mme .\cquct qu'il prit en croupe derrière
lui et, après de nouveaux souhaits, de
thaudes poignées d:! mains, de5 C( au re,·oir Jl
attendris, les cavalirr5 s'éloignèrent au trot
sur la route de Dires . Cha.urcl les vit se
perdre dans l'ombre cl il re5ta au carrefour
désert tant qu'il pul entendre résonner les
s~ibJts des chevaux sur le pa,·é de la route 1.
Vers trois heures du matin, on arriva il
Dives; la jeune femme, qui s'était monlrée
et a~sez gaia », protesta qu'elle n'était pas
fa1i•uée el refusa de descendre. Lan:;elley
eol~a donc seul à la poste, y réveilla un guide
qu'il :ivait com1™:1ndé la veille·~ et l'~n se
remit en route; le JOUr commençait à pomdre
lorsqu'on parvint à Anne!Jaull; les trois voyaoeurs firent halte chez un aubergiste où ils
Passèrent toute la journée; l'avo.::a_t l't Mme Acquet (&lt; réglèrent quelques petlls_ comptes
qu'ils avaientensemble 9 )J; on dormit un peui
on causa braucoup, on dina lon~uem1;;at. A
six heures du soir, on remon:a à cheval et
l'on pril la roule de Pont-l'Érèque. Langelley
condui5Ît les [ugitirs jusqu'à 11 forêt de

1. fiapporl du faux patron Dclaitrc.
2 . .Nou:; ne changeons rien 1'. ces d13loguc.i : eclte
seime cl le; termes Uout se srnircnl füfü• Acquet cl
son interlocuteur sont rappodés sons celle f,:mne cl
presque id&lt;:11Liquem{'nl tians les dîll'ércnls récils de
ceux qui a-sistaicnl à C{'lle cnlre\'UC.
Zi. l11tc r.-o"a
loire de ChaU\'cl, 20 octobre 18l'8.
0
,\n:hirc~ &lt;lu gre!fc di:: 1:i Cour t1·a~~ises dr l\oucn.

l. l11tcrrogaloÎ!'c de Chau1·el. Archircs &lt;lu grcff..: 1\c
la Cour d'Assi,es de Rouen.
5. l)05sicr 1,angcllev. Archire5 n:itionul~s, Fi Slil.
ti. i\rchi1·c~ ndtiomÏ!cs. Jl1 ~ 1n.
'i. lutcrro;atoires Je Chaurel, dCc\aralîo11!\ de
Mme Acquc1, rapport Ju faux patron Dclaitrr, [dires
de J.icquct â l\éal, clc.
8. , Arrivês il l)i1·c s, nous 11ous r:irraicliimes pen-

dant que le guide s'hahillait i. cl apr~s ~vo:r c~ntinué
nol1·c roule, nous sommi.&gt;s enhn arn\.'c: a 1~ po111lc cl.u
jour il Annebault, oil nuus a~·ous pas.se le Joui:, •, 0('·
cJal'atiou de Langcl!cy, Ardmcs naltonal~s,, l• 7 81.71.
fi. , hlme AcqucL emµru nta deux l~u1s a ~d'.1-ilrc
pour solder la peiuc de Langellcy. s111~·ant I an~ rlc
Chauvel. » Rapport du faux patron Dcla1trc. Arcllll'es
11ationales, P l:!172.

tout en camant, sous les arbres du grand
cours, le long de la rivière. La nuit élait
complètêmrnt tombée.
Le patron Dclaitre, (( après aroir présenté
à )ltnc A(quct les cornplimcnls de sa mère,
lui fit part des intentions dt: celle-ci relativement à son passage en Angle.terre ou aux
iles ·)). Mais la jeune femme repoussa nellcment la proposition : elle 'était, disait-elle,
&lt;t très en ~ùreté chez le père de son défenseur,
à portée de toutes ses relations, et die ne
consentirait jamais à quiller Caen, olt elle
comptait de nombreux et dévoués prolccteur.s 11. Le patron objecta que celle détermination était d'autant plus regrettable que
(( la personne puissante qui s'intéressait au
sort des siens exigeait qu'elle cùt quitté la
France aYant de s'occuper de mellre Mme de
Combray en liberté Il . Ce à quoi Mme Acquet
répliqua qu'elle ne chang~rait jamais de. r6soluliun.
La discussion dura près d'une demi-heure :
le palron ayant alors parlé d'un billel de la
martpiise dout il était parleur, Mme Acquet,
se tournant vus Langellcy, lui dt:manda de
les conduire dans un caLaret où elle pourrait
lire la leltre de sa mère. On repasrn le pont
pour remonter la rue de Yaucelle~, sui,ant
Lang:clley qui s'arrêta à un cal1Jrct siLué à
cent mètres au-dcsrns de l'hôtel du Parc :
Mme Acl.picl s'engagea, avec ses compa~no~s,
dans qn couloir étroit cl monta au premier
étarrc où l'on s'attaLJa. L1ngtlley arait comma~dé du vin cl dçs biscuils . La jeune
femme prit des mains du patron la lettre de
la marquise; Ions, autour d'elle, se- taisaient
et« la lixaient altentiremcnt 1 ». On s'aperçut « qu'll chaque ligne elle changeait dè
couleur et qu't:lle soupirait J&gt;.
- Quand parlez-vous? dcmanda-t-elle a
Delaitre en s'essuyant les 1rux.
- Demain, de grand malin, rt:pondil-il 1 .
Elle poussa de nouveau un gros soupir et
se remit à lire : « die arnil des crispations
et p::traissait prèle à se trouver 1~rnl ». Quind
elle eut terminé sa lecture, elle rnlerrogea de
noureau Delailre.
- Vous connaissez sûrement, monsieur,
ce que contient la lettre?
- Oui, madame, votre mère me l'a lur.
Elle garda _le silence « plus de deux minutes »; pms, cummc faisant un grand
efforl :
- ll faut donc obéir aux orJres d'une
mère, dit-elle; eh! bien, monsieur, je rn::s
suivrai : voulez-vous ne parlir qnc dt main

""

lJ

.,,..

Touque.s: a\'ant de quitter Mme .\c11uet 1 il
lui demanda avec beaucoup d'émotion une
boucle de ses che\'eux; puis il l'embrassa à plusieurs reprises.
Il était emiron minuit
quand Ja jeune femme se
trouva seule avec Delaitre; le cheval arnaçait péniblement par les roule5
de traverse de la forêt;
blollie conlre le patron
qu'elle tenait serré à deux
bras, Mme Acquet ne parlait plus; son entrain de
la veille avail fait place à
une sorte de stupeur, si
bien 4ueDelaitre qui, dans
l'obscurilé, ne pouvait
aperCevoir ses beaux yeux
grands ouverts, pensa
qu'elle s'était endormie
sur son épaule. A trois
heures du malin on altt:ignit enfin les faubourgs de
Pont-Audemer : le patron
s'y arrêta à l'auberge de
la Poste et demanda une
chambre; ~ur le registre
qu'on lui présenta, il écrivit : Monsieur Delailre et

-

..,

lui fit comprrndrc, arec beaucoup de ménagements, qu'il était inévilaLle de la retenir
j11~rp1'à rloucn, oî1 Dèlaitr~ devait èlrc con-

,jeune Îl'mme, dont il scrutail 1 de ses yeux
malicieux, lf's attitudes, les ge!,;tes, les façons
d·è1rc, el donL il semblait, en quelque sorte
prendre possessi,.m ... C'êlail Licquet - on l'a déjà
reconnu - qui, dans sa
hàtc de savoir le résultat
de l'odyssée du faux Delailre, s'élait affublé d'un
uniforme d'emprunt et ,·enait recevoir sa nouvelle
,iclime'. JI fut pour elle
plem de prévenances: c'est
en ,oiture qu'il la conduisit de Pont-Audemer à
lluurg•,\chard, où il lui
laissa le temps de se reposer: le 7 au malin on parlait dè Dourg-Achard t l
l'on arriroit à Houcn ara1,t
midi. L'aimable brigadier
fut si perrnasi[ que Mme
Acyuct se laissa ~ans résblance et sans rérrimin al ion conduire à la
Conciergerie, où elle fut
écrouée sous le nom de
Bosalie-llourdon :t - celu i,
sans doute, sous 11 quel
f'lle vopgeait. D'ailleurs,
sa /'ew.me.
elle paraissait indifférente
lis déjeuoaicnt tous les
à tout ce qui l'entourait;
d~ux vers midi quand enen entrant dans cette pritra dans la salle un brigason où elle savait que
dier de la gendarmerie de
se trouvait sa mère, elle
marjne, accompagné de
n'eut pas un mot qui pût
deux soldais d'rscorte. li
faire croire qu'elle ressenalla droit à Delailre, lui
tait quelque émotion . Elle
demanda ses noms, et, le
garda pendant deux jours
voyant très troublé, il le
cette attitude de lassitude
somma d'exhiber ses parésignée: Licquet, qui vint
piers, qu'après un court
la voir plusieurs fois, cher~
examen il confisqua, en
chait à la laisser dans la
donnant l'ordre aux solpersuasion que son emdats de mellre le patron
prisonnement n'a\·ait d'auen état d'arrestation.
LA GROS5E HORLOGE, A Rot:EN. D'après la lithographie rie DEROY.
tre cause que l'infraction
Le brigadier, petit homcommise par Belaitre aux
me aimable et très eaurègl• menb m:iritimes; il
seur, s'excusa grandement auprè5 de~lme Ac- duit pour y subir une réprimande du com- poussa la précaution jusqu'à feindre d'ignoquet du dérangement forcé qu'il lui occa- mrndant du port. Mme Acquet, persuadée rer son nom .
sionnait: le patron Ddaitre, disait-il, a rait qu'il u'y avait là qu'un malentendu qui
Entre temps il préparait son plan d'atqui lté son bord sans y èlrc autorisé tl, de s'édaircirail à Ilouen, s'inquiéta peu de l'in- taque : tout d'abord sa joie avait été si vive
plus,il était sigaalé comme faisant assez; vo~ cident; comme elle était brisée de fatigue et, en mettant la main sur celle proie tant conlonticrs la fraude sous prêtexlc de cabo- de plus, iudisposée, elle manifesta le dé&amp;ir ,•oitée qu'il n'avait pu résister au plaisir d'en
tage.
de ne point voyager de nuit et de passer adresser dire1,;tement la nouvelle à Réal:; en
li Le poussa pas l'indiscrétion jus-1u'à Yingt-qualre heures à !\ml-Audemer; le petit
demanJanl &lt;c le secret pendant quinw
s'informer du nom de la rnpgeusc ni du brigadier y consentit arec emprl'ssement; t(}ut JOUr5 &gt;J; pui5, à la réflexioo, il avait compris
motif qui l'oLJigt!ait à courir les routes en en ay.mt l'air de ne sur\'eillcr que Dclaitre, combien il ser,.iit diffi cile d'obtenir des a,·eux
compagnie d'un patron de bart1.ue; mais il il ne perdait pas un seul i11sla11l de rne l:i d'une Îèmme qni venail d'être si odieusement

!ui

1. Voici en quels termes le l,réfcl &lt;le l\oucn rendait compte à Héal de celle mise en scène ; « On
nrriv:i Uc très gr,md mntin à Pont-Audemet· : là
li. J.icqn ct , dt'guisé en brigadier d,1 gendarmerie de
la Mal'ine, accompagn é Je deux gendarmes de sa façon.
er.tra subitement dans la chambre tics voyagctirs,
demonda lcuN apicr_;;. ne les l1'0U\'3 JHts en règle et
cou!i,qua toul. n a séJOurné un jour à Pont-Audemer parce que l\lme Acquet èpromait une l'aligua
l'llt·aordinaire, augmentêe par un accident naturel à sou
sexe, el d'ailleur.:1 l\les èmi~soircs qui ne s'étaient ni·
couchl·s, ni reposés depuis huil jour$ èlnienl sur ks
dents. Mme Al·r111cl est partie cc m.'ltin ile Bourg-

6

Acl1aril , pcrsuadCc qu·on arnilè!e\'C unemuuraise dil'ficulté au patron cl qu'elfo s'éclaircir,1it à Rouen. Ellil
n':i élé dèlrompél! qu'en entrant à la Conciergerie;
mais on a encore filC le mc\mc roman avec cllti; on
lui 3 dil qu'on pùurfüi1•ait depuis huit joul's le patron
parce qu'un rle ses m'Llelotj l'n•ait lrahi el avait déuoncé à lu µo!ii:e qu'il était allé chercher plusieur3
personnes darH la U.issc-'.'formundie pour les conduire
il une s1at io11 auglaise; &lt;1u•it Claît donc înérilable de
la retenir en prison puisqu·on l'a\•ail lrouvl!e avec lui.
On n'a pas eu l'air d'en sa\·oir tlara 11tagc. 11i de la
connaitre .... » Lettre du préfet de la Seine-Inférieure
i1 Iléal, 7 uctohrelROi.Archîvcs n~tionales. F7 RliO.

2. Jablcau. des tlCtenus par mesure de liaulc police
Arduve3 nationales, I" 8172.
5. Je 11e. m·explique pas comment la le111·e par
laquelle L1cqueL a·monce à llJal l'arrestatio~ de
11,me ~equet, csl datée de 1/011/lf'lti', le 5 oetolirc.
C est a Pont-Audemer que \'arrestation eut lieu cl la
pré\·euuc a Clé amenée directement il Houen inc~
un seul arrêt à nourg-,\,:ha.r~ Cette !cure, êcrilc par
~a homme . c.xu.ltauL de JOIC, se terminait par ces
lignes.: Œ J a1 1.hor!neur de ,·ous écrire, tout épuisé
de,. fat,1gu.es; mais ,1c retrouve &lt;les forces en 11cmant
11111~ s agit du service de Sa ~fojcslP cl &lt;Ir votre .sa1 islaet1011 pNsonnrllc. »

�111STO'J{1.Jl
trompée, et il sentit que les pièges où se
prenait la naïrn marquise de Combray ne
seraient plus de mise avec sa fille. li trouva
mieux; il a\ ait sur lui la lellre f]UC \lme de
Combray avait écrite à son chei· Delailre,
lettre qu'il avait rnisic sur le patr_on, en présence mème de MmP Acquet. D.rns ce bil!et,
la n1:irquise trailait sa fille « comme la plus
vilr des créatures et gémissait d'ètre obligée,
1

transporler à Caen les fonds volés; elle s'accusa
elle-même d'avoir donné asile aux brigands;
elle n'excusa que Jo,eph Buc1uel qui n'avait
agi que sur les iustructiom qu'elle-même lui
avait données el Le Chevalier qu'elle représenta comme séduit par les promesses trompeuses de d'Aché. D'ailleurs son « amour
effréné n perçait à cha~ue mol de son récit;
elle dit même à Licquut que, " si elle pouvait sauver les jours de Le Chevalier aux
dépens des Fiens, elle n'hésiterait pas:; 1&gt;.
Quand elle eut terminé sa longue déclaration, elle devint tout à coup très mélancolique. Le lendemain, en entrant dans sa prison, Licquet la trouva occupée à couper ses
magnifiques cheveux qu'elle voulait, dit-clic
tristement, soustraire au bourreau. Elle ohserra que, puisqu'elle était inexoraLlcmcnt
vouée à la mort, Chauvel, qui se disait son
ami, avait eu Lien grand tort de l'empêcher
de s'empoisonner; tout serait fini à présent;
mais elle espérait que le chagrin la tuerait
avant qu'on eût le lemps de la condamner.
&lt;I En disant ces mots elle tournait ses }"eux,
très beaux et très perçants, vers un coin
assez obscur de son ca&lt;:hot. D Licquet, sui,·ant son regarJ, aperçut à cet endroit un
gros clou très saillant fiché dans le mur à
six pieds d'élévation i sans rien témoigner de
ses inquiétudes, il chercha à dirigH l'allention de la détenue sur d'autres objets el parvint« à la rendre d'une gaieté folle' J&gt;.
On fit, le jour mème, enlever le clou; mais
restaient les verrous de la porte et les piliers
du lit aux4uels la prisonnière, étant donnée
l'e1iguïté de sa taille, aurait pu chercher à se
pendre : on mit près d'elle, pour la sur,·ciller, une remme de Ilicêlre.

pour sa propre sllrcté, de ,·cnir au secours
d'un monslre; elle se plaignait surtout beaucoup de, l'argent que cela lui coùlait 1 1J.
Le 9 ociobre, Licqucl se préscnla au cachot
de füne Acquet, se mil à causer familièrement avec elle, lui avoua qu'il samit son.
nom et lui communi•1ua la lettre de Mme de
Combray. ,\près l'avoir lue, )lme Acquet fut
prise d'une effra)anle crise de r;ige. Licq nct
la con,ola, lui fil comprendre &lt;I c1u'ellc n'avail
q@ lui d'ami n, que sa mère la haïssail et
ne l'arait serrie que dans l'espoir de sau,·er
sa propre vie; que le nolairc Lefebvre l'avait
lui-mème vendue à la police en indiquant
l'adresse de la famille Chauvel, à Falaise et il montrait, comme preuve, la note tracée
de la main du notaire; - il a.Ha jusqu·a
faire allusion à certaines infidélités de Le
Chevalier C'l à des maîtresses que celui-ci
aurait eues à Paris, si Lit~n qu'indignée, à
bout d'écœurcmenls, la malheureuse fondit
en larmes.
- Soit 1 dit-elle, c'est à mon tour; recevez sur-le-champ mes déclarations, portez-les
à !I. le préfet; je veux tout a rouer; la \ie
m'est importune!!
Et loul de suite elle raconta la longue histoire des projets de d' Aché, ses passages en
Angleterre, l'orga.ni:sation du complot, la tentative dïmpression du manifeste des princes
el aussi comment il avait séduit Le Chernlier
Il n'est pas possible de suirrc Liquet à
et avait su se l'aUirer par la promesse d'un travers toutes les phases de l'instruction : cet
haut grade et de grands honneurs. Elle dit homme endiablé semble a,·oir posséJé le don
également que ce d'Aché, qu'elle accusait d'uLiquité : il est à la prison, ol1 il cuisine
d"avoir fait le malheu r dt! sa ,·ie, avait &lt;1 for- les détenus; à la préfecture ùÙ il dirige les
mellement coaseillé le roi des fonds publics; interrogatoires; à Caen, où il enquête ;l la
son ordre était qu'on organis:il les attaques barbe de Calfarell_i qui croit depuis longtemps
de dili3enccs, qu'il fallait même les arrètcr l'affaire enterrée; à Falaise, où il récolte des
toutes ». Elle accusa sa mère d'avoir aidé à témoignages; à Honneur, à Pont-.\.udemer, ~
1. Lettre du prércl de la Seine-Inférieur(' â H~dl,
11 octohrc 1807. Archircs nalionalcs, ~'j 8li0.
2. Lcllrc du préfet_ de ln. Scinc-luforicurc à Rtal,
Il oclobl'e 1807. Arch1,·cs nationales, F7 81711.
3, Pl'cmièt·c déclaraliun de la l'cmmc Acquet, 9 octobre'" 1807. Arch11·cs du greffe de la Cuur d',Miscs
de Rouen.
4. Rapport de Licquct au 1iréfel de la Seinc-1nfëricurc ..\rchi,·cs nationale~, F 7 8172.

!). Réal.

6. Celte lcllre, dalêe du 11 juillel 1809, 1'Sl adressée à un fonctionnaire du ministère de la Police dont
je n'ai pu tro11\·cr le nom : l.ic&lt;1ucl l'appelle mon
cite,· complttriolc, Archh·cs 11atio11alcs, F7 8172.
7. Happort tin voyage à Caen ..\rcl1i1·cs nat!onalc~,
F' 817t.
8. Il possé&lt;hit, â cc qu'assurait Mme Placène,
1.:)00 francs de rente. Arclmcs nationales, F7 ~l 72.

Paris; il rédige d'innombrables rapports à
l'adresse de son préfet ou de fiéal avec lesquels il correspond directement, et, quand
on lui demande quelle récompense il ambitionne de sa vie dépensée avec tant d'ardeur au
service de l'Élal, il répond philosophiquemeal:
Ce n'est pas pour ma gloire que je lra,aille;
c•c~t uuiqut' ment pour celle de la police général&lt;'
et de nolrii dtl'I' conscill&lt;•r 5 que j'.iimc de toutes
mes forces. Quant à moi, pall\rl' tliahle, jr suis
,·oué i1 un e ohscuritC qui, je l'arnue, fait mon
bonheur, depuis que j'ai rccannu l'incom·énicnt
des réputations 0 •

Henriette de Coligny
Par Henry ROUJON, de l'Académie française.

1

•

Hercule de Lacgrr, seigneur de Massuguiès,
quel beau nom de cadet de Gascogne pour un
drame de cape el d'épée! Quelqu'un a réellement existé qui s'appelait ainsi. Et comme il
n'est rien d'impossible à l'érudition, cc quelqu'un a trouvé son historien. M. Frédéric
La.chèvre, subtil el sannt explorateur du
monde des précieuses, ressuscite IIC'rculc de
Lacger. Nous possédions, sans nous en douter,
une soixantaine de poésies de CP. gentilhomme
oublié. Importaient-elles ,\ la gloire de la
liUéralurc1 Peut-èlrc pas absolument. Là
n'est point la qucslion. Bien qu'il n'ait pas
eu de génie, ce rimeur au nom formidable
mérite sinon un chapitre, du moins une note
marginale dans l'histoire de la politesse française. Cette figure de capilan héroï-comique
prend place dans une galerie des modes d'autrefois.
M. Frédéric Lachèvre a idenlifié le personnage en analysant un manuscrit injustemmt
négligé. Sous une reliure de maroquin rouw•,
en lrenle-deux fouillels d'une belle écriture
de calligraphe, des sonnets et des madrigaui
portent ce titr~: «Vers pour Iris 1&gt;. Qui
élail Iris? Et quel son adoraleur1
C'est ici qu'apparait douloureusement
la vanilé des psychologies liYresques. Il
ressort de la lecture de ce manuscrit
qu'une dame, toute pénétrée encore de
l'idéal de l'Aslrée , mil par ses rigueurs
un parfait amant aux portes du tombeau. Iris s'enveloppe de chasteté féroce
ainsi qu'une bergère de M. d'Urfé. Son
chevalier obserrn rigoureusement tous
les rites de l"amour courtois. li va sans
dire qu'il menace constamment de sa
mort prochaine l'immatérielle cn1alure
qui le désespère el le ravi!. li parle
sans cesse de « terminer ses jours n ;
l'infortuné &lt;&lt; souffre les enfers ». Iris
s'absente-t-elle pour quelques semaines? Un amoureux vulgaire se bornerait à Yerrnr des pleurs : ainsi s'expriment les douleurs bourgeoises!

Une des plus pilloresqucs péripélies de son
enquête fut le nouveau vopge qu'entreprirent, vC'rs la fin d'octobre, le faux capitaine
Delaitre el son faux nc\"eu, à la red1erche
d'Allain cl de Buquet qu'ils n'avaient pas
troU\•és, au jour dit, à l'auberge de Cany.
Delaitre revit à Caen l'aYocat Langelley, les
Placène, la fille Mondcrard, avec lesquels il
festoya; il leur donna les meilleures nouvdlcs
de Mme Acquet, très conforiablemenl inst.allée, raconta-t-il, dans une des stations de
bains de la côte anglaise; mais., bien qu'il
eût pour Allain une lellre très pressante de
Mme de Combray qui avait hâle de le voir
passer en Angleterre, le rusé chouan ne se
montra pas; sa fille, établie couturière à Caen
el qui était en relations avec Mcne Placène,
se chargea pourtant de lui faire tenir la
lcllre; le patron émit bien l'idée de suivre la
petite Allain dans l'espoir de découvrir la
retraite du père; mais Langelle)' et les autrrs
I'assurèrint que cc serait peine perdue; la
jeune fille connaissail seule l'asile du pros•
cril; , cbaquc fois qu'elle allait lui porter
des nouvelles, elle se déguisait, entrait dans
une maison C'l s'y déguisait de nouveau pour
en sortir, entrait dans une seconde, y changeait de costume el ainsi de suite; il était
impossible de juger, quand elle sorlait de
chaque maison, que c'était la même personne
qui y était cnlrée cl &lt;le sa,·oir daus laquelle
éiait son pèrc 1 ". llcux jours plus tard lape•
titc Allain reparut : elle as$ura que son père
élail parli dans son pays, du cclié de Cherbourg OÎl &lt;c il avait du bien »; il voulait,
avant de pa.sser eu Angleterre, vendre son
mobilier et affermer ses terres; telle élait
l'autre face du terrible « général Antonio 1&gt;;
il éiait bon père de famille et petit renlier '·
Delaitre comprit que c'était une défaite et
qu'Allain n'avait pas confiance : il n'insista
pas, plia bagages et rentra à nouen.
(A suivre,)

G. LENOTRE.

1

•

\lois si tians cc moment, pour les mieux exprimer.
Je ne tomhe à vos picd5 immol,ile et Hins ,-i&lt;' 1
Je: ne ml·l'ilc 11as !11onneur de ,·ous aimer!

Il faudrait a\'OÎr un cœur de rocher
pour ne poiat compatir au supplice endurê par ce modèle de continencr.
Trente-cinr1 sonnets témoignent qu'lris
demeura impiloy,blcment pure. Quant à son
malheureux esclave, on l'imagine s'allant noyer
au fond du Lignon grossi de s1:s larmes. La
rérité c.st moins désolante. Iris et son poète,
dans les loisirs que leur lai!-sa la littératurC',

furent deux faibles créatures morlellc&lt;;, enclines ~, la concupiscence. lis firent run el
l'autre dans leurs rers une telle débauche
d'innocence qu'il ne leur en resta guère pour
l'usage quotidien. Cc couple d.élégiaques était
farceur.
Qui dit cela~ Celle canaille de Tallemant
des Réaux, toujours embusqué derrière les
élégances pour cligner de l' œil et ricaner.
Tallcmaul sert de guide à M. Frédéric Lachèvre et à M. l~milc Magne, à tra\'C rs les
aventures sentimentales d'HC'rcule de Lacger
et de son Iris, Henriette de Coligny. Lorsqu'ils
ne mettaient point du noir sur du blanc, ce
Gascon cl cette précieuse se reposaient gaillardement du sublime. Henriette a rencontré
cbez M. )lJgne un biographe gaiement véridique; M. FrJdéric Lachèvrc, en nous racontant la vie d'Hercule, seigneur de ~fassuguiès,
ne prétend aucunement nous attendrir.
A défaut de Tallemrnl des Réaux cl de ses
modernes auxiliaires, un dessin de Daniel du
~lonslier suffirait à révéler llenriclle de
Coligny, comtesse de La Suze, d:ms toute son

c~ .rr•zF. '' ·

,.-. ~,.,r., ,t: '1.l

jngénuité de bonne personne. Le sincère
portraitiste a souligné de traits malicieux le
nez curieux et la Louche gourmande de cette
belle commère au triple menton. Dire que
celle dame si bien portante a composé énor-

miment d'élégies! c1 Les plus tenJres C'l ks
plus amoureuses du monde, qui courent partout l&gt;, est-il arfirmé par l'auteur des l/i:,to1·i,.lles. llcnriellc de Coligny a fait verser des
larmes à maintes lectrices, à Mme de Sé\·igné
peul-èlrc, à coup sùr à Calhos et à Maddon.
Au dix-huitième siècle C'lle était admirée
encore pour son génie de poétesse. Son éditeur
de 1725 explique ce génie par de cruelles
déceptions conjugales. &lt;&lt; Liuée successiwmcnt
à deux époux, elle n'eu t pour eux que de
l'aversion et de l'horreur. 1&gt; Le premier mari
de Mlle de Coligny fut nn Anglais qui ne survécut qu'un an à son bonheur. Le second, le
comte de La Suze, était borgne et très ivrogne
Tallemant raconte qu'il lui arriva, au retour
d'une ripaille, de tomber sur le chemin; un
lroupeau de cochons lui passa sur le corps. li
fil alors un rêve guerrier et~ 'écria : «Quartier,
cavalerie, quartier! )&gt; Cet intempérant gentilhomme était jaloux; il enfermait sa femme
el la fai sait espionner par deux prudes bellessœurs. Faut-il s'étonner que l'esprit élégiaque
se soit emparé d'une dame ainsi persécutée,
dont la jeunesse avait brillé à la Chambre llleue d'Arlhénice 1 L'édilcur de
li2J ne s'en étonne point. « Malheureuse en amour, dit-il, elle a dù tourner du côté de l'élégie, ainsi qu'dle a
fait, le talent qu'elle avait rrçu pour la
poésie. " Le don poélique semble avoir
éié, chez Mme de La Suze, plus spontané que eomplel. « Elle ne put jamais
enchaîner la rime. Elle digérait ses
pensées, elle lrs exprimait poé1iquement, mai s, pour IC's rimer, il fallait
qu'elle cmplo)àt un secours élranger. u
Plusieurs secours étrangers se préH ntèrent. L'un d'eux fnt notre llercule de
Lacger, lequel, au dire de Tallemant des
néaux, &lt;! avait de l'esprit, mais n 'élait
nullement hoanesle homme». M. frédêric Lacbèvre reconnait de la meilleure
grâce du monde que les recherches auxquelles il s'est livré ne démentent en
rien ce jugement sommaire. ,'\'ou~ n'avons aucun portrait du sire de Massuguiès. li est facile de lïmaginer; lous
les mauvais garçons croqués au passage
par Abraham Bosse nous rendent cc
clpitan d'alcôve avnnlageux, beau parleur, insolent, parfois bàtonné, ni plus
niZmoins poète, à tout prendre, que les
aulres habitués des ruelles, un Malleville ou
un Sarazin. Ce joyeux drille fournil à !!me de
La Suze des rimes pour ses \'ers et des consolations pour ses mélancolies. Dans ses sonnels,
il la traitait abondamment d'inhumaine. La

�111STORJA
comte~se, couchée sur son lit de parade,
entourée de beaux esprits el de précieuse~,
écoulait le malin Gascon bramer s.a douleur.
Au pit'd du lil. deux ~·etili s mules de velours
n'étaient ,·is1b!rs que pour le seul Ilt•rculr. Il
glissait la main dans la mignonne chau$Sure;
il en tirait une lettre et )' introduisait unfl
réponse d'u1oe toute autre lil!érature que ct•lle
de l'Asll'ée. Le geste est charmanl. Il résume

la chevaleresque hypocrisie de celle société de
la Fronde qui s'essayait au stile noble cl à
l'amour poli. Les vers d'Hercule de Lacger
sont généralementinsipidesetl'homme fut(&lt; un
grand coquin». L'Iris de ses sonnets à la glace
était une poupine personne d'humeur égrillarde. Sans doute, mais le miracle opéré par
les fées de l'hôlelde Rambouillet a été dïmposer à un siècle brutal la ~imulation de la Yertu.

Pour obéir au code idéal de la bienséance,
Hercule de Lacger el llcnrielle de Coligny
se présentaient dans le monde en loilette spirituelle. Cette darne galante et ce sacripant
s'habillaient I"àme pour rnrtir. Cliez eux, il
est inflniment probable qu'ils se mellaient à
l'aise. Et cela ne regarde personne, n'en déplaise à Tallemant des Réaux et à son indiscrète postérité.
HssRY ROUJON,
de fAcadimit françaist.

•
Voyage de retne

Je vins coucher à lluv '. Celle ville était
des terres de l'évèque de Liége, mais, toutefois, tumultucurn et mutine (comme tous ces
peuples-là rn senta:cnt &lt;le la ré\'olte générale
de3 Pays-lJas), ne reconnaissait plus son évèque, et elle tenait le parli des Étals. De sorte
que sans reconnaitre le grand-maitre fmajordome] de l'é\'è,1ue de Liége, ttui était avec
moi, soudain que nom fùmes logés, il,;: commencent à sonner le tocsin et trainer l'artillerie par les rues, et la hra11ucr contre mon
lo3is, tendant les chaines alin que nous ne
puissions joindre en:;emL!e, nous tenant toute
1a nuit en ces alarmes, sans avoir moyen de
parler à aucun d'eux, étant tout petit pcuplt',
gens brutaux et s1ns raison. Le matin, i!s
nous laissèrent sortir, ayant bordé loule la
rue de gens armés.
Nous allù.mes de là coucher i1 Dinant, où
par malhèür ils avaient fait, ce jour même,
l~s bourgmc~tres, qui sont comme consuls rn
Gascogne et é~hevins en France. Tout y était
ce jour-là en déLauche; tout le monde ivre;
point de magistrats connus; Lref, un vrai
chaos de confusion. El, pour y empirer davantage notre condition, Je grand•maitre de
l'évèque de Liége leur avait fait autrefois la
guerre, et était teou d'eux pour mortel ennemi.
Cette ville, c1uand ils sont en leur sens ras.Sis, tenait pour les États j mais lors, BJcchus
l' dominaut, ils ne tenaient pas seulement
0

\. Sous le prélcxlè de pr!!nclrc les eaux: dl! Spa.
Marguerite lil, en 15i7. un voyage politique dans lè
llain,ul cl 1~ pays de Lil!gc. c11 me dèg11gucr des partisans il son frël'C, le duc d'Alcn~m. el d'cnlc\·cr les
l'11ys- Ras ù rE~pal{nc.

pour eux-mêmes et ne connaissaient personne.
Soudain qu'ils nous voient a pprocbrr les faubourgs.., avec une troupe grande comme était
la mienne, les roilà nlarmés. lis quittent les
Yerres pour courir aux armes, et LouL en tumulte, au lieu de nous ouvrir, ils forment la
Larrière. J'avais envoié un gentilhomme devant, avec les fourriers cl maréchal des logis,
pour le prier de nous donner passage; mais
je les trouvai tous arrètés lù, qui criaient sans
pou\'Oir être entendus. Enrin je me lève debout dans ma litière, et, ôtant mon masque,
je fais signe au plus apparent que je veux
parler à lui; et, étant venu à moi, je le priai
de faire faire silence, afin que je puisse èlrc
entendue. Ce qu'étant fait avec toute peine,
je leur représente qui j'étais, et l'occasion de
mon VO)'age; que tant s·cn faut que je leur
voulusse a·pportcr du mal par ma rnnue, que
je ne leur voudrais pas seul~ment donner de
soupron; que je les priais de me laisser entrer, moi et mes femmes et si peu de mes
gens, dans la ville, qu'ils voudraient pour
cette nuit, et que le reste ils le laissassent
dans le faubourg. lis se contentent de cette
proposition et me l'accordent.
Ainsi j'entrai dans leur ville avec les plus
apparents de ma troupe, du nombre desr1uels
fuL le grand-maitre de l'évêque de Liége, qui,
par malheur, fut reconnu comme j'eutrais eu
mon logis, accompagnée de tout ce peuple
i\'re l t armé. Lor, commencent à lui crier
injures et à vouloir cbarger ce Louhommr,
C[Ui était un vieillard ,·énéraLle de quatrevingts ans, ayant la barLe Llanche jusques il
la ctinturc. Je le fis cnlrer dedans mon logis,

oll ers ivrognes faisaient pleuvoir les arquebusades contre les muraille&amp;, qui n'étaient
que de terre. Voyant ce tumulte, je demande
si l'hôte de la maison n'é1ait pas là-dedans .
li s'y trourc de bonne fortune. Je le prie
&lt;1uïl se mette à la fenètre cl qu'il me fasse
parler aux plus apparents, cc qu'à Ioule force
il veut faire. Enfin, ayant assez crié par les
fenêtres, les bourgmestres viennent parler ;,
moi, si rnouls qu'ils ne savaient ce qu'ils di
saient. Enfin leur assurant que je 11'avais
point su que ce grand-maitre leur l'ùt ennemi, leur remontrant de quelle importance
leur était d'oflenser une personne de ma qualité, qui était ?mie de tous lrs principaux
seigneurs des Etals, et que je m'assurais que
monsieur le comte de Lalain cl tous les
autres chefs trouveraient fort mauvais la réception qu'ils m"ayaient l'aile; a1Qnt nommé
monsieur de Lalain, ils se changèrent tous,
et lui portèrent tous plus de respect qu'i1 tous
les rois à qui j'appartenais. Le plus vitil
d'entre eux me demande, en souriant et L,Iga)·ant, si j'étais donc amie de monsieur le
comte de Lalaio; el moi, voyant que sa parenté me servait plus que celle de tous les
potentats de la chrétienté, je lui réponds :
« Oui, je suis son amie, et sa parente
aussi. »
Lors ils me font la révérence, et me baisent
la main, et m'offrent aulant de courtoisie
comme s'ils n'arnient fait d'in~olcnce, me
priant de les excuser, et me promettant qu'ils
ne demanderaient ri~n à cc Lonhommc de
grand-maitre, et qu'il:ii le laisseraient sortir
arec moi.
&gt;L\RGUERITE DE FRA:'\CE.

"Ill

16

1M

AlPHONSE SÉCHÉ ET LÉON BER,TAUT
q,,

Balzac el la Duchesse de Castries

L'al'cnlure de Balzac el de la duchesse de hriel Ferry, avait uoe jolie figure couronnée
Castries est un des plus curieux et des plus par une superbe chevelure blonde hardiment spirhuellc, frottée d'un peu de sensibilité, de
émou_vanls épisodes de la vie du grand ro- d.orée; u~7 taille s,,elte, une to;rnure gra- dévotion, de chaleur de salon· une vraie
mancier : on y sent virre Balzac tout entier cieuse, aer1enne; enfin un rayonnement sé• Parisienne aYec toutes ses quali~és brillantes
avec sa passion, rn grandiloquence, son en- ducteur dans toute sa personne qui captivait du dehors; ~ualités raffinées par l'éducation,
thousiasme pour la beauté et aussi ses dé- les yeux . Quand elle apparaissait à quelque le luxe, l'anstocratie des milieux, mais aussi
boires, ses désillusions, le réveil cruel que la bal _de la duchesse de Berry, son entrée faisait avec toutes ses sécheresses, ses défauts; en
un ~ot, ~ne de ces femmes auxquelles il ne
réalité opposait à l'infini de ses illusions.
tou1ours sensation, soulevait Joutes les admi- faulJama,s demander de l'ami lié de l'amour
Dans le courant du mois de juin 1831, rations. »
du dévo~ement au delà d'une légère couche:
Balzac, tout à la création de son admirable
Un accident survenu à la chasse - la duLouis Lambert, se trouvait au château de ~h~sse s'éta,it accrochée à une branche d·arbre, par la raison que la nature a créé des femmes
Saché, en Touraine, chez M. de Margonne, et~1t tombee sur les reins et s'était à demi moralement pauvres. n
Somme toute, la plus hypocrite des
lorsque, dans 1a nombreuse correspondance brisé l'épine dorsale - avait endolori toute
qu'il recevait - lettres d'affaires lettres ~a personne &lt;&lt; et donné à son visage une coquettes et la plus dangereuse pour un
homme à imagination vive comme l'était
d'importuns, lettres de créanciers 'surtout
1~teressante expression de mélancolie sou- Balzac,
hélas! - il dislingua un billet é1é(Tant e; riante, de souffrance voilée i&gt;. &lt;( Un demiAu. début, ce fut un triomphe pour soo
parfumé, écrit d'une écriture tout aristocra- cadavre élégant, écrit Philarète Chasles voilà
tique et signé romanesquement : &lt;( Une ce qu:était devenue cette belle, si écl;tante orgueil : la porte de l'un des plus aristocrafemme qui ne veut pas se faire connaitre. )) d~ fraicheur qu'au moment où elle mettait le tiques hôtels du Fau~ourg lui était ouverte à
La lettre était un dithyrambe passionné en pied dans un salon à vingt ans, sa robe naca- deux battants. L'au leur de la Comédie humaine ne se fit pas prier pour profiter de la
f~rn~r de l'écri~·ain el de ses œuvres. L'on y rat tombant sur des épaules di11oes du Titien
d1sa1t l enthousiasme ressenti à la lecture de elle effaçait littér~lemenl l'éclatdes bougies. ,; permission octro~•ée par la duchesse. L'hiver
de 1832 le vit mondain, fashionable &lt;land,
certains romans. Cependant l'on avouait
Au moment ou Balzac allait devenir l'un
'
~'
aussi certaines critiques, l'on s'inquiélait de des assi.dus de son salon, elle était âgée de incomparable!
Pour
aller
de
pair
avec
la
société
qu'il
fré!'amoralité de la Phy~iologie du Maria,ge ou trente-cmq ans environ, sa tête était toujours
de la_ P_eau ri~ clwgnn, l'on faisait quelques demeurée très belle, sa chevelure merveil- quentait, il crut qu'il serait bon de transrestr1ct1ons piquantes et très justes, somme leuse, son port d'une aristocratie admirable. former
. son logis, son train de maison ' son
eqmpage.
toute, qui frappèrent plus le romancier que
Quelle était maintenant au moral la femme
Le moment était, du reste, bien choisi
les pages de louanges qui lui étaient consa- dont, _avec sa fougue accoutumée, Balzac va
pour se meubler : les années qui suivirent
trécs.
devemr amoureux dès qu'il la verra, ou, 1850 furent excellentes pour les collectionli daigna répondre. Lui qui laissait tan l de
neurs. On trou,,ait alors à un prix fabuleux
l~ttrcs en souffrance, prit le temps, au mide
bon marché des bibelots, des objets d'art,
heu de son labeur écrasant, de réfuter queldes
lableaux. C'est à partir de celle époque
ques-unes des critiques de l'inconnue. Cette
que
Balzac
commença sa collection, - collec•
dernière répondit à la seconde lettre, Balzac
tion qu'il devait poursuivre avec ténacité, à
en fit de même pour la troisième. Bref un
travers les avatars et les soubresauts de sa
commencement de correspondance s'ébauchait
vie,
si bien, qu'à la veille de sa mort,il avait
lorsque, un peu irrilé de l'anonJmat de son
réuni
dans le petit hùtel de la rue Fortunée
contrldicteur, le romancier somma celui-ci
des richesses artistiques dont l'ensemble était
de se dévoiler. La lettre suivante lui li\Ta le
eslimé au bas mol à 150 000 francs.
nom de cette femme, car c'en était une : la
Pour l'instant, son mobilier était plus mod~chesse .de Castries, une des étoiles les plus
deste.
Cependant un ancien directeur de
a~istocratigues du .faubourg Saint-Germain
journal,
nommé Solar, qui visita l'écrivain
d ~l~rs: qm, avec une bonne grâce charmante,
à cette éfoque, nous a fait le récit de l'aspetl
prmt l auteur de la Comédie humaine de la
de la ma1s00. Nous y voyons qu'entre autres
venir voir, dès son retour, eo son hôtel de la
choses,
Balzac avait déjà acquis ses fameux
rue de Varenne.
meubles
noreotins qui n'étaient autres riue
On devine l'étonnement el la joie de Balzac.
la commode de Marie de Médicis et le secréLui qui avait toujours désiré de toutes ses
taire de Henri IV! Balzac les avait décom-erts
forces approcher ce monde brillant du Paris
dans
la petite ville de Luynes, en un de ses
aristocratique, lui dont l'esprit et le (Ténie
voyages
de 'l'ouraine.
BALZAC.
étaient faits pour rivaliser avec les plus ;piriLa commode était en bois d'ébène veiné
tuelles élégances de son époque, se tramait
D°aprJs la lithog mphie de J ULIEN.
d'or, à pans brisés, avec cul-de-lampe el filets
par hasard introduit et de la plus piquante el
dorés en spirales aux angles. Un seul morde la plus flatteuse façon au sein même d'un
plutôt, la reverra, car il la connaît déjà pour ceau d'ébène recouvrait cette commode armodes salons les plus haut cotés de la Restaural'avoir entrevue dans le salon de Ja princesse riée aux armes de France et de Florence.
tion. « La duchesse de Castries', dit!!. GaBag:alion?... !!. Gabriel Ferry la dépeint . ~ Quant ~u ~ecrétaire, dit ~I. Ferry, il
ams1 :
etait compose d un avant-corps à deux van_I. G; FERRY, Balzac et ses a11nes. p. 70. (Calmann1.evy, edit.)
c&lt; Une femme coquette, vaniteuse, fine, taux, chargé d'une tablette profilée, sur la1

.

VI 1. - HISTORlA. - Fasc. 49-

...,,. 17

V,,,.

2

�1nSTO']t1.ll
quelle s'élevait la partie supérieure, également dhisJc en deux compartiments et
terminée par une corniche d'une exquise

'------------------------drai. .Je veux un million ou un remerciement. Pas~om-. »
Et, devant les )''ux ahuris de son interlo-

L'ÛPÊRA: FAÇADE SUR LA RUE LE PELETIER.

cuteur, il fait valoir toutes les richesses qu'il
vient d'acquérir : des Yases de 1ieille _porcelaine de Chine, des tasses de porcelame de
Saxe et de Sèvres, des statuettes précieuses,
des bronzes si11nés,
des écharpE:s d'or et
d'ara
.
.
gent, des étoles du xue siècle, des tap1sser1es
du \Hic et encore des tableaux et encore des
composer une gale~ie.
.
.
Lorsque Solar vmt le ,·01r, le romancier, meubles et encore des objets d'art.
Grâce à toutes ces richesses, Balzac ne
« l'œil en feu », les che\'cux en désordre,
les lèvres émues, les narines palpitantes, les peut-il pas aller de pair maintenant arec
jambes écarquillées, le bras tendu com~e un haute société qu'il fréquente? Au reste, 11
montreur de phénomènes un JOUr de f01re en prend deux domestiques, il achète _des cheplein soleil et en pleine pl_ace publique, _rar- vaux et des Yoitures, il galope au 001s.
lait ainsi en faisant v1s1ter ses dermeres
Lui-même arbore des gilets magnifiques,
endosse un superbe habit Lieu à boulons
acquisitions :
.
« Admirez, admirez ce portrait de femme dorés pour se montrer à !"Opéra dans la
de Palma le vieux, peint par Palma lui-mêm~, log• infernale ou des lions. Là s_'étalent le
le grand Palma, le Palma des Palmas, car _,l marquis de Podensac, Lautour-Mezeray, de
y a autant de Palma en Italie que de Miéris Boigne, tous les beaux de l'époque, tous les
en Hollande. C'est la perle de l'œuYre de lions du jour. Cbacun apporte son anecdote
ce grand peintre, perle lui-même parmi ou son historiette scandaleuse dont les autres
les artistes de sa belle époque. Altesse, s'égaient bruyamment, si bruyamment mè~e
que le commissaire de policechargé_du mainsaluez!
« Voici, maintenant, le portrait de tien de l'ordre dans la salle doit mlervemr
Mme Greuze, peint par l'inimitable Greu'.e. parfois. !lais tout n'est-il pas_ permis aux
C'est la première esquisse de tous les portraits lions'! Là Victor Roc1ueplan se l,rre à la plus
de Mme Greuze, le premier trait! celui que impitoyable critique de l'adminislratio_n de
l'artiste ne retrouve plus. Diderot a écrit sur !"Opéra. Avre un esprit infernal, 11 satmsc et
celle esquisse suave vingt pages déli~ieuses, tourne en ridicule les actrices et les chansublimes, dirinrs, dans son Salon. LISez so_n teurs, le régisseur et le corps de !Jallet, le
Salon; voyez l'article Greuze, lisr1, cel admi- caissier et le pompier de service. C'est un feu
roulant de mots d'esprit auquel personne
rable morceau !
« Ceci est le portrait d"un cbevalier de n'échappe.
A la sortie du spectacle, loulc la bande rn
Malte, il m'a coùlé plus d'argent, de temps
et de diplomatie qu'il ne m"cn eùl fallu pour joyeusement souper au cabaret de la füISonconquérir un ropume d'_ltalie. l'n o'.dre du Doréc dans lequel elle possède un salon parpape a pu seul lui ouvrir la :ront1cre des ticulier oll nul n'a le droit de pénétrer sans
Etats Romains. La douane l'a laissé passer en sa volonté expres~c. Yers les trois heures du
frémissant. Si celle toile n'est pas de Ra- matin, chacun rn retire chez soi, Balzac en
phaël, Raphaël n'est plus le_ premier peintre son équipage, un coupé magni~que, un
du monde. J'en demanderai ce que Je vou- locatis de cinq cents francs par m01s sur les

pureté de moulure. " Le célèbre marchand
d"antiquités Monhro estimait ces deux merYeilles à 60 000 francs.
Balzac acquit, en outre, un grand nombre
de meubles de la Renaissance italienne de
la plus grande valeur el il s'occupa de ,e

b

.... 18 ""

panneaux duquel resplendissent les armes
parlantes des Balzac d'Ent~a~ues.
,
.\u milieu de toutes ces elegances, on pense
si l'auteur de la Comédie humaine se rengorgeait avec son habit de drap bleu '?rlant
de chez Buisson, ses boutons d or c1sdes par
Gosselin, son pantalon noir à ~ous-pieds et
,on gilet de piqué blanc anglaIS stir. lequel
s~rpentaient les mille ann~aux d'uDl' 1mperceptihlc chaine d'or de Vcmsr.
A la vérité, les envieux et les ricaneurs
trouvaient plutôt qu'a,·ec sa toilette ébouriffante il avait l'air d'un riche marchand de
bœufs de Poissy en grande tenue d'apparat,
mais Bal1ac paraissait si convainc~, si sé~ieux,
si enthousiasle que sa vue desarma1t les
rieurs.
Cbaquc soir d'Opéra, il était donc là, se
prélassant en faisant tournoyer sans ce~se
entre ses mains gantées de blanc cêllc fame_usc
canoc 1 vrai instrument de tambour-maJor,
qui es t de,·enue si célèbre, gr.ice en p~r.Lie à
Mme de Girardin avec son chumant rec1t de
la Ca1111e de Al. de Bahac.
Celle canne était un objet très prec1eux
pour le romancier, et elle a tc~u trop_ de
place dans sa "ie pour que nous n en parlions
pas un instant.
.
.
Un ancien éditeur de Balzac, \\ crdet, qu,
fut une mauvaise langue el un rancunier,
nous a donné de, détails très piquants sur
cette fameuse canne.
Balzac recevait déjà à celle époque, paraitil ' des lémoirrn;irres
d'admiration et dP. s1m0
0
pathie qui lui étaient adressés par des femmes,
saphirs, émeraudes, pierres de toutes sortes,
cl l'idée lui vint, un jour, d'en,·oJer tous ces
dons provenant d'amies, .Ja plupart inc~nnues, au bijoutier Gosselm avec ordre den
faire une tête de canne. L'intérieur de la tête
devait ètrc creux afin d'y placer des boucles
de chefeux !
Gosselin exécuta son travail à la lettre,
surmontant une canne monstrueuse de tam1,our-major de toutes les pierreries que
Balzac lui avait confiées. Dès lors, le romancier la promena triomphalement partout où
il allait.
Or, un jour, la fameuse canne s'égar~.
.A.u moment de partir, l'écrira.in ne lrouvaIL
plu, cet objet unique à ses )'eux. Il fouille
partout. Point de canne!
.
.
« Balzac, raconte \Verdet 1 , était en pr·o1c
lt une inquiétude cxlrème, ses traits étaient
Loule,·ersés :
- Messieurs, ~•écl'iait-il à chaclue instant,
assez de ce jeu cruel; je mus en supplie, au
nom du ciel, rendez-moi ma canM.
« Et il s'arrachait les chereux, mais nous
ne pou\'ions lui rendre ce que nous n'alion,;
pas .... J'offris alors à son propriétaire désolé
Je prendre un cabriolet et d'aller, nomrau
Cbr1slophe Colomb, à la recherche de Ja
canne. J'étais résolu à aller la demander
dans tous les lieux sans exception où notre
grand étourdi aur,tit fait des ,·isites. li.
accepta. Je revifü au bout de deux heures
qui arnienl paru deux siècles de tortures
1. E. \\'t.•1·dct, So1wr11ir1 de la Vie liLUrairc.

BALZAC ET L}I DUCHESSE DE C11sT7/.IES

pour lui, Hélas! Trois lois hélas! Je ne rap0Jns une page célèbre, Lamartine nous a bras courts gesticulaient avec aisance, il cauportai rien ....
conservé le ~ouvenir de cc que fut le Balzac sait comme un orateur parle .... »
(C .\ cette accahlanle nouYellr. notre grand
de cette ép011uc, tel qu'il le vit si souvent aux
Gavarni disait de lui que « physiquement,
romancier s'évanouit. Quand il reprit ~c.s soirées de Mme de Girardin:
du derrière de la tète aux talom, chez G.111.ac,
sens, je lui dis :
« Dah!:ac élaiL dehout, raconte La.martine •
- \lions, ne vous dése:-pPrez pas ams1. devant la cheminée de marbre de cc cher il y avait une Jig,1e droite avec un seul resJe vais courir chez voire loueur dt• rnitures salon où j'amii ,·u passer cl poser tant saut aux mollets; quant au de,·ant du roc'était le profll d'un l'éritable as de
t 18, rue du Bac : pcut-1~lre l'nez-\·ous ou- d'hommes ou de femmes remarquables. Il mancier,
pique;;. ll
hliée dans \Otrc coupé? C'était cc que nous n't'tait p:is grand, bien que le rayonnement
Cependant le; milieux Lrillants que lréaurions dù ,·Prifier tout d'aLord, mais on ne de son visa~e et la mobilité de sa stature
s'avise jamais de lout .... Il ne rnulut à empècha~senl de s'a.percernir de sa taille; queotc Balzac n'ont pas H'Ull'mcnt une inaucun prix me quiller; j'étais sa dernière mais cette taille ondopit comme sa pensée: fluence immédialt• sur son train de -Yic, ils
planche de salut, il s'atta&lt;'h1it tt mes p:1:-, à eulre le sol et lui il semblait y aYoir de la accaparent si bien sa pensée qu'ils l'orientent
mes habits, il fai:-:iit peine à ,,oir. Nou~ marge; tantôt il se baissait jusqu'à terre wrs des horizons nou,·caux. Sincèrement
lombâmcs comme une double bombe chtz le comme pour ramasser une gerbe d'idées, libéral, Balzac lt•nd à d,·venir chaque JOur
loueur de voitures. Noire coupé n'ayait pas lanlol il se redress&gt;it sur la pointe des pieds plus royalisle, plus ultra, chaqur jour aussi.
été Yisité, nous y courùmes: la magnifique pour suivre le vol de sa pensée jusqu'à l'infini. sous lïnllucnce de la duchesse de Castries,
du duc de Fitz-James et de lt·urs amis, lt·~
canne s'y prélassait nonchalamment couchêt!
« Il ne s'interrompit pas plus d'une mi- préoccupations politiques !"envahissent dadans un coin. Qu'on juge de fa joie d'HonorJ nute pour moi; il élait emporté par sa convantage. L'annét&gt; précédente, en juillet h(il,
en retrouYant son inséparable compagne!. ..
versai ion avec ~f. et .\lme l~mile de Girardin. il a tenté - sans succès - de se préscntrr à
Après !'Opéra, l'endroit où llalzacse montre Il me jeta un r1•gard ,-.f, presse, gracieux,
le plus assidùment est le salon de !!me de d'une extrême l,ien\'eillancc ..le m'approchai Angoulème. Cette année, comme il est l'n
Touraim•, :1u domaine de Saché, cnlrelenact
Girardin, la charmante fille de Sophie foy.
pour lui serrer la main, je vis que nous nous toujr&gt;urs unr correspondance acti\"r aYl'C la
.\rec sa taille élel"éc et ses proportions de comprenions sans phrase, et tout fut dit
statue, éblouissante dans ses robes de ,·elours entre nous; il élait lancé, il n'a,,ait pas le duchesse, une raca.ncc parlementaire se prénoir, Delphine était d"une perfection et d'un Lemps de s'arrètcr. Je m·assis et il continua sente : Il. Girod, J,, député de Chinoo,
esprit inestimables. 11 Cc n'était pas coquet- son monologue, comme si ma présence l'eùt vient d'être nommé ministre dt• l'instruction
terie chez elle, a dit Théophile C,utier, ranimé au lieu de l'interrompre. L'attention publiqul' et des Culi,~. Occasion inespéré,,
c'était sentiment d'harmonie: sa belle àme que je prètais i, sa parole me donnait le pour Bal1.ac de lenter à nouveau la fortune
politique. Il s'e:-,L rclirJ en Touraine pour
était heureuse d'habiter un beau corps. »
temps d'obscrrcr sa per:onnc dans son éter- lra\'ail1cr, accablé de labeur, ach('vant Louis
Et l'auteur de P-mau.o cl Camée., d"ajoulcr nelle ondulation.
Lamber/. \'importe! Il fait démarches sur
ces détails sur les réceptions de la belle
« 11 était gros, épais, carré par la base et démarches, est agréé par les élc.::lcurs inDelphine :
les épaules; le cou, la poitrinE::, le corps, les
« Tout l'appartement était tendu d'un cuisses, les membres puissanls; beaucoup de fluents, désigné officiellement par la Quotidama.s de laine vert d'eau, dont Je ton glauque l'ampleur de Mirah~au, mais nulle lourdeur; dienne, journal roy:iliste: ~ ... M. Balzac,
comme crlui d'une grotte de néréide ne pou- il 1 arait tant d"àme qu'elle porlait tout cela jeune écrivain plein d'ardeur cl de talent, et
vait ètrc supporté &lt;111e par un teint da Llonde légèrement et gaiment, comme une enveloppe qui parait vouloir se dévouer à la défense des
principes auxquels le repos et le bonheur de
irrt!prochab!c: elle a,,ait choisi celle nuance
sans méchanceté, mais les brunes égarées
dans cette ca,,ernc Yerte y parai!-saient jaunes
comme des coings, ou enluminées comme
des fusées t. »
Toul était, du rcslc, sans prétention chez
!lmc de Girardin. Elle rcccrail ses ,mis à la
honne franquette, dans sa chambre à coucher
r.i:_,
dont le lit était dissimulé sous un rideau. On
~t.,,::,l•
s'y rendait généralement après !"Opéra et les
BoulTes, ou bien avanl d'aller dans le monde,
c·est-à-dire entre onze heures et minuit.
Dllzac était à peu près assuré d\ rrncontrcr
Lamartine - qu'il retrouvait chez la fille
après l'a\"Oir connu chez b: mère, - ainsi
que Victor Hugo, Alphonse Karr, Eugène
Sue, Gautier, Jules Janin, Lautour-.\k•zeray,
Chassériau, Cabarrus, cl, de temps en temps,
Alfred de Musset. La com·ersalion élait pi&lt;1uante, animée, spirituelle. On } fgratignait
bien un peu ceux qui ne faisaient pas partie
du cercle de la belle Delphine, m,is on l
défondait aussi les amis avec une sorte
d'àprcté d'excellente camaraderie. A ces moments-là, Delphine était transportée d'une
sainte colère qui transfigurait ses traits jusqu'au sublime, scion la remarque de GauL.\ .\I.\ISO:s.-Donü. - Ll/hng,·.Jp!ue dt PRovosT (JlJ,/U., d'apres 11n daguerrèOlJ"fl'.
licr. Autrement clic était douce, gaie et l-011
ym·ron, comme disait Lamartine. Balzac y
passait dfs soirées délicieuses.
souple, cl nullement comme un fardeau, ses la France sont attachés .... » L'alTaire est

.

.

.......

~

f

f ~
·-/ - -

1. Théolphilc kmticr, Porf1"11it.~ t·I Sm1r1·11irs lil•
làairca, Pari,, 1875, Colm~1111-Lé1-y, éilill'ur.

2. l..imartinr. /lahm· cl
\lichel Ler)', éditeur.

il/'$ «'llt'l'CS.

Paris, 18Gû.

donc en bonne voie, lorsque, patatras! Voilà
1. J1111r11al dc8 Crmrourl, t. l.

�r--

msTO'J{lll

A cinq heures et demie, sa journée d'écritaules ses espérances encore une fois effondrées. Au moment où !'écrivain se dispose à vain est terminée; sa journée de mondain
aller visiter .5es électeurs, il fait une chute de commance. A six heures, il va retrouver la
YOiture si malheureuse qu'il est obligé de duchesse et demeure en sa compagnie toute
garder le lit pendant plusieurs jours. Le la soirée. Mme de Castries goûte infinimenl
18 juin a lieu l'élection. Balzac n'a pas une Phommage empressé de cc grand homme qui
s'arrache à ses travaux pour venir bavarder
Yoixl
·Cet échec ne le décourage pas encore. uvec elle, et, en outre, la causerie substanN'est-il pas mêlé à la société la plus brillante tielle et spirituelle du romancier l'amuse au
d·u parti royaliste, et telle autre occasion ne plus haut point. Balzac l'initie à ses idées, à
peut-elle se présenter dans laquelle le servira ses projets, il la met au courant des mille
à coup sûr le duc de Fitz-James et son en- péripéties de sa vie, la fait participer aux
luttes qu'il est obligé de soutenir, lui lit partourage? ...
Justement, la duchesse de Castries lui an- fois une page ou deux parmi celles qu ïl vient
nonce qu'au mois de septembre, elle va s'ins- d'écrire, mendie son approbation, s'exalte
taller à Aix, en Savoie, et elle invite gracieu- quand l'e\lrait des Contes drolatiques a fait
sement son cher romancier à venir la re- rire la duchesse, s'en veut lorsqu'il ne parvient pas à dérider ce joli front, à faire soujoindre.
A la fin d'août, il s'arrache au séjour rire cette jolie bouche.
Comme toujours, le pauvre grand- homme
monotone mnis reposant d'Angoulême et se
s'est
donné tout enlier, et l'affection qu'il
rend à L}"DD pour, de là, gagner Aix en Savoie. )lalheureusement, à Thiers, dans le demande n'est pas, ne peut pas être égale à
Puy-de-Dôme, il est victime d'un accident de celle qu'il ressent. La duchesse n'est, au
voiture. En montant sur l'impériale de la fond, qu'une coquclte qui se soucie du grand
diligence, sa jambe heurte le marchepied et P,crivain comme de son premier amour, mais,
il se !raclure le tibia. Le voilà obligé de s'ar- pour l'instant, il l'amuse et elle est toute à
rêter quelques jours à Lyon pour se faire
panser, et il arrive à Aix en boitant un
peu.
::\éanmoi11s Mme de Castries reçut son
grand homme avec des transports d'enthousiasme. Lui-même est ravi et de

l'accueil qu'on lui fait et de la beauté du
site où il s'installe. 11 De ma chambre,
écrit-il à sa sœur, je découvre toute la
vallée d'Aix; à l'horizon, des collines, la·
haute montagne de la Dent-du-Chat et le
délicieux lac du Bourget. Mais il faut toujours travailler au milieu de ces enchantements .... »
La hantise de son labeur ne lui permet

pas de jouir des beautés de cette Savoie
comme le ferait n'importe quel humble
écrivain. N'est-il pas d'une autre espèce

que les aulres, taillé d'une façon différente? N'a-t-il pas mi1leengagements qu'il
doit tenir? Les soucis ... et les créanciers

BALZAC ET LA DUCHESSE DE CAST](TES
&lt;(

Ici, je suis venu chercher peu et beau-

coup, écrit-il à . Mme Carraud. Beaucoup,
parce que je vois une personne gracieuse,
aimable; peu, parce que je n'en serai jamais
aimé .... C'est le type le plus fin de la femme;
Mme de Beanséant en mieux; mais toutes ces
jolies manières ne sont-elles pas prises aux
dépens de l'àme ?... "
Cependant il semble bien que, durant ce
mois entier passé ensemble, chaque jour, la
grande dame et l'écrivain aient eu rux fois
l'occasion de s'avouer les sentiments vrais
qu'ils pouvaient en secret nourrir l'un à
l'égard de l'autre. Balzac ne fut-il pas assez
hardi 1 Ne lut-il point assez explicite? La duchesse - chose plus vraisemblable - demeura-t-elle jusqu'au bout la grande coquette
qu'elle était? Toujours est-il que leur liaison
ne se départit pas une heure de l'amitié platonique qu'elle avait eue dès le début.
Cependant le duc de Filz-James, beaufrère de Mme de Castries, apporta avec lui
un projet de ,·oyage: il se proposait d'amener
toute sa famille en Italie, de voir Genève,
Gênes, Rome et Naples où l'on restera jusqu'en décembre. On offre à Balzac d'être de
la partie. L'écrivain accepte avec empressement. &lt;c Je suis aux portes de l'Italie,
écrit•il à sa sœur, et je crains de succomber it la tentation d'y enlrer. Le voyage ne serait pas très coûteux; je le ferais
avec la famille Fitz-James qui m'y donnerait tous les agréments possibles; ils sont
tous parfaits pour moi; je voyagerais dans
leur voiture, et, toute dépense calculée,
il en coûterait mille francs pour celle de
Genève à Rome. Mon quart serait donc de
deux cent cinquante francs . .\. nome, il
me faudrait cinq cents francs, puis je passerais l'hiver à Naples, mais pour ne
pas toucher aux recettes de Paris et les
laisser pour les échéances, j'écrirais pour
Marne le iJJédecin de campagne, et ce
livre payerait tout.
c&lt; Je ne retrouverai jamais pareille
occasion. Le duc connait l'Italie et m'éviterait toute perte de temps; les ignorants
en dépensent beaucoup à voir des choses
inutiles. Je trava11Jera1s partout; à Naples,
j'aurais l'ambassade et les courriers de
li. de Rothschild dont j'ai fait ici la connaissance, et qui me donne des recommandations pour son frère; les épreuves
iraient donc leur train et le travail aus-

ne le poursuivent-ils point jusque dans la
charmante retraite où il mériterait tant,
cependant, de goûter un repos bien gaoné1. .. Allons, marche, continue! Il lui
Îaut reprendre malgré lui son labeur de
forçat. ll a quarante pages par mois à
fournir à la Revue de Patis, il lui fant
s1. ... ll
achever le Jlédecin de campagne pour
Ainsi l'on voit que Balzac n'a rien néglil'~diteur Marne, il doit encore donner une
gé: il a minutieusement tout prévu, tout
dizaine de Contes drolatiques. Tout cela
réglé. Et, de fait, le vo1·age commence: le
ne s'accorde guère avec la ,-ie oisive et
10 octobre s'effectue d'Aix le départ de
élégante que mène à Aix la duchesse de
la
petite caravane qui, quelques jours plus
C;1slries el son entourage. Cependant, pour
tard, arrive à Genève. Mais que se passeconcilier entre elles toutes ces choses incont-il dans celte dernière rille1 Quel caciliables, il se lève à cinq heures du malin
price arrête le vaillant écrivain parti si
et travaille devant sa fenètre ouverte, en
joyeusement pour cette terre italienne oll
face du. merveilleux paysage savoisien ,
BALZAC l T SA CA~:-JE.
jusqu'à cinq heures et demie du soir . .Sl.ituelte-ch.uge en ler-re cuite, par DAN TAN. (Mus ée Carnavalet. ) il sait que l'attend la Beauté sous un ciel
di,in? Quel froissement se produit entre
Dans l'intervalle, un seul repas composé d'œufs et de calé très !ort que l'on ce divertissement de rillégiature. Dalzac les "oyageurs? Quelle déconcertante décifabrique spécialement pour lui dans un res- s'aperçoit-il du rôle de dupe qu'on lui fait .!,ion est prise par eux? ... On ne sait, mais
toujours est-il que Balzac, dépilé, déclare
jouer? Parfois il semble voir clair.
taurant \'OÎsin.

qu'il n'ira pas plus loin, qu'il se fait adresser de Paris une foule de lettres réclamant sa présence imm€diatc, ou, du moins
son soin immédiat pour des affaires de
plus haute urgence, qu'il rmient, en effèl,
avec Ja mème bâte qu'il était parti.
L'on n?, ~nnaîtra probablement jamais le
mot de l emgme des scènes qui se déroulèrent, à Genève entre celui qui avait le plus
~dm~rable des cœurs d'homme et celle qni
.iou_a,t des plus pertides armes de la coquelteri('. Mais on peut se douter de J'aventure
qui lrur érhul. Balzac. on l1 a su par ln le1tr1~ t1 ~Jmc• Carraud ,·ilt:l' plu:- h,rnl, répuonnit
au'\: perpétuels manèges de la sédu~tion
comme aux scènes révoltantes des sentiments
jonl•s: (( ,Jamais il ne put concevoir, a dit
M. d: Lormjoul, q~t'on allirât ou bien qu·on
cssaiat,_ tout en lui résistunt, de reteni1· par
d_r ~arcils mo~"E'ns une affection puissante et
s1neere. J&gt;
D'autre part, la duchesse de Castries était
le type de la coquette-née . Elle av;1it tramé
plaisant de retenir toute une saison à ses
pieds un adm!rablc écrirain qui était de plus
un causeur incomparable et un charmant
compagnon, et eHe ne son!:!c:lit mème pas
qu'elle arnit éreillé Je désir et stimulé la
passion dans cette ..'ime sincère qui s'étail
sincèrement donnée.
Balzac se rrtirait donc des r:rriffcs de œtte
coquette, mais s'il partait, c\tait le cœur
ulcéré, l'àme endolorie, meurtrie à jamais.
1.focore une fois sa \'Îgoureuse nature ,·cnait-d'éprouvcr ce qu ïl en coûte i1 une imagin.:ition trop puissante d'échafauder des rèvcs
en pleine réalilé, et il se retrouvait à terre

I;

•

'

brisé, au milieu des débris de sa chimère.
Encore une fois son ard t'nt tempérament, dC'
lutteur
retrouva toute rnn éneroie pour ré.
1.;1ster an désr-:.poir el y r~sister suiv;int la

.

MAOA\IF. OE GIRARDl:-l',

ml'lhode gœthienne rllc-mêm&lt;\ rn luant la
douleur par le tra\".'.l.il.
Il repurtit pour Angoulême et se plongea
da,~s un labeur sans trêve de jour et de
nmt.

Cette crise de trarail eut un clfet salulai1·e
sur l'.lme endolorie de Balzuc: elle en()'ourdit
dérinitiremcnl sa souffrance.
r,
Au printemps de J83;), Mme de Castries
re,·int d'Italie. Balzuc fut tenu &lt;l'aller lui
rendre visile, il reparut plusieurs fuis~ l'hô-

tel de la rue de Yarcnne, puis sa présence
s'y fit pins rare, sa correspondance avec la
duchesse se ralentit chaque mois. La passion
était définitivemenl éteinte, les heures dr
souffrances abolies .... Mais chez ers hommes
supérieurs, les épreuves traversées ne sont
pas seulement surmontées par le travail intense, le someoir des heures tragiques qu'ils
ont véc~es. se traduit toujours chez eux par
une creat10? qucl_conquc . 1/a\'cnturc c1ue
Balzac YCna1t de ,1\TC avec la duchesse de
Castries devenait une œuvre et une des plus
bellrs du romancier, puisqul' Cl? fut la D11che.~se de Langeais qu'il écrivit en 1854.
On y pouvait retrouver jusque dans ses pet~i5
dét_ails l'histoire même qu'il a,·ait vécue.
Ma,s Balzac voulut que la chose fût plus
piquante encore. Un soir, il se rendit cbe1.
la duchesse de Castries et.JI lui lut sa nouvelle œurrr.
Celle-ci écouta tranqwllcment la lecture
du roman, fit semblant de ne pas en reconnaitre Je5 personnages et couvrit d'éloO'es
0
)'écrivain . La soirée s'achen rraiemcnl par
'
une gaieté factice de part et d'autre car
. qu'elle ressentit du remords, soit' nou-'
soit
veau caprice de coquette, la duchesse était
toute mélancolique en retrou\'ant Balzac.
La plaie n'était cependant pas entièrement
guérie non plus chez l'auteur de la Duchesse
de L~ngeais. Quelques années plus tard, il
avouait: « Il a fallu cinq ans de blessures
p'lur qur ma nature tendre se détachât d'une
nature de fer .... Cette liaison ... a été l'un
des plus grands chagrins de ma YÎC . . •. Moi
seul sais ce qu'il r a d'horrible dans la
Duchesse de Langeàis ! .. . )l

.

J\LPHONSE

Croquis •
~

•

18oû.

Lamartme. - Pendant la séance Lamartine est venu s'asseoir à côté de ~oi à la
place qu'occupe habituellement M. Arber.
Tout en causant, il jetait à demi-voix d~-:.
sarcusmcs aux orateurs.
Thiers parlait. « Petit drôle! , murmure
Lamartine. Puis est venu Cavaignac. f! Qu'en
pensez-vous1 me dit Lamartine. Quant à moi
voici mon sentiment : il est heureux il es~
bravr, il est loyal, il est disert, il est
bête! »
A Cavaignac succéda Emmanuel Ararro.
L'Assemblée était orageuse. " Celui-là, il a

;t

de trop_ petits bras pour les affaires qu'il lait.
Il se JCtle volontiers dans les mêlées et ne
sait plus comment s'en tirer. La tempête le
tente, et le tue. »
Un moment après, Jules Favre monta à la
tribune. &lt;c Je ne sais pas, me dit Lamartine
où ils voient un serpent dans cet bomme-là:
C'est un académicien de province. 1&gt;
Tout en rilnt.' il prit une feuille de papier
d.im mon t1r01r, me demanda une plume,
demanda une prise de tabac à SavaticrLaroche, écrivit quelques lignes. Cela fait, il
monta à, la tribune et jeta à M. Thiers, qui
venait d attaquer la rérolution de février, de
graves et hautaines paroles. Puis il redescendit à notre banc, me serra la main pendant
que la gaucqe applaudissait et que la droite
s'indignait, et vida tranquillement dans sa
tabatière la tabatière de Savatier-Larochc.

---...

SÉCIJÈ

ET JULES

BERTAUT.

Changarnier. - Changarnier a l'ai 1
~·~n v,ieil ~~démicien, de même que Soult a
I air d un ne1l archevèque.
Cbangarnier a soixante-quatre ou cinq ans
1:e~colure. longue et sèche, la parole douce:
1 a~r . gracieux et compassé, une perruque
chata~ne comme M. Pasquier et un sourire à
madrigaux comme ~I. Brifaut. Avec cela c'est
un. homme bref, hardi, expéditif, résolu,
mais double et ténébreux. Il siè•e à la
Cbarnbre à l'extrémité du quatrième r,banc de
la dernière section à gauche, précisément audessous de M. Ledru-llollin.
JI se tient là, les bras habituellement croisés. Ce banc oll siègent Ledru-Hollin et
Lamennais est peut-être le plus habi1uellcmen t
irrité de la gauche. Peadant que l'Assemblée
crie, murmure, hurle, rugit, rage et tempête,
Changarnier bàille.

�La fiotte du Sultan
?ARTJCULARITÉS OUBLIÉES DE LA GUERRE RUSSO-TURQUE
(,877)

Som-rnir piquant t'l un pru mélancolique:
~c doukr:iiL-ci11 aujourd'hui qu'il n'y a pas
mcorr bien longtPmps de cela, wrs 1875, la
flollt.. lur1p1t' élail unr des plus puissantes
di1 nirmde1
Ce n'fü.t ni une plai5antcric, ni un , ain
paradoxe, .mais bien une réalité que nos
p!Jrcs ont vue de leurs propres yeux: en 187 7,
- il y a seulement trentc-quatrcan,,-lor.s
dt• la guerre russo-Lurquc (qui devait ahoulir
au fameux Lrait&lt;l deBerlin), la marine turque
était de beaucoup supérieure, non seulement
à la marine russe, nuis encore à celle Je
l'Allemagne el à celle de l'Italie, pour ne
parler que des n:1tions européennes.
Sans compter un assez grand nombre de
prtill'.; unités d'une valeur assez secondairt&gt;,
la SuLlimc Porlc mettaiL en ligne contre la
Russie :
Gfrégates cuirassée~,
~I corvettes cuirassée;,
2 monitors.
SoiL un total respectai.ile de t 7 cuirassés,
jaugeant chacun 9 a 10.000 tonnes, Lou;
rerèlus d'une enveloppe d'acier de 50 centimètres d'épaisseur, el portant en tout 140 canons, dont quelques-uns pimvaienl bncer
des obus de 750 kilos.
Bref, si étonnant que œla puisse paraitre
aµx gens du xx1• siècle, la Turquir se trouvail t'llre à cette époque la fl'oisième puis:;ance maritime dn monde, au point de vue
n1ilitaire.
Elle ,,cnail immédiatement après l'Angleterre et la France arn.; i 05 bâtiments et
;;o.ooo marins.
D'où provenait œtte étrange particularité,
qui, aujourd'hui, nous déconcerte?
D'un simple caprice du sultan Abd-Ul-Aziz,
qui, depuis 1861, avait succédé !l son frère
Ahd-Ul-Uedjid. Ce monarque avait pour les
n:Hires cuirassés une véritable passion de
collectionneur, et, pour la satisfaire, il n'avait
pas hésité à dépenser des centaines de millions, aux frais bit!n entendu des contribuables ottomans. Avoir une belle flotte, dùt-elle ne servir à rien, - tel était le principal but de sa vie. Le métier de Sultan n'est
pas des plus folâtres, et il trouvait la des
joies qui le consolaient de son ennui.
Xaturcllement, il n'achetait pas les ,·ieux
&lt;1 rossignols u. Il lui fallait tout ce qu'il y
avait de plus moderne; il y mettait sou
amour-propre .... Dès qu'un nouveau type de
cuirasi:é lui était signalé, Sa Majesté s'em•
pressait d'en commander un exemplaire, pour
enrichir sa collection. Aussitôt achevé, le
1

était conduit t, Constantinople et
mouillé en vue des ÎPnèlrcs du palais de
Dolma-Baglché. Abd-ül-.\,iz rontempl,il pendant de longues hcm·2s ces joujoux coûteux
et splendides dont il était fier, el qui ne
bougeaient plus de la Corne d'Or. Car, de
peur l1u'il ne leur arrivât quclr_rue accidc11t, on
avait soin de ne pls les emoycr naviguer sur
les Ilots hasardeux de la mer ....
Leur entretien était impcccaLlt! : il.s Lrillaient comme des jopux, il:, resplendissaient
comme des rnlril'i : les équiplges n'arnienl
pas d'autre obli;ation militaire et navale
que celle d'asliquer du nntin au soir et de
r_ccommencer le leridem1i11. En fc,it de poudre,
celle dont on usait le plus abondamment était
celle de tripoli!
Les machines, organes délir.ats et redoutables, étaient con liées à des mécaniciens anglais, qui coulaient des jours paisibles dans
cet te douce sinécure. Plusieurs officiers étaient
également des fils d"Albîon. Tel l'amiralissime llubarl-Pacba.
Hobart-Pacha, - qui, en Angleterre, s'appelait llolurl tout court, - était un capitaine
de vaisseau de la marine britannique qui
s'était distingué en maintes circonstances et
avait fini par entrer au service de la fiolle
turque. Son gouvernement continua pendant
plusieurs année5 à. lui allouer des appointements de 10.000 francs (il était en demi-solde,
et non démissionnaire) ; puis, quand la guerre
éclata entre les Russt:s et les Turcs, l'Angleterre, ne voulant point violer la neutralité,
mit le capitaine Hobart en demeure d'opter.
Hobart opta pour la Turguie où son prestige
lui assurait plus de gloire, plus d'argent, el le litre de pacha. li se fil rayer des contrùles britannicrues.
Un détail curieux et qui laisse rêveur :
le budget de la marine turque en 1876,
c'est-11-dire en temps de paix, avait été de
28.640.000 francs. fo 1877, année de guerre,
il ne fut plus que de 1G millions.
Nous ne tenterons pas d'expliquer ce phénomène.
Voici, à titre de comparaison, quel fut
celle aunée-là le budget maritime des autres
puissances :
Angleterre 282.221.800 francs.
France
157.084.705
"
l\ussie
99 .475.140
Allemagne
,9.251:596
Italie
45.906.075
Hollande
28.925.188
"
On peut constater que, depuis ce temp.5, le
progrès a marché. Hélas!
na\'Îrc

Quoique ayant un budget très supérieur,
la flotte russe était sensiblem('nt inférieure à
celle dC' la Turquie; ce n'étaient pas les
fameuses t( popofl'kas ii qui pouvaient lui
assurer la suprématie de la mer, car si Jcs
popo/fkns avaient quelque chose de remarquable, c'était Leaucoup moins au point de
vue naval r1u'au point.de me ori~inal. Depuis
l'invention des baleacx, jamais l'histoire de
Lt marine n'avait eu 11 enregistrrr une inaovation aussi bizarre et aussi sensationnrllc
que celle-là.
Conçus par l'amirt1l rus~e Popoif, et construits sur les chantiers de Nikolaïcf, que
baigne la mer Noire, ces navires, au lieu
d'être de forme oblongue, élaienl de forme
circulaire, et resseml.ilaient à d'énorme:, fromages de Gruyère ou à de gigantesques toupies hérissées de canons.
Le premier, lancé en 1873, se nommail fo
Nowgorocl. Il possédait six machines à vapeur, actionnant six h..;lices, ce qui lui permettait de tourner sur lui-mème, et de marcher indifféremment dans tous les sens, aussi
vile que nïrnporle quel autre bâtiment. li
avait 30 mètres de diamètre, et sa ceinturé
cuirassée était épaisse de 30 centimètres. Sa
surface inférieure était formée de douze
quilles rayonnantes partant du centre et présentant l'aspect d'une monstrueuse roue.
Le Si!cond navire du même type s'appela
L'Amirnl-Popofl·, du nom de son inventeur.
li avait huit machines, jaugeait 3.550 tonnes,
el son diamètre élail de :;7 mètres. Il était,
comme le Nowgorod, surmonté d'une Lou·
relie blindée qui braquait vers les quatre
points c1rdinaux des canons de 280. Qu'on
s'imagine l'aspect déconcertant de ces immenses disques d'acier, flottant sur la mer;
et qu'on s'imagine aussi la façon dont ils
devaient se comporter les jours de gros
temps 1. ..
Néanmoins, leur succès arait été considérable, et la mJ.rine russe en était très satisfaite et très fière. Ils n'eurent malheureusement pas l'occasion d'affirmer leurs brillantes
qualités à la bataille : on ne les utilisa pas
dans la guerre contre les Turcs ... et comme
tout passe, ici-bas, même les navires cuirassés, la Camille des &lt;&lt; Popoffkas », après
avoir joui d'une gloire éphémère, s'éteignit
bientôt sans postérité.
De même que l'homme retourne à la poussière, les bateaux ronds retournèrent à la
ferraille, cl, 1nalgré les espérances qu'on
fondait sur eux, ils n'en sont jamais rcs- sortis .... Sic transit .. .

ROBERT FRANCHE\"JLLE.

UNE AUDŒ~CE PL'l3LIQUE DU DIRECTOIRE. -

JOSEPH

•

Dessin

d'opres

1/a/ure, t,1r CHATAIG!&lt;IŒR.

TURQUAN
~

La cito:yenne Tallien
CHAPITRE VII (suite).

Le représentant Tallien, qui avait été
réélu dans deux départements aux élections
de l'an VI, mais dont le Directoire avait
cassé la double élection, ne savait que devenir. Il était un de ces hommes qui, lors•
qu'ils sont dépouillés de loul mandat ou de
Loule fonction publique, ne sont plus rien
par eux-mêmes et laissent voir dans sa désespérante nudité la profondeur de leur insulfisane.e. Tallien était trop nul et trop ignorant,
trop paresseux aussi, pour être autre chose
que député. Il n'avait, pour toute valeur, que
celle qu'on lui avait prêtée, à la suite du
9 thermidor; puis il était. retombé à plat,
comme une outre vide.
Sa situation, à Paris, était fort difficile.
Mari de la mai~resse d'un des premiers personnages de l'Etat, ce n'est pas un rôle facile
à tenir avec dignité. Tallien sentait Ja faus-

seté de ce rôle el ne voulait pas le garder
plus longtemps. Non pas pour lui, il supporte
le joug conjugal avec un dévouement à toute
épreuve et parait en arnir pris son parti,
puisque, la veille de son départ pour l'Égypte,
il passe la soirée chez Barras, - mais pour
le public. De plus, sa situation était très
obérée. li avait des dettes, beaucoup de delles,
et quelque plaisir que sa femme ail eu à les
faire, il n'avait, lui, que le déplaisir de les
payer. Et il n'avait plus d'argent, même pas
le nécessaire, et il savait que Thérésia n'était
pas femme à se contenter du nécessaire. Ses
économies de Bordeaux, il y a beau temps
qu'elles sont dérnrées par les jolies dents de
sa charmante épouse; son journal ne lui rapporte plus rien, et, d1 puis qu'il n'est plus
député, les brasseurs d"affaires lui tournent
le dos. Thérésia n'avait pas attendu ce moment pour en faire autant. Les femmes sont
sans pitié pour ceux qu'elles ont cessé d'aimer, ou qui n'ont pas réa1isé leurs espérances

d'arnnir ou de fortune . Tallien reconnait avec
amertume que Ia sienne ne pardonne ni
l'insuccès, ni la pauvreté; et pourtant il pardonne, lui, l'indiflërence, et pis encore, à
Thérésia. Mais, à la suite de ses échecs cenjugaux, devant cette éternelle duperie du sentiment par l'indifférence, il demeure en proie
à l'un de ces chagrins d'amoureux qui sont
peut-être la pire torture qu'il y ait au monde.
Torture compliquée d'une autre plus déprimante encore, le manque d'argent. Ah!
comme les vingt-huit livres par jour qu'il
louchait en sa qualité de député lui font
défaut en ceconcour.s de toutes les détresses,
ainsi q ne les denrées en nature : &lt;c huile,
sucre, riz, drap, toile, ll que messieurs les
représentants, prenant une assemblée délibérante pour un bureau de bienfaisance, n'avaient pas honte de se faire distribuer 1 •
Mais admirons ce contraste en passant : le
septembriseur Tallien, sceptique et jouis1. l,.1.

RHE1.L1ÈnE-LEn:,u:x 1

Mémofres, L. I, p._214.

�1t1ST0'/{1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.

. _____________________

LJs.

seur, parait auprès de l'ex-marquise dont il

C1T0YENN'E TllLL1'EN

se débarrassait en la lui faisant épouser en
justes noces; lui, Tallien, en était réduit à
demander la protection de son ancien protégé. Et pour obtenir quoi?... Une modeste
place dans une administration. Et où? ... En
f;gyple.
Mais aussi quelle rage était la sienne!
Comme il se « mangeait les sangs » d'en être
réduit à une pareille extrémité! Quel contrecoup sur sa santé et sur sa bonne mine!
&lt;t Une autre fois, écrit Mme de Chastenay 1 je
trom·ai Tallien. Mais quel changement, grand
Dieu! Un demi-siècle, je crois, ne l'eût pas
plus changé. Un heureux instinct me permit
de le reconnaitre encore. Il était vÏ\'ement
irrité; mon accueil lui fit plaisir 1 • ))
Pour déterminer Tallien à aller en Égypte,
il fallait que sa vie, toute diaprée de scènes
et de récriminations avec sa charmante épouse,
fùt devenue intolérable. La question budgétaire n'y était sans doute pas étrangère. Quand
il n'y a plus de foin au râtelier, dit un proverbe très juste, les chelaux se battent. M. et
Mme Tallien n'en vinrent assurément pas à
cette extrémité, mais il est probable que
leurs explications prirent ce caractère d'aigreur qui est le ton de toutes ces scènes
fâcheuses de ménage. On en profita pour
s'adresser réciproquement des récriminations
fort vives, on se dit de dures ,·érités qui sommeillaient dans le dossier des griefs de chacun des époux et qu'on gardait précieusement pour en faire usage à l'occasion. Bref,
ces moments furent pénibles et orageux. Et
c'est avec un extrême chagrin que Tallien,
reconnaissant l'impossibilité pour lui de rester
plus longtemps à Paris, et à cause de sa disgràce · conjugale, et à cause de sa disgrâce
pécuniaire, et à cause de sa disgrâce politique, se décida à aller chercher oubli et fortune en Égypte. Aussi Thérésia était-elle mal
venue plus lard à écrire : (t Est-ce ma faute
si M. Tallien est parti pour l'Égypte, quand
son rôle le retenait à Paris? ... li C'est une
chose inconcevable que la facilité avec laquelle
notre paune nature humaine oublie les sou~
venirs désagréables et gènants pour chercher
à se donner raison quand elle a tous les torts.

Quoi qu'en dise Mme de Chimay le rôle de
Tallien ne le retenait nullement à Paris. Ce
rôle y était intenable au contraire et on ne
saurait blâmer Tallien d'avoir pris le parti
d'aller tenter la fortune en Égypte, pendant
que sa femme 1 prenant sa revanche de l'union
libre imposée à Bordeaux, la trouvait auprès
de Barras. D'ailleurs, pour certaines femmes,
l'adultère n'est-il pas une des joies du ma•
?
riage
....
Mais Tallien ne pensait pas que, sur la
terre des Pharaons, il serait sous l'œil sévère
de Bonaparte et qu'il ne pourrait pas y brusquer la fortune comme il l'avait brusquée
jadis à Bordeaux. L'avenir lui réservait, ~ur
ce point, plus d'une désillusion. Plus d'un
désagrément aussi, car, à peine débarqué, il
trouva ... qui? ... Le petit Jullien, son ancien
dénonciateur de Bordeaux, dont il avait cru
se débarrasser à tout jamais en le dénonçant
à son tour après thermidor, qu'il avait fait
emprisonnkr et que 1a prison avait rendu à
la circulation. Le général Bonaparte, à qui
il s'étaitadressé, comme Tallien, J'avait nommé
commissaire des guerres t .
Le pauvre Tallien s'était donc mis en route
pour l'Égypte, la mort dans l't\me. Rien ne
pousse à la réflexion comme les loisirs d'un
voyage. En route, la pensée de sa femme ne
le quittait pas. Ces grandes coquettes, on ne
peut plus les sou!Trir au bout de peu de
temps de vie commune, mais on ne pm1t
plus s'en passer dès qu'on est loin d'elles.
Dans le cours de ses méditations, il fut peut~
ètre amené à reconnaitre la vérité de cette
réflexion d'une grande amoureuse, Mlle de
Lespinasse, dont son ancien collègue à la
Convention, Barère, allait bientôt publier les
lettres, à savoir que &lt;r cc que les femmes
veulent, c'est d'être préférées ; presque personne n'a besoin d'être aimé. » Et Thérésia,
pas plus que les autres, ne demandait de
l'amour, mais seulement des satisfactions
matérielles et d'amour-propre. Pourvu qu 'ell~
se fit du bruit à elle-même et qu'on en fit
autour d'elle, elle était heureuse. Pauvre
Tallien, de ne pas s'en être aperçu a"ant le
mariage! Et pourtant, le malheureux, il l'aimait toujours et, dès qu'il fut loin d'elle,
l'amour le reprit avec toutes ses fièvres. Il
lui écrivit à chaque escale que faisait son
M.timent.
Arnault, le spirituel auteur des Souvenit s
d'un sexagénaire, qui avait accompagné le
général Bonaparte et qui s'était arrêté à Malte
pour soigner son ami et beau-frère Regnault
(de Saint-Jean d'Angély), rencontra, en rentrant en France, le bâtiment qui emmenait
Tallien en Égypte. " A la hauteur de Pantelerie3, dit-il, nous avons hélé un petit hâliment qui venait de Toulon et allait à Malte,
ou plutôt courait après la flotte. Il avait sur
son bord, entre autres passagers, Tallien,
qui, n'ayant pas été renommé à la législature i
et renié de Paris dont il avait été l'idole,
allait en Orient chercher fortune, ou, disons

mieux, chercher sa vie . Trois ans auparavant,
il régnait en Francej il avait une cour à
Chaillot. Déchu aujourd'hui de son crédit
comme de son pou voir, et sans autre compagnon que 81·indavoine, espèce de groom qui
de l'écurie de Madame avait passé à la chambre de Monsieur, il se réfugiait sous la protection d'un général qu'il arait protégé 5.
Si Tallien n'oubliait pas sa femme, celle-ci,
de son côté, ne pouvait l'oublier plus, absent,
qu 'elle ne le faisait quand il était à Paris.
Elle continua tout simplement à mener la
même vie que par le passé. Elle n'était nullement hypocrite, c'est une qualité l(U'il faut
lui reconnaître, et elle a toujours fait ses
fredaines au grand jour, tout naturellement,
comme la chose la plus simple du monde.
C'est assurément un mérite - faute d'autres
- mais qui ne laisse pas que d'avoir quelques inconvénients . En son for intérieur, cependant, Thérésia devait s'applaudir du départ de Tallien . Elle ne trouvait pas que
(&lt; l'absence est le plus grand des maux ii,
puisqu'il y avait beau temps qu'elle n'aimait
plus Tallien, si tant est qu'elle l'ait jamais
aimé un instant; et comme certaine grande
dame à propos de son amant, elle constatait
peut-ètre que son mari avait « l'absence délicieuse JJ . Il ne faut pas lui en faire un
crime; combien d'autres femmes qui, comme
elle, trouvent que l'absence du mari est ce
qu'il y a de meilleur dans le mariage! Elle
parait cependant s'être un peu défendue de
ce sentiment, car elle répondit un jour i,
quelqu'un qui était venu solliciter sa protection : (( Que voulez-vous que je fasse maintenant? ... Je n'ai même pas le. droit d'empêcher mon mari de partir . 6 JJ Son crédit,
cependant, n'était nullement entamé: son
mari seul était déconsidéré, elle, non. Le
monde est ainsi. Quand une femme a des
torts, c'est à son mari qu'on tourne le dos.
Mme 'l'allien était, au contraire, plus puissante que jamais, et Barras se pliait à toutes
ses fantaisies. ~lie était vraiment reine et trônait à toutes les fètes.
L'arrivée d'une Sùrle d'ambassadeur turc
à Paris, au lendemain du départ de Tallien,
fut un prétexte à des galas ofriciels et privéL
Les journaux de thermidor an V sont remplis
des faits et gestes de cet ambassadeur . On le
promène, comme une bète curieuse, dans
tous les lieux de plaisir de la capitale, du
Luxembourg à Idalie, de Tivoli aux Tuileries,
aux bals, à Feydeau .... La présence de cet
Oriental à Paris a tourné toutes les tètes. On
ne parle que d'EITeid-Ali-EIJendi, C'est à qui
pourra dire qu'il l'a vu, 1 qu 'il lui a parlé.
Mme Tallien, naturellement, est parrui les
plus empressées. Pour voir? ... non, pour se
faire voir. Elle s'assied à ses cOtés, à une fêle
de l'Élysée, et es t toute fière d'un banal c)mplimenl que lui fait l'EITendi. !lais la foule
a vu qu'il lui a parlé, et la foule parle d'elle
autant que de lui. C'est tout ce qu'elle vou•
lait. Pau\'re plaisir! De pareils succès, auprès

d'un tas d'imbéciles et d'oisifs que la pré- savait que les Turcs sont connaisseurs en femsence de cet envoyé d'Orient a achevé de mes i elle aurait voulu un compliment de dit que le citoyen Peters - il y a là une erdésorienter, ne sont pas à envier. Mais on ne celui-ci, afin que sa beauté reçût en quelque reur, il faut lire « Potter n - &lt;c entrepres occupe alors que de ces inepties. Voulez- sorte l'estampille officielle de ce diplomate. neur de la manufacture de Chantilly et provous un petit tableau de l'état moral de Toute sa diplomatie échoua piteusement. Elle priétaire du hameau qui se trouve dans les
Paris à cette époque? ... En voici un brossé en fut quitte pour son costume oriental et pour jardins du prince, fait réparer à grands frais
par u~ contemporain, et Ja brosse, je vous l'humiliation de se rnir préférer Mlle Lanoe. ce joli endroit pour y recevoir sa bienfaiJure, n est pas trop rude : t1 A ces désa,,an- Car c'est devant cette rivale que, séduit &lt;&lt; Par trice, la célèbre Cabarrus -~ . l&gt;
tage~'. il faut joindre celui de la présomption, ce luxe inconcevable et par ce ton extraordiMme Tallien aimait assez à aller se reposer
de l mcurable légèreté et de la dissolution naire de décence empreint sur les détails de
morale de Paris. Nombre de députés sont sa parure somptueuse '! le Turc s'arrêta et à la campagne de ses triomphes de Paris.
Uais ce _n'était pas pour y jouir du calme,
plus occupés de leurs plaisirs que de leurs dit : " Il est beau! »' ·
de la solitude et du recueillement. Il· lui faldangers. Dans une conjoncture qui peut raIl fallait se consoler d'une telle déception
mener sur la France un rè"ne d'horreurs au d'amour-propre. Mme Tallien le fil en allant lait le mouvement d'une foule d'imités, le
train et le tourbillon des chasses, Je bruit du
milieu de la mi~èr~ publi;ue et des plai~tes
à Cha_ntil!y, .r~ndre ~•isitc à un citoyen Polier,
géné~alcs, la _frivolité et la déprarntion des anglais d origine qm, en 1i95, s'était inslallê sable écrasé devant le perron par les roues des
voitures, le son des trompes, fo sourd galop
Par1s1ens se deploi_ent avec éclat. Trente specà Chantilly, y avait relevé la manufacture de des chevaux sous la futaie, les diners, les
tacles, autant de lieux de rendez-vous, où un
porcelaine et I avait joint une fabrique de bals, le jeu .... C'était là son repos, et c'est à
las de désœuvrés vont admirer des coiffures
faïences et une manufacture de car&lt;lc.s. Em- Grosbois qu'elle }'allait prendre. Cette magnigrecques et se mêler à une canaille de parprisonné sous la Terreur, le 9 thermidor
ven.us scandaleux, so_nt plus ~emplis que ja- l'avait rendu à la liberté. On sait qu'il était fique propriété avait appartenu, avant la Révolution, à Monsieur, frère de Louis X\'I.
mais. Dans la semame dernière, l'artificier
de mode, depuis ce jour, d'attribuer à Barras l'avait payée un prix dérisoire, comme
Ruggieri a fait vingt-cinq miJJe francs d'une
Mm_e TaUien le coup d'État auquel son mari bien national, sur l'argent provenant des obséance.
avait pris une part prépondérante : les ther- jets sacrés Yolés dans les églises de !larseille
~c L'ambassadeur ottoman, qui n'est autre
mid_oriens lui faisaient le plaisir de lui en et de Toulon; qu'on vienne dire après cela
qu un. consul cl~argé d~ négocier le payement
attribuer tout le mérite, el il était poli, de la que l'origine de s~ fortune n'était pas très
de bl~s vendus_ a la natw~, a absorbé ce peupart des prisonniers élar;ûs à la suite de cet catholique! liais les principes républicains de
ple d enfants; 11 a perdu Jusqu'au goût qui le
événement, de dire qu'ils lui devaient la vie. ce gentilhomme ruinés 'étaient bornés à chercaractérisait autrefois : ses modes comme ses
M.
Potier la proclamait donc sa cc bienfai- cher dans le nouveau régime des occasions de
mœurs, ses mœurs comme ses
refaire, quibuscumque viis, une
discours et ses jouissances ont
fortune gaspillée dans Jes déborpris dans toutes les classes et
dements d'une jeunesse aussi
dans tous les partis ce caractère
orageuse que prolongée . Tout cela
de basse turpitude, de sansavait jeté sur lui un bien vilain
cufottisme_ el d'impudeur que
vernis,
quoique on ne fût "Uère
lm a 1mpr1mé la Révolution. Rien
difficile sur l'honorabilité e~ ces
de plus mesquin, de plus sale
temps de transition ; et si ce
que l'introduction de cet envoyé
bourgeois de Carnot ne pouvait
turc au Directoire. Le marquis
soufl'rir cette espèce de saltimd'El Campo y a paru, ramenant
banque empanaché dans son cosdans sa voiture Aime Tallien et
tume théàtral et dans ses vices
d'autres coquines de son esplus ou moins distingués, beaupèce 1• 1&gt;
coup d'autres se montraient
L'austère calviniste qui a écrit
moins regardants, sous prétexte
ces lignes n'est pas lendre pour
que la conduite du Uirecteur ne
cette pauvre Mme Tallien. L'Efles regardait pas . Tous les minisfcndi ne l'est guère davantage.
tres,
Jfme de Stai.SI, qui dictait
Au grand bal donné à l'Odéon en
chaque matin à lienjamin Consson honneur, Mme Tallien s'est
tant la façon dont il devait penavisée, pour lui êlre agréable,
ser ce ,Jour-là, Mme Visconti,
peut-être, pour allirer son attentout fraichement déballée à Paris
tion sur elle plutot, de s'habiller
des
bagages du général Berthier
à la turque. !lais quelle disgrâMme Hamelin, ce polisson e~
ce! Les Turcs sont d'une turjupons - quand elle en avait querie, d'un mal élevé à ne pas
qui amusai~ tout le monde par
croire! Figurez-vous que celuises
ge~tes ~1squés et ses propos
ci, avec le flegme de sa race,
plus risques encore; MmB Hainimpassible sous les regards de
guerlot qui, belle, faisait semquatre mille spectateurs, a passé
bl~nt de ne pas le savoir, pograve et muet devant le turban ,
sait .pour l'esprit et n'avait que
la chemisette de soie et les
Cliché Bloc!.:.
celui que lui prêtaient ses amis:
culottes bouffantes de celle qui
U:-. COIN DE CAF E soi;-s LE DIRECTOIR E. - TaNe au ae M. GEORGE:$ CAi;\".
Mme Rague!, dont tout l'esprit
mendiait de lui un compliment,
se bornait, comme chez tant
un regard, ce qui l'eùt fait
d'autres,
à faire de la dépense
triompher devant toute sa cour de courti- trice ,_.
fit de grands préparatifs pour la et à porter de belles robes ... tout ce monsans en titre et de courtisanes titrées. Elle recevotr dignement et un journal du temps
de ,·enait à Grosbois et y portait un goût

1. Mme DE cu ~!T!SU , nlémoii-es, t. II, p. 48.
2. C'était à pau prês équivalent à intendant mililaire.

3. L'ile de Pantellarîa.
4. C'est une erreur : le Directoire. comme on l'a
n1 , avait cassé sa double élection.

5. AaN.n :u, Som;e11 irs d'un se:.cagén«ire,t !V,p.17U.
tl. CollTE Du YORT DE C11 EHR N\', Jlémo fres, t. II.
p. 38J.

l. M1.u1::T DU Pn•, Correspo11da11ce oi•1·c la rour
de Viemie, t. 11, p. 319 ..
2. Semaine critique, t. ru.

a pavoisé son existence, dont il a fait sa
femme, un homme sensible et bon; et c'est
à lui, maintenant, que rnnt les sympathies.
Pourquoi? ... Parce quu cette femme le rend
malheureux.
Que faire, pourtant? ... li n'a plus qu'une
ressource : lui, le Tallien du 9 thermidor;
lui, qui a été président de la Convention à
vingt-cinq ans; lui, qui avait recommandé à
Barras le petit général Bonaparte, obscur et
inconnu, pour l'affaire du 15 vendémiaire;
Jui, .dont la femme a fait obtenir à ce général,
alors on ne peut plus besogneux, quelques
aunes de drap des magasins de l'État pour
renouveler son uniforme usé; lui, qui l'a

assisté comme témoin à son mariage avec la
vieille maitresse dont Barras, l'autre témoin ,

...., : q -

1

H

3. Rapsodies, 4• trimes1re, 1708. ne Guxcoum·.

l.,e Directol1'e.

4. Uapsodies, l •1 trimestre. Nous devons ces r en-

""" 2.5 ....

seignemcnls à ~J.. Roussel, l'ërudit archinste du dep~rtement de I Oise, que nous remercions bien sincerement de sa complaisa11cc .

�1f!ST0~1.1l
immoM ré pour les plaisirs tapageurs de la
chasse, des soupers, des déjeuners champêtres avec orchestre de trompes el de détonations de bouteilles de champagne, et pour
d'autres plaisirs, qui, pour être plus discrets,
n'en foisaient pas moins de bruit parmi celt('
brupntc société.
On se donnait beaucoup de mouvement en
C'fl'd, on jouait gros jeu, mais on parlait peu
i'1 Grosboi~, - du main:; le.s hommes. Il y
avait là des éléments si diverJ, certains souvenirs si rt!cents, et la plupart des habitués
avaient trempé dans tant d'affaires dont ils
aimaient mieux, et pour plus d'un motiî,
qu'on ne parlàt pas, que le Lemps se passait

surtout en plein air, quand il faisait beau.
On se promenait dans le parc; on allait donner à manger aux: carpes des bassins, aux
faisans; c, plusieur:; des dames, dit une chroniqueuse qui fut d'un diner de Grosbois, allürent aux portes d'une enceinte se raire effrayer
par des daims et par des ccrrs qu'on y gardait, et je me souviens que M. Réal, frappé
de ces caricatures de jeux de princes, me diL:
&lt;&lt; Je le mis, les princes étaient ainsi, non
parce qu'ils étaient princes, mai s parce qu'ils
étaient là 1• 1&gt; Béal avait raison, et lui-même
plus tard, et tous les autres parvenus de
l'Empire, cl les princes de la finance, et les
enri1,;his du commerce et de l'industrie ne
vécurent el ne Yirent pas autrement, non pas
parce qu'ils sont princes, mais parce qu'il:;
ont ce qui était aupara,·anl inséparaùle de
l'état de prince, ce qui est le nerf de tout,
l'argent. Et c'est aYec cet argent, - argent
très malpropre chez llarras, - que le propriétaire de Grosbois a\'ait fait venir à grands
frais des daims pour peupler les forèts de son
domaine ~.
Mme Tallien ne descendait de ses appartements que peu de temps avant le déjeuner.
Ellé faisait son entrée dans le s:&gt;.lon aux côtés
de Barras. Celui-ci, avec une grâce et une
liberté qu'on trournit toutes charmantes, s'aYançait souriant, un bras passé autour de la
taille de sa coquette maitresse. " Ma belle
Athénienne, lui disail-il, auprès de qui ,·oulez-vous que je vous conduise1 ... )&gt; Avec les
mouvements onduleux d'une chatte, Mme Tallien levait les yeux, le r~gardait d'une certaine maaière, le remerciait, se dfgageaitaver
une petite nl'Jue adorable de son étreinte, et
le quittait. Elle faisait alors le tour du salon,
disant, ayec ces façons à la Longueville 11u'elle
possédait si bien, un mot aimable à chacun,
et s'arrêtait enfin auprès de celui qu'elle aYait
intérêt à cajoler ce jour-là. Barras venait l'y
rejoindre après arnir galamment présenté ses
devoirs à ses invitées eL la trouvait soit avec
le citO)'en Talleyrand, soit a,·ec le citoyen Cochon : " Eh bien! disait-il , qu'est-ce donc
que ce tête-à-tête avec un ministre, ô ma
belle Athénienne?... \' oudri,•z-vous le séduire? ... ou gouverner l'empire comme une
autre Aspasie? ll
C'était la phrase favorite de Barras, el la
1. ~me 11t; C,u.sTESH, .Uémoirtt, t. I, p. 3i0.
'l. a. Ui, voiturier de Chinon pao;se :mmt-hier à
Bloi s a,·ec une voilure fe rmée; un parti culi er a la

LA C1T0YENN'E TALI.l'EN

citoi-enne Tallien ne s'en làchail pas. D'ail- l'honneur et des sentiments. Les mœurs
leurs, il n'attachait, dans sa pensée, aucun étaient aussi relâchées que possible et faisaient
sens désobligeant à ce nom d'Aspasie, au revivre les temps les plus abominables de la
contraire; &lt;( il se mettait par là dans les san- cour de llenri Ill et de la Régence. En voici
dales de Périclès, a dit la duchesse d' Abrantès. un épisode. Il a d'autant mieux sa place ici
que ~rme 'l'allien en fut !"héroïne. Avec une
et le partage n'était pas mauvais. o
Les compliments échangés, on passait dans admirable absence de sens moral, Barras se
la salle à manger. On déj eunait à onze heures. plaisait à le raconter, et riait aux larmes en
Une fois le calé pris, et quelquefois on le pre- en répétant les détails. Cc fut un des triomphes
nait au grand air, on allait faire une prome- de sa vie de ai bustier.
Comme il avait d'incessants besoins d'argent
nade sous les ombrages et, sitôt rentré, on
pour
lui et pour ses maîtresses, comme
s'asse~·ait aux tables de jeu.
On parlait beaucoup à Paris des « sommes llonaparte ne faisait pas mine de lui envoyer
effrapnles » qui se perdaient et se gagnaient lrs trois millions qu'il lui a,·ait demandés
dans ces parties, et il paraît bien qu'en effet après fructidor, que ces pingres d'hommes
il se jouât un jeu d'enfer à Grosbois. Le d'affaires se faisaient tirer l'oreille pour rémuwhist, le pharaon, le vingt-et-un, la bouillotte, nérer honorablement les services qu'il leur
tout cela occupait les invités au milieu d'un rendait eo leur faisant adjuger des fournitures,
silence qui n'était troublé que par les mols de il s'al'isa, d'accord avec la citoyenne Tallien,
l'argot des joueurs. Le creps y avait aussi d'un arrangement « fort honnête », aurait
droit de cité depuis que !!me de Chàleau- dit Brantôme, « d'un infàme marché 1, a
renault, une des favorites du rnigneur de écrit La Revellière-Lepeaux. li obligea le
Grosbois, l'y arnil introduit. I.e billard dis- fournisseur Ouvrard, sïl voulait continuer il
trayait des cartes; les toilclles délassaient les jouir de la protection du gom•erncment, de
lemmes du billard, el les femmes, par leur prendre pour maitresse en Litre, au moins
aimable gazouillis, délassaient les hommes de ad honores, comme Tallien était un mari
leurs jeux et de leurs préoccupations. La ad honores, la belle citoyenne Thérésia qui,
table délassait chacun de tout : c'était, avec au su de Lout le monde, était sa propre maitresse, et d'afficher publiquement celle liaison.
les cartes, la grande affaire de la maison.
Toutes les ambitions couvaient sous cette De celle façon, c'était à ce fournisseur de
,,ic de jeux el de divertissements, el les in- chevaux, de chaussures et de ,·êtements pour
trigues allaient leur train. Ce qu'il s'en noua, les armées, à fournir de chaussures, de ,·êtcde politiques et d"autres, est inconcevable. ments et de c:hemux, la dévoratrice jeune
Ali'. si lt!s Yieux murs du cb:Heau pouvaient femme. li avait le droit, par exemple, de se
rarler, que de choses intéressantes ils auraient payer en nature de tous ses débours: le traité
à raconter I Jusqu'aux histoires que, certains ne s'y opposait pas, - Thérésia non plus.
soirs d'automne, deYant une Oambée de C'était affaire entre elle et lui. Mais pas de
fagot, dans la grande cheminée, chacun était Th6résia, pas de fournitures . C'était à prendre
tenu de conter à son tour pour égayer (( l'as- ou à laisser. Comme, somme toute, si la
semLlée ,, . Et, dans cc genre de di\'crlisse- pensée qui avait présidé à cet arrangement
ments, le plus spirituel assurément qu'on eût n'était pas belle, l'affaire l'était, que la lemme
à Grosbois, Darras racontait avec une fatuité l'était aussi, le financier en passa par les
non dissimulée les aventures de terre et de désirs du Directeur, la femme par ceux. du
mer qu'il a relracées dans ses Jlémoires, financier , et tout le mon dt! fut content. a Tout
ruais qui devaient avoir, dans la bouche de fut lraité, a écrit un collègue de Darras,
celui qui en était le héros, un sel qui manque arrêté et mis à exécution à Grosbois. Une
grande parlie de chasse 1· fut indiquée; de
un peu dam son récit écrit.
Ce n'était pas là précisément de la bonne nombreuses invitations avaient été faites. On
rnmpagoie, mais tous ces déclassés en avaient s'y renci la veille du décadi au soir. Ouvrard
à peu près les manières el les formes; sauf ctla Tallien sont logés dans des appartements
certaines libertés de tenue et de langage, contigus. A la chasse, la Tallien monte l'un
dont les rnœurs du temps étaient en partie des chevaux d"Ou vrar&lt;l, qui trotte à ses côtés;
responsables, il régnaiL à Grosbois une ap- deux jockeys à la livrée d'Ouvrard, l'un pour
parence de décence que l'éducation première lui, l'autre pour elle, sont à leur suite. Le
de Barras el de Mme Tallien avaiL établie. Ce couph·, séparé du gros de la chasse, s'égare
n'est que dans les bals du Luxembourg qu'on dans les bois. Au retour se donne un grand
diner dans lequel Mme Tallien est traité&amp; et
voyait cet étrange amal.;ame de la fine 1\cur
saluée comme la favoritedu noble fournisseur.
des « nouvelles couches » el du rehut des
li
parait c1u'Ouvrard était asses confus du
anciennes, mélange que l'on retrouvait dans
rôle qu'on lui faisait jouer et du ridicule
les bals les plus renommés de l'époque, ceux
qu',l se donnait de payer les plaisirs el les
de !I. Boycr-fonlrède el ceux que donnait
fantaisies des autres. Après le dîner, on part
M. Vilain Xllll, dans le petit hôtel qu'il avait
pour !'Opéra: c'est dans la voiture d'OuYrard
fait construire pour Mlle d'llervieux.
qu'on s'l' rend , et aYec ses gens, et c'est dans
Si le Lon de la bonne compagnie était à pru
sa loge que la l'arorite est introduite par luiprès observé à Grosbois, il n'en était pas de
même, pour notifier au public entier l'accommême, tant s'en faut, des délicatesses de
cur1us1ltS de r&lt;'garder à trarcrs les ba rreau x. I.e ,·oil111·icr lui dil bo11nemenl : « Ce soul six daim5 que je
mène prés de Fontaincùleau, chez Barras, dircd eur ;

il les a fait venir de Chinon, pou r pcuplt'r sun
p~rc. i (Cu)ln; OurnnT 11E Cut.: venn- , ,llé m oireli, \. 11,
page 580 ).

plissement de cette indigne comcntion. 1 n
Indigne, celle convention l'était en effet et
si l'honnête La Revellière en est révolté 'on
peut affirmer qu'aucune des a hautes pa;ties
contractantes», comme disent les diplomates,
- el on peul emploj'cr ce terme puisqu'il
s'agit d'une négociation diplomatique, - ne
trouvait .'1 redire à cc marché. D'ailleurs, de
tels marchés n',:1aientpasnourcau\: I.e Brun,
le poète, n'avait-il pas vendu, peu de temps
avant la Révolution, sa femme au prince de
Conti? Etant donaé les personnan-es de b
petite comédie, leurs anlécédents et l~s mœur~

RÉCEPT IO N

ou GÉNÉRAL

du Lemps, qui, à vrai dire, étaient un peu
leur ouvrage, la chose est plutôt amusante ; et
l'on est tenté d'en rire aYec Barras el avec
Thérésia. Ouvrard seul garda peut-être son
sérieux, c1r c'est lui qui faisait les frais du
traité : le marché n'était cependant pas san s
bénéfice et la soulte stipulée dut dérider le
visage spirituel du financier, aussi fait pour
les joies délicates que lui-même pour les spéculations qui ne l'étaient pas.
Il est certain q uc la saine el pure morale
n'avait pas présidé à cette affaire; mais
Thérésia s'en tira avec une désinvolLure de
bon ton qui fit tout oublier. " Mème dans
1.

LA nE\' [Ll,ltl:RE-1.U EAOX , l'llénwfres,

les écarts, a dit le prince de Ligne, il y a des
gens à qui tout va, parce qu'ils onl de la gràce
et du tact. " Mme Tallien était de ces 0oens
priYilégiés.
liais comme de loul temps :
Ll's 11clils onl pâli des ~olliscs rlrs p-rand~,
ce sont nos malheureux soldats qui eurent i1
souffrir de cet arrangement. Pour qu'un
munitionnaire pasât de jolies sandales de cuir
parfumé à la belle Théré,ia, ils reçurent des
souliers à semelles de carton; pour qu'il lui
otrrit de beaux cbcvaux, nolre cavalerie fut
remontée en rosses; pour qu'elle porlàt soie

1. II , JJ . '.!48.

B ONAPARTE PAR L'l:sSTIT UT. -

dis~nguées, et savait jeter l'argent par les
fcne~res avec la même désinvolture quïl
savait le gagner. Ce Richelieu de ]a finance
était pétri de vices et de qualités, et, parmi
celles-ci, il faut lui m·oir gré d'avoir donné
l'exemple de la dépense et fait son possiLle
pour guérir la France de l'avarice el de la
me~quine.rie, ces ~'Îces odieux des petits bourgc01s qui, drpms 1789, sévissent sur la
F~ance ~t. menacent notre pays embourgeoisé
d un abeti,semenl général. li y a si peu de
gens qui savent être riches! Ouvrard, lui,
savait l'ètre, après avoir su le devenir. li

D"atrès le dessin de C11A ~11'10'.'\" .

et Yelours, bijoux et diamants, les soldais,
couchés sur la dure, grelottèrent dans des capotes trop minces, dont le drap s'en allait en
lambeaux dès les premières étapes et les premiers bivouacs. Yoilà suri out où était l'immoralité révoltante de ce marché. Pour le reste ...
eh! mon Dieu, il n'y a,•ait guère plus à reprendre
qu'aux autres actions journalières de cc trio
d'aventuriers et de jouisseurs, ni qu'à celles
de la plupart de leurs contemporains, - el
des nôtres.
Ouvrard était loin d'être le premier venu :
avec ses Ieux "ifs et pointus, ses lènes minces
et son nez aussi pointu que ses 1•eux, il avait
la repartie vive et spirituelle, les manières

é~ail. hardi, large, généreux, magniÎJ4ue. li
a,mail les élégances de la vie mondaine a,·ec
tous ses raffinements de l'art el du luxe. li ne
se priva d'aucune joie de ce monde, ce qui fit
de lui, pour Ja cito1ennc Tallien, un entrcteneur idéal. Plus lard, le goùL des prh·ations ne
le prendra pas davantage, et il ne se refusera
pas le_luxe d'un gendre au faubourg SaintGermam, un pur-sang, un ancien émigré,
comte et général, quelques années après que
rn maîtresse, qui avait les mêmes goûts, se
sera fai~ épouser en justes noces par un prince.
Aussi dénués de préjugés l'un que l'autre
aussi appréciateurs l'un que l'autre de tau~
ce qui vaut qu'on se donne la peine de

�..--- ms TO'J{ 1.11

_______________________________________.

vivre, - quand on s'est placé hors des lois viUon devant Ouvraid et reconnaissaient la pétillaient dans des cristaux; enfin l'abondance
de la ,·aisselle d'or et d'argent réalisait presque
de l'honneur et du devoir, - ils étaient, en supériorité de ses talents.
vérité, dignes l'un de l'autre.
Peu de temps après être entré en possession le luxe des fictions orientales. n C'était suDe même que Barras avait achet~ Grosbois, de la jolie femme qui était une des dam:es perbe, en effet, pour l'Ppoque : cc luxe de
Ouvrard 1 après avoir achtté Thérésia, s'était du traité de Grosbois, Ouvrard donna, en son bazar n'avait pas encore été dépassé. De nos
offort, c1.nnme Barras, une terre princière aux honneur, une fètc charmante :m Raincy. La jours, il n'est guère de boutiquier ou d'entree1wirons de Paris. fi avait acquis le chàteau nouvelle mailrrs~c du maître de la maison en preneur enrichi, qui, à part la vaisselle d'or
du Raincy et avait l'a!)lbiLion d'en faire son faisait les honneurs. C'est l'architecte Berteaux et d'argenl, ne déploie une mise en scène plus
Marly. li y donna des [ètes superbes, dont on qui avait été chargéde l'organisation générale fastueuse quand il donne une fête dans sa
parla autant et même plus que de celles de et des détails de la fête; maîtres et invités villa.
Madame Tallien trônait au milieu de son
Grosbois . Son amabilité, sa générosité étaient n'avaient 1iu'à prendre la peine d'en jouir. li
non moins avantageusement connues que sa est inutile d'en faire ici la description. Toutes peuple d"invilés. Il y avait là toute la finance
richesse. « Lin jour que je parlais de lui en ces fêtes se rcssemhlent. Mais le déjeuner, de Paris et toute la société étrangère. La vébons termes et en bonS' lieux, raconte M. de qu'on srrvit dans l'orangerie avec une somp- rilable société parisienne s'abstenait de toute
l\'orvrns-~fontbreton, des dames me prièrent tuosité tout orientale, comme on disait alor~, relation avec elle. Mais, parmi la pléiade des
de lui demander le pavillon du télégraphe fit parler tout Paris. Voici ce qu'en dit un jolies femmes qui, non seulement formaient
dans son parc du Raincy pour y passer la contemporain : &lt;&lt; Dans une orangerie payée sa cour, mais la lui faisaient, c'était l'ile )a
journée, et de l'engager au pique-nique qui de marbre, on éleva une table sur une plate- plus belle.
Une fanfare de cors de chasse donna le
résulterait de sa réponse. Je remplis ma mis- forme parallèle aux caisses de quelques beaux
sion avec un succès complet. Mais quand nous orangers qui, chargés de fleurs et de fruits, signal de se mettre à table. Elle donna égalearl'ivâmes au nombre de vingt personnes, je formaienl une \"OÙle de verdure d'où s'exhalait ment celui du départ. On rentra au chàteau,
crois, avec nos provisions, nous trouvâmes un délicieux parfum. Au milieu de la table, on s'habilla à la hâle pour la chasse, et les
sur la table toute dressée un déjeuner exquis, était un bassin de marbre rempli d'une eau cors donnèrent le signal de monter à cheval
qu'en voiant arriver de loin nos voitur~s, le limpide avec un lit de sable d'or, et dans et en voiture. Le programme de la journée
maitre d'hôtel d"Ouvrard s"étail empressé de laquelle jouaient des poissons de toutes cou- s'exécutait comme celui des exercices dans
leurs. Le déjeuner fut remarquable par la une caserne : au commandement. Les roues
faire servir. li me remit un billet par leque
l'amphitryon, qui s"était individualisé notre somptuosité, la profusion et l'arrangement des des voitures criaient sur le sable des allées,
pique-nique d'une manière si élêgante, priait mets. Dans l'appartement voisin, où furent les chevaux piaffaient d'impatience .... On
qu'on l'excusàt pour le déjeuner, ajoutant servis le café et les glaces, les murs étaient partit. Les queues de cheval, les plumets des
qu'il avait l'espoir d'être plus heureux pour tapissés de pampres verts, et des rameaux de chapeaux, les rubans des l'cmmes, les éclats
le diner. Mais il en fut de même pour ce cette treille intérieure pendaient d'énormes de rires, les claquements de fouet, tout cela
repas, où son cuisinier se surpassa, et dont il grappes de raisin. Aux quatre coins de cette flottait en l"air, au milieu des appels des
regrettait de ne pouvoir venir faire les hon- salle, il y avait quatre bassins de marbre en piqueurs, du roulement des voitures et du
neurs. Enfin, à neu[ heures du soir, au mo- forme de coquille, d"où jaillissaient des Ion- sourd galop des chevaux. Puis, tous ces bruits
s"éloignèrent. Ils s'éloiment de retourner à
gnèrent peu à peu dans
Paris, on annonça que
;s CQ&amp;
le bruissement confus
le thé était servi, et
et solennel des bois, et
une profusion de glal'on n"enlendit bientùt
ces et de sorbets terplus que le son lointain
mina cette incroyable
et
cuivré des cors, aphospitalité.qui, réellepelant les chasseurs
ment, tenait de la féeau lieu du rendezrie. Si la bonne grùce
vous.
fut dans la réception,
Le diner dépassa le
le bon goùt, le goùt
déjeuner en somptuoexquis fut de ne pas pasité, et mille torches,
raître ... 1 n
flambant dans lesallées
Voilà quel était Oudu parc, sous les vervrard et l'on pourrait
tes et mystérieuses fuciter de lui bien d'autaies, donnèrent à la
tres traits de bon goût
fin de la fèle un caet de supériorité de
ractère fantastique.
vues dans la vie praC'est ainsi que s'atique. Il était le plus
musait la haute b,rnbrillant des financiers
que sous le Directoire.
de l'épuq ue, et la finance alors commt'nçait à
CHAPITRE VIII
jeter un bien vif éclal.
Vanberchcm et son
Cependant Bonaparbeau-rrère Bazin, llotL'AMBASSADE UR DE LA P ORTE OTTmlANE 1 EN THER:\UDOR AN\".
te, qui trouvait que la
tinguer, Séguin, Récapoire était mùre et qui
D'après une gravure du temps .
mier, Tourton et Ravel,
avait l'idée bien arrêPerregaux, les frères
tée de la faire tomber
Michel, Lecouteulx, Julien et Basterrècbe, Hervas, Delessert , laines de punch, d"orgeat et d"eau de fleur dans son chapeau de général, avait quittt!
d'Etchego)'en, Baguenault, Pourtalès, Hame- d'oranger. Les fruits des deux hémisphères , l"Égypte. Il venait de débarquer à Fréjus.
lia, Enfantin frères , Barrillon, Doyen , tous les uns naturels, les autres en sucre, cou- Son arrivée - et personne ne s'y méprit sonnait le glas du Directoire. En six: semaices banquiers baissaient humblement pa- vraient des plats de riche porcelaine; les ,•ins
les plus exquis, les liqueurs les plus fines nes, il prépara son coup d"Etat, balaya le
l. ,1. DE :'ion1·m, .lfémorial , L. IL p. :500.

L;r.
Directoire exécutif, balaya la représentation
nationale, et, seul, prit la place de tout cela.
Dès son arrivée, il s'était YU sur le point de
divorcer d'a,·ecsa femme, « pour des motifs de haute inconvenance u, aurait dit
feu l'académicien Labiche. D'autres motifs, de simple convenance, ceux-là, l'amenèrent à épurer le salon de Joséphine. Il
y avait là un tas d'intrigantes, veuves
d"émigrés vivants, femmes divorcées cinq
ou six fois, toutes tarées à qui mieux
mieux, parmi lesquelles Mme Tallien était
reine. Le Premier Consul signifia leur
congé à ces aventurières· et n'admit aucune exception, si ce n'est pour sa femme. A la porte la Hamelin, grande prêtresse des sans•chemise; à la porte la
Visconti, ]a maitresse de (( ce niais de
Berthier )l ; à la porle la Châteaurenault,
celte doublure de Thérésia et de Joséphine
auprès de Barras ; à la porte la Forbin, celte
espèce de tambour-major en jupons; qui
cependant portail les culottes pendant le
temps de sa liaison avec le Directeur 1 ; à
la porte enfin, la Tallien!. .. . A la porte!
A la porte!
Que de larmes, par exemple, à celle
exécution! Mme Bonaparte n'y comprenait rien . Comment la séparer de ses plus
chères amirs, de ses amies de cœur ! Lui
défendre de les recevoir! Mais c'était de
la tirannie ! Où retrouverait-elle des
affections ausc:i vraies, aussi désintéressées? ... Vraiment, c'étaità croire qu'elle
avait épousé un capucin et non un militaire .... Etjusqu"à celle bonne Mme Tallien
qu'il voulait l'empêrher de voir .... Et pourquoi, je vous le demande? Parce que Barras
et Ouvrard avaient eu, dit-on, la courtoisie
de solder quelques mémoires de ses fournisseurs .... En vérité, il n'y penrnit pas ...
li n'y pensait que trop, au contraire . El la
consigne fut formelle . Bonaparte exigea - ce
fut une des conditions de sa réconciliation
avec Joséphine - que, puisqu'il voulait bien
ne pas rompre avec elle, elle rompit, elle,
avec Mme Tallien et toute la société directoriale.

respectables. El Mme Tallien avait un tel
passé, elle avait un présent si tapageur encore,
que Ilona parte ne voulait d"elle à aucun prix.

LA FACTION I~CROYABLE. -

Mme Tallien, on le conçoit, avait été opposée au coup de force du 18 brumaire. Elle
était allée trouver .Barras lorsque tout effort
contre l'homme de Saint-Cloud paraissaitderenu inutile e.l lui avait dit C( avec une vivacité
charmante, qu'il fallait être encore digne de
lui ll. Avec une naïveté non moins charmante,
l'incorrigible fat répète ces paroles de Thérésia, dans ses Alénioires. C'est sa consolation.
Mais la démarche de Mme Tallil'D, qui avait eu
des témoins, fut probablement rapportée au
général Bonaparte. On aurait tort cependant
d"en conclure que le général lui en tint
rigueur. li l'écarta de son salon tout simplement parce qu'il entrait dans son programme
de ne plus admettre chez lui que des femmes

Elle dit adieu à ses toilettes excentriques pour
rentrer en grâce, mais ce fùl en vain. Le premier Consul l'avait vue, à une représentation
de gala de !"Opéra, dans un déshabillé trop
mythologique pour lui faire oublier un passé
plus mythologique encore, et il ne céda pas.
Un écrirnin de l'époque, qui assistait à cette
représentation de J'Opéra, a retracé pour la
postérité la toilette de llme Tallien. Comme
s'il se fût agi d'un bal masqué, elle s'élait
costumée en Diane. c&lt; Sa tête, dit-il, était
surmontée d'un grand croi~sant de diamants,
dont ses cbeveux de jais faisaient ressortir
encore l'éclat. A ses épaules nues, comme
celles de nos élégantes d"aujourd'hui, é1ait
pudiquement suspendu un carquoisétincclant
de pierreries. Une pean de tigre se drapait
moelleusement autour de sa taille olyrnpiennr.
Une courte tunique cherchait à cacher ses
genoux et ses jambes d'albâtre; quelques
anneaux ornaient les doigts de ses beaux
pieds nus, que des bandelettes de pourpre
tenaient assujettis sur de légères sandales.
Auprès de Diane étaient deux nymphes charmantes, non moins fidèles à la mythologie ....
Je manquai être étouffé à la sortie pour vérifier la déesse de plus près et surtout la ,·oir
monter en voiture. Ce fut là. le dernier
triomphe du costume, au milieu de frénétiques
applaudissements .... t &gt;J
Ce fut aussi le dernier triomphe de Mme

1. C'élait oh5olumcn l une gaillarde, que celle
i\lme Clotilde de Forbin. Elle écrirnit à Barra~, qui
\"Cllail de lui donner une rcm1 la çanle dan s son intimité la plu:; iuliine : e: ••. Je ne me laî~scrai jamais
clêpouillc1· d'uu drnit dont on m'a une foi s re \ êlu c.

Ainsi, j'ordom1e doue que l'on me rouvre une porte
que J"on m·a injuslt•ment ferm ée, el s'il faut faire
marc\1e1· tout le faubourg Saint-Antoin e pour m e la
faire ounir ou pour l'tnfonccr, j e marcherai à sa
lèle ... » (l elfrr médi te). On voit que, .-, j les femm es

1

C1TOrENNE

TJILL1EN

Tallien. Lorsqu'on vit bien clairement que le
Premier Consul ne voulait recevoir que des
femmes 5érieuses, la mode devint aussitôt

Caric:zture du lemts,

ser1euse : plus d'excentricités dans le costume, plus de fantaisies ID)"lhologiques, plus
de nudités surtout. ... Et Mme Tallien, au lieu
de donner le ton, dut, cette fois, se conformer
à la mode.
Comme, au fond, elle valait mieux que ses
mœurs, Mme Tallien s'en serait consolée si
elle avait pu prendre sa part des fêtes qui
renaissaient de toutes parts à Paris, comme
les fleurs sur une pelouse au retour du printemps; mais non! une cruelle consigne l'en
écartait, et c'est triste à en pleurer qu'il lui
fallait entendre les échos des fêtes du gouvernement consulairC'.
Il ne semble pas cependant que Mme Tallien
se mit blessée du blessant ostracisme qui la
frappait. Elle n'en voulut point au Premier
Consul de la cruelle humiliation qui la mettait
au ban de la société. En son for intérieur,
comprenail-ellc les motifs qui avaient fait
prononcer son exclusion, et, dans sa bonté,
les pardonnait-elle?... Ce n'est pas probable; mais comme les relations avec Joséphine étaient devenues le fruit défendu, elles
n'en eurent, pour l'une et pour l'autre, que
plus d'attrait, et leur furent d'autant plus
agréables qu'elles étaient forcément mystérieuses et secrètes.
li est certain en effet que Joséphine ne tint
que très peu de compte de la défense de son
mari et qu'elle voyaiL Mme Tallien en secret,
à la Malmaison généralement, autant qu'elle
ne ~é.-,istaien~ pas à Bai-ras, il avait le mérite, lui, de
:;arn1r leur rc:;1sler.
'.?. J. ot; ~011v1 ~s, J[émor iat, 1. II, p. 251.

�msro~1A
le voulait. Peut-être même Mme Bonaparte
alla-t-ellc la voir dans sa nouYcllc maison de
la rue Cérutti, n° 1 1 • Ne pouvant comprendre.
avec sa nah·c immoralité de créole, le mol if
pour lequel Ilon,parlc lui rléfcndait toute
relation avec Mme Tallien, elle s'était imacriné
la pauvre femme, que c'était à came de0 son'
intimité an•c Ouuard qui, elle le s:avait, était

détesté de Bonaparte, comme les :iulrr.s fournisseurs du reste_. Il Paraît qu 'cUc la ût engager par une amie à rompre celle intimité.
cc C'est là, disait-elle, l'unique rame de l'animosité de Bonaparte contre elle. Tàchez d'obtenir cc saèriflcc etje suis sùre qu'il lui rrndra son ancienne affection d me permettra
de la revoir comme autrefois.! ))

Elle prrnait rrla sous 1:oc. bonnet, comme
on dit, car il est fort douteux que Napoléon
fùt revenu sur sa décision. La prPuvc dn
contr,1ire se trouve mème dans une leltrc que
,·oici, que J'empereur 1ui cnrop de Berlin en
f 806 :
C! Mon amie, j'ai reçu ta le:trc ... Je te
défends de voir Mme Tallien, sons quelque
prétexte que cc soit. Je n'admettrai aucune
excuse. Si lu liens à mon estime et si tu Yeux
me plaire, ne transgresse jamais le présent
ordre. Elle doit venir dans tes appariements,
y venir de nuit; défends à tes portiers de la
laisser entrer . Cn misérable J'a épousée arnc
huit bâtards· Je la méprise elle-même plus
qu'avant. Elle était une fille aimable, elle est
deYenuc une femme d'horreur et infàme. Je
serai à la Malmaison bientôt ; je t'en préviens
pour qu'il n'y ait pas d'amoureux la nuit! Je
serais fâché deles déranger .... J&gt;
L'empereur se montre là bien rigoureux
pour Mme Tallien. Pour être logique, il ·aurait dù l'êlre !out autant pour Joséphine, car
les dernières lignes de sa lctlre, outrageantes
au dernier point pour une honnête femme,
montrent que, dans son estime, il ne foi.sait pas
grande différence entre les deux amies . Mais
celle rigueur, c'est pour le monde, pour la
galerie et non pour des scrupules de conscience.
Ces sentimenls il les garda pendant toute
la durée de son règne, sentiments d'indulgente bonté pour la femme fragile, .souvenir
biemeillant de leurs relations amicales au
temps du Directoire; mais, comme empereur,
il fut impitoyable. Assez de femmes de sa
famille el de sa cour laissaient des flocons de
leur laine aux buissons d'une route qu'on
leur avait cependant bien aplanie, pour qu'il
n·augmen1àt pas le troupeau par l'adjonction
d'une nouvelle brebis galeuse. li n'y en avait
déjà quctrop!
El c'est ici le lieu &lt;l'admirer comme quoi
lime deflçauharnais et ~[me Tallien, ces deux
amies, sont arrivées à une suprême élévation
1. nucr,affltle, d,msunc mui~on qu'a l1:1ltiléc Cërulli
cl qui, dêmolic, a l!tl! remplacée par la Maison Ooréc.
~- SoNnE GH, Salons célëbres, p. :il3.
3. L'empereur cxa.!;'èrl', clic n·en an1.it pas Laut que
cria (rnir plus loin le chiffre exact, p. 31 ).
4. \'oicî une lellrP d'elle à ~lrnè Bonaparte. Cette
lcllrc csl ét·titc moius d'un an aprês le coup d'État
de brumaire qui porta le général au consulat :
2b 1·endémiairc au IX 17 octobre ·1800).
l.f' citoyt'll 8rono11ville, 11w1t a11rie111te omie, désir~
Jll;11étrel' jusqu'à 1·ous; il crnît CJU 'une lettre tic rnui

LA, ClTOYF.NNE

et à la poslérilé moins par leurs mérites général n'étnil pas prodigue de son temps. li
et leur beauté que par le scandale de leur rsl certain que le premier consul lui expliqua
conduilc.
les motifs pour lesquels il ne pouvait pas
Cc qu'il y a de curiem ,c'estque~lme Tallien l'admellrc aux Tuileries. La jeune femme se
ne rompt ni aYec Mme Bomiparte, à qui·e11e récria, supplia, pleura, déploia tous si•s
écrit encore' ni avec le Premier Consul, à qui moyens; c'est si irrésistible, une femme qui
elle fait parler de temps en temps pour sait pleurer avec grùcc ! )fais le consul fut
l'amener à revenir sur sa décision première. i □ OcxilJlc. li enveloppa son refus de i:.:ompliCar elle brûle d'envie de connaitre celte mcnls, de protestations d'amitié et de bon
société nouvelle qui se forme autour du Consul souvenir, mais c'étail un refus.
et de son gouvernement; elle hrùle surtout
Mme Tallien ne se tint pas pour hallue.
du désir d'y paraître et d'y trôner. Sa péni- Elle avait un tel rlésir de paraitre, de briller
tence n'a-t-elle paséléassez longue? ... Aussi, aux bals des Tuileries, qu'elle dérobait sa
comme elle ne se doute pas, non plus que son blessure d·amoul'-propre sous le sourire de
amie Joséphine, des motifs de politique et de la femme du monde et recommencait se:convenanre pour lesquels Bonaparte lui refuse démarcbes. li n·cst point de bassesses~ qu'elle
sa porte : de politique, parce qu'il veut faire ne fit pour lléchir lïnOcxiblc t'C'rbère qui la
l'oubli sur le passé rérnlutionnaire; de conve- tenait à )'écart. Cc f'ut encore peine perdue,
nance, parce qu'il veut faire renaitre les mais la blrssure ne lui en demeurnit pas.
bonnes mœurs : - rien ne lui coùle, ni dé- &lt;&lt; Dans les bals masqués auxquels il se rcnmarches, ni humiliations, pour essayer de da.il, l'empereur, dit le Além01·ial de Sainlefléchir fo général Ilonaparlc.
Uilène, était toujours st'lr d'un certain renTl est inconcevable de voir jusqu'à quel d1•z-Yous qui ne lui manquait ,jamais; il s'y
point elle se montra dénuée d'amour-propre trourait, disait-il, entrepris chaque année
pour s'abaisser jusqu'à demander ù un
par un mème mas&lt;1ue 1 qui lui rappelait d'anhomme qui l'avait mise à la porte de chez lui ciennes intimités et le sollicitait avec ardeur
la faveur d'y rentrer. C'est qu'e11c aYait de la de YOulôir bien le rccernir et l'admettre à sa
vanité et non pas de la fierté. Elle voulait conl'. C'était une femme très aimable, très
paraitre, faire parler d'e11c et de ses toilcltcs, bonne et lrès belle, à qui beaucoup de"aicnt
accaparer les hommages des hommes et les certainement beaucoup . f,'empercur, qui ne
jalousies des fommr,s par sa coquetterie et sa laissait pas que de l'affectionner, lui réponbeauté, et cela, sur le grand thé,itrc que dait toujours : &lt;' Je ne nie pas que mus SO}CZ
,·enait d'ouvrir le génér.il Bonaparte : elle ne charmante, mais voyez un peu 11uclle est votre
se souciait pas d'autre chose. Et c·est pour demande; jugez-la rnus-même et prononcez.
cela qu'elle pleurait sur les salons orficiels \'ous avez deux ou trois maris et des enfants
dont la porte restait close devant elle, - car de tout le monde. On tiendrait à bonbeur
pas un ministre, pas un fonctionnaire ne se fùt sans doute d'avoir été complice de la première
permis de recevoir dans son salon une femme foute : on se fùc:hcrait tle la seconde, on la
que le maitre a,·ait chassée du sien. Malgré pardonnerait peut-être, mais ensuite, et puis,
cela, la malbeureusc ne pei·dail pas l'espoir cl puis!. .. A présent, SO)'ez l'empereur cl
cl'allcndrir un jour la dureté de Bonaparte et jugez! que feriez-vous t1 ma place? .. . El moi
&lt;le venir parader enfin dans le salon &lt;lu pre- qui suis tenu à faire renailre un certain démier magistral de la République. Elle lui fit co1·11m ! l) Alors, 1a belle solliciteuse gardait le
parler bien saurent; bien soureut elle se mit silence, ou lui disait: « Du moins. ne m"tHez
bur son passage pour attirer son allenlion, pas l'espérance! &gt;J et renvoyait 11 l'année suimais san:; succès. Enfin, clic obtint un jour, Yanle 11 être plus lumreusc. C( Et chacun de
en 1802, une cnlrcrne au fameux bal masq uC nous deux, disait l'empereur, était exact à ce
de Marcscalchi.
noureau rendez-vous s. l&gt;
A la faveur du masque et du déguisement,
Essaya-t-elle de forcer la consigne ou du
tons deux pourraient conférer à leur aise sur moins de pénétrer pal' contrebande, avec la
le gram sujet qui faisait le désespoir de la ra1·te d'invitation &lt;l'une autre personne, ;, ces
belle jeune femme. Le Consul avait fait dire bals des Tuileries qui étaient pour elle le
it Mme Tallien de porter un nœud de ruban supplice de Tantale?... C'est probable.
nrt et d'accepter le bras d'un domino qui Mme Georgette Ducrest, dans ses Afémofres
en aurait un scmblahle. li arri rn, ;iccompagné sur lïmpé1'atrice Josej&gt;hine, qui sont la
du docteur Lucas, U cherche le ruban vert ... preurn que les meilleures intentions du
A peine l'aperçoit-il qu'il quitte son dotteur monde ne suffisent pas pour faire un bon
et prend le bras de Mme Tallien. Deux heures liHe, rapporle que, dans un bal masqué des
dur:.rnt, ils se promenèrent ensemble. Ce fut 'J'u.il~ries, elle remarqua un domino gl'is,
un grand triomphe intime pour elle, car le sun 1 de deux grande.s figures noires, qui ne
1

JlOUJTa lui èlrc utile CL sumra pour 1·ous intéresser
en sa ravcul'. UêsaLuséc par le h'm1i~, Il'~ cirronslunces el vol rc cœ11r, je uc me liue pas à telle douce
crl'eur, m::us je n'~i pu rcfusc1· à un hormnc 11ui a
sefl'i pc1Hl_anl vingt-1leux ans le gouvcmcmc11t, uu
homme qui a tout perdu cinns les crises ,!c l.1 Hévolutîon, une prcm·e de ma bonne \'OlontC. c·e~t cnc
cspl;rancc de bonheur J}our lui, et pour moi 1mc occasion de nms rappeler que mon amitié sait n~~ister à
!OUies les éprem·es et qu'elle ne finii-a qu·a\'CC mes
JOUN.

(Cu. 1'"Au1101·. le C11rie11.r. /)Amuleul' d'aulogra~
plws. 1°• oetobl'(' ·1886.)
Celle lcttr.:i C!&lt;l une p1·cu,·c aussi. on est heureux
tic le conslalel', de l'inépuisable bonté de)lme Tallic-n
cl ,te son_ plubir il loujou1·s obliger.
~Ion IJ1cu ! comme C('tle fomrne · cùl été parfoile
avec un l'eu rnoin~ de lt'gèi·eLê, un pèu moins de
co11ucllcr1c cl sul'loul a\'ec une solide éducatiou morale, - 11trn les l1abitudes de son temps, hêlas! ne
compo1·laient guL•rc.
. ;i. :lfémorial de Slti11li'-flëlè11e 1 l. Ill. p. l~O (Cl!.

.Garmer).

pouYaient être que l'empereur et les deux
gardes chargés de veiller sur lui et de surYeiller les gens qui pouvaient l'approcher.
Elle viL ce domino gris rnanœuvrer pour se
rencontrer face à face avec une fort jolie
femme qu'elle ne veut pas nommer. Il se
planta devant elle assez insolemment et la
fixa arnc obstination. La jeune femme était
Yisiblemcnt gènée de ce sans-gène. Elle finit
par en litre si importunée qu'elle trut devoir
dire au masque qu'elle ne le connaissait pas
et qu'il cùl à cesser ce jeu déplaisant. Le
masque continua à la fixer sans mot dire.
Tremblante à la pensée qu'un seul homme
pouvait, en ce lieu, montrer une telle insolence et que cet homme était l'empereur, la
paune femme comprit que son incognito
était dévoilé et que l'empereur en personne,
par sa muette panlomime, était venu lui donner l'ordre de sortir. Elle se leva cl partit surie-champ. Mais le manège de l'empereur avait
été remarqué, la fuite de la jeune femme
aussi, et Mme Georgette Ducrest donne assez
de renseignements pour permettre de rel'onnaîtredans l'écheveau embrouillé de ses aveux
et de ses réticences la belle Mme Tallien.
Au milieu de ses disgrâces, la pauvre
femmeeul un grand mérite : ce lut de n'en pas
prendre prétexte pour s'aigrir et ne plus être
bonne. Elle s'évertua, au contraire, à rendre
plus de services que jamais à ceux qui venaient la soUiciler, et, de cela, il faut lui
sa\'oir gré; tant d'autres,à sa place, auraient
pris le vindicatif plaisir de se mettre en révolte
contre la société et de rejeter sur elle les
fautes dont elle était seule coupable!
Mais il est temps de parler des enfants de
Mme Tallien.
« Vous avez deux ou trois maris et des
cn[anls de tout le monde,,, lui a dit brutalement Napoléon. Il y avait un peu de vrai dans
les paroles de l'empereur, el aussi beaucoup

d'exagération, car elle n'en eut pas de lui.
Thérésia avait eu de M. de Fontenay un fils,
né le 2 mai 1 789. dont elle s'occupa assez peu,
et qui fut parfait pour elle; nous en avons
déjà parlé et nous avons dit qu'il mourut à
la !leur de son âge, en 1815.
De Tallien, son second mari, elle eut une
fille, Tbermidor-Rose-Tbérésia. Cette enfant
naquit en 1795. Elle reçut le nom de Thermidor pour perpétuer dans la famille le souvenir de l'événement politique auquel avait
pris part son père. Quant au nom de Rose,
c'était celui de rn marraine, Mme de Beauharnais1, qui ne s'appela Joséphine qu'après
son mariage avec le général Bonaparle. On
n'a pas son acte de naissance. JI. Ch. Nauroy
en conclut que cc peut-être avait-elle été conçue
a,·ant le mariage de ses parents )J. Elle épousa
M. de Narbonne-Pelet.
Pendant que Tallien était en route pour
l'Égyple, sa femme eut un troisième enfanl,
le 50 frimaire an Vf (20 décernLre 1798), qui
mourut en naissant. M. Ch. Nauroy en attribue avec vraisemblance la paternité à Barras.
Une longue lettre que Tallien écrivit à sa
femme le ·I 7 thermidor de la mème année,
cinq jours après son débarquement aAlexandrie, ne fait aucune allusion à des espérances
de paternité, mais Tallien y exprime respoir
de la t( retrouver toujours aimable, toujours
fidèle ,, .
Toujours aimable, c'était possible; mais
toujours fidèle, ce n'était pas dans ses moyens,
et son mari ne devait pas, au fond de l'àme,
se faire illusion sur ce point, malgré l'espoir
qu'il en exprimait. Et en elfel,le 12 pluviôse
an VIII (51 janvier 1800), Mme Tallien accouche d'une fille, Clémencc-Isaure-Thérésia,
déclarée sous le nom de Cabarrus, et non pas
de Tallien. Cette petite fille devint grande
comme sa mère, _épousa un colonel Devaux,
devint veuve, entra dans un ordre religieux,

1. Mme de Beauharnais, dcrcnuc la gênérale Bonaparte, n'oublia pas sa filleule, D'llalic el!c écrivail il.
Ilarras :
Milnn , cc 18 fruclidor ....
« ... Mon mari csl Jlarli depuis six jours pour
Ravenne cl de là dans Je T)·rol; j'allcnds bicntùt de
ses nou,,etlcs, j'espère qu'elles seront aussi bonnes que
je les ,lë.-irrs (.\"ic). llnppelez-moi au sou\·rni1· de ma
pelitc, - c'est ainsi 11u elle appc!ail ~lme Tallicn; Je ne reçois point de lettres d'elle, cela rnn re11d bien
lristc; dite~-lui bien que )1. Serbclloni csl charge de
lui p1·Csenlcr de ma part une pièce de crêpP cl des
chapeaux de pail (sir) de Florence; pour le dPjcuner

rie son mari, des saucissons rl du fromage; poul'
Thcrrnido1·, du cot'llil. Je u'é1 ris point à ma pe1itc,
parer riue ).(. SerLcllonî part 1lans l'iuslant, embrassez-la pour mui bien lendremcut. ,\dieu, mou cl1cr
Barras, c1·0,·cz-moi a\'ce les senlimcnls de la plus
tendre amit'ié, votre 3mic.
LANGEnrn Bo~ 1l'ARTE.
JI. Serbcllonni l'Cul bien se charger de 1·ous rc.
mettre de ma pari unr c.iis~e de liqul!Ul's de Turin.
llillc amitiés il Holol",complimrnls à Vidor el
Raimond.
J'embrasse Tallic:1. (Lcllre i11êdile. )
• Dollot , et non Ilotot, élail le secrdaire de Ila1·ra::.

T /11.LlEN

--,

oh! bien fantaisiste ! et les élèv,s de la maison d'éducation des dames de Saint-Louis,
dont elle fut supérieurr, à Juilly, ont conservé
le souvenir de sa grande taille et de sa barbe
au menton, et aussi de certaines fantaisies
qui cadraient peu avec la sPvérité des règles
d'un ordre religieux. F.Ue mourut à Juilly,
à la ûn de 1884.
li parait bien qu'elle était ülle d'Ouvrard,
qui eut d'elle trois autres enfanls, rntre
autres celui qui fut l'aimable et ~piriturl
docteur Cabarrus, né le 19 avril 1801.
A peu près à cc moment, Tallien débarquait à Calais.
li avait quitté l'Egypte sur un ordre du
général Menou, qui devint, par droit d'ancienneté 1commandant en chef de 1·armée française,
après l'assassinat du général Kléber. Le
bâtiment qui l'amenait en France fut pris par
une frégate anglaise. Conduit en Anoltterre
d'abord, puis renvoyé en France di~ jours
après la signature de la paix, Tallien fut m:s
aucourantdeses inforlunes conjugales. c&lt; Ors
amis de haute considération, dit Lairtulirr,
l'avertirent que sa femme, pendant son aLsencc, avait eu deux enfants, et le prévinrent
qu'elle le recevrait fort mal. )J C'était un
comble! Comment! être allé rn Egypte au
milieu de la peste et de la guerre, pour acquer1r de quoi pourroir aux fantaisies ruineuses de sa femme, la laisser enceinte à
Paris, la retromer lrois ans après dans le
même état, et avec une petite famille notablement augmentée, et être mal accueilli pardessus lemarché!. .. C'était le monderemersé.
C'était bien naturel cependant, à en croire
Thérésia : «Est-ce ma faute, dit-elle plus lard,
si ,IL Tallien est parti pour l'Egypte quand son
rôle le retenait à Paris? ... ,, Ces diables de
femmes! il faut qu'elles aient toujours raison .
Tallien comprit qu'en erl~t il arnit tort.
C'était évidemment sa faute si, pendant son
absence de trois ans, sa femme avait eu trois
accouchements ; sa faute encore s'il n'avait
pas, comme Ouvrard, une fortune de trente
ou quarante millions.... Pourquoi aussi
n'était-il pas reslé en l~g)'ple, ce gèneur? ...
Es~-ce que &lt;c rnn rôle ne l'y retenait pas? ... )l
Qui donc l'avait prié de revenir? ... Oh! ces
maris, ils n'en font jamais d'aulres !
L'avenir réservait à Tallien de plus grands
revers encore.
(A suivre.)

JOSEPH

TURQUAN.

�FR.ANÇOIS CASTANIÉ
"l'o

La généalogie de Guillaume II

l.'HISTOIRE VUE PAR LA POLICE

~

®

~

Les indiscrétions d'un Préfet de Police de Napoléon ~

'-"=

S. M. Guillaume 11, qui détient le record coup de temps à gravir les marches de l'autel quitta son mari - a,'ec le consentement de
dans une foule de domaines, est imbattable au pied duquel avait été bénie son union ce dernier - après la naissance de leur
sur le chapitre des connaissances gén&amp;1logi- avec Georges-Guillaume de Bru11swick-Zell- sixième enfant. Elle se retira au couvent des
ques, et
a gros à parier que nul souve- Lunebourg. Entrée en conversation avec ce Cisterciennes de Trehnitz, où elle mourut et
rain au monde ne possède sa filiation au point dernier en septembre 1665, elle ne devint fut inhumée (15 octobre 1245). Sa canonisaoù l'empereur d'Allemagne connaît la sienne son épouse que le 15 mai 1676, après la tion fut prononcée en 1267 par le pape Clémort de leur quatrième ftlle .... Ainsi qu'il a ment IV . Or, l'une de ses descendantes dipropre.
A M. Massenet, il disait un jour qu'il était été dit plus haut, Guillaume li cite assez vo- rectes, Sophie de Liegnitz, fille de Frédéric Il
fter de compter l'amiral de Coligny parmi ses lontiers saint Louis; ,mais il y a mieux: il se et de Sophie de Brandebourg-Anspach, ayant
ancêtres. Si l'entrevue avait duré un peu plus félicite de compter parmi ses ascendants une épousé en 1545 Jean-Georges l" de Brandebourg, devint ainsi la trisaïeule dt:: Frédériclongtemps, l'illustre compositeur se serait saùzte el un archevêque.
Guillaume I" de Brandebourg, dit le Grand
probablement vu énumérer les nombreux auÉlecteur.
tres ascendants français de !"empereur, noPar conséquent, l'affirmation de Guilli y a gros à parier que ces détails peu ortamment Claude, duc de Guise (le grand-père
laume
11 était parfaitement e1acte.
dinaires
seraient
demeurés
parfaitement
ignode Marie Stuart), saint Louis, etc.
Passons maintenant à l'aïeul-archevêque 2 •
li est certain qu'il descend de l'amiral de rés, si lui-même n'avait pas eu le soin d'y
En aussi peu de mots que possible, voici la
Colign)' : 1. 0 par ses ascendants paternels 1 ; faire allusion dans les circonstances que
chose :
2° par sa grand-mère, l'impératrice Augusta, voici:
Adolphe li, comte de la Marck, avait eu de
Aux manœurres de 1906 - exactement le
et 5° par sa propre mère, l'impératrice Fréson
mariage avec Marguerite de Clèves deux
22
septembre
il
passait
dans
une
petite
déric. Du fait de CPlte dernière, il possède,
en outre, les ancêtres français que ,·oici : localité de Ja Silésie, nommée Trebni!z. Con- fils, dont l'aîné, Engilbert, lui succéda en
1° ,Claude de Lorraine, duc de Guise, puis formément 11 !"mage, le curé se joignit aux J;;47. Le cadet, Adolphe (né en 1555), avait
d'Aumale; 2° Anloinelte de Vendôme; 5°Jean autorités venues pour saluer le monarque et été mis tout jeune dans les ordres. Il devint
de Bourbon, comte de la Marche, el. par lui : lui débiter un petit compliment. Le digne successivement évêque de Munster (l 558) et
4° saint Louis; 5° Alexandre Dexmier d'Ol- ecclêsiasJique faillit avoir une auaque d'apo- archevêque de Cologne (1565). En dépit de
breuse, gentilhomme poitevin; 6&lt;&gt; Nicolas plexie lorsque, répondant à &amp;on allocution, ce bel avancement, il jeta le froc aux orlies
en 1564, après la mort de son grand-oncle
Poussard, père de Jacqueline, épouse du pré- Guillaume li lui déclara ceci :
cédent. Tout naturellement, Guillaume ][
- ... . D'ailleurs, je tiens essentiellement Jean, comte de Clèves. A la suite de quoi, il
marque une certaine préférence pour ColignJ, à visiter votre ég1ise, car j'ai à réciter une entra en lutte contre deux autres prétendants
son coreligionnaire. Malgré cela, il ne lui dé- prière sur les tombes de mes ancêtres : sainte et finit par l'emporter sur eux. Le 21 décembre 1568, il entra en possession du
plait point de citer à l'occasion saint Louis, Hedwige et Henri Jer.
car, du même coup, il trouve l'occasion de
Dame, il faut remonter assez loin el c;om- comté; puis, en 1570, il épousa Marguerite,
rappeler à ses interlocuteurs (de leur appren- pulser des documents relalivement peu ac- fille de Gérard de Juliers, comte de Berg,
dre serait plus exact) que l'une de ses arrière· cessibles pour arri,,er à établir l'authenticité laquelle lui donna bon nombre d'enfants.
Parmi ceux-ci, Adolphe li, dit le Pmdenl,
grand'mères a été béatifiée.
de calte assertion.
Quant aux Poussard el aux Dexmier, il
Donc, Uedwige, fille de Oerlhold IV, comte comte de Clèves (devenû duc en 1417), lut le
n ·en parle que tout juste a·ssez pour montrer de Méran, née en 11711, mariée en 1186 avec trisaïeul de llarie-Éléonore de Gueldre, la·
qu'il ne les ignore pas. li est certain que la Henri l"· - dit le Barbu - duc de Silésie, quelle se maria, le U octobre 1575, à Kœnigsberg, aYec Albert-Frédéric, duc de Prusse.
fille d'Alexandre et de Jacqueline, demoiselle
'2. Ici la filiation élail plus difiicile à étaLlir que
De ce mariage naquit Anna, femme de
Éléonore Dexmier d'Olbreuse, avait mis beau- dans
le cas précéden~; mais il n\ avait pas à fl' C\1lcr, puisc1u·cn la recomtiluanl uiie occasion s'offrait
Jean-Sigismond, Électeur de Brandebourg, et
1. Les personnes désireuses de L"Olmailre à fonrl les de prouver, â la l1onle des mauvaises langues, ~ue
grand.père de Frédéric-Guillaume Jer, dit le
cc n'esl p.'.ls dans lu marine f'ran çoise seule que l on
détails ile celle gënêalogie les tron\•eronl. mus ma
Grand Électeur. C. q. f. d.
signalure, duus la //r l'lfe du lb octobre 1904.
ll'Ouve des pclils-fils d·archevêques.

a )'

•

BARON

HECIŒDORI\.

~e

0
La

Bibliothèque Historia ,, vient de s'en1 , non moins copieux.
que les précédents en révélations inédites, rectifiant sur nombre de points les témoignages
intéressés trop facilement admis comme vrais
par l'H istoire officielle.
Dans ks 111discrélions d'un Préfet de Police
de JVapolêon, que publie aujourd'hui M. FRA.Nço1s CASTAN1Ê, un haut fonctîonnaire de l'Empire,
u travaillant tous les jours avec Napoléon, le
retrouvant au Conseil d'État, mêli souvent à ses
entretiens&gt;), a librement notê tous les grands
ivênements auxquels, du Consulat à la Restauration, il lui fut donnê d'assister, comme aussi
les menus faits, gros de conséquences parfois,
qu'il vit se produire et qu'il suivit jusque dans
leurs ré.percussions les plus imprévues.
A ces lndi,crilions, nous empruntons lt chapitre qui a trait à l'arrestation, au jugement tt à l'exêcution du duc d'Enghien.
ti

richir d'un nouveau volume

Le Premier Consul s'était rendu,
le 12 mars, dans la soirée, à la
Malmaison. li était soucieux, inoccupé, perdant le temps. Son lmmeur était sombre. li éLait presque inabordable. Il ne causait à
personne, ne travaillait plus.
Le 15, jour de l'arrestation du
prinl:f, il fit annoncer à Réal la
capture de la baronne de Reich
à Offenburg et l'arrestation de
conspirateurs à Strasbourg. Il lui
fit dire encore qu'il paraissait certain que Dumouriez élait à I!;ttenbeim depuis un mois, et lui ordonna d'écrire à Caulaincourt de
preudre le duc ou Dumouriez,
de les expédier à Paris dans deux
mitures dillërentes, sofü bonne et
sûre gard~. En mème temps, il
lui enjoignait de faire venir le
commandant de Vincennes et de
lui demander des renseignements
sur la situation du cliàteau et
l'endroit où l'on pourrait mettre
des prisonniers. Dans la soirée, à
g heures, un courrier, parli de
Strasbourg la veille à 1 heure du
matin, arriva à ,la Malmaison et
annonça les préparatifs de l'expédition.
Ce soir-Hl, Talleyrand, dans un
bal à l'hôtel de Luynes, répondit à une dame
1. l ' flùtoire vue par la Police : Les lndiscrétio11s d"un P1·é(et de Police de 1Va11oléon, publiées
par FR.Al&lt;iÇ01s CAsTA'.\"1~. Un beau vol urne in•8° Ccu, avec
32 illustrations hot'S texte LirCes sur fond chine. Prix,
broché : 6 francs. Jules Tallandi cr, éditeur

VI 1. - H1sTORTA. - F'asc. 49.

qui lui demandait quel sort élait réservé au
prince :
Cl On le fusillera. ll
A Strasbourg, le 16, le duc est prévenu
qu'il va changer de logement, qu'il sera à la
pistole pour la nourriture, le bois et la lumière. JI reçoit la visite du général Leval,
accompagné du général fririon qui, avec
Ordencr, était venu l'eale\'er, après lui avoir
fait dire sous main, à temps-, de s'éJoigner
au plus vite. Leur abord est lrè~ froid. Il est
transféré dans un pavillon d'où il peut communiquer avec de Thumery, Jacques et
Schmitt par des dégagf'ments. Hais il ne peut
sortir; on lui annonce pourtant qu'il aura la

LE DUC o'ENGIIJEN.
"( Lo u 1s -A:-1TOl:-IE·HEllRI DE B 0 UR l!O N), !~ (n80,1 .

permission de se promener dans un petit jardin derrière son pavillon. Un ofûcier et douze
bommes gardent sa porte. Le matin, il écrit
à la princesse de l\ohan, il fait remeltre sa
lettre au général Leval. Il n'a pas de réponse
.-... 33

w-

et s'en allecte. Il écrit alors sur un carnet de
route :
&lt;&lt; Les précautions sont extrêmes de tous
C( cütés pour que je ne puisse communiquer
(( avec qui que ce soit. Si celte posiLion durf',
&lt;&lt; je crois &lt;1ue le désespoir s'emparera de
n moi. A quatre heures et demie, on vient
« visiter mes papiers que le colonel Charlot,
(! accompagné d'un commissaire de sûreté,
cc ouvre en ma présence. On les Lit superfi&lt;&lt; ciellement. On en fait des liasses séparéi s
C( et on me laisse entendre qu'ils vont être
« envoyés à Paris. li faudra donc languir des
C! semaines, peut-être des mois! Le chagrin
&lt;( augmente, plus je réOéchis à ma cruelle
&lt;( position. Je me couche à onze
C( heures ; je
suis excédé et ne
et peux dormir. »
Le 16, le Premier Consul apprit par le télégrapbe aérien l'arrestation du prince et son arrivée
à Strasbourg. II donna aussitôt
l'ordre de le tran~[érer à Paris.
Toujours affermi dans sa résolution, pour se garantir de toute influence et réfléchir avec calme sur
ses déterminations, il évitait de
s'arrêter dans le salon de Joséphine, il se renfermait dans son
appartement prh·é. et refusait de
répondre à sa femme, qui venait
quelquefois frapper inutilement à
sa porte. S,m Ira vail, sa correspondance, si aclive ordinairement,
étaient suspendus.
Le 17 mars, transféré à la citadelle de S rasbourg, le duc d'Enghienjoue aux cartes avec Scbmilt,
son aide de camp. Il s'inquiète de
ne pas recevoir de réponse à la
lettre qu'il a écrite à la princesse
de Rohan.
&lt;&lt;
Je tremble pour sa santé,
cc écrit-il. Je suis bien malheureux.
« On vient de me fairè signer Je
« procès-verbal de l'ouverture de
c( mes papiers. Je demande et ob(( tiens d'y ajouter une note ex plie&lt; cative, pour prouver que je n'ai
« jamais eu d'autres mtenlions
« que de servir et tle faire la
C! guerre. Le soir, on me dit que
« j'aurai la permission de me promener
cc dans le jardin, wème dans la cour, avec
r1 l'offh·ier de garde, ainsi que mes compa« gnons d'infortune, et que mes papiers sont
&lt;c paçtis pour Paris par courrier extraordi3

�IDtiT0'/{1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____,
« naire. Je soupe et me couche plus con lent. •
.- Dans la journée, le com~andanl de _l_a
citadelle a annoncé au duc d Enghien qu 1I

a Dim~nche 18. - On vient m'enlever à
« une heure et demie du matin; on ne me
« laisse que le temps de m'habiller; j'em-

va plus loin encore : _il mêle à la con~pir~lion
des princes ... l'archiduc Charle• lm-meme,
l'ancien adversaire de Bonaparte en Italie! Il
demande à faire des perquisitions dans les
ambassades.
Alors Bonaparte se fàehe el ta~ce ,on beau[rère; il lui écrjt de ne pas se laisser amu~er
par de pareilles folies, de les rejeter bien lom,
et de ne pas souffrir que I on dise cela d~vant
lui. Il ne ,·eut même pas qu'il y ait la momd~e
surreillance autour des ambassades. El 1I
ajoute :
.
, Il n'y a pas d'autre _prin"': à Paris q~e
le- due d'Enghien, qm arrivera demam
(20 mars) à Vincennes. •
.
Ce même jour, le 19 mars, à dJI ?cures
du matin, arrive de Strasbourg un lro1s1ème
oourrier e1pédié le 17, à trois heures_ et
demie de l'après-midi : il apporle les papiers
du duc d'Eoghien que le commandant Chariol
et Je commissaire Popp ont remis, a,·ec un
procès-verbal, au général O~dener,
Le Premier Consul les hl 6évreusemenl;
il y remarque plusieur; pièces ca~ilal~s.
L'une entre autres, datée du i5 Janvier
1801,' esl la minute de la noie adressée par
le due à M. Stuart, chargé d'affaires de l'Angleterre à Vienne en l'absence de l'ambassadeur. Leduc commençait par dire qu'il s'élail
fixé sur le llbin dans l'.spoir d'événements
heureu1. Il rappelait qu'il avait déjà écril au
roi d'Angleterre pour lui demander à êlre
employé dans ses l~o~pes pendant le cours de
la guerre. Ayant ms1sté ~ d1ve~s_es. repra.ses
sans obtenir de réponse, 11 solhc1ta1l encore
« la gràcc d'être emplojé n'importe_ commenl où ni en quel grade contre ses 1mplacable; en~emis, les Franç:iis. ». Il demandait
à ètre autorisé à servir a,·cc sa solde anglaise
dans les armées des alliés de l'Angleterre, ou
à commander quelque corps de troupes auxiliaires où il pourrait placer quelques anciens
officiers de sa )é&lt;rion et les dé~erteurs français qui pourrai;nt venir le rej~i.ndre, son
séjour de deux a~s sur la ~ronuere de. ~a
France l'al'ant mis à porlee de pou,oir
compter sur ces déserteurs.
ffautres pièces prouvaient le .co~cert des
émigrés avec l'Angleterre, éta~l,ssa1enl que
le duc n'ignorait pas l~s men_ees de_ l)~ake,
ministre anglais i1 llumc!t, qu~ or_ga111~a1t ~~
complot à Paris; enfin 11 éla1t etahh qu 11
avait des affidés en Alsace, à Paris, à Brt'da
cl dans l'armée française en Hollande.
Le 20 mars Bonaparte ,·ient à Paris dans
la matinée. L~s Consuls arrêtent que le cid vant due d'Enuhicn, prJvenu. d'a,·oir porté
le: armes con\r; la Répuhlique, &lt;l'arnir été
et d'être encore à la sol&lt;le de l'Angleltrr&lt;, de
faire partie des complols. _tra_m_és par cel~e
puissance contre la sùrele mter1eure el exterieur~ de rÉtat, sera traduit devant une commis,ion militaire. Le mème jour, le général
Mural dési(fne les srpl membres de cette
commission° et prend des disposilions pour la
sûreté du prince, qui arrive par la ro~tc &lt;le
Meaux Pl voyage sous le nom d~ Plessis. I.e
commandant du cbàteau_ de _Vmcenn~s e~t
avisé de l'arrivée d'un pr1sonmcr dont 11 dmt
0

LA "!.\ISO~ HABITÉE PAR LE DCC o'EsGIIIEX A ETTE:-.illEDot.

aurait la libre disposition du jardin. Et le
prince, enchanté, a dit à Canone :
« Eh bien, c'est demain dimanche; nous
irons à la messe et lundi nous travail1erons ! »
Le Premier C.onsul, Yeou à Paris le
17 mars, reçul à quatre heures de l'aprèsmidi les rapports des généraux _Leval ;I
Ordener sur les opérations de la nml du la.
li prit la résolution de faire juJer le duc
d'Enghien par une haute cour martiale .et
désigna le colonel Préval, ?fficicr d'une distinction reconnue, pour en etre le rapporteu~.
Mural fil a1•p,•lcr cet o!ficier, lui dil qu''.I
s'anissail
d'un Bourbon pris en Jhgrant deO
lit et nomma le duc d'Enghicn. Le colonel
refusa en disant que son père et lui avaient
seni, ;vant la Révolution, au régiment d'Enghien.
.
Bonaparte dicta une nouvelle note rclattvc
aux looements vacants à \ïncenncs.
Le
à une heure du malin, on, rrap~e à
la porte de la chambre du due d Enghien'
qui dit à Canone :
.
« On Frappe à la porle, va ouvrir. )&gt;
Quatre hommes en\'eloppé:, de mante~ux
entrent. Ce sonl le commandant de la c1ladelle, le commandant Charlot, l"offimer de
(farde,
el le sous-officier l'fer~dorF.
0
(&lt; Monsieur le duc, dit Charlot, on vous
demande à Paris.
- Toul seul? demanda le prince. Ne
pourrais-je pr~ndre un de. m~s oHiciers ou
de mes domt"stlques au moins.
_ Je n'ai pas d'ordres là-dessus, Jl répond
Charlot.
L• prince s'habille, prend un paquet_ d_e
lingl", un peu d'argent et sa montre. Puis il
note sur son carnet :

t"s,

1c

brasse mes malheurcu:a: compagnons, mes
« gens; je pars seul avec deux officiers de
« gendarmerie et deux ~~ndarmes. Je lrom·c
(1 une ,·oit tire avec six dievaux de poste, sur
la place de l'é~lise. On me campe ded~ns.
" Le lieulenaot Petermann monte à côte de
(( moi; le maréchal des logis Pfersdorf sur
11 le siège; deux gendarmes,
un dedans,
(( l'autre dehors. )&gt;
llo1lof, le chien du prince, suit la voit~re,
au milieu de l'escorte de gendarmes &lt;1u1 se
relaient de deux en deux heures.
Quelques Alsaciens dévoués ~,·aient formé
le projet d'enlever le duc de vive force. à la
montée de la mon1a 11ne de Sa,·erne, qm est
très boisée, très raide°et bordée de précipices.
Le départ du prince les surprit vingt-quatre
heures trop tôt.
A Paris Bonaparte est informé par une
dépêche d~ départ du duc. li assiste ~ la
messe aux Tuileries (dimanche de la Pass10n)
et repart pour la ~lalmai~on l'après-~idi. En
route, Jo~éphine raconte a Mme dt! Remusat,
qui est montée dans sa voiture, que le. duc
d'Enobien a été arrêté près de la front,ère,
qu'ir°va être amené à •Paris et jugé. Mme de
Hémusat s'écrie :
« Quoi donc! Vous pemez qu'on le frra
mourir?
- Je le crains a, répond Jos,iphine.
Le bruit court plus fort que jamai; de la
présence d'un prince 13ou~bon dans la _v,I_I~.
.Murat, gom·crneur de Pam:, va plus 1~m.. ~l
désigne des princes et leurs retraites : 11, ecr1t
au Consul que le duc de Berry est cache chez
~I. de Cobenzl, ambassadeur de l'empereur
d'Allemagne, et le duc d'Orléans , cbez le
marquis de Gallo, ambassadeur de Naples. Il

.,

______________us

ignorer le nom et avec qui il communiquera
seul.
Ces ordres onl été dictés enlre quatre
heures el quatre heures el demie du soir : le
duc d'Enghien est déjà à Paris.
A trois heures de l'après-midi, il esl arrivé
à l'hôtel du minis1tre des Affaires éltangères,
rue du Bac.
Talleyrand, surpris, se rend aussitôt chez
Murat, gouverneur de Paris, pour ohlenir
l'autorfaation de faire diriger la berline du
prince sur Vincennes. Une heure plus lard,
le duc d'Enghien, qui n'est pas descendu de
voilure pendant l'absence de Talle)'rand, esl
conduit à Vincennes en suivant les boulevards
extérieurs. Il arrive au chàteau vers six heures
du soir. En enlranl au donjon, il dit, l'air
etfrayé :
« J'ai la chair &lt;le poule! »
Il est exténué de fatigue el n'a pas mangé
depuis vingt-six heures; il se laisse tombt'r
sur un lit dans l'apparlemenl de Hard, le
commandant du fort. On lui sert un repas;
en causant il d,t qu'il aime beaucoup la
chasse et que si le commandant veut bien le
laisser chasser avec lui, il engagera sa parole
d'honneur de ne pas s'évader. li parle du
grand Condé, son aïeul, qui a été prisonnier
aussi dans le donjon.
A la !lalmaison, le Premier Consul est informé de l'arrivée du due à Paris. Il dicte
une lettre pour Murat au sujet des dernières
dispositions à prendre : quarante gendarmes
d'élite et un piquet de soixante hommes d,s
différents corps de la garnison se rendront à
Vincennes sous la conduite de Sa\'ary. Mural
doit voir les membres de la commis:iion militaire et leur faire comprendre qu'il faut Ierminer cette nuil; et si la sentence, « comme
le Premier Consul ne peul en douter Jl, porte
condamnation à mort, elle doit être exécutée
sur-le-champ el le condamné enterré dans
une des cours du fort. c·est Sarnry qui porte
ces ordres à Mural, vt:rs six heurl's du soir.
A Maret, secrétaire d'État, qui se trouve à
la Malmaison, Bonaparte dicte une longue
lellre adressée à Iléal en !ni envoyant copie
de l'arrêté des Consuls. Il ordonne à Iléal de
se rendre sur-le-champ à \ïncennes et de
faire subir au prisonnier un interrogaroire,
dont les onze articles sont soigneusemE&gt;nl d1!taillés et expli(Jués, et dont les principaux
chefs d'accusation - particulièrement la demande de « servir contre les Français, ses
plus implacables ennemis &gt;&gt; doivent
entrainer une condamnation capitale. JI devra
en outre s'entendre .irec le capitaine-rapporteur du procès el le conduire à Vincennes
avec lui.
Depuis la veille, fléal était en possession
de Ioules les pièces du procès que le Consul
lui avait fait passer. llaret parlil de la liaimaison à sept heures du soir i il pouvait donc
êlre Jix heures, quand la lellre du Consul
rut remise che, Iléal.

A 10 heures du soir des délachemenls d'infanterie et quarante cavaliers de la gendarmerie d'élite, sous les ordres du général

JIYD1SC'lfÉTTOJYS D'UN 'P1t,'ÉFET DE 'Pouce DE 'NA'POL'ÉOJY - -..

Savary, aide de camp du Premier Consul,
occupaient le chàleau de Vincennes, ses avenues et ses environs.
La commission militaire était composée de
cinq colo·ncls commandant les régiments de
la garni-on de Paris, du général Hulin,
commandant des grenadiers à pied de la
garde consulaire, et du major de la gendarmerie d'élile Dautancourt, &lt;1ui faisait les
fonctions de rapporteur. Ils se réunirent au
châreau, vers onze heures. Le silence ayant
élé gardé sur le nom dn prévenu, c'est alors
seulement qu'ils apprirent qu'ils allaient
juger le duc d'Enghien. Tous ignoraient les
différentes circonstances de la :zrande conspiration, mais ils élairnt sous l'impression de
l'indignation générale qu'excitait sa découverte.
A minuit, le major Dauiancourt se rend
auprès du prince et procède à un premier
interrogatoire pour établir qu'il a émigré,
porté les armes c:mtre la France, est à la
solde de l'Angleterre, el fait partie des complols tramés par celle puissance. A la fin, le
duc demande, à être entendu par le Premier
Consul. Le major lui conseille d'écrire quel11ues
mots, au bas de son interrogatoire, pour solliciter une :rndiencP.. Le prince écrit alors
une note ainsi conçue :
« Avant de signer le présent procès-verbal, je Fais, avec imtance, la demande d'avoir
une audience particulière du Premier C.onsul.
Mon nom, mon rang, ma Façon de penser et
l'h(lrreur de ma situation mi_• font espérer
qu'il ne se refoscra pas à ma demande. Signe. L. A. H. de Bourbon. »
En attendant sa comparution de\·ant la

!one!, le duc d'Uzès, il l'avait vu à lloobeforl
en-Yveline,, près Bonnelles,
« Êtes-vous homme d'honneur, lui dit le
duc, et puis-je compter que vous remettrez
une lettre, celle tresse de cheveux et le journal de mon itinéraire, encore inachevé, à son
adresse?
- Je rnus le jure », répond l'oflicier.
!lais il y avait un témoin el, le dépdt remis, Noirol n'osa pas le garder el le porta à
son chef.
A une heure du matin, la commission militaire étant assemblée, le duc est conduit
devant elle. Dautanc,mrt lit l'inlerrogatoire;
le président lit l'arrèlé des Consuls et conslaie l'identité du prévenu.
Aux queslions 'f11i lui sont posées, le duc
répond (JU'il a fait Ioule la guerre contre la
République, qu'il est prêt à la faire de nouveau, et qu'il a désiré avoir du ser,·ice dans
la nouvelle guerre de l'Anglelerre contre la
France. Il reconnait être à la solde de l'Angleterre et en recevoir cent cinquante guinées
par mois. Le président lui dil qu'il doit avoir
eu connaissance d'un complot contre la personne du Premier Consul, le due répon~:
« J'ai soutenu les droits de ma famille.
lia naissance, mon rang, mon opinion me
rendenl à jamais l'ennemi de votre Gou"crncment. ,
On cherche à lui faire comprendre le danger de ses déclarations :
&lt;I Je \'Ois, dit-il, les intenlions honorables
dts membres de la commission ; mais je ne
peux me servir des mol·ens qu'ils m'offrent.,
On l'avertit que les commissions militaires
jugent sans appel; il répond « qu'il le sait

LE DUC o·E~GIIJF,',' : LECTURE or Jl:làE.\\ENT .\VA~T L'EXi'.:(TTIO'I,

comm1ss10n militaire, le duc cause a\'ec le
lieutenant de gendarmerie Noirot, qui lui dit
qu'étant, en 1789, à la campagne de son co-

et qu'il ne se dissimule pas le danger qu'il
court ».
Le président lui donne lecture de ses décla-

�.. -

msTO'l{l.ll

Réal Peri vit aussitôt au génPra1 Hulin pour
rations, le fait retirer, et fait évacuer la salle. Moylof, le chien russe, vint se jcler sur la
le
prier de lui lransmellre le jugement et les
tombe
de
son
maître.
A l'unanimité, le prince est condamné à mort
A cinq heures du matin, le p:énfral Savary inh•rro~atoires; n'ayant pas rPÇU de r~ponse,
pour a,·oir pris les armes contre la France et
sètre mis à la solde de l'Angleterre. li est rassembla ses hommes et reprit le chemin de il renouvela sa demande d'une manière plus
pressante. Le général envoya enfin lt's pièces
deux heures et demie du matin. Le général Paris.
du procès; la boude de clwveux,
Hulin ordonne aussitôt au rappor1'1tinêraire el uni:' lettre pour la
teur de faire ses diligences pour
princesse y étaient joints. Réal se
que le jugemenl de cpnclamnation
rendit à la Malmai,on.
soit ex~cuté. Le major DaulanSa,·ary y était arri\é Yers dix
court ordonne de réunir uu piquet
heures; il venail rl'ndre compte
d'exécution de seize gendarmes
de l'événement du malin. Il fut
à pied et .de faire charger les arintroduit aussitôt. Dè:- les premiers
mes; il, descendent dans les fossés
mots, le Premier Consul manifesta
et s'arrètenl à trois ou quatre pas
la
plus grande surprise. Il ne condu pavillon de la Heine. La nuit
Cl:'\'aÎt
pas pour4uoi on a\'ait juge'
est froide; il pleut. Au bout d'une
avant
l'arrivée
dt' Béal. Il me fiiair,
demi-heure, on dit aux gendarmes
a
dit
Savary,
a,'ec
d~s )'eux de lynx
qu'ils vont fusiller un conspiraet
disait:
teur qui ,·oulait rétablir les hor« li y a quelque chose là que
reurs de Rub~spierre et mellre tout
je
ne
comprends pas, Que la comà feu el à sang. Il va venir jusmission
ait prononcé sur l'a\'eu du
qu'à cinq pas d'eux . Le signal de
duc
d'EngbiC'n,
cela ne surprend
faire: Feu! sera donaé par un
pas .... Mais enfin, on n'a eu cet
officier qui enlèvera brusquement
aveu qu'en procédant au jugement
son chapeau. li fait si noir qu'on
qui ne devait avoir lieu qu'après
ne voit pas à un pas devant soi.
que Réal l'aurail inlt-·rrugé sur un
Un gendarme observe tout haut
pomt qu'il nons im11orte d'édairque l'épaisseur de la nuit ne percir
.. .. )&gt;
met pas de tirer; il lui est réEt
il répétait encore:
pondu qu'il y sera remédié. Cha«
li y a lt, quel4ue chose qui
cun se tait.
me surpass~ .... Voilà un crime, el
rendant ce temps le duc était
qui
ne mène à rien I J&gt;
couduit du logement du commanQuand il apprit que le prince
dant (au-dessus de la porte du
avait demandé à le voir, son étonBois) au pavillon du fioi, puis par
nement redoubla que l'on t-Ûl passé
des détours, à la tour da Diable,
outre. Puis il se tul longtemps et
où se trouve encore le seul escalier
MoYLOf'.
fit plusieurs !ours da11s sa biblioouvrant sur les fossés.
Ramené de Russie par le duc d'En~hien, il le suivit d'Ettènheim jusqu'au fossé
thèque, les mains croisét::s derrière
Vers trois heures du matin, au
de Vincennes, et fut recueilli parle marquis de Béthisy.
le dos, jusqu'à cc tiu'on annonçat
brait d'une !roupe qui approchait,
Réal. Il écouta ses explications,
le piquet se divisa en deux peloéchangea
quelques
mots avec lui et rt!tomba
A six heures, à la porte Sainte-Antoine, il
tons de huit hommes, toujours dans le plus
dans
sa
rêverie.
grand silence. Un officier de la gendarme- rencontra la voiture de Réal; le conseiller
La lecture du procès-verbal du jugemeul
rie d'élite, enveloppé d'un manteau, &lt;)'a• d'État, en grand uniforme, bas bleus et boufut
un nouveau sujet de pei11e pour lui; les
cles
aux
soulit"rs,
se
rendait
à
Vincennes
pour
vança; il était suivi du prince que l'on fit
arrêter à cinq pas au plus dt.!s gendarmes. interroger le prisonnier; il tenait à la main formes légales n'avaient pas été observées.
Cet officier lenait une lanterne sourde, Jour- les instructions dictées par le Premier Consul Les irrégularités et les omissions qu'il y renée du côlé du dur. Drrrière lui apparut une et remises chez lui la veille. 11 faisait roule marqua l'obligèrent à le [aire rédiger de
fosse rraîchement ou\'erte; le prince ne pou- du côté de Vincennes et avail l'air très pressé. nouveau. Quoique lt! Premier Consul ne mil
pas en doute que le duc d'Engbien ne fùt
&lt;f Et où allez-vous donc7 lui cria Savary
vait pas la ,·oir. L'officier, à la clarté de sa
condamné, il a\'ail dû laisser le jugement à
lanterne, lut au prince l'acte d'accusation nt en faisant arrêter sa voiture.
l'appréciation
de la commission militaire. Si,
- Je vais à Vincennes, répondit Tiéal, en
la sentence. Le condamné demanda à voir
comme
on
l'a
dit, la condamnation avait été
Bonaparle et à lui parler. L'officier lui ré- s'approchant, et j'y vais par ordre du Preimposée,
on
n'aurait
pas négligé d'instruire à
mier
Consul
pour
interroger
le
duc
d'Enghien.
pondit doucrment que cela ne se pom·ait pas.
l'arnn1:e
la
commission
des formalités pres- Que dites-vous 1 Le Prr1mC'r Consul ne
Alors le duc demanda à lui écrire; l'officier
crites
par
la
loi,
formalités
qui- se trouvèrrnt
opposa le même rdus. Enfin, il exprima le i:ait-il pas que le duc d'Enghien a dù être
ignorer
le
président,
les
juges,
le major rapdésir de mir un prêtre et de recevoir les se- jugé cette nuit 7 li vient d'être condamné et
porteu(.
On
peul
dire
que
le
jugement
fut
cours de la religion; il insista, disant que cxécurtS.
- Mais comment cela est•il possiLle 1 rendu sur un tambour. C'est un motif de
c'était l'aflaire J'une heure ou deux. L'oflirier,
d'une voix trisle, réponJit CfUe srs ordrrs élaient J'avais tant de 4uestions ~l faire au prince! plus de regretter l'incurie du président qui
Son interrogatoire pouvait découvrir lattl de ne crut pas devoir transmettre au Cmsul la
positifs. Et le prince, au désespoir, s'écria:
choses! Enc11re une affaire manquée el dans demande d'audience du duc; en quoi il se
et Combien il est affreux de périr Je b
laquelle 011 ne sau1·a. rien . Le Premier Consul fùt fait grand honneur et eût peut-être éparmain des Français! )l
gné au Premier Consul Je redoublement de
Dans l'instant, l'orficier saisit son chapeau sera furieux! D
Il~ rentrèrent à Paris. fléal ~rn1it attendu haines dont cet acte devint le prétexte.
et rn découvrit: huit coups de feu partirent.
D.rns le moment, Bonaparte parut comme
Le duc tomba foud,oyé et fut placé tout ha- toute la nuit le major Dautancourt à 11m il
billé dans la fosse préparée. L'ofticier ne sc devait remettre les pièces el qu'il devait con- allt'rré par ce concours de circon~tances adretira que lorsqu'elle fut comblée. A ce mo- duire à Vincennes. Mais Dautancourl n'avait verses. Tl écoula jusqu'au bout les explications de Réal; puis, sans un mot de désapment des aboiements lugubres relentirent et pas été prévenu .. ..

. ______________ L1;s

lNDlSCJfÉTIONS D'UN PH,,IffE.T DE PoLlCE DE NAPOLtON

VUE DES RE\IPARTS DE VINCENNES, LE21 MARS t&amp;q,A 4 HEURES ET DEMIE DU MATIN.
Dessin de L. RE:ilER.

--

.

�111STOR,.1.l!
probation ou d'acquiescement, il prit son chapeau et dit : c( C'est bien! &gt;J
On l'entendit monter lentement les marches
de l'escalier qui conduisait au petit appartement qu'il occupait au-dessus de sa bibliothèque; il s'y enferma et resta longtemps
sans reparaitre.

La conviction de ceux de ses intimes qui
suivaienl près de lui· la marche de ces événeuements si rapides, fut toujours que, satis-

fait de l'humiliation inOigée à ses ennemis, le
parti de la clémence l'eût emporté, si le prince
avait été-a1m•né devant lui. Le mal étant devenu sans remède, il acCf'pla hautement l'entière re~ponsabilité de l'acte; il se refusa à
dé~a\ouer tous ceux qui avaient trnu un rôle
dans cet évém•ment. li ne voulut mème pas
recevoir ou donner des explications sur les
motifs de l'arrivée trop tardive de néal à Vincennes. D'ailleurs comment ses ennemis auraient-ils arxueilli ces explications? ll 'prit
la fière résolution d'engager son enlière

A la nouvelle de l'événement de Vincennes,
la Rus~ie protesta contre la violation du droit
des gens et Ja cour prit le deuil du prince.
Talleyrand, qui avait donné un bal trois jours
après l'exécution, écrivit aux ambassadeurs
français qu'il fallait repousser avec moquerie
ces protestations, et Bonaparte dit publiquement qn'il ne supporterait pas la morgue et
les impertinences du Czar. Les journaux parisiens reprirent le récit de l'assassinat de
Paul Jer et accusèrent Alexandre de vivre au
milieu des assassins de son père.
Plus tard, à la paix de Tilsitt, en 1807,
Napoléon choisit intentionnellement pour amùassadeur à Pélersbourg Savary d'abord, puis
Caula.incourt, à cause de Jeur parlicipilation
à l'affaire du duc d'Engbien.

tait finir l'affaire de Périgueux, en exposa
sommairement, mais très vh ement l'objet.
Le comte de 1'oulouse l'appuya de ce ton
froid el d'indignation qu'un déni de justice
donne à un honnête homme. Tout le monde
tourna les yeux sur le duc de Noailles qui dit
en balbutiant que cette affaire exigeait beaucoup d'examen et que des ohjets plus importants l'avaient empêché d'y travailler. Le
comte de Toulouse el Saint-Simon répliquèrent qu'il n'y avait rien de si important que
d'éclaircir des accusations vraies ou fausses
qui depuis trois mois retenaient des citoiens
dans les fers. Le Régent ordonna donc au duc
de Noailles de rapporter celte affaire dans
huitaine. Noailles arriva huit jours après au
conseil avec un sac très plein. Saint-Simon
lui demanda si l'aOaire de Périgueux y était;
Noailles répondit avec humeur qu'elle était
prèle, qu'elle viendrait à son tour, et commença le rapport d'une autre, puis d'une
autre encore. A la fin de chaque rapporl,
Saint-Simon demandait toujours: fi:/ /'affaire
de /&gt;àiguc-ux? ,C'était un jour d'Opéra où le
Régent allait toujours en sortant du conseil;
et Noailles s'était flatté d'amuser le bureau
jusqu'à l'heure do spectacle et peul-être à la
fin de faire oublier Périgueux. Enfin, l'heure
de !'Opéra étant arrivée, Noailles dit qu'il ne
restait plus que l'affaire en question, mais
que le rapport en serait si long qu'il ne rnulail pas priver M. le Régent de son délassement et se mil tout de suite à serrer ses papiers. Saint-Simon, l'arrêtant par le bras et
s'adressant au Régent, lui dt'manda s'il se
souciait si furl de l'opéra, cl s'il n'y préférerait pas le plaisir de rendre ;ustice à des

malheureux qui l'imploraient. Le Régent se
rassit et consentit à entendre le rapport.
Noailles l'entàma donc, aYec une fureur
concentrée, mais Saint-Simon, qui était à
côté de lui, avait l'œil sur toutes les pièces,
les relisait après Noailles, et suivait le rapport avec la défianee la plus affichée et la
plus outrageante. L'affaire élait si criante
que Noailles conclut lui-même à l'élargissement des prisonniers, mais il voulut excuser
Courson el s'étendit sur les servires de IlasYille, son père. Le pétulant Saint-Simon l'interrompit en disant qu'il ne s'agissait pas du
mérite du père, mais de l'iniqui1é du fils,
et, en opinant, ajouta qu'il fallait dédommager les prisonniers aux dépens de Courson,
le cba~ser de l'intendance, et en faire une
ju:;tice si éclatante qu'elle senit d'exemple à
ses pareils. Le Régent dit qu'il se chargeait
du dédommagement, qu'il lavernil la tete à
Courson qui méritait pis, mais donl le père
méritait aussi des égards; qu'il cassait cependant les ordonnances de Courson avec défeme
de récidiver. Saint-Simon demanda que l'arrêt
fùt écrit à l'instant, n'osant pas, dit-il, s'en
fier à la mémoire du duc de Neail/es; et le
Régent l'ordonoa. Noailles, tremlilant de fureur, pouvait à peine tenir sa plume; SaiotSimon, pour le soulager, se mit à lui dicter.
Quand Noailles en fut à la cas~a1ion des ordonuances el à la défense de récidiver, il
s'arrèta : Pow·s11ivez donc, lui dit Saint-Simon, tel est l'arrêt. Noailles regarda tout le
conseil pour voir s'il n'y aurait point d'adoucissement. Saint-Simon interpella toule la
compagnie qui fut là-dessus d'un avis unanime; ainsi finît l'affaire de Périgueux.

1

Un déni de justice

Courson, intendant de .Bordeaux, élail le

fils de Lamoignon de Gasville, le despote du
Languedoc, et avait élé intendant de Rouen.
Le brigandage de ses secrétaires et l'arrogante prétention qu'il leur donnait avaient
pensé le faire lapider à nouen donl il élail
d'abord intendant. li fut obligé de s'enfuir el
le crédit de son père le fil passer à l'intendance de Guienne. L'esprit du despotisme
qu'il avait puisé chez son père, sans en avoir
Ja capacilé, le porta à imposer des taxes de
son autorité privée. La ville de Périgueux lui
porta ses pl 1intes et, pour réponse, il fit
mettre en prison les échevins. La ville envoya
des d~putés à la Cour réclamer contre la tyrannie; mais ils furent plus de deux mois à
assiéger le cabinet du duc de Noailles, sans
pouvoir passer l'antichambre. Ce ministre,
ami de Courson, voulait, à force de lougueurs,
relmterces malheureux.D'ailleurs, une maxime
des l)Tans et sous-tyrans est de donner toujours raison aux supérieurs. Par bonheur, le
comte de Toulouse, parfaitement bonnète
homme, entendit parler de !"affaire. li en
instruisit quelt1ues_membres du conseil de
régPnce et particulièrement le duc de SaintSimon, ennemi juré du duc de Noailles, et
qui meltait à tout la plus grande vivacité.
Le premier jour que le duc de Noailles
vinl rapporter au conseil de régence, le duc
de Saint-Simon lui demanda quand il comp-

qui se faisait en France sur celle affaire, il
rouvrit son testament et y ajoula une nouvelle proteslalion et l'affirmation absolue
que, dans le même cas, il agirait encore de

reI-ponsabilité, de tout assumer sur lui.
Toutefois, trois jours plus tard, le 24· mars,
ayant appris qu'on murmurait _beaucoup à
Paris, il se rendit au Conseil d'Elal et parla
des derniers érénemcnts. li prit de suite la
parole : « Que la France ne s'y trompe pas!
dit-il, elle n'aura ni paix ni repos jusqu'au
moment où le dernier individu de la race des
Bourbons ~era exterminé. J'en ai fait saisir
un à Ettenheim; quel droit des gens ont à réclamer ceux qui ont médité l'assassinat, ceux
qui l'ordonnent et le paient? Et l'on me parle
aujourd'hui d'asile! Quelle hadauderie! C'est
bien peu me connaitre. Ce n'est pas de l'eau
qui coule da11s mes veines, c'est du sang! li a
fallu faire voir aux Bourbons, au Cabinet de
Londres, à toutes les cours de l'Europe, que
ceci n'est pas un jeu d'enfant. 1)
li fit mieux: malgré les attaques les plus
furieuses et les cris de rage, il s'imposa à
lui-même le silence. A Sainte-llélène, deux
iours avant de mourir, sachant tout le bruit

...., 38

w-

,.L~.'[{-"~

~

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

.,.

mème.

DUCLOS.

~

, .

L'Ajfaire du Collier
XXI'(

La Bastille (suite) .
.\ Versailles la cour était hostile à la
reine. La noblesse et le clergé poussaient des
cris ai;rns à propos de l'arrestation retentissante du 15 août et cropient devoir se solidariser avt&gt;c l'un de leurs principaux représrnlants. &lt;! A la ville, dit la Correspondance
secrète. on accusait Mme de la Motte et le
C:lrdînal; mais à la cour on accusait la reine. n
Enfin le Parlement!. entraîné par le jeune et
fougut&gt;ux Duval d'F:prémesnil, se prononçait
ouvertement en faveur de celui qu'on appela
immédiatement &lt;I une illustre victime )&gt; de
l'arbitraire royal et des infrigues ministérielles. L'arrestation du 15 août était proclamée un coup de force et une illégalit,:.
cc On se récriait contre un acte aussi absolu
de despotisme que l'était celui de l'enlèvement de S. E. le prince Louis de nohanGuéméné, queq uelques per~onnrs attrihuaient
à l'animadver:,Îon parliculière d'un ministre
empressé d'exercer sa vengeance 1 • &gt;J
!!me de la Motte arriva

a la

Bastille le

20 août, à quatre heures du matin. Avec la
Yivacité de son esprit elle avait dès le premier
moment bâti tout un système de défense,
unissant ses rancunes, ainsi qu'elle le fit
toute sa vie, à ce qu'elle croyait son intérêt.
On a dit sa rivalité avec Cagliostro. Elle n'avait
pas lardé à démêler que l'alchimiste la desservait dans l'e~prit du cardinal. D'autre part,
ce personnage étranger, parlant mal le français, bilarre d'allure, doublement suspect en
qualité d'ale bimiste et de franc-maçon, dépensant des revenus immenses dont per~onne
ne connaissait la source, et soupçonné de
pratiquer l'e::-pionnage, lui paraissait l'homme
à endosser les responsabilités. Elle le charo-ea
dès son premier inl errogatoire. Le 25 :loÛ.t,
Cagliostro et sa femme étaient embastillés.
cc Le. comte de Cagliostro, écrit Hardy, arrivé
depuis peu dans la capitale où il faisait étalage de prétendus secrets et d'un charlatanisme de nouveau genre, passant d'ailleurs
pour espion, vient d'è1re arrêté avec son
épouse soi•disaut maîtresse du cardinal. n
Mme de la Motte se montrait donc rassurée.
Son mari et Rétaux étant en fuite, il était
1. Gau:lle d'Amsterdam. 27 sept. 1785, conrirmêe
par !es ~lèmoires de lime C:ampar,.

difficile d'apporter contre elle un témoignage
probant. Le car~inal avait négocié directement . a,·ec !es JOailli"rs. La pii':ce si~née
n Mar1e-Antomette de France &gt;&gt; était tout enti~re de son écriture, hors la signature contrefaile par flétaux. C'est entre ses mains que
le collier avait été remis. Mme de la ]lotte ne
s'~larma que le jour où elle apprit qu'on faj.
sa1l chercber nétaux de Villette hors de
li'rance. Vergennes réclamait son extradition.
A celte nou\'elle elle vit l'urgence de faire se
sauver la d'Oliva. Si Ilétaux était sai~i il
pourrait indiquer le nom de la firrurante et
0
•
l'accord de leurs dépositions deviendrait
écrasant.

me relient captive et la même main qui me
frappe peut mettre vos jours en danger à
cause de la scène du Bosquet, si vous ne sortez de France. l) Nicole, effra)·ée, partit de
suile avec son amant, Toussaint de Beausire,
et gagna Bruxelles:;. Elle s'y installa sous le
nom de Mme Genest; mais la famille de
Rohan, qui mettait la plus grande ardeur à
-répandre toute la lumière possible sur l'instruction du procès, ne tarda pa~ à l'y retrom·er. L'abbé Georgel écrit à Vergennes
dès le 12 octobre 1785, au nom des princes
et princesses de l\obao, réclamant l'assistance du _ministre d~s Affaires étrangères
pour obtemr l'arrestation et l'extradition de
la fugitive. Vergennes s'empressa de rédiger
une dépêche sur ce sujet pour llirzinger,
chargé d'affaires du roi de France auprès du
L'extradition de la baronne d'Oliva gouvernement des Pays-Bas autric-hiens. Dam
et du chevalier de Villette'.
la nuil du 19 au 20 octobre 1785, la pauvre
petile Nicole fut arrêtée à Bruxelles avrc son
Du fond de la Bastille, Mme de la Molle ami et incarcérée dans la prison dite Treutrouva le moyen de faire tenir un avis il renberg. LPurs effets furent mis sous scellés.
Le comte de Belgioioso, ministre au gouvernf'ment des PaJs-Bas autrichiens et le conseiller au conseil privé, Reuss, s'étaient montrés et continuaient de se montrer d'une
complaisance surprenante. Nicole était donc
en prison; mais voici que rnrgit une difficulté. L'extradition était contraire aux privilèges du Brabant. Quel embarras! li se trouva
heurem:emf'nt un moyen de lever l'obstacle:
• Pour aplanir (ces difficullés) écrit le ministre des Affaires étrangères à l'abbé Georgel_ le 2_4, octobre, o? suggf're un expédient
qm a ete quelquefois employé avec succès.
Ce serait de déterminer ces prisonniers à demandtr f'Ux-mêmes leur translation pour
aller 1,e défendre en personne à Paris. l&gt; A
cette fin, il serait nécessaire d'envo)"er ~
BruxellPs une personne de confiance ou un
ins_pecteur de police hahile et expérimenté.
Th1roux de Crosne proposa ..J.'inspecteur des
mœurs Quidor, et celui-ci accepta Ja mission
d'aller démonlrer au lapin qu'il était de son
intérêt d'être mangé.
CHARLES DUVAL o'EPRfMESNIL.
Arrivant à Bruxelles, Quidor vit d'Oli\'a à
Gravure de LEvActti::z.
la prison Treurenberg. Mais il la lrouva rétive. Cette mauvaise petite tète n'était riPn
moins que disposée à réclamer elle-même
Nicole d'Oliva, rue Neuve-Saint-Augustin, où son extradition. Elle avait tout au contrairf'
celle-ci était allée demPurer depuis le 1er juil- introduit une requête au Conseil du Brabant
let. « Une calomnie atroce, lui mandait-elle, protes1.1ut contre son arrestation illégale et

xxrn

2. D'après les documl'nts conserves dans les A1·ch.
des Aff. llrang., !lém. cl doc . , France 1300 cl 1400.

_3._ L pmepo~t. pou~ Dru:i:cllc!l fut déli"ré p,,r te
rr,1mstè1~ deF Afü,ues clrangèrcs 1e ~5 H'Jll, J ,i&lt;5 .

�• - H1STO'J{1A
demandant - eùL-on imaginé cela? - sa
liberté. &lt;( Au premier coup d'œil, écrit Quidor, j'ai reconnu la demoiselle d'OHva pour
èlre inscrite chez moi depuis longtemps sous
le nom de Signy. Elle n'a jamais joué un
grand ràle, même comme fille galante. Je la
crois plus bête que coquine et méchante. n
Le comte de Belgioioso et le conseiller
Reuss, const&gt;iller au conseil privé de l'archiduchesse. continuèrent de prêter leurs bons
offices . Qnidor fut éloquent. Beausire faisait
tout ce que voulait sa mailresse et celle-ci
faisait tout ·ce que chacun voulait. Si bien
que les deux captifs finirent par rédiger le
mémoire qui suit :
La demoiselle )l:irie-~icole Le Gu:iv el le sieur
Beausire, arrèlCs en celle ville penda~,t la 11uit ùu

19 au 20 rle ce mois et dêtenus dt&gt;puis cc temps à
fa prison dite Treurenbcrg, ont l'honneur d'expoic1· très respectueust'ment à Son Excellence ~I. le

comte de Bel;!_ioioso que, ne connaissant pas le
genre de délit pom· lequel ils sont arrètés el leur
présence devenant absolu111ent nécc~saire ù Paris,
ils prennent la respcctueus&lt;1 liberte de supplier
Son Excellence de vouloir bien faire lever l'ordre
l'll îerlu duquel ils se lrouvl'nl détenus en ladite prison de Treurenbcrg et de leu!' accorder
leur liberté, que leur conduite à Bruxelles n'a pu
leur faire ôfer, déclarant au surplus renoncer formdlemcnt cl désavouer autant que besoin la requête présentée par ladite demoiselle l\icole Le
Guay, le 29 de cc mois, au Cunseil souverain du
13rabanl, i1 la charge du sieur Carton, lieutenant
&lt;le polit·c de celle ville, et s'en rapportant enliè1cmenl, pour la gdce 11u'ils sollicitent, aux bontés d'un mini!:tre aussi bienfaisant que celui dont
ils ont en celte ocrasîon sollicilé la justice et la
clemeoce. fait à Bruxelles, le 5 t octobre l i83 1 •

« En suite de quoi, poursuit Quidor, je
n'ai eu besoin que d'un peu de finesse et de
prudence pour sortir la d'Oliva et Beausire
des terres de l'Empire et _les amener à la
Daslille. »
Les malheureux jeunes gens se virent en
outre dépouillés de l'argent et des effets qu'ils
avaient emportés, &lt;1 J'ai, au surplus, autorisé,
écrit Vergennes à Breteuil, à acquitter les
ftais occasionnés par la détention des prisonniers à Bruxelles, à 1a déduction d'une
somme qui a été trouvée sur Beausire lors
de son arrE'station. JJ On ne se contentait pas
de faire solliciter par le lapin la faveur d'être
mangé, on lui faisait encore pa)'er la sauce.
Or Beausire était entièrement étranger à l'affaire du Collier, il n~ fut mème pas dans la
suite appelé devant le Parlement.
Restait à récompenser le comte de Belgioioso et le conseiller Reuss de leur bon
vouloir. Pour le conseiller au Conseil privé de
l'archiduchesse, Quidor propose crûment, dans
u11e lettre au minislre, de lui donner 50 louis.
Vergennes se dêriJa pour une tabatière en
or. &lt;( Vous voudrez bien, écrit-il au chargé
d'affaires J-lirzinger, témoigner ma sensibi1. Arclt. des Aff. élrnng., 11~m. cl doeum. ,
France l:'1!)9, 1' 273.
2. l.cllrc en date du 20 mars li86, adressée i,
Tronchin, minl,ti·c de la llépuhli&lt;pic de Gcnè\·c auprès du roi tic Fram·r, ('l communiquCc pal' celui-ci à
Ycrgr1_1nes, Arc/1. cles Aff. élrang:, llém. et docum.,
France 1400, f"' ti!)-74: cf. :iu St1Je l d,i relie lcllrc,
Bibl. 11af. , ms. Joly de Fleury 2U88, r• 23.t
0

"·------------------------------------ L' AFFJll~E
lité à cc sujet à M. de Reuss et l'engager à
accepter une tabatière que je vous envoie cijointe. Vous la lui remettrez de la part .du
roi comme une marque de salisfaction que
Sa Majesté ressent de sa conduite et de ses
bons offices. l)
Rétaux de Villette s'était réfugié à Genève
où il virnit caché sous le nom de Marc-Antoine Durand. Ce fut encore l'in!-ipecteur Quidor qui fut chargé de le découvrir. li obtint
des syndics l'ordre d'arrestation, laquelle se
fit le 15 mars 1786. Oans sa prison, à Genève, Rétaux rt&gt;ÇUt plu:-.ieurs fois la visite de
l'auditeur Bontems. Nous avons une relation
détaillée de Ja conversatwn que celui-ci eut
avec le prisonnier ainsi que des interrogatoires que les syndics avaient ordonnés.
Bontems était parvenu à gagner la confiance de Rétaux.
« Ma prison ~era-t-elle longue? demanda
CPJUÏ-Ci.
- Je l'ignore, répondait l'audileur, votre
élargissement ne dépend pas de moi.
- A Paris, le Parlement m'a-t-il décrété?
- Mais, comme vous a\·ez l'air inquiet,
disait Bontems, il semblerait que vous êtes
entré bien avant dans les intrigues de Mme de
la Moue?
- Il est permis de n'être pas tranquille,
lor~qu'on a compromis la reine dans sa personne et dans sa signature.
- Que dites-vous là, insista Ilontems.
Seri,z-vous impliqué dans ce qu'a fait la demoiselle d'Oliva? "
A ce nom, fiétaux eut un sursaut, suivi
d'un grand embarras.
« La d'Oliva serait-elle arrêtée?
- RIie est à la Bastille.
- M'a-t-elle nommé, le savez-vous? En
a-t-on parlé dans le public? Celle _fille seule
peut me compromettre, car je suis bien !:=Ùr
que Mme de la !lotte ne me nommera pas.
Mais si cette fille a parlé, je suis un homme
perdu'! »
Rétaux de Villetle fut écroué it la Bastille
le 20 mars 1786.

XXYIII
A la poursuite du comte de la Motte'
Nicole d'Oliva et Rétaux de Villette étant
arrêtés, il ne manquait plus que le comte de
la Molle pour que le Parlement eùt sous les
vt&gt;rrous de la Bastille tous les acteurs de l'intrigue. La capture du mari de !eanne devait
être de la plus grande importance, car ses
dépositions eussent contribué à mettre la vérité en pleine lumière. Aussi l'abbé Grorgel,
porte-parole des flohan, talonnait-il les miuistres, les pressant dcl faite leurs eOOrts
3. Documents contenus dans le. m&lt;1. )lém. et docum .•
France 1400, aux Arch. des AD'. élra11g. , en parliculièr le rapport 1ti juin HSti) (fo lïuspecleur Quidor
tf·• '.l26-227 ) ; - ra.ppol'l d·un nommê Le fü:l'cic1·
ragent de la police fran\·aisc j, puhl. par Peuch, l,
,\[/moires lfrés des Arcltivrs de la 1mlice, Ill, lil1ia; - lcll rcs de l111ha1~ i, Targel, Bibl. L'. de Par!·s,
ms. de la rCscrrn; - ,!eclaral1on sous sel'mt"nt fo1tc

pour parvenir à l'arreslation du fugitif; mais
l'extradition ne s'obtenait pas en Angleterre
comme en Belgique et en Suisse. Aucun pa)'S
ne se montrait plus jaloux de son droit
d'asile.
On eut tout à coup une lueur d'espoir. Le
comte d'AdhPmar, ambassadeur de France en
Anglelf'fre, venait de transmPltre à MarieAntoinetle une lettre datée d'Édimbourg du
20 mars 178G, signée d'un certain Fraeçois
Bénevent, dit Dacosta, ~ maître de langues
modernes n, qui s'offrait, moiennantfinances,
à livrer, non seulement La Motte, mais les
diamants dont il était porteur.
&lt;&lt; Ma situation, disait-il, m'oblige à un pas
auquel mon cœur répugne; mais si je sacrifie
le comte de la Moue-Valois, je ne fais que
donner une viclime à la justice en rf'Jevant
ma pauvre famille, pendant qne tant d'autres
devitinnent grands et riches en ne sacrifiant
que des innocents. »
Bref Bénevent offrait de livrer La Molle et
son trésor moyennant la somme dP 10 000 guinées qui représentaient plus de 260 000 franc,.
Vergennes rfpondit au comte d'Adhémar
en date du 4 avril : la reine elle-même lui
a,·ait remis la leltre de Béneveot; le roi consentait à ,·erser 1es JO 000 guinées demandées
&lt;'Ontre livraison du comte de la Motte :
1000 guinées seraient payables d'avance et,
pour le restant, toutes garanties seraient données jusqu'au moment du versement intégral
h eflectuer le jour où le comte serait remis
en lieu de sûreté, à Dunkerque, à Calais, à
Dieppe, au Havre, ou rn quelque ;iulre port
des côtes françaises. Le minü,tre recommandait cependant à l'ambassadeur de procéder
de façon qu'on ne pût présumer qu'il eùt autorisé l'enlèvement en Ang-leterred'un réfugié•.
Depuis son arrivf\e à Édimbourg, le comte
de la Motte et Georges, son domestique, prenaient leurs repas chez un CE'rlain Boile, qui
y tenait un établissement assez fréquenté.
Bénevenl Dacosta, italien d'origine, y Yenait
sou,,ent. C'était un vieillard de soixante-dix
ans, de belle figure, l'air ouvert et parlant
beaucoup.
« Vous devriez, dit Georges à son maitre,
faire venir cet homme ici sous prétexte de
vous pnfectionner daas la langue italienne.
Comme il fréquente les meilleures familles
de la ülle, il rntend raisonner sur l'alTaire
qui vous intéressE', et sous ce rapport il serait
possible qu'il vous fût utile. &gt;&gt;
Le comte ne tarda pas à comprendre qu'il
pouvait tirer du vieux professeur un parti
plus imµortant. Dacosla était marié à une
Française beaucoup plus jeune que lui. La
Motte vint demeurer avec eux. Il se donna
pour leur neveu, t:hacun le regarda C'Omme
tel, et il se trouva abrité de la sorte au sein
d'une famille dont il paraissait faire partie
intégrante et qui le garantissait contre les
le 5 avril 1786 par ~larle-Brnjamine Grillon, femme
de 8ént•\'Clll llacosla, pul&gt;l. daus les Mémoires du
comte de la Jlolle, Cd. J.acour, ·fl· 153-5:'I, cl d:ins la
rie de Jea1111e dt: Saint-1/émy, Il, ~80; Mémoire,;
du comte de la .l/o!le, dans lem doul&gt;lc rédaction:
l'une. publiée par l.ouis 1acvur (Paris 1H58); 1'11utre,
conscnèc aux Archivr.s 11ationales, P 67,0i, .\17271.
i-. Arclt, desAff. étra11g., France HOO, f" ~9-90.

DU COLLTE~ - -..

recherches toujours reduulées. Il ne pourait une Yille fort agréable, écrit-il, sur Ja Tine, il compromf'ttrait sa ,,ie sur le pavé de Paris,
plus èLre signalé que par Dacosta. li pap les à d"ux lieues de la mer : il y règne un grand tant que l'occasion se pré,enterait, mais qu'il
dettes du vieux ménage, lui fournit de l'ar- mouvement en raison de ses mines de connaissait le danger d'opérer en Angleterre
grnl, congédia l'interprète qu'il s'étail allaché charbon. &gt;J
et qu'il ne voulail pass'e.xposcr à être pendu. )l
et, meltant tuute sa confiance
L'amhassadeur s'efforça de le
en son hô1e, crut de ce jour
ra!SUrer, pui!:-, de commun acpom'oir viHef'n :-écurilé. Nous
cord avec d'Aragon, on précisa
venons de voir ce qu'il en adla ligne de conduite à suivre.
vint.
" Le capitaine (du cba,bonLe comte d'Adhémar fit ,anier), sous prétexte de chargevoir à Oacusla que s.a propomt'Ill de charbon qu'il fera
silion él~IÎl agréée. Le 7 avril
réellemPnl, s'informera des
1786 il eharg&lt;'a Sibille d'Arausages du p1,rt et assurera du
gou, son pr, niier secrétaire, de
cà:éde la mt1r tous ses mO)'f'ns
l'exécution du projet dont cede départ. Quand le terraiu à
lui-ci traça le plan. D'Aragon,
Shields aura été bien reconnu,
anci.. n olficier, qui avait scni
le capitaine et l'im-pecteur paren Amérique sous les ordres
tiront pour Uunkerque, où
de fiochamhPan, élait homme
l'inspeetPur trourera deux de
d'action. Bénevent obtiendrait
ses records qu'il embarquera
de la Molle qu'il quitlàt Édimtout de mite avec lui, sur le
bourg en lui persuadant qu'il
pdit bâtiment qui fera voile
n'y était plus t&gt;n sùrdé. Il se
pour Shit"Jck Le second inrendrait avec lui à Newcastle,
~pecteur de police resté à Lonsur la T1•ne, daus le Nor1humdres se rendra alors par terre
berland, d'où il ne serait pas
à Sbield~ avec M. d'Aragon.
difficile de faire venir le corole
L'on enverra chercher Bénevent
au port de Shit•lds. Deux in•
et font le monde se concertera
•
specteurs de police vrnus du
dans un lieu qui va ètre con(1,r. itn-v th:i,Q,.,j~,';_ ,k / J, ,t, .f,[;;u',111tl ,).( A.,,1.a,._ 11&lt; •
Paris à Londrt's et de LondrlS
venu au premier voyage dm..,,,i, fi,/.,.._'/._, ,1,,'.,,; ,.,.[;,,.,_, d./,._4,"')4,,/,{k
à Nrwcastle seconderaient l'lta1iné à la. reconnai:'lsance des
Jicn; d'autre p;irt, deux autrt&gt;s
lieux. &gt;&gt; .\ux inspecteurs cuxol'îiciers de police viendrait'nt
111êmes la réussite semhle à cc
jusqu'à Shield.,, par mrr, dans
momeut cert:iine. Dacosla est
un vaisst'au d1arbonuier, dont
appelé à Londres pour fixer
LETTRE ADRESSÉE PAR LE BARON DE BRETEUIL A ,'\[. DE LALNAY,
l'équipage, composé de cinq à
les derniers points. L'ambasGOUVER'-EliR DE LA BASTILLE, LE JOUR DE L'ARRESTATION DU CARDINAL DE ROHAN.
six hommes Sl'Ult&gt;menf, serait
s:ideur de France et rnn :-.ecréD'après l'original conserve à la Bibliothèque Je l',\i·senat.
d'un dé"ouement mis ù l'étaire eurent avec lui une conprPuve. Les mines de Xewft:rence dans un lîacre; mais il
castle étaic•nt en pleine actin'y avait pas de dame voilée.
vité et il DE' paraitrait pas surprenant qu'un
Le 50 avril, les inspecteurs Quidor et
Le mardi 16 mai. à l'entrée de la nuit, les
,·aisseau français vînt jusqu'à Shields pour y Grandmaison recevaiPot leurs pas.seports pour inspPcteur.s Quidor et Grandmaüon quittèrent
charger du charbon. Au moment voulu, Da- se rendre par le port de Oieppe à Londres. Le Londres en chaise de poste, accompagnés par
costa verserait un narcotique au comte de la 12 mai, l'inspecteur Sur!JOis, accompagné d'Ara/!on. Roulant nuit et jour, ils parvinrent
Motte. Assisté drs deux inspect.. urs venus de d'un ageut de la police nommé Chariot, rece- le jeudi soir i1 Neweastle. On était convenu
Paris:, il le roulerait tout endormi dans des vaient des passeports de leur côté: ils devaient d'un lit·u où Dacosta devait venir. D'Aragon
couvertures, le transporterait comme un frétt&gt;r le vaisseau charbonnier pour Shields. lui écri"it aussitôt, Pt comme l'ltalien ne parut
ballot jusque dans un canot arrivé à la côte, A (Juidor et à Grandmaison étaient assurées pas, il alla lui-mème le chP-rcher. ~lais nos
lequel, en peu de minutes, ahordt'rail le une somme de 50 000 livres et une pension compagnons le Lrouvèrent dans des disposivaisseau charbonnier slationnant en mer: et, en cas de réussite; 1,..s récompenses remises à tions toutes transformées. Il paraissait étonné,
voiles dehors, le vaisseau ci11glerait vers Ja Surbois et à Chariot ne devaient pas ètre infé- contrarié, fàché de voir arriver les inspecFranre. Complots de brigands : ils furent riPures. Un a dit que Bénevent recevait pour tPurs pour terminer une affaire qui, disait-il,
conçus le plus sériem:ement du monde par ,a part plus de 260000 livres. A ces chilTres n'était même pas commencée.
l'ambas~ade de France à Londres, en colla- on peul jugn de )'importance que la cour de
C( Vous auriei dù
Yous presser moins.
boration avec le ministère des Affaires étran- France attachait à faire paraitre devant le répondait-il à d'Aragon, e~ vous auriez reçu
gères et la lieu t,..nance générale de police à Paris. Par]t'meut tous ceux qui pouvaient faire con- ces jours-ci une 1~ure, parlie aujourd'hui,
L'ambassadeur estimait que le plan ne naître les dessous de l'affaire du Collier.
par laquelle je vous mande de venir pour
pouvait échouer.
Le 10 mai, d'Adhémar rend compte dans con&lt;'lure, si vous avez intention, les condiLe 20 avril t786, BéneYentécrivaitd'Édim- une It tlre à Vergt'nnrs de son tnlrevue a\'ec tions que Je vous avais proposées, et concerter
bourg à Sibille d'Aragon : cc Je vous ai pro- les inspecteurs Quidor f'l Grandmai.son arriléS ensuite les moyens d't.&gt;nlevrr le sieur de La
mis de vous annoncer notre départ pour à Londres. Le lieutena?Jt de police n'avait pas Moite ..Je n'ai point encore été à Shields :
Newcastle. J'ai donc l'honneur de vous dire fait connaître à Œ-S derniers, en leur donnant
« 1&lt;\ parce que le sieur de la Molle,
r1ue nous partirons dans le coura1,t de la se- leurs in~tructions au moment dt• leur départ, effrayé d'un paragraphe d'une gazelle d'Édimmaine, sans faute. )) Il ajoutait : (( Je ne l'objvt exact de leur mission. « L'un ùes deux bourg, où on assurait que de faux amis, qui
vous dirai rien &lt;ll's propos infàmes que la inspecteurs de police, écrit l'aruhassadeur, avaient su capter sa confiance, a"aient fait
~loue dit arnir été le11us par le cardinal au m'a montré assez de répugnance pour l'el:pé- marché pour le livrer à la Fiance, m'a obligé
sujet de fa réine : ils mot tels que ma plume dition dont il était chargé. li m'a dit à plu- de partir précipitamment;
refu~e de les tracer. J&gt; La .Molle ,,int à sieurs rt'prises qu'appuyé en France de l'auto&lt;1 2°, parêe qu'arrÎ\'é ici il a préféré y
Newcaslle où il se plut be.iucoup. C! C'est rité et ne craignant personne corps à corps, rester plutôt que d'aller i, Shields;

�_ _ filSTOR,.1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - « 3°, parce qu'avec un homme bourrelé
de remords. et dont tau tes les idées ,,ariPnt
à cha4ue instant, je ne peux pas mettre trop
d'adresse et de prudence dans la manière
d'insinuer le parti que je désire lui faire prendre, sans
lrop insislt•r d'abord, crainte
de faire naître des soupçons;
&lt;( 4°, parce qu'il faut plu,;
de temp~ que vous ne pensez
pour chercher et trouver une
maison telle que je la veux j
c&lt; 5°, parce qu'il mllurait
fallu 50 guinées pour loner

cette maison t-l la payer d'a-

.

tous les vaisseaux rnnt oblig-és d'entrer,
20 000 rrrntelols qui fourmi11ent sans ccsrn,
des wachmann placés pendant ]a nuit, de
cinquanlc pas en cinquante pas, dans toutes

de Londrrs pour éviter qu'une clôture trop
affichée ne nous rendit suspects.
« Mardi 30, ayant, par une lettre dont
copie est ci-jointe, reçu ordre de revenir en
Franrc, nous sommes partis
dans la nuit, et, arrirés à Ounkeni:uf', nous avons trouvé Surbois (lïnspeeteurqui avait fréré
le vaisseau charbonnier) dont
nous étions très inr1uiets. Nous
avons pris ensemble le chemin
f"u" 'Vou.:L. i)Î,,:, (9.' :l...,1•,•JV ;).tu: 111 ,11) 't:~••h'.,u )\ .._ ,.( ""-· ~
de Paris, désolés que noire zèle
C.o.-•)itdt.. fo. #"Y."''-'-&lt; ·Yu-t,.;."'", ~ t . .r"-.~:1-c,,,,i&lt;.a..
et notre dé\'Ouemeol aient été
sans ulilité'. D

•· •. ;'le,: f-; t.'i,~,; .. j11J111 '~ 11~111·:(
rance, 50 autres pour l'emXXI\
pletlc d,-,s mPubles, et que,
o;:-i .." tic. 111'1 J'
, •.lm, ~c, je.. J'ti(, (l);,h 'I" ·;( l'&lt;&gt;IIL .,;, ,
n'ayanl pas œtte ~omme, j'auLa fuite de Madame
&lt;Vf&lt;.JJnJ. ,..... Î{.. .:...,cl,t·M.-0:~:, &lt;'!) .J-1 J,tiulc, ,1,,~t,.-,
rais élé plus qu'indiscret de
de Courville
ÔcrÎL :ilo/t&gt;r,~,.._,dl,.,;._., &amp;., ,;. lv~•1-t., 1-:,&amp;.1
vouloir l'emprunter au sieur
de b !fotte;
El nous voyons rentrer en
C( 0°, enfin, que m'étant enscène Belle d'Êtienville et ses
gagé à le livrer el sachant que,
compagnons : autres bistoirt s
l'opération ne réussissant pas,
de brigands, de brigands d'Of~
je serai~, le premier, assommé
fenharh.
ou pendu. c't·sltt moi d"assurer
C'est le 15 aoùt que Mme de
le suc,·è~. et ,·ous auriez dù
la ~loue avait commencé à déattendre qui" je vofü eusse anménager ses nwubles de la
noncé la i·hose prête. »
rue Neure-Saint-Gilles. Le lenDans re sixième paragraphe
demain, d'ÉLienville prit la
Dacosta donriait le vrai molif
chaise pour Saint-Omer. Le 16,
de son revirt'mcnt : au moil arrive à Arras où il lrOU\'C
ment d'exécuter la trahison
la prétendue baronne de Cour~
qu'il avaiL pro1elée, la peur
ville qui s'était bà1ée de prenl'avait pris. Dans sa pensée de
dre la fuite de son côté. La
,,ieillard, l'épouv;mte avait rabaronne lui annonce que le
pidement grandi, si bien qu'il
cardinal YÎent d'être arrêté et
n'avait pa:- t;1rM à révéler au
mis à la Bastille. On s'étonna
comte de la !Hte lui-même
dans la suite que Mme de Courle projet qui avait été conçu :
ville eût pu savoir à Arras, dès
la M,,tle ne s'en était d'aille i6 août, que 11ohan avait
LETTRE DE CACHET, CONTRESIGNEE PAR LE BARON DE BRETEUIL, ORDON:\'ANT
leurs pas longuement indigné
été mis à la Ilastille, l'incarL'EMBASTILLE)IE;{T DE ;'\lADA.\IE DE LA MOTTE.
et nos deu '&lt; compères, marcération n·asant eu lieu que
chant à présent de concert, ne
D'aprês l'originai conserve J la bibliolhêque de l'Arsenal.
ce jour-là : il r~t plus que
cherchaieul plus qu'à soutirer
probable que d"Etienville el la
le plus d"argent possible aux
dame se sauvèrent dès qu'ils
envoyés du gouvernement françai~. De fait les rues, des hommes de garde sur chaque apprirent la lui te de lime dela !loue, el que,
Dacosta parvint à se faire verser par d'Aragon Yaisseau, un commis de la douane qui s'éla- devant les juges, d'l~lienville imagina ce déune somme de mille guinées (26 à 27 000 fr.). blit sur les vaisseaux étrangers, depuis leur tail, sans en calculer l'invraisemblance, pour
u Une heure après· (son entrevue avec
arrivée jusqu'à leur départ, pour empêcher ne pas indiquer le ,Tai morif de son départ.
d'Aragon), écrit le comle de la Motte 1, Costa la con1rebande, pas une ~cule maison isolée, En passant à Péronne, d'Étienville y avait
revint avt"C un air de jubilation, tenant à la et la rôle tellement dangereuse qu'il faut mis à la poste la lettre suivante pour le baron
main des billets de banque pour la rnleur de avoir recours à un pilote côtier pour échapper de Fages, qui la reçut le 17 août :
1000 guinét-s. )&gt;
au péril; ajoutez à cela que, depuis un temps
Eh! bien, )lonsieurlf' barou'? encore un retard
Quidor raconte la fin de l'odyssée :
infini, les vaisseaux français ont renoncé à
cc Ne ,oulant pas partir sans sa\'oir si du ces parages parce que ceux qui y hasardèrent pour moi. Je suis comme un fou d'un pareil évémoins l'ttaLli:-s,,ment pourraiL se faire à autrefois des chargements de charbon de nement, ,\ladame (tle Courville) me jure - et je
la crois -. qu'elle n'a point envie d, rompre,
Shields, ou s·y tsl lram,-orlé le lendemain terre en furent la dupe.
et m'offre, pour vous tranquilliser, de payer
(19 mai) avec le sieur Ilénment. Examen foit
C! Nous quittâmes tristement Bénevent, dit
10,000 livres. rous sarez qu'ell~s sont dnes à Vandu lociil lant externe qu'inlerne, la chme en terminant Quidor, pour reprendre la route cher et je ne puis, en les rece~·:mt, foire autrefut jugée impossiLle, Shields 11'est point un de Londres. Le lendemain (20 mai) nous ment que de les lui remettre. Voyez, consullezvillage, mais une ville, ou plurôt deux, si- renrlirnes compte à M. l'ambassadeur, qui votts, rêp ,n lez-moi sou~ l'enveloppe de Rose;;,
tuées à droite à gauche d'une rivière qui a jugea à propos de nous garder encore quel- m,1ison de "· Suin, boulP.1'ard des Gobelins. D'ason embouchure dans Ja mer. Les maisons y ques jours pour attendre l'dfet des promesses près votre leltre. JC saurai ce que je dois dire /1
sont amoncdt.&gt;es el les rues si étroites que du sieur Bénevl'nt, ainsi qne les ordres du Madame qui m'a enlevé comme un corps saint.
les croi::~s plongent les unes sur les autres. ministre, à qui il avait écrit, et il nous con- M. d'Albissy me f,iit des reproches. Je reçois les
deux lettres comme la voilure ét.iit à la porte. fo
Pas d'autrP. port que la rivière, dans la4uelle seilla de faire des courses dans 1es en\'irons profile du courrier, pour vous donnPr des 0011·
1. Confirmé par l'affidavit &lt;le Cc~jaminc Costa et
~- Arc/1. des Aff. élrang., Mêm. cl docum.,
3. Commis cmployC dans un bureau des /inancrs
O.

f

par le rapporl de lïnicpcctcur Quidor.

France 1400, f" 2'lt:i-2'17.

à Paris.

"--------------------------------vclles qui me perccnl le cœur. Demain je vou~
t;cri1-ai. J'aurai peut-être la Lèlc. un peu plus à
moi. Je suis pour la ,·ie votre dévoué serviteur.
1
D ÉTIF.1':VILLE 1•

de Saint-Omer délaissé à Arras par Ja baronne
de Courville, porté jusqu'à Saint-Omer, sa
patrie, où il sPjourna quelque temps, « éparn gnant à la plus tendre des mères la douleur
c&lt; d'apprendre une aussi cruelle aventure n,
de là gagnant Dunkerque &lt;c sans aucun pro« jet que d'y chercber le calme d'une vie
n ignorée D, r~ncontrant à Dunkerque le sieur
de Précourt et le baron de Fages, arrèté par
eux en vertu d'un ordre du roi {! qu'ils re~
f( fusent de lui montrer ».
Les trois compagnons s'étaient agréablement rencontrés à la comédie de Dunkerque,
où l'arrestation se fit &lt;&lt; amicalement &gt;J . C( Nous
vivons avec le sieur Belle d'Étienville,. écrit
Précourt à Vergennes après l'arrestation,
comme s'il était innocent, et nous le veillons
comme s'il était coupable. J'ai cru devoir
prendre ce tempérament pour éviter la longueur de la justice, les frais qui absorbent
tout et comme l'unique moyen d'en tirer le
meilleur parti 4 • 1&gt;
&lt;c On l'a vu, poursuit l'avocat de Loque et
Vaucher 1 - il s'agit de d'Étienville, - toujours rassuré sur son innocence, et pourtant

Les angoisses de Bette d'Étienville durent
redoubler quand Mme de Courville lui dit à
Arras : &lt;&lt; 11 faut quitter la France, nous réfugier à Londres : le cardinal est arrêté pour la
négociation d'un collier de diamants où il a
maladroitement compromis Je nom de la reine.
C'était pour fournir les 500 000 livres promises pour mon mariage. Les diama11ts que
vous m'avez vus provenaient du collier. /J La
baronne de Courville ne voit de salut que
dans la fuite. Elle presse d'Étienville de l'accompagner; mais celui-ci refuse : s'il part
on le croira coupable également. Son âme
est pure. li ne réclame que les 50 000 livres
montant du dédit. &lt;( La demande f'St ju:-te,
dit la dame, etje vous donnerai les 30 000 livres, à Saint-Omer, si vous m'accompagntz
jusque-là. i&gt; - &lt;1 Or \'Oilà qu'arrivés à l'endroit uù les chevaux de la diligence changent,
déclare d'Étie11ville, je vis la dame de Courville retournant vers Paris, accompagnée
d'un homme ,êtu d'une lévite bleue. Je
crus alors qu'elle était arrêtée et con~
tinuai ma routt' jusqu'à Sainl-Omer où
j'appris rff1·ctivement l'arrestation du
rardinalt. &gt;) Quand le baron de Fages
apprit la fuite de son ami, il se déclara
en proie à la plus grande stupéfaction.
Aussi agit-il sans larder. Il s'associa
un sien oncle, le comte Duhamel de Précourt, qui se présente ainsi au public:
C! J'ai l'honneur d"ètre colonel et chevalier de Saint-Louis; je me suis trouvé
dans deux combats sur mer, à trois
batailles, cinq sièges, plus de vingt
chocs ou rencontres, et j'ai fait toute
la dernière guerre civile en Pologne où
j'ai comma11dé. 1&gt; Cl Il s'ensuit, conclut le
Bacltaumont, 4ue c'est un aventurier,
mauvais sujet, que l'on ne doit point
s'étonner de trouver ici. ll Précourt,
qui s'était inslallé au Grand hôtel des
llilords, rue du !!ail, non loin du baron de Fages, avait été mêlé, lui aussi,
à l'intrigue de son neveu à qui il serr4it, avec dïttienville, de caution chez
les marcband.;. Le 19 aoùt, il oblient
du comte dl! Vergennes un sauf-conduit, une leltre de recommandation
pour M. Ilir..:inger, chargé d'affaires de
France à Bruxellfs, et un ordre du roi
pour arrêter d'~tienville 3 • Et, à leur
tour, Précourt et de Fagcs prennent la
diligence {Jour Sainl-Omer, afin de joindre le fugit,I. Le i6 septembre, ils le
trouvent à Dunkerque. L1 suite a été
résumée par l'avocat des joailliers Loque et Vauchcr, mettant entre ~nilleLE COMTE D' ADHËMAR, A..,IBA.SSADEUR A LONDRES.
mets les propres termes dont d'ÉtienD'aprês un dessin deC.r.PMONTnu:. (N1,ste Condt, Cha11/i/Iy.)
ville s'est scni dans ~a défense.
&lt;&lt; On a vu, disent-il~, ce bourgeois
1. Arclt. c/e, Aff. élrang., ~lém. et docum. 1
France 1590, f• 1'23.
.
2. Inlerr. Je llrlle d'Eliem·ille, 'IO janv. 1 i86,

AJ'Clt. ,iat., xi, B/1417.

\"oir aussi déclarnliom contenues dans le dossier

Target, Bibl. v.f:de Parh, ms. de la réser,·e.
3. A1·cl1.. des Aff. élra11g., ~lém. et docum., France
1;00, r• 124, nô".
4. Lettre du comte de Précourl a Yergenncs
d:itéc du 18 ~rpl. 1785, Arclt. des Aff. étro11g.:

se croyant perdu lorsqu'il voit une sentinelle
à sa porte; conduit de Dunkerque à Lille par
la diligence; arrêté à Lille par un de ses
créanciers, qui veut le faire meure en prison;
réclamé par le sieur de Précourt comme un
prisonnier d'État; déposé jusqu'au départ du
sieur de Précourt dans la tour de SaintPierrc, la prison militaire de la ,·ille, oil il
est appe1é Afonseigneur par deux femmes
détenues pour fraude au droit du tal,ac, évaluée à i-ix francs pour chacune; et ol1 &lt;( il
(( n'hésite pas à foire deux heureux en déli{( vrant ces deux femmes ll, ou&lt;( il oublie ses
cr maux pour partager leur joie )J, où «il remer·
&lt;1 cie le ciel de luîavoirdonné uneâmesen~ible. &gt;J
c&lt; On l'a vu passrr de la tour Saint-Pierre
au corps de garde de la porte des malades,
révollé de ce trailement, mais &lt;&lt; résigné ainsi
(( que l'agneau que l'on sacrifie &gt;&gt;.
« On l'a vn avec une forfanterie plus ridicule encore &lt;I fournir de sa bol!rse l'argent
« nécessaire aux personnes qui venaient l'ar(! rêter et payer les frais d'un voyage qui ne
&lt;( lui présentait que Ia perspective d'un avec( nir fort malheureux J&gt;, et l'on sait maintenant qu'il payail avec l'argent d'une
dame d'Aulun à laquelle il avait vendu
de faux sauf-conduits. 11
Détails confirmés par une lettre que
le prince de llobecq, commandant général de la Flandre et du Hainaut, écrit
de Lille à Vergennes, le 22 seµtembrc l 785•. Les créanciers de d"füienville avaient apposté des huissiers aux
portes de Îa ville 1 afin d'arrêter leur
débilcur au moment où il en sortirait. Les recors ne manquèrent pas
leur coup; mais Précourt de revendiquer avec énergie son prisonnier, en
verlu de l'ordre du roi délivré par Vergennes. Malheureusement la letlrf' en
était demeurée entre les mains du
chargé d'affaires à Bruxelles. Le débat
lu L porté devant le prince de 11obecq
quj résolut de garder l'objet du lilige,
d'Eliemille, en prison jusqu'à ce que
l'affaire fùt éclaircie. Finalement Hirzinger envop l'(( ordre du roi n. PrérourL l'emporta. " Eufin le voilà à
Versailles, toujours conduit et gardé
par le sieur de Précourt comme un
criminel.~Mais ici la scène change. Le
fugitif d'l•;tienville, poursuivi comme un
\'Oleur, arrêté par ordre du roi, et le
baron de Fages, qui se prétendait volé,
et le sieur de Précourt, porteur de
l'ordre prétendu, le coupable et les
deux satellites, si divisés jusqu'à présent, n'auront plus que le même intfrèt,
les mêmes alarmes : c'est un triumvirat dont d'Étienville devient le conseil et va diriger les démarches. l&gt;
Le comte de Précourt et le baron
de Fages arrivèrent le 28 septembre à Versailles, avec leur prison-

Mëmuires et documents, France 1390, folio IOI.
5. ûch. des Aff. élrr111g., l!,fém. et docum., France
1390, f•• 107-198. - Cf. Lettre du mtime au maréchal de Ségtn·, ministre de la guerre, iûid., folio

207.

�nier.

"--------------- ------------------ L'

'fflSTORJ.ll
XXX

PrJcourt se présenta à Vergennes.

cc Je ne peux, ni ne veux me mêler de
cette affaire, répm1dit le ministre des Affaires
étrangères. Vous êtes maintenant en France,
tous les tribunaux vous sont ouverts. Vous
pouvez vous y adresser, vous obtiendrez justice. n
Et le ministre insistait pour que Pr1:court
el de Fages menassent leur homme au lieutenant de police. Précourl se rérnlle. ffÉtien-

ville l'a suivi de bonne gràce : ce n'est pas
à la poli&lt;"e qu'il le linera. El il exposait à
d'Étienv1lle que Vergennes, qui connaissait
à présent les dépositions des prisonniers de
la Bastille, ne voulait pas compliquer le cas
du cardinal déjà extraordinairement complif]Ué, qu'il ne désirait pas qu'on poursuivit
l'affaire de la dame de Courville et qu'il
conseillait il d 'É1 ien ville de se réfugier dans
l'endos du Temple pour se mellre à l'abri
de ses créanciers. Ce qui fut fait. Et pour se
meltre à l'abri de ses créanciers également,
qui avaient obtenu contre lui une sentence
aux consuls 1 , le b1ron de Fagcs rejoint son
prisonnier. Dl~tienvîlle et de Fages, redevenus compères et compagnons, vivent deux
mois côte à côte dans l'enclos protecteur. Ils
font de&gt; démarches auprès du lieutenant de
police, auprès de la famille du cardinal de
Rohan, promettant à celui-ci une discrétion
absolue, voire des dépositions favorables,
moyennant Je légers secours. Ils apprennent
que la prétendue baronne de Courville est
réfugiée à Londres. Nonobstant celle cohabitition et cette intimité, de Fagcs continue de
porter plainte contre d 'Élicm•1lle, artifi, e
nécessaire à écarter d'eux l'accusation d'escroquerie, car on ne doit pas supposer qu'ils
aieal été d'accord pour duper les joailliers
el autres· fournisseurs . EnGn d'lttienville,
poursuivi pour affaire plus grave, IP.s faux
saur-conduits délivrés à la dame d'Autun, est
chassé de l'asile du Temple et cherche refuge
,, Saint-Jean de Lairan . Le 22 décembre 1785,
il est écroué au Grand Chàtelet.

Aux accusés on réunit tous lt&gt;s témoins
qui parurent utiles : la comtesse de Cagliostro, Ume dt! la Tour et Harie-Jeanne, la jeune
lillc e,core innocente qui avait vu la reine
dam un bocal plein d'eau; Rosalie, la soul&gt;relle; le baron de Plantai Me Laporte, qui
amil parlé à Mme de la Molle du collier;
Grenier, l'orfèvre; Du Cluse!, premier commis de la Marine, et Claude Cerral, dil l'llalien, qui avaient négori4 des bous de finance
1rue les La lloue disaient tenir du cardinal,
enfin Toussaint de Beausirc. arrêté à Bruxelles
avec sa maitres~e, Nicole d'Oliva. Tous furent
logés à la Bastille.
I. Letlre dr, Fagcs â \'crirenn('s rlu 26 févr. 1786,
Arclt. deR Aff. étrang., )lem. cl docum ., France
(400, fu 38 ,· 0 •
•
~t Sapoléon disait â Sarnle-llélirne : « La reine
élait innocente cl, pour donner une plus grande publicitC à son innoccucc; elle voulut que le Par!Pmcnt
jugcàL l,c rè~ullat ftll que l'on crut que la reine élaîl
coupable et cela jeta du discrédit sur la cour. ~ Xapolèon estimait que le devoir de Louis XVI cùl été de
régler l',1l1'airc de son autorité. Gênéral Gourgaud.
3ai11le-f/éh1e. !, ;:;98.
3. lie Tliilorie1 pour Cagliostro, p. 40. li" (l]ondcl,

Les préliminaires du jugement
Voici donc, à l'excepticin du corole de la
Motte, tout notre monde sous les verrous du
roi. Louis XH uffrit au cardinal de s'en rapparier, soiL à la décision de son souverain,
soit au jugement du PJrlement.
Rohan choisit le Parlcmeal par la lellre
qui suit :
Si1·c,
J'ei-pérais par la confrontalion acqué1·ir des
preuves qui aun1ient convaincu Yotre ~J.ijeslé de
la ceflilude de la fraude dont j'ai été I,~ jouet et
alor5; je n'aur.iis amhit.ionné d'autrt:s juges que
votre justice el 1'ulre bonté. Le refus de confronta lion nie p!'lvanl (1,. cette espérance, j'accepte
:nec la plus respectueuse reconnaissauce la Jl"rmis~ion que \'otre )lajes1é me ilonne de prouver
mon i11110c,·nce par les formes juridiques el, en
consé&lt;jUCnce, je supplie Yolrc ~l:ljesté de rlonnet·
les ordres nCcess;1ires pour que mon affaire soil
renvoyée et attriLuée au Parlemcnl de Paris, les
Chambres assemblées.
Cependant, si je pouvais c~pércr &lt;JUC les édaircissemcnls qu'on a pu prendre, et que j'ignore,
eusseol conduit Votre Majesté it juger que je ne
suis coupable que d'avoir été trompé, j'oserais
alors vous supplier, Sire, de prononcer selon
votre ju-ticc et votre bonté. Mc, parents, pénélrés
des tuèmcs sentiments que moi, ont signé.
Je suis avec le plus profond respect, elc.
Signé : L~; C.\lllll~At m; ROHAN,
flE llOIJAX) l'fll~CE OE MO~TB!.ZOX,
PI\IXCE DE llOIIAN, AJ\CHKVÈQfü; OE CAJIB!l. \l,

1..-~J. l'l"\l:iCF. OE SOCO/SE.

Les historiens ne paraissent pas avoir
connu l'original de &lt;'elle lettre et l'apprécient
tous d'une manière inexacte, d'après les·
commentaires qui en furent donnés. En réalité Rohan !SC soumettait au jugement du roi
dans le cas où celui-ci t'estimerait innocent.
Mais Louis XVI, in0uencé par Marie-Aatoinelte, persistait à le juger coupable. Rohan
fut donc remoyé dcva,1t le Parlement. Les
lettres patentes en furent données à SaintCloud le 5 septembre et enregistrées le 6 septembre, la Grand'Cbambre el la Tournelle
assemblées.
Louis XVI commeltaiL ainsi une seconde
faute non moins grave que la prt&gt;mièrc. Le
roi était déjà troublé par les idées qui ont fait
la Révolu1ion. li avait entre les mains un
instrumenl qui était, en la circonstance,
men·eilleusemenl adapté à l'objet pour lequel
il érait fait: ks tertres de cachet. De par la
coutume et de par 1a loi, le "!&gt;Î étail le premier, et, s'il le rnulait, le seul juge de ses
sujets. Le Parlement ne jugeait qu'en vertu
d'une délêgalion du pou\'Oir judiciaire dont
le roi était l'unique source dans le royaume.
~t Louis XVI s'en va confier à cetle assemblée, qui n'exerce la justice que parce qu'il
lui en a délégué le pouvoir, une cafüe oll
pour ~icole

d'Olira,

s'exprime de même:

« Cc procès

trop t·êlèbre qui fixe eu ce moment les r,'ga:-ds rlc
Ioule la France, clc lou\e l'Europe .... " llardy dit
dans son Journal, â la date du 6 sepl. 1 i85 ; « Cc procès qui fixe actuellement l'allenlion non seu!em,,nt de

la France entiCre, mais de taule l'Europe. • -

Dans la

l'honneur de sa femme et celui de sa couronne sont immédiatement intéressés. La
scène du Bosquet, à eile seule, où la dignité
et la vertu de la reine étaient outragées, l'auLorisait à faire lui-même safonclion de juge 1 •
El le Parlement, avec l'e;prit qui animait
la majorité de ses membres, ne désira immédiatement qu'une chose, humilier la couronne; ensuite, atteindre &lt;c l'arbitraire ministériel u. Le comte de la Molle écrira
lui-même : {C Il est certain qu'une partie de
la magistrature, préludant, dès ce moment,
à la résisLaiice ~u'elle opposera biealôt à l'autorité royale, cherchait moins à préparer un
triomphe au cardinal qu'une humiliation
pour la cour "· Jusqu'à l'abbé George! qui
doit en convenir. Il désigne ceux des magistrats qui ser\'aient le cardinal, ci non pas
avec cet inlérêt calme et scrupul~ux qu'un
juge équitable accorde à l'accusé, mais avec
Ioule l'ardeur de l'esprit de parti"·
Les mœurs du temps donnaient aux procès
un retentissement extrême. Les mémoires et .
plaidoyers des avocats étaient imprimés, distribués à profusion, vendus à milliers d'exemplaires. Pendant des mois, la réputation, la
vertu, jusqu'à la probité de la reine seront
en discussion, non seulement en France, mais
dans toute l'Europe. Le roi ne soumettait au
Parlement que la seule escroquerie du collier
et la falsification de la signature de la reine.
Le cardinal en est innocent, et, fatalement,
cette innocence dPviendra un coup mortel à
la rPputation de Marie-Antoinette. C'est ainsi
que, par l'ampleur des intérêts engagés, ce
procès, selon l'obser\'alion de Mirabeau, devint l'alTaire la plus sérieuse de tout le
royaume. Et les avocat~, rédigeant leurs mémoires, pourront dire: c&lt; L'Europe entière a
les ~eux 0U\'erts sur ce procès fameux s: les
plus légères circonstances deviennent l'aliment de la curiosité universelle. &gt;)
Le Premier Présidentd'Aligre désigna pour
commissaires rapporteurs Maximilien-Pierre
Titon de Villotran el Jeaa-Pierre Du Puis de
~farcé, l'un el l'autre conseillers en la Grand'Chambre. Le premier, orateur brillant, avait
le don d'expédier rapidement les affaires,
qu'il rendait lucides par son charme. Il avait
la réputation d'amener toujours ses collègues
à son opinion. Le second avait pour caractéristique d'ètre &lt;&lt; l'ami de tout le monde n.
On trouve le portrait de ce dernier dans les
notes manuscrites de Target : « Il est au fond
bon homme, humain, point intrigant; mais
bien lent et se laissant aller aux impulsions:
point d'esprit, parlant mal, mais doux, honnête et bon. Il plait à ses confrères el dans
le monde par ses qualités. li n'est point fort
occupé d'ambition, ni de considération dans
sa compagnie, parce qu'il a le jugement de
sentir qu'il n'en a pas les mo1ens. » Du
Puis de Marcé fut chargé des confrontations
et Ti ton du rapport général sur l'affaire 4 •
Ga:.elte de Leyde du 'l8 juin: o. Celle gr:rnclè piCCC
qui, par son intrigue, tie11t l'Europe attcnli\·c à son dé-

noul'mcnt. »
4. Tilon de Villotran fut condamnidt mort le 26 prairial an li, et du 11uis de llarcl! le 1• floreal de la même
année.
0

Le procès fut conduit tout entier de la
manière la plus régulière. Un décret du roi
tra_nsforma à cette occasion la Bastille, prison
d'Etat, en prison judiciaire sur laquelle le
Parlement eut la direction touchant le~
prisonniers mêlés i1 l'affaire du Collier 1 ,
'foutes les pièces de la procédure sont
entières et portent la signature des accusés et des témoins. Les procès-verbaux sont entiers, sans lacunes. Aucun
détail de la procédur~ ne fut tenu secret. Les accusés ont tous été confrontés entre eux . Ils communiquai,~nt
librement a,·ec leurs arncats et leur
fou~nissaient tous les renseignements
qu'ils croyaient utiles à leur déîense. La
Gazelle de Leyde rendait compte des
moindres incid~nts. Les Parisit"ns étaient
au courant, jour par jour, de ce qui
se passait à la Bastille. On peul même
dire que, pendant l'instruction, les dimlgations forent très nombreuses et
parfois d'un caractère scandaleux. Aujourd'hui, aucune instruction judiciaire
ne laisserait aux accusés une semblable
liberté.
L'opinion publique exerçait déjà uae
grande influence sur les jugements
mêmes des plus hauts magistrats . L'un
des rapporteurs au Parlement dit dans
un !fémoire au Procureur général : « Si
l'on fait attention enoore à l'opinion publique el à l'influence qu'elle a sur
les jugements : elle les prépare! JL
Or, au début, cette opinion était loin
d'être favorable à Rohan: Cf Personne n'accorde
estime ai iatérêl à !f. le cardinal de Rohaa,..
victime d'une femme avec laquelle il ne rougissait pas de vivre 3 J&gt;. Hais les appréciations
ne tardèrent pas à se retourner.
« On n'y voyait plus, diL llardy, qu'une
1-mtreprise inconsidérée du rninislère, telle
que celle d'avoir fait mettre si indûment au
mois de mars dernier le sieur Caron de
Beaumarchais à Saint-Lazare, avec cette différence qu'il s'agissait d'un personnage de
toute autre importance. 1) Les femmes se déclaraient en faveur de la Belle &amp;minence.
Des rubans mi-partie rouges et jaunes se
mirent à la mode. Cette parure s'appela:
&lt;f Cardinal sur la paille J&gt;. On a vu commeul,
lors de rnn arrestation, Bohan arnit pu envoyer à l'abbé George! l'ordre de brûler la
prétendue correspondance de la reine: c&lt; Les
grandes dames de la Cour, lisons-nous dans
le Jou,·nal de Hardy, prenaient avec la plus
grande chaleur la défense du cardinal, tant
elles étaient touchées el reconnaissantes de la
délicatesse qu'il avait montrée, dans les premiers moments de sa détention, en chargeant le sieur abbé George!, son homme de
confiance, d'anéantir ou de mettre à couvert
généralement toutes les pièces qui auraient
pu déceler ses agréables correspondances avec
nombre d'entre elles. »
1. Pour C'C qui louche à la direclion de la procédure,
les mss Joly de Fleury 2088-2089 de la Bibl. nal. conlienneut des documents importanls.
2. Bibl, nal., ms. Jolr de Flrury 20EIS, f fi8.
;:;. Ibid.
.
0

A l'instruction, Mme de la Moite fit une
défense étonnante de présence d'esprit et
d'énergie. Durant celle procédure de plusieurs mois, où c1le fut presque journelle-

.,

Jlrr.1!11(E DU COLL1E1( _

,

tiroirs; à Mlle d'Oliva elle reprochait ses
mœurs el ses propos inconvPnants; à Cagliostro elle jetait à la figure un chandelier
de bronze, et lui rappelait avec des éclats de
rire comment il la nonimait &lt;c sa cygne » et cc sa colombe n, awc toutes
sortes de roucoulemenL,;. Caµliostro répondait en le\'ant vers lt-&gt;s solh es du plafond un regard inspirf', avec dè grands
gestes, inondant la malheurt'use comtesse d'un flux de paroles f•ÎI rercnaien l
le nom de Dieu et une foule d'npre~sions
arabes, italienues, &lt;'l de grands IPOL!-l
sonores n'appartenant à aucune langue.
Une scène terrible fut la confront.i•
lion du 12 avril à la d'IJliva el à \'illette.
Pressée par leurs déclar:,tions concordantes, Jeanne dut fi11al1•ment avouer
la scène du Bosquet. Jusqu'alors elle
l'avait obstinément niE'e; mais l'avC'u
ne sortit qu'après
mille cris de raJTe et
.
des contorsions, au buul desquels elle
eut un évanouis:emt'nt. On courut chercher du vinaigre. Saint-Jean, porte-clef
de la Bastille, la prit enfia dans srs
liras pour la porter dans sa I hambre.
Mais à peine l'eut-il saisie, que, revenant à elle, Jeanne le mordit dans le
cou jusqu'au sang. Saiai-Jean poussa
un cri et la laissa lomber 4 •
Cagliostro se distinµua particuliérement dans sa confrontation à Ilélaux de Villelle. « Ce fut alors, écritil lui-même, que je lui fis pendant
une heure et demie un sermon pour
lui faire connaître 11~ dernir d'un homme
d'honneur, le pouvoir de la Proridence et
l'amour de son prochain. Je lui fis espérer
ensuite la clémence de Dieu et du gouvernement. Enfin mon discours fut si loo(J" et si
fort que je restai sans pouvoir parlf'r "davantage. Le rapporteur du Parlement en fut si
louché et si allendri qu'il dit à Villeue qu'il
fa1lait qu'il fùt nn monstre s'il n'en était pas
pénétré, parce que je lui avais parlé en frère,
en homme plein de religion et de morale, et
que tout ce que je venais de dire était un
discours céleste. Am•si Rétaux ne tarda-l-il
pas à Mclari r C( que la femme la Moue était
C( une intrigante et une menteuse inconcevable, que lui-même, à présent que tout
t( était découverl, n'y pouvait rien compren(( dre lJ, et dit-il cela« avec des étouffements
n et un maintien si pénétré que tous ses
mouvements eussent ajoulé aux preuves
C! s'il eût été posi::ible 5 )J. ~lais à ces mouvemen1s d'exaltation succédaient, quand Cagliostro se retrouvait seul dans sa chambre,
des moments de pro~tration et de découragement qui allèr&lt; ntjul-4u'à inr1u1étcr le gouverneur de la Bastille. Celui-ci eri" écrivit au
lieutenant de police, qui ordonna de mettre
au~rès de lui. un cc bas-officier /J pour lui
temr compagme et c&lt; prévenir les effets du
dése~poir 6 )l.
1

.

,.
,JJ.V '~4-!Y-,

ment sur la rnllette, elle ne se découragea
pas un instant. Elle tiat tête à tous les témoins. Au moment où elle voyail son système
de défense ruiné, aussitàt, en un clin d'œil,
elle en construisait un autre devant les juges,
avec Jes circonslances IPs plus précises. Si on
demandait une preuve de ce qu'elle avançait:
immédiatement elle ritait deux, !rois, plusieurs faits, inventés, pour appuyer ce- qu'elle
avait affirm~, et, à ces faits nouveaux, donnait sur-le-champ d'autres faits pour preuve,
non moins imaginaires, si l'ombre d'un doute
lui paraissait demeurer dans l'esprit du magistrat. Au cardinal, qui l'accusait en lui
demandant d'ol1 lui était venu subitement
tant d'argent, elle répondait qu'il le savait
mieux que personne puisqu'elle était sa maitresse et 4uïl l'entretenait; au baron de
Planta, de qui les dépositions vigoureuses et
précises la frapp:iitnt comme des coups de
marteau, elle déclarait que c'était impudence
à lui d'oser parler contre elle après avoir
voulu la violer; au Père Loth, naguère son
homme de conflauce c•t qui, partie par gratitude pour Bohan auquel il devait d'avoif
prêché de\'ant le roi, partie par rancune
contre Villelle, qui l'avait supplanté dans
l'esprit de la comlesse, racontait tout, t·lle
disait qu'il ftait un moine crapuleux, amenant des filles à son mari et volant dans ses
4. Gaz.elle de Leyde, 14 a1Til '1786; Journal de
llardy, Bibl 11at., ms. franç. 6685, p. 51 i (26 mars
1786) ; George!, li, 186-87; Jïe de Jea1111ede Sain(Rtmy, 11, 39.
5 Noies Target, Bibl. v. de Pan.~, ms. de la ré~crvc.

6. 1/85, 2~ :rnùt. t D'après ce que rnus m'avez
m~rque, l1011s1eur, de l'état de M. de C11glîostro, cl
pu_1sc1ue \'0'.1s croyez ~om'~naLle de placer u11 garde aup~cs de; lui, µour pr~veo1r les effets de l'ennui et du
desespo1r, auxquels 1( pourrait se livr&lt;'r, je vous prie

�111STOR,.1A

"------------------------------

L'allitude du cardinal était d'une grande
tranquillité, Il comparaissait dans ses vêtemenls de cérémonie, en rochet et en camail,
et nous pouvons très exactement nous Je représenter, avec sa haute taille, ses yeux
bleus, doux el tristes, les cheveux grisonnants sous la calotte rouge La robe rouge
est d'une étoffe soyeuse et d'un ton plus pàle
que ne l'exigerait l'uniforme. Sur les mille
arabesques que fait la dentelle de Bruges,
se détache en nuance délicate le cordon bleu
pàle du Saint-Esprit, Son attitude inspire le
respect et la tristesse.
La petite baronne d"Oliva inspire, par sa
grâce touchante, la sympathie et l'émotion.
« On n'a jamais vu, dit Charpentier dans sa
Bastille dévoilée, tant d'honnêteté et de dissolulion dans la même personne. Jamais on
n'a YU plus de franchise, plus de candeur,
que Mlle d'Oliva en a fait paraitre dans son
interrogatoire. C'est une justice que lui rendirent ses jugtis, ses avocats et tous ceux qui
ont eu avec elle des relalions. J&gt;
Faut-il relever les contradiclions incessantes de lime de la !lotte d'un jour à l'autre de la procédure? Après a\'OÎr nié la scène
du Bosquet, elle en avoue la réalité; après
arnir accusé Cagliostro, elle doit proclamer
son entière innocence. Dans le premier mémoire qu'elle fait rédiger par son avocat, le
voleur est Cagliostro; dans le second, c'est le
cardinal. Celui-ci lui aurait fait une première
livraison de diamants au mois de mars. Mais,
répond le cardmal, dès le mois de février

Villette a été surpris, vendant des diamants
du collier. Dans une même version les faits
deviennent contradictoires. Roban se serait
approprié des fragments du collier, il aurait
chargé la comtesse d'en vendre à Paris, il
aurait chargé la ~lotte d'en aller ,·endre à
Londres; d'Étienville en aurait vu des fragments entre les mains de Mme de Courville;
et voici quP, pressée par la confrontation,
Mme de la !lotte remonte aussitnt cette superbe parure pour l'allacher i, la nuque de
Mme de Courville qui la porte sans déguisement dans le palais du prince 1•
Si bien que les avocats du cardinal, s'adressant à M• Doillot, avocat de Mme de la Motte,
seront autorisés à lui dire: &lt;( De quel œil
peut-on regarder une cliente qui semble vouloir, tantôt dans la procédure qu'on oublie
ses mémoires, tantôt dans ses mémoires
qu'on oublie la prorédure, et pour la défense
de lat1uelle, la veille du jug:ement, il reste à
peine un seul des faits dont se composait la
dérense à l'époque des décrets? "
Son attitude vis-à-vis de lïntrigue Ilette
d·Étîenville est très curieuse. Jeanne l'avait
imaginée très savamment, comme on a vu,
pour fournir un motif au vol du collier par
le cardinal. Au premier moment elle tint bon,
et quand elle fut confrontée à d'Étienville,
s'indi4ua dès l'abord ell,-même comme la
dame qu'il aurait vue en compagnie de
Mme de Courville. Mais dès qu'elle ,'aperçut
que cette intervention ne &lt;( rendait 1&gt; pas
et qu'elle sentit que d'Étienville, besogneux

de chojsir, p~rmi vos bas-offlcie_rs, un sujet dout la douceur, l exacl1ludc et la fermclc \'Ous soient connues et
de le faire c~uchcr dè1 ce soir dam sa chambre. ~
Lettre de Th1roux de Crosne à de Launay, Bibl. de
/'.lrsenal, ms Uaslillc, 12!57, f0 12.

1. )fémoire de fülle d Üiem·itlc contre le baron de
Fages, CollecfiQn complet(', 111 , 26-27.
'2. Lellres it J'encre symp:ithiqucde Rohan à :Y~Targct, Bibl. i·. de 1-'aris, ms. de la rëscrve.

et prêt à tous les rôles, ne chPrcherait plus
qu'à se faire bien venir du cardinal, elle déclara ne savoir ce que signifiait toule cette
histoire et ne l'avoir, au début, fortifiée de
son témoignage que pour se venger du cardinal qui l'accusait d'avoir pris le collier.
Rétaux avait fait des aveux. Il avait reconnu avoir mis la fausse signature c&lt; Marie.Antoinette de France 1&gt; au bas du contrat
passé avec les joailliers, a\'oÎr écrit, sous l'inspiration de Mme de la ~lotte, une fausse corre."pondance, 1es petites lettres à vignettes
bleues. &lt;&lt; Les témoins l'écrasent, dît Me Target: les sieurs Bühmer et Bassenge, le sieur
Grenier, le sieur Achet, Me de la Porte, le
Père Loth, le sieur Villette, l.1 demoiselle
d'Oliva, le sieur Cagliostro, les domestiques
de la dame la Motte, tous les témoins de
France, tous les témoins d'Angleterre, où
son mari a transporté les mêmes fables, élèvent leur voix contre elle; elle crie que ces
témoins en imposent; voilà son unique réponse : elle est donc convaincue. »
Son dernier refuge, comme celui de tous
les criminels aux abois, fut le mystère. Les
explicalions qu'elle avait imaginées ayant été
&lt;lélruites 'l'une après l'autre, el ue trouvant,
devant l'aet.:ablement des témoignages, aucun
système nouveau: c&lt; Il y a là un secret, ditelle, que je ne confierai qu'en tète à lète au
ministre de la maison du Roi . » Enfin, hors
d'elle d'exaspération et de rage impuissante,
elle joua la folie. Elle cassait tout dans sa
chambre, ne voulait plus manger, refusait de
descendre pour les interrogatoires 2• Les
porte-clés de la Bastille, en entrant dans sa
chambre, la trouvaient couchée toute nue sous
son lit.

(A suivre.)

FRANTZ FUl'iCK-BRENTANO.

La fin d'un snob
;.:.....

Mrs. Steale possédait, vers 1795, à l'entrée du Green-Park de Londres, une laitP.rie
modèle, sorte de Pelit-Trianon d'autre-mer.
Les fashionables de la ville y venaient en parties rustiques, friands de sensations saines.
Un jour que le prince de Galles, en compagnie de la belle marquise de Salisbury, regardait là traire des vaches par des laitières
en cottes de satin, il aperçut un jeune
homme d'une irréprochable tenue et qui,
depuis deux jours, était ~orti de l'université
d'Oxford. Le prince s'informa du nom de ce
débutant : celui-ci s'appelait George Brum~
me! : c'était le petit-fils d'un confiseur de
Bury street; son père, ancien secrétaire particulier de lord North, avait amassé une res-

pectable fortune, dont pour sa part le jeune
George avait recueilli 750.000 francs, qu'il
dépensait sans compter, en achats d~ vêtements, de linge fin, de cravates, de chapeaux
et de gants.
Le prince dt! Gllles aimait à se considérer
comme &lt;1 le premier gentleman de l'Europe »; sa toilette lui coùtait 250.000 francs
par an; il possédait cinq cents porte-monnaie;
c'était d'ailleurs, à en croire Granville, « le
plus misérable, làche et égoïste cbien n qui
ait j;trnais été appelé à porter la couronne;
et de fait, si l'on se borne à considérer la
conduite qu'il tint à l'égard de s, femme, la
malheureuse Caroline de Brunswick, ses qualités de cœur sembleot d1Scutables. Mais il se

piquait d'être connaisseur en élégance, et
celle du jeune Brummel le frappa. Jamais
!'Altesse n'avait rencontré si impeccable cravate, pardessus plus seyant, escarpins plus
effilés et ganls mieux moulés; tout de suite
il se sentit pris d'afîeclion pour ce garçon si
bien nippé, et le petit-rils du confiseur, en
trois jours, devint l'inséplrable du premier
prince du sang d'Angleterre.
Ce fut la fable de Londres, et Brummel aussitôt lut à la mode. JI porta superbement son
triompbe; sa vanité paradoxale le lui faisait
considérer comme chose due; il avait le geste
rare, une froideur de haut style, de grands
airs lassés, une jolie taille, une figure assez
piquante, le menton haut, le nez pointu et,

dans les yeux, cctle fatuité dédaigeuse qui
convient à un jeune maccarony célèbre. Il
n'avait d'ailleurs qu'une idée, qu'un désir :
être bien mis, et il y réussissait miraculeu~
sement, sans excentricité, avec &lt;( une modération passionnée )J; jamais une coupe trop
hardie ni une couleur criarde, le moindre
détail de sa mise prenait, de l'harmonie crénérale, une importance savoureuse. Il p~rtait
imariablement « un habit bleu à boutons
unis, un gilet blanc et un pantalon noir parfaitement juste, boutonnant sur le cou-depied, des bas de soie rayés et un chapeau à
claque )) ; un seul bijou : une mince chaîne
de montre, el du linge magnilique « blancbi
à la campagne ". li ne lui fallait pas beaucoup plus de deux heures pour mener à bien
les rites de son ajustement, auqud le prince
de Galles, son ri val et son admirateur, venait
souvent assister. Le nœud de la cravate était
en quelque sorte la fleur et le prodige de sa
toilette; il avait remplacé les lâches et molles
mousselines que l'on portait avant lui, par
un tissu légèrement empesé; le col rixé à rn
chemise était si grand qu'avant qu'il fùt replié,
il cachait complètement sa tête et sa figure,
et la cravate blanche avait au moins un pied
de h:iut. Brummel commençait par replier cc
col à la mesure com-enable; puis, debout
devant la glace, par une pression douce et
graduelle de la màchoire inférieure, il rabaissait la cravate à des dimensions raisonnable:.:-,
la forme de cbaque pli successif étant donnée
par la chemise qu'il venait de rabattre. Le
pauvre homme ne réussissait pas invariablement un tel chef-d'œuvre. Souvent un monceau de blancs tissus froissés encombrait son
cabinet : &lt;&lt; Que voulez-Yous? Ce sont nos
erreurs! J) disait-il.
Quant au moral, ce fantoche puait nul.
Cet h~mme qui, pendant quinze ans, régna
sur la haute ~ociété anglaise, é1ait sans cœur
et sans cerw•lle. M. Jacques Boulen(l'er,
dans
0
le livre singulièrement amusant où il a étudié, parmi plusieurs autrC'S, celle déco11rcrtante figure (Sous Louis-Philippe: Les Dandys, librairie Ollendorff), cite 4uelques-unes
dt::s réparties qui firent la fortune de Brummel : elles sont navrantes d'affectation, d'indifférence voulue, d'insolence fügma1ique.
n - Brumml'I, où donc arez-\'ous dîné hier'!
- Chez un nommé R.... Je présume qu'il
désire que je fasse attention à lui; c'est pour
cela qu'il m'a donné à diner. Je m'étais
chargé des invitations; j'avais pris Alvauley,
Pierrepoint et quelques autres. Le diner éLait
parfait; mais, mon cher, concevez-vous mou
étonnement quand j'ai vu que ce M. B....
avait l'effronterie de s'asseoir et de drner
avec nous!. .. 1&gt; Un autre jour, comme il
revenait de visiter les lacs du nord de l'Angleterre, quel4u'un se risqua à lui demander
lequel lui avait paru le plus pittoresque. Le
bellâtre se tourna en bâillant vers son valet
de cbambre : « - Robinson, quel est celui
des lacs qui m'a plu davantage? - li me
semble, monsieur, que ce fut Windermere. 11
Alors, Brummel s'adressant au questionnenr:
c. Windermere ... cela peut-il vous satis-

faire?» Tt"! étaitl"homme que ses conlPmporains comparaient à Bonaparte et à Byron! ...
Un de ses mots lui coùta gros. A "-Duper, cerlain soir, le vin manquaili l'homme aux
cravates interpella le prince de Galles :
&lt;1 George, dit-il, sonnpz donc. » George
sonna; mai.s il était dans un de ses mauvais
jours, et flt jeter l'insolent à la porte. PQur
la dernière fois Brummt!I regagna, dans sa
chaise à porteurs doublée de satin blanc,
munie d'un tapis de fourrure blanche, - son
écrin, - l'appartelllent qu'il s'était meublé
aVi'c lant de soin et d'amour, Chesterfield
street, n° 4, et le lendemain il partait pour
Calais, où il s'installa, bie11 résolu à priver
de sa prédeuse présence son ingrate patrie 1 et
persuadé que Londres ne pourrait pas se passer
de lui. D'ailleurs, il était ruiné. li avait, en dix
ans, acbeté pour près d'un million de cravates, de pantalons et de redingotes .... A
Calais, il vivait d'emprunts soutirés aux Anglais riches débarquant sur le conlinent. Il
ne faisait rien, se le\·ait à neuf beures, déjeunait, lisait le A!orning Chmnicle; à midi il
commençait.sa toilette qui durait deux heures,
puis il tenait « son lever JJ, comme M. de
'l'alleyrand. A qualre heures, il aJlait se prornpner dans la rue Royale, comme il faisait
jadis à Saint-James street. A cinq heures il
rentrait s'babiller pour diner, et il dinait bien.
Non seulement il était sans res~ources,
mais il avait des dettes; la vente de son moLilier, annoncée à grand fracas, produi:-it
une somme énorn:e, aussitôt absorLée par
les créanciers. Lin ancien ami, devenu minislre, s'apitoya. Brummel fut nommé consul
d·Angleterre à Caen. L'emploi rapportait annuellement dix mille francs; mais l'ancien
beau fut oLligé d'engager encore les quatre
cinquièmes de son traitement. Tout compte
fait, lorsqu'il quitla Calais, il lui restait pour
,·ivrti 2.000 francs par an. Par bravade, pour
s·é1onner soi-même, il acheta en traversant
Paris une tabatière de 2.500 francs; enfin, le
5 octobre 1850, il enrrait à Caen dans une
cbaise à quatre che\'aux, qui le déposa à
l'hôtel de la Victoire, le meilleur de la ville,
où il demanda le plus bel appartement et se
lit servir le plus fin diner. Il jugea le tout
détestable et déclara qu'il ne séjournerait pas
longtemps en pareille gargote. En effet, huit
jours plus tard, il louait un vaste appariement dans l'hôtel de Mme de Gucrnon de
Saint-Ursin, rue des Carmes.
Il y a qucl4ue quinze ans, !!. le comte
G. de Contades fit, à la séance puLlique de la
Société des anti4uaires de Normandie, une
précit::use communica1ion sur le séjour de
Brummel à Caen. Il en avait, évidemment,
puisé les éléments auprès des témoins survivants; car le snob avait laissé, en Normandie,
un souvenir assez semLlaLle à une légende.
Bien des gens se rappelaient l'avoir vu passer,
portant un surtout marron, un gilet de cachemire à palmes, un pantalon de nuance foncée
tiré sur des hottes très poiutues; le chapeau
légèrement incliné sur le càté, le corps un peu
pencbé, le nœud de cravate se mirant dans le
vernis de ses chaussures, il sortait de chez

Ll

'F1N D'UN SNOB

lui, marchant sur la pointe drs pieds, tenant
à la main un parapluie dont le manche
sculpté figurait 13. tête de George IV, son ancien ami, le prince de Galles, devenu roi.
En sa qualité de consul d'Ani:rletnre, il
faisait encore, dans la capilale du Calvado~,
certaine figure; mais bientôt son rmploi lui
fut retiré et, du jour au lendemain, Brummel
se vit sans un écu, en proie à de nombreux
créanciers. Il ''endit ses Oacons de toilette,
ses beaux flacons d'argent, cassolettes jadis
des essences préférées ; ses Yêlements bientôt
ne furent plus que " des haillons de haute
coupe n; un petit tailleur de Caen, mû d'une
compassion touchante, les réparait gratuitement, avec une sorte de re)',ped pour cette
lamentable et glorieuse défroque; le petit-fils
du confiseur de Bury slreet n'avait gardé, de
son luxe d'autrefois, qu'une passion irrési::;tible pour IC's friandises : chaque après-midi,
il se rendait chez un pâtissier, M. ~ladeleinc,
et là, prenait à droite, à gauche, nec une
goinfrerie féline, des dragées et des biscotins.
Un malin, comme sa blant·hisseuse, non
payée, réclamait vertement, le dandy arracha
silencieusement sa cravate, laissa tomber sur
Je sol. en un geste d'abdication, le flot de
mousseline jaunie, et noua à la diable autour
de son cou un chiffon d'étotle noire ... . Ce fut
la fin: quelques jours plus tard, en mai 185:,,
un huissier et deux gendarmes le conduisaient à la prison pour dettes. Quand- on
apprit la chose, à Londres, il y eut tout de
même un peu d'émotion; le duc de Beaufort
et lord Alvanley accordèrent leur patronage à
une souscription dont le montant permit de
désintéresser les créanciers du détenu qui
recouvra sa liberté; mais il n'était plus que
le spectre du Brummel d'autrefois.
Il se logea à l'hôtel d'Angleterre, dans une
petite chambre au troisième étage; sa méuwire s'était engourdie et n'avait plus que
d'étranges rappels. Il marchait d'un air égaré
et ne reprenait un peu d'enlrain qu'à table~
un jour, une étrangère (( d'une distinction
suprème 1&gt; se présenla chez Ficbet, le maître
de l'bôtel d'Angleterre , et demanda si
M. Brummel habitait là; sur la réponse affirmative, elle prit une chambre, OU\'rant sur
l'escalier, &lt;( pour le voir passer. » Bientôt
l'ex-fashionable parut, la mine idiole et congestionnée, se hàtant gloutonnement vers la
s~lle à manger, et descendit l'esraliC'r sans
tourner la tête; quand l'hôtelier rerint à la
chambre de l'inconnue, il la trouva étendue
sur le sol, le visage baigné de larmes ....
Qu'était-elle? On ne le sut jamais. L'une de
ces reines, sans doute, de Carlton-bouse ou
d'Almack, qui avaient jadis cherché une pelile Hamme d'amour dans ces Jeux aujourd'hui atones et demi-morts.
Son seul plaisir à lui, sa folie, consistait it
allumer quatre bougies dans sa pauvre chambre d'hôtel; puis il rangeait ses chaises
contre les murailles, et ouvrait toute grande
sa porte numérotée .... Alors, il annonça.il à
haute voix: « - Son Altesse Royale le prince
de Galles! ... Lady Conyngham 1. .. Lorrl Ycrrmouth! ... Lady Jersey! ... Sa Grâce la d.u-

�r-

1f1STORJA

chcsse de Devonshire! ... Ah! chère duchesse,
&lt;1uelle bonté d'être "e.nue sur u_ne invitation
aussi tardive .... n Pms le mamaque rt'prenait: " - Lord Alvanley!. .. Lady Worces-

ter!. .. J) Et, quand il s'imaginait toute la
nuLlesse d'Anglet"'rre réunie dan_s sa mansarde, le pauvre vieillard annonçall _solennellement, comme avec effroi : - c1 Sir George
-f•

Brummel ! &gt;&gt; Et il retombait sanglotanl1 rrjeté
dans sa honte et dans sa misf're par l'érncation de sa triomphante jeunC!-St', ... Il mourut
à l'hospice des fous le 24 mars 1840.
T. G.

-:,,

""'"
-

~
.

.. ~e
-__ F~--""--···
. . ·.• ..,..:;;·
~-----~-,.~
..

-~

~

VuE DE L,\ BASTILLE DE PA111S, liE LA 1-'0RTE SAJNT·ANTOUŒ ET D'UNE PARTIE /lü FAUBOURG, -

Gravure de

RIGAUD.

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

.,,..

L'Affaire du Collier
XXXI
Correspondance secrète'.
Durant qu'il fut au secret, à la Bastille, le
priace de Raban parvint à correspondre avec
ses avocats. Il se disait malade et recevait la
visite du docteur Portal, professeur à !'École
de médecine, lequel imagina bientOt prétexle

à s'adjoindre le chirurgien Traverse, ami
personnel du cardinal 1. Ceux-ci, en cachette,
faisaient la petite poste. D'autres lois, le
prisonnier leur écrivait de courts billets, qui
passaient sous les yeux des officiers de la
Bastille; les médecirn; les remettaient à
Me Target et celui-ci, à Ja chaleur du feu,
faisait apparaitre l'écriture sympathique.
, J'ai parfaitement bien lu, écrit le cardinal
à Traverse, ce que vous m'avez adressé dans
le papier chilîonné ; mais il ne faudrait pas
le tant chiffonner. Je n'ose vous envoyer 1a
suite des confrontations jusqu'à ce que j'aie
votre parole pour ne les montrer qu'à li. Target, car, je vous le répète, si on avait vent
ou soupçon, il n'y a sorte de moyens qu'on
ne prît. » Les billets sont tristes. " J'espère
que je ne serai confronté que lundi, mais le
1. Doss. Target , Bibl. v. de Pa1·is, ms. de la réserve.
2. « Je crois que 11. le cardinal ayant du mal au

plus tôt que vous pourrez m'envoyer sera le
mieux. Vale, vale. Veuille le ciel diminuer
mes peines! " Puis : " Il y a chaque jour
neuf heures de confrontation, je suis très
fatigué. )J - c&lt; Je suis horriblement accoutumé depuis quelque temps, écrit-il une
autre fois, aux cboses qui ne doivent pas être
el certes cette habitude est pénible. Je vous
avoue entre nous que je commence à être
fatigué. !lais je ne ferai qu'en redoubler
d'efforts el surtout je ne veux pas que mes
ennemis puissent s'en douter. Je veux toujours paraître frais en descendant dans l'arène
et étancher le sang de mes plaies. Je leur
ôterai du moins cette satisfaction. Vale, vale. l&gt;
Les confrontations lui ont dévoilé la conduite atroce de celle pour qui il n'avait eu
que des bontés . C( Je suis affronté de~ain
avec la scélérate, mande-t-il à Target. AuJourd'hui elle a eu une scène avec le comte de
Cagliostro. Il l'a appelée cc sacrée raccrocheuse ", parce qu'elle lui disait des choses
désobligeantes sur sa femme et elle lui a jeté
un flambeau qui a frappé le Yentre du comte,
mais elle a été punie sur-le-champ, car elle
s'est porté la bougie dans l'œil. Nous v~rrons
demain. Je réponds qu'elle ne me Jettera
nei el au genoa a besoin rl'uu chirurgien. Ce 13 ma1·s
1786. Signé : Portal. :o Bibl. de l'A,·semil, ms.
Bastille, 12457 , r~ 68.

VII. - HISTORIA. - Fasc, So.
~

49

v.,.

rien et surtout ne me troublera pas : elle me
fait horreur. 1&gt;
!!me de la Motte perd de son assurance.
c1 Le dernier interrogatoire finit par ses
larmes, sa douleur, et pour réponse, qu'elle
se jette dans les bras de la Providence. "
Les déclarations de 11étaux de Villette el
de Nicole d'Oliva ont mis la probité du cardinal hors d'alteinte. (( Nous ne sommes pas
encore au bout des choses ex:traordioaires,
écrit-il; mais je les prévois sans aucun effroi.
Je remercie Dieu d'avoir rendu ma position
si différente .de ce qu'elle était. Ce qui me
renJ aussi plus tranquille, c'est que, l'honneur couvert, tout le reste n'est plus que
mon affaire personnelle. "
Dans ces lettres, sa bonté apparait encore
d'une manière touchante. Il est préoccupé de
Cagliostro et de sa femme, du baron de
Planta, embastillés à son propos. Il se soucie
d'eux autant que de lui-même. Les recommandations reviennent, incessantes. Il faut
mettre, dans le .Mémoire que Target va publier, la déclaration où !!me de la Molle a
fini par proclamer l'innocence du comte de
Cagliostro et de sa femme. Il faut aussi avoir
grand soin de donner toujours à Cagliostro le
t:n cl1irlll'gien _élait officicllef!lent at~ché ~u _scr\'ice des prisonmcrs de la. Dasltlle, mais celu1-c1 fie
pou\·ail faire l'alfairc.
4

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 49, Diciembre 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>r-

1f1STORJA

chcsse de Devonshire! ... Ah! chère duchesse,
&lt;1uelle bonté d'être "e.nue sur u_ne invitation
aussi tardive .... n Pms le mamaque rt'prenait: " - Lord Alvanley!. .. Lady Worces-

ter!. .. J) Et, quand il s'imaginait toute la
nuLlesse d'Anglet"'rre réunie dan_s sa mansarde, le pauvre vieillard annonçall _solennellement, comme avec effroi : - c1 Sir George
-f•

Brummel ! &gt;&gt; Et il retombait sanglotanl1 rrjeté
dans sa honte et dans sa misf're par l'érncation de sa triomphante jeunC!-St', ... Il mourut
à l'hospice des fous le 24 mars 1840.
T. G.

-:,,

""'"
-

~
.

.. ~e
-__ F~--""--···
. . ·.• ..,..:;;·
~-----~-,.~
..

-~

~

VuE DE L,\ BASTILLE DE PA111S, liE LA 1-'0RTE SAJNT·ANTOUŒ ET D'UNE PARTIE /lü FAUBOURG, -

Gravure de

RIGAUD.

FRANTZ FUNCK-BRENTANO

.,,..

L'Affaire du Collier
XXXI
Correspondance secrète'.
Durant qu'il fut au secret, à la Bastille, le
priace de Raban parvint à correspondre avec
ses avocats. Il se disait malade et recevait la
visite du docteur Portal, professeur à !'École
de médecine, lequel imagina bientOt prétexle

à s'adjoindre le chirurgien Traverse, ami
personnel du cardinal 1. Ceux-ci, en cachette,
faisaient la petite poste. D'autres lois, le
prisonnier leur écrivait de courts billets, qui
passaient sous les yeux des officiers de la
Bastille; les médecirn; les remettaient à
Me Target et celui-ci, à Ja chaleur du feu,
faisait apparaitre l'écriture sympathique.
, J'ai parfaitement bien lu, écrit le cardinal
à Traverse, ce que vous m'avez adressé dans
le papier chilîonné ; mais il ne faudrait pas
le tant chiffonner. Je n'ose vous envoyer 1a
suite des confrontations jusqu'à ce que j'aie
votre parole pour ne les montrer qu'à li. Target, car, je vous le répète, si on avait vent
ou soupçon, il n'y a sorte de moyens qu'on
ne prît. » Les billets sont tristes. " J'espère
que je ne serai confronté que lundi, mais le
1. Doss. Target , Bibl. v. de Pa1·is, ms. de la réserve.
2. « Je crois que 11. le cardinal ayant du mal au

plus tôt que vous pourrez m'envoyer sera le
mieux. Vale, vale. Veuille le ciel diminuer
mes peines! " Puis : " Il y a chaque jour
neuf heures de confrontation, je suis très
fatigué. )J - c&lt; Je suis horriblement accoutumé depuis quelque temps, écrit-il une
autre fois, aux cboses qui ne doivent pas être
el certes cette habitude est pénible. Je vous
avoue entre nous que je commence à être
fatigué. !lais je ne ferai qu'en redoubler
d'efforts el surtout je ne veux pas que mes
ennemis puissent s'en douter. Je veux toujours paraître frais en descendant dans l'arène
et étancher le sang de mes plaies. Je leur
ôterai du moins cette satisfaction. Vale, vale. l&gt;
Les confrontations lui ont dévoilé la conduite atroce de celle pour qui il n'avait eu
que des bontés . C( Je suis affronté de~ain
avec la scélérate, mande-t-il à Target. AuJourd'hui elle a eu une scène avec le comte de
Cagliostro. Il l'a appelée cc sacrée raccrocheuse ", parce qu'elle lui disait des choses
désobligeantes sur sa femme et elle lui a jeté
un flambeau qui a frappé le Yentre du comte,
mais elle a été punie sur-le-champ, car elle
s'est porté la bougie dans l'œil. Nous v~rrons
demain. Je réponds qu'elle ne me Jettera
nei el au genoa a besoin rl'uu chirurgien. Ce 13 ma1·s
1786. Signé : Portal. :o Bibl. de l'A,·semil, ms.
Bastille, 12457 , r~ 68.

VII. - HISTORIA. - Fasc, So.
~

49

v.,.

rien et surtout ne me troublera pas : elle me
fait horreur. 1&gt;
!!me de la Motte perd de son assurance.
c1 Le dernier interrogatoire finit par ses
larmes, sa douleur, et pour réponse, qu'elle
se jette dans les bras de la Providence. "
Les déclarations de 11étaux de Villette el
de Nicole d'Oliva ont mis la probité du cardinal hors d'alteinte. (( Nous ne sommes pas
encore au bout des choses ex:traordioaires,
écrit-il; mais je les prévois sans aucun effroi.
Je remercie Dieu d'avoir rendu ma position
si différente .de ce qu'elle était. Ce qui me
renJ aussi plus tranquille, c'est que, l'honneur couvert, tout le reste n'est plus que
mon affaire personnelle. "
Dans ces lettres, sa bonté apparait encore
d'une manière touchante. Il est préoccupé de
Cagliostro et de sa femme, du baron de
Planta, embastillés à son propos. Il se soucie
d'eux autant que de lui-même. Les recommandations reviennent, incessantes. Il faut
mettre, dans le .Mémoire que Target va publier, la déclaration où !!me de la Molle a
fini par proclamer l'innocence du comte de
Cagliostro et de sa femme. Il faut aussi avoir
grand soin de donner toujours à Cagliostro le
t:n cl1irlll'gien _élait officicllef!lent at~ché ~u _scr\'ice des prisonmcrs de la. Dasltlle, mais celu1-c1 fie
pou\·ail faire l'alfairc.
4

�msro~1.J1 __________________________.
titre de comte. Ce serait lui faire peine que
de l'oublier. Rohan veut encore qu'avec sa
grande autorité Target parle à l'avocat de
l'a1cbimiste, stimule son ardeur, lui donne
des conseils.
Enfin, pour son défenseur, Rohan déborde
de gratitude : &lt;c Adieu, je vous répète encore
toute l'expression de cette douce reconnaissance que ma sensibilité pourrait seule vous
peindre. "
Deux fois seulement, dans ces lettres, sous
le mystère de l'encre invisible, se glisse le
souvenir de la reine. &lt;&lt; Avez-vous des nouvelles de la R(eine]? " La seconde lois l'expression trahit la profondeur du sentiment
et la préoccupation constante :
cc ~farquei-moi s'il est vrai que la Reine
continue toujours à être triste. »

XXXII
La défense et les défenseurs.
L'usage du temps était que les Mémoires
et consullations des avocats fussent imprimés.
Il; étaient mis en vente et distribués à profus.ion. Le retentissement du procès fit lire
a,,ee passion ces écrits dans toute la France
et morne hors des frontières. Le talent des
avocats ajouta à l'intérêt de la cause, au
point qu'après plus d'un siècle, ces écrits de
circonstance demeurent d'une leclure attachanle.
Le « conseil » du cardinal é•ait composé
dPs m:u'tr.. s du harrt&gt;au parisien : Target, de
B11nnièr1·s, La!.!'et-llardelin, Tronchet, Collet
t&gt;t Bigot de Pré11neneu. &amp;Je Target, de l'Académi1~ français~, passait alors, réputation
q11'il a i:rardée jusqu'aujourd'hui, pour une
des gloires du barrt!au français. Il était le
seul avocat qui fùt entré à l'AcaJémie depuis
un siècle et demi, c'est-à-dire depuis Palru,
élu en 1640. li est vrai que l'illustre Le
Normand avait songé à se présenter vers le
début du xv111e siècle; mais le Comeil de
l'ordre lui avait fait savoir que s'il descendait
à Faire les visites de candidature il serait r,1yé
du barreau. Et Le Normand y avait renoncé.
Target était l'bomme de son éloquence :
massif el lourd. Il Courrait ses gros doigts
dans les petites tabatières des dames. Aussi
la gracieuse marquise de Villeneuve-Arifat
ne l'aimait-elle pas. « Cc Target était de
l'Ar..adémie, dit-elle, et un de ses membr, s
les moins brillants ; de plus laid et point
aimable. Ce petit œil bleu céleste dont on le
décorait n'était autre chose qu'un vilain œil
lourhe et noir 1 • »
Mme de la Motte eût désiré être défendue
par le jeune Al!Jert Beugnot; mais lleugnof,
nonobstant l'insistance de Tbiroux de Crosne,
lieutenant de police, qui essaya de le déterminer par la persoectirn de la réputation
t. S01wenirs de la marquise de rille11euveArifat, pub!. par M. llenri Courteault, p. 71-i2.
2. M" Blondel qullta dans ln suite le barreau el

devint juge à la Cour d'appel de l'aris.
5. Gazette de Leyde, 1785, 9 déc.
4. Charles-Louis Hû, êpicier.
5. Obae.rvations de P. Tranquille (La Mecque,
!i86), p. 3-5.

qu'un débutant pouYait acquerir en pareille
circonstance, déclina l'honneur. Tbiroux de
Crosne lui donna alors le propre « consdl n
de sa famille, !I' Doillot, avocat âgé de plus
de soixante ans, qui avait renonré depuis un
certain temps à l'exercice actif de sa profession, mais était encore recberché dans rnn
cabinet comme un jurisconsulte éclairé. « Le
vieillard n'approcha pas impunément de
~!me de la !fotte, dit Beugnot : elle lui
tourna la tète. 11
M• Dlondel, arncat de ln baronne d'Oliva,
un jeune slagiairc tout frais émoulu de
l'École, n'approcha pas impunément, lui non
plus, de sa jolie cliente : elle lui tourna la
tête également. A vrai dire, Je résultat fut
différent : lime de la !lotie mil dans lacervelle de M• Doillot !out ce qu'elle voulut, et
lui fit écrire les mémoires les plus extravaJ!ants: (C Il faut que l'avocat soit devenu fon,
disait de lui son frère, le notaire .iu Chàtelt!l,
ou que la dame la Uo•.te l'ait ensorcelé
comme rlle l'a lait du cardinal. " Si bien que
Je jurisconsulte estimé y laissa sa réputation,
tandis que, sur les ailes de l'amour, celle du
jeune stagiaire fut portée du jour au lendemain au delà des nues 1 •
Le mémoire de Doillot pour la comtesse
parut le premier, en nO\'crnbre 178.3. Grâce
aux passions surexcitées, il eut un succès
fou. « L'avocat Ooillot, dit la Gazelle de
Leyde, ne peut suffire aux demandes qui
sont faites tout le jour. On voit as.;iéger sa
porte par une foule rnnlinuelle. Plusieurs
milliers d'exemplaires ont à peine suffi à conten1er l'a,idité des premiers demandcurss. )&gt;
L'auteur de~ Observations de P. Tranquille,. donne une description pittoresque de
la cohue :
« Comme je ne suis pas de ces êtres qui
se font écraser pour a,·oir du nou,·rau, je
passai mon c·hemin. Je n'étais pas à dix pas
de cette maison - la maison de M• Doillot
- qu'un clerc de procureur, tout essoufflé,
tout rn sueur, me demanda d'un ton précipité : « Monsieur, en avez-vous? en avez(( vous? ,, Ayant Jit que je n'en avais pas,
mon robin me quitta. Je tournai le coin de
celte maudite rue; la voiture d'un E,jculape,
qui s'époumonait de crier: &lt;&lt; Cocher, cocher,
« arrête à la porte que voilà! " - celle de
M• Doillot - faillit m'écraser. Je n'étais pas
encore remis de ma frayeur que le cabriolet
de M. D'" me lrotla l'habit. J'envoyai, au
diable l'avocat et son mémoire et croyais
bonnement être débarrassé de cette Ioule
importune, lor3qu'un chirurgien m'accosta
et me dit : " Sandi, monsieur, je ne vous
« demande pas quel est le sujet de votre
C&lt; sortie. En avez-vous enfin? n Ma foi, je
l'avouerai. je crus tn ce moment qu'au lieu
de distribuer un mémoire, on donnait de l'or
à tous les Français qui n'en ont pas &amp;. 1&gt;
6. Bachaumont, XXI, -123.
7. Vie de Jea,me de Saint~Rémy, 1, 4J2-'.&gt;6.
8. Jean-Charles Thilorier, në à La llochellecn li56,
mourut le 20 juin 1~18, 7, rue Neuve-des~Capucines,
avec le titre d'a\'Ocat aux Conseil~ du roi . Il élail fils
d'avocat cl laissait deux fil s dont l'un, Adrien-JeanPierrc, fut lui-même a,·ocat. Ayant eu, en ·l i90, le
courage de présenter la défense du marquis de fanas,

.,. So ...

Il y eut des désordres rue des !laçons, où
Doillot logeait •. On dut faire garder la maison
par des soldats du guet. Dix mille exemplaires furent ainsi distribués de la main à
la main; les libraires en vendirent cinq mille
en une semaine, et en quelques jours Doillot
reçut trois mille lettres de demande 7 •
L'idée d'impliquer Cagliostro dans l'intrigue avait été, comme dit George), d'une
adresse diabolique. Si Jeanne de Valois eùt
jeté de prime abord son accusation sur le
cardinal de Rohan, nul n'y eût ajouté loi.
Par ses allures, Cagliostro était suspect, et
on connaissait l'empire qu'il avait sur l'esprit
du cardinal. L'alchimiste, insinue-t-elle, a
dépecé le collier pour en grossir « le trésor
occulte d'une forlune inouïe ,,. &lt;( Pour voiler
son Yol, écrit Doillot, il a commandé à M. de
Rohan, par l'empire qu'il s'est créé sur lui,
d'en faire nndre et d'en faire monter d~
faibles parcelles à Paris par la comle;se de
la ,roue, d'en faire monter et vendre des
parcelle; plus considérables en Angleterre
par son mari. » Quant à l'idée que le collier
eût pu être acheté par la reine, dans un
beau mouvement d'indignation Mme de la
Molle la traite de blasphéme criminel.
La défense de Cagliostro est une merveille,
étonnante d'éclat, de hauteur et d'ironie. De
ce jour l'attention des lettrés, des écrivains,
des salons et des cafés littéraires, fut attirée
sur un débat où l'on allait voir, comme en
un tournoi du Parnasse, rivaliser les plumes
les plus habiles.
Du factum de Cagliostro, la C01·respondance lillé1'a.ire parle ainsi :
(&lt; Oh I que cela serait beau, si tout était
vrai, s'écriait une femme d'esprit, après avoir
écouté avec attendrissement la lecture de cet
attachant mémoire.
- Je ne m'arme point, répondit un
homme sensible, contre l'éœotion que me
cause un roman hien écrit, jusqu'à ce qu'un
arrèt ait décidé ce que je dois croire de la
vérité des faits qu'il contient. »
&lt;( Et l'homme sensiLleavait raison ,, , ajoute
le nouvelliste.
Huit soldats du guet, devant la porte de
Me Thilorier, au cloitre Notre-Dame, endiguaient le public qui se précipitait sur cet
écrit sensationnel. Caglio.stro l'avait rédigé en
italien, puis &amp;ie Thilorier, avocat de vingtneuf ans rempli d'esprit, lui avait donné une
forme vive et piquante 8 • Cagliostro, de qui
la liberté, la vie mème, étaient en jeu, débute
par raconter )es hbtoires les plus invraisemblables sur sa naissance et son éducation, sur
la science prodigieuse qu'il a acquise, sur les
guérisons miraculeuses qu'il sème autour de
lui. Son odyssée mythologique à travers l'Europe et l'Afrique est eipùSée en termes inimaginables. Après quoi, le plus sérieusement
et le plus heureusement d n monde, il se
il ful emprisonné, puis il se réfugia chez son beaufrère dans le Rlèsois. li était passionné pour les
scienCes mt!caniques et la philosophie. On a de lui
un Système universel (4 vol. 1mbl. en 1818). li culti-rnit la poésie et lit des tragêdies.
Son fils cadet, Nicolas-Charles, mourut à Blois, en
novembre 185.1, laissant une fille unique, aujourd'hu
Mme Slorclli.

"--------défend. La première partie pouvait faire
douter de la véracilé de la seconde. « Mais cbar~ante et son avocat le disait en termes
cette folie, comme dit Beugnot' dont Tbilo- exqms. « ~e !Iémoire de la demoiselle Oliva,
[ier, ho~me de beaucoup d'esprit, riait tout ~cru le P_ere George!, intéressa toutes les
,e ~rem1er, fut_ tenue pour con\'enable et bien "'"?e~ sensibles par Jes aveux ingénus que
a !_ordre du JOUr. " Cagliostro avait il est fai~ait cette belle courtisane. Le style avait la
vra!, un_ argument. sa~s réplique : le c;rdinal fraicheur du coloris que les poètes attribuent
avait traité avec les Joailliers le 29 janvier! 785, 11à la _reine ~•- Gnide et de Paphos. " Et voilà
,n JOh ~pecimen de style jésuite à propos
et !,m,,Caghostro, n'était arrivé à Paris que
le vO, a neuf heures du soir.
d ~ne Jolie femme. M• Blondel écrivait bien
Arec lime de la Motte, il le prenait de trè; ~,eux :. son_ Afém_oire est si simple, si clJir,
h~ut. La comtesse, dans son .\lémoire, l'a e- d u.ne ernot1on s1 nai\'e el si touchante la
Ia,t
Empiri~ue, bas-alchimiste, rêt:ur log,q~e en .~sl si ~nement et si joli~cnt
sur . a pier~e philosophale, faux prophète. " déduite, qu il _est impossible, aujourd'hui
encore, de le hre sans une vive symp11h:e
Cagliostro repond :
Tout Paris ~our Nicole eut les yeux de Bion:
d~l. Vrngt mille exemplaires dé son petit chef, 1!1!ipir!q1te! J'ai souvent enlendu ce mot
,
na, Jami
,
, mais
. ; is pu sam1r au juste ce qu'il signifiait . d œ~vre furent vendus en quelques jours i.
Peut-elre
, M Blondel trouvait le même intérêt que le
. un 1iomme qui,· sans êlre docteur a d •s·
conn11ss_anc~s en médecine, va ,·oir les ,~alad~:o defenseur du cardinal , il• Target , à prouver
et ne fait pou!l pa1er ses visites, guérit les paun·es que, for~ de la scène du Bosquet, dans cetle
comme les riches et ne reçoit u·arrrent de
- O~ls~ur1te profonde, Nicole n'avait rien pu
sonne
. .
0
per
·
- er~ c~ cas Je s'.11s_ empirique.
d1stmguer. Et Manuel de rimer ces vers qu'il
Bas-alcl111mste ! Alchumstc 011 non la
1·1·
cal'
d
b
,
qua 1 1met dans la bouche de la jolie figurante :
1011
C Ci
as » ne convient qu'à
·
demandeut cl qui ram1&gt;cn1 et 1·
. c:~x q~•
Tous deu:r m'o11t démontré que Je n'a,· _
.
t
..
. .
.
,~enput'Oir,
t,
C .
·
on sait s1 Jam:us 'l'
arge 'qu ' 11msazt nuit, Blo11del, quïlfaisttil noir.
ll ~omt~ aghostro a demandé des
graces :1 personne.

i' ".

Ret'~ur sm~ la 11ierre philosopliale; Jamais le public n'a été
Hnportuné par mes rê~cries
~•aux prophète! Je ne l'~i pas
touiours été. Si M. le cardinal de
Hohan n,'eùt cru, il se serait dérié
de la ~omlPS~e de la Molle et nous
ne sermns pas où nous eu somrncs.

• ~a fin du mémoire serait
a cll~r tout entière; en voici Ils
derrnères lignes :

. Fr~nçais, n'ètes-,·,ms &lt;iue cu'':tins
ecrils où la malice et Ja Jé,,êrcté
se sont plu à Vl'rser sur l'A,~i de~liommes l'opprohrc et fo ridicule
1:1r~ix ! rnus pomcz lire ces

Voule~-,ous, au contraire, êtr~

b01~s c~ Justes'! .\''interrogez point:
mais ccoutez cl aimc1. celui qui
rc~pl'da toujours les rnis parce
qu lis sou l dans Jes maimde Dieu
les ~ouverncmenls p:irce qu'il le~
prolt•gc, la rnli_~ion pai·cc qu'elle
est sa loi, Ja loi parce qu'elle en
est, le sup1ilémcnt, les hommrs
enfin parce c1u'ils sont, comme lui,
ses enfants.
N'.intcrrogcz point; mais écoutez
t!I :ume.z celui q~i est venu pal'mÎ
\'OUS fi.usant le bien, qui se laissa
alta~uer a\'cc p,1licncc et se défendit avec modération.

Ua était encore tout abasourdi de celte littérature, inattendue en la circonstance, _
c~r ce plaidoyer s'adressait véritablement à Nos Seigneurs
du Parlement, sié"eant en la
Grand'Cbambre et Ja Tournelle assembl;
- qua_nd parut le délicieux écrit de Al' B~s'.
del plaidant pour Nicole d'Oliva. Nicole &lt;'ta~t
1_. Ga:~lle d'A mste,-dam, 31
mou·c avait paru le 27.
mars 1786. Le mé-

Voilà cc que ;e sau. Et mo11 âme rngt,we
D(m~ _cet /mm/Ac récil se nwntre Loule 1/1/e.
Jl' s1m1 simple, 11a1Ve Et q,ti 8
.
· '
J'lmazs 11uc11.,·
Que I a belle Olwa
,,e dëi-oiler mu yeu.r 1'
2. Çeus-not, 1, 101.
3. Né a Troyes, le 2 déc. ·1770, d,rns la rue /Jei-

,,t , . .

"" Si .,.

L' .llrr.!117(E DU COLZ.1E]t - -...

~ua nd : du fond du Châtelet, où il était
melaucohquement
détenu
d'E't•ienv1e
·11
..
,
_
, B•tte
c
apprit 1e sucees de librairie de ces écrits qui
s~ transformait pour les auteurs en s~ccès
~ ar?ent, car chaque exemplaire se vendait
e vmgt à trente sols, il demanda énergique:~nl ~nà être, ~r ~nfin, lui aussi, il avait
_e me 1e une histoire de diamants. On a
di~fi~e Vergenues et le ministère eussent
pr re..~e pas compliquer l'affaire si compliquée dcJ'i du cardinal, en y ajoutant l'invrai~emblable aventure du bourgeois de Saint. mer ~t d~ son~ ami, le baron de Fages. Mais
tl te_na1t, lm, d'E~ienville, à parler et à écrire,
qu_oi qu on en eut. Et ses !fémoires de pleuvoir .: du .24 février / 786 au !! avr1.1, 1.1 en
pu hl ie troJS coup sur coup Chac f
d
à 1'li'
,
·
un ut ven u
~
l~r~ d ~xemplaires. &lt;I On a beau s'écrier:
mais _d ou vient ce nouveau venu l A ui en
~eut-i_I? d_e quel droit publie-t-il un lléJoire?
e Memo1re
d •. est
• ~ un roman qui •, du mouver~cn 1' ,. e 1 rnteret, du st}le. Tout le monde le
lit et• s mtéresse
pour M· d''"'' t·iem..I 11 e, sans se
. ,
soucier. St c est un personnage réel ou un être
fantastique'. » Ces '"Mémoires étaient signés
de Afe Montigny' avocat mal
famé, observe le Bachaumont
qui n'en. distribuait pas un scui
cxemplaue gratuitement et les
v? nd3 it lui-mème à son domicile, rue, 1e La Harpe, sans pudeur . . D ~,tien ville, qui y exerçait pour la première fois sa
plume, signait : Auctor el
actor.
La belle comtesse deCagliostr_o_cut pour défenseur M' Polve:11,. qui raconta sa vie en un
Memotre phis invraisemblaLle
encore que c, lui de son mari.
"Celte nouvelle fable, dit Beug,~ot, rut aussi son ~uccès. n
Rel_aux de Villette cboisit un
petit avocat bossu, Me JaillantDescharneb ~' f! aussi malin que
le ~om_po~tait sa constitution »,
qui depeignit Villette tel qu'il
étai~ eu effet : caractère faible
el lege1\ dominé 'p:ir ses maîtresses et loujo"urs prêt à leur
rendre les
. services (!u'elles 1Ill.
deman daient sans trop en discerner la portée. Il fut d'ailleurs
de tous les avocats celui qui
remp~rta le plus grand succès
at~ pomt de vue judiciaire. Son
client,. ~oup~ble de faux et de
complicité immédiate dans le
vol :du_ Collier, s'en tira avec
une peme dérisoire.
Puis vinrent les Mémoires du
baron de Fages, de dom Mulot
du. comte de Précourt, l'accu~
satrnn contre d'Étienville et ses
compagnons rédigée au nom des horlogers
Loque et Vaucher. Ce dernier écrit œu
d
!!• D
,
d
,
vre e
uveyr1er, a mirable d'ironie et d'huc/iame1,, mort â Paris Je "lO ·ani·
.
forlunc de 400 000 francs . J 1 . · 1851, laissant uu,
a sa ·1 11 e natale.

?

�ffiSTO'R,.1A

---------------~---------------- ~

lectionneurs, bibliophiles, amateurs de plamour, :rut placé par les critiques à côté des enfin décom·erts et embastillés le 21 mars quettes et d'estampes. On voulait a,-oir tous
1
1786 •
plaidoyers de li' Blondel et de Cagliostro,
/Jlais del'ant la plus grande partie de les mémoires imprimés, brochures, pamParlant de l'un des Mémoires de d'Étienphlets, petits vers et chansons que l'affaire
ville, le libraire Ilardy écrit : « Entre autres ces publications malignes, les etîorls de la faisait naitre au jour le jour. On tira une sétraits lrappanls, on y remarque, à la page 22, police demeuraient impuissants et ses pour- rie de vingt-deux portraits représentant tous
le discours adressé le 16 août 1785 par la suites n'avaient d'autre effet que de piquer la les personnages en jeu. La plupart étaient de
dame de Courville, qui se sauvait de Paris et curiosité publique. Et les nouvellistes de dé- fantaisie. Les premiers qui portèrent le nom
était pour lors à Arras, au sieur d'Étien- ployer leur imagination. Toutes les feuilles de de lime de la Motte n'étaient autres que des
France et d'Europe suffisaient à peine à conville :
portraits de la Présidente de Saint-Vincent,
« M. le cardinal de Rohan a été arrêté tenir leurs inrormations. Que devenait sous tandis que le comte de la Motte était figuré
leur
plume
la
scène
du
Bosquet?
«
En
accorhier à Versailles. Sauvons-nous. L'achat d'un
par le prince de Montbarey. La même image
collier de seize cent mille livres, dont rnus dant ses faveurs au cardinal, la d'Oliva lui servait pour d'ÉtienYille et pour le baron de
avez vu chez moi des parlies, est le nœud de Fai5'ait accroire, les deux tèles sur le mème Fages. C'était la figure d'un sourd-muet
celle affaire. C'est la découverte de cette oreiller, qu'elle était la reine elle-même; de trou\'é en 1775 sur le chemin de réronne, se
intrigue qui causait mes chagrins et mes li, les grandes idées d'ambition du prélat disant comte de Solar. Des colporteurs, cainquiétudes depuis le commencement du qui se flattait de devenir premier ministre'. » melots de ce temps•là, n'en trouvaient pas
mois. Voilà ce qui empêche mon mariage cl Quant au comte de la Moue, on assurait que, moins bon accueil quand ih parcouraient les
forcé par le lord-maire de quitter Londres, il
me perd. »
rues el offraient à la foule, sortant des presses,
Par l'importance que Hardy auache à ce s'élait réfugié à Constantinople, ùÙ il3 s'était encore humides, les plaquettes nouvelles de
fait
circoncire
et
avait
pris
le
turban
• Ajoudétail, on voit combien l'intrigue de la dame
la série du Collier, attirant par leur cri habide Courville, malgré son invraisemblance, tez l'exaltation des esprits en ces années qui tuel : a Voilà du nouveau I Yoilà du nouavait été birn conçue par Jeanne de Valois, et précèdent la Révolution, et vous imaginerez
,·eaui ! »
de quel secours elle lui eût été, si l'arresta- l'agitation qui naquit du procès. Les caricaEnfin, le 16 mai 1786, peu
tion, inattendue pour elle, de
de jours avant le jugement,
Rétaux et de la d'Oliva, n'eût
parut le Mémoire pour le carruiné dans ses mains toute
dinal, par Target. On en avait
possibilité de défense.
dit par avance mille et une
merveilles. L'avocatavaitdonné
lecture de quelques fragments
à ses collègues de l'Académie,
«Voilà du nouveau! Voilà
qui s'en étaient déclarés chardu nouveau! 1)
més. Quand un académicien
lit quelque chose à ses collèL'émotion et l'intérêt progues, ceux.ci s'en déclarent, il
duits par les brochures des avoest vrai, toujours charmés. Des
OtJ,c, ~" ""' ,111 , ,1uv ,:~ j(, J&gt;I ;~ (J);,i, ·1" •;r ""11.L .. ;L,
cats étaient encore sureJ:cités
copies manuscrites en avaient
eAC,,u. Il # ...,,p,.,.
J( ..:',1,.,. .. ,
_ , J (111\1(, 11,tt,,,
, .. -1
·~- ••,
par les libelles et les pamphlets
été tirées, plus ou moins fidèque l'affaire faisait éclore de
&amp;·.-;L ,; ;, ..,_,.,://-.,1, /{~.,.,,"'-.,....vit.,,_,,.;,'
les. Elles se vendirent jusqu'à
toute pari: le Garde du Corps,
trente-six livres chacune par Ch.-Jos. Mayer, les Réau moins soixante-douze francs
flexions de .llolus, le, Obsei·d'aujourd'hui. Et quand l'écrit
vations de l'. T.-anquille par
parut imprimé, ce fut une vraie
Charle,-Louis llù, le Conte
sédition sous les colonnades du
oriental, la Lettre de l'abbé
Palais Soubise où il fut mis en
G... lt la comtesse et la rédistribution. La Ioule, qui se
ponse de la comtesse à l'abbé,
pressait dans la vaste galerie
le Recueil de pièces authenen demi-lune, devint si grande
tiques, la Lettre à l'occasion
11ue le guet ne suffit pas; il
de la détention du cardinal,
fallut la garde à cheval'. Trois
les Mémoires authentiques
éditions parurent le mème
pour Cagliostro, la Dernièl·e
jour, l'une chez le libraire
pièce du Collier; combien
llardouin, au Palais-Royal;
d'autres I Parmi les auteurs de
l'autre chez Claude Simon; la
ces pamphlets, on trouve des
troisième, imprimée chez Lot·
perruquiers, des épiciers, des
lin, était distribuée à l'hôtel
commis de librairies. Toutes
Soubise. Nonobstant cette disles têtes s'en mêlaient. Une
tribution gratuite, le mémoire
imprimerie clande~Line, blottie
fut vendu jusqu'à un écu. On
dans un fond de cour, rue des
en avait dit tant de bien que ce
LETTRE DE CACHET, CONTRESIGNÉE PAR LE BARON DE BRETEUIL,
Fossés-Saint-Bernard, était enfut une désillusion. Sans doute,
1
ORDONNA:-iT L EMBASTILLEYENT DE CAGLIOSTRO.
tièrement occupée à l'impresil était difficile de !aire mieux
sion des plaquettes relatives à
D'après l'original conservd .i la DfNiolhèque de /'Arsenal.
que les mémoires pour Cal'affaire du Collier. Elle était
gliostro el pour la d'Oliva.
dirigée par Louis Dupré, dit
Mais
l'œuYre
de
Target n'est pas sans valeur,
Point, garçon perruquier - Figaro était un tures devinrent si violentes que la police les il s'en faut. De nos jours on a comparé œ
type de l'époque - et Antoine Chambon, com- interdit à leur tour•.
Ces mesures stimulaient l'ardeur des col- morceau d'éloquence judiciaire aux plus belle,
missionnaire en livres. Les deux associés furent
:i. Journal ,le- Hardy, 1786, 1-2 juillet.
3. Journal d&lt;' Hardy, 1786, 20 mars.
t. La /la$lilfe déi•oif,te, Ill, 108.
G. Ibid., 2-l mai; 8acl1aw11ont, XXXI(, f.2.
~- Courrier de l'Ew·ope, l 78!i, 11 a,·ril.
'1. Bachaumo,it, 1785, lü dl'ccmhrc.

...

__________

harangues de Cicéron. C'est lui faire tort. Le
fac_1~~ de Target contient des parties d'une
prcc1s10n et d'une force démonstrati,·e aux-

Marie-Antoi?ett?. à son frère Joseph li', j'ai
bien com~te qu il ne pourrait reparaître à la
cour; mais la procédure, qui durera plu-

1..' ./l'F'FJUR,ë

DU COZ.l.113R, - - ~

plus d'effet que celle de l'assemblée générale
du. dergé, bien qu'elle émanàt d'un seul
rnd1v1du. L'abbé George!, ancien jésuite, était

xxxm

""' 52 .,,..

L'HOTEL llE SOUBISE, PRIS OU CÔTÉ DE LA RUE

qudles n'a jamais atteint l'insupportable ba•~rd _de Tusculum. Peut-être que si Target
n a,?,t pas eu la conviction que, dans une
par~1ll,e cause, il a\'ait le dernir d'écrire un
chef-d œuvre pour la postérité, il en eùl réellement fait un; pour les chefs-d'œuvre il
faut moins de façons.
'
Le peuple chanta :

· - Gravure de RIGAuo.

sieurs mois, pourrait avoir d'autres suites
Elle a commencé par un décret de prise
corps qui le suspend de tous droits, fonctions
de faire aucun acte ci·vi'l JUS.
'à et faculté
.
qu son Jugement. Cagliostro, charlatan,
La Molle, sa femme et une nommée 01·
barb°teuse d_es rues, sont décrétés avec lui;
iva,
11
que e assoc1atio~ pour un grand aumônier
et un Rohan cardrnal ! 1,
Ta,·get, da,is /JM gi-os Alémoire
De ce. jour comwença pour les détenus
A tract la11t bien que mal
'
une captivité rigoureme. Le Parlement rela sotie et fdcheuse /ii,toire
De ce pauvre cardi11al
pous.5a, le 1 7 février 1786, la prétention lorEt sa t:erbeuse éloque,i~e
mulee
par l'assem~lée générale du clergé,
Et &amp;011 froid rai1om1nne11t
sous la prés,dence d Arthur de Dillon, arcbeProuve11t jusqu"à l'évidtllce
l'êque de Narbonne, de faire juger le cardinal
Que c'tlt un grnnd 111noceut.
par_ le, tribunal ecclésiastique. Déjà le roi
Ce lut le mot de la fin, le mot juste sans a_vait repo_ndu précédemment à la letlre que
doute.
'
1assemblee du clergé lui avait adressée le
18 septembre 1785 : " Le cler•é de mon
royaume
doit compter sur ma p;otectioo et
XXXIV
sur ~on_ attention à faire observer les lois
conshtuli\'es des prhilèges que les rois mes
Avant le jugement.
prédécesseurs lui ont accordés. » Et il ne
s'était pas arrêté davantage à ces formalités.
, Le 15 décembre 1785, les simples décrets On ne crut pas devoir tenir plus grand comp le
d &gt;Journement du Parlement pour être ouï
de~ démonstrations du Souverain Pontife,
décernés. con Ire les prisonniers de la Bas~ qui, ~n g~ande colère, avait menacé Rohan
lll!e, avaient été convertis en décrets de prise de lu_1 ret1r.er ~e chapeau, parce que, cardide corps contre le cardinal, la comtesse de la nal, 11 se laissait juger par Je Parlement. On
M,olle et Cagliostro. Ce dernier avait failli, se contenta d'expédier au pape un certain
des ce moment, trouver une majorité en abbé Lemoine, docteur en Sorbonne, qui lui
laveur de son acquittement • Le 19 JanVIer
• .
expliqua cc dont il s'agissait, et le pape se
seu1ement lut prononcé le décret contre déclara sat,slait.
!Ille d'Oliva. Le décret contre Rétaux fut
Une autre manifestation ecclésiastique fit
rendu lors de son entrée à la Bastille. " Dès
du 2f de&lt;'r-mbre l 7M:i, publiée par
le moment où le cardinal a été arrêté, écrit MJ .· e0 larlate
Hochelerw el ,ti&gt; IJcaUl'Ourl, li, 85--86.

cl;

J

..-.- 53.,..

le vicaire gén~ral du cardinal, aussi bien à
Strasbourg qu à la grande aumônerie. li profita de la rédaction d'un mandement " per~elta?t l'u:age des œufs pendant le carème
JU~qu au dimanche des Rameaux », pour y
faire connaître sa manière de voir. Il y compare h_ravement le cardinal à saint Paul
Louis X_VI à ~éron, et se compare lui-mèm;
au disciple _1 imolhée que l'apôtre exhorte à
ne pas rougir de sa captivité :
Je, François George!, docteur en théolo(l'ie etc
env~yé_ vers _voui;, mes très chers frères: c~m~;
le d1sc1pl~ Timothée le. ful a~ peuple, que Paul,
da~s les liens, ne pou,·ait en:-eionrr J·e vou ru~
&lt; '1
t
. d
o ,
s ~ ...
1u J ,·ous es permis e manger du Lcur,·e el des
œufs en ca1·ème.

Mais entendez :
Puisse not~e voi1, aussi éclatante que la fatale
trompett~ q~1 appellera les morts au dernier jugement, umter les accents des envo\'és de 0·
't d" .
•
leUi
quan
: Cl Peuples écoutez
1 ' d• • s isment
·
, c'est o·1eu
m-meme qui ~arle par notre bouche. L'impiété
a rom1m ses digues, elle a inondé la terre t
dans l~s élans de sa fureur, eUe a dit: Je 1
« ter~1 au c~el, j'insullerai au Tout-Puissant!
" mais, ~u sein de la nue sillonnée par les éclairs,
« au ~ru1t de 1~ foudre qui éclatera sur le monde
!( entier, la maJesté de Dieu apt&gt;arailra. d t ,
. .
, u ronr
« 1te 1a,. JU!illce
pour enl ra1•
. d partira la "enueance
c
(t ner 11mp1e
ans l'abime éternel! »

et ~:u:

. Cc qui paraîtra inouï, c'est que cette manière _de permettre l'usage des œuls durant
le carem~ fut affichée par les soins de George}, v1ca1re de la grande aumônerie, aux
portes des chapelles dans tous les chàteaux

�L' Jl1'1'.1111('E

111STO'J{1.Jl
remme, après quelques jours, alla au Palais1Hopl pour y voir, aux étalages des imagistes,
son portrait, autour duquel se groupait la
Ioule. li était aOreux el elle en rit comme
une folle, ce qui la fit reconnaitre. Par des
cris de fèle, ces dames du bel air la saluèrent
respectueusement et les jeunes hommes qui
passaient lui offrirent les fleurs destinées à
leurs amies. Les meilleures maisons se l'arrachèrent. ~fais, tête légère, elle parlait trop.
Elle disait par exemple, à diner, de,ant une
nombreuse assistance, qu'elle s'était toujours
lrès bien portée à la Bastille et n'avait eu qu'à
11
se louer des égards du gouverneur •
Mme de la Tour, sœur du comte de la
Molle, avait éié mise en liberté dès le 7 léuier.
Ces vides lurent en partie comblés, le
12 mai, par la naissance à la Bastille d'un
nouveau petit sujet du roi que mit au monde
la pelile baronne d'Oliva. Baptisé le lendemain
en la paroisse Saint.Paul, il reçut les nom,;
de Jean-Baptiste Toussaint, ,on père, Jeanllaptisle-Eugène Toussai ni de Beausire n'ayant
pas hésité à le reconnaitre.

de l'amuser. Le H lévrier, il fit paraître un
mémoire au sujet de la détention de sa femme,
prisonnière comme lui à la Bastille. • Tant
que le supplianl, dit le mémoire, a pu croire
que les rigueurs d'une longue et cruelle captivité n'avaient point altéré la sanlé de son
épome, il s'est contenté de gémir en silence.
Mais :, présent qu'il n'est plus possible à ceux
&lt;Jui l'cnlourent de lui dissimuler l'élat de
celle malheureuse épouse et le danger qui
menace ses jour~. le suppliant, pénétré de la
plus profonde afOiction, se réfugie dans le
sein des magistrat.; . t' Tout Paris apprend ainsi
que la lie d'un ange était mise en péril par
la Liad1ar·e du pouvoir royal. &lt;1 C'était un
exposé touchanl, dit liard), de l'éiat eriliquc
el dangereux où se trouve aclucllement la
dame de Cag\ioslro, état qui exige le secours
d'un art bienfaisant exercé par son 1uari, qui
avait eu le bonheur d'arracher mille Français
des bras de la mort ; ainsi que du malheur
de celle dame, qui, n"élanl ni décrétée par le
Parlement, ni accusée, était pri,·ée de sa
liberté depuis le 22 ao1'1t. n Au Parlement
l'alarme fut vive. L'auguste lribunal décida
qu'une délégation de magistrats « se retirerait » par devers le roi pour le supplier d'arracher cette délicieuse vidime au sort épouvantable qui la menaçait. Le gouvernement
s'en émut, prit des inlormalions à la Bastille.
Le marquis de Launey répondit que la pri011 sait que le docteur Porto/
sonnière se portait à men·eille et se promenait
Sou• a rrmlu le cardi11al
journellement au haut des tours 4 •
E11 lt bo111Ta11t cle qu111qui11a.
Toul ce bruit eut néanmoins pour résultat
Alleluia!
de hàler la mise en liberté de Mme de CaOlit·a dit qu'il ell di11do11.
gliostro qui sortit de la Bastille le 18 mars.
Lamolle dit qu'il ut fripon,
Elle se rendit à son hôtel, rue Saint-Claude,
f,ui-mtme dü qti'il r.sl btta.
où, durant plus d'une semaine, un registre
Alleluia!
déposé chez le concierge se couvrit de signaI.e Saint-l'ère L"miail rougi,
tures tout le long du jour. « Il n'est pas rare
l,e Roi, la flei11e l'011t noirci,
de
,,oir le soir près de trois cents visites sur
Le Parle111e11t Le bla11chira.
Allduia!
la liste de son portier. » « Il est exactement
de bon ton, disent les nouvellistes, d'amir
.\. !, veille du jour oü le Parlement ,•a
passé à l'hôtel de Caglioslro. n Ceux 1111i
s'assembler, la question, pour l'opinion puavaient l'honneur d'être reçus par la comtesse,
blique, est entre le cardinal el la reine. La
assuraient en sorlanl 11u'elle avait tant pleuré
noblesse de Versailles espère trouYer dans
à la Baslille que ses JOUX en étaient presque
l'acquittement de l'un de ses plus brillanls
usés. lleurcusement, ce ,,ui en restait était
représentants l'humiliation de la someraine.
encore lort présentable et les consolateurs
Parmi le peuple, hrulalement, &lt;c on assurait
lrappèrent en grand nombre à sa porlc, emque Son Éminence persistait à soulcnir que
pressés à lui !aire oublier la douleur que dele lameux collier de diamants avait été bien
,·ait lui causer la captivité de son mari. Les
et dî1menl remis à la reine et demandait
gazetiers assuraient que Cagliostro s'occupait
a,·ec instance à êlre oonfrontée aYec Sa Maà rédiger un place! , encore plus pathélique
jesté'».
que le premier, pour supplier la Cour de
remetlre son épouse en lieu clos. La jeune
XX.XV

du roi, au Lou\'re, aux Tuileries, jusque sur
les portes de la chapelle du palais ,, Versailles 1 .
Une lcltro de cachet signée Breteuil, datée
du 10 mars 1786, enYOja George) passer le
carème plus tranquillemenl à Mortagne, dans
les Vosgrs, non loin de S:iint-lfü'.·. Il} arriva à
l'époque ,,ù le printemps renait, cependant
qu'à la Haslille Rohan commençait de trouver
les murailles nues et tristes, car depuis le
15 décembre où, de prisonnier du roi il était
devenu celui du Parlement, il ne lui était
plus permis de &lt;( tenir ~alon comme à l'hôtel
de Strasbourg Il, de donner des repas de
"ingl couverts, de rédiger ('Il collaboratÎCln
avec l'abbé George) des noies édifianles pour
le Courl'ier de l'Eu,·ope, la Gazette de T,eydr
et le Journal d'Amsterdam. L'arche, èque
de Paris, qui alla \"OÎr Rohan le 5 jamier,
lut lrappé de l'altération de ses traits. «Vous
voiez un homme bien malheureux, lui dit le
cardinal, mais j'espère, avec la grâce de
Dieu, supporlcr paliemmenl les souffrances
jusqu'au boui. » Ses colic1ues néphréliques
l'avaient repris avec plus de violence. Son
esprit s'aigrit alors; il s'imagina qu'on voulait l'empoisonner•. Et le peuple - jusqu'aux
filles joyeuses, assises avec leurs compagnons, les jambes ballantes, au bord des fossés de la Bastille - lui chantait :
1

Madame de Cagliostro en liberté.
Cagliostro continuait d'étonner l'opinion et
l. Journal de Hardy , 1786, 13 mars; /1acha11mont, \\\1 , 20); licorgcl, Il. 192-193.
'l. /Jac/wumo11l, XX\I, 40-il. - Ga~ellt de Uollwulr, 7 fl•vrier l 7~ô. Gazelle de Leyde, 7 février
el 2 i mars 1786.
3. J1JUrna\ de Hardy, tï8ü, 9 mars.
, 4. 1786, 'l.3 fêvr1er. - t Le commissaire Chesnoo, mon-ieur, ,·ieot de mire lllrl nous témoigner
l'inquiélude de nu. du Parlement su r la santé de la
,lame de Ca~IÎO!llro. Yous deve, être pcrsuad1\ mon~ieur, que ~l elle 11·ait eu 11 moindre indisposition
,·ons en auriez été instruit, comme vous a1·ez cou-

turne de l'être de cc qui arrive journellcmf'nl dans le
château. Celle dame n'est point malade. Elle se promt!nc tous les jours et dans ce moment elle est sur
les 1oun. Elle s"esl donnée il y a qni11te jours un
petit elîorl dans le poignet gnuche 1 mais cela ne J'em1)êche eas de s'amuser à travailler. li. Chcsnon a élé
ce matin chercher le médecin du château qu'il u·a p:as
trou~·é. Il lui a Ccrit et dès qu'il sera ,enu je voua
forai pa~r son rapport. , Lcure du marquis de
La'-!ncy, p;ou,·crneur de. la U3~1ill&lt;', au lieutcnonl d~
police. )hnule ~e la m!m 1\e J.auncy, Uibl. de _CAl·•enal, ms. Bashlle, l:fa17, r• 120. Yme rle Cagliostro
était servie i. la Bastille pu sa proprt femme de
chambre, Françoise, qui avait été mise auprès d'elle.
Jlibl. de /'Arsenal, m,. Bastille, 1'li57, t 0 26.
5. La de~11ière tJièce du Collier, p. 'l6, note.
6 .. Les faits de ce .. chapi.tre d'apres une r&lt;'lati11n
offic1elle rn dalf' du JI mai 1786, conse,·vi•e en ma-

XXXVI
L'arrêt' .
Le ~2 mai, le Parlement commença de
siéger pour l'audition des pièces de l'affaire.
La Grand'Chambre et la Tournelle assemblées
comptèrent soixante-quatre juges, ]es coost-illcrs honoraires et les maitres des rrquêles,
qui se trouvaient en droit de siégl'r, s'y étant
rendus. Mais les princes du sang et les pairs
s'étaient récusés.
Le Premier Président du Parlement était
le marquis ~~tienne-Franrois d'Aligre, à ]a
tète de la compagnie depuis 1768. « li était
connu, dit cette maumise langue d'abbé Georgel, par son opulence, son alarice et un talent
tout particulier de faire valoir rapidement
son argent au taux le plus avantageux. 1 1 Il
n'avait aucune des qualités qui fondent les
grands magistrats, dit Bcugnot, il avait plutôt
les déîauls opposés; mais il était d'une singulière dextérité à manier sa compagnie et
s'était jusqu'alors mon Iré lavorable à la Cour;
mais depuis quelque temps celle-ci l'avait indisposé, en sorte que, tout en ne la combattant pas, il laissa l'opposilion se former. •
Le marquis d'Aligre était très lié aYec
Mercy-Argenteau et lui fournit au cours des
débats les notes les plus curieuses sur la disnuscrit aux Àl'clifres nalimuile1, et une autre de
m~me date conservée aux Ardt. dea Aff. étP"a11g.; les • résum~s • et réquisitions contenu:. dans le ms.
Joly de Fleury 2089 rle la Bibl. ,iat.; - les notes
mss du clo~sier Target, llibl. v. de Paria, ré5er\'C; le Compte rendit tle et qui a'elll paué au Pa1·lr-

me11l relatirement à l'aQafre de JI . le cardinal Jr
/lnha11, Paris, 1786, petit in-8 de 15'i el 31 p.; la relalion de Mercier de Saint-Léger, dans Sourwin
el Atémoirts, sept. 1898, p. 1!l3-201; - les noll.'~
cn\·o)·tics au prince de Kaunitz par le comte de MncyArgenteau qua les tenait du Premier President d'Aligre,
dans le recueil Arneth-Flammermont; - les Corre,po11dm1ee, du agc11U diplomatique, ttrangers e//
Fra11ce at•(Ull la Rél'Ol1ttio11, publ. par J. ~~lammrrmonl (Paris. 1800); - les Lettres de Mme de Sabran,
les Jl!moirr, de llmt• Campan. le Journal de Hardy,
la Ga::.elle de Leyde et lè llac/wumo11l.

DU COI.L1'E1( - -..

position des esprits. \'oici quelle étail l'opi- semenl à perpétuité, qui emporte mort civile frauduleusement falsifiée: il réclama contrp
nion générale, ,, la veille du jour où les accu- el ~ntrainerait la ,·acance des bénéfices consis• I~- comte de la Molle, conlumace, et contre
tor1aux dont le cardinal est pourrn 1. u
sés parurent dC\•ant le Pilrlemeot :
V,llelle, la peine des galères à perpétuit,,:
Pour_ comprendre Je jugement qui va être contre la comlesse de la Molle la peine du
c&lt; Dans le cours de l'inslruction et lant
qu'il n'y a eu d'accusés que le cardinal de rendu, 11 faut se rappeler qu'il l' avait en ce ~ouet, la marque au fer brûlant sur les
Rohan et la dame de la Molle, son mari contu- temps une nuance dans l'acquitlemenl. La e~~ules et la détenlion perpétuelle à la Salpèmace, la demoiselle d'Oliva et le sieur Ca- « décharge d'accusalion • proclamait la com- t:1ere; qu~nt au cardinal, l'organe du minisglioslro, on a pu et on a dù croire que li. le plète _innocence de l'accusé, c'élait la pleine ler_e _publw conclut que, dans le délai de
cardinal rnrait condamné :l une peine arnic- réhab1htat1on après les griels qui avaient éi, hutl Jour_s, tl ,e rendit à la Grand'Chambre
tl\·e el infamanle. L'auteur du faux était formulés. Le « hors de Cour 1&gt; au conlrairee pour )' _decla~er ~ haute voix que, téméraireincertain: le marché, revètu d'approu,·és et prorlamait qu'il n·y avait pas eu assèz d; ment, il a,,ait 3JOUlé foi au rendez-vous du
de signatures [aux, est écrit de la main du preu:es pour a~sC'oir une accusation. Cette Bosquel, tJu'il avait contribué à induire en
solution cooser,·ail tjuelt1ue chose de fàcheux erreur les marc::hands en leur laissant croire
cardinal; il l'a rait exhibé aux joailliers el
sur la foi que le marché était revêlu d'ap'. pour l'accusé et faisait considérer que rnn que la reine avait connaissance du marché
prom·és el de signatures vrais, le Collier lui honneur n'élait plus intact.
déclaràl qu'il s'en repenlait el demandai(
avait été livré; enfin le cardinal se trouvait
pardon au roi et à la~reine; qu'il [ùt en ou~re
~
saisi du corps du délit. La déposilion de Basco_ndamné~ à se démettre de ses charges, à
La lecture des pièces ayant été lerminée le [~1re _au.moue aux pam,res, à se tenir toute sa
!-enge établissait que le cardinal arnil toujours parlé et écrit comme apnt une mission ~9 mai, le Parlement s'assembla le 50 pour ,1e elo1g~é d~ résidences royales, enfin à
directe de la reine. On avait au procès un 1aud1t10n des aèCusés. Dans la nuit du 29 ga rder prison JUS/lu'a l'exéculion de l'arril.
billet dicté par le cardinal, duquel il résulte au 50 ceux-ci avaient été lransîérés do la
Le procur~ur disait dans son réqui~itoirc1:
qu'au moment où il n'a pu se dis~imuler la Baslllle à la Conciergerie. Les lonclions de
c1 Le ~rd_mal am•gue ce qui s·e~l passé
fausseté des approuvés et de la signalure, el procureur général étaient remplies par Joly dans _le prd,~ de_ Ver.sailles comme pouvant
que les payemenl_s ne s'elîecluaient pas, il d_e Fleury. li donn1 leclure de ses eonclu- favoriser son 1llus10n. Mais pouvait-il se peravait conçu le proJel de substiluer le sieur de s1ons .
mettre de croire à un rendt·Z•\·ous noc111rue
Sainte-James aux joailliers et de le déterminer
Jol~ de Fle~ry demanda que la pièce signée faux e_l ~upposé sur la terrasse de Versailles,
à se charger du payement du Collier en • lfarie-Anlomelte da France » lùt déclarée pouva1HI s~ permetlre de s'y rendre et, en
se flallant d'obienir la protec-----:-------::------------~ senv~rs
Y rendant, n'a-t-11 pas commis
tion de la reine. Cet écrit et les
la reine une offense la plus
1
conséquences qui en résultent
pumssable?
s'accordent parl'ailcment avec la
« Le cardinal, à l'insu de la
déposilion du sieur Sainle-Jareine el sans s'être assuré par luimème des intenlions du roi et de
mes.
• Tant que le procès est reslé
la reine, a entamé et suivi uue
en cet éiat, la délense de M. le
négociation el a comommJ avpc
cardinal ne pouvait l'excuser. Inull'sdits joaillin:- le marchl:' pour le
tilement alléguait-il l'erreur et la
collier de brillanls.
séduction. On lui répondait : l'er« Or, peul-on ,oir saris unP
reur est invraisemblable, d'ailleurs
ju~te indignation qu'un dPs prt·elle n'est pas prouvée; la dame de
mu•rs officiers dn roi, érral, m nt
la Motte vous dément; la scène de
d,~tingué par sa nais!-anC: comme
1 par ses digni1és, ait osé empruuler
la terrasse (lise: du Bosquel ) e,t
fabuleuse; elle est allcstée par la
un no~ aussi auguste que cdui
demoiselle Oliva, mais son témoidl! ,l_a r:rne et porlé la 1ém~ri1é jns~nage est aussi suspect que Je vôtre.
qu a ,wle_r à la fois le r€$-µect dû
Mais, depuis que le sieur Villelle
a la !l"J•slé rople et aux perest arrêlé, il est const.rnt: t qu'il
sonnes sacrées du roi et de la
reine?
est l'auteur du faux; - 2° que la
scène de la demoiselle d'Oliva est
« Cette témérité d'oser ainsi
vraie; - 3° que, pour séduire le
manquer de re~tect aux personnes
cardinal, il a écril, sous la dictée
sacrées du roi et de la reine n'cstde la dame la Molle, différenles
tlle pa_s un crime qui exige k·s
lettres qu'elle a enrorées au car•
réparal1ons les plus authentiques
et les plus solennelles; mais il faut
dinal comme écrites par la reine.
&lt;&lt; Dès ce moment, la séduction
e_n même temps que ces réparaalléguée par le cardinal peut pations soient diêncs de la majesté
raitre établie. S'il a éié séduit, ,on
roi ale.
délit n'est plus un faux, c'est une
.« Et n·~!!il-ce pas un des preoffense, un manque de respect aux
miers de.vo1r.s du procureur généDE. 101.s.-;.1,J.r-: 1,i,, ,,li,; r r,'ct,
ral du ro, de les requérir pour une
personnes sacrées du roi et de la
offense aussi criminelJe, et surtout
reine, un abus monstrueux du nom
de la reine el d'une signalure fausse
qu_and elle _a été commise par un
'JUÏl a atle,lée véritable.
fiUJel plus clevé par sa naissance
a Ces considérations font penser
et par _sa di?nité et plus encore
qu'il est impossible d'aller jusqu'au
quand tl a I honneur d'èlre allan·aprl!!i un ponr3it publie â. l'occasion de rAffairc du Collier.
blâme, et encore moins au banniscbé au srnice du roi dans une
0

, I ._ On lira p!us loin le , résnmé I du Président
d Aligre,. pub. d apr1•s lrs mss. Joly de Fleury 2080'lll89 {B16l. tial.). Ces mss contiennent d'autres• re-

sumCs •. encore, enlre aulrc&gt;s cem du substitu1 J.aurencel; ils onl l1 l'aleur d"opioion, personnelles. Cc&gt;ux
de Laurence! ne sont pas d'une impartialilè allsolue,

..- 55 ....

il ':use. de eon entier dél-ouement à Marir--Anlointlle
- · B,~l. 1.1ot., ms. Joly de fleur,· HFO f" '8-"'.t

Reproduit c1-de~S-OUS par eilrails. ·'

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�111ST01{1.Jl
des premières places près de sa personne 1 n
Joly de Fleury avait rédigé ses conclusions
contrairement à l'avis de l'avocat général
Séguier auqm l l'usage lui avait commandé
de les soumettre. A peine eut-il terminé que
Séguicr se leva. Ce fut une scène dont la
violence fit voir dès l'abord où les passions
étaient montées. Séguier émit l'opinion d'acquitter purement et simplement le cardinal.
Et s'adressant à Joly de Fleury :
« Prêt à descendre au tombeau, vous voulez couvrir vos cendres d'ignominie et la faire
partager aux magistrats 1
- Votre colère, monsieur, ne me surprend point, répond le procureur général. 1..;n
homme mué au libertinage comme vous, devait nécessairement défendre la cause du cardinal.
- Je vois quelques fois des filles, réplique
Séguicr. Je laisse même mon carrosse à leurs
porte.-:. C'est affaire privée. Mais on ne m'a
jamais vu vendre bassement mon opinion à la
fortune. &gt;J Séguier faisait entendre que Fleury
s'était ,·endu à la Cour.
Le procureur général était interloqué el
demeura bouche bée.
Rétaux de Villette ouvrit la série des interrogatoires. Il parut vêtu en habit de soie
noire. Très franchement, il fit l'aveu de la
part qu'il avait prise aux intrigues de Mme de
la llolte. C'est lui qui avait tracé les mots
&lt;&lt; 11/arie-.!ntoinette de France &gt;&gt; au bas du
fameux contral. Mais il argua de sa bonne
foi. En écrivant ces mots, dit-il, il ne croyait
pas conlrefairè la signature de la reine qui,
en effet, ue signait pas ainsi. &lt;&lt; Cet homme,
qui est très vif, prévenait même les questions
a,aul qu'elles fussent a1.:he\'ées, avec l'air et
le ton de la plus grande exactitude. 11
A Rétaux d&lt; \'illette succéda la comtesse
de la Molle. Elle avait un chapeau noir, garni
de « blondes &gt;1 noires et de rubans à nœud;
une robe et un jupon de satin gris bleuâtre,
bordés de velours noir; une ceinture de velours noir garnie de perles d'acier, et, sur
les épaules, un mantelet de mous~eline brodée, chevillée de malines. Elle regarda l'assemblée d'un œil hautain. Ses lèvres avaient
un sourire dur. Quand elle aperçut la sellette,
siège d'ignominie, où les sergents lui dirent
qu'elle devait s'asseoir, elle eut un mouvement de recul et la rougeur lui monta au
front; mais bientôt elle s'y lut arrangée a1ec
tant de ~ràce, ordonnanl les plis de sa robe,
qu'il semblait qu'elle lùt dans un salon, agréa•

blement assise en une bergère. Elle parla
d'une voix nette, sè.;be, précise : les phrases
semblaient découpées au couteau. Elle commença par déclarer qu'elle allait confondre
un grand fripon. Il s'agissait du cardinal.
Elle étonna par sa présence d'esprit. Interrogée par un conseiller clèrc qu'elle avait
appris ne lui être pas favorable, elle déclara :
&lt;( Voilà une demande bien insidieuse. Je vous
connais, monsieur l'abbé. Je m'attendais que
vous me la feriez. Je vais y répondre. u &lt;1 La
femme La Motle, note l'un des assistants, a
paru avec un ton d'assurance et d'intrépidité,
arnc l'œil et la contenance d'une méchante
femme que rien n'étonne; mais elle s'est fait
écouter parce qu'elle parle sans l'air d'embarras. Elle s'attachait plus aux probabilités
qu'aux faits et surtout à l'impossibilité qui
est au procès de montrer drs lettres, des
écrits et toutes les preuves matérielles qu"on
désirerait y voir. Je ne crois pas que cette
femme, qui a de la tournure, des grâces et de
)'élévation, ait pu intéresser personne, parce
que son procès est trop clair. » Subitement
Jeanne changea de manière : à une question
relative à une prétendue lettre de la reine au
cardinal, elle répondit qu'elle garderait le
silence pour ne pas offenser la reine.
" On ne peul offenser Leurs Majestés, objecta le président, et vous devez toute lavérité à la justice. »
Alors elle dit que la lettre en question
commençait par ces mots : &lt;( Je t'envoie )l,
ajoutant que le cardinal lui en avait montré
plus de deux cents à lui écrites par la reine,
où elle le tutoyait, et dont plusieurs donnaient des rendez-vous où, à la plupart des
guets, la reine et Rohan se seraient effecti,,ement rencontrés.
Ce fut, à ces mots, parmi les magistrats,
presque une clameur. Quoique la plupart des
juges lussent « de l'oppo.,ition ", de tels propos révoltaient leur conscience d'hommes et
de citoyens. Et c'est à peine s'ils purent retenir leur indignation quand la comtesse leur
fit en se retirant une succession de révérences, avec des sourires provocants et railleurs.
A peine fut-elle sortie qu'on enleva la sellette. Le cardinal fut introduit. Il était vêtu
d"u11e longue robe violette, le deuil des cardinaux : calotte rouge sur les cheveux gris,
bas et talons rouges, et un petit manteau de
drap violet doublé de satin rouge; la moire
bleue du cordon du Saint-Esprit et la croix

épiscopale à une chaine d'or. Il était très
pàle, très fatigué, très ému; ses paupières
pesaient lourdement sur les yeux d'un bleu
éteint. Ses jambes fléchissaient et des larmes
mouillaient ses joues. Plusieurs conseillers
t! voyant son extérieur souffrant et altéré n
proposèrent : « M. le cardinal parait se trouver mal, il faut le faire asseoir. ll Et le Premier Président le fit asseoir à l'uue des extrémités du banc oit se plaçaient messieurs des
Enquêtes quand ils venaient siéger. Son interrogatoire dura plus de deux heures. " Il
parla, dit Mercier de Saint-Léger, avec beaucoup de gràce et de force. Il li imposait par
sa physionomie et son ton de noblesse, il
intéressait « par son air de candeur » et son
&lt;l COl!,rage modeste 1. En se retirant, il salua
la Cour. Son expression était indéfinissable
de lassitude et de tristesse. Tous les magistrats lui rendirent son salut. «Legrand banc
même se leva, ce qui est une distinction
marquée. Il
Les juges étaient encore tout impressionnés
de cette comparution émouvante, quand lut
appelée Nicole d'Oliva. Mais l'huissier revint
seul : l'accusée donnait le sdn à son nouveau•
né. Elle priait humblement Noi Seigneurs du
Parlement de vouloir bien patienter quelques
minutes, que son fils eût terminé son repas.
&lt;t La loi se tut devant la nature», disent les
procès-verbaux. Les Grand'Chambre et Tournelle s'empressèrent de répondre qu'elles
accordaient à la jeune mère tout le temps
qu'elle jugerait nécessaire. Enfin elle entra.
Le désordre de sa parure toute simple, ses
longs cheveux cbàtains s'échappant d'un petit
bonnet rond, et ses larmes, son trouble, son
abandon, rehaussaient sa grài:e et sa beauté.
M. de Bertignières, qui avait une galerie de
tableaux, pensait à la Cruche cassée, de
Greuze, exposée à l'un des derniers Salons,
et l'abbé Sabatier, son voisin, à qui il en fit
la remarque, fut aussitôt de son avis. Aussi,
à peine la belle enfant sembla-t-elle devoir
se trouver mal, que déjà la plupart des membres de l'austère tribunal étaient debout pour
la recevoir. Il lui fut, d'ailleurs, impossiLle
de prononcer une seule parole en réponse aux
questions qui lui furent posées : les sanglots
s'étouffaient dans sa gorge. Il y en avait là
plus qu'il n'en fallait pour convaincre surabondamment les magistrats de son innocence.
Elle se leva pour se retirer « et fut accompagnée, dit Mercier de Saint-Léger, des marques de l'intérêt le plus vil 11.

(A suivre.)

FRANTZ FUNCK-BRENTANO.

Docteur MAX BILLARD

+

Le bras de Charlemagne
Le 26 aoùt 1804, du rivage de Boulo•ne
où il menaçait l'Angleterre avec ses chaloup~s,
Napoléon s'acheminait vers les départements
du Rhin: il visitait Valenciennes, Mons.Arras,
où le préfet, le baron de la Chaize •, ne
craignait pas de terminer sa har:moue
0
au fondateur de la nouvelle di-nastie par 1
cet élan de lyrisme: Dieu créa Bonaparte
et se reposa 2 •
. L'Empereur arrÎ\'ait le 5 septembre à
Aix la-Chapelle, où il était salué par les
plus unanimes acclamations. Dans cette
antique résidence du premier empereur
des Français, le nouveau souverain allait
s'appliqu&lt;r à réveiller les souvenirs de
Charlemagne.
Le 8 septembre, Napoléon visitait la
splendide cathédrale de la ville, se faisait
montrer l'emplacement de la sépulture du
grand homme du Moyen âge et, avec plus
de curiosité encore, les reliques de son
illustre prédécesseur'.

+
On sait qu'en l'an 1000, en cette année
mystérieuse du Mo1·en âge où tous les
peuples croyaient que le monde allait
finir, Othon Ill, l'ami des arts, l'imitateur de Byzance, fit ouvrir le caveau où
depuis cent quatre-vingt-six ans, dormai;
Charlemagne•.
On défonça l'entrée du souterrain sur
laquelle était gravée cette inscription:
St:u

HOC COXDITORJO SJTUY EST

CORPUS KAROLI MAGXI ATQUE
ÛIITIIODOXI

IMPl:rn.uoms,

QUI

DF:n:~s1T $EPrtAGr..un1rs A:uo

deur véritablement plus saisissante. Le caveau éventr~~ à la_ lue~r des lampes, un spec~a~Ie, dont l 1magrnat1on ne peut se faire une
1dee, frappa les yeux d'Othon. Il aperçut le
Jamais scène n'eut un caractère de "ra no
cadavre des~éché du grand Empereur G assis
~----.,---------------, sur un siège de marbre, rerêtu des ornements et des insigues impériaux, un sceptre entre ses mains couvertes de gants
&lt;( qu: ses on~les avaie n~t percés en poussant '' , le livre de l Evangile ouvert sur
les ~enoux et &lt;c une chaine d'or en forme
de diadème sur le crâne 11.
Olhon, stupéfié, oontempla silencieusement. le sp~ctre, dressé devant lui, du
g~erner pmssant qui avait été maitre de
la F~an"';, de I' ~llemagne, des trois quarts
de. 1ltahe ~t d une partie de l'Espagne, et
~m s_
embla1t encore assis sur le trône de
1Occident. Grâces lui soient rendues il
n'eut pas la coupable pensée de dépo~iller ~e caveau de ses saintes reliques. Après
avoir contemplé quelques instants le corps
desséché du vieux monarque dont le souve?ir inspirait encore tout un peuple de
poetes, les troubadours, les trouvères et
~ous !es vagabonds mélodieux du lfoyen
age, tl le fit couvrir d'un suaire blanc
coupa ses ongles, et laissa tout en ordr;
autour de lui. Rien dans les membres du
m?rl n'annonçait la corruption; l'extrémité seulement du nez s"était un peu
amoindrie. Mais l'empereur fit, à l'instant,
rem_pla~r par de l'or la partie qui man9ua1t; 11 enleva une dent :au cadavre, et
il lit combler la brèche du souterrain,.
An 1'"C\Rx.,no:--;E Dom:-,;1 814, J'iDICTIO'"E SEPrrn, 5° K \L. FEBRIJARu.ss.

0

REG:'iUY

FR.L\COI\Ull SOBILITER AllPLl.\\lT,
Er l'EI\ A:-i.'\OS 47 FELICITER llEXIT.

CHARLEMAGNE.

Statuette en bron::e. (Musée Carnavaltl.)

1. le baro~n de _la Çhaize, né à ~utun en ·I 7,H et
mort en 182.:,, qui mit autant d'cmprcssPmcnl il dépo;;cr ses hommages aux pieds de touis XVIII qu'il
en avait mis à célébrer !'Empereur.
2. Rappelons qu'un plaisant ajouta a Ja phrase si

pompeusement illudali\·e :
.llaia, pou,· Ure plu, à 1011 ais.,
•
_Auparavant /U la chaise.
'
J,. 11 Au::-la-Chapclle, 21 fructidol'. - Un Te Ueum
a !le ch~olé _daus la cathédrale co présence de Sa
l.laJesté, a qu, le clergé a présenté les reliques de
Ch~rlem~gne et les différentes reliques dont cette
égl1re a eté nouvellement mise eo possession. 11 Moni•
leur du jeudi 20 frucLidor an 12 de la République
(13 septembre 1804; ,
. ~- L'empereu~ Othon était accompagné, dans celle
v1!1te, de deu.x f,v~ques el du comte Othon qui a Juimcme raconte l cvcnement.
5., Celte _épitaphe subsistait encore à la fin du dixsepl1ème siècle. • G'est la première épitaphe que
nous tr~uvons de nos rois. 11 )l.uutLOx. Dtscouri sur
les a11c,e1mes sépultiwes de 110s rois.
Au centre ,de J'oct~goue de la cathédrale, l'inscripl\on : Caroli b!agni, placée au comrnencemenl du
1
s, ède, passe pour mar:quer la place de la sépulture de
Charlemagne. ~n réalité, par suite des rrsl:rnraûons
des rccoostruct1005 et des addilions de tous les siècles'

if

'

on ignore où cette S~Jlllllure se trou,·ait exactement.
6. • ~e c~rps: é~r•l un témoiu oculaire, Je chroniqu~ur Nornhs, et:111 placé llans une sorte de cellule
~hde~c!1t b~ti.e en cl.taux el en marbre, que nou~
a,ons_et~ obliges de briser pour pé11étrer jusqu'à lui;
el, c_lcs que nous nou:; sommes approchés, nous n,·ons
senl1 une trCs forte odeur. ,
7• Observation purement légendai1·e. Les ongles,
pas _plus (1ue la barbe et les cl1e,·cux, ne µoussenl
api·es la morl. « li tombe sous le bon ~ens. écrit Je
docteur Le Double qui s'est occupe de la queslion
q~e les élémeuts anatomiques 11e peul'ent guére sur:
vivre, les uns 11ux autres. Pour ma part. 1I m'a été
~onnc _de__ conserver, pendant près d'une année à
1 ampluLhealre de l'Ec..Je de ~l~decine de Paris d~ux
cad~vres d'ho~nmf'~ _adultes rlont l'un s'était m'omifiè
cl I autre. avait élc mjecLC au sublimé et badigeonné
!ou_s l~s .J~Urs _avec u11e solulion phéniquée forte ....
el 1e na ; Jamais ohsené, sur aucun d'eux 1 le moindre
allon~ernent ~c~ JXlÎls et des ongles. » Chro11ique
Jffd1cale,_I ~• JUlliel 1001 , p. 420.
8. _Cc :ec1t de '.'l"o,·alis n'a jamais 4'ê contesté par
l~s lu_storie(IS cl ne µouvail l'être. Voici la description,
d aprcs Eginhard el le moine d'A1woulême de la
I
JXlmµe funèbre de t.:harlemagne. , So~1 corps solennellement lavé et embaumé, fut inhumé le jou; mème
de sa mort dans la basilique qu'il a,·ait fondée à Aix,

En 1165, un prince resté célèbre dans
les légendes germaniques, Frédéric Barberousse, eut, à son tour' la curiosité de
en l'.ho~neur de N_.~S. J.,-C. et de sa sainte mère et
o~ l assit sur un sicge d or, sous la ,·oùte du cav~au
sepulcral, a~ec une éuée à son eôté dont t
•
t I
·
"
·
•
e pomme~cau 7 a, g11rmturc du fourreau élaient d'or un
Evangile d or dans ses mains et sur ses genou~ 1
tête liaute ceinte d'un diadt'&gt;mè d'or dao, leq I é't .•
inse· · d 00 · d 1
•
uc
ait
re u . IS e a Saiute Croix. On remplit son
sépulcre d ar?mat~s, de baume, de musc et d'une
grande_ quan_llté d or; on revêtit son cor de \·ête
menh impériaux, on cou,·rit ~a· race d'un ps ,
•
le diad · m
suaire sous
c e, on posa sur sa chair Je cilice qu'il avait
c?utume de _porter, et par-dessus ses vètements im ér(•ux, o~. lm J.!lSSa la besace dorée (insigne des 6fc
rrns) qu 11 ara1t cou_tume de porter lorsqu'il al!~it
Romf::, On posa aussi dennt lm un sceptre d'or t
bouclier d'or béni par le pape Léon. u·
/ un
et on scella son sépulcre. et 1'011 e',P,g is on dcrma
d d é
'
ea au- essus
Ën7 hr~ e Or e a_ve~ celle inscr iptiou rapJXlrlée par
~grn ar , ~n secret-me: • Smu u tombeau Il ,.
corps de 6.arle, grand el orthot.lnxe Em
g ~
accrut glorieu,ement le t·oyaume d .., npereur, qu,
,
1
...
Francs et le
go1111e111a
,1~ureusemenl pendant 47 1111é
L
mourut le cmq des Kale11des de /éin·e~ 2
J

i

8'·.

1, ;anvier) de L'a11nie RU dans la soixante J
née d
·
E'
-uou'.;1e11ie a11e sa 1:u: J Gt:i"HARD. Yita Karoli N
·
Mo)IACII EsooL1S.VL'\s1s. llistoire de, C
agm.
µ. IM6.
auI es, t. V,

�• - fflSTO'R,.1.Jl

menl de Proserpine\!);

RELIQUAIRF.

il s'empara de son épée
et de son diadème; et
le siège de marbre, sur lequel l'homme des
épopées du Moyen àge était reste assis plus
de trois cPnl cinquante ans, fut remonté dans
l'église oll il ser\'Îl dès lors aux couronnements des empereurs 1 •
C'est en 1215 que Frédéric li, empereur
d'Allemagne et roi de Jérusalem, exhuma de
nouveau les restes disloqués du grand Empereur, pour leur rendre les honneurs dus aux
reliques des saints 1 et les recueillir dans une
châsse d'or et d'argent, chel-d'œuvre d'orfèvrerie, conservée aujourd'hui dans une chapelle de la cathédrale•.
Ce lurent donc seulement ces reliques que
put contempler Napoléon lorsr1u'il vint !aire
rclentir l'anlique basilique du bruit de ses
éperons roluriers; et il est permis de penser
que l'âme de l'empereur n'eut pa, lieu d'ètre

nu

t. On le mit aujourd'\mi dans la galerie su1lé•
rieure de l'êglise llochmunsler:.
li semble n•sullcr de cerlains documt•nl.Ji que rréJ,:_
rie Barberousse dut dct:icher le bras droil dn squr,lelle du \ici! empereur, pour le déposer, comm1~
somernr ile !3. visilc, dons un reliq11:airc fabriqué sur
mn ordre.
'.!. • l,'1 mpereur Fredcric BuberousS(' unit foil
canoni~er t:h,rlem1gnè 1 le 29 décemhre I tlij, par
l'anlipape Pa,chal Ill, et le roi Louis XI avnil urd,mni!, eu Bi 5, ,l'en cl!lé.hrl!r li, r,,ll' I&lt;' 28 janl'Î&lt;'r. •
G,11.L\IIO, Jl111loire ,le Charlemagne, l'aris, li72.
I.Tuive&gt;rsité de Paris le choisit pour son patron,
en 16ül.
;'.;. Celte chàs.e se lrouvr, depuis 187:;, clans la chapelle Saint-Charles, construite au commencemC'nt tlu
t t\" :1it'-dc.'
i. L1 mtlgnifi JUC cl1à:iSC clcs quati·e gran les relic1ues,
du slyle roman tertiaire, date de 1220.
~,. L'espos1lio:1 de cr.s nombreu~e.i reli1ur.~ se foiL
tom lc.i sept ans, rn juillet, et allire un gram! nombre
dè pèlerins.
6. Ce reliquaire qui représcnle le!'i images de, ancêtre~ de t'rêJéric Barberousse; lïm1H!ratrice, s.,
rcmme; lui-même élu empereur en 1 t:d, ain~i que
Fr1!1lèric, duc de SoJabc, fut fabriqué par ordre lfo
ceL empereur après l'ouverture Liu lombeau de Charlemagne. Comme Frédèric y est qualifié 11'rmpcrcur
d&lt;'s llomains, 11 J a lieu de reporter celle f1tbr1c1tio11
entre les années l 1â;) cl 1100. - \"t,ir .\ofice de,
Emaux cl de lOr(èt•rerie clu Minée d" J.ouvve, par
A. O:trcd, Paris, 1891, p. i-61.
7. Il. llou:i:i&amp;îe, 181:&gt;. /.,11 lfeco11de a(Jdic:zfio11.
Pcrrîn. Paris. 1:10:;, p. f&gt;j~.
8. Canova vint lout nprès i Paris prendrt• livraison
dè la T1·a1M/i_guration et de l'Apf1110ll tlu /Jtfoédh-e.
Il se tlonnail comme amb;a~dcur. , Emballeur!
1

bras droit de !'Empereur d'Occident, 11u'il fit
déposer au )!usée du Lou1re.
Les rénérables ossements restèrent là exposés, pendant plus de dix ans, dans le beau
coffret à arcature émaillée, un chef-d'œuvrc
d'orfèvrerie du rn·· siècle•, dans lequel !'Empereur avait rapporté sa
précieuse relique.
En 181 ;), aprè.'i ,·ingtcinq ans de combats, le
Lruit des armes cessait
d'un bout i1 l'autre de
l'Europe, Xapoléon,
quittant le sol où il
avait ,·ersé autant de
fléaux que de gloire, se
livrait à s,s vainqueurs,
et Jcs Alliés entraient
au Louvre.
L'heure des reprét;licht GirauJon.
sailles el des exactions
BRAS DE CUARLE~AGSE. - (Musée du Lmn-re, Galerie d'Apollon.)
élait venue, el, dès le
lendemain de son entrée
1·oyées en présent à Charlemagne par l'impé- à Paris, Blücher, dans l'insolence de la forratrice Irène : la robe de la Vierge, les langes tune, faisait sommation à Denon, directeur
de Jésus-Christ, le lineeul ensanglanté dans des Musées, de liuer tous les objets d'art
lc,Juel lut em'eloppé le corps de saint Jean- ayant appartenu à son pays, sous peine d'être
Baptiste, et le linge qui fut mis autour des arrl!té dans les vingt-quatre heures pour être
conduit dans la forteresse de Graunderitz;
reins de Jèsus-Cbrist sur la croix'.
Enfin, on fit contempler à !'Empereur les el, de fait, &lt;1 une vingtaine de tableaux el de
autres richesses du trésor: un buste de Char- bus!es lurent aussitôt emballés et expédiés
l('m:igne en or et en émai!, la croix dont Lo- en Prusse" ».
His en goùt, les Autrichiens, le roi des
thaire fit présent au fils de Pépin le Bref, et
le cor du vieil empereur, ouvrage en irnire Pays-0as, les petits souverains d'Allemagne
qui prm·iendrait de l'une des défenses de et d'ltali&lt;', le Saint-Siège lui-mème se présenl:iicnl à la curée el faisaient leurs récla~
l'éléphant offert par le rai ile de D,gdad '.
l'n fait certain, c·esl que Napoléon voulut mations 8. En vain, Denon se mit aux pieds du
emporter un sournnir de sa visite aux rcli1p1rs roi, supplia li. dcTalleirand. Et que pouvaient
de son illuslre prédécesseur, et il ne trou,,1 Louis XVlll et le prince de Bénévent contre
rien de mieux que d'enlever un précieux le gom·crneur de Paris, Wdlington, devenn
reliquaire contenant le ~quclellc entier du diclateur au Louvre?« 11 !allait, dit-il, don1wr aux Français une leçon de morale. »
\'OU lez-vous dire D, lui répliqua Tallcyr1rnrl. Le même,
Toujours est-il qu'au mois de seplembx. dt., p. â.39.
bre 181:,, les Alliés, pour nuus apprendre la
9. 11 y a lieu de foire ob&gt;N\'Cl' qu'&lt;'n fniL lt• liras
dt• (.;harlcmagne n'nait pa, élt... i. proprement parlt•r,
morale, nous volèrent la pins grande partie
enlc,~ par '.\apoléuu. mlii'i offert à l'empereur par les
de nos chefs-d'œuue. On amoncela les starhanomrs cle la basilique. F,t pour ce qui concerne les
obJrts d'art, statues el lahlcau,. , un tiers peut-Nre
tues, les toiles des grands maitres, les bijoux,
av.iiL t'Lé réqu_isilîonné: mais le re~tc ~vail ét~ cède
lt's pierres précieuses 9• Il en parlit des charpar de) traites de pai:s: ou transporte i Paris. par
~n&lt;'~ure mlmini~lralive à l'l'poque oû les pays à qui
retées; et pendant qu'on y était, les soldats dt!
ils appartenaient faisaienl partie de l'Empirt~ franDliioher et de Mülning mirent paisiblement
rai,. • I.e même, foc. cil., p. â30, note 1.
au nombre de leurs re,·endications le sque10. Charlemagne ayant élC canonise par l'antipap&lt;'
ra,-chal Ill, C'! ~ dét_l'l'l n'ayant pas éte conlreilil par
lelle
éburné du bras droit du vieil empereur,
16 p,pC's lég1t1me,, 11 y n heu cfo se demander si le
et ils crurent faire acte de délicatesse et de
gra.nd Empereur peut èlre considl't'è comme un
.~allll.
désintéressement en nous laissaol le coffret
11 ~sL hors de doute que l'Église a. lie longue date,
vid(} de son importante et curieuse relique.
autorisé le culte de Charlemagne dans un certain
ll?'!lbre de dioeèsc.:i. Aujourd'hui e11co1·e, lo. fèle du
Et c'est ainsi que ce coffret, dit Reliquaire
nc1l empereur d'Occidenl est célébrée dans maints
du
bras de Cha,-femagne, figure encore aulliocèse~ dè l'Allema.~nr, et, en Belgique, dam le dioci•sc de Tournai.
jourd'hui au Musée du Louvre, dans la galerie
(~n P.vurrait dire qu'il ùgit lit d'un,• tolérance;
d'Apollon.
mais li y a plu~ : celte fèlc II ètl! approuvëe par
Il y a lieu de croire que les vieux ossellomc, comme celle d'un bie11he11rcuJ·, sinon J u11
soi11f. c·e~t cc qui rCsulle d'uu JlassJge du De suvoments allèrent rejoindre alors à Aix-la-Charum Dei beatificatiom: tt bcatorum ca1io11isatio11e
pelle ce qui reste des dépouilles vénérées de
de Benoit \ 1\', qui s'exprime 11in~i sur le cas de Charlema5nc, Li\'. 1, ch. 11: , Quoi c1u'il rn !.'Oit d'une
l'homme &lt;p1i fit trembler le monde, du mo-concession railc par un J1011t1fc 1llo!gitime tanl de
narque que rempzreur Frédéric 8Jrbcrousse
Jlaj&gt;t!S l~ilimcs ont connu celle conce~~îo~ cl l'ont
avait fait canoniser, le 29 dl!cembre H65,
admise par tolérance; elle a élé admise, en outre,
penclanl un û long tem_ps, que rien ne semble manpar l'antipape Pasch,1 Ill, et que l'Église a
quer di.:s conditions nccessJires puur la \'ali(litt~ (lu
mis,
au ciel, au rang des bienheureux 10 •
cull~ Jans les EglÎ,;,'s particulières, el pour une bt'ati-

en proie aux mêmes émotions qu'Uthon III et
Frédéric fer.
Le chapilrc présenta également au sou,·crnin la magnifique châsse, de sL1le roman
tertiaire, contenant ce qu'on appelle les
grandes reliques, les mêmes qui furent en•

contempler les ossements, l'épée et le ,rcptre
de ce génie puissant.
Plus d'un siècle et demi après Othon, il
vit le squelette tout poudreux du grand Charlemagne qui se lcnail toujours là sur rn
chaise curule, :nec la majes1é de son siècle,
enveloppé de la chlamyde en loques, et qui
plraissair encore recevoir les hommages de
ses ministres el dl! ses
che,·.iliers.
Alais Frédéric n'eut
p1s pour ses restes le
même respect qu'Othon. Il les fit déposer
dd.nS un sarcophage antique, en marbre blanc,
avec des bas-reliefs représentant l'enlèi1 e-

ficallon suffisante. ,

DocTEUR ~ln BILLARD,

- 58 .,

�Roquelaure

,

et Fontenay-Coup-d'Epée
Le chevalier de Roquelaure est une espèce
de fou, qui est avec cela Je plus grand blasphémateur du royaume. On dit qu'il s'est un
peu corrigé.
A Malle, il fut mis dans un puits, où on le
laissa quelque temps par punition. A l'armée
navale, le comtP. d'Harcourt fut sur le poiut
de le jeter dans la mer, avec un boulet au
pied. Cela ne le rendit pas plus sage ; ear
quelques années après, ayant trouvé à Toulouse des gens aussi fous que lui, il dit la
messe dans un jeu de paume, communia,
dit-on, baptisa et maria des chiens, et fit et
dit toutes les impiétés imaginables. On en
avertit la jus lice. On y lut; mais ils se défendirent, et il y eut un conseiller battu. Enfin
pourtant il lut pris. Quelques jours après il
corrompit le geôlier moyennant six cents
pistoles : le ge0lier se sauva avec lui, dont
mal lui en prit, car le chevalier lui prit son
argent, et le renvoia comme un coquin. On
les suivit, et le chevalier fut repris. Son frère

ainé ne perdit point de temps, et obtint une
évocation à Paris, ou, pour mieux dire, une
jussion de ne passer point outre. Cela lui
sauva la vie, car c'est un crime capital, et
voilà le chevalier en liberté à Paris, qui, au
lieu de se retirer, ou du moins de vivre modestement, se promenait à la vue de tout le
monde, ne bougeait du cabaret et menait
toujours sa vie ordinaire.
Quelques dévots représentèrent à la Reine
que sa régence ne prospérerait point si elle
laissait ce sacrilège impuni. On donna donc
ordre, à l'insu du cardinal Hazarin, au prévôt
de l'ile de prendre le chevalier; ce qu'il fit,
non !.ans y perdre des archers ; el, du côté
du chevalier, .Biran, un de ses frères, grand
gladiateur, y fut fort blessé. On le mena à la
Bastille, où il fut assez longtemps. Le cardinal assura le marquis de la vie de son frère ;
car, pour la prison, ses parents eussent été
ravis qu'on l'y eùt tenu à perpétuité, A la
cour, on murmurait de cette sévérité, et les
femmes mêmes disaient tout haut a qu'on
C( n'avait jamais vu arrèter un homme de
Cl condition pour des bagatelles comme cela ».
Madame de Longueville était de ce nombre.
Après, il lut mené à la Conciergerie, et on
parla tout de boù de lui faire son procès. En
ce temps-là, comme quelqu'un lui disait qu'il
courait fortune, et qu'il avait Dieu pour
partie, il répondit : « Dieu n'a pas tant

à cause d'un furieux coup d'épée dont il
abattit une épaule à un sergent qni le voulait
mener en prison : il était sur un cheval de
poste et revenait de l'armée; il avait de l'or
sur son habit, et l'or avait été défendu depuis
quelques jours. On dit qu'une fois un antre
gladiateur et lui s'étant renconlrés tête pour
tète au tournant du pont Nolre-Dame chacun
voulut avoir le haut du pavé. Notre ho:nme
dit à l'autre d'un ton de Rodomont, pensant
l'inli:nider : « Je m'appelle Fon/enay-Coupd'Épée. » - « Et moi, répondit l'autre, La
Chapelle-Coup-de-Canon. » Ils mirent
répée à la main, mais on les sépara.
Fontenay était de fort amoureuse manière :
il a cajolé une infinité de personnes; et
quoique ce fût une fille à qui il en contait,
il ne l'appelait ja:nais autrement que belle
dame. La principale belle dame qu'il eajola
ce fut madame de Bragelonne, du Marais; il
fit mille folies pour elle, et enfin n'en étant
pas satisfait, sur quelque jalousie qu'il lui
prit, un beau jour, comme elle entendait la
messe dans les Petits-Capucins, il s'alla mettre
à genoux auprès d'elle, et lui dit, prenant
Dieu à té.noin, s'il n'était pas vrai qu'elle
était la plus ingrate du monde de lui faire
des infidélités co.n:ne elle lui en faisait, et en
pleurant il lui rendit des bracelets et autres
bagatelles qu'elle lui avait donnés. &lt;( Mais il
&lt;&lt; faut, lui dit-il, que vous me rendiez mon
« cœur; je vous donne deux jours pour cela
« el n'y manquez pas. J&gt;
Une fois il aimait une femme dont il jouissait; cette lemme, soit qu'elle lùt lasse de
lui, car il était fort quinteux, ou qu'en effet
elle se voulût retirer, lui déclara qu'elle voulait changer de vie, et le pria de ne plus
venir chez elle. Lui n'en fit que rire : il y
retourne, mais il trouve, comme on dit,
visage de bois. Que lait-il? Après avoir bien
harangué, il trouve moyen d'avoir un pétard,
il l'attache à la porte de cette le nme, Elle
qui connaissait le pèlerin, et qui était une
espèce d'aJJ.azone, ouvre une trappe de cave
qui était à l'entrée de l'allée, et se tient au
bout de l'ouverture avec deux pistolets. Je
m'étonne qu'ils ne s'accordaient mieux, car
c'était là une vraie nymphe pour un Coup•
d'Épée. Le pétard lait son elfet, et le capitan
entrait déjà par la brèche, criant : Ville
Fontenay lut surno:nmé Coup-d'.ipée, à gagnée/ qulnd il trouve ce nouveau retraneause de sa bravoure. J'ai appris que ce fut che:nent qui l'obligea à faire retraite.

c&lt; d'amis que moi dans le Parlement. » Quoiqu'il y eût bien des témoins, on ordonna
pourtant qu'il serait plus amplement informé, et cela peut-ètre pour lui donner le
temps de faire évader les témoins; mais le
chevalier trouva que le plus sûr, sans doute,
était de s'évader lui-même . La femme du
geôlier, nommée Dumont, qui était une
grande coquette, à qui saurent les prisonniers donnaient les violons, devint amoureuse
de lui. Il se consolait avec elle tout doucement; il la gagna, et elle fit faire un trou par
lequel il se sauva au bout d'un an de prison.
On dit qu'il jouait au piquet avec le gros La
Taulade, qui était là pour dettes, quand on
lui vint dire à l'oreille que le trou était lait;
il ne se le fit pas dire deux fois, et fit semblant d'aller dire un mot à quelqu'un. Le
chevalier sort; La Taulade, las de l'attendre,
alla voir pourquoi il était si longtemps; il
trouva le trou; l'occasion lui sembla belle,
il voulut en faire autant; mais il n'y put
jamais passer : la mesure n'avait pas été
prise pour lui.
Le lendemain de l'évasion du chevalier, il
arriva douze témoins contre lui; il en avait
eu peut-être avis, et c'est apparemment ce
qui obligea son amante à ne pas différer
davantage : on la prit avec son mari, et on
la mena au Châtelet. Je pense qu'il n'y a pas
eu de preuves contre elle; pour moi, je le
lui aurais pardonné, à cause de sa générosité; car elle avait mieux aimé se priver d'un
homme qu'elle aimait que de le voir prisonnier. Il revint à un an de là, et on ne lui
dit plus rien.
Un jour, Romainville, illustre impie, sou
ami, était à l'extrémité; un Cordelier vint
pour le confesser. Le chevalier prend un
fusil , et couchant le Père en joue, lui dit :
« Retirez-vous, mon Père, ou je vous tue :
« il a vécu chien, il faut qu'il meure chien. »
Cela fit tellement rire Romainville, qu'il en
guérit. Cependant le chevalier se confessa à
quelques années de là, et mourut comme un
autre homme, en disant qu'il ne craignait
que de n'av,,ir pas assez de temps pour se
bien repentir.

TALLEMANT DES RÉAUX.

VUE DE CHAILLOT l PRISE .AU-DEiSUS DU CJIAMP-DE-MARS

· e· et g ravé par
• - Dessin

LEVEAU.

(Musée Carnavalet. )

GEO~GES CAIN

Un ancien logis de Madame de Lamballe
La rue Berton. - Le Passage
des Eaux.
Pendant ~ue l'auto file le long de la Seine,
vers le quai de Passy où nous devons alier
visiter les restes de la maison de campagne
de la princesse de Lamballe, nous songeons
à cette boutade d'un docteur philosophe :
cc La santé est un état précaire, transitoire
et qui ne présage rien de bon.• Malo-ré son al~
Iure parad~xale, l'.ohservalion est pr:sque vraie
et tout à fait de cuconstance aujourd'hui car
l'ancien logis de l'amie de Marie-Antoi~ette
est devenu maison ~e santé P.our maladies
mentales. ?r, combien sont-ils parmi les
malades traités en celte vieille demeure bisExtrait de~ Nou!!el~s Pro!uenades daJJs Paris
(~mvragc orne de fo5 11luslraltons et de 20 plans an'.
c1 c ns et

modernes),

par GEORGES CAIN

Conservateur

du ~usëe Carn_aval et et des Collections' lu storiques de
la Ville de JJam_. - 1 _vol., grand in-16, à 5 francs.
Ernest Flammar,on , èd1tcur.

t?riq~e, qui lurent . fr?ppés en pleine joie de
vJVre .... Ru~n ne faisait présager le coup de
to~nerre q~ les allait foudroyer et puis, soudarn, la nmt, la démence! - cc Pour beauco?p d'~ntre eux, nous avait expliqué la
veille l un de nos plus éminents neurologistes, ce n'est qu'une brève suspension de
l'intelligence, quelque chose comme un courtcircuit en un courant électrique .... D'aucuns
s~nl parfaitement heureux, se croient le bon
Dieu, Rothschild ou Fallières .... lilais d'autres
souffrent cruellement : les mélancoliques les
persécu~és, les furi:ux .... Pauvres gens ~u'il
faut plamdre, améliorer et guérir! J&gt;
. Cette causerie nous revenait en tête, tandis que devant nous défilaient les nouveaux
quartiers co~struits depuis quinze ans à peine
sur les terrains de Chaillot, l'ancienne banlieue de Paris que peignait Raguenet vers
1750 en une suite amusante de tableaux
accrochés dans les salles du musée Carnavalet:
..-.1

61

w-

le chemin de halage et les berges herbeuses
sont devenus des quais; des maisons à six
étages remplacent les guinguettes et les videbouteilles de jadis; mais on retrouve encore
par-ci par-là, des bouquets d'arbres, des ter~
rasses, des jardins déjà vus sur les toiles du
xvme siècle, encadrant alors les petites maison~ ~e cam~agne où, depuis Louis XIV' les
Parisiens, seigneurs ou bourgeois, aimaient
tant à venir villégiaturer pendant les mois
d'été.
Rue Berton, quai de Passy : entre deux
p~rc~, un~ ruelle montante, aux murs gris
P'.ques, de Joubarbe et de coquelicots; à micote s ouvre une grille de fer forgé, et nous
nous engageons sous d'admirables arbres
verts formant dôme, une c1 allée ombreuse »
comme les dessinaient Fragonard tt Hubert
R?bert; n_ou5, descendons devant un élégant
ho_te_l Loms XV, et le parloir franchi , nous
v01c1 sur un balcon dominant l'un des

�..-

._ ___________________ u

fflST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

JI/ JtJIICŒJII LOGTS D'E JffJtDJt.ilŒ D'E ÙJK1JltLL'E

plus inattendus paysages parisiens un immense jardin que ses pelouses étagées prolongent jusqu'à la Seine, des arbres cente•
naires, un pigeonnier, une orangerie, des
charmilles, un reste de labyrinthe, des bancs
de pierre duvetés de mousse .... Au loin, des
femmes se promenant à petits pas, au bras
d'une servante, cueillent des roses et des
jasmins, chercbcnt des trèfles à quatre
feuilles, d!aulrcs lisent, brodent, rPgardenl
les nuages filer, rapides, derrière la tour
Eiffel; des coqs chantent, des moissonneurs

ber! de Luynel en furent les propriétaires
successifs. En 1780, le duc de Luynes vendit
la propriété à Mme de Lamballe qui chérissait cet aimable séjour. Après que la malheureuse princesse eut été fërocement égorgée,
en septembre 92, au coin d'une borne de la
rue des Balais, près de la prison de la Force
où elle était incarcérée, sa maison de Passy,
saisie et vendue comme bien d'émigré, fut,
par accord entre la liépublique el le roi de
Sardaigne, remise le H lévrier 1797 à
Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan, neveu

BARRIERE DE PASSY. -

des très ,·ieux jardins, et nous y évoquons
tous ceux qui, depuis plus de dent cents ans,
y ont vécu, aimé, rêvé, souffert! Dans ces
paysages à la ,vaueau, nous revoyons les
Cydalise et les Aram ynthe
Frêles parmi les nœuds énormes de rubans i,

les mignonnes marquises en \'ertugadins
retroussant des traines de satin su.r leurs
mules à hauts talons; nous croyons entendre
le brouhaha joyeux, causé par l'arril'ée de
la reine Marie-Antoinette venant demander à

Dessiné etgravéf'.lr HrnEL\', (.\fusel! Carnav.Jlet.l

fauchent ... Quel calme prufond ! et pourtant nou~ sommes dans une maison de santé
pour maladies nerveuses 1...
Cet hôlel el ce parc admirable onl tout un
passé d'élégance, de grandeur el de faste. La
duchesse ·de Lauzun, la marquise de Saissac,
la comtesse d'Egmonl-Pignalelli et le duc d'Al-

el héritier de Mme de Lamballe,. lequel céda
le domaine au citoyen Baguenault. Depuis
1845, la propriété lut constamment alfeclée
au traitcmenl des aliénés des deux scxes 1 •

1. Le côté i;:aw:hc de celle ancienne rue de Seine
(aujourd'hui rue Berlon ) ëtail occupe par la propriété de llaric-Thérèsc-Louisc de Snoic, princesse
de J.amùall\'.
Cette belle propriétC 3\'IIÎl d'abord appurlenu it
Gcneviê\'e-llarie de Ourforl de Lorges, fille du maréchal de Lorges, bcllc-Sl!ur clu duc ile Saint-Simon, cl
\·eu,·e, depuis 1723, du célèbre duc de Lauzun.
Après elle, le domaine ful arquis, le 9 seplemhre 17:;¼, par la mar!JUise de Saissac, fille de LouisCharles d',\lbcrt, duc de Luynes.
\ïnt cnsuilè la nièce par alliance de la précêdenle
propriétaire, la comtesse d'Egmont-Pibonatclli, bellesœur du maréchal de Richelieu; de son premier ma-

riage, clic llvail eu, en IH8, Louis-Joscpl1-Cl1arlC'~Amal,lc d'Alberl &lt;1ui, de.,•cnu duc de Lu~·ncs et de
Chevreuse&gt;: et µair de Fr,mce, entra en 1)()sscssion de
la propri1ilé Cu 1775, cl la \f'ndit, cinq ans après, it
la princesse de l.aml.mlle, \'eU\'e du fils du duc de
l'cnthiène, a\·cc laquelle il pouvait comrnuuiquer
aiSCment, pui,;qu'il habila.il le chàte.iu seigneurial de
Pa,sr, dont le parc aYait une issue sur la rue Ra\·nouàrJ, à peu de distance de la rue Berton.
'
Aprës la mort de&gt;: la princc~se de Lamballe , la moison, d'11bord saisie cl Ycnduc comme bien d'émigré,
fut, aprCs l'accord sun·enu en mai 1706, entre la
Républi9ue française et le roi de Sardaigne, remise le
12 jarl\'lcr 1791 it Charles-Emmonucl de Suvoie-Cari-

Le parc a conserré le charme pénétrant

nous sourit béatement, tassée en un fauteuil
d'osier, elle ne vit plus que d'une existence
purement végétative;
avec sa figure ronde,
que !end une bouche entr'ouverte, c'est
moralement et physiquement :

goûter à sa &lt;! chère L~mballe »... Ensuite
nous contemplons, tristementémus, lemonde
mystérieux qui s'y promène aujourd'hui!
Cette jeune femme, qui d'un geste joli
lait de gros bouquets de leuilles, esl une
con\'alescente qui dans quelques jours va
quiller la maison; quanl à la vieille dame qui
gnan, nèveu et hêri ticr de la princesse de l.amhalle.
Ne pou\·a.nt pas habit er ce domaine, il le céda au l'Ïloyc11
Daguenau\t, dans la famille 1\uqud il resta jusi1uc
\'CJ'S

1845.

Depuis celle CpotJUC, la pro1iriCI(· ile fa princesse
de Lamballe a elè constamment habitêe 11ar une
maison de s:mtC pour aliénês.
Le D• Es1iril Blanche y lr.msfêra, en 18fü, ltt maison
de santé !1u'il po%i•daiL à )lontmarlrc, el partagea la
direction a,·et: son fils, le célèb1·c D• Antoine-,...mile
Blanche. lequel conserva la direction jusqu'en 1872,
é1??4Jue à laquelle il céda la maison au Il' Meuriot, dêcêde en mai 1901. Le Dr Meuriul fils succéda il son pêre
2. Paul Verlaine: Fêles gala,ites, l'Allé(•. (page 66.

f

Un Jl3u\·rc ~rclol 1·ide vit
manque cc 11ui ~onnc !

et les loques des marchands de bœuls ....
Nous compulsions de \'Îeux dossiers, des

--

.

qui traça ces bêtes apocalyptiques, ces fan
tômes longs et minces à !êtes de grenouilles,
aux gestes convulsés,
aux mains douloureuses, retournées et
crispées. Ce malheureux a crayonné ses
grimaçantes hallucinations, des vagues
roulant des cada\'res
enlacés à des pieuvres, des rondes de
fantômes plus tournoyantes que les toïe
Fuller, des spectres
décharnés aux Jeux
de batraciens.... Et
les fonds de ces dessins terrifiant!&lt;, qui
de loin semblent d,s
hachures, sont faits
tic mots pressés les
uns contre les autres
sans suite, sans orthographe, où reviennent ces expressions :
le sépulcre, la mort,
.\1. LE Q• ME:URIOT,)
lanuitl ...

Une autre pensionnaire confectionne en
un tour de main d'exquises poupées de papi.!r de soie; quclyues
bouls de fils noirs
pour les cheveux €t
les yeux, quelques
Louts de fils rouges
pour les lèncs cl lt'S
dessous du nez, trois
épingles, un peu de
C3rlon, dix centimèlres de moire blanche.... et voilà un
imprérn bibelot parisien; ou bien le ruL e PAVILLON LE MADAllE DE LAMBALLE (ACTUELLEMENT llAISON DE SANTE DE
ban s'arrondit en coFaça&lt;k sur le jardin.
carde sanglante, une
tresse de laine noire
Abandonnant ce
devient une perruque crépclée, l'œil s'ouvre baux, des ades de ,,ente, quand soudain
triste s~jour, nous traversons le parc où le
hagard dans la fa&lt;;e de papier blanc à la Sada passe sous nos yeux une liasse de dessins
soleil pique des rayons d'or dans l'ombre
\'acco el rnici la « tète de saint Jean
.. ,·erlc, n~u.s om'rons une pelite porle,
qu'emb,rasse Salomé », précise au
nous_ v01c1 rue D~rton. E!Je longe et
cra)'cm · l'ingénieuse artiste.
donune
la proprié1é de Mme de LamCes promeneuses rnnl des convab
tlle,
et
c·e~t une stupeur de rmconlescentes ou des ncuraslhéuiqurs,
tre,r_à
~aris
celle veneJlc campagnarJe
mais derrière la porte voisin&lt;', en la
qu
ecla1rent
encore, à la nuit tomcour que nous travcrso·ns rapidement,
l;anl_e,
rantédilu,·iens
quinqui ts à
1a scène change : une douzaine de
1
hu1l.r.
Z1gzaganle
et
étroile,
elle C'st
malades anonymes sont là, qui ne
l,ordce
de
murs
salpêtrés,
mouchelés
causent jamais entre eux; la plupart
d'mscriplions, de sermcnl.~, de rensembl~nt rèver, d'autres fument ou
drz-vous, de menaces; une Yieille bimarchent à grands pas, automatiquecoque en ruine, un atelier de peintre,
ment; l'un compte et recompte les
quel11ues
_masures à jardinier, une
pavés, l'autre, avec de rauques abois,
parle
an~1enne
au ton bleu délavé,
hurle des mots sans suite. Brusqueune adm1rable broussaille de.fer fichée
ment l'un d'eux fonce droit sur nom,
en un angle du mur où poussent lrs
la main tendue d'un geste large, nous
giroflées sauvages, en font une des
souhaite en riant la bienvenue; le plus
sentes
les plus pittoresques de Paris.
poliment du monde, mais en insistant,
Près d'une mairnn en conslruclion
un second nous commente son exlram~nlons un e~calier envabi par Ja li~
ordinaire ascendance, inscrite sur Jes
na1re
cymbalaire, dont les délicates
phalangfs de ses doigts maigres, nous
fleurs
roses rnmhlent de minus( ulrs
offre deux millions, salue et se relire
gueules de loup, et nous tornLons en
en bâte; respectueux, nous passons
pleine &lt;t mer de plantes ». Les rimes
discrètement; à un détour d'allér,
d~s
arbres rnisins s'épanouissent à nos
nous croisons une extraordinaire et
p1eùs,
la grande ciguë, les bardanes
falote silhouelte .... C'est « le Père
l'angélique, l'acanthe sortent de I'her~
Goriot » tel que nous le dépeignit Balépaisse, luisante et grasse, les· Irones
zac; voilà bien cc cette face lunaire et
t.les ~guier~ et des sureau~ rn pleine
naïvement niaise, au larmier pendant,
floraison
emergent des lianes i la
1
gonfié, retourné », ce crâne en pain
Lryone,
aux
f~uilles lancéolées, y ac.i\lADA.ME DE LAllBALLE,
de sucre ... rien n'y manque, pas même
la redingote à gros plis, où noue un ven- J\Jéj,iiflon en 11 "cJgwoo;J ancien.(MusieCarnavalel. Don de M. A. BicaET.) c_roche ses vrilles tenaces, et dans ce
lieu ~auvage, c'est une surprise d'apertre fiasque, el l'inénarrable casquelle
cevoir
en se retournant Ja tour Eiffel
de drap . rappelant le mortier de Louis Xf st upéfiants, œuvre d'un aliéné .... Quelle inpr?filanl sa silhouette ajourée sur les masses
1. Balzac, • J.e Père Goriot. 1
finie tristesse doit étreindre l'frme de celui gmes el mauves de Grenelle!

�1f1ST0'/{1.J!
Avant de rentrer dans Paris, faisons une
dernière halte : quelques pas plus loin, au

c'est tout à fait curieux; mi-pavé, mi-dallé,
il rappelle ces illustrations comiques semées

LE PAVILLON DE 1'1ADAME DE LAMBALLE, -

numéro 26 du quai de Passy. Près de la rue
Albooi et de la station du Métro, s'ouvre un
long escalier reliant le quai à la rue Raynouard, cela se nomme le passage des Eaux;

Fa,•a:Je sur la cour.

par Gustave Doré dans le, Contes drolatiques
de Balzac - ce grand Balzac qui habita la
1. Viclor llugo. (Ltl Mi&amp;lrablta. Ch. c Qui sera.il
impossible a\'CC l'éclairage au gaz . D

rue Berton 1 - où l'on voit de gentes dames,
de gras chanoines et des capitans bardés de
fer dégringoler de fantastiques sentiers de
chèvres.
Il est facile de se représenter celle pente
roide, large de deux mèlres, ombragée de
cimes d'arbres, descendue el regrimpée par
de bons bourgeois parisiens après une jolie
partie de pèche à la ligne sur les berges de
la Seine. lis ont « taquiné le goujon " el
regagnent Paris par ces escaliers di~joints,
chantant, sui\'ant l'époque, Compère Guillery, Femme sensible, le Dieu des Bonnes
Gens ou l'Amant rl'Amandal
Le mur de droite, nom·ellement reb~ti,
conlraste étrangement avec le mur dP gauthe,
moisi. pansu, marbré de tachrs d'humidité,
fleuri de mousses et de graminées .... On }"
retrouve même l'appareil qui jusqu'au 1.iècle
dernier rnpportait la lanterne à quinquets :
Yoici la potence de fer, le croisillon qui ]a
fixait, le tuyau par où passait la corde ....
C'est une lanterne semblable que - dans /es
Miséi'ables - démolissait Jean Valjean pour
échapper aux poursuites du policier Jarert et
pénétrer par effraction dans le couvent du
Petit-Picpus I I
Tous ces souvenirs prouvent qu'il n'e!=l pas
nécessaire de [aire grande dépense d'imagination pour retrouver dans le Paris moderne
- à cent mètres du Métro qui trépide et
gronde - les traces encore vivantes de l'amusant Paris d'autrefois.
GEORGES

Deux souverains
Par un hasard extraordinaire, en i 770,
l'empereur (Joseph Il) put se livrer à l'admiration personnelle qu'il avait conçue pour
le roi de Prusse (Frédéric Il) ; et ces deux
grands souverains furent assez bien ensemble
pour se faire des visites. L'empereur me permit d'y assister, et me présenta au roi :
c'était au camp de Neustadl, en Moravie. Je
ne puis point me souvenir si j'eus ou si je
pris l'air embarrassé; ce que je me rappelle
fort bien, c'est que l'empereur, qui s'en

aperçut, dit au roi, en parlant de moi : « li
a l'air timide, ce que je ne lui ai jamais vu :
il vaudra mieux tantôt. ,, Il mil à dire cela
de la gràce el de la gaieté, el ils sortirent ensemble du quartier général pour aller, je
crois, au spectacle. Le roi, chemin faisant,
quitta l'empereur un instant pour me demander si ma letlre à Jean-Jacques Rousseau
qui avait été imprimée dans les papiers publics était de moi. le lui répondis : « Sire,
je ne suis pas assez célèbre pour que l'on

prenne mon nom. » Il sentit ce que je voulais dire. On sait qu'llorace Walpole prit
celui du roi pour écrire à Jean-Jacques la
fameuse lettre qui contribua le plus à tourner
la tète de cet éloquent et déraisonnable homme
de génie.
En sortant du spectacle, l'empereur dit au
roi de Prusse : a \'oilà NoYerre, ce fameux
compositeur de ballets; il a, je crois, été à
Berlin. Il Noverre fit là-dessus une belle révérenœ de maitre à danser. « Ab! je le connais, dit le roi; nous l'avons vu à Berlin; il
y était bien drôle : il contrefaisait tout le
monde, et nos danseuses surtout, à mourir
de rire. » Noverre, peu content de cette manière de se souvenir &lt;le lui, fit encore une
belle révérence, à la troisième position, et
espéra que le roi lui fournirait de lui-même
l'occasion d'une petite vengeance. « Vos ballets sont beaux, lui dit-il; vos danseuses ont
de la grâce, mais c'est de la grâce engoncée.
Je trouve que vous leur faites trop lever les
épaules et les bras; car, monsieur Noverre,
si vous vous en somenez, notre première danseuse de Berlin n'était pas comme cela. » , C'est pour cela qu'elle était à Berlin, sire, »
répondit Noverre.
J'étais tous les jours prié à souper avec le

CAIN.

roi : la conversation s'adressait trop souvent
à moi. Malgré mon attachement pour l'empereur, de qui j'aime à ètre le général, mais
point le d'Argens ni l'Algarotli, je ne m'y livrais pas plus que de raison. Quand j'étais
trop interpellé, il fallait bien répondre el
continuer. D'ailleurs l'empereur mettait beaucoup du sien dans la conYersation, et était
peut-être plus à son aise avec le roi que le
roi ne l'était avec lui. lis parlaient un jour de
ce qu'on pouvait désirer d'être, el me demandèrent mon avis. Je leur dis que je voudrais être jolie femme jusqu'à trente ans,
puis un général d'armée fort heureux el fort
habile jusqu'à soixante; el, ne sachant plus
que dire pour ajouter cependant quelque
chose encore, n'importe ce que cela de,·înt,
cardinal jusqu'à quatre-vingts. Le roi, qui
aime à plaisanter sur le sacré collège, s'égap
la-dessus. L'empereur lui fit bon marché de
Home el de ses suppôts. Ce souper-là lut un
des plus gais et des plus aimables que j'aie
jamais vus. L'empereur et le roi furent sans
prétention et sans réserve : ce qui n'arriva
pas les autres jours; el l'amabilité de deux
hommes aussi supérieurs, et souvent si éton nés de se trouver ensemble, était tout ce
qu'on peut s'imaginer de plus agréable.
PRINCE DE

LIGNE.

FR.ÉDÉR_IC LOUÉE

et&gt;

Napoléon et Talleyrand
Il

La scène s'est passée, devant témoins, à la
date du 28 jan,ier i 809. Decrès el Cambacérès, entre autres, sont là. Talleyrand s'est
glissé dans la pièce où l'attend celle sorte
d'exécution. Il y a pris place tranquillement.
Napoléon l'a vu. Son œil s'allume aussitôt
sa voix éclate dans une apostrophe ardente e;
prolongée. Il lui reproche, à la fois, les laits
de la veille et de l'avant-veille. La paix de
Presbourg, dont le ministre de France avait
atténué, modéré. les exigences, lui est rejetée
comme une trahison. c1 Traité infâme œuvre
de corruption 1 » Les mots se press~nt avec
une violence redoublée. li en arrive à l'inrootive directe : « Vous êtes un voleur, un
VJI. - H1STORIA. Fasc. Sa,

lâche, un homme sans foi, vous ne croyez
pas PD Dieu ! ,, 1• Lui, Napoléon, qui se van~ai~ d'avoir attiré dans ses filets par une
~ns1gne tromperie les princes auxquels il avait
Juré sa protection el le respect de leurs
droits, s'~ndigne au nom des vertus, de la
bonne fo,, de la loyauté .... L'orage roula
peadanl une demi-heure. Talleyrand le laissa
précipiter son cours et passer, sans dire un
mot, sans trahir aucun signe d'émotion·
mais en se retirant, il emportait au dedan~
de so_i u_n accroi~sement de haine, qu'il se
promit bien de laisser venir à maturité.
La rude partie, qui se jouera dans la pénombre entre le maitre du jour el Talleyraod, est virtuellement ouverte.
t. Dieu, c·étail lui-même, pcut-!lre.
~

65 ....

s..,uvent la plainte d'ingratitude revenait
su'. les lèrres de Bonaparte, à l'•nrontre du
prmce de Bénévent, soit qu'il la lm adressât
à lm-même, soit qu'il la dévoilât à des personnes de son entourage. En l'exprimant avec
amer~ume, il oubliait, selon la juste remarque
de Samte-füuve, que s'il y a des bienfaits qui
?bhg~nt, 11 y a des insultes qui aliènent à
Jamais et qui délient. La même cause n'avaitelle pas produit les mêmes effets du côté de
ses lrères? En accompagnant d'une loi de
contramte et de soumission humiliée les
biens dont il les combla, honneurs ou richesses, il n'avait pas rénéchi qu'il les dispenserait d'avance des retours de la "ralitude. Comme il s'P.n plaignait pourtan1 J Si
chacun d'eux elit imprimé une impulsior.
5

�... _________________________________

1f1STOR,.1A

,

NAPOLÉON ET TllLLEY'J?.lllVD - - ,

commune aux diverses missions qu'il leur
avait confiées, ils eussent cnsemblc, les Bonaparte, marché jusqu'aux pôles! .\h ! Gengis-

le connaissaio.; pas, c'esl Talle1rand qui _me ,ra fai~
connaitre. Je ne ;.a,,iis pas où il était. C est lui
qui m'a rén.Hé l'endi·oil où il était, et après

CHATEAU DE VALENÇAY : VUE o'ENSEllDLE.

Khan, le ravageur des mondes, avait été plus
heureux que lui, Gengis-Khan, ~on~ les quatre
fils ne comprenaient d'autre rivalité. que de
le bien servir! Et ses généraux, ses mm1stres,
et Talleyrand ! Rœderer a raconté comment
il fut pris à témoin par Napoléon de sa
double rancœur, le G mai 1809, au pala1S de
l'Élysée.
.
L'empereur, qui se promenait à grands
pas, à travers la chamb~e, comme à son
habitude, lorsqu'il entamait un long mo?o-

logue, avait tourné d'~bord contre son îrere
ainé Joseph son premier accès de mécontentement. Porté sur le trùne d'Espagne sans
l'avoir demandé, celui-ci n'aflicbait-il pas
l'étrange prétention d'ètre roi, pour so!1
compte? Joseph, après Louis Bon~parte_. posa'.t
osément cette alternative ou qu on lm rendit
les pleins pomoirs ou qu'o~ I_e la~iss~L ret~ur:
ner aux lobirs de la \"Îe prin.-e. Etait-ce ainsi
que devait lui parler un homme de son _sang,
qui lui devait tout et même celle retra~te de
Morlefortaine, si chère à ses vœu1? Lut_ convenait-il de tenir le langage des ennemis de
la France! \'oulait-il faire comme Talleyrand?
Et en prononçant ce dernier ~om, qui prenait tant de place dans sa pensec, ses accents
s'étaient échauffés de nouveau :
Talleiraml ! Je l'ai couvert d'honneurs, d'or~ de
dîamanls! li a employé tout cela contre mo'.: li
m'a trahi autant qu'il le pouvait, à la prem1ere
occasion qu'il a eue de le faire .... Il a di_t 'l~'il
s'était mis à mes genoUJ pour empècber I amure
d'Espagne, et il me tourmcntai.t de~~is deux :ms,
pour l'entreprendre! Il soutena1~ qu il ne ~e :audrait que vingt milJe hommes; 11 m'a donne n~gt
mémoires jX)Ur le prouver. C'est la_ même ':°~dmte
que dan&amp; l'alfaire du duc d'Engl11en; moi, Je ne

m'avoir conseillé sa mort, il en a gémi avec toutes
ses connaissances.
... Je ne lui ferai aucun mal; je lui co_nserre
ms places; j'ai mèmr, pour l~i, l~s ~entii:n:nts
que j'ai eus, autrefois; mais Je lm a, reh~c le
droit d'entrer, à toute heure, dans mon cabme_t.
Jamais il n'aura d'entrelien particulier ave~ moi;
îJ ne pourra plus me dire qu'il a conse1llé ou
déconseillé une chose ou une autre.
Jl n·aura plus jamais d'enl1'elien pai·!iculie1' avec m.oi. La phrase fol prononcee,
mais le serment ne tin! pas. Des conjonctures
gra,·es reparaitront où le seul .à seul du c~nqu!!rant et du diplomate sera Jugé nécessaire
encore, et ce sera Napoléon qui en marquera
le désir, pour n'écouler, d'ailleurs, en fin
de compte, que sa seule inspiration_ et ~e
suivre que son vouloir. Au surplus, _Jusqu à
quel point sont-elles véridiques les imputa. de en fl amme~.
' 1
tions contenues dans ]a lira
Napoléon en avait articulé les termes, à hms
clos et en des conditions d'intimité '!UÎ devaie:11 le montrer sans colère. Toutefois., on
n'est pas sans sarnir qu'il acco~modait à
son gré les faits et les mots, el tOUJOurs _d~ns
un sens qui dégageait ses responsab1htés
envers les hommes, envers les peuples, enYers
l'histoire.
De 1809 à 1814 se reaouvelèrent, assez
fré11uentes, les rencontres tempêt~eus~~Dans l'un de ces ,•erti 0 os, dont il était salSI,
à ,,olonté, non conten~ de s'efforcer. à l'avilir,
il vit le moment de noyer son nce-grandélecteur sous le ridicule. La princesse de
Bénévent s'était compromise, au su de tout
le monde a,·ec le duc de San-Carlos. Et
Napoléon de ramasser cette hi~toi~e, de la
lancer, en pleine soirée des Tuileries, à la
.,, ô6

w

tête de Talleyrand, de lui crier qu'on le traitait en S«anarelle
et qu'il eût à surveiller
O
d'un peu plus près, à ravenir, les agissements de sa femme. Mais de très haut, avec
son air glacé, son Oegme indémontable, ~e
prince avait répondu: « - Sire, je _ne croyais
pas &lt;1u'un détail de la sorte pùt avoir quelque
importance pour b gloir_e de Votre_ MaJesté et
pour la mienne. » La rephque était i:~perbe~
dans un pareil cas. Talle)rand resta-t-11 a~_ss1
indifférent qu'il parut l'ètre à ~e ge?re d infortune qui blesse au plus sensible I honneur
ou l'amour-propre de tout homn:ie? Nous ne
le croyons point. Ce fut un froissement de
plus à porter au tolal des ma~va.is propos
endurés insti 11ateurs de la dérect1on.
Tant ~ue 1•horizon se montra clair_c~ 9u'il
n'en eut pas brouillé l'azur par les deviatwns
de sa politique orageuse, Napoléon avait p~
garder l'assurance que !alleyra~d ne serait
pas un servileur à surve1ller._Ma1s, quand se
furent terriblement assombries les perspectives prochaines, comm~ celu~-ci en_ avait, eu
la prévision trop nette, 11 eut a se dire qu un
homme ,ivait dans son ombre, dont le blâme
intérieur accompagnait tous ses ge_stes, un
ennemi silencieux et respectueux qui, par la
désapprobation muette, à défaut de mots
exprimés, conlestait ses plans, ses desseins,
et qui jouissait en secret, peut-être, de chacun de ses échecs comme d'un acheminement
progressif à quelq~e perfide solution désir~e,
sinon déjà préparee; et le pensant et s e_n
irritant, il le voyait journellement devant 1~1,
avec sa face inanimée, sa contenance froide
et solennelle, presque impudente en lï_naltérabilité d'un fle11me que ne dérangeait au~
cune secousse d~s événements. Les dignités
éminentes dont il l'avait revêtu, cet homme
continuait à en porter les insignes et à en
recueillir les profits, en y conservant une
tranquillité d'âme qui ressemblait à ~u dédain. Il en frémissait de courroux. Et _des
ennemis de Talleyrand a,·ivaient ~mcore l'rn~pression déjà si aiguë chez le_ maitre des Tmleries, que ces façons, haut~rnes et soumis~
à la fois, avaient le don de Jeter hors de Iu_1.
Après la campagne de Ures de, un mall_n
qu'il se sentait plus nerveux et plus sure:xc~table encore que d'ordinaire, Napolé?n l'avait
aperçu, à son lever, et cell~ vue ~va1t redoublé son irritalion el fomenle sa b~le _:, .
&lt;( _
Hestez, lui commanda-Hl, J a1 quelque chose à rnus dire. »
El ses paroles, aussitôt qu'ils furent seuls,
prirent le ton d'une violente a_P?Stropbe.
« - Que venez-vous faire 1c1 ?... ~le ";1on•
trer votre ingralilude? ... Vous affectez d être
d'un parti d'opposition?... Vous croyez pe~tètrc que si je venais à manquer' vou~ ~.eru:z
che[ d'un Conseil de régence?... S1 J étais
malade dangereusement, ~e vous le déclare,
vous seriez morl avant mo1. o . ,
,
Alors, avec la grâce et la qu1etude ~ u~
courtisan, qui reçoit de nouvelles Îa\·et~rs , il
ndità la menace l'échangedececomphment:
re
.
. d'
« _ Je n'avais pas besom, sire, ~n pareil avertissement pour adresser au ciel des
i. La remarque est d'Henri de Latouche.

nEux hil·n ardents pour la con~er\·ation des
jour; de Votre .\lajesté. »
A le considérer ainsi, cravaté de calme el
de mJstère, les fibres de Napoléon .se contractaient d'impatience et de dépit. Il en était
soulevé jusqu'au point de lui vouloir porter,
de colère, le poing sous la figure, pour le
foire sortir enfin de son élégance immobile.
li ne pouvait se contenir; toute oceasion lui
était bonne de lui jeter de la bile au visage.
El si celle occasion ne se présenlait pas, il la
faisait naître.
A mesure que s'aggravairat les rewrs de
sa politique d'agression, et cela mus les )'PUX
obsenateurs d'un témoin, qu'il s'imaginait
attendant la fin av1 c une espèce de satisfaction anticipée, son humeur éclatait de plus
en plus acerbe et les conlre-coups en rejaillissaitnl d'autant plus intenses contre celle
barrière d'insemibililé. La dernière algarade
précéda le départ de Napoléon pour la campagne de 181-i-. A l'issue du Conseil, il avait
haussé la voix, se disant entouré de lrailres,
et, pour préciser le vague de son acrusation,
il s'était tourné contre Talleirand. Le regardant bien en face, pendant plusieurs minutes,
il l'accabla de paroles dures et offensantes.
Le diplomate se teoait debout, au coin du
leu, se préservant de la chaleur à l'aide de
son chapeau, les yeux au loin et l'air parfaitement absent de tout le bruit que faisait là
quelqu'un. Lorsque l'empereur, ayant épuisé
son réquisitoire, quitta la pièce en tirant la
porte a,·ec violence derrière soi, lui aussi
pensa à s'en aller. Paisiblement, il prit le
bras de !f. Alollicn et descendit les escaliers,
sans articuler une syllabe, sans esquisser
même un geste, mais gardant en bonne place,
dans sa mémoire, ce &lt;1u'il avait entendu.
L'ne conviction plus forte l'avait affermi dans
cette idée qu'aucun principe d'honneur rJe le
retenait au senice de celui qui l'accablait
d'outrages.
Aussi bien, Talleyrand et Napoléon ne
furent pas en reste de mauvais compliments
l'un envers l'aulre. Ils ne se redevaient rien,
quant à cela. Si Napoléon le qualifia des pires
noms, l'appelant un prêtre défroqué, un
homme de rél'olution, un scélérat, Talleirand
ne ménagea pas à l'homme de génie les épithètes vires, dont les plus courantes, quand
il cul cessé d'être empereur, étaient celles de
brigand et de bandit.
Après son rem·ersement, Bonaparte, en
1. Sir .Vt!il Ca,11pbell'R Journal, Londres 1869.
2. c. Talle)rand, a,surc le maréchal ]lannout, qu'on
ne cite pas, habituellement, comme un modCle de
désintCre~scment et de lidèliré, réunis~1ut en lui tout
ce 11ue les temps ancic11s et 11"s 11om·eau:i. pcu,·ent
olîrir d't•1.cmples de corruption, ayant dépi!ssc, à cet
Cgord, les limites connues avant lui. • (Jlémoires,

l. \Il,

l'excès de ses colères rélrospectives, ne cessait point de fulminer contre l'homme d'~tat.
Suivant lui, il aurait été le plus vil des Jacobins; à plusie-urs reprises, il lui aurait conseillé de se dt!barrasser des Bourbons en Jes
faisant assassiner ou en les foi:)ant enlever
d'Angleterre par une bande de conl rehandier.:;,
qui naviguaient d'une cùte à l'aulre. li l'affirmait expressément à sir Neil Campbell•, le
commissaire anglais chargé par son gou\'ernement d'accompag-ner de Fontainebleau à
l'ile d'Elbe, le captif de la Sainte-Alliance! Il
ne manireslait, à celle di.\i-tance des éléncments, ni regret, ni émotion de l'exécution du
duc d'EnAhien; mais il tenail, par-dessus
!out, à faire passer celle allégation dans
l'histoire, que le prince de Bénévent en fut
lïnspiraleur. Napoléon en parlait ainsi, dans
l'abaissement exaspéré de sa grandeur, parer
qu'il avait toute raison de penser que Talleyrand fut, après son propre orgueil, le principal instrument de sa chute. A la vérité, en
aucun temps, déformateur de la vfrilé par
principe, il ne prit la précaution d'accorder
ses paroles entre elles et de se demander si,
d'aventure, elles ne se lrouvaient pas déjà
démenties par d'autres prononrées an.térieurement, sous des impressions différentes.
La rancune de Napoléon se fondait sur de
puissants motifs. La lutte entre eux ne s'était
pas arrêtée à l'abdication de Fontainebleau.
Proscrit par Napoléon, au retour de l'ile
d'Elhe, Talleyrand lui avait répondu en le
faisant mettre au ban de l'Europe par le
Congrès de Vienne. Cette rancune fut tenace.
Dans ses dictées de Sainte-Hélène, Bonaparte
reprendra, maintes fois, le texte de ses accu•
salions contre son ancien grand chambellan.
S'il avait été vaincu, si le torrent des armées
alliées s'était précipité sur la France, la faute

unique en était encore à Talleirand. Chaque
détail, choque tr:iit, ']UÎ lui remontait à la
mémoire tendait à la dépréciation de l'homme,
de ses serrices rendus, sinon de ses talents
qu'il ne pouvait révoquer en doute absolument, et de sa vie intime. Car, s'il rerommençait souvent à dire que le prince était 1~
roi des fourbes, en politi4ue, il ne lui déplaisait pas d ajouter, quand s'y prêtait l'occasion. que la princesse élait la plus sotte des
femmes et, naturellement, n'en ayant d'aulre
exemple frappant à citer, il ressuscitait l'anecdote pas très sûre, la terrible anecdote de
lln,e de Talleirand confondant Benon revenu
d'Eg)pte, llumholdt revenu de partout, ou
Thomas Robinson, un diplomale anglais qu'on
lui présenla, avec le héros &lt;le Daniel de Foé,
le légendaire Robinson Cru:;oe. Mais il s'attardait peu sur le fait de Mme de Talleyrand,
non plus que sur la raison véritable pour laquelle il lui arnit inlerdit de se montrer à la
Cour. Il se rejetait ù l'adversaire constant de
sa politique conquérante, aux vices, à la noire
ingralitude, aux félonies, à la Yénalité de
Talleyrand.
0

Cette vénalité dut être bien rérnltante,
cette corruption bien audacieuse, puisqu'il en
fut tant parlé'. Talleyrand aima trop l'argent;
et Bonaparte lui en fit un long srief. C'est un
point sur lequel il l'avait attaqué souvent,
pendant son règne. « Voyons, Talleyrand, lui
demandait-il à brùle-pourpoint, ~oyons, la
main sur la conscience, qu'avez-vous gagné
avec moi?» Une autrefois, c'était à un membre de la Confédération du Rhin qu'il posait
la question, sous une forme dépouillée de
ménagemenls : c&lt; Combien Talleyrand vous
a-t-il coûté'/ » Cette affaire de chiffres lui
tenait trè1; à cœur 3, à lui Napoléon, qui puisa

p. 3.)

3. Pour dérouler un peu celle manie qu'nait Napoil-on di:: lui parler, i tout propos, par taquinerie ou
sous forme de reproche, de la plénitude de son colfrefort, de tous ces ëcus qui regorgeaient dans sa caisse,
de cc Pactole Lrîllont, où il le voyait nageant it pleine
eau, il feignait, quelquefois, d'être au contraire gêné.
• Talleyrand, lui disatt-il un autre matin, on prétend
que je suis anre. • De.9 gens de son entourage l'en
accusaient, a cause de l'esprit 1l'ordre qu'il avait imposé dans les dépenses du palais, sans cesser d'èlre
magnifique el large dan1 Ica grandes occasions. Le
prince de Béné\·ent avail répondu qu'il ne pouvait
différemment agir, qu'il donnait le bon exemple en

Cliché Ncurllcln frère.s.

CHATEAU DE VALENÇAY, COUR INTfRIEURE.

refrénant le gaspillage,

cl

d'autres lieux communs

ejusdem [arfoœ. Alors, voulant donner un sens plus

accentue a ce qu'il rnnail de dire : • Vous êtes riche,

,·ous, Talleyrand; quand j'aurai Lesoio d'argent, c'est
vous que j'aurai recours. 1 Sans se déconcerter,
celui•ci, qui se tenait sur la dcfense, répliqua qu'il
à

�,__ msTO"R.1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ..
si librement et sans en rendre de comptes à
personne, dans les caisses de la France et de
l'Europe. A nai dire, en y insista?t• par dC's
interpellations vives et voulues à l adress~ de
Talleyrand, il ne faisait qu'appuier dune
·manière rude sur des points connus, établis, de corruption diplomatique;. L'usa.ge e_n
était, pour ainsi dire, passé à I etal. d habitude· normale, entre les chancelleries, au
temps du Dirrctoire. Le Gouvernement français se trouvait avoir la meilleure part dans
l'échange des u douceurs » glissées en secr~t
aux meoeurs de négociations, parce qu 11
avait, pour lui, la position ~rivilt&gt;giée que
confère la victoire. Mais il usait de retour, à
l'occasion. Sous le Consulat, pendant les conversations diplomatiques avec l'Autriche, Bonaparte avait recommandé aux bonnes attentions de M. de Talleyrand l'enrnré ~e_l'em~°:
reur d'Allemagne, à Paris, où il etatl .a~r1ve
le 2 thermidor de l'an Vlll, el le mmislre
lui répondait, à ce propos : •
.
« Je n'ai point !ail de presenls _a li. de
Saint-Julien, parce que tous les b1Joux du
Directoire sont tels que l'on ne porte plus
rien de pareil depuis cent ans 1 •
.
Quand Napoléon en\'op son frère LuCien,

entre soi, en famille, il lui d°.nna ce premier
conseil : l'i Revenez riche. l) Et la_ recommandation fut si bien comprise, s1 largement
appliquée, qu'il en revint, en effet, a~c~ beaucoup de diamanls', beaucoup_de m1lhons, et
qu ··1I 1u1 très riche , le plus riche. des ,BonaM
parte. Aussi, quel luxe de r~cE'pllons, a . adrid et à Paris I Quelles magmficences,. au retour, et que de fêtes, à l'hôtel de ~rissac el
au manoir de Plessis-Cham:rnt! Lucien p~rut
sarre à Napoléon. Moins indulgent au prrnce
Béné\·cnt, l'empereur ~rnrmera, dans son
Mémorial, que s'il l'a_va,t remplacé par le
duc de Cadore, c'est qu il était lahgué de_ ses
auiotages et de ses saletés. Il aimera ~1eux
s,0armer de ce grief que de l'autre
. . et véritable
Il
motif : le désaccord de sa poht,que avec ce e
d son ministre désapprobateur du blocus
c:nlinenlal et dr la perpétuité des guer~es.
« Ce qui est bon à prendre est bon a garder ,, Co nseillait Figaro. 'fallel'rand
,
é I ava,l
L.
. ' ses principes à la meme
pmse
. dco e.. . UImême évalua à une soiiantarne e m1 11 io~s
ce qu'il pouvait avoir reçu, au _total, des pmssances, grandes ou petites, qm se rappelèrent
à ses bons orrices. Dans cc genr_e _d~ transactions, qui ne tournaient pas prec1sement à sa

de°

que des intérêts de personnes el se sauvat
par là d'un blâme plus grare. A ses yeux,
el!P.s n'étaient que des éléments accessoires,
quoique productifs, de la discussion géné:-ile;
elles ne faisaient pas dé,·ier les grandes lignes
de la politique extérieure; elles ne lésaie~t
ni la prépondérance de la France sur le continent ni ce qui restait encore mtact_ du bon
droit européen. Si bien que, raisonnant
d'après cela, il s'estimait tr~s fondé _à percevoir un tribut sur les concessrnns part1cuhères
dues à son influence. lin contemporain, non
suspect de partialité à son ~ndroil, le comte
de Senfft, lui rendit ce témoignage que, tout
en profitant de sa position pour augment~r
sa fortune à l'aide de moyens quelquefois
peu délica;s, il ne s'él.ait jamais lai~sé conduire, lût-ce par les motifs d'intérêt personnel les plus puissants, à favoriser. des pla_ns
contraires au sens général de sa ~1pl~mat_1e.
A ces réserves près, il ne négligeait rien
d'utile. Ses complaisances devaient être payées
non en tabatière~, ou dfamants, Sul\'ant la
coutume ancienne, mais en argent comptant.
Lorsqu'il fit agréer les princes de Schwarlzenberg, de Nassau, de Waldeck, de Lip_Pe et de
Reuss · dan, la Confédération du Rhm, 11 en

JVAPOLÉON ET TALLEY~AND - - ,
:\'apoléon n'en lut informé que plus tard, et
trop tard pour rev~nir sur leur admission.
Tall,yrand s'était gardé d'agir en son nom
propre, mais s'était reposé du succès de
l'affaire sur l'entremi~e d'un homme adroit,
sap,ace, intimement mêlé à toutes les intrigues
d'alors, le baron de Gagern, ministre du duc
de Nassau. On a\'ait respecté les convenances,
d'une façon attenlive et soigneuse, dans Ja
teneur de ces négociation~. li n'nait pas été
question de marché, de conditions, ni d'olTres
précises, quoiqu'on cùt aLouti aux mêmes
réalit~, sans en employer les termes. JI. dP
Talleyraud voulait bien ne pas fixer de chiffres; il abandonnait à son intermédiaire habituel de tabler au plus juste, d'après son
appréciation d'ensemble et les estimations
supplémentaires du lieux Sainte-Foix, le prix
des obligeances laissées à la discrétion du
prince 1 • Il fallait financer, chaque fois, mais
en y meltant la manière, d'un geste élégant
et délicat. Napoléon arait connaissance de cet
état de choses et n'en était rien moins que
satisfait. Talleyra11â n'y prenait pas tant de
scrupule. Il se disait que sa haute situation
était comme une mine d'or à exploiter, qu'il
aurait eu grand tort à ne point en user, que
sa fortune, quoique grossie d'énormes dotations annuelles, n'était pas suffisante à la
tenue de sa maison princière, qu'il dépensait
beaucoup, qu'il aidait à ses fr~res, à ses neveux; qu'il avait toujours eu la main libéralement ouverte pour ses anciens amis, et que
c'était affaire aux princes de la Confédération
du llhin de subvenir au surplus, dans la mesure des services qu'il avait été appelé à leur
rendre. Tranquille en son âme, il se payait
de ces bonnes raisons, comme de circonstances atténuantes à des actes de vénalité
indéniables. Car, ce lut bien le côté faible de
sa moralité politique.
Mais les dossiers de l'histoire comportent
uni! autre dénouciation grave, à la charge de
Talleyrand. C'est le fait que, rninis!re, prince
de Hénévenl, archichancelier d'Etat, vice~rand-électeur, grand c:bambellan, comblé
de titres el de millions par l'empereur, il
n'aurait eu rien de plus cher que de conspirC'r, ensuite, contre lui et de ruiner son édifice. Quels arguments plaidèrent pour l'absoudre, en partie, de ce cher d'accusation?
L:i perfidie esl nohlc cmers la Lyrannie.

LE CONGRi::S DE VIENN!s, -

Dtssin dt J.•ll . IS,\BEY, (Mu.~ee dl/ Lo11~rt.j

comme arnU3.ssadeur en Espagne, parlont

louanoe
morale, il n'engageait, du moins,
0

avait été récompensé d'avance, abondamment.

ètaiL loin d'êlre riche_. ';'Om_me on C!l _gr?ssis.qit le
bruit, que ce qu'il po~dail, tl le den1l al empereur,

11uïl n'a,·a it rien, d'ailleurs, qui . ne !'til li~·• di"P,gsil.io.~.
1. Lellre dt Talleyrand a .\apol.rm,, • JUl -

let 1800. (Archives uat., ~'tl~ rlc France, 008, f• .$.
:!. JI lt''I re\·cndil en Holla ndf' .

déclare Emilie, dans la tragédie de Cinna.
Cette maxime cornélienne, si féconde en excu~es, si flexible aux accommodements de
conscience, Talleyrand aurait pu lïnvoquer
pour justifier sa propre conduite, en supposant, du moins, qu'il consentit à nommer
perfidies les artifices de sa politique étrangère.
li est certain que, depuis les entrevues de
Presbourg, Talleyrand commenç.a de prendre
le parti des adversaires de son maitre, emisagé comme le parti du droit et de la justice.
Il est hors de doute que, tout en ser"ant Nat. Alémoirra du barm1de(:ager11, t. \"(. , fi anit
dé l'un des signataires de l'acte de la C:Onfédératio11
rh1·•nanc.

poléon, il se fit le miui,tre de l'Europe contre
son ambition démesurée, ambition qu'il jugeait criminelle par ses suites, par tout le

comme Tallc)-rand, comme Fouché, comme
beaucoup d'autres, sur la nécessité de mettre
un terme à cette frénésie, qui n'aurait sus-

Clithê ;\eurdein frtres.
LA CIIA\IBRE DU ROI D'ESPAGX!s, AU CHATEAU DE VALENÇAY.

sang qu'elle faisait répandre. Voyez-le, au
fort des négociations les plus laborieuses : il
emmêle à dessein tous les fils, souffle Nesselrode, excite Alexandre, conseille et déconseille Napoléon, brouille d'un revers de main
les cartes russes et françaises, renseigne el
rassure Metternich, prépare de loin, avec ses
amis de l'intérieur, le rétablissement de l'ancienne monarchie, inlrigue, complote, el n'entre,·oit, au bout de tout cela, qu'un résultat
inévitable el désirable : la fin d'une domination qui consterne la France et le monde.
Par le !ail du rôle officiel dont on le voiait
revêtu, son attitude s'était enveloppée d'un
caractère forcément équivoque. li s'en défendit en alléguant des motifs d'un ordre supérieur. D'une part se dressaient, ennemies de
tout accord, les prétentions à une suprématie
absolue de l'agitateur en permanence, toujours a~sailJant ou toujours assailli, et qu ïl
fallait éliminer comme un élément pernicieux,
d'une manière ou d'une autre, de la vie générale des peuples. De l'autre était la France,
victime cruellement foulée de cet appétit d'extension sans limites en disproportion avec les
vraies forces du paJs et vouée à de suprèmes
désastres. Il avait séparé nettement, dans les
raisons de ses actes 1 la cause de la nation de
celle de l'empereur. La marche détournée de
ses desseins, il l'al'ail réglée sur l'étal de la
France et l'esprit qui y régnait. On était
fatigué au delà de l'imaginable d'un bouleversement sans fin. Les populations é1aient
écrasées d'impositions. Les plus sages considéraient avec une infinie tristesrn les prélèvements annuels de la conscription sur les
dernières réserves de jeunesse et de force de
la patrie. Pendant la guerre d'Espagne, un
homme simple, un prêtre, avait raisonné

pendu ses ravages d'elle-même qu'après al'oir
écrasé l'Europe totalement, du nord au midi,
de l'est à l'ouest; il avait obéi à la même
conviction que le rêve. el st::s réalités tragiques avaient assez duré, lorsqu'il pressait
ainsi le général Wellington de prendre l'ollensive, après son passage de la Bidassoa :
« Le colosse a des pieds d'argile; attaquez-le
vigoureusement, et vous le verrez s'écrouler
plus facilement que vous ne le croyez. • Tel,
le prince de Bénévent avait stimulé les énergies hésitantes des empereurs Alexandre et
François II, pour les pousser à une œuvre de
libération qui ne devait plus larder.
Napoléon protestera que des jours seraient
venus où il aurait culth'é la paix avec amour;
il aurait répandu le bonheur sur le monde et
les hommes l'auraient béni. Paroles du lendemain .... Il ne se serait jamais arrêté: C( Je
ne suis de\'enu grand que par les armes, disait-il à Bourrienne, illustre que par les conquêtes dont j'ai enrichi la France: la guerre
et d'autres conquêtes pemenl seules défendre
ma situation. »
Si, par la situation inextricable qu'avaient
faite à Bonaparte les guerres de la Révolution
et les suites conquérantes qu'il leur avait imprimées, s'il n'avait d'autres mo!·ens de règne, fatalement, que les prises d'armes con•
tinuelles et la victoire indéfectible, c'est-à-dire,
en des termes moias glorieux, l'extermination
des faibles et le partage de leurs dépouilles
avec les forts, puis, dans les riralités àpres
du butin, la bataille encore conlre ceu1-ci, la
bataille sans fin, n'était-il pas préférable,
pour le repos universel, d'abattre, flll-cc
avec le concours de l'étranger, celui que les
peuples et les rois rejetaient comme l'implacable adversaire de la tranquillité des hom-

�, - - 111ST0~1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ____.
mes? Ces considérations, TalleFand les jugeait irréfragables, sans aucun doute, pour
la justification devant l'opinion de son temps,
devant l'histoire, de son manquement évident
de rectitude, dans le double jeu qu'il s'exposa à tenir entre Napoléon et l'Europe coalis~e. Deux points sont restés vulnérables en
sa démonstration, deux faits à sa charge. Le
premier, c'est qu'il dévoila aux ennemis des
plans dont le ·secret lui avait été confié. Le
second, c'est qu'il n'avait pas cessé de recevoir les gages de celui dont il conspirait la
perte. Avant d'attirer à soi Metternich, avant
d'indiquer le chemin à l'empereur de Hussie,
n'eût-il pas dù rompre les liens qui l'enchainaient au service de Napoléon? Sur tout cela
trainent des airs de trahison, si défendable
que pût être son intention théorique de libérer la France d'un joug insoutenable. Mais il
avait fait litière des scrupules où s'enlizent
les Fermes résolulions. Par-rfessus l'irrégularité des moyens il avait élevé les raisons méthodi1ues du but à atteindre. Ses vues, telles
qu'il les concevait, répondaient à des fins légitimes. et ses procédés étaient de ceux dont
l'usage était presque passé à l'état d'habitude,
tant la pratique en avait été rendue familière
aux uns comme aux autres. II avait intrigué,
cabalé, faussé sa parole; en cela ressemblaitil à beaucoup de consciences princières en
Europe. Frédéric Il en avait déjà posé la
const:1tation, lorsqu'il écrivait à Voltaire, le
8 ao1'U 1736 : « La foi des princes est un
objet peu respectable, de nos jours'. 1&gt; Talleyrand avait fait défection à Ilonaparte,
comme Ronaparte avait renié sa delle de
reconnais5ance envers Barras, auquel il devait tout, mème sa femme, comme il avait
foulé aux pieds ses serments à la République, comme, à la veille de Brumaire, il avait
trompé tout le monde, Barras encore, Gohier,
Lucien lui-même, en jurant de respecter la
liberté qu'il allait détruire. Certes, Talleyrand
fut loin d'ètre un modèle de franchise, de
constance et de lo)'auté. Mais lui, l'empereur .... C'était un terrible homme en matière
de morale publique et privée, ne croyant pas
à la reconnaissance el le disant; n'ajoutant
aucun prix au désintéressement et l'affirmant
aussi', exprima11t comme un fait de constatation simple que la bonne foi n'e).Îste pas,
qu'il n'y a, dans le monde, que de l'amourpropre et de l'hypocrisie; jugeant que rieu
n'était mal ni bien en politique, mais seule-

ment bon ou mau,·ais, selon le parti dans
lequel on était; estimant que si des lois, des
règles, des convenances de principes étaient
nécessaires ~, la masse des humains:, pour la
police de la société, il n'en avait pas afî:.1ire,
lui, le mortel prédestiné, parce que n'étant
pas un homme comme les autres, il n'avait
point à s'en embarrasser; enfin tenant toujours prèle une loi d'exception en sa faveur,
une maxime d'États pour justifier ses üolences ou ses passions. Quelque chose de cette
morale gouvernait l'esprit de la famille; car,
on ne saurait dire que ses frères, ses sœurs
(comme beaucoup de ses généraux) enrichis
par lui, couverts de dignités par lui, tinssent
à honneur de se montrer ses fidèles soutiens.
La duplicité régnait, partout, en Europe.
La défection était dans toutes les âmes . Le
généreux. empereur de Russie, le noble
Alexandre, venait de recevoir une lettre des
plus touchantes du roi de Prusse; le lendemain, il jngPait parfoitement naturel de proposer à l'ambassadeur d'Anlriche de se partager ensemble les débris du royaume de cet
allié, son ami de cœur et d'âme. Si la mauvaise foi semblait être une condition de vie
du cabinet de Vienne, le rPproche de celte
déloyauté systématique aurait pu s'étendre à
tous les cabinets de l'Europe. Conclure la
paix avec l'un pour mieux écraser l'autre, et,
cet aul re vaincu, revenir au premier et l'écraser à son tour, n'était-ce pas la règle ouvertement suivie par tous les che[s d'État?
A chacun de ceux qui tenaient en main,
maitres ou serviteurs, les fils de la politique
étrangère, l'intrigue apparais~ait comme un
recours légitime et nécessaire ; elle était
considérée comme le seul moyen possible de
sortir des conditions insupportables, qu'avait
imposées sur le continent l'abus de la force.
En précipitant la cbute de l'empire, non sans
avoir essayé, par trois fois, de Ie sauver en
1810, en 1812, en 1815, Talleyrand n'avait
fait qu'accélérer la catastrophe, que rendaient
inévitable les haines conjurées de l'Europe
entière. L'expérience des événements accom•
plis avait ratifié, une à une, les prévisions
qu'il avait établies et c1u'on avait refusé d'admettre . Après viagt-deux ans de lutte presque
sans répit et d'extermination entre les peuples, on en était revenu exactement à ses
vues de 1792, celles ()Ue l'Angleterre obstinément avait représentées comme les seules
conditions d'une paix durable, celles encore

1. Il s"y entendait. Personne ne ful llius ii. !"aise
que le Grand Frédéric sur la valeur élastique d'une
parole donnêc. Et comme il jouait, en artiste supérieur, la comêdic -du senlimerit!
DorgP.l avait perdu sa femme. Frédéric lui écrit
une lettre palhélique el même fort cbrêliennc. illais.
le mème jour, il fait une Cpigrammc ronlre la déf1,1ntc. " Cela ne laisse pas que de dom1er a penser, D
co!Umc_ le nmar9uait Vo!ta_ire, songe~nt il ce qui pouvait 1111 en revenir. {Lettre a }hue Dents, 17 noi·.1750. )
'.!. ,a li n'a jamais eu de haines ou d'atfectiuns que
celles 9ui lui ont été commandées par son iolérêl. n
(Pasqmer, Albn., L 1~•, p. 149.l
3. Des condamnations politiques prononcées des
exécutions commises, dans J'ombre cl sans form'e de
jUStice, comme des assa~sinats. pouvaienl-clles lui être

imputées â crime'! iYélail-il pas absolumenl quitte de
toute explicalion subsidiaire, qoancl il avait articulé
celle formule. : « Les grands hommes ne sont jamais
cruels sans uêces~itC. n
4. Au moment de {IUiller Londres. le I •• mars 1 i04,
il écrivait â )!me rie Staël: o: Faites cc que ,·ous pourrez
pour tirer Dime de Laval de nolre horrible France;
JC vous remercie de tout ce que ,·ous ferez pour cela. 11
;). Œ C'est une réflexion que je fais 3\'Cc peine; mais
tout indique q1:e , dans l'homme, la pu1s,ance de la
haine est plu~ forte que celle de I humanité, en génCral, et même que celle de l"i11tér&lt;'t personnel.
L'idée de grandeur cl de prospérilé sans Jalousie el
sans rh•alite est une 1dëc tro~ haute et donl la pensèe
ordinaire de l'homme n·a pomt !a mesure. li (Talley1·arlll. Mém .. t. 1~•, p. 75. )

que l'Autriche re\'endiquait depuis le 1raité
de Luné,·ille et qui fut la pensée constante,
l'objet de toutes les coalitions.
Qu'on lui ait reproché, à une époque où
la corruption était à peu près générale, ses
11 grandes réquisitions de présents n, ses
(1 continuelles et fructueuses complaisaaces
&lt;1 envers la fortune )&gt;, cen 'est pas sans justice;
il a fourni trop de pièces au procès pour
qu'on puisse l'en absoudre. La cautèle el la
vénalité furent trop souvent les associées de
ses combinaisons. A trarers ses défaillances
raisonaées, quoiqu'il fit ou traitM, il s'était
réservé de ne porter nulle alleinte, nul préjudice réel et durable aux vrais intérêts de la
nalion. Dans les replis de S/Jll âme et malgré
son scepticisme de roué politique, malgré les
passagères imprécations '1u'il prononça contre
la France terroriste', demeurait un fond sincère d'amour pour son pals. Jusqu'à la limite
extrème de ses métamorphose,;:, on le vit
rester fidèle à ses premières conceptions d'un
libéralisme progressif et modéré. Enrin il fot
un ami des hommes, au sens pacifique du
mot. En toute circonstance où il parvint à
faire prédominer, tout au moins, une partie
de ses vues et de ses sentiments, il s'attesta
le défenseur du droit cl du bien d'autrui .
Ministre de deux gouvernements belliqueux,
il n'avait cessé de réprouver, C( en arrière et
en confidence )), parce qu'il les jugeait iniques et périssables, les arrêts de spoliation.
qu'il devait contresigner. De 1808 à 1815,
plus de quatre cent mille Français avaient
payé de Jeur vie les querelles particulières du
souverain (qu'ils s'étaient donné) nec les autres potentats de l'Europe. En aucun temps,
ni sous le Directoire, ni sous le Coasulat et
les dernières années de l'Empire, il n'avait
soutenu, sans y ètrc forcé, une politique de
démembrement et d'annexion dont la réplique était fatalement le retour des collisions
en armes et la perpétuité des rauses de
gut'rre. L'esprit de destruction aflligeait sa
raison i: et, je dirais aussi, son âme. c1 Que
me fait à moi, jetait !"empereur à Metternich,
la vie de deux cen l mille hommes 1 )) Deux
cent mille .... Ce n'é1nit pas assez . Il ajoutait:
Uu homme comme moi ne se soucie pas
d'un million d'lwmmes. Toutes ces exi5.tences vouées à la sou U'rance, à la mort ....
Poun1uoi? Parce que l'Autriche lui refusait
une province de plus, l'lllyrie, placée sur le
rbemin de son rêve, entre Rome et Constan.tinoplc.
Talleyrand aima la paix par goùt el par
doctriae, autant que Napoléon aima la
guerre par instinct et pour l'enivrement
d'une gloire cruelle. S'il passa quelquefois
auprès du bien sans l'accomplir, il n'avait
jamais encouragé le mal. Il respecta chez les
autres les principes de liberté, de propriété
individuelle ou collective, le droit de tous à
la vie. Et le sang d'aucun homme, versé par
sa faute ou pour ses intérêts, n'éclaboussa sa
mémoire.
F'RÉDÉRIC

LOLJF.E .

JOSEPH

TUROUAN
et&gt;

La
CHAPIT~E VII1 (suite).
Aprè3 quelques hésitations et malO'ré
l'amour qu'il pouvait encore avoir au fond l'Jdu
cœur pou~ belle infidèle, le pauvre Tallien
s~ décida a mtenter à sa femme une action en
divorce. Le général Lannes en [ais,ait autant
de son côté, pour la sienne, et le générai
Bonaparte, pour des motifs semblables avait
bien failli faire comme lui. Pendant la ~rocédure et comme pour bien ac•
centuer la nécessité d'un divorce, Mme Tallien mit au
monde
un .nouvel enfant ' Cla.
r1sse-Gabr1elle-Thérésia Cabarrus, qui, plus tard, épousa
M. Brunetière.
DeTant cette profusion de
pièces à conviction, le divorce
lut prononcé le 8 avril 1802.
La justice avait été vite. Elle
n'avait mis qu'un an à étudier
et comprendre l'aOâ.ire 1 •
Que fit Tallien après son divorce? ... On ne le sait trop. ll
vécut un peu d'expédients sans
doute, car la fortune ne lui
avait pas souri en Égypte;
Bonaparte non plus. Après l'avoir choisi pour témoin de son
mariage, en 1796, le général
ne lui avait montré que fort
peu de bienveillance sur la
terre de Sésostris. Sa défaveur
allait même aux gens dont
Tallien {'herchait à s'enlourer.
" Il avait presque frappé d'anathème tous ceux ~ui avaient
des relations avec Tallien,:. "
La disgràce dans laquelle il
tint les deux frères Lanusse
n'eut pas d'autre cause que
leuramilié pour Tallien. &lt;c Lanusse est lié, ainsi que son
frère, dit-il un jour, arnc un
homme tellement immoral
qu'il compromet même les gens
qu'il voit comme connaissances .... Je n'aime pas Tallien,
je n'aime pas cet homme; il esl méchant et
corrupteur;;.)&gt; Et c'est parce qu'il n'aimait
pas Tallien, parce qu'il n'avait évidemment
aucune confiance en lui, qu'il le laissait

fa

·I. Voir la Gazelle des Tribunam:, no,,, 18j5.

Tallien
sans emploi sur le pavé de Paris. Fouché,
qui ne valait pas mieux: que Tallien, mais
qui avait une instruction et une capacité
bien supérieures à la sienne, avait été pris
cependant par le Premier Consul comme ministre de la police. Tous les autres tbermidoriens, parmi lesquels il en était d'aussi
inc~pables et d'aussi igaorants que Tallien,
éta,~nt pourvus et se montraient déjà les plus
serviles adulateurs de César. Tallien seul n'avait

jOSÉPlll:-lE DE BEAUHARNAIS EN 18ol.

D'apres 1w dessin de Gf:RARD.

rien obtenu. Découragé, il alla eafin trouver
Fouché, et, grâce à lui, grâce aussi à Talleyrand, il finit par décrocher, en novembre 1804
.
'
le titre pompeux de « cornmissnire général et
2.

D1:cHESS E D'AnR1:-.rËs,

Mémoires, t. V, p. 28~.

agent des relations commerciales n à Alicante;
en d'autres termes, il fut nommé consul 11
Alicante. C'était bien maigre pour celui qui
avait été l'idole de Paris après le 9 thermidor,
qui avait présidé la Convention à 25 ans! Il
fallut pourtant s'en contenter. La nécessité
était là. Et puis, rester à Paris, le pouvaitil? .. . Voir ceUe qui avait été sa femme se
pavaner dans les équipages d'Ouvrard, lui
aurait mis trop d'amertume au cœur. Car
peut-être l'aimait-il encore,
malgré ses infidélités, malgré
son abandon, malgré son divorce : on les aime toujours,
ces monstres-là, en dépit de
toutes leurs trahisons, et telle
est la làcheté de notre pauvre
cœur que les moins dignes
d'être aimées sont toujours les
femmes que nous aimons le
plus! Pauvres aveugles aussi,
qui ne sommes pas capables
de voir que la femme est faite
pour être aimée - quoique
au fond, elJe s'en soucie médiocrement - et non pour aimer! Pauvres fous, qui ne voulons pas nous persuaderqu 'avec
les femmes il est sage de ne
montrer qu'un doux scepticisme, une aimable galanterie,
el qu'il faut avoir assez d'esprit pour ne pas mellre le
cœur de la partie, si l'on ne
reut la perdre sûrement et
porter bientôt ce cœur en
berne. Un cœur d'homme!
qud joli joujou pour une coquelle ! Elle s'amuse avec cela
comme une jeuae chaltc d'une
boule de papier, oh! bien genttment : elle mus l'écorche
elle vous Ie déchire avec un;
grâce adorable, elle le jette en
!"air, le reprend, le roule, lui
donne des coups de palle, l'oublie, marche dessus sans faire
semblant de le voir, le reprend
encore, le mord .... Comme la
challe, c'est par la griffe qu'elle retient son joujou. Un instinct dit aux femmes, même aux
plus sottes, que ce n'est pas en faisant patte de
,,elours qu'on couche un homme à ses pieds,
3. Ibid., t. Ill, p. 227.

�mSTO'R,_lA

LA

offert une robe de douze mille francs! Au
mois de mai 1812, on le mit paraître dans le
cabinet du duc de flovigo. Barère, qui l'y
rencontra, croit que, comme lui, il avait été
mandé par le ministre de la Police pour le
renseigner, en sa qualité d'ancien rérolutioonaire, sur des bruits de mouvement dans les
faubourgs, à propos de l'enchérissemenl des
subsistances. t
En 1815, il était si changé que, étant allé
voir Carnot, l'ancien Directeur ne le reconnut
pas 3. On le voit, en cette même année, voter
l'Acte additionnel et motiver ainsi son vote
sur les registres de la mairie du I[e arrondissement, rue d'Antin : « Les phrases étant
inutiles lorsque .)es dangers de la patrie sont
imminents, lorsque l"honneur et l'indépendance de la nation commandent le sacrifice de
toute opinion particulière, voulant a\'ant tout
ètre et demeurer Français, e~pérantdu temps,
de l'expérience et du patriotisme des deux
chambres les améliorations désirables, je dis
OUI. '
On essaya, sous la Restauration, de lui

susciter des ennuis pour ce vote. On le dénonça, comme si l'on avait été sous la Ré,,olution; mais la dénonciation n'eut pas de
suites. Tallien, qui avait déjà éprouvé la bienveillance du roi en 1814, - il en avait reçu
une pension de six mille francs, - expliqua
les motifs de son vote à Louis XVII[ dans
une lettre où il implore sa bonté et lui expose
son misérable état de santé. li souffrait, en
effet, beaucoup de la goutte : il lui arrivait
de rester des mois entiers sans pouvoir marcher, sans pouvoir même tenir une plume.
De plus, il avait perdu l'usage d'un œil, et il
dit, dans une lettre, qu'il est atteint de la
maladie de la pierre. Son âme n'était pas
moins ébréchée que sa constitution. Dans sa
détresse morale et physique, c'est au roi
Louis XVIll qu'il s'adresse : " .. . Dans cet
état déplorable où tout être m'abandonne, lui
écrit~il, où je ne tiens à la vie que par la
douleur, où ce qui me reste de moi-même est
le courage de l'âme, souffrez, Sire, que tout
ce que Votre Majesté peut faire pour mni, j'ose
le lui demander avec la conÎlance et l'abandon
que m'inspire mon extrême malheur et voire
inépuisable bonté? ... ,, Louis XVIll se laissa
toucher. Aussi bien avait-il une detle de reconnaissance envers son ancien correspondant,
au temps de son exil. li l'excepta de la cruelle
loi de proscription, dite alors d'amnistie,
qui exilait les régicide!-, sauf ceux qui avaient
trahi leur mandatélectif en intriguant auprès
de lui, c'est-à.dire Barras, et lui Tallien . li
Le traitement dont il jouissait comme ancien consul fut supprimé en 1816. Il implora
la bienveillance de M. Decazes (lettre du -25
janvier 1816) et quitta un appartement qu'il
occupait rue Chabanais, n° 4, pour aller
s'installer au mois d'avril, dans la petite
chaurnifre, allée des Veuves, n° 51. C'était
une modeste maison que son ancienne femme
mettait, obligeamment, à sa disposition, afin
qu'il se soignât, avec un jardin, du grand air et
du soleil, mieux qu'il ne le pouvait faire dans
un appartement.
Tallien avait dépouillé tout amour-propre.
Il accepta l'hospitalité de son ancienne femme
comme il acceptait les bienfaits de Louis XVIII.
comme il a\'ait accepté une place sous l'Empire. Et, dans ses Jeures au roi et à
M. Decazes, il parle de sa conscience. Il
avait dû, évidemment, s'en faire une à son
usage, depuis qu'il était entré dans la vie pu~
blique, et aussi depuis qu'il l'avait quittée,
mais cette conscience était bien indulgente.
Pendant l'hiver de 1816 à 1817, l'état de
santé de Tallien s'aggra\'e. Ses ressources
sont épuisées. C'est un temps de souffrances
générales et la famine est en France. La princesse de Chimay en est réduite à faire des
emprunts. Tallien, lui, en est réduit, pour
pouvoir manger, c, à vendre ses livres et ses
effets pièce à pièce », comme il le dit luimême à M. Decazes dans une lettre désespérée. C'était vrai . U. Pasquier rencontra

un matin M. Tallien sur le quai. L'ancien
conventionnel avait des livres sous le bras.
li lui dit qu'il les portait chez un bouquiniste pour les vendre. M. Pasquier pril
les livres, les examina, et, avec beaucoup
de délicatesse, dit qu'ils manquaient à sa
bibliothèque et que, s'il voulait bien les lui
céder, il lui ferait plaisir. Il ajouta qu'il
aurait l'honneur de l'en aller remercier chez
lui. Ce fut un prétexte pour donner à Tallien
une somme assez ronde. Comme c'est au
coup d'État du 9 thermidor que M. Pasquier
avait dû de ne pas monter, comme son père,
sur l'échafaud, il en garda une profonde reconnaissance à Tallien et il dit dans ::es
Afémoires : &lt;( J'ai pu acquitter envers lui,
peu de te~ps avant sa mort, ma part de
reconnaissance pour les services que j'en
avais reçus comme tant d'autres, et j'y ai
trouvé une réelle jouissance. Le secours qui
lui était accordé se trouva, je ne sais comment,
supprimé. J'en fus informé; j'y suppl•ai et
rendis ainsi ses derniers moment moins pénibles. Il m'en a fait, en mourant, témoigner
sa gratitu&lt;le d'une manière fort touchante.' »
Le prince Eugène de Beauharnais aussi déclare, dans sès Mémoires, avoir fait à Tallien
une petite pension daos ses dernières années.
Le malheureux en arnil bien besoin; on trouve,
dans ses lettres à M. Decazes, un exposé navrant de sa misère. En marge d'une demande
de secours qu'il lui adresse, on trouve la
mention suivante : {&lt; Son Excellence a envoié
un mandat de mille francs de sa main,
18mai18l8. 7 »
Dans un pareil état de santé, dans un pareil
état de misère, Tallien ne pouvait vivre longtemps. li s'éteignit le 16 noYembre f820,
emportant avec lui devant Dieu les chaînes
brisées de quelques milliers de prisonniers.
N'en disons pas davantage. L'histoire doit
être clémonle à celui qui a fait du bien,
même accidentellement, el qui a rendu un
de ces services éclatants qui couvrent et rachètent tout. Il ne faut pas examiner avec
trop de rigueur ni avec un microscope trop
bourgeois les excès auxquels un jeune bomme
aux passions vives, sans principes, né dans
une classe inrérieure, en un temps ou la fièvre
révolutionnaire faisait tourner toutes les cervelles, devait fatalement se laisser entraîner.
Amnistie à lui el à sa femme, mais pas de
statues.

1. Dur.HESS!,; o'AOfl.,l~T~:s , jl lémoins, l. \', p. 285
(éd. Garnier).
2. B,,R~RE, Mémoires, t Ill. p. 165.
'3. Jlémoires sur Can1ol , par son ms, 1. I, p. 528.

\. Ibid, L 11, p. 437.
5. !,es lell1·cs cfe Tnllicn ii Louis '.HIii el à M. Decazes, ministre de la police générale , à cc sujet, sont
am Arcl1ivcs nationales.

Elles onl élé reproduites par M. Cu. NAUR0\' 1 dans L~
Curieux.
6: CnANCBLIER PASQUIER, lllémoirts, l. I, p. 115.
7. C11. NA CROY , Le C1œie11x. Archi,cs nalionales.

mais en lui faisant sentir la grille. &lt;! J'avais
mille fois plus d'esprit qu'elle, a écrit Benjamin Constant de je ne sais laquelle de ses
maîtresses, et elle me foulait aux pieds. J)
Comme si l'esprit avait quelque chose à voir
avec ces femmes!. .. Et quand la boule de
papier, le cœur de l'homme plutôt, est bien
déchiré, bien mis en lambeaux, on le jette
de côté d'un petit air dégagé et dédaigneux
et l'on passe i, un autre.
Tallien partit donc pour son consulat. Ses
chagrjns domestiques, ses déboires de carrière
et de fortune l'avaient vieilli et défiguré. La
femme du général Junot, qui le rencontra à
Madrid, à la table du général Beurnonville,
ambassadeur de France en Espagne, en a
fait ce curieux portrait : « J'avais auprès de
moi un grand homme à la figure hideuse et
sinistre, qui ne disait pas une parole. Cet
homme était grand, brun, d'un a!-pel.'t morose
et atrabilaire, l'œil assez sombre dans son

regard et donnant mème d'abord l'idée qu'il
était borgne. Hais on voyait bientôt qu'il
avait ce qu'on appelle un d..agon dans l'œil.
li était taciturne, parlait peu, et, pour dire
la vérité, on ne lui adressait pas beaucoup la
parole .... Le malheureux! Quelle existence il
trainait alors 1 ! )J
Il la traîna jm:qu'à sa mort. Il resta dans

son consulat d'Alicante, oublié, oribliant luimême autant qu'il pouvait. Après avoir eu,
jadis, le plaisir d'être amoureux, il savourait
maintenant le bonheur bien plus grand de ne
plus l'êlre. La guerre de 1808 , inl briser
1

sa douce tranquillité. [! dut quiller l'Espagne.
Sa maison fut pillée. puis brûlée. On sait par
une lettre de lui à M. Decazes, écrite sous la
Restauration, qu'il y perdit plus de dix mille
francs. une fortune alors pour lui, et
jadis, Thérésia, sa he11e maîtresse, s'était

Revenons à Tbérésia .
Après son second divorce, elle quitta la
Chaumière du Cours-la-Reine et alla habiter
sa maison de la rue de Babylone, n' 685. Elle
tenait cette maison de la libéralité de Barras.
Un grand jardin l'entourait, planté de beaux
arbres, et en faisait une demeure des plus
agréable,;. On )' pouvait vi\'re, en plein cœur
de Paris, isolé comme à la campagne. Mais la
vie isolée n'était pas dans les goûts de Tbérésia qui, pour la troisième fois, avait repris

son nom de Cabarrus. Comme Ouvrard sub- grands yeux ouverts fixés sur la cantatrice
honneurs de chez elle : c'est un mérite, et,
venait à ses dépenses qui dépassaient les ses lèvres frémissantes paraissant répéter
assurément,
il n'est pas commun. On voit
reve~us de sa dot, écornée par son premier mélodie, elle eùt été à peindre 1• ))
aussi
que
les
étrangères forment la &lt;1 grande
mari et par les événemenls de la Révo-:-...,.,=-----:------:--,-:----------=-:=-:---------,-.., lon.
majorité » de son saComment en aulution, Thérésia reœrait-il été autre\'ait et donnait des
ment? .. . Depuis que
fêtes. Les crises de la
le
Premier Consul
vie glissaient sur elle
avait donné, par ses
sans l'atteindre. Mais
exécutions nécesaussi, c'est qu'elle
saires, le Ion sérieux
~vait soin de ne pas
au
monde parisien,
Jeter son cœur dans
Mme Cabarrus, qui
la lutte. De cette fane désespérait pas d'y
çon, elle était touêtre admise, avait
jours heureuse, puisrompu avec la société
que nous ne sommes
directoriale. Le monvraiment malheureux
de des émigrés renque par le cœur. Une
trés ne voulait pas se
bienvei11ance consmontrer chez elle et
tante, par système
le monde fonctionpeut-être plutôt que
naires ne l'osait pas,
par élan naturel, était
de crainte de déplaire.
sa règle de rnnduite.
li ne restait que la
Elles 'en tr,Juvait bien
finance
et les élranet ses amis égalegers; tout cela forment. On ne saurait
mait un noyau, assul'en Olàmcr; rien de
rément fort agréable.
plus sot que de se
LA MAISON DE TALLIEN, DANS L'ALLÉ:E·DES-VEUVES.
au
centre duquel trô•
laisser torturer par un
nait la belle impéLithographie de CttAMPrN, d'après le dessin de Rf:GN!f'.R. (Nusée Carna11alet . .1
de ces cœurs qui tyran.
nitente. Car c'était là
nisen t et gàten l une
.
surtout son ambition.
existence en vous entrainant à &lt;les dévouemenls
Ce bon Allemand, M. Reichardt, se laisse
s~upides, par d'impérieuses et lancinantes pas- prendre, comme tout le monde, au charme de 11 fallait ,àson bonheur ètre reine de que/qu~
s10ns amoureuses, qui n'entraînent jamais la sirène, mais il se trompe étrangement en chose, d un salon comme d'une ville, d'un
après elles que chagrins et désespoirs, et lais- croyant que ce qui la rend éminemment sédui- ?ouper comme d'une révolution. De là, son
sent l'àme dévastée et déssécl1ée comme un sante est (( le naturel et l'abandon des ma- immen_se ~rève-cœur de ne pas être admise
arbre frappé de la foudre. Oh! qu'une douce nières l&gt;. Si jamais femme fut le contraire de aux Tmler1es : quelle douleur de n·y pas trôner, comme Bonaparte!
~t sce~tique bienveillance est plus commode!
natureile, c'était ~ien Thérésia. Acette époque,
Mais écoutons encore M. Reichardt : c&lt; Pour
Elle fait peut-être des ingrats, mais qu 'im- tout, en elle, était affecté, étudié, mesuré; et
porte, puisqu'elle ne ride ni le eœur, ni le pourquoi? Pour avoir l'air naturel. De mème les _hommes, il y avait une quantité de tables
f~ont surtou1? ... Mme de Cabarrus avait trop que Racine, s'il faut en croire Boileau avait de Jeu :-la maîtresse de la mairnn présentait
1horrei::- de toute ride pnur agir autrement. appris à faire difficilement des vers faciles. elle-me~e les cartes. Elle voltigeait au milieu
Un Allemand, qui s'était fait présenter à Thérésia s'étudiait à ètre naturelle; son grand des_ parues engagées, hasardant cinq ou six
l~ms sur. une carte, s'attardant parfois à paMme de Cabarrus par le banquier Tourton
art consistait à dissim11ler cette étude et cet rier, _ma!s tout cela en passant. Quant aux
1·a~né~ ,q.ui _sui;it, son second divorce, et qui art, mais, aux yeux d'un observateur claira\'ait ete mv1té a lune de ses fêtes, nous en a "?yant, son esprit était aussi fardé que son Anglais, ils n'ont pas bougé des tapis verts
sur lesquels l'or s'amoncelait; les jeux de
laissé le récit. li nous fait pénétrer dans l'in- visage.
hasards faisaient fureur.
'
térieur de l'hôtel de la rue de Babylone et
&lt;( Par~i les invités, continue M. fieichardt,
Cl Mme ~abarrus a fini par recruter quatre
trace une esquisse de la belle maîtresse de se trouvait un Espagnol qui a chanté en s'accéans. « C'est, dit-il, une bellr, grande et compagnant de la guitare. Mme Cabarrus couples qm ont dansé une cc française &gt;&gt; au
opul~nte person~e. à qui l'on ne donnerait pas nous dit qu'elle n'aimait rien tant que « ces son d'un unique violon faisant un bien mai ore
son age, plus v01sm de_la quarantaine que de romances de sa chère patrie l&gt;, et elle fit ob- a~co_mpa?nement. Sa fille, g-enlille enfant d •:ne
la trentame . Une pehte tète aux contours server qu'en Espagne, ces chants accom- dizaine d années, ressemblant fort à sa mère
délicats la fait paraitre encore plus grande et pagnent toujours une danse. Et, en ellf!t . a dansé. avec iufiniment de gràce une de~
plus_ forte qu:elte n'est en réalité. Sa physio- pendant que le guitariste préludait, les petit; C( f~aaça1ses l&gt;, à la joie de sa mère, qui en
nomie porte l empreinte de cette bienveillance pwds de Mme Cabarrus s'ar,itaient comme avait les larmes aux yeux, et des assistants
charmés de ses ébats mignons. Les façons de
active dont tan~ de. gens ont eu des preuves dans l'attente du signal d'un h~léro. Du reste
la
mère et de la fille l'une à l'égard de l'autre
pendant les terribles phases de la Révolutioo. elle n'a ni dansé ni même touché à la bell;
md1quent
des natures aimantes.
Ses manières ont un naturel et un abandon harpe posée dans un coin du salon. Elle s'e:-;t
«
Cette
réunion, où dominaient les Ano]ais
q?i
rendent tout à fait sympathique et ex~lusiveme~t consacrée à recevoir, à pla.cer,
sedmsante. Lorsque, dans le courant de la e~ a ent~etem~ les dames, Anglaises en majo- et pendant laquelle lime Cabarrus, alla~t e;
soirée, el!~ s'est mise à genoux, joignant ses rité, qm venaient à son &lt;&lt; assemblée 1,. Elle venant sans cesse, ne pouvait suivre une eonver,!:ation, a fini par me se~Ller un peu longue.
belles mams, devant une petite Française
s'asseyait tantôt auprès de l'une, tantôt auprès
,1c Mme Cabarrus venait de reconduire juspour la supplier de chanter nne romance e~ d'une autre, toujours en mouvement, entraiqu'elle est restée dans la même attitude, 'ses nant à sa suite un groupe de cavaliers em- qu à la porte du salon sa dernière invitée avec
la g~àce animée et naturelle qu'elle avait dépressés . ,&gt;
1. HE1C11A_RDT, Un hiver à Pa1·is sous le Consulal
p_loye~ pendant toute la soirée, quand elle reOn voit que )Jme Cabarrus sait toujours vm; a nous, paraissant ne plus pou\'oir se
p. 200, Par1s,_! 1lon. Ce line mé1·i!c d'ètre beaucouP
plus connu qu 11 ne l'est.
s'occuper de ses invités el faire avec grâce les tramer; elle s'affaissa dans un fauteuil, la

1:

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C1TOYENN'E TAL1.1'EN - - ~

fa

�1f1STOR,.1.Jl

L.1t

tète ren\'crsée contre le dossier, s?upira~l
d'une voix presque éteinte : &lt;( .le n en puis
plus, _je :-uis morte! n .Je me trouvais près d'elle
avec Tourton; dans ma simplicité, je lui demandai naïvement si elle s.e senlait indisposée. Elle se redressa comme poussée par un
ressort : &lt;l Ce n'est pas ça, monsieur, » ditelle en souriant. Puis, s'adressant à Tourton
avec le même sourire : H ~Ion assemblée était
bien nombreuse, n'eSt-ce pas? ... l)
Toujours cette préorcupalion de la vanilé·
chez Thérésia ! Elle est heureuse d'a"oir eu
une « assemblée l&gt; très nombreuse, non pas
parce qu'on a pu s'y amuser davantage, mais
parce que la mode était d'entasser dans les
salons plus de monde qu'ils n'en pouvaient
contenir, de presser les gens les uns contre
les autres au point de leur rendre tout mouvement impossible, el de les étouffer pour
leur plaisir. D'ailleurs, l'appariement de
Thérésia n'est pas très grand. Le même témoin le décrit en deux lignes :
&lt;1 ... Il consiRte en un vaste salon et une
grande chambre à coucher suivie d'un boudoir;
il a été suffisant pour les soixante-dix à
quatre-vingt3 personnes qui s'y sont 1rom ées
réunies. &gt;&gt;
Maintenant suivons à pas discrets M. Reichardt dans la chambre de l'idole: « Le magnifique lit en ébène de la chambre à coucher
est d'un style différent et plus sévère que celui de Mme Récamier. Comme celui-ci, il est
décoré de jolis bronzes dorés. Mais le ciel de
lit, très ample et très élevé, a1anl la forme
d'une tente ronde, est soutenu par Je bec
d'un pélican doré, une forme importée
d'Égypte; les rideaux, en satin blanc el cramoisi garnis de franges dorées, retombent en
larges plis jusqu'au parquel. Toute la pièce
est décorée de jolis bas-reliefs. ,
li n'est pas jusqu'à la coiffure de sa charmante hôtesse, jusqu'à sa toilette, que !'Allemand n'ait eu soin de noter exactement.
Comme c·est ce qui intéress~ Je plus les
femmes, il faut encore faire cet emprunt à
son livre : cc Ses magnifiques chereux noirs,
arrangés en larges tresses, étaient enroulés
autour de sa tète jusqu'au front, d'nne part,
jusqu'à la nuque, de l'autre; des cordons de
perles fines s'entremèlaient ·aux tresses. Sa
rul,e était en satin blanc et cou verte de belles
den telles 1 • JJ
Oo voit que son second divorce n'avait pas
affecté la belle jeune lemme plus que le premier : elle y était maintenant habituée. Sa
conscience n'avait pas l'air de lui rPprocber
quoi que te fût, et l'on aurait mauvaise grâce
à se monlrer plus difficile que sa conscience.
D'ailleurs, quel esprit chagrin aurait eu le
mauvais goût, le triste courage de lui faire
de la peine en l'éclairant sur certains cas de
casuistique conjugale qu'dle aimait mieux ne
pas prendre corps à corps, et troul,ler ainsi le
bonheur de cette charmante femme qui, à
tout prendrr, ne vivait que du bonheur des
autres? ...
La belle Thérésia menait donc une rxistence

paisible, se parlageant entre son amant en
titre, ses amis, M. Alexandre de Girardin,
avf'c lequel son amitié semble avoir eu quel-

ques nuances particulières de tendresse, ses
enfants et les plaisirs. Tout semblait indiquer
que cette vie serait la sienne jusqu'à son dernier jour. Peut-être le croyait-elle?... Mais,
si elle en a,·ait déjà fini avec deux maris, elle
n'en avait pas fini avec le mariage. Le 16 thermidor an XIII de la République française
(18 juillet 1805), sous la seconde année du
règne de Napoléon, Empereur des Français,
elle se mariait une troisième fois à la mairie
du xe arrondissement avec le comte Joseph
de Caraman.
Le mariage fut purement civil. Il ne pouvait être religieux; l'Église catholique n'admet
pas le divorce, et, a ses yeux, 'fbérésia était
toujours la lemme légitime de !I. de Fontenay,
quelques liaisons, plus ou moins sanctionnées
par ~a loi civile, qu'elle ait pu avoir depuis ce
mariage.
Le comte Joseph de Caraman, qui n'avait
que trente-trois ans, un an de plus que Thérésia, appartenait à l'illustre famille Riquet.
C'est le père de son grand-père, M. Riquet,
qui avait conçu le plan du canal de Languedoc, et en avait exécuté les travaux. li jouissait d'une grande fortune et la Révolution
n'avait pu toucher que d'une façon passagère
à ses revenus du caaal, dont il était un des
principaux propriétaires. li a\'ait été élevé à
Roissy, à cinq lieues de Paris, dans la saine
atmosphère d'une famille unie. « Roissy,
écrivait Mme du Deffand en 1774, est le
séjour de la paix, de l'ordre et du bonheur.
Un père et une mère, huit enfants qui vivent
ensemble avec une union, une amilié parfaite:
c'est l'àged'o_r. 2 i,
Cette paix, cette union de famille, qui sont

!. Rt:1ŒAIIDT, Un ltü•er à Paris sous Ir C()ltSlllal,
p. :l00-20i.

2. lhte ou DnrHo, Correspo11do11cecomplèle, t. Il,
p. 426 (éd. L&lt;'scurc).

1

PASQl:JER.

D'après une lithograph~ de

MAURIN.

le plus grand bonheur de la vie, celte paix et
cette union que la Révolution n'avait pas
atteintes. étaient maintenant brisées dans la
famille de Caraman. C'était l'œu\'re de Thérésia. Elle avait dtî bien fl'availlel' le jeune
comte Joseph pour le décider à celte chose si
grave : fo révolte contre l'autorité du père de
famille, le mariage contre le gré de toute une
famille. Virtuose d'une beaulé à peu près défunte, e1le en amit joué en artiste. consommée.
Une fois qu'elle eut amené li&gt; jeune comte de
Caraman à l'élat d'amoureux aveuglC', elle lui
avait tenu des propos dans le genre de celuic-i : cc On se marie pour soi et non pour les
autres ... » et les lui avait chantés sur tous les
tons, avec toutes les variantes possibles. Le
pauvre garçon ne vo1ait pas, en sa qualité
d'amoureux, que ce sont là propos à l'usage
des femmes qui "eu]ent arhe\'er de faire
perdre le sens moral aux malheureux à qui
elles ont déjà fait perdre le sens commun;
anssi donnait-il en plein dans le piège, et,
pauvre dupe, il se répétait comme paroles
d'évangiles les piètres arguments de Thérésia. Régie générale, les hommes ne croient,
en fait de désintéressement, qu'à celui des
gens qui ont intérN à les tromper. Et, d'un
autre côté, comment n'a~rail-il pas cru une
femme qui, sur le terrain de l'amour, avait
de si beaux états de services? ...
On croit les hommes bien bêtes : ils sont
encore plus bêtes qu'on ne croit. Les femmes
le savent bien. En tout cas, le manège ne dénote pas chez !'expérimentée Tbérésia une
bien grande délicatesse de sentiment, et l'abnégation ne parait pas être \'enue compléter
le nombre de ses vertus. Quand même elle eût
aimé sincèrement M. de Caraman, - et ce
n'est pas à présumer, car c'eùt été chang('r par trop ses habitudes, - le devoir, pour
elle, était de se retirer, d'engager le jeune
homme à sui"re le vœu de sa famille, à obéir
à son père, à C( immoler son amour sur l'autel
du devoir )J. comme aurait dit Mme de Staël,
une connaisseuse en amour plus qu'en devoir,
mais qui, au moins, quand elle fit la folie de se
remarier, n'épousa pas l'immense fortune de
M. de Caraman. Quanl à celui-ci, il montrait
une fois de plus que c'est dans l'amour que
se constate le mieux la bêtise humaine.
On sait, par l'acte de mariage, que M. Joseph de Caraman dut faire des actes respectueux à son père, c'est-à-dire agir contre sa
volonté expr~se, ce qui n'est pas très respectueux , en épousant la femme que tant d'autres
avaient eue avant lui, c&lt; qui ne lui apportait que
]a rinçure de son verre» , comme aurait ditjadis
Madame, mère du Régent, dans son 1angage
aussi franc que pittoresque. Aussi la cérémonie du mariage se ressentit-elle de cet état de
choses. Le cboix des témoins : deux hommes
de loi du côté du comte Riquet de Caraman,
un commis-principal à l'Administration de la
Loterie et un homme de loi du côté de Thérésia, montre bien que cette union se faisait à
l'encontre de toutes convenances : famille,
amis, société, tout ce qui mérite le respect,
faisait grè\'e ce jour-là, el le rrprésentant
d'une des plus hautes familles de la Belgique

en était ~éduit ;, prendre, pour lémoins de
son m_ariai?e, des gens de Ioi. Du côté de
T!1érés1a, _I'humilité du rang social de ses
tcmorns n e~t pas faite pour étonner i à part
le ~~nde etranger, qui donc l'aurait vue à
Paris ....
. Elle s'en consola en pensant que son man,a_ge avec le comte de Caraman aurait \'Île fait
d epousseter son passé et de Iui ouvrir toutes
grandes les portes des salons de Paris
Les jeunes époux partirent en "o;ane de
noœs. lis allèr~nt en Italie. Aussi b~n y
éta1ent-1ls appeles par de grands intérêts. Le
prmce de Chimay venait de mourir. Comme

patri?te en pays étranger. Ce diplomate parla
a la Jeune reine des mérites de la comtesse
de Caraman; il lui dit, sans entrer dans trop
de d1tails,_ qu'elle_avait été héroïque pendant
la Rc\·olution, quelle avait sauvé un nrand
nombre de vies humaines .... Il n'en fallait
pa_s tant pour que les portes du palais s'ouvrissent devant elle à deux battants. Et
Thérésia, qui n'était pas admise, à Paris, à
la cour des Tuileries, prit sa r('vanche à
Florence, en se pavanant au palais Pitti.
c&lt; Elle y parut avec une robe de velours
brodée à Lyon, et à formes sé\'ères. Son co.s~
lumc fut trouvé si remarquable que les Ita-

VUE DE LA PRŒIENADE-NOUVELLE, PRISE AU TOURNANT DE L'ALLËE-DES-VEUVES ëT DUC

T.Jtl.Ll'E.N

--

le comte de Caraman é1ait son héritier I il
liens . dirent n'a\·oir jamais rien vu de si
alla avec sa fe?1me en Toscane pour le règlemagnifique et que les dessins de la broderie
ment des affaires de la succession. La nou- furent copiés 1 • »
velle comt~~se. cr_ut pournir dérober quelques
Mme de Caraman avait Je bonheur au cœur.
lie~res à 1~ttm 1té conjugale pour St! faire
sa
robe avait été trouvée belle et elle é•al :
prcsenter a 8·. A.1 1a reine dl~lrurie. C'ét:iit,
o e
t 0, ? A I
men
,1 le faut crutre, dans l'intérêt du bonheur f. ·t u.... a cour! li y avait ]à de qUOI·
~1re ourn~r une tête moins solide que la
d~ ~~n mari. Oa s'adressa donc au chargé
stenne. Mais son bonheur fut au comble
d affaires de France,!!. Artaud, qui était trop
quand,_ quelques semaines plus tard, elle fut
galant homme pour ne pas soutenir une comreçue a une autre cour, plus considérable

!

Cha~le~ le lfarcly (1470), et en principauté
(~48[)og?l1
· c C p_rmc1paulé Jla ssa de la maisnn de Cro
dan~ celle de Ligne-Arenberg en t612 l
. Y
1
qu'j;1 1686. A)~rs elle aeparhnl, parhé~ifag~,
:;
rte ~u-su-Pl11hppe-!-,ou1s de llennin , &lt;'l la· maison J
llennm la consen·a Jusqu'en 17{)0 , époquc ou. 1ccomt,ie

~~1:o::i

.

que celle de la reine d'Élrurie, à la cour d'un
Bonaparte!
Oui,. c'. Joseph Bonaparte, alors roi des
Deux-Siciles, instruit de l'accueil fait dans
Florence à Mme de Caraman, la reçut i1 la
cour .de Naples, q~oi, q?'on lui insinuàt que
so? \opge en Italie elalt la suite d'une disgrace )).
Nous n'aJlons pas suivre la comtesse de
C~raman ~an~ .son nou\'cl essai, qui, cette
fo~1s, fut dcfi111ttf, de la vie de femme honnete.
,!l faut cependant dire que, pendant la prem,ere Restauration, la religion catholique se

R
OURS-LA-

.1. • AS"è"' 8\'oir apeartcnu il. la maison de NcsleS.oisson~ ans le xm: s1êele, puis à Jean de llaynoult
~1re ~c ea~monl, P.u1s au.1 ptiastillons, (,'01ules de Diois'.
.', se1gneur1c ~e Clumay, !•lie du Hainaut français, fut
1\Ctlue /car Thibaut de M•~sons, seigneur de ~lorcuil
,t Ca n e Croy; elle fut érigée en comtê par le due d~

C1TOYENN'E.

EINE, -

Gravure de

Pf!WIG!,'.R
•

•

,

d'après "•t ARTISET,

remettanL à ètre à Ja mode, Thérésia souffrit
beaucoup de n'ètre mariée que civilement
av~e ~e comte de Caraman, qui, devenu propriétaire de la principauté de Chimav. avait
le droit de porter le titre rie prince, ~t elle,
celui, de I''.lnces,e de C!timay ! liais quelle
&lt;l,sgrace l Joutes les portes se fermaient
d~vant eilc. La pauvre femme, au lieu d'attribuer _cet ostracisme à son passé trop mouvemente, pensa que son mariage civil en était la
\'iclor-.Mau1·ice Biquet tic Caraman 1; }Oti-Q 1
tique ~u priucc d'!lennin d'Alsace, dcritcr~
1 1
C celte illustre maison. C'est ainsi que la r' •
~
cle Chimay est entrée dans la maison de Cr mcipautc
B;oe,•a
h
·
M'
h
d
S
aramau.
»
l •&gt;;, .P te ~c a~ , upplément, t. til)
.., Bwgmplue M1c!w11d 1 Supplément, L 61.

hé~Jtc

�-

fflSTO~l.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___.

seule cause 1 • Elle fit donc des démarches en chez vous . On en parlera pendant une secour de Rome pour obtenir la consécration maine, et, le lundi suivant, vous serez prince
religieuse de son mariage avec le prince de et princesse de Chimay. 2 1&gt;
C'était là un ami intelligent : il avait comChimay.
Il lui lut répondu que c'était la chose la pris que Thérésia cherchait le moyen de se
plus simple du monde, que l'Église bénirait pavoiser de son titre de princesse, Pt le lui
avec plaisir son union, et qu'elle n'avait qu'à avait indiqué. Il était de l'avis de Balzac qui
a observé&lt;&lt; qu'il n'est pointdesituation qu'on
produire l'acte de décès de M. de Fontenay.
Hélas l comment le produire, cet acte, ne puisse imposer au monde avec de l'audace
puisque M. de Fontenay était vivant? ... La et avec de l'argent &gt;&gt;. Le monde donna un dépauvre femme était en proie au plus vif cha- menti à cette observation, très fine, souvent
grin . Les portes de l'Église restaient fermées juste, mais pas auprès de tous. Dieu merci,
devant elle, ce qui lui était au fond assez il y aura toujours des gens pour avoir le resindiffêrent 1 - celles du monde ne s'ouvraient pect d'eux-mêmes plutôt que le respect de
pas davantage, cc qui lui était infiniment plus l'argent des autres et pour refuser de voir
pénible. Et c'est au moment où elle maudis- certaines parvenues de la finance ou du
sait le Ciel, que le Ciel allait la prendre en mariage.
C'est donc seulement en 1815, après quelpitié. Ces femmes-là ont toutes les chances .
Justement, à l'issue de ses négociations in- ques années d'une lente et habile métamorfructueuses, M. de Fontenay, qui était cause phose, que Thérésia osa arborer son titre
rie tout le mal et de qui elle était loin de de princesse de Chimay. Lorsque Tallien
s'attendre à la moindre attention, lui fit la l'apprit, le Gavroche qui sommeillait au fond
~racieuseté de prendre congé de ce monde. de son esprit se réveilla, et il s'écria : &lt;( Elle
C'élait avoir autant de complaisance que d'à- aura beau se faire appeler la princesse de
propos. Pour la première fois, Thérésia pensa Chimère, elle sera toujours, dans l'histoire,
du bien de ~I. de Fontenay. Pour la première Mme Tallien. "
Tallien avait raison.
fois, elle en dit; elle lui en aurait même souMais il est piquant de remarquer, en pashaité dans sa bonté, si le premier efiet de la
réalisation de ce ,,œu n'eût été de la priver du sant, que c'est en devenant princesse que
plaisir de le pleurer el surtout d'aller prome- Thérésia embourgeoisa définitivement sa vie.
ner partout son titre de princesse. Car, lui
A cause de la fille qu'il avait eue d'elle,
mort, elle se hâta de se munir de son acte de
décès et de faire donner publiquement la bé- Tallien n'avait pas complètement rompu avec
nédiction religieuse à son mariage. L'union celle qui avait été sa femme; il ne la voyait
avec Tallien ayant été purement civile n'exis- pas, et, d'ailleurs, peut-être ne l'eût-il pas
reconnue tant elle était changée, très peu de
tait pas aux )'eux de l'Église.,
temps après son troisième mariage. &lt;( Je reLe roi Louis XVlll étant revenu aux Tuile- trouvai chez Cambacérès, a écrit Mme Cavairies, après la seconde chute de Napoléon, el le gnac en 18!0, Mme de Caraman devenue
gouvernement de la Restauration semblant épaisse, couperosée, méconnaissable enfin,
solidement établi, Mme de Caraman revint à quoiqu'elle n'eût pas quarante ans. La preParis. i! Elle ouvrit sa belle maison de la rue mière punition des remmes galantes et la plus
de Babylone; ses soirées devinrent à la mode: sentie peut-être, c'est leur jeunesse flétrie,
on y donnait des bals, des concerts, on y abrégée par le genre de vie qu'elles mènent,
jouait la comédie. Les étrangers les plus dis- la jeunesse précieuse à toutes, mais indispentingués et leurs femmes affinaient dans les sable pour elles.' Il
Mais lorsqu'il s'agit pour Tallien et la
salons de Mme de Caraman, mais on n'y rencontrait presque aucun représentant du noble princesse de Chimay de marier leur fille
Thermidor, il fallut bien se trouver lace à
faubourg qu'elle habitait.
, Propriétaire de la principauté de Chimay, face, tout au moins à la cérémonie du mariage.
le comte de Caraman n'osait en prendre le Cette rencontre donna lieu à des incidents
titre. La comtesse, depuis 1806, signait ses amusanls que Boucher de Perthes a racontés
lettres Caraman-Chimay sans oser aller plus dans une lettre à son père, que voici :
loin. Elle consulta plusieurs amies, qui, ignoParis, le 24 avril 1815.
rant les usages de la Belgique et le laissercc
Notre
cousin
Félix
de Narbonne de Pelet,
aller des sociétés de France, soutinrent qu 'il
fils
de
la
comtesse
de
Pelet,
vient d'épouser
fallait que les deux époux restassent M. et
Mme de Carâ.man. Un seul de ses amis, qui !Ille Thermidor Tallien, aujourd'hui Joséavait plus d'expérience, ouvrit un autre avis . phine', dont la mère est actuellem1:mt princesse
« Faites, dit-il, graver des cartes de visite au de Chimay par son mariage avec M. de Caranom du prince et de la princesse de Chimay : man.
cc Mme de Chimay est toujours belle " et
faites-les jeter aux portes des ge.ns anciens et
des gens nouveaux que vous voudrez recevoir parfaitement bonne.

c( Je la voyais souvent chez notre cousine
de Pelet, el c'est là que Félix a rencontré sa
fille, qÙ'i est fort belle aussi, sans égaler sa
mère. Félix en était très épris, mais Mme de
Pelet, alliée à toute la fine fleur du faubourg
Saint-Germain, voulait bien faire sa société de
Mlle Tallien, mais non sa belle-fille. Aussi
manqua-t-elle de tomber à la rem•erse au
premier mot qu'on lui en dit.
&lt;( Félix, qui a été officier dans je ne sais
quel régiment, est en disponibilité; avec cela,
pas grand'chose, et Mlle Tallien, rien du tout.
cc Le lait est que l'ex-dictateur de la
Gironde et le vainqueur de Robespierre était
à peu près à l'aumône quand arriva la Restauration, et, chose inexplicable, LouisXVIIT,
aussitôt après sa rentrée, lui fit une pension
de six mille francs sur sa cassette e.
« C'était sur celte pension que M. Tallien
dotait sa fille de mille écus par année; mais,
le roi parti, adieu la pension, et par contrecoup la dot.
(! Le mariage vient d'avoir lieu. La noce a
élé célébrée presque à huis-clos, ce qui n'a
pas empêché qu'il s'y passât une assez drôle
de chose. Il fallait bien que, comme père,
M. Tallien fût présent. Il s'est donc trouvé
face à face avec son ex-femme. La cérémonie
terminée, Mme de Chima'y lui a proposé de le
reconduire chez lui, allée des Vem·es. Il a
accepté et a, près d'elle, pris place dans sa
voiture.
" Arrivée devant l'hôtel de Caraman, Mme
de Chimay, qui ne voulait pas aller jusqu'aux
Champs-Elysées, fit arrêter sa berline et allait
descendre, lorsque la portière s'ouvrit. M. de
Chimay, qui rentrait dans ce moment, s'avança
pour offrir la main à sa femme; ce fut celle
de M. Tallien qu'il rencontra. La situation
était difficile; néanmoins, il fit contre mauvaise fortune bon cœur, et croyant que
M. Tallien voulait accompagner sa fille jusqu'au bout, il l'engagea à entrer.
« Il. Tallien, soit qu'il fût troublé luimême, soit qu'il ne crût pas devoir répondre
par un refus à une politesse, accepta.
(( Une collation était servie, mais vous
jugez si le repas fut gai et si les yeux quittèrent
souvent les assielles. La princesse était la
moins embarrassée et sut encore faire noblement les honneurs de sa table, car elle a non
seulement la beauté, mais le port, l'organe
et les manières d'une reine. &gt;&gt;

dit â cell e pau,rc P:mlinc du Charnbige, une de nos
camarad es d'enfance qui fit la sottise de se lier avec
elle, et qu'il fnllutrcnoncer à voir.
« Elle la blâmait de mellre un corset et en nombrait les inconvénienls, assurant que ce n'est pas quand
une femme est vêtue quïl lui importe d'être belle. »
(blémoiu~ d 'une i11 co111me, p. 114).
2. Uiographie J!icliaud, Supplément , t . 01.

5. Mémoires d'une biconuue, p. 345.
4. On se rappell e que Thcrmülor Tallien avail pour
marraine Mme de Beauharnais, devenue l'lmpératticc
Joséphine.
5. On ,·ienl de voir que cc n'Clait pas l'avis de
Mme Cavaignac, cinq ans plus tôt.
6. Le lecteur a lu , plus hauL, \'explication de celt e
libéralité du roi à un régicide.

1. l,a vCl'ité est qu'elle jouissa it d'une déteslahlc
répulalion. Voici un lrail d'elle qui ne !-C peul dire
flu 'â l'oreille ou s'écrire qu'au bus d'une page. Une
femme pourtant l'a écrit en plein lextc.
« A Jlropos de jolies lemmes, dit-elle, voici uu mot
bi en n~if d'une qni jouait un rùlc alol'S, qui a visé à
la célëbrité, et n en a, comme il arrive le plus ~ou1·ent,
gardé qu'une bien fâ cheuse . 11me Tallien; rc mol fut

M. Boucher de Perthes continue à donner
dans cette lettre des indications sur ce qu'est,
à celle époque, la princesse de Chimay. Ils
sont intéressants et montrent, a,ec beaucoup
de bienveillance, comment on doit se la
figurer en 1815 :
c&lt; Quoiqu'elle soit aujourd'hui un peu
grasse, dit-il, ses beaux cheveux noirs, ses
belles dents, ses belles épaules et ses yeux

" · : - - - - - - - - - - - - - LA

C1TOYENNE TJS.LLTEN

~

~nagnifiques lui donnent encore l'air d'une en entrant, mais on y avait songé pour elle
Jeune fem~e, ~t quand elle s'anime en par- et fos chuch?t:men,ts l'en firent bientôt aper- t7nir sa promcss? au delà de quelques mois,
lant, ce qm _arrive toujours quand on la met cevmr. Aussitot quelle me vit, elle m'appela, c est que sa penswn lui fut retirée.
Nous n'a~ons pas à suivre plus loin la prins.~r le chapit~e de la Révolution, forte de quitta le bras de !!. de Fontenay el elle prit
1rnflu~nce quelle Ya exercée, du mal qu'elle
cesse de Clumay. Depuis son troisième male mien. Nous fîmes un ou deux tours et elle riage, elle n'appartient plus à l'histoire. li est
'. empecbé et du nombre de têtes qu'elle a me pria de Ja reconduire à sa voiture. »
Juste, cep~ndant 1 de constater que le sérieux
!5auvees, elle parle avec une rare éloquence et
Il faudrait arrêter ici la citation mais ce de son existence - où il entrait peut-êtr~
elle est belle à l'adoration 1 •
qui s~it est trop à l'honneur de la'princesse une bonne part d'illusions et de beautés
&lt;( Ce .n'est plus la _même personne quand
de Chimay pour être omis :
défuntes - effaça ce qu'il y avait eu de trop
elle est a la table de Jeu; dès ce moment, on
« Je le répète, poursuit Il. Boucher de fanta1s1s_tc dJns la première partie de sa vie.
ne peut plus lui arracher une parole.
Perthes, c'est une femme bonne, excellente
Alors, bien reve~ue de la jeunesse à laquelle
• &lt;! Sans do~te_ que son mari l'a priée de ne
~ui a fait un bien infini et qui en fait encor/ elle ne pardonnait pas de l'avoir abandonnée
JOuer q~e ~et1t Jeu, car lorsque la somme est Elle ne peut entendre parler d'un malheureux
elle eut, en ces heures amères, le chagrin d;
fo'.te, s_,l s approche d'elle, elle en lait dispasa~s vo,ulo_ir le secourir; et, quoique riche
ra11_re v1~em~nt une p~rtie. Un jour qu'elle auJourd hm, elle aurait bientôt donné tout cons!ater q_ue le_souvenir des péchés de cette
av~1t. execu_te cette petite manœuvre, je me ce qu'elle possède si son mari, qui est aussi mfidele était tOuJours vivant dans la mémoire
de s_es conte'."porains. Elle ne fut pas plus
mis a sourire, elle s'en aperçut et m'a boudé
un e~cellent homme, . n'y veillait. Elie y admise aux 1 mler1es par re vieux libertin de
assez longtemps.
.
supple~ par des loteries, des quêtes, des
" Elle ne paraît jamais en public sans être souscr1ptwns. Il n'y a pas moyen de lui re- L,ouis XVIII q_u'elle ne l'avait élé par Napole but_ de tous les regards, el les Parisiens fuser, elle est irrésistible quand elle prie ... ;; 1&gt; leon. Elle avait eu beau jeter au feu le souvenir de ses fredaines passées, elle avait beau
son_t s1 m~1screts da_ns leur curiosité que j'ai
d,onne_r ?u ,monde l'exemple de l'oubli, on
mamtes fois, quand Je lui donnais Je bras été
On peut cependant observer que ({ riche
obligé de me tenir à quatre pour ne' pas aujourd'hui » n'est pas très exact. La prin- s o~stma1t a ne voir dans la princesse de
malmener ceux qui venaient nous regarder sous cesse de Chimay était fort gênée à cette Ch1:11ay que l'ancienne Thérésia. On ne sonle nez. Dan_s ces oc~sions, peut-être par la époque. La preuve en est qu'elle fut obligée g~1t pas qu'~v~c l'âge, les réflexions, la gravité morale_ eta1ent. venues. On ne voyait pas,
grande haL,tude qu elle en avait, elle conserde faire un emprunt à !!. Laffitte. Les
on ne voulait pas voir qu'elle était maintenant
vait merveilleusement son sano--froid et lors- guerres, deux mauvaises récoltes successives
•
0
'
~
qu au mouvement convulsif de mon bras elle avaie~t ruiné tout le m~nde, et eHe avait d; une autre femme, une femme toute nouvelle, d_igne de tous les respects.
sentait combien cette impolitesse m'indio-nait
O
la peme à donner à sa fille la subvention
Aussi fut-ce pour elle un gros chagrin que
elle me le pressait fortement pour me fair~ qu'eJle lui avait promise en la mariant. filais,
rester tranquille.
de ne pas être admise à Ja cour du roi des
co~me elle tenait, avec juste raison, à main« Cependant, un jour, je l'ai vue véritable- tenu so~ rang,, le public ne s'apercevait pas Pays-Bas dont son mari était chambellan. Elle
ment contrariée. C'était à l'Exposition du de sa gene. C est pour cela qu'elle écrit : ne s:aigr_it ~epeùdant pas de l'ostracisme qui
Louvre 1 • Je traversais les galeries lorsque je « Être et paraitre sont deux choses bien dis- contmua1t a peser sur elle. Avec une humil!té qui avait encore sa coquetterie, elle
la rencontrai donnant le bras à M. de Fonteti_nctes. &gt;:_ Tallien, qui n'était pas moins gêné,
nay, son fils du premier mariage. A l'autre h'.en _qu 11 ne_ fût pas riche; Tallien, qui l accepta comme une expiation et répondit
par un redoublement de charité au manque
bras, elle avait Mlle Tallien, notre cousine
n a,va,t poudr vivre et soigner ses infirmités de charité qu'on avait pour elle.
actuelle, et celle-ci tenait par la main le petit
q~ une mo este pension, voulut aussi, en bon
Da,ns_ le ~ond_de son exil blasonné et capide Caraman . Elle avait donc là les enfants des pere, donner une dot à sa fille : il lui promit
trois maris.
tonne, 11 lm éta~t venu un autre chagrin, plus
une rente de mille écus par an . C'était la
gra nd chaque Jour, celui de se voir vieillir
cc Elle n'y avait probablement pas songé
moitié de sa propre pension. Et s'il ne put Elle était femme, elle en souffrit beaucoup ..

t·

lo~chrr de. Pe~lhes é,tait jeune alors; on voit
q~ li ~bit la fascmatwu 1u exercent les femmes de
ans. quand elles ont Cté bel!cs sur
les lttrl Jeunes gens.
'
t1 ente a ,uarante

2. Le Sillon aunuel de pei11ture.
3. Boucm:R DE PERTnEs, Sous dix rou 1 Ill
p. 168.
' ·
,
Lettre citée par CJ1. l\"auroy, dans Le Curieux.
FIN

Est-ce ce double chagrin qui lui donna la
maladie de foie dont elle mourut le 15 janvier 18551...
JOSEPH

TURQUAN.

�. _______________________________l.11

VUE UE LA VILLE DF. IIA'.liO\'RE. -

•

D'apr~s

11nt

g,·ayurt anc~nnt.
·
(BitlfoJh~qut .Yatio11alt, C:.itîntt dts Estamtts)

QUELQUES FIGURES DE FEMMES AIMANTES OU MALHEUREUSES

La princesse Sophie-Dorothée
et Philippe de Kœnigsmarck
Par TEODO~ DE WYZEW A

Les lettres.
La nuit du l" juillet !6\)1, _un genlilhommc suédois au scrrice de l'Elccteur de

Saxe, Philippe-Christian de . Kœuigsmarc~.
fut as~assioé, dans un corridor du pala~s
ducal de Hanovre, au moment où il sortait
de la chambre de la princesse Sophie-Doroihée dont il élail l'amant. Les circonslances
de c~t assassinat ont élé décrites bien souvent et souvent aussi on nous a raconté l'histoi,; des amours de Sophie-Dorolhée el de
Kœnigsmarck, telle que se sont plu à la
reconstituer dirnrs érudits, allemands et
scandinaves. Mais le malheur est que ces
érudits, ayant en main une foule de piè~s

qui leur eussent perm_is de prése~ler les !ails
sous leur nai JOur l11stor1que, n ont pas pu
résister à la tentation de les accommoder
suivant leur fantaisie, ce qui a eu pour effet
non seulement d 'enle,·er à leurs ouvrages
toute valeur un peu sérieuse, mais de discréditer les sources même oit ils avaient puisé.

El c'est ainsi que s'explique, par exemple,
que, placée depuis 1848 à la disp?siüon du
public, dans la bibliothèque de I univers1te
sut!doise de Lund, la correspondance amoureuse de Sophie-Dorotbéc el de Kœnigsmarck
ail allendu plus d'un demi-siècle que quelqu'un prit la peine d? !~ lire et de la publier.
Voici ce que d1sa1t Jadis de celle correspondance llt:&gt;nri Blaze, dans une étude sur le

gl•re. Au resl~, aucune c~pt•ce de d:!te, nulle indication du mois, du quantll'me, du heu. Il ne faudrait rÎ('n moins que la patience d'un êpluch('ul'
de chartes pour débrouiller ce cluo~ chron.ologique. La chose cependant en \"auùra1l !a pemr,
car une cla:--sification exaclt•, une traduction n('UC
et claire de ces p:lpier~, dont la plupart son~ en
chilTrcs, amènernicnt, je n'en d~ut~ pas, mamie
révébtion intCl'cssanle pour l 'lustmre de cl'ltt'
époque.

Deniier des Kœuigsmarck. :
La correspondance entre Sophie-Dorothée cl
RœniO'~marck, rCcemmcnl découverte par le docteur P.ilrnblad se trouve aujourd'hui dans les
archire~ de fa bibliotht'que de La G;irdie, à Lœ!wrod en SuMe où la deposa vers 1810 une pelllenii.•~e de la p/oprc sœur d&lt;' Philippe de Kœnigsmarck. Celle-ci, en rernellant à ses l'nfants ces
letlres, leur arnit dit que cc c'était là un déJWl
précieux et dt&gt; conséquence, car c~s lettres
avaient coûté la vie à son frère el la l1be1·lé à la
nière d'un ,·oi JJ. Cette curieuse correspondance
formerait à elle seule un gros ,,olumc. Les lettres
de la princesse se dist.inguent ,par l'élégance de
l'écriture et fa correcllon de l orthographe, luxe
assez rare en ce temps, même en France, el dont
on ne saurait trop tenir compte chez une êtran-

Que Blaze n'ait pas eu « la patience d'un
éplucheur de chartes », c'est _de quoi personne ne saurait lui faire uo grief. Mais celle
patience parait avoir également manqué au
docteur Palmblad, l'auteur suédois dont il se
bornait à analiser l'énorme ouv.~age su.r
Am·ore de Kœnigsmank, et qu 11 louait
comme un « écrivam d'une érudi1ion anecdotique abondante, h~bile surtou_t à feuill~ter
les papiers de fam11le D. _Admis à &lt;I femlleter , les lettres de la prmcesse de Hanovre
et de son amant, ce Palmblad a pris avec
elles les libertés les plus étonnantes : san_s
essayer de les classer ni de les déchiffrer, 11
en a extrait, au hasard, quelt1ues phrases

Pl(INCESSE 80PH1E-DOT(OTHÉE - - - .

quïl a réunies bout à bout, en )' JOlgnanl la police de !'Électeur de Hanovre, el sans
commtmtaires dont il l'a entourée, suffit à
mème, parfois, des phrases de son invention.
doute détruites, au lendemain du meurtre
Et bien que ces extraits de la correspondance de Kœnigsmarck : et, en effet, elles man- nous faire connaître, infiniment mieux que
tous les rétits des historiens ou des romantiennent à peine six ou sept pages, il y a
quent, comme manquent aussi beaucoup de ciers, le caractère des deux héros de la traaccumulé tant d'erreurs, tant d'invraisemleltres de Sophie-Oorothée, que les deux Rique aventure de Hanovre, el les sentiments
blances monstrueuses, - et toutes issues,
amants auront jugées lrop compromettantes, divers qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre.
seulement, de son &lt;c adaptation ,1 , - que
et brûlées sitôt lues. La correspondance est Si incomplè'e et décousue qu'elle soit, et en
les érudits se sont mis d'accord pour déclarer
incomplète, fragmentaire, sans cesse interque les lettres « découvt:rtes » par lui étaient rompue par de grosses lacunes; on y ren- raison même de son évidente authenticité,
leur correspondance est le plus instructif des
é,•idemment apocryphes. Cinquante ans, encontre des réponses à des questions qu'on ne romans d'amour. Deux cœurs s'y manifestent
suite, elles ont dormi dans un carton de la
connait pas, ou encore des questions dont la à nous tout enliers, avec lant d'abandon, et
bibliothèque de Lund, sans que personne
réponse est perdue : jamais une correspon- une passion si ardente, que Jes paroles les
daignàt jeter les Jeux sur elles.
dance manuscrile n'a porlé à un plus haut
Ces lettres sont, cependant, d'une parfaite degré tous les caractère!) matériels et moraux plus banales nous intéressent et nous touchent, nous apportant l'él'ho des profondes
authenticité. Leur ton seul l'attesterait assez, de l'authenticité.
émotions qui Je.s ont in~pirées. A travers les
à défaut d'autres preuves : car on y trouve à
Et comme cette correspondance est écrite mensonges, les llatteries, les colères de Kœnigschaque ligne un naturel, une absence de
en français, nous ne pourons trop regretter mar1.:k, nous assistom:, presque de jour en
~crupules littéraires, une préoccupalion sind'en être réduits à la lire dan~ la lraduction
cère el profonde de menus faits de la vie anglaise qu'en a publiée \1. W. Il. Wilkins. jour, à la lutte impétueuse de son ambition et
quotidienne, - pour ne point parler de leur Combien il eùl été préférable qu'un écrivain de ses instincts. Et les lcltres de Sophie-Doroaccent de passion, - que jamais ne serait fran{'.ais, suivant le conseil de Blaze de Bury, thée:ontbeau ètre toujours remplies des mêmes
plaintes el dt•s mèmes reproches: quelque chose
parvenu à leur donner un faussaire, même
prît J'initiatile de « débrouiUer » peur 11ous se relrouve, dans le ton de chacune d·elles,
le plus savant el le plus habile. liais, en
le « chaos J&gt; des manuscrits de Lund! Com- qui nous montre la malheureuse jeune femme
outre, leur aulhenlicité est établie d'une façon
bien les lellres de la princesse Sophie-Doro- sans cesse plus tendrement éprise de son séabsolument positive et formelle par un écrithée, en particulier, nous auraient touchés et ducteur, sans cesse plus hardie à la fois et
vain anglais, M. W. Il. Wilkins, qui, le precharmés davanta~e dans la langue même où
plus docile, plus aveuglément conduite par le
mier, a entrepris de « débrouiller leur
elles sont écrites! Car DJaie se !rompe lorschaos» 1 •
progrès de son amour au sacrifice de toute
qu'il nous dit qu'elles sont, pour la plupart,
prudence comme de !out scrupule. Deux
M. Wilkins a d'abord démontré, par la
c1 en chiffres » : les chiffres, ou parfois des
cœurs se révèlent à nous dans leur réalité
comparaison du texte manuscrit et de la verpseudonymes, n'y servent qu'à remplacer
sion de Palmblad, que toutes les erreurs cerlains noms, les plus souvent très faciles à vivante, les deux cœurs les plus dissemblables
rebées par la critique n'élaienl imputables relroU\·er; et, pour le reste, les lettres de la qu'on puisse imaginer : et ce contraste ajoute
encore à l'impression de fatalité que dégage
qu'à la fantaisie du soi-disant éditeur : et il
princesse de llanovre sont vraiment écrites
le long drame qui s.e joue sous nos yeux.
a, après cela, contrôlé un à un tous les détails
dans le franç,is le plus élégant (à en juger
historiques mentionnés dans les lettres madu moins par les quelques passages que cite
nuscrites, en comparant celles-ci avec des
II
li. Wilkins), - ce qui, d'ailleurs, n'est pas
documents anglais dont personne, il y a aussi méritoire cllez une « étrangère n que
trente ans encore, ne pouvait avoir connais- parait le supposer Blaze de Bury, lorsque
Kœnigsmarck.
sance. Il a étudié par exemple, aux Archives
I' «étrangère » se trome ètre, comme SophieVoici d'abord l'amant, le beau Philipped'État de Londres, les rapports envoyés Dorothée, la fille d'une Française, et n'avoir
Christophe de Kœnigsmarck. '.'ié d'une race
chaque semaine à Guillaume d'Orange par
jamai~ reçu qu'une éducation toute franc:aise.
de brillants aventuriers, il a employé sa jeulord Colt, ambassadeur anglais à la cour de
C'est en français qu'aurait dù paraitre,
Hanovre : ces rapports, qui élaient tenus d'abord, cette correspondance. Et je ne puis nesse à parcourir l'Europe en quèle d'aventures; et tout porte à croire quïl n'est pas
soigneusement secrets au moment où Jes m'emptkherd'espérer qu'on nous en offrira,
papiers des comtes de La Gardie sont entrés quelque jour, le texte français, son authenti- resté étranger à un attenlat organisé par son
à l'université de Lund, el que, par suite, au- cité étant désormais prou Yée, et son « chaos » frère ainé, dans une rue de Landre!!, contre
cun faussaire ne saurait avoir utilisés, con- à peu près débrouillé. Alors seulement nous le mari d'une dame dont ce frère comoilait
cordent de tous points avec les lettres de pourrons goûter sa valeur littéraire; alor:s la main el la fortune. Il arrive à llanovrr
Kœnigsmarck et de Sophie-Dorothée; et l'on seulement la critique historique pourra nous en f 688, J installe un grand train de mairetrouve même, dans les leures de Sophie- renseigner sur l'importance des renseigne- son, se lie avec les jeunes ms du duc ErneslDorothée, de nombreuses allusions à des pro- ments di\'ers qui y sont contenus : impor- Auguste, et, dès 1689, on le mit me,wr de
jets de voyages, de fètes, etc., gui n'ont pas tance qui parait Lien être, en elfot, assez front deux intrigues : car en même temps
eu lieu, mais dont Colt, dans ses rapports, considérable, car toutes les lettres des deux qu'il lait la cour ,, la princesse Sophi1'-Donous apprend que la cour de llanorre les a amants sont parsemées de détails curieux sur rothée, il de,·ient l'amant de la comtt::sse Pla,,raiment projetés.
ten, maitresse du duc, et la plus crueJle
l'histoire intérieure et extérieure du Hanovre
Les leures de Sophie-Dorothée et de à la fin du wue siècJe; et une longue série ennemie de la jeune princesse. ~fais ce n'est
Kœnigsmarck sont loul à fait authentiques : de lettres de Kœnigsmarck est presque entiè- qu'au mois de juillet 16!)! que, brouillé avec
aucun doute n'est possible là-dessus, après rement consacrée au récit de la campagne de la Platen, il entreprend sérieusement Ja conles savantes recherches de M. Wilkins. l\'ous Flandre en !692, où l'officier suédois a pris c1uète de Sophie-Dorothée. li lui étril en
savons d'ailleurs, par le récit de la confidente une part des plus actil'es, el dont il ne se secret plusieurs lettres, la supplie, menace
de Sophie-Dorothée, que celle-ci et son amant lasse point de décrire les moindres événe- de se tuer, et reçoit enfin un premier billet.
avaient l'habitude de confier la garde de leurs ments à sa maitresse, peut-être pour la diver- &lt;( Yraimcnt, - répond-il, - c'est moi qui
leltres à Aurore de Kœnigsmarck, n'osant tir, peut-être pour éviter de répondre aux aurais le droit de me plaindre, moi qui suis
point les coosener près d'eux, et n'ayant reproches qu'elle lui fait de ses galanteries. forcé il prendre tant de précautions el à subir
tant d'incerlitudes ! !lais je supporterai dépoint le courage de Jes supprimer. Seules,
sormais mon malheur avec courage, puisqu'il
les dernières lettres ont été confisquées par
Mais, en attendant que nous puissions a pour cause l'être le plus gracieux, le plus
porter
sur ces lettres un jugement d'en- captivant, le plus charmant du monde. » A
1. The love of a,i uncrown~d Quee11, par W. H.
Wilkins, 2 \'OI. iu-8• illustrés; Londres, librairie semble, la traduction anglaise qu'en a publiée
cette lettre, de nouYcau, Ja princesse ne réLongmans.
M. Wilkins, avec les copieux et minutieux
pond pas, el de nouveau Kœnigsmarck, par

�msTO~l.R----------------------la prière el la menace, obtient d'elle quelques mots aimables. &lt;1 Si vous n'aviez rien
eu à vous reprocher, - lui dit-il, - vous
n'auriez pas daigné m'écrire du tout; mais,

en dépit de la manière dont vous m'avez
traité, je ne puis m'empêcher de vous aimer.
Le chagrin el la contrition que vous m'exprimez m'ont décidé à repartir pour Hanovre
dès après-demain. "
C'est sur ce ton que· sont écrites toutes ses
lettres, à la fois impérieux et brutal, grondant la craintive jeune femme pour l'amener
sans cesse à de nouVt•IJes faveurs. Et, en
effet, dès le mois d'août suivant, Kœnigsmarck obtient la promesse d'une correspondance en règle; on convient même d'un chiffre pour remplacer les noms propres; et

•

désormais, au lieu de signer ses lettres :
Votre esclave, ou : Votre obéissant valet,
l'officier suédois écrit à la lemme du prince
héritier de Hanovre : cc Adieu, aimable brune l
la poste part, il faut finir. Je vous embrasse
les genoux. lJ C'est dans la même lettre qu'il
offre ponr la première fois à Sophie-Dorothée
une preuve d'amour quî, depuis lors, va reparaître presque dans toutes ses lettres :
n'ayant point l'imagination poétique, et n'aimant pas à se mettre en frais de compliments,
il raconte à son amie que l'excès de sa passion le rend malade. « Hier, écrit-il, comme
j'étais sorli pour me promener, j'ai eu des
palpitations si violentes que j'ai dû rentrer
chez moi. Sans votre chère lettre, je crois
que je serais mort. » D'autres fois, son amour
lui donne la colique, ou l'empêche de manger
à sa faim. Et toujours il insiste pour obtenir
un rendf'z-vous, tantôt faisant honte à Sophie-Doroth~e de son peu de courage et lui
citant l'exemple d'autres princesses plus entreprenantes, tantôt lui déclarant qu'il se
tuera si elle s'ohstine à ne le point recevoir.
cc J'ai ici, prè:$ de moi, une consolation : ce
n'est point une ,jolie fille, mais un ours, un
ours vivant et que je nourris. Si vous manquez à mon amour, je mettrai à nu ma poitrine el me laisserai déchirer le cœur. J' accoutume mon ours à manger le cœur des
moutons et des ,,eaux, el il s'en tire déjà le
mieux du monde. Si jamais j'ai besoin de lui,
je n'aurai pas longtemps à souffrir 1 "
Sophie-Dorothée, de plus en plus touchée
des soulfraaces qu'il lui fait voir, l'engage à
se marier, et se charge de lui trouver une
Î1!mme. n Je me marierai si vous me l'ordonnez, - répond le galant Kœnigsmarck, mais à la condition que vous me juriez, sur
votre honneur, de garder toujours pour moi
les tendres sentiments que vous m'avez montrés. ,, En réalité, il ne veut rien qu'un rendez-vous: et, pour l'obtenir, toutes les ruses
lui sont bonnes. cc Je vais partir pour la
Morée, - lui écrit-il, - et j'espère bien n'en
jamais revenir. » Et il ajoute: « Quand donc
auras-tu enfin pitié'/ Quand vaincrai-je la
froideur1 Me priveras-tu toujours du ravissement de goûter une joie parlai le? Cette joie
ne saurait exister pour moi que dans tes
bras: si je ne puis l'y trouver, tout le reste
m'est indifférent. )1 La princesse, alarmée,

le conjure de ne point courir à la mort; sur elle. (( J'ai repoussé le riche mariage qu'on
quoi il répond: 11 Puisque vous m'ordonnez m'a proposé. J'ai aussi refusé de rester en
de rester, je le lais avec bonheur. Mon plus Suède, bien que ce fùl le seul moyen de saugrand délice est de vous faire ma cour .... ver ma fortune. On m'a assuré que, si j'étais
Mais vous, de votre côté, ayez du courage: rentré, le roi de Suède m'aurait offert un
consentez à me recevoir, une seule fois, pas régiment, avec le titre de général. Voilà tout
davantage, et pour un demi-quart d'heure! JJ ce que j'ai sacrifié! Et qu'ai-je reçu en
Sophie•Dorothée consent. Kœnigsmarck lui échange? &gt;&gt;
Peut-être n'avait-il pas encore, à ce moécrit, en manière de remerciement : c1 Les.
moments me semblent des siècles. Que les ment, « reçu en échange » la seule fanur
heures sont longues à passer ! Ne manquez qu'il convoitàt; mais il la reçut certainement
pas d'a\'oir sous la main de l'eau de la Reine dès son retour à Hanovre : « La nuit derde Hongrie, par crainte que l'excès de mon nière, - écril-il, le 9 novembre i.692, - a
bonheur me fasse m'évanouir! Quoi! j'étrein- fait de moi l'homme le plus heureux et le
drai, cette nuit, la plus aimable des femmes! plus satisfait du monde. Vos baisers m'ont
Je pourrai baiser sa bouche charmante! Je prouvé votre tendresse, et je ne doute plus de
pourrai entendre de ses lèvres l'aveu de son votre amour pour moi. l&gt; C'est vers le même
amour! J'aurai la joie d'embrasser ses ge- temps qu'il renoue son ancienne liaison avec
noux : mes larmes couleront le long de ses la comtesse Plalen. Sophie-Dorothée le lui
incomparables joues! Je tiendrai dans mes reproche: il avoue quelques entretiens, un
échange de compliments; _et, de nouveau, il
bras le plus beau corps qui soit ! "
Une brute, voilà ce qu'est au juste le beau s'avise de paraître jaloux, accusant sa maiKœnigsmarck, et une brute pleine de ruse tresse de le tromper avec son beau-frère, à
dans sa grossièreté : car la princesse, à ce qui elle n'a pas dit un mol depuis plus d'un
moment, n'est pas encore résignée le moins an. Mais, au reste, il se sent désormais si sùr
du monde à se donner à lui, mais il devine de sa conquête qu'il prend de moim; en
qu'elle l'aime, il la sait triste, timide, inex- moins la peine d~ se disculper. Ce qu'il veut,
périmentée, et évidemment il espère la con- c'est que Sophie-Dorothéè obtienne de ,es
quérir de force. Puis, voyant que la force ne parents, qui sont fort riches, une pension lui
lui réussit pas (car elle ne parait pas lui avoir permettant de vivre avec éclat auprès de
d'abord réussi), il recourt à d'autres arti- quelque cour étrangère : car il sent que ~a
fices. « Hon attitude à l'égard de la duche.sse propre situation à llanovre devient de plus
de Saxe-Eisenach doit vous avoir montré que en plus difficile; il se voit presque entièremon cœur est tout à vous, et que nulle autre ment ruiné par ses dettes de jeu, et il rêve
beauté n'y saurait trouver place, pas même d'émigrer dans un pays où il puisse se faire
celle de cette princesse .... Avez-vous remar- gloire de sa princière conquête, sans risquer
qué comme elle m'a attaqué? ,, Sophie-Doro- pour cela de mourir de faim~
&lt;c Je suis ravi d'apprendre, - écrit-il à
thée lui propose., alors, de s'enfuir avec lui
dans quelque recoin caché, où ils pourront Sophie-Dorothée le 17 juin 169:\, - que
s'aimer librement. Et Kœnigsmarck s'em- votre père commence à vous écouter : avec
presse d'enregistrer cette proposition, mais l'aide de votre mère, peut-être pourrez-veus
en donnant à entendre à son amie que mieux réussir dans votre projet, à la condition que
vaµdrait, pour elle, garder son rang et sa ,•os efforts ne se relâchent point. N'oubliez
fortune, et rester princesse tout en le prenant pas que c'est l'unique moyen, pour nous, de
devenir heureux! . .. Si vos parents vous propour amant.
Il part ensuite, avec l'armée hanovrienne, mettent quelque chose de substantiel, conpour la campagne de Flandre : et nous voyons sentez à écrire tout ce qu'ils voudront; mais
commencer un nouvel acte de la comédie. 'gardez-vous d'être jouée par eux! » Quelques
Durant les loisirs que lui laisse la campagne, jours plus tard: c( Votre mère, me ditesKœnigsmarck s'amuse: il joue, il donne des vous, a promis de vous donner deux mille
fêtes, et avec tant de brui1 que la nouvelle couronnes. Je crains que ce ne soit beaucoup
de ses divertissements ne tarde pas à parvenir trop peu pour ce que nous voulons. Mais
jusqu'à Sophie-Dorothée. Mais Kœnigsmarck 1 peut-être le ciel fera-t-il que votre père, lui
pour calmer la jalousie de sa maîlresse, ima- aussi, consente à vous écouter I lJ Le 2 juillet,
gine de paraître jaloux. Il accable la malheu- Kœnigsmarck perd courage : « Je suis déreuse de reproches au sujet de bals où elle solé d'apprendre que vol.re mère s'est queserait allée, de conversations qu'elle aurait rellée avec votre père au sujet du bâtard. On
eues avec des jeunes gens: et toutes les let- devine sans peine qui des deux esl le plus
tres de Sophie-Dorothée ne sont remplies que faible, et je crains que nous n'ayons rien à
d'explications, de justifications, de réponses espérer. Vous serez forcée de vous consacrer
à des accusations imaginaires qu'elle prend plus étroitement que jamais à votre mari, et
ari sérieux, tandis qu'on devine aussitôt l'uni- moi, j'aurai à chercher quelque autre coin
que motif qui les a inspirées. Quand elle se du monde, où je mendierai pour avoir à
hasarde à lui rappeler doucement qu'il a manger! )J Mais le découragement ne dure
laissé passer trois postes sans lui écrire, il que peu de jours, et, dès le 6 août, Kœnigsse fâche, menace de rompre, et affirme qu'il marck enjoint de nouveau à sa maîtresse de
n'a laissé passer que deux postes, el non poursuivre ses démarches auprès de ses patrois. Ou bien encore il énumère à la jeune rents. « Ne vous laissez pas conduire ainsi
femme tous les sacrifices qu'il a faits pour par le nez I C'est vraiment une honte l lJ J'us-

Lli

PR_1NCESSE SOP111E-DOJ(OT1IÉE

qu'au début de l'année suivanle, l'amant n'a je ne crois pas qu'aucune d'elles nous apIll
pas d'autre pensée que de contraindre sa prenne, avec quelque certilude, s'il aime ou
maît~esseà o_bte~ir, de ses parents, celle grosse n'aime pas la jeune femme pour qui il Ya
Sophie-Dorothée.
pen_s10n, qui puisse les faire vivre tous dem.. mourir. On devine parfois qu'il Ja désire,
(( St votre père est ruiné par les frais de la pour sa beaulé et pour son luxe, surtout
M~is, qu'il ail aimé ou non, peu d'hommes
gue:re, - lui écrit-il en novembre, - toute pour ce titre de princesse qui l'aura sans cerlamement ont été plus aimés. Et si, malesp~rance est perdue pour nous; mais je ne doute, dès le début, alliré vers elle. Mais, gré sa mort héroïque, les lecteurs de ses
crms pas que les demandes des Danois soient d'autres fois, l'expression même de ce désir lellres ne peuv~nt se défendre de le mépriser,
assez exorbitantes pour le meure à sec. J)
sonne faux; el jamais, en tout cas, elle ne p;rso~ne certamement ne pourra se défendre
Ses. lettres continuent, cependant, a être s'accompagne d'un vrai cri de tendresse. d adnnrer et de plaindre, malgré sa faute, la
remplies de protestations d'amour el de fidé- Kœnigsmarck gronde la jeune femme, il la mall_1eureuse jeune femme qui s'est livrée
lité. liais. le lo~ y devient sans cesse plus flatte, il lui commande : jamais on ne sent à lu'. t?ut_ entière. Voici une des lettres qu'elle
dur, plus 1mpat1cnt, et l'on y rencontre sou- qu'il s'unisse lt elle, qu'il essaie de la com- lu~ ecr1va1t, la dernière de ses lettres qui nous
vent des passages tels que œlui-ci : cc La vie prendre, ou simplement qu'il la plaianc. smt parvenue :
que je mène depuis le r13tour de la cour doit Seule, sa mort est bien d'un amant. SopÎiieVous êtes parli depuis six jours, cl je n'ai pas
,[e le ~rains, vous donner plus d'un motif d~ Dorothée a décidé avec lui, dans les dern iers
Jalousie : car je passe toutes les nuits à jouer jours de juin, qu'elle s'enfoirait, le 2 juillet, enc~re re..;u un seul mol de ,·ous. Par quoi ai•jc
avec des dames, et sans vanité, elles ne sont à \\'olfenbiillel, où il doit la rejoindre. Il est mérité. d'~trc ainsi traitée? Est-ce parce que je
pas laides ni d'u_n _rang modeste. J'implore lui-même en toute sûreté à Dresde, il sait ::ou~ ~J :wné j~sc1.~';\ l':1d?ralion, parce que je
ou:s a1 tout sacrifie? Mais a quoi bon vous rappevotre pardon 1 mais Je ne puis pas vivre sans que son retour à Hanovre risquera de le ler tout .cela'? 1ron incertitude est pire que la
un peu de plaisir, et l'une de ces dames vous perdre. Et cependant il revient à Hanovre il mort :.rien ne yeul égaler les tourments qu'elle
ressemble si fort que je ne puis m'empêcher se présente, la nuit, chez sa maitresse, la m? fait soulTnr. Ouellc cruelle destinée est la
de m'attarder en sa compagnie. Vous serez force à le recevoir; et c'est au sorlir de chez mienne, grand Dieu! Quelle honte d'aimer ainsi
curi~us~ de savoir son nom, mais je ne vous elle qu'il meurt, en héros. li l'aimait donc
c~ sans èl_rc aimé:! Ala~s j'étais née pour vou;
le d1ra1 pas, par crainte que vous ne me et plus profondément que n'en témoignen~ aimer, _et JC vous a1mera1 tant que je vi,Tai. S'il
défendiez de lui faire la cour. ,, Il donne des ses lettres! Ou peut-être le danger a-t-il, e~t .vrai qt!e vous a~·ez changé, - et j'ai une infi.
mle de nusons_pour le craindre, _ je ne vous
soupers et des bals, et le dit à sa
sou~a,te. pas d'autre punition que de
maitresse, ajoutant seulement qu'il
JJC pma1s trouver une fidélité el un
s'y ennuie lori. A quoi la malheuamour sembla hies aux miens. Je souhaite
reuse jeune fëmme, qu'il paraît avoir
qu'en dépit du plaisir que vous pourrez
dès lors complètement terrorisée,
prendre_ à d~ nouvelles conquêtes, vous
n'ose plusmème opposer l'ombre d'un
ne cessiez pornt ~e regrcller l'amour et
reproche : « Puisque vom me dites
la tendresse que Je vou:, ai montrés. Je
\'?us. aime plus qu'une femme n'a jamnis
que votre souper était ennuyeux et
,mne un homme. Mais je vous répète
triste, et que l'on s'est séparé très
trop souvent les mêmes choses, ,,ous
tôt, - écrit-elle, - je dois vous
devez en être fatigué. Ne vous en fàchez
croire, bien que Stubenlol m'ait afÏlrpas, _je vous en _supplie, ne m'ôtez pas
mé que vous aviez été le plus gai des
la tnste consolation de pouvoir me pl:iinhôtes, et qu'on n'était parti que longdre de votre dureté ! Je n'ai pas i·eçu
temps après minuit! » Sûr de la
u~ seul mot de vous : tout conspire il
soumission de Sophie-Dorothée, Kœm accalJler. Peut.être, en plus du malni3smarck, évidemment, se croit tout
~lcur de n'êll'C plus aimée de vous suisJC :i la veilJe d'être définitirnmen't perpermis. li n'a d'égard ni pour le
~ue; C'est !rop_pour moi, d'un seul coup:
rang de son amie, ni pour sa siluaJe n Y survivra, pas! Adieu, je vous partion et les dangers où il l'expose sans
d ,~11nc tout ce que \'OUS me failcs soul'...
cesse. Libre, lui-même, de ses actes,
fnr!
il entend l'avoirtoujoursàses ordres.
Voici un billet qu'il lui écrit, au mo. Oui vraiment, elle c&lt; était née pour
ment où déjà leurs amours sont con.11~er
l&gt; cet homme grossier et dur
nues de tous, et où l'on épie Jeurs
qm
cc Ja faisait souffrir ! )J Et
moindres mouvements : « Je ne suis
~I. \Vilkins a bien raison d'évoquer,
pas content de votre conduite. Vous
a propos de son aventure, l'imme fixez un rendez-vous, et puis vous
mortel souvenir de Tristan et d'Jso)me laissez geler à mort &lt;lans le froid,
de. Comme l'héroïne du drame de
altendartt le signal. Vous saviez pourWagner, la princesse de Hanovre
tant que j'étais là, de onze heures à
nous apparait victime d'une nécesu~e heure, faisant les cent pas au
5..ité mauvaise qui, peu à peu, lui
corn de la r.ue ! Je ne saï:&gt; que penote toute force de résister et de se
ser, mais je puis à peine cloudéfendre.
ter de votre jnconstance, après
Mariée à un butor rrui la déteste
L\ PRINCESSE SOPJIIE-DJROTHÉE,
c~ avoir reçu une preuve si _glaentourée
d'ennemis qui s'acharnea~
ciale.... Soyez tranquille, je m'en o·après une peinture ano:1yme longtemps conurvee au cl!Steau :i'.4.hlim .
à l'humilier et à la tourmenter
irai au plus vile 1 .tdieu donc! Delongle~ps el!e n'a de pensée qu;
main matin, je pars pour Hambourg. » dans ces tragi11ucs journées, éveillé soudain
pour son de,·01r : mais, du jour où KœoiasTel est Kœnigs~arck, à le juger d'après el exalté son désir? Peut-être lui a-l•il insmarck lui écrit pour la première fois on s:nt
s~s leUre_s à Soph1e-Dorotbée. Et je regrette piré pour Sophie-Dorothée l'étrange senti•
qu ,e1le ne va plus cesser de lui appartenir
d av01r dit que ces lettres nous ré,·élaient son ment qui devait pousser plus tard un autre
Elle-même le sent, avec un mélange d'épou~
cœur tout entier : car, parmi tant de rensei- aventurier, Lassalle, à courir avec la même vante et de ravissement.
gnemenls qu'elles nous fournissent sur lui
• folie au-devant de la mort?
El de jour en jour elle s'abandonne daraa-

ïi

~
·~ ---....

VII -

lhSTORL\. - Fasc. So.
b

�L'ES NOYJtD'ES D'E NJtNT'ES _ _ "

'fl1ST0~1.ll---------------------~
tage à la passion qui s'est emparée d'elle,
de jour en jour ses lettres nous la font
voir plus tendre, phis humble, plus docile,
plus aveuglément résignée à subir la brutale domination de son infidèle et cruel
ami; jusqu'à cc qu'enfin, comme Isolde, elle

oublie, à force d'amour, tout le resle du
monde, et s'expose, presque volontairement,
aux pires dangers. Avec cela, toujours timide
el douce, restant jusqu'à la fin I l'enfant u que
Kœnirrsmarck
lui reproche d'être.
C
,
Ses lettres, même dans la traduction an-

glaisr, ont un charme, unegràce, un parfum
délicieux.
Puisse-t-on nous en offrir bientôt le texte
français, de façon à nous rendre familière,
dans son relief vivant, l'aimable et tragique
figure de la princesse Sophie-Dorothée!
TEODOR DE

\\"YZE\\".\,

Les noyades de Nantes

Entre l'Jlistoire hâbleuse, telle que la concevaient quelques romantiques, cl la maussade nomenclature des pièces d'archives, il y
a, quoi donc? Disons, en appela~t l~s c~oses
par leur nom, c1u'il reste le droit d avoir du
talent. li n'est pas donné à tout le monde
d'en pouvoir user. Voici quelques années, au
moment de la première Yogue des méthodes
tudesques, l'exercice de ce droit faillit devenir
dan(Tereux; la prétention d'intéresser les lecteu;s fut assimilée à un délit intellectuel.
Vous souvient-il du ton de commisération
avec lequel de tout jeunes rongeurs de paperasses laissaient tomber cette sentence: (( C'est
de la littérature»? Mon Dieu, sans parler de
Tliücydide ni de Salluste, ce sont d'impénitents liltérateurs que les La,•1sse, les Lucbairc,
les Sorel, les Vanda), les Frédéric Masson, les
Jullian, tous nos maitres. Le singulier despotisme qui, sous pré~exte c,ue des aventures
sont arrivées, prétend mterd1re de les raconter
bien! Celle cruelle théorie a passé de mode;
licence est de nouveau donnée à lllistoire de
fiaurer parmi lrs genres littéraires. Provisoir:ment du moins, il n'est plus déFendu aux
historiens de saroir écrire.
Parmi ceux qui croient deYoir profiter de
la permission, un des plus zélés .~t d.es plus
populaires est M. G. Lenotre. S 1I a,me
archives et les vieux cartons, et la poussrnrc
des •relTes et l'odeur fade des études de noo
'
'
.
taires, demandez-le a tous les dragons qui
•ardent du passé. Mais après qu'il a !ail son
butin de trouYailles, à ces témoignages de la
mort ce que Lenotre demande, c'est de la
vie. Ce curieux est poète, ce chercheur est
homme de théâtre. li apporte dans l'intelli"ence des drames anciens une sorte de lyrisme
~crupuleu1; tout son souci d'exactitude ne
rend que plus émomante la vérité. Rien
d'aussi difficile que de rester véridique en se
passionnant; là sont le mérite. de. ce. s~duisant historien, son secret de plaire al éhte el
à la foule, la raison de son heureuse influence.
Son dernier livre, qui a pour titre les Noyades de Nantes, est épouvantable. Et comment

.!es

ne point épouvanlcr alors qu'on raconte la
Terreur nantaise'? Napoléon, qui se plaisait
aux histoires fantastiques, évoquait ce sanglant souvenir pendant une des mornes soirées de Sainte-Hélène. « Laissons cela! s'écria-t-il tout à coup; on n'a rien vu de comparable en horreur. 1&gt; Voilà justement où un
Lamartine, par exemple, regardant dans cet
enfer du haut de sa subjectivité, ne savait
ou ne daignait pas se contenter de .la vér!t~;
il était dans l'essence de ce magnamme geme
d'ajouter du laid à la laideur et d'embellir le
beau.
Irautres conteurs, après Lamartine, plus
hâtifs encore avec moins de magnificence,
onl tenté la légende de cette horrible histoire. Ils ont été iuférieurs au réel, parce
qu'il était impossible d'ajouter du crime à
Carrier ; ici le document dépasse en pathétique les pires cauchemars. L'art de Lenolre,
en ce récit des misères de Nantes, consiste à
écrire docilement, sous la dictée des témoins,
et c'est plus qu'il n'en faut pour faire frissonner.
Les pi!'CS atrocités ont rencontré, sinon des
panégrristes, du moins fingénieux déîenseurs pour leur découvrir des circonstances
atténuantes. On a vu les inquisiteurs de Philippe li, les lomes de Machecoul, les tueurs
des massacres de Septembre bénéficier des
plaidoj'ers de l'esprit de parti. Jamais une
voix, fût-elle du plus sot des sectaires, ne
s'est élevée en foreur de Carrier. Le proconsul de Nantes est le lépreux de l'llistoire. Ce
qu'a fait cet homme, chacun le sait à peu
prè~, mais il est terrifiant de le rapprendre
détails par détails : la tragédie des noyades,
trente fois reprise, des enfants assassinés par
centaines, plus de quatre mille victimes, six
mois de folie homicide, une ville martyrisée
par une sorte de bouffon sanguinaire, et tout
ce qu'on ignore! Un Carrier, quelle absurde
énigme! ~l. Lenolre traîne en pleine lumière
cette hèle de nuit.
Malgré toute la pénétration de l'historien
et sa véracité implacable, ce bourreau de-

meure incompréhensible. Ëtail-ce un fou? A
coup sûr un affolé. Les fantaisies du Comité
de salut public étaient créatrices de démences . &lt;&lt; D'un mince procureur de province, dit
M. Lenolre, confiné dans la chicane et les
roueries professionnelles, la loterie des révolutions et l'impéritie du Comité avaient fait
un autocrate tout-puissant, disposant d'un
pouvoir supérieur à celui qu'ayaient exercé
les rois. » Voici non point l'excuse, mais
l'explication de ces subites métamorphoses
de niais quelconques en scélérats. On vient
dire au premier venu des faméliques, brûlé
de convoitises, rongé de rancunes : &lt;! Désormais, tu seras tout-puissant. l&gt; On costume
ce pauvre hère en saltimbanque guerrier,
aYec un panache, un grand sabre et toute
une rhétorique tapageuse dans sa chétive
cervelle; le voilà làché en pleine omnipotence. Edgar Quinet, en ses loisirs d'exilé,
médilait ainsi sur la Terreur : « Donner à
des individus la puissance de lâcher bride à
toutes leurs fureurs, et attendre qu'ils demeurent dans les limites de la raison. c'est
trop exiger de la nature humaine. Jureriezvous qu'en de semblables conditions votre
raison resterait tout entière? &gt;&gt; Qu'était-ce
que Carrier? Le dernier des bavards de clubs,
un chicanons affamé, moins que rien. Sous le
chapeau à plumes, la faible tête a éclaté.
Cette Nantes de l'an li était une chaudière
de fureurs; toutes les pestilences de la guerre
civile montaient de la Loire. Brigands, fédé•
ralistes, mouchoirs rouges, habits Oleus, jacobins, feuillants, hébertistcs, c'était à qui,
dans celle cité de négriers enrichis el de corsaires, souhaitait l'extermination de son misin. Le raté, improvisé empereur I avait pour
instmctioos : « Purger le corps politique de
toutes les mauvaises humeurs lfUÎ y circulent. 1&gt; !!uni d'un pareil pouvoir, il tombait
au milieu d'exaspérés qui hurlaient la mort.
Peut-être en une autre atmosph~re n'eût-il
été qu'un imbécile; ne respirant que folie,
il devint fou, et assafsin, n'entendant que
des haines.

M. Lenotre explique à merveille que si
odieux qu'ait été Carrier, la Terreur nantaise
ne fut pas le crime d'un seul homme. Quel
chapitre des annales de la peur que cette
abdication de quatre-vingt-dix mille citoiens
devant une poignée de gredins, et lesquels!
Le papelard Bachelier, le créole jouisseur
Goullin, et Robin, le voyou sinistre qui chantait des vaudmilles au lendemain des noyades, cent drôles tout au plus. Avant d'arriver
à Nantes, Carrier, dans ses missions antérieures, ne s'était pas montré inutilement
féroce. C'est à se demander si le secret de sa
scélératesse ne fut pas tout entier dans sa
làcheté; il était bassement pleutre, ayant fui
à Cholet, poursuivi par les huées de Kléber,
Ses acolytes du comité révolutionnaire de
Nantes et ses prétoriens haillonneux l'au~aient égorgé au premier soupçon de tiédeur;
11 se fit loup pour n'être point dévoré. li
finassait, évitait de donner des ordres écrits,
s'abritait sous de misérables équivoques, allait vivre à la campagne, se rendait inacces~ible _à tous. Songeait-il à se réserver des
alibis et des excuses pour le jour où tournerait le vent? Pas même. Il agissait ainsi par
couardise naturelle, non par calcul. li y avait
dans les bas-fonds de cette âme on ne sait
quelle ignoble candeur; peut-être se croyait-il
irréprochable. Le Comité de salut public le
rappela, non certes à cause de ses crimes,
mais pour avoir déplu au jeune Jullien, ambassadeur particulier de Robespierre. Il fut
mandé à Paris le plus courtoisement du
monde : « Tes travaux multiples méritent
que tu te reposes quelques instants, et tes

collègues te reverront avec plaisir dans le
sein de la Convention nationale. " Dans l'Assemblée, où il reprend sa place, son attitude
n'est aucunement celle d'un homme qui regrette quoi que ce soit; il dit son mot au
besoin, il est écouté . Robespierre le haïssait,
mais point du tout pour ce qu'on pourrait
croire : cet bébertiste honteux n'était pas de
la coterie de chez Duplay. A la chute de Maximilien, Carrier applaudit hruJamment. Au
lendemain de thermidor il est encore impuni
et tranquille. Cependant ses complices du
comité nantais sont traînés au tribunal révolutionnaire; il fait encore le rève naïf d'échapper à celle redoutable enquête. Mais Bachelier, Chaux, Goullin, tous les autres, n'ont
que son nom à la bouche : ils le vocifèrent,
la rue fait chorus, la Convention s'émeut,
elle nomme une commission de vingt et un
membres pour étudier la Terreur nantaise.
Carrier, sommé de s'expliquer, persiste toujours à se demander ce que peut bien lui vouloir cette Assemblée qui, naguère, acclamait
ses dépêches. li argumente, avec ses formules
de cuistre : « J'ai conserré Nantes à la République, j'envisage le brasier de Scévola, la
ciguë de Socrate, l'épée de Caton, l'échafaud
de Sydney. , Et puis, dans une minute de
génie, il Iàche ce mot immortel, le résumé
des dix-huit mois de la Terreur : &lt;1 Tout est
coupable ici, jusqu'à la clor.helte du président! 1&gt; Avec cette parole et la réplique de
Malet : « Mes complices? Vous, si j'avais
réussi! &gt;&gt;, quelqu'un a osé prétendre qu'on
tenait toute la philosophie de l'histoire.
Enfin on le vit sur la sellette. La réproba-

lion universelle l'y avait poussé. L'horreur
qu'il inspirait était telle que l'alTreuse bande
de ses complices, non moins criminelle que·
lui, en parut soudain innocentée. On lui joua
la vieille comédie du bouc d'Israël. Le président du tribunal rév-olutionnaire, Dobsent,
un fantoche, après soixante jours d'audience,
apporta un verdict sinistrement comique :
seuls, Carrier et deux brutes, l'égorgeur Pinard el le noyeur Grandmaison, se VO}"aient
condamnés. Toute l'infâme séquelle était acquittée, « convaincus, dit le texte bouffon,
mais ne l'ayant pas fait avec des intentions
criminelles et contre-réYolutionnaires ». Uohsent termina ce carnaval judiciaire par une
petite homélie qui a l'air d'un toast : « Allez
jouir des embrassements de vos familles et
de \'OS amis, el après l'effusion de ces premiers sentiment!I, employez bien cette liberté
qui va vous être restituée après la pénible
épreuve que \'Ous venez de traverser. n Le
premier usa~e que les sympathiques acquittés
firent de leur liberté, ce fut d'aller diner chez
Méot, au Palais-Égalité, à cinquante francs
par tète. Quelques convives, en goguette,
quittèrent la table pour aller voir guillotiner
l'ancien patron. Devant la mort, Carrier eut
une sorlt! de sombre courage, l'attitude négatil'e et méprisante de quelqu'un qui ne
comprend toujours pas. Cette obscure conscience était sur la conscience publique en
retard de dix-huit mois. A-t-il senti, à l'heure
suprême, quelque chose qui ressemblât à
du remords? Il se disait peut-être : , li est
possible que je sois un monstre, mais les
honnêtes gens sont de drôles de corps! 1&gt;
IIENRV

ROUJON,

IU l'Académie française.

Palette royale
Les vertus et les lumières des grands sont
toujours démontrées parleur conduite; quant
à leurs talents, cette partie reste dans l'apanage des flatteurs, de manière à n'avoir jamais
de preuves authentiques sur leur réalité; et
quand on a vécu près d'eux il est très pardonnable de mettre leurs talents en doute.
S'ils dessinent ou peignent, un habile artiste
est toüjours là qui dirige le crayon par le
conseil, quand il ne le fait pas de sa propre
main; qui prépare la :palette, amalgame les
couleurs d'où dépend le coloris. Si une princesse entreprend quelque broderie nuancée,
de la nature de celles qui peuvent prendre
leur place parmi les productions des arts,
une habile brodeuse défait et recommence ce
qui a été manqué, passe des soies sur les
teintes négligées. Si la princesse est musicienne, il n'y '.a pas d'oreilles qui jugent si

elle a chanté faux, ou au moins il n'existe
personne capable de le dire : ce sont de
lége_rs inconvénients que ce manque de perfcctwn dans les talents des g;ands. S'en occuper, quoique médiocrement, est un mérite
qui suffit en eux, puisque leur seul goùt et
la protection qu'ils leur accordent, les font
éclore de toutes parts. Marie Leczinska aimait
la peinture, et croyait savoir dessiner et peindre; elle avait un maitre de dessin qui passait
toutes ses journées dans son cabinet. Elle
entreprit de peindre quatre grands tableaux
chinois, dont elle voulait orner un salon intérieur, enrichi de porcelaines rares et de très
beaux marbres de laque. Ce peintre était
chargé de faire le paysage et le fond des
tableaux; il traçait au crayon les personnages i les figures et les bras étaient aussi
conl1és par la reine à son propre pinceau;
elle ne s'ét_aiL réservé que les draperies el les
petits accessoires. La reine, tous les matins,
sur le trait indiqué, venait placer un peu de
couleur ronge, b!euc ou verte, que le maitre
préparait sur la palette, et dont il garnissait
à chaque fois son pinceau, en répétant sans

cesse: &lt;&lt; Plus haut, plus bas, madame, à
droite, à gauche. :1 .\près une heure de travail, la me.sse à entendre, quelques autres
devoirs de piété ou de famille appelaient Sa
Majesté; et le peintre, mettant des omb;es
aux vêtements peints par elle, enleîant les
couches de peinture où elle en avait trop
placé, terminait les petites figures. L'entreprise finie, le salon intérieur fut décoré de
l'ouvrage de la reine, et l'entière confiance
de cette vertueuse princesse que cet ou vra"e
était celui de ses mains fut telle, que, légua~t
ce cabinet à madame la comtesse de Noailles,
sa dame d'honneur, les tableaux et tous les
meubles dont il était décoré, elle ajouta à
l'article de ce legs : « Les tableaux de mon
cabinet étant mon propre OU\'rage, j'espère
que madame la comtesse de :-loailles les conservera par amour pour moi. )l Madame de
Noailles, depuis maréchale de Mouchy, fit
construire un pavillon de plus â son hôtel du
faubourg Saint-Germ~in, pour y placer dignement le legs de la reine, et fit graler en lettres d'or sur la porte d'entrée l'innocent mensonge de cette bonne princesse.
MADA&gt;IE

CA:\IP AN.

�. _________________________________
Lë BOllŒA'J/.DëJIŒNT - - ,

commandement militaire comme le reste à
l'anarchie, tandis que ce commandement
perdait le peu de prestige qui lui rest.it encore,
Pn se donnant en pâture, a\'ee une longanimité qui n'était que de la faiblesse, aux di\'agations virulentes de la presse et des dubs.
Telle était la situation gouvernementale,
qui, ainsi qu'on le voit, n'arait rien de
rassurant. La suspicion où était tenu maintenant le général Trochu avait grandi à ce
point qu'il était question, dans les conseils
des avocats en possession du pou\'oir, soit de
le mettre en tutelle, soit mème de le remplacer. a -Le moment est venu où le gouvernament dnit lui-mème conduire les opé1'(ltions militaires o, disait Jules Favre, et
M. Arago. qui s'opposait au remplacement du
général Trochu parce qu'il entendait au préalable « réclamer de son successeur une profession dé foi républicaine "• adjurait le
gouverneur de commander désormais l'armée
1 en citoyen résolu à tenter des efforts extraordinaires, en dehors de toutes les l'ègles
militaires I n. C'est à des divagations de ce
genre que le gouvernement occupait ses
séances, pendant lesquelles les p,·opositions les
plus fantaisistes étaient successivement pré-

UNE GARDE AU.\'. RE.\IPARTS (BASTION ~ l), -

Tableau de

sentées par des gens dont les aptitudes au rôle
d'hommes d'Etat se montraient là sous leur
,·rai jour, mais où, somme toute, on ne résolvait rien, sinon qu'on ne confierait jamais la
défense de la République à/' e.r-sénateu,· Vinol'.
Cependant, les souffrances morales el matérielles de la malheureuse population parisienne atteignaient déjà un degr1\ d'acuité terrible. Les premières avaient principalement
pour cause le découragement qui, régulièrement, succédait au déluge de fausses nouvelJcs
que propageait la presse, qu'encourageait le
gouvernement, et que le public colportait de
bouche en bouche, se prJparant ainsi les plus
amères déceptions. Tantôt on avait capturé la
natte prussienne, tanlùt on avait battu l'armée
entière du prince Frédéric-Charles, tantôt on
annonçait l'arri\'ée de l'armt\e de la Loire aux
environs de Fontainebleau. Loin de meure la
population en garde contre ces rumeurs fantaisistes, le Joumal officiel publiait de temps
en temps des communiqués rédigt'•s par une
plume habile et où la gravité de nos échec,
était toujours masquée sous des artifices de
langage qui trouvaient pour le présent des
excuses et pour l'avenir des promesses dont
on ne voyait jamais la réalisation. a Ces espé-

rances chaque jour renaissantes, chaque jour
éteintes, ces joies détruites, ces attentes
anxieuses conduisaient plus ~ùrement au
desespoir que Ja vérité, si triste qu'cl1e pùt
être; les esprits les mieux équilibrés tombaient
dans un état riaient, voisin d'une sorte de
folie que l'on a appelée folie obsidionale•. u
Avec cela, pas de nouvelles des parents, des
amis, d1:;s pères ou des fils prisonniers en
Allemagne ou comhaltant en province, la
claustration absolue, l'isolement complet dans
la plus douloureuse des séparations!
Les tortures causées par le froid et la faim
étaient devenues terribles, surtout pour la
classe moyenne. Les économies une fois
épuisées, il al'ait fallu se contenter de la
ration journalière, qui se composait uniquement de ~00 grammes par jour d'un pain
innomable, fait de résidus et de mauvais son,
a,·ec 50 grammes de ,·iande de cheval i car le
gouvernement, après avoir, dans son imprévoyance coupable, laissé gaspiller les ,·ivres
de toute espèce au début du siège, avait d,i,
malgré des promesses solennelles, en venir
au rationnement. Ceux qui n'a,·aient pas ou
beaucoup d'argent, ou un fusil de garde
national, ou un élat reconnu d'indigence:;,

Reproduction autonsee rar laoup11 et L", t.:diteurs, P.1ris,
et E. LAPORTE.

J. GUIAUD

L'-Colonel ROUSSET

+
LE SIÈGE DE PARIS

Le Bombardement
Situation à Paris
à la fin de décembre 1870
Le piteux échec auquel venaient d'aboutir
les récents efforts de la détense de Paris avait
prornqué partout un découragement profond,
et les derniers jours de l'année 1870 s'écoulèrent dans une morne tristesse, à laquelle
faüait cortège, pour ceux que n'a,·euglait pas
la passion politique, l'angoisse des plus
sombres préoccupations. Les espoirs les mieu1
trempés s'évanouissaient devant la constatation douloureuse d'une impuissance désormais
démontrée, la foi en des jours plus heureux
disparaissait même chez les plus vigoureux
caractères, et des hommes, habituellement
Ellr:iil 1k l'//i,tnire gh1érnle ,fe la Gltl·nr fm11,0~1lle111a111lr. ISi0-1871. par lt• l.1 Co10H1 ltor•~lT.

très énergiques, ressentaient les premières
atteintes de la démoralisation.
D'autre part, la déception était grande de
tant d'illusions détruites au sujet des talents
militaires du gouverneur, à qui on avait fait
au début un crédit si large, pour aboutir
bientôt au plus complet désenchantement. Il
n'était malheureusement que trop certain,
les derniers bénements l'avaient prouvé jusqu'à l'évidence, que le général Trochu ne
possédait aucune des qualités nécessaires pour
sauver la situation compromise, et que sa
direction accusait des résultats de jour en
jour moins brillants. « On lui reprochait de
n'avoir pas su se senir des ressources qu'il
avait dans les mains et d'avoir compromis Ja
défense par une tactique malheureuse qui
1:rlilion tléti11i!i1t'. Deux hl'nux ,·ol11mrs (in--i-" ,le bililiotl1C,11w. Jub T::allandicr, l•(liicur.

consistait à en"a"er
ses troupes et à, les retio O
rer, sans jamais occuper un des porn.ts atta_qués. La popularité immemc dont 11 ava!t
joui au commencement el pendant les trois
premiers mois du siège avait fait place à une
hostilité qui grandissait chaque jour'. u Le
rrou,·ernemeot lui-même, qui s'était imaginé
Ïongtemps que son président, par cela mème
qu'il n'était point person« gmla à la. Cour
des Tuileries, devait posséder tous les mentes,
commençait à s'apercevoir de son erreur e~ à
danuereux « de le laisser désormais,
J·urrer
o guideo et sans contro'l e, d.cc1'd er souve•
san3
rainement des opérations qui pou raient_ en_core
être tentées ». L'autorité du g:énérnliss1me,
~ i peu etlecth'e qu'elle fi'tl, s_ubissa~t dom:
une grave atteinte qui menaçait de huer le
1. ,Jul&lt;'s
11aliom1le,

~•\\'RE

1

f,e Goiu•enwme11l tir Ill D!{t•11Jt

tome Il, 1mgc I08.

l:NE CAY[ H:Œ.ANT LE DO.MU.ARCE.MENT. -

1. Prorl'!Herbaux dr!f ,éw1rrs du Goui•rr11n11r11t
tle li, Difrmse natio11ale St•anccs llt&gt;s 21, 2~, N
26 déc('mbre 1870 .

Tatlt,w de

J.

DIDIER

2. Gl•n!!ral Di:cnor, /,a Défow de Pam, tomr Ill,

pai:te 211.

3. Ceux-&lt;;i au moins trom·aienl dnn,. la chnritC' pu-

"""85 """

tl

J. Gt:!Al'D•
hliqu&lt;', toujours nilmiruhlc, des rf''-~ources que_ l1
cla~e moyenne N la !)&lt;'Ille buurgrol'-'Ïc ne JJOument
pas partager.

�111STOR._1.Jl
classe de la société qu'elles appartinssent, se
sont monlrées admirables. Leur courage résigné dans les privations, leur stoïcisme dnns
les larmes, leurs attentions délicates et raffinées auprès des blessés et des mourants sont
au-dessus
de tout éloge. Les riches, dont les
des ra\·a~es de jour en jour plus terribles, et
voitures
blasonnées
étaient remisées faute de
la variole principalement, du 18 septembre
cheYaux, venaient à pied chaque jour aux
1870 au 24 février 187 l, date' de l'armistice,
baraques des Champs-Elysées ou 11 l'ambufaisait 64,200 victimes, soit 42,000 de plus
lance du Grand-Hôtel, assister aux cliniques
que pendant la période correspondante de
de Nélaton, de Jlicord, de Péan, de tout ce
1869-1870. Quant à la mortalité des enfants
que l'Ecole de médecine complait d'illustre,
en bas âge, elle était eJTroyablc, et elle atteiel faire les pansements les plus répugnants el
~nit pendant une seule semaine, la dernière
parfois les plus dangereux. D'autfes allaient
du siège, le chiffre épouvantable de 2,500 !
jusqu'aux
abords des champs de bataille
Rien de tout cela cependant n'empêchait
accompagner
les ambulances de la Société de
les clubs de fonctionner, les journaux de
secours aux blessés. Les actrices prodiguaient
divaguer, les sophistes de déclamer. &lt;( Les
leurs soins aux soldats soignés dans leurs
attaques les plus violentes, les appels à l'inthéâtres transformés en hôpitaux, et toutes,
surrection, à la guerre civile, au pillage,
les
jeunes, les vieilles, les célèbres, apporDétournons
les
Jeux
de
ce
triste
lahleau;
toutes les infamies, toutes les ignominies,
taient
à ce rôle de sœur de charité la même
la
tache
qu'il
imprime
à
la
défense
honorable
toutes les obscénités ont pu être publiées,
affichées dans Paris ouvertement, au grand de la capitale française doit être ellacée par ardeur qu'elles mettaient naguère :l rempor.
le souvenir du courage que la masse de la ter des 1riomphes 1
JOUr , ..• ))
Et si le dévouement de ces favorisées du
Triste conséquence d'une faiblesse inexcu- population a montré au milieu de ses terribles
sort
fut admirable, combien plus admirable
souffrances,
de
l'abnégation
dont
elle
a
fait
sable et qui avait sa source dans les utopies
dont les membres du gouvernement s'étaient preuve, du dévouement généreux qu'elle a . encore le courage st,oïq1;1e des femmes du
nourris toute leur vie. Or, chose étrange! prodigué à la patrie et au gouvernement peuple, des petites bourgeoises, des ouvrières,
lorsqu'un d'entre eux!, frappé enfin des d'occasion qui la représenlait. En face de obligées d'attendre pendant les heures glacées
désastreuses conséquences d'une licence que quelques brailln.rds, &lt;&lt; écume co.smopolite 5 n, de l'aube, dans la boue gluante et froide,
rien, ni le bon sens, ni le patriotisme, ni qui entendaient décréter la victoire et proclamer sous la pluie qui fouette ou le vent qui
la loi sacrée de Ja discrétion militaire ne la déchéance du roi de Prusse; en face des cingle, une maigre ration de pain de siège et
pouvaient refréner, demandait enûn, au nom exaltés, des démagogues el des sophistes, il un morceau de viande de cheval! Comme
du salut public, la suppression pure et simple faut, pour être juste, évoquer la mémoire de elles ont dù souffrir, ces pauvres créatures,
des journaux, c'était le général 1'ror,hu lui- tous ces hommes de devoir qui ont souffert rangées en file, transies et grelottantes, accamême qui, de concert avec Jules Fa,Te et sans se plainJre, de tous ces braves soldats blées sous le fardeau de leur pauvre ménage,
M. flocheforl, combattait le plus ardemment qui sont morts héroïquement, de toutes cP.s et partagées entre les soucis de la vie matérielle et l'inquiétude mortelle qui les dévorait
à chaque coup de canon! Elles n'ont cependant jamais fait entendre une plainte, jamais
poussé un cri d'impatience : leurs seules paroles étaient des caresses pour l'enfant qu'elles
porla.ient endormi sur leurs bras amaigris ....
Ces femmes qui ont souffert toutes les tortures, enduré trop souvent les tourments de
]a faim,. dont quelques-unes, dit le général
Ambert, onl dù mendier, la nuit, un morceau
de pain, ces femmes ont été de vraies héroïnes, et l'histoire leur gardera un souvenir
attendri.
L'essor de la charité a été merveilleux;
partout des hôpitaux, des ambulances, des
fourneaux économiques, où les blessés trouvaient des soins, lt:s malheureux du pain.
Dans la pitié comme dans le patriotisme,
toutes les classes, toutes les croyances, toutes
les opinions se sont un moment confondues,
et c'est bien là la portée la plus haute du
spectacle que la France a donné au monde
pendant près de cinq mois. Qu'importent
après cela les défaillances des peureux, les
cris
des énergumènes, les folies des anarClichë :\'eurdein frères.
chistes
et des braillards? Ne nous reste-t-il
SIÈGE DE PARIS : CONVOI DE BLESSÉS. - Tablea11 d e É .\IILE BOUT IGNY.
pas assez de nobles exemples pour montrer
l'inépuisable fond d'héroïsme el de vitalité
celle proposition si sage'. Quelle alierration femmes dont le noble dévouement jette sur que ce pays possède, et pour nous laisser le
d'esprit chez ce soldat si complètement égaré ces jours de deuil comme un rayonnement de droit de garder avec fierté la mémoire de
dans la politique! Et cependant, ces journaux divine charité. Les Parisiennes, à quelque ceux qui ont tant souffert'!
ne pouvaient plus ni se chaulîer ni se nour•
rir. La mortalité atteignait, par semaine, le
total énorme de 3,G00 décès; les maladies
épidémiques, qui s'élaient abatlues sur la
ville presque dès le début du siège, exerçaient

et ces clubs ne le ménageaient guère; ces
derniers surtout, où l'anarchie se prêchait à
bureau ouvert. cc Chaque jour on y demandait
la destitution du gom•erneur ou de tel fonctionnaire militaire ou autre, les visites domiciliaires, la levée en masse, la sortie torrentielle,
la Commune. Dans les réunions se formaient
des manifestations armée.i; qui allaient aux
mairies. à l'Uôtel de \ïlle, chez le gouverneur,
conseiller, ordonner ou défendre. Enfin, dans
ces réunions, était donné le mot d'ordre pour
la lentatirn d'insurrection et s'organisaient
les sociétés, telles que le Comilé central de
la garde 1wlionale ou l'ac;sociation des déiég11ës t!es 20 mTondissem,enls, qui avaient la
prétention et l'espérance de remplacer le
µ:ournrnement, espérance que les é\'éncments
de 1871 ont réalisée'.»

HISTORIA

,,

1. Gênél'nl Dc:rnoT, Loc. ('il. , tome III , pn,e-e 226.
2. Erncsl_Pic:ird..,
•

:j, Séancr du goun:1•11eme11l tenue le IO 110tembi·e 1870.

i-. f:11 q11éle Pa1·l emei1lafrf', r:ipport de )1. Clmprr.
5. Génér:il 011CRIIT, for. cil ., tome. Ill , page '217.

MARIE -AMÉLIE .DITCHE SSE DE PARME ,SŒURDE MARIE-l\NTOINETTE
CoU..- cl 1.0n d&lt;" M'° l&lt;" BARON DE SCli.L lC' H TIN O

PL ~O

�1..'E

.\\l[!lï.Al\(T Dl' T11i'.:\TRF.-FRA~ÇAIS. -

BO.MBJt'l{DEMENT - - -

Taékilll ,1',hnRl fiROt.:ILLl:T.

�r - - mSTOR,.1.ll

_________________________________,.

Bombardement de Paris

Cependant la situation preca1rc d~ la capilale n'était plus un mJ~Lère pour les
\llemand,-, 11ui }' rnyaient l'augure d'une
explosion populaire el s'étonnaient même
flu'ellc ne se fùt pas produite déjà .... lis
:1\"aicnt, dPpuis le 17 déccrnbrc, renoncé à
entamer les tra,·aux d'un si,'ge, mais ils cnlcndaient les remplacer par une aclion énergique d'un autre gcnrr, qui, en cxa~pérant
la population parisienne déj:'i singulièrement
surexcitée, la pousserait peut-être aux derniers excès. Or, le moment précis où cette
nrtion serait la plus efficace leur ~cm blait
arrill• maintenant. Tout espoir d'un secours
extérieur semblait évanoui; les Cncrgies lt!s
mieux trempées s'usaient peu à peu dans les
privai ions et les souffrances, et la faim, mauraise conseillère, pouvait au moindre événement faire sorlir de leurs repaires les émeutiers en qui M. de Bismarck ro1ailscs meilleurs
alliés. L'homme de fer qui présidait aux
destinées de l'Allemagne voulut alors profiter
de ce qu'il a appelé le moment 71sycholoyiq11e, el salisfaire à l'impatience de son
1mls, qui s'irrit:iit d'une résb-tance aus,i prodigieuse et aussi peu prérne. Am-sitôt que
tout fut prêt pour cet acte barbare, il ordonna
de rommenct'r le bombardement de Pari~.

On :nait été assrz surpris, dans l;après-midi
du :,, de voir tomber quelques obus dans les
qnarliers sud de la ,,me. Comme ils parais~aicnt
s'éparpiller sans but bien défini, on avail voulu
admettre qu'ils provenaient d'un tir mal réglé
ou de l'erreur de quelque canonnier, c.:ir h
population de Paris se refusait à croire que
les armées alll·mandcs, pal' un acte digne des
\'andales, youlussent sérieusement écraser
sous leurs obus la capitale du monde cirilisé.
Mais bienlol la persistance des coups et leur
régularité progressive ne Jai~sèrenl plus de
place ù l'illusion i il fallut ~e rendre à l't!\'id~nce ; c'était hien contre Paris que les soldats du roi Guillaume braquaient leurs canons!
Aussirôt le gouvernemPnt, &lt;' montrant plus
rlè trou Lie cl d'émoi que la population , ,
lança une proclamalion qui passa pour ainsi
1. GCuéral nrcnoT, (()(. dl., tome IV , page 11 .
:!. Jf,id., tome I\'. page 11.
:ï. Située ,;ur la lisii•re ocridrntale de la fon~l de
Uondv. enlrf' lt• c-anal ,le l'Our1·q et le chem in ,le r~r
,le Scii~~m1~.

dire inaperçue 1 ; car les habitants de '.PJris
supportaient celte suprèmc épreuve, il faut
le dire lr~s haut, a,·ec une fermeté qui doit
les ab!;:oudre de birn des rrreur~. Ils eurrnl
des accents de colère, des explosions de rage,
dè la haine, du mépri~, m~me des éclats de
rire; mais de terrei.tr, point. L'essai d'intimidation tenté par nos implacables ennemi.;
comme leur re~source dernière ne fut qu'une
inutile cruauté. Ils en recueillirent même cc
léger ridicule qui s'nttache toujours aux
grands moyens produis:rnt de petits résultats.
Quant à la chute de Pari!-, elle ne s'en lrourn
pas avancée d'un seul jour.
Cependant, dès le G janiier, tous les monument~ de la rive gauche a\·ai!'nl plu,;; ou
moins à rnuffrir. Les 'luartier..; dcl SJint-Victor, du ;ardin des l'lantc.s, de !'École militairC', du Panthéon, des Invalides, la bibliothèque Saintc-Gene,·ièl'C, le jardin du Luxcmhourg, o~ù étaient dl's haraqncmenls d'ambuhnce, l'Ecole politcchniquc rt le couvent du
Sacré-Cœur é1..1ienl sillonnés d'ohus, qni allumaient parfois des in~rndies &lt;1u'on éteignait
en h,ite. Par un r~Jouh\ement de barbarir,
les étaLfüsemcnt,; hospillliers étaient plus
pnrticulièrement visés, c·t semblaient le centre
de la zone des points de chute. L'asile d'aliénrs de Montrouge reçut, du 5 an '17 janvier,
1~7 projectiles; l'hôpilal du Yal-dc-Gràcc,
7,); laSalp1\trièrr, ;il.
On voit que le bomhardementétait méthodique. li coùln à la population cil'ilc 596
victimes (dont 107 femmes, enfants ou ,icillards::-, tuées sur le con p.
~lais, malgré ces effets trop regretlahlès,
son seul résultat immédiat fut une certaine
émiµ-ration des habilants de la rh·c gaucbc
vers la rive droite. l)'aulres « se portaient en
foule vers les quartiers bomh:trdés, pour contempler curieusement la trajectoire des olJus,
dont les gamins allaient ramasser les éclals,
qu'ils vendaient depuis 5 centimes jusq u'à
5 francs, selon leur grosseur' ». Comme les
Allemands lancèrent en tout environ 10,000
projectiles, il en est dont les recettes ont dù
être fructueuses, très certainement.
Entre tC'mps, les assiégés tentaient quelques petites opCrations conlre IC's b:illrries
ennemies de DOU\'ellc coustructinn. c·c~t
ainsi 'lue, dans la nuit du O au 10 ja1H·icr,
;i00 marins, mus les ordres du lièutenant de
Yaisseau Genai~, allèrent ùoule,·crser les tra4. Celte dcmmde l•tail si,nh~ ,les min_islrrs de
Suisse. de Sul•,le. etc lhn&lt;'mark. ile· Hrlg-1quc, des
1iay:&lt;-PIS, des Etals-l"nis cl tics consul5 générau-ç tics
ontrl's pui5,sa11c('~.

va.ux du Moulin-dc-Picrre·'N ramenèrent une
vingtaine de prisonnier:-, ~·ayant perdu, eux,
que cin'J Llcssé::;. Qnar:mle-lmit h&lt;'urrs aprè..:,
dans la nuit du 11 :m 1~, la compagnie de
rrancs-tircnrs du 122·· attaquait 1a ferme de
Nonnrrille ~. s'en emparait et y m&lt;'llait le
fou. ~lai~, al1andonnéc par deux compagnies
d'éclaireurs Ponlizac &lt;fui, n"r.c de la d~·namite, devaient faire sautrr les b,iliments, efü•
resta seule en présence des avant-posles prnssit&gt;ns qui dirigèrent anssilùl contre elle une
série de salves meurtri1\rc~. Un~ de ses sections 'lui, sous les ordres d·un orncier énergique, le mus-lieutenant Nacra, s'était nrcnturée dans les b,Himenls qui lmilaicnt, ne
put se rcpliC'r que le lendemain, après avoir
perdu 12 homme,.
Ces petites actions irnlécs et en général peu
t.fficaces n'atténuaient en rien la rigueur du
hombardemcnt, et nos hôpitaux continuaient
à soulîrir gravement de se!ii effets. Le 1:i, le
gom·ernemcnl em·oya à li. de Moltle une
protestation contre cette ,·iolation de la convention de Geni•ve, mais ne reçut qu'une réponse ddatoire, où il Nait dit « que les fait,
sirrnalés ne se reproduiraient probablem&lt;'nl
pl~s dès que les b1tterics allemandes seraient
71/m 1·approchées de l'enCPinle de /'aris, tl
qu·un temps clair rendrait le but de leur tir
plus :ipparenl )J. Ce même jour, les représentants du corps diplom3tiquc, présrnts l1
Paris, :tdrcssaienl au comte de Bismarck une
demandè tendant à ce que « des mesures
soient prises (lour permettre à leurs nationam: dè se mellre à l'abri, eux &lt;'l leurs propriétés ' ». Le thancelier leur fil connaitre,
arec une raideur narquoise, que depuis longlèmps il élait d'avis qu'une ville assit'géè ne
constituait pas &lt;c une résidence C?mcna!Jlc
pour les agents diplomatif(llCS des Etats neutres »; que cependant il ne pourait laissl'r
rn ce moment les C::trangers quilln Paris;
mais c1ue, par courloisie, il autorisait les
signataires de l'adresse à en sortir .... LPs
agents diplomatiques n'a,•aient guère qu':\
d~cliner une ofTrc présentée sous celle formf',
tt c'rst ce qu'ils firent, d'ailleurs, unanimC'ment. Telle fut la srule tentali\'e d'interv~r1tion faite par les puissances nentres pour
arrêter Jes horreurs indignes de noire temps.
En de'iors de ceUr timide prolcstation de
lt.!urs rt•présrnlants à Paris, pas une d't•lles
n'élc,·;1 la rnix en faveur de J'humanitt.:, et
toutes lais!-èn~nt foire ce que leur honneur de
na.lions civifü•ét's leu r comru:imlait impérieusement de sligmali~Pr.
L'-COLOSEL ROUSSET.

AU TEMPS DE L'EMPIRE

Tournebut
-

1804-1809 -

Par G. LENOTRE

DEUXIÈME PARTIE

prétexte qui ne blessât ni n'efneurât même JI. de Riroire, qui passa en captivité loute Ja
pas l'amour-proprr, de q11i q11e f(' soit. » Qui périodr impériale, racontait, sous la RestauCHAPITRE Il
que ce soit figure ici Savoyc-Rollin. Quel se- ration, à la famille de Combray, que tous les
cret Licquel avait-il donc découYerl qu'il prisonniers considéraient Acquet « comme
Madame Acquet (s,iile).
n'ose confier que de ri,·e Yoix rt !-eulement un e~pion, un mouchard, pendant le mois
au chef de la police générale de l'Empire? qu'il séjourna au Temple '». Après huit jours
Cel échec fut d'autant plus sensible à Lic- Nous crO)'Ons bien ne pas nous tromper en
quet qu'il avait espéré, en aUirant Allain, avani:-ant qn 'à peine arrivé à Caen il ,·enait de détention et trois semaines de surveillance
qu'Aché « serait aussi de la partie &gt;&gt;. Sans de mettre la main sur un lémnin si impor- à Paris, il était mis rn liberté et reprenait le
chemin de Donnay a.
celui-ri, 'lui était bien é,·idemment le chef de tant, mais en même temps si délicat à maLe rapprochement de ces faits et de ces
la conspiration, l'accusation, n'atteignant que nier, qu'il était effrayé lui-même de ce coup
dates
n~ permet-il pas d'induire que Licquel
des comparses, serait oLligée de passer "DUS de théâtre inattendu.
a1•a,t
dec1dé,
sans trop de peine oa peut le
silence le r&lt;ile du principal coupable et de
En furetant dans la prison où il avait croire, Acquet à se faire l'accusateur de sa
réduire, par conséquent, l'affaire aux pro- trouvé moyen de pénétrer pour rauser a,·ec
portions d'un vulgaire brigandagl'. Stimulé Lanoë el les Buquet, il avait rencontré Acquet femme? Mais le désir de ne pas se compropar ces motifs et da,antage peut-ètre par une de Férolles, bien oublié là depuis trois mois; mettre el plus encore la peur des représailles
raison d'amour-propre plus puissante encore, soit que lime Placi•ne fùt, comme le soup- fermaient, à Caen, Ja bouche de l'indirrne
Lirquet partit pour Caen. Sa joie de « prati- çonnait Vannier, employée par la police' et mari, très empressé de par1er à Paris, à c~nquer J) lui-même est si vire qu'elle perce dans eoaniît la véritable personnalité de Licquet, dition que personne ne soupçonnât le rôle
ses rapports pleins d'enlrain el de verve comi- soit que celui-ci eût trou,·é un autre intermé- qu'il assumait; d'où ce simulacre d'emprique : il se montre prenant la poste a\'eC De- diaire. il est cerlain qu'il obtint, dès le pre- s~nnem~nt au Temple - idée de Licquet,
laitre, son neveu C! cl deux ou trois sbires bien mier entretien, la confiance d'Acquet de Ft!- lnen _év,?em_mcnl - qui lui laissa Je trmps
alertes ». Il est si sùr du succès qu'il l'es- rolles et qu'il eut le crédit de le faire mettre de faire a Ilcal des révélations.
Quoi qu'il en soit, cet incident avait intercompte d'avance : - c&lt; Je ne sais, écrit-il à en liberté !, C'est après celte entrevue que
rompu
l'expédition de Licquet à Caen. Il la
Réal, si c'est trop se flatter; mais je suis Licquel demanda à Réal de l'appeler à Paris
reprit
au
milieu de novembre et quitta Rouen
tenté d'rspérrr qu'à la fin de la comédie on pour vingt-quatre heures; rnn voyage s'effecle
18,
toujours
accompagné de Delaitrc et
demandera l'auteur. » li est regrettable qu'on tua dans ]es premiers jours de novembre et,
n'ait sur cette expédition aucun détail. Sous le 12, sur un ordre ,·cnu de néal, Acquet d'agents choisis parmi ses plus habiles. Cette
quel costume Licquet se pré.senta-t-il à Caen? élail arrêté de nouveau cl amené en poste de fois il avait pris la qualité d'inspecteur des
Quelle personnalité avait-il usurpée? Com- Donnay à Paris, escorlé par un maréchal des droits réunis en tournée de service et les
ment put-il manœuvrer entre les amis de logis de gendarmerie; le 16, il était écroué hommes qui l'accompagnaient passaient pour
~lme Acquet, son compère llelaitre, le préfet au Tcmple 3 et Réal, accouru pour rjnterro- ses contrôleurs;. Ce titre lui conférait le droit
Caffarelli, sans éveiller un soupçon ni froisser ger, se montrait pour lui plein d'égards et d'e,ntrer dans les maisons et de visiter jusune susceptibilité? Il e~t impossibl~ d'en rien « promettait que sa détention ne serait pas qu aux raves, sous prétexte de rechercher 1a
démêler; il a le talent de troubler l'eau pour de longue durée' JJ. Une note restée au dos- fraude. Son but était d'attirer Allain, Buquet
y pêcher à coup sll r et semble jaloux des sier semble indiquer que cette incarcération et surtout d'Aché; mais aucun d'eux ne se
moyens qu'il emploie au point de n'en dirnl- n'était pas de nature à causer grande alarme montra. ~ous ne pournns enlrer dans le dé~uer à personne le secret. Par une sorte au chàtelain de Donnay : 11 M. Acquet a été tail de ce troisième voyage, Licquet ayant
d'instinct de mJslificateur, il entretient, pen-, conduit à Paris pour qu'il ne nuisit point aux tenu secrètes les ficelles de sa comédie; des
dant son voyage, une correspondance orf1cielle opérations relalircs à sa femme .... On sait demi-coafidences faites à Réal on peut inflrer
avec son préfet, et une autre - particulière qu'il est étranger au délit de son épouse: qu'il acheta le coacours de Laagelley cl de
- avec Réal. li dit à l'un ce qu'il n'avoue ruais H. Réal croit nécessaire de le tenir Cloi- Chauvel; moyennant Ja promesse jormeJle de
pas à l'autre, écrit :. Savoi·c-Rollia qu'il a gné. » Ce n'e,t point là le ton dont les poli- l'impunité, ils consentirent à servir Je policier
hâte de rentrer à Rouen, et à Réal il de- ciers de l'époque parlaien t de leur clientèle et à trahir Allain; ils allaient le lui liner
mande, par le même courrier, rlëll'e appele' ordiaaire et il n'est point hors de propos de quand " une peur du gendarme Mallet fit
tout manquerR ». Licquet se replia avec sa
à Pm·is pendant t1ingt-quatre heu res . le faire remarquer; ajoutons enfin que Jes troupe, ramenant Chauvel, Mallet et Lan« Si vous adoptez ceue idée, monsieur, il fau- royalistes détenus au Temple ne s'y tromdrait que vous eussiez la bonté de choisir un pèrent pas ; un vieil habitué de la prison, gelley que devaient suivre bientôt Lanoi'
Vannier, Placène el les Buquet, sauf Joseph:
1 . Cette accu!'-'atîon contre llmo Plarènc prend assez
de consistance si on rapproche lrs allusiom de Vannier
de cc pa,:,11.gc de Billartl de \"t.'au -ç : c )1. et lime de
Placi•nc avaient élC compromis l'un èl l'autre cl condamnés i une l't:dusiou pcrpi!tuclle; mais, par un
i.M&gt;nhrur altachi• i l't'toilc de l.lme de Placime, elle
fut mi~e en liherh' en 1811 ou 12. Comment a-t-elle
foi~ pour_ exi,ster ~ Roul'll s.an'I l~rtune Ju~u•en 1814
1111 elll' ,1nt a Paris a,·er son mari? Cerln111t•~ personnes

trou,·enl des re~sourccs où d'nutres mourraient ,le
faim. Plus heureuse que beaucoup d'autres honnètes
g_ens, t'lle _• eu _une pcn~ion de 1.000 francs çur la
lislc du ro1. 11 lldlard tic \"eau'&lt;, t. Ill. p. 322.
:!. Acquet SOl'lÎl de la 1,1·il'-Ot1 de Cacu le i IIQ\'Cmbre 18Ui.
~. Ecrous du ÎC'm11lc. Archin~s (fo la préfecture de

pohre.

4. 1.cill'e d'Acqu!'l d~ Fërollt's. Arch. nat. P 8li0.

:i. Lettr~ de Oon nœil à _son fri•re Timoléon de Combra!', Arcllll'cs de la fanulle de SainL-Viclor.
ti. Oonn~il a~,mra1t c1ue Ac(111et nait ~u rinf/
francs p:ir Jour pe1!dant toute la durée de sou sl-jour
au Temple, en p1uement des services qu'il v al'ait
r,~ndus à la police. An:hires de la famille de~ Saint\ 1clor.
7. Lettre de Licqucl à Réal, 22 nowmlire ISOï
8. Archi,·rs nationales, ~,; X172.
•

�r-

111STO']t1Jl

qu'on n'avait pas revu. Mais, avant de re•
prendre le chemin de Rouen, Vcquet voulut
présenter ses devoirs au comte Caffarelli,
préfet du Calvados, sur les terres duquel il
,·enait de chasser. Celui-ci ne cachait pas son
mécontentement et jugeait singulier qu'on
disposât de sa police et de ses gendarmes
pour procéder it des enquêtes et à des arreslalions dont on négligeait même de l'infor~
mer. Licquet assure qu'après cc lui arnir fait
grise mine, Caffarelli Tit aux larmes )&gt; au
récit des histoires du faux patron Delaitre et
a·u faux inspecteur des droits réunis. Il est
possible que l'anecdote fùt bien conlée; m3is
}P. préfet du Calvados n'en estimait pas moins
fe procédé sans façon : il devait le témoigner
un peu plus tard avec quelque crànerie. Du
reste Licquet ne s'y trompa point; lui-même
écrivait, à son retour de Ca.en : c! Me voilà

brouillé avec le préfet du Calvados' n.

Il s'en souciait peu, d'ailleurs; on anit
tacitement arrêté que le vol du Quesna} serait
jugé à Rouen par une cour spéciale, et c'était
là que se concentraient tous les éléments du
procès. Licquet en était de\'enu l'ordonnateur

et le metteur en scène; à la fin de 1807 il
gardait, sous les verrous, trente-huit prévenus', hommes ou femmes, qu'il ne cessait
d'interroger, de tenir en baleine, de confron-

ter .... Mais il ne se déclarait pas satisfait :
l'absence de d'Aché gàtait sa joie; il aYait
bien compris que, sans celui-là, son triomphe
serait incomplet et son œuvre resterait imparfaite, et c'est sans doule à celte torturante
obsession qu'il avait dû l'idée - aussi cruelle
qu'ingénieusc d'une nouvelle comédie

dont la vieille marquise de Combray avait
encore été la victime.

Certain jour de novembre de 1R07, elle
entendit, du fond de son cachot, un tumulte
insolite dans les couloirs de la prison : les
portes s'ouvraient, les gens s'appelaient;
c'étaient des cris de joie, des chuchotements,
des exclamaûons d'étonnement ou de dépit
- puis de longs silences qui laissaient la prisonnière fort perplexe. Le lendemain, comme
Licquet venait lui rendre visite, elle lui trouva
la figure bouleversée; il fut, ce jour-là, très
laconique, parla, en quelques mots, de graves
événements qui se préparaient, et disparut
comme un homme affairé. Tout est aux prisonniers matière t1 espérer et Ume de Combray laissa, cette nuit-là, libre cours à ses
illusions; le jour suivant elle recevait par la

femme Delaitre un court billet de l'honnête
&lt;t

patron

)&gt; -,..-

de cet bomme qui avait sauvé

\lme Acquet, tué le cheval jaune et qu'elle
appelail son ange protecteur. L'ange protecteur n'écrivait que quelques mots : &lt;( Bonaparte est renversé; le noi débarque en France;
les prisons s'ouvrent de toutes parts .... Écri-

vez de suite à Il. d'Aché une lettre qu'il rel. LeUre de Licquel à Réa\. Archives nalionalcs,
F7 8172.
2. Tableau des détenus par mesure de haute police.
Archives nationale~, F7 8172.
5. A )lonsieur Delaitre, 11 no\'embre 1807; )Ion-

sieur, je ne peux trop vous remercier de la lettre
que vous m·avez envoyée par un exprès qui me
cause une grande joie que mes larmes ont coulé et
'fUi' je me suis trouvé mal, je vous fais passer la

T OUJ/}'ŒBUT
mettra à Sa Majesté. Je me chargerai de la
lui faire parvenir. &gt;)
Une chose véritablement tüuchante c'est
que la Yicille marquise, dont aucune fatigue,
aucune torture morale n'avaient abattu l'énergie, s'évanouit de. bonheur en apprenant Ir
retour de son roi.
L'événement répondait si Lien à tom~ ses
espoirs, à toutes ses pensées, depuis 1::111t

d'années elle l'attendait d'un moment à l'autre, sans jamais se décourager, qu'eJle trouva
tout naturel un dénouement auquel elle était
dès longtemps préparée, et tout de suite elle
prit ses arrangements pour la nouvelle vie

qu"elle allait commencer.
D'abord, elle écrivit au

C! brave Delaitre &gt;l
un mot 3 de remerciement: elle lui promettait sa protection et l'assurait qu'il serait bien

récompensé de tout le dévouement dont il
a,·ait fait preuve. - Elle adressa à d'Aché

arrivce et j'aurais bcsùin de faire un "oyage de
Tournebut poul' tout réparer et préparer si je
jouis de cette faveur. Vous m'écrirez et l'allends
avec impatience.
La plus navrante des letlres qu'envoya,

dans sa joie, la vieille royaliste dupée esl
certainement celle destinée au roi lui-même .
Fier de son stratagème, Licquet l'adressa :1
la police générale et elle rsl restée dans les
cartons 4 , écrite sur grand papier, d'une
grosse écriture masculine, soignée dans le
début et quasi solennelle, puis, sous l'affiux
des pensées, se terminant en un griffonnage

presque indéchilfrable. On sert que la pauvre
femme a voulu tout dire, vid !r son cœur, se

purger de dix-huit ans de déboires, de deuils,
d'indignations renlrées. Vo'ci! à peu près

complet, le texte de celle lettre dont nous
conservons l'orthographe :

A Sa Majesté Louii 18

lui-mème une lettre débordante de joie:
Me voilà, disait-elle, au comble du bonheur.
mon cher ,icomte, en fesant celui de toute la
France dans mes fers que nous souffrons tous
pour vous je jouis de votre gloire. M. de Laitre
qui m'a rt!ndu les services les plus rares et est
depuis deux mois pour moi toujours en route,
que son zèle rend infatigahle par le seul intérêt
qu'il prend aux malheureux, et que sa femme,
ma compagne d'infortune par suite de l'injustice,
lui a inspiré pour moi m'a envoié un exprès pour
m'instruire des grands é\·énements qui met un
terme à tous nos maux me donne le conseil d'écrire au roy et de vous l'adresser pour lui présenter. Celle idée est lumineuse et est capable de
nous dédommager de ce que mon fils n'est pas
assez heureux d\litre à sa place, le but de tous
ses désirs el de tous nos projets. Voll'c chère
frère, dans les fers n'est sou!enu que par voire
gloire. Je ne sais pas le style pour parler à un
aussi gr.ind roy par son courage et sa vertu. J'ai
laissé parler mon cœur et j'ai compté sur vous
pour obtenir la faveur de le po~séder à Tournebut.
Les prisons sont partout ouvertes; ... j'ai soutenu
avec courage depuis plus de trois muis mes fers
et me suis trouvé mal au récit des grands événements. Yous m'instruirez à temps si je suis
assei heureuse de posséder chez moi le roy. Je
suis bien hardie de demander si c'est possible
celte faveur dans une maison que je crois dérnslée
a,·ec des commissaires qui ont épuisé leur rage
de ne point ,·ous trouver. Rendez, je vous prie,
à M. de Laitre tout ce que je lui dois el que vous
connaissez étant le parent de noire pauvre Raoul.
JI tst pénétré de ces mêmes sentiments, vous demande du service 1 ne voulant pas rester oisir dans
une si belle cause et aussi beau moment.
Ce papier se ressent de notre privation de
liberté, distinguez, mon cher vicomte, tous mes
sentimènts d'allachement et de Yénération, et
avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble servante,
nE Collnr...1r.
J'irni chez votre mnman pour me trouver nu
passage du roy si j'obtiens ma liberté avant son
letlre pour le roi. et j'ai trouvé votre idée lumineuse, quoique mes. îu~ér~~s enlre, les mains de
M. DachC s01cnt aussi Ires i.Hen places par son alto·
chemcut. Mais trop occupé des gi-ands événements il
n'y aurait peut-êlrc pensé. Je suis charmèe de l'accueil que ma fille éprouve, qu'elle en remercie bien
\a pro\•idence qui la scrl d'une manière LrCs miraculeuse ....
Je p:trle au vicomte pour satisfaire ,·otrc zèle et

Sire,
C'est dans les fers à 66 ans où je suis plongée
ainsi que mon fils depuis plus de 4 mois que
nous rnons le bon heur de yous adresser nos re!ipects el notre félicitation sur ,·olre avènement
hem·eux à ,·otre couronne, tous nos vœux. sont
remplis, Sire .•..
Le peu de ressources qui nous restait encore
était consacré à soutenir et sauver du glaive vos
fidèles serviteurs dans toutes les classes j'ai eu à
regrelter le chevalier de Margadclle, Raoulle, Tamerlan et le jeune Tellier, tous emportés par
leur zèle pour la mmse de V. M. el a fail à Paris
et à Versailles des honorables viclimes. J1avais
loué une mai~on qui leur était consacrée, avec
toutes les caches utiles à leur sùrnté, mon fils :i
eu l'avantage d'ètre sous les ordres de messieurs
de Frollé el lngant de St-Mnur.
J'adresse ma lettre ;l M. le vicomte d'Aché ponr
la présenter il V. M. et solliciter la gdce bi('n
sensible à mon cœur de la préférence '.de votre
séjour sur la roule de Paris. Vous trouverez,
Si,·e, ma maison à jour et dit-on entourée de
barricades, suites des mauvais traitements éprouvés dans leurs recherches que l'on vient encore
de nouveau d'y faire pour y trouver M. le v..
d'Aché ainsi que ma fille, :ivec séjour à différentes reprises par ordre de M. le prérel et interrogatoire de son secrétaire, après avoir éprouvé
onze heures d'interrogatoire à leur Lrihunal appelée de justice pour leur donner connaissance de
ma correspondance avec M. Daché... ainsi que
d'une lettre que j'al"ais reçue de lui le 17 mars
dernier. Les plus grandes menaces ont été emplorées et d'cstre confrontée avec le Chevalier el
de m'en"oyer à Paris pour I estre guillotinée,
rien ile m'a effrayée, je ne leur ai donné aucune
connaissance de mes relations et du pays qu'il
habitait. Je venais sire de le quiller depuis
10 jours ma réponse :, celle persécution ful que
M. d' Aché étoit à Londl'es cl j'a~· terminé par Je3
assurer que je ne craignais point la mort, que je
ferais avec ferveur mon dernier acte de conlrition et ma teste serait tombée sens dévoiller ccl
intéressant mistère.
vous plocer comme vous le méritez : c'est acqnillrr
ma reconnaissauce de YOUS satisfaire dans un pusle
oil votre cœur gênCre~x et ,·otre belle ùrne puissc1:t
élrc connus de son prince et que vous serre,:. d&lt;'pms
si ]ongtcmr,s par ,•os sacrifices,. joui.ssez donc, ~01~sicur, de I heureux moment el Jamais ma Lberlc na
f'u pour moi tant de prix. Ard1i1·f';; nati, nale~. Fi
81i'2.

4. Archi1'es notionales, F7 8172.

Il

---

.

~la. lihe:lé depuis 6 sem.1ines esloit promise, t-il de jouer près d'elle son double rôle? De
sent cachés dans quelque cabane ou dans
m,us a p1·1x de l'or cl que je crois devoir cslt·e quelles invectives lut-il accablé quand il y
quelque fosse abandonnée. »
parlag(~ entre lu préfet et son secrélaire Si(JUel renonça? Comment ![me de Combray appritLe renseignement était trop peu précis
(sic), moitié de la
pour être utilisé, el
somme est déposée
Licquet estima qu "il
d:rns le bureau de cc
dernier sous cleff. J'a~
était préférable de
été longtemps â remtourner sur un autre
plir la somme qui espoint ses batteries 1 •
toit lax~e, a~·ant lrouIl avait, d'ailJeurs,
vés peut de secours
sous la main, une
dans ceux qui se &lt;livictime qu'il n'avait
saient mes amis, ma
pas
encoM torturée
pmpriété m'a mème
et dont il espérail
été refuséc 1J..wec mebeaucoup : c'était
naces et arGgance me
crO)'ant saai6ée sous
!!me Acquet: " Elle
le gl.iive, j' .!SJfrois p,1r
est, écrivait-il, le semes sacrî fice~. el cescond ,·olume de sa
toit mon seul but, s;iumère pour !"hypo"cr la leste le ma fille
crisie; mais elle la
que j'estoi~ instruile
surpasse en malice
arficl1~e h Caen à
et
en méchanceté ....
G.000 fr. La fomillo
Ses eufa.nts paraisde Laitre sans me consent ne l'intéresser
naitre que par l'in!C'que très faiblement;
resl qu'inspire le malheur, m'a prodigue&gt; un
elle n'en parle même
zèle infatiµ:ahle, en
à personne ; son cœur
afrontant au péril de
est fermé à tous les
sa vie toas les dangers
sentiments de la naBARRIÈRE
DE
GRENELLE,
Gravure
de
BARROIS,
d'après
A.
Cl!AZAL.
(Musée
Carnavalet.)
pour l'enlever de Caen,
ture. J&gt;
où les autorités metEt jïmagine que
laient tout en œuvre.
.
•
c'est
pour s'excuser
j de mes &lt;lomestiqlies ont été. deux mois plonelle qu'on avait exploité ses plus nobles ïllugés rlans les prisons, le 4° nommé François Hé- s10ns pour lui faire livrer sa fille et trahir lm-~eme aux yeux de ses chefs que Licquet
traçait de la détenue un si noir tableau. Son
bert recommandable par :n ans de services a défendu nos intérêts et par sa prohit.é est dans les tous ses amis? Ce sont là des choses c1ue Lic- cœur, à lui, ét_ait fermé à toute compassion
fers depuis le mois de juillel ,) F.ilaise. lia qae quet ne ~acontait,_pas; soit qu'il ne fùt pas et on retrouvait en cet homme l'inexorable
n'a t-il pas souffert depuis quinze années par les plus glorieux qu il ne comint des moyens i'."p~ssibililé des La/Ternas et des Fouquierauthorités des lieux, les recevems d'llarcourt de loueh:s qu'il employait; soit plutôt qu'il se 'lmv1ll~~ av~c pe?l-~tre, en plus, un raffinefalaise et ,de Caen et tant tl'aulres qui dc~an- s~u?iat peu de ?e qu'en pouYaient penser ses ment d 1~0Ille qm aJoute encore à la cruauté.
doient sa perte pour a,·olr pris par notre conseille v1ct11nes. Il avait, du reste, d'autres idées en Le supplice moral auquel il allail soumettre
à dessin, la fc1:me de notre habitation, pour I
tête : Mme de Combray avait indiqué à Dc- Mmr Acquet est le produit d'une imaofoation
sauver ros. serviteurs perséculf's il estoiL bien laitre que d'Aché srjournait ordinairement
cmrnu de i\lonsiem' de Frotté, dont il jouissait de aux environs de Bayeux, sans préciser davan- de tortionnaire : - il .A présent, n°otait-il
q~e la matière est à peu près épuisée, je vai;
l'estime et .qu'il a rec:u aycc 24 de ses fidèles; il
tag:, car elle pensait bien qu'on le trouverait m occ~per de brouiller nos gens entre eux.
en fesoil sa maison de confiance pour les d8poser,
lès crO)'ant en sûreté. Tous ces tourments ont factlement aux côtés du roi récemment dé- U? p~t1t choc nous donnera, peut-être, d'utiles
altéré sà santé et celle de son épouse qui estant barqué. Licque~ s'était donc mis en quête el ver1tes. J)
enceinte alors, et l'a perpétuée très mauvaise i1 s~s ,agen!s battaient la région. Placène, de son
_Co petit choc allait briser le cœur de la
son 61s àgé de onze ans. La famille Darlenet (s."c) cote, mecontent de voir qu'Allain manquait à pr1sonillère et lui ravir la seule pensée conet son frère ont hcaucùup contribué lt nos mal- sa parole et ne tentait rien pour délivrer ses solante que tant de malheurs lui avaient
heurs p:ir des dénonciations journalières el renou- ~marad~s déten~s, donna quelques indica- laissée.
velés dans toutes leurs forces en janvier 1806. t10n~; d après llll, pour communiquer avec
C'est par un trait marqué de la providance que AIJa111 et avec d'Acbé, 011 devait s'adresser à
nous avons échapés aux fers ainsy que Monsieur
CHAPITRE III
un cabaretier de Saint-Exupère; cet homme
le vicomte Daché, mon fils s'empressa d'ail!! l'en
prévenir pour ne plus revenir dans notre chau- était en relation avec un individu nommé
Le Chevalier.
mière, accordés par grace pour mon douaire, et nicha rd, qui servait de courrier aux deux
qui ofusquait encore les D,ll'Lenet en convoitant proscrits. (C Entre Bayeux et Saint-Lô existe
. «.Le Cbe~alier est l'amant adoré. &gt;&gt; C'est
encore ce cabaret pour lui faire un tournebride la mine de houille de Litré et la vaste forêt arns1 9ue L1cquet résumait sa première cona son chateau qui est le fruit de J'ini:1uité.
de Serisy
lui
est• presque
con1irruë.
Cette mine
•
.
•
0
Je demmde·ainsi que mon fils à Votre MajC:sté, o~upa1t cmq a six cents ouvriers; comme ver:atwn ~vec Mme Acquet. Depuis lors, il
votre bienveillance et celle des princes de votre Richard y était employé, toul portait à penser avait pu s assurer que &lt;c l'amour effréné »
qu'elle portait à son héros occupait une telle
sang ..••
que les galeries souterraines servaient de replace
dans son àme qu'il y avait étouffé tout
Je !-uis :ivec respect
fuge à Allai~ et à d'Aché, - soit qu'ils y fis- autre sentiment: c'est pour Jui ciu'elle
.t
de Votre fü1jesté
'] h
ava,
sent le méllcr de mmeurs, soit qu'ils se tins- h "b
e
erge
es
ommes
d'Allain;
c'est
pour
lui
Yolrc ll'èS humble et très obéissante servante,
!· On ig~ore où se cachait d'Achê pendanl J'en- ~urait :ëparer ses torts dans celle affaire que
DE Coll BRA. r.
1
qucte tic, L1cc1uel. Il ne parait pas pi·ohable qu'il se ~•v~l~a!aon
de~ véritCs que le gouvernement p:~ 1_a
ha~ar~a a pass~r le détroit. Peul•ètre n'avait-il as mtcret a c1;lll11a1tre
et pen!!ant en même temps que ~ ~
C'élait, on le voit, une confession générale; 3mtte11 0}landc,·1Jle? Pe1;t-ètre aussi s'était-Il réfu~ié md otyen était le seul vropre à lui mériter quelque in
•/
cach~ds mc1,1agëe~ P.our servir de retraite
ugencei&gt;.
qu,illes durent être la douleur et la rage de a ov1 . 11fr~p1 e. Un hmss1cr de Trè,·iêrcs, Ri. Les ~éc\~rati~ns de Guilbert n'apprirent, du resle
chard-lliche_l
Gmlbert,
que
rl'Achë
a\'ait
employé
à
d·la .narquise quand elle comprit qu'elle avait
rien de bien important encore q , 11
.
•
verscs repr)_ses, rê~·éla à 1~ poli~e de Savoye~Rolli~
tout ce 11 ,0'
.
u e es ,·msscnt
été trompée? A quel moment Licquet cessa- tout cc qu 11 savait « apres a,•otr réflérhi qu'il ne confirmer
l'Angleterre et les én1igr~. savail du complot avec

_. ao tr

�T01.fR.NEBUT

msT0~1.ll----------------------~
'\u'elle était allée lanl de fois affronter les
méprisants accueils de Joseph Buquet; c'est

pour lui qu'elle avait si longtemps supporté

de représailles; les lettres qu'elle é?rivait à
Le Chevalier - Licquet encourageait beaucoup la correspondance entre les détenus -

PALAIS DE JUSTICE DE ROUEN: SALLE DES PAS·PER'DUS.

peine. Souvenez-vous donc de cela el ne l'ouhhez
pas 1 •

Ces lettres, est-il besoin de le dire, ne
parvinrent jamais à Le Cbevalier, tenu au
secret dans la tour du Temple en attendant
,1ue Fouché décidêt de son sort. C'était ~n
prisonnier assez embarras~ant, car, pmsqu'on ne pouvait l'accuser d1reclement _du vol
du Quesna)', auquel il n'avait pas .~ss1s~é, et
qu'on redoutait, d'ailleurs, de l 1mphquer
dans l'affaire, ù laquelle son superbe verhia"e son importance de chouan genlll•' son passé aventureux, ses e·1 oquentes
homme,
proîessions de foi risquaient de donner u~e
portée politique semblable à celle du proces
de Geor"CS
Cadoudal, il ne restait qu'à le
0
mettre en liberté ou à le juger isolément
comme agent royaliste. Or, de ro_)'a~is~es, _on
n'en voulait plus parler en 1808; 1I etail bien
entendu que la race en étail éteinlc, et l'ordre
était donné de ne plus en occuper le public
qui devait depuis longtemps avoir oublié que,
dans des temps tl'ès reculés, le:; Ilourbons
avaient rérrné sur la France.
Donc Réal ne sa\'ait trop ce qu'il adviendrait d~ Le Chevalier quand Licquet s'imagina de donner à celui-c~ u? rôl? dans s.a c~médie. Nous avouons, des a present, n _avo~r
pu saisir tous les_ fils de ~ette no~velle 1~tr1gue; soit que ~1~quet a_1t dé t.rm~ cerla1.nes
pièces trop exphc1tes, soll qu 11 ail p~éf:ré,
en matière si délicate, agir sans trop ecrire,
il reste, dans la suite des événements, des
lacunes si considérables qu'il ne nous a pas
été possible d'établir la corrélation des faits
que nous allons simplement exposer.
IJ est certain que l'idée d'exploiter la pa,sion de !!me Acquet el de lni « promellre la
liberté de son amant.en écbange d'une confession générale 1&gt; revient tout entière à Licquel. IJ le déclare neltemenl dans une lettre
adressée à Réal'. On obtint d'elle, par ce
moyen, des aveux com~le~s : le 1~ d~cembre elle fil un récit détaille de sa vie d avenlur;s, depuis son départ de Falaise jusqu'a
son arrestation; &lt;1uelques J0urs plus tard,
elle donna sur la conspiration, dont d'Aché
était le chef, des détails sur lesquels ?.ous
aurons à revenir. Ce qu'il faut, pour l mstant retenir, c'est celle coïncidence au moins
remarquable: le 12, elle parlait,'. sur la pr~messe formelle de Licquet qu il assurerait
l'évasion de Le Chevalier, et, le I'•, celui-ci
s'évadait en efîel de la prison du Temple.
Licquet dans l'intervalle de ces deux dat~s
était-il allé à Paris? Cela 'paraît probable : 1]
parle, dans une l.ettr~, d'un~ ~b!en~~ supposée" qui pourrait bien avoir ete ~erttaLI~.
Quant à la façon dont Le Chevaher sort1l
du Temple, elle est assez _singulièr~ pour être
contée avec quelque détail : en raISon de son
étal d'exallation « qui le jetait dans des transports continuels et qui avait .~aru, au co?ciero-e de la prison, être le dchre de la fievre ~ on l'avait }ooé, non point dans la Tour,
mais 'dans une déflendance « dont l'un des
murs formait pr1foisément la clôture de la
1

l'odieuse existence de la maison Vannier.
Aussi Licquet jugeait-il qu'un sentiment si
violent pouvait, (&lt; bien manié )&gt;, - c'était
son mot - fournir quelque lumière nouvelle.
li aurait fallu voir r.el incomparable comédien dans l'exercice de son jeu cruel. De
quel air écoutait-il les confidences amou-

reuses de sa prisonnière? De quel ton de
compassion attristée répliquait-il aux élogieux portraits qu'elle traçait de son ama~t?
Car elle ne parlait guère que de lui el L,cquet l'écoutait silencieusement, j~~q.u'au. mo:
ment où, dans un élan de sens1b1hté, 11 lm
prit les mains el, comme allendri de l~ mir
dupe, avec des ménagements hypocrites :
c&lt; Ma pauvre enfant!. .. Ne vaut-il pas
mieux tout vous dire? ll il lui fit croire que
Le Chevalier l'avait dénoncée! Elle dut, tout
d'abord, se refuser à l'écouter : pour.quoi
son amant aurait-il commis une telle mfamie? Mais Licquel donnait des raisons: au
Temple, Le Chevalier, très informé par Vannier ou par d_'autres, avait appris ses relations avec Chauvel et, par vengeance, il avait
ruis la police sur la trace de son infidèle ~mie.
Ainsi l'homme pour lequel elle avait sacrifié sa vie ne l'aimait plus. Licquet, pour
bien la torturer, accablait la malheureuse de
ces consolations Yolontairement maladroites
qui avivent la douleur. Elle pleura beaucoup
et n'eut qu'un mot:
- Je voudrais, dit-elle, le sauver malgré
son ingratitude.
Ceci ne faisait point l'affaire du policier:
il avait espéré qu'elle chargerait à son lour
celui qui l'a,•ait livrée; mais sur ce point il ne
put rien obtenir; elle n'éprouvait nul désir
1. Archh'es nalionales., F7 ~11'2.
. ..•
2. t On a s.upposê auprès delle la poss.ihihte de pro-

sont d'une tristesse qui dénoie une rime
brisée mais toujours pleine d'amour .
Cc n'est pas lorsqu'un ami est malheur('UX qu'il
faul lui faire des reproches; aussi je suis loin de
,·ous en foire malgré toute votre conduite à mon
écrard; vous savez que j'ai tout fait pour vous, je
• d.
neo rnus le reproche pas, et vous rn ,avez, aprcs,
e~
noncée ! Je vous le p:wdonne de tout mon cœur SL
cela peul ,•ou~ èlre utile; mais je sais le m~Lif qui
YOUS a engagé d'être aussi injusl~ pou.r moi; :ous
arnz cru que je vous abandonnais cl Je vous JUre
r1ue non! ...

Il n'y avait poin~ là gra?d r~ns~ignemc~t
pour Licquet i aussi, dans l esp01r d en saro1r
plus Joug, excitait-il beaucoup Mme Acquet
contre d'Aché: à l'en croire, c'est d'Aché
qui, le premier, aurait « vendu tout le
monde » ·I c'est lui qui avait fait arrêter Le
Chevalier pour se débarrasser de ce rival
gênant, après l'avoir com~romis; ~·est à lui
seul que les détenus devaient altr1buer tous
leurs malheurs. Et, dans les lettres que
Mtne Acquet adressait à son amant, Licqucl
retrouvait l'écho fidèle de ses insinuations;
mais rien de plus :
Vous savt"'z que lklorière d'Aché est un gueux,
un céll'rat que cet lui qui eSt cause '1~e vous êtes
dans la peine, que lui ~cul rnus a f!lIS ~n avant
que vous ni penssicz pas; que ces lm qui a voulu
faire imprimer un manifeste qu'il n'a pas pu réu~sir; mais que ces lui qui vous a do~rnê de man.vais
conseille; que lui seul mérite la haine a,,ec raison
du trouvernement
: il .est .ahoré el exécré .comme
~
il mérite de l'être et 11 111 a personne qui ne se
ferait un plaisir de le mettre entl'e les mains dt~
gou,,crnemenl ou de le tuer sur le champ; on sc,11
bien que lui seul est cause que ,,ous êtes dans la
curer l'Cva.sion de !lOn amanL; on a fini. par la ~ui promettre si elle vo11lail tout dire. l) Arclures naltooales,
F7 Sli2.

5.

Il.

Mon

abscncc sup~sêe a ache,,é dE: la

con,;ainte

que son but était rempli. » Lel\re de L1cquel a füal.

prison et donnait sur les coul's extérieures 1 &gt;J.
Le Chevalier, souffrant depuis quelque;
jours, était sujet à des sueurs extrêmement
abondantes; il avait demandé à changer trè~
fréquemment de draps de lit el on lui ,n
servait plusieurs paires à la fois. Le 13 décembre, à huit heures du malin, le gardien
Savard, spécialement attaché à sa personne,
était venu vider sa chaise percée, placée dans
le cabinet voisin de la chambre; il était revenu, à une beure 1 servir le dîner et a,·ait
trouvé le prisonnier occupé à lire i à six heures
du soir, le gardien Carabeuf, en apportant la
c:bandelle, l'a,,ait aperçu étendu sur son lit;
le lendemain, 14 décembre, en ;entrant chez
lui le malin, on avait constaté son évasion.
Le Chevalier avait pratiqué dans le mur,
épais de deux mètres, de son cabinet, une
ouverture assez large pour s'y glisser. Un
reconnut qu'il avait mené à bien ce traYail
sans autre outil que sa fourchette: deux morceaux de bûche, coupés en forme de coins,
avaient servi de leviers pour ébranler el retirer les moellons. L'opération avait été conduite avec tant d'habileté que lous les grava.ls avaient été soigneusement retirés à l'intérieur; au dehors ne se voyait aucune trace
de démolition. Le détenu Vaudricourt, logé
immédiatement au-dessous, n'avait perçu aucun bruit insolite, quoiqu'il eûl l'habitude de
ne se coucher qu'à onze heures du soir. Le
Chevalier, dont le cachot se trouvait à une
élévation de seize pieds environ du sol de la
cour, avait dû, en outre, fabriquer une corde
pour effectuer sa descente : il l'avait tressée
de longues bandes découpées dans une cuolte de nankin et dans la toile de son matelas. Sorti, par ce moyefl, dans les cours pendant la nuit, il avait attendu l'heure, très
matinale, où l'on apporlait, du dehors, le
pain des prisonniers. Le concierge du Temple
avait l'habitude de se recoucher après arnir
reçu le boulanger et la porte restait ou,·erte
,1 un quarl d·heure et plus pendant que la
livraison du pain se faisait aux guichets 2 ».
Certes, on s'évadait du Temple, comme de
toute autre prison: l'histoire de la vieille tour
comporte d'illustres exemples de détenus enlevés, par leurs amis, à la barbe des geôliers
el de la garde; mais que de compères ne fallait-il point recruter pour de tels coups de
main! Étant donnée la topographie du Temple, tel qu'il existait en 1807, il paraît impossible que, sans complicité du dehors, un
howmc panînl seul à percer, en quelques
beurr.s de temps, un mur épais de deux mètres et à traverser l'ancien jardin du grandprieur d'où il aurait dù, pour gagner la rue,
soit escalader le mur d'enceinte de l'enclos,
soit passer par le palais et ses cours pour
arriver à la première porte, celle de la rue
du Temple, qui restait - comme le dit le
procès-verbal - ouverte, chaque matin, pe1;,dant vingt minutes, à l'heure du boulanger.
L'invraisemblance du succès nous porte à
penser que, si Le Chevalier réussit à triom1. Bulletin de police des 21-22 dCcembre 1go7,
2. Procès-verhal de l'èvasion de Le Chevalier, de
la prison du Temple.

pher d'une telle série d'obstacles, c'est qu'on
lui facilita la besogne .
Réal mit à ses trousses l'homme qui, depuis dix ans, était le plus intime confident
des secrets de la police, celui qui avait mené
les affaires les plus délicates, telle que l'enrôlement de Querelle ou l'arrestation de Pichegru, l'inspecteur Pasque. Celui-ci s'adjoignit le commissaire Beffara et tous deux
entrèrent en quête.
Licquet, prévenu l'un des premiers de la
disparition de Le Chevalier, en avait immédiatement tiré parti en montrant à Hme Ac•
quet la lettre annonçant l'évasion, qu'il eut
· soin de lui présenter confidentiellement
comme étant son œuvre. Cela lui valut une
copieuse déclaration de la prisonnière reconnaissante; elle vida cette fois tous les tiroirs
de sa mémoire, revenant sur des faits déjà
révélés, [\joutant des détails, racontant toutes
les allées et venues de d'.-\ché, ses fréquents
voyages en Angleterre, la façon dont David
l' Intrépide effectuait le passage du détroit.
Licquet cherchait surtout à éveiller les souvenirs qu'elle pouvait avoir des relations de
Le Chevalier dans la société parisienne : elle
savait bien que cc plusieurs per~onnages en
place étaient du complot n, mais, malheureusement, elle ne se rappelait pas leurs
noms, C! quoiqu'elle les eùt entendu prononcer, notamment par le notaire Lefehne
avec lequel Le Chevalier correspondait h ce
sujet;; J&gt;. Pourtant, comme le policier insistait amicalement, elle prononra textuellement ces paroles, que Licquel nota avidement:
(( - Un de ces personnages est dans le
Sénat; le sieur Lefebvre le connait; un autre
a été en place pendant la Terreur et on peut
le reconnaitre aux: indices suivants : il roit fré-

_ _"

quemmenl Mme Ménard, sœur de Mme veuve
Flahaut, laquelle a épousé Il. de ... , actuellement ambassadeur en Hollande, à ce qu'on
croit. Cette dame vit tantôt à Falaise, tantôt
à Paris où elle doit être en ce moment. Ce
même individu est pelit, brun, un peu bossu;
il a beaucoup d'esprit, de moyens, el pos~ède au plus haut degré le talint de l'intrigue. Les autres personnages sont riches: la
déclarante ne peut en préciser le nombre ....
Le Chevalier lui apprit qu'à Paris les affi,im
allaient bien, qu'on y attendait également la
nouvelle de l'arrivée rlu prince pour s'y prononcer•. l&gt;
Licqnet exigea que !!me Acquet répéiàl
devant le préfet ces déclarations si graves; le
25 décembre, elle les confirmait et les signait
dans le bureau de Savoye-Rollin; le soir même,
Licquet cherchait à mettre des noms sur tous
ces anonymes; l'almanach impérial à la main,
il parcourut, avec la prisonnière, la liste des
sénateurs, des grands dignitaires, des notabilités de l'armée et de l'administration, mais
sans succès. - « Les noms prononcés devant elle, écrÎ\'aÎt-il à Réal, se sont effacés dt.:
sa mémoire. Lefebvre nous fera peut-être
connaître les personnages 5 • ,1
Le notaire, en eJTet, depuis qu·11 voyait les
choses s'assombrir, était dewnu, avec Licquet, d'une loquacité intarissable. JI pleurait
de peur quand il se trouvait en présence du
préfet el promettait de dire loul ce qu'il
savait, en suppliant qu'on prit pitié c&lt; d'un
infortuné père de famille ». Cette fois il
parla, et sî nettement que Licquet lui-même
en demeura abasourdi. Le notaire tenait, en
effet, de Le Chevalier, que le jour où le duc
de Dcrry débarquerait sur les cùtes, l'empereur serait arrêté par deux of!iciers généraux
1( qui se trou"aient sans cesse à ses côtés et

Clicht Neurdein frères

PALAIS DE jU&amp;TICE DE fiOUEN : SALLE OES A~SISES.

::i. Î1'flisième déclaration de lime Acquel, :'.O décembre 1807. Archives du greffe de la Cour d'assises
de Jloucn.

4. Troisiêmc dCc!aration ile Mme Acquet.
5. l.ellrc de Licquct à Réal. Arcl1h·cs nationales,
8171.

!1 7

�1l1STO'J{1Jl

,·asion. Ce qu'on ne peut, par malheur, étamencement d'aoùl, l'enfant avait été amené blir, c'est la part que prirent à celte comédie
qui di~posaient, chacun, d'une armée de à Paris el placé chez la dame Thiboust, belleA0.000 hommes "! El quand, amené devant sœur de Le Chevalier, qui demeurait rue des Fouché et Réal : en lurent-ils les instigateurs
ou les dupes; estimèrent-ils &lt;1u'ils devaient
le pré[et, pour ). répéter celte accusation,
feindre de l'ignorer ou ne fut-eUP, en réalité,
Lefebne eut nommé ces deux généraux, Sa- Martyrs•.
Comment se senit-on du fils pour capturer que l'œuvrc d'agents suba\tP.rncs travaillant
voye-Rollin en resta médusé au point qu'il le père1 C'est un m1slère que nous n'avons
n'osa insérer ces noms au procès-verbal de pu complètement éclaircir. Les récits qu'on à l'insu de leurs ehefs? Personne, en tout
l'interrogatoire: bien plus, il se refusa à les a donnés de ce haut fait policier sont évidem- cas, ne crut un instant « au mur de deux
tracer de Sa main et il exigea que le notaire ment fantaisistP.s; ils restent, tout au moins, mètres percé, en une nuit, à l'aide d'une
lui-même consignât par écrit cc blasphème inexplicables si l'on n'admet pas l'intervention fourchette », pas plus qu'à , l'échelle de corde
devant lequel reculaient les plumes officielles : de quelque compère trahissant Le Chevalier taillée dans une culotte de nankin ". l\éal, en
revanche, ré\"Oqua le concierge de la prison,
Ll•rehm.i a~urc - écrirail à Réal SalOye-Rolaprès lui avoir donné des preuves non équi- fil mettre aux [ers le geôlier Savard el exigea
lin - que le Che,alier n'a jamais ,·oulu lui nom- ,·oques de dévouement. .\insi on a dit que
un rapport « de toutes les circonstances de
mer tous les con:-piratcur!'i. Lefebne en a ccprn- Réal, t&lt; recourant aux procédés extraordid:mt nommé dtiux, donl l'un ~urtoul c!-l :!&gt;Î consi- naires 1&gt;, aurait fait arrêter « la belle-sœur nature à faire connaître les intelligences que
lll•l'aLle el qu'il esl si i1nrai~cmhlahle de rencontrer et la fille du fugitif pour les jeter aux prisons le détenu devait a\"oir dans l'intérieur de la.
prison pour faciliter sa sortie' ».
là que je ne puis mème m'en figurer le soupçon.
de Caen, avec les galeux et les filles publiQue Licquet - soit directement, soit par
P,u· respect pour l'alliance auguste qu'il a contmctéc,
ques ». Le Chevalier instruit de leur incar- l'intermédiaire d'un agent tel que Perlet, en
je u'ai Point con~igné son nom dans l'interro~atoi1·c; je le joins 11 ma lettre dans une déclarahon cération - par qui1 - aurait offert de se qui Le Che,·alier avait certainement toute
constituer prisonnier si l'on mettait en liberté confiance - ail mis la main à celle évasion,
énite cl --ignée par le pr,hcnu.
les deux lemmes el la police accepta le marEt dans sa lettre se trouve, en effet, un ché:;. .\insi contée, l'histoire ne concorde voilà qui semble bien probable. Dès que le
prisonnier rut dehors, dès que Mme Ac'[uet
billet portant ces lignes:
point avec les documents que nous avons pu eut livré tous ses secrets pour prix de la
recueillir. Le Chevalier n'avait point de fille liberté de son amant, il ne s'agit plus que de
Je déclare il M. le préfot cle la Scinc-lnréricurc
que Je!; deu'( générau'( que je ne lui ai pa~ nom- et l'on ne trome, du reste, nulle trace du le reprendre et les moyens qu'on ! emplop
uu:s dans mon interrogatoire de ce jour el qui
transfèrement à Caen de Mme Thiboust.
durent être bien peu avouables, car dans les
m'onl Hé dCsigné'- par le sieur Le Chevalier sont
L'autre version n'est guère plus admissible. rapports adressés à l'empereur, tenu journelles généraui. : füm:-iWOîTE ET ,h,!-~'.'i\,
A peine hors du Temple, le proscrit n'aurait lement au courant de toute l'affaire, les périLEt'ED\RE 1.
pu, assure-t-on, résister au désir de Yoir son péties en sont manifestement défigurées. \'oici
lils el aurait fait prier - par qui encore? les laits qu'on ne peut mettre en doute: Le
Bernadotte et \!asséna ! .\u ministère de la
!lme Thiboust de le lui amener au passage
police on affecta de rire beaucoup de celle des Panoramas. Naturellement la police suivit Cbe,,alier a,,ait tromé dans Paris « une rebonne folie; mais peut-être bien que ceux la lemme et l'enfant el Le Cheralicr lut cueilli traite impénétrable où il aurait pu braver
impunément les efforts de la police ll; Fou11ui connaissaient les dessous de certai.nes
dans leurs bras. On a peine à s'imaginer ché, spéculant sur les sentiments du fugitiî,
vieilles rivalités, et Fouché tout le premier,
qu'un homme aussi habile se fût à lui-même décerna aussitôt un mandat d'amener contre
jugèrent la chose moins ridicule et moins
dressé un piège aussi enfantin, et son aven- Mme Thiboust. Par qui Le Chevalier fut-il
invraisemblable qu'ils ne l'avaient déclarée
tureuse existence ne l'avait-elle pas, dès informé, dans sa cachette, de l'arrestation de
tout baut. li n'était que temps d'arrêter Liclongtemps, habitué à vivre séparé des siens1 sa belle-sœur? C'est là que se place, évidem,1uet dans son cn'[uêle. Ce diable d'homme,
La vérité est autre, certaineme:nt. Il im- ment, l'intervention d'un tiers. Toujours estavec sa manière de fouiller jusqu'au tréfonds
porterait d'abord de savoir qui avait ouvert il que le proscrit écrivit au ministre, « lui
la conscience de ses prisonniers, était de taille à Le Chevalier la porte de ,a prison : une
offrant de se représenter aussitôt que la liberté
, découuir qu'il n'y a,ait en France que Bo1
de ses parentes, Mme Noël, racontait plus serait rendue à la femme qui servait de mère
naparte qui r,,t partisan de l'empire. C'étaient
tard « qu'on avait fait au détenu, s'il Youlait à wn fils ,. Fouché fit amener en sa prélà, en toul cas, des idées à ne point mettre
dénoncer ses complices, des offres d'emploi » sence Mme Thiboust el lui délivra un saufen circulation et, de ce jour-là, Réal se jura
repoussées par lui avec hauteur : comme il conduit de huit jours pour Le Chevalier,
bien que jamais Le Chc,·alier ne di\'Ulgucrail
devenait embarrassant, on donna ordre aux « avec l'assurance positive et réitérée de dondevant un tribunal d'aussi dangereuses mé~
geôliers « de le laisser sortir sur parole dans ner à. celui-ci un passeport pour l'Angleterre
disanccs, si Pasque et Beffora réussissaient à
l'espoir qu'il ne reviendrait pas » et qu'on
aussitôt qu'il se liuerait 5 ».
le retromer.
pourrait le condamner pour évasion. Le CheLa dame rentra chez elle, rue des !lartirs,
Les deux agents avaient établi une surveilvalier profila de cette faveur, mais il rentra oi Le Che,·alier, pré,·enu, vint la trouver :
lance sur les routes de Normandie, mais sans à l'heure dite : ces tolérances n'avaient rien
r1rand espoir; Le Chevalier qui, depuis huit d'anormal dans cette étrange prison, théàtre c'était le 5 jamier 1808, au soir. li çouvrit
;os, avait dépisté tant d'espions el érnnté tant de tant d'aventures à jamais mystérieuses; de caresses son petit garçon et le fit CtJUcher
de r1uet~apens était considéré comme impre- Desmarets ne raconte-t-il pas que le concierge dans son lil : l'enfant se souvint toujours des
nable : il lut repris pourtant et, de même Boniîace laissait sortir du Temple un Ilrison- baisers qu'il reçut celte nuit-là ....
Mme Thiboust, fort peu rassurée par la
que son évasion parait l'tre le résultat d'une nier d'État d'imporlance, sir Sidnej Smith,
combinaison policière, de même, dans la fa- « pour se promener, prendre des bains, diner promesse de Fouché, suppliait son beau-frère
çon dont il retomba aux mains des agents de en ville, même aller à la chasse ll : le com- de prendre la fuite.
- Non, non, répliquail-il, - et c'est en
Réal, croit-on bien reconnaître le tour de modore ne manquait jamais de revenir cou~
ces
termes mêmes que, plus tard, elle rapmain de Licquet. Celui-ci seul, en effet, était cher dans son cachot et « reprenait en renportait
sa réponse, - « le ministre a tenu sa
assez renseigné pour indiquer le cou~. Dans
~a parole ll.
parole en vous rendant la liberté, je dois
ses longues conversalions avec ~lme Acquet, trant
li fallut donc bien que quelqu'un se charil avait appris que, en quittant Caen au mois geàt de faire sortir du Temple Le Cheralier, tenir la mienne; l'honneur le veut: hé!iter sede mai précédent, Le Chevalier avait conr.é puisque celui-ci ne se décidait pas, quand il rait une faiblesse, y manquer serait un crime».
Le 6 au matin, persuadé - ou feignant
son fils, àgé de cinq ans, à sa servante, Marie
était dehors, à fausser compagnie à ses geôllumon, a,•ec ordre de le conduire chez un liers; cl voilà qui explique le simulacre d'é- de l'être - que Fouché allait faciliter son
passage en Angleterre, il embrassa son ensien ami d'Évreux, le sieur Guilbol. Au cornfant et sa helle-sœur.
3. Il. Fornerou, Jli,toirr gb1érole des i.migrés,
1..\n:hhes nalionales, F' 817 l.
•l O~laraüon de Marie Uumon, scrvanle de I.e
7
Çh~-valier. A.rchi\·cs 11a.tionalcs, F 8171.

t. 111. p. 608.
4. Registres du Temple. Arch. de la préf. de police.

r,. l\enseigoements 1mt1culicrs.

-.---------

.

Al~on~, dit-il, c'est_ aujourd'hui le jour
des Rms' c est un beau JOUr; faites dire une
mes~e pour nous et préparez le déjeuner; je
serai de retour dans deux heures 1.
De~x beu:es plus tard, l'inspecteur Pasque
le ré1?tégrait au Temple et veillait à ce qu'il
fût mis « fers aux pieds et aux mai us, au sec:et le plus rigoureux, sous la surveillance
d_ un agen_l de _police qui ne derail le quitter
m JOur. n~ n~il ». Le soir même, Fouché
adress,1t a I empereur un rapport spècial •
n~lle mention n'i•tait faite de la chevaleresq~~
dcmarche de Le Chevalier : il 1· était dit
,les
l " .
que
agen s s eta1ent saisis de cc brigand chez
une f~mme a~ec laquelle il a,·ait des relations
et ,9u ~ls aYa1ent pu se jeter sur lui avant
&lt;1u
· Il fil usao-e
° de ses armes, ,, • Le 'l, au matin, 1e commandant Durand, de l'état-major
de_ la P,lact•' se présentait au Temple el faisait
le~er I éfr~u du prisonnier\ qui comparaissait à m1d1 devant une commission milit.iirc
a.sse°:1blée daas une salle de l'état-m.ijor, quai
\oltair~, n'. 7. Celte juridiction expéditive pa1~rass~1t s1 sobrement qu'aucun de ses doss1c:s na ~ubsisté : elle jouait dans l"oraanisalton sociale le relie d'une trappe sur laq~elle
on poussait les gens dont on était embarrassé.
li y eut des condamnés dont on ne connait le
so:t. que parce qu·oo retrouve leurs noms
gr1Ho_nné: sur un feuillet à demi déchiré, qui
servait d en~eloppe à des rapports de police.
Le Chevaher lut condamné à mort : à qua('•. h~urcs il quittait l'hôtel de l'état-major et
ctait "';'°~é à_ la prison de !'Abbaye en attendant I e~ccu~1on. ?andis qu'on ,·aquait aux
prép~rat,r~, ,_l écrlVlt à !!me Thiboust, restée
depms l~ms ;ours sans nouvelles, cette lettre
q~• parvrnl le lendemain à la pauvre lemme
desolée :
Ce samedi, 0 jamicr 180:i.
~e lais mo~rir, ma sœur, et je mus lè..,ue mon
fil;- Je ne f:u.s aucun doute ,1ue ,ou.." au;cz jlOur
lut tous le~ ~ms cl toute la tendrc!-.~e d'une mère.
.\~ez au.&lt;:si'. Je ,·ous prie, pour former ~n ârne et
~o? caracler~, la, fermeté et la vigilance c1ue j'aurais eues mo1-meme.
~lal~eurc~scment,. en mus lég-uanl cel rnfant
CJ?• m est ~1 ch:r, JC ne peux y joind1·c le legs
d ?uc. rortur~e cgalc i1 celle que mes parents
· • 1p
tm avaient .laissée en héritarrC'
'o · C'est la, prrncipa
~utc. &lt;JUC_ J~ m~ r;p;ochr dans le cours de ma \'ÎC
d ~vo1!· d1mmue I beritagl' qu'ils m',irnient trarn;m1s. Elevez-le selon sa fortune actuelle et faitc-,-h•
pl~tùt _artisan. s'il Ir faut, que de le confier à de,
~oms ctrangcrs.
. Un de, mes pl~s grnnds regrets en quitt,mt Ja
v1~ est d en sorltr sans noir témoigné ma rccon:1 ,·ous cl il \'Olre lille • ,\d.,e u, JC
· vnTa1
· •
..na,s,ancc
.
J _c~pcre ~ans rnlre sournuir et ,·ou.s me rcrez
\"Jll'C au,'i1 dans celui de mon ms.
Li:: C.11uun,;1;•.

La nuit était venue, une nuit d'hiver froid
et br~meuse ', quand le fiacre qui de1ai~
condmre le condamné au supplice vinl se
ranger devant la porte de !'Abbaye : le trajet
Hense!g11cme11ls_ particulier3.
Bul/~1111 de police du 5 jam·icr 1808.
Heg1s~rcs ùu Temple.
Hensc!gncm~nl particu_licr.
j_ Bulletm de I Observatoire, o janvier 1808 .

1.
~.,_
4.

était long de Saint-Germain-des-Prés à la barr,'ère par les rues du Four el de Grenelle
1avenue de l'Ecole-\lilitairc el le chemin'.
a!ors. tortueux et .sans nom, qui est aujourd hui la rue Dupleix, Il faisait, ce soir-là, un

CIIA.liVEAIJ-LAG,\nDE.

brouillrd humide 4ui épaississait encore la
nmt : es curieux, sans doute, furent rares•
et le spectacle, pourtant, dut être sinistre :
su.r ce t:rrain pelé, contre le mur de l'en~
cernte, s adossait le condamné, descendu du
fiacre arrêté dans l'angle formé par le b.'itiment de la barrière de Grenelle. L'usao-e
pour1 les · fusillades
de nuit • était de pIacer
o '
•
su; a po1trmc_ du supplicié une lanlerne allumee q?1 servait de cible aux hommes.
A six heures, tout était terminé : tandis
q,ue le pel~ton rentrait en ville, les îosso~·curs
s approchaient d~ corps tombé au pied du
mur et l~ po.rt~ient au cimetière de Yaugir~r_d i un Jard1mer du ,•oisina"'e et un rentier
Y~e!llard. de quatre-,·ingts an~, que la curio~
site
h avait
· amenés près du cada,-re d~ ce
c ouan mconnu, ~ervirent de témoins à 1
rédaction de l'acte de décès•....
a
. La mo;l de_ Le Chevalier mit fin à l'instrucllo_n de _I affaire du Quesnay : il était de ces
pr1sonrnr~s dont le grand juge disait &lt;&lt; qu'on
~~ po~vait
metl~e en liberté, mais que
I mtéret de l Etat e11ge~it qu'ils ne comparussent
pas dc,·ant des JU"es
.
.
o », et l' on crai~na,t, en pous~ant plus arant les investir1al1o~s., d'être .entrainé. à quelque vaste pr~ès
poh11que qm mettrait en émoi tout l'ouest
de la France, toujours prêt à l'insurrection
e~ que les rapports montraient comme orgamsé pour_ une nourclle Chouannerie. li est
Lien certam que la capture de d'Aché aurait
6. Extrait d_u rrgi~tre des otles de d· .,_ 1 1

t:~

commune_ de .~augira.rd.
8

ccc~ ( e a

torl)1,/ d~~~~~~/ ffc·éd~td de d~ci:s de :\rmand-~ïcnelle, à ,·augirard 1 :igé de ~·f°,J,osu8r,
pl~menédcù. G,~e1
~
mois,
,ire

TOU1t_NcBUT

_ _ ,,,

sin,guliè~emcnt. gêné Fouché et, en attcndan t
qu _on put le !aire disparaitre comme Le Che\"al1er, il préférait, de beaucoup, le voir échapper aux. poursuites de ses agents i l'absence
de _ces chefs du complot allait permettre de
prescnter l~ vol du 7 juin comtnt' un simple
acte de brti;andage auquel la politique était
tout à fait etra,wère.
Ü? imposa do~c sil~nce aux baYarda"es du
nota1.re L~fc~vre, en proie à une incontÎucnce
Je denonciat10ns qu'il n'interrompait que pour
~e ~a~enter et maudire ceux qui l'avairnt entram: dans cette aventure; on modt-ra le zèle
d~ Ltequet à qui le préfet confia le soin de
"énéral de l'an:aire,
.
0
drcd1gcr
l ,le rapport
.
ce
ont! s acqmtta si bien que son volumineux
t:ava1l par~~ à Fouché assez « lumineux et
c1r~ons.1anc1c pour ètre soumis tel quel à Sa
~!aJestc 7 JJ. Puis on commença, sans hâte à
s occuper
du proces
, .· 1·1 1ali ait. mterro11er
.
' rt
f
con ronter, suiv~nt les formes, les qua;antes,ept pe~sonnes mcarcérées; de ce nombre
1accusat1O~ ne retint que trente-deux prérn~u.s, d?nt vrngt-trois étaient présents. C'étaient
Fl1crle, llarcl, Grand-Charles Fleur d'E- .
et L. c 11·mcey
·
prne
qui,· sous les •ordres d' \lia
avaient attaqué le chariot·, la ma rutsec
q · ,&lt;ln,
Ch
orn ray, sa fille et Je notaire Lcfcbne instigateurs
du crime.' Gousset , 1e vo1tur1cr
.• . ·
.1. 1
JJ.. exa_ndre. Bu&lt;Juet, Placène, Vannier, Lan~
gelleJ'
L
.. qut avaient recélé les fonds.
L' Chau ,e. 1
dante, e&lt;_&gt;mme complices, puis les aubergiste;
e . ouv1gny, d'Aubigny et d'ailleurs u i
avaient nourr.i les brigands. Les accusés ~bsents ou _fugllifs étaient d'.\ché, .\llain, Le
Lorault
fill
D dit la Jeunesse
.
• Joseph Buquet, 1a
t e
upont, pms des amis de Le Chevalier
:u de Lefebvre compromis par les révélations
D
,ae ce dermer : GCourmaceul , Révérend ,us• uss~y, etc.... renthe dit Cœur-de-lloi était
!11°r~ ~ la Conciergerie pendant J'enquête. Le
Jard,mcr
l 'é tait
.
. • 'd' de lime . de Combray , Cb't
ac,s
~uic1 e. que14ucs Jours après son arrestation
Q_uant ~.Placide d'Aché et à Bonnœil, on dé~
c1da ?u ils ne seraient point mis en jugement
et &lt;JU on. les l~a_du_irait plus tard devant une
commission mi_hta1re : on écartait manifestement du p~occs tout ce qui aurait pu lui
donner une importance politique.
,_Mme_ de Combray, édifiée enfin sur le genre
d rntéret
.
dque lm avait_ témoi"ne'
. o L.1cquet, et
menue
u
pays
des
,1/uswns
ou' 1e po 1·1cier
.
l' . . h .
avait s1. ab1le~ent" promenée, avait pu enfin
commumquer directement avec sa f 'Il .
so n filI s 1·imoI'con n' avait jamais approm·é,
am, •on·
se le ra~pelle, ses compromissions politiques
~t depnis la l\érolu_tion, il s'était tenu à l'écar;
e Tournebut.
. Mais,
, . à la première nouvc•Ile
. .
des. arrestallons,
. . ,aisant trê\'e à des r écnm1na
1
wns
trop
tac1les,
il
élait
accouru
s
fi
àp
•
e ner
,ouen po~r etr~ à portée de ,a mère el de
son . frère pmonmers.
. banB
. Les lettres qu•·t1 ec
.
.,gea1l arec
. onnœ,l,
, dès qu'il lui lut permis
11 er les detenus indiquent d 1
ue
conse1
d l'
d ,
•
, e a part
e un et e 1autre, un grand sens de la
tCahados). l.a déclaration à nous r11-1
Nl)CI Langlois, jardinier àn-é de ir,, e padr JactJUCS•
• •" . , o
,,., ans cmcura 11
. ,1
cl_os f euqu1er •. ,aug1r_ari!, cl Louis IJacheÙcr
taire, rue _de Sèn:es, a \augiranl, âgé de -9
1 proprie7. ,\rcluves nat;onalcs, p S\ 71.
aus.

�IDSTO'R,1.Jl

_______________________________________.,

situation, une irréprochable honnêteté et une
récipro11ue et profonde amitié. Cette famille,
que Licquel se plaisait à représenter comme
uniquement composée de gens haineux, libertins ou égarés, nous apparait, dans ces cor-

respondances intimes, sous un jour bien difCérent; les deux frères sont pleins de respect
pour leur mèrej ils témoignent à leur sœur,
malheureuse et coupable, un attachement
attendri; jamais un mot de reproches, jamais
une allusion aux faits connus et pardonnés :
tous sont ligués contre l'ennemi commun,
contre Acquet, qu'un::mimcment ils considèrent comme l'auteur de tous leurs maux 1 •
A son retour du Temple, fort des serdces
louches qu'il uait rendus, celui-ci était renlré triomphant à Donnay; il ne cherchail pas
il dissimuler sa joie des catastrophes qui accablaient les Combray, et il les traitait déjà
en ennemis vaincus.
On tint donc conseil : l'avis de Bonnœil et
de Timoléon, comme aussi celui de la mari .\rchivcs ,le la fami!IC' d&lt;' ~aint-\ïctor.

quise, était de tout sacrifier pour sauver
!lme Acquet; ils n'ignoraient pas que les
dénoocialioos intéresst!es du mari faisaient
d'elle la principale coupable et que !'accusation devait peser presque entièrement sur
elle. Ils résolurent de faire appel à CliaureauLagardc, auquel le périlleux honneur d'assi~ter, devant le tribunal révolutionnaire, la
reine ,Jarie-Antoinette avait valu un renom
illustr1 l.f! grand avocat consentit à se charf!er de défendre )lme Aquet : il enmp à
HrlUcn, pour étudier l'affaire, un jeune secrétaire nommé IJucolomLier, qui halJitait
ordinain:menl arec lui : cf - un intrigant,
se disant médecin i,, écrirait dédaigneusement Licquct. Ducolombier se flia à Rouen
et rornmf nça par examiner la filuation, plus
que trouble, de la fortune des Combray. Depuis 11lu~ieurs année!&lt;, lJ marquise, aux
abois, arait consenti à la vente de quelqucsun~s de ses propriétés; Timoléon dut requérir des inscriptions hypothécaires pour la
1

•

:.! ••hdiirl's dC" la famille de Saint-\ïctor.

cousenation des droits de ses sœurs et de
ses propre:i créances; el, tout autant pour
parer au désastre financier qui menaçait 1&lt;a
famille que dans l'espoir d'ètre utile à sa
mère en atténuant, par acte authentique. sa
responsabilité, il pro,·oqua et obtint, devant
le tribunal de Louviers, la mise en curatelle
de Mme de Combray•.
Un arrêt de la Cour de cassation du 17 moi
1808, dessaisissant de l'affaire la cour de
Caen, en avait attribué la compétence à la
cour de justice criminelle et spéciale de la
Seine-Inférieure. C'est donc à llouen que,
« pour c.,usc de sûreté de l'État», allait se
dérouler le procès 11ui, d'arance, passionnait toute 1a Normandie. La curiosité était
singulièrement excitée par ce crime c!1ra11ge,
commis par des clames de thâteau, et l'on
s'allcndait à des révélations surprenantes,
l'instruction apnt duré plus d'un an cl a)"ant
mobilisé une yJritable armée de témoins,
appelés tant de la région de Falaise que des
alentours de Tournebut.

(A suivre.)

G. LENOTRE.

r
1

r
~

•

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 50, Diciembre 20</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>Hojas de cultura. Hojas de cultura. Hojas
de cultura. Hojas de c
..
ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA

PREPARATORIA NÚM.

16,

• I•

NOCTURNA

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 2 / ABRIL DE 1975 / SAN NICOLÁS DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

notas notas notas
BIBLIOTECA DEL LIBRO ALQUILADO

La Universidad ofrece a los alumnos desde hace ya diez afios
libros de texto alquilados, para preparatoria y profesional, con
el pago de una cuota mínima (20% de costo comercial del libro). Esta facilidad para el estudiante de escasos recursos es
poco conocida, no se ha difundido con eficacia entre las' escuelas, lo que realmente es una lástima. Ojalá que se tome
conciencia y se proceda a una amplia propaganda que permita el acceso de libros a quienes tanto necesitan de ellos.
La información necesaria se proporciona en el 4o. piso
de la Torre de Rectoría, C. Universitaria, y las solicitudes requeridas se pueden obtener en la Secretaría de esta escuela.
CARTA
Sr. Ing. Luis J. Prieto,
Presidente Municipal de San Nicolás de los Garza, N. L.
Presente ..

Me dirijo a usted para formalizar la petición de un terreno para edificar las instalaciones de la Preparatoria Número
16 (Nocturna para Trabajadores), de acuerdo con la aceptación verbal suya al planteamiento que en tal sentido Je hiciera a usted en el mes de febrero próximo pasado la doctora
Silvia Mijares, directora del mencionado plantel.
La Universidad al requerir de usted la donación de una
parte del valioso patrimonio municipal, lo hace sabedora de
que el esfuerzo común que realicemos redundará en positivos
logros para la juventud estudiosa y trabajadora de esta área
-metropolitana.
A t e n t a m e n t e,

"ALERE FLAMMAM VERITATIS"
Monterrey, N. L., 8 de abril de 1975
El Rector
DR. LUIS. E. TODD
(firma)
C.c.p. Dra. Silvia Mijares, Directora C:e la Escuela Preparatoria Número 16.

CICLO DE CONFERENCIAS

La educación, derecho universal
del ser humano
por
El Derecho a ser Libre, el Derecho a disfrutar de los recursos
que la naturaleza otorga, el De:recho de Reunión, la Lfüertad
de palabra, etc., son un conjunto de valores universales a los
que el hombre debe tener libre acceso sin distinción alguna
de color, raza, nacionalidad, credo religioso o ideología política.
La EDUCACION, una de las obligaciones de la sociedad
hacia el individuo; es también prerrogativa universal, por su
carácter altamente humano y s-ocial. Esta queda comprendida en el artículo 26 de la Declaración Universal de los Derechos del Hombre, votada por las Naciones Unidas y cuyo texto es el siguiente:
"l. Toda persona tiene derecho a la e d u c a c i ó n.
La e d u c a c i ó n tiene que ser gratuita, al menos en Jo
referente a la enseñanza elemental y fundamental. La enseñanza elemental es obligatoria, La enseñanza técnica y profesional debe ser generalizada; el acceso a los estudios superiores tiene que estar abierto a todos en plena igualdad de
condiciones, en función del mérito.
2. La educación tiene que apuntar a un pleno desarrollo de la personalidad humana y a un esfuerzo del respeto por
los derechos del hombre y por las libertades fundamentales.
Tiene que favorecer la comprensión, la tolerancia y la amistad entre todas las naciones y todos los grupos raciales o religiosos, así como el desarroll3. de las actividades de las Naciones Unidas por el mantemihlento de la paz.
3. Los padres tienen por prioridad, el derecho a escoger el tipo de educación que sus hijos deben recibir".
El hombre es producto de una larga evolución en la que intervienen dos factores muy importantes: hereditarios y de
adaptación biológica. Se distingue de los animales porque hace posible la transferencia de sus conocimientos, a la vez que
los acrecienta, los transforma y los mejora para su provecho.
Esto se realiza mediante la educación, ya sea espontánea o
bien sistemática.
Afirmar pues el derecho de la persona a la educación, es
contraer la seria responsabilidad no solo de poner en manos
del individuo los instrumentos necesarios de la cultura, sino
que atendiendo a sus diferencias con respecto a los demás;
se evitará destruir o estropear las posibilidades que éste contenga y que puedan beneficiar a la sociedad.
La educación es gratuita de derecho, más no de hecho y
bajo las mismas circunstancias, es legalmente obligatoria. Si

deportivas depo

Asistencia a una de las pláticas que sobre Orfentación
Vocacional se realizan entre las actividades de la Preparatoria. La gráfica cm·responde a la de Orientación para la
carrera de Abogado, que sustentaron los licenciados: Hiram
Ortiz, Miguel Vargas, Maurilio González y Juan Miguel
Treviflo, todos ellos maestros de la escuela. Se desarrolló
en el Salón de Actos (grupo 10), y fue el día 16 de marzo
de 1975.

Dentro del Torneo Intrauniversitar:o de Futbol Soccer, en el
que participa nuestra Preparatoria, el próximo sábado 26 de
abril, los equipos de: Categoría la. espec:al y Categoría 2a.,
jugarán contra Preparatoria Núm. 4, a las 15:00 horas en el
campo de la Facultad de Comercio y a las 17:00 horas contra
la Prepa Núm. 8 "C", en el campo de Arquitectura, respectivamente.

SOFTBOL PARA ALUMNOS

Se invita a los alumnos interesados en formar parte del equipo representativo de la Preparatoria al torneo Intrauniversitario de SOFTBOL, que se iniciará el próximo mayo. Se deben dirigir a los coordinadores deportivos licenciados Juan
Miguel Trevifio y Miguel Vargas Rodríguez.
TORNEO DE BOLICHE (STUNL)
INTOCABLES, de la Preparatoria 16, han ganado sus 3 partidos jugados a la fecha y no han perdido. Por otra parte el
otro equipo, Prepa 16, ha ganado 4 y tampoco ha perdido. Felicitaciones y más triunfos.
BASQUETBOL

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---.-----

...........
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d'f-d?r-!.

Dentro del Torneo Intrauniversitario de Basquetbol, el equipo representativo de la Preparatoria, perdió contra el de la
Preparatoria Núm. 7. El juego se efectuó en el Gimnasio de
la Escuela Industrial "Alvaro Obregón", el pasado día 24 y
la anotación final fue de 58-48. Por parte de la Preparatoria,
destacarnn, anotando, Angel Yáñez (grupo 4); Luis Carlos Treviño, (grupo 6), Rodrigo Chávez, (grupo 6); Juan Feo. Hernández, (grupo 2); Luis Rodríguez, (grupo 6) y Guillermo Leija (grupo 6).

1

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JOSÉ LUIS ZAPATA

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bien es cierto que por asistir a una escuela no se cobra, quedan de lado muchos problemas por resolver que ponen en tela de juicio los términos y obligatoriedad. Una prueba entre
muchas, lo es la existencia de analfabetas en edad escolar y
aún personas mayores. Si como se puMica en los medios de
difusión, que México, nuestro país, marcha a la vanguardia
de los países latinoamericanos; la educación que es gratuita y
obligatoria debe extenderse a las escuelas secundarias como
respuesta al avance tecnológico y como demostración de justicia escolar y de justicia social, creando como ya se hace,
secundarias tecnológicas, sin suprimir claro está, la existencia de escuelas normales para la preparación de maestros,
que mucha falta hacen.
La gratuidad, ya no lo obligatorio; no puede hacerse extensiva a nivel medio y superior (universitario), pero sí en
cambio, se ha creado un sistema de becas, que presta grandes servicios y que actualmente se aplica en función de las
aptitudes del estudiante y de su situación económica. Con la
aclaración, que una beca no debe considerarse como acto caritativo o de generosidad, sino como respuesta de la sociedad dentro de sus múltiples obligaciones.
Para lograr los sefialados en el articulo segundo, mencionado en párrafos anteriores, urge desterrar la sumisión del
alumno, que inhibe su completo desarrollo, crea una marcada dependencia respecto del maestro y que a la postre será
un individuo conformista y falto de iniciativa. El punto de
partida para la formación de una personalidad positiva, lo será sin duda, una educación libre de prejuicios, con autonomía,
con libertad de acción y de pensamiento, libre de moldes tradicionales, que promueva la investigación hacia la búsqueda
de la verdad, que fomente la creación de una conciencia moral tendiente a respetar las libertades de los demás y a valorar las propias, pues el derecho a la educación, incluye el derecho a encontrar una escuela que reúna lo necesario para
integrar personalidades dinámicas, o en su defecto, pugnar
por formarla, si no la hay.
La educación como sistema, debe responder a las exigencias del avance en un país y debe además, como educación
comparada; integrarse con los mejores métodos que se adapten a las condiciones nacionales existentes. La experiencia
demuestra que uno de los principales obstáculos para la aplicación de nuevos métodos de enseñanza y conocimientos actuales, son los padres de los alumnos (en el nivel elemental
sobre todo) que por tradicionalismo, por ideas conservadoras
o por ignorancia, se oponen a la actualización de la ensefianza; aunque los hay también, mejor informados, con un concepto claro y dialéctico de lo que es el progreso en sus diferentes órdenes, y que permiten el intercambio de ideas.
Para resolver este problema es conveniente ampliar el
derecho cuando no de educación, sí de información a los padres de familia.

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FICHAS DE LITERATURA

EL LAZARILLO DE TORMES
por
El Lazarillo de Tormes pertenece al, género de la Novela Picaresca. Su protagonista es el pícaro. ¿Quién es el pícaro?
A menudo se le define como un individuo perezoso, vagabundo, andrajoso. Hay quienes lo sefialan como el hambriento
que para proporcionarse el alimento se vale de artimafias antes que del trabajo. Otros más lo consideran hasta criminal.
Sin embargo y aceptando que hay mucho de todo esto
-vagarh.mdez, pereza, hambre y miseria, todos estos rasgos
no se concentran privativa y conjuntamente en el pícaro.
Recordemos que nuestro protagonista, Lázaro, es un nifío que no tuvo la fortuna de nacer de noble cuna, ni siquie•
ra de una familia medianamente modesta. Es hijo de padres
pobres de la más baja extracción y rara vez honrados, el cual
influenciado por las malas compafiías, o por falta de instrucción, al verse lanzado a la confusión de la vida y entregado
a sí mismo, cae en la vagancia y lucha contra la vida como
puede, con audacia y sin escrúpulos.

Sobre Fahrenheit
por

451

LAURENTINA PÁEZ GARZA

En esta obra cinematográfica Fahrenheit 451 se presenta la
forma tan mecanizada y monótona de vivir en una ciudad
donde supuestamente todos formaban parte de una familia,
prohibiendo estrictamente la lectura de algún libro. Las personas que no estaban de acuerdo con esto y eran descubiertas -si lograban escapar de esa ciudad- se dedicaban a memorizar libros para que llegado el momento en que de nuevo
pudiesen imprimirse, aun cuando no se conservara un solo
ejemplar, en la mente de cada uno de ellos $e encontraba un
libro y de nuevo se reproduciría. 451QF es la temperatura que
se requiere para la destrucción de un libro (una hoja).
La forma de trabajar de los bomberos es mouy característica y diferente a la que nosotros conocemos, ya que su
trabajo consistía únicamente en la destrucción de los libros;
esta era la ocupación de Montag, quien posteriormente conoce a una maestra llamada Clarisse; en alguna ocasión le pregunta si alguna vez ha leído un libro y si es feliz con su trabajo. Montag reflexiona so~e las palabras de Clarisse y empieza a interesarse por la lectura; se da cuenta que ya no desea prestar sus servicios al cuerpo de bomberos, sino que quiere documentarse en los libros y no seguir destruyéndolos como lo había hecho hasta entonces.
Su esposa lo denuncia por la lectura de éstos, abandonándolo después.
El último trabajo de Montag es la destrucción de sus
propios libros, viéndose en la necesidad de matar a su superior, al amenazarlo éste con una pistola por no acatar sus
órdenes, es decir destruir solamente los libros y no los muebles como lo estaba haciendo. Montag es perseguido por el

asesinato que cometió, siendo muerto después en el propio
edificio de los bomberos.
Fuera de esa ciudad Montag se reúne con las personas
que desean la conservación de los libros, encontrándose con
Clarisse quien hacía algún tiempo vivía en ese lugar, después
de haber sido descubierta, logrando escapar. Ambos se dedican, en compafiía de todas las personas que vivían en ese
lugar a memorizar su libro preferido.
Este film es realizado en Londres siendo presentado en
una forma cronológica, continua.

F ahrenheit
TEMA:

por

Argumento

La historia del Lazarillo de Tormes presenta la autobiografía de un muchacho nacido de padre ladrón y madre poco
honesta que lo ponen al servicio de un ciego que lo adiestra
brutalmente en los reveses de la vida. En adelante se las ingeniaría para huir de él, y pasa a servir sucesivamente a un
clérigo glotón, a un escudero petulante y sin dinero, a un
buldero (propagador de bulas) sin escrúpulos y a un alguacil.
Termina finalmente siendo pregonero de Toledo.
Analicemos algunos rasgos psicológicos de Lázaro: Lázaro es un rapaz, travieso y sagaz, pero todo esto lo hace impulsado por el medio que lo rodea.
Como ser humano necesita subsistir y como carece de la
más elemental preparación, sirve a varios amos de quienes recibe sólo malos tratos y poco alimento, ésto naturalmente le
aguza el ingenio y por medio de artimafias roba a sus amos
las migajas de pan, al clérigo, las uvas y el vino al ciego, etc.
Sin embargo al lado de todos estos rasgos negativos hay
una serie de notas positivas.
Lázaro es de temperamento sentimental, se conduele
de lo que ocurre a su a l r e d e d o r, se nos presenta deseoso de tral)ajar para ganarse la vida honradamente, rasgos
que coinciden con los que han de definir después a las novelas de este mismo género: realismos con frecuencia exagerado; técnica narrativa autobiográfica, aventuras de carácter
muy variado, reflejo de su tráasito por distintos estratos sociales, pues observamos que Lázaro al llegar a su mayoría de
edad desempeña ya el oficio de pregonero.

La

•

La novela picaresca precede a la novela de Caballerías
y a la Pastoril; la primera tiene com,o tema principal al caballero que lucha por conquistar un ideal: por su rey y por su
dama, el honor lo impulsa a todo esto, se encuentra lleno de
fantasía e irrealidades, y ia segunda: la acción se desarrolla
o tiene como tema el campo, en ésta ni los pastores son pastores ni el campo es campo, ya que los pastores se desenvuelven cdmo aristócratas y el campo se nos presenta como un
párrafo lleno de artificios.
Podríamos afirmar sin temor a equivocarnos que la novela picaresca es una síntesis a estos dos géneros precisamente
por el realismo que presenta en su problemática.
La virtud del pícaro no es la de conquistar hazañas guerreras ni tampoco su afán es el de libertar a ninguna princesa cautiva que de él y su amor quede luego prisionera, sino
lucha sí, pero por conseguir el pan cotidiano.
El roce social del pícaro tampoco se da con cortesanos,
nobles ni letrados sino con personas de la más baja condición.
Uno de los rasgos característicos de este género, es la
autobiografía, el pícaro narra su vida hasta los más desagradables detalles con cierto dejo de amargura, pues de otra manera ¿quién se va a ocupar de él? ¿Qué cronista narrará la
vida de un personaje de tan ínfimo nivel social?
El autor

La primera edición de El Lazarillo de Tormes se publicó en
Burgos en el afio de 1554 de autor anónimo. Se ha pensado
que el anonimato se haya debido al temor a la Inquisición, o
bien por el deseo del autor de pasar inadvertido para no perder el favór real por las ideas erasmistas que informan la novela (Desiderio Erasmo de Rotterdam 1467-1532 eficaz ayudador de la Reforma y cuya arma más sutil era la ironía). El
autor en este supuesto, habría sido un alto personaje de la
corte.
Esta hipótesis carece de fundamento. Pues por esta misma época se publicaron obras con resabios erasmistas, cuyos
autores no vacilaron en estampar su nombre al frente de las
mismas. Además el erasmismo del Lazarillo se reduce a unas
pocas expresiones innocuas, como las alusivas a la glotonería del clérigo de Maqueda o el tono de los capítulos referentes al fraile de la Merced y al buldero.
El hecho de que no conozcamos al autor de El Lazarillo de
Tormes no le quita en absoluto la gloria de ser la primera novela que inicia este nuevo género picaresco y una de las joyas más valiosas de la literatura espafiola.

•

sin1biosis es asoc1ac1on vegetal
•
generosa o n1ezqu1na
LAS MICORRIZAS (que significan raíz y hongo): El hongo obtiene azúcares y proporciona compuestos nitrogenados que toma del suelo. Por ejemplo las orquídeas;
todas las raíces tienen un hongo que une los filamentos
de algunas de sus células.

b)

BACTEROIDES DE LEGUMINOSAS: Estas plantas presentan pequefias nudosidades en sus raices. Son colonias de bacterias fijadoras del nitrógeno atmosférico, es
por eso que las leguminosas viven en terrenos pobres en
nitratos y compuestos amoniacales. En un momento dado las leguminosas destruyen las bacterias por hidrólisis,
desdoblamiento molecular por exceso de agua o presencia de ácido o fermento) y aprovechan el nitrógeno que
acumulan en sus semillas.

e)

FERMENTACION: La fermentación que produce el azúcar de la fécula del arroz muestra la interdependencia de
dos organismos, uno de los cuales, las bacterias, prepara
el substrato donde medra el otro, las levaduras, que determinan la producción de alcohol. ·

d)

INJERTOS: En una planta patrón se aplica y suelda parte de otra, con una o más yemas que dan una planta con
características propias.

e)

LICOPODIOS: Estas plantas, afines a los helechos, deben ser atacadas por un hongo para que sus esporas se
reproduzcan.

f)

BREZOS: Arbustos muy ramosos que usualmente se utilizan para preparar carbón para fraguas. El brezo limpio de hongos germina, pero no tiene raíces y su desarrollo se detiene. Este prosigue si se le proporciona el hongo que, al parecer, provee el brezo de las rizocalinas, substancias del crecimiento, capaces de provocar la formación de las raices.

g)

LIQUENES: Un alga, apta para la fotosíntesis, provee de
alimentos carbonados a un hongo que proporciona los
elementos de fijación, protección y reproducción y absorbe las materias nitrogenadas. El resultado es una planta distinta, muy resistente a las inclemencias del tiempo.

l

GONZALO CORONA NARVÁEZ

ASUNTO:

Es un Asunto Literario basado en la Novela Farenheit
45lt del autor Ray Bradbury.
MOTIVO PRINCIPAL:

Los Libros por los conocimientos que se pueden adquirir y que en un momento dado pueden adquirir y que en un
momento dado pudieran cambiar el Sistema.
TIEMPO:

Es cronológico y continuo; el tiempo de la acción se desarrolla en el futuro.
ESPACIO:

Inglaterra (una ciudad no determinada).
La estructura de la acción está compuesta por Suspenso,
Nudo y Desenlace.
El suspenso o exposición transcurre desde el inicio de la
película hasta que ocurre cierto momento que provoca el conflicto. Dentro del transcurso del suspenso se notan ciertos puntos que fueron de interés personal como los traumas que
tenía la gente por el sistema en que vivían y la salida de los
bomberos que van a una casa en la cual no había incendio y
se dedican a quemar los libros.
EL NUDO:
Empieza cuando el personaje principal tiene una duda
respecto a si es feliz y bueno o no leer libros; a partir de ese
momento se forma un conflicto que termina cuando él se decide por los liblros y su supuesta muerte después de la huida
del sistema .
Dentro del nudo se notan ciertas reacciones que reflejan
el cambio que estafia operando dentro del personaje principal como la humanización y la rebelión hacia el sistema por
la lectura de los libros.
EL DESENLACE:

Empieza con la llegada de él al campamento y la solución a las dudas respecto a los libros por eso cada hombre o
mujer debía de aprenderse un libro para conservar los conocimientos y las bellas artes para la posteridad.
CONCLUSION:

El hombre-libro es el hombre-libre.

HONGO

LIQUEN

La palabra simbiosis fue inventada por el botánico alemán Enrique Antón de Bary en el año 1879; conocida como la vida
en común de dos o más organismos de distinta especie; dos
plantas, planta y animal o dos animales, recibiendo el nombre
de simbiontes o simbiotas. Los modernos tratadistas han am... pliado el significado del concepto hasta comprender todos los
grados de vinculación entre seres vivos, que pueden ir desde
el parasitismo más agresivo y dafiino (simbiosis disyuntiva)
hasta el más acabado equiÍibrio y cooperación (simbiosis conjuntiva) conocido también como cansancio o mutualismo.
EL PARASITISMO: Es la fase más tensa en esta lucha
por la vida, ya que muchas veces el que es atacado por un
parásito es muerto. Cuando son parcialmente parásitos se
llaman HEMIPARASITOS y cuando lo son completos HOLOPARASITOS. Si se internan en los tejidos de la planta hospedante son ENDOPARASITIS y si su asociación es externa,
ECTOPARASITOS.

Todos son heterótrofos, es decir incapaces de sintetizar
hidratos de carb&lt;,mo, sino que lo tomamos de otras plantas,
por ejemplo los hongos y otros vegetales de clorofila.
Hay bptánicos que consideran el parasitismo como una
forma de regresión del ser vivo u organizaciones más primitivas, ya que los parásitos simplifican su estructura por la pérdida de la clorofila, reducción de hojas, raíces, etc., al tiempo que desarrollan órganos adecuados para parásitos. Hay
parasitismo facultativo el cual puede vivir solo, por ejemplo
el del hongo que produce el mildisé de la papa.
Parece que parasitismo tiene que ver con la seguridad
de obtener alimento. Si bien es cierto que todos los organismos dependen de otros organismos vivos para su nutrición,
los parásitos la obtienen directamente de los tejidos de otras
plantas de desperdicios o de alimentos parcialmente dirigidos
por el hospedante. La verdad es que el parásito está muy extendido. Desde las bacterias que causan en el hombre tuberculosis, los abcesos y la gangrena, así como numerosas enfermedades, hasta el valioso sándalo que se liga por la raíz
con plantas huéspedes y, desde luego, todos los hongos.
MUTUALISMO: Algunos botánicos y ecólogos, llaman
mutualismo a la relación en la que hay beneficio para los dos
socios. Entre los casos típicos están los siguientes:

/1

a)

451

Prohibición de los libros por el sistema de gobierno que plantea la película: un sistema dictatorial.

ALFONSO TOVAR TOVAR

Hojas de
cultura
Redactores:
Maestros /

LICENCIADA LUCILA GARZA DE REYES; ARQUITECTO

DIONISIO HERN~EZ ESCOBAR; PROFESOR SERGIO ANTONIO
ESCAMILLA TRISTAN.
.
Alumnos / JOSÉ LUIS ZAPATA DÁVILA; MATÍAS LOZANO; MAR•
ClAJ.. MARTÍNEZ.

2

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                  <text>Órgano de maestros y alumnos de la Preparatoria Núm. 16, Nocturna para Trabajadores, de la Universidad Autónoma de Nuevo León. Publicada en la década de los setenta. Contiene notas de cultura, deportivas y estudiantiles.</text>
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                <text>Órgano de maestros y alumnos de la Preparatoria Núm. 16, Nocturna para Trabajadores, de la Universidad Autónoma de Nuevo León. Publicada en la década de los setenta. Contiene notas de cultura, deportivas y estudiantiles.</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León, Preparatoria No 8</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>Hojas de cultura. HOjas de cultura. Hojas
de cultura. Hojas de c
ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA PREPARATORIA NÚM.

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NOCTURNA

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 3 / MAYO DE 1975 / SAN NICOLÁs DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

notas notas notas
TERMINACION DE CURSOS

El próximo 16 será el último día de clases regulares de este
Semestre; haq'rá un receso de una semana para estudio, y los
exámenes finales se iniciarán el día 25. I~an sido ya programados y puestos en conocimiento de alumnos y maestros los
horarios correspondientes. Cualquier duda o aclaración deberá consultarse en la Secretaría de la escuela.

Muchacha
en la
calle Reina

CUATRO POEMAS
RICARDO MARTÍNEZ

PUBLICACION
DISTORSIÓN

La Academia de Lengua y Literatura ha decidido publicar en
un volumen, los tres o cuatro mejores trabajos presentados en
este Semestre por los alumnos en el curso de Taller de Lecturas Literarias, y el doctor Juan José García Gómez seleccionará y preparará la edición, la que será el inicio de una serie
de publicaciones de maestros y alumnos, sin precedente en las
Preparatorias de la UANL.

1

No regreses nunca
al lugar en donde dices
haber alcanzado
la felicidad.
Ese lugar no existió.
Existe ahora.
Cuando lo piensas.

CICLO DE CINE CLUB DEL DEU

El mes de junio se iniciará en el Aula Magna de la Universidad, el segundo ciclo de cine arte, para el cual se incluirán
obras de Luis Bufiuel, el gran cineasta espafiol radicado en México. Aún no se dan a conocer los títulos de los films.
Creemos que se ha ido superando esta actividad cultural

PERVERSIÓN

Eva le dijo
-manzana mordida

día con dfa, pero que falta imprimir programas adecuados,
hacer una presentación de las obras, y organizar un debate

en rnano- que:

"La inocencia
por falta de conocimientos
no es inocencia.
Es falta de conocimientos."
Y Adán le creyó.
Y la libertad
tüvo cabida en el mundo
por una mujer.

al final de la exhibición.
Se nos informó -por otra parte- que Hfroshima mon
amour, de Alain Resnais, que no fue exhibida en el presente
ciclo, lo será antes de comenzar el segundo. Ojalá, porque es
un film muy importante dentro del cine moderno.
PLATICA

Con una nutrida asistencia de alumnos, se llevó a cabo la plática, que sobre planes de estudio y orientación vocacional en
la Preparatoria, sustentó el doctor Juan Jos6 García Gómez
el día 25 ele abril. Esta fue la primera c!e una serie de pláticas que se efectuarán periódicamente.
El doctor García Gómez es maestro de esta Preparatoria
y de la Facultad de Filosofía y Letras.
CONVENCION

Los maestron Jorge Garza y Sergio Escamilla Tristán, asistieron en representación de la Preparatoria, a la Convención Internacional sobre Técnicas Educativas y Exposición de nuevos aparatos para la Educación Audiovisual, celebrada en la
ciudad de Dallas, Texas, del día 11 al 17 de abril pasado. En
la próxima entrega publicaremos el informe de este importante evento.

,JOSÉ AL VARADO,
uN HOMBRE QUE
\'IVJÓ PARA LA VERDAD

EQUILIBRIO

Caminas delante de mí presurosa, flexible.
Toda la calle Reina crepita en la luz.
Nonca he visto tu rostro pero conozco tu manera
de mirar a este mundo que resbala por mis huesos.
De pronto te detienes -sólo un instante- ante una puerta
m:entras yo descubro tu bello rostro de muchacha.
Empiezas a subir las grises gastadas escaleras
que casi ya reconozco. ¿Pero sabías tú que no hace
tantos afios, allá arriba, tal vez en tu propia
habitación, en ese mismo sitio en que te miras al espejo,
rumió sus sueños un poeta? No importa que te hayas
esfumado en lo oscuro. Pienso que bajas de nuevo
apretando contra el pecho tus azules cuadernos
escolares. Corres por los portales donde acaso no sólo
te deslumblra la luz, y por poco tropiezas con ese hombre
que con su ancho traje gris ha salido a conquistar
-a transformar- la ciudad: el joven poeta Baragaño.
FAYAD ,TAMÍS

José Alvarado es un arco del tiempo en que, esencialmente,
podemos hojear el libro de la vida y unir la historia del pueblo que es México, y la verdad de un hombre afanoso, entregado y consumido en la llama propia de quien se entrega al
alto oficio de vivir.
Una expresión poética de nuestra lengua latina dice con
belleza: "Arribar al puerto no es preciso; lo único necesario
es navegar." Expresión e imagen de la vida, expresión e imae en de la muerte.
Alvarado amigo: Estamos en la ribera de donde tú has
partido. Yo no quiero, como no he querido antes, derramar
una sola lágrima. Tu fe en los jóvenes, tu participación en la
alegría y en la dicha de los demás, me pa; ecen objeciones muy
graves para confundirlas esta noche con mi llanto.
Quiero retener de tantas y tantas expresiones tuyas, una
que se me quedó grabada en relación con tu trabajo nocturno
de escritor ele ptí.ginas diarias. Ahí se dice, sí, de él mismo,
pues: "Y pasan la noche trab~jando y escribiendo, y a la mañana siguiente se despiertan encontrando que alguno de sus
suefios está vivo."
Pepe: Uno de tus sueños que está vivo, es esta Universidad y lo5 jóvenes.

RAÚL RANGEL FRÍAS

Perdonen si me detengo al explicarles e! motivo de mis aparentemente inmotivados desplazamientos, que tienen como
origen y finalidad conseguir que la recta imaginaria que me
une a mi antípoda pase siempre por el centro exacto de nuestro planeta. Porque quién podría calcular las calamidades que
nos traería el que la tierra, perdiendo el equilibrio, escapara
de su órbita.

MOR..\LIDAD

Sus ruanos eran preciosas y delicadas, pero ella las creyó deformes, inadecuadas, monstruosas. Y es que nunca había visto las manos de otras personas. Cómo, si todo mundo usaba
guantes y enseñar las manos era un vicio de perversidad extrema, un verdadero atentado contra la integridad social, una
invitación al desenfreno.
Procreaban a sus hijos tomándose de las manos.

�Justificación
de realismo
o vanguardismo

los libros
Juan Bosch, El pentagonismo como sustituto del imperialismo,
la. ed., Ed. Siglo XXI (Col. Mínima), México, 1974.
Juan Bosch, ex presidente de la República Dominicana
-derrocado por la reacción de su país y los "marines" norteamericanos- expone en su libro una teoría que ayuda a
comprender los recovecos de la política de los EE.UU.
La mencionada teoría, apoyada en una serie de argumentos de irrefutahle ojetividad, consiste en afirmar que no es el
imperialismo la última etapa del capitalismo, sino que aparece posteriormente -al menos en los EE.UU.- el pentagonismo.
El Pentágono es el edificio en la ciudad de Washington,
donde se encuentra la sede de las oficinas del Ministerio de
la Defensa de los EE.UU., por lo que decir pentagonismo equivaldría a una política dictada desde ese edificio, por los militares que ahí se encuentran, por supuesto.
El pentagonismo nace en el seno de ese país supercapitalista a fines de la II Guerra Mundial. De una manera insensible se fue introduciendo en los asuntos de la política exterior de EE.UU., hasta llegar a ser el monstruoso aparato
que domina aún al propio presidente norteamericano.
¿Cómo obtiene el Pentágono tan fabuloso poder?: el Ministerio de la Defensa absorbe más del 60% del presupuesto
nacional; con ese dinero otorga contratos a la industria de
guerra -que produce desde aviones, tanques, armas, ropa,
comida y hasta aspirinas- para lo cual el pentagonismo
cuenta con el apoyo incondicional de los grandes monopolios.
El objeto del pentagonismo no es la conquista o colonización de otros países, como lo sería del imperialismo, sino
que es crear y estar constantemente en guerra con o en otros
territorios. Los industriales yanquis han descubierto que una
guerra reditúa más ganancias que la conquista directa de un
pais.
Y como los EE.UU. no necesitan más excusa para iniciar
un conflicto armado en cualquier parte del mundo que la de
"salvar a la humanidad de los horrores del comunismo", tenemos el ejemplo de Vietnam, la empieza y ya. La guerra es
a su vez un buen pretexto para aumentar la producción de
artículos bélicos, que son rápida y efectivamente consumidos
en los campos de batalla, con el beneplácito de los industria-

les.

Mientras más grandes son las pérdidas, más producción
habrá, se generan más empleos y hay. relativamente, un ma..
yor bienestar económico para los obrcr0s, científicos y todos
aquellos que trabajan para esas industrias.
En el capítulo LA SOCIEDAD PENTAGONIZADA, se
plantea la siguiente cuestión: ¿es culpable un obrero de Dakota del Sur de que un nifio vietnamita muera quemado por
una bomba de napalm?; ese individuo se encuentra pentagonizado, Y lo único que le interesa es ganar más dinero para
cambiar su automóvil por otro más nuevo y para pagar las
cu?tas· uni".ersitarias de su hijo. Qué le importa que muera,
qmzás asesinado por su hermano o su hijo, un niño vietnamita; probablemente era hijo de un comunista y hubiera sido
comunista de grande, y él no quiere que un día lleguen los
comunistas y le quiten lo que posee.
En un discurso pronunciado por J ohnson cuando era presidente y con el evidente propósito de ampliar la guerra en
Vietnam y presionado por el pentagonismo, dijo lo siguiente:
"Deben saber los comunistas de Vietnam que no nos dejaremos quitar lo que tenemos".
A final de cuentas, el presidente de los EE.UU. no es más
que un simple títere en las manos del pentagonismo, en lo
que se refiere a política exterior. Existen de hecho dos gobiernos en Norteamérica: uno para los asuntos internos el
Presidente y el Congreso; y otro para asuntos externos: el
Pentágono.
Miles de muchachos norteamericanos y millones de inocentes vietnamitas perdieron la vida a causa de la ambición
desmedida de menos de un millar de industriales yanquis que
son los que controlan más del 70% de la producción. La General Motors, la Ford Motor Company, la General Electric,
etc., obtuvieron en los últimos afios ganancias exorbitantes de
cientos de millones de dólares.
Así que, ¿Qué importan unas cuantas vidas? si los que
quedan en los EE.UU. van a disfrutar de una vida más o me-

Hojas de
cultura
Rerlactores:
Maestros / LICENCIADA LUCILA GARZA DE REYES; ARQUITECTO
DIONISIO HERNÁNDEZ ESCOBAR; PROFESOR SERGIO ANTONIO
ESCAMILLA TRISTÁN.
Alumnos / JOSÉ LUIS ZAPATA DÁVILA; MATÍAS LOZANO; MAR·
CIAL MARTÍNEZ.

por SILVIA MIJARES
nos cómoda. No hace mucho un amigo, regiomontano por
cierto, me decía al regresar de Vietnam -donde estuvo comfbatiendo durante 12 meses- con un ojo de vidrio: "Muchos
soldados gringos saben que 2 de cada diez de los que van (a
Vietnam) no regresan, pero los 8 que vuelvan tienen chamba
segura". No cabe duda, esos soldados están completamente
pentagonizados. No luchan por un ideal, puesto que no existe, lo hacen por su bienestar económico.
Y según parece, el pentagonismo no se va a conformar
con el poder que ya posee sino que está interviniendo en asuntos que competen exclusivamente al goijierno civil. El pentagonismo está ávido de poder y lo busca en una forma total.
.JOSÉ MARCIAL MARTÍNEZ

Filosof,a,
ciencia,sociedad

DE

c.

El realismo y el vanguardismo son dos tendencias artísticas
que han surgido como manifestaciones de ciertas situaciones
sociales concretas. Lukács, coincidente con las corrientes sociologistas, fundamenta su estética en la teoria del reflejo, se:fialando que el realismo refleja objetivamente la realidad, por
lo tanto es el verdadero arte, en tanto que el vanguardismo
distorsiona la realidad manifestándose como arte decadente.
Lukács interpreta de una manera muy especial lo que es el
arte de vanguardia y el arte realista, es decir, estos términos
están muy ligados a la posición ideológica que guarda cada
artista. Sin embargo, ninguna posición ideológica es garantía
para que se produzcan obras con calidad artística sino que
se pueden producir ob)ras de calidad artística o sin ella tanto
por los artistas ideológicamente identificados con la revolución como por los conservadores. En la obtca de arte, la posición ideológica del artista queda fuera de la estructura artística de la obra. Es decir, no importa tanto lo que se piensa sino cómo se realiza.
Así el arte decadente sería el que no se realiza artísticamente. En las obras de Kafka hay creación efectiva, riqueza
de significaciones, por lo tanto, no es arte decadente el suyo, ya que únicamente nos expresa artísticamente la decadencia del mundo capitalista.

fiflil
_,¡

~I
'

Carlos París, Filosofía, ciencia, sociedad, la. ed., Siglo XXI de
Espafia Editores, Madrid, 1972.
La habilidad de un expositor para desarrollar una información
tan necesaria e importante y ponerla al alcance de las categorías escolares incipientes, así~como prestar la misma información a niveles más especializados, es de por sí una labor de
índole extraordinaria.
En el caso de Carlos París, se halla presente esta habilidad. Familiarizado en la docencia, el distinguido catedrático
logra el propósito que se ha designado, exhibiendo un franco
dominio de sus investigaciones, proporcionando material informativo en los campos de la Filosofía, Antropología y Psicología.
Originario de Bilbao, el autor posee un prestigiado historial en el ejercicio de su profesión, donde se le conoce como un didáctico de la disciplina filosófica en las universidades de Santiago, Valencia y Madrid.
En el texto a que nos referimos, encontramos desde su
presentación, una magnífica interrogante planteada al lector,
y que el autor contesta en un sentido conceptual bastante actualizado y lógicamente acertado. Al enterarnos de esa sensación de angustia e impotencia, que nos invade cuando somos testig9s presentes o nos llega información difundida por
otro medio, que refiere fenómenos lesivos al ser humano (injusticias, hambre, ignorancia, formas atávicas, etc.), nos sentimos el filósofo aludido por el autor: "Un ser desplazado de
las tareas humanas, un superviviente de épocas geológicas, un
ornitorrinco". Esta respuesta es la que ha seleccionado para
responder a la pregunta ¿Qué representa hoy día la filosofía?
Con planteamiento de esta similitud, el maestro elabora
una interesante gama de interrogantes a través de los siete
capítulos que constituyen la estructura del texto. Durante el
trayecto de la obra, con regular frecuencia se hace presente
el pensamiento pontífico del prestigiado filósofo hispano, don
M:iguel de Unamuno, (coterráneo del autor) y del que el mis·mo Carlos París, parece haber abrevado a pródigo de esta
fuente. Naturalmente, los pensamientos de Unamuno el autor los contemporaniza y los proyecta a todos los ámbltos,
sin incurrir en eufemismos, ni pretensiones que identifiquen
la galanura de su erudición.
En pasajes referidos al plano de la Antropología, encontramos una magnífica concepción; al exponer el autor cómo
la sociedad tiene relegada a la realidad humana, situándola
en una "posición híbrida" dentro de nuestros esquemas conceptuales. Ese ver a la especie "horno" como una realidad
contradictoria o paradójica. Para la fantasía mítica entre las
categorías de lo divino y lo natural, aparece el hombre como
un dios caído; para el pensamiento científico, el hombre es
un animal evolucionado. Aunque el autor admite que esta
"equivocidad ínsita" se halla perfectamente delimitada, cuando se precisa su aparición (mito y gnosis), pues este fenómeno que por su trascendencia rompe nuestro esquema. Es el
que ha motivado animando al ser humano, a desarrollar esfuerzos en crear el eslabón que funda los· dos procesos (fantástico y real) que han llenado nuestra historia.
El texto, proveniente de la editorial siglo XXI de españa
editores, s. a., constituye por su valor informativo, una imperiosa necesidad de incorporarse en todos los recintos universitarios, para difundirlo a la escolaridad.
CÉSAR TIJERINA TORRES

ACLARACION: por un error involuntario, en el Núm. 2 de

abril pasado, omitimos el nombre de Matías Lozano, en el artículo "La simbiosis es asociación vegetal generosa o mezquina", del cual es autor.

Lukács sefiala que el concepto que tiene el artista de la
esencia del hombre, va a influir en la creación artística, por
eso nos dice que la correspondencia, diferenciación y contraposición entre las categorías de posibilidad y realidad, son una
resultante de la manera de vivir de cada quien. "Es, pues,
comprensible que la literatura realista, como fiel reflejo de
la realidad objetiva, presente las posibilidades abstractas y
concretas de un hombre; desenmascare todas las posibilidades abstractas, que están ciertamente presentes, pero que son
intrínsecamente falsas". Significación actual del realismo critico p. 26). Por otro lado, la exaltación de la subjetividad conlleva necesariamente a la distorsión .del sujeto. Sin embargo
frente a la obra de arte, pierden fuerza todos estos conceptos,
normas o lineamientos y destaca únicamente la manera concreta como el artista resuelve artísticamente los problemas
que se ha planteado.

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Pablo
Casals
por RUPERTO LEAL ESPINOZA
"Retirarse significa para mí empezar a morir", dijo el gran
Pablo Casals a los noventa y seis afios. Morir no lo detendremos con nada; ni con trabajo siquiera.
Pero empezar a morir, sí podemos evitarlo.
El trabajo y el interés que se tiene por las cosas válidas
son el mejor remedio para la vejez, dijo el viejo Casals; viejo
sólo en su físico cansado, pero nunca en su optimismo.
Habrá que encontrar "Las cosas válidas" a las que aludía.
Porque la mancuerna que ofrece se complementa con
ellas. Es decir que no creyó que bastaría el trabajo el hombre,
cuando dispone de todas sus aptitudes desarrolladas, debe
ir en busca de las cosas válidas, para que si alcanza la ansiedad continúe asombrándose con ellas y teniendo motivos para seguir hasta la muerte. Que ésta llegue de golpe y no sea
una dolorosa y lenta pendiente; ese "empezar a morir" de que
habló el gran artista.
"A los noventa y tantos años siento algunas cosas de
forma más intensas que cuando era joven, y la vida me fascina cada día más".
"Para sentir de viejo con más intensidad, debe empezarse de ni:fio, continuar de joven, madurar como hombre adulto. No se podrá improvisar el gusto por las cosas a los noventa y tantos a:fios".
Fascinarse con la vida presupone vivirla con intensidad,
con plenitud, integralmente, nadie se fascina si sólo le conmueven de ella los objetos que puede comprar, o si se limita a
la visión del sexo, con todo lo que éste tiene de digno y bello.
"Cada día nazco de nuevo. Cada día tengo que volver a
empezarlo todo", dijo el eterno joven Casals.
Gusto de las cosas válidas y trabajo: fórmula de las almas creativas. Porque, finalmente, a quien oímos expresarse
así, es a alguien que está creando siempre, por eso vuelve cada
día a empezarlo todo.
En el umbral de la muerte, Casals cantaba a la vida:
da día nazco de nuevo".
Su experiencia vital debió valer la pena.

"Ca-2

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>ÓRGANO DE MAESTl\OS Y ALUMNOS DE LA PREPARATORIA NÚM.

16,

NO

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 4 / MAYO DE 1975 / SAN NICOLÁS DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

DOS POEMAS
por LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

MUJER NEGRA

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. ff

~ ~;i, . .,. :, •., /•'-

segunda anualidad
de cursos de
prebachilleres

¡MUJER desnuda, mujer negra,
Vestida de tu color que es vida, de tu forma que es belleza!
A tu sombra he crecido, la dulzura de tus manos vendaba mis
ojos.
Y mira cómo en el corazón del verano y del mediodía te descubro, tierra prometida desde la cumbre de un alto
calcinado,
Y que tu belleza me fulmina en pleno corazón como el destello
de un águila.
¡Mujer desnuda, mrujer oscura!
Maduro fruto de turgente carne, éxtasis sombríos del vino
negro, boca que hace lírica mi boca,
Llanura de puros horizontes, llanura que se estremece con las
fervientes caricias del v,i ento del este,
Tam-tam esculpido, tam-tam tenso que ruge bajo los dedos
del vencedor,
Tu voz grave de contralto es el canto espiritual de la Amada.
¡Mujer desnuda, mujer oscura!
Aceite que ninguna brisa ondula, aceite apacible en los costados del atleta, en los costados de los príncipes de
Mali,

A partir del 30 de junio, y hasta el 12 de julio, se llevará a

cabo la Segunda Anualidad de los Cursos de Prebachilleres,
que con tanto éxito se iniciaron el verano pasado.
En esta anualidad, se han sumado a las Preparatorias
Núms. 1 y 3, las Preparatorias Núms. 9 y 16, en la organización de los cursos, y se espera que sea mucho mayor el número de ..aspirantes a bachilleres el que ingrese a los mismos.

Se impartirán:
Técnicas de aprendizaje.
T~leres de redacción.
Matemáticas.

Gacela de celestes ligaduras, las perlas son estrellas en la noche de tu piel,
Delicias de los juegos del espíritu, los reflejos del oro rojo
sobre tu piel que se irisa,
A la soml:t-a de tu cabellera mj congoja se ilumina con, los
soles próximos de tus ojos.
i
¡ Mujer desnuda, tllllljer negra!
Yo canto tu belleza fugaz, tu forma que aseguro en lo eterno,
Antes de que el celoso destino te reduzca a cenizas para nutrir las raíces de la vida.

El coordinador general es el licenciado Raúl Montoya y
son directores de las Preparatorias Núms. 1, 3, 9 y 16, respectivamente, doctor Ramiro Dfaz Alanís, doctor Máximo de
León Garza, licenciado Jaime César Triana y doctora Silvia
Mijares de Covarrubias.
Para mayores informes, se puede llamar a los teléfonos:
43 00 80 (Prepa l); 44 56 02 (Prepa 3); 48 28 15 (Prepa 9) y
52 69 01 (Prepa 16).

• ~ .

:, ¾,;, .

Dejo Modagor a las muchachas
de platino.
¿Era una noche mogrebina? Era también la Noche, nuestra
noche joaliana,
La inefable noche anterior a nuestro nacimiento: tú te peinabas ante el espejo de mis ojos.
Con angustia descansábamos a la sombra de nuestro secreto,
Esa angustia de la espera que hacía estremecer tus narices.
¿Te acuerdas de aquel rumor de paz? Desde la baja ciudad,
ola a ola,
Venía a romper a nuestros pies. Un faro lejano brillaba a mi
derecha.
A la izquierda, junto a mi corazón, la extrafia inmovilidad de
tus ojos.
¡Ah, aquellos súbitos relámpagos en la noche invernal! - Yo
podía leer tu rostro
Y bebía tu terrible rostro a grandes, sedientos tragos que
aumentaban mi sed.
Y en mi corazón sorprendido, en mi corazón de silencio indominable,
:
Aquella ráfaga de ladridos lejanos que estallaban como, granadas.
Después, aquel crujido dorado de la arena, aquel latido palpebral en las hojas.
Guardias negros, dioses gigantes del Paraíso, pasaban; mariposas nocturnas, rostros lunares
Se apoyaban suavemente en sus brazos - su dicha era nuestra
quemadura.
Les oíamos latir, allá cerca de Fadyutt, escuchando nuestros
corazones,
Oíamos estremecerse la tierra bajo los pies vencedores de los
atletas,

¿Era una noche mogrebina? -

La voz de la Amada cantaba el esplendor tenebroso del.Ama-

do.
Y nosotros no nos atrevíamos a mover nuestras manos tem-

blorosas, y nuestros labios se abrían y se cerraban,
¡Si el águila se arrojase de pronto sobre nuestros pechos con
un salvaje grito de cometa ... !
Pero la corriente, irresistible, me arrastraba hacia el horrible
canto de los escollos y de tus ojos.
Existirán para nosotros otras noches, Sopé: volverás a este
banco de sombra,
Serás la misma siempre y serás también distinta.
Pero, ¿qué importa? A través de tus metamorfosis, yo adoraré
el rostro de Koumba Tám .

":-

f

: ~;:,

(para dos flautas y un tam-tam lejano)

~~:f

:·' :=-.~~~i::. ..
GUARDIA A ALFONSO REYES, EN SU 860. NATALICIO
EL 17 DE MAYO, EN CIUDAD UNIVEJtSITARIA

de Ezequiel suicida
por

JUAN JOSÉ GARCÍA GÓMEZ

IV

En el orden de costumbre, Arq. Gerardo Martinez Ca-

rrillo, Lic. Miguel Covarrubias, Dra. Silvia Mijares, Sra. Mireya Ortiz, Dr. Agustín Basave, Profr. Pedro Cantú Chapa,
Profr. Jesús Iruegas,. Sr. Boney Collins, Lic. Jorge Pedraza,
Lic. Jesús Lozano Díaz, C. P. Alejandro Belden, Dr. Luis E.
Todd, Lic. Raúl Rangel Frías, Lic. Tomás González, Lic. Juan
Roberto Zavala, Lic. Germán Cisneros.

Hojas de
cultura
Redactores:
Maestros /

LICENCIADA LUCILA GARZA DE REYES; ARQUITECTO
DJONISW HERNÁNDEZ ESCOBAR; PROFESOR SERGIO ANTONIO
ESCAMILLA TRISTÁN.
Alumnos / JOSÉ LUIS ZAPATA DÁVILA; MATfAs LOZANO; MAlt·
car.. MARTÍNEZ.

Por eso,
porque el peligro está dentro de la esencia
y no en los brazos del mundo
ni en la mueca que miente absoluciones;
porque se nutre debajo de la piel
en cada sonrisa que atrevemos
e en cada palabra que no llega al blanco;
porque se acurruca entre las notas
de la canción que viene p€&gt;r la radio
y vive protegido por los ángeles
que no han sentido la atracción del cuerpo
ni el lastre de una raza,
por eso es que ahora digo:
hay que llegar a la semilla,
a la fuente recóndita del miedo
para allí destruirlo con nuestras manos;
hay que hacerle probl,ar su propio hechizo
para que mejor comprenda el sentimiento;
hay que llegar al fondo del misterio
que hay dentro de cada uno de nosotros,
los que vamos silencios;
hay que romper la burda imitación que quiere,
imitando, negarse;
hay que comer de la manzana adánica
y escupir la semilla junto al río.
Hay que apresar al miedo. Hay que
apresar al miedo.
Y es inútil jurar que no lo conocemos,
que nunca ha acompafiado nuestra ronda
o jamás ha bebido de los labios
que rozan nuestros labios,
porque el miedo está aquí, sentado en las rodillas,
viviendo por nosotros
los que vamos corriendo hacia el escape.

X

Yo no sé para qué digo estas cosas
si nadie ha de entenderme.
Si yo mismo
a fuerza de escribir 'azul y bello, atardecer y amor',
no sé qué significan las palabras
ni si hay utilidad en las causas inútiles.
Pero
y si cerramos la puerta a ta esperanza,
¿quién vendrá a desvelamos
cuando todas las noches sean tan largas
que parezcan haberse tragado las mafianas;
si en lugar de esperar el sol
tapiamos todas las ventanas
y nos quedamos dentro de lo obscuro
temblando
a cada paso?
Yo no sé si es absurdo devanar la madeja
de lo que se me enreda en la garganta
1uchando por salir
para buscar albergue en otros labios.
Pero comprendo que tengo que decirlo
~rnnque sea inútil,
aunque
se rompa el agua,
porque estoy frente a Dios y frente a mi.

1

�•

cine

El bebé de Rosemary
por

RICARDO MARTÍNEZ

El bebé de Rosemary, con Mia Farrow y John Cassavetes en

los papeles principales, dirección de Roman Polanski y guión
de él mismo, basada en la novela " La Semilla del Diablo" de
Ira Levin.
Roman Polanski, director cinematográfico polaco, nació
en 1933. En 1962, y tras acertados ensayos en cortometrajes,
se dio a conocer a un amplio público internacional con El
Cuchillo en el agua, (recientemente e x h i b i d a en el Cineclub universitario). Ha dirigid o tambiénRepulsión (1965)
y Cul-de-Sac (1966). Los asesinos de vampiros (La danza de
fos vampiros) y El bebé de Rosemary suponen ya su incorpo-

ración a la industria cinematográfica estadounidense. Su última película, Chinatown, obtuvo el presente año el Osear al
mejor guión cinematográfico, guión que no es de Polanski, sino de Robert Towne.
La acción de El bebé de Rosemary transcurre durante
los afios de 1965-66, en Nueva York; principalmente en un
viejo edificio de apartamentos que, desde antes de ser dividido con tal fin, se ha ganado fama como vivienda de hechiceros, puesto que lo han habitado primero las hermanas Trench,
devoradoras de nifios; luego los brujos Keneddy y por último
Marcato, asesinado por la gente del barrio en el vestíbulo del
edificio como consecuencia de sus prácticas de hechicería.
Los esposos Castevet, Roman y Minnie, viven ahí. Pertenecen a una secta de brujos y tienen, como miembros de ella,
la misión de conseguir a la mujer que deberá traer al mundo
al hijo hombre de Satanás.
Tras una primera tentativa que fracasa (Terry, la narcómana recogida por ellos, se suicida), hacen un arreglo con
Guy Woodhouse (John Cassavetes), vecino nuevo en el edificio y actor fracasado. Ellos, mediante maleficios, le conseguirán el éxito en su carrera; él les permitirá que utilicen a
su esposa, Rosemary (Mia Farrow), para la consecución de

el objeto y tnétodo de
estudio de la ciencia
por

SERGIO ANTONIO ESCAMILLA TRISTÁN

El hombre, por medio del conocimiento e investigación cien-

tifica, trata de modificar un universo establecido para adaptarlo a las necesidades propias de un ente en perpetuo desarrollo como es él. Sin embargo, no todo conocimiento o investigación cienttfica parte de un anMisis de la realidad ob-

jetiva; es decir, algunas ciencias toman como objeto de estucuestiones concretas, ya sea de la naturaleza, de la socie-

dio

sus propósitos.
Ni Rosemary (que es narcotizada para la ceremonia
rnacabra que ella y Satanás protagonizan) ni el espectador
conocen lo que ha ocurrido. La verdad se va revelando poco
a poco, a medida que se encuentran soluciones para los enigmas planteados a través del film, manteniéndose de esta manera una tensión constante durante toda la película.
Primero descubre Rosemary que Roman es realmente
Steven, el hijo desaparecido de Marcato; luego la conexión de
su marido con los vecinos, que ella supone quieren a su hijo
para alguna de sus prácticas maléficas; después la pertenencia del doctor Sapirstein, su médico, al grupo diabólico; y finalm,ente el hecho que lo explica todo: durante el embarazo
ha llevado en su seno la semilla del diablo. Pero el bebé (que,
a decir de la secta, inicia con su nacimiento una nueva era,
el reinado del mal, poniendo fin a la era cristiana) es también
su hijo: no puede evitar quererlo y decide hacerse cargo de
él.
Polanski expone un tipo diferente de personaje diabólico. Los brujos de esta historia son también y al mismo tiempo gente común en sus demás actividades, simpáticos ancianos con una cierta inocencia o ingenuidad que resultan atractivas y que se manifiestan en su alegría explosiva al enterarse de que el embarazo de Rosemary es un hecho, en sus cuidados meticulosos para con ella, en sus peleas entre sí por el
honor de atender' al bebé, en su pueril orgullo de ser ellos los
elegidos para tan grande acontecimiento. Y no se trata aquí,
como en las clásicas peliculas de horror, de una máscara tras
la que escondan su verdadero carácter monstruoso, sino que
ésta, aunque contradictoria, es su personalidad real: el doctor
Sapirstein es realmente un profesionista de experiencia y como tal, una persona atenta, aunque algo socarrón por el continuo trato con pacientes indóciles e intransigente en lo que
respecta al cumplimiento de sus indicaciones; el hecho de ser
brujas no les quita a Minnie lo estrafalaria y ridícula ni a Laura-Louise lo anif'lada, torpe y asustadiza; Roman, algo presuntuoso, gusta hablar de su experiencia de la vida, de los
lugares por los que ha viajado y las personalidades que ha
conocido.
Frente a todos ellos, resulta más perversa la actitud de
Guy, más reprobable su maldad nada diabólica sino perfecta y totalmente humana.
dad de donde emergen, pero existen otras como la Lógica y
la Matemática que toman como punto de partida, y de desarrollo, objetos abstractos --como el m1mero-- que nada tienen que ver con la realidad, aun cuando pueda establecerse
una relación entre estos entes abstractos y realidades objetivas. Tal es el procedimiento de la Física, Química, Economía, etc., que los utilizan para reconstruir en forma precisa,
los hechos que son objeto de su estudio.
Sin embargo, esta relación --entre los entes abstracto&amp;
y las realidades objetivas- obviamente no es una propiedad
de aquéllos.
Esta gran división -en cuanto a los objetivos de estudio-- es muy importante, ya que el método que se utiliza para verificar las verdades pro_p,._.,,tas -hipótesis- es también
diferente.
En las ciencias formales (Lógica y Matemática) basta

termina por imponerse, triunfando fatalmente. Pero mientras
que en las dos primeras peHculas se trata de una maldad fantástica y sobrehumana, tolerable por graciosa o inocentemente perversa; en Chinatown tenemos el caso de la maldad
total, francamente humana, y con la que no es posible, de
ninguna manera, simpatizar.
con tener una coherencia lógica con respecto a los postulados
iniciales (axiomas) para considerar un resultado nuevo como
verdadero; es decir, el razonamiento es puramente deductivo.
En las ciencias que parten de realidades objetivas, el
proceso es totalmente diferente, ya que ellas inician su estudio en el análisis de sucesos y hechos concretos para tratar
de esbozar conclusiones generalizadas, pero que tienen que
comprobarse con otros procedimientos como la experimentación, para "verificar" su posible validez; o sea que su metodología es inductiva. Pero como la experimentación no es finita, cabe la posibilidad de probar, en lo· posterior, la calidad
de los resultados obtenidos, cosa que por otro lado no sucede en las ciencias formales, ya que una demostración -ya
sea de un teorema, corolario, lema, etc.- es completa y terminal, mientras que una verifcación -experimentación- es
incompleta y por lo tanto temporal.
Por todo lo anterior, podemos concluir que las ciencias
formales dejan sus objetos de estudio terminados en cuanto
a demostración, para partir de ahí y seguir su desarrllo, mientras que los demás inducen al homl»'e a proseguir en su estudio de un mundo que le ofrece perspectivas --en cuanto a conocimientos e investigaciones cientificas- inagotables y que
lf' garantiza un perpetuo desarrollo.

ASISTE AL TEATRO UNIVERSITARIO
INFORMATE DE LA PROGRAMACION
DEPARTAMENTO DE ~TENSION
UNIVERSITARIA

los libros
FRANCISCO TARIO, Una violeta de. más,
MORTIZ (SERIE DEL VOLADOR)t MÉXICO,

Lo mismo ocurre si comparamos El bebé de Rosemary,
La danza de los vampiros y Cihnatown. En e 11 a s el mal

lA. ED.,
1971.

ED. JOAQufN

Agrada y sorprende, enterarse de ciertas cualidades que algunas personas poseen; la invasión de diversos campos, disímbolos -pudiera decirse) y comprobar que no les es ajeno el medio en que se desarrollan, nos desconcierta. El caso
de Francisco Tario, a quien presentan como futbolista profesional, ayudante de astrónomo, pianista disciplinado, explorador de fantasmas --actividad que vemos se halla manejada
al renglón de especialidad- cubre la observación referida.
El autor, en este texto -Una violeta de más--, nos lleva como Virgilio a Dante, a la contemplación de escenarios
sorprendentes a diferencia de que mientras en aquellos todo
es paisaje, en estos predomina la metamorfosis de sus personajes.
Como si estuviésemos ante los lienzos de Baldung Grien
-rubias desnudas de deslumbrante belleza, unidas a esqueletos en apasionado abrazo-- asi nos deja impresa el autor la
sensación, al seguirlo en la mayoría de sus relatos que componen el volumen.
"El mico" es el primero en su orden de aparición; constituye una narración donde el autor transluce la habilidad para conjugar mito y realidad al unisono, lo congruente e incongruente combinados hasta confundimos, y atrapamos en esa
agradable sensación lógico-ilógica, que nos invade de una satisfacción desconocida. Situaciones impropias, absurdas, incoherentes, combinadas con actitudes normales, aparecen en este y varios más de los relatos que Tario maneja en magnifica
forma.
Para no destruir el desconocido encanto de- estas narraciones, anticipándole al lector sus contenidos, mencionaré sólo al azar una de las que se localizan en la parte media del
texto, que se titula "Fuera de programa". Este mágico relato en donde una bella adolescente que pertenece a una acauda-

lada familia es agraciada en todos sus caprichos, de los cuales uno de ellos, CQn&amp;iste en dispensarle atenciones extralimites a un hermoso caballo, al grado de ocupar asiento reservado entre la concurrencia en las fiestas que la pródiga familia
ofrecía con diversa frecuencia, a más del escenario -propio
de la decadencia romana presidida por Calfgula- sorprende
la maestría del autor para crear la metamorfosis de la protagonista en una magnifica combinación de ficción-f)Oesfa, que
obliga al lector a incorporarse al encantado final de este relato, acompaf\ando a Tario en su etérea imaginación.
El \lltimo de sus relatos -"Entre tus dedos helados"nos parece magnífico, asombroso, extraordinario como cierre
final de las narraciones en donde parece localizarse la llave
de toda obra, en la que el autor quisiera gritarnos la necesidad que tuvo de elaborar todo este bell[simo co~junto de relatos.
CÉSAR TIJERINA TORRES

JOSÉ ANGEL GUTIÉRREZ, A gringo manual, (ON BOW TO BANDLE
MEXlCA.~S), lA. ED., WINTERGARDEN PUBLISHING HOUSE, CRYSTAL
CITY, TEXAS, 1973, 186 PP.

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◄

De Crystal City, Texas: A gringo manual de José Angel
Gutiérrez, en donde se instruye al chicano sobre las trampas
-tricks-, legales, ilegales y legaloides, que el gringo le hace para anularlo políticamente.
Escrito en forma bilingüe: inglés y un espafiol muy característico, su enfoque es decididamente de izquierda, y seflala líneas que van acordes con la organización política RUP
(Raza Unida Party), de la que Gutiérrez es presidente y fundador.
Crystal City es un pueblo situado cerca de la frontera mexicana de Piedras Negras en donde hace algunos af\os se inició
un movimiento organizado, que poco a poco ha ido adquiriendo fuerza, vertebrado por una política de constante golpeo a las acciones del gringo, y al mismo tiempo de beneficio, hay ya bastantes hechos, a la mayoría de los mexicoamericanos de Texas. RUP tiene el control de la ciudad y ha
desarrollado notalJles obras de beneficio colectivo: rehabilitación de viviendas, ayuda a emigrantes y televisión educativa
entre otras.
Por lo pronto, la coexistencia forzosa, en un medio hostil al chicano, con el yanqui, parece ser la línea polftica que
sale adelante, al menos en Texas. La realidad demuestra que
mal les va a los ultras, desesperados en destruir rápidamente
el orden social.
A gringo manual desenmascara con gran conocimiento
de la situación polftica, trampas y enredos, en que -gracias
a él- empiezan a no caer más los chicanos.
Graduado en Texas A &amp; I University y St. Mary's University, José Angel (iutiérrez se consagra de lleno a su tarea como diri~ente, y lo hace -nos consta- con una valentía y
una integridad ejemplares. Es además uno de los fundadoresde la organización MAYO (Mexican American Youth Organization), y de Ciudadanos Unidos de Cristal, que dio vida al
Raza Unida Party. Autor, adetnás de: El politlco.
ALFONSO REYES MARTÍNEZ

2

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                    <text>Hojas de cultura. Hojas de cultura. Hojas
de cultura. Hojas de c
ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA PREPARATORIA NÚM.

16,

NOCTURNA

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 6 / AGOSTO DE 1975 / SAN NICOLÁS DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

notas notas notas

Carlos Fuentes.· la búsqueda de la
identidad en Todos los gatos son pardos
por

ALFONSO REYES l\IARTÍNEZ

INICIACIÓN DE CURSOS

Regreso a clases. Nuestra escuela reinicia sus actividades en este día 25 de agosto de 1975.
El acontecimiento es doblemente feliz: se celebra el reencuentro con los viejos amigos y el advenimiento de los nuev?s• Y se inaugura otro ciclo laboral en esta preparatoria, nacida apenas hace un año entre promisorios auspicios.
Al dar la bienvenida a los estudiantes y profesores, este
órgano editorial hace una respetuosa invitación al trabajo comedido y entusiasta, en el propósito común de conseguir que
nuestra escuela sea un equipo académico armónico y brillante.
Meta ambiciosa, pero posible, si se tiene presente que el quehacer nuestro sólo puede cumplirse con disciplinas de traba•
jo, con la curiosidad de quien sabe que ignora y con la afición a ]a más fructuosa actividad del espíritu -la que Valéry Larbaud ll amaba "el vicio impune"- : la lectura, el estudio constante.
Bienvenidos.
ANTEPROYECTO DE NUESTRO EDIFICIO

El lunes 18 del corriente mes, el Departamento de Cons-

,/

trucción de Obras \luevas, de la Universidad Autónoma de
Nuevo León, presentó a la Dirección de este plantel el anteproyecto del edificio que, ptóximamente, habrá de ser la nue•
,·a sede de nuestra preparatoria.
Se espera que en el curso de la presente semana sea terminado el proyecto definitivo, para convocar, en breve, al concurso de construcción de la obra.
El proyecto de marras deberá de contener, aparte de los
elementos necesarios, instalaciones especiales adecuadas a los
nuevos sistemas de enseñanza.
El edificio se levantará en un predio ubicado en el fraccionamiento Iturbide, de San Nicolás de los Garza, N. L., cedido por el ayuntamiento de dicho municipio, para cuyos efectos han sido ya otorgada la autorización del Congreso del Estado y cumplidos los trámites correspondientes.
Según cálculos, el nuevo local será puesto en servicio a
partir del próximo semestre.
ARTE CLUB UNIVERSITARIO

En plena actividad se encuentra el Arte C]ub Universitario, organización de fines artísticos creada b9.io el patrocinio
de ]a Preparatoria número 16 y el Taller de Artes Plásticas
de la UANL
E l organismo, cuya primera etapa se inició el primero de
jnlio del año en curso, está integrado por dos profesores y dos
alumnos &lt;lel TAP, y veinticinco socios -docentes y alumnos- de esta prevaratoria.
Se harán grabados a color, enmarcados y firmados por
los autores, con un costo global de mil pesos, pagaderos a
cuatro meses ( $250.00 por mes), y los beneficios económico.;;
que resulten se distribuirán equitativamente entre el artista, el
T AP y la preparatoria.
Los socios habrán de recibir cuatro grabados distintos y
al cierre de esta entrega habían sido presentados ya los primeros dos, corr&lt;-"spondientes a los señores Cerardo Dávila y Jesús García Barragán, alumno y maestro, respectivamente, d&lt;~l
Taller de Artes PJ ásticas.
Seguramente, el desarrollo de estas actividades contribuirá, en buena medida. a la divulgación del arte pictórico en esta
escuela.
CINE CLUB UNIVERSITARIO

El Cine Club de la Universidad reemprende sus actividades, suspendidas desde hace tiempo a causa de las obras de
restauración del Aula Magna, sala central de proyección.
Para el efecto se han programado cuatro magníficos filmes extranjeros, que habrán de exhibirse en las siguientes fe.
e-has : 24 de agosto, En manos del destino, alemana; 31 de
agosto, La cortina rasgada, norteamericana; 7 de septiembre,
Marnie, &lt;le Alfred Hitchcock; y el 14, de septiembre, La muerte toca la puerta, del prestigiado director estadounidense Curtís H arrington.
EXPOSICIÓN PICTÓRICA

El Taller de Artes Plásticas de la UANL festejó la apertura de cursos, el lunes 18 de agosto, con la exposición de
1a obra pictórica de Juan Alberto Mancilla Gallardo, artista
egresado del T AP.
La exposición permanecerá durante quince días en la
Galería de Arte de la Universidad, ubicada en las calles de
Washington oriente, número 542.

"Fn Tlatelolco asesinó Moctezuma a los soñadores.
En Tlatelolco asesinó Alvarado a los cantantes . .. "
1

LA LITERATURA hispanoamericana ha sufrido cambios muy importantes a partir de los años cihcuenta. Hay un nuevo enfoque
de la realidad en una sociedad más compleja, más mecanizada.
El ya antiguo binomio escritor-pueblo, y el todavía más antiguo
escritor-naturaleza, que por tantos años se posesionó de nuestros novelistas, es hoy visto como una actitud simple, provinciana, en donde se testimonian los hechos unívocamente: el héroe
y el bandolero, la naturaleza indómita que vence al hombre, etcétera.
A distancia, podemos ver que esta univocidad es producto de una falta de identidad en Hispanoamérica que nos llega
desde nuestras raíces. La Colonia es suplantada por nuevos con•
quistadores, que se esconden tras la máscara de los nuevos dictadores. Pocos cambios. Los pueblos permanecen callados,
amorfos, encerrados, sin una voz verdadera. España ayer, hoy
los Estados Unidos.

Al surgir el escritor hispanoamericano actual desde una
postura crítica, inteligente, analiza, destruye la perspectiva uni•
ca, crea la ambigüedad, abre posibilidades ilimitadas dentro de
la complejidad en la que estamos envueltos. Inicia un " ... tránsito de la tipicidad a la individualidad y de las disyuntivas épicas a la complejidad dia~éctir--a,--,
señ~la Carlos Fuentes en
su libro La nueva novela hispanoclmericana, y continúa: " ... una
profanación que dé voz a cuatro siglos de lenguaje secuestrado,
marginal, desconocido ...
11

,

11

•

El escritor nuevo se sustenta en el mito: enriquecedor de
realidad, apoyatura para dar luz en el conocimiento de las si·
tuaciones actuales. Tiempo y espacio pueden ser movidos ha•
cia el pasado, hacia el futuro, hacia el presente, para definir al
hombre, que hoy se enfrenta a un futuro incierto desde un pre•
sente de vasallaje a sus nuevos conquistadores.
Carlos Fuentes pertenece a esta generación de nuevos escritores que ha destruido los viejos cánones de la literatura hispanoamericana. Su obra es un análisis profundo de los proble•
mas de nuestro tiempo, y ha incorporado las nuevas tendencias
de la novelística actual. Un nuevo lenguaje.
2

EL TEATRO épico, a diferencia del teatro tradicional, toma un
hecho histórico -objeto de análisis-, y crea entre el espectador y la obra un distanciamiento que permite establecer juicios
críticos. El hombre es un ser mutable y modificador. El hom·
bre es objeto de indagación. Carlos Fuentes ha escrito Todos
los gatos son pardos, México, Siglo xxi Editores, 1970), su segunda obra de teatro dentro de una ya vasta obra novelística,
tomando la Conquista para plantear un problema del mexicano
actual: la falta de identidad. A partir de la relación conquista•
dores-conquistados, se interna en su búsqueda. Un hombre poderoso, un rey: Moctezuma, frente a un hombre que posee voluntad y ambición: Hernán Cortés. Dos imperios desconocidos
entre sí, y la destrucción de una cultura que no tuvo posibilidad
de comparar, de criticarse; en espera de un dios que habría de
volver: Quetzalcóatl, la serpiente emplumada, el dios bueno, ins•
tr uctor en las artes, el cu ltivo del maíz, el tejido y la tintura de
algodón. Mito, máscara que esconde el rostro desconocido de
lo eterno; a cuya sombra el indígena se niega a abrirse a la libertad, al rescate de su propia esencia y capacidad para afrontar el futuro. Pero sólo una máscara, reconocida, añorada, que
aún no llega.
Al arribar los españoles, el mundo indígena se apoyaba en
una sólida estructura religiosa y en una rigida estructura política. El vasallaje se extendía por todos los pueblos del Valle de
México y el sacrificio humano era impuesto para aplacar la ira
de los dioses. La vida, entonces, se sometía a los designios de
éstos, y la visión del mundo sólo tenía sentido a través de los
mismos. El mito de Quetzalcóatl se alza como generador de
a! ientos, como sustento para afrontar los días, para anteponerlo a la catástrofe y gozar un poco más de vida sobre la tierra.
Escrito estaba que volvería y Moctezuma -Gran Tlatoani de
México-, al darse cuenta del desembarco de los españoles, di·
ce a Cihuacóatl, el sacerdote: "Ese capitán es Quetzalcóatl; debe serlo. De lo contrario, quebrantarías las mágicas razones de
nuestra religión .. . y a mí, me condenarías a la locura". (p. 94).

Cortés, sin saberlo, al llegar toma el sitio del dios. Le son
ofrendadas las riquezas del reino. Lo demás, sobra explicarlo,
y sin embargo, la Conquista se nos aparece como un hecho brutal, sanguinario, de cuyo trauma aún no salimos.
Miguel León Portilla ha reunido en un volumen lo que él
tituló Visión de los vencidos, (México, UNAM, 1959), y que contiene la versión anónima del vencido en esa gesta dolorosa. Bello libro, imprescindible para la comprensión de México. Carlos
Fuentes ha recogido de éste citas textuales, que en la técnica
utilizada en Todos los gatos son pardos, aparecen como "collages", es decir, elementos tomados de algo ya hecho, para darles una función distinta. La obra de Fuentes se nutre, para ex·
plicar los puntos álgidos de la Conquista e incorporarlos al Mé·
xico actual, de estas versiones anónimas. El coro de augures
que aparece casi al final, al morir Moctezuma, es ejemplo que
ilustra claramente cómo se utiliza el "collage". Este canto triste, profundamente triste y hermoso, recuerda la matanza de
Tlatelolco, y 1968:
CORO DE AUGURES
¿Adónde vamos?, ¡oh amigos!,
el humo se está levantando: la niebla se está
oxlondiende ...
Llorad, amigos:
gusanos pululan por calles y plazas,
y en las paredes están salpicados los sesos.
Rojas está n las aguas.
Se nos puso precio.
Precio del joven, del sacerdote,
del niño y de la doncella.
Llorad, llorad,
tened entendido que con estos hechos
hemos perdido la nación azteca.
(Ms. Anónimo de Tlatelolco, 1528. Bibl. Nacional de París.)
Tlatelolco será siempre el lugar del crimen. Tlatelolco,
" ... donde el aire no cicatriza nunca". Tiempo cíclico que se
cumple de nuevo.
Moctezuma, el rey, asume su papel con desesperación y miedo. Titubea. Ve venir la catástrofe, seña final de su derrota.
Los dioses viejos huyen ensangrentados y el nuevo llega también manchado de sangre. Cortés es también un hombre desamparado. Su voz es el recuerdo y en su soledad reclama la gloria de su conquista. Pero es un hombre "que ganó un imperio
para entregárselo a otro. . . víctima de dos poderes: el derrotado y el victorioso ... " (p. 185).
Moctezuma y Cortés tienen un mismo destino. La violencia que éste último desata frente al reino azteca, no tiene la posibilidad de trascender los muros de una ciudad por él soñada,
como tampoco la tienen las ofrendas y la magia de Moctezuma,
que se estrellan en la férrea coraza del castellano. Eso, a nuestros ojos, los junta y los hermana.
3

QUETZALCOATL no regresa. Sus usurpadores nos dominan. Hay
aquí una zanja entre hombres y dioses: dos mundos que el mexicano no puede unir. Se miran, se respetan, inmóviles, transportados en un tiempo cíclico que se cumple: el hijo de MalintzinMarina-Malinche, deambula y espera, oye la voz de su madre, voz
de la sangre, voz de la tristeza:
" ... sabrás esperar, esperar, esperar como nuestros ancestros
esperaron la llegada del dios Quetzalcóatl, el dios que huyó espantado de su propio rostro para que tu propio rostro espantable, hijo mío, apareciese con los rasgos de la niebla y el jade,
con la máscara del polvo y el llanto ... " (p. 175).
Y adoramos a Tezcatlipoca, el del espejo 11umeante, el de
la muerte, y a Huitzilopochtli, el de la guerra. Ellos no se fueron -dioses no vencidos, transformados.
Fuentes ha tocado el centro de nuestro problema: la identidad será cuando rescatemos la libertad personal que un día asesinaron en Tlatelolco, la plaza, sí, de las tres culturas.

PARA VENCER A SUPERMÁN

Es simple. Desafíesele a escribir un poema.
ABRAHAM NUNCIO

1

�...

textos

LA LECTURA
por MATÍAS LOZANO

por ABRAHAM NUNCIO

ANTES DE COMENZAR a leer algo, se determina el objeto que se
persigue, y a continuación se hace una pequeña exploración de
lo que se pretende leer.
La técnica de la prelectura:

PARA MOSTRARSE COMPLACIENTE SIN FALTA*

Artículos de revistas.
a) Se lee el título y los subtítulos explicatorios.
b) Se ve el nombre del autor.
c) Se ven las ilustraciones y se leen los pies de los mismos.
d) Se lee lo escrito en letras negrillas o cursivas.

,.. Tomada. de una. oa.ncloncllla. alemana. con seflora y cuenta hasta tres, elementos
que como puede verse ha.n sido excluidos de esta W1·mula..

A continuación, léanse los primeros párrafos, ya que en
ellos está el enfoque que el autor hace del tema. Una vez hecho esto, léa nse las pri meras frases de los párrafos siguientes,
Y después léanse e l final del artículo donde el autor da sus conclusiones.

El arma no importa, puede ser un yatagán o una lectura con•
densada. La atención debe fijarse en interesarle los órga•
nos vitales y en 1.o firme del jalón, que además tiene que ser
inescrupuloso y puntual.

l.

2.

Freír patatas. Freír tocino. Desaparecer.

PARA MATAR EL TIEMPO

•
'

Informes de negocios.

Se !ee el _encabezado, se hojean los cuadros estadísticos para ver s1 son importantes o no; si no lo son, pueden pasa rse por
alto.

•

. f (

2.

Periódicos.

Leer encabezados y subtítulos. Los hechos más importantes están en las primeras frases, en el resumen inicial del primer párrafo.
Existen tres clases de lectores:
. a) Lector tipo motor: aquel que forma palabras con los labios como si estuviera leyendo en voz alta. Es el más lento.
b) Lector auditivo: aunque no se mueven sus labios "oye"
con su '_'oído mental". Aunque este tipo de lector puede leer
más rápidamente todavía tiene dificultad para alcanzar un ritmo más rápido.
_c) ~ector visual: este lector ha ajustado perfectamente la
relac1ó~ v1sta-m~nte. Los ojos son cámaras fotográficas que llevan_ l_a imagen (idea), a la mente, sin ayuda del oído ni de la fo.
nac,on.
Para poder ser un lector visual, s i no lo somos, hay que
comenzar con la lectura por frases. Para esto no hay que detenerse en cada palabra, sino hacerlo cada 4 ó 5; es decir, saltar
de un lado a otro del renglón tratando de captar en cada alto
el mayor número de palabras.
Otra cosa muy importante para aumentar la rapidez en la
lectura, es la concentración. Si no se está concentrado al leer
n? se o~tendrá nada de la lectura y parecerá como si no se hu'.
b1era leido.
Cuando se dispone uno a leer, hay que olvidarse de todo y
poner atención en lo que tenemos enfrente. Leer con todos
nuestros sentidos fijos en la lectura nos proporcionará mayores
fru~os, pue~ además de que se leerá más rápido, retendremos
me1or lo leido.
Algunas veces estamos buscando algo determinado. Hay
que establecer el fin que se persigue al iniciar una lectura.
Hay que acostumbr~r la vista a saltar por la página y escoger las que son importantes, a reconocerlas y entenderlas. Esto
se puede hacer mediante un ejercicio. Póngase un lápiz en el
centro de la página, fíjese al principio la vista dos veces en cada_ linea una a la derecha y otra a la izquierda, y así se descubrirá qué es lo más importante; después de un tiempo, los ojos
se acostumbrarán a saltar de linea a línea y a captar lo mejor
posible el contenido del a rtículo.
Otro problema que impide adquirir velocidad, es el vocabulario. Si se desconocen algunas palabras, inmediatamente esto nos frenará . En el caso de revistas técnicas, la terminología
empleada no permite leer a gran velocidad, si no se está familiarizado con ésta.
Con un poco de práctica se puede comenzar a introducir
nuevas palabras a nuestro vocabulario y así facilitar la lectura.
También es importante saber ajustar el ritmo de lectura.
No se puede leer a igual velocidad un periódico o un reporte
que servirá para informar exclusivamente, que una obra literaria. Es por eso que se debe conocer qué tipo de lectura se tiene para poder leerla más o menos rápido según sea el caso. Esto es importante, ya que e n estos tiempos de grandes avances
tecnológicos, se hace cada vez más necesario el estar al día.
Lo que era la última novedad ayer ya no lo es más ahora. Lo
que hoy leemos en las revistas especializadas tarda meses en
aparecer en un libro, y quizás años o nunca llegue a publicarse
en Español.

.

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.,. .

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~ ,:r;~. \ -...~.~·,~1
~~):~•, ~

PARA REPRESTIGIAR A LA CIENCIA

Cuando le digan, señora, cuando le cuenten que la Lun a es
de queso, conteste tajante que usted ha visto por la televisión
que es de una susbtancia mucho más seria.

la filosofía: una forma de
interpretar la realida~
por RICARDO l\IARTINEZ

( El siguiente texto fue tomado de las fichas que se han
elaborado en la Preparatoria, con miras a la aplicación del Sistema de Enseñanza Individualizada, SEi,
en la materia Problemas Filosóficos.)
El hombre se encuentra sumergido en un universo del
cual él mismo forma parte. Como ser consciente se da cuenta
del mundo que lo rodea: lo refleja ert su conciencia; lo inter•
preta, le bur;;ca un sentido, una explicación.
El hombre puede interpretar la realidad del mundo de muy
diYersas maneras. Entre esas formas de interpretación de la
realidad se encuentran las que nos proporcionan la religión,
las ciencias, el arte y la filosofía.
L \ REI IGJO:\ inlerpreta el universo tomando como base
la existencia del ser suprahumano, infinito y eterno, que es
Dios. Todo queda explicado en el mundo por la existencia
de Dios: qué es el hombre, cuál fue su origen, qué finalidad
tiene su vida, hacia dónde se dirige. Los por qué del hombre
y del mundo quedan nclarados «i aceptamos la f'xistencia de
1
Dios que la religión propone.
La interpretación que la religión hace del mundo es subjeth-a, en tanto que las verdades que propaga no son coro•
probables, sino que son cuestiones de fe.
L -\S CIENCIAS naturales y las ciencias humanas nos
dan respectivamente una interpretación del mundo y del hombre; pero para eso los fragmentan, los dividen en secciones.
Cada ciencia particular se encarga de cada una de esas secciones y sus explicaciones nos sirven solamente para comprender esa parle de la realidad y no las demás. Así por ejemp lo la Botánica nos da razón de los vegetales y sólo d e ellos ;
la Mecánica nos explica nada mas los fenómenos que que·
dan incluidos en su campo de estudio; la Anatomía Humana nos describe la estructura de los elementos que constituyen el cuerpo del hombre, pero no la función que tienen
dichos elementos anatómicos, lo cual corresponde a otra cien•
cia, la Fisiología; las Ciencias Sociales estudian al hombre
desde un punto de vista particular, el de las relaciones que
mantiene con otros hombres; etc. Lo que una ciencia nos
dice tiene valor para el objeto que dicha ciencia estudia y
nada más. Las leyes que ha descubierto la Física, por ejemp.lo, 110 nos sirven si queremos explicar con ellas los fenóme•
nos biológicos o los químicos; estos otros fenómenos son re•
gidos por leyes diferentes, que son estudiadas por otras cien•
cias.
La interpretación que de su objeto nos da una ciencia es
objetiva. Esto significa que los investigadores científicos consideran únicamente lo que las cosas son en sí mismas, haciendo a un lado la subjetividad: las suposiciones ( que sólo
pueden intervenir en cuanto hipótesis con más o menos pro•
habilidades de verdad), los deseos, los sentimientos, las es-

peranzas, etc. Por ser objetivos los conocimientos científicos
pueden ser verificados por cualquiera, ya que no intervienen para nada en esa verificación las opiniones o puntos de
vista personales, ni la mayor o menor sensibilidad espiritual
que tenga cada quien. Los conocimient6s científicos tienen su
origen en la actividad práctica del hombre y su veracidad se
comprueba también en la práctica: en la experimentación y
en 1a transformación del mundo que el hombre realiza par•
tiendo de la base que le proporcionan dichos conocimientos.
En EL \RTE podemos encontrar también una interpretación de la realidad. Se trata aquí de una interpretación especial, no objetiva sino fundamentalmente subjetiva. El artista nos da su visión personal del mundo, lo describe a través
de su propia subjetividad. Y como no hay dos subjetividades
idénticas no hay, ni puede h aber, dos obras de arte iguales.
El mismo tema ( el amor, los celos, el horror &lt;le la guerra, la
injusticia, etc.) puede ser tratado por infinidad de artistas y
cada uno de ello&lt;s nos dará una aportación especial, diferente
de las anteriores. El arte nos proporciona una visión menos
particularizada que la de las ciencias, más lotaHzante. Nos
puede describir objetos o acontecimientos sobre los cuales no
hay todavía una verdad científica segura, (tenemos el ejem•
plo ele la novela psicológica, que se ocupaba de describir
los elementos constituyentes del carácter humano, antes que
la psicología se desarrollara y adquiriera categoría de ciencia) . El arte r esulla más vívido que las ciencias, puede
alcanzar una profundidad mayor que ellas en 1o que se reJiere a la exposición de ciertas regiones oscuras, complejas
y contradictorias del alma humana ( tales como obsesiones,
fobias, esperanzas, alegrías, etc.), porque no se queda en el
límite de la pura descripción, sino que nos hace participar
de eJJas, agregando a demás a esas vivencias una experiencia
de goce estt6tico.
LA FILOSOFIA (la filosofía científica : el Materialismo
Dialéctico) interpreta la realidad del mundo y del hombre
planteando y resolviendo objetivamente, no problemas particulares como las demás ciencias, sino problemas generales. A la filosofía le interesa conocer, no las leyes científiCél.S que rigen un fenómeno particular, sino las leyes generales
que nos permiten explicar el desarrollo de todos los objetos,
fenómenos y acontecimientos juntos, las leyes que dan cuenta
de la realidad como una totalidad armoniosa. Las leyes del
Materialismo Dialéclico son cierlas respecto a los objetos inanimados y también respecto a los seres vivos; pueden com•
probarse tanlo si las aplicamos a los fenómenos físicos, como
si las empleamos para describir fenómenos sociales. La filosofía nos proporciona una concepción objetiva de ] a totalidad
&lt;lel universo, denlro de la cual podemos situar las explicaciones particulares que, sobre sus objetos propios, nos dan las
clemás ciencias; nos enseña a analizar objetivamenle las cosas, nos sirve como método científico.

La gallina semiótica
Este es el primero de una serie de artículos que aparecerán sucesivamente en Hojas de Cultura y que tratarán temas relacionados con la Lingüística, la Gramá•
tica, la Comunicación; y que serán -creemos- de
gran utilidad para maestros y alumnos de la Universidad.
¿PARA QUÍ: SIRVE LA ORTOGRAFÍA?

Hojas de
cultura
Redactores:
Maestros /

LICENCIADA LUCILA GARZA DE REYES; ARQUITECTO
DIONISIO HERNÁNDEZ ESCOBAR; PROFESOR SERGIO ANTONIO

ESCAMILLA TRISTÁN.

Alumnos /

JOSÉ LUIS ZAPATA DÁVILA; MATÍAS LOZANO; MAR·

CTAL MARTÍNEZ.

La Ortografía nos indica la manera de usar correctamente las letras y Lodos aquellos signos auxiliares de l a escritura.
La Ortografía se b asa en tres principios: l. En la ctimo
logía u origen de la palabra. 2. En la pronunciación de l as
letras, sílabas y palabras; y 3. En el u so que han hecho de
las letras los que mejor han escrito.
La Ortografía se divide en tres partes: la primera trata
del u so de las l etras ; la segunda, de los signos ortográficos,, y
1a tercera, de los signos de puntuación.
Las palabras cuya primera letra ha de ser mayúscula son:
lo. La que inicia todo escrito, y la que sigue después de punto, interrogación o admiración.
Cuando a la interrogación o a la admiración sigue una

por ALFONSO TOVAR TOVAP.

frase que es complemento de la pregunta o frase admirativa,
se inicia con lelra minúscula; v. gr. : ¿Fuiste a la escuela?,

pregnntó Luis.
2o. Todos los nombres propios, apellidos y apodos; v. gr.:
Juan, Villagómez, el Cerro de la Silla, el Benemérito, etcétera.
~o. Los nombrec; que significan dignidad, ¡.,oder o cargo importante de alguna persona; v. gr.: el Presidente, el Go-

bernador, la Directora.
:o. Los nombres de corporaciones o establecimientos notables, como: la Academia de la Lengua, la Suprema Corte.
So. Los tratamientos, y, especialmente, su&lt;s abreviaturas; como: Sr., Ud.
60. En las cartas, después de Muy Sr. Mío, u otro encabezamiento, y después de los dos puntos que anuncian una ci•
tación; v. gr.: R espetable Señor: Sirve la presente . .. ,
etc.
7o. Al principio de todo verso que tiene más de ocho sílabas, y de cada estrofa, en los de menos sílabas; pero mu- 2
chos poetas emplean mayúsculas en cada verso.
(Continuará).

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>•

ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA.

PREPARATORIA

NÚM.

16,

NOCTURNA

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSmAD AUTÓNO:!\TA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 8 / NOVIEMBRE DE 1975 / SA ·,¡ N ICOLÁS DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

Se construird el edificio
de la Preparatoria
Palabras de la
doctora Mijares

Al centro, aparecen el Arq. Héctor Sierra, el Lle. Francisco
González S., el rector, Dr. Luis E. Todd y la Dra. Silvia Mijares de Cov~as, Directora de la escuela.

Aspecto de los presentes en la ceremonia de toma de protesta de la Mesa Directiva de la Sociedad de Alumnos.

Comité electoral
Con la t9ma de protesta de la Mesa Directiva concluye•
ron los actos de elección de los dirigentes de la Sociedad de
Alumnos de la Preparatoria 16.
El proceso eleccionario -primero, en la historia de esta
escuela- se desenvolvió normal y democráticamente, y estu•
vo organizado y vigilado por un Comité Electoral integrado
por alumnos y profesores. Los miembros de este cuerpo colegiado fueron las siguientes personas: Ma. del Socorro Leti•
cía de Alba Ponce, Presidenta; Ma. Guadalupe González Mar•
tínez, Secretaria; vocales: José Julián Hernández López, Adalberto Ramos Aguilar, Carlos Sánchez González, J. Guadalupe
García Moreno, Mauro Hernández Martínez, Lic. Edison Cons•
tantino Palomares, Profr. Sergio Antonio Escamilla Tristán
y Arq. Alfonso Reyes Martínez.
La planilla "Revolución" resultó triunfadora en los co·
micios sobre su oponente, la planilla "Avance y Progreso", v
su competencia, limpia y ordenada, marca uh jalón brilJan•
te para la historia de la organización estudiantil en esta es•
cuela.

Softbol
El equipo "Las Salamandras", representativo de la Pre·
paratoria 16, sigue adelante con paso victorioso, acumulando
lauros dentro del torneo intrasindical de softbol.
Salvo dos derrotas iniciales frente a "Tigres", del Departamento Deportivo y Prepa 7 ( aquella, por verdadera des•
gracia; ésta, por forfit), suce&amp;ivamente, el equipo ha sostenido cinco encuentros consecutivos sin conocer la derrota. Frente a su incontrastable potencia han caído "Los Pericos", del
Hospital Civil; "Los Auténticos", de Comercio; los "Delfi•
nes", de Prt&gt;pa 7; y los cuadros de FACYA (Comercio), y Prepa 9 "AA".
Estos magníficos resultados no han sido, desd~ luego,
prodigio del acaso, sino mérito de todos los jugadores y, en
buena parte, de nuestros toleteros, entre quienes podemos citar a Don José Correa (tercero, entre los mejores bateadores
del torneo), a los licenciados Juan Miguel Treviño y Miguel
Vargas, a Benjamín Eguía y al licenciado Manuel Lugo, entre los mejores.
¡ Duro, Salamandras! ¡ Confiamos en ustedes!

La siguiente es una reproducción de los asuntos más im•
portantes contenidos en las palabras pronunciadas el 29 de
octubre, en la ceremonia de toma de protesta de la Mesa Directiva de la Sociedad de Alumnos de la Preparatoria Núm.
16, por la doctora Silvia Mijares de Covarrubias, directora
del plantel :
"Este acto tiene una significación muy trascendental. Por
eso me he aplicado a invitat" a las autoridades universitarias,
a los maestros y estudiantes. Porque quiero hacer patente que
en la Universidad, aisladamente, no se pueden resolver los
problemas, sino que es obligación de todos resolverlos conjuntamente.
Y o he estado atenta, aquí, en la escuela, para que ustedes vean con claridad todos los problemas, las cosas positivas y las cosas negativas, y en ningún momento he considerado que esta administración es la antípoda del estudiantado. Me da mucho gusto que i;e organice la sociedad de alumnos. Creo que esto es de gran importancia, no solamente para
la preparatoria, sino también para la Universidad.
Se ha externado por parre de las autorídades, por parte de los estudiantes, por parte de los maestros que nuestra
Universidad debe ser crítica, en este sentido pienso yo que
los estudiantes organjzados pueden ser un factor importante.
Pero esto no quiere decir que los estudiantes tienen problemas que' solamente ellos deben resolver, sino que es obligación de los maestros y de las autoridades trabajar conjunta~
mente pa.ra su solución.
Yo quisiera que este acto fuera muy importante para
todos ustedes. Yo lo considero muy importante porque repito que lo es. Se levanta el cimiento de la actividad estudiantil dentro de esta preparatoria. Entonces -esto es importante recordarlo-, nosotros organizados podemos cambiar el
mundo, pero teniendo una idea clara de las cosas, sabiendo
a qué venimos aquí, a la Universidad: a adquirir conocimientos, precisamente para hacernos transformadores, para hacernos personas libres, capaces de transformar y d'e mover el
mundo; pero personas con real capacidad, no con una agresividad producto de la ignorancia, sin meditación, sin calidad, porque esto trae como consecuencia el desastre en la
Universidad.
Yo quisiera que esta preparatoria fuera 1a preparatoria
de vanguardia, tanto en el movimiento estudiantil como en el
movimiento académico, como en la construcción de la escue1a, pero esto solamente puede lograrse con la capacidad de
los maestros y de los estudiantes. Un estudiante que no tiene capacidad · suficiente solamente emite vituperaciones, falta
al respeto, propicia el desastre en la Universidad; pero un
alumno bien preparado, un alumno ideológicamente bien preparado puede ayudar a transformar su escuela, ayudar a la
transformación de la sociedad y ser un buen científico.
Entonces, yo quisiera que la exigencia de ustedes forzara o fuera un pie importante para la elevación del nivel
académlico de nuestra escuela y de nuestra Universidad.
Los felicito por haberse organizado. La administración
ha estado pendiente de que esto se realice democráticamente,
porque hay un interés profundo de nuestra parte porque estas
co,sas se realicen de una manera abierta, de una manera democrática, porque somos el pie iniciador de esta escuela y
estamos obligados en ese sentido. Muchas gracias.

Con motivo de la toma de protesta de la Mesa Directiva
de la Sociedad de Alumnos de esta preparatoria, celebrada
el día 29 de octul!re, el señor rector de la U.A.N.L., doctor
Luis E. Todd, hizo una visita a nuestro plantel y estuvo presente en dicha ceremonia.
Lo acompañaron en el acto algunos funcionarios de la
Universidad, entre quienes se encontraban el licenciado Francisco González Salazar, Jefe del Departamento Jurídico, y el
arquitecto Héctor Sierra, supervisor del Departamento de Obras
Nuevas. El grupo huésped fu.e atendido personalmente por Ja
doctora Sihia Mijares de Covarrubias, directora de la insti•
tución.
El rector tomó la protesta a los dirigentes electos de la
Sociedad de Alumnos y, al hacer uso de la palabra, comunicó e hizo la entrega formal de un lote de doce microscopios,
para los laboratorios de la escuela. En esa intervención, también, al mostrar los planos del proyecto, proclamó su público
apoyo a la construcción del edificio de la preparatoria y
comprometió su intercesión para apurar el inicio de las obras.
Estas -abundó--, por tener un costo global de doce millones de pesos y por la sabida e~igüidad del presupuesto uni•
versitario, deberán realizarse por etapas, debiendo construirse
primero las aulas, que, al cabo, son inicialmente lo más indispensable. (Esto -sentimos nosotros-- no menoscaba, ni un
ápice, nuestro entusiasmo, porgue, al iin, toda cai:rera empie·
za a ganarse con el primer paso).
Después de dialogar amablemente con los alumnos el rector se despidió, dejándonos, empero, unos conceptos que, por
su trascendencia, nos permitimos transcribir enseguida: ''La
Universidad es factor de cambio social (y) ... tenemos que
abrir las puertas de la Universidad, en un proceso democratizante, dando oportunidad a todas las personas que quieran,
que puedan y que deseen estudiar, independientemente de su
condición social o características ideológicas. . . porque no
creemos que sea justo frenar la oportunidad y bloquear el
desarrollo de las mentes jóvenes o de las mentes trabajadoras
como ustedes, que quieren seguir cultivándose, en sana cultura, para ustedes mismos y para el mundo que los rodea".

Momentos en que el rector toma la protesta a los miembros
de la Mesa Directiva de la 'Sociedad de Alumnos.

Palabras de José Luis Zapata
Frente a sus compañeros y un grupo de autoridades universitaria:s, encabezado por el rector de nuestra máxima casa
de estudios, doctor Luis E. Todd, y la doctora Silvia Mijare'3
de Covarrubias, directora de esta preparatoria, en su oportunidad~ en esa ocasión, hizo uso de la palabra el presidente
electo de Ja Mesa Directiva, José Luis Zapata Dávila, quien
en su intervención oratoria -una parte, leída; otras, improvizadas··- expresó pensamientos que, por su claridad y honradez, hemos querido reproducir en esta entrega.
De su participación leída se entresacan sus recurrentes
exhortaciones a la unidad de los maestros y los alumno5,
" ... pues somos una comunidad en la que cada parte tiene
la obligación de reconocer, con plena conciencia, que la solución a las cuestiones que se planteen nos atañe a todos
por igual, pues a todos nos decta".

El mismo espíritu conciliatorio se percibe cuando dice
que "La justa electoral entre planillas no fue rivalidad de
grupos en conflicto, pues los problemas son comunes".
La misma iterativa y clarísima idea se hizo presente en
las palabras con que concluyó su discurso: "Con la participación conjunta de maestros y alumnos, estamos seguros de
lograr la unidad de la base, así como la conciencia objetiva
y racional que nos conduzca a la acción renovadora de los
principios que nos hemos fijado".
Este órgano edit~rial se permite manifestar su confían•
za en la iniciativa, en el entusiasmo y en la rectitud de este
joven universitario, en los de quienes· con él habrán de colaborar y en la cooperación y voluntad de servicio de la comunidad plena de la escuela, para llegar a la feliz realización
ele este bienintencionado y bello ideario.

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,111

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La gallina sen11ot1ca
por

La actividad humana

PENDOLISTA

"Sea que el Secretario de Recursos Hidráulicos haya actuado de motu proprio o que lo haya hecho por indicaciones del Presidente de la República -como reiteradamente se ha insinuado-, lo que interesa subrayar er
que por primera ocasión, desde que el partido oficial
existe, han sido 'oficialmizadas' las precandidaturas priístas".
(Señor Luis Alberto García Orosa, periodista, columna
Operación "Destape", "El Porvenir", 21 de agosto de
1975)
Inestimable avance en la "oficialmización" de nuestra
"oficialmizada" vida democrática (consulten los incrédulos el "Martirologio de la lengua castiza", sección de
víctimas políticas).
2. "Dos aclaraciones: primera: debo decir que no me siento calificado para tratar con la fluidez y los conocimientos necesarios un tema (Desempleo y Subempleo) como
el que se me ha pedido el día de hoy.
"No soy un economista; tampoco un sociólogo; mucho
menos un futurólogo. No tengo, pues, la preparación
que muchos otros podrían tener para tratar el tema con
mayor conocimiento de causa. Segunda: los datos a que
tenemos acceso son a veces parciales, en ocasiones incompletos y casi siempre contradictorios, cuando se trata de
diversas fuentes. . . las opiniones que el que habla vertirá aquí hoy son tan desechables como una bolsa de papel o de plástico ya usada".
( Ingeniero Luis Horacio Durán, Director de la unidad
de servicios del grupo VISA, en conferencia ante los rotarios de Monterrey; "El Porvenir", 28 de agosto de
1975)
No no soy de aquí, ni soy de allá, no tengo edad, ni porvenir, y hacer reir es mi carnet de identidad. ¡Oh, vh'tuosa modestia, cuántos crímenes se cometen en tu nombre!
3. "Sonora no será un escaparate de prosperidad basada en
la miseria de obreros y campesinos. Lucharemos por encima de los cacicazgos y de los intereses creados ilícitamente. Repito, no vamos a tolerar cacicazgos".
(Licenciado Alejandro Carrillo Marcor, Gobernador Sustituto del F.stado de Sonora, "El Porvenir'\ 28 de octu•
hre de 1975)
Solamente latifundios, nepotismos, banqueros rapaces,
funcionarios prevaricadores, líderes de posesionarlos e
insanias policíacas. ¡Salud!
4. "25 A~OS CON MEXICO"
(Cartel publicitario conmemorativo de los 25 años de]
Bank of America en México, "El Porvenir", 28 de oc•
tubre de ] 975).
¡ México! Creo en ti!
porque escribes tu nombre con la "M" que algo tiene
de muda complacencia,
porque tus gobernantes son divinos,
(séase orador, banquero o asesino)
porque tú eres, en fin,
la más cuantiosa razón de mi existencia.

con10 factor

l.

de

progreso
por

JOSÉ LUIS ZAPATA DÁVILA

La naturaleza y sus fenómenos han sido motivo de preocupación, desde la primitiva existencia del hombre, a tal grado
que éste adjudicó poder divino y mágico a esas manifestaciones, lo que no le impidió buscar una explicación objetiva y
racional al origen de todos ellos.
Es precisamente la búsqueda de la verdad, la que ha
permitido al ser humano aprovechar, por ejemplo : la energía, en sus más variadas manifestaciones; la explotación y el
uso de recursos naturales entre otros; actividades que ha
desarrollado mediante el uso de técnicas cada vez más depu•
radas, con las que ha logrado elevar su nivel de vida.
Todo lo anteriormente mencionado es sumamente posi•
tivo; sin embargo, surge la siguiente interrogativa: ¿ los logros y avances obtenidos hasta hoy, se han puesto al servicio
de la humanidad entera sin distinción de raza, nacionalidad,
color, idioma, credo político o sistema económico-social? Desafortunadamente, la inteligencia y el ingenio del hombre, sus
inventos y descubrimientos, se han puesto al servicio particular de grupos minoritarios, cuyo afán es la conquista del po•
der; su objetivo: la dominación del hombre por el hombre.
Todo lo cual trastoca hasta cierto punto, esa característica altamente humana que es la inteligencia.
Desde el punto de vista anterior, ¿qué sitio dentro de la
escala animal le corresponde al hombre cuando se apodera
del hombre y lo convierte, con conocimiento de causa, en uno
más de sus instrumentos de explotación? Indudablemente
que eso es característica humana, (ni dudarlo), vista desdl•
ese ángulo, pero resulta difícil otorgarle el calificativo de "altamente consciente, racional y humano".
El Homo sapiens ¿sabe que con dichos actos puede orillar.se a sufrir una regresión? o ¿ tiene plena conciencia de
que con ello logrará el mejoramiento de los habitantes del
planeta Tierra? Desde luego que si se basa en aquello de
que "los fines justifican los medios", contestará afirmativamente a las interrogativas planteadas.

A fín de cuentas
por

RICARDO MARTÍNEZ

Despertó envejecido; dejó la cama con dificultad artrí•
tica y, sin energías para el asombro, contempló en el espejo
canas y arrugas. Sintió la fatiga de toda la vida que no ha•
bía vivido, el peso de todos esos años sin transcurrir que ya
no transcurrirían jamás. El can:sancio le cortó toda posibilidad de defensa; no tuvo ánimos para protestar, para siquiera preguntar por lo que había pasado. Quizás hasta fuera
mejor ver las ilusiones ya muertas, que verlas arrastrarse ago •
nizantes a lo largo de toda una vida larga, como hacían los
demás, como tenían derecho a hacer todos menos él. Quizás
fuera m&lt;',jor o quizás no. Eso no importaba ahora. Lo impor•
tante era conservar la dignidad ante la muerte. Llamarla.
Gritarle, gastando sus últimas fuerzas, que no lo hiciera esperar.

los libros
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-------...
Ú1:131'JOhi,

E!m&lt;&gt;nQgr.t,nátk,o

Octavio Paz, El mono gramático, la. ed., Editorial Seix Barral, S. A., Barcelona, 1974, 144 pp.
. Dos escenarios, cúmulos inagotables de imágenes, con•
gestionadas de palabras enlazadas cobrando vida remontando corrientes de una irrealidad atrayente y enig~ática, para
sentar presencia en el campo lógico de lo real es el mundo
fantástico que a lo largo del poema en prosa e~contramos en
el magnífico trabajo de Octavio Paz, que con el título de El
Mono Gramático aparece bajo el sello de la editorial Seix Barral.
En las reflexiones del poeta, manejadas en círculos concéntricos, nos colocamos ante el juego de la lógica irrebatible
de lo establecido llevando situaciones concretas al campo abstraccioni~ta y regresadas por la vía inesperada y descubierta
a base de superposición de vocablo§ al campo concreto de lo
real, por ]a habilidad que caracteriza al poeta en acomodar
símbolo tras símbolo. Toda esta extensa gama, que constituye un incontenible torrente de voces, que aunque conocidas y
nos familiarizan a la idea del autor, adquieren en la pluma
del preseado poeta ese mágico tamiz de trastocar la form11
vulgar en belleza e innovación.

El ensayo que el poeta ha titulado como el Mono Gramáti~o, abunda en una infinita cantidad de reflexiones, que él
mismo va sembrando en su peregrinar por ese apartado rincón de la misteriosa India, llamado Galta. Los pensamie1:·
tos que el poeta elabora en su trayectoria, reunen en varias
ocasiones símiles que van de lo racional a lo irracional des•
cribiendo un panorama cargado de erotismo en donde ~l ser
humano se despoja de sus limitaciones y es arrastrado por la
pac:ión de su irresponsabilidad.
Proyectando la ambivalencia de estos personajes hindúes,
con los modelos que conocemos en los fascinantes lienzos de
Delacroix, concluye el poeta en sus comparaciones de equilibrar los rostros de modelos del siglo anterior, referidos por
el artista, con los personajes vivos que a su paso encuentra en
el trayecto por Galta. Seres consumidos por el hambre, otros
por presenciar el eterno y aterrador cuadro de miseria que
l~s rodea, llegando en su grado de metamorfosis hasta ac}quitu· la fase demencial. En este pasaje los vocablos cristalinos
del autor nos vermiten asomarnos a los dos enfoques que é-1
mismo simbólicamente ha realizado.
Octavio Paz, en este trabajo hace de las palabras, el
juego amoroso, al que se refería su malogrado colega Pablo
Xeruda, cuando en una invocación decía de ellas, son estas
"las que cantan, las que acechan, las que caen, las que glotonamente se esperan, los vocablos que brillan como piedras
de Cl1lores". Ese mismo sabor que gozó Neruda en las cita•
das referencias, se hace presente en la prosa de Paz, al desprender ese alud gramático de centelleantes vocablos, donde
el canto de los mismos nos invita a contemplar -como afirma la viñeta- la presenc-ia de imágenes fonéticas y semánticas. Vuelve el poeta a demostrar la razón que asistía al inspirado poeta andino, cuando aseguraba de las palabras que
estahan compuestas de transparencias, plumas, peso, etc., afi!'•
mando que su presencia estaba desde "la profundidad de un

féretro escondido, hasta en una flor apenas comenzada".
El jardín de Cambridge que el autor seleccionó, como
segundo escenario, nos ofrece un panorama, desconcertante
al principio, por la impúdica presencia de la "bella esplen•
dor", que arrastra a la narración llevándola por los caminos
de una literatura propia de Sade, pero al devenir del relato
adivinamos la iluminada razón del poeta para el desarrollo
de este mágico juego-argumento.
Las observaciones que Colín Murray Turbayne, trabajó
en su magnífico "Mito de la Metáfora", aparecen en la prosa
de Octavio Paz aunque nos consta que no son a título de apren•
dizaje, pues al poeta le son reconocidas sus grandes dotes, en
el campo de los lúmenes reflexivos desde sus primeros textos - bástenos mencionar "Libertad bajo palahra''~ para ha._
llar la respuesta al texto de Murray Turbayne, que aparece
una década dt&gt;spués.
CÉSAR TIJERINA TORRES

Hojas de
cultura
DIRECTOR / arquitecto Alfonso Reyes Martínez.
JEFE DE REDACCIÓN / licenciado Edison Constantino
REDACTORES:

Palomares.

Maestros / licenciada Lucila Garza de Reyes, arquitecto Dionisio Hemández Escobar, profesor Sergio Antonio
Escamilla Tristán.
Alumnos/ José Luis Zapata Dávila, Matías Lozano, Rodo]fo Zamora Esquive!.

2

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>PRIMERA PIEDRA DEL NUEVO EDIFICIO

En la gráfica, el Rector de la Universidad, doctor Luis E.
Todd, acompaf'lado por el ingeniero Luis J. Prieto, Alcalde de
San Nicolás de los Garza, por el ingeniero Raúl Salinas, representante del Gobernador del Estado, por la doctora Silvia Mijares de Covarrubias, Directora de la Preparatoria Núm. 16, por
funcionarios de la Uni:,,ersidad y escuela, así como por alumnos
de la misma, en la ceremonia de la primera piedra del nuevo
edificio, que se llevó a efecto el día 19 de diciembre de 1975.

Aspecto de la ceremonia de la primera piedra en el terreno
en donde se construirá el edificio de la Preparatoria Núm. 16. El
Rector departe con alumnos de la escuela, entre ellos el Presidente de la Sociedad de Alumnos, José Luis Zapata y Rodolfo Zamo.ra Esquive!. También pres.ente el ingeniero Raúl Salinas, representante del Gobernador del Estado.

El día 19 de diciembre fecha un acontec1m1ento trascendental en la incipiente historia de nuestra escuela. En
est~ día, reunidos el Gobierno del Estado, la Universidad, el
alumno y el maestro de la Preparatoria 16, se colocó la primera piedra del edificio que habrá de ser, muy pronto, nuestra casa.
Para testimoniar el acto estuvieron presentes el rector
de la Universidad, Dr. Luis E. Todd; la Dra. Silvia Mijares de Covarrubias, Directora del plantel; el Ing. Raúl Salinas Jiménez, Coordinador de Obras Públicas de la Secretaría de Fomento ·Económico y Obras del Gobierno del Estado;
el Ing. Luis J. Prieto, Alcalde de San Nicolás de los Garza,
N. L.; otras autoridades universitarias y alumnos y maf'stros

de esta preparatoria.
El futuro edificio, como se sabe, se levantará en la calle Santander del Fraccionamiento Iturbide, en un predio donado por el Ayuntamiento de San Nicolás de los Garza, N. L.,
y se prevé que su construcción posibilitará, no muy remotamente, Ja apertura de los turnos diurnos y vespe1tino, sumados al nocturno en que se labora actual y exclusivamente.
En el acto, el Rector pronunció conceptos incoativos
importantes: "La Escuela Preparatoria número 16 -dijonace con trei;: propósitos fundamentales, que son: conservar
el nivel académico, implementar nuevas técnicas educativas,
como la enseñanza abierta, y formar tecnólogos humanistas,

SALA ARTE .. I UIS BUÑUEL"

rís, 1961.
Señor Alatriste, ¿qué piensa usted de lo que en cierta
ocasión el maestro Buñuel expresaba: "el cine es el instru•
mento de poesía más poderoso creado por el hombre"?
Tiene razón, de todas las ramas del arte, el cine lo tiene
todo: imagen, sonido, efecto, música, diálogo, etc., etc.
¿Cnál fue la primera prodticción de Luis Buñuel?
Fue "Don Quintfn el amargao", donde aparece Bufiuel como productor ejecutivo y supervisor general. Después dirige
y produce ''Las Hurdes", "1'iern..,f sm pan", documental cuya
duración es de 27 minutos.
¿Qué tan cierta es la relació1 de Buñuel y García Larca?
Grandes y fraternales amigo$.
¿ Existe alguna anécdota en su vida, señor Alatriste?
Bastantes, pero en esta ocasión le voy a contar una que
a nadie se lo he hecho saber; usted es la primera persona en
conocerla: Buñuel y un servidor nos encontrábamos en España en la filmación de "Simón del Desierto"; habiendo terminado los primeros 45 minutos de filmación acordamos poner
a disposición de cualquier director de cine de cualquier continente los restantes 45 minutos de filmación para un tema
libre. Posteriormente invité a Federico Fellini, a Vittorío de
Sica; el primero declinó la invitación, el segundo lo mdsmo,
en resumen, ningún director aceptó. Estando Salvador Dalí
en Cadaquez, Espafía, propone a Bufiuel que conjuntamente
aprovechen los otros 45 minutos y así podrían .generar una
fortuna y acrecentar el prestigio; la contestación de Bufiuel fue
la siguiente: "Agua pasada no mueve molino".
Siento un gran respeto y estimación por Buñuel, porque
es un hombre íntegro, honesto y de una gran capacidad intelectual.
¿ Por qué a los estudiantes y maestros se les cobra en la
Sala "Buñuel" una tarifa especial?
Porque son las únicas personas que pueden cambiar, para bien. . . o para mal.
Sefior Alatriste, le agradezco sus atenciones; nuestras
más sinceras felicitaciones por esta tan arriesgada empresa;
nos parece que éste es el primer intento serio de proyectar
buen cine en nuestra ciudad.
Nuestro reconocimiento y admiración al cineasta Luis
Buñuel por su integridad, seriedad y por ser el primer hombre que vio, pensó y creó cine como un verdadero arte. Consideramos que "Viridiana" es• la película más importante que
se haya realizado en nuestra lengua.

Entrevista a
Gustavo Alatriste
por

JOEL GARZA RINCÓN

Señor Alatriste, ¿cuál fue la idea que lo motivó a la creación de la sala de arte Buñuel, en nuestra ciudad?
Para nosotros, los que integramos este equipo de trabajo, creemos que en esta cuidad la gente está altamente politizada y tiene una gran inquietud por lo que pasa en el mundo,~ a través de esta sala les vamos a mostrar las película5i
dirigidas por los grandes talentos de la cinematografía mundial. Este cine no es un lugar de diversión, es un cine de arte, donde se pueda afirmar que las películas son para que la.
gente piense y tenga una comunicación real con sus semejantes.
El Cine Club de Arte, A. C. cuenta con salas de arte en
varias ciudades de la República Mexicana: Guadalajara, León,
Torreón, Ciudad Juárez, Distrito Federal y ahora Monterrey.
¿Por qué no se inauguró esta sala con una proyección del
maestro Luis Buñuel?
En forma sincera y abierta el señor Alatriste contesta:
No estaba a mi mano; además, el maestro Bufiuel tenía un
gran interés por estar presente en esta inauguración, pero debido a una enfermedad no pudo estar presente. Así mismoquiero manifestarle que Buñuel es una persona a la que yo
estimo mucho por su honestidad y genio.
¿Cree usted, señor Alatriste, que este Cine Club pueda
llegar a comercializar el arte cinematográfico?
No sefior, nuestra finalidad es clara: mostrar el verdadero arte cinematográfico. Lo invito a que usted esté presente
en todas las proyecciones y se dé cuenta de lo qué son las
verdaderas joyas de la cinematografía mundial.
Señor A latriste. ¿ me podría precisar cómo se inició la
relación Buñuel-Alatriste?
En el afio de 1959 con la filmación de "Viridiana", donde
Bufiuel es director y un servidor, productor. "Viridiana" es la
película que, a juicio del mismo Bufiuel, le permite a su autor
expresarse con toda libertad y sensibilidad, afortunadamente.
(¡Viridiana" obtuvo los siguientes premios: Palma de Oro
en el Festival de Cannes, 1961; Premio del humor negro, Pa-

Hojas de cultura. Hojas de cultura. Hojas
de cultura. Hojas de c
ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA

PREPARATORIA NÚM.

16,

NOCTURNA

PARA TRABAJADORES, DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚMERO 9 / E;NERO DE 1976 / SAN NICOLÁS DE LOS GARZA, NUEVO LEÓN.

I,

,.

El Rector de la UANL hace usQ de la palabra momentos después de haber sido colocada la primera piedra de lo que será
el nuevo edificio de la Preparatoria, en terreno ubicado en el
Fraccionamrento "lturbide", en San Nicolás, que fue cedido a la
Universidad por acuerdo del Cabildo de ese Ayuntamiento, a petición de los directivos de la escuela, que encabeza la doctora
Silvia Mijares de Covarrubias. Lo acompaf'lan, el ingeniero Luis
J. Prieto, Alcalde de San Nicolás, ingeni,ero Raúl Salinas, representante del Gobernador, ingeniero Eliud Guadiana, de Construcción y mantenimiento de la UANL, doctora Silvia Mijares y alumnos de la escuela.

o sea, técnicos dignificados que aprendan una técnica en
función del hombre".
Manifestó, asimismo, su deseo de que los edificios universitarios no sirvan sólo para educar, sino para cumplir
también funciones comunitarias; deben ser, en literal expresión del Rector, verdaderos "centros cívicos univevsitarios".
,
El primer paso, pues, está dado. Nos corresponde a
nosotros ahora, estudiantes y profesores de esta institución,
principnlmente, concluir lo que se ha iniciado. Festejemos,
pero también festinemos este bello proyecto que empieza a
cobrar forma. Sólo de ese modo este buen designio que tanto nos entusiasma e ilusiona podrá devenir obra cabal que
nos c~mplazca y nos enorgullezca.

�LA IZQUIERDA ASESINA DE LA IZQUIERDA

EL CASO DALTON
r

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17
;;~
,.::-r-

,

v7

La Habana, diciembre

Lo vimos un día aquí en La Habana, cuando trabajaba para la Casa de las Américas, uno de cuyos premios
anuales lució a plena legitimidad e identificación. Delgado
de cuerpo, _casi agu_ileño el rostro, vestido con un pantalón
y un&lt;l: carms_a caquis, especie de uniforme civil y guerrero
de quienes sienten como un presagio o irremediable destino
de la convicción, el tránsit9 al combate de las armas. Ent~eta~to, Roqn~ Daltón combatía ,c on la letra y con la imagmación_ creativa, en los ritmos de la poesía y el corazón
co_mpart~do de su pueblo centroamericano. A las 14 familias
ohgárquicas de El Salvador, su patria, y a los militares retrc;&gt;~rad~s y t~~pora!eros del poder, daba guerra poética y
f!Hhta1;1cia pohtica sm cuartel. Comprometido en su obra
ht~raria no lo estaba menos por su persona, como habíalo
r~iterado en. su obra "La Taberna", aquella por la que recibió el premio de la Casa en 1969: "La política se hace jugándose la vida o no se habla de ella ... ".
Roque Dalton mostraba en La Habana una natural impaciencia por su país, por su pueblo. Conocía lo que otros
pueblos hacían, estabian haciendo en la entrega total por la
independencia y ia justicia. En agosto de 1973 se hallaba
en Hanoi desde donde tuvo correspondencia con otros esc~itores, como Julio Cortázar que ha relatado ya, muerto
y1lm~nte Dalton, aquella relación, junto con su protesta y el
mev1table asombro por la manera, tan injusta e inaceptable
como llegó la muerte al poeta.
Llegó el tiempo E:n que nada se supo de Roque Dalton.
S~s camaradas, sus íntimos, alguien acaso sabría de esa ausencia sobre la . que pocos preguntaban y menos explicarían.
Podría deducir~e, ~!!- consecu~ncia lógica, que Dalton estaba ya dando e3erc1cio y térmmo a su impaciencia de lucha-

...

por

LUIS SUÁREZ

dor directo. Margarita Dalton, su hermana mexicana, recibió también la versión que el tiempo sin noticias trala envuelta como una posibilidad: la muerte de Roque. Pero,
¿dónde? No había rastros, no se tenían informes de que
alguien hut»ese encontrado su cadáver. Corrió el rumor de
que el poeta habría muerto peleando en Vietnam, guiado por
su espíritu de firmeza solidaria. Por medio de mi hija Aurora, Margarita pidió que yo investigara algo en Vietnam, a mi
regreso a la tierra heroica pasados dos mieses de la irreversible victoria. Nada pude saber. Ni vivo ni muerto había
rastro suyo en Vietnam.
Roque Dalton había hecho carne y sangre la letra poética y se babia incorporado a la lucha de El Salvador. Militaba en el Ejército Revolucionario del Pueblo. Con él murió. Pero aquí viene lo asombroso: no cayó en combate con
el enemigo oligárquico o itnperialista. Fue ejecutado por sus
ellos mismos con el tiempo. Pero eran sus enemdgos, aunque
llamándoseles así. Pienso en Federico García Lorca. Fue
asesinado por el odio ciego en los primeros días de confusión y sangre ilimitada de la guerra civil espafí.ola. Sus enemigos ?ºmetieron un_ grave error que sería lamentado por
ellos mismos con el tiempo. Pero eran sus enemigos aunque
no hubies~n querido darle la muerte. En Roque Dalton, las
balas _partieron de los propios fusiles del ejército al cual pertenec1a. No sé si algún día lo lamentarán los extraviados'
Y los mesiánicos que han manchado su actuación discutiblemente revolucionaria con la s·a ngre hermana, pretendiendo, además, echal'le el lodo de la traición a la memoria de
un limpio combatiente.
Después del tiempo de angustia sobre la suerte de Roque Dalton, la casa de las Américas comunicó el 5 de septiembre la terrible confirmación de que el poeta fue asesinado por quienes se decían sus camaradas, el 10 de mayo
de 19_75. Los rumores' parecían confirmarse plenamente. Una
fracción del Ejército Revolucionario del Pueblo de El Salvador, _en el que Roque militaba, acusada por la dirección del
propio ERP de "desviación militarista y de extremismo peq!leño. burgués", tuvo a su cargo la ignominiosa tarea reacc~onana d~ mat.ar a Roque Dalton, sobre un supuesto juicio revoluc_ionano donde el poeta fue acusado ciegamente de
estar relacionado y trabajar para el "enemigo".
Con el crimen la calumnia. En realidad Roque Dalton
se opuso a las tendencias predominantes castrenses de la
fracción que lo ejecutó, bajo el ''delito" de considerarlo procubano pro-soviético. Los "puros" enfrascados en las discrepancia~ reales respecto de la interpretación y aplicación
.del marxismo, se mancharo11: de esa manera con la sangre
pur_a de un poet!i comprometido y de un revolucionario que
arriesgaba su vida, acaso sin imaginar nunca cómo habría
de perderla. Frente a la especie de que "estaba colaborando
c~m los aparatos secretos del enemigo", la Casa de las Aménca_s --que en estos días prepara una edición de su revista
ded1~ada a la obra y vida de Dalton-, lo declara fiel a su
patna, a_ la revolu,~ión ~atinoamericana, al marxismo-leninismo,. Y anade que precisamente esta fidelidad es lo que no
pudieron perdonarle quie~es, _inficionados con los gravísimos
err&lt;;&gt;res de _un s~ud01zquierdismo antisoviético, anticubano,
antirrevolucionar10, han prestado al enemigo un servi·c1·0 1·mpagable".

Por ~l testi~onio de Julio Cortázar, que tuvo con Dalton
una relación amistosa no exenta de posiciones criticas, que
hunca empañaban el corazón del poeta, sabemos que la muerte in~amante da.da a Dalton por el grupúsculo "ultra" le había sido preconizada por la CIA. El escritor argentino cita
a su vez, a Ro})erto Armijo, quien cuenta que cuando l~
CIA interrogó a Dalton, en El Salvador, y en 1964, un agente d_e la fatídica agencia le advirtió: "No creas que vas a
monr como un héroe. Tenemos documentos necesarios para
hacerte parecer como un traidor, y la historia y tus hijos se
avergonzarán del nombre de su padre. . . Así que olvídate
de que tu muerte te convertirá en héroe".
Esa premonición y tales preparativos de la CIA es la que
ha cumplido la fracción "ultra" del Ejército Revolucionario
del Pueblo de El Salvador, al dejar huérfanos no sólo a los
hijos' ~e Dalton, sino huérfano de un gran poeta a El Salvador mismo. Las más recientes noticias de las circunstancias
del crimen indican que aquellos a quienes Dalton creía camaradas, antes de asesinarló lo drogaron. Y así lo mataron.
~ecibió los peores tratos. Y al final el de la mayor instancia: la muerte. De ese estilo de nacer la "revolución" debe
estar muy gozosa la CIA, que a más de diez años había "vaticinado" cómo moriría Dalton.
El odio y la sañ.a entre las propias filas de la izquierda
es uno de los elementos con el cual trabajan las oligarquías y el imJperialismo. La calificación de revisionismo no
parece .ser simplemente adec~ada para la discusión teórica,
1deológ1ca. Se resuelve también, por lo visto, a través del
recurso supremo del atentado y del fusilamiento. En la redacción de SIEMPRE! hemos recibido, después de lo hecho
a Dalton, un comunicado de la guerrilla llamada Fuerzas
J:&gt;op~lar~s de Liberación, de El Salvador, atribuyéndose la
hqu1_dac1ón de Rafael Aguifiada Carranza, miembro de la dirección del Partido Comunista Salvadoreño, s·e cretario general . ?e la FUSS y diputado a la ~samblea Legislativa, por el
· partido UDN. La razón: "el revisionismo oportunista en nuestro país está representado por el Partido Comunista Salvador~fio e irradia su influencia a sectores pequeño-burguesesi
vacilantes, enquistados en ciertos círculos de intelectuales
seudo-revolucionarios. El PCS niega la necesidad actual de
la lucha armada revolucionaria, en complicidad criminal con
eI imperialismo ... ".
Ignoramos qué relación puede tener esta acción de liquidación física con la cometida contra Roque Dalton. Pero
en ambos casos se revela una actitud irracional, instintiva y
sanguinaria ferozmente desatada contra una parte de la izquierda. Una vez más hay que recordar que cuando el imperialismo y las oligarquías no pueden invalidar o liquidar
físicamente a otro sector o pel"sonalidades de la izquierda,
azuza de tal manera desde las mismas filas revolucionarias,
o consideradas como tales. este caos, esta división y esta
cruel manera de resolver discrepancias por otro lado naturales en todo proceso.
¿No tenían, no tienen, esos implacables defensores de
su línea militarista, a ningún enemigo más próximo que a
Roque Dalton? Porque, cómo ha preguntado Cortázar, ¿qué
decir frente al cadáver de un compañ.ero que no ha sucumbido frente al enemigo común sino que ha sido asesinado
turbiamente en el marco de una disensión partidaria, y que
sus victimarios pretenden mostrar como un traidor?
Sólo que ni siquiera eso se puede decir, porque el cadáver de Roque Dalton no ha aparecido. Ni eso han querido
dar a sus familiares, a sus amigos, a sus compafí.eros revolucionarios, el extravío criminal de los asesinos con bandera
de izquierda.
Que sirva de algo esta lección dolorosa.

LITERATURA FANTÁSTICA

Louis .Vax y Roger Caillois
. La teoría de lo fantástico, según Louis Vax y Roger Cail~ois, desca?sa en cinco postulados que exponen en sus respectivos trabaJos: Arte y literatura fantásticas y en el prólogo a
Antología del cuento fantástico. Estos elementos todos por
demás importantes., deben estar presentes en tod; narración
fantástica.
El primer postulado exige, para poder producirse lo fantástico, que el universo literario tenga siempre referencia al
m~ndo de lo real; que éste le sirva como una especie de espe30 para que en un momento dado el autor introduzca lo fantástico y logre aterrorizar y angustiar al lector; a este respecto Vax expresa:
"La narración fantástica, por el contrario, se deleita en
pre,sentari;ios a hombres como nosotros, situados súbitamente
en presencia de lo inex·plicable, pero dentro de nuestro mundo real". 3
Esta aclaración la hace al estar delimitando las fronteras
de lo fantástico: lo feérico, las supersticiones populares, la
poesia, lo horrible, lo macabro, etc .. . ; porque aun cuando es_tos géneros tengan eJementos Q temas fantásticos, no pueden
~ llegar a producir nLterror ni angustia, a m.enos que no se den
en su es~ado puro, o sea con todas las características sefialadas por Vax en su trabajo. Por otra parte el elemento s~rpresa debe permanecer inexplicable e invadir' nuestro mundo Ióg_ico, real y cotidiano para que se pueda dar ese juego angustia! --del cual hab!la Caillois- y que nos induce a un goce
puramente estético.
El segundo postulado exige al autor introducir de tal manera los elementos fantásticos, que el lector sólo llegue a sospechar que algo anormal está sucediendo; esto con el fin de
lograr, al final, un verdadero efecto escandalizador. Para que
esto suceda es necesario - dice Caillois al analizar las memorias de Saint-Simon:
"Saint-Simon se limita a dar fe de la autenticidad de los
hechos. No da ninguna explicación de ellos". 4
En el momento en que los hechos se demuestran, lo fantástico se destruye. Sólo con recordar de nuevo el caso de
Horacio Quiroga en El almohadón de plumas que explica la
forma de vida del parásito asesino, queda clara esta afirmación de Caillois.
El tercer postulado lo insinúa este mismo autor al enumerar tres de los trucos más comunes que pueden diluir lo
fantástico: el primero, es lo sobrenatural explicado, donde al
final se le informan al lector lo$ elementos usados; el segundo revela al lector desde las primeras líneas que se trataba de
un sueño, de un delirio o de una alucinación; el tercero, de
las fantasías biológicas, donde se crean monstruos de la especie animal. De ello podemos deducir que no solamente es
importante el tema, sino también la forma en que el autor lo
maneja, pues puede suceder que el relato contenga algún tema o temas de lo fantástico como el pacto con el diablo lo
horrible, lo macabro, etc ... , y no llegue a ser fantástico ~or
caer en alguno de estos trucos enumerados por Caillois.
El cuarto postulado no permite que la ternura se intro-

por

I.UCILA GARZA DE REYES

duzca en la narración, pues el lector perdería toda posibilidad
de cont~ct? con el terror o la angustia, al dejarse llevar por
ese_ sentimiento tan ajeno a éstos. Además, la ternura necesariamente ll_eva una buena dosis de lirismo, que descarta la
r~zón, la lógica Y la frialdad; mismas que necesita lo fantástico para poder ser.
El quinto postulado, quizá el más demoledor es descartar cualquier exceso de humor, entendido éste co:n,o una fórmula par~ ridiculizar, pues Vax anota que el producto del humor, la nsa, puede tener dos connotaciones: en primer lugar,
ésta puede ser provocada por situaciones cómicas que fácilmente dest~uyen lo fantástico, pues no es imposible imaginar
a un vampiro o un fantasma en situación ridícula y que ade~
más nos pueda causar terror; y en segundo término, la risa.
puede ser producto del miedo:
"Porqué nos r~ímos de las historias de terror, si no para
defen~ernos del miedo que comienza a invadirnos. Hay en
esta n sa algo de agresión y de defensa". s
Es~e tipo de humor, de risa, no puede llegar a lesionar lo
fantástico, pues es producto del terror que precisamente trata de infundir el autor.
Son estos los puntos que una narración fantástica lleva
implícitos Y que Vax y Caillois analizan en el transcurso de
sus trabajos. Tocan también algunos temas de lo fantástico
en _los cuales tienen coincidencias. Sin embargo, al leer un~
Y otro ensayo, Caillois se nos antoja más concreto más con.
'
c~so; aun c~ando su trabajo es más corto, explica y profúndiza con acierto en las características de lo fantástico, en tanto que Vax solamente hace un recuento de los géneros vecinos Y apunta las características. Caillois profundiza más en
éstas. No obstante, el ensayo de Vax es sumamente valioso
pues no se limita solamente a la literatura, sino también aÍ
arte fantástico, aportando con esto valiosos datos que sirven
para la comprensión de un género tan popularizado y al que
da su justo valor al decir:
"El arte y la literatura fantástica han sustituido las supersticiones groseras por delicadas emociones estéticas". a

Hojas de
cultura·
DIRECTOR /

arquitecto Alfonso Reyes Martínez.
licenciado Edison Constantino Palomares.

JEFE DE REDACCIÓN /
REDACTORES:

Maestros / licenciada Lucila Garza de Reyes, arquitecto Dio.
nisio Hernández Escobar, profesor Sergio Antonio
Escamilla Tristán.
Alumnos/ José Luis Zapata Dávila, Matías Lozano, Rodolfo Zamora Esquive!.

La gallina
semiótica
por
l.

PENDOLISTA

"Las perspectivas económicas para 1976 son buenas y
esto me hace ser optimista. . . TenemlOs la promesa de
Estados Unidos de que la nueva ley de comercio exterior será más beneficiosa que perjudicial para México".
(Lic. Mario Ramón Beteta, Secretario de Hacienda y
Crédito Público, entrevista, "Excélsior, 10 de enero de
1976)
Y la de nuestros comerciantes de que los precios subirán sólo hasta límites razonables, la del Gobierno de
que no se aumentarán los impuestos (solamente se impondrán otros nuevos), la de Fidel Velázquez de que
este año sí se retira y la del candidato de que se acabarán las "cachiruleadas", los "apoltronamientos" y los
"políticos chicharroneros". Se los dije: no se vayan.

2.

"Preocupados y profundamente alarmados por la diversidad de noticias respecto a la ausencia periódica o temporal de nuestras principales autoridades y sintiendo el
grave perjuicio que esto acarrea a la entidad, nos vemos
obligados a expresar públicamente. . . LA DIGNIDAD
CIUDADANA, LOS GRAVES PROBLEMAS QUE AFRONTA LA ENTIDAD Y LA SOLIDEZ DE LAS INSTITIJCIONES, EXIGEN LA PRESENCIA PERMANENTE Y PLENA DE SUS AUTORIDADES".
1
(desplegado firmado por el Consejo de Instituciones de
Nuevo León, A. C., "El Porvenir", 9 de enero de 1976)
"CONSCIENTES DE LOS ENORMES SACRIFICIOS QUE
IMPORTA EL CELOSO CUMPLIMIENTO DE LA FUNCION PUBLICA Y DE LOS RIGORES FISICOS QUE IMPONE, AUNQUE VUESTRO SITIO EN LA SOCIEDAD
Y EN NUESTRO CORAZON ES INCOLMAB~~ TRANSIDOS DE DOLOR, NOS RESIGNAMOS -NO CON~
SENTIMOS- CON VUESTRA AUSENCIA." ATENTAMENTE, TRISTE Y ACONGOJADO

EL PUEBLO
"-¿aspira
a
la
senaduría?
3.
-soy funcionario por vocación y por preparación administrador. Siempre he estado en el servicio público y quiero permanecer en él. . . lo único que busco
ahora es que me salga bien el café".
(Lic. Fausto Cantú Peña, Director del Instituto Mexicano del Café, entrevista, "Tribuna de Monterrey", 20 de
diciembre de 1975)

Cuando el sexenio languidece renacen las sombras
y hasta parecen los cafetales sugerir:
está condicionado a lo que vendas
que senador soy ya puedas decir.

�</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>ÓRGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA PREPARATORIA NÚM.

16, NOCTURNA

PARA TRABAJADORES DE LA UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN.
NÚi\lERO EXTRAORDl~ARIO / 13 / JUNIO DE 1977 / SAN NICOLÁS DE LOS GAR.zAS,
NUEVO LEÓN.

Preparatoria 16: sorprendente
..., ...
=::-,

evolución educativa
ANTE LA creciente demanda por e d u c a c i ó n
que cada día exige la juventud mexicana, un grupo de maestros especializados ha emprendido una
reforma en los sistemas tradicionales de enseñanza.
Apoyados en el conocimiento de las más modernas técnicas de enseñanza y en las experiencias de instituciones que laboran a nivel nacional,
el cuerpo de maestros de la Preparatoria número 16 de la Universidad Autónoma de Nuevo
León, ha consolidado ya los cimientos de lo que
puede ser una de las grandes soluciones al grave problema educacional que afronta el país: el

Sistema de Educación Dirigida.
A escasos doce meses de haber iniciado sus
trabajos, la Preparatoria 16 constituye un claro
ejemplo de cómo el trabajo racional y constante, la optimización d.e los. recursos, la capacitación de maestros y la atención e interés individual a los estudiantes, pueden producir grandes
beneficios traducidos en aprendizaje e integración
social a los jóvenes preparatorianos.

Actualmente, sin importar su breve lapso de
existencia, en la Preparatoria 16 pueden ya constatarse los objetivos alcanzados. La dirección
de la escuela, maestros y alumnos conscientes
de e!lo, se preparan ahora para aceptar el reto
que implica constituirse en una preparatoria modelo que sirva como ejemplo nacional.
Resulta verdaderamente interesante conocer
el pensamiento de maestros y a!uffi!Ilos para comprender mejor lo que este centro educativo significa para ellos y para la comunidad.

"EL ADOLESCENTE NECESITA EL APOYO
DIRECTO DE LOS MAESTROS":

DRA. SILVIA MIJARES
"La escuela Preparatoria No. 16, con el sistema educativo que en ella se practica, surgió para aliviar el problema de sobrepoblación estudiantil que enfrenta la Universidad. En un principio se presentó la interrogante: ¿Cómo resolver
esta situación de la manera más adecuada?; esta
pregunta causó cierta inquietud a varias personas que han dedicado gran parte de su vida a la
enseñanza".
Lo anterior fue expresado por la doctora y
licenciada en Filosofía Silvia Mijares, persona de
brillante historial universitario que actualmente
se encuentra dirigiendo la Preparatoria 16 y autora de dos libros.
Dra. Silvia Mijares de Covarrubias, directora
de la Preparatoria Núm. 16 de la UANL.

"Esa inquietud se transformó en una incansable búsqueda de soluciones. Por una par-

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y ' . .;::,::-

. . . ... ·• •,
·:·· ... .·

�te se contaba con la gran experiencia que significa la Preparatoria No. 3 y su sistema abierto
de estudios, dirigido a personas adultas que trabajan, sin embargo, como nuestra población estudiantil es distinta, ya que en su gran mayoría
son jóvenes que recién han terminado la educación secundaria, concluimos que no era posible
aplicar el mismo procedimiento educativo pues
el adolescente necesita del apoyo directo de los
maestros".
"Fue entonces cuando decidimos fomentar
la autodisciplina que caracteriza al sistema de
educación abierto y combinarlo con algunos aspectos propios de los sistemas tradicionales, tales como la asistencia regular a los salones de
clase; llevar un control de asistencia y presentar
los exámenes que marca el reglamento universitario".
"Pero más que nada, nos preocupamos por
ofrecerle al alumno una educación verdaderamente integral. Consideramos que si proporcionamos a los jóvenes cierta educación artística,
_al mismo tiempo que impartimos las disciplinas
científicas de manera adecuada, lograremos que
los estudiantes se interesen por sí mismos en el
estudio y ·principien una búsqueda incansable
del conocimiento".
"Para ello -continuó diciendo la directora del plantel- contamos con todo el apoyo del
Instituto de Artes de la Universidad . . De esta
manera tenemos grupos de jóvenes aprendiendo
a ejecutar instrumentos musicales, ballet clásico, danza moderna, ballet folklórico, fotografía,
etc.".
"En el aspecto científico, hemos logrado
reunir un equipo de maestros con verdadera vocación por la enseñanza. Son gente ~ltamente
capacitada y especializados en sistemas de educación abierta".
"Nuestra planta de maestros está formada
por personas constantes, empeñadas en sus labores académicas. Muchos de ellos pertenecieron a la escuela Preparatoria No. 16 nocturna.
Son pioneros en la aplicación de estos nuevos
métodos de enseñanza".
"Por otra parte -prosiguió diciendo-, conociendo las características de nuestra población
estudiantil, decidimos acumular experiencias para no descubrir lo ya experimentado; además hemos recibido un gran apoyo del Colegio de Bachilleres, institución de gran experiencia cuya
fama se ha extendido por toda América Latina
y sus prácticas han sido una de nuestras principales fuentes de enriquecimdento".
"El auxilio que el Colegio de Bachilleres nos
ha brindado tiene un carácter permanente. Hemos impartido a nuestros maestros cursos de especialización didáctica respetando el área en que
cada profesor se mueve. El verano pasado im. partimos un curso de Pedagogia del Lenguaje Total, cuyos métodos se están poniendo en práctica".
"Una consideración muy importante que nos
ha servido para normar nuestro criterio de enseñanza, ha sido la siguiente: el alullllllo proviene
de una secundaria tradicional, por lo tanto sus
hábitos de estudio son diferentes; como nuestro
interés es modificar esa actitud para que el estudiante asimile al máximo los conocimientos, estamos cambiando lentamente su conducta, de manera no violenta ni radical para que la transformación resulte imperceptible; y siempre respetando el orden que debe prevalecer en la Universidad".
HOJAS DE CULTURA/ 2

ESTUDIANTES QUE PUEDAN TRABAJAR

el examen de la materia que más les convenga,
y¡{ sea la que les resulte más conveniente de
acuerdo a sus inquietudes, o la "más difícil" (como algunos estudiantes consideran a determinadas asignaturas), para concentrarse posteriormente en el área de su interés.

"Al variar los métodos de enseñanza -lo
cual ha dado buen resultado- el alunino tiene
que asistir solamente cuatro horas diarias al
plantel; por tanto, estamos abriendo la oportunidad de que el estudiante piense en trabajar y
así, dejar de ser una carga económica para sus

-El bachillerato debe ser aprobado por los
estudiantes en un término máximo de cuatro semestres, o, si los jóvenes se esfuerzan un poco,
en menos de este tiempo. Los estudios que se
acreditan en esta escuela y los certificados que
aquí se expiden, tienen la misma validez que los
de cualquier dependencia universitaria.

familiares".

"De esta manera- dijo la Dra. Mijares-,
el alumno tendrá una responsabilidad laboral y
académica, la cual lo hará más consciente de su
situación, y por tanto, buscará mejorar su condición personal".

APOYO TECNOLOGICO EN LA EDUCACION
"Como tenemos una concepción distinta en
las formas de impartir conocimientos, ya no nos
valemos únicamente del gis y el pizarrón; como
apoyo a las explicaciones de los maestros utilizamos la televisión, el video-cassett, las cintas
magnéticas grabadas, en nuestro esfuerzo para
avanzar y optimizar la enseñanza. No podemos
cerrar los ojos ante las computadoras y la tecnología en general; son una franca realidad de
nuestro tiempo", concluyó la directora de la
Preparatoria 16.

El arquitecto Alfonso Reyes Martínez, hombre de letras, autor de varios libros, director de
algunas revistas literarias, profesor universitario
y actualmente subdirector de la Peparatoria 16
explica su funcionamiento.

del Sistema Tradicional de Enseñanza Y también
del novedoso método denominado Pedagogia del
Lenguaje Total.

esté funcionando a su plena capacidad, resultará más económico en recursos materiales y humanos.

-Del Sistema Abierto adoptamos el amplio
margen de libertad necesario para desarrollar la
autodisciplina y el autoaprendizaje.

-Estamos deseando entregar otro tipo de
estudiantes a la Universidad y por lo tanto, otro
tipo de hombres a la vida.

-Del Sistema Tradicional hemos tomado,
entre otras cosas, el control sobre el alumno pero de una forma que resulta bastante atenuado,
con el propósito de combinar la libertad necesaria para una autoformación, con la necesidad de
una disciplina y sentido de responsabilidad.

-Es necesario enfatizar que lo que se está
realizando en la Escuela Preparatoria No. 16 no
es de ninguna manera un experimento; es la implantación de un nuevo sistema en base a una
serie de experiencias de otras instituciones y a
las experiencias que nosotros mismos hemos vivido como profesores universitarios.

-Nuestra idea es que la preparatoria debe
ser informativa y formativa. Eso es lo importante de este enfoque.
El licenciado Horacio Salazar Ortiz es coordinador del Departamento de Educación Dirigida
de la Preparatoria 16, autor de varias publicaciones literarias. Recientemente vio la luz la primera edición de su libro Problemas Económicos y
Sociales del Mundo, concebido expresamente para su aplicación pedagógica en las escuelas preparatorias.

,-Pues bien, nuestro sistema de estudios,
aunque toma bastantes elementos de la educación abierta, mantiene diferencias sustanciales
con ésta, por lo cual lo hemos denominado Sistema de Educación Dirigida.

-Uno de esos requisitos es la asistencia regular a las aulas. En este sentido, hemos diseñado los horarios de tal manera que el alumno esté en la escuela cuatro horas diarias regularmente. De esta forma, combinando teoría y laboratorios, tenemos dos turnos: el matutino de
8:00 a 12:00 y el vespertino de 2:00 a 6:00 horas.
Y mientras el alumno debe estar recibiendo asesoría, asistiendo a conferéncias o en la biblioteca, los maestros o asesores mantienen una lista
de sus asistencias.

-Hemos podido constatar que una de las fallas en la escuela tradicional radica en que el
alumno no está sensibilizado artísticamente, y el
arte es tan necesario para la realización individual como la ciencia misma.

-Estamos pugnando por formar estudiantes
críticos, que comprendan la realidad para evitarles así futuras frustraciones. Solamente el estudiante crítico puede comprender el sentido de los
diferentes planteamdentos que él mismo puede
hacer y a qué resultados le pueden conducir.

-Generalmente se tiene una idea equivocada sobre nuestro sistema de estudios. Los padres de familia piensan, quizá por desconocimiento, que debido a la libertad que nos caracteriza,
propiciamos que el alumno no asista a clases.

-Nuestro Sistema de :F,ducación Dirigida
cumple con todos los requisitos que marca el reglamento universitario, demostrando además una
comprobada efectividad.

El nuevo edificio de la Preparatoria No. I 6, se
pondrá en servicio el próximo semestre escolar.
En la gráfica, el avance de la obra, localiz:tda
en el fraccionamiento "lturbide" de San Nicolás de los Garzas.

-Por eso nosotros estamos preocupados por
sensibilizar también artísticamente a los jóvenes,
porque vayan apreciando la música, la pintura, en
general, todas las bellas artes, para que de esa
manera fortalezcan su formación y fundamenten
su criterio.

PREPA 16 ¿COMO FUNCIONA?

\1

1

•

Estas son las declaraciones del licenciado
Salazar Ortiz respecto al sistema de enseñanza
que se desarrolla en la Preparatoria 16.

-El sistema de estudios que estamos desarrollando en la Preparatoria 16 toma elementos
de varias tendencias pedagógicas. Tenemos algo
de lo que se denomina Sistema Abierto; bastante

-De la Pedagogía del Lenguaje Total incorporamos una serie de recursos auditivos, visuales y tecnológicos que facilitan el proceso de
aprendizaje_
-Al conjuntar los factores de estos tres
sistemas, se pretende hacer dos cosas; primero,
liberar al estudiante de la obligación que prevalece en el sistema tradicional de asistir hasta a
siete clases diariamente, por lo tanto, los alumnos preparatorianos salen un poco del "enclaustramiento" a que se ven sometidos. De esta manera se proporciona más libertad reduciendo así
mismo, la carga administrativa de pasar lista seis
o siete veces al dia.
-La segunda pretensión es aumentar las
posibilidades de que el joven aprenda a estudiar
por sí mismo, lo cual le va a ser de gran utilidad
tanto en su carrera profesional como en su propia vida, puesto que pretendemos que su formación resulte menos inhibida, más integral, que
ellos se sientan más realizados como seres humanos.
-Cuando el sistema que hemos implantado

UNA BIBLIOTECA AL SERVICIO DE LA
COMUNIDAD
"La biblioteca de la Preparatoria 16 es un
elemento muy importante dentro del Sistema de
Estudio Dirigido. Nuestra biblioteca está funcionando en forma normal desde diciembre de 1976;
en ella ofrecemos el servicio tradicional, con sala de lectura y el préstamo de libros a domicilio".
Lo anterior fue afirmado por el licenciado
en Filosofía Abraham Ibarra Fernández, encargado de la biblioteca de la escuela Preparatoria No.
16. El licenciado Ibarra Fernández realizó estudios de postgrado en Biblioteconomía además de
S1l cargo, ofrece áyuda y orientación a los usuarios.

"Desde que 1metamos nuestras labores, el
préstamo de libros ha ido en aumento; en la actualidad tenemos un movirruiento diario de 20 volúmenes por turno, es decir, hacemos 40 présta•
mos domiciliarios diariamente".
"El número de volúmenes en nuestra biblioteca es de 736; todos ellos han sido cuidadosamente seleccionados de acuerdo a las materias
que se imparten en la escuela y a la bibliografía
que recomiendan los maestros. Hemos tratado
de coordinar en todo lo posible las materias que
aquí se imparten con el servicio de información".

-En un semestre impartimos las mismas
ocho materias que cualquier preparatoria; cada
materia está dividida en cuatro unidades y para
cada unidad se ofrece una conferencia de hora
y media de duración, con todo el asesoramiento
individual necesario hasta que el alumno haya
comprendido perfectamente lo expuesto; todo esto, dentro de un límite razonable de tiempo.
-Sip. embargo, como en este sistema hemos
eliminado la represión que tradicionalmente ejercen los maestros hacia los estudiantes, brindamos la opción a nuestros alumnos de presentar

Los alumnos utilizan diariamente las instala•
ciones de los laboratorios de Física, Química
y Biología, preocupación central de la adminis•
tración de la escuela.

-Como consideramos que nuestro objetivo
es cap a citar, tratamos siempre de motivar a los alumnos, para que ellos mismos se vayan interesando por el estudio y puedan convertirse fundamentalmente en lectores.

"Como en nuestra biblioteca -prosiguió el
licenciado Ibarra- todo el material está organizado de acuerdo a las reglas internacionales de
Biblioteconomfa, frecuentemente ofrecemos pláticas sobre la organización y el uso de los centros
de informática y documentación".
También, y con la colaboración del Instituto de
Artes de la Universidad, se iniciaron cursos de
canto y guitarra, bajo la dirección del maestro
Osear Garza Treviño, (a la extrema derecha).

El deporte se practica intensamente bajo la vigilancia de maestros capacitados.

"En esta biblioteca estamos abandonando el
concepto antiguo que se tiene sobre las mismas,
La biblioteca ya no es el lugar donde se está estudiando en silencio; ahora es el centro donde

, HOJA$ DE CULTURA

f

3

�se utilizan nuevos sistemas, tales como grabadoras, diapositivas, microfilms, películas; incluso
-agregó el licenciado !barra-, tenemos el proyecto para hacer en un futuro próximo, una discoteca".
"Nuestro sistema ha dado muy buen resultado; se está aprendiendo bastante rápido a utilizar la biblioteca. Los alumnos están comenzando a valorar los libros; algunos son regresados
con forro ... ".
Para confirmar sus palabras el licenciado
Abraham Ibarra muestra varios volúmenes cuidadosamente protegidos con material plástico.
"La Dirección de la escuela --continuó diciendo- ha puesto una gran atención en el desarrollo de la biblioteca, ya que se tiene la idea de
ponerla al servicio de las personas que habitan
cerca de este centro escolar. Así muy pronto,
podrá venir cualquier vecino a solicitar en préstamo algún libro".

Los maestros son el canal intermedio entre
el conocimiento y el gran potencial receptivo y
creativo que encierran los jóvenes. De la capacidad y dedicación profesional de los maestros
depende en gran medida que ese potencial se
traduzca en beneficios tangibles para provecho
de los mismos alwnnos, de sus hogares y de la
sociedad en que viven.

ESTAS SON LAS OPINIONES DE ALGUNOS
MAESTROS DE LA PREPARATORIA 16. SE
REDUCE A LA MITAD EL GASTO EN LIBROS.
"Como todos los que trabajamos aquí somos
maestros de tiempo completo, nunca estamos en
plan pasivo. Cada vez es más intensa nuestra
participación en la elaboración de los textos y
en la búsqueda de nuevas formas de motivación
para que él alumnado participe". Indicó la licenciada Ludia Garza, secretaria del Departamento
de Educación Dirigida de la Preparatoria 16.
Añadió que gran parte del material didáctico, así como los libros que se utilizan, son recopilados, adap'tados y hasta impresos en los talleres de la escuela, razón por la cual se pueden
vender a los alumnos al precio de costo.

HOJAS DE CULTURA/ 4

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Añadieron que se han seleccionado lecturas
accesibles y amenas para que el alumno encuentre facilidad al leer y que entre los autores que
se han seleccionado para los diferentes cursos están: Agustín Yáñez, Juan José Arreola, Mario
.Vargas Llosa, Franz Kafka, Albert Carnus, Francisco de Quevedo, Lope de Vega y Cervantes, así
como los clásicos griegos de la Tragedia.
"La biblioteca de la escuela, a la cual los
alumnos tienen la obligación de acudir regularmente, cuenta con varios tomos de las lecturas
que componen nuestro programa de estudios".
Subrayaron las maestras.
Expresaron también que el aspecto recreativo del taller consiste en que los alumnos comiencen a escribir sus propias obras de teatro.
Aseguraron las profesoras que recientemente un grupo de alumnos, escribió y montó sus propias piezas teatrales, las cuales resultaron muy
divertidas.

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EL INGLES LLAMA LA ATENCION.

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ESTUDIANTES QUE SE AUTOREALICEN
"Existe una gran diferencia entre el estudiante de las escuelas tradicionales y el estudiante que asiste a la Preparatoria 16 con su Siste-

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PREPARATORIANOS QUE ESCRIBEN OBRAS
DE TEATRO
"Hemos descartado la enseüanza de la historia de la literatura para acercar a los jóvenes
a las obras de los autores que estudiamos. Por
medio de esas lecturas los estudiantes comprenden que la literatura también refleja modos de
vida, costumbres y problemas sociales".

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"Cuando los estudiantes llegan a las diferentes facultades, uno de sus principales problemas
es la traducción de libros, que en ese nivel uní. versitario se utilizan; por esa razón hemos enfoExpresó también que el Sistema de Estudio cado nuestro curso primordialmente a la traducDirigido reduce casi a la mitad el gasto que los ción". Indicaron los profesores Luis Alberto Pérez Chávez y Alfonso Tovar Tovar, encargados
alumnos tienen que hacer en libros.
de la enseñanza del Inglés en la Preparatoria No.
"El Sistema de Estudio Dirigido es algo que 16.
beneficia a todos", "subrayó la Lic. Garza.
Manifestaron además que, sin embargo, algunos alumnos están exigiendo mayor actividad
EL ÑUMERO DE ALUMNOS QUE ABANDONA en la práctica oral de la mencionada lengua extranjera.
LA ESCUELA ES MINIMO.
"Estamos integrando las academias para
que el alumno vea la relación de una materia con
otra. De esta manera facilitamos el aprendizaje".
Aseguró la Lic. en Letras Españolas Josefina
Díaz Olivares, coordinadora académica y maestra del Taller de Redacción.

.

Expresó que así lo demuestran los datos estadísticos que se han elaborado para controlar el
Sistema de Estudio Dirigido. Esos datos -continuó diciendo- servirán también para elaborar
la historia de nuestro plantel.

Lo anterior fue afirmado por las maestras
Leticia Rernández y Nora Celia Salazar. Ambas
· cursaron la Licenciatura en Letras Españolas y
"Como expresé anteriormente, estarnos pre- actualmente están encargadas del Taller de Lecparados para manejar cualquier volumen de li- turas Literarias en la Preparatoria 16.
bros ya que se tiene el mayor cuidado en •el proIndicaron también que la Academia de Lecceso técnico de la biblioteca".
turas Literarias está concebida como un taller
"Recientemente hemos distribuido el regla- para que el estudiante al ir directamente a la
mento interno a todos los usuarios para ejercer fuente pueda hacer una critica manejando los
nuestras funciones de manera adecuada", conclu- instrumentos de análisis que ellas mismas les proyó el joven profesionista encargado de los servi- porcionan.
cios de información de la Preparatoria 16.

•..,,.

Afirmó también que al facilitar el aprendizaje, se reducen considerablemente los casos de
alumnos que abandonan los estudios.

Danza moderna, clásica y contemporánea. Los
alumnos se introducen en las disciplinas artísticas con gran entusiasmo. En la gráfica, algunas
de ellas.

ma de estudio Dirigido. Aquí el alumno se ve su padre conduce un transporte pesado. Tomás
motivado a estudiar por sí mismo, por lo tanto ·estudia el segundo semestre y planea ser méditiende a autorealizarse". Afirmaron los maes- co o licenciarse en Derecho.
tros de la academia de Biología, profesores bió"Yo no conocía el Sistema de Estudio Dirilogo Víctor Vargas López y doctor Jorge Rubén
gido,
pero siento que uno se responsabiliza más
Garza.
en el estudio para poder salir adelante".
Por otra parte, añadieron los maestros, el
" No hay ninguna presión por parte de los
alumno se vuelve más independiente del profemaestros
para presentar exámenes y siempre nos
sor, lo cual facilita la superación de los obstácuayudan
todo
lo po.sjbJe para seguir avanzando... ,
los que se les presenten cuando tengan que eneste sistema definitivamente no propicia 'la cofrentarse a la vida profesional.
pia' porque hay varios tipos de examen y los
En el aspecto relacionado con su cátedra, maestros nunca te pueden poner el mismo qpe
los profesores expresaron que el sistema audio- a tus compañeros; no sabes cuál te va a tovisual ha sido un gran apoyo para el laboratorio car ... ".
de Biología, puesto que hay prácticas que incluJoel Gutiérrez Jasso. Edad: 15 años. Es hiso no pueden hacerse en el país, pero que los
alumnos pueden ir siguiendo paso a paso en la jo de un trabajador pensionado; cursa el segundo semestre y piensa ser médico.
televisión.

ALUMNOS CON MENTE CRITICA Y FLEXIBLE
"El papel de la Filosofía en la preparatoria
es importante puesto que trata de que los jóvenes desarrollen un criterio propio con base sólidamente establecidas". Indicó la doctora Silvia
Mijares quien imparte dicha materia en la Escuela
Preparatoria No. 16.
Señaló que para impartir la asignatura se
utiliza el método científico, el cual permite analizar las diferentes corrientes de conocimiento filosófico y proporciona además la libertad individual de elegir una concepción propia de pensamiento.
"Se pretende, añadió la doctora ,Mijares, sensibilizar al alumno para que adquiera una mente
flexible y crítica".
Y LOS ALUMNOS DE LA PREPARATORIA 16
¿QUE DICEN?

"Sentí un poco el cambio de la secundaria a
la Pr epa 16; las materias se llevan en otra forma. Aq ui puedes presentar primero el examen
de la materia que te gusta más".
" ... además hay torneos de fut o voli dentro de la escuela y actividades artísticas apoyadas por el Instituto de Artes".
"Creo que el Sistema de ·E,studio Dirigido
nos ayuda a aprender mejor y a hacernos más
responsables. . . nos impone el hábito de estudiar ... ".

Antonio Martinez Mercado. Edad: 16 años.
Su padre maneja un trasporte urbano. Antonio
quiere estudiar la licenciatura en Administración
de Empresas.
" ... ahora si noto que hay una diferencia
muy marcada entre la secundaria y la Prepa 16;
aquí uno viene siendo su propio maestro. Lo
que no entiendes lo consultas con el asesor y
cuando has comprendido todo te presentas a hacer el examen . . . ies más fácil!".

Los jóvenes estudiantes son la parte medular del Sistema de Estudio Dirigido. Ellos, como
parte vital de este proyecto, expresan también sus
impresiones.

" .. . aquí no puedes copiar. . . en la secundaria sí, todo el grupo presentaba el examen en
conjunto".

Tomás Sánchez Sauceda, 16 años de edad,

Juan Villarreal Villarreal. Edad 16 años. Su

padre es electricista automotriz y Alcalde 2o. Judicial en General Escobedo, N. L. Juan cursa el
segundo semestre y quiere ser ingeniero agrónomo o médico veterinario.
"No, no conocía este sistema de enseñanza.
En las otras escuelas que he conocido no hay la
misma comunicación que aquí".
"En la Prepa 16 los maestros lo ayudan más
a uno para salir adelante ... ".
Edelmiro González Rojas. Edad: 16 años. Su
padre es ferrocarrilero. Edelmiro estudia el segundo semestre, por su plática demuestra una
gran preocupación social.
"Si, me gusta la Prepa 16; aquí el alumno
se sabe valer por sí mismo. . . se estudia cuando se siente el deseo, no porque te estén forzando. Desde luego, ayuda bastante la voluntad de
uno y eres tú quien te ayudas o perjudicas".
"Generalmente sales bien, mi grupo del semestre pasado está casi completo. . . también me
agrada el trato con los maestros ... mira, muchas
veces los muchachos no tienen la suficiente confianza para platicar sobre sus problemas ni en
sus propias casas; se los cuentan a sus "cuates"
que. casi nunca los sacan de ningún apuro; pero
aqm en esta escuela, el maestro te da mucha confianza, puedes platicar de todo con ellos ... , son
tus amigos, y como buenos amigos, siempre te
aconsejan por tu bien" .
Cuando preguntamos a Edelmiro qué carrera deseaba estudiar, reflexionó 1un momento y no
dudó en contestar:
"Creo que debe estudiarse para ayudar a los
demás ... , ¿de qué sirve que uno viva bien si el
resto vive mal? ... . quiero estudiar algo para poder servir a la gente".
"Aquí en la escuela hay un psicólogo que
trabaja como orientador vocacional ... ".
Sergio González Franza. Sergio tiene 15
años, cursa el segundo semestre; su padre es
obrero y él desea llegar a ser ingeniero en electrónica y comunicaciones.
HOJAS DE CULTURA/ 5

�"Aquí nos enseñamos m-uy bien a estudiar
solos, cuando hay alguna duda vamos con los
maestros y ellos nos la aclaran; casi siempre salimos bien; mis compañeros pasaron casi todos".

de flojear porque en otras prepas hay un horario
fijo y más largo, pero no es así. .. ".

NUEVAS Y FUNCIONALES INSTALACIONES
"Me gustaría ser ingeniero en electrónica Y
com-unicaciones; es una carrera de mucho futuro, se pueden crear y perfeccionar aparatos para la medicina, para las comunicaciones; es una
carrera con la que se puede ayudar a la gente".
Karla Suárez Muñoz. Edad 15 añós. Karla
cursa el primer semestre, su padre tiene varios
negocios, ella planea estudiar administración de
empresas con el propósito de ayudar a su familia.

,

"Se me hace más fácil estudiar en este sistema porque aquí nos dan más li):lertad y nos
hacen sentirnos más obligados y responsables de
nuestros propios trabajos".
"Yo venía de una secundaria tradicional y
encontré que aquí tenemos que estudiar constantemente; siempre tenemos que hacer alguna tarea. He cambiado mis hábitos de estudio porque
aquí necesito estudiar conforme a lo que vayan
dando".
Blanca Alicia Báez Tobías. Edad· 16 años.
Blanca cursa el primer semestre y aún no decide
qué carrera va a estudiar.
"Al principio se me hizo muy raro porque
tenemos una semana de conferencias y otra para
examen. . . Sentí el cambio porque no estamos
acostumbrados, pero fue fácil. Aquí el maestro
se preocupa porque comprendas lo que los demás
están viendo ... algunos piensan que aquí se pue-

El actual edificio que ocupa la Preparatoria
16 se encuentra situado en Ramón de Campoamor No. 1330 de la colonia Análmac". Este inmueble ha sido adaptado para poner en marcha
el proyecto denominado Sistema de Estudio Diririgido.
Aunque los requerimientos básicos para el
funcionamiento del proyecto se cumplen ampliamente, muy pronto el local actual resultará insuficiente para recibir al creciente número de recién egresados de la escuela secundaria.
Por tal motivo, el rector de la Universidad,
Dr. Luis Eugenio Todd, ha destinado una considerable inversión para la construcción de un moderno conjunto escolar, que quedará situado en
la colonia "Iturbide", del municipio de San Nicolás de los Garzas, N. L., pero dentro del área
metropolitana de Monterrey.
La fase inicial de la construcción consta de
20 aulas, iluminadas y ventiladas convenientemente, con capacidad para 50 alumnos cada una
y distribuidas en dos niveles; 3 laboratorios debidamente equipados para efectuar en ellos las
prácticas que las ciencias experimentales requieren, y un amplio local destinado a biblioteca; así
como las suficientes instalaciones deportivas.
Posteriormente se construirá el edificio que
alojará al equipo administrativo de la escuela.

El acceso a las instalaciones escolares se
logrará de una manera rápida y fácil, ya que se
encuentran situadas en una zona donde el tráfico es menos denso que en el resto de la ciudad,
y están comunicadas por el servicio de transporte urbano.

jes que dan nombre a la obra. Los temas manejados son: la creación, la existencia de Dios, la
religión y la naturaleza. Estos temas son discutidos entre el Sacerdote y el Moribundo con distintos puntos de vista; pero mejor fundamentados los del Moribundo.
El Sacerdote asiste al Moribundo dándole
los "santos óleos" que son rechazados por éste:

Con sus funcionales instalaciones, su personal altamente calificado, su nueva concepción de
la enseñanza y su entusiasta juventud, la Escuela Preparatoria No. 16 de la Universidad de Nuevo León, señalará muy pronto -estamos seguros- el camino que en un futuro habrá de seguir la educación.

"SACERDOTE: ... hijo mío: ¿Te arrepientes
tle los pecados ignominiosos ... ?
MORIBUNDO: Sí, amigo mso, me arrepiento
de verdad ... Veréis, yo considero que he sido
creado por la naturaleza. . . con pasiones fuertes y aficiones muy marcadas. . . de lo que me
arrepiento no es de mis pecados, sino de haber
hecho un uso moderado de las facultades "pecadoras".

Este reportaje ha sido una aportación de José
Molina a la Preparatoria No. 16.
El trabajo fotográfico fue realizado con la colaboración de los jóvenes: Luis Enrique Narváez
Flores, María Martha Macías Espinoza, Martha
Esthela Villanueva Orta, María Teresa Narváez
Flores, Juan Pedro Ortiz y Blanca Esthela
Cázares Camacho.
Alumnos del Taller de Fotografía del Instituto de
Artes y de la Escuela Preparatoria No. 16 de la
Universidad Autónoma de Nuevo León.

La sonata a Kreutzer
La habilidad de Julián Guajardo (aparte del
acierto de selección de la obra) está en combinar
y conciliar adecuadamente todos los elementos
para expresar su particular manera de enfocarla; los caminos a elegir, las alternativas, pudieron haber sido varios, pero la solución que le dio
La Sonata a Kreutzer apareció al público en el director fue un acierto, pues la sobriedad y
1891. Esta obra nos presenta ía destrucción de el momento en que está ubicada la obra la colocreencias aún arraigadas en nuestro tiempo: ele- can en su justo término, pues, repito que aun
var el amor a un ideal poético, sin ponerse a con- cuando no se esté plenamente de acuerdo con alsiderar realmente lo que está en juego al rela- gunas concepciones lo importante es el cuestiocionarse amorosamente un hombre y una mujer; namiento no de un matrimonio, sino de éste coconsiderar a la mujer como hacedora de hijos y mo institución derivada y alimentada por la sofinalmente al destruirse el ideal poético con el ciedad.
matrimonio, no quedar más que utilizar al cónyuge como objeto sexual; nos habla también de
Todo el ambiente y el color del escenario
la corrupción y el comercio del sexo que mu- nos recuerda, aparte del momento en que fue
chos jóvenes practican antes del matrimonio y realizada, la sensibilidad y la meticulosa tranquique además se considera sano y moral; critica a lidad, feroz, con que Tolstoi relata la historia
la sociedad que supuestamente practica la mono- del matrimonio.
gamda, pero que sin embargo admite como algo
natural la poligamia.
La adaptación está tan bien resuelta, que
Sin embargo algunas soluciones que Tols- no obstante tener sólo dos personajes, la atentoi apunta a estos problemas quizá no son las ción no decae en ningún momento, pues la acmás adecuadas a nuestro tiempo ni a nuestra tuación y la dicción, (que son tan importantes),
manera de pensar, pero cabe decir que lo más aparte de los movimientos, hacen que la obra no
valioso de esta obra reside en que pone en cri- resulte monótona.
sis al matrimonio como institución y lo cuestioOjalá y este tipo de obras, que son un verna ferozmente; es precisamente por esto que la
dadero
aporte sigan poniéndose en escena por el
obra, en el momento de su aparición, fue prohiInstituto de Artes de la Universidad.
bida por la censura.

POR ALBERTO VILLEGAS C.

La nueva Escuela Preparatoria No. 16 entra·
rá en funcionamiento al inicio del próximo semestre escolar servirá a un gran sector de la población que habita al norte de la ciudad principalmente en las colonias Villa Universidad, Cuauhtémoc, Ferrocarrilera, Topo Chico, El Roble, y
en los municipios de San Nicolás de los Garzas, y
General Escobedo, N. L.

TEATRO

LA COMPAÑIA Titular de Teatro de la UANL,

El pensamiento de Sade

POR LUCILA GARZA DE REYES

presenta en el Teatro "Mayo" Universitario una
adaptación al teatro de la novela de Tolstoi, La
Sonata a Kreutzer. Actúan Rubén González Garza y Nuria Bages dirigidos por Julián Guajardo.

SACERDOTE: Pero ese razonamiento es fa.
laz. Atribuye a la naturaleza lo que no es sino
producto de tu carne corrompida. Dios no te
creó para eso ...
ESCRITOR francés del siglo XVIII. Poco conocido como literato, sus obras han servido para
arrojarle los más crueles adjetivos y registrarlo
en los casos patológicos de la psicología. Casi
no fue leído por sus contemporáneos. Tuvo su
peor enemigo en su suegra, ésta se opuso a que
las obras de su depravado yerno fueran difundidas. Fue enjuiciado por llevar al exceso sus prácticas libertinas -muchos de los casos fueron injustificados-. .En su abundante producción trata varios géneros: discursos, epístolas, teatro y
novela. Ahora en su obra encontramos que la
mayor parte de los casos patológicos actuales
fueron tratados por el Marqués de Sade con un
conocimiento profundo de la psicología, anticipándose a Freud casi una centuria. Estos datos
elementales y la muestra del pensamiento de Sade -a continuación- son la intención de esta
nota.

MORIBUNDO: Por favor, amigo mío soy un
moribundo; no añadáis a mis pesares sofismas
falsos".

realmente que lo que hoy es un vertebrado bípedo se convierta mañana en varios ciempiés y una
docena de gusanos?".
Al rechazar a Dios y a Jesucristo como
ideales, como imperfectos y vituperándolos a
través de toda su producción, Sade se torna ateo:
"Cuando el ateísmo pida mártires, estoy dispuesto a verter mi sangre por él; pero por ese cristianismo ... no siento más que desprecio".
La existencia de Dios fue puesta en tela de
duda por Sade, utilizando al Moribundo para
plasmar los pensamientos fundamentales de su
obra y existencia.
"SACERDOTE: Dime, hijo mío, ¿acaso no
crees en Dios?
MORIBUNDO: No, y tengo muy buenas razones para ello; es imposible creer en algo que
no se puede comprender. . . cuyos caminos no
puede entender vuestra limitada inteligencia,...
si no lo podéis comprender, no podéis demostrar
su existencia, y si no la podéis demostrar, sois
loco o neciq al creer en él.
SACERDOTE: ¡Pero sí puedo demostrar su
existencia!. . . conoces el alegato de Santo Tomás de Aquino: todo efecto debe tener una causa, y la primera causa debe ser suprema ...

Dentro de la producción sadeana hay una
obra con el título de Diálogo entre un sacerdote y un moribw1do que tomo como base. En
ella surge una polémica entre los dos persona-

Vemos que por boca del Moribundo, Sade no
acepta a un Dios idealista porque éste no va de
acuerdo con sus principios materialistas., Sade
cree en la naturaleza como gestora de todas las
cosas. Para ella no hay misterios, a nadie tienta poniéndolo a prueba, nada aniquila, antes bien
todo Jo transforma porque la materia no desaparece. Este creer en la naturaleza lo encontramos
en Justina cuando el Conde de Bressac se propone asesinar a su tía, utilizando a Justina para
que consume el acto. Esta se niega y tiene que
escuchar los argumentos del Conde respecto al
asesinato: "Los legisladores se oponen al asesinato porque se considera que es la destrucción de
un ser humano. En realidad, el hombre carece
de la capacidad para destruir; lo más que puede
hacer es alterar la forma de una cosa. Por lo
tanto el asesinato no es destrucción, sino transformación. ¿Puede valorar la naturaleza una forma por encima de la otra? ¿Puede importarle

Dos imágenes

El sentido del arte

POR ALFONSO REYES MARTÍNEZ

POR SILVIA MIJARES

Voltear a la orilla del mundo
sólo ver el trasunto de la imagen
y la luz designio de Jo imponderable
ver hundirse el sueño más puro
en el agujero del aire
y sin embargo
oír la voz caída de lo alto
polvo herrumbre de planetas desolados
proclamando la poesía.
El niño hunde los ojos
en el jardín de las estrellas
y a su pregunta
clara como trino
despiertan en tumulto
las raíces de la sangre
un silencio secular
un sueño reconocido
única herencia
en el reino de la Iuz

EL ARTE es un poderoso estímulo que saca al
hombre de su tranquilidad e indiferencia, ya que
a través de la vivencia estética se entusiasma,
ama, se alegra, llora, se indigna, odia.

MORIBUNDO: ¡Oh, sí! ... Demostradme que
la materia es inerte y admitiré que ha tenido
que haber un "impulsor inicial".
SACERDOTE: Pero ¿qué dirás del orden del
universo?
MORIBUNDO: Todas las maravillas que atribuís a vuestro Dios son tal vez el resultado de
accidentes; el resultado de leyes físicas que vuestra lógica y matemáticas no son capaces de definir debido a su insuficiencia".
El ateísmo, la naturaleza como creadora de
todo, el placer exagerado de los sentidos son
constantes que se manifiestan a lo largo de la
obra de Sade. Ejemplo: Justina, Julieta, Filosofía en la alcoba, La marquesa de Gange, Los cri•
menes del amor, etc.

objetos, acontecimientos y fenómenos reales en
la vida misma.

El mundo es infinitamente múltiple y diverso. El pensamiento teórico separa siempre lo
La asimilación estética de la realidad es una esencial de lo inesencial, no permite al hombre
actividad específicamente humana y por tanto que se pierda en detalles; por ello es uno de los
social. Además, el contenido espiritual del hom- medios fundamentales gracias a los cuales la
bre se halla determinado por la riqueza de sus
ciencia guía a la práctica. Pero en la práctica
rel~ciones prácticas con el mundo que lo rodea.
Al asimilar y valorar el mundo estéticamente, el real los hombres no sólo se tropiezan con este
ser humano no cobra conciencia de sí mismo, es tipo de problemas teóricos, sino que se hallan ¡¡.
decir, únicamente en el curso de la asimilación gados indisolublemente a lo casual. Por esto en
práctica del mundo y sobre la base de ella, el la experiencia práctica entra forzosamente el arhombre se eleva al grado de espiritualidad que te de orientar enmedio de las casualidades. Así
le permite experimentar las vivencias estéticas.
la relación estética del hombre con la realidad
es un modo de captar esa realidad. Por lo ta t
.
.
é.
no,
La asimilación estética nos proporciona una 1a conc1enc1a
est t1ca se forma en el crisol Jaboserie de conocimientos y de experiencias de los noso de toda la práctica social.

CDil&gt;uJo del pintor oerardo cantll)

HOJAS DE CULTURA/

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HOJA:s DE CULTURA / 7

�EN LA PREPARATORIA

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Ciclo cine test1mon10
POR JESÚS l\1ARIO RA.MOS CORONADO

DURANTE el mes de mayo, la Preparatoria Núm.
16, inició un ciclo de películas testimoniales, gracias a la colaboración de Difusión Cultural del
Instituto de Artes que ditige el licen~iado Miguel
Covarrubias.
Dicho ciclo estuvo integrado por diferentes
grupos dedicados a este tipo de actividades cinematográficas, cuyas realizaciones están completamente al margen de la cinematografía oficial.
El cine testimonio es de un carácter netamente educativo; es una forma directa de interiorizarse en la realidad, encontrar sus contradicciones internas y externas en su devenir dialéctico para encontrar el sentir de este proceso;
puede decirse que es un proceso de concientización por la vía estética.
"ATENCINGO" / producida: Grupo Cine
Testimonio, 1973 / dirección: Eduardo Maldonado. Es el relato de la historia de los habitantes
de la zona de Atencingo, al sur del Estado de
Puebla, en contra de la corrupción y cacicazgo
impuesto por los terratenientes extranjeros y que
prosiguió a través de sus macabros sucesores:
caciques, dueños y representantes del gobierno.
Lo fundamental de esta cinta es que no se queda
en el relato anecdótico de una de tantas tragedias de la lucha social del campesino, sino que
pone una grave motivación en la combatividad y
capacidad organizativa popular. Los campesinos
hablan directamente a la cámara, forma brechtiana de contenido crítico social fascinante, ya que
tenemos la estructura idiomádco-político que no
habíamos visto en ninguna cinta nacional.
"UNA Y OTRA VEZ" / producida: Grupo
Cine Testimonio, 1972-75 / dirección: Eduardo
Maldonado. Se presenta comlO un estimulante
documental que adopta la forma técnica directa para fusionar la intercomunicación entre los
obreros. Cinta original en su desarrollo fílmico
ya que estuvo en relación temporal con los acontecimientos históricos que relata. Es la secuencia histórica de la pugna de los obreros de la
refinería de Azcapotzalco, sección 35 del STPRM
(Sindicato de Trabajadores Petroleros de la República Mexicana) en contra del control sindical,
fenómeno mejor conocido como "charrismo". Es
un lamentable recuento de como los líderes del
movimiento democrático, son absorvidos por la
corrupción. Trata de la insólita crónica social,
en vivo, del proceso mediante el cual vemos la
metamorfosis de los líderes que al pretender un
movimiento intersindicalista, de naturaleza hellOJAS DE CULTURA/ 8

roica, pero dado sin la participación genérica de
las secciones del sindicato; puro y aislado, es derrotado con anticipación a su concretización.
"CHIHUAHUA, UN PUEBLO EN LUCHA"
/ producida: CUEC, UNAM, Grupo Cine Octubre / dirección: T. Lengerica, A. Sánchez, y A.
Madrigal / filmación: colectiva. Cinta bien estructurada y lograda que aborda un hecho concreto·gracias a la experiencia política-cinematográfica de los grupos que la produjeron. La película empieza manejando datos económicos: recursos naturales del estado, su ganadería, agricultura, desarrollo industrial, etc. Posteriormente se hace referencia a la monopolización por
parte del Banco Comercial Mexicano que posee
los medios de producción, explotación y recursos naturales de la entidad. Aparece entonces el
largo y sostenido proceso de lucha política por
reivindicaciones populares y a partir de esta
conciencia que se convierte en compromiso militante. un pnmer paso: sucesos sobre combates
guernileros, acciones prematuras dictadas por
,as margit.ales condiciones del campo y subsiguiememente acciones que impulsaron la movilización de masas, hasta el establecimiento del
Tribunal Nacional Popular que sentenció y condenó al estado y a la burguesía y la consigna al
pueblo a cumplirla. Prosigue con la formación
del Comité de Defensa Popular que se constituyó
en un instrumento de lucha y logró importantes
triunfos. Cinta que emplea a la perfección la información, los métodos de lucha y la función politizadora que el espectador necesita para despertar una actitud de solidaridad con los problemas de las mayorías oprimiidas.
"PREFERENCIAS" / producida: CUEC / dirección: José Mario Luna García/ adaptación cinematográfica a un cuento de José Revueltas. El
argumento se desarrolla en una vecindad donde
habita gente socialmente marginada. Una mujer
sola es ayudada en su parto por las vecinas pero ella fallece. Los inquilinos de la vecindad,
conmocionados por el suceso, se avocan a la tarea de recolectar fondos para "celebrar" los funerales, celebración que no es otra cosa que un
exceso orgiástico de alcohol por parte de los
vecinos que tendrá como consecuencia la muerte del recién nacido por la irresponsabilidad de
éstos. Cinta que aborda una temática cruel ya
que los personajes no tienen ninguna salida.
Los dos hechos apuntados van muy de acuerdo
con la idiosincracia del mexicano, ya que éstos

sirven de excusa para "celebrar", pero es la
muerte la que está más profundamente arraigada en esa mentalidad debido a que constituye para ellos la única salida posible a su condición social.
"CAMINANDO PASOS. . . CAMINANDO"
/ producida: Patricia Weingartshofer / dirección:
Federico Weingartshofer / reparto: Ernesto Gómez Cruz, Salvador Sánchez, Patricia Reyes, y
la participación de toda la comunidad matlatzinca de San Francisco Oxtotilpan. En una olvidada comunidad indígena, donde lo cotidiano es la
misena y el abandono, Eulalia Guardado trata de
irse del pueblo en que se encuentra por un error
burocrltico. Su vida cotidiana que transcurre
ab;.;1-rida, le ha ido descubriendo a Eulalio Guardado las dificultades de supervivencia de los niños, la lucha contra el cacique, la falta de caminos, falta de atención médica. Resignado a quedarse, estrecha lazos afectivos con Flavina que
acepta a Eulalia Guardado como una esperanza.
Ante los ojos del maestro se precipitan una serie de acontecimientos que lo llevan a cuestionar su actitud: la desaparición de campesinos, el
rapto de la esposa del cacique, la guerrilla, la
desintegración de la familia campesina, y que su
proyecto de la carretera será para enriquecer al
cacique; sin embargo, sigl::Js de tierra muda se
ve violada ruidosamente por la máquina que
anuncia la ineludible llegada del camino.

Deportivas
EN NUESTRA Preparatoria se llevó a cabo en
el mes de mayo el torneo interior de futbollto.
La inauguración fue presidida por nuestra directora, doctora Silvia Mijares de Covarrubias y el
subdirector arquitecto Alfonso Reyes Martínez;
la declaratoria inaugural le correspondió a la directora de nuestro plantel, y además dio el prin:er saque con que se inició dicho torneo.
Por otra parte la preparatoria participó con
dos equipos representativos en el torneo intrauniversitario de Futbol Soccer quedando nuestro
equipo de segunda fuerza en 5o. lugar y el equipo de especial en 60. lugar, entre 20 equipos participantes en cada categoría; felicitamos a los
integra.'ltes.
En otro deporte, el tenis, hemos tenido una
exitosa participación por parte del alumno Angel Ochoa finalista hasta el momento de concluir esta nota, en el Torneo Intrauniversitario
de Tenis. Este gran tenista ha destacado en otros
torneos pero en éste es altamente significativo,
puesto que representa los colores de nuestra
preparatoria. Felicitamos efusivamente al tenista Angel Ochoa.

f-IOJAS

DE

CULTURA
UNIVERSIDAD AUTÓNOMA
DE NUEVO LEÓN
PREPARATORIA NÚM.

16,

NOCTURNA PARA TRABAJADORES

Directora/ doctora Silvia Mijares de Covarruhias.
Subdirector / arquitecto Alfonso Reyes Martínez.
Coordinador académico / profesor Sergio Antonio
Escamilla Tristán.
IIOJAS DE CULTURA

Director / Alfonso Reyes Martínez.
Redacción / Jesús Mario Ramos Coronado.
Ilustraron este número los pintores Armando
López y Fernando Sánchez.

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                    <text>Hojas de cultura. Hojas de cultura;. Hojas
de cultura. Hojas de c
ORGANO DE MAESTROS Y ALUMNOS DE LA PREPARATORIA NUM. 16,
DE LA UNIVERSIDAD AUTONOMA DE NUEVO LEON.
NUMERO 15 / MAYO DE 1979 / SAN NICOLAS DE LOS GARZAS, NUEVO
LEON.

La Preparatoria Núm. 16 se ha consolidado:
doctora Silvia Mijares
Desde el día que se colocó la primera piedra
de la Escuela Preparatoria 16 hasta la fecha, ha
transcurrido poco tiempo, sin embargo el desarrollo ha sido intenso y la prueba de ello es que
nuestro sistema se ha consolidado.
Con palabras precisas, la doctora Silvia Mijares, Directora de la Preparatoria 16 de la UANL,
hace referencia a un proceso iniciado hace solamente 5 años y cuyos logros son ya palpables:
"Del edificio prestado en el cual comenzamos a
funcionar q'ueda únicamente el recuerdo; ahora
contamos con instalaciones nuevas y funcionales; el Sistema de Estudios Dirigidos es también
una realidad. Estos son testimonios irrefutables
del trabajo que aquí se hace" indica la Directora de la escuela.
Explica que el Sistema de Estudios Dirigi..1
dos está concebido para resolver los problemas
cada día más agudos que plantea la necesidad
de implementar la educación masiva en un paf&amp;
como el nuestro, en donde llegar a las aulas
universitarias es privilegio de unos cuantos.
Subraya también que la Preparatoria 16 ya
está posibilitada para trabajar a su capacidad
maxirfia, la cual es de 3,000 alumnos y que este
sistema está adaptado especialmente para ado'lescentes, pero en un momento dado podrían ha-.
cerse los arreglos para que fuese acoplado también a la mentalidad adulta.

Auden:
la vida de la n1uerte
"El aforismo es esencialmente un género
aristocrático de escritura", escribía Auden en
1962 en la introducción a una extensa antología
de aforismos recopilados por él y Louis Kronenberger para la Faber &amp; Faber. Y proseguía:
"El aforista no discute ni explica, afirma; e implícita en esta afirmación existe la cop.vicción
de que es más sabio o más inteligente que sus
lectores".
La presente selección de textos de W. H.

Auden no consiste sólo de aforismos, se encuentran, también, poemas breves, comentarios
e incluso simples apuntas.
Pero todos ellos participan de eso que Auden
llamó "afirmación", aunque quizá sin esa pretensión de mayor sabiduría o inteligencia. Al
leerlo, uno siente más bien que Auden mantie-i
ne un tono modesto, como quien hace proposiciones. Tal vez por ello, en vez de presentarlos
como aforismos, los publicó bajo el título genesal de Shorts (que en nuestro idioma, aproximadamente, significaría "brevedades") . En todos
brjlla la inteligencia de Auden, y, aunque algunos pueden someterse a discusión, como por
ejemplo, "sólo la mala retórica puede mejorar
este mundo .. . " no dejan de tener importancia
para trazar un mapa de su pensamiento, de sus
convicciones políticas, religiosas, morales· e intelectuales . La mayoría, sin ~mbargo nos brinda
una ensefianza que no podemos dejar de tomar
en cuenta.
El espacio era sagrado para los
peregrinos de la antigüedad, -hasta que
el avión puso fin a todo ese absurdo.

g
fuego murmura para sí mismo,
pero nos pennite escucharlo.
□
Nuestras

mesas, sillas y sofás
saben cosas acerca de nosotros
que nuestros amantes desconocen.

□
Todo

lo que tocamos es siempre
otro: puedo acariciar mi pierna.
pero no a Mí.

□
En

algunos moméntos de alegría
todos hemos deseado poseer un
rabo que pudiéramos agitar.

□
¿Por

qué el crecimiento debe
robarnos el celestial poder infantil
de gritar nuestro dolor?

□
¿Quién,

al escuchar una cinta
con su voz grabada,
no se siente asqueado?

□ inconstantes no causan dafio:
Los
sólo aquellos que pueden amar
corrompen realmente.

□
La

virtud es siempre más cara que el vicio,
pero más barata que la locura.

□
Todos
nosotros somos Trivia Cósmica,
pero ninguno de nosotros es prescindible.
□ nunca hace nudos,
Dios
pero es experto, si se le pide,
en deshacerlos.

□ qué es aburrida la pornografía? Porque
¿Por
no puede nunca sorprendernos. Todos
conocemos las pocas cosas que el hombre puede
hacer como mamífero.

□ qué desnudarse y gritar obs·c enidades
¿Para
en público? Pobres jovencitos, ¿es que acaso
ninguno de ustedes tiene amigos?

o¿Puede llamarse progreso el que todos los mflos
.
que ven televisión sepan los nombres de los
políticos, pero no jueguen ya juegc.&gt;s de
niños?

La Directora de la Preparatoria 16 afirma
que los logros actuales se han debido a un trabajo coordinado y a la capacidad profesional
de los colaboradores del plantel, lo cual se ha
traducido en libros de texto adecuados, una metodología didáctica actualizada y la constant~
capacidad de maestros.
"Nuestros maestros y coordinadores --dice la doctora Mijares-, han tomado cursos en
la Dirección General de Escuelas Preparatorias
para evaluar objetivamente a los alumnos y procesar esos resultados por medio de computadora ... ".
También la Directora de la escuela hace
énfasis en que la mayoría de los alumnos ha entendido el proceso de maduración de la escuela
y que de ellos precisamente se ha encontrado
una respuesta favorable sobre todo, para co~
trarrestar a aquellos que por su incapacidad
creadora se han avocado a ejerce·r una tarea de
crítica negativa, sin aportar soluciones y sistemáticamente resistiéndose a colaborar.
"Hay que entender -aclara la Directoraque en esta escuela se respetan las leyes y reglamentos que moderan las relaciones en toda
la Universidad, y también hay que dejar bien
claro que se acepta la disidencia siempre y
cuando ésta se conduzca por los canales adecuados".
"Vivir en la pluralidad ideológica nos enri..,
quece a todos y precisamente por esa razón se
han generado mé~odos para que, con la estatura propia de los universitarios, resolvamos los
problemas que en todos los campos se presenten", subraya.

Sin embargo la Directora desea ser más categórica en este sentido y declara que las actividades destinadas a producir el desequilibrio en
la Universidad, tales como los llamados "paros
locos" y otras similares, solamente perjudican a
los estudiantes, por lo cual la administración a
su cargo se pronuncia enérgicamente en contra:
de ellos y exhorta a quienes los generan, a reconsiderar sus actitudes.
"Quienes atentan en contra de la estabilidad, el desarrollo y la buena marcha de la Universidad, atentan también en contra de estudiantes y trabajadores; por esa razón habrán
de comprender quienes generan conflictos sin
motivos reales, que nuestras respuestas habrán
de ser mayores a cada una de sus acciones",
precisa con firmeza la doctora Silvia Mijares.
"Gracias a algunos actos de mala fe dirigidos hacia nuestra Institución, nosotros hemos
podido constatar que al desarrollo académico de
los maestros de esta escuela se le ha unido un
desarrollo político". Y para reafirmar lo ante~
rior ella misma se pregunta: "¿Cómo puede permitir cualquier profesionista, consciente de su
deber. ~ que. haya estad.o tea.bajando durante meses en un proyecto, que en un momento dado
venga una persona impreparada a criticar lo
que se está gestando y a tratar de destruirlo?".
"Gracias a quienes nos han atacado hemos
madurado con más rapidez; ahora ocupamos un
Jugar respetable en la Universidad; la Preparatoria 16 ya no es una prepa desconocida", enfatiza la profesionista.
Refiriéndose a los estudiantes la doctora:
Mijares afirma que las autoridades de la escuela se han preocupado en fomentar la organización estudiantil, porque en la medida que los
estudiantes se encuentren organizados, podrán
trabajar en beneficio de su escuela, conjuntamente con sus maestros.
"Se ha tenido especial cuidado en no agre-dir la autonomía de los estudiantes y eso ellos
lo entienden perfectamente", indica la Directora.
Por otra parte, la doctora Silvia Mijares
adopta una actitud realista y señala que: "Es
necesario apartar lo ilusorio de nuestras mentes
y no pensar que la Preparatoria 16 es· la maravilla de este siglo".
"Todavía -expresa- hay mucho por hacer: tenemos que acondicionar nuestra biblioteca; tenemos que seguir combatiendo el ausentismo de nuestras aulas; hay que fomentar el deporte y la actividad cultural; lo que hemos conseguido hasta ahora, es solamente el principio".
y concluye diciendo que el siguiente proyecto de construcción es el que servirá para albergar el área administrativa; este edificio co?•
tará con sitios adecuados para que el trabaJO
de los maestros sea más efectivo; sin embargo,
subraya que: " ... contaremos con cubículos de
asesoramiento, pero tenemos plena conciencia
de que la Universidad no la hacen los edificios
sino las personas ... ".

�CICLO

J.

Encarnación
Pérez, del PCM,
en la Prepa 16
El maestro J. Encarnación Pérez, candidato
a la gubernatura del Estado propuesto por la
coalición de izquierda encabezada por el Partido Com1Unista Mexicano (PCM), visitó el miércoles pasado día 23, a invitación de maestros y
alumnos, la Escuela Preparatoria No. 16, en donde dio un esbozo de la política de su partido.
Antes de que el candidato comunista iniciara su charla, la Directora de la Institución, doctora Silvia Mijares, explicó la necesidad que tienen los universitarios de confrontar todas las
ideas políticas y los diversos planteamento•s que
los partidos hacen en la presente campafia electoral, para que de esa manera puedan formarse
un juicio propio.
Anteriormente, Alfonso Martínez Domínguez, candidato a gobernador por el Partido Revolucionario Institucional (PRI) estuvo en la Institución y se informó que José Angel Conchello del Partido Acción Nacional (PAN) la visitará próximamente.
Durante su plática Encarnación Pérez dijo
a los jóvenes universitarios que el PCM está proponiendo al pueblo no un cambio, sino un programa de lucha que contiene los principios y demandas de la clase trabajadora.
También aseguró que después del primero
de julio sí habrá un cambio y que éste consistirá
en que va a haber más hambre porque los precios continuarán subiendo y los gobernantes designados por el Presidente de la República nada
podrán hacer por evitarlo debido a los compromisos que ellos mismos tienen con el Fondo Monetario Internacional y los grandes monopolios
internacionales.
Asimismo llamó al pueblo trabajador a organizarse y pidió a los estudiantes que lucharan
por la democracia dentro de la Universidad y
fuera de ella para remediar los males que aquejan al pafs.
E l candidato comunista criticó la actitud de

algunas autoridades universitarias que hacen declaraciones en contra de la intervención de los
partidos políticos dentro de las Universidades,
cuando son ellas mismas las que las solapan y
apoyan incluso con su presencia física en actos1
públicos de caráter electoral.
"La juventud -señaló Encarnación Pérez- ,
no es la esperanza del mañana, es la realidad de
hoy", e invitó a los jóvenes a luchar con ideales verdaderamente progresistas para conseguir
la transformación de la sociedad mexicana.
Encarnación Pérez explicó a su auditorio
que el PCM, durante sus 60 afios de vida ha
tenido momentos difíciles, en situaciones de
cárcel, de persecusiones e incluso de asesinatos
y que no obstante, mantiene la misma posición
de lucha por la elevación de la vida del pueblo.
Dijo que en este país en realidad no hay
libertad porque un gran número de obreros tienen que estar afiliados al partido oficial por medio de sus centrales obreras si no quieren ser
despedidos de sus trabajos, y que los comunistas
obreros tienen que actuar secretamente en las fábricas.
Y a la vez que explicó la situación de vida
de los campesinos del sur del estado, denunció el
provecho que de ella saca el candidato oficial
comprando votantes por ciento cinuenta pesos
diarios que sólo alivian temporalmente a los
campesinos.
Indicó también que resulta vergonzante gastar 700 millones de pesos en una campaña electoral que serían mejor invertidos en hospitales y
otros centros de beneficio .g eneral, y explicó que
eso se hace con la finalidad de aparentar popularidad y tratar de legitimar un poder conseguido fraudulentamente.
Finalmente invitó a los jóvenes estudiantes,
así como a maestros y trabajadores presentes a
votar, el día primero de julio, por el símbolo de
la hoz y el martillo que representan la unidad
de las fuerzas trabajadoras.
Después de concluir su plática, el maestro
Encarnación Pérez fue interrogado sobre asuntos políticos, sociales y económicos por estudiantes que se mostraron sumamente interesados
con los planteamientos del candidato comunista.

La poesía · gauchesca
por Ornar Martínez

Antes de abordar el tema de la poesía gauchesca, es necesario primero decir algo del "gaucho". En realidad el origen de la palabra "gaucho" es casi imposible de precisar y ninguna de
las etimologías propuestas han sido aceptadas
por los especialistas . Tal parece que debe haber
surgido en un vasto territorio que hoy se reparte entre Brasil, Uruguay y Argentina. Las primeras menciones de esta palabra, aparecen en
documentos hacia 1771 y 1790. Pero más interesante que el origen de la palabra "gaucho" es el
uso que de ella se ha hecho.

para Alfonso Reyes Martínez
Al borde de un secreto te me escapas
Y el viento tenaz casi te nombra
Deja que el amor cincele el mineral
Y al fin el alma envuelva al cuerpo
Y bajemos del alto precipicio de los sueños
Que valga al alma la volcada sombra
Si los labios nocturnos t ienen su lenguaje
Yo apenas adivino su cálido secreto
Que atónito agoniza entre mis labios

Habremos de decir que hacia fines del siglo XVIII y aun en los comienzos de la Independencia, el concepto de "gaucho" era negativo.
El gaucho era un ser inadaptado que vivía aislado, rehuyendo todas las formas de convivencia
social. Eran hombres solitarios de a caballo que
cabalgaban por la vasta pampa argentina. En
su mayoría eran calificados como bandoleros, vagabundos, cuchilleros, ladrones de caballos o de
mujeres y alarmaban por su audacia o su rebeldía. Entre 1810-1852, esta gente participó, sin
renunciar a su tendencia anarquista, en la lucha por la Independencia.

Dejadle al pie de la infinita espera
Y no nombradle con voz articulada
Al fin y al cabo tanta luz fue poca
Para dañar la entraña del silencio

so con el típico acento gaucho, las impresiones
del gaucho Anastacio "el pollo", en la representación de una ópera. En 1866, se estrenó en el
teatro "Colón", de Buenos Aires, la ópera "Fauso..
to" de Gounod. Del Campo pone en boca de
Anastacio, "el pollo", todo lo que vio en el es..,
cenario:

El nacionalismo romántico de los intelectuales y los intereses de la oligarquía en la economía pastoril, contribuyeron a exaltar la figura
del gaucho, cambiando radicalmente el concepto
que de él se tenía. Si antes ",gaucho" era sinónimo de nomadismo, indiferencia al progreso,
rusticidad, dejadez e irresponsabilidad y resentimientos contra las instituciones, ahora se le
darán d.i stintivos como: lealtad, valentía, individualismo, nobleza, virtudes cristianas y respeto
a las tradiciones.

Otro de los que escribieron sobre el tema
del gaucho, fue Hilario Ascasubi (Argentina,
1807-1875) . Era, como Hidalgo, hombre de ciudad. Ascasubi versificó con acento agauchado.
A diferencia de Hidalgo, que es más neoclásico,
Ascasubi es romántico. Las constantes de su
poesía son: simpatía por las masas, ennoblecimiento de la figura del gaucho, el mito de que
la poesía se originó en bardos anónimos, aspiraciones por una literatura nacional. . . En su
obra Paulino Lucero, los gauchos cantan su amor
por la libertad y su odio a la tiranía de Rosas.
Su obra principal es Santos Vega que es una especie de novela versificada donde Ascasubi cuenta la vida y las hazafias de dos hermanos: uno,
bueno y otro malo.
Una de las obras fundamentales de la poesía gauchesca es el Fausto de Estanislao del Campo (Argentina, 1834- ?) . La obra relata en ver-

Si acaso el cuerpo usual a su cuidado
Tuvo fuente capaz de estrangularla
Huye errante en la cebada luz
Que amarga o dulce la conmueve
Irá resbalando en el verano
Sin pena y con duraznos florecidos
En precipitado viaje hacia las quintas
Para con una alegría que reverdece
Entretejer ciefo y tierra en la caída
ARMANDO JOEL DAVILA

"Ora cuatrq o cinco noches
vide una fila de coches
frente al teatro de Colón".
Anastacio cuenta a Don Laguna, en lenguaje
propio de los paisanos, la trama de la ópera.
Cuando aparece en escena el doctor Fausto, Anastacio dice a Laguna:

Es en este nuevo marco donde surgen una
serie de escritores preocupados por exaltar la
figura de este hombre legendario, dando inicio
así a la poesía gauchesca.
La poesía gauchesca es parte de la literatura folklórica. La entrada del gaucho en la literatura se debe a Bartolomé Hidalgo (Uruguay,
1788-1822). No era gaucho pero en él coexistía
lo urbano y lo pastoril . Hidalgo aprovechó muy
bien la figura del gaucho en su poesía utilizándola para propagar los ideales de la independencia política. A partir de aquí se empieza a elaborar una tradición artística, por hombres cultos, que tratan de identificarse con el pueblo,
hablándose en su propia lengua . Entonces, la
iní.,portancia de Bartolomé Hidalgo radicó en ser
uno de los primeros en descubrir para la poesía,
el valor de la población rural americana. El gaucho en los versos de Hidalgo es un paisano que
comenta las guerras contra España en estilo espontáneo y chabacano. A Hidalgo se le atribuye la "relación que hace el gaucho Ramón Contreras a Jacinto Chamo de todo lo que vio en las
fiestas de Buenos Aires, en 1822".

Arte
poética

"Pos como le iba diciendo
un dotor apareció
y en público se quejó
de que andaba padeciendo.
Dijo que nada podía
con la ciencia que estudió
que él a una rubia quería
pero que a él la rubia no".

I

Las escenas donde el doctor Fausto, desesperado, invoca al diablo y la aparición de Mefistófeles, Anastacio las describe con gran sencillez
y con no poco asombro:
"El hombre ahí renegó
tiró contra el suelo el gorro
y por fin en su socorro
al mesmo diablo llamó.
¡Nunca lo hubiera llamado!
viera, sustazo, ¡por Cristo!
ahí mesmo jediendo a misto
se apareció el condenado".
La descripción de Mefistófeles no podía ser
más original:
"Viera al diablo, uñas de gato,
flacón, un sable largote
gorro con pluma, capote,
y una barba de chivato.
Medias hasta la verija
_ cada ojo como un charco
y cada ceja era un arco
para correr la sortija".
En realidad, el Fausto de Del Campo es una
imitación de la imitacjón. A saber, la leyenda
del doctor Fausto fue tomada de Marlowe, de
una leyenda popular medieval; después por Goethe, que la aristocratizó en su drama; a su vez
Gounod la vulgarizó en su ópera. Y para acabar, Del Campo pretendió cerrar el círculo devolviendo al pueblo la leyenda popular, pero en
realidad lo único que hizo fue imitar en tono
burlesco la imitación hecha por Gounod en su
ópera.
La obra que viene a cerrar con broche de
oro la producción de poesía gauchesca es el Martín Fierro de José Hernández. En realidad, el
Martín Fierro viene a opacar toda la producción
anterior incluyendo al Fausto, al grado que los
críticos llegaron a considerar al Fausto como un
mero antecedente del Martín Fier110.
Lo cierto es que José Hernández había escrito su Martín Fierro casi en contra del Fausto,
pues a él le molestaba que hombres cultos de
Buenos Aires o de Montevideo, con inclinaciones
europeizantes, se divirtieran haciendo parodias
del gaucho . En ese sentido, el Martín Fier110 no
describe lo visto en tal o cual teatro, sino cuenta los trabajos, las desgracias y los azares en
la vida del gaucho.
A pesar de que el Martín Fierro no ofrecía
formas, tan bien: estructuradas · como el Fausto,
nadie como Hernández, en toda la literatura ,gauchesca dio la impresión de perfecta autenticida~.
De ahí qtle stt ·Martrn·Fierro fuera adoptado por
la nación argentina como el máximo poema na.....
cional.

Palenque
Bajo el templo mayor
la enorme plaza
El sol
muy en lo alto
arde inmutable
testimonio de los siglos
:Cesde adentro saludan
con geroglíficos de muerte
las criaturas de piedra
Muros
geometrías celestes
alzan su presencia insólita:
el sueño de equilibrio
que lo recorre todo
Espacios
lagunas de luz
sitian la piel
enfrentan
el caminar secreto de la sangre
Entre la selva se esconde
el atisbo de los dioses:
rostros impávidos
de nuestro mismo origen
recobrado misterio
que se entrega al silencio
y a la vida
ALFONSO REYES MARTINEZ

HOJAS
DE

CULTURA
DIRECTOR / José María 'Molina García.
CONSEJO DE REDACCION / Alberto Villegas
Cedillo, Gregario Vanegas Garza, Armando Dávila González, Celia Nora Salazar de Salazar.
DISE:Ñ'O TIPOGRAFICO / Alfonso Reyes Martínez.

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                  <text>Órgano de maestros y alumnos de la Preparatoria Núm. 16, Nocturna para Trabajadores, de la Universidad Autónoma de Nuevo León. Publicada en la década de los setenta. Contiene notas de cultura, deportivas y estudiantiles.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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        <name>Preparatoria 16</name>
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                    <text>PREPARATORIA NUM. 16 / UANL / ABRIL DE 1980

EXITO DEL SISTEMA DE ESTUDIOS DIRIGIDOS
..::;,f: .

PARALELAMENTE a su programa de innovacio•
nes físicas, la Dirección de la Preparatoria 16 ha
conferido parejo interés a las funciones académicas de la institución. En este aspecto, por su
originalidad y por la excelencia de sus resultados, destaca el sistema de estudios dirigidos
implantado en los turnos diurno y vespertino. '
Este sistema, que abarca la mayor parte de
nuestra población escolar, tras un proceso· de
adaptación ha logrado finalmente estabilidad académica,1 y administrativa.

il

-&lt;...

En gran medida, este éxito obedece a los
buenos ofic•os de la coordinación académica. Este organismo clave, compuesto actualmente por
fos profesores Alberto Villegas, Leticia Hemández, Josefina Díaz, Celia Nora Salazar, Elizabeth
Gómez y Ricardo Martínez, comparte con la dirección las responsabilidades acadérnicas; carga
que incluye quehaceres que van desde la organización de los cursos y su evaluación hasta el
e.ea-trol de las -a-eademias~

;,,

-~-..;;t.
ff!•!
. I

•'j,f.

M ejoras a la Preparatoria 16
, LA ESCUELA Preparatoria 16, a contrapelo de
los vientos adversos que soplan en nuestra Universidad por estos días, se esfuerza orgullosamente por mejorar su imagen. En ,efecto, tal parece que esta institución nuestra, enmedio de la
crisis, indiferente de la agresión y del denuesto
se y~rgue enhiesta, compone sus cabellos, empolrn sus mejillas y, como "el mastín cefiudo y
fiero" de los epigramas del Nigromante, prosigue su camino ignorante de los "gozques de la
vecindad" que en vano intentan derrumbar su
ánimo.
Y ciertamente, lo que el lenguaje figurado
expresa es corroborado por los hechos. La administración de esta ·escuela, a pesar de contrariedades y diferencias, ha mantenido sin_.declinar
un plan de mejoramiento general, que en el aspecto físico se ha hecho desde hace tiempo evidente y dentro de pocos meses adquirirá expresión cabal.
Para lograrlo, ha sido menester la inalterable voluntad' de hacerlo de la dirncci,611 de la escuela y el auxili'o, i'gunlmente temiz, de sus colaboradores, profesores y alumnos. En verdad,
I&amp;. ai: terior no es una afirmación :'desmedida, porque el conjunto de' Jas rcaliz'aoiones, ·consumadas
y e!1 proceso: wn, ·en princii;io,· 'resultado de la
inic'htiva perseverante de nuestta.s a utoridades
y lrr '. c.o opet~cióil ,de 'pu~stra com.uniG!ad escolar.
P,ero una, expqsición completa de los méri•t os exige citar la valiosa e importante contribución del licenciaclo Ricardo Canavatti, alcalde
del municipio, , y de la arquitecta Rosa Amelia
Lozano Zambrano, titular de la Dirección de
Construcción y Mantenimiento de la UANL, quienes han dedicado a nuestra escuela muestras estimables de apoyo y simpatía que merecen ampliamente nuestro reconocimiento.
Graaias al acopio de estos esfuerzos la Preparatoria 16 luce hoy su edificio pintado en su
totalidad, interior y exteriormente. Obra considerable hecha merced al apoyo prestado por la
arquitecta Lozano Zambrano y personal de su
departamento, y con la asistencia de los alumnos de la escuela que se encargaron de pintar
los barandales del piso superior y la biblioteca
íntegramente . .
. Con la ayuda de Mantenimiento también se
ha logrado el acondicionamiento del salón audiovisual, de los laboratorios de JCE. y•Biología .y el

El sistema de estudios dirigidos presenta
características del sistema abierto, pues combina
la \ibertad con la responsabilidad; pero se d.e no- ·,h
min~ "de estudios ,. dirigidds" porque el pi;:ofesor ,. &gt;
contribuye de cerca al avance individual del es-

tudiante en un tiempo límite.
El currículum del alumno comprende todas
las asignaturas del sistema tradicional y su horario abarca conferencias, laboratorios, asesorías
obligatorias, prácticas deportivas, trabajos de 'inYestigación en biblioteca y orientackí'n e&lt;luca~iva
y vocacional.
Por su parte, los docentes dedican su horario no solamente a la prestación de asesorías . y
aplicación de exámenes, también 'se cuenta entre
sus deberes la elaboración de exárnenes esp~cia,.
les para el sistema de revisión por computadora;
la revisión de los reactivos, según el grado de
dificultad que roporta· el Centro de Cálculo; y
la elaboración de material didáctico, unidades
de estudio, gráficas y estadísticas sobre el aprovechamiento de su materia.
Es satisfactorio, pues, que a , pesar de las limitaciones han podido alcanzarse los objetiv~s
fijados, en grado, por · fortuna, siempre mejora•
ble, "orientados principalmente -nos expresa la
licenciada Leticia Hernández- a iniciar a los jóvenes en el difícil aprendizaje de la responsabilidad p,ersonal, el'trabajo sistemático, la autodiscipiina, d autoaprecio, como un modo de ayudar•
les a fonnarse como seres humanos integrales".

ce los sanitarios, de maestros· y alumnos. Han sido reparados los lockers que los profesores del
sistei;na de estudios dirigidos usan ~n sus labores. Fueron, además, repuestos todas las lámparas fundidas y vidrios rotos o en mal estado que
había.
Pronto será también instalado en !~ biblioteC,;l un i'iiStema para la separación del acervo y se
con~ará con tableros ele avisos suficientes y un
foro móvil que se empleará en las asa~bleas.
La importancia de estos retoques, de todos
estos pequefios y grandes detalles se comprende
si se· toma en cuenta que son parte de un programa general de mejoras que ha acometido entusiasta la dirección de la escuela , En realidad,
pqrgeñaq la transformación que habrá de sufrir
el· i~mueble en su estética y funcionalidad dentro de breve tiempo.
Gracias a la ayuda técnica y económica q_ue,
de co:1suno y en partes iguales proporcionarán
el Ayuntamiento cle San Nicolás de los Garza y
la Dirección de Construcción y Mantenimiento,
la Preparatoria 16 contará con un estacionamiento, dos plazas para solaz, una cancha p~ra. ba•
lonces1:o y bolibol y otra para futbol totalmente
cubierta con césped importado de dos estaciones.
Actualmente, ambas dependencias .t rnbajan.. en
conjunto en el diseño de este proyecto qtie pronto se constituirá en realidad.
Además, la dirección de la escuela ha. iniciado ya pláticas con dos compafüas embotelladoras de la localidad para la c~lebración de 1;1n contrato, mediante el cual sea factible la construcción de una cafetería en el plantel. En la serie
de esos esfuerzos, pudo obtenerse lateralmente
en Industrias Monterrey un obs~quio de botes
p~1r=i basura, y cinco toneladas de c~mento como
porción mínima de un donativo que la Compañía
de Cementos Hidalgo hizo generosamente a la
escuela.
·
···
En fin; como dijimos en las primeras líneas,
esta escuela se esfuerza por mejorar su imagen.
Recién nacida vivió e~ casa ajena; hoy la propia muestra innegables prqgresos. Dentro de poco tiempo, · una corola de 200 árboles , (donados
por la Fac;ultad de Agronomía) resguardará un
campus transformado y bello: la nueva faz de
la Preparatoria 16 que se ha prqpuesto -contra
todos los antagonismos- ser mejor cada día.

'

Premio nacional
a obra de teatro
Los Chicos de la Banda, la discutida obra de
t eatro de Lewis Carroll, puesta en escena por la
Compañía Titular de Teatro de la UAN,L y dirigida brillantemente por Julián Guajardo, fue designada por la Unión d~ Críticos y Cronistas de
,. Tea~o de la .Ciudad de Mé~ico, la mejor obra
de teatro de provincia en 1979.

La obra fue seleccionada de e:ntre una terna
compuesta por las tres mejores piezas del tea.tro de provincia; las otras dos fueron Alicia y
Lewis, de la Facultad de Filosofía y Letras de
la UANL, y El Fantoche •Lusitano, de la Univer. sidad veracruzana.

�Sobre la
Junta de Maestros
del 2 7 de febrero
I,

ANTE LA crítica situación política que la Universidad Autónoma de Nuevo León vive en estos momentos, manifiesta en hechos y actitudes
intransigentes por parte del Rect or, que han degenerado incluso en la violencia, y de cuyos alcances no ha salido indemne esta preparatoria,
la Junta de Maestros de la escuela celebró sesión extraordinaria el pasado miércoles 27 de febrero, evento del cual resultó la publicación de
un desplegado con la consignación de los acuer•
dos del día, documento que nos permitimos insertar en este número.
D~ los asuntos discernidos en esa importante sesión sobresale el análisis que- se hizo del
proble~a de la carencia de alumnos en esta preparatoria, anomalía gestada en el Departamento
Escolar Y de Archivo, deliberada e ilustrativa de
la po_lítica intolerante y desaprensiva puesta en
práctica por la rectoría en contra de las escuelas .de~ocráticas como la nuestra . Lógicamente
es me~1table esta interpretación, apercibidos d~
que ex1~ten otras· escuelas repletas, como la Preparatona 15, por ejemplo, dirigida por el doctor
Rober~o Moreira, que en dos locales funciona
pletórica, a toda su capacidad.

. ~ pes~r de que los signos de este trato discriminatorio fueron progresivamente visibles des•
de hace varios semestres, nunca como en éste se
IIe_gó a números tan alarmantes (71 alumnos de
pnmer ingreso, 632 alumnos en total). Curiosa•
mente, _el hecho coincide con el recrudecimiento
de l~s intemperancias del Rector y de sus diferencia~ con los grupos e instituciones que no le
son afmes.
.
La intención política de estas acciones es
inocultable, se pretende obligar a la dirección de
la escuela a reducir las horas de los maestros
como consecuencia de la merma en la población

escolar. De ese modo, se busca desestabilizar a
esta institución concitando el enfrentamiento entre los profesores y la autoridad -inescrupulosa
aplicación del apotegma maquiavélico divide et
ima&gt;era-. Se requiere, en definitiva, que la Preparatoria 16 deje de ser un reducto democrático;
el centro de cultura, de hombres, de ideas, sensibles y progresistas, de que hablan sus obras, su
breve pero importante historia.
En íntima relación con lo anterior la Junta
de Maestros acordó reprobar públicamente la
agresión de que ha sido objéto el Comité Ejecutivo del STUANL, constituido mediante ele~
oiones legítimas y democráticas, por parte de la
Rectoría.
Coronando una campaña de sistemática car·
ga contra el sindicato, el Rector, sin sonrojo al•
guno, alentó y reconoció, sin ningún derecho, la
formación dé un Comité Ejecutivo espurio, que
recibe ya ilegítimamente de Rectoría los subsidios, prestaciones y derechos convenidos por ley
con el sindicato. (Ante esta ignominia, no ,podemos menos que reflexionar que, en este caso, la
obra es producto fiel de su creador, pues el comité de Carlos Jiménez y el rectorado del doc•
tor Alfredo Piñeyro tienen palmariamente un la·
zo de consanguinidad: su origen bastardo).
Para finalizar, la Junta de Maestros tomó et
acuerdo de elaborar y presentar al Rect-0r un pliego petitorio, que contendrá nuestra demanda rei·
terada de solución a los problemas más apremiantes de la escuela, tales son: el remedio de la grave falta de alumnos; el acondicionamiento de la
biblioteca y el incremento de su acervo; la con•
clusión y equipamiento de los laboratorios de fí·
sica, química, biología e idiomas; y la construc•
ción del área administrativa. Todos problemas
ingentes que reclaman atención inmediata.

A la comunidad
•

LA TARDE tlel jueves 28 de febrero, la ciudad
de Monterrey se sacudió cuando vio desfilar por
sus calles principales una manifestación impo·
nen te. ~a ~norme concentración fue organizada
por el Stnd1cato de Trabajadores de la Universi•
dad A_u~ónoma de Nuevo León, en protesta por
Ja pohtica de represión y violencia ejercida por
las altas aut?rid~des de la UANL, con el apoyo
--o en obediencia- del Gobierno del Estado.
La manifestación reunió un número aproxin~ado de 25 rnil participantes y en su composición h~bo estudiantes, trabajadores, obreros y
delegaciones de sindicatos foráneos solidarizados
con el STUANL.
. Ad:más de estudiantes y trabajadores de la
Umvers1dad, acompañaron en la marcha al Comité Ejecutivo del STUANL, obreros y líderes
d~ las secciones 66, 67 y 68 del Sfadicato Nac1on_a1 . de Trabajadores Mineros y Metalúrgicos
Y ~1m1lares de la República Mexicana, de la
Ahanza Popular de Colonos de Monterrey y Gua•
dalupe Y miembros del Frente Pop.ular de "Tierra y Libertad".
Estuvieron presentes ·también una delega•
ción de trabajadores de la Sección 147 de Altos
Hornos d~ México con sede en Monclova, Coah.,
Y delegaciones de los sindicatos de trabajadores
de !as universidades de Sinaloa, Puebla, Guerrero, Veracruz, UNAM, Chapingo y Nayarit.
Vinieron téUllbién la dirección nacional del
SUNTU, encabezada por su secretario general
Nicolás Olivos, y una delegación del Sindicat~
Unico de Trabajadores de la Industria Nuclear,
frente de la cual marchó el secretario genetal, Antonio Gershenson.

,1

LA SECCION 34 del STUANL, con sede en la
Preparatoria 16, se reunió el viernes 29 de febrero para proceder a la renovación de los cuadros
del Comité Directivo Seccional. La reWlión fue

•

universitaria;
a la opinión pública:
¡

lo.

3o.

Condenar enérgicamente la persecusión desatada en contra de maestros, estudiantes y
trabajadores universitarios, inicjada por el
rector Alfredo Piñeyro, quien además, se
ha negado sistemáticamente al diálogo para
la solución de los problemas. Lo anterior
suscitó los hechos violentos que se desata•
ron el pasado día 26 frente a la torre de
Rectoría, en donde se impidió el acceso a
representantes del STUANL y estudiantes,
por má~ de 200 golpeadores profesionales
a S\,leldo del rector.
Apoyar en forma irrestricta y solidaria, los
acuerdos y acciones emanadas de juntas directivas, juntas de maestros y consejos estudiantiles, de las escuelas democráticas
que sufren la agresión emprendida por el
rector y socios. (Preparatorias 3, 5, 8, 9 y
22, Facultad de Agronomía, Instituto de Ar·
tes).
Exigir al rector Alfredo Pifieyro la solución
inmediata del problema de falta de alumnos de primer ingreso a esta Preparatoria,
a donde el Departamento Escolar y de Archivo asignó solamente una cantidad que
apenas rebasa a los 100, mientras otras escuelas preparatorias se encuentran satura·
das . Tal es el caso de la Preparatoria Núm.
15, controlada por el doctor Roberto Moreira Flores, la cual ocupa 2 edificios y fun•
ciona a toda su capacidad . La Preparato•

convocada por la autoridad saliente licenciado
Benito Villarreal y, bajo su presidencia, l~ asam•
blea tomó los siguientes acuerdos:

Le queda

PRIMERO. Dar un voto de confianza al Co·
mité Ejecutivo sindical legítimo que e11cabeza el
licenciado Cástula Hetnández.

grande:

1

ria Núm. 16; oportunamente, hizo saber al
Departamento Escolar la capacidad de nues·
tro edificio y la respuesta ha si~o un núme. ro cada vez menor de alumnos de primer
ingreso. El manejo político por parte de rec•
toría en contra de nuestra escuela, sus maes•
tros y trabajadores es evidente en esta situación mencionat!a.

La Junta de Maestros de la Preparatoria
Núrn. 16, en su sesión del día de ayer, acordó por
unanimidad, hacer públicos los siguientes acuerd9s:

2o.

La gran Cambio de
manifestación Comité
del STUANL Directivo

•

4o.

Hacer ver a la comunidad universitaria el
problema de los estudiantes que reprueban
la 4a. Oportunidad en a,lguna materia y que
reciben la suspensión de sus derechos. Es•
tos alumnos alcanzan ya un alto porcenta•
je de la totalidad y se encuentran sin una
asesoría adecuada. Además, el desembolso
de $ 200.00 que la Tesorería de la Univer•
sidad cobra en cada ocasión, atenta directamente contra los padres de familia de escasos recursos . La Junta de Maestros comunica, por este medio a los estudiantes de
"N" oportunidad, que la Preparatoria Núm.
16, brindará cursos de regularización para
presentar sus exámenes.

5o.

Finalmente, condenar la agresión contra el
Comité Ejecutivo del STUANL, electo de•
mocráticamente, que el rector desató valiéndose de un Comité Ejecutivo espurio, queencabeza Carlos Jiménez e incondicionales. ·

San Nicolás de los Garzas, N. L., febrero 28
de 1980.
LA JUNTA DE MAESTROS DE LA
PREPARATORIA NUM. 16 / UANL.

-',
l

SEGUNDO. Hacer una aportación mensual
extraordinaria de cuotas, consistente en cincuenta pesos por el personal docente y treinta por el
personal no docente. Para el efecto, se acordó
hacer solicitud por escrito a la dirección de la
escuela, para que proceda a hacer las deduccioner. nominales con·espondientes.
TERCERO. Girar un oficio a la Rectoría de
la Universidad, en el que se demande que las
cuotas de la Sección 34 sean entregadas al Comité Ejecutivo electo legalmente.
Como punto central de la sesión se nombró
nuevo comité directivo secciona! para el per,1odo 1980-1983, el cual quedó integrado en la
siguiente forma: Presidente: Lic. Gregario Vanegas, Suplente: Profr. Alberto Villegas; Secreta•
rio de Previsión Social: Sr. Efrafn Chaires, Suplen•
te: Biól. Víctor Vargas; Secretario de Actas: señorita Laura Amparo Flores, Suplente: sefíorita
Nora Argelia Gutiérrez.

e!

Organo de maestros y alumnos de la Preparato•
ria Núm. 16 de la Universidad Autónoma de
Nuevo León. Dirección: Castilla y Navarra, colonia "Iturbide", San Nicolás de los Garzas, Nuevo León, México.
Númeto 17 / Abril de 1980.
Director / José María Molina García.
Consejo de redacción / Alberto Villegas Cedillo,
Armando Dávila Gómez, Celia Nora Salazar de
Salazar, Gregario Vanegas Garza.
Diseño tipográfico / Alfonso Reyes Martinez.

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>��CONTENIDO
1 Editorial
1 Emma Mirthala Cantú

3
4

"El teatro es el lugar donde me
siento más libre": Entrevista con la
maestra Emma Mirthala
6
Reconocimientos para la maestra
Emma
11

Mutuo escape

39

Gabriela González

El papel de la crítica y el crítico en
el contexto teatral de Monterrey _ 44
Cecilia Farías Calderón

Tradición y ruptura en el Festival
de Teatro Nuevo León 2012

47

Ana Laura Santamaría

Primer Festival
Universitario de las Artes
Escénicas 2012
Cuando los sueños se cumplen

Solos en América (o Ryngaert al
rescate)
Édgar Ch ías

13

Elvira Popova

Vestuario sin costuras

15

María del Rocío Martínez Díaz

Entrenamiento físico actoral
lmaging release: Entrevista con
Joaquín Hernández

La lnvestiCreación del Arte
17

Kimberly Evans

22

Daniela Espinoza Luna y Nelly Elizabeth Casas
Sandoval

La FAE en Cuba

25

Karina Esquive!

La FAE en el World Festival of
Theatre Schools 2012

Recibe apoyo proyecto de
investigación del cuerpo
académico de la FAE

60

Sergio Ortiz

Re-encontrando la verdad: el taller
Dramaturgia del actor de Miguel
Flores
20
Experiencias compartidas

53

62

Emma Lozano

La visita de la vieja dama de
Friedrich Dürrenmatt: Espacio de
encuentro de docentes,
egresados y alumnos
67
Erika López

1 Festival Extremadura 2012
Ánima

76

Rosalba González

28

Roberto Páez

Entre la tranquilidad y el
desasosiego

77

Rogelio Lozano

1 De la FAE para el mundo

1 De la biblioteca de la FAE

"Uno cree que va a hacer un viaje,
pero enseguida es el viaje el que
lo hace a él"

Heiner Müller: Textos para el
teatro

35

78

Mayra Josefina Vargas Coronado

Judith Aguilar
Horno Escenicus

�M
ESCENICUS
REV ISTA DE LA FACU LTAD
D E ARTES ESCÉN ICAS
DE. LA UAN L

UANL
HOMO ESCENICUS
REVISTA DE LA FACULTAD DE ARTES ESCENICAS, UANL

Año 1, número 1/2, enero-diciembre 2012
UNIVERSIDAD AUTÓNOMA DE NUEVO LEÓN

Rector
Secretario General

Jesús Ancer Rodríguez
Rogelio G. Garza Rivera

FACULTAD DE ARTES ESCÉNICAS

Directora

Karina Esquive/ Jiménez

HOMO ESCENICUS

Coordinadora editorial
Corrección de estilo
Colaboradores del presente número
Diseño

E/vira Popova
Yarezi Solazar
Erika López, Mayra Vargas, Roberto Páez,
Sergio Ortiz
Guillermo Reyes

Publicación semestral.
Los artículos son responsabilidad de los autores.
Facultad de Artes Escénicas, UANL.
Campus Mederos, Praga y Trieste s/n.
Col. Las Torres, Monterrey, N.L. cp. 64930
escen icas@uanl. m x
Teléfono y fax: (81) 8357-8447

En Portada:
"Celestina en Rojos Amores de Calísto y Melibea"
Autor: Gerardo Cantú
Técnica: Mosaico italiano, vidrio, mármol y mosaico
Dimensiones: 6 x 8 mts.
Año: 2012
Horno Escenicus

�EDITORIAL
l-Iomo Escenicus inicia sus pasos como revista
universitaria siguiendo el camino trazado por
su antecesora, la revista Horno Ludens. Las
experiencias que adquirimos con la publicación
de los números anteriores nos dan la certeza de
que "el hombre que juega" (horno ludens)
encuentra su propia identidad a través del
"hombre escénico" (horno escenicus). "En Escénicas están los escénicos", había bromeado un
joven, sin darse cuenta de que ésta es la sencilla
verdad: los escénicos son los que habitan
cualquier espacio libre de rutina y de aburrimiento; un espacio donde los únicos límites son
los que la propia imaginación puede suscitar en
la búsqueda de la esencia humana a través del
arte.
Con este nuevo nombre la revista de la Facultad de Artes Escénicas mantendrá el compromiso de ser un espacio de información y reflexión
en torno al arte del teatro y la danza contemporánea y, tomando en consideración la notable
ausencia de una publicación periódica que se
ocupe de la problemática artística desde una
perspectiva de reflexión crítica, observando y
estudiando los procesos del arte contemporáneo regional, nacional e internacional; se
propone convertirse en una publicación indispensable para creadores, críticos y público.
En este número doble de Horno Escenicus
celebramos a una gran actriz y maestra-pilar de
la FAE: E1nma Mirthala Cantú, quien ha dedicado más de 20 años a la labor docente y es sin
duda una de las actrices que más ha contribuido
al fomento del teatro regiomontano. Junto con
esta celebración aplaudimos el trabajo de otra
gran figura de la tradición teatral local y nacional: el maestro Luis Martín, a través de su
puesta en escena La visita de la vieja dama de Fr.
Dürenmatt con la Compañía de teatro de la FAE,
que se convirtió en espacio de convivencia

profesional de maestros, alumnos y egresados
de la Facultad. Esta institución, que en marzo
del 2012 vio cumplirse un sueño emprendiendo
el Primer Festival Universitario de las Artes
Escénicas; estuvo presente en Cuba y Rumania
con delegaciones de maestros y alumnos en el
8° Congreso Internacional de Educación Superior y en el Festival Internacional de las Escuelas Superiores del Arte Teatral, respectivamente; y que en agosto del 2012 celebró el 15
aniversario de su creación. Para este evento el
destacado pintor, el maestro Gerardo Cantú
regaló su mural a la FAE, y con orgullo lo exponemos como portada de este numero. La
proyección nacional e internacional de la FAE
es el criterio que une los textos de Judith Aguilar y de Gabriela González en la sección De la
FAE para el mundo: una sección que presentará
en cada número el camino profesional de egresados de las dos carreras, y la participación de
estudiantes y maestros en diversos foros
relacionados con el ámbito del teatro y la danza
contemporánea.
Para enriquecer las experiencias lectivas y de
reflexión, Horno Escenicus se apoya también en
la participación de autores invitados, con10 es el
caso ahora de la voz y la letra de Ana Laura
Santamaría, que nos acompaña a través de su
mirada acerca del Festival de Teatro Nuevo
León 2012; de Edgar Chías quien nos hace
partícipes de un homenaje al autor francés
Jean-Pierre Ryngaert; y de los ganadores del
concurso de reseña organizado durante el Festival Extremadura 2012.
La gran tarea de construir un proyecto con
esfuerzos propios se cumple con la publicación
de este número doble de Horno Escenicus involucrando el talento de alumnos y maestros
"escénicos".

Elvira Popova

3
Horno Escenicus

�Emma
Mirthala
e a n tú
Mayra Vargas1
Nació en Monclova, Coahuila., el 5 de enero de
1929. Su formación teatral se desarrolló en el
grupo Renovación que dirigía Guillermo Zetina.
En mar zo de 1955 hizo su debut en la escena
regiomontana durante el Primer Concurso
Regional de Teatro Mexicano, organizado por el
Instituto Nacional de Bellas Artes, con la obra
El cielo prometido de Jorge Villaseñor, presentada en el Aula Magna de la Universidad Autónoma de Nuevo León, trabajo que obtuvo e1
premio a la mejor obra y una mención honorífica por la actuación de la maestra Emma. Es así
como inicia su largo trayecto con numerosas
interpretaciones, entre las que destacan: Los
enemigos no mandan flores de Pedro Bloch, que
le valió el premio a la mejor actriz del año en
1958, otorgado por los Cronistas Teatrales de
Monterrey, galardón que volvió a recibir en
1960 pero esta vez por su interpretación de Ana

Romano en la obra Los signos del zodiaco de
Sergio Magaña.
Formó parte del grupo de Lola Bravo junto a
Minerva Mena Peña y Rubén González Garza.
En 1962, bajo la dirección de Salvador Ayala,
participó en Las alas del pez, obra por la que es
premiada nuevamente como mejor actriz por el
mismo gremio.
El teatro universitario se nutría de las experiencias de grandes maestros de la escena, es así
como nació su relación con la UANL en 1977,
trabajando para la Compañía Titular de Teatro
de esta in.stitución bajo la dirección de Gerardo

Castillo en Alicia en el pa:ís de las m.aravillas de
4
Horno Escenicus

1

Con material del archivo de la Facultad de Artes

Escénicas.

Maestra Emma.

�Lewis Carroll. Al año siguiente se incorporó a la
planta docente del Instituto de Artes, donde
permaneció por 21 años y compartió su experiencia desde el diplomado hasta la licenciatura
a través de la cátedra práctica de Producción de
la Voz.
En 1979, actuó y rnusicalizó la obra El manto

terrestre de Emilio Carballido, d irigida por
Gerardo Castillo, para la Compañía Titular de
Teattro Infantil de la UANL. En 1980 formó parte

de Teatro de ritmo interior en seis adagios de
Jorge Lozano, en conjunto con actores del Instituto de Artes bajo la dirección de Rubén González Garza. En 1981 fue invitada a formar parte
del grupo Profesionales del Teatro A.C. (PROTEAC).

En 1986 participó en El cuadrante de la soledad
de José Reweltas, dirigida por Rogelio Villarreal.
En 1992, la UANL te otorgó el Premio a las
Artes por su destacada labor artística y su entrega a la docencia.
En 2005 interpretó a Loreto en El indio muerto
Emma Mírrhala Cantú. Del archivo de la FAE

de Ricardo Elizondo, con Luis Martín como
director.
En 2012 participó en la obra del Taller de
Teatro de la FAE, Ramona de Rubén González
Garza, dirigida por Gilberto Loredo.
La maestra Em:ma es sin lugar a dudas una de

las actrices que más ha contribuido al fomento
del teatro, con más de 45 participaciones en
puestas en escena en sus más de 50 años de

carrera teatral.
5
Horno Escenicus

�11

El teatro
es el lugar donde me siento
más realizada
y más libre":
Emma Mirthala Cantú 1

Al punto de las diez treinta de una mañana grisácea de junio, la maestra Emma Mirthala nos
abrió las puertas de su hogar en el centro de Monterrey, un lugar impregnado de calidez y de

recuerdos, memorias de una vida entregada al arte teatral. La charla comienza con unos deliciosos higos "gota de miel" del jardín de la maestra.

Maestra Emma, nos gustaría que compartiera la revista de la Facultad su experiencia

la realización interna que yo sentía cuando
estaba en el escenario fue algo muy especial.

en los escenarios, su relación con los directores y con la Universidad como parte de

¿Entonces sus primeros pasos en el teatro

importantes proyectos del Taller de Teatro

fueron dentro de la Universidad?

Experimental, como actriz, como maestra.

Al principio no, cuando estaba Zetina el gr upo

Yo nunca me imaginé que iba a estar en teatro,

se llamó Renovación, cuando él se fue, a[ grupo
lo llamamos TEU, y hacíamos ejercicios con el
método Stanislavski.

no estaba dentro de mis proyectos, pero gracias
a que un compañero muy querido me invitó a

formar parte del grupo de teatro que estaba

,;;;¡

~

ü

ti!

.;;

constituyendo Guillermo Zetin a2, descubrí que
me sentía en mi ambiente; a Guillermo le gustó

¿Guillermo Zetina les enseñaba el método

mi manera de improvisar y de resolver los
problemas que nos proponía, así que me fui

No sé dónde lo aprendió, pero él tenía mucha
experiencia, había trabajado con Teresa Montoya y formaba p arte del staff de Cantinflas.

quedando. De aquel grupo siguen Jutián Guajardo y Salvador Aya1a, ambos se quedaron al

€

~

e

frente del pr oyecto cuando Zetina se regresó a

E

Stanislavski? ¿y él donde lo aprendió?

Zetina tenía una voz hermosísima que sabía
modular, pero su timbre de voz era ext raordina-

UJ

México, el grupo se llamó TEU (Teatro Experimental Universitario). Así que como te digo,
para mí fue una sorpresa y también la felicidad,

6
Horno Escenicus

riamente bello.
Muchas de las experiencias que usted

1

Una entrevista de Mayra Vargas y Elv ira Popova.

i

Se refiere al grupo Renovación que se formó en 1956 como amecedente del TEU de 1957 (Nota d e las entrevista-

doras).

�Maestra Emrna.

obtuvo de ese inicio y de su
vida en el teatro las pudo
compartir como maestra de

Voz tantos años dentro de la
Facultad.

Tengo una satisfacción muy

especial con la relación maestro-alumno, soy maestra de
piano y fui educadora de actividades musicales en un Cendi
(Centro de Educación Preescolar), y por último, maestra de
Dicción en la Facultad, y siempre he t r atado d e que se
pronuncie lo mejor posible de
una manera clara, pero más que
nada que en tiendan lo que
están dkiendo para que no se
conviertan en "loros". Durante
el semestre teníamos un diccionaJ:io para saber el significado
de las palabras, pues se va a

hablar diferente cuando se sabe
lo que se está diciendo, en
cambio, cuando no sabes lo que
estás diciendo ello se convierte
en una especie de ignorancia
que en ocasiones se trata de
suplir con insolencia.
¿Le parece que las nuevas

generaciones de jóvenes
que estudian teatro, por lo
menos aquí en Monterrey,

carecen de la cultura de
dicción, fonética y pronun-

Producción de la Voz. Me
documenté un poco, tenía cierta
técnica para mejorar su pronunciación y que entendieran, eso es
muy importante, que entendieran. Los muchachos no le dan
mucha importancia a esto, hasta
que se van dan do cuenta. Yo les
decía dos cosas: mira, es lo único
que vas a usar hasta que te
mueras, entre mejor hablas más
cultura denotas, ¿verdad?, enton-

ciación?

ces poco a poco le tomaban un
poco más de apreciación a los
ejercicios. Un poco antes d e

Cuando yo empece a trabajar
para la Facultad lo hice como
pianista; cuando ya hubo horas

jubilarme me di c uenta de esta
nueva manera que tienen los
jóvenes de hablar, donde usan

que pudieran darme como
maestra de teatro, ya todas
estaban ocupadas excepto
Dicción, que ahora le llaman

muchas palabras altisonantes.
Usted fue maestra en la

Escuela y después Facultad,

7
Horno Esoenicus

�21 años. ¿Desde qué momento observó que

¿Cómo crea a un personaje?

las g eneraciones empezaron a cambiar?

Con lógica, me imagino al personaje: su edad, lo

Desde que se convirtió en Facultad y los

que sufrió, los datos que da el autor de la obra y,

m.ucbachos llegaban de preparatoria, y sio

claro, el pasado, para saber el por qué del

tratar de demeritarlos, necesitaban mucha

presente del personaje, a partir de ese boceto

ayuda, venían muy mal. Ahora, era el sentir

viene la discusión con el director para empatar

general de todos los maestros, trabajábamos
bastante en el primero y en el segun do semes-

las ideas que se tienen sobre dicho esbozo.
Ahora, por otro lado, se maneja mucho el teatro

tre, porque muchos en tran y les parece que es

electrónico y yo no estoy tan de acuerdo, con

sencillísimo y no es. Hacer teatro cada vez es

teatro electrónico me refiero a que están

más caro y más difícil, hacerlo para tratar de

usand o computadoras, celulares, oírnos efectos

vivir de él, lo es aún más, Yo nunca tuve tiempo

especiales en escena, y yo digo que el teatro,

ni siquiera de eso, siempre trabajábamos con
mucha frecuencia, pero en mi caso fue casi

que para mí era y es una de las hermosas artes,
me lo están cambiando, lo están haciendo de

como un hobby, no para ganar dinero y mante-

otra manera que ya no puede llamarse arte

nerme de ello, para eso trabajé como maestra

porque entra la técnica; eso ya no es arte, es

d•e piano. Estoy muy agradecida con la Facultad

técnica, y pues vamos a ver, porque para llegar

y con la Universidad, otro hubiera sido mi desti-

a los sentimien~os del público puede ser cues-

no si no entro a trabajar con ustedes, ¿y sabes?

tión de técnica y no. Por ejemplo, tú sabes que

me pueden dar muchos premios pero el que

en determinado momento este personaje va a

más agradezco es el Premio a las Artes UANL,

tener que lanzarse una carcajada, y puede ser

que me fue otorgado por parte de la instituci6n

que te hayan enseñado c6mo puedes empezar a

que me salvó económicamente. Yo estoy muy

agradecida.
¿Cuále s fueron sus maestros físicos y tam-

bién maestros de ideas, en el sentido de la
formación y de práctica teatral?

Voy a decir algo muy grave, fuj muy intuitiva y

admiré a muchas personas actuando, sobre todo
con las que convivía, pero no había escuelas,

todos lo hacíamos por intuición. Guillermo
Zetina me explicó el asunto de Stanislavski y
me sirvió para siempre, solo lo perfeccioné.

Admiré mucho a Carlos Ancira, er a un excelen-

1

te actor y tenía una voz maravillosa, pero mira,
podemos manejar nuestra voz lo mejor que

podamos. pero el timbre te lo da Dios, y no lo
vas a mejorar ni a modificar, tu timbre es tu voz.

'

Por otro lado, tengo una ventaja enorme, leo

mucho: biografías, teatro, novelas, ensayos,
tengo mu chas cosas que me interesan, por lo
tanto tengo mucha imaginación, comienzo a

_______8_
Horno Escenicus

leer y me imagino cómo lo actuaría.

Pasiones en conflicto de V Wolf, dlr. Luis Martin.
Foto del archivo de la maest ra Ernma Mirthala.

�hacer una carcajada, o puede
ser que tengas que llorar en
determinada frase. ¿Cómo le

así de intenso y la siguiente
palabra es lunes, martes, miércoles, ¿cómo le haces?, ¿cómo?

de la FAE. ¿Cuál es su apre-

vas a hacer? Ahí puede que sea
técnica, pero de actuación, no
es técnica en la que tengas que

Si estás interiormente a punto
de explotar, cuando logras
entender el teatro de vanguar-

las cuales convivió?

usar un apar ato, ese tipo de
técnica digital no. Porque para
llegar justamente al interior del
público es donde está el meoUo
del asunto. Ahi está, el saber
hacerlo en determinado
momento y que sea creíble,
entonces eres o no eres, estás o
no estás en el personaje.
Ahora, esa es mi manera de
hacer los personajes, por ejemplo, con el teatro de vanguardia

dia te das cuenta que tiene
muchísimo interíor, no es tanto
lo que hablas, si no lo que el
público ve y lo que el público
siente. Con el único que no he
podido es con Brecht, es el
único que no me da interior,
para mí es el autor con el cual
no puedo usar mis técnicas,

es un poco atreverte a jugar,
porque para mí es tan contradictorio eso de que te llevan a

ticipó en la puesta en

escena de

un máxjmo de emoción, estás

Garza, con el Taller de Teatro

con Brecht no.
Usted recientemente parRamona , un

texto de Rubén González

ciación en relación con las
diferentes generaciones e&lt;&gt;n

Me pareció muy buena idea la
mezcla generacional porque
creo que los proyectos mejoran
cuando se hacen en conjunto.
Hace años llicimos El cuadrante
de la soledad de José Revueltas;

a mí me encantó el proyecto
porque había tanta gente que te
juro que hubo varios personajes ahí que yo no sabía ni quiénes eran; y en ea caso de
Ramona me agradó la intervención de los muchachos porque
se eleva el nivel, y a decir
verdad, todos estuvieron al
nivel que requería su personaje . Hubo dos o tres opiniones
que me dejaron pasmada, una
de ellas me dijo: "no sabes qué
extraordinario es que hayan
elegido h acer este tipo de
teatro, porque se está harto de
lo que se está haciendo", ojalá
que sigan haciendo p.royectos
de esos, y si hay alguien de mi
edad que yo, pueda interpretar
estoy puesta, yo siempre trabajaría con mucho gusto para la
Facultad, pues la tengo incrustada.
¿Qué le enseñan su voz
interior y su práctica? ¿un
actor nace o se hace?
Yo pienso que ambas cosas,

porq ue puedes ser muy buen

El cuadrante de la soledad, dir. R Vi/larreat,
de izq. a derecha: Minerva Meno Peña, Raúl Morantes y Emma Mirtha/a.

foto del arcn,vo de la maestra Emma Mirthala

actor y naciste para el lo, pero
te vas perfeccionando a medida
que vas trabajando; ahora, si no
naciste actor y estás estudian-

9
Horno Escenicus

�nunca me ha fallado, a mí no.

dice con mucha calma, y pues también Zetina,
que me dejó hacer a pesar de que no sabía nada.
También trabajé mucho con Rogelio Villarreal.
Recuerdo con cariño a la maestra Minerva, ella
fue muy intuitiva, muy buena actriz, extraordinaria, tenía una calidad increíble, sabía de
vestuario, maquillaje, escenografía, iluminación. Ella había tenido entrenamiento casero y
nunca le dijeron "no lo hagas".

¿Hay algún momento muy difícil de su carre-

Sus padres, ¿qué opinaban de su camino

ra artística? y ¿cómo lo superó?

teatral?

Yo tuve un.a particularidad muy especial, si
sufría mucho por alguna razón, podía desahogarme a través de un personaje. Ahorita ya no
tengo esa motivación pues ya resolví todos mís
problemas interiores, pero los que tuve los

No querían, pero les llevé la contraria y seguí
haciéndolo. Papá sólo una vez me fue a ver
actuar, mamá no, fue muy difíci]; no me decían
nada, pues iba en contra de todo lo que ellos
pensaban, ni siquiera me dijeron "sigue" y pues
yo seguí.

do, pues también vas a ser actor, aunque no sea
de teatro interior o de reflexión, sino un actor al
que se le enseña cómo debe resolver las situaciones. Yo pienso por mi caso, porque yo no
sabía que queda hacer esto, ni sabía que era tan
buena, tan mala, o tan equivocada, yo sólo sabía
que quería estar arriba, porque es el Lugar donde
me siento más realizada y más libre. El teatro

resolví a través del teatro, y claro, por los personajes que me tocó hacer. Hice un personaje que
me costó mucho trabajo, pues era una mujer
terriblemente equivocada, se llamaba Loreto, de
la obra El indio muerto, de Ricardo Elizondo;
toda. la vida de esta mujer era un error, y cuando
uno se da cuenta de que roda la vida ha sido un
error y que se está tremendamente equivocada... te aniquila.
¿Qué nos puede compartir de su experiencia con los distintos directores teatrales con
los que ha trabajado? ¿Quién de ellos le ha
hecho una aportación importante en su
desarrollo como actri,z?
,;;;¡

€

El director debe ser bien claro con lo que quiere
y tener bien visualizado cómo q11iere al personaje y luego dejarte. Mira, yo he trabajado

e

mucho en mis inicios con Jwián Guajardo y
luego con Luis Martín. Recuerdo con mucho

~

ü

ti!

.;;
~

E

LJJ

cariño a una persona que hace t iempo murió, se
llamaba Carlos H. García, lo recuerdo con tanta
gratitud, un día anterior a un estreno nos dejó ir

_______1_0
Horno Escenícus

diciéndonos que un ensayo más no modificaría
nada, y eso habla de la seguridad de un director.
También he trabajado con Rubén González
Garza, él es muy preciso en Lo que quiere y te lo

¿Qué tan importante es, para una persona
que se dedica al teatro, interesarse por la
m\isica, la lectura, la ópera, el cine? ¿qué
aporta al crecivmiento de un actor?

Ése es el otro lado de Emma Mirthala, yo leo
mucho, tengo mucha vida interior y eso me
ayudó bastante para lo que yo elegí hacer, me
interesan muchas cosas, me interesa la jardinería, soy muy buena cocinera, y me gusta mucho
ver la televisión.
¿Que podría aconsejarles a los jóvenes que
están estudiando arte teatral?

Que lo disfruten mucho y que se den cuenta de
que el camino del arte es muy complicado, q11e
empiecen a picar piedra y que no se desconecten de la atmósfera teatral, y sobre todo que lo
tomen muy en serio, que reditúa ser actriz y
actor cu.ando logras hacerlo bien, es una labor
de mucho tiempo.

�Reconocimientos

de la maestra Emma

Mirthala Cantú
1955

1986

Mención honorífica en el
Primer Concurso Regional de
Teatro Mexicano organizado
por el INBA.

1958, 1960 y 1962
Premio a la Mejor Actriz del Año
por los Cronistas Teatrales de
Monterrey.

1970

Reconocimiento otorgad o
durante la Vlll Muestra Nacional
de Teatro de Monterrey, por su
contribución a l movimiento

Reconocimiento otorgado por el
Consejo para la Cultura y las
Artes, durante el Festival de
Teatro de Nuevo León, por su

teatral de Nuevo León.

trayectoria teatraa.

1992
Premio a las Artes UANL por su
destacada labo r artística y su
entrega a la docencia.

1994

Diploma otorgado por el ayuntamiento de Monterrey "por la
magnifica labor realizada durante
15 años de actividades teatrales".

2002

Reconocimiento concedido por
parte de protagonistas del teatro
regiomontano, e[ Centro de Arte
y teatro infantil, por su participación en el ciclo de conferencias
Diálogos sobre el recuerdo.

2005
Reconocimiento entregado por el
Museo Metropolitano de Monterrey, por su valiosa contribución
al desarrollo cultural de la ciudad.

Emma Mirtha/a y Ahidee Aguirre en Ramona de R.G. Gan:a. Del archivo de la FAE. Foto tomada por Mayra Leal

11
Horno Esoenicus

�Horno Escenicus

�Cuando los sueños se cumplen:

el Primer Festival

Universitario de las

Artes Escénicas 2012
Elvira Popova

¡Qué pasaría si tuviéramos nuestro propio Festival?
Est:a pregunta se hizo frecuente en los últimos tres años mientras la FAE estaba presente en eventos nac-ionales e internacionales a través de obras1, o participando en reuniones de organismos
como CAESA y ORMACC2 : en Xalapa, Ver acruz; en la ciudad de
México; en Mexicali; en Lima y Callao (Perú) . Hasta que la directora Karina Esquive! planteó la situación de una manera sencilla y
decisiva, gestionó los recursos y la pregunta se convirtió en
respuesta: el 5 de marzo de 2012 se jnauguró el ler. Festival

Universitario de las Artes Escénicas en las instalaciones de la
Facultad, en el Campus Mederos como un encuentro de obras
teatrales y dancísticas, talleres y espacios de diálogo. Entre los
participantes estuvieron colegas con los que ya nos habíamos
encontrado en otras latitudes: de la Escuela Nacional de Arte
Teatral del lNBA (ENAT), de la Facultad de Teatro de la Universi-

dad Veracruzana (UV), de la Universidad de Ca.lima, y también
colegas que conocíamos por primera vez: de ]a Universidad de
' Espectros de H. lbsen e n 2010 en Perú; Un año de silencio en 201J en
ciudad de México, y en 2012 en Rumania.
2

Conse)o Acreditador p~a la Educací6nSupe_ri?r deJas Artes (org_aoi~mo nac10oal que acredito la LA'!' en 2010); Ofacma Regional paca Méx ico,
América Central y el Caribe (de UNBSCO).

13
Horno Esc-enicus

�Verso, taller impartido por Margarita Gonzalez..

Sonora, de Chihuahua, del Colegio de Literatura Dramática y
Teatro de la Universidad Nacional Autónoma de México, de la

Escuela de Teatro de la Facultad de Filosofía y Letras de la UANL,
que habían respondido a la convocatoria de la Facultad de Artes

Escénicas de la UANL.
La oferta de talleres fue muy diversa, procurando que los alumnos tuvieran diferentes opciones de aprendizaje con respecto a

las áreas y especialidades de cada perfil (teatro y danza): Semiótica de la escenificaci.ón (Tibor Bak Geler, UNAM); Iluminación

escénica (Jorge Kuri,

UNAM); La voz y el

cuerpo del

actor (Elisa

Mass, ENA'.f); La danza como primer gesto de la inteligencia

humana (Raúl Platas, Maest ro invitado); Dramaturgia del actor
(Miguel Flores, ENAT); Verso (Margarita González, UNAM);
Acting Release (Joaquín Hernández, UNAM ); Lenguaje del cuerpo

escénico (Evelia Kochen, ENAT); Vestuario sin costuras (Rocío
Martínez, ENAT), y Dirección Escénica (Gilberto Guerrero,
ENAT).
En el siguiente bloque de materiales ofrecemos un mosaico de

opiniones de estudiantes y maestros. sobre diferentes actividades
del l er Festival Universitario de las Artes Es-cénicas.

14
Horno Escenicus

�Vestuario
sin costuras
María del Rocío Martínez Díaz

El vestuario en escena es la expresión visual de
la corporeidad y de la expresión del personaje,
por eso surgen a la par y van conformándose
juntos. El diseñador toma como materia de
creación el texto o tema. y de los momentos.
gestos. intenciones del actor o ejecutante. El
intercambio de ideas con el director de escena,
el desarrollo de ensayos con los ejecutantes, el
ritmo. los tonos. la relación con el espacio y
otros elementos son definitorios en el desarrollo
integrativo del diseño del vestuario.
En el ámbito académico artístico es común no
cont ar con un presupuesto para realizar La
producción de las obras, o si exÍ!ste es muy
limitado, por ello, es de v ital importancia
proporcionar a los alumnos alternativas accesibles que les permitan presentar sus ideas. En el
caso del vestuario, una posibilidad es el manejo
de lienzos sin costuras, así como el uso, de materiales no convencionales, cuyo adecuado uso y
exploración favorece la expresión del concepto.
La experiencia del encuentro con jóvenes
alumnos que son estudiantes de teatro. danza y
otras artes escénicas fue que tienen un matiz
muy peculiar para el trabajo de diseño y resolución de vestuario; comú:nmente piensan en el
vestuar io como un elemento complementario o
aUJ(i!iar. Esto se debe a que no tienen la oportunidad de familiarizarse e integrarlo como parte
importante de su proceso creativo. de la construcción del personaje o como una extensión del
mismo. El contacto con telas y otros materiales
mediante ejercicios vivenciales les permite
sensibilizarse y encontrar otra forma de comunicarse con su vestuario y elementos visuales en
escena. Por otra parte, los estudiantes de esce-

_1_5_ _ _ _ __
Horno Escenicus

�nograffa, vestuario o alguna modalidad de
diseño suelen comprender bien la importancia
conceptual y visual de los elementos en escena,
pero la mayoría de las veces no existe en su
formación académica un espacio que les permita tener referencia de la importancia del ejecutante-vestuario, la relación entre estos y los
elementos diseñados en la escena. Un adecuado
seguimiento de prácticas de exploración, experunentación y de su corporalidad, result a una
herramienta indispensable para -el proceso
creativo del diseño de elementos escénicos, su
significación y buen uso en el desarrollo de la
puesta en escena.
La previa experiencia en análisis de texto, en
la determinación de un tema dancístico o la
creación de un personaje, es la herramienta
fundamental para poder abordar el vestuario,
para comp render la génesis del diseño escénico.
El reto resulta fuerte toda vez que los alumnos
esperan resultados inmediatos y de b uena
calidad. Por otro lado se solicita una idea o

diseño previo a nivel de modelo o figurín, lo
cual produce reticencia por miedo a no dibujar
correctamente. En la concepción de la idea de
vestuario, deben tomar en cuenta su posible
realización a escala real pensando en los
posibles materiales y su factibilidad. Lo más

importante en el trabajo de elaboración de
vestuario es que se logre establecer una nueva
forma de relacionarse entre el ejecutante y el
vestuario y materiales del mismo, de tal suerte
que en adelante su manera de percibir y manejarlo en escena será desde otra perspectiva más
sensible y conceptual.

16
Horno Escenicus

Particip.ntes del taller Vestuario sin costura.

�Entrenamiento físico actoral

Imaging release:

entrevista con Joaquin Hernández

1

Acting Release.

A partir de las teatralidades vanguardistas de los años 60 y
70, el actor y el cuerpo se convierten en el eje de la represen 1ación. Pero es a partir de los 80 cuando el concepto de

physical theatre se hace presente como tendencia en el
1eatro contemporáneo. ¿Cómo se inscribe en este contexto

el acting retease?

Ac ting release se refiere al acceso consciente del actor a su fisiología que concierne a su trabajo, sin ningún tipo de mediatización

teórica o práctica lineal. Las bases del release encuentran su
robustez en las ciencias de la vida, en particular en la fisiología del

sistema nervioso motor y de comunicaciones endocrinas en todos
los niveles. Sin embargo, aunque el release es una idea que viene
desde los años 20, encuentra lugar en las búsquedas corporales

escénicas de los años 80 en México. En ese momento me influencian coreógrafos de esas épocas con quienes trabajé: Anna Soko-

low

e

T ),

Raúl Flores Canelo

e+) y

Gerar&lt;lo Delgado ( t ), y de

manera especial, sin haber trabajado con ella, Pina Baush ( +) .
Estos grandes artistas abordan la Danza Teatro y a veces Teatro

Físico causando todo esto que me inte resa, como dirigir esos
1

Entrevista de Elvira Popova.

17
Horno Escenicus

�impulsos corporales. DVS Physical Tbeater de
Inglaterra trabaja en sus puestas en escena el
movimiento excéntrico como gesto del trabajo
con el texto. Este hecho me reveló la importancia de conocer con profundidad científica la
fisiología del actor de forma integral y no
solamente como un descu brimiento casual
mediante el entrenamiento en danza o circo.
Gerardo Delgado me enseñó un release gestado
desde la investigación formal y rigurosa del
cuerpo. Fue uno de los coreógrafos más desco-

_______
18
_
Horno Escenicus

munales y que más influencia ha tenido en

artístico me he dado cuenta de la importancia

México en el campo de la danza. El release sin

del release aplicado correctamente en el cuerpo

mucha idea y puesto "de moda" por la falta de

del performer. Pienso que no he creado nada,

entendim iento cabal de la técnica deriva en la

creo que solo estoy dando a conocer en un

mera forma atlética vacía y sin esencia.

contexto teatral algo que es un hecho biológico.

¿Cree que el hecho de ser bai larín influyó en

¿Considera que la creación escénica sería

su decisión de crear esta nueva técnica?

más "natural" si el actor pudiera despren-

El ser bailarín y biólogo me dio la oportunidad
de conocer el funcionamiento de los sistemas

derse de texto y crear no con base en

vivos, de mi cuerpo y el de los otros. Aún existe

la Comedia del Arte?

una "edad media" del conocimiento del cuerpo

Creo que la Comed ia del Arte es una definición

donde se le col.oca en un lugar aparte, lejos del

y posee códigos que conducen a corporalidades

individuo, en su mente. Intuí que podía guiar a

que al final son definidas. .Por otra parte, ¿si la

los actores y bailarines de una forma muy

creación escénica sería más natural dirigiendo

concreta y formal hacia el descubrimiento de

este esfuerzo a la codificación? no, porque el

sus propios cuerpos, de su "pensamiento

release no genera códigos sino decodificación

corporal" y alejándose, en el momento oportu-

de corporalidades comprimidas en un indivi-

no, de ideas preconcebidas e integrando lo que

duo (actor) y expresadas en la construcción e

llamo multidimensionalidad del cuerpo en

interpretación de un personaje. Me parece que

acción. Al tener entrenamiento cien.tífico y

el texto es importante en la corporalidad de

simplemente improvisaci-ones sino similar a

�estos hallazgos aportarán a la ciencia un marco
de referencia exp erimental de gran resolución
acerca de cómo funcionan los mecanismos de
comunicación en los grupos humanos y eso es
relevante en artes escénicas.
¿.Cómo considera que es la situación actual,

a nivel de entrenamiento tísico, del teatro
mexicano?

El cuerpo humano es un dispositivo absolu taAccing release, taller Impartido por Joaquín Hernil.ndez.

mente sensíble y complejo. Me parece absoluta-

cualquier personaje, como es impo rtante el

mente preocupante que el entrenamiento

lenguaje dancístico de una técnica en particular.

actoral se deje a un lado o se le dé tan poco espa-

El release sólo es relevante en tanto facihta la

cio, tanto en México como en otros países; en

eficiencia fisiológica de los procesos creativos

los planes de estudio y en lo profesional, en

del aquí y el ahora.

todos los niveles y áreas de cono{:imiento de la
práctica teatral. Esto demerita el trabajo del

Y esta creación e scénica ¿qué podría apor-

actor. A veces está tan mal entendido, que se

tar al teatro actual?

piensa que se trata de simplemente hacer ejerci-

El release, por s u naturaleza científica y

do físico deportivo o bailar. Debemos reflexio-

humana, soporta, al igual que las neurociencias,

nar que es el cuerpo el que alberga todos los

todo lo que se ha construido en las técnicas

sistemas de comunicación y aprehensión con el

actorales hasta hoy. Todas buscan la organicidad

exterior, entendiendo literalmente órganos y

y la verdad en escena. Aunque no existe aún

sistemas. Todos los sistemas de recepción de

mucha literatura y estudios al respecto, esto

información que es procesada por el cuerpo se

probablemente es debido a que aún vivimos

encuentran en el sistema nervioso y otros

separaciones abism.ales tanto conceptuales

procesos aún no claramente entendidos por la

como de métodos entr e humanidades y

ciencia, por ello es preciso entrenarlo para al

ciencias. El release y los estudios de neuronas

menos tener conciencia corporal.

en espejo están aportando un marco teórico y
práctico .m ás sólido y dinámico de nuestro
quehacer teatral a un njvel muy alto. Además,

19
Horno Escenicus

�Re-encontrando
la verdad: el taller

"Dramaturgia
del actor''

de Miguel Flores
Kimberly Evans

EEtaller en el que participé fue el de Dramaturgia del actor, el cual
se enfocó principalmente en exp lorar la veracidad en la actuación,
viendo esto como un factor constante para el trabajo escénico,
indepen dientemente de las técnicas y géneros, es decir, buscar no
un sent ido de rea.lidad en la escena, sino de verosimilitud: "no
actuar o simular, sino hacer", en palabras del mismo tallerista.
Se trabajó de forma muy completa, ya que durante las primeras
dos horas se abordaban ejercicios físicos para ejercitar el cuerpo y
la voz: "el cuidado de las herramientas del actor, para percibirlas,
conocerla.s y poder unificarlas". Este acondicionamiento corporal
ayudó a desarrollar la relajación , concentración, energía y presencia; es decir, preparar a los alumnos para "estar" al momento de
pisar un e.scenario.
Una vez logrado, las dos horas posteriores del taller se enfocaron en que al "estar", realmente se reaccionara de manera genuina
y orgánica ante los estímulos: "hacer". Para esto, se realizaban
improvisaciones con premisas bien definidas que arrojaran al
actor a la acción y a la reacción verdaderas, aventando preguntas
para que surgieran respuestas. Con esto se iban creando los personajes de forma natural, al dejarlos fluir con base en la intuición. La
idea consistía en construir las "vivencias" c-0mo si fueran experiencias completamente nuevas, dentro del plano ficticio , para así
estructurar la "memoria emotiva" de la que habla Stanislavski,
pero en cuanto al proceso actoral :mismo, y no sostenido sólo por
recuerdos o experiencias personales: "no matar siempre a tu
papá... (en favor de la escena)".
Al trabajar con estos parámetros se fueron encontrando
estimulos verdaderos dentro de la escena, para así reaccionar a lo
que en ese momento en realidad estuviera pasando, y que los

20
Horno Escenicus

�personajes no entraran ya anunciando el desenlace de la obra;
como por ejemplo, no estando ya enojados desde el inicio, sino
realmen te enojándose con base al desarrollo de la escena.

"Ver cada función como la
primera, la única y la última"
De esta manera, al definir "dramaturgia" como fa "concepción
escénica para la representación de un texto dramático" según el
diccionario de la Real Academia de la Lengua Española, queda en
evide ncia la elocuencia del nombre del taller, debido a que
realmente se concentró en explorar esa "concepción" desde la
perspectiva del actor, ayudándole a unificar sus diversas herramientas a favor de la "representación" viva y orgánica.
Finalmente, gracias a esta experiencia los alumnos que participamos tuvimos la oportunidad de desligarnos un poco de ciertos
parámet ros fuertemente infundados que han estigmatizado la
actuación: conceptos, técnicas, géneros, mitos, etc. que se citan
entre ensayos y aulas, y se convierten en leyes absolutas e inquebrantables, que no necesariamente llevan siempre a una actuación
sincera. Este taller nos recordó la importancia de la intuición pura,
la disposición del actor para prestarse a los estimulos de la escena;
nos alentó a buscar la verdad escénica ante todo, independientemente del camino; para encontrar la verosimilitud de lo que se
está haciendo.

21
Horno Escenicus

�Experiencias compartidas en el

Primer Festival de
las Artes Escénicas
Daniela Espinoza Luna
Nelly Elizabeth Casas Sandoval
En los espacios de convivio que se suscitaban todos los días en el
Festival, entre los talleres y la primera función de la tarde llevados a cabo en la FAE. los estudiantes de las diferentes escuelas
compartíamos experiencias e ideas. Así fue como entrevistamos
a varios compañeros del octavo semestre de nuestra Facultad y
coincid imos en la deficiencia que existe en nuestro programa de
estudios respecto al entrenamiento físico / corporal que un
actor necesita. Pero también nos pudimos dar cuenta de la falta
de compromiso y disciplina. de la impuntualidad y la falta de
pasión hacia el teatro de cada uno de nosotros. que es lo más
triste, haciéndonos reflexionar totalmente sobre que debemos
estar con la mayor disponibilidad para hacer las cosas sin pretextos. teniendo sii.e mpre una actitud positiva.
El entrenamiento físico que mencionamos es parte importante
y fundamental para un actor, pues se verá reflejado en los

proyectos y será de mayor calidad, ya que nuestro cuerpo es el
instrumento principal de trabajo. Como uno de los ejemplos que

nos planteó la Escuela Nacional de Arte Teatral (ENAT). con su
participación con la obra 72 Migrantes, dejando ver la proyección, energía, conexión y disciplina corporal en los actores.

22
Horno Escenicus

72 migrames (ENAT).

Y lo bailado q11ie11 me lo quito (FAE).

�Durante el Festival aprendimos, trabajamos, convivimos y
reflexionamos sobre las experiencias que tuvimos (realmente fue
penoso que los compañeros de otras escuelas tuvieran una excelente condición física en comparación con nosotros). Sabemos
que el plan de estudios cambiará y será ctirigido a nuestro cuerpo.
pero debemos estar conscientes de que siempre se requiere de un
extra para nuestra formación, pues ése es el teatro de nuestro
tiempo: con presencia., con energía, enraizado en el escenario; tal
como los árboles Uenos de vitalidad y de fuerza, dando vida y

oxígeno al ser humano.
Tuvimos la oportunidad de entender que existen diferentes
métodos de estudio, materias e incluso la preparación que cada
uno requiere fuera de la Facultad, como la alimentación balanceada que se necesita para soportar )as jornadas ele trabajo.
El Festival nos dejó con ganas de seguir respirando esa buena
vibra de energía creada, deseando que se repita, pues fue muy
buena retroalimentación para todos los que formamos parte de la

Facultad de Attes Escéni-cas.

Lo m150 de gol/o de A. Roman (UNAM).

23
Horno Esc11nicus

�Horno Escenicus

�La FAE

en Cuba
Karina Esquive!

Del 13 al 17 de febrero atendimos la invitaci6n
d el Ministerio de Educación Superior de la
República de Cuba par a participar en el 8°
Congreso Internacional de Educación Superior
Universidad 2012, en el Palacio de Convenciones de La Habana, Cuba.

Univorsidad 201 2
evo Congrc,o ln1ctnoc!Qf1II
dl" Educ11clón Sl0et1or
Drllll•Ua..-iUllll

,.ff"9t.,-o1,c.i.,
..~----

Representantes de las principales universidades de Brasil, Venezuela, Argentina, Paraguay,
España, Italia, México , Republica Dominicana,
Costa Rica, Angola, Uruguay, Ecuador, Perú y
Cuba nos congregamos bajo el lema "La universidad por el d esarrollo sostenible" que propició
u n ámbito para la reflexión y el debate orientado a valorar la con tribución universitar ia a
d icho desarrollo, reafirmando la responsabilidad de la educación superior con la sociedad y

con su tiempo. El Congreso Internacional de

fo el Teatro Nacional de La Habana.
Imagen· del archivo de la fAE.

Educación Su perior con tó con u n conjunto de
eventos integrados, entre los que destacó el
Taller Internacional d e Ext,ensión Untversitarfa,

debate denominado La universidad y la relación

que, en su XI edición contó con la presencia de

de las prácticas artísticas y literarias con los

impor tan tes representan tes de instituciones y

conrextos sociales.

organizaciones internacionales y personalida-

Dentro de las principales jdeas que confor-

des académicas, analizando este proceso univer-

maron el cuerpo de las conclusiones finales de

sitario a través de debates, conferencias, mesas

este evento pueden &lt;.:onsiderarse:

redondas, paneles e intervenciones especiales.
Nuestra institución participó en el taller de

•

La formación de competencias específi-

cas de promoción y gestión de la cultura contri-

25
Horno Escenicus

�En. el campus del ISA con el decano Osvoldo Cono.
Imagen: del archivo de la FAE.

huyen a la defensa de los valores que marcan la

y líderes comunitarios para el desempeño del

identidad nacional.

proceso de extensión universit aria.

•

La comunicación de la ciencia como

•

Recuperar la capacidad.del arte de incre-

saber debe ocupar un lugar preponderante en la

mentar la parlicipación, relacional' la gente,

gestión del proceso de extensión e involucrar a

rescatar la memoria, el arte como instrumento

las grandes mayorías.

de reconstrucción social.

•

Fomentar proyectos que contribuyan

•

Garantizar la preparación y capacitación

desde la cultura física, el deporte y la recreación

de profesores, investigadores, estudiantes y

al desarrollo humano, incidiendo en la forma-

líderes comtinitarios para el desempeñtJ del

ción de estilos de vida saludables, avalando la

proceso de extensión uojve rsit aria.

necesidad de concebir dichas acciones desde un
enfoq ue del deporte para todos.
•

•

Instituir a La Red Latinoamericana de

Extensión y redes nacionales como soporte y

Gestar proyectos sociocul turales que

medio de consuJta e intercambio para el

contribuyan a la construcción de la Cultura de

desarrollo de proyectos, definición de lineas de

Paz, que s ignifica contribuir a potenciar la

investigación, realización de maestrías y docto-

educación para la paz, promoviendo los valores

rados.

de equidad, in terculturalidad!, promoción de la
igualdad de oportunidades, el r econocimiento

Paralelamente a la participación formal en el

de la dignidad de todas las personas y de sus

congreso, apr ovechamos la -o portunjdad para

derechos.

visitar la Facultad de Teatro del Instituto Supe-

Garantizar la preparación y capacita-

rior de Artes (ISA), con la intención de gestio-

ción de profesores, investigador es, estudiantes

nar junto con su director (decano, como le

•

26
Horno Escenlcus

1

Al momento de la publicación ya es un hecho el Convenio, que fue firmado por los rectores de la UANL y el ISA.

�Niños actores de La Colmenita. Imagen: del archivo de la FAE.

dicen los cubanos) Osvaldo Cano, la firma del

a la presentación de un volumen sobre la histo-

convenio entre la UANL y el ISA, que abriría

ria del teatro cubano y, en el Teatro Argos, uno

oportunidades de intercambio académico y

de los montajes más discutidos en la cartelera

cultural entre las dos instituciones 1 . Las instala-

cubana actual: Aire frío, de Virgilio Piñera, una

ciones de la Facultad de Teatro se encuentran

obra costumbrista y de dirección convencional,

en un maravilloso lugar, un ex ca1npo de golf

pero con excelentes actuaciones de actores de

expropiado por la Revolución en pro de la

diferentes generaciones de esta isla caribeña.

educación artística, do nde se ubican varias

Para finalizar esta nota, les comparto que la

dependencias del ISA: aparte de los colegas de

compañía de teatro infantil La Colmenita, fue la

teatro, está la Facultad de Artes plásticas, la de

invitada especial para la inauguración de este

Música, las residencias estudiantiles, una libre-

evento tan importante. Fundada con niños y

ría, la cafetería, la alberca para estudiantes. La

para los niños, esta agrupación busca fomentar

Facultad de Teatro tiene su historia a partir de la

valores humanos mediante la creación artística

década de los 60 y en su plan de estudios están

a través del teatro, la danza y la música, desarro-

las carreras de Actuación, Dirección y Teatrolo-

llando el imaginario infantil y colectivo con lo

gía.

mejor de la literatura universal y folklórica de

A esta corta visita me acompañó, en su

los pueblos. Con una vitalidad y con el ritmo

calidad de líder del Cuerpo Académico de nues-

que los caracteriza, este numeroso grupo de

tra dependencia, la maestra Elvira Popova y

niños presentó su espectáculo y posteriormente

tuvimos la oportunidad de asistir a tres eventos:

puso a bailar a los cerca de dos mil asistentes.

una confere ncia impartida por el dramaturgo y
teórico chileno Ramón Griffero, La dramaturgia

del espacio, en el Centro Cultural Bertolt Brecht,

27
Horno Escenicus

�La

FAE

en

el

World Festival
of Theatre

Schools

2012

Roberto Páez
Un poco de historia

_______2_8
Horno Escenicus

Considerando como una prioridad los intereses de las Escuelas
Superiores de Teatro, con aspiración a un mayor desempeño del
arte escénico, en 1995, durante un congreso en Caracas, se
aprobó la creación de una Cátedra de Teatro en la estructura del
Instituto Internacional de Teatro (ITI / UNESCO). A partir de
esta fecha, cada dos años la Cátedra reúne a sus miembros de todo
el mundo para debatir cuestiones de mutuo interés, y de esta
manera se convierte en espacio de diálogos. Posteriormente, en
Xalapa, en 2010, se conformó la Oficina Regional para México,
América Central y el Caribe (ORMACC), que como lo indica su
nombre, reúne los esfuerzos de las escuelas de teatro de los países
de esta parte del mundo.
Este 2012 se celebró la octava edición del World Festival of
Theatre Schools (Festival Mundial de Escuelas Superiores de
Teatro 2012), con sede en Sinaia y Bucarest (Rumania), del 2 al
12 de septiembre. Para ello fueron seleccionadas propuestas de
universidades de todas partes del mundo: Armenia, África del
Sur, Brasil, Bulgaria, Costa Rica, India, Perú, Polonia, Reino
Unido, México, entre otros, quienes se dieron cita en este gran
intercambio cultural, llevando una obra bajo la temática: "Éxodos.
Migración". Como miembro fundador de la ORMACC, la Facultad
de Artes Escénicas de la Universidad Autónoma de Nuevo León
fue una de las escuelas invitadas a esta celebración, teniendo
como representantes a su Directora, la M. A. Karina Esquive)
Jiménez; la coordinadora de la LAT, Dra. Elvira Popova; así como
los cuatro alumnos de la Licenciatura en Arte Teatral que conforman el equipo de la obra invitada, Un año de silencio de Rafael
Martínez: Daniel Morales, Lessly Martínez, Roberto Páez, y María
del Rosario Espinosa.
En el marco del encuentro se llevaron a cabo una serie de
actividades y eventos, como: los performances de las 15 escuelas
de teatro (teniendo México como representantes a la FAE, la
ENAT y la Universidad Veracruzana); Masterclasses impartidas
por maestros de diferentes regiones del mundo, al igual que viajes
turísticos para conocer los lugares más característicos e importantes de Rumania.

Poster del festival en Rumania.

�En el Parlamento de Rumania.

La gran agenda
El lunes 3 de septiembre los
alumnos comenzaron tomando
la primera Masterclass, impartida por el maestro Yiannis
Paraskevopoulos (Grecia),
buscando, por medio de ejercicios de expresión corporal, el
significado de la palabra
"éxodo"; en esta clase se hizo
una conexión entre el teatro, la
música, la danza y el canto, con
las diferentes ideas del éxodo
que los estudiantes tenían, cada
uno según su cultura, para
poder encontrar un punto en
común.
Más tarde, ese mismo día,
tomó lugar la segunda Masterclass, esta vez a cargo del maestro Veniamin Filshtinsky
(Rusia), Jefe del Departamento
de Actuación en la Academia
de Artes Teatra les en San
Petersburgo. El maestro se
enfocó en el método Stanislavsky, dando una conferencia
sobre el tema y aplicando
algunos ejercicios prácticos en
los alumnos. Su conferencia
habló de sentir r ea lmente;
ideas principales como: "El

teatro es el lugar que nos
muestra que vale la pena vivir",
"hoy en día hay una tendencia
a mostrar el lado oscuro de la
vida: sangre, sexo. Después de
la obra el espectador debe
tener ganas de vivir. Debe
querer vivir feliz después de la
función", "las palabras en el
escenario no son lo más importante, el texto debe salir del
papel, debe salir de adentro del
cuerpo del actor. La energía de
la palabra debe ser inspirada
por la energía interna" fueron
transm itidas a los estudiantes.
El martes 4 comenzaron las
primeras obras del Encuentro,
la puesta inaugura l fue
Woyzeck, de Georg Büchner, a
cargo de la delegación de
Eslovenia (Universidad d e
Liubliana, Academia de Teatro,
Radio, Cine y Televisión), una
puesta que nos muestra cómo
la sociedad lleva a un civil
inocente al borde de la locura,
al punto de convertirse en un
asesino. Seguido de esto (así
como en todos los performances) hubo una mesa de
desmontaje en la que el público asistente charló con el
equipo de la puesta, y se com-

partieron ideas sobre el resultado final del trabajo y su proceso
de creación.
En la tarde de ese mismo día
fue el turno de Perú (Escuela
Nacional de Arte Dramático Ensad, Lima), con Inn Bena
colours snake: la historia de una
amazonia de Perú, mostrando
sus costumbres y su unión con
la naturaleza, que con el paso
del tiempo tiene que cambiar
su forma de vida a la llegada de
la civilización. Es de admirar el
gran esfuerzo que llevó este
montaje, pues de última hora
hubo complicaciones con las
actrices, de manera que no
todas pudieron participar en la
función y fue necesario
reestructurar el concepto de la
obra, aun así el resultado fue
sumamente natural y honesto.
El miércoles 5, los alumnos
asistieron a una charla otorgada
por Michael Ramsaur, de la
Unive r sidad de Stanford,
Estados Unidos, que se enfocó
en la escenografía, el cómo
influye en la puesta en escena;
también se habló de la iluminación y cómo contribuye en el
discurso escénico, qué nuevos
métodos están surgiendo en

29
Horno Escenicus

�favor del espectáculo escénico.
El jueves 6 fue un día de
ardua actividad teatral, pues se
p resentaron t res diferentes
puestas en escena, sin embargo
todas abordando el mismo tema
(Éxodo: migraciones humanas). La primera presentación
del día, a las tres de la tarde,
corrió a cargo de la delegación
del país anfitrión: Rumania
(Universidad Bajo Danubio,
Facultad de Artes, Departamento de Teatro de Galati),
quienes nos mostraron la obra
Emigrados, de Slawomir
Mrozek, donde se cuenta la
historia de dos migrantes que
viven en condiciones difíciles
como resultado de la búsqueda
de una vida mejor. A las seis de
la tarde fue el turno de la
primera delegación mexicana
(Facultad de Teatro de la
Universidad Verac ru zana),
cuyos alumnos mostraron el
potencial de la técnica de la

30
Horno Escenicus

improvisación al darnos ¿Quiénes son, dónde están?, arma de
doble filo con la que se puede
sorprender al público de
maneras incr eíbles, o fallar
terriblemente; afortunadamente la UV fue bien recibida
por el público, la diferencia de
idiomas no fue ningún impedimento para darle a los asistentes un gran momento de diversión. Después, a las 09:30 de la
noche, vino el turno de la
delegación hindú (Escuela de
la Llama de las Artes Escénicas
de Prune), que otorgó gratos
momentos a los espectadores
con Califa, una puesta que, sin
más escenografía que una
banca, y algunas bolsas contó
la historia nacional en cuanto a
la migración. Uno de los aspeetos más d estacados fue la
técnica corporal que usaron
los estudiantes; es así que
mostraron el movimiento de
un tren durante toda la puesta

Obra de teatro Califa (India). Archivo de la FAE.

usando solo s us cuerpos,
también despliegues de corporalidad expresionista, reflejando emociones de tristeza e
impotencia.
El viernes 7 de septiembre,
los participantes comenzaron
la mañana con la tercera
Masterclass, impartida por
Christian Penny (Nueva
Zelanda), director de Toi
Whakaari: Escuela de drama
de Nueva Zelanda. Por medio
de una clase teórica y práctica,
se aclararon las dudas sobre la
visión, el casting y el desarrollo de una puesta en escena.
Con ejercicios los alumnos se
dirigieron unos a otros escénica mente, y contestaron las
preguntas que surgen en
relación a cada pieza de trabajo.
A las tres de la tarde de ese
día, se presentó Nómadas
(Universidad de Costa Rica,
Escuela de Arte Dramático),

�un espectáculo muy visual,
muy corporal y a la vez muy
interno, creado por los alumnos, 1nostrando el viaje no sólo
geográfico sino también espiritual del ser humano, desde que
nace hasta que muere, y todas
las transiciones que hay de por
medio, muy destacado por su
uso sencillo de la iluminación,
apoyados por música en vivo
-percusiones ( tocadas por el
director de la Escuela Manuel
Ruiz García)-. Posterior a una
breve mesa de desmontaje
siguieron los estadounidenses
(Colegio de Wooster, Departamento de Teatro y Danza), con
su puesta en escena Encuentro:
PERU!!, nuevamente ve1nos un
performance creado con base
en la vivencia individual de los
actores, donde no hay una
creación de personajes, sino
que más bien ellos mismos
como actores son los personajes, contando su experiencia en

un v1aJe tu rístico a Perú y
exponiendo su idea de la
migración como la absorción
inconsciente de otra cultura,
una puesta muy simbólica por
parte de la Universidad de
Wooster, Ohio. Para concluir
ese día llegó el turno de la
delegación brasileña (Universidad de Sao Paulo, Escuela de
Comunicación y Arte, Departamento de Artes Escénicas),
con Cuidado con el perro loco.
Una puesta en su totalidad
corporal, con un uso mínimo
de las palabras donde, una vez
más los personajes son los
actores, sin embargo, este
montaje manejado en farsa los
lleva a una exageración total y
satírica de la realidad, así como
de la sociedad en que vivimos:
caótica y sin orden aparente,
pero que dentro de s u caos
e ncierra la costumbre y la
rutina.
El sábado 8 de septiembre,

Philoktct (Alemania). Archivo FAE.

comenzaron las actividades a
las nueve de la mañana con la
Masterclass número 4, a cargo
de la profesora Sterre Maier
(Reino Unido), enfocada al
teatro musical, con el objetivo
de crear la conciencia y
confianza de los alumnos en sus
propias capacidades, enfocándose en el verdadero significado de una canción para que las
palabras nazcan de la creatividad y libertad, para así interpretarla en vez de sólo usar una
buena técnica del apoyo vocal.
Continuando con el itinerario
del día, el profesor Jimmy A.
Nor iega de Estados Unidos
impartió la quinta y última
Masterclass, llamada "El texto
fís ico", en dicha clase los alumnos recibieron un curso intensivo de la técnica que utiliza la
Universidad Cornell, donde se
entrena al cuerpo para responde r a un impulso de la palabra
que lo lleve a una acción, luego

31
Horno Escenicus

�con distintos e le m entos
(tempo, compass, repetición,
etc.) se logra construir una
armonía en conjunto para la
puesta.
Concluyendo ese d ía, la
segunda delegación mexicana
(Escuela Nacional de Arte
Teatral) presentó su performance: 72 migrantes: altar, que
dejó ver toda la capacidad de
los alumnos de la ENAT, con un
alto nivel físico y emocional,
contando la historia de 72
mexicanos asesinados en la
frontera de México con Estados
Unidos, retratando lo que para
e l mexicano representa la
migración: el arriesgar la vida
por la posibilidad de un futuro
mejor. Presentada a dos públicos y con una cercanía e intünidad con el espectador, ante la
insensibilidad que se ha formado en los últimos años.
El domingo 9 de septiembre
fue un día que los alumnos
pudieron aprovechar en activi-

dades turísticas para conocer
los alrededores de la capital,
pues el itinerario no comenzó
sino hasta las dos de la tarde
con la tercera y última delegación mexicana (Facultad de
Artes Escénicas de la Universidad Aut ónoma de Nuevo
León), en el teatro ArCub con
Un año de silencio dirigida por
el egresado de la FAE, Alejandro Alonso y con la asesoría de
la maestra Elvira Popova para
este Festival. ArCub es un
teatro municipal de Bucarest a
un costado del Teatro Nacional
en el centro de la capital
rumana, sobre cuyo escenario
se montó la escenografía del
teatro arena, buscando una
cercanía e intimidad con el
público, acercándolo a la situación que viven los migrantes.
Magdalena (Lessly Martínez),
una niña que viajó por la
frontera siguiendo el sueño
americano, recuerda la pesadilla que vivió durante esta

32
Horno Escenicus

Un año de silencio (México, FAE). Archivo FAE.

travesía y su encuentro con
Pedro (Daniel Morales) y John
(Roberto Paez), dos almas
perdidas en este proceso de
buscar una mejor vida sólo para
encontrar una trágica muerte.
Aquí es interesante destacar la
similitud del trabajo de la ENAT
con el de la FAE, ya que la
migración para México representa precisamente eso: la
búsqueda de la vida con el
riesgo de la cond ena y la
muerte.
A las 4:30 de la tarde continuó la delegación búlgara (Academia Nacional de Teatro y
Cine de Sofía), en donde tres
alumnos mostraron una pieza
poco conocida de Samuel
Beckett: Rough for Theatre ll.
Bertran.d y Morvan son dos
personajes tratando de descifrar por qué Cracker (un personaje parado frente a una ventana) se quiere suicidar, en el
proceso se distraen y discuten
por cosas intrascendentes, por

�lo que su conclusión final es
"dejadlo saltar". Beckett nos
ofrece esa ambigüedad de lo
que realmente ocurre, y los
alumnos de Sofía utilizaron la
técnica de lo grotesco y la tragicomedia en esta puesta de
pocos pero vistosos elementos
escenográficos, como dos escritorios con lámparas y una
manta con un cielo nocturno.
La puesta e n escena que
cerró aquel día, a las nueve de la
noche, fue de la delegación
alemana (Academia de Arte
Dramático "Ernst Busch") con
Philoktet, de Heiner Müller, una
obra de tres actores. Los dioses
griegos han muerto, los hombres son traicioneros y e l
mundo es una matanza, lleno
de mentiras, envidia y brutalidad. Llevada a cabo de manera
narrativa y de estética expresionista, con un tono y expresiones agresivas tanto corporales como faciales y bucales,
bucales, el trabajo de los alema-

nes resultó muy impresionante, a pesar de la barrera del
idioma.
El lunes 10 de septiembre
tuvieron lugar las ú ltimas
obras del Festival. La primera
de la delegación sudafricana
(Departamento de Drama de la
Universidad de Cape Town):
Recordados, un texto escrito
por los alumnos donde cuentan la historia de uno de sus
antepasados que tuvo que
viajar a una tierra foránea
guiado por la ilusión y la esperanza de encontrar la felicidad.
La última, presentada a las
6:30 de la tarde, por parte de la
delegación rumana (Universidad Nacional de Cinematografía y Arte Teatral de Bucarest),
fue El dragón dorado de Roland
Schimmelpfennig, un texto
que cuenta la histo ria de un
grupo de cocineros chinos que
viven ilegalmente en otro país,
y al morir uno de ellos no
puede n recurrir al seguro

médico. Lo interesante de este
montaje es que toda su escenografía era una estructura hecha
de tubos que les servía para
todas y cada una de las escenas:
sillas, una mesa, una plancha,
una cocina, un parque, etc.
La noche del día siguiente,
todos los participantes, alumnos y directores de las universidades disfrutaron de la fiesta de
clausura y su última convivencia en este Festival, donde se
acu1nularon vivencias difícilmente repetibles. Una verdadera oportunidad por la que se
está infinitamente agradecido,
poder ser parte de esta experiencia no tiene nombre, sólo se
puede decir que nos guía la
pasión por el teatro y, como
dijo el presidente de la Cátedra
ITI / U NESO, And r é Luis
Perinetti: "El teatro es algo
hecho para sorprendernos, y
yo, hoy, he sido sorprendido".

33
Las delegaciones de Ameríca Latina en el World Festival.

Horno Escenicus

�UANL
UN IVERSID AD AU1"'0 OM1\ D r~ NUEVO I.. EÓN
FACUL,-f AD D E AR,-1 ES ESC f:N I CAS
PRE.SE ' f A

Dircccion:

ROBERTO PÁEZ

DOMINGOS
ABRIL, 22
MAYOri 6 y 13
12:00 rM

TEATRO
1
1 ESPACIO
ROGEUO VILLARREAL EllZONDO

CUOTA D E RECUPERACIÓN: $60
N IÑOS; ESTU DIANTES E INAPAM: $30

Unidad Maderos. Pra a
Horno Escenicus

U

A

N

Trieste s/n trace. Las Torres Monterre N.L.

L®

�"Uno cree que va a hacer
un viaje, pero enseguida

es el viaje
el que lo hace a él''
(Nicolas de Bouvier)
Judith Aguilar
Después de haber vivido varios años en Austria,

finalmente apareció el casting ideal. Decía:
"Gente de todas las edades, con antecedentes de
migración, que vivan en Viena; no se necesita

experiencia teatral" y lo más importante: "para
el Volkstbeater de Viena".

Estaba claro, esta era la oportunidad que
tanto había esperado, después de mucha desesperanza por fin se presentaba lo que yo busca-

ba: volver a trabajar en teatro.
Desde el momento en el que entré en la sala

del casting supe que iba en serio, todo estaba
muy bien organizado, había una persona para
cada cosa: audio, video, fotografía y música,

asistentes, productor y claro, la directora Jaque-

lin Kornmüller. Jaquelin reflejaba sencillez,
seguridad, inteligencia y al verla a los ojos supe

Progroma de mano de Die Riese.

que podía confiar en ella, así de fácil; comenzó
a hacerme preguntas sobre los motivos de mi

o

lidad de vivir de una forma segura y sin miedo,

(1)

Q)

viaje a Austria, sob re México, mi familia y mi

y con la oportunidad de conocer otras culturas

vida a partir de mi llegada a este país, hablamos

hace que soportemos la soledad, el choque

sobre todo de la resistencia a volver a México,

cultural, la nostalgia, el frío, la falta de sol y las

~
m
"O
Q)

¡¡¡
~

3

e
a.

::,

pues aunque las cosas se ponen muy difíciles

miles de barreras que se van presentando. Al

para tos actores en un pa ís donde el idioma es la

final d e la en trevista, rne pidió realizar un a

principal barrera, y vaya, no sólo para los artis-

improvisación de danza con el tema "El viaje"

tas, para todo .aquél ql.le decide empezar de

q_ue es el nombre que lleva la obra; al finalizar

nuevo en otro lugar sin dinero o alguna clase de

dicha tarea se acercó a mi, me abrazó y me dijo

apoyo económico, bueno pues aun así, la posibi-

que yo ya pertenecía al reparto.

o

35
Horno Escenicus

�El viaje

teatros en países lejanos, que tienen suHciente
dinero del estado, con su grupo de actores y

Lo mejor estaba por venir, llegué al lugar de

directores de la casa, quienes montan cada año

ensayos, un espacio que cuenta con las mismas

temporadas, con su gran equipo de sonido,

características del escenario del Volkstheater,

tramoya, maquillaje, publicidad, iluminación,

equipado además con todos los recursos técni-

equipo de casting y todas las maravillas a las

cos. Aquí parecía que estaba por construirse la

que en México nos estamos resignando a renun-

Torre de Babel: era una mezcla de colores,

ciar.

temperamentos, vestimenta y movimiento. El

Nunca pensé que iba a actuar en el Volksthea-

reparto estaba formad.o por personas de 19

ter, nunca pensé que haría más de 20 funciones

países distintos: Hungrfa, Irán, Bosnia-Herzego-

con público de 900 personas, que habría quien

vina, Chile, Afganistán, Rumania, Ucrania, Alba-

se quedaría en la fila una hora antes para

nia, Chechenia, Somalia, Colombia, Japón,

comprar boleto, que saldría en periódicos y

Gambia, España, Polonia, Sierra Leona, Argenti-

revistas austriacas, que conocería a tanta gente,

na, Austria y claro, no podía faltar México.

que el equipo trabajara tan bien, y aveces

Con base en las entrevistas hechas en el

pienso que morí y estoy en el par aíso, es proba-

casting, se extrajeron los textos y se construyó

ble que en junio de 2012, que termina la tempo-

una dramaturgia, así casi cada uno de nosotros

rada, resucite y las cosas vuelvan a ser tan duras

o

narra una parte de su propia historia, la historia

como la realidad, pero esta experiencia es algo

E

de su viaje personal a Austria. Estas historias

que se quedará para siempre en mi corazón.

"O
e
:,
&lt;P

i

L.U

1:1:
.!!!

~

36
Horno Escenicus

están entrelazadas con transiciones que forman
el discurso de la directora.

Mi p·ropio viaj e

En el lapso de casi cuatro meses de ensayos de

En resumen, Die Reise (El viaje) es una obra

ocho horas diarias, entre ensayos grupales y

documental donde se aborda el problema de la

particulares, llegó el momento de ir al escenario

migración desde muchos puntos de vista. Las

real donde se presentaría la obra ¡y este era un

historias son, en su mayoría, muy fuertes: casos

teatro de verdad!

de violación, tortura, homicidios, tráfico de

Como en esas fábulas que se escuchan de

drogas, viajes que parecen interminables e

�lnrerior del Vol/mheater, Viena. foto de la autora.

insufribles y que aún forman sólo una pequeña

podía hechar a andar una síntesis de· las emocio-

parte de la realidad de sus exp ositores; también

nes qu-e más me han tocado y afectado en estos

se abordan problemas comunes como la falta de

cuatro años -que tengo viviendo en Viena y podía

empleo, explotación, soledad, angustia, deseos

costruir u na verdad abstracta y común.

de superación, retos e incluso amor.

Elegí como punto de partida una imagen /

Al inicio yo también tenía un texto que habla-

recuerdo concreto, que sin embargo no consiste

ba de la dificultad de hacer teatro y vivir en un

en el método stanis1avskiano de rascar y rascar

país con tantos problemas económicos, políticos

reconstruyendo una experiencia, sino de tomar

y sociales, de la impotencia que sentimos los

un momento, que cuenta con una imagen preci-

mexicanos ante la indescriptible brutalidad y

sa, y partir de ahí para encontrar el camino hacia

violencia que afecta sobre todo el norte del país

la exploración de las cosas que aún no tienen

y del sentimiento que produce saber que tus

nombre ni estructura en mi cabeza, pero que

seres queridos tienen que sob rellevar esa vida.

están ahí; el sentimiento estaba en cada improvi-

Duran te los ensayos que hice sola con faquelin

sación, no me obligaba a sentir nada, mi trabajo

nos dimos cuenta de que la tocaban más mis

estaba en la exploración del movimiento.

improvisaciones de movimiento, y yo, aunque el

La segunda etapa después de la séptima

texto era una realidad , con el movimiento podía

función , aproximadamente, me di cuen ta de que

acercarme mejor a lo que deseaba expresar,

mi preparación mental y todos los códigos que

37
Horno Escenicus

�habia estructurado en mi cabeza de alguna forma
me agotab an y deprimían, estaba llevando mi

El objetivo de los fundadores se ha man tenido

energía a no sé dónde en la profundidad, y un

como guía para la mayoría de los directores en

día, después de una función, me costó muchísi-

los más de 100 años de historia del Volkstheater:

mo trabajo moverme, casi literalmente, ahi me di

representación de los clásicos en montajes

cuenta de que estaba mal. que debía modificar

contemporáneos; el teatro popular vienés, así

algo en mi preparación y en mi "danza", enton-

como presencia de dramaturgia contemporánea

ces volvía a dejar de pensar y a esforzarme por

nacional e internacional.

seguir lo más fielmente mis impulsos, y puedo

Su auge lo experimentó en los años 20, cuando

decir que puedo entrar y salir de mi danza como

en su escenario trabajaron los más importantes

de un pensamiento, como de un sueño profundo,

actores, directores y escenógrafos de la época. y

donde se pueden llegar a tocar fibras muy sen si-

también en los años 50 y 60, cuando el director

bles y que están guardadas, pero que no forman

Lean Epp trajo las obras contemporáneas más

parte ni afectan la realidad inmediata.

polémicas de Viena.

El Teatro del pueblo de Viena
/ Das Volkstheater Wien
o

El teatro donde se llevaron a cabo las funciones

E

de El viaje, el Volkstheater de Viena, abrió sus

"O
e
::,
&lt;P

i

puertas al público el 14 de septiembre de 1889.

L.U

1:1:
.!!!

Entre 1939 y 1945 los nazis hicieron algunos

~

cambios arquitectónicos en él; en 1944 sufrió
bombardeos y en 1945 fue restaurado, recobrando su nombre original.
Cuenta con 970 asie ntos, es el segundo
escenario más grande de Viena y pertenece a
38

-------

Horno Escenicus

habla alemanana.

uno de los edificios teatrales más importantes de

�Mutuo

escape'
Gabriela González

Bienvenidos· al vuelo 888 con destino a la Jamiliarización dancística.

Mi equipo de bailarines y yo les deseamos feliz viaje ...
Tercera llamada ... ¡despegamos!

Me emblfiaga la simple e irónica idea de querer justificar en papel
lo que anhelo obtener al hacer lo que me apasiona. Pero esta vez
me valgo de las palabras para continuar con la búsqueda del
entendimjento y comprensión de los que creo son mis testigos.
Soy una bailarit1a cansada por el. ajetreo, controversia, malos
entendidos y, en general, malas definiciones del arte pero, en
específico, de la danza.
Primeramente, y para no atosigarnos de información innecesaria, me he dado a la tar ea de buscar definiciones sobre lo que es la
danza, y de entre las que más me gustaron, cito a Alberto Dallal en
su libro L os elementos de la danza: "El arte de la danza consiste en
mover el cuerpo dominando y guardando una relación consciente
con el espacio e impregnando de significación el acto o la acción

Fotografía de la autora,

que los movimientos desatan". 2
Sin embargo, la danza va más allá de mover el cuerpo dominándolo y estando consciente de los elementos. Es una pasión que
brotó de mis entrañas en los momentos más difíciles de mi vida y
1

Párticipación corno ponente durante el X Congreso Nacional de Estudian-

tes de Literatura: De postales re cuenro, viajes y virajes en el texto literario que

se llevó a cabo de.1 12 al 17 de marzo de 201.2 en la ciudad de Mérid,a,
Yucatán.

"Dallai, Alberto. (2007). Los element-os de la danza . México: Dirección
General de Publicaciones y Fomento Editorial.

39
Horno Escenicus

�ha seguido a mi lado a lo largo

pronto jala su blusa, desabro-

táculo será para entretener,

de 14 años, es fiel conmigo

chándola, y expone un seno". 3

p ero es de suma importancia

como yo [o he sido con ella. Es

A esta pasión la llamo

entender que, aunque sea para

la belleza en toda la extensión

"pasión compartida", donde se

divertir o distraer , sirve para

de la palabra, es e moción,

crea una relación bailarín-es-

transportarnos a otra realidad,

sentim iento, ilusión pero

pectador. Si bien es cierto que

siendo esta la principal función

también disciplina, es la musa

esta pasión nace en nosotros y

del arte.

de las musas, débil pero elegan-

para nosotros en primera

te . Es una conexión con la

instancia, al llamarla "pasión

tie rra y el ambiente en que se

compartida" pretendo que

baila. La danza se ha convertido
en el escape mutuo que irrumpe mi existencia, es el viaje a
realidades alternas.

espectador en respu esta a mi

propio a donde me transporta

E

i

L.U

1:1:
.!!!

p alabra lo que me describe
como bailarina utilizaría la
palabra "equilibrio". Es un dar
para recibir, el bailar aquí y
ahora para desencade nar el
p asado y el futuro. Soy bailarina

el éxtasis de la pasión que me

es tener una función en espe-

crea bailar frente a un público.

cífico. Es verdad que con el

Desgraciadamente, en la

tiempo ha id!o adquirie n do

actualidad el papel que ha

infinidad de funciones y cuali-

desarrollado la danza ante los

Como decía Martha Graham:

dades; Sokolow, quien dedicó

ojos de un gran porcentaje de

"En la vida como en el arte se

a enseñar, reno-

la sociedad es de simplemente

lucha por el !-ogr o, por el senti-

var y difundir el arte del cuerpo

entretener. No me parece

do de ser y por la satisfacción

en

una

correcto, y hasta llega a ser

del espíritu . Uno se vue lve

audición exigía diciendo: "¡Eso

ofensivo que se crea en la

atleta de Dios"

no es nada! ¡Necesitan hacerlo

danza corno un medio pura-

atleta de Dios si el atleta es

con más pasión, desnud ar su

mente de entretenimiento. Es

incomparable con el bailarín?

alma, desnudar su pecho! Y de

verdad que al ser un espec-

Creo entenderlo como un seguí-

movimiento,

en

::,
&lt;P

Si tuvier a que explicar en un a

La idea esencial de la dan za no

su vida entera

e

convierte en un viaje tanto del

ejecución como un viaje

Y ¿para qué sirve?

o
"O

trascienda. Mi danza se

Yo bailarina

p ara equilibrar mi ser interior y
p ara desenmascarar la pasión
con la que vivo, la pasión que
comparto a mi reflejo.

~

ª Tortajada Quiroz. Margarita (2001). Frutos de mujer. México: CONACULTA. p . 395.

40
Horno Escenicus

4

•

¿Y por qué

�dor de Dios, un seguidor de una fuerza ca-ática

Como decía un maestro: "El bailarín tiene la

que nos transporta y nos libera. Graham nos ha

obligación de cumplir 25 horas al día y le faltan".

hecho sentir bailarines terrenales con senti-

Es un compromiso que tú mismo firmas y no es

mientos y pasiones astrales, es por eso que cada

sacrificio, es la elección de alimentar una pasión.

movimiento es con trol y debe ser por una cone-

Como decía Solange Leoburges: "Por sj fuera

xión con esta fuerza catastrófica, refiriéndose al

poco, el baifarín por sí mismo busca sumergirse

caos que conforma la creación y nos hace bailar

más en esta extraña existencia. Durante Las vaca-

den tro del control del cuerpo, y de esta manera

ciones sigue tomando clases, no vaya a ser que se

es un equilibrio dancístico.

vaya a desentrenar.. ."

5.

Uno torna este compro-

Desgraciadamente, a causa de la falta de fami-

miso corno una prioridad y no corno un pasa-

liaridad de la sociedad mexicana con la danza,

tiempo. Es un trabajo sagrado que se entrega a

se piensa en el bailarín como un estético cuerpo

quien llamo mi testigo y mi Dios: el público.

por sí solo, entendiendo por la palabra "estético" la figura física. Sin embargo, no soy bailar i-

Yo espectador

na para embelesar con ese aspecto de mi
cuerpo, pretendo hacerlo gracias al conjunto

No olvido que el motivo de mi expresión es tanto

que se forma por la estética del movimiento de

para mí bailarina, como para ti espectador, ya

un cuerpo y la interpretación, En efecto, cu.ando

que he tomado cientos de veces el rol de especta-

suelen referirse a la bailarina por un cuerpo

dor donde me dejo empapar, me dejo envolver

escultural suelo responder ofendida: "Para eso

por La interpretación del bailarín para así valorar

vete a un prostíbulo".

su trabajo y su entrega hacia mí. Al ser yo el

Ser bailarina es un estilo de vida. Son expe-

espectador me veo en el espejo pero también

riencias únicas como el chumpa papa chum de

experimento el sentirme ajena al escenario,

mi maestra de técnica, mis días de no dormir

ajena al sentimiento de adrenalina. Me encuen-

pensando en una variación o ideando una

tro sentada observando no sólo un cuerpo en

coreografía, mis días de no comer o no sociali-

movimiento, sino el arte en su esplendor; me veo

zar por tener ensayo tras ensayo o presentación;

cautivada y embelesada porque con su danza

el buen bailarín cumple todas las funciones para

hacen danzar mis ilusiones, transportándome al

que se lleve a cabo un espectáculo: desde direc-

momento en que yo me he sentido de esa

ción o guionista hasta tramoyista o de ilumina-

manera. Tal vez lloro y me estremezco de tener

ción.

la oportunidad de observar mi pasión de manera

41
Horno Escenicus

�externa, soy una intr usa obser-

misma.

creador, y éste Ja modifica por

vando cada movimiento,

Pero a la vez será, para cada

medio de tiempo, espacio y

dejando que la crítica florezca

persona del público, el medio

diseño corporal. Son momen-

y sabiendo disfrutar la verda-

por el cual existe la posibilidad

tos largos que entregamos al

dera danza. "La danza n o es un

de experimentar la entrada a

público, es una vida entregada

cuadro estático, no es una

u na mut ua catar sis . Me

a ustedes y mi única preten-

alegor(a, sino la vida vibran te

convierto en el reflejo de tus

sión es empaparlos con mi

misma". 6

se ntimientos por medio de

esencia; recíbanJa y despegue-

movimiento. Y una vez más,

mos juntos aJ viaje de una

siendo al revés, tú espectador,

transformación vital.

¿Mutuo escape?

rompes en llanto o se te eriza
El

o
"O
e

:,

mismo

¡Bon voyage bailarina!, ¡bon

Cun n ingham,

la p iel como respu esta del

aunq u e fue u n artista de

entendimien to que se crea.

voyage

vanguardia, jamás p uso en

"Sería pedirle demasiado al

voyage!

cuestión la idea de espectáculo

lector qu.e interpretar a mis

en el sent ido ritual de encuen-

palabras al iintentar describir

tro entre un artista que mues-

aquí lo que he exp erimentado

tra y un público que recibe. Ser

en cada una de mis excursio-

bailarina es expresar en

nes por esa tierra singular.

conjunto. Son los elementos de

Cualquier que desee saber más

la aparición creada - que no

debería bailar, o cuando menos

son dados físicamente, sino

ser espectador de la verdadera

creados artísticamente- y que

danza". 7

va cargada de sentimientos, no

Se entiende que la realidad

los de los bailarines, sino algo

está arraigad a en e l incons-

que pertenece a la danza

ciente y la experiencia del

espec t ador!, ¡bon

E
&lt;P

i

4

L.U

Palabrás expresádas ál recibir la Medalla de la Libertád en 1976 a manos del presidente norteamericano Gerald Ford.

1:1:
.!!!

• Leoburges, Solange. (2009). Lo bailado ... naclie me lo quita. México: CONACULTA.

~

6

Laban, Rudolf von .. (2001). Una vida para la danza. México: CONACULTA. p. 154

7

Laban, Rudolf von .. (2001). Una vida para la danza. México: CONACULTA. p. 92

42
Horno Escenicus

�LA

EDUARDO MARTÍNEZ

ITZEL GONZÁLEZ

ROBERTOFLORES

TEATRO
1
1 ESPACI □

ROGELIO VlllABRfAL[LIZONDO

U

A

N

L®
Horno Escenicus

�El papel de la

critica y el crítico
en el contexto teatral

d e

M o n t e r r e y

1

Cecilia Farías Calderón

Propongo una metáfora: pensar a Monterrey

creaciones provenientes de otros lugares. Con

como una isla. Una isla accidental porque se ha

esto se puede situar a lo artístico como el sitio

separado no de un continente sino de una

ideal de lo destruido.

nación, de las acciones e ideas con las que se

¿Dónde estamos, entonces, los de teatro? Los

había consolidado como ciudad eje1nplar, y

que aspiramos un lugar en él tene1nos que valer-

porque su inauguración como isla no proviene

nos de Jo que sepamos hacer, de la gente con la

de un suceso deseado sino de "una desarticula-

que contemos para hacerlo, de los espacios que

ción, de una erosión, de una fractura" 2; que es

nos brinden o que nos encontremos, pero es

el resultado de una ola de violencia, desempleo,

absurdo pensar que alguien para quien esto es

narcotráfico e indiferencia que ha azotado al

su centro y su balanza no necesita opiniones

terreno regiomontano y sus alrededores.

sobre Jo que está haciendo. Sí, esto es del orden

¿Dónde podrían convivir mejor las opiniones

subjetivo, es ambiguo, es muy c01nplejo, pero es

y disidencias de una sociedad que necesita

un trabajo, para quienes lo ejercen con firmeza .

respuestas y sobre todo cambios? El arte es ese

Los trabajos tienden a un modelo en el que

espacio, ese sitio móvil pero permanente en lo

alguien hace una labor y alguien más habla

humano - que esto sea así es por lo que ofrece, y

sobre ella para mejorarla, para re plantearla. Eso

no sólo por Jo ofrece sino por lo que da-. En el

por lo general habla de que hay jerarquías, y en

arte se busca desenredar el alma y, a través de

el teatro, si bien se ven implicados en la

música, fotografía, pintura, escultura, literatura,

creación de una obra al menos una persona que

danza, cine y teatro eso ha sido posible, ha

dirige, algún actor y los del montaje, más que

adquirido sendas para encausarse según la

pensar en un jefe -a menos, claro, que hablemos

creatividad y el pensamiento complejo de quie-

del teatro de grandes casas productoras-

nes se han atrevido a actuar desde Jo subjetivo.

solemos pensar en equipos de trabajo. ¿Por qué

Por supuesto, en el arte no hay reglas fijas, pues

no usar a ese equipo de trabajo como generador

éstas se transforman y su vigencia cambia; su

de crítica? Entre un equipo de trabajo y otro,

aceptación o rechazo tiene que ver con las leyes

para que se cuenten con conocimientos en la

sociales, con la influencia que tienen las

materia que nos importa, y sobre todo, con

1

Trabajo final de Crítica Teatral 11, VIII-o semestre. Para los fines de esta publicación ha sido editado.

Gilles Deleu~e. L'fle déserie er aurres texres. (Textes et entretiens 1953-1974). ~dition préparée par David Lapoujade. París. Les Editions de Minuit, Collection "Paradoxe", 2002, 416 p., pp. 11•17.

2

44
Horno Escenicus

�experiencias. ¿Quién podría
decir qué es lo que se está
generando de modo más profesional que los que hacemos
teatro? Ya no es momento para

autocrítica. Y dia logo argumentativamente con ella" 3 ,
como expresó el crítico argentino Jorge Dubatti al pensar en

notas breves, reseñas o notas
que se hacen pasar por críticas
en periódicos, revistas cultura-

que lo que más falta hace es
contar con los fundamentos y
argumentos para poder
"encontra r valores donde

les y páginas de Internet de
Monterrey. Es hora de dialogar,
de decir por qué y cómo, y

nadie los ve" 4 •
Por otra parte, sería un
grave error asumir que no hay

sobre todo contestarnos si las
obras que se están haciendo

teatro en Monterrey porque
no vemos un panorama de

tienen de dónde diseccionarse
o si son solo producciones
realizadas a pura forma, con

creación e intercambio de
crítica, pero de gravedad
semejante es el considerar que

trazos remarcables y poco
trasfondo o llenos de atractivos
visuales pero faltos de metáfo-

la crítica teatral corresponde
solo a aquellas personas que
no hacen teatro y que, con

ras.
Sólo tras este sent ido de
reflexión personal, tras alejar-

semblante serio y escéptico,
observan todo detalle de las
obras con tal de destruirlas y

se simbólicamente de la obra,
es que se puede llegar a comentar algo como: "Atiendo con
cuidado las observaciones de

no parecer ignorantes en el
proceso. La crítica no debiera
ser sinónimo de destrucción
sino de reconstrucción, para

mi desdoblamiento en mi voz

generar más, para apreciar lo

3

que a los artistas les interesa
tr ansmitir en determ inado
contexto y para ver los modos
de enfrentarse a las situaciones
en las que éste los coloca.
Además, aun y cuando la
crítica no sea hecha por
alguien perteneciente a un
equipo de trabajo teatral, hay
que dar importancia al hecho
de que teniendo una crítica de
las condiciones de creación, se
genera también público. En la
crítica, "el destinatario siempre es doble: primero y principalmente el lector, per o
también, indirectamente, el
profesional del teatro hacia el
que el crítico no detestaría
jugar un papel de mentor y
guía" 5 , como afirmó Anne
Übersfeld en una ponencia
sobre la práctica de dicho
ejercicio.
La crítica, como han dicho
dist intos teóricos como
Armando Partida, por citar

Dubatti, Jorge. Filosofía del Teatro 11: Cuerpo poético y función ontológica. Buenos Aires, Editorial Atuel, 2010. P.

184
• Op. Cit.
• Ubersfeld, An.ne. Las trampas de la crítica cearral. Traducción de Pau Eguizabal. Yugoeslavia, 1988. p. 63

45
Horno Escenicus

�alguno, debe encargarse de descifrar el sistema

nuestras lecturas.

significante de la obra teatral: tener conocimien-

Como artistas debemos apreciar los comenta-

to y por lo tanto capacidad para emitir juicios

rios de especialistas, pero se sabe que al menos

sobre la actuación, dirección, escenografía,

en México no hay escuelas que formen críticos,

iluminación, musicalización y del vestuario, y

sino que como tales nos habremos de formar

de "verlos como un conjunto para poder emitir

mediante la observación y la apuesta por hacer

una hipótesis sin reconstruir las intenciones"

6

.

visibles las fallas y aciertos de lo que sucede con

Solo a través de la visión sincrónica de estos

nuestro teatro. No podemos ni debemos esperar

sistemas el espectador/crítico/artista podrá
leer la puesta en escena. Teniendo cada uno de

a que llegue alguien más a observarnos para
hablar de lo que hacemos, pues de eso ya está

éstos un lenguaje tan específico y aplicaciones

lleno el territorio de lo cotidiano. Nunca será

que pueden ser apreciadas solamente en el

tan atinado un comentario co1no el de aquél que

hecho escénico, me parece fundamental pensar

lo vive en escena o lo observa de modo profe-

en el crítico como una persona formada en el

sional.

teatro. Si bien no interesará un lenguaje pura-

No saldremos de esta isla que es Monterrey

mente técnico para elaborar una crítica, será por

mientras no estemos dispuestos a marcar nues-

1nedio de la adecuada lectura de los componen-

tra época, a pensar en el éxodo, a decir: esto es

tes escénicos que se podrá establecer un diálogo
con los propios artistas. ¿Por qué ese afán de

lo que hacemos, esto es lo que somos, esto lo

dejar la crítica en manos de un periodista, que

que queremos ser, ahora diremos por qué y

no tiene experiencia en observar obras de teatro

cómo podremos sostener nuestros actos, aquí y
ahora. El teatro debería ser un medio importan-

ni en elaborar opiniones sin entrevistas de

te para permitirle a la sociedad creer en el

justificación por parte de los creadores de por

mundo. No pretendemos copiarlo, queren1os

medio? Lo que se ocupa es "un encuentro

que alguien crea en él.

simple, sobre el cual no haga sombra ninguna
premeditación sistemática, ninguna opinión
previa"

7

.

La obra en sí: ahí está el objeto de

6

Dicho en el seminario que impartió sobre "Critica teatral y discurso dramático" en la Facultad de Artes Escénicas
de la UANL, marzo de 2011.
Cita de Jean Starobinski, tornada del texto El discurso de la crítica dramática de Patrice Pavis. (Teatro contemporáneo: imágenes y voces, ChiJe: LOM ED, 1984. pp. 165-179).

7

46
Horno Escenicus

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Horno Escenicus

�Tradición y ruptura
en el Festival de Teatro
Nuevo León 2012
Ana Laura Santamaría

¿Cuál es el perfil del teatro mexicano de cara a la

encontramos con un teatro fundamentado en la

segunda década del siglo XXI? El Festival de

anécdota, se trata de una comedia costumbrista

Teatro Nuevo León 2012, realizado del 1 al 11

con tintes de thriller policiaco en el que dos

de agosto en diversos escenarios de la ciudad de

hombres, padre e hijo, son capaces de recurrir

Monterrey, nos permite aventurar apenas

al asesinato como estratagema para no abando-

algunas reflexiones, pues, como sucede en

nar una tierra de la que dicen quieren irse. Los

cualquier otro Festival, e incluso en la Muestra

personajes son realistas y dibujan los caracterís-

Nacional de Teatro, ni las puestas en escena son

ticos tipos norteños. El 1nontaje, proveniente de

necesariamente "lo más representativo" del

Baja California y dirigido por el autor, se desa-

teatro que se realiza en nuestro país ni las obras

rrolla bajo un tono cotidiano y extraordinaria-

invitadas de otros países son "lo mejor" de su

mente pausado, buscando una profundidad

teatro. Sin embargo, las 26 obras presentadas

psicológica apenas esbozada en detrimento del

durante estos 12 días de intensa actividad

ritmo y la agilidad de la comedia.

permiten echar un vistazo al calidoscopio de la

En contraste, El gallo, ópera para actores

escena nacional, en el que tenemos una conju-

deconstruye la simplicidad de la anécdota para

gación de las formas teatrales más tradicionales

explorar las posibilidades expresivas de seis

como el montaje inaugural de El carbón en la

actores-cantantes quienes, con el pretexto de

boca de Porcia, escrita y dirigida por Daniel

una audición y a través de un lenguaje inventa-

Serrano, hasta la audaz experimentación escé-

do, develan su intimidad y desnudan su alma

nica de El gallo, bajo la dirección de Claudia

hasta convertir la competencia individual y

Valdez Kuri . Entre uno y otro polo vimos una

antagónica en una comunidad diversa y armóni-

gama de posibilidades escénicas, ya sea para

ca. Si los espectáculos de Claudia Valdez Kuri y

hablar desde el lenguaje contemporáneo de

su grupo Teatro de Ciertos Habitantes suelen

viejos y nuevos temas, o para intentar dar luces

ser una investigación escénica entre las posibili-

nuevas a textos clásicos.

dades de la música (Monstruos y prodigios), el

Así, en El carbón en la boca de Porcia nos

48
Horno Escenicus

sonido (La banda del automóvil gris) y el teatro

�de vanguardia, esta vez el direc-

actores se turnan los persona-

la. Nuevamente los recursos

tor lleva a sus últimas conse-

jes de Juan, Julia y Cristina

son mínimos, a penas zuna

cuencias esta relación en la que

haciendo que la frontera entre

cama, a penas un ventilador y

la impactante 1núsica de Paul

la "teatralidad" y la "realidad"

en un evocador prólogo, que sin

Barker, la orquesta en vivo y la

se diluya al punto de hacerse

duda constituye lo mejor del

expresión oral, gestual y corpo-

imperceptible. Así, los cinco

espectáculo, se nos pide a los

ral de los actores establecen una

actores, arrinconados en un

espectadores el acto de fe que

comunicación que descansa en

espacio pequeñísimo y con un

sólo produce el teatro donde

la delgada línea que va de la

mínimo de recursos se permi-

"un ventilador puede ser una

fragilidad al virtuosismo, de la

ten ser ellos mismos y hablar

ventana" y un acto r bajo y

confrontación a la solidaridad y

directa1nente a los espectado-

obeso puede ser una "bella

de la angustia al humor.

res y casi al mismo tiempo

señora". Nuevamente, también

encarnar "sin afectaciones" a

al inicio, las actrices adoptan un

los atormentados personajes

tono cotidiano "antiteatral", sin

strindbergianos en un ejerci-

embargo su ritmo es tan preci-

Pero entre la tradición y la

cio valiente e interesante que,

pitado que acaban cayendo en

ruptura se percibe también la

sin embargo, deja varias

la afectación. El contrasentido

tendencia

textos

preguntas abiertas: ¿Puede la

mayor v iene cuando vuelve a

"clásicos" con lenguajes teatra-

cotidianeidad convertirse en

aparecer el actor, esta vez inter-

les contemporáneos. Como una

expresión artística sin que lo

pretando a las Señora, y hacien-

interesante coincidencia, los

prosaico anule a lo poético? y

do uso de los recursos más

tres textos clásicos que fueron

en otro sentido ¿por qué Seño-

tradicionales de la actuación

retomados hacen referencia de

rita Julia hoy?, ¿cómo se vive

formal, por lo que al final nos

muy distinta manera a la figura

hoy la confrontación entre

queda la pregunta: ¿Por qué hoy

femenina. El grupo jalisciense A

clases y la confrontación entre

Genet y sus criadas?

la Deriva Teatro, dirigido por

sexos?

Viejos textos
nuevos moldes

a

montar

Por su parte, el grupo urugua-

Fausto Ramírez, presentó un

Estas mismas preguntas

yo Cmnplot decidió contarnos

interesante ejercicio actoral en

saltan a la reflexión con el

el texto clásico del romanticis-

torno al célebre texto La señori-

montaje de Las criadas, dirigi-

mo alemán Pentesilea de Von

ta Julia de August Strindberg, en

da por Pablo Messiez en una

Kleist, desde la perspectiva de

el que dos parejas de jóvenes

producción argentino-españo-

una lucha de sexos en una

49
Horno Escenicus

�cancha deportiva. La idea sin duda es original y

en una obra que conjuga la anécdota del thriller

atractiva, sin embargo el grupo uruguayo renun-

psicológico con la reflexión del vacío existencial

ció a la posibilidad de crear acción y tensión

y la crueldad humana.

escénica y se limitó a leer el texto, para colmo
de manera muy poco clara, generando que la
euforia y sorpresa iniciales se diluyeran en un
montaje aburrido y carente de significación que
sin duda hizo pensar a más de un espectador la
razón por la cual este fallido montaje pudo
colarse al Festival.

La sobriedad efectiva

Los jóvenes autores mexicanos
De manera notoria, el único dramaturgo que
estuvo presente con dos textos fue Édgar Chías,
quien ya se ha consolidado como uno de los
autores mexicanos más relevantes de nuestro
tiempo. El teatro de Chías suele tener elementos
posmodernos como la fragmentación y la superposición, y combinar diferentes formas de

50
Horno Escenicus

En cambio, también del cono sur de nuestra

ruptura para crear diversos planos de acción-na-

América, pudimos apreciar un sobrio montaje,

rración. De él se presentaron dos montajes

espléndidamente actuado de la obra En el campo

contrastantes: Disertaciones sobre un charco,

del dramaturgo contemporáneo Martín Crimp,

proveniente del DF, bajo la dirección de David

a quien suele considerarse como integrante

Jiménez Sánchez, una comedia irreverente que

del movimiento In Yer Face que caracterizó a la

muestra las vicisitudes de un negocio editorial

dramaturgia británica de los años 90 con un

con elementos de comedia musical y espectácu-

acentuado aire de sarcasmo y pesimismo. La

lo de Stand up. En contraste, de Nuevo León se

puesta en escena del grupo argentino, bajo la

presentó Nacido de un mulso, un texto difícil y

dirección de Cristian Drut, logra reflejar la

exigente que aborda el tema de la clonación

imposibilidad del amor y el aislamiento indivi-

conjugando tanto las referencias mitológicas

dual de una sociedad incapaz de construir

como la reflexión sobre la identidad y las

vínculos solidarios. Con un mural que atraviesa

relaciones familiares. El montaje, dirigido por

el escenario completo, como si fuera una gran

Iván Domínguez-Azdar, representará a Nuevo

pantalla y apenas una mesa y un par de sillas, el

León en la Muestra Nacional de Teatro 2012.

montaje refleja la artificialidad del sueño de

Otro autor mexicano imprescindible en las

vivir en el campo, como si escapando de la

muestras y festivales de los último años es

ciudad los personajes pudieran liberarse de sí

Alejandro Ricaño. Esta vez Adrián Vázquez y

mismos, de su vacío y de su poder destructivo,

tres actrices veracruzanas se encargaron de

�llevar a escena un texto bien

construir un lenguaje escénico

gación documental, y a través

conocido en nuestra ciudad:

con la pantalla de la computa-

de pantallas y sistema de circui-

Fractales, obra ganadora del

dora sin que ésta se vea como

to cerrado, la vida de una mujer

Premio Víctor Hugo Rascón y

decorativa o gratuita, sino

guerrillera. De esta manera la

que ha tenido dos lecturas

como espacio "real'' d e la

puesta

memorables: la de la entrega

acción dramática. Otro autor

como un homenaje a una gene-

del Premio, dirigida por Carlos

mexicano reconocido, monta-

ración comprometida e idealis-

Echartea y la que Enrique

do y publicado es el regiomon-

ta. Sin embargo, el abuso de

Gorostieta n1ontó para la

tano Mario Cantú; su texto

elementos en escena y la satura-

Semana

de

Barbie girls ha sido representa-

ción de estímulos hacen que el

Dramaturgia 2012. El montaje

do en diversos escenarios del

efecto emotivo se diluya y la

veracruzano, aunque divertido

país. El humor mordaz y la

apasionante vida de Margarita

y dinámico, no exploró los

delirante sátira de las niñas

Urías nos conmueva sólo hasta

matices del texto que lo

bien, encontraron en el monta-

que sabernos que la actriz que

convierten en una cariñosa

je dirigido por Carlos Echartea

nos la cuenta es su propia hija.

mirada al universo femenino, a

una lectura di nám ica que

los sueños fracasados y a la

acertadamente rompe con el

dimensión profunda y existen-

realismo,

cial que tiene cada instante,

momentos se pierde en el

El grupo La Petra de Colombia

cada fractal.

regodeo de la frivolidad en

presentó la obra Sara dice, con

detrimento del espíritu crítico

la dirección y dramaturgia de

que animó al autor.

Fabio sobre los textos de Mako

Internacional

Siguiendo con los autores
mexicanos que se han ganado

pero

que

en

escena

funciona

Las vanguardias
¿todavía?

por

un lugar relevante en la drama-

Otra modalidad de la drama-

Saguru. El texto está impregna-

turgia contemporánea, se

turgia en nuestro país, que

do del sinsentido del teatro del

encuentra Enrique Olmos de

fuera popular hace tres déca-

absurdo para reflejar una socie-

Ita, de quien la directora regio-

das, es la de la creación colecti-

dad imposible en la que el

montana Mónica Jaso montó

va. En esta ocasión, el grupo

homicidio ha sido erradicado

Inmolación, un texto difícil que

Lagartijas al Sol compartió su

pero que para "mantener cierto

aborda el suicidio entre adoles-

espectáculo El rumor del

equilibrio" debe generar un

centes en la era digital. La

incendio, en el que se recons-

asesinato cada determinado

directora asume el desafío de

truye, con base en una investí-

tiempo y es la propia familia

51
Horno Escenicus

�quien determina a cuál de sus miembros elimi-

el año pasado cautivó al público con su humor

nar. La primera parte de la obra es interesante y

fino, rítmico y preciso de Los Modernos y su

desconcertante, sin embargo, el juego se agota

espectáculo Fo el filoso. En esta ocasión, Orlan-

al comenzarse a prolongar gratuita e innecesa-

do participó en dos montajes contrastantes: Los

riamente.

iluminados, un poético canto a la libertad y Diez

Otro texto del absurdo que pareciera requerir

maneras de ser hombre, que pese a su ánimo de

una renovación y que se prolonga innecesaria-

denuncia contra el machismo y la violencia

mente perdiendo su efectividad es Rosette se

contra las mujeres, por momentos cae en la

pronuncia de Hugo Iriarte, dirigida por Mabel

frivolida d y superficialidad construyendo

Garza con una pareja de actores de Saltillo,

clichés que parecen regodearse en lo que

Coahuila.

supuestamente critican.

Sin texto previo, con una dramaturgia escénica basada en la expresión corporal y los efectos
v isuales, Se rgio Moreno y Diana Zamudio
presentaron De los peces doblados, un espectáculo que pretende la sorpresa y la provocación
pero que utiliza recursos sin dotarlos de sentido
ni profundidad.
En contraste, la reconocida compañía méxico-norteamericana La Pocha Nostra presentó
su performance Acciones psicomágicas para un
mundo que ha perdido el rumbo, en una estética elaborada, provocadora y comprometida, las
acciones su ceden simultáneamente para
mostrar los cuerpos sujetos a la violencia y al
erotismo.

Un invitado especial
Por segunda vez consecutiva particip ó en el
Festival de Teatro Nuevo León el actor, director
y dramaturgo argentino Alejandro Orlando que

52
Horno Escenicus

Para la familia
Teatro para niños también estuvo presente con
Escuela de payasos, proyecto de Teatro Escolar
de Nuevo León 2012, dirigida por Gerardo
Valdez, Los cuentos del baúl, propuesta del
grupo de títeres regiomontano Baúl Teatro, Una

vueltita más, proveniente de Baja California,
bajo la dirección de Felipe Tútuti, y el espectáculo callejero de Jalisco Zaikocirco, de una gran
calidad musical y con algunos elementos
circenses.

�ECOON:
FRANKO

Horno Escenicus

�Solos en América
(o Ryngaert al rescate)

1

Édgar Chías

De entrada, como debe ser, la ambición desmedida. Es verdad que
no puedo hablar de un campo tan amplio, desconozco la extensión total y la particularidad de cada caso -en América, la latina,
cada país es un mundo, y cada teatralidad incrustada en el tejido
geopolítico-temporal, en los gestos culturales propios, produce
sensibilidades y respuestas si no radicalmente distintas, cuando
menos divergentes- . Voy a hablar de México, de un México que,
por cierto, está cambiando. Pero que cambia para conservar sus
viejas formas - ah, perversión de perversiones- .
Quise usar la expresión para sugerir una imagen, o más precisamente, la sensación de solitud que nos embarga cuando son los
presupuestos -seguramente mal entendidos, sin duda alguna mal
traducidos- de un viejo drama realista -al más puro estilo del S.
XIX- los que nos arrojan a la periferia de lo NO teatral, de lo NO
dramático, de lo sin derecho a existir en los escenarios institucionales del país. Voila los gestos culturales de centralidad en la
nación azteca.
Para que se entienda la soledad en - esta porción- de América
y el sentido del rescate ryngaertiano se impone la presentación,

bien que escueta, de algunos antecedentes.
La escena mexicana contemporánea ha sido refractaria a las
transformaciones del drama y de la escena contemporánea mundiales. Me gustaría decir que tal hermetismo obedeció a fuertes
gestos, profundamente autónomos, de la teatralidad o del drama,
pero no necesariamente. Algunas conductas institucionales
podrían expresar de forma sintética el estado general y las
1

Este 1cx10 formará parte de un libro Homenaje a Jcan-Pierre Ryngaen, a

aparecer en 201 3 en Francia, y se relacio na con la próx ima aparición de Nuevos

territorios del diálogo en Paso de Cato.

54
Horno Escenicus

�tendencias dominantes del drama y la teatralidad en Méx ico:

única capaz de producir los objetos particulares
y artísticos que pueden - y deben- ser entendi-

dos como tal, de modo que cualquier práctica
La persistencia, en los centros naciona-

disímbola o contraria al teatro institucionaliza-

les de formación actoral, de las lecturas a veces

do es periferia, no es teatro y no tiene derecho a

distantes,

del

la legítima e¡¡istencia. El colmo es que el teatro

"método" stanislavskiáno, con su implicación

más granado de la CNT, la cumbre de sus logros

profunda: teatralidad de matriz verista decimo-

artísticos, consiste en llevar a la escena a Breche,

nónica, escenarios figurativos y práctica actoral

Strindberg y Chéjov - a veces también Shakes-

enmarcada en la presunta complejidad sub

peare- tal como se imaginan que debieron

text ual, Las altas intensidades emotivas y el

haberse hecho en su momento histórico: teatro

registro casi exclusivamente psicológico en la

de época, antropología social, museo, cuando no

construcción de personajes que tienen una vida

mausoleo.

•

generalmente

fidelísimas

tan vasta y tan detallada como el actor mismo.

•

La formación de numerosas generacio-

La centralidad cultural emanada de la

nes de autores en el seno de talleres presididos

centralidad económica - modernidad dictato-

por gurús que procuraron a ultranza la perpe-

rial- , que ubica en los entornos urbanos,

tuación de su estilo en la pluma de sus alumnos.

específicamente el de la ciudad de México, el

Es decir, clonación de modos y perspectivas

epicentro teatral. La única compañía que se

dramatúrgicos anclados en el cuadrante aristo-

autonombra nacional, dependiente del Instituto

télico-hegeliano, en la teoría genérica (había

Nacional de Bellas Artes, reside en la capital, y

que escribir las obras, para que estas fueran

es nacional sólo de nombre. No la integran

aprobadas por los maestros, ¡según la preceptiva

creadores del país sino de la ciudad de México.

que indica cómo es un melodrama o una trage-

Su campo de acción no rebasa la ciudad. pero

dia o una tragicomedia!). Obviamente, rigurosa-

eso no es lo peor. Lo extraordinariamente

mente ceñidos a los componentes d ramáticos

ominoso es la ambición absurdamente monista:

tradicionales: fabulación, personaje y dialoguis-

"Si todo es teatro, nada es teatro", declara el

mo. Las instituciones desconocen cualquier

director artístico de la Compañía Nacional de

práctica divergente2 •

•

Teatro, al tiempo que sugiere que es la CNT la

•

La ausencia de una crítica teatral lúcida,

• Es curioso cómo la forma de entende r el teatro desde la institución se extie nde a las cond1'!ctas sociales de un gremio. Para prodigar

escimulos económicos y espacios de rcprescncación, las instituciones (INBA; UNAM; FONCA) solicican a las compañías la garantía de
un texto dramatúrgico-literario. Lo grave no es que no puedan entender que hay experiencias escénicas -muy logradas-que no
partieron ni llegaron necesariamente a un texto (única palabra válida, la fija. la reconocida por la tradición) porque construyeron a

partir de otra escritura. o escribieron en otro soporte, lo alarmante es que cuando se ofrece un texto que no está notado ni se adhiere
a los códigos establecidos - que sueñan únicos y permanentes- , la institución no sabe cómo leerlos, no los entiende, y desde luego por
e.so mismo no los co nsidera. A lgo parecido sucede en los premio s nacionales de dramaturgia, que suelen otorgarse a conductas

textuales estables, reconocibles, cómodas. y no se generan mayores y mejores esfuerzos lect0res para cmcnder las otras dramaturgias.

55
Horno Esoenicus

�Horno Escenicus

�capaz de lanzar la mirada más allá del realismo

puesta en escena. La magn ificencia - de

corto de ambición nacionalista y de los presu-

petatiux- de las escenografías y de los enormes

puestos poéticos emanados de las erráticas

formatos casi operísticos impuestos al teatro

lecturas de Aristóteles y la teo ría genéricaª. Más

aplastaban el discurso total para ponerle encima

q ue críticos, la escena mexicana contemporánea

uno autónomo a partir del dispositivo espacial.

ha padecido a una partida de opinadores vario-

Algo así como una lectvra perversa y bárbara de

pin Los nada proclives a los lances teóricos

las amb1ciones de Craig.

organizados, ya no digamos científicos, capaces
de dialogar y ponerse al día - al menos, respecto
a las teatralidades y tradiciones dramáticas
recientes de, digamos, Argentina, Brasil, Colombia y Chile.

¿Qué quedaba ante un panorama tan yermo?
Pascal Quignard al rescate: Ser Butes, no atarse,
dejarse oír el canto d e las sirenas. Dis-sedeo. Des
sentarse. Moverse. Ponerse en pie y saltar para

La inexistencia - hasta hace muy, muy

llegar ahí a donde pudimos no haber ido 5 . Y

poco tiempo4 - de investigación teatral y de

luego lo aberrante, lo híbrido, lo contami na-

procesos académjcos científicos capaces de

do-contaminante. Lo que no se puede nombrar,

dialogar con las creaciones actuales. Toda inves-

lo que excede la realidad descrita y estable. Los

tigación teatral, insisto, hasta hace muy poco

d esbordamientos negados, las prácticas anóma-

tiempo esto es distinto, estuvo dedicada a levan-

las que no pueden - según los criterios estables

tamientos históricos parciales y lejanos. No

de las instituciones- exhibirse en los escenarios

concebían utilidad alguna en estudiar dramatur-

del país porque no abrazan los usos tradiciona-

gia o espectáculos que no hubieran sobreviv1do

les.

•

al menos SO años con éxito, según las escasas y
estrábjcas críticas periodísticas.
•

La recie nte entronización del escenógra-

fo como el creador determinante alrededor del

cual se resuelve el camino y el sentido de la

3

Luego, enton ces, la ruptura. La ruptura de la

trad!ición y la tradición de la ruptura, como bien
señala Octavio Paz. Luego, la escuela de la
desobediencia.

Hacia los últimos 90 y los primeros 2000, se

Aque.lla que emana de las lecturas mlslicas sobre los esfuerzos que van, en nuestra genealog!a académica, de Eric Bentley y Rodolfo

Usigli a Lu.isa Josefina. ttem~nde¡,;, y de ésta a sus a.lumnos. es1a lec111ra genérica se ha detenido en siete marbetes permanentes que
permiten cierto número de combinaciones que se desean suJicien1e:mente amplias como para no tener que anclarse a la realidad
concreta de una geografía y de una época. La perspectiva genérica no se ha ampliado, diversificado ni actu alizado., como si llegado un
momento, nada pudiera aportarse a ese saber autónomo y completo en si mismo.

• Seria impreciso e injusto decir que ta investigación teatral en México se ocupa toda de recons.trucciones :arqueológicas. pero lo
cierto es que aquella que se dedica a dialogar con la creación con1emporfoea es la meuos y la m:ls reciente en el panorama de los
estudios de fondo. Sin embargo, cabe me-ncionar el excepcional trabajo que realizan como investigadores .Rocío Galicia, lleana

Diéguei. Elvíra Popova, Maricarmen TorroeUa, José Ramón Alcántara, óscar Armando García, Josefina Alcázar, Hilda Saray, entre

otros.
• Mi francesisroo es manifiestO. Este libro, Butes de Quig.nard, también llegó tarde, pero fue certero y valioso y era necesario.

57
Horno Esoenicus

�registró un numeroso grupo de autores que
tenían en común la formación heteróclita, prácticas divergentes, anómalas, que pulverizaban

•

Dejaron de preocuparse por el problema

que atormentó a los autores de su tradición
inmediata: ¿qué es lo mexicano?, para simple-

los presupuestos estables del drama y de la composición dramática. Un puñado de locos furio-

mente serlo.

sos - que tenía su equivalente sajón con el grupo
al que malamente llamaron In Yer Face-. La
sexta generación - también llamada injustamen-

poét ica homogénea y legitimadora ante J;is

•

Dejaron de interesarse por abrazar una

instituciones culturales y se agruparon en
células periféricas de au to promoción y Lanza-

te la Generación cerda6 - de autores dramáticos
presénta una serie de características que marcan
un hito respecto a las camadas y generaciones

miento directo ante el público lector (y el espec-

anteriores:

estructuras narrativas de su tradición dramatúr-

tador).
•

Problematizaron sistemáticamente las

gica mediata e inmediata; los sistemas de actuaNo se formaron bajo la tutela de los

ción; la puesta en escena como una puesta en pie

grandes maestros del realismo mexicano de cepa

de textualidades coherentes, institucionalizadas

nacionalista.

- realistas, figu rativas, políticamente correctas- ;

•

Tampoco se formaron bajo la tutela, ya

e incluso a la textualidad misma. Pusieron en

rupturista, de los autores de la quinta generación

jaque la forma de escribir y los objetos escritos

- que se preocuparon por apartarse del eje

llamados drama.

•

temático dominante (la identidad mexicana) y

•

Organizaron aislados, pero cada vez más

por diversificar las estructuras fabulares, por re

consistentes foros de reflexión y formación de

literaturizar al diálogo (David Olguín); por

un saber que aceptaron como inestable, en

int roducir recursos del audiovisual en sus histo-

movimiento, en desarrollo y en diálogo natural

rias (Luis Mario Moneada); por inscribir los

con las teatralidades del mundo.

relatos históricos en fábuJas que renunciaban a

•

Llegaron de forma intuitiva - casi ningu-

la linealidad trágico-narrativa (Taime Chabaud);

no había tenido contacto directo con la escena y

o recuperar a los clásicos desde una perspectiva

la dramaturgia internacional-, de forma contun-

actual y despojada de densidad (Ximena

dente y afortunada, a desarrollos experimenta-

Escalante).

les que se habían efectuado ya en etapas históri-

• Según Fernando de Ita, crhíco decano de la escena mcxicarn contempor~nca, porque la Sext71 generación 1ambil:n es un marbete
suyo, a partir del auto r moderno a l que considera el padre de la dramaturgia mexicana del s iglo XX. Rodolfo Usigli- comparúa,
además del gusto por ··enrarecer las lJ'adicionalcs formas dramáticas, la afición por la violencia como eje temático de producción. Una

mirada a1cn1a sob-re la producción de los autores. más no1ables de la Se,rta generación (Legorn, Bárbara Colio, Daniel Serrano, Conchi
León, Mario Cantú, Édgar Álvarez, Carlos Nohpal, Hugo Wirth, Alejandro Rícaño y el autor de· esr:as líneas) dcsmenti:ría fácilmente
una afirmación tal, arriesgada por su intención generalizadora. Véase La proícsionalización de la dramaturgia mexicallla actual, de

Maricanncn Torroella: h1tp://citru.malaletra.com/libros/para_html/pt012.hrml.

58
Horno Escenicus

�cas anteriores y a aquellas que se desarrollan

establece vínculos entre la tradición inmediata y

por contagio o por simultaneidad en las drama-

las prácticas recientes sin que medie entre

turgias actuales (mismas que están anunciadas y

ambos la idea de lo canónico -lo establecido, lo

extraordinariamente descritas en Nouveaux

paradigmático que debe imitarse de forma

Territoires du Dialogue).

dogmática para siempre jamás-, tenemos un
respiro. Sentimos la enorme necesidad de leerlo

Hasta aquí, todavía la soledad. Incluso, algunos

en voz alta, de llevarlo a los recintos universita-

espectáculos de importantes compañías mexi-

rios para darlo a conocer, para pensar con él el

canas con presencia en notables festivales inter-

teatro contemporáneo mundial y por extensión

nacionales (Teatro de Ciertos Habitantes,

el teatro mexicano actual.

Teatro Línea de Sombra, Lagartijas Tiradas al

Abrir la mirada hacia otras teatralidades,

Sol) padecieron la incomprensión, la descalifi-

sensibilizar a críticos, creadores y estudiantes

cación a priori, el anatema lancinante de los

teatrales que abrazan con fuerza sus certidum-

protectores del drama y del teatro idéntico a sí

bres estables no ha sido sencillo. ¿Cómo ampliar

mismo: no producir teatro, proponer erráticos

el marco de la discusión (¡a nivel universitario!)

balbuceos en los que la actuación -y por exten-

cuando un lector espectador "entrenado"

sión el personaje- está(n) ausente(s); en los

simplifica su percepción diciendo que todo lo

que no se cuenta claramente una historia y en

que no es realista es teatro del absurdo?

los que los diálogos revientan la forma tradicio-

Ryngaert, en ese espléndido libro, señala que

nal mente aceptada. Más soledad, peri feria,

la historia del drama no se ha consumado, que se

resistencia obligada. Tristemente irónico ha

trata de una historia en movimiento, y que si

sido el hecho de poder establecer diálogos

bien los autores de hoy no pueden dejar de

productivos y notoriedad fuera del imperio

pensar que deben encontrar su lugar en esa

azteca. Pero sí, así parece ser: nadie es profeta

estrecha zona signada por el "después de Becke-

en su tierra.

tt" o el ''después de "Brecht", ese después es

Y he aquí que aparece, en el horizonte de

posible (chez Müller, ou chez Koltes, par exam-

algunos disidentes mexicanos, el consuelo de

ple) con Nouveaux territoires du dialogue (Actes

no estar completamente solos en América.

Sud, 2005) y con Le personnage théatral contem-

Lire le théatre contemporáin (Dunod, 1993),

porain: décompositión, recomposition (Éditions

aún inédito en nuestra región lingüística, nos

Théatrales, 2006), M. Ryngaert nos ofrece como

ofreció la posibilidad de vislumbrar otra pers-

lectores distantes, pero profunda1nente tocados,

pectiva en los estudios teatrales al extender

vinculados, concernidos en sus reflexiones, un

hasta el presente la lectura de los fenómenos

material valiosísimo para las enardecidas discu-

escénicos y dramáticos. Cuando Ryngaert

siones en torno a la estabilidad y permanencia

59
Horno Escenicus

�del diálogo y del personaje -según Aristóteles,

poco de tiempo para llegar a entender la ampli-

siempre según Aristóteles, como si el mundo

tud de su influencia, pero ésta es ya un hecho,

no se hubiera movido desde entonces- en la

es real en tanto que los fenómenos que nombra

ficción literario dramática mexicana. La amplia

y estudia ya están en el ambiente. También

exposición, la precisión con que se nombran,

porque de forma oral, se le ha citado para expli-

explican y organizan en un breve pero certero

car, en una suerte de repetición-variación, una

inventario, fenómenos y prácticas posibilitan

dramaturgia, un espectáculo a partir de sus

un acercamiento más claro a algunos autores

estudios. Y porque hasta hoy, se cita su pensa-

europeos de la tradición inmediata, tanto como

miento en los salones universitarios de avanza-

a algunos de ellos en continua producción, pero

da, también en una especie de extraña corali-

aún más. Estos esfuerzos sistematizados de M.

dad, sólo mientras llegan, primero a nuestra

Ryngaert han de ser modélicos y referente

lengua y luego a las manos de los ávidos lecto-

obligado para los estudiosos de estas tierras,

res, los libros del maestro.

quienes, interesados en la dramaturgia mundial
tanto como en la mexicana contemporánea,

Ahora nuestra soledad americana se siente

ahora pueden nombrar las estrategias escritu-

un poco acompañada por M. Ryngaert. Ahora,

rales de Legom (repetición-variación en Odio a

nuestros monólogos dislocados, aberrantes,

los putos mexicanos); Alejandro Ricaño (diálogo

ecolálicos han cobrado sentido porque existe,

conversacional en Más pequeños que el Guggen-

aunque re1noto, un generoso interlocutor.

heim); Hugo Wirth (désemboatiment et tuilage

en El día de la intolerancia); Alejandro Román
(diálogo didascálico en La misa del gallo), etc.
Pero el alcance es mayor, puesto que para
efectos de la pedagogía dramatúrgica, los
aspirantes pueden reconocer ciertos procedimientos descritos en las obras de M. Ryngaert
para estudiarlos en relieve y en un ejercicio
lector de dra1naturgia comparada (en las obras
originales tanto en aquellas de nuestra región
lingüística en las que, a manera de eco, reaparecen los antiguos hallazgos).
La aportación del pensamient o de M.
Ryngaert a los estudiosos y creadores mexicanos actuales es incuantificable. Ha de pasar un

60
Horno Escenicus

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para la
Cultura y las Artes

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~Cultural
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CONARTE

Nuevo

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• Unido

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•león

Horno Escenicus

�Recibe apoyo proyecto

de investigación
del cuerpo académico de la FAE
Sergio Ortiz

Periódicamente la Secretaría de Educación, a través de su Programa de Mejoramiento del Profesorado (PROMEP), convoca a los
Cuerpos Académicos de las instituciones de educación superior
en el país a presentar proyectos de investigación para ser apoyados. Así fue como en la Convocatoria 2011 para el Fortalecimiento de los Cuerpos Académicos la Facultad de Artes Escénicas
participó con el proyecto Los espacios teatrales en la ciudad de
1\tfonterrey a principios del siglo XXI, mismo que fue elegido para

realizarse a lo largo de 2012.
La premisa de éste consistió en el estudio del presente de los
principales espacios en la ciudad de Monterrey utilizados para
representaciones teatrales. Los cuestionam ientos que le sirvieron
como base fueron: ¿cuál es la situación actual de cada espacio
teatral?, ¿cuáles son sus características técnicas y arquitectónicas?, ¿cómo se han usado a lo largo de los años cada uno de los
espacios teatrales seleccionados para la investigación?
El proyecto resultó seleccionado por la claridad de sus objetivos y los alcances esperados. Con la realización de esta propuesta,
la Facultad de Artes Escénicas aportará valiosa información
acerca del estado actual de los espacios que brindan oportunidad
de trabajo a los grupos teatrales de la ciudad, ade1nás de que la
sistematización y el análisis de la información podría vincular el
trabajo del Cuerpo Académico con el presente y el futuro del
ámbito teatral regiomontano.
Este trabajo también vislumbra logros a largo plazo: publicar
los resultados de la investigación como una guía que ofrezca a la

62
Horno Escenicus

�comunidad teatral de Monte-

por ello que Los espacios

Aula Magna, Espacio de la

rrey información práctica

teatrales en la ciudad de Monte-

Escuela de Teatro de la Facul-

acerca de las posibilidades para

rrey a principios del siglo XXI

tad de Filosofía y Letras,

realizar puestas en escena pero

impacta dos de las tres Líneas

Teatro de la Ciudad: Gran Sala

también la necesidad de un

de Generación y Aplicación

y Sala Experimental, Teatro del

análisis histórico de los espa-

del conocim iento (LGAC):

Centro de las Artes, la Casa de

cios que han marcado las etapas

Dirección de Artes Escénicas y

la Cultura de Nuevo León, Sala

en la vida teatral de la ciudad.

Actuación e Interpretación, y

Guajardo, Teatro Calderón,

Los participantes en el

se estima que esto daría consis-

Teatro Versalles, Teatro Nena

proyecto son maestros y alum-

tencia a su mismo nombre:

Delgado,

nos de la FAE: M.A. Karina

"Producciones Escénicas", lo

Eli zondo, Teatro Alameda,

Esquivel, M.H. Janneth Villa-

cual ayudaría al proceso de

Teatro Convex.

rreal, Dra. Elvira Popova (fun-

consolidación del CA.

Aud itor io Luis

Es la primera vez que se

giendo como responsable),

La metodología formal de

lleva a cabo una propuesta con

M.A. Emma Lozano, M.A. Gret-

trabajo consistió en definir lo

estos objetivos dentro del

chen Cortés, Dr. Celso J. Garza,

que se conoce como "espacio

án1bito escénico y la investiga-

M.E.T. Marilú Rodríguez Martí-

teatral",

posteriormente

ción local, mismos que benefi-

nez, M.A. Deyanira Triana;

definir

"representación

ciarán a los teatristas locales

Érika López (estudiante de 7o

teatral" y así seleccionar los

por una parte, y por la otra la

semestre de la

LAT), Mayra

espacios por investigar según

ciencia teatral nacional se

Vargas (del 5º. semestre en

los criterios definidos, y tras

enriquecerá con la informa-

LAT), y Sergio Ortiz (del 5°.

esto recopilar información

ción y el análisis sobre el arte

semestre en LAT).

acerca de la selección. Los

teatral de esta parte del país.

Hasta ese momento dentro

sitios elegidos son: Teatro

del CA no se habían desarrolla-

Espacio Rogelio Villarreal

do proyectos en conjunto; es

Elizondo, Teatro Universitario,

63
Horno Escenicus

�La InvestiCreación

del

Arte

Emma Lozano

64
Horno Escenicus

A finales de octubre de 2012 tuvieron lugar en

exponer investigaciones doctorales, puestas en

la Facultad de Bellas Artes de la Universidad

escena, laboratorios creativos, proyectos artísti-

Autónoma de Querétaro (UAQ), la IV Reunión

cos y docentes.

del Seminario Permanente de Investigación,

En una mesa de Artes Visuales se distinguie-

Formación y Creación Artística y el V Encuen-

ron las participaciones de artistas plásticos

tro de Análisis de Políticas Culturales, en el

docentes como Filomena Do Rosario, Jorge

marco del III Congreso Internacional de Artes y

Morquecho y Daniel Vázquez (Universidad

Humanidades.

Autónoma de Nuevo León), quienes expusieron

El evento acuña el término de Investicreación

sus técnicas de investigación creativas aplicadas

como una actividad a defender por el docente y

a la docencia con resultados sensibles al espec-

artista investigador activo. Es una búsqueda de

tador con1ún. De la misma manera, los investi-

acercamiento al conocimiento académico

gadores analistas de los procesos creativos

soportado en la formación escénica.

como el Dr. Antonio Arvízu, la Dra. Hilda

En la formac ión artística universitaria, la

Romero, la Dra. Irma Fuentes, la Dra. Eugenia

técnica es el medio para la Investicreación más

Rabadán y Reynaldo Ortiz expusieron sus

no la finalidad, pues cada obra construye su

observaciones a los aspectos de creación y

propia técnica de expresión más que de ejecu-

formación del arte plástico y visual. Asimismo,

ción; esta última va implícita y la diferenciación

en esta disciplina, la conferencia magistral a

entre una y otra enriquece la investigación

cargo del Mtro. Alberto Hijar, del Centro Nacio-

artística. Con este breve antecedente se desa-

nal de Investigación, Documentación e Infor-

rrolla un evento que estuvo nutrido de persona-

mación de Artes Plásticas (CENIDIAP) del

lidades de las artes visuales, musicales, filosófi-

INBA dejó claro que el concepto del arte visual

cas, teatrales y dancísticas, de esta manera

actual en las manifestaciones políticas es un

investigadores, docentes, creadores y ejecutan-

medio de expresión que va mas allá de lo plásti-

tes se dieron cita para analizar, reflexionar y

co, y ejemplo de ello es el uso del performance

�no sólo cmno expresión artísti-

sólo el arte puede fundamentar

acompañante de efectos y

ca sino como alertador de los

esa necesidad".

percusiones.

movimientos del estado (Silue-

En lo que respecta a la

En las ponencias escénicas

música, tanto las mesas como

dedicadas también a la inter-

las ponencias escénicas y

pretación musical y ensamble

cuestionara a las instituciones

conferencias

magistrales

de otras disciplinas como la

de apoyos a la investigación

ofrecieron destacadas partici-

poesía, danza y teatro fueron

como el Sistema Nacional de

paciones de los estudiosos en

muy emotivas y vigorizantes

Investigadores (SNI), el Siste-

investigación, creación, tesis

las ejecuciones del cuerpo

ma Nacional de Creadores

doctorales,

experiencias

académico de la UAQ: Claudia

(SNC), Programa de Mejora-

docentes, procesos creativos,

Torres, Fabiola García, Vicente

miento del Profesorado (PRO-

experiencias y experimenta-

Osorio y Pablo Parga, quienes

MEP), Consejo Nacional de

ción musical, participando

demostraron sus talentos

Ciencia y Tecnología (CONA-

ilustradamente la Mtra. Mirna

ejecutores e interpretativos en

CYT) y derivados, donde el

Marroquín y Mayela Villarreal

aplicación al jazz, dra1naturgia,

cuestionamiento a los formatos

(UANL), Cristina Pestana y

música intercultural y popular.

evaluatorios de las necesidades

Miguel Hudson (Universidad

También en las ponencias

específicas del arte exponen

Autónoma de Zacatecas), y

escénicas, pero en el teatro y la

muchas desproporcionaiidades

Fabiola García, Mar Marcos,

danza, Ricardo Leal y Alma

para el artista investigador,

Ismael Vázquez, Eduardo

Martin (UAQ) expusieron su

restándole el valor que se

Núñez y Vicente López Velar-

visión de la corporeidad del

merece: "La ciencia nace de la

de (UAQ), y destacadamente la

actor a través de una rutina de

necesidad humana en función

conferencia escénica magistral

Etienne Decroux, donde la

del mejoramiento de sus cuali-

del Dr. Alejandro Barrañón al

expresión

dades como para olvidar que

piano, y Luis Herrera como

presencia; así mismo la Univer-

tazo, Argentina).
No podía faltar la mesa que

corporal

hizo

65
Horno Escenicus

�sidad Michoacana de San Nicolás de Hidalgo,

cios habidos de actividad artística alternativa

con las Mtras. Claudia Fragoso y Rocío Luna,

proponen movilidad escénica; tal es el caso de

presentaron un taller de exploración escénica

El Pozo, estructura cultural en la ciudad de

interdisciplinaria, y la Dra. Atzimba Navarro

Zacatecas que está planteando ser un foro artís-

expuso una didáctica presentación sobre el

tico propositivo para el espectador.

manejo del cuerpo y la prevención de lesiones
en la danza.

artística, la Dra. Hilda Romero, científica aplica-

realizaron diálogos con las Mtras, Anadel

da del CONACyT, expuso una muy interesante

Lynton (EUA-INBA), Mirta Blostein (Argenti-

propuesta sobre la educación artística en cuanto

na-INBA) y Javier Contreras (UAZ), quienes

a las estructuras de ética de la profesión, didác-

hablaron sobre la aplicación de las metodologías

tica y pedagogía en las artes, dejando ver de

científicas en términos de la investigación-crea-

forma simple el contexto de las artes como

ción en la danza, y resumieron que en esta disci-

fundamento social. En cuanto a la diversidad

plina la investigación-creación consiste en no

cultural, destacó desde la diversidad de técni-

dudar en hacer, pues investigar es experimentar

cas, estilos, personalidades y disciplinas hasta

y esto nos permite crear; el crear no diferencia

su relación natural con el medio ambiente,

de experime ntar, investigar o hacer, desde

encerrando en una frase su discurso: "Yo soy

cualquier punto de vista; creamos puesto que

igual a usted porque soy diferente".

El tema de los espacios culturales y no cultu-

Horno Escenicus

diversidad cultural y redes de investigación

Complementando las ponencias escénicas, se

somos integrales en estas aplicaciones.

66

En lo que respecta a la formación de las artes,

A nivel de redes de investigación artística, el
Mtro. Carlos Vázquez de la Universidad de

rales también tuvo su momento, pues la partici-

Guadalajara encabeza en

México

la Red

pación de promotores culturales, mercadotécni-

Latinoamericana de Creación e Investigación

coss e investigadores sociales y artísticos expu-

Universitaria CITU, mostrando el panorama de

sieron sus avances y proyectos exitosos. Espa-

los proyectos elaborados a la fecha en conjunto

�con la Universidad Nacional de

cial, el Mtro. Héctor Torres de

los asistentes las experiencias

Cuyo, Argentina; Pontificia

la Universidad Autónoma de

de su formación y su práctica

Universidad Católica de Chile;

Guadalajara apreciaba las

escénica.

Universidad de Playa Ancha en

posibilidades corpóreas de un

De esta manera, con un

Chile; Universidad de Antio-

cuerpo formado técnicamente

intenso y gratificante cúmulo

quía en Colombia; Universidad

para desarrollarse en cualquier

de conocimientos y experien-

de Caldas en Colombia; Univer-

otra d isciplina dancística o

cias concluyó el III Congreso

sidad Distrital Francisco José

corporal.

Internacional de Artes y Huma-

de Caldas, Colombia; Benemé-

Casi para terminar el

nidades, IV Reunión del Semi-

rita Universidad Autónoma de

congreso, es sobresaliente

nario Permanente de Investiga-

Puebla, México; Universidad de

mencionar la participación en

ción, Formación y Creación

Guadalajara, México; y la

conferencia magistral de uno

Artística y el V Encuentro de

Pontificia Universidad Católica

de los más importantes repre-

Análisis de Políticas Culturales,

de Perú.

sentantes del Clown occiden-

dejando a los asistentes una

La mesa correspondiente a

tal: Jeff Johnson, integrante del

ejercitada tarea intelectual y

ponentes de danza destacó

Cirque du Solei y del $lava

reflexiva que motivará más

cierto contraste de propuestas,

Snow Show. Su presencia dejó

iniciativa h acia la investiga-

pues mientras Alejandra Olvera

en claro su expresión: "... mi

ción-creación de las artes, o

de la Universidad Autónoma de

trabajo es improvisar, y me

bien, la Investicreación.

San

de Hidalgo,

contratan para eso...", su prác-

Michoacán, ofrecía un discurso

tica es tal, que nada pasa desa-

que descontextualizaba la

percibido por su presencia.

formación estructural de la

Con un humor inigualable y un

danza en propuestas de libera-

conocimie n to

ción corporal, técnica y espa-

idioma español compartió con

Nicolás

fluido

del

67
Horno Escenicus

�Horno Escenicus

�La visita de la vieja dama
de Friedrich Dürrentnatt:
Espacio de encuentro
de docentes, egresados y alumnos
Érika López
Estrenada en el marco del Festival Internacional Santa Lucía 2012 y con temporada durante el mes de
octubre en el Teatro Espacio Rogelio Villarrealy el Teatro Universitario, La visita de la vieja dama reunió
varias generaciones de estudiantes, egresados y docentes. Creado en 1956 por el autor suizo, Friedrich
Dürrenmatt, este texto se ha convertido en clásico contemporáneo con constantes montajes en todo el
mundo. En esta producción de la compañía teatral de la FA.E se visualizó un montaje que fusiona coherentemente el aprendizaje de aula con la práctica. Esa unión se concretó en forma pertinente en el proceso del
montaje, durante el cual se realizaron algunos talleres: de Actuación y Revisión del método, de Realiza.ción

de Máscaras y, de Vestuario.
Respecto a este proyecto se entrevistó al director, eJ maestro Luis Martín; a la maestra Karina Esquive/
(Clara Zachanassian); al maestro Francisco de Luna ( fll), y a algunos integrantes del reparto para que nos
contasen su experiencia.
Maestro, usted ha trabajado con alumnos de

la Facultad muchas veces, ahora este trabajo, ¿algo lo sorprendió?

Luis Martín: Me gustó mucho el trabajo, ellos te
pueden decir, no fue fácil, los traté muy duro,
nunca había vuelto a emplear estrategias tan
gruesas y tan duras para provocarlos, ya no se
trata de enseñarlos sino de provocarlos, porque

tienen mucho que dar, pero están tan dispersos

en su individualidad que no saben ya comunicarse con un compañero. Tienes que usar todo,
todos los elementos del teatro, como Shakespeare o las tragedias griegas, definitivamente está eJ
melodrama, el realismo, está todo junto. Está el
dinero, la corrupción del hombre por el dinero,

de toda la vida, el becerro de oro desde la Biblia.
Entre Libertad, libertad que fue su último
montaje hace algunos años y éste, ¿han
cambiado los jóvenes?

Edna Duran y Frans15co de Luna en L1 visita de la vieja dam.i.

69
Horno Escenicus

�Un poco, fue mucho más fácil

afuera, o sea, La vieja dama

alumnos, para que vayan

Libertad , era un poco más

jamás se va a poner afuera;

adquiriendo la experiencia de

accesible, estaban más integra-

esta obra se tenía que presen-

subirse a escena no importan-

dos, estos estaban muy desin-

tar en la Universidad o no se

do el semestre, tratando de que

tegrados al principio, no había

iba a exhibir, por el tipo de

sean de tercero en adelante,

coherencia de un actor con

texto que es, por la cantidad de

pero bueno, el maestro Luis

otro, no había comunicación.

gente que involucra, porque

Martín tiene una experiencia

eso quiere decir que requiere

muy particular de convencerte.

un trabajo de mucho tiempo a

Clara Zachanassian

largo plazo. También busca-

papel de esos con los que

mos hacer algo muy clásico, no

sueñas; cuando los alumnos

teatro moderno, porque ahora

están en cuarto semestre yo

todos tienen la idea de hacer

siempre les digo: "piensen en

teatro moderno y contemporá-

un papel que siempre hubieran

neo, y se han alejado bastante

querido hacer", y Clara Zacha-

de los clásicos, entonces yo

nassian era un papel que a mí

quería básicamente eso, algo

siempre me encantó leer, el

que los muchachos no vayan a

texto me parecía mágico,

hacer afuera, que sea un teatro

inalcanzable, terrible y delicio-

clásico; puede ser un teatro

so para hacerlo como actriz.

Una experiencia como ésta
de una compañía de la
Facultad de Artes Escénicas, ¿le parece a usted que
tiene futuro?

Claro, vale la pena, pero sí
tendríamos que tener un rigor
artístico muy fuerte, no podría
entrar cualquiera, tendría que
ser un premio entrar a la compañía y plural: de alumnos,
maestros y actores profesionales invitados.

era un

clásico contemporáneo, como
Maestra Karina, ¿cuál era el

es el caso, pero que sea un

objetivo de la puesta de La

compromiso que la Universi-

vieja dama (como empeza-

dad tenga que cumplir.

mos a decirle todos a la
obra, de cariño) en el sentido de incorporar alumnos de
todos los semestres?, ¿qué
era lo que se pretendía
lograr al juntar a todos los
alumnos para trabajar con
el maestro Luis Martín, los
egresados y usted?

70
Horno Escenicus

¿Qué representa en la vida
de la Facultad (en este caso
desde su visión como directora), con todos los alumnos
y egresados, por supuesto?

Inicialmente la idea no era
que yo estuviera en el proyecto, nunca pensé que yo fuera a

Karina Esquivel: Le hice la

participar en él, esto fue origi-

invitación al maestro Luis el

nalmente

año pasado, y le pedí que con

compañía,

calma buscáramos un texto

integrada por algunos de los

que no fuera una obra que los

egresados que quisieran incor-

m uchachos pudieran hacer

porarse y, por supuesto, con

para arrancar la
para

que

fuera

Karina Esquive/ y Fraruisco de Luno en La visita de la vieja dama.

�Durante los ensayos se hicie-

que yo buscaba, adoré a Clara

y a mí me ha tocado du rante

ron talleres: el de Creación de

Zachanassian, gozo a Clara

estos 5 años y cacho ser la

Máscaras; el de Luis Rodrí-

Zachanassian, creo que soy la

Directora de la Facultad, un

guez, para Expresión Corpo-

voz de muchas 1nujeres. Por

papel, otro papel, he sido la

ral. Estos talleres ¿eran parte

otro lado, me ha parecido

maestra en clase, pero ahora

del plan cuando se empezó a

impo rtantísimo , siempre

me ha tocado ser la compañera

cocinar el proyecto entre

dentro de mi proyecto como

en clase, ahora hago el papel de

usted y el maestro Luis

Directora de esta escuela, que

la colega en escena, y eso tiene

Martín?

vean a sus maestros en escena;

que ser así, no soy diferente de

No, yo creo que el director va

yo alcancé a ver quizás a cinco

cualquiera de los que están

formando su proyecto en el

de ellos, pero trabajar con ellos

compartiendo el escenario, la

proceso de creación, es un

jamás, y ahora los alumnos han

única diferencia es quizá los

proceso, todos lo sabemos, no

visto a la maestra Gretchen en

años que tengo de haber empe-

concibes la obra y así finahnen-

escena, a Marilú, a Ahide y a

zado antes que los alumnos,

te la presentas, esto te lo da el

Nallely, ahora tienen a sus

pero yo soy exactamente igual

mismo trabajo de los ensayos.

compañeros egresados, traba-

que el maestro Paco o igual que

Creo que se logró algo muy

jando aquí; también han visto a

Joe, todos somos iguales, yo no

importante desde mi punto de

Jenny en escena, ya los vieron

soy diferente, ahí (en la obra) la

vista co1no Directora de la

a todos. Pero entonces, ¿ves?

autoridad es el director, él es la

escuela, conseguí el objetivo

en ese sentido también logré

ley.

mi objetivo, porque decía
bueno, no nada más nos van a

Maestro Paco, ¿qué significa

ver en escena, vamos a trabajar

para usted este trabajo en el

con ellos, porque es muy

proyecto de la Facultad?

cómodo d ecir bueno, nos

Francisco de Luna: Para mí,

vamos juntar Marilú, Gret-

como actor, trabajar de la mano

chen, Jenny y yo y vamos a

de un director como el maest ro

hacer un trabajo juntas; no,

Luis Martín, es un privilegio, ya

somos formadores, pues vente

que este señorón de la escena

a trabajar conmigo; yo hubiera

t iene la capacidad de transmitir

amado la posibilidad de traba-

pasión en cada momento de

jar con algunos de mis maes-

ensayo, la capacidad de

tros, espero que los muchachos

reinven ta rse y no saciarse,

también Jo hayan disfrutado. Y

siempre avante, con una capaci-

pues yo creo que en la vida

dad de diálogo que logra en mí

tenemos varios papeles que

que las ideas bullan, burbujee

cumplir, y una madre es una

mi mente y el corazón se com-

madre, y un maestro es un

prometa.

maestro, y un amigo es un amigo,

Ahora bien, cuando la vida te

_7_1 _ _ _ _ __
Horno Escenicus

�haber regresado a esas aulas
para los ensayos y conocer a las
nuevas generaciones de alumnos, mismos que, como observamos, dieron un vuelco en su
aprendizaje con esta puesta en
escena: verlos llegar, desarrollarse, involucrarse en la selección de vestuario, en la creación de sus máscaras (aquí hay
un aspecto de valor sentimental al volver al Aula Minerva
Mena Peña e instruirlos en la
elaboración de las mismas), la
fuerza del trabajo en equipo es
para mí un gran bálsamo que
asegura que el objetivo se cumplió.
¿Que si es vigente el texto?
Pero bueno, esa es una de las
funciones del teatr o como
género, crear atmósferas que
reflejen la condición humana y

Escena de La visita de la vieja dama.

hagan eco en la mente de los

72
Horno Escenicus

ofrece estar cerca de personas

existentes se hicieron aún más

espectadores, ya el público

proactivas y que además

fuertes y para mí la actuación

sabrá colocarse en tal o cual

existen años de amistad since-

no es un "Yo" si no un "Tú"•

circunstancia, o como decimos

ra, no hay más qué hacer que

esto es: qué necesita mi com-

los mexicanos: "A quien le caiga

dejarse llevar.

pañero para salir airoso y

el saco, que se lo ponga".

Actuar al lado de la maestra

confiado a escena, como el

Karina Esquive! para mí fue

Ying y el Yang ... No imagino La

una experiencia enriquecedo-

Visita ... sin Karina Esquive!.

ra, nunca habíamos actuado

Desde que recibí la invitación

juntos, aunque nos conocemos

para actuar en este proyecto,

bien por el grado de compro-

se me informó de la participa-

miso que ejercemos en nues-

ción mayormente de alumnos

tras labores docentes, la

de la FAE; realmente para mí

escena permite conocer más

como ex-catedrático de

allá a las personas; los lazos

dependencia significó mucho

Compañeros, ¿cómo fue su
experiencia en

la

La visita

de la vieja dama , los talle-

res de máscaras que tuvieron, la experiencia de trabajar con el maestro Luis
Martín, con Francisco de
Luna, con los egresados, con
la maestra Karina?, ¿cómo

�fue todo ese equipo de traba-

jo?

Joe Brandon (3er semestre) :
Fue algo difícil porque el maestro Luis Martín tiene una
manera de trabajar muy complicada, eran muy pesados los
ensayos porque eran a diario y
por mucho tiempo, pero la
verdad fue una experiencia que
no cambiaría por nada, porque

Karina Esquive/ y Sergio Orriz en La visita de la vieja dama.

fuera de todo lo complicado
que se me hizo estar cumpliendo con la escuela y al mismo
tiempo con la obra, me pareció
que fue una experiencia muy
grande, porque aprendí muchas
cosas con el maestro Luis
Martín; te da una perspectiva
diferente al teatro porque él ya
tiene muchos años haciéndolo
y por lo tanto nos explica más o
menos cómo fue que nació el

Esceno de La visita de la vieja dama.

teatro en Monterrey, entonces
es como regresar 50 años atrás

hacía que los ensayos fueran

hace que no sean aburridos los

y empezar a hacer teatro en

muy amenos, porque pues nos

ensayos, y eso me encanta a

aquella época. Y bueno, traba-

decía: "vamos a hacer las cosas

mí.

jar con la maestra Karina fue

así", entonces te daba una pers-

maravilloso, la verdad, porque

pectiva d iferente y te hacía

Sergio Ortiz (Sto semestre):

la maestra se me hace una

disfrutarlo mucho, y aquí en

Mi participación en la obra fue

persona muy interesante, de

La vieja dama no es muy

fortuita, yo no había elegido

hecho también trabajé con ella

diferente, de repente estába-

inicialmente participar en el

como directora de teatro, siem-

mos en el trabajo y me hacía

proyecto entonces, ya después

pre se me ha hecho como una

caras o algo por el estilo, y es

se me hizo, llamémosle invita-

persona muy correcta ¿sabes?

maravilloso, la verdad, porque

ción, y ya después tuve que

Cuando estaba trabajando con

está muy concentrada en su

responder a eso, entonces sí,

ella en la obra de El sueño de

trabajo y a la vez lo hace

en un principio fue forzado,

Jimena, que fue en la que me

ameno, y pues logra que no sea

me sentía obligado a tener que

dirigió, era una persona que

pesado estar aquí ensayando,

hacer todas las cosas, las

73
Horno Escenicus

�máscaras y todas esas cuestio-

como que todo eso te queda,

largas, aprendí a encontrarme a

nes, sentía que me estaba

después de las func iones te

mí misma como en un camino

quitando

tiempo

queda el compañerismo con

más directo a lo que es un actor.

cuand o realmente yo podía

los de tercero y los demás, más

haberlo ocupado para otras

que nada es eso. Cuando ya me

Lebrack Cont re ras ( 3e r

cosas que tenía planeadas para

tocó hacer el papel de la alcal-

semestre): Me ayudó mucho a

el semestre, como mi papel de

desa, primero fue un susto,

aprender muchas cosas de

consejero. Como no soy de

pues me dijeron como con 12

producción, de actuación, de

aquí, no conocía al maestr o

horas de anticipación en reali-

buscar integración, de investi-

Luis Martín, y entonces fue una

dad. Sí, 19 horas, empezamos a

gar más mis personajes, inver-

experiencia interesante.

e nsayar a la 1, entonces al

tirle más a lo que estaba hacien-

pri ncip io a mí me dijeron :

do en el sentido de tiempo y

Edna Durán (5° semestre) :

"Edna, el maestro se enfermó y

esfuerzo, porque normalmente

Pues mira, para empezar yo

queremos que la hagas de alcal-

uno t iene la comunión de

entré a La vieja dama a sustituir

desa" y lo primero que yo

hacerlo para los exámenes, pero

pensé fue hacerla en esa

no se tiene esta autoridad que

no entendía muy bien el traba-

función, entonces empecé a

está detrás de ti exigiéndote,

jo, porque co1no había entrado

trabajar en mi me n te: "los

aquí se espera una calidad,

textos del maestro son estos,

claro, pero él te exigía contigo

los trazos son de aquí para acá",

mismo

mucho

a una compañera; al principio

después, entonces te cuesta un
poco alinearte a tus compañeros, pero fue muy gratificante ,
porque eso se da gracias al
director, al compañerismo y al
trabajo de cada uno de los
integrantes de la obra, que te

Luego ya me enseñaron los
trazos, mi compañera Abigaíl
hizo mi personaje, muy bien
que le salió también; pero pues

dónde va, cuáles son los objeti-

es lo que te digo, todo tiene que

vos y todo eso; esto se logra

ver con el director, él es el que

también con una dirección,

ayuda a que todo se forme, se

pilares, además del texto, es la
dirección del maestro Luis
Martín, y también pues tenía a
Francisco de Luna y a la maestra Karina, entonces era muy
especial el tacto que tenían
ellos con los alumnos, era
como, más bien es, porque
Horno Escenicus

volver loca en ese momento.

ayudan, que te muestran por

entonces creo que uno de los

74

como que yo sola me empecé a

todavía sigue la convivencia,

unifique, y pues Luis Martín es
muy buena persona, muy buen
director y además aprendí a
hacer

máscaras,

aprendí a

trabajar durante más tiempo,
normalmente a mí me gusta
trabajar mucho, entonces
aprendí a trabajar durante
periodos largos de tiempo, a
ensayar durante temporadas

(el director),

te

�confrontaba contigo mismo y

crecimos mucho como perso-

inmensa, más de 50 años, que

decía por qué quieres estar,

nas, más que nada nosotros los

he tenido la oportunidad de

entonces me parec ió muy

estudiantes, porque aprendi-

que me dirija en varias obras

interesante la experiencia y me

mos de los egresados y de los

de teatro, como actor y ahora

dio la oportunidad de aprender

maestros que vinieron a dar el

como escenógrafo. Además lo

muchas cosas.

taller con el maestro Luis

que pasa es que la experiencia

Martín y pues en las clases

escenográfica me la han dado

Abigaíl Galindo (3er semes-

tienes tú la idea de "si me equi-

estos 43 años que tengo de

tre): Pues fue una experiencia

voco puedo aprender de este

actor y 20 de director, y como

bien padre, porque aprendimos

error, pues está bien porque

escenógrafo tengo como 10

muchas cosas que no sabíamos,

soy estudiante" aquí en el

años o 15, porque formé parte

como esto de hacer máscaras,

proyecto era totalmente

de varias compañías como

que creo que no se ve por com-

diferente porque sabías que no

actor, y dado que mi profesión

pleto en la licenciatur a,

estabas trabajando para ti

es el diseño gráfico e indus-

también estuvo muy padre la

mismo, estabas trabajando

trial, eso me dio la facilidad

idea de manejar con el maestro

para un público al que tendrías

para poder desarrollar dentro

el realismo-naturalismo y darle

que mostrarle un personaje y

de la arquitectura misma, para

al personaje estas tareas que no

fue muy, 1nuy diferente,

poder plasmar lo que son los

son tan importantes pero que

porque aprendes que no todas

diseños escenográficos. En el

lo hacen estar vivo, y sí, o sea,

las funciones van a ser iguales;

aspecto de cómo fue mi transi-

al principio puedes agarrar

ción aquí en la Facultad pues es

más horas para arreglarte y

algo muy halagador, porque

después ya no, la verdad fue

siendo alumno a mí me extrañó

muy diferente.

que me dieran la oportunidad
de dar clases, así se me ha dado

Santiago Delgado (7o semes-

la posibilidad de comunicarme

tre): Yo como alumno, maes-

con mis compañeros que son

tro, director o como le quieran

mis alumnos a la vez, y me

llamar, veo cómo se conforma

permiten recordar cosas que yo

una compañía de teatro para la

tenía empolvadas, como la

Facultad, lo veo muy enrique-

técnica de dibujo humano o la

cedor, porque así le dan la

geometría básica, que es lo que

oportunidad a los alumnos de

se requiere para desarrollar esta

rozarse con actores ya forma-

actividad, como lo es la esceno-

dos, y como es mi caso, con

grafía.

escenógrafos con experiencia,

El elenco de la visita de la vieja dama.

y con un director que es todo

Alba Gómez (7o semestre): Lo

un pilar en el teatro regiomon-

disfruté mucho, aprendí &lt;lema-

tan o, con una trayectoria

siado y es algo que agradezco, el

75
Horno Escenicus

�hecho de poder convivir con Luis Martín, Paco
de Luna, la maestra Karina y hasta el maestro
Poncho, que me enseñó cosas que yo no sabía, y
sí me abrió un poquito más los ojos y ahora sé
otros modos de dirección y hasta técnicas de
actuación que yo no conocía; el mayor aprendizaje fue el de las máscaras, hasta elección de
vestuarios y trucos, vestuario, maquillaje y todo,
toda esa visión es de Paco, y en cuanto al maestro
Luis Martín, el cómo te plantea una forma de
dirección, él llegaba al ensayo y ya tenía una idea
clara, ya sabía para dónde quería que te movieras
y ya sabía cómo quería un personaje definido, y
si tú no tenias idea él te decía unas cosas, como
metiéndote más en la psique del personaje.

Sandra Gutiérrez (5° semestre): Pues es una
experiencia muy bonita, muy gratificante,
porque aprendes de todos, como habían maestros, egresados, y alumnos, aprendes también a
ser solidario, porque el teatro es de solidaridad,
de unión, de trabajo en equipo, en sí aprendes
mucho, de todo un poco; también, por eje1nplo,
fuera del trabajo, en escena, nos mandó un
maestro especial, que en este caso era Luis
Rodríguez, para trabajar lo que era corporal, era
como tener otro taller, como tener punto y
aparte de la obra, nos están preparando para
este ritual que vamos a hacer; también lo de las
máscaras, ponerte la máscara es entrar en un
personaje diferente, es otra experiencia, o sea
fueron pequeñas experiencias diferentes que al
final se unían para llegar a un objetivo, pero la
experiencia es muy bonita y aprendes de todos,
y después del trabajo crece un lazo muy fuerte y
muy lindo con los compañeros.

76
Horno Escenicus

�Horno Escenicus

�Durante el XV Festival Internacional de Danza Extremadura Lenguaje Contemporáneo, celebrado del 22 al 31 de
octubre de 2012, se llevaron a cabo dos concursos con el objetivo de fomentar la reflexión crítica y creativa sobre el
hecho dancístico, uno de reseñas periodísticas y otro de fotografías; ambos tuvieron dos categorías: universitarios y
profesionales. A continuación se mencionarán a los ganadores:

FOTOGRAFÍA

En la categoría profesional: Juan Mey

En la categoría universitaria: Martha Ortíz (FAV UANL)

RESEÑA

En la categoría profesional: Rosalba González. Reseña: Anima (de la función de Camerino 4).
En la categoría universitaria: Rogelio Lozano (UDEM). Reseña: Entre la tranquilidad y el desasosiego (de la función
de La Intrusa).

En seguida, Homo Escenicus publica las reseñas y las fotografías ganadoras.

78
Horno Escenicus

�Fotografía de Juan Mey.

79
Horno Escenicus

�.,

Anima
Camerino 4
Octubre 26, 201 2

Rosalba Gonzállez Ramos
"El arte es el alma desprendida del hecho"
Carlyle

La experiencia de espectador inicia aún an tes de

La inmersión a un mundo cósmico está dada con

escuchar "tercera llamada", porque a telón abierto

el juego de luces, sonidos y viento producido por los

observamos ya la c-0reografía que alinea dos colum-

abanicos que marcan el ínício y final de la obra. Los

nas de luces a los lados y dos enormes abanicos, al

ejecutantes provocan una sensación de integración y

frente, alguien operando una computadora en la

desintegración corpórea, de tiempos y movimientos

oriUa del proscenio cercana a las butacas y, como

de tres que transmutan, como figuras etéreas y

fondo, una gran pantalla de un chat en línea cuya

flotantes, en donde el color blanco de dos de los

temática es el alma. De esta forma, interlocutores

ejecutantes dibuja escenográficamente lo real y lo

cibernéticos y un público que se va acomodando en

irreal. Las contracciones y los estiramientos sugieren

sus butacas, Magdalena Brez:zo, directora de Cameri•

la visión dualista del alma, en un debatirse entre el

no 4 nos prepara a su experiencia coreográfica y

bien y el mal, en dejar de ser y ser, en separarse y no

dirección de Ánima, en la Gran Sala del Teatro de la

de un otro masculino y femenino, porque el juego de

Ciudad en Monterrey, N.L. sede del XV Festival

los cuerpos están uniéndose y separándose a través

Internacional de Danza Ext remadura Lenguaje

de extensiones.

Contemporáneo.

Sus intérpretes Francisco Córdoba -actual becario

cuerpús en movimientos crean un discurso dancísti-

del Programa de Creadores Escénicos FONCA

co donde hay tiempos para las expresiones del alma:

(20011- 2012)-. Flor Garfias y Tlathui Maza - beca-

amor, rechazo, gozo, pero únicamente para lo corpó-

rios de años anteriores- ; muestran, con una propues-

reo, porque disocian sus rostros que no dicen nada,

ta coreográfica creativa, el desdoblamiento físico y

como fantasmas que deambulan en prefiguraciones

visual de un hombre que se debate entre separarse

humanas que necesitan alimenta r el animus. Garfias

y no de su alma, de ese yin - principio femenino- y

representa muy bien esa marioneta sin tono mscular,

yang - principio mascu.l ino- configurados en un

ni rumbo, al arbitrio del self que vive su propia histo-

cuerpo con movimiento propio, compuesto de lo

ria.

idéntico y lo diverso, en donde no existen absolutos,

Cada una de las secuencias marcó el lenguaje del

sino que estos tres entes están en una constante

alma a través del cuerpo, en una búsqueda, de encon-

transformación. Con una ejecución técnica impeca-

trar la sín tesis: cuerpo, alma y ser. Tres en uno.

ble logran un trabajo escenográfico y coreográfico
que transcurre ent re el juego de luces y la música,
demostrando su talento y fuerza escénica con

_ _ _ _ _ _8_0_
Horno Escenicus

La configuración del trío es sublime, porque sus

deslizamientos, saltos, giros y body popping.

�Entre la tranquilidad

y el desasosiego
Ataraxia
La Intrusa Danza

Rogelio Lozano

Con Ataraxia, de la compañía española La Intrusa

suyo en revelarnos estas facetas de un tiempo sumido

Danza, dimos la b ienvenida a las funciones de danza

en la tecnología. Una máscara que proyecta imágenes

de la XV entrega del Festival Internacional de Danza

móviles de la boca sobre el resto del teatro, zapatos de

Extremadura Le nguaje Contemporáneo. Una puesta

tacón con luces en las suelas, un saco de peluche con

en escena que conjuga elementos dancísticos con

tiras de luz en los brazos, entre otros tantos recursos

explor aciones tecnológicas y voz para ofrecernos un

escénicos que promulgan una antítesis del título: el

panorama con lín eas que nos remiten a todos estas

desasosiego. Se siente de p ronto est a verdad detrás

facetas d!e la tranquilidad y el desasosiego ( recorde-

del telón: una crisis por la sobre-estimu !ación mediá-

mos que Ataraxia es un término griego para tranqui-

tica. Y se siente esa falta de calma.

lidad).

Pero el cauce nos lleva a respirar. La pieza en su

El suspenso, la tensión y el misterio son elementos

totalidad evoluciona de la con fusión a la crisis y al

recurrentes que nos sitúan cara a cara (y cuerpo a

final al reposo. El camino a seguir para gozar de la

cuerpo) con el ánimo evolutivo de La obra: de la duda

tranquilidad. Con asomos de vez en vez de una caden-

al respiro, de la cdsis a la calma. Así, en un toma-daca

cia rítmica ace]erada, los cuerpos se disponen al

de cadencias y cuadros escénicos se suspende la

compás del ánimo, revelando una ligereza del peso y

tranquilidad en sus facetas y caminos, en sus sinóni-

un a elevación continua. Ellos respiran mientras el

mos y sus antónimos.

escenario se crispa.

La luz es uno de los elementos protagónicos en

Nos remitimos al arquetipo que Foucalt comenta

Ataraxia. Siempre entendida como señal de confort y

sobre la mujer histérica: aquélla que se quebranta

esperanza, ahora se asoma con matices escalofriantes

inte1mamente por la multitud de funciones que se le

y abrumadores que dejan una sensación de incomo-

adjudican. Con esa misma sensación se asoman los

didad y ansiedad. También funge como argamasa que

seres histéricos que en este tiempo se quebrantan

consolida espacios y en un parpadeo un lugar se

entre la infinitud de obligaciones y formas de descar-

transforma en otro a raíz de un ligero cambio de

garse. Crisis que va cediendo, entre el murmullo de

iluminación. Pareciera que ella busca conjugarse

las aves, el romance, la sensualidad y la luz, para dejar-

como un tercer bailarín en la escena, moviéndose y

nos un momento de respiro reposando en el suelo.

filtrándose entre los cuerpos con la misma cadencia y

Nos tendremos que ir despojando poco a poco de

ánimo de los personajes.

nuestras coberturas, como el cuadro escénico nos lo

Hay que resaltar e[ diálogo que ofrece Ataraxia con
nuestra contemporaneidad. No vivimos tiempos
genuinamente tranquilos. La mediatización masifica-

TI

...~i

recuerda, para poder alcanzar la paz.
Pero no olvidemos que la Ataraxia es pasajer a. Y
por ello: sumamente exquisita y gr ata.

da quiebra las fronteras de lo público y lo privado,
abriendo la puerta a todo espacio que se quiera, que
se busque y qu.e se instigue. La Intrusa Da nza hace lo

81
Horno Escenicus

�Heiner Müller:
Textos para el Teatro
Mayra Josefina Vargas Coronado
...Sabiendo que hasta la hierba se tiene qu..e arrancar
para que siga siendo verde.
Máuser de Heiner Müller.

La belleza de la vida no sólo radica en los días de abundancia,
mucho menos en la doctrina de lo correcto; la belleza de la vida
reside en la revolución, es combatir por permanecer dentro de
nosotros mismos y no permitir ningún tipo de seducción externa que nos conduzca al conformismo. Fue el 9 de enero de 1929,
en Eppendorf, Sajonia (Alemania), cuando Heiner Müller abrió
sus ojos al mundo. Su padre era un funcionario del Partido Social
Demócrata, y su abuelo, un zapatero dedicado al servicio de los
huelguistas, trabajaba en un pequeño taller que estaba ubicado
en una esqu ina de su cocina.
En 1947, H . Müller se afilió al Partido Socialista Unificado de
Alemania y de 1954 a 1961 formó parte de la Asociación de
Escritores Alemanes. Müller se convirtió en uno de los dramaturgos alemanes más importantes de la época después de Brecht.
Tenía un particular interés por figuras como Lautréarnont,
Artaud, Ka:fka, Nietzsche y por la historia de la izquierda europea. Sin embargo, más que hacer una línea h istórica o biogr.áfica
sobre Heiner Müller, su trascendencia radica en la violencia de
su discurso, en el uso del lenguaje poético pero abrasivo, su
vínculo con Bertolt Brech t y su legado teatral y literario. Orestes
Sandoval, traductor, intérprete y profesor universitario de Cuba,
nos ofrece en su libro Textos para el teatro, una recopilación de
algu nos de los textos más importantes de Hein,e r Müller, como lo

l1J

u:
.!2

son: El Horacio, Máuser, La máquina Ha:mlet, Descripción de un
cuadro, La batalla, Escenas de Alemania (obra con la cual comienza el libro), entre otros. "Entre nosotros h ay un cuchillo llamado
traición" le dice el personaje A al personaje B, y así como
comienza este fluir caótico, los personajes no tienen nombre,
tienen hambre de honest idad, tienen la muerte entre los ojos, la

Q)

'O

¡
o

:O
:a
&lt;d

c3

traición que se ha forjado entre dos hermanos se ha fraguado en
la sociedad alemana. Este primer texto, que sirve como introduc-

ción, nos arroja al mundo de Müller, nos presenta su alineación
con Brecht , un teatro que surge a raíz de la necesidad de
conciencia.

82
Horno Escenlcus

En otro texto de este libro El Horacio, el dramaturgo presenta

�al hombre frente al hombre en una total desarticulación, poesía violenta y equilibrada: Horacio
el vencedor, héroe de Roma, Horacio el varón,
asesino de su hermana. La pregunta surge
cuando el hombre se reconoce dual ante sus
semejantes, es entonces cuando la poesía encarna en la violenta imaginación de los espectadores, porque a decir verdad la bondad no es una
opción, el espectador se hace juez y parte de
Horacio, ¿cómo debe ser juzgado, venerado,
recordado? Todos somos Horacio, todos somos
todos, la identidad radica en la totalidad.
Profundizando en este laberinto literario,
Müller ofrece la adaptación de textos clásicos
como Medea, Hamlet y Hércules, enfrentándose
a la peste social, aboliendo la carne putrefacta
en su última condición de excremento, es así
como logra hacer una severa crítica ante una
sociedad capitalista en crecimiento. Lo mismo
sucede con Hamlet, que sin temor, el dramaturgo expone en uno de sus textos con las siguientes líneas: "televisión la diaria náusea, náusea
chácharas prefabricadas del buen humor
recetado".
Sin embargo, la importancia de La máquina
Hamlet radica en distintas variantes, una de
ellas es la desfragmentación del personaje
Hamlet y su inser ción en una realidad totalmente distinta en época, pero aún más violenta
y sucia en el sentido humano. La máquina
Hamlet se torna autobiográfico en los textos de
Ofelia, los cuales describen formas distintas de
morir. Lo cierto es que la esposa de Milller se
quitó la vida, después de innumerables intentos; esto queda relatado de manera más completa en Esquela de defunción, una obra en la cual el
autor comparte esta experiencia.
Otro de los tantos puntos importantes que
tiene La máquina Hamlet dentro de estas obras
es la aplicacíón en todos los sentidos del proceso de distanciamiento propuesto por Brecht: los
actores realizan un edificio de imágenes con el
fin de crear una relación directa con el mensaje
y que éste le llegue al espectador, de manera
consciente o inconsciente, para que sea el
primer paso a una serie de reflexiones, por Jo

tanto el actor, sin duda alguna, cumple con su
función didáctica. No obstante esta atmósfera
se crea a partir del texto que el autor propone,
el cual está elaborado de una manera zigzagueada, muy lejos de la formación de un texto teatral
apegado a las normas aristotélicas, ya que elimina la concepción de las tres unidades: planteamiento, clímax y desenlace, creando un cielo de
ascuas, es decir, q ue el conflicto fluctúa alrededor de toda la acción. Todo lo anterior se ve
consolidado con el recurso de los monólogos y
soliloquios, ya que Mü1ler reduce a la nada los
djálogos, por lo tanto la idea llega al espectador
de una manera más directa.
Lo mismo pasa con Descripción de un cuadro,
el cual, al igual que la mayoría de sus obras,
puede tener múltiples interpretaciones. En este
caso se podría pensar, por su carácter infinito,
que puede ser sólo la antesala de alguna obra o
la descripción, como su título lo sugiere, del
cuadro de la vida, es decir, cada espectador
imaginará una obra de arte distinta, apegada
directamente a las experiencias del individuo, o
bien de una manera más simple, que la vida es
una obra de arte que se puede describir corno
una pintura, una obra de teatro, o quizás
solamente consista en un relato infinito de la
antesala de la muerte.
Para concluir aclaro que este artículo tiene
como fin puro entregarle al lector un fragmento
de este laberinto histórico, político y social que
Müller nos entrega en una baraja de sucesos
reales poetizados de una manera extraordinaria, que lejos de encasillarlo en la escena teatral,
lo posiciona como un eslabón dentro de la
historia alemana. Sus letras perfectamente
ar madas son el reflejo del dolor humano de toda
una época, y gracias al talento impregnado en
sus creaciones, estas líneas siguen siendo y
serán vigentes en toda obra humana que lleve
entre cejo la violencia, la crueldad y la ferocidad de la poesía para alimentar la imaginación,
por un arte empático que transgreda cualquier
tipo de frontera física o mental.

83
Horno Escenicus

�Autores del
presente número:

IAna Laura Santamaría: Crítica teatral. Doctora

1 Karina Esquive!: Actriz. Licenciada en Actuación

en Estudios Humanísticos por el ITESM. Profesora del

por la Escuda Nacional de Arte Teatral del Instituto

Departamento de Filosofía y Ética y Directora Asociada de

Nacional de Bellas Artes. Maestra en Artes por la Facultad

la Cátedra Alfonso Reyes de la misma institución.

de Artes Visuales de la UANL.. Miembro del Cuerpo

ICecilia Farías: Egresada de la Lic. en Arte Teatral

Académico "Producciones l~scénicas". Directora de la

de la FAE, generación 2008-2011.

FAE.

Daniela Espinoza Luna y
Nelly Elizabeth Casas Sandoval: Estudian-

I

la Licenciatura en Arte Teatral.

1 María del Rocío Martínez Díaz: Diseñadora

IEdgar Chías: Actor y dramaturgo. Miembro del

escénica, directora de arte, coordinadora y catedrática de

Sistema Nacional de Creadores de Arte del FONCA. Egresa-

la academia de escenografía en la ENAT. Maestra en Artes

do del Colegio de Literatura Dramática y Teatro de la

Visuales por la UNAM.

UNAM, en el cual es docente.

1 Mayra Vargas:

IEmma Lozano: Fundadora de la Compañía Arte

Licenciatura en Arte Teatral.

Móvil-Danza Clan, así como también del Naranjo Estudio

1 Roberto Páez:

Escénico. Docente en la Facultad de Artes Escénicas y

Licenciatura en Arte Teatral.

bailarina de la Compañía titular de Danza Contemporánea

1 Rogelio Lozano: Estudiante de 9° semestre de la

Estudiante de V semestre de la

Estudiante de VII semestre de la

Ingeniería en Diseño Gráfico Digital y la Licenciatura en

IErika López: Estudiante de VII semestre de la

Artes de la Universidad de Monterrey. Parte de la compa-

Licenciatura en Arte Teatral.

ñía Tiempos de Danza de la UDEM del 2007 al 2012.

IGabriela González: Estudiante de V semestre de

1 Rosalba González: Licenciada en Psicología por

la Licenciatura en Danza Contemporánea.

la UDEM y Letras por la UR. Editorialista invitada en los

IJudith Aguilar: Egresada de la FAE en la LAT en

periódicos El Norte y en Diario Milenio, así como en otras

el 2004. Radica en Viena (Austria) desde 2008. Desde

revistas universitarias.

Septiembre del 2011 forma parte del elenco de Die Reise

1 Sergio Ortiz: Estud iante de v semestre de la

( El Viaje) que se presenta en la sala principal de l

Licenciatura en Arte Teatral.

Volkstheater de Viena.

Hamo Escenicus

Estudia.ntc de vm semestre de

tes de VII[ semestre de la Licenciatura en Arte Teatral.

de la UANL.

84

1 Kimberly Evans:

�.. l \~L

�</text>
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              </element>
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                    <text>�Ricaño

Natllalia Saado

��IE ditoríal

RJ Ffoyect· et1

v.oi oe s.us aaores.

!;l'liil'BI IP,Qf)Ol/.a,

Segundo Festival llniven it ario ele 'las
Af'te l ~
ii'liC.,I 211!113
1

en.tr,e la hli'f!Pli'•Oill$adóñ y la
ooreogirafia
V1é!Ud~

1

34

MiliAíl! R Kangl'!!o\l

Enfoqgi:,i!p fflQ•r,110-, sobre !la tragedi1ªl

31

griegil
El~ira POPO\!'&lt;I y Robcrlo ~ CI:

S.egund'.o FeSitlval Unirverrsieario de
Itas Arms EsQenkas. UA/fí.Ll. 2013: Un

Em~~evlua :&amp;t 'Y'r.!lmnl!! !Paras~polf.es,

e:ncuem:ro éil:e (Utwras

Reiconoft.iimien.to del werrpo c;orm.0
i:n5lirumento d'.e e~r•e5lió111 rmediilnte
@l D'attu1jo f,isic:c, imparrtld o por Y1lannils

Afflllil'afW Bl!!lfi!fiil!t!' Lffll-a !GOJ!ll~I!·?

la téc:nieª Wmbiri: 1[!)rincipio$ e· id'.e-ai$
¡piirai fiorimilr l!Nliluiine$ profe5ilornille'.5
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Celebra.ci6n del diai mundiat -d.el
·reaitro en FAJE:

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Mariola Guad'alupo l opez F ~

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Gírel.Cllcn coocs SüU!is

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Semana d.e ta drama1urgia Nuevo
Leen 2C!lt3:

!Re¡:¡wrsíilli® al dt:rector teaitr~l
R~il¡¡ ~ni,e·l~ Q $ Slíni;tle·z:

Elwira Popo:ir.a,

Apuntes. sobre m00111s.1ruocion de ta

RaiceiSo "'fl PflllOrama de la &amp;ci:ua\
d'ramatwirg1a cubana

t•e iilhlidiil~ lbiajo el !5ÍlQ.ill0•de las
intulivas, tec:n.olo,giiaa

Osvaldo C'..mo

Manilel Ruiz Garoiá

•Componer· úsm ito, utópico

:Slm.'kespeaire a ~a vueltll! de l.ai

~traíi&amp;4ii a1Abe!. Go'n:zál.e&amp; Mli!Lo

ti!HJq U:l1118i

Gabriel Coo"lfe@!i-

P.mJm:t.-Ot un t1uilro s,in t9at.r o
Jla'l!ier Serna

2

24

28

Drama~urrga r,e,gia,,en Querréraro
l(arta, Soto

-

-

Enrr,mris111 a,CAll)ru;úJ a pmza

42

�IHomo 11teoricus

De La FAE para e'l mwn,do

~ fiji'!CllÓti

Emigrra~do at de-efé

dr~máth:a ,en,La; iwt-e-ratij~,.
Verdad y veró$irnilitud de la ¡p¡jg¡ina ª
la eSCéi'flái

52

MllM Clil~lil

'1,e,,a1ro de amprovl:S;llídón de C~t~luil'i~

Encuenlro rm etropolitano de,
danza conitemporan••

De la bibloteca1d'e la IFA!E

Crudeza. ·eroti!ím0&lt; y supers.t'iciión en,
el X\lilll ~nruenlro Melropclilarno d'.e
□~m;a

Com:emporiiineai

15

.Antool'o Trejo Sámehez
Robe,~ Garcla Swár,ez:

Doc-e diiteciom watr,"les. de lai

1

s.eg;uñda mitad!del 5Bglo XX
May¡-.a Vargas

56

Ma:nha C:eellla Val.dei

0-al\Ui eontemporinea,y te(ñolog1a:
~Li$1$ de ta Pf'O!P.U-e:5hii1,¡¡¡¡d;ya~ efl¡

Mexiic:o

!50

Rlllli!iU.ii 1p.¡¡,¡¡_1Rio G~ ili!OO ~l)i!J.ul

Efeetc Q.uasa:r! La auto;estióni ,e111

C!hiap.as.

65

Framcisco .A.lof\:;¡o 11,íipe.z: VillaL&lt;lbos

U111ai ,cmerr.a (llena:) para. la da11z:a

68

/1.uror.a Bu11.!insucero

Te.~wo r,egio

1 72

1

Ji!lime Chi:rlbal!Jd Magl'll!li

,,..3. - -- - - -

�Dr•.~e;s;Ús Jin~:er IRodrJguel'Z:
IReot:1u

h1g,. Rogello C . G,a,ri.a IIUv.:l'll.
SE!o!lretari'o General!

M.A. IICiriln¡a¡ !Es:q,w'IV'il!'I.U11111énez
IDlrect:anai de l:a, 1Facultlidlde Artes IEsdnlau;

R.EV~STA DE LA fACU[iíA'D
DE ARTES ESCÉN LCAS

DE l!.A UANL
Dra. El/ll'Jr.1.1.P,opov.a
IEdbrr:a.1responsable

\ljda1 Mledl mi
IRl!d':a«il&amp;n,

UANL

,c;u][ier,mo, Rleyes.
IDl&lt;Seño

Homm Esanltus. IR.evl'!lita •de l':ill IFarult:ai.il d'e .Air-

t~.1Escé111lms de !la 11..V,¡NI!., Mi;:; 2, IN :3, enero-Julio
:ZOJLa. Eli- una. publlcackfini semies,tirall, eclt!ill.da ¡P')llr
la 1u 1111ve~~adl i'i.l!lttin0mill d'e INUEVtl Let.rn, a tJr.r.i!·i!!s

ROMO IESCIEMICUS.. REViS,TA DE 11.A
fAiC'iUJ.TAD !DE ARTE'S ESCIEJN]CA'S DE !.A.UAHJ.
h ilo 111, lll!lllil, 3, en-ero~íJlk, 2(H.3

de la.farultadld'e Al'tes Esd rílGLS. Díllrmkilllo de !la
ll'Jllllcad~m: fall:1ult:ad de A rt:e:s. Es;,i;énlas, P~a
!/ T•lil@!St.e s/ 1111,C0ll lW Tonre5, ir.p. 649·3 0, IMOlil1

t:erirey, INU!!'VO 1Leém, IMéx'ktí. l"eléfp¡,fillll; +528.li.
83 S7.!!44:l'. E-dlt.,¡ir 1resll)omsable¡ EIYhra IF'()ll)!!.ll'Jli,

Reserva ~l'e ,¡l'e nc,hos. al us0-eic:oklslWí 1.M-2012Ql!.08l!21Sil00-il02. etorgado porr el llilstl:tum ftla-

;:lcmtalldel Ioeredro-de Autor. lSSN en1itrámlte.
Lils O![ílnl'ornes. ecxpre!Sadas ¡p0r lhJs wrores Ino ne-c:n,a~larmemt:e 1
retll$n l'a pemra d'ell e!I lt.M -de !la.

ll'Jbll'md~m.
Prnliílbklai ·SU! reprooucclifílili i[(!iOl[ ·O ¡¡iafiOlall d~ li!íS
mnt!!mldos e ilnnágenes d.i! !'a, ¡oultillCiilf.ll6n1·2lni previa aut,:¡,rliraJ:ilim del Edlt•o.r,
lmpll!!SO @l11t.Ab:'l m

T€1oos, ['os derec:h!lls 1reserrva.dos

Q¡py,r1glil1: 2013
4

fmo ·de ¡¡i,¡irnta.Glat Es;,i;enai d'e ~J Projn:t-i/11,
Archive IFAE

�AVSllllzama,g oom. un paso más en e'.L camin.o de b co:nsoEidadón co010 revuta um:i1•,-ersiili'a lfiat está mte s11Js miJrad!as e1 teircer n:iímero d'e Home Eoceaic1c1s, Los t:extoo q1te ae puiMi.ran aquii refieren. sucesos mt:ermoo de ]a. !Facaltad d.e .Attes Escémcas romo•e1 .Segumdo
Festival Uwveraltaido de las Arteri iEsr.éoriras. el il:rr3:bajo cte1 Talrlerr de teaoo, e1 coJilcm.so
de re!ileiilaz ¡pero liambiém :'IPlllll!tam. ia '!ti.!lila U!atl':d y daru::ostica d.e Monterrey a ~:ll\"ÉS de
il:rres impo:rtames acomt:ecílllild,emtos: ]g, Se:rrmama de Is dtrnm!ttmrl!'É)!!li Nuei.o león 21J]..;, e1
XVlill Em.CtLemtro Met:ro.poilliu.o de ])amza Contemporimea y el. XXII![ E!lllC'l!l:e ntro, !E11tst:d

de Te::i.t ro Nuevo. León.

El se~do feati,;'3l uni.\•eraitario trasoendiió ia,.s :fronteras l!lacio!lll.ailes :;- :re1.,ullió co1egas de
B1uil. CIJ!lSta Rkai 'J Cl!llba, que Wffi'iÍ.'!liÍen:DJil co,m SUB co1egas de Mé:rloo•m.mo mJ.a ev.iden€i:ll más de la rollltimu.idad d'e l.os :proyearu emprem.dlad@s y d'e !las refacioru!S u:mi\WBimalfW.• Fí¡gm-as re'.levantes en e1 ámbílro acad'éa:uíco, de~ testr-o, y de ta di!l!Ma onmem]!IDriunea
ollomputieron e11.rena y aula en [a !Fac,mlta,dl :imputiend.o tS:lrle:rre!!I, dmgiÍ.emdo. obras, ¡presentando ponencias, Casi a la.o.ras de diBtmda d.e1 11:érmm.o de:I Se~d'.o Festival in.id&amp;
ma Serrrnamade ]a dnmatl.!!itgia, emJa cua.!Uai FAE:t:wvo ¡p:resel!lcia a tnt•té.s d'e S'IJIS egreaad.oo~
dos cllrrimu.arurgc!lS eilllcleina.ea, cuatro· dllirecwres y siete a:ot:oJres jóvenes ¡partk::i;parr,o n E!l[lj hiB
m
.ectul"3/S !lilrnmatiza.dlu j un.m con .rus col.e¡¡¡as de om!raB gem.emdoIDi.es y esr:M.e.13!8 fomati'ó'3lli.
Algo-mm.i11a.r Sl.l~edti.6 en e1 EnCU1entro Estat~ d.e l'em:ro y en ei En,ruenum Metro¡¡oo::,]iraEo
de D3!l!l!Z!l Comempocin e!I!: :ruJ,velres y mmmados 3.C'.t:c:illi'E!e, d.Ílf'E!c,tores. ibailiwíme~. iro1rm~ s .ro:mp.lhl'tian es¡pa.clo~ de ptiá.rtlm y t:eo:rfa, y entre Eitl.'os, l'os egresiada,g d'e nuesitra
Facuilltad!,

Fm:w]llf!!i5!El!lt :u e.sira. diverddad de p.mpu.est:115 y aportad®lilea c-onmm.o s w,m earlill!\'W3JS•
!f'e po:vma.jeB. po.nen.ciu y aEmis ,me la :pluma die disttaguidos auuu-es collllil-. e1. querido
olldl.ega J3!irme ciuibaudl: el liU!l'Fadnr, li:il:ram:ttu9 y·¡peil'ii.l!ild:mtta!l'e~ntamo, Ga'hr.ísl Gnntli'e:iru: el.iteatr-óll• cu.bamo Onr:.·ddb C:mo y m oo'Jeg!I! :¡rdnms.,tUI-go Albel! Gorucillez Melo.-.
Cen e:I texto iteó:rko del IJ'eCOru!!cldo d.lJ.'amatllrgli!! Mario C:mtmi ah Fimoo uma m:1eva, sec.rión. Ho:cE.O 'l!"heoriCUB, dom.de puhiti.caremos :reíl!exiom.es e in,;,-est:ígaciom.es en to·r no d'el
iteartr-o•·v la d am.za conte:mporfunea.

.

Jun.m co!Jll mas :¡¡1mse!llcias p:umiii::ip!D oom.o. aumres y ll":o'laooradores maestiroe r eswud1Ímtes de b F:tCUllítadi ¡pu!I! rs-e~ irumpfü:eiw.@mao de !lo~ ¡poopiruititos de La :revíst:il!'. ger es¡psclo de refJ.le:icl.o o critica dél eqllliipo dacente de ia Facuit:rarll, yfomemtu en i.o.s mt111dtkinrtes d'e las carireras de teatro y d.:mza ccmt.empo:rám.ea mt:erés ¡po.r ]a im.vestlgació.m escénica.

Ehr:hra fupova

.º..------.

�!Por A mairany Bemenic,e Lunai Go111zález
1

gua] qu.e el stio•pasai:fo•. la. FBcuJtad de Arte~ kéolcas de la. Onlversld.ad. Alltó:oo ma. de NUevo•it.e&amp;n se oo:mrJrtló m ]a.!Sede pin. la rea.)jzact~n del Se;siJoo:o Fe.iitJv.a] Umeml'l:arlo de las Artes E:scérucas
1lJ:AN!L 2.0l!i¼. !El feat:tval se llevó a cabo e:n.la. semaoa.del-i: al B de mano,
C·liín L:nvJtaili:,s ]ocales oo:iuo• la Escuela. de 'Jeal:ro de Fíl~ a y Letras
de la 1JANI,; :LnvJtad.os :aad.o•DÁ!les p:rove:nleDtes de 13.U:aívemld.!!rl Ye:ra.crw:a;nÁI; la !E&amp;:uela Na.do:oal de Arte Teatral del ilNBA y la UJIJ:vera.tdad.
A'u~6:ao:llla de Cll1bu:a'bua; as.í cmm,¡¡¡ :lo;,ttad..os Iater.aac:lmoales de la Un:Lveratdad. de Costa. R:l.ca, el to!stltll'ro S.up!Cior de Arte d.e la !facult:ad de
Axte 'Teatral de fa Habana.y la.UllivemLdad.de sao Paulo,.

I

-T:aJleru.
iEl fest:Mll ooató coa millt:1ples nilleres :m.11tutines oo•mo: mcroo.uccLán s. la. produ.ocLó11 escéDl.OI. !L.!I. d:ramI!tutgL!I del SCt ll!:r. A.Ctlll¡g Release.
Repeomado .!11 cllrectGr teatral. Wspscm escé1J.to:.H!!srucba a. tu. C11erpo. iEl :acmr ,t1ali!ct1ce.
iP1'1.:!5!21JCÍll.y {Oat:rndlo:tón. e:at:re otros. l!.OB ·¡a.
lleras fueron 1mpsn1doo por d.es1ac:ados mae&amp;tro.s COJJllll: MllnillO·Rll.iz {lllJJ:11/ers:ldad de costa
iR.lca). osv.!ild.o CBnO· ( Fl!Clllta:i di! Teatro de]
ilnstltu.lD SUJ:li!rl.i:u de Arte de La. :Haba□a.) , Jie:r­
naado· F'J.y áu y GJ.lbe rto Guerrero (ffl'{Aif), Helena. iBa!itos y Antolllm A:rau.Jo (U□.tve.rstdad de
Silo·Paulo). JN quln ilie:rDáJJdez. (UNM[), AIÁID
iDaJJ1e.lt.o□ (itwtltu.OOll L'LIUÓD di! Nueva York);
e□tre otros.

Ponendas..

6

iEl p:rl:m.er d:ia d.e ac tlvlrlade.s,, alw□oo~ y mae¡;tros cocw.lvLe:ro·:11 de:n:tro• de: h . m.asa de: d.eba.te
que glr6·m ~o:rno s.doti , jea tett1á.t100;;; ª Nu!?V'Os
hílllizon.tes. de la. crea.cLó:n a rttistl.ca. co:m.o pro:dua:1&amp;.a. del oon.ocl.Jn1.e:ct·o• y, •u oomtru.cd:6:a
de: la. teat:ralld.ad.ba.Jmel sig no de: las :nuevas te,;::nlCll¡:ogias•.

�E;n eJS. mesa, lll. m 3a trll. de dlilllZ3, EDml.3. L0&gt;-

peo.!IBI' en que el cue rpo, es .al m.'IS!iao, t lem:p::;,

:zsn.0 {iFAiE). p:re~eató l!l pmae:nc l.s: ª ruidl.ogrs fi.a
de ·uaa.esttelll: vht6 n de un pooc1m:i,cre.atlvo.,•. 1.s.
cual gJro slra'lednr de Lintérpret t y lo.s vsl!lres
de u:1111.!lld.11.ens u.p:rocesm s:rtf,11tl.ro de co:nstrucc:lfin;· bad11 dónde íl1E! e:xp3.ade:n sus.:bo:rJro ntesy
có:rn.msmn limltedm, por :13 de ms.n.d.!I. co-m.erel3l
del arte, El sesu:n.do í'XplllSilto:r ftu! Msadle !rull:Z

mucho.,~ rue rpo.sque bái&gt;Lt3.meate sedlvld~n en
!m!itan.dss. y que to.do~ se tntegrsn pira cresr
uos. loter:fe:rend:i. en la. g)le S!l! :p:mpo-ne veo.cer y
s.c tll!lr cn:n :p:rmrecb.@. ya qlle lo tm,po 113:nte es 13.

(Cost.s. iR.1.rn). qui.en. bsb]tffi s.cerca. de Las ·au.ev.es tecn.o:logJs~ y d.e romo, el teatro, se ba. ,;JBti'.!I
.ef~ t3d l!l C·l!ID el a.bum d e ]JI ª cbucbntE!l'.'.O.U"'. E!S
deci:r, llea3r el esp11.cto de e]ern.e nros multlm.edla cbtncties.,, ys que erto n.o Et!. acerCi! sl te.etro,
sl:n.li!I a. la. :aatlteatro, o:rmsld.era que el sb uw de
la mu:ltlme dla b3.ce que el E!:!ip !cta'J.o:r se íl1 1.e:nl:.!I.

.sJE!lll!)•a Ja. m11g1.a. de 111.nana.Udad ya. qu.e el ser
bumaa.o. e:a. la acmaltdad. se eo.cu.entra. en 1Jn

es1ado de an.&amp;1e:l.s.d. pues DD.· cree en lH 1mmtt1c1one.s.. no ba.y caafi.soll!. y la oomun:1ca::1on
deJó de sen at
Por su parte, la mae.stra f'Jele□a. ir.aslli!lS! (sao
Paulm), p:re~enl!tf¡ el :fum.enro escénic o comm·un
área de cred.Jnle□to m□to• f :n la. reC1ría oowo e□.
]a prilctl.ca, ya. que, dJJo. éila.áltlma. no. puede
exLstlr s.1.oo hay um bai;e teór l.ca.co•ncreta.. Las
ex:perJe:nclalii ex.1steates n.o p.ro:lucen djfen:m:l.a
e:n. el ruer¡:e. pues. éste descubre postbJUdadea
ya experJmen·1adas eatre ]a. :tds y el eateadl:mJeato. Llamó el ~oo:rpo s a:lo.s" a Ja. fo:r.ma de

mJ!did3 en qll.e se e0n.ect.!t
!Por w. pane,, Gllberoo Guerrero, exp1Jcó l.a. furmscLó□ e□

las ane.s ei;,;É.DJ.ai_a, .s-ua 1nlérpretes,
el papel. de la .sca.demla y .del conoctmJ.enro artl'atloo. E□t:re l!iltras O!!l5&amp;l habló- deque la :tru,t ltu.dó.□ ne g&amp;a□tlza. que el alum.nli! en :fu.rmactóu
aca.d.émlca será un artista. liiluo•que Le i;er1fJril□
]as técaLc.ss 11Dp¡1rtldas para. su. fC1rJJ1.uc loo, así,.
al ser egreaailo p,roni.cuidar de au&amp; intereses,
t,o;Cll,!UJ,do ;:;o;adeacla de que el ane :ao n: m~s,

que una.men::ad.oteco:1/J,
!El maestro [31/Jer ser.aa (trANI.), en.tabló una.
refJe.,:LóJl eatr e dli!lS! par.ad;¡gmai.:::p:rese n.tac:t&amp;Jl y
presea.da, es ded:r, la auSi?o.da w scoa del cuerpo e:a E!:iO?:na, La. co-n s t:ruo:tó:n. de: ].g_t i ~. del
d:trectar se ba :Ido. oometl.e:nd.o del teatro al eco.
maate:ate:11do suje tos al teatro y a. su puasta.e:n
es.::ena.
iflnBljzé ],g, mesa coa ]a. partlclpi.dón d.el d:r:i.:tn!ltu;rgo y )Eiodjsta Gab:rJe l cootr.e:r.as, qulen
dei;gfosó d~
pu;n:toi aom:3. de ]a. étic a.
reoom.e:ad.6 ba~f r las oos3s c¡¡¡mo s:I. fu.esen. la.s

7

�llJt llll!l!ii. · s.Lempre :ba.y CO&amp;ll!ii que ~outar, :pfauteand.e la.cuest1611 de Ja.cread.ó:11 y •ol!/1-d:todIDSe
de 1w: prllilloc•olof! y de los 1J1étodo1s, ya que sól@
bey que illllD'Vlilr. pue~ el teatro es un quehacer.
:ao hay magia.•,
De e1ta. :macera, ooad.uyó s;u¡s puntos de
vista al llevailos a. la pl'áctla . e:n w p.roye,:tl!í
co.n]a.FaJ:ullad.de Arte. &amp;cé n.lcas: ªRJ F.roje::t"
en el cu.!11 su mt·tod.o]~.a. se 'baaó en t:raba.Jl!lr
c@n Shal,es,:pea.re sin S:baJ:.espeare. :lll00'\"3:ado.
'll.n es,pectác□lo· ea d.o:ade :ao•hay autar, DL métoo~ y Ja.obra es tatxlsl:eol:e.

trataba el tema. de la. ml¡tra:11/!l:a, los 11.egaJes, el
t.ud ie ame cica.ne. la gl.ohellza.ctéa.y de cé. wo el
ser buL11lillJO ae d.egra.da pew a.p@w• e:o. liUbosqu.eila de u.u vJda. meJo:r. Ji..os ~tlco.s" se .streirJera:11 a crear ua pe:rfo:rimi.nce easamb],111].do
un traooJo. 1mpe:able que 1ote¡;raba e:irp:re1ttó:11
m·:ipo•ral, ca;a:to y aJ:tuactóa, c•o:a UDa. cllreccló:n
que s upa :aumeja r muy blea CBda.elem.eDt® que
se ha::fa :p:rese:nte e:o. el desarrollo de ]a. puesta.
ea.esceaa.. !F!l!r si ao·fuera :poco, iatiadJ:rJa füve:ral.dad. de le:ng□a.s. lcgl.éa, fraacés y e~pa:li.®J,
ecrrlque::ló el traba.jo. p!lr.!I crearuoa atmósfe:ra.
ea. la. que el e.spectado:r se sentía uc. e:xtra:aJe:ro
desde su bata.ca, ha.cl~d!!!l.e creer qui mleatras,
el 11.o:rtib:re caml:ae, aó:n hay e.spe ra:n:za,

:n.a. p.reseatactóa de m.eDtaJes alt'anoo en el
Teatro Espado rtc¡e]L® viUa.rreal, coa .Pimtc
de Ferna:ndo Arra.kili. dJrJ¡;lda. por F:ra:ntl.9:o
\l:Ullc:aáa.; obra. que :representé a.la iEsc!Ui? la. de
Teatro d.e la Fa;:u]tad. de Fili'i.soffa y :n.et:ras de
la. UAN'L, Los egresados del di.plomad!'! p:rete:ndJero:n m®St:rar um . farsa ah.surda, aunque al
eafrentarse a.un esJGd.o m11y gra:nde, q□i a.o
teal.a:n prev.:lsto, li?s caioo un desequUfü:rlo esctoloo, cau!\iaDdo .11.llea.clos IJJ.có:m¡¡¡dos q11e deterlonnm. el 11tma d.e 13. ,1;ibr:a, y u;ns mlt:a. de
1/fflilctda.d.!:!11 Sll!\i pE!C'SODJl.jl!!li..

t-a raya drl pe&amp;,·obra .repre.se:ntatlva. de ]a ENAT
del [NEA, djr:lgida.¡:e:r Je.ús l,JJto:lllo !Oíaz, busm :m.ost:rar 11aa. pro:pu.esta e:11 dDDde el :cruto.
clás.l.co d.e Odisea y Pe:a.élope, es am.bleatado
ea. el mundo co:otempo:rá:n.eo; a:b.í el Uero:pe no.
tra.nscur .re de 11:oa.f o:rm11. Jmsal. y tampe,:o sus
peall.!lmleatos .. Este montaje d.e:J6 c-o:af□:n.dldo
al especta.dor, ta.o.to ea el t~ma que trata.roo,
m m.o. el géa.eoo y estLlo q11e :no se • m e def:lol:r co:mpletameate..

8

:z. obra. proveru:en.te

de la. UnLV'!m.1ds.d d11 c o.~ta. iRl..:a, fü:clstd!I.:par Moy .i\:cburols.
J!l(6mi:zdw1

!Pcír !liU parte, 1a l!J:n:tvenld:ad. A11:tó,ao:m:a. de Ch:1b□allus. presentó .L as pertrus de Nlco.lá.11 !Darr,

ba.jo 1a dlracc.1.6n de Gerardo, Castaó.eils, qui.e n
traba.j6 u:ns.p:ropuuta. e:n ]a que lo~ peno:aa.jes.

�e:rnn Mm.o currlo.n.ets&amp; [.1m attrlces m.ostr.aron de '..11ª•..¡,•, 6ª y ga semestre de 1a Ucen.c1Bt11111,
UD domLDio o:upm:raJ y vocal que rorpreodl.ó al ~nws e.s la. á lttm:a ]).!Irte de una trJl.ogJa qm~se
páblloo co.n .1111 csrsr:te:nza:1.a:a. dá.11d@le un. :cn- vleDe ere.sedo desde bate s afl.os. oceo:a. de loo
mo dlll!enble al de.ssrroUo•de la. obra..ililllmLtadill ro.les en que la muJer se ba. v.1s1e envuelta. s. l,n,
•tnibaJe de d1reo:1ón. que:d.é en segUDdo pla:n.®. largo di lab:1sto:r1a de la. bumamdnd. y ls.lmpm:rpues 1~ .aauaooni!S&lt; fueron el pumo q:u.e d.e&amp;- u:rtdad.e ésla en la soCJedad.. as:f ooiao•a.u.nacr['tlca.a.su. delSllaJmr1za.c1.o:a. Realmeme se a.pre:té
u.cé po•r su.b t1llama en el IJl.o:af.!!Je escécnc:o_.
un ·t niba)o de dLreci:tán a Lc:uldar csds. asi¡:ecl,n,
iEn cuam:o a danza. y por co:rtesia.de la 11Jn:tver- en escena.. ·ta.:a1m·1)2c:ntoo oomD·:tatüprete: cans1dad. Alfüllliil•ma de w racrul. se b1zo pre.11e:n.te u:rtd,n, con :tll!ls de iw 'ba:llarJaea deat:ro•y fuera
S!!'~ .i\filt:IJ'71e. 'l:GJJQ l!l d:lre~Clilll de WildrJ.go An- del escena11a ro:n um . creac1.án de vei.mllll•M
go tia. u n cr.abaJo del cual se :presea~ó tan .séolill l UmlDOSOli y llama:tt,¡.ill3 q,ue se f!llDW:rtla,n. e:n.
UD fr:rgment@ careogrnil.oo que ha'blaba.ste:rc.a pane de la me t:ifu:ra. que p.lantea.b a. rada. tra.gde 1a senaualJdad, l:wada en la f:l,g):ua de :t.la- minlD· ddbaJ'le,
rll;rn r.to:aroe, y c0u :raúá'l.ca. de [ames !B.rown;¡
a:amJa.aro•n la cultura.uorteam.e rlcam :panr.:re- La UOLvera:tdad. de sao Pauh preiSeDIÓ ali'm:r,,
isaltar los ieo:ao{:l de loi Estados tlll:ldm. su p:re- dtr1g1da. pm:r Qt&amp;,,l,O· OSClilI' tfUJJl?li. tlo. trab!rJIJll
seoL!r.c ló:a. fue del (justo del públJoo,. pero lDÍls postdratll!ltlcci, do:ade la expre~Jó:11 ,;sorp!ll:ral
allá. de l!!i q11e se vefa. en e&amp;e na, :no ae ap:recla'b.a ayudó :rauoo para. eleate□dJar:teato del e.,;pecrealmenre Iw.a.mitáforaescéDLC.!1, &amp;ID@u:11at1D:- tarloc a;ote las 1iocaa paLsbrw. de ]o{:l actlmres-balp]e nitra.ero de baile que cumpll.ó con. IEmp~, larla.es e □. le□ gw. pr,:irtuguei5-3. quLe:oes slll ernmovJJJJteotos bien deftalde{:l, J:IJ&amp;tuia.y u□a. a.e- ba;q(!l)• hJctero:a. Ull elifuerzo ¡::Q:r decir frases
t ltud. d.o:raJa.a.ate del eiSl¡:QcLo.
ea. e1, ¡:Q1iol ¡:rara ay.uds.r al ente□dlmle□t o del
Como represeotaotes de fa escuela. a:ofl.trl.aoa,

la. Facultad de Artes !Esclntcas presen:tó Venus
·ua p:royecto. dtdgl.do pC!r M&amp;U B.. Kaogal.av.
ooo. ;:,oreografías de !Leslle Go nzález. c mtbya
Go:czález. y él mismo•. Este ecsa.mble dmJdstl.co
ooo:1:6 con las Lnterpreta.d.o:c.es de lo.s alu.moos

p er.fuDDance. creamu u□a. atm.ó:s.fera. en d.aarle
la. temió o. 3J!Ededad, e Jo.dus:111 e Los mie dos se
co:mbtoaro:n e:at re sí, co:cmovJtmdo al públJ.ro

para ade:ot:rail.e e:n su. pmpl.a. esfera. con llll flaal t:o. dce:ade lo:s. apJauso¡¡ fuemu om1t:1doi po:r
petl.cLÓ·D.d.e lo.s creado re&amp;, ya. q11.e querían que.
al absodo·n.:a:r la saJa. aun se .sJ.o.tleran parte del

,..,9_

_ _ _ __

�esipe::táculo y e:cperJ01ect:aran una. se:nsa:::lón
decólern.
Para la. culmla.aclé.n de: l.a. prese:ctacLó:c di los
mentsje:., l:a. Fatult9d, sede y :mfl.trMm:a. dd
Fe!!1tlv11J, p reseatm ~ P~t. dtr.lgld:a. pi!!r favler s.er.ll!I, oo:c. un texto de GJJb:rLel cootre:r.ss
y fas aituacl~1&gt;2s de: iRoberte, P.áe:z, E:dua.td.a.
Pérez, &gt;,t:ayn. Vsrgas, Andre.s. EJj9z yJoe ErnJJd.
Álvsrez.. 'fo,m9:od.o c:.'e'lc.o, 'bHe el teX°tm de .Rorn,w y JllJ/áa de WJJll11m Sb9}.e&amp;pasn. el T':lller
de T(!a;tro de fa iFA!E pretendía mMtrar, seglln
Coctrernsi, 9 un s.bakes,pe.sre l!ta. s.ba.kespq9re_
ea. uJJ.:a espe:le de :pedor.1011J1ce muy :altermtlvo, oon bll'.es dimt:ro del 'teatro pestd.rllmá:tloo.
dan2S.s~:re11. cs:nte•y erpre&amp;Lón. corpo:r.al; on:n te:l!tuall.rnc.dolo ea 1.s c:ludlld de Mo-:nterrey. Este
e~.pect~.cu.lo contó O),D d.etn!1&amp;1adct1S e]eineotm1
v.li&lt;:uales que tupieron de :melílfmr.ag que ao
fui ron cla:rns. pus.el. es.p;!c:tsdnr.. se man.ej!lmn
de:mudos g,ue :real:meate no, ernn necesario~ y
no E!!lteba.n jus.tif:ltsdo,11, asl como-el vestu9rJo
que: Cllnib bbs eatre d:lfereotes ei!'.O!aas.. :P.Te'!ralecleado, el mls:m.rn•ooJm y hasta c9s:l Is. m isma
te:l!ture, perd:leo.do el sentid.o deJ po,r g:u.~ se le
dlibs esta. funl'.'.ltiria. N'o•ob~ts:nte, se a.p:ri!dó un
e&amp;fuecm p0r de lm actores. !La f.alL!I.de e:nsayos
yun ooaoc1011e:nm•pro,filndo de la téca.1a . que:
pre:te:ndían:tn!lnejar qu.e dó·e:n evJdeaoa.
EL fe¡¡t:tvsl tambl~ oo:ctó e-oc uc:LmrJt9do eSiped:aL: ª Nao d:aml!!fE!.ll', gru:peesipali.ol deSegovJ.s.
tra(doSi pi!ir CONA.R'FE en el mte ras.picio de su
glnl. EUoSi mac.e-Jsn □.n tl:pe de telltro•m.e d:lev3l
pelfar.01atlvo m11&amp;lcil. m:c ]legar :a. hll.ce:r tellt:ro
arq□eol6gl.oo.,yaqul! e.s io.~plr.a.d.o en te:&lt;:t-o smedlev:ale.!1. Nao.,d' sm.ore~. pras.mtsron peqo2fios
fr.agm.enl:w6 d@las. d.wemss ruestag que hllnUeva:l,rn a. l3 escena. entre esto~. uaa P3rte de su
Sftual E,itf9.! ~t..,· IÍE' ih!i! •Gal9o0011e'!1.

------10

Este 2• Fe11tlval :UDLve:rnttarlo 'b:rtad-6 a. los
:al□:mnl!!E,,,, imrJ:ta.dos y personal doce n:te:, ·□na.
eirpe:rJ.e:c.d a.acerca di las dl.fe:recte;. cultuxas y
mace:ras. de pe:asa r el te.atre de: ar□e:tdm a cada
:regL6JJ, as:[ OOIDO ]a¡¡, s.:lmULt□d!!S qu.e: ex:l.st~:n y
J,0. q,oi! e:1 teatro. rep:rese:ata. También fue ·□na.
opo:rtu:alda.d para. :l:11iblar d.e los apreadtu1Je:s
que se :bao adq□trido en el. lllllDil.o d.t! 13.teJ1:tra.lld11il. abr.tr Is&amp;p□.ert11.s. 11. :c□evo11 ho.t1.zoote5; y
sobre to.do, coruice r el Vlll.or hum:aDo de elida.
pe llil!!Dll. que :pa:111.clpó en el 1e~t tvsl. !El dl.lil.aga.
y el 11.cen:11:mJ.e:n:te ron. J;:;.s m.:aestros p.?rm:IU.6 a
J.os aJumnos seatrne dentro de lo que el futuro

Les depara; ozi,nvJ:\t'Jr oonmente.s brllfa:otes, qule:nes pm1een 1JO. 'lxagaje q1Je
ponbll:lta um.retro.9l101eot:a.d.óc. llbie rta.a.prepuestas. en. do:a.de Jo.~ errore!il no-e.-mten• .ool.o eocl.Site e Lperfi:!ccloaaatlento de las l.dess.
iEste :f:esttnl coató

oo:n. m.e.!'.'98 di:! d.esmrnata,je. :prr,r lo que :rmdtmos c-o:mprender ms~ a.fon.do 13&amp; p:ropul:!st3:s y l.ms :pmO!!d:lm.1.eat-os de c:re:actón
de cxla propuesl.!I.E!!lcé:al.ce, .11,p:read.1e:ado :su :maaern de trJ1b3.jar. pemisr,
bllar ldM:. y definir m.etlilo:r.s:. 4111:! e:n:rlqueci.ero:n. no solamente la. c.tftll'.'.!I
del :mo:n:IBJe, s..100-un 3:nllllsl!. de cads. el.e:ml:!ato presente en. el es,paC'.lo
esc~ojco; Jo, que se de'be h!l.cer. as.l como lo que am,
El f.eBttv3l co:m.plló• mucilm, e:x~ctanvss por segundo, af.m oin1se:ruttvm.
d.eJ3:ndli!I 3. ]3 IDJIYli!l'ri!I d.e l.os P3rtlc:l:p:aate:s satl.s.~bo~ co.n la.grs:n. labrnr y
C'E!Spo:nssb:ll.1d3d de 1.3 ~ lt.!ld de A.Tte.!1 E~cé:DIC3Jl, Fue U:O.!I. se:D1Jlne ea
do:ode ].gr; cntl.aiB:, los deb3te~. eose li.sn23S,. 9.nálli&lt;:ls. dlscusloaes y acuerd.o~ se E1S;i;&lt;1rcian pmr cada :eta.eón de fa Fll.cul:rsd. ero sl. ~!!Ido SO?CC.!I. deJ
teatro.-yla.lll,8i1a.qu.e lo :rode:a.

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para formar bailarines
profesionales
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!Honno f •s;!lémlll!ISt Quer,ermos !a'beir ,a'lg,unas i;os;as. :a~u&lt;;a d'e uffi!dl. pi!! meramemte, q,uer,:emDS ·s.al!:!erc
¿gul'én ,es JJ'an Da11ile1mmtl' tP!lid'.ría lhal!:!l.imos acerca. 1iile1 su:s. 1nh::los; ,em1la danza y •¡¡u ¡perikldD, como,
e!íliudlamer
A!lam1uamlelsonJ E:iapecé ·rarde. 1enia. 22 aw cuando. emp¡icé enla. da;n.za: ames de eSll\l en. mástOl!. TOqué tamooras.. guitarra. saxofO:c. flauta. JíJa110 y canté. [;Ueg© ¡¡¡'btwre WJ11. l I02a.Clll1-u:ra. en
dmocI.it1:n ooral en la. Vi'Syne stare u n1verstty:: ahí :fue daade e:m:pacé a. lxi!Uar, mr varJDs a:fi(iilS. bIce
música. y daa2Jil; estaba.d:lrJ¡tleado y IDcaado profe.s.:loaalw.e nte, .i:e ro ta.mbLE.a b:aJJand®, Estudl.é de
broJ!ll, desde Graba.ro. iHorloa, CuaaJagb3Jll, ll!l&amp;ta. Ja.u y daaza.a ca.d.be:fias:, baJl.et y lap; porque me
e:a.caataba todo. c umde tuúa. 2:5 aw pen.i5é.: sólf! voy a ballar Plillí cinco atio~ y e:arouces regresaré
a la.:iaús.Lca; a&amp;[ que la.gresé a.Florida. Stlite Unlven.l:ty para.ebte:aer una. ma.esufa.eu daaza, Al té rmluo• de mir. estudros un v.lsJtliate de la. OOlllJ:X'IÍ IÍa.de José ].twó•n vlao a daromi cla.ae; su. ll@mbre
e~ C1ay l"alJ3fia[ro~cuanl•!ii sent( e1 mw lwleato·d1Je:: íiÉBl:e ¡¡oy. ye!, ,íeB~o eafo gue wy!; y :p:re¡g).m.té
¿quJl n es élz.. ¿qué ea eslD7; ¿00:1110•puedo estudiar eslm7 Y fld!)ll: ve a NiJeva.·Yorl y el!ltuilla c•cm.
Ru.th CurrJer.. :Rllth c urrler estaba e:a. la. oo:111):8flfa. Q:r1gLDal de ro~é L l.iuó :n y cuand.o fosé 111mló;
Rulh se oom&lt;:lrtlé ea. la dJ.rectll!lra de ]a.w ropilÓÍ!I, E'IJa.fue mi prloclpallll!lestn. de L lm.óa, cuaato
m.ás e11tud1.eba. oon e]l.a; m.!is me o::mcui:traba. ea. el el!ltll11-. Ea :il.99.il Ja. co•:IIlpah ía. Limón ro.e pldl.ó
que creara.una.e.scuela; autes la. icowpali:ía no·tea/a u na e:.euel!s.. Desde ]!991. he dJilgt_de ]a. ea:uela.
de Técolca. il..t nó:a,, y: ta;ml:dé n my careógr:am. nmparto. :mue.has. clases en la escuela. de L1mbn y
tamblé:n emie 6.o y hago cO'.re¡;¡,gra.fia. (:Gta. otras escuela.s. y 001Dp1ó.'ia&amp;. 'teog·o muchas re!lde odas.
alre:ledcu del mundo, en [apón; Europ1; A'm h lca del sur, Mé::tl.co y cao.a.clá..

12

• l!ñff~ 1m'ltiaili pllf CífSll:in P.Uit.'i V Emíti!i l.O.Uliiii. TF.Ul\ifoM ;:U.'l íf(ll~ Ciifiii PIMíl.
~l.O.Z.

Á l ~ : S','M,) -G~

�li-tlifo ¿Podlrfa. mencloma:r,rrtros pmfeso:l"l!:5 ,q,ue !l!m-

i5ld'ere ,quie,ifuerm n 1uma.,gr.ao l'nfl'trenc:lla, ¡para.astedl
u :imo,lballlarf111t1·

muchas :ai,11est ro.!I maJaVlU~ iRlltb.
f ue la :más tmp:,rtaau? pa:r:i. mí ea. cuanto a Ja

m 1 'FlJ.W

t éCDlCI. ].'IJDÓD., E'lla tomó el lll!lte:rlJll di ifO.lié
y earontró llD3. ma:an-a. de llace:r 11:oa ci.aae de

téca1ca.. Él era p:rJat:t]X1lmeme oo reégrafo y :oo
e.s:taba. wuy Jotere&amp;:1.d.o en la eru;efia;oza. iRllt b.
tomó· w . traba)!) y le dlo fullll!I a.una da.s e ¡:ma.
fu•Jlllll[ baJl.arJoe.&amp;. iElla.fueJJLI p:rl□cl.pal maestra.
de técatca.:n.lmó·n, :¡:ero b.e te.nJdo·otr.u,, grao.das
Jllflue□.i:Jas a. t ra:vés. de loa ali.os,, tlUJto ea. :la. :m·llal ca.i::omo en. la daw;a. Henry LaJJdsJiwrd. fu.e :ml
.meato:r ea d:lrec:dlu1 y me e□se:ti.ó mucb.o .acerca de la música.que ahora.ut:lllw ~:n Ja. da.112,8¡ él
ve:rdaileramen:te we easefu5 .acerca.delfr.asflil , y
yo 11t ULcé eso •pilfa fa. danza.. iE:o. cUB□to• a.oo:reografl'a, creo que mi. wayo:r 1Dllue:ncl.a. fue santa.
!Orive,; quJe:o. file ooreógrafa en Joa aóos 70'.s y
SO's, batl6 ron !Paul Taylor. Tlml! una gran t:n:flueottl. &amp;obre mí y c.emb:l.ó a'lgllDD!i cle :mJs c:o:ncep:o~ a0::n:::a. de la dallZ!I. Aprendí sobre las
emoc:loaes h:ummas y oom;¡¡ hla.cer]as saJtr del
cunpo,

"ENLA DANZA NO QUEDA NADA
POR SER DfRRlBAlJQ
HOY LOS COREÓ6RAFOS.IMPORTANTES

ESTÁN CONSTRUYENDO"

,.ll....------

�mN algo, del trabs.,t¡¡¡ de José l.l:m6:o.. 'Illm blAful
teo.!lm.os 11:n curao de t re¡¡¡ meses,. que es :m.á¡¡¡
profund.o-. ea él se ba:bla. de fa. teo:r'.i9. detrás d.e
!L'lm.60. y :Jo que ella. jmplica; loo. :alumo.oSi :p:rofnod:lnm tama:ndo clase de técn.1.c:a todos loll1
diu: y mmb:lén 9.p:rende□ d3ma:s qLJe 1.on parte
del repert0t10 de iDarls Humpbrey' y fors~ Ltm&amp;o., iH.!ly taa:ib.1én un C'.Urso de nueve rne11es en
el que lo~ 3Jum110~ :raede:o. oontl:n:uar luego del
prmgrnm3 de tres meses, !Ea. Is i11egu:nda mU.11d
del ru~m e□t:reMa. uno, s u□o• caa. u□ mlemb:ro de la carnpafi'IB :pu11 tT3baj.!lr en un. •sol.l!i".
A_p:re□dea :m~s reperb:H1•o de Ltm.ó□. y ·llilrnbl.é'a
t:r:ibajsn ea. re pertorlm co:ntem:pm:ra□am i!il,\!).11e:ndo la trsdldJ!!ín de Llmó:n. Pmr J,¡¡. tsnb!l. desde
un dia. msca. nueve m.eses. bay :muchas -m:pr:10-

nea dlsl.):)'ntbles ¡:m:a:pr-o:tua.d;1Z,ar e:n la. téc:a1ca.
Los curses. de furmsclil:ln.psn Jll!l.estrm t i~

IHEi ¿lft(lidrío1.de,tilrrms :al!)m :sil1Jire su1,e:q¡erlem,I~ u imo IJllf(I fesio:!r en1l:a !ElS'(.l!Jela
d'e11Wlrmli111?
1

NO! PrJJDe:ra e:mpecé a. lm]:l!lrttr clal:iBSl e:n el e:studHll de !lWt:b. cur.r1e:r. des-

pu~s mi oonve:rtf en e:l ge:re::ate: del esmd:lil y e:ra su. HLllteate:: ·trJibaJé ¡:ara
ella. du:rnn.le mucbos a;ii.o:s. y :ibi fue do:ade restmeate a.¡:¡re::arli a mse:li:a:r.
Ya•e11rst1.e.'baJo !lll. d1recc:1ó:a. y e: naContr,9JJdil m1 p:ro:plil· e.ami.no. Desde: q_
ue:
llllCJé la. tscue:la.de: n.untm be: trarsdil\ e:n :o:us clases, de: ser ·caa. apegado
c@:mo be padlda-a.la. teoría.de Llm~□..li:110•ea dtJere:nte almwlJD.jearo de
l..lJJJÍ!·.D.. iELballet y. la téc:nlca G.rabam e.stim.ba5ado.s e:n u□ wci:bularllll de
mwllllle:□.to, pe:oo. l.1.mó:□. se 'ba_sa. e□ prlndp:Lo.-; e ldea... La téc:ntca está
·twiada. ea. l3. resp:l:ract{rn,. la. ¡;t-Ca.vedad wu respr:.,;:to al cuerpo· e:□. mav1ml.e□tl!l.

ül'. que trato de perma:necer tao. allegado OO:IDO· puedo a esto.s
prJ□ctplwl e:□. mu cl!i~es. Tla□1.b1éa. euse.lio a. los wlllli□e~ có:ill@ eal!e fiar
Limó.o., "feo.g!il taJlere~ e.arla.veraoo·; ya.que u□a vez q_ue la. téco.l.c a LtmhD
está. ea. tu ruerpo, e:□.t lll.□.ces tle□e.s que ap:re.□der cómo eu.se:iiarla.a •otrm.
nmbté o. e11&amp;:!áo•a.:lol! mfulD!)S¡ có:ml!ll rocarpaia.l:ia dasea. c uando llegué
a.'NUeva. Yo:rk era. JDÚ&amp;l.co en las clases. de danza. de l3. es.cuela.de CunnJa.gb.ua.,, Grab.am, Ll:mlii·JJ y el J©ffrey ilklllet, era. mml.o:ll acom_pa:á.lllite de
danza, lo cual hace mils f.ldl para mí msefur a. los rmislco.s c6:m.o ·tocar
:p,3ra.las dases;. a&amp;[ que en. realidad etl!Seá.o•mucbas o:I&lt;Sa!1 dlfereotes..
IH!Ei !Elntllónce5 su ,escuE'la ,fe,Nu.ev1J '\i'1111'k 4'i'frcs :e dlfe.11emtes.,o,p;i!lllóne:s.pa.ra llllós
lball\al!l'nes¡profesl'ona:le5,. no,só'hl ¡parr-a.:ser 1110, ball\arln, iS'lno ta:rn'lJ.lén, para ter,
,un11ma.estíli'll)1 tPo,cl1tía d1u :hr,mo:s ~,!!lé tipo,d1e ,sursos tl'emen,en h, e,cw~laii•
.A'Cb En prJ.m.er lué3r teoem.M clases durante todo· el afio, Tú. puid.es ve:alx rua]quler d.ia.del a:fü¡¡¡ y ·til.!mar um.clase de !LtJDÓJ:t. puedes as.tstlI par

_ _ _ _ __14
_.

un dfa; una stmall.!I; Ull mea •o ·un ah.o. Tea.em.o s alwan.ol!i que tstudJa:n
co:n 1Lo:sotms tod,¡¡s los. dím. al&amp;J.nas :pe:naoaa; que VLo!:a.en uoa. vez. a. la
se:ID!lm, Hay muchos ba.1lar.lo.e.s prafus.10:0.ales e:n Nueva. York que usa;n
la. té=ol.ca. !Llm.é n cO'mo eatre:nam1e:nto para. ma.ate:ne:r.se eo. fuIDl!I, así
que to□1a□ ·una clase aoteB de k1s en&amp;ry0s;· es.:: es el p~alil!I. de dase.s
abiertas. Tambléo.tereJDos talleres caroos dura:n:te e1 ali® J(Cl.lraO!i de trias
se:ID!lms. eo. el. versa.o.. o blell; tn dlf.e:reo.tes. mom.ena duni:nte datio,
•bz!Jecnm cuml!iS de repe:rto:r.l.o de um o d.os sema.□as; en 1m que eru;elia.-

neo dm.Si semaosSi de dunclónylosteai:m.os ea
el ve:nrn.o. Por ejemplo, desde este stim. teae:m.os
·uo.il.! ea N·ueva.'York. uco m Austr.19. y 11:00 ea
Cs:tl!ld~. lo.s 'leoem.oSi e:n. d:tfere:ates parte¡¡ del
lDIJD.do ads.slio ps l'll. fo lm!lr :a.las pers.::IJIB.!1 q11.e
está□ iat,m;isadas m l:a. emiefüaa:z.a.US!llld.o,est9iSi
1d.es.spa1r.a camblllrsus cbses.

ADt NO.

IHE eILa, ,e!51lrad!!lrra g,ener,all11l1e la ,es.c!!Jela :5411111dlferenrt:es. c,ur:s;as con, dlfei&lt;en:tes.•ol!!Jetl:VOs.

ADt As[ es. es Lma. escuela. p:rofes.1.o:o.al; :ne ·una
uo.tver~ldad y no te da ese Upo de título.
li1En¿_c:Juláll es.~a tiJ¡!llllh!in ~~lbr:e la.el'!J'lll(lóm 1ge111e-

ral:y todos lh,s cam'bl05 qµe están ¡presentes.eíl1l\a
idanzw de lhoy ,m dfal ,¿Qa~, e5. do 1q111e, opl'rna. d'e l\a
danzw •ll11ntem_p11r;áinea e□ ta.,~ t,uaJ hfa.d'l'

realmente una ¡t-Can preguma:t vamOJJ a. e;s;tar aqui msta. el 11JJLes (~).. creo
q_
ue e .o. lie □era Lla. da□z:a. mod.e:rna. suJgl.é· row.p:L e.o.d.© la. tradJ.clóu y enoo:utrBJJdo nuevas
for:mas, y cada. ge□era::1.éu !le 1!1. da□za ooutemPl!ll.rá.□.ea. guJere romper la. tradldé:□ de la
ge□.erad.ó□. prevl.a, A.B.l. los últlm.ol'l So atio~ :blilll
estado basad;:¡,s en el ro~plm1.e :□ te. Nt,s,¡¡¡'tro;i;
de,::toi;¡¡;i;; ~ t . e d. Aho•ra. estamos en 1lD
Uemp!! en dque t.od.o ha mil.o "de:O'n.s truldm.':,
nA:l qu.eda. llllda. p¡¡¡r d&amp; r.lba:r. Ab.o:ra. teaeo:u:i;i;
que e:m:p.ezax a. ce:nstruJr otra. vez. con nuevas
est:ruct□ra'l1 . Estoy ~rJb1e nd.o un llb ro aO&amp;Ca
ADt Jli:sa. ei!i

�de ese mls.mo, :p:rob.le:ras. m el e:n.trem,mlento, 1_:Gra. l.a. danza; cusadD ted.ss las estmcturm;
ban.i;Ldo derrlb3dss, ct1sado tooo es.posJb]e eo.
dams, e:atlllDOi!.11 ii~ÓIIH!I eat:nmm 3. uo. b.aJl:u'.ia,r,
¿eómo ~e eat:n!n.s.9. unb9jJarlnpar.!!hsce:rtodo,.
pan ser muy técruro. :¡:e:ro tunb!én para teaer
la. cs.pa.c ld9d de ser rot1dl.snn. fne:rtt"!,. vlitt1er:ible: 1_:Gta. s hacer pmrettrsl, fí!!IO ta:mblé:n. :movtm:leatog robre el piso~ El :r1rmblerna. am :mucitM técll.1.1'.'SB e~ qµ.e entrenan 31 r11.e:r¡:D en nn
,r.mcsbulll tlo limitado\ lo, que Jtm:lts .al b3Jlarfa_
!El. lirítm•e11:tre mo, q:ue es oomá:n ea Etlm ¡;a, aS1
só.lm eat:ren.sr Cilll tr~imtJl!l S8 m~t:lrn•. el rusl no
cxJ:J1.struye l.!! fneT2a o fa apms.tó:a, !Este n.o entre na.aJ baUa.r'in para.t.e:t1er na. ampWJ. :rango de
po&amp;lb:llidades. pa:r:i. bacer a.crobac1as a&amp;o:mb:ros:is, ¡:Dr eJemplo. Too.as ell!l.s so:n lun1ndas de
aJgum. fio:ana. El naba.Jo•lii:l'matlO!l· es1a. p:rlllctpalmen.re :1n1eresad.o: en las, &amp;?asaCW·Di!&amp;, realmente no explo-ra ]os, lDtervaJns de u e:mJiD 'f
em:rg;fa,, !E.l baJlet está.:p:r1cnordlBlmeace p:ceocupad!ll pm:r l a:f©:rma. pero h9y pmca V11rLBc:1&amp;n de
eangia. y 'tLe:mpo. AS( que todH es.tas l éCDlCS!!l
te esp ec:1al:1zan en. 11:a aspecrn· del JD.l!)Vimle nto:
uem:p¡J·. espai:iD y energía,, Es J)]:t esD que croo
en la.lmpmna,at la. d.e lia:téCDlC3. [.'IIIWD ('Cí.DI empo:rá:nea, p orque entrena el l'.u.er[Xl) de Igual ma.nera en U.e:1Dpe/ rltno•, ~&amp;patlQ/ :funm; y ea el
Uf/Q de ]a.ene rg[a,ó
iH.oy. &amp;I ]og coreógrafos aún E!.!ll:án lt1tet1tll:ndo d.e rrtbar aS1tructuras; m i.o e11U:n nrp:lttend@
l.o mllrrJdo en el pamdo, Plmr ejem,p]o. boyen
dill en Nuen 'York ]o¡¡ ex:perlm.entm de sJguaol\i coreógra.fus en reslld9d son lolli m.lsmM
que ,ocur tleron en fa ¡urunn C\IJ.urd!·en Jm:, 61ITJ\s.
[.o{li 011:reóFJrafl!l!ii d e b.my no se dan cuenta. de que
est~n re-p'lt:l.e:t1do ]o que 11□0:!dló ba.ce cincuenta.
ali@. Algu,nli.\!1 co::raógrafos Jó.vmes p1ea.sa:a que
qµ1r.arse ha. ropa. sera. uaa. ¡¡:ran declarac:ló:n de
pr.Lnt1.p101;. ft!lte ctacue:aca años. ruando la.ge:nte se quné la ropa sobre e.l e&amp;::i'!ll!lrJ.O. ese fue un.
gra:a p:ro:auJ1c1sau.ea10, pem ya. :ne m.flsó Ea la.
dama.no qneda nada po:r ser derr:1bad.o, Hoy lolil
coreógrafillil llll);i&amp;ttancu1 estlia. co:a~t ruyende ..

podamos scoad.er atodo, IJ!medlat11JD.m te. Pero,es un llllJIJ!I de clo'bl.e :flfo..
TDmb.l.~ e~ ter.ctbl.e p:1,r que fa ¡tmte h.o y eilá es.da.vez. meno,~ dispuesta
a 1!,'3sl::ar m ucbo,t l.ecapo l! o. ).as; OlfflU\ la que pro.voc3. um.fa,lts. de profun-

didad .. :N'o se d:an rumts. de que pma.:real:meate p:ro¡tresar tl.eam qui 1r
·mfli. s. fiirndw1,. Ueaen.que petmllnecer ea sigo du:r:u1te mucilo tl.ern.po. li.s.
·teC11nlogls tnfruye enJa velocld9d s l:a que estsmlilE scMtumllrndm,. así
que e; dlffc~ll :p.sra. :la gente de.ssceler:rr :pan. profu11dl'l's:r, :¡:r;rrn lwerttr
tie mpo, iDemfo:rtnaadsmente Ja. velocidad puede bacera.os wperflcl.al.M
en nuaS1tm•en.taque d.e la. vJds,
HE r ¿Qu'é pierna 1usitelil :aiaen;;a. d'e,la. l n'fl'ue□,1..a. ,de 11:ai ,1aalmur3J ,@
111111¡¡¡ forimttlón1
,e11 l3Jd'.anza1 PTJr f)emplo. rua:ndm,se 111alelll! ser lball'arfni. llill ,oottt1ir.a.:y l:a,e(fu:,eirolón1de llil! írum'lll'.a,.,l(tU:ál ,E!§ f.a lnflaen(I¡¡ SBblll! ti[ c,UailillÍIIJ q,111ler;e5 :se:r lbal!1::rr[nil·

A!D1Yo creo que la. rllltura.yfa mmlllB.n.enen. untraneado·lmpa.cco,.pa.ra.
·t11.en y :par.a.mal. 'rnda cu.lru ra u,n.e .aspectos buenos y malOB. ror eJem:plo.. en Jap¡f¡:a. rndmi so:n muy se:rlDB.ace:rca.de lol'i eiitudlo~•. li..1H 'b.aLlarJDes
tr.abaJ.Sn d.u:ra•. J:legan a.t lellllXI·. tr!iba.]lln pn:r cuenta. p:rop1s. y w n d!!c:LJ11Jaa:lm. !?ero EISla ·tamblénpuedi se:r:res.trJ.ctLVO. Al.!ll.mas veces no h_ay
1:lbe:r12dpan cocaete:r un error.. ifJJos, s,.1en1e:n g,ue ue:aen. que b!lcerm -corm:nm.eace ':. Así q,u.e :rweatra!l g,aaan en es.car reaJminl:1! co:ncenc:r:idm.
al,g1mmi ve:es, plen:le nla.lLl:ertad de tnteatar a.lgo nuevo•:¡:ma.e:cpresaL En
o:tros pa1ses ba.y :roud:ia.l1'bercad.. :pe:oo•m.eooo d1Etpl1,aa ..
HEe¿cu.ti lila.:sldD :su ex:perile111da.aq,uri ea IMéJcílm,,.corm,mae.cm,,,í'lllimiu::rea.-,dQr, ,i;omo l!lfofe5l'ot1al~

A!D! ilie IEDldo mucba~ exp.arlenc:la~ g;enJa].es e:n Méxloo. :Me puece que

lmti elitud,lanlEB están m.uy aa&amp;IIJ.IS!Dll¡ por apreorler, Ueo.en LLll!I :¡:astón
con la. que e.ll maravJllow tr.aba.)ar.. A veces a.o• ti.en.e n. la dJsc1pllo.a que
~e :a.ece&amp;tta ¡.-ma. segu1r .a.delante, pero detlattl:vameale .aquí hay. :¡:astón
:por aprender y por bafüu..co:ia.o•co:reógrafü lle eacoat ra.dmiJo mts.mo t:ra.ba.]llo.do· oon ballarlo.es,. tleaeu mucba. .P,!lr.11'.m. w :o. wuy e.,:preslws y lea
gusta coll\fuUr.se ea.parte d.elp:roceiSO, For ejemplo,. VQJ°l'fJea.do•alc.ai.o de
[fa.¡:ón; ello~ barlau exactaweRte Lo que yo d:1,g0 y ba:áan iSIJ. :meJe:r e!i.fi.JerLOó, iPerli!I alguaas veces ao &amp;eJJten la. liberta.él de la mar L
o q·ue les dJgo y
e:a.coot:rar algo :auev.o•; de ea.o::mtr:i:riSIJ. p:ro·pl/!I e:xp:resión en elmo.vJmte:n·10.. La. e::tpresl.ó:npenoaalno es tac. gcan:le enJapéncoJ]JJ)liJ ei, aquJ, p!CO
eJLm tlea.en :más .:'U~dpltna, !Eso·mnduce a uo.a. e:icper.lea;::la.füfe:re:ate pua.
mí. al coreografiar 11:n :au!:'!lt!l trabaje .

ME, .lQué,¡pl'ens¡¡¡ urt:edl il.Cerea.de 11.a.lnfl'u11nfl:ai de
1~.teenol'ogfa ,en l'a d1tnz:a1 Soll!re llX!io c,uaamíto se
qclle1re ,emsefüar. ¿,Qué,¡pl'ens¡¡¡ acere:a.d'e t11d'a eS11:3J
b!1an1SIO!Jl3l ,en11mllll!5till'O,11i11Ut11i10 lill!l)f en1lilliilJ· ¿I n'fl'm!f@'•e:n1B3l enScelfianza ,lile llill d'.anza1
Al!lli notluye

en llls :peraonasi. raJJ1b1a a.las per-

so:aas de uaa. :1113nera. iwmmb:m!l.11 :porq,11e too.o
esta al alcance de la.:man.o. Es :mHrmrJJLo:;o: que

,,..16.,..•_ _ _ __

�Fernando
Payán

,'l a 't a'r'e,a d,e,l
uct or t.ea t.ra1
l

f

.

!

· ]

_ _ I. ·

·.

!

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1

Por Gr,etc:l'ilen Corités, .S¡¡:¡ias

a. :Ne:ntura ro-mem_ó. el lune~ •'¼ de mar-

ca. y el. a.ce:rv.o de nuestra.m.emnrJa. se reooac1-

zo m11y ·teaJprnna: alumm:!15;. :n12estro.!i y
creat:iws estábamos sos.1.osoo. par ili:iber
:má&gt;s! de Ja. produo:1ó.-n ·teatr.!il y sbi estaba. un.

l1ó ro:n palat1.rm ol,;J.dadas y algunas fiaiSe..'ii que

nombre de co:mpJe:x:160. midla. o:m las ma:ooo
e o. Jo¡:¡ bol&amp;lllo.i., callll□sndo de un lado al ·@
tro

- un prmdu.ctor a:nallza. o presupuesta.
u:□a. :puesta. ea escfll!I. ea esfl® realLsta.
o co□:•,reuclo•nal. p arque liltempre se:rá. ki
m.á&gt;s! cum cle reaJtzar..
- La. e:tlcacla. y :re~pons.ahlltdad. de loli
:togreisos y egresos ser:tu del p:roductm..
-•Un p:raductlllr l eva.ve:t□te paool'l delante de :m creat:t!fos.
- EL p:roourtor y el dlrector crea:n. a. Ja.

L

del &amp;111.é n: e:ra. FernaJJd.® Pay.áu. esoaa.ógram
rel'oJJocldo :na.e Joaal e l□te:rw.cl.o.:oaJw.e nte, T
e o.tooces, .re dJo la.lll!lgla. v..lsluwbramJre en 11w
:P!llsbrm y sa.écdotas. eso que Clll□Ooa□11!i1S, c•o.:mo
=pastón _por el.teatro•..

_ _ _ _ __16
_

Eswcliamo.~ la. JQlabn. "'_p:r©dui:cl.ó.□- y. retornaJl las 1111ágene!!l: esceoog.ratra. veatLJarlo•, maquUlaJe, Jluml□a.cLlli:n. ¿Pero cuál es ]a ta:rea. de
u□. producllilrf En. su. cle tl□.tdó□. m:is coloquial
es:.h9.o&amp;, :reaJl.m r.. iPeI'l!I !5&lt;t al:io'ndamo¡¡ u;n. poco.
es: •obse nra;i;. o:rgaruzax, di legar o ge11tlo:cm loo
:re.:un!1ls,; y aím máA pmfundi!i: ge:,U.oaa:r ,:Jj5efio¡¡ creat tvm. paxa.una puista ea. esoe:na. especifica. 'Fl!ldo•mo puede escucbar.se polilblemm te
m·u.yadtDIJitst:ratMZt. SI.o. embargo el mo~or que
m·u.eve e11t!Ml h:flo,¡¡ !itlgue lilt nldo el m:ls:m.o que
hace .&amp;lglos. Como d.1:Jo el 1113e.stro il?a.y .m: "El
que estil.:1:afects.d0 de e.sbi!lque eaelte-atro•ya. n.o
t!e:ae run:.se llama.pa.!it1lín'".. Yo creo que fSO· es
Jo que mee que ]a:tarea de-u:apro.duct·GTse.B.tan
e tl.c:az.y pueda.a.:I e la□tane a Jas JJeces:Ldade.s del
:m.o:ataJe, que te:o.¡¡¡a. esa. vlstbn.. Lo Interesante
de alta noble pr,ite&amp;t&amp;n es qmz el pro.d·ucto:r se
comrlerte t:n un medla.:l.crr e:ntre el tiempo., y el
dtoero,
El taller fue Impartido de :manera llb:re yf'lllll-

cm :re¡gi1ló·el maestro.:

:P!lr.,

... !El éxito di 1co.•:oce pto y Ja.estética.de la.
puesta. e.scé□Jca, es del dlre;:tor; el é.,clro
eo:móm:l.o:!· de la p11eiSla esc:é.alca. e.s del

pro.ductor.
La. &amp;J.:Erle:a.cla de Fema.□do Psyáa. ea. dlfere:ot.ea ·ieat ms mi.::10:aa.lea e loterm.c:l.oaaltts. m:o.
pram.p uest!!IS cua□ttl!!&lt;W!i y :p:recarJo¡¡, y equJ,pos
pmfes.l.o:□ale. y :o.ovatoi., a&amp;í co:m.o la. :OO·:tm!I. y
foJIJllll.o: de su. traba.jo entuslas:a, 1105 lo. oo:ofl cma: la. produccLó.n Inicia. cuaJJdo•emp:Leza. el
proyecto•escéalco, y va de 13.ma.oo co:n. la crea.ció.o. y ]a. reallzacl.6:n. El úJtJ.rno d:ia. dl!l'laller, d
B de mara.o, el maestro il?a.yá:a, ccrn las :manos
en los bolaíllos, cammaba.de un ]ad.o al otro d.e1
salhn. :i;en::lble:a.df! e1 :ftn_l!l, :rnleotras D.0:S!l!tros
~lamos stdientos d.e esa :ambmsf:a.

�Maestría
en
.
d 1recc1on escen1ca,
■I

,

,

■I

la primer generac,i ón en México
Ei1mt1reyi\s,1a a Gilbeirto Gu e rr,er o 'm

HSÓlO HAY DOS

TIPOS DE' TEATRO
El OUE ESTÁ MAL
HECHO YEL OUf
ES'TÁ BIEN HECHO·:

Hamo IEi!iC.ernli::aSi M:ae511m Gllberm,, 1u111:a lile, ras,,;;arfmsli!l\aliles, más, i§lrarndes
al :amollda11IQ en1este 'Segun.di0 f eSOliVa'I lile, tas,Arites,Esc,énl&lt;;as, esllil! !lll!oleme,
aper1Iur.ary emir;ada,1iile l:a,¡prl'meira,;eneir,;u::ló111,en1l'i.llTIMSClría ea ,cllr.e~l!l(m de,
la E,NA'f, Riealrnem:e lhaióen,hl'sto,1b,en :sr111 es;suel'a,. n!li.5 ¡pwed1,e»e11nte:xrtu:all~ar
en l'.a sl:taad'é:n, ,de llill maestr,íill iJ.Hlli' ,qlJlé, EN\kT'?, ¿;;6-mo :sa,edl'ó'?~ ¿qlJlé,~lene,
q;u,e ,e r la 1?"11!seme 1maes1,ril:a, u m ¡u¡,wel ¡poogir,amai,cile dlireed!in ,e111la, ¡pirilrn.er:..s dé~;as,;lile, l;a,o:il5ilencílai d'e [:a, ,i!S(l1Je!l31'
1

1

Gllbert11,•Guer,lll!nt Eue110, eu el ccmtal!ril es muy 11J1eresante p:uque yo,
soy alumno. de la,ólttioa.gaien clb!ll que estudió,dJrea:lón en fa eicue:la;
eat:ré en el 'l'l ', e:n el 'lB :oo eat r6 :nadie, ereo que n o .se convocó, y en el
79 Si!!. decldJ6 cerrarla par completo; entr:i. un nuevo pla.n de estudlrns
mIDduJa e, baJ® este esqam.!I, g,ue estaba can muclto, m puJe :a :ftn.alea de
los ati.o.j 70, y desde eotoJJC!:!8 iSe plE:n¡s¡i, que es m.eJo,r ba.cec ·ulJJI, ,mae&amp;tria. ~por quéV Est:i,faJlanibo, to:m:pletameate el pJan a,n:tvel 11.ce:nciatura,
,,..
17_ _ _ _ __

�Nosut rru;, e:n. aus:ro plan de estudio~. tudsw.e :a.o,·teaf..!lllllM1 el nivel de
llce:ru: latura. a.pro'bad.(J.. eran estudLll!IS eqmvaJ.e:ates pero• n.@e::cw:ía. ¿q,ué
e~ lo que pasa.lBil l!.fl3 mu.cba.c1Jni;s. de la prepa.ll!i) podiau dldgtr. a.@te niaJJ.
loi; refe:reates suflcl.eotes L=Ql3 ba,:erlo, ·'t"o recuerdo·la. deserperacMi·n de
milll!lest ro, de dlm::c:L6n de t i:rce:ro,al pmguct3.t: ·in cono.om tal cugdr o
de] Greco, ,o. ·ts.l. másica, o, la. p!licuh de iElru1etnste1J:11• li.3. gecte e~uba.
e:n ceros.. y !R:rlil deda;, -~có,m.o•va.n a dJ:ngtrr•.. YO·croo que e:so•ar.llló al
clerre de la.c.111.-rera, ade:m§1&gt;,, e:u. aí(uel e:o:Lo:oces. hi eiSCUela.est.iiba. e:n •otr•o
m.om.eatD, p :rl!:¡:ar.ln dos, pin . cmIV&amp; tll'i&gt;e en uaa. ve:rdadera. lmttt·ucl.ó:o
de e:l.u.ca.c:16-11 superior de ple:ao derecho, pzro justo e.st.!lba. en esa. t raJts..tcl.óa..
IHtEi Eillltllim:es. tairríbU,n ¡pane,del c.@m:ex:t:o ,es ,qlJIE!,em el 20:m.1. (l!la:nd'm :alturtm
lill pirlmera maestría d'e•,li'tlrecd6n1em ht1bcl'!;o, el!ol:ve! de, n·cenr!lat,11m11 em lllf-

1A'!c.d '6.n, t.arn;pll&lt;O•,e•xl:site. Yf,ai no, ,exl'slte, 11.:em:~anura.,e111, ,dtre~,tlm,. para, adar
1mrlo till'en,, y en, mucbos¡pa[se$ l'lasta ¡para,entr,.air:a.es;tiudl:ar llie111i:l:atwr.a ern
dl11ecc:iló n,d'e,teatro se ,exlge ed'¡Jll )' ¡pMVilM e!5'ñlud1Ei5,de ,otra mllillall'diiil d'e
o.tra imatula, rq111é,,es ID,i(ilue,idlnlrn1ue, esita. cmaes11rfa.de,,oiras. que•lli'lay ern
J.tmér11i.ill batloal IP'orqllll!' en1!Máxl'c:~ hay woa o ll'@s.1rm:aesli1r[;u má5,. pera no
e□ ,dl~etción,,es.1::éolca.y eso es.1
umo ,de ilos. prall1lenna11 más.!lrn,portamta del
11:ea'l!M em !Méxh,0; ,¿q,11Jlé111 y cómo. van ,¡¡¡ ilormar, ,lillrectore. d'e te.atm'!

e.se e~ un. _p:n:ible:1Da. serte,,
p orque de p:ro:atmuno•puede ver C:h:l.spazo:;. q:ue
se vuelvm muy Io.oocmlsteates. Hsy gente q1te
.spreode de bs errare~ muy E!lp1do; y .sl terce:r
o cuano· m.o:auJe uao y.e.ve: m.o:otaJE:iS, oo:osm:11dadoa.. :n.a. ve rdad es. q.ue n¡¡¡sollll/l ILos b.em.os
:planteado ab:rEVJar. Alglll.e n q□i ya.ti.ene exi;erJ.ea.cla. roen.o ai:to r, romo. esceo.ógrafu como
toreógr:ifu,; .11IE1ulen que y:a. Htud.16. ]a csxrars
en atrss escui la!i. Ele l:EctumteaemDi. a. ·u:iw
.Blumm. de us1ede.s, que es Mcra1.c.11:' DJ!)SID'troS
.Pell53JJlm : "n.ece:sJla. dos a.áw má~, no c:uatro
stio;: más pan e.pedallzarse",. ~Qulálli' Elli ot:ro
de los pu.nlos que nuestra escuela 'U.ea.e qw?
.sp ~ : r; fa gente qne E!.lltá egc11bteado y dir Jglea.do·enJa.auda.d d.e: r.!li!:cl.cl!I, ge:ate qui? esril
bad eado cosa!l qu.e r.!il o. :fao.d ameatal.es_. iE:oto:a:, ,a¡;, l.oi/l :maestroi; ¡;,¡¡n, !D;r;ld. o lguia, g:ujeo es e1
too:rdJnedor. 'Mauildo ,1m.éoez. y :Maitín Acoir
•GGn !Ella,tameate,

''FORMAMOS GENTE ,Q'U
. f HA CE TEATRO,
NO ¡a:uE ESTUDIA EL TEATRO':
1

GG: Noo dJsruumm.:peil.ó dic.am.ente

a.:a.o sot ros m1smDB, ten.emDS DLJ.ew s
plll:aes de estuil.to, de he::h.o, entro Is :tll!lsst:ri.e. co:a 110 nuew p.la,n de es.
tu.di• de sctusctón y un.o•nuew de e;ceaogrnff3. que e~ e,;:xmn un glm,
11n n:!plaJ1:team1eo.to com.pJem de la. escrJela.. u m. de Jas c;¡¡sas que n.os
deflue es que :f:ium!IJJJ.03 geJJle que w i:e teatro. no que e!itudlael teatro.
Nos :1_:11.rece qu.e, obvlatD.ente, es l:mpe:11:aote estudiar e.l te.atoo, pero no
e11 :nuestro perfil, :auestro perfil es de qui.enes lo bac11n. !Desde que se
cerro laCMrera de direcctón era llll!I. 3s.1g.Mtun.peorll@:n'le que ernfundsme:atal ¡;ora.e:l.p.m.. c on fi:ecuen.c1a nuestl"M alumn.o.s de 1l.ce:a.c:1at lll3 en
actua.d én dicen: =no~ot:llM dtr:lgllilo./il esta ·obra.':, y yo le~ dJgo, · es que ·us-ted.E!5i :al .s.lq,u le:ra.:al.canzan a.ve:r lo qué e:s dJreo:l.ón".. !Les pregunto:.•¿qué
hlm Sil. maestrori. esto; Jqu~ más 11. esto; ¿.q u.é cn.ás?, esto. ¿Y d ·t:o:oo y el
rJtmo y fa co•ncep::1.ó:o::/ !Eso· es dn1s.1x. Usted.es están.m cleodD·W trnba.Jo
que e.s p:rope:oe:r ::i.c ct-noes, pero h:l.y mucba m afuslóo.•, iE'!te s;. un¡;m:n.·mri.
dJgsmos qui em.un,a.as:ignsrura pe:adll!nte..Efect1va:1aeo.t e• .si D.Mmtrofl lo
pla:□teábamos oom,¡¡, u;a,11, lL
cen.cls tura, w mo· t li. di.ces, aeria. ló.gJ.oo ped:lr
una.d .e:rta e:.:periea.c::la pre'!l.l.a. un cao.o clmi ento. prev.Lo, sin e.mbarg¡:, e.:s!ll
taa:ibJ! n :m,s :paae un :P®CO·en. el filo,de: Is :n.avaJa. en t ll3JJto. 3.la lógtca de
eduaicl.ó:□. páhl:lca. s:i hay bs.ciJUlerato bJly l]J] í!X3IDE!ll de a.tml.:s:ltm y el
que l@pase lm:pat.6. No~otrm lnsllit1moo e: o. Ja. maestrfa. ¿otim.or Pane del
dJaga.ó.,st:ico•de] pmrqué, era que hay. IJll3 e:mergen.da de dJ:recto:re.s JÓ\1'e:ae~, lill cual e;.s; :muy 'bu.eco, pero b .mayorpa:cte dtrige a pa.rtl:r de •ocur.ren.c1as__'il'J.ec.en um.buena id.ea y creen. qu.e esa. buem i.dt a res-ue l:ve tod.m ..
18

ta. Uníll de :m.ls tate rese.s es que :ao .s:e haga ·llll,9
.rola escuela; :ne qule:ro que la " "' n'la .spnrn.da a
dlr.lglr rn:mo D.nrld 0 18).ún. mcomo Rt cardo, Jita.
:m.trez. o oomo ym, smmque reciba JDU.cbas mflueudari. y ad.emá.s dtveD.!ls, Juale a. esl:os treill
maJ?st:ros,, q□.e adams :rep:re:s.e:ata:a mu.e:ras d.e
bacer el te3.tra,muy dJ.!ltto'l35l e:ntre s..i, h.:ay Elent.e
l'OmiiJ [gD3CIID ~

~l"Ci:'É3,

qu.e da l a. t:l3i'lE! di! teo-

:rf3~ tamb:1.én esr.é. iRllb.én on 1z, quLe::o. ya.no cree:
en ]a flccLó:a. y que apuesta. r:or el t fllltro :po~tdramfttl.C'o y la.de1'l.llpa.rJct&amp;n del p eml!!n.aje~José
de saat:lago, que th'!ne ·uaa. tni.yezto:rJa. e:a.o:rme
;oomíll .srtlst3. p,lá~t l.co,y esce:aó~rsfo, dl:ractor d.e
19 e.s:cuels.:a::1clo,n..i1l mu.ci:li:iis ::iJim en Is es.cu.e la
de artes plJ!st1ca.s. de la. 'IJ.NAMI:· y Arlfo. ''talle,
que l!ill muy Joveu. pero q u.e w.apos tado•p@r e]
teatro·del ru.erpQ, Aqu( las tafluecdai;. .w:a tanta~ que esl:o. debe favorece?r que los :imicli:acb D:11
eiiirn,j.m dte:atrm que quJer:m. h.oce:c.
ltílf:! Y lbl!lsqueíl1su1p111¡:.lla. ld'entl'd\,i.cL .

·GGc ...Y qu.e busquen. su :prop:L!I idt ntlda'L

Cua:n.d.o DOOii)'t mi d.1.~cu.tlm.os este pl.!lo de: ei-

�rudlo¡¡ con gme: e::rtema a. la escuela. .s:e nos

hecho. elstio esoolar de la ma.esnía.es dlsttnoo al d.e la&amp; llte:a.ciaruns .. Si

decia. qui esto·es un. p.laJL deJ .siitto pa.sado•po:r- ca.da. uao·va.a )¡a.cer su. prop:Lo proyecto, nos@tro:s. le~ darem(ü)S; algo•para.
q ue ya.en el ·teatro•se aGabó· la flo:Lli·:n: "No•les ha:erlo, n_o,much;¡¡ :¡Ero·um'ba~e y ¡JquJi nes se:r!in~ E:o. el ¡;eg1J:ndo afio,
eose:6.en a. ]ua.cer ese~. Pe:rdhJJ. para empezar. de la maest:óa. ese es d slgute:nte pasG, irJ:ncularl!J co:n la.a caneras de
:n.uestr.a e:.cuela .im,ie co:osh:'ler.!indose u:ol!I. i?E- esce:nogrnfu. y ::ictu.11.c:ttm_cua:orln Jms comps:á.e ros de .s.ctu:ac1.rno y @:1101!cuila. oac1cmsl por lo•cual JLli!(S¡¡)tros :rect'b1mos ll(!f&amp;rafia.V3.D tellJllJ]Sllda. se va:n. liberaDdJ!'J. iED el Dlli!/.0 plan de e:studWJi
gente de rodas panes.,y &amp;1.aJgu1e11lle,g;¡.y ]oque l.llla que e~tá:u. e:n cuai-h;,1 a:iio, ea. ambas. l lcea.datul3~, tleo.eo. :me.a.o.s carga
quiere mQ!T ea su vida es tea.tro rom&amp;elal, que aGadé:ntca para que se ded:Jqum m!is a.au.a eD!ll!lf!'i!S y a este proce.si!I de
lo ha¡ga 'bl.e:n; &amp;La.lguLe:o qutere ha:e:r reatm clá- lcco:cpo:racl.ón al m.e:rcad.o laboral. Hubo. ge-ate que llevó ~to:res profes1co•, que lo bags.bLe:o;· y stl 3Jguien quJere ba02r stll!!IJules .sl proceso de 3.dm1sl.ó:a, a.Tomás ilwJas y s.Sm•n 1.s. F.ranco. Alguien
teatro postdramllttco, que lo haga b:l.e:n.. Yo, nm d.ec'.111:·ªU.eae s11 :m.érJto,t rn.er .aun. actor", Consegutr :a los s.c tores e:. siemcrem que nuE!.'ltra escueJ11.nene que decl.de a.al- pre el prJme:r problema. de un dlrecu:1r de escena::armar tu. eq,ulpo,. Ea.
guleo: ·haz este tl])O deteatmporq.ue es doo- algún mc.01.ellto.· .no• va. a..ser ·oblJgatorJ@ :n l pa;ra. ac~o:res nl esce:aógrafus
:o-ecto".. Yi!I·:UD· neo•qui ha.ya.uo teatro que sea. e.w, pe:ro :a.omtros e.51:ilmes apuotandai pa;ra. que acarlé:m.tc:amecte baya
el t.orrecto. yo creo, como dlce ·un vJejo amigo. una oo:oflueo.cta.. S:l.e:mp:re :k?s d;Jgo .a. m'ls ahJOUJ.OS. "llstedes tle:neo que
que:: ~s&amp;lo hsy dos. Upas de teatro, el que está oo:ofro:ctarse con acto:res. que sabeo :mrui que ustedes; el p:rciblems. es,
b te:o hecbo y el que es;lá.mal be:C:bo•". c uando iJQ,Ué les v.an a :pe:dtry có:D10 se lM van a. pedic?Nm :lm,porl.!ls.u.juve:atud.
:nl!llSOtms :aos ~ntilDJ(ü)S; J:quléaJ,•, era.:peo&amp;!IC y no·Jmpo:rta gu.e estén trente a.flmé:nez. c a.clJui o .e. iL'u1~a ffilertllr lo· que
en una. planta demitest:ros que esti:wlen .:pmfe- u~te:de:s nece;s.ltanpaxa.s;u. pd(cula lo &amp;libe 11 ustedea, ~nor
s!ooalm.ente actlva. que estmrlera. muy sólida.
muy incorp:¡xra'l.11.si. testro que se hs:e oo:n oo- 1M E', Ad'ern~s lile M6-!illeill ]li!SiO, ,egre.sad'a. lile lai !FA.E, ~uliurt€!S a:llllliMllit ,qu;e,111&lt;11,
:not'.lmtenta. ·u:n p!:OC'.O hablo,de fi!nó:m.enos a :ni- son d'e~ Dlsmr'.ltoi!F,'e!d'eir.a~K:e,p1tm111 ern es;t,a prilmer r.,e11emol6n efe l'a 1nnaes~
vel DSC1o:nal l.)l!l:rque Mll.Ur 1C10, D3VJd.'f .r.L!irtfn tríia'il'
tod!lll el t1e:111[;Q est:iJL '!fJaJwJd!Zl·. da1tdo cuno~ mcluslve fuera. dd paú;:; e:nt!!íDO!S :me: :parece que GG1Hay tt\:l!i¡ de p:rovJ.llda.entre lol'l '.il.5, yo q·ue áa aiboJl:lr 12., pero•E.r.rld
es uoa. perspectiva muy. eD.ItqueO?dora y que OIEjum, co:n raz6:n. cleda que era p:robabli qu.e d.esermran parque ugre&amp;.a11:n:a nec ss:lds.d en e;te p3isl.
Sisrs.la. escuel!i.2 :años, n.o toclii!S lo•~aatu.faa.
H Er us.!lntegrarrtes iÍle estai p111'memi ,generaiaÍlóm

d'e la mae51lría. r.od'1. 1s tl~oe111 ¡~vla edl!l€adil'i1111e:r1
itl!'atiro,, ¿es ,un 1req,ul's'lt:o o, i!iól'o e5i &lt;lil~ab'le•que

así:sea1
GG~HllJ unrequls,1t,o, que em ·te Da!![ 'UD3. l lOE!llCl3t'U13 :rela.Cli!iD!ld:a. 3 las m:tes esc~:nlcaB.; JHllrgue

¡:memos acepta:r o::m1:i!l~rafl!i&amp;; pero también
a.b:rJww las puertas a. aqueJ.lw que teoga:o. 11.ll
tftufa ·u.olve:raltarle y que pueda:n der:nm.tn:r al
meaos cuatro ados de actlv.ldad. tea.tral pm:fesmoal !Par ejemplo. t elle m!Ml s . un t ng,¡mlero,
su Utulii es de Lnge:n:le:ro. :pem tlJ?{(il qu.e: docum.eata:r cuatro alLwl de exputenda.p:ro1e&amp;to:aal
teat:ra 1, fo hJ2m y ent:ró; esa.es otra posibilidad.

GG, Cleo.por electa,, :No puede ser de otra lllllllerll, y.a. q,ue: están dlrJ¡_tlendD. tleo.m g,ue estar s.lii y partlcipar di u13.s dJ¡¡ru;;,1Jlloes.. Tal va alguDJ1s
mate:rl3Si teórlcaB p;ocldsJL se:r vJrtu9les. ¡ero, :s:I. ya.lo:11 te:nemm .ah.'i; pne:.

m.e¡or..
HE', ¡_Y ,el l111grem, Ya a ~er a:nu,all,,¡s,eme51r,altl

GG, V.:xy .s.~:s~.srme ·un 3Jlo :pe:rq,ue sd.mlJJjstratlW!Illm te Y0·qutero estsr
1DL1!f seguro, d~ m m.o resmlw do . No, qlllem 9:1:rnjt:lr lrrespoos::ihlem.enle
a 1JDa.iSe,!llln:IB. ge:oerac1&amp;n antes de re&amp;ialve:r el segundo !l:li.o, Des.:pués del
segua.do•ati!Zl por aupueslo que vamoli a.co•nvocar, y a. partir de eolo:nce¡s¡
ml p.ro:poolto e.s queS!i!. oo:1IVOque cadaaf u).

r,,áJn1urnapue~1tai,11m mQJam111. ¿bará,cada,ql!llé1111su

ME, l!ill udhas. ,griuil!t!i y emlii111rabue111i,1i p!11111'j1 U@ reafmente, polilellllOs &lt;lilec:.lr
·nl!JeSilr.a. liT13.ffl:líí3!",. ,en el :se111~ldo d'e q,ue lo,s iteatms d'e,1!1!1~ 1i.xI □ec:eslta1111
fom:lilU~:ar l'@:s,ei11:udlc,~ ,de, dl r.ecdón, !Eso,de lhiKi.erse•en la¡¡ t.aliilas f,u111clJ1111ia,.
pe:ro !hasta demto 1111omenú: entom,es ifelli:ld;ad;es,'f •i!lllhoirabue111a.

p111p~¡p111e.ta1., ¿q11ilénes.~111:s111s; um1,p;afleros,ac,t!l&lt;res.,,es~e1116girafos,.con,l;os.qµfl varn ,a tra'baj;ari'

GGi Gr.idas.

1H E'n E□ ,est.a.

prhnera 9ílmer.af l.6a ,que lllsted'es

:a.c;epta1rcm,,. :a'I tltdlarse,,dentro ,de ,dos :al'IIH, 2.f:la-

GG3Ni!!·tOcl!l)Si 1/3:D. 3 .ha.ce!r UJJ.3 puesta.eJJ. l!SOE!DS.•
eas.es una de 1lllil :p:reocupa.clao.es.
li1 Ei 1,Po.n:¡ae,!hay q,l!le tlrnand;al!fos.1·

GGi Hay. que fl:oancl.a:dati. ita escuela Uene d.os
teatros y lDs dm están destLDa.dJJs 'l:Gslaim.e:ote
s.la.p:rilcu.ci..aa.détDIGa, :a.la :rev.Ja1ón de te:mpo·rndmi d.e1:p:roo u.c~o, sca.d.é'm:lco, de !:a escue L!l, De

,19
....------

�~ t'áw

dwsllñt4!

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o ~ dt!t aaw. ~ .:lf,t1hh,,o. PAI!.

El espectador

profesional
D

eot:ro dellll!lrco de.l 2"' if:est tvsl 'IJn;lv!!rsttarlo•ds

13.s. Artes ~

:ni-

ca,i de la trANL lllibo ·t :a□to :alumn,ms oomo, :mautros e:rtl:'3:□JE!TM
y se Jmpartle:ron dJVE!l"'SO.!! y e:mtquecedo:re.s ·lal.le:ra. de dl~Uota&amp;
ramas teatra.les y. damíl.ttc:as. :Los m.aest roa y alum:1100 p:mve:oten·te.s di?

Costa ilUCll. !Bt'3sil, Cuba, y po.,r :parte de :P.Eb :Lco: el D Jiiit:clro Fede!'lll y \'e1'3.'.'.rlll.¡ e:□ :rep~ota:l@:n de la. ill'íttn; la iF:l.cult ad. de A.rtE!.!l !&amp;!x:'.é:nJcas y

la. Escuela.de Teatro•de la Facultad. de :r1lamffa y LeU'3.s.. ID e la de legaCJl!n
cuba;n.a, el :ioaestro Osvakl.o cano. decam:i• de la Farultad de 'il'eatm del.
Iost:ltuto Buperlo:r de .u-tes m iLa Haba.na, Impartió el taller:: "'.La dram!l.turg.La dsl actor•. tenhmdo roma p:r.lodpal :propósito el tr:ibaJo ·trorJco.,
del :.:ictm:r. eafrnd:nrlJiiiS.E! eo J3 trlrllmeruJ.aoalldarl del Jl'!rm MJe:· l. &amp;u;.
ca.rncteris11cas :tls.lcas oo.mIJ :re m :(;'Gira.el act®r: e;,rpres.1éa.c,:uponl mto11.ca. facial, J1West:igacM1n de :movtrnleot o. Dl!lqulll!Je, ve.stu1!1tto, p!!llllldo,
.a.ccesO'r.l.os, etc,); 2, s u. &amp;oc lolog(a y c1mte:xto. ea. el cual se de.sarrolla. su.
est:.:it'us.; y par último. J . SUnl.velp,;l.col.mglorr,. dnn.de s@ ex,Plm:im los t raumas. :feb1as. !f &amp; per1e:nc1as qu.e Jtan determ.tnado ba.manm .de p::aliiu del.
penoaa.je. Es p !iir m edlJill de ]a e:xplorai:lún de tales pl.ll□o~ qw,: se pue,;1.e
lo.¡;rar ·un trabajo. fru~t(fero pa:ra. el.actor,

.20

�li•l'amo !ES(;trnleuS? MtuS?tro. ¿euál',es san sus prl n,fil,pal'Es ,11eCJ,pac.lo111es ,r,onno
med'ritko y u:ima,dl re(Jt 11r,de,ll21Fawl'tadl d'e 'Te·atro, e:n IL.I Hia'banía'il'
051;'31'1!1'11 ,f:arnoi Smn mnch~ como d.ec:i:mr, vmy cumpll eodo, los 4 3fios de
roa 11dati;,, oo:rnm proie:,1:ff te□gp· u.:□a. expe cte:nda u□. p¡1co wlis Jaq:3.• me
i;ral.ué del proipto•llostltuto s11:peII or de Acte~ e□. el Btío•1!982. y deBde ese

m.omen.ro lle CO'mpa:rttdo•la d:oceoJ:111. o:m 0'tra1:&gt; actlvJdades en el teatro.
Ea. c uba las cLn:1:1J1á:aaclas :oo.•so.n las más e.spléodlda~, st:c. t mbargo !Se
t rata de un :paí.s ex:traordtnarJ.am.e ote ge:1teroso que brJ.nda.a.sus estudJantes grata:ltam.eau :oo sólo la.edu.c:acióJJ, i.:lno tambtéc. su manute11c1.6n. su
allmeotactó:o, su resld!1!Dcla. e:o el cs.rod.e que :o,:; :.eao.d.e Ls.Hll.bana; servic loo gr:stj¡;¡ de biblioteca, lotero.et. etc. L!I. l.3bor del dee.sao. s.e oomrJ.erte
en un reto. enalgodlficll,. pero,cr-em que bi!IDOll 01:mseguJdo a:1mID!ll.11 s.v:mOi!lii en n.11estra ualvernlil.ed, partlc11larm.e:nte e·n. au@tra faculta:!~ 3.Vllnces de modo cualLtatlw a.pan1r del ~o:urmatn1.eom d.e loo. pls□li!S d.e
E!.!ltudll!!l, 11lte:tre111c1én ron !Zitl'3~ UDLVI! tsld.e.d.es., ¡xroyeo:lé n del fe:mval d.e
Las artel5;. ta.cl1111i1.6a.de l?i.fiatlilta.d e:a eve:at1rn; n.o .oolD•te.atrales. !E53. es •otra
ram:a. par la..::ua'l :me eacue:ot ro•adi, en la. Facultad. de Artes Es,éalcas de
LB UANl., po.rque dentro dt ~ lcte:reses est§.el de:p:roye,::ta:ra.laua:tvers.tdad. y nlacli::marse oon:aui?stt11s hom61Dgll!&gt; de: Amé el.ca. Latlca. Abora
fui ge:ot llmm te tllV:ll3do, po:r 1a mseliltm !K.llr las.Esq11Lvel a.:partl.c:Lpar en el

~t:Rf'O. JlJN1fJ CON BEBTOlT
BRECKI: QUE EL TEATBO'ES IJN
JJISTBUMENTO'YUNA HERRAMIENTA .DE
TRANSFORMACIÓN DEL MlJNDO':
1

2 • FertlVlll 1l.1:nl:1/'e:r&amp;ltar1o de las. A.ttes. Escéolcss. OllSS. q□e agra:lezco. J.f.e
aJegrs pmfu.ndsml!cte I.Xld.e:r e:11ta.r sg,ul, oom,ps.rt:lr con estudiantes. oon
¡;¡rofesmres, 01m c,olegai. de otr:is u:n:brernlda:les, iH:e Vl:!rudn con uo. ·ta.lJ.:!r
(),lle tra'bsJa la.COJJSltru.ccLón del :i:e:rmm .]e. iBS un taller de ]:twe.'ltll!!SCtó:n d.e
ro:tte fu:ad&lt;lm.entalme□te t e.11.r.ltill. a11J1q.ue en la :p.rácu.ca .está:n. las l!lbo:res
qae Ue:ne:o q,ue haO?r lo;; estudlaotes ua.a vei q·ue ad.guLe:ran las h.erramle:lltas de :l:DVestl¡;acl.ó:c. p;re,rJ.es al p:r:oce.oo de macta.J.e, para.la. CO'JJformac.16 n o fl.!!IDn®m.'ia. del perso:naJ.e . Hemoo :Id.o tr:abaJ3lldo con d:lstlntas
té::nicas.,. dJst:latos autores, para. esc.la~e:r el co:njaoto de le:a,guaJe.s que
oo:ofarman el espl!Ct~culo; be:DJ.o~ acudido .al t rs ba.J.o E!D tomo al ·testm
Ol!I.DJD· un sdstema. de slgaos: P.etllce Pwl3,, iRtc.ba:rd Mo:□O't; s.111J gr11p¡;¡ d.e
su:tx:Hl!&amp; que nos nn sporta1td.@a.rDlll&amp;de anáJIB:IBen oc.eslon.es no, @nct3:m.e:nte e:otl.l:ldas1 al perno:naJ.e t eatral. pe ro qu.e ruede n rse r aptlc:ib111111. Es
un taller q,ue le~ :pu.ede aparcar a lo.~ estudl!IDte.s un :poco·m.ila de pro.fund1dad. a. la hnra. de escru.dlliar en la&amp;cara.ci:errsucas d.el i;erro:aa]e. en sus
mis terios, y 11:er miis capu:es de dialogar oon los dtrectorei,i e:n. la. pue5ta
en e.!iCel.l!I,
IHE't De:nmi ,de :s111 ifonmadón1, ¿qlllé, fue

tlo q/JE lo, lm,ll'nó, ba.t lill lo teórih,o del

teat m y 1nm,lh;ad a. al'g,o, prácitlr.11?
OCr iDE!!Sde :muy

:o:lf.io. fu.1 ·un l.ectmr ss.1dun: yo. era d.e esas. :pernoJJas g,ue
aprovechaba. c:ad!l 1mll3.n:t.e p3rs m1.9oza:r a.Ls.l.ertu111 d.e algíin 11b:ro que nlil

't!!:ni3. ll!lds q11e ver oo:n los. :p]3J1e:11 de estud1mi,
s d.e:raás d.e leer.Die s.gue.11.o qu.e @sts'ba. con ,obll8,'9:torledsd @
:ntre J.og det..:!res de 1011 sstudlJlnt@ili, ~ que!iba J,g blb:11otei:a. mu:n:l.cLral c.onstsntemente pJ.dlea.do llbI08 r;ura. la. llctullil¡ hubo
u□a. Jncll:□atló:JJ. muy clara. fD mi.. ·y;¡¡ dj8frulo
la. profesl.6:a q11e h e lle'l!ll.do ad.elaJite ea 1'1. vJda.
Realmente me da un placer atraordln.arto· la
lectuxa, la.~ tlg.sct6a. la profuadt?act6n del
conoclm,IJ?:n.ro teórico. !He estad.o ro:o.staate:m.ente Dl!ITJdado Ol!•n la práctl.cs.porque e a.todo
:m1¡:,:iue.oto• he tr:i.bajadD· e:n Jll'OCl!S:O.ii c.re.atlws
de gru.pl'IS teat111Jm. iH:e t:ra.l:raJ.ado CO·IDO· dmrnsturglsta de difi:!reotes gruprr,s.. •O· as1u:cnjJ!odo
:la cl'.in.ca.de espectáculos to que ·cambié nfo:rms
pane del proceso creativo. Todo crC'aoo es. u□
!!S(pectad.or eapei:lallzad!í· o un espe:tad.o·r profes:lac.al Ji.a. tlgu:ra del ctítlco es la. forma. que
tiene: el p1l'bllto y el es,pectsdar de d.evo.l ver su
optal.6:o, a.los he.ce:lo:re.s,. a.:los ere.e.dares de los
es:pact:kulo.s.. Me cOOJmdero 1aclu1d.o e:c. el proce.oo c.reati.vo, me ooas.ldero t3lDbl.é:o ·un creado:r que e1'l parte de la :práctica.e~céalca. fa p:ráctlca. test:rnJ, en :¡mrtlrula:r de 13 pl:'tctl.ca l:e3tt11J
de ml ¡oJs y de m1 CLudsd, ui.itlillba;n.a. 'f es.a es
la rsz.ón por la rual m.e h.e :1□ciwado· so'b:re ·todo
en este eam.po.
IHIEi ,come&gt;. llll'tlrna prag,u111t il\, 1maes1m,,. ¿qu·é,me'll-

:saJI l'e gwstari';a. d'ar, tanto :all¡piUbll€o es,pe!Ztador,
,c(llmm ill qµle1us ,eS?tamos ea Ñ!li'ima&lt;íl6.n d'tm.ro,d'e1
arte te í!lilr:a.'ll

,o c, crem, junto co:o. iBerto]t B recbt; que el ·teat:ro
es. no. tru;cru:me□to y uaa h&amp;ramle n·r.a de 'tra□i.­
fo:rm.a:i.é□ d.el mu□d.o .. c reo•que ·mdol'i ](!IS; q,ue
ba.ce□:1Wl teatro debecíamw pensar eu e110. :No
iS1JPf tac. lngen:uID como para pellS3I que so.laD1ente el mund~· :puede traasfm-mane a.t r:mfa
del ·teatro, pero estay co:aveacld.o de: que es 'U.D
ex:oale.ote lnte:n:t® y q11e vale la peaatot.aat.erlo,. Ol!•n r.lgo:r, c,on boJJ.es:tldad.; trstaado de 3filar
coru;taote:meote DIIE!~trBlii 9:IIll!IB y bl!rrs:mlent3lli. Es Ull3. aventura qµ.e IIUlJto, a emp:l'E!'ad.e:r .e
·codoo Jlll!l oo.legas y a ·todos los JMJJ.es que ei.t:tn m1.cuindose en este ane. c reo que es ·u.n ca1J1Jo.o que no debe:mm;¡:au:□c3. dejar de la.mam.
El :c□u□.d.o, ne ces.Ita de o.o.sotro~ y de mue.ha •otr.!I
ge:ote, pero en partlcula.r de la. gente d.e teatro,
y creo que esa. es :oueatra. misión. ne la. vati:ldad. oo .il b@D.d lclo pe:r.ocal.:oo,los. des.erui de
perpatu3:rse ~n la.posteridad. (cosa. p!!lr demás
dudosa), Sllli!I el dl!lSlnteremill!I impulllilil prr,r trab3J.at ea. 91'9~ de ~O:DSl@l(UII 11l1 :muo.do,:rn@jli!I[, 'llll
rn,atiam. má&amp; acwb]e. c reo qu.e p¡:¡r s bí estil.u n.e
l112 al final del tánel que □M debe ll!llll!r a.to:dos.

,.:21!....------

�R,e ~ensando
al dire,c tor
teatral
Por Ro□io 1Jen11115e Ramos,.Silllllche.z

E

e:

1 ;bJet:tvo 'p.~ ~ip. al de este taller.d.~ dtreccléa,, tmpsrtld.e.' :~ r
maist:ro .Manolo rudz,, actO'r. d lrector tea.traly dtre=tO'.r de ]a.'Uil.tver
.!!ld:ad d.e O:,sts Rl.c:a, fue el d.e ~.re:ub1cu 3ldtxe::tor e:c. a oo:ot~:rtos
d.e 13.bf~r rn.ode rnld9.d que ten.e:llll'!ls hoy ,m d.fll. en donde l ©S tertos ron
pC!18t drsm!ittcos. es de:u-. n ea.a.en a lJI. d.esa.par1.c1.ó:n o a.lap:mdu.a::16 n. del
t:e.,:to dramático por la. pue&amp;ta.en elS!:ell.a.m1&amp;Dl,il.", il'ar.i. Jo¡;rar h, el maestro
us.o mfrtodDs te&amp;rJcosy p:rá::tlcos en medlo de 11n amb:leote co-n Ubettarl.
par.a.trn.ooJu y ¡:Gnio psr, y sd.e:más, CM s u. 11e1lo psrt l.cul!ir d.e: to:m3.r fü;•.
tos :µgr.a ooater l.a. 3&amp;181:e:ac:lll.y tsmbté n. dur.aate ] l!!E. eJ.erc:lctllilS.
º.

Eo.lm··te.ó•IlcCí, poco• a. poc,¡¡, nos flu S1Jm.e:rg!eod.e en la huto-rJa. dd teat ro
y de 1a. b.uoanldarl, con el. fin de compre:o:ler el 011seo de 1a. dtreo:l.ó:c.
artu3l y oomo• e.s :Is :btsto:rla. lm, que va. cuabta:ndo ]1¡ msn.e:rn. de b3.CEr y

ver -cea:tro•.
A partir di su e:iq;erleoda. y ·utfüzm1do les ejemplos de las obras en Jas
qu.e ha. partl.c lpid.o ,:mmo dmcte"r y/ o•sctor, nos deJ6 ver su. ml!oel'll de
trabBJ3r, 31 rnli.:IDO•t l.empo. qa.e nM eirpllcaba. lo,que tnpl ca.dtrlgtr y ·lli!Jdas
las ·im-eas de J.gs que un d:1rec1or d.ebe e:ncu:garae y llevar a. e.abo.
Lo IllM Impart:a.nte ¡;ora.11n dire=tor. segón el mae.tro, :no e.s el ~.¡qufrr:•
e el "¿,~rqué?"' d.e uoa. obra, Sil.ne el ª¿cómor,•. Uns. ob:ra t!:!Stral 111.m tpre
tram1rnlte una 1dm logf!I y el d1rectmr e1&lt; resJ.ll1lCl59ble de ]o,éUt·O·. estétlcrn
y sor:wl de l!I.ob:ra.. iEI. dJ.re::lor d.ebe ser Olilll)'.rdJaarlor dí! imdo 1@ que :i;:asa
en el esce:n.arlo, caoc lllader, íSaher u:n poco. de todEi y. ser cspaz de ser
dmcto:r d,e esce:oa.y d,e :a.ctoras, entre e tl:':illl coHs .. se debe oMtce:otr.ar e:c.
emmatrar m:m;in.e:ra ps.ra que . .lo que ti.ene ]:a :l:at,mdé:n de tr:aasmttir.
pul!da.Jleg:arle al p:'ibltcai de la ma11era enq·ue se buiSCB.y pui!i:lan eatemler
ID· que se qullS!J decir OJ·n UDa !libra.

------2"'

En h p:ra::tl e.o., tu.vJ01.M la ,apo:rlUJlidsd. de bs.ce:r ·un eje:re icJo b.ssarl.o m

el método de Staruala.wkl. en el cual. b:o·m.amD;;
una. p:lotuxa eoo 11n ooDflJcte deotro de ella. y
le pu1o1.lmM un :p:rta.cl,p:l.o y un flrul, ilemd.o la
:ltn11it@a el mo:m.ento• del cllm.!IX de ta btstotla.
caJa.m1.o d.e n.osot:ros temó Ja.1.d.mlogla.y :n:ue&amp;t ra :pntepc16o de la p.tntuni. ¡:ma.crear ima :b:lstolla. a. partir d.e ella con. 1a. ayude. de :oue.stros
oompal'l.ero:11, a.qu1e:ne1 twJJno:11 b. opCírtu:olrl.sd
de dJrtgtr, y., n. p!:tUr de ellm. tr.aasmltl:r lmque,
¡:Gra. aD.S!l!lttai S.1ga.1ttcaba la ,p:1am:r:i. iDespu.és
de ·teIDJln.id.o d eJe:rd.d o t 11vJm.0S 1a •aportuo:1:dad. de hacer retraiUme:n:tat lh:n oo:m:¡xartl.e:arl.o
:n.11estr.a111 :lnterpreta.c lD-:n.e!il y optnlo:n.e!il 1,ob:re :lo!ii
·t rabaJos •.m dmcan el roje'tiv.o de daraM cu.e o.ta
de que. deual!Dpulso puede iSi.:11:glr uoad.ramat u.:rg1a de la. esozoa.•
Unm• de lo!ii oo:ns.eJ.ms. más :t1n.i.nrtaates. y q1Je

nm recordó· en varJas ocasiones fue que volvJt!:raID.o~ a. ser :o11i.o~ de 4 .stio~ y p:reguntar el
ªz.!Po:rq·uf:i'" d.e todm e:n. lo que 'le ngamJJs duda,
ooo el :fl.n. de a.prender to_do le que :pods,mos y
ss'i; B@:rme-Jo,res pus.llev.:lr s cabo ytram,rnttlr

lo que qu.e:remoo en UCL!I. :p.:iesL!I. en e&amp;EJ.a. E1
mbjtt:l!ro y. laJd.ea. p:rJoc lpal de 'lod.o este taJl.er fii!
msume m 1.as s.:lgwe:otes pslsbr.a&amp; dd D1:a!!st:ro:
ªiEI d:lrecro:r re p;!D~9.dO (lll)OStroye t eatr:al:ld9dl!!!ii;
10.ciuyead.o•OO:IDD. se produOl!! el co:av.elll.1!1 co:n. lo
quev!i.1)f a.trallffll:ltlr ~.

�,.:23...------

�Apuntes sobre

la, construcción de la tea,t r,a lidad
bajo el signo de

las nuevas tecnologías
Por Malillue[ !Riuiz Ga·rcia

.2 4

Necesar.laJDe ate todo Jo-que hemos eate oi:Udo
por teatm se. ba visto we.stJ.o:aado por todo lo
que rodea Jo teatral dun1n:te las iilUDJss déca.das, Desde las preguntas o:n·ro]óg,lcas al res.i;ette. basta. ]as fo-r.m s de creacih:n dU-e;::t11Jt1eate
Sllb:re l:a.escena.. toi::l:uoo Ja.esm:na misma se ba
v l.sto cue;Uo:cada, Co:me acto: Sllcllll q,ue e., el
teatro no est:I. :a!ll pue de esta.r, .sleJ.a.1~ de las.
S!:!ctedade.s df!:ode se ges:a. Re!ii~:o.di a. rus :rea.lldades. y s.1empre. d.esde su. a clge"D, bs. p:roductdo :relaci:o-:nes; mcronlcs! y p i¡r .!iupu.esto, dfacróalcsft Hoy nos.tat!!msa :rouc'ho valorar CÓIDI!
esitsmo!i r,o:ast:ruye:ad.o ei.o que llsmamo.si testra
b.rJo.,el sig no de w nuevas t ecao:lo.gíast.Ea esOO!(S;
t lempl!iJi lllOllpe::bo que el UMI y el abusa de esa
que mi qua-lds y difi:Jnt.a. aDL1ga, e."&lt;trao:rdtnsr.la
s.ct:1:12 clJ:lleaa.:r:idlcooa.enCool:JI.R.tca, sa ra. A.11t1ca. 11ama bs.•cbudioteca:l.a".. l!.leos.r el ese,mgrJo
de :¡:srla;n:tem, paatsllast, t elevJi.o:relll, proyectill:res de :roultl inedia y rusal•lil apgr.sto,S!2 :¡meda ...
¡cb:umhes! d8:'.1JD.os ea Co&amp;!l R ica, y po:ae:rlm, a.
funcln:m1r al:m1Rmo tle:mpa a.o-sólo n.o,¡¡e 3.cerca
al t e.!ltro., s:lalll qui! máB&lt; b:l.en tte:orl.e 3.m rnrertlrse
e:11 Jn:, antl-:teatr:il

se devuelven a. l_:a.realtdad, pero a.o S!:!:n. ~ lamente la.msllda:L ArJ.stfüeles qui rla un ·teatro
que: m.oo;tran. al !R. r b1tDlSJlO. no c6:mo era en la.
realtdatl, s.too. m.ás bien mmo debe:l'.ia. ser. El
teatro :realts:a p:reteadfs :ro,ostr.sr exai:tameote
lo co:at:ra:cl.o. es dect:c, la:realidad. com,o 13.. el ser
bumam roma0 es, la sociedad. oo:iuo fS. La1dea.
era ap:re:oder del :oaturabslllO y as.i, casi ca:rt
perd:lm:o.s al teatro. !l?o'r sue:rte las. cerileateB
l/9Jl.(l□a:rdLsw de ftnales del slgl.o, Xli::C y ·todo
el :dgto. :XX ~e ]uaa ~sJ:i:l:rudo :por re-te.straliz:ar
toda e¡¡o. que p.9m.s.ob:re fa.escena y que llam.amma ·test:ro•. L!I. cuesttó,:n. es que el ·teatro re.sl1~ta.
ve:rds.deram.eate llegs. a. ún11dna:r a ll!l.!1 e;p e:tsdo,res.. Aaf, el reto de los n:o-resllsl:Jls h.a. Stldo
s:lecap:re p:rovoca:r desde t-odo, p□at o d.e vtsts.
una.fasicloscl.ó.11 llá:n mayo r im el es_pe:!tsdo:r. Y
slli es don.de c-a'tíran ms.yo:r sentido, fa poesfa.
el m ovJ.mle:oto. oor,p!!lral, l a plástica plctm-J.cs. y
tll.dl.mso11:10:olll. 19. d.anllil, fa msgJa.y fa fanta.s:ía..
iFl:osJrnente, lo que: liil.."'llrrlb fue u:o cue~tio:oamle:nto-dt! lo que podrfa co:OElder.arse "'resl:lgta•.
iEatmac.eB se m lYJfl. v:IJld.m p:regunl:.llr.s:e ;¡qu~ es
re3J2 Ei\113 p:regunt3. no~ c.stsp:ult3 3 ·toda. uaa.
aueva. oat.egor1z3dó:n de p:~:n-t.as 11obre lo

El te.etro y lo ·teatr:il SIIilD. temas q'De v.h,m,m y

que !1.1:!'DIJ!ilS,, seottrnJDS, ~h!!mos y apreademm

�iELmoodo se empieza. a de'batlr ccocn cul.11 v.e:z, :¡:orc1aJm,ente, y es@ qu,e será vum::¡, sera vu~o•romo uJ1s.:ray1ta.. A&amp;t Los
IJl!IYO:r fue:ru e:n. severas y. v.1.o]eatas co:an::i.- &amp;eras del m11:aito 2.-ID l@ÜDloo que vuto. será. 111. sombra. de Ja. tercera
dlcdo□.ea

entre l!ll· racl!ll·nal y lo Jrract®:wil,. lo dJmeMIÓJJ.
col!Kteate y. lo 1110¡¡,:wcle nte. El m11ndo de Jm
o:akJm Irrumpe en. el quehacer iutiBtloo del ser sa~o. tral aba. de e."íplJc:u w mm·e¡¡¡ pwdhle que auague !!XI.ata.uJJa.rea1Ldad
bumall@enoccl.dente de la.JJ1aao•de F.reud. itJJ ea.J.-D.; p:u:a.uo.wua.do·2.-!D s.ol!ime:ate f XINte llllll muy pegueáa pa:ne. u;aa
bD.neod!ll· ~e :rolll.l!l bell:a.y ]o,bell@iSe trasb!!ca. &amp;omb:ra, de tal werte que aosotl.1!lli\, que v..llf.lJIJ,os en un. muado en. terces.e traardlgura lmd@. !L·o :lrracwnal tleade a.c!Jo.- ra dLJaea&amp;l.ó.o, eveatualmeate Jo gu&amp;podr(21ID!DS; ve.r ¡¡¡eda, 11:aa.:SOJab ra de
fulldt:r y entoJJces el muado•.s:e vuelve absurdo. ·ull:a. cuarta iD.IJD,e:osl.ó:a, pero asJ .sab:damos que sí e:."!:Ll!te el\!I iDlmeastit!ln.
ELser blllll!lllo•e!ii aapaz de aut•o aJJlqujlar.se, y.
~odas lli!IS _p,sráwetros de nuestr:l. idea. de segu.- H®)\', mucb®S, que vJvlwmi y enteadelll.li!IS y CQW_p:reade:au:ilS -o creecnm
rldad. a .mitad de L&amp;l~lo XX saltan _(,"llllr )03 atres.. que lo hacemolii- la. raslJdad., a. veces iioJameate percib:llll.W trocitos. de
iPerli! nuevas d.traeaslo:oe!ii emplel..!ID a. a:1,:erecer elJa. que est~. fre:aJ:e a. auJ?lit:ras llllrJces; :p&amp; uaa.Illl:.ÓU u. ot:ra. coJJ!fe:o le:o.ea. tod&amp;: ladDs pa;ra. eyudar :al nsta:blectmle:o:to da. comom,wno.; etc; como e:D1a. alegaría de la. cav.ema.de !Pla~6:o. DOve:del mmb:re-'bumaoo..
mo.s •I!! DOque:remoi; ver. Mucho :1aeoos .asumir o fl:n.alme Dte oo:mp:reader..
Me e11ca;ota.la. alfE!oria. que ]Dce carl ~ n S!:!- CO:ID,o dtjo el maMtm iPeter EreoJ1 sobre UI1a pE!!150 na. cruzaoilo. 11n e.spa.bre có:mo e.,rplicar la. exlste:nda de um . cua:11a. d ,o vado•. Lo que era.alge. m u.y ~e:Ddllo para los es.i;ecladares y. arustaa
d lmaJSaliS'n y po:r qui! no la. :l.):!t'Ctb:lwml o :par del s iglo XX alma ae ha hl[EOC:1!!:mplJado. Lo que para 11n espectado:r
qué no la vemm.. Silgan dlc:e q,ue 1ma~1·oeio.l!!~ el
muado•de se:res de d.o s d:lmens.:loaes que v.tven
sabre uoa. :mesa .. Ni!!· Jmpo:rta. qué fo:rcna. te:n¡ga.
cada iser¡ :puestol; todoi; en um. mesa. cada.uoo.·
ve:óa. al otro c-o:m.o ·un.a. :ra.yJta. En un. mundo
2°Dtodos serl'an.:rayJlas. los un,os para.l.motros.
SI un ser e:o ·tercera dJ:ine:os:16. o. se posa e:n. esa.
mesa. en se :mu:ndo 2~0, p11E51o. que ltMi seres.
D,li! pueden ver bacta. aniba( realJdad :pan. e.J:bs
que 1W existe) n,o :podr.m n1111ca. ver la. tercera.
d llJle:oslón , ergo, el .ser a-D será v.l.sto sálo muy

..HEMOS PASADO DE .LA
CONFORTABlE MODERNIDAD DEL
REALISMO ALA ALTAMENTE
INESTABLE HIPERMOBEBNIDAD':
1

·-:2S -----

�grJ~o debe haber :.Ldo also refatl'lsme:ote se:nclllD: tr 31 aaflteatro•, seo.tsne, ve:r y aCruos hI~to:rJa q11e le 0Jnts'b.s11 e11fo:r:D1.!tpoética; al o:ra se hJt
ooavertl.do ea. u ns, eom_p.lJca::ló:n qui ~e puede estudJa.r desde :laflald!id
de li:nJilulm y que tnclu.ye dece:aas: de fu:rmH te6r.lcas.
[J1iíS; productms srtrst:IO!í~ y co□cept11al.eB se

pueden ver; camo dice Bertalmfly en :relll.c l.ó:n.con :Is Teo:r fa Genernl de Slli1te:mas. degde e:afoques qu.e
V11:ósa en esUllill y p ropóm:l:l1Jl. oom.o•la 'il'eorfa. de Co□.ju□toli1 de Mesaawlc,
le. 'Fl!!orfa de ll!.E!de;; de iRapspmrt. L3 Clbern~tlca de "iV1.ener. la 'Il:'emrls d e lli
itofo.TJ113d/J:n de Sbs:an.o:n y ,Ve3Jl@:i: Ja Ten:rla de los .Au lfl:mstag de Turto,g
y b 'lfemrta.deloi. ll\J.t&gt;¡gOll de w n Neu:m:m:a. etc. Hemo~psEad@de 13.cm:nfu rt3ble :modernidad del :re:illli1 rno,y Jai. fue rtes. w aguardJai. del RlEJlo ::u::,
s. l:i. sJt:i:m.eate lnl§;·table bLper~modern.1dad. thm lno aru:lial-G:po:r G.IIJJ!&amp;
L l_povi!t L:y:: pgsando,:por una. ya. muy film.Mil J.liilS'"m.odern ld,11d; gue m tre
otrni. l.':O&amp;!IS 11.m 1:□trodujo a.todos en u□. nuevo,mundo. dom.de ]as nuE!Vlli.
te:aal~ 1ils B!ltán dtcta;ndo d.e.s,:Je :l:L!lce 'tte mpJ•nuews fo.Tm:us de compJnam1eaw y :rela:téa eatre u1d.os los seres. bmanos. eB.();!Clalme o.te lOS;
DS.Cld:M.!d. tlnal del S.lg)O XX y a, p:1t m::w:1m del XX[,

''LASNUEVAS
TECNOL,OliÍAS ESTÁN
1

DICTANDO NllEVA,S'EORMAS
DE ,COMPORTAMIENTO Y
RElACJáN ENTRE LOS'
1SERES'HUMANOS."'.

w

que b@y enteadem,o.s. pm:r 1e at rnl1dad. el :resultad® de 1JJJ.a. estrucm.ra.
JieC:ba. a b.Bse de dlve115€Jfi y va.aadoo a1stemas,, De bechi!i; un.a puesta en
eseeDll. B!1 bilslGll!Ile n.te un i:o:□Juam de Sllitemas fu11ctaaa.ado al m1s:m0·

um:i:o,. ea •otras :i;:sla,b:ras.::'llll slStelIL!I. de s.!Etemas.
ESia es.trucrura,o mnm.&amp;1Stém1ca. e:nrealidad e¡, báac.ame nte oomo functona. una. ro:rma de leaguaJe, Ali ea~aatra.mos al&amp;flll!G. súab@ll!l.!l y se:liales. l'llmblliln oolo:re.s: y for mas, luce.8,, ao·nldos sr.ménLow, y tauib:Lén
dls@mrntes. Volú:meae.s,. dtveraas. furmas. trldJmeaa.:l@JJalldsdes,. danl..!I,
.m.áslca y ,otras ar tes ce□J 11.otadaa.. Hay allí lnter y t:ra.n.siUsdpllnareldad,
sl:multa:neJdad.es. paralell.smlJ!IS;, meuñoras, v,•u:'lalas fim:rmas de partltuns.
e.scéolcas, etc. U:□!1 alt:i.111.ma. COllJ.PleJJdad. que p:?rmlte ,o;, debe permLU;r
m.áltLplei11 lecturwi y :formas de astrnlladá:o. e Lnterpretad!Ía,. se producen
:nueva.s y variadas. formas. de exp:res.Ló:o.. Esta IDOS t3l vez. crea,nrl@Jeo.gw.1es; quJzás bll.sta.forma.s. lto.gufatl.cas•.
]';[e latere¡sa pregjJJJL!lr

s.Lasumlmos a,b iS nuevaiS tecnologías y .su&amp;ges1:10n.e~ de oo.oodmleoto Wlll!)· fonaa&amp;l111gUfiStJ011&gt; co:ntempo:ráaea51; SLlw
chicos de h,mya,pre□dE!llla:realLdad ut:ll:lza11d.o la ooo.ceptuallz.s.c.ló:a. sobre
1.o.s :p:mce11o.s slstlml.col! us ado•formas ]L:n;!!)il'stlG!ls deII.mas de y por fa&amp;
:n.uevas te::ncilogl°as..
de s ui. pensamientos y exp:rE!!Siliil'D.eB resultariln
en fu:rmas de una realLdai pNfu□ilameate d.t.ver&amp;11, eclictl.ca, tr.anscultux.lzaila, t:ra.nsd:l!id :plL:narJa, p!OO· que, a. la vez y :rm:r eli!cto. m.lsmo cleJ.(!JS;
proce&amp;l!t!&gt; gtoball:Uldo:res de e.lal: .n:u.evas tecnolo¡tia.¡;,, prob!lhleme:irte se:rá:n com:p:re:odtd.os par mu.chas más pE!11SO,:n11s j&amp;v,nes a1 mi&amp;lll.l!i tiempo
en mucbo.s sttloi&gt; di\rn~o.s coa.muchas dJfenm'les fo anas de re:,p::1.6:a y
Sl e5 asi:. Jo¡; l"l!suJta.clos

3E.:IIIl:llacL6a,,

Este es un precLoso. caldo de cul.tlw pe:nsanil.o en um. dnimatu:rg!a, en ]a.
era hJpermoderll,11,,
La. it:rrte:r.net también CJ1mb16 la. man1rn, de oona,,::er, l!I. sl.g ue cambiando
.2 6

~ de una.D1aa.e:ra,htper aoaleraila.

El tfma.a dlacutl:r es e..t l.a.gestlón d.e

�l.0 teatral se pu.ede peo!W' ea. fa :lllc-&lt;rirpor:aci.6:a de la.s n11.evas te.caohgiss,
co,mo,·ua.1.e:cgwJe o.u~ .
SI ~1p;m~s:nll.ento se fiesta desd.e el 1.e:agwJe, com.o he 3:pu.atsdo,, pod.tís.-

mos decir que s.l utUln:r más .l.eo(;!ua Jelli c omm fa,ml!Jli1 de peosaml.eato,
ª'(;!estor.znl' de co:nceptos y crescl.áa. ;e poo:rf3n ~gestlo,nar- mlrn y d:IYE!:ri;¡o,s pe nsam1eatrut SI l.1rn lll1l!V3S ·t:ecnml.mgial\1 eotrnn en sJgtn tnl!llm.ea~o•
3. m,nve:rtlrse e:n. una. oom1s..llag111s11rn. qu1ru :podamm s.f:lrnar que s. Js.
bors de Ja.••ge1,tación" de.l procl!ISl!l craat:tw•. ef.i;,.i:t:lwm.e:ate se está. utlltz3:odmtods. est3 eclmtóatec.ao l~ l.cs y S11s pnslb:Uld,11des cmmo 11:ns fo,1 Ill!l
dtgtl.n.te d.e oooceb Ir el moml!:ato de .la eresdón..

iEa.:muy poro.!i s:flru1,. UllllS rusntH dk.ed3S., ]3 bU1Tlll.D.ld3d e:n Ocrlde:ate hll.
pasado de la mode:rnldad. co:o.fn-rt!ible:mente arrelL!insd.!I e:n e] :re:allBDllillY
luego eo l3E v.eog113:rdla!l,. .e .la pmunod.e:m ltfad. ab.oo.luts:meote ed éctl.ca,
a.o 11:neal 1:n.1Er1a rual. UJl!l iíp¡¡ca. d.m:nde se hace un e.aoco al :1adN1dua.-

1lslILQ. en uaa.e:ra :pos-oap1.calls1a. 1acluyendo Ja.d.Elliitrucu án de Ja&amp;estructuras i:o.lett:tllSS de .'l!!D.tld.O.. altisuoas dDSIB de lledl!lDISlll.O.. OODl'iUmls.mo.,
etc.. El lJ)j.tvJduo vNe eJ :no-meato pre~eate y st olvida d.el. :i;1a&amp;ad.o.: no·
asum.e niaguna. p:reo.cup,gCLó:n par el futllt'!lh ffl m,mp:mmuo de.sa.:i:iareOi!,
iEl ser bu0131J.O.· se frai::r.Lo•:na y a:to.m:123. Y' de allí saltslll()~a. L,¡¡, que Gllles
Ll,po.vetsl'Y 'f otros han Jlama:l:o. ·bLpna:mdernl.dad."'•. En vet:n:ie a:w se
ba. JQsa:lo de Ja eufo:rlll. d.e ] l!ilS; alias pomnooe:mo~ a.su fin prec1&amp;1m.ea1e.
A.b l!ll'lil. y p:!II gea.ernl!'.ló O,de fa t:reraeada, crlEISgl.o'baL be ID.OSeat:ra.do en.
uoa. eaarme preocupacLó•n :po.:r el desempleo. J)]:t 1m drcua¡¡1a.n.ctM a:oaó.mLcas tao .sdv'UEIIS. SI? llll. p:roiro.::ad.o. UDJI, 805:lfdai lad:11/'Jd.ual y co]e::t:lva que se ba.JWil:alad®ea el C·QC.!llhn d.e Jas Bli!C tedai etli. 'Fe nemoi, :m.ayo,:r
pobreza, 1J1.w:gLDacLó:n. trá.fi.w de drir,ga~ y dnelea, Al:tísl;mw wveles de
v!®leocla, lo.qu1etud es y. teaJorea de todo Upo.. Eo. otras pal!ib:r.eli, h.,¡¡¡y,
cuanto m~tli b:Lperoo:□sullllmoi, y m~.. D li.l!i a&amp;ustainos, más c•om@mdlvlduo;;: y rocleda.d. uo;;: depil:DLIW!i!S,, p;1es ya. no•c•o:ofwmms eo.cas:LaJJJgum
de l.astnstltucle:nes soclalet11, politlca~ o gubern..a.wf:nt.iles.
iP'ilJ3. es,la socte.d.ad e tndNLduos bacemoi, el teatro•de bcry. fraguad.Q•en y

desde la.s :11ue,;1111 tecw]ogias, un tBiltm ,pu,stdramáum. dim□de la dnu:na.tu:rgta.y 1a. pui&gt;'l ta ea el'Jceaa.t11e ,;uelvea. :í□.~epar.ebles, do□de n.o wy ]Jo.ea.lldad,, bay fraguie□tacl.é·:n. ro-mplmlentos co□U□uos eo.toom lo.s Il.□co:net'l.
La, tn.alla. d:ram.auca. del ·ta to, e&amp; d.ectr, la. o'b:ra. escilta, se dlsuel,;e en el
~Lejldo•eap:!cta.cu]ar•. Es 11:a teatro•basadfl·. desde su gé:o.esla m Ja. ~espa.daJidad'" dramauca. tr.aasd:isclpllaa:c:10, oo:mplt Jl!I, t lraote, ~oa. tearleocias
a.Ja&amp; deou:n.cl.3!S! .socl.ales y p,:¡,Jt'tl.cas. un ·Leal ro multlsl;m:ultá:aeo·qu.e ya no
es. u:oldireocl.o:aal porqu.e Ja.ccxm.u:alca.cLón llll.ce rato•deJo•de aerlo,.
il?a.ra.t erml.aax, y qutz.lis de

le :mas :lmpo•rta;n:l:e: Este tea:tro., que ei b.li&amp;Lca.me:n.te u:n. en.e:rme ,s.lstema. de &amp;1ste:mall, sesta, g.eaera.y crea desde este
cald.o•a.eo-tec11ológ1.co qu.e, y deb:!mo.11 tea.er muy claro. :no e.s 'U D grupo
lDmeJllill) de apaxatos d.e l'iJUm..a ge:n.eraci&amp;n. .sl:n.0 un df]lli¡¡) cald.o cl!l:a.ceptual, dJiiad.e toclll'Se se fürmul!ia. pueúa.a en esce:na.stn el 1l'Se d.e :oJaguao
de estos aparatas. Tal vez es.te se:a. el meJo:r teatro bajo el siga.o de las
au.evas: tectll!lfoglaii'&gt;:: Un teatro :oio-·tec s:la. aparatos.

,.27...------

�Esmn'i:J 00 RJ IProj~LsO. Fao: 111'1:l'lfv.o PAi!".

28

�n Ja escritura. de .IRJ ~ r nos pm_pus11J1m que es1a. tlm,tm s ba)...es;p&amp;Ja a a se . ~ presa.r:i. no a tl'311t!S de lBs ](nea!) asentadas po:r
su. autor liace mucbos 81glol'l, &amp;to.@ coJJ. b3se ea. UD. teJ1dc .mitltJple
y. :ftexlble, ea. et que se abren l3¡¡¡ ¡:ue.rtes a. caaclenes p rovealeates de1
bolero wbaoo·, uaa. pieza. de .M:lc'k Jaflg&amp;. et gutó:a. de Matrb: y algo de la
poesía de Paul Mc.'Cartaey, &amp;IDde~cutar por ell.o a~JJ.w de lo~ dJáJogol'l
orl~tll!lles de ~ J Julieta, pero camblliadolos de ewlb0r o•de~plazá:o.dol@S; d.e Ull!I. e.sceaa a ·!iltra.. De ese modo•, ,111;:p:tramo¡¡ a. uaa. es:pecle ele
actu1i1Jzacl6JJ. de esta grau tragedJ,a übl.c.ada. ea. Vero na, pero•que puede
ocurJ:t:r e o. rual.quler é'poca. y. ea.cual.quJ.e r )Xilrte.

E

Ade:wl'rn de ello, Jad.laállJJi::a de cra1tcléa de este espectáculo par.llllU61D:sertar e11el. te.'l(l@D1Jmero!!as acclo aes y&amp;l.tuacloa.es crea.das p!i!r dlve:rao\'l
elem.eotos del eqlli:p0 acto.•:ra.l, generan.do a.ai una dl:ofimlca. de crea::1.6:a

co•m.~xuda.• que atenta. nD iSl5·lo cmntr.s.]a. llterall.dad. &amp;ba]res_pel1aoa.• mw
a:n1tra.lal.d.ea.:01ulll!I.de u;n, autor..
!Ed.uardo. M3.Yra, l.\111&gt; Pvan. Xlme:na; todo¡; los ele01eato&amp;del 'l'aller de
cread.éínde 1a. FA.E, de la UA.Nli.., :pus.tema .sJgo•de ru :parte enla oo:ntepdóa. de .'fl}:.Pr(ljec_t, De rus j,deas,. mm a.plllrtes. m .d.elor. sw pesa:llllas, sus
bro:m.asy sw. adertoli, wJ:iló. este espectácuJo ..

11.1 ~ t p.rov.Le:n.e de un :proc:esm de tr.abaJmgrupal 1n:ld.a.do po·r J;wJer
Sema. ea. la. dJ:recd.6.a. !E]vtra. !P'Cip wa en la. co!l)rdJ:na:t..in ¡lt:neral y yo ea
la d;ramat-u:r¡;la..'1fm.l!l tr,!JJJ.SCU.nt6 e:nlmespac:los del.a iFAE. enl,a U.Am.

~fNRJ NOS HALLAMOS .CON UN.
lENGIJAJE .CALLEJERO OIJE se

ENTREMEZCLA CON.NUESTRA
Clll.TURA MEDIÁTICA·:

iFI.Je g.rsdml al .!!_poyo de fa d.Lra::tCír.a d.e eslll. Fs.c:ult3.d., iK.srJ:na. !E.squ1ve.l.
qu.e co:m,:nzam.l!lf d.esde cero a tr.amJa:r sobre Roo1eo y ¡uJfeta, de Vi'fll'l!lm
sb.3bs,:paa.[)l.

R.1 ~ ·ect fu.e cre3.do ·un poro :p!l)r ·lx!!:l.os. dur:i:nte el m.o.n•lsje. No antes,.
ao-d.E!!iipué~. slno. al:m1mli.il 'tlem.po quese eruwy3bsn las po.i lb]H e.sc@:nm..
c u mplj mos, c-o:mo g.ru,po-. co:n. todo,fo p:rec::1~10,en un t:rll.mJo,d.e e!Jte tl.1,XL'.
desde el obl1!(:ado cast:lag, la.11 muE!Bt:ra8 de t111p:rovlsa.c l.ám, lol'l e:Jercl.c:l.oli
de crea.c ió n. en lib~otu:te llbe:rmd. l.!1 fo.lución de esa!Das pmr ea.t'll.rito, y
a.cabsmos po-r :Integrar un. es.p;2ct:árulo que :se estre:né e□. el 'il'estro Es¡:ac.to iR.l!lgeno Vlil!lrm l. iRllmndo de 111 FA.E, y cer.rn.r'IH.lu1 actlvlcfad.es de la
edjcl.én. XXll[ del IE n.cwmtro, iEsJ:atnl de 'ife.gtro de m en el Teatro di la
Ciudad,

¿cu:U e.si la ldea. base de RJ ffl}e,r!1

]..O

d.lg,¡¡,

muy claro, !/i'llJIBlll Sbakespeare fue u:n. armaa
pepu'lar,. Sus COD&amp;Ulll.d.lll.re.S U3ll fa ge:nte de la
calle, ge:□te oomú:o. y co:rrlen.1:e que late:ntaba
d:tvertlnse al :iuesen.c:lar uaa ILllit@rJa, algi¡i emocl.enBDle que la..s:acua. dela.rut1aa, Por ei:l/J•s ua
Wí3S, para. cumpllr ~ou eBa. aatlglla. wc.ec::l.ó:o.
hm de ..e.r laterelia.nte~ y,, aJ m111mo tl.e mpo•.
tra:wpare:otes. pleaam.e:ote dt;gerJb]es.,
¿Qué J.),!lpel Juega. el le nguaJe eu este m!.ll·ntaJe?
RJ Pnljert laleala.abcndar ~ J J;ld/m con
-u:aa. vocad.ó:a .,bJilespe re3:aa, a.oamaoilo•eI d:ra.ma. oonta.do a. la a:pe cien.el.a. cot l.d.u;n.a de .sua
co:.□ rum:ld.o.•res.,. y aJ mll&gt;mo Uem.po· dolálld.o.Be
de cierto•a;lre divertid.o.·. que haga de las a.0 :1.0.:ces teatro, 31,, pem también ei;pe:tá.culo, Po:r
eso en. iRfPr~t :n.re ha.llamo¡;, co:a ·un Jené)a.je
callejero, que se eatrem.ezd a con elementos de
:aue:tra ru.ltu:ra. medjáUa. t.sato· musical come
fClm.k:a, y que además :r.eou;ncla. a. .su toq,ue de
aatlgüedad, pa:ra. mostral'\Se :rotu.a.daml?:nte attua~ ca.i.1¡:erJo.distlto•,
¿_Po:r quA la .11.crobac::la!i' !La. ln.cert1.d:u01.b:re y el
peligro .sl!iJD. :pi.rte de Jn. vi.dad.e Romeo y JuU-em. ~s1te agarran, t.e v:m a.llllltal"', e.!!1Q lo p:le:nsa
J&lt;11lleta.c::o:nsta:nte:minte, y es. Ja. verdad.; iR.0°moo
está. co ndena.d.o po:r ]as difereJ1ctas e:ntre :f.amlllas. Así, una :cn.aaera e:fl caz de mo.st:rax d pell.gro qu.e v.J:ve fa pa.re:)a fue Ilevsr In. ~ew. del
balcón a.loo ter:reiios de la acroba.cla. y o::rn.vertlr w .:romanre ea. una danza.flota.e t~ 'b.srotza.da.
con ve:rso.s de !Pa.u l Jó.lCC!Jrtney y iPa'blo Ne ruda..
¡,cu:Ues el futuro de esm.obraf ELfutur,mdeu:n
m.o.:ntaJe teatr:al !!.e ro.pre @s un ml.sterJ.o... Hllsta
my ha. stdmb:le:n re::Jbl.d::i. pmr el.púhlJ.o ,.:reg1.o.m.o.-:nt:aoo-, lo que ve:a~. d.E!.!lpué~ D3.dje ,~ sabe..
AcH&amp;. HO !ii, UDD de sus :posibles d.esuom, e.s;
que pase a fu-mnrp::irte de llll!I. ,e:r!e teatral 3. h
que :b.e t:ltul9.do,· shaJi:es;p.aa.r,¡ .111n S:l::L!ike!ipesre".
y en Is que: me pro_po.ago ::ibordar alg□.ms de
l3s p112111 mil!i rocadas, :p:re.!1tl.gl.0S9&amp; y v-lstas del
dr.1m:at1.111mtogl.ás,. traos.fo:rms ado.lm en esp;!ctíicum sco.rd.H c,o:n nuestro tiempo-y nuestn.
:regl.ó:n, Am d@ d:lffclL AE[ de ttl:ll"

,:29
.....------

�!Por J.avieir Semai

°'J illlDjffl .m: im raíles de l'iéffl!I~ e~e U110 :&amp;ti m penoo~,
~¡J.\e,g .lile, ~tieJUO- ~lpl,!!00 ~
. Ht!y &amp;1!J'tdente 811llgr.t' y dlscordt:a en esta,s om~r pálit'lilffl. ~1'1Jlmi\m1, rnmrul!ls. y en :m~ de ros
am-iroo. wa ~r.rosy m ít'Wl'llci1N111.'!. n!M'S esr.e: amar m , L~ y ds&amp;'am'do, la;1Deata. u□o IDii!i! de Los. pen.oJJ.a.Jas. de P:ROJili'CJ:-Gí. trabaJ@re allzad¡¡¡¡
a;jbre la jdea.de RM'lro 'J ¡ulteta de WflllmJ S:bales¡::eare,.'Y iS!:ln embargo,
esas caJles m:a.Jas de esta dudm., la.sangre mfkleote e8 la. de nuestros
ct11! r(Xl&amp;. y ]a s.c clén del amor en :medlo di v.10:lactwi□i!:11 e¡; unartlll rotl.d1an@a.qui m1s:no. b@:Y.

H

PiRO;.ffi\CT- rJ se prop!!l□f hacer una e:xpll!!l:racl.&amp;n &amp;obre el P~renal1·o, de Ji:,.s
terrllo:rios urb.sno:s eamo áreas di O!!!eiclste11c1a. c»:nflJcto y oo crupclóD.
q ueremos part l.cl,p sr de l11EJ ro:n:tl.eadas milltlpleB par reruJErar espa.cl•Oll

30

públko~. Despuls de a.áD.'il y aJil!ilS; d.e vlole:oc l.a. l!Xt ce ma. y las crecl.e ntes de.s.lgwil.dade;; erooóm1.cas y ao.dala;;, las ciudades se ban convertid.e
en il,tid¡ymfes, en ceceptá::'ulo d.e ¡;raed.es mutacie:oes 1Dtr.aurbsoas entre
mlllsres de p?rs!l·JIJISI d.esplu.:a.das que t!i!rmlnaD :bsiblta:n.do ea h.o:cro:r ]as
ares&amp; perl:terJoi¡;¡, con ¡:és:tmas co:a.d1c1G.o.es ])Jira. l.11. v.Jda. :E.·os fr.acisa:'l.o:i
:proyect@,S de ce:n@vacl.ó·n uibal\11 y. ¡¡entrJflca.cl.ó-:n e:u JJ11e.s.tra. metcép:¡tll.s
iSb.Jo ban !Ggradl!!•que ooados y cactrsba;n.dm :baya:□ e:m,pu.jado dobJem.em-

t e a. m cludadanolil, ya d.e par ai. marglll!idolil, a
liml.tes a.llnmás eictre:m.es, El ce:nt:ro de nu.estrs
dudsd :parece :rsservsdm -cada. vez. DlllSi ev.1deatememe- pal3.Ja¡;¡, m.ercaa.cías. de e~toli dos
ba.ml.lJil./il, pa;ra. rui. coa1n1mldo:res y para. a]gÚJJ
t1.u:l.a:IB,

!F:n li!i.11 ú]tlm.ms t lempoll. de~de el □arte bast3. el
sur d.e las A:01ér1.cm. las mrchas de a.ctL!fJBt!ls.
es,tudJaates, muJereay ca.m.pe.s.lno,s fmplezaa.a
t o:mar -ncu.perar- Ju c.alles. de las ciudades
para. retvllldl.caclóo y d.efensade s us d.erec'.bos:
3 13 edu.cscJ.éa, .a_ le. llb:re expre~Jifu:1 y sl redamo de futlill)3 eroaóJJJ:l.(_'ljj)!i; vlab l.es y Ju&amp;tm, Lo~
maDlfsaote;; han vivida me.ses en t lendaa de
.campanas en las gran.des clu.dade.s. como J;:;
san. Méx.10i.í, El C!ltro, O· NUevs. Yi:í:i:k. Los 9lU~
ta&amp; e lDte'le:ruale¡¡, han 1:□'tecvetll.do loo Jugares
m:i.s :re preseatat!vm en llilll cJudad.es de cu.estro
oo ot~e:ote. 'Nuestros j6v'!i!ru!s. s u.dJante~ di la

�.El i?l)!lipo óC RJ ~ , o en ,et ~ a\l9¡:lues del c.l!lRn1 Jl:lr.a: im::tivCI JrAt!

iFllcultad. de Arte&amp; !B.2;:é1Jlcas de la. UA:NiL se Dl!llllfie¡;¡ta:u. en. este preyecw,
qµ.e ob.l:lgada:ioA?Dte t11ma. Jugar e:a. P.f11cterrey, bac leo.do ·u n llamado de
3leaclén 3.1.a oomuotdsd e:n ge11n'3l 11ollre :nuegtrs. cllldsd :p3r.i lll.:m::upera.ctó:n del !!&amp;J:clí'.I® :pábl:1ro y la mi mor 1a.
iP.l\!OIE'l.'To-0 está. co:ncebldo oo:rno· lill1 t.eon sin tll'lltro - e:ica:mtoando loi;

modos ea. los cuales l@tlZliltrJm l. Jia altentdo nuestra. percepcl6:n. d.e la
le ·Obra de teatrn, y Sl.l. pmslctful l!!D 1.3 dJY.18:lful de lo v.Jstb]ee:xllmlDSlldD·lo~m.mdD.B ea. lDJl q·ue lo 'lestrlcal 11.R mooltlca.él.@ nues.c ra p;!rcepcló:u de la. p.rácuca a:rtb tlca.y. ha.o.t,;o:rg:a.d0 al wJeto-e!ipectador nuevoi;
ese enarlos ¡:c1.ra la retle.'t'l.é o crll:ica, el. a;o.áUsls y. 1a i:nsur :rt'!o::1.óo.

DlltUrn1l!Z3. de

A p:rJnctp:lmi dd s1g10, XX. llls :rda,rmtilac:lim:ne~ teifi:11ca~ d.e dn mu1turgos
CXl'IDD· "t'sl!!f•olod Mey.erhold, A:aro:ato. Arlaud. Samuel Bec.'kett, n dew:z
!Kalltor y Jer.zy. G:rotowsJ..l estiihl.eciiwn un p:rolífko dJ.ák!go oon algLJ:o,os rnov.lmle:ato.s de las w :n~ard:Llls artísticas (dadsú.rno. futur.Lsm,o. y

ca:n.structlvJsmo).. Este dJ.álagi¡:¡, sk.aozó mi.s po.gei!l s :m~.ailm de 1001 :años
sesea1a. cl!aodD·lo ·teat rnl &amp;2 er.igL®ea. el. ce:atro del de'b.stf anf3uoo. ilJe¡;¡afla:nd.o ]oo :p:receptmrs de pureza.de las categorfas artistlca~ de:leod1do.s
po•r c:rltlt:os co:mG Cle:meot Gree:n.be:rg y .r.!lh:mel. !Ftled. ea .P:iRO}ECT-O·

el U e.111i;o .se Jru;talll. e:n. el oora:¡¡6a de 111. expe:r!eo,c:la.artfsuca. y rocw.lme ]a.obra eo un ,acmi:1'.lcímlmto que recleDlll.1:a :p,grtl.C:LJG.C lóa di.recta.
del espe:1adDr. 110::16 o. narr:iaá:n y o:ralldad.
adquJe:re a. un pa:pal d.eterw naute e im:prJmen
a. la. ol:!ra un carácter :roarcada:me ott dialógico..
!En. .PJ'U fili'Cl'-D la. p:r.l.c:tlcas d.e la .ali.a. y la. baja
ruJtul'3.:se ftl.s.l.llla3:n; p3.I3 ooaq,uJgtar ~obre el es.-cea.an.¡i la calle ro:na esp.gcli!I de:repre~eat3CLó:n
ea. el qu.e )25: froateraa e.atr e el tea trn.1' y. la.v ida
se dlfuml:nao, y las fu:rmas. ar tíatiCil.!1 r ecupera:n
su .socestral y mbl1g,e.da. capa.c::ldad. de me i&amp;ón
pol:IUca.,

,..
31_ _ _ _ __

�..,..,,
UANL

(.X/

-.

.lil~t\-d1..i■it.t,

....•l'J•J- ""IL:..;_
UN]VERSIDAD,\UT0NOfl.1A DIE NUIEVO l'EÓN
T11Her ,Je t.mtro,dr: l111~"
F1m;uJt11J de-,\~ El.i;énicu
~

~

�RJ Proy,e ct

e,n ·voz de
1

S'U S

Momo E's:ceríln1sr ¿Que ,s11gmlfü;6 al tr,a.bajo ,en íliill

puerti ;i!e, R:JI
Ro'bieirto 1P.áez1s1~mflro mur:bo·:p¡yr ser el,líl!Lmo
proyecto de la faculllild e:n el que p,gn1oparia.

ac,t o,res

1

liwla,Y1ra.V3J!!iíi5:t Psr,11 m.l. R}; e; cmmo haberme t imo 91 v.ac:f.o. taalo en m i :lirJilll!lcló:n sl'.'Bdé:m:lcs.

cam.o en mLpemaa.a,.SJg nlflca mut ilo :pmrque es
un 1:rabaJo: que se re1i1Jm en eqwpo. pa n:1em:o:
df cero y &amp;ol:irerodo po,rque lo bemol'i de:1End1d,o
y ba. evoluc1,¡¡¡oadn1y esa.es un.ad elas cosas más

camo esmd!sa.1e. y me da guste que fuera.uno
de.l que a.pnmdi n:010. Tr:abllJ:ar ron :peracmaa :unp¡¡nanies del q,uebs:er escé:JJ1c@. Ja. traas:fo:rco:mo el maestro se r:n:a. cmnreras y el resto de m:at:L&amp;n romiame.. iP3ra,mt es 1:raS02ad.eate en
1DB oom.pa.1
1e:Fli!3 ba, atdo, 'Ullll, e.,:pe:r1e:n.c1.:a rom- todGa los senadoo y estoy muy airadeCJda..
ple1am.eate nueva.y. dlfere:ate•.
1Re'.b!E!i.:a, IPl!lem'e ,c,wll'er;01 \"alarar el n:abaJo de
IHEni.lN uevay dlf.er:ente en ,qué 5eliYlldm,:,·
ca.da.uno que ha.ce p¡¡,s:lble un :proyeao. desde
e] d.taJnaturg,¡¡¡. e.l dtrec:1or. ]05 3.CW:re.!1 y e.1 eqwRO.bel!til 1P.áez1Desde el :pro tes@ ba&amp;l3, el '.rESUl13.- po de produ.cc1aa. U.CL!t expe nenc1a. grarn.y de
do,Todo,el equJpo ha l\lldo un.a.pJ.eza:tml,'ll)rtaate mucho, ap:re n.d:lzaJe, traba,tar c@u loi JJJ.!le.stros
del tra:baJ,¡¡~ to.d!iil:. 1.ru: elem.en:to.,,, que :f@rmall la
pu.esta. s1.uglero:a de a,plilíllilc:Loae¡¡, d.e ma alum.nw wml.dee.das por el dJrector, eoto:nces puedo
declr q□e la puesta. final e:o. verdad ao IS&amp;fa. la.
mlsroa s:la. tmdm;; y cada. uoo· d.e l,o:s. tategraotes.
n.u:o.ca babi.e eatado en..UD proyecto a&amp;C.
Al b.a G0me2: M'c:vr:al'esnFue una a□.eva, y grao. experlen.ela.• apreiidl demasía.do. sr. fu.e un trabajo
,pe~ado, c@a. el cual ]te de admllir que li.e sufrido
y me he p:reoru:i;t.il.do, :pi!ro q ue al fin.al ba.v ali.do
1a. p?Oa, y es algo qu.e se pue de a,preclar,, Además traba.jax con.el :ioaestoo[avler Serna es to.da.
u.w. a:ve:o.tura. la. , ua.L a.p:reclo y:agrad.aco su enseban.za y. c,:.,:iiflanu en mi pin el :proyecto..

Javter Szr.aa, Gabrlel coo.trera!l y Elir!r.1. Popeva, me ba.de)ado u;o. apnrn.dJzaJe d.e trabaj!lr una
produce:1.ó:11 de uaa. pe mpectl.va. d!f.e:reote a. la.
quf h.abía t:ra,baJado,. u:o. t:ra,haJo creattw,, libre.
pell&amp;ldo, cUldado, aro. p:refere:oclas, y co:11 :raspaasabJIJda.d es ]o q u.e iRJ ba slglllfica.d!ll . Agrad.el!:!o Jo.s WD.ll)c:lmleato~ y Ja. experl.em::la. que
me ha.dejado e~t~ proyecto,
IE'd'walldo Péire2:1 Sli!tlllf':lr:ó el claro eJem.pl,¡¡, de

có:m.o se di be de t ra'bajar un :cn.o ata.Je para. que
llegue a.IS&amp; útily trascead.eate ¡:era]a.¡,¡¡aeda.d.,
La. maoera ea. que se c»:rus:tr11y6. la puesta :a.través de a.oo:cteclml.e otos pe:rao.oale.!ll y también
.sm::1Ja1es l@g.ro cm:nveo.o nme de que el teatro es
u.na be:craotleota. eficaz pa:ra ba.0:!t' ua Jlamai•o
a. la. po.dble :reooilucl6a. de co•nfl:Lct.o.i; pol(tb:CM.
Asj :DJ1¡;1D.o, St'lg.n:lflc:ó· un cred:1111e o.ro com.!!I a.c-tor tm¡:o:rtaote, u:tlltzao.d.111 métodos al'l'e:rn.os a.
los eosefu.d;:,i; ea.la fuculllad,

,,..33_ _ _ _ __

�Venus:
entre
la
.
.
.,
1mprov1sac1on,Y
la coreograf1a
Por Mihail B. Kangalov

enw fue llll proyecte escénico qLJe S!i: p:rese:n:tó en aJg1UJo.s espa.dDs lJDLventl't.arJl!!ri de Is 1l.V. N[., ea la~ mesies de Dl9.í.?_O· V sb:ctl de

V:

este atin.. A :pan1r de la 1dea de ·um. 'bii&amp;:¡ueda. de] nuw-o mw.L-

:mleotG, Ja,i¡ auto.res be:1Do~:1·a1c12dou:n]atgl)) camtoo que reJai:tooa:dalo.s
dlfereates d!&amp;:ursos co:reogr:iflCGs en 11n solo co1lozpto-e.sp.?clácuJo,
IDe:.de l a.c-areog;rn.Ha t:rnd.1.c lillnaJ (0JergP11 de Leasll e Grnaiála); hacia.u:n
de~borde creattv.e cou ba~e ea la. Lmpl"Olf.LaacLl'.!i:o. ¡¡iulail3. y un arguwe n to
de 1a dsaza. del absu:rdD·{il.l!I vi'oo moder,oo; de MibaJl ll. iKaagalli)'\!' ),

Hoy e:n. dfa. p!!!dem.o:. sflrmsr que en la deflnld.ón esen(l&lt;ll de fa ds oza
se pres~:n:cm dos c-onceptms oontra.dJctorJ0i.: :por 110 llldo 111 d!loze s:ll!lll:pre re 3iliOda. ro:o. la lhertad de &amp; p:re11l.éJJ; con 1a. dlafüuJi:a. del cambio•,
co:n e] dese,¡¡ de v•olar •( ~ r.&amp; BmQ.&amp;, de J.tthatl iB, Ka;ogaJov); y p or e1
otro, pan. podt :r 'b:ai.l!tr U.enes que mn.ocer los movJClll.eatos oo:rrecl.l!DS,
neceslt zui p:rep11ra.c l.á n previa. dJsclp lllla y pr,:r qué :oo. hasta un nlve'I de
SUJWSJ.ó:n. (Deja Vil. de Mlball lit K3Dgll1ov ) . !ESl:a d15crep3JI.Cla SE! debe a. la
opli).s1dó:n q·ue aún eld.ste eatre las dos diferentes tendeoctaa deatm de la
dwu.a: 1a.tlDpIOVlli,!ld.Ó:n y la oo:reografla,

Jl.3. dSJl.23.na.t:IÓ•de l:i. tmprov..lss.cl.ó:n ( Stm91!!. de Grecia.Esp3:rni) y lll. mreografu.aparece cua:nd.o fue :n.ece&amp;arJ.o 'trmiladar y d.o..."'l.lmen·iar la expe-

rlea.c:L!L daocll!tlc.a.
F·ueate natlll'lll de ls. ICll_p rov.a11c1.ó:n es ls. alegó.a.p::;:r el.movJml.e nto y
!!l jue¡¡,m.. SJ se trsta.de 1:a.OO·I'EOSrafí,11. to dplcD es d :placer de 1:i. :lmlts.cli!i11
y la. unidad del e:nsambl.e,. La lmp:rovJsa.cló:n ~ m.ás to.dlvlduallilte y Is
coreog:caffa..s:e basa, :i;,mr decirlo•a.s:f. e11 el WBtlJJI® ~ano.
Ell 1llp:rlictlai .a.~tua]. s,¡¡'b:t\l todD·em e1.smbJecte atadé:irum. en.tre losi prof@shmm]eg de 1B d:aarn. ~e -o'bsetva um. cl ara. d.esomaf.lanzab3da 1.11.:lmproVIIi3Cló:n.. !ÉSta es ac~pmble [:Qn un baJle ~octal y a veces e11 la. bwsqueda

------34

de :n.uf!!/'IUIS¡ 1Uov1JDJeoll!IS,, pero.•no puede 9!r coJll..tdua.da.cowo ·uu género
escéc.1ca. Esta. disco:nflaaza.:p:rov.lene del hecho de que Jas pe11SOnas q_ue
han ra:fbl.do la.farmaclá-n co:reagráftai.del tlpo "clase-mse.s;tro-irupo-ts.-

�"lA DANZA ,SE ASOOA 1CON !A LIBERTAD'
DI EXPRESIÓN, CON LA DINkt:A DEL
1CAMB1Q 1CON EL DESEO Df vaw·:
rea.'; en ¡¡u, JDa.yo:r parte □.o· ~ lo•J¡tnG:r.:10. c6lll.O. s.LDo que s.tmple me:□te DO
pueden lm:prov.tsar.. A :ID1 ju.Ido, esta. :falta de o:;-n.fuiar,a. S!e fu:adameat.l.
sobre VllII05l pilare,, lll10· de fos ruales es E!I lE!fi3ik,, dlsclpllaarJJ¡¡, lo que
1mpllcs. la. desci!Jaf'.L!lo211. e:n la p ropla p!roonaildad. iPo:r lo ta11to 1a e:q:e:tlf Dcta 1adN Lduahst11. li!lbteald3. en. las Cli!IMJXilDÍB!i lCLdependleales. se ba
v uel:to uater:rl'!:nofért:fl para. el d.emrmllo de la imp:oovJ.:iad.611. Emen;o:n
:recuerda::co:nflar en tl mis.ID.o. otro p Oa:r meo.os !?11'.ld.en·te eHii. ligado co:n
las :r1rofiI00111 :r:üces :rel1gl.o~as de Ja.cult'un. eu:rope1L 'fnit.aré de .s:m1llza.r
l o anl.E!aor a.panir de dl.fm!ate.si enfoqol!s :p¡im determ:t:nm- 811 unponancLa.y LB relacJó:a. eDt:re eJl.e~ ..

Cómo el públk:o pm::ibe lo.i dtterientec1&gt; dts,curs~
Psra.un eBpecrad.o:r a1a ex:pene:a.c1.a :¡;¡re-iría n.o e:x:w:e gran dlfere:ae1a.eatre
1a LID.p:n;:n, Ji.atló•n y la l'Oreogratra. U &amp;:l□cro:n.ia. de lo~ mov1rJJ:le:□oo.s e:□ Ja.
,:¡¡¡reo.grafía.es más notab Je. pero esta.es s6.lo wa.de las caracter.lsucas. de
la. ob:r.a y Ili'.) e~ la &amp;ro:t1ta. p9Xa.ls. m3JOrf:a de lo~ m-re6¡t.raf05l. l1.os otros
crJt&amp; JDs oom.,¡¡ d a:rguaie:mo. la. rompleJlda.d de loo mw1m1e:arn~. (!"te.,
Slil·n :rep:rodud bles e:□. la. jmprovJ&amp;edóa. y ne•lau-oblJgi¡lo:rJo.s :p.!l[a la cmre:ografía •. Eldlitea. malas roOO!!@:'sfí'as, ex:Llitea.msJas :lmpmvJ.sac:lones, En
real lda.d la. m.ayor parte de la.su.di eocia percibe con. 01ayar i.ate:rés la.p?:rmu1e:n.c:ls.:tnte:rp:mta.ttvs del.baJlada. e:n el esce:n.srio, su eaerg.ía. su. ..mtu-

,.36...------

�s.1.3i.mo, su.p e:i:f'e::clb:c.. Ro. e Lcaro de ls lmprovJss::ló a, ·um .ea.e:rgf:a. esped.ftca. del :11000:!sm cn:atb/,m:pu.e de ser traa11mlt1da. .si e~p~tado-r a·b!oto-.
:pla:meand~ un proceu¡. de ·co-creaCLoifin•. :mlen11111&gt; que 'IJJJ.!I.-obra. o:.1-:reogrirf'ica. mvo]ucrarla.:al u,pectad.o:r cau&amp;11nd.o d efecbil· de ~placer :mutuo••.

.g:i.o. :oo.Jes d:tfe:rentes, peoo, :1gualm.e nte slgo:tf:lc3n·te1,t Ro. el. lt:Dlverno de la d:a:OZ3. Nllltempo-

:rane.a la. 1:mp:ro.vwc1.ó:n ocupa. cada vez. más

1.mp!!•rtaJ1.cla. en ]a. fo:rmad.ón de ba:O.a rJae.s y
encuiotr.a , u lugar entra J.,¡¡,¡; -o:tr'IJ:!ls djscurso:si
eiiilÉ11ro~.

El bailarín mrmado por rapmork&gt; o por la lmprovinción.
1lJ11;:,1- d.e ]D.5! euo:re.s más comunes con siste l!:D cr!ler

que. en. co:atnste ;:ioa
la.ooremgra.fla•.la.1mp rov.lsa".ló:n s.l(tolflc.s.fa]ta.de escu.e'IM y ·téc n:ICM1 dan.dstlcas., iiero ex:1s1e o. e&amp;:uel.as d@:ade lm a.prend.1ces estudL!lll la. ILb.:!nad
de le exprei,ló□, En:prL1□er :lug.er .se ado•¡:tau eJerctclos., té:alcafi de rela.Ja.d6:a, de oo:acú? ncta.co. :rplr:il y .se trab:!Ja co:n lr!?Dtimle:ntcu, y e:mocl!iJ.llA?S
tnte:rna~. m:n. !mpuJ.s,,ms del mw.lmlen.oo y m d;l!IJ,¡¡go con lapa.naja.y el es.)l!ltto- t l.e:mJ.l!il, Todos e~too e le mealM dan la b.!ln de le.oomprr,s.1cl.án (J!.a
real!IJOOd de c laud ia.Lopez). 81. m bsLla:rJnes. tradlc1¡¡¡-nsles pasantmlmas
h¡;¡-ras ea. la. barra, los lmp:rov.lsad~:re.s,, oo:no deda. pan ~u claU!, Nlna
l,-Dartln., ~p3S3Jl m ucba.S; lta,:r35; E!O. el p:ls.o pan! lO(ir.sr UDJI. C·0:111llDIC3ClilD
c-o:oEd.eate ea el mte:ruri:r del cuerpo"'.

:n.a. e:@:m.pleJtdad. de 125: té calcas de L1□.p:rov:lsatló•.o. muestra 1:a.m isma. d:Lflcult:ad. como·la. de la. técalca. de 'b.all.et cltislco •O· o::;:n.tem,po:rliueo, peoo
s.o-:n. :realmente muadDs dJfe:ra:ctes.. La. eo:reo¡trn.f:I:i. es 'IJJJa estructu,rncláa
técnica de un. mundo o?Stlíblecldm de snb!a:umm-. 'b]m41J~111 as.lgoad@S; (Columnas. m1ul.11s de Fedro Faull): Ja.témlca de 1s :1m_proywcwn es m s
ble□. u:□a. téc□l.ca. de la. revelación. 1a. revela::léa. del p:1-tenc:lal de espacio
va:ío {~ e a de Clatbya Gonzá:k!z).

El unlver:!10 esdnlco
c oreogra:tla.aigalfics.podir robxe el cue:rpo. q11e en. este ca&amp;o es ·un 10s.tru:ruea~o-para.e.xpresar 1dea1&gt;. iDeL'ide e~te puuto·de !Fl!iita toda lac-o:reogra.ffa.e:c:p:rema el L=Q:taiUgma.cartesiano de l.a.se 1.:~11:a::lé-nsu.jetli!t-o'bJelo, con la
su:_p&amp;:l®rJdad tncuestloJJa.b]t dd sujeto. (Osc:tl1tdéa di? Tanta Mi:mslvál.s ).
:me este psr.adlgma. nacieron todM lm lm(tros del :prageso clmtíflco y
·léc.ru.ro. y el l a na: -no·se pJede espera:r s l!I. lllE!m!.!d. de l!I. :naturslez.a:·.
:n.a. t01p:mvwadh-:n. co•:ru;lste e:n. 'UDÁI ]abar creatlY'3. o::;:o. el cueq:e, en el :recomodmlealo de la 1mpe:rtanc:la de las ld.ess y e.,:per.lt :n.das ya fo:rmadas
e lmpul&amp;OB :m.omealá.lEOS. Pan. ]a, lCO:,PmYJSOCl.itl:D SI!! neces:l.t3. un CUE!rp¡)
iSell.!iiltlw y peasat :tv@.. iLamaJJera. de exp:rasan¡e ea. radlcalme□tt dJ:rerente dd d.1sru,n;o verbal t r:ad:Ld.o:caL 'ir.al ruerp0 de pen&amp;alllle:ato es má.s
~ p:raseJJlatlw eo. ]as , ulturas antiguas, basadas en el p;inadlgma de la
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de uo.m.illdelo Jdeal Elmucdo de la.Jm,p:rov.wclb:naúa DO se ha.creado,

..Psimlogia intl!gr:,t lbrcdon:i,

puede a.:i;x;irecer e:o. c1JalquJe:r :1D.o:men'lo o e.spa.c:10. En 1a J·1Dp:rovJsa.c:1áa
de :fioo:.ma :refl.E!:tll/3. se crea. otra.:re:iJld.ad. El :pi:radJgma de la co:reognffa. come la v1.s:Ló:n wm.enente de.1 orde:n. mua.dial :reqme:re de un c1e:rM1
iSelltido p;ira el m·UJJ.do•el..ibl:lilillldo 11.ll :me□saJe g_·ue ae puede e□tender y
desdfr.ar, !La:Lmp:ro.vJsaci6:a:lm.pllca la. a115ellcl.a. de] slga:lfícadD o:r.lftloal y
el movlm1e:at&amp; se oo:r.wlerte e:n. uns. WIIDll. de cre:iciilin para fürten:n.laar
su f:alt:a. Amb!IE•rnpcJonm w :n 1glllllm.e:ate posibles; ¡:o:r ]mt3:n·1n.• e:clsteun
rlesgo :1□etaffalco de:n:trliJ· de la. lJbertlill. e~céw.ca.. P•o r e!ilt@la. Llllp;nwl11:a.d óo. e5; realmente una. bmqueda.ba.c la.el m1i;t:ldmlo.

Ludwig Wittgenstein. f.+si•inmti,.s dllf p¡!nsar. Madri:!:

:n.s.1mp:rov1:.adh-:n. y la.oo:roogmfia en ·u;o.a :rmlldsd srtistloo-cultura'J ju.e-

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Ei:t:ado de Méxic:o, 2007, 2®-4 pp.

�'Enfoques modernos

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lillm l:'llew y rmiJ"O cl.e! ::ioza wdtl1n:rom .Ki:Jmla &amp;gum:i tru.tsrló ,e\'I: ffil.l:'fiO
a ~ faealtad. y finab:J;¡irnte del 2S ail 29 de JIZl1ii'il ·yt.mnrs ~poubs
~i~ la!

tmp,!¡rh'ó·el tlill'er de orniaei'M ,0011 rnfogrM, &amp;Obre ell ackN" m ei coro en la
IN[i'mM 9fle!i'IJ!.
IHQmo,!Es~enlc111S1 Al eKiucshar ·"tmrva, g deg,o, :acrtílguo•· ,usualmerrte ·vls¡us:111}z.am!ls, los g,rande.s .anflte:a!í1r&amp;s-,.l'.1.s mási:::al\aís, e1, oro. ¿_se ilms.ulbe w t al lu ·
en, est.a.mm.dlcíhin1, ,11 ell emc,q;ue •H otro?·
lftamm'ls P,a:rukaoo,powl'@:s.iEI taller !atenta.otro·c.a.w l,IJJ¡I; el de co.o.ectar l.as
persa-nas de h oy con las peno:oa¡s; ea. la aatlgua tntgedJa grl!!;!!¡L. :E.o :l.mparta;o:te a.o es 1a. :fo:rma. DI la. dlstao::la; :n.o las máscaras.. sino. las e,necloaes,; li!i q11.e e1.li!i.ll .!!l1!Dten, las fi.JJJclo-:nes que tleoea. Ea. la aatlgus. trn.ge:Ua.
griega elgrsa pmble:iaa.es la OOMlllllClilZl.00.del mmb:re ronlDS d:toses...
Usualmente el bamb:re romuntca su~ prohle mas. a.los di~ . p,¡;r ejemplo. cuaad.o iEl.ecl:ra. ti.ene el problema.oon su llllldre. eUa.se kll oomua.loi.
pe:ro. a tnwé.sl d!! Jo.s dl-mse:.. Hoy e:n d.faesto es muy difícil. po:r est-oten~
mas que en.oo:atrsr el pmblE!llla.:p;rrmll!IL, el problema. de lag rel3clo:o.eB
bumaJJ.a s. Por •otra J.X!lte está la ruestlf m d.el co-:rl!l que fS ·uJJ:a. cueatllÍIIL
muy ext13;6a.pa:ra.la.geale de hoy ell df,a. finemos que en.caat:ra.r lo que
es. el coro. h®y eo. el teatro, cu.lil es. Sil. :fu.11cLó:a. Esto. es ki que tnte:at®
trab3.j.!lr oo:a bs estu.d1J1J1 tes: s.a:r grup¡¡¡ de dlfe rentes person.a&amp;, p;m:¡, que
rescr.ll!m!ln too.os 1untos YSI!! rel!l.clo.nsn,

IHEl [CÍltnll· :se rel.wlcm.i. e~,a.c,t or tDmtemJlíOiráneo

con l;as.l'id'eas.y ellespírih111,ille 1131 tragedia,gl!1'eg31!

"l,P1 iHB!f n lt08 acen:a ele la. anngua trage:lla.
grJega.. Ee Jo,s ¡tra.cdeill eillµidm abiertos e ll 1.oa
que loo actares tea.emos m:tedo de actuar porque pen~s1Ms que n®telll!mDs v,o:z, -o. a.o e&amp;·tam.(!IS; pre:psrsdos tf.s1camente pera ai:tllllr en
espaclos aillf; y temblé:□ p:i:rgue el p~.bltco• de
ooy es. ua pábltco. que ve mucba. tel!!VllS;tó:o. He
a::tuad.e.,, uaa. vez,. en el t ea:tro del Ep:I d1mro y he
villto pu estas s 111, y si! cuán dtffcil es e:afocart11
vo.z. yproye:ctón en un enorml! es.paCl.l!il ab:1erto .• IateotamOB iller i;raudss., muy. gra;ndeill; y en
estmperclem.a,s. outstl3~ pera®'.tnlldades. LM
grandes a.ctares eotleo.den el espítttu d,i Ja.mttgua. t~:13. e toteatac. cGm11nlc.er)o,al. público.-..
O"e.lD qu,e 1m aC"li!lreB d eben e:assyar mudJi!I e:n
este 'ttJ?illl dt espa.ctos, algo que :a.o. sucede hlllJ
en G·:reda. s61D t~nemos do.so. tres ensayes. y
e111ss :raprE!.l'.l!!:ntac:liwoes. .1'111 h3i::eo. ps rll. tu.rl.:.lss.;;
nm meota:n coa JímpuestM in:aí/Vlldo:rns. So:n.
muy JIJC.H las vece.!8 q_ue se pue:d.e vec aJgo.realme:ote :auev•o e:n. e1 tratamLento· de la. aot:\!l).la.
tragedia.gtteg:a ho.y..
IHE1 Ser :acmr idel ,c;nfn boy y ser amr iGl@E,ia.¡uo

lh.i_r:;e•!Slg loo;. ¿Quié ,illli:ereo~las !hay!

..r:a l!llmíJ !Pó¡»,iá lJ Robaitó PA~
• 'ilaññ'i!. Ptl:l'.!l~jJil)lll.os. M llo:tlói", t'ilrétlilr y máil!:liló. 11,'¡Jrf,&amp;l; ,M ~ di!- fti l;!'!i.tttí:fl! S!lpi.'ffllr llli). Arló fJF.'.lmiilÍllO dá
Tc.itro Nl!:ló:lra 00 Grc-cla (11.'i. N'.w'LC ~'" Teoolilrlt:11) ''¡! ,¡¡ PlltUr llk!I. 1m i.'ffl])l~ai .a 1r.:1baJar l;OIDO Ztl)IJ):J ¡prtlfl.'Sicnlll '1
d ~, Ca(mte ~ m ' .a:e, lú t-ompilcl,IN"úell.a~ &amp;órni.:J~ fi'l 1,i::.~al.6ñlea. (;ótlbWiJ t:imbiéñ ,e.o;; ·tc:lll'O.$ m ,¡1¡,1c:ms y &lt;:ñ
RllflYlñ'ill ,~~raíl fil ,11ffill: ! R t t . ~ ik"!'l ~ C:wítO irullfütl'li3'ilb dil ~ 'íDL'lfi~FñO i!l ll'Mli'ljO run:o m 1111
P:A!:

11!~

,.37....------

�es. b'!l· :aus-

:m.os :probla:nBs: la muerte. 1a. mor.al, elfutum,
el d n:tlJJO·. UW3.bo~te el coro e:iq:iresa. slgáo.
prrolelD-3 ~odsl Amrttlll..!ldsmeote (o de~sfu.:r-

teatro•a.le:miin porque llOD muy s.:1ca:pl.ea muy dtrectmis. oo:n la. s□dleol!la;
al:n esce:n.~ r.af:ia. Pe ro creo que este e.s un pmb lema. t:ralamm;: de Lmltar
a.lgc; y no tratsm.o.s de buscar ouistm prop:lo raaterla l. iCUe:re:nte.s v leatos
vJea.e:o. 3.Gred!I, todoi toDIS!l a.lgo y pu.e:les ve:r pufor.□1.a1102s d.tfureole .
Mu.eh.os 118.!ln mulUmedn. mtrrMl son muy stmplei!.:: e□ otrm i.ól.o- e1actor

·ruaadame:ue), hoy teoBao~problemai. socia-

es. 1m,por1a.nte. l1!!y p&amp;Willl!IDDi!S muy cláslC·!M. d~pende del dlrecto.r.,

YPt En rea]1da1:t IJO. hsy dJfe:rl!llC L!I,
:01.0 .

A travá;; de los rdglo:s. la.gente ti.me los mfa-

les: ]a. crJs.'IIS ftaa11c1.era, la t m'lgrac:16-JJ, ]a&amp; dro-

ga e.. las :rela.cton.es entre ]as :pemooas; ·tenemoo.
pnrble:mss. ea. o¡¡¡roú:o. par.a :loo que buscam.m
rol11c10:11es juntos.. iE:Xa::ta:ia.eote ~omc en ]a
aol:lgua tragedJa gr:lega. iED ella 1a problemauca. eran Jas. enfermedades, el am.e:r, el odJo, el
1u¡¡j3r dil horc'b:ri!, el parqu.é d.i 1ml a.ccte:nes de
'Meden. ·lli de H el el\11 de Tro)'ll; el prob]ern.a CCID

Ja m1gracL&amp;n después de Ja. guerra de Troya,
Creo que Ja. traged:l.a. grJ.ega.:aos b3blR b:ry, muy
pra:fund.o, .a.cerC!l de :auestros problemas coJJ.temporl;neoi1, y par eso•b.3.y que repre.s@Dt:arla.
una. y rntr.11 vez. !Po:r ejemplo, hice li.1Efslnlte el
stio• pa.&amp;1do. y en este m(1)'11'Jm:1am) que ·todas

las :muJeres. tiene□ m atra.el 1Jimnib:re en.cu.entro.
'llDJL ca11ex:16n can el mmrJmleato ea. Espa:lia, !El
p erfil,JDl.!IDO!! g:ui:! dl:r:lgi. tea.la esta. lili:!a geae:rnl:
las m·u.ieres ernn Ja. lailJgcL!lcúia: n.t.slstrata na.
uw. muJer JO'!fea. e□ ]a u□lveralrlad. que trat.!iba.

IHE:! IHasvl'st !l! puestas.de·illlbras.g,~legas.en mirm paf!iil!.s tam'lllén,,..;iq;u'é•tlenen, en ,¡¡onnúti~

'ít'P1 cua□.do• v.l trage;]Ja gctega en. AlemaDl.a. □o DI.e g1.15bt') parque tenían
muro.a.dJsta.m:is.de :oue.stro¡¡ problelllaS\, :pero ·tal vez era.cosa.de La pu~

u .. No estoy muy s~um de qué e:s. ]o.que :redbeo lo!i otmi países. aterca
de l_a.t ragedJa grJe¡ta; temo g,ue t l.ene:n um. m:pmlifm muy v Jej!I; pe:ro también en G:ra::la te:n.emoll esta.·OPlDl®D.
IHE:! l~em lo dásko ,lile l'.a. tiragedl~ ,grtegili es; ta ¡pl'l)l)'lemáiika bann:arna,, esta
!E!S1 ·su esii!ndill. 'lf1
r:il!b.J¡¡r te¡m;o gm1eg,o, llil&gt;)' ,u 1m.internn eS'!lli e!'A!nda. y no
r.e,pllllld udr arq~1e11ltig;1c;amernte,, ,o como,de, rnl!l:seo,. l'a, ,c¡¡ue,100s. ~m,1glni!:mos

ql!le,ifue hia.c,e s:l!)'los.1u111a.pl!les:ra en ,esierna grileg;a,
'ffl?1Cre,:¡, q,11.e ]a e.tétl.c.a es :nruy tmpCírtaote. pero deba :haber a:lgo :nuevo.
a.o i;olo !1.1.e J.!I!. verston.e~ d.e 1!l e:stétlce.y l a esOl!oograff_a. El:pa.l.!lcto, el !Pm'-

tenéa, ¡¡,¡in para loo 1ur1sas.. es :algm muy lladl!!·. :pe:cu e!l un :ia.on:ume:am.

de cambiar ]a. s.ltuacló:a, de gerterar otra. opi:□Ltío sobre la.:rdl¡¡Jl.efm, robre ta guerra, sobre la.
smencls.de lms esposrui,

m ltilas. trahajad'o, e:n, IÍIGiS ,i;om1il'n,em:es. t-'{ll!l ,U ito're~. d'e· ,dltv.er:s¡¡¡ forrma.c:ilórn~
¿en ,gué, se ¡p;;m1e,en, y ,en, qru'é •s,e, &lt;ll:11tlng111u1, l,os. :ac.1¡¡,r;es de, l'os ,dlfeireates;
pafsie5¡ en iili edad. I¡¡¡ iforim3e,lólll. lli11 tr.adlel'ónJ

IHIE! ¡Se pa!!llfe tilab1arde tt!mélemi:;l\as.em laSJ¡p111e~'t.u e:m ,es;e-ena •i:·Girrle:rap1náne¡¡¡s !llUa□do :se 'lirrata
,iíle,t:eatro,dlhilm, grileg'11,: ,en Gretlta.y en llo,s p,afses
,en,tos.q,ue llus trn:bilJ;aiilo,?

'ít'P1 Ayer en el tiller m.e dJ cuenta. de cufil e;s; la. dtfere:n_cla, Ell !Europa
L,¡¡¡¡ a;:to:res tienen ce~b:ro.s poderos.is., aquí en A:mérica. iLatlJJJa. tienen
ru.erpo.s m.11y pod.etoiO!il. En JOJ1 d.os casos el probl.et□.3. es. la ~oa.e::x:l.ó.,:n..
En Rurna□1.11, en Greda. en lagla.ter:ra, traté de C·l!iDE!ct3.r eLce:n•b:rn co.:n.el

ru.erpo, aq,ui'trn:oo•de co:a.ecta:rel cuetJll!I toa.el rue:rpo,

38

YPt De.me la a:□tlgl'le:'lad. l.11. audle□da. oonoda el
mito e füana ver cuál era.la. vens:Láo. d:lfereote
ca.da vez.;. ooy en G:rer:L!I.ruando trabajmIIMtEill.-

IHE:! .¿'.E'm.i11111c:e.s; ikisac.mllf5 em IEhlrillpa, S&lt;1t111111uy llrntelec.tual'es.1y lkls acií'l~es e.m
A,nnér1'a 11.iillllmill Hn rn:ás.,emoelomal'es1

'tro aaug:i:m n.o p@dl!mo~ hablar de ·M1Jdeac1a~.
pero. &amp;[ de que trata:1□.oi de Sli!r 11.o:ae¡¡to.s. Reclb:LmD~ tofl.uea.dlla de di:fere:□te.s t l,pos de t eatro., par eJemp].@del teatro alem.:tn,. no¡¡ gusta el

11'P1 sí, p:ceti.ero em p¡:i:rqu.e mi. mé~odo• de trabajo ali má~ fístco, fstán
a'b:l.ertoo amm:bas. CO&amp;aS. S:Cín OJmD a.cróba·tas: a muy fác:llha.cer los. eJerctc loo.. iE:nmoces. el p:roblelllll.es encontrar el balan.ce, p arqu.e cua:odD &amp;JL-

�"CREO OUE LA TRA&amp;EDIA .GRIEGA NO:s·HA.-·
Bt.A DE NiílESTROS PRIJBLEMAS'CONTEMPDBANEOS YPOll ES0 .HAY 101CIE REPRESEN~
TABLA UNA YOTRA VEZ~
1

di ba e:am:amir una. ma.ae:ra.de: :ba.blar 31 mW!lo·UelD.p:¡,.: es :m1métoda
de eotre:n.11mleoto. Ea ·too,,:¡,¡; !ad.ti está el m1! mD p:roblem.a: l!I.moix1.6:JJ..

·t0

!j,iiEJ ,¿Cai'l ,!1!!51 llill sihaacíllim1,@ni G0111fl;a, em , aanto ill la tie:l!lp:a.dóm ,lile•iCíS egr,es.a:1.fos d'e !las es;;ael:.-is ,¡jJe itEmm en ,el rme""ad'G l;al!loran

"lí'Pu'Ft:neJll.OS d.oi; e&amp;:u.elas de drama, 1nia. ea. Te!s.:a1.ó·:nlca y la.otra ea Ate-

ms. Te 1te:mo.s d.os uci!/'e:rsJdades doJJde se estud:la. a:tuactó:n y muchas
esruel::iSs de drslll!I :prtvsdas.. Usu::ilme:n:te de E!.lltss e.reael:is cl,m,.otrascto:rm entran. al teatro• dírectamen:te, tsmbiéa. se da el caso de q□i ua
actor tenaLDa 1a. escuela de dr,11uu1. y e111p:leza a hacer teatro•llwlotlL iH.ay
mucbo teatro tofa n.tlJ, so les da buena. &amp;p?Ileo.c ta. a. 1.os a.ctares, pero
esi muy csns::ido.,. iHB::emio1 las; ob:r.i.s. e:n. tempi!:rula!l;lo:s. ·teat:ros :osciDas..lm t ienen temporadss.. el te::it:ro prlwdo t:h! Di! tempo,rndas. Rn el :p3i11ado
ersn 6 o•7 metSe!I c!ln l:a m.lSJilll.•obra, a.tura. por 13. cr:tm.s ca.mb:1amos de
obra cada. .a. o i iuesei!i, pe.ro usualiueate teae:o:toi!i )a ,obra muclJo tlempo, di hecho lol'l pe clodD.5 em;ple:za.n. e:a oct11bre: y tumllllln e:n ¡;ascuas.
'Fe:al!mDs :muchas obras e:n vu11J110. :bacea (ilrlls ea fe.stLV3les y ·te.atros
ab:tertm,
!j,iiE1 ¡Cómo ell t:eidJro,grl'ego

H1tua'I ( arte,esc7l!mlw Y' d'rama'bullfilill) 1refilej¡a,,o

Ino,l.i rea:llda.dl:amial na.&lt;ílcm:alil·
YP: E:11 l.as. puestas tr:itam.o~ ele encmat:rar 1:a rela:1éa. con nuen tM p:ro'bl.emas. Co:u Ja.a ·Obra!i clá&amp;l.c.alil es, más fádl, deiio!ifort□nadame:n.te ea. Greda no··ten.ecal!l5 eb:ra¡;; que hsblea de p.oobl!:mH actuales, pero ayer qu.e
eitlMl! aquí, um . est11dla:ate me e:n.v.16 um. obra. q·ue empezaba. s. hsblar
del :problenl3. 0:1:11 l0s emlgrantE!!S;. Oll•n el ml ed.o; rob:re el m.tedo di! otros,
problemas coa. 13.telwJBt.ó:a. de lada.la. ta.tlu.e:a.cl!I.que v1eae de la.televii.J.óa.. !De&amp;ilf!i!rtl1D!lda:meate w leo.em.o:s.•o'bras m.ooer.m1s as( de :podera~as,
que ba'ble:o. d.e ou.e.stra. realidad. de 13. a1&amp;1s fi.aaa.clera, del fascismo, de
1.os E!l111g.r.i.ates::·ood.o ~sto soa ouu t:ro.s p:roolemss.. li.a.audleodJL aee qu.e
el test:rn h!lbla de sle)l, del ps:ndrn. ¡:ero el test:ro de ber.fa habla.r de siga

abara . Ese es aue.stro•t ria'baJl!!l.

�Hi!lmlfl, E~énl'ms. ,c;onwKll, msn, algurnM panlill:i\pantes. iil@spu~s del Urmlmlfl
iilel 'Wlflll\kl!ililap, R@llOOBiálrnl'ermi, d'el iaUM'Jlll •ÉOfflO llastr,umento lile•ex¡presli!ia
meiill'a'mte eU t&gt;ra'b aj:0•ilfs1'&lt;11, 1mf1 artl'di!l•pGr '\íilannl's 111'.ar,-as'ke1/(j f1H1i ulltu.
l!lllsau m 'llirt!Vilmo ('.2ª seli11e.tre) r !FU.e una operJe:n.c la. tn@lllld11ble. la :maa.er:a com@nos bl:zo cc,aectammi. Me :parece un Upo fil.sdn!tate, time L9
capacidad de reuatrnM.. de mmwarnos. de :bacemas &amp;p:resar. ,r.,:e llivo

mumos oc,aouai:1ea~os pa:ra.los p:ró.x:lmoi se rnestre.s.
Rebec..a. Magd'ell ~eig.r.es¡ul'a)i iliS una.e."tcele:ote manera de uabaJar texrns
gµe C·O:Dl'lLderamoo le)!lnos:·la m.aoera. C·O:at@nm h:i:to aoa:rca:mos a aos
textos el.evadDS. tra:DEp¡¡inuJo.s a nuestra.:realidad :regI0:t11@0uma.y lograr
es.ta.u1tI001 en.el grupo•. que au11queno :nm. co:nocfamos :no¡¡, co:ne::1a mos.
iESi una. ex:i;er1em::1a. :l,;Girfa:uaapara.Jm que ya habfamos Efil!'E!SS.d.ill: pgra
los. que abo:ra. e:ia.p:Lezan es una a1ot1w.c:1ó:nm.u,y. ~raade 'traer :maestros de
fuera C!il·:O •otra m.e:nta1Idad. co:n etrn v1sI.&amp;n,
V'K.tor i(r ~moe!ilire•) D!En el laU.er a_prem:lí dew.a.s.1a.d3a

l.o C[UE e.l
lll!lestro· Yla DDts. p.ro.•¡:.¡i•:ne eis que. el ai:to•r e.a.cueolre. .su p ruplo balan.ce
pua.pod.er enoootrarae oonlw otro.is ea el cC1ro, alm.o:DJe :oto•de e~tax en
e&amp;:ena.rea.ccl.o:nar OJ·.DJ.o uao, lla::la.un:ml&amp;wo motlw •e Jote.a.cl.é o.. :E.o d:1fkll d.e maoeJuel. coro es.hBcer que tod.o:s a.ctúe:o. almlam.o•t lempe, que
&amp;leateo. el JJJ:l!íDJ.o beneficio. Al.g@ 11Dportmte e¡¡¡ lo q_ue apreadl iólllb:re la
IJD.p:i!:r laada del co•nta.cto v-Lsual cuan.él.o e.slEDJ.m ea escena, d co:aJa:lo
m:n. el otro, la.co.wual.c:a.cló:o. [JJi) verbal
c:\l!IS;3.&amp;,.

Kariliii S!//to, (2:'" i!iermeiitiroe)l E] JateCllJD lrabaJo C·C!rpll!ral ea ta:ato, que □.eg,a
un mome:o.to en el que realmente le .reat fas co :n o e.o. uu t:raJJce y lw1graba¡¡¡
IJJla. oo:muJtl.ca:ióo c-oo. tw oompiJie:ros,. esG hacl.a.el trabajo mu.ch¡¡, m.b
flllidl!!· y te hada.trabajar mejor. Creo qui! a;,·tiJ. fue u:n.a de ]as Cíll&amp;LS q;ue
mm.ca había lograrl.!ll y logré e:n esle o::□.C'ISG ..

40

�SI te. cfl$.Otltíle;s ante&amp; del i de ÍitJñlo ,d'.e 2013. reclblras
un1descuo-nto de ;$100.00 ¡pesos..en tu lnscripoi6n

�...,
-,..

·C.e le brac.i ón del

día mu,n d'i a'I del 't eat,r o,
e,n FAE

Por M!ariiela G,utada1Lupe López Flores

aúl'tUD.a. uimaaa de m.arm.:por ·tradJc Ló•n desde 200s. enla. Fl'ml!:t.ad de Artes EscéaJcas. se ne-

L

1va a 1J1bo la.celeb:r3ct.óo. del dia. mundia l del teat ro, (2.7 de~arzm), Cllmta;íld!D 00□ dJfereateill
ac:ttvidailes. par.a.festejar lo qu.e e.studlamoo co:n tanto empeño,

!E8te stiill el

fesl:l:!Jo emp elló

ca□

un d.esfile en el que :al.umnm de 13. fll.cult.11.d ~e csr.scter.l z:annn de

dJfereaus ¡:er.oomJes y OJ•n can eles a:auacuibaa. ca,n. aleg:rla el día.mundlal del teatro-. bacu :ndo un
reoon1d.@po:r el campus Mederos de la 'Uili.Nit.

O d a ami pus la ce]ebrs.dó:n de eate d'l!l. la m iCJNiliSCO 1.e pide .11.u:na t1g11n s•ob:resall.emte del t eatro q:ue escnbll.un mea.!l.!IJe cam,pan1e:nd®sw reíle non.es robre el ua1ro. ES.te afio fue :tecb.o po.-r
el d!llmatu~ iOa:dm Fo,. De.spuéill ddde&amp;f.Lle, ft'ite m.eW'BJe fu.e le(d.o por la. et'itudlaate de •octavo
semestre, Gablteh.An:e. en la e:x:pla.na.da de Ja. FAE.
Después ]m alu:nnm fes te jllro:□ e¡;te dfa en.lll E!ltp)an:irla de Is. F.s.cuJt3d e-o□ 1lll!I fu:□.cló:n d.e Ja.obra
Dt?Sl1\IO'JU&amp;im7S. dJl1glda.p:u M:ayr.11.Vllrg,!IS. oon]ruiiactllll.CIO:l&gt;l!l\1 deROO.i!tlfu a mtú.y iEd.U!lrd.o F~n!l:

obra. que fue exam.e n d.e dtreccl.ó.□.. M.i&amp; tarde. c la:u.dto ·r..rc0.re.ao h~o-urui lectura draJDJ1.t1:zada. de]
])i"i'ffi!I r.«a:zoo ddl!t.w d.e iEdgar Al.la;n Poe, ea.um. d.e ].11s :11Jl:is de Jafacu]tad.,
!Ro. el lobby del 'F~atrm E8p.9cto, se blm Je. prel'leotsciá,n. del:□uevm :oúm.e ro de Ja rev.Jst:a H00110 ~
ntcllli'porla dlrecoora. de la fawlta.d. M.A .. KarJaa E:squ1v'e1. el !Dr.. Jwle:rsenw.(Dllilestro :la:vtmdo),

y la.Dra~,!E.br.Lr:l. Pllpova.{ooo rdlm.dora. eduorJal), ]os cual.es hablaron sob:re el p:recesG de creación
de ]a rEVl.sta y el o:rgull.o de teoerllD!l.nv.Llita uruve:rs:t·t:ar:l.a di?dJ.au'l.9.a.larte t e:atnal. y daI1clsum .

N•rúl:nm.o-. Ja.celebrai:1.itm cerró-conbroche de o.•m, Oll·De.l nJler de natm de 1'1. Fil oonJa. funcHín
de la.o·bra..IRJ. P.roj,r,rt, ea. el Teatro Espa.cl.o· iRogel:JD•v rua.real !El.lz_o nd.e . co:otawlD ce•n 1a. a.ctua.cl.ó□ de

alumnos de la. fucultll.d y la.dtreccl.ó n d.e Ja.v.Le r Serna,

�..._

l\,.""li.'l l l'l'.UJI

• l•.'J · llll••

_,,

____..
~

..........

�Semana de JJa dramatunfa Nuevo 1Leo11 201J:

Sema1na1de la

dramaturgia
Nuevo León1201
13
Por IIElvira. Pop.ov a.

P

ana::.e qui las le::turas. dxa.mat:lza:l.as so:n
um IJlBD.era eo:atempadiaa .scert.a.ds y
Edt d.e:nte ps.rll.d:J:\rtilg:l.cló11 ~ 1aten:::ambl.o•
de te:&lt;t.M para teatro•a. p;!~ll:r de las tec.m;ilogfas
m.ss :lno.ov.adn:rM, iPo r lo meaOll es lo que d.elDlle.Btran lH ;ema:ll!m de Ja.dnllllErargJa quese
ceJeb:ran. en d.tfereates modatlda:l.es y 1ugares,
de :Méx:lc:o. hace ya. mll~ de füez. alloi;; Es 1m.po!iilble no me11do.tlllll' a. B~r J.s SC:b.Oemaac. y a.ll.Uls.
l'.llarJ.o Moa.cada. ron Ja. S.eiaana i!Jlteraadaa:al
de 1a d.nuaa:turgla cxmtempar:án.e.s;· a. ll.qjom y a.
EdF t bbs y el Fesu vsl de la. J®Ve:c. dn :mstur-

g1.a m

Quenztaro.

En este oooti.•xt.o, ¿Cómo• ge i!cltú3. la. Semaoa.
de ]a. dr.smaturgta. llrll.evi!!J Leé:DNOl,n.serva□d.O·

------~

el llllow-.110ill de la. semsoa. líaterna:::1.oml de Ja.
dram..atmglB CllllDtemporánea. en su segu:ada
edl.cJ.óa. (de 9 a .il'J! de D.l!IIZ.O 10].:l.) ]a de Mo:□terrey patflJa. cuecpo propl.o e i ncluye texli!!'S
de Q.nu.es.tra. Am.érl.ca." (cuba.y 'IInlgll!l!f) e:n. la
b6squeds d@su. lcleatld3d.. Abr.16 cea. el t~:no•
de UJW de los drm:n.sturgc,i m!is ttnsul!!res y represimtatl!Frul de fa dram,gturgl3. m~
m1. cm□tempo:ráo.e.a ( Chllll'.DMGl!il:emre d.e tegom) y e.e-

rro coa. el to.to d.el :novel auror :reg.Lomo:ata:o.o
Gutl.é:rrez (li&amp;'11w de mar). As!~ bomb:ro
:a.ho:nibro e~tll.v.le:ro:a suro:rE\!1 e::tperJ.meatsdos
(oomJll !Ed83r Ch.fas. onn Trmi ltl!tl!H'l'l,1Hfei!plij'll'J".O.
O.tmt'b.t it.em:o. y A:ot.m:olo 7áfllg.e am. ~1i:Xfló!IJ1
de,i:i~hrliíli' ~ oaruel se:rraoo o:rn. Lo.s hem:lerm ~ imp,mo) con oum (J.ue e:mi"!:rgen en
t ler.ra!S; reglas {oo:mo.•carJ.o¡; Portillo.• y su Bn id
«z1m&gt; diel ¡'!) tnsol'uNe\, c eJe.ste ~plnosa oo:n L11
tnwrmante lli:storl!i del 01i'ge11 de la ¡p!l~a cfo1o,,
y. el. ya m.eodacado Da:olel GuU.é:rrez) o v.Jea.e:n
de otnu JatitudH :c.3.clanales ( cm•m.O•San. !Plnedo de Gusaajuslo quJen tr:aJo•.il:lls iÍilJE1'tffll2..
l!fm,). iRn cu3nbll• 3. la!J¡ l.stltudes tnter□ac111males,.
se e ncontraron e:n M.0nterrey Abel Go:a zá]eL
:,;i:elo• di cuba. can l'.li~uoo e JVán solanc:b. de
El3JJl.el

lilrl)¡gl]3.)" COJl.~ .

:La.Jm::urató:n de Ja.mrratló:n en el cue:r.po d.e]a.
a::cllíc. dramátl.CII, el eacueatro y fa. comblnadóa de e:st:Oos. Séneti!!'S ytr.sdJ.c:l.o:nes,. o llln~
E1s.cllíc. de estll.s; e] m!lnejo del :p;!f.mtl!IJe a trsvé.!i d.e juego:. oon eil su.Jete, o del U@
:01p:i. cam.o
d.lJ.gtsdo t :n d que rnbe:n. en 11□ rn.lsmmtost3:nte
pJ:E!S@ote, J.Xlsa:'llily futuni: es lo que vtrnins./le[-

�:111os e:n los t eicoos para t~at ro eo esta. sema:na.
Pera t:udl:ilén eotendlmíM que lm dramstur~ ooote:m_
pori:neOJ1 Iarlepeodleat!:!Dl.eate de

su edad y p:OO"leol.encla. gerrgr.éf:lc3. :.@ c:@ntr:ila
ea el :ser cotl.dlaa.o cm.a i!ln, de:.a:.0:.1.egas. 'il':rtv.13Jes •O trsscea.deotales. estas preocu];'C'lt'l®Di!S
son :muy :perimnales.. 10.dJvLduales. sLn t ate:atoli
de tw;;;:rJb Irse m el cu.e i:po•&amp;octal Esl3. cercaola
roo.el mer rotl.dlall® eootem:po:ráa.eo·fu.e lam.ot tv.ación que bJz:o clLck roe. ]os d.trectGres y los
actores que Jeyero:n e.scénlcam.eute los te,ttos.
iDe dlfu:e:n:te.&amp; geoersci®oes, lltcUa3cl!l•ILE!!!I es;lktlC!S.11 y po.s!lbLlldade.s cre.!ltivss:: far.ge Sá.ncliez,

dramat Izar la lect1Jxa. de La fllmesante ~wri\;1;...
de CelE!.5lte Es:ptoo.ss. d.o o:l.e el amo:r ro:n.daba.e:n
13. lav.aa.clerfa, !le Hxa, :regresisbs, !i~Jl el. c:Lc.lo
g□.e le ·t-ocsbs;· y Jo:rge stmc bez leyó•el ·la to, de
~ m 111alamente a t:~s del cuecpa, y la. Vlil·Z
del actor ,(el dtvertldíst0lO e ll18Jilr3dl!l-r carlo.!i
GUi!'t3 ) y ],a. llmaJaaCLÓ·D..
!Lall! e.1:p ntendas dnma.tórgLc.as fueron oompartLclas eo.]as doo a esas :redan.das duracte la.
semana: N·uestr.a. A:m.é:rlca::dl'3.matl.Uila.Jatjo.oa.mu:1.cs:n.a. y La. dr.elIL!ltorgla m ·t.,{é.,:íco a ·tfmré.si
de fa voz de s1111 .autoresi.

N'ata.l.L!I Qu:latero. V:larnte Gslt nd ®- A:rturo

Torres, Jalro C:harl i!!S., Ala S.!l:wed.ra. G1Jbe:tto
LOraio. Habel del !ll@si:rue. !Rll.SC:bld MlU1)!!,S, y
m :n.ctscl!il ·•t:tlll eami. iaterpretaro a. el cioca.ce.1no
de "lec:tu:ra. dr.!!Dlat:lzarla~ e:n.fuca.udo larela.c Lé.□
entre el t exl)¡¡¡ y el e&amp;p.a.c:lo, M Cpo•r eJe:1Dplo; Gilberl®1.oredo deltmJtó s,:a.cllla e ia.gen:l!lsam.e a.-

t e el espa.c:la escéo:Lto psra. np:reseotar la :Lsla
de cuba ea.la lectw:ade ~\lldade Abe] Goazil.lez Mela y esto ddlc.tó lss. :relai:l¡;¡n .e:s, entre lo:.
JJ!rMrurJe:. en dif:e:re ntei; nLVE!l.es y rol.ei!ii si:íu:'.L!IJes:· Art□rn, 'f"O:rres us~ Slliilo,do;:i :ps.19.nEia:nrui para

,..
45,..•_ _ _ __

�Semana de JJa dramatur(fa Nuevo 1Leo11 201J;

Raíces y panorama

de, la ac,t u1al

dramaturgia cubana
!Por Osvatdo Carmo,

as :raíces de ].a d:ra;10a.tuq¡1a.c.ul,,!IJla. de ei.-.
t-oi;rt1emp:¡is. l1lly q·ue: 'buscsrl:u .m el sl.glo
1:ux, iE'n no.estro ¡mt11.do oollm:L!ll eac.;:mtr.!IWO.:Sl mucha¡¡¡ de las claves, de l!I.c:reactón dramlitlca. dd prelSeDle. !La.trad!c:16:n dnaD1.itárg1ca.
tasula.r apostó de.sil e SIJ. :Ln.1d.o p or :realizar llD.
an:áliBls critlc!!! de h . res ltdsil.. Plim.lograr ·tales

L

musical; los m.ed;IE;:DJ.os: se detienen en el :palS9.je 1csulsr o los Upms vernlicul.i!í,, J.,¡¡,s djletJl!I!
:más agu.dm de su @poc9. y I1.eg:¡tn 1aclrn~o -ea
el ca&amp;1•d.el teatro.• bufo-, a oo.ll!f.E!ftlne. tal vez
s:l:n prop:,nét1Seli11, en un auténtl.cill lllJi).Y.l mienlm
cO'ntr.erultura.l :negad.o y pers~d.o pe:r ]a m.et:rópo.11 espaüla ..

pnripM:ltos tl1!11i11 que k ll.m: :fulrn :[film emtr ]a

O:!Dsurs. iDe este modn• logró emablar uoa. relacl6n 1ateru.a. y rompllce cua un píibllw que
d:l!fru.uib!I. al v.uwt refleJad1:!. Esta v.o01dó t1 de
a:mverur .e.la.esceoa.en elá~ra d.o:n.de se debaten te:mn crucl.ales, djlelll!ls ·u111e:nt.es, muchas
YE!O:!ts

E!SC!lmlllt @3dm en imtrms ~militas, junto a.

uaa. envldlab]e pmpe:na16'a. a. su'bventr-que n.o
se ba.llDI lta.df&gt; r.olo a los cánDJJes. eatétl.ro.; s:l:n.i!í
que ll!I. a.¡:un:ta.do o::intl:n.uam.ecte al entramado
socto:polfuco-de: la nactón- h:a.d~
do-en 'UD3.
1mute de brú.jul.i.capa1, de m.o;;trn:rel ru:nibo,
!11.s nuestro µusa:l.o colenlaJ qui.en llJlS dota de

trailld.&amp;n dxamátl.ca y teatral. Au:~ras.
Ol!mo José 'Ma.cía. !H.eredla; José [a.ctnto ·p.tUa.:né.s\, [fosé Jil!Gqllin u:re:020 [;ua;:es, J~ Agustín
MIU!m. Gertru.djs Gémez. de Aw]laaed.!I, iFranCISCO· !Fernánd.ez Vllllró!ii. ilgD3CLO ssralibaga y
varJ.esm.:h¡;·&amp;
-o.olo:s.larpul1&gt;ores e¡¡,e:acJaJes; qu.Le:nes eonflgura.11 un co.1Jj11.nto de tretas y ardides.
asum~n re:::u!\Sll'! ·t bl.cos, lnlp:mm o rompen
moldes y d.ta'logBn c-onla.secalbllMad de ls. :ru1c16'na. rontrapeln de la. cen.sura•.ES p:rec1sament e para evaill:r a e&amp;11. cea¡¡¡ur.e. que :rerurrea. a Ja.
pa.rábo•l!I; d doble sa:rt Ldo, la.au!ip l.ca.i::la.y otras
tretas.; dejan ·una. c]11ra. huella del entramado
'llll.3

______.ii;_
s

11fa:nes ecnsnc1¡:ad.e:ras y deurlas ooa. modelos
adm.widoB, astnJLlacl.ó·n y :reelaoora::1.1fü1 de las
técnlca!S; ror:in eai-,, afta. de a;:tu.illda.d. :rebeldfa.
y ·UD prof□.n.d.e sentido crJHo:; stngulartz.aro:n la.
pr:ktlca dDmá.tLc:a. cubilna.desde su. s:IJlllenm!..
11quell0s polv.oo traJn1!!n estofl lodos. s.1 en el
s.lglill XIX se ve L1.fl.c a la.ar.raJJ.ca.da y se blfürcan
loo c.amlllo.s de lo culto y lo popular, en el XX
estJJ.co:ntr,11.dlccl.ó:n e1, !Siuper:ad,e, gr:ad.11s al aunad@:r:n11r.ldaJe que p:roptcl9:n 9uto:re~ e-amo Vlrgl11®Filie C'll. csrlo!l Fellp::!. !ROlaadn FU'.n!I O·!PaC(!I
Alf@a ~o. De ]a lll3ll!ll de f~ A.nton.l.mRawus ]a
:fiun:Ula. se Ollnvle:rte en el núcleo p:ref.erldo por
1.o.s autare&amp;; quienes a.ll!Íltzan lo.s dllem.as del
macroo:;,s¡m.os il'Oda La. psrttr del mtcro.O!)S111os
film1lla:r. 1'emirn ca1DO fa dei!!ilotegral16:n f9:mlllar. ]3 bUJda.. 1!1. locura, el SUlCLdlil1 e:a :ftn, la,
evasión de un euto:r110 bostll e lncompreCB.lb]e,.
dev-JE!lle:n una. o:rnsl:mlte. De :nuew ou.ESl::ros
a.u:1,:11res. anall.Uln cmi a¡¡u.da fr:tcqueza dj]emss
claws y urgentes. iE'n ],rr,s, :afimI immgu.ral.es d.d
s.1gte XX um. ].Xlne 1.mpor1aD1e de l a.m.telectuall.da.d.cubana.s ufre el &amp;13.lll(f)•de quJeius baa. v..Lsto e&amp;fuman:e una gnuiflu¡;.J&amp;n. li..a.mterven.cl.én.
n®rte.em.eilcana.tuerce el rumbo de lss gue:cras

�emaac1_ps.do•I3~ y ya e:a el uaib:raJ del.e lfber'tad. esta. resulta.esca;n cnesda. de: modo•ab:ru_¡no
e 1mpe:rdooable. Bl1ila absurda ooyuat1U3. cay!ll
cual u;iu1.láp1da.pe.sad!I.&amp;obre los sue:iios y ,!IJ],ltel.o:s. d.e la. n.sc:láo.. iEl de.:isoo:111go, los seot IDJlmto~ de :l.n.d.e:f.eoslti-n. Js. 3s..fu:la. p·~ ads. pnr
UD3. littu3ClilD. m rnm_p:reOA1ble e :LDeVlt.!lble, 'l erm l:aau. ¡;_le ndo el a.Jste:ato de buew. :i:rarte de la
dxa;matu.rgla. di la.prlan!ra. m'ltad. del sl.glo io::.

y ~e fragua. ua e.tima d.e ·tea&amp;l.é:11 y mutu3 de:s,.
conf tuw. que ·taxdaria. :mucbo• e:a de.spe)!lr.se•.
Los afio~ so y 90 ,fiJl ded B.LVlll.'ii i;ara co:aseguJr
este •despeje". En buena. medida.]a.llega.da. de
DU,a'\l'\ll! 3ut,¡¡,res ooa.1.os d;llema~ y pe:rso:n3J.e.s de
su Jie!DEtllctón term1:ru1 J)llt d.ese:mbocer ea.ua.
cJuaa.mudlo más bemettCI.OSl!I.
!fl'.oy dia. oolcclilen tanw. sobre ]os escenulm

ro mo e:n. l9s pu.blLcsdo:nes varJas ge:ni:ractone de autores, eoa sha.eam1.ento.s estH.ICQ.~,
:preocu¡mr1n:oes. geae:rnc.lo nales •O alveles. de
lDfldt n.Cla ~o'bre la. :reall.d.ad. diferente. Pillr UD.
lado e&amp;t~JJ loa 11J.1estros. b:LstérJo¡¡s que debuta.ron b1en e:n. el ocaso de los Si!I, 'bJen en los a:fi.os
60 del pasado siglo ~ua:ado ocur:re l9. llatllllila
ª ec.lo111ó:J1 dr.aa:clt:lcs" y qu.e crmttaás11 s 11 .e_ct1.v1d.ad. 1tbelardo Elit·or100,. Eogen.10- m rnandez.
i&amp;ip1DOtl3. AIJ~Ó:ll Arruiiat, J,~ 'Milll!ia , Ge:rardm·
iFUlleda !t..eáa. Reaé Femb1.dez l!i :N'Joolá~ DG:rr
fG:rman p11:cte de este grup,, A ell.os sumaNn ,
e:a lH décsdas del :i'Q, el l!lil y 90, no:mbres y

t@:i:t-oi. de verdad.e tll. tm.po:rta:o.cill co:mim s,on
los c:il5(!IS; de: l\lblD P32, !Robe:no o rJ:buela. Gl.l-

EL INDfVIDUO YSUS APREMIDS MÁS PERENTORIOS
VUELVEN A SER El CENTRO DE lAS PREOCUPAC.lONES
1

1

1

1

DE MUCHOS'DRAMATURGOS~
iE.l triunfo· de la. Revo'Jud.ón l.1de:rada. pn,r F-:ldel
Castro, fD 1959, camb:Lo el.rumoo de u:a mx:;do
,: lrhtlco-, Te:mp:raao l!n los 60 &amp;i! fund3 el sem1m r.10 de IDrama:turg1a.d.d Teatro Nac:Ui.mal y
se da. caui:e a la. wcacló:n de Jóveu.es t aleatms,
son nbaJadol m p:reclims d.e las entrada¡;.,, Ja.:IJD.p:re:11ta.:aat:Lo:n.!11. publ1m t[tulos teatrales en. oo
:número, y ron uDas t lradss :aun.ca. v.llltai; suben
s esce:03.las obrru; d.e los. auto.Te~ natl.vo~. el pti.'blJOJ·arude ma&amp;1vaJJ1E!llte 3.Jo¡¡ teatros y se produce ua.fellómea.o bautl.zado co·:mo·lll. eclmh1ia
dxamlt:l.ca,, Se :funda.el Sistema. d,e la.ED.S&amp;laDZa
Attístlca y otro buen número de a]eota.daras
1:Dlc.1:atl'lll!li. !La. dé:::ad3. sw.:ite:cte m cimblo 11s
bauuzada.:i;or !Un.e !Leal (de:can mde Los cr.ll:iOlilS
cuwuoB) cawo el deow:lo•gri.a. El .Interés d.e
a]gi:n.m fucctoaarJD.lil culturales po:r i.n.trod.11clr
las :ox:;rmatlvaadel :reall.salo soc:Llll.:IBta. no fruct1Hcs, pero to:Ld e neg:atlva;m,rmte e:a. .al dS!l.!lrroUa
oobe:r@JltE! y natural del s.rte E!Seén.1.on . iE:1q;er 1.e:aCllls re:awadar,gs ron tru:m:ada!i J)Dr den-eta

da. Hn:aá;od.ez, il".reddy Artlles, Alberto Pedro•;
A'b:lllo Estévez. A:rca.da del Pino, carruea.iOuart e. S31v.edo:r Le:m.18, R1c.ardim Muñm, !Retn:aldo,
:M,aatero, Rafa.el Go-n.zá.'ez. ioel Clloo, RLaardo·
·ri.tuéioz. Ra:úl Alfonso; No:rge !Espinosa; \r(cror
"t"a:rela. Nelda. castillo, !Rag_uel Ca:n:tó-Flo•:ra
iLa.u.t.en y ot:ros tantos que h.ada:n. de:ma!!lado
e:,:te:a:u. e.stal1sts. lí.!rul de UDD· d.e los s:ntE!.!i :rue:a.dn:aad.os c-o:mp31te el o.flc.Lo de escri b!lr con
el de dtre:m•r escé.alro, 'i'llrJoB d.e elloo V3JI. 3.
ai n.trlbulr al ar.etoo :natural yajeno· a. ewlquJer
:tadole de traumatismo de lo:;, :n odelo, postmDder.n.oo. ea el terre:al!i de la. e.scrJtum.t e.str.aL En
s],gi.:i:nm casos a_puer.taJJ po:r una. dr.!IIIl.!ltu.rg1a.
e:a la. cual la e.sce:aa .se dese n:tle:ade del :p:redom l:nJ.o de la p3Jab:ra. ladloáJJdose mucho•:mA.a
:por ]as :lm.ágeaes,, po:r un mooo de hacer q_ue
acentúa. su. carild:er prefo:rma:tllro:, se mmpe
con. fa. L1oe:al1dsd. d!!I. :re.lato,, se s.pd11. a. loi;; lenguaJ1!!3 e:r.ttll-verb.ales. a 13. tat:.ertextuslldsd. -o 19.
se:w:m.al1dad. El mollólogo. ~oJJl.D aJu:rnanva

·-47 -----

�Semana de JJa dramatur(fa Nuevo 1Leo11 201J;

acrte Is d:lffcU ooyu:ntu:t:1 ern:né mJoi ge:nerJJds.
por 1.a.caida. del i51l!Clal1s.mo en EUropg. del Este.
alca oro u:□ auge s.lg'.olflcatlw e a.lm 9[í. El deba.te e:n to:r.ao a. la. ide nl:lifad !Se 'tor.aa. :recurrente.
se V'llltd!i.el d!s!.:ur.ro del otro y apgreoa e] tema.
11Js:Y. bast!I.e11to:om11 escamotes.do o :fumC'llrn.en·te 1)2['.s:eg111do, S!ll:n reclla1,adDs mestet'M'tl:pmi.
el paaae~o y el. coníll.cto· ba:nal. mleot:rai. que
el tnd.LvJduo y sus ap:re:mlos. má.1, p!re:nto,J1os
vuelwn a. 9?r cl ce:a:tro de 19s preocu.pado:om
de mucl:ms dramaturgos.
IDe!!d.e 1111.clm del. llll@!llll· i&gt;lg'm CO(l]jeJlZll:□ .a hll.ceme prese:u es :autara/l co.mD.• A.bel Gom.úllez.
]';tele. Nara. r.t..e□sau, '!J]JseB R.od1fgi.:ie:z, il'eb]es,
l..Ulan su.sel zalilrrar, Maíkel CháYez. !R.o'berb!í
ID. M . Y ~ u1tre •Ot:res. qulea,as p!ll:r c.amlD!!&amp;
dlfereates. y .apoits:odrn po:r 3Jter:n:atl\!3&amp; ~
·lét1.cas dls:fm1les. dl!ll~a:n oon Ja. re alid!iil. y .la
h lb!JJrllil cr.m e] mLs:mo· se□tld.·m cdtlce de s.ua
pre:l.eceso~. Dilem.as co•mD· e] di la emlgra.dóa, Ja.d.e&amp;tate¡;rac:16n :fi11:oi11a:r; la 1rrupcl6 n de
:auevH roo:rdea.sdm q□1 ¡u:a:cres:n modelos de
conducta cocrtr.irntsnte~ co:n Tl:!3pecll!li s.1.aJJ no:rmm morales y éticas esiable::.tdas coa amer10r1darl. ( dw.ela:nd.e el reoo:rno a. c!:!m.prartamleo·te:s y prátt:tcais, que se s□.po•:nfa;n deste:cr,1tda~.
pem que ahora. resultan au.pooas bJen .~r las.
cs:ren.clas eco n.ó,m lcss_ pmr IJJ..llp ertura d.el pgfs
al 'tuOSilDO· o ea ge:ae:rnl dt'blili:!1 al O!iR'ISCto· con
uJJa. dJ.□líml.ca que :p ar varias décadas na~ fue
ajeiu.), 1:a clem:r.len·uiclh:n de aatlgu:o;,; lléro.es; ]a
doble m.o:ral, Ja.:me taJtzacló:n crecleate, ]a lll1rada. e~cruta:lota. y ctirlc.a. que pD"1e en. evtdeac.la
actltudJ,í!Hli!llll1:r.ible11 e:n :l3ll que Inc urren 1:ncluSO· [:Glmillgmgs de otros t 1empJs. so•n abarda:l.m
p¡¡r_r :□JJSSUOS au.to rea. C!:!ll palpable lD.i!!lliteada.
En es&lt;! attlo e;,iacto do:ade co:afluye el :Interés.
par :polemlz.ar, por ~ dr.lflar e :Lluml,llllI ro:oH ]uablt ualm.eate escam.ote3da11 del.a mallilad.
m.c.1.0:aal cl!lnel apego al.o::ero y manifiesto. :por
fo. p:roplo. se u'blca. la obca. de nuestro,¡ dnmatw:gos_,
J.lás redecte y a,oomJQ&amp; ilas pJr la estela de .la

polétatc:a :h:a. b?cl:o su .9,par Jctó:n ]a más :aovcl
hor.ll9d3. de au:m!lres d:t3:1D:it 1.001 cLiba,llGJ\. Eatl'l!
ellos !.e. dls tl:nEjuen Yenmdy Fle:11:l!!r.. AgDlE.'i!,J.ll
Hemá:ade:z. Yu:mo:r Garcla. MJa:1keJ !Rodri,gu&amp;..
R~e]lo O.rJw:ndlill, i1"3bJ!i□ s.uárez, :Marle□ il"ermn.dez. Alejaadrn1 Ara:ngo; L'llta:n.ae iLUé!I·; Willla:m l\lJJJZ. :Margar ita !Bo:11Jts. •. !lffioo. :han a.por·ts.do 11:a e:11pectro 3m:plw y co:ntrnstacrte que vs
de la spmplaCJ.é a despreJu1ciada de anugu.m
mitos, a la u'b:l.cadDo de: lo~ confilcto/$ en el caute:x~o :famíltar, :pa.53JJ.d.lil por la. vJolenc:la. se::xual.
a.la par q,ue arre:ml!ten d,e;;pladailamente r.oat:ra
bbáes y :norma!l p.reeatablectd!i.s .. En. sui produr.c:to:ne3 e; peroi!J_:t:lb.le el Juegim :taterte.&lt;ctus.l.

l9 deuda. cli/11 efltruttlll'3ill pro:pl!l11 del .a□il.1ovJ­
sual Ja. UJfiueoda.de amons dlve:11Sills (il«í lees.
Encbt, ![¡¡).n,er, .Müll.er; P.lóe.ra; Trl11JJB, Arruf.at),
o ]a. !asistencia en temas y tm·n.ak~;:;;,; pmp:l,¡¡,s,
d.e la.roe.Le dad cubana de hoy dfa. No•setr:l'ls.de
UD. bloque 11:al.foane &amp;1II.O de t adlv.l.dll3.lld.a.des.
q ue co1ac:1d.e:n. en el t:letn:()a pero que so~ttenen c:rJler:los e!iit€tloos dlferentelii y e:□ .alg□;nlJ!l5;
casos todo.ro d1w:rge:ote&amp;. Por un hilo e.stiln
q u!ea.es retoterpretan .la. tr.adlcl.ón u.tlllzaa.do
esa h.en:n.cla 00:0 ssuilez.e.y te:D:p:r3,D3. cl311ilail,
por @1otro, q,u.1e:n.es taten·te11 :lm,poner 111.ooe]irr&amp;
:m.e:acrn Dl!l:in1'!mc1aruiJJ!s ,¡¡¡ basta. audaces. Alr¡¡unw de estos autoras ha;n te□ldo poco o nJagúo.
c:ootac~m co:n la esO?Da. les f alta. aá.n ¡:asar pwr
esa de::mlva e.,:perlenr.L!I•. 31 algo lm un:tfl.c:a. n.o
:só.Jo a.ellos romo ¡trupm gen.erar.ltmsl s.:lao. que
·t11mb1én loo eqUJpan :a.los romimt1ros de.l XilX.
a.m tnau.!!)Jrado•rea. d.e.l teatro bufü o•a sw p:red.eceso:re.s de1&amp;l.gl.o ::v.:: -'JDUcl!®:1; de w cuales
co:ot:laáan. vl¡i;eates y en plen.o a,Pmseo cnau vo-, es :p:rec:l&amp;Smi :nte el.Interés par dla]agsr co:n
fa :reaUdsd. el us:o de l!a.puábo.:la. su.lnc.lsl n voca.c.1.ó:n crit 1.ca, Este eB :prec1s:unea1e e:L p-unt!!i de
cli\ata.cto m~s firme e□l:re ell!lilS,. la.walldad. que
d.1st:1ague y caltfka. a. la. dxamaturgta. c:u.hlaa. el
:adt:re:ro que ga,ra;ntlza.el :respaldo de un pl'íb]jC!!i que r.ls ue l.n·teresisd:o !!D. Wl'Yl mO.ej!!do ..
E!iilms a□l·ores m iSllemp:re llega□ a la. esce□a.
c:on la vel.odilad. que qWBlerao; algu:n.os asE¡ju:ran que no lm tn:teresan los esr.emrJ.os,, otros.
en c.amb:lo, se dec:ldm po,r asumtr ]a. dl.recc:1.6:n
de rus :p.1.ezas y se abren :paso ba.cla. l.01, espec·t.11.dores. LQji temas que aoo:rdan, aUD cll!ladD.
gua;rda;o. e~trecba. :relacLó:n. w a. Les de i U!Si a□t.e,::e,;;ere.s_ t:rae:n tmpresa. la JJllln:a. de agua. de
uaa. geoerac16:n nueva. que :mO:? en un 1Duado
pm completo diferente sl que enjuicia. co:n
S2!1er:lda:I y i::tn ml:ramteotrui, E!iill!Mi &amp;10:0. 3. mi
JULi=l.l!!I.; ws me]o•res :mé:rtoo¡¡.,, más :allá. d.el a1fln
t nn,ovader y el aam::.amle:oto•y ree l!ibo:racl.6:n
d.e f6:rm1L1as t uro.pem. ru 1Doda de :E-Zrd1JXU;
de sostener el dillogo, tnteoso y dl.lífan.e oo:a el
pútitlco,que aC11de s.l O!l ·te3trolil &amp;to trstclo.mrrl.01
estriba. mucho•:más ea 13&amp; esea.c.1as.. en la. a1acerJdad. y audacia. Cll):O. Q.ue: :ibo rde n l©S dLle mas.
de estoo tiempo, que e:o. l.a. mo:r.fotlogJa ,:Je s us.
piezas..

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Eilllltirevi¡s,tai a Ab:el González: !MeU.o
lifci mo Esia@nl'ous! lin fa.1últlma ,diada 1131 drarnimlrg);i 1'.íllltlana ha e5tad'o, ¡plll!~rrte en pulilltc.a1:Jones y

f)Wes.tas. 1e:n11dllfell!mes.!lallltllllles. ,rc:tm10,·S'.e•lffll ra 1dlesd'e fuera y liles-de d'emro,ifile,cuila 1:a. d'mma1U1r!Jli!!
llllil!,IO lil al~

JJbel Gonúlez, S.!lltr de c u]xa. y vlvlrua tlanpo fue:rs.:me h9. p.zrm:IUd.o e:ate:oder g,u1, OOIDO· dlje:rn.
u.n oolega cr.lt:IM; elmun.dn er,i m¡¡ que u:n. :a:l.dn. Cuba me di.o una fmrmoo/J:n 1,61:!da y m~gtca.:i;:ero
Jam.e:arsble:men·ie no se puede reaoVlilru:n. d:rn:ra.a:tu.q¡o que :n.o coara:1a. oonJas formas fistcm del
drana.ea. otra&amp; Jatl:tmles. o:tras le:o.Qua~ y •otra:;¡ e:ae rgfai;¡, i&amp;'scrJb Ir teatro s u:pcu:ie u:a v~Je a.t..-aves. del
mundo. La, ao::lfm clramflt:li:a. tom!l la.acdbn. de la.v1da. se. geaera en el. curse de algo, no e:n. su.!St anl'9m:l.e:atm. Pt!m ·uunb1.é:a p:arn mI h9 11Jd.o fuadam.e:atal no :perder el c.aat3.cto oon c uba:.estrenar
y plibllcar en @troli p,ef.ses p;?m llac&amp;liii ·13m.b:1im de :m.anera.oo:nsrsate e:a :au ml3. el mayor nge'I@
que puedo darle a.mJ :llilÍB ( gue m.e doy a.:aúml.6:mo) es, regresar a.ba.certe-atro·allí. en ais cxmdlrto:nes dlfl:clle.:ll y ea.las mar,!l!/Ulm q□e eHo•ru.p:IDf•. Elesde fue:ra. de cuba.se tLe:cemás oowde :n_cla. de
que el teatro roban.o su.pera. las fmate:ras y viaja allá.dD.n.de van sus auro:re.!!. Nua.t:ro escrlt~:r més
grande. Jims.é ·i..tartl. prnd.ujola mayorp,erte d.e w obra.fuet11.de Cuba: con ese :111od.elo,d.e rnBrnm me
gmir.a.s1Y.fillx. A. vece.si dentro de la. rala no¡¡ mll'3Jrulli el ombllg,r¡. iSiilmol&gt; aldeall!)S. estamos -aisJadoB".
y al salle nm dam.ofi cuenta de que perle:aeceroofi a. uo. todc ea. co:att.aua. tram,fo:rwa:ié□. Máli que
ser dem.a5:lado so.lem:n.e~ ~e trata. de disfrutar el vJa.je . A:u:cque debo•dicu q11e en:ra!SEIGa ge:ceral.e.s
admiro ]a.tradicié:□ dxam.á tlc.a rubam, b!.stá:r!cam.e ote JJe:aa. di o:impromtso pollt:lco, lo cual pa;ra,
1

:ml § esen.cl11l.

MANIP:lJI.AB·
El. TIEMPO Y
El. ESPACIO
1

ENPOSDE

,UNA VISIÓN
CALEJDDSCÓ.PICA .DE LA
FÁBULA~

J.GnSLemp:re he pem.&lt;1d;::,,que gu,lero ba'bJar de ·una. CU.ba:tsn. tnjoJJ.cloia que 1,¡¡g.re ser uttlvemal, q,ue

e:a cada detaJle d.e J,¡¡, cub.&lt;1110 se e:DcrJeatre un :ras¡o, d.e 1dent1rlad que cG:aecte Oll·D el se:r buma:n@
de cll!llquler pnte del mundo. iDe allí que llll. voca::J.é:□ ~w nt&amp;tuaJ- se baya.ld!ll· nut cleml¡¡¡ de UD.a.
:foIJilllcLtin to:nt:loJJa. Estoy alerta.s1e:m:p:re, me :n.11.tro•de todo, :tlltm fo! romp!llrt:amleatl!lll de ~eres
humanos en sltuad®Dl?S ooixretas. y a pa.rt Ir de ahí Cill□clbo mis ebras.. Haber partld.pad;::, enla. s,m:1na dela. Dr.alll!ltll;rgla NlJ.evo,:E.iaó:n 20J.3., p:;:r p!ll:nenrn. !!J!:!lllplDcen:.ao!l•,:me JmmostradovocE!Jl
latea.Sllls de amares que no o:rn.@cJa.y meba. en.s:e:tia.d@ una.fmnoa. mespe:ra.d!I de aoorda.r ei11om1ca.meate ID.iprop:l!ll· teatro::eso esapre□.dJzaJe palpable . Alftoal trabajo mnelem.e:n:lmli muy arte&amp;illll.lea, e~ dfdl;. oo:n ·um m.aquioar.la. (1.a teatral) que tiene Jeyes. dar&amp;1y a la. va ·u:n alma. un :se.:ntld.o.
una.cua]Jdad. iota;n¡g.lble. A estas altU'ras me cuesta. decir can preclsl.ó n de dóad.e w:ago porq,ue :no
deJo•de e:iapa.parme d.e C11:aot•o me :rodea: de l.a füDD.!I. enque l.!Oi midJru; te:rg.mamm.bs :n.o tl.c!lls,.
de Ja charJa e:scucbada ea. el autobós; del de&amp;!llllmr y Ja. de&amp;ldla, de mis aiefu:i~ y IJJJ~ 111&amp;0m.al!Ul!&gt;..
QuJta. :p111do dar alguna~ p:lslas q1u ltaa slrlocl!toita:n'le~ tnm! e.scrJtu:raj hursa,r ea.lo q11e genera.la.
precariedad.a. mdhu.mano., lr a. kl p:oofund!!í ( ne al cascaron) de las fu:rmas que las gen·testl.enen
de ganane la.v.ld:a, oom:po11er dw.e lo utópico.una pi.atura. rea.l.,s.1atetlzsr la.realidad.en p;!que:flru;
rue:n.'l,m;. de badBSl; m3Dtpu1ar el ttempo y el ehlJGIC llll en :poll de uca. v.l.stán rn].E!ldoso'.J:p:I.C3. de la nbufa, resp1ra:r de loii aut0rei;: que venero paro co,u 11.Ml ples b:lea pues~w: ea. ml c!llute 111pora11e1d!ld,
segur.ameate :o ie queda todo aú,n :pz;rde,lr.

,../19...------

�Semana de JJa dramatur(fa Nuevo 1Leo11 201J;

Dramaturga regia
en Quer é,t ar 0
1

1

1

Ei111tirevi:sta1a C~teste Es¡F,Jinoz,a1
Fl&gt;Oír !Kairla Soto

Kariliii Serlo? ,c:el'ies;t:e, ame¡¡ q,ue oad'a, ,gra.11:llas ¡por :ai;,e,ptar, iert_a e111trevlsta ,e
lmd,ul li11li.s ,en il:111¡¡ [ll'rlrnems, p,u-os. en la dir.amíiliurgl\a. Pod'lfias. d'e,lirmn.,.¿qué
h ll'nó ,ai tom.ir l\a idecl!iih'im ,die,e5i1arlllll n,b~ d'ramátl1;.as!
C'elerte E~plnoz3.1 De.sde peq11e:lia.iSctemp:re qlllse e;;criblr y oo:atl!tr blso-

atll!ffiu I!'~~ ,,t:llt,{jE{Jfia dmñ'ó c.

!'~!lo.

rlaii; ea.la.::u:lmlesce:ncm descubrI el teatro y :1De lmp,!idilÍ profu:ada:1D.eote,
allll.que no tu.w la te.S!l:\cancla. en m l vJda ,,ami:; ye bu:b1era.que:t1d.o. asf
g)le de al#J;n. medi:; el teatro quedó a.bf medJ.o olvJdad1,;, .r.t:i.s tarde 1 ectré
a.estudlar 13. carn:ra.de Letras Me:x:l'8Das en:la. FFyl.; a~-~ .:acao la. ma)"Círfa
de li:11&gt; que eatra;n. ah~ cae. ga:nn de escrJb:l:r, :pero en aJgón punto. de mi
carrera. ¡:pum! apare::ló el tea.too•de :auew.. Estu,;e un aóo•cl!!m.® a.lumoa
de la Eocuela. de 'il'eat:m de la. Ff)'L; y ca1D.o no. o::m.clui el d.l,pfo,mailo
me de diqué a buscar cur~ y taJlere~ rela.c:locad.oz, m Ji:;. que a.cababa
ml carrera. y podill. Vl1)Ner a ·term.1:narl.o., A!.i fue oo mo. dl con el ·laller de
!Oram.aturgL!i,en la. ca~a de la. cultu:ra. y. supo·:ng0 que es0 fiu el deto.mnte:
desde que e.stu.ve en l!I.~ ueltta.me gus::a:l:111.:rmtclto escrfbtr mis Ei:lCetl.as
para. Ji:;¡¡ eJe:n::l.dos,. Ue;g,iJ.é a. haarr algunas :ad!l,pt ~ loDts de ·te:itos para
prese:otar en mis e:!áime:nes., pero :auca, :pen.sé :reaJmi.mt.e en la d.tuoa.tuxgJa. mmo. uoa. apdt!c.. En todo ese afio que ast uve toma.nd@c:la&amp;es y
tallerea;od.o textos ro:n Ma.r:lo oaotó y dresto de IDl.s compa.6.eros. lDl? di
cu.e:cta. q11.e en.aJg,¡r, que :realmeateme ~ stal:e;y q,ue a.d.e:miis en.elpunro
end.011.d.e yo pod:iareu:olrmi carre:ra.en Letras oon el 'il'eatro, fo cml me
gus:ó. muc:IJ(s:lmo,
KS1,¿Qa~•p111ecf1es; c:ontannos, a.lle""ª de t ui pa:11k:\pad6111 en1la se mana d'e, la
Drall'!'liÉurgLa?·,¿Qué•·semllSile :al Yer 1u ,obra l1eJi11a, por .A'rit111ro ll'curres.y Ana
R:l0Jas1

e E'1 Ya hlibf.s.·tealdo la.,opo:rturu.dad de

e11cucbar la o.b:ra ea u;n:a le.:t III3
de :cne~a. que se rea.11:Ló e:n Qumt.sro el. mi:; pa.sad@. ea el m3:roo di Is
M!Uestt'll. de la. f,wen. Dnmatuxg.t.s (s.ha_na.Fe11tlval), y aunq)le .rolsme ot!! 11e
trató de ·uc.a.lectun. ''d.e lll.E!Sl.!l", fue u.o.ae:rpeilen.da que me strvJó oomo

�"NO TENGO LA JNTENt:/ÓN O
PRETENSIÓN DE DECIRLE A
ALGÚN DIRECTOR CÓMO OllJERO
VER MI TEXTO IN ESCENA':
uu prlmei:-ace:rcil.cnJE!Dto·, :por lo•taoto.·. ea. este.e.casl.lfl.Dml tx]l:!cta.tl!fa uo
estaba. centrada. e:u el tatl1l·, •o e:u cóJJJ.@se escuclJa:da. o .sería recib:ld®,
&amp;tao eula.p:ropue1,ta que pra5!i!Dlaría.A:ttur•o To:cres e:u ooa)unto co·D A na
moja.a . Creo g,ue la.le::tura y la :propussta.fueron wuy. ati□alas, me gustó
que ei!ta. !l!!iipec:Le de ·stmpleza" •o •sea,:füet• qul! tn:teoté plasmar en el
pa.pal ~ :puilJ.e:ra.ver ea esO!lla., también creo que en:teoiUeroo y supieron
a.pro.ve,bar el lSlibtexto de 1a obra •.iffuoo mo•meotru mu.y l1JJd&amp;1 y algum:;s
otl'l!iS que ell.os, explota:ron de una. macera que yo.· no hubiera.e~.perad.o,
y que f u11clonaroo muy b:leo, y eso para.mi fue muy satlsJa:::torlo·y muy
eal'.lqu.ece,:k•:r J.X! rque es collll!í sl irJera. ml text·o d.esde otra.:pe rspe:tlvia,
!f.'ifJ!B, desde L,¡¡i; o Jo..s de •otro.
KS, •Corn;p,¡11temo5. ~u ,e:xperl'em::la. ¿qué is.e• iSl'n:tló fliber ,es.ta.d'm, :all llaAl'G d',e
cmaestros; ,de la drarmiiltur:gr.a 1ma k ana.y llmlrnoamerik::3111a.durante• es;3J iSermana,7·

eE'1 iPUes :fu.e 'llll,!I. experleada bastan:te 1n'leresaute y que joteoté aprovechar,..nJate que OOIJlO· estud!aote o E¡gni53dDde iletrss, pocas ve=ts Ue nes
la epGrtu:olil.ad. de mnv.Jv.Jr con autores :oacl.o•nale.s o lcternacto:oales :~
o:inoclilm o que t:e gll!iteO. e:n:to:o.ce. par.a.mí fui! 11I1a opwrt11 aldad.geo:L!ll ,
D.ltí so.l!ime:ote en el loo.e profesl.o:cal m .o fn lo pe rnooal .
Ya.babia. teolil~ opwrtu;n:ld.a:I.de conoocer a.i&amp;:lg11r c :hías y .aDac.ll? l serrallo
en las :muestras de Querétaro\ pero :no h!ibía teoldo mucha.epo:rtulllilad
de trs ta:d00, tsoto. y croo que fui e:nrJ.quecedor. Oilioocer más de cerca.la
vmló:o que cada. um:i di! )00, dr,IIJ]]aturgos co:o lm que oomp.irtt~ti.en.e del
teatro, de la escttturs y de la.dramaturgia :n.sc !.Goal en ge:oeral, me gustó
m1JchisJJno.• e tole o.té 3pn:o:'I e r todo lo que plil e con s:us. plit l.ca:,; O·sus
o:i,m mt3l1.os. y de l.a:ret:ro.gllJD.eotacló:n qul? me d1e ron de mi •obra.
K5i1 IMudhia.s gr,ad:as. pDr cDm;¡,.artlnnos 1101ellíJll!!rilemc.l;a y •!!!Sf!ero ,que, sl'g.as reeo:nrilend'o erte ,can:11'11-0 attmso,q,111e ,es; ,descubl!l'r el mundo,de,l.a. d'r ,iilllll31lUlfgl;a.

,,..61_ _ _ _ __

�H orno Theolk:ms

La f'u nción
dramática
en la lit,e rat.u ra
Por Maño Cantú

invoducclón
La.cue:stló:o. de: lils géoero¡¡ llterarlos ba :¡:¡reocupa:1,.o mucho ·taoto s. !lSCC'.l~o:re:11 romlll s.crft1oos.
du.rsote s l¡tl.os. Sib:len Le rueiSJ:1.ón d.e gén@:ro~ y

slibgéae:ra~ ha sido· su,1:eiada. olvidada. y re:mJW1da. varl!is ve::u,, ]a.:re:n.ovadó:n en lalii fe:r.mas

obll{la.cada clste tlmnpo s.n :pleote.ar e] asunto
de~de 1.s pen.,pectlVll de :13 llrnln!il1dad..
it.9~ frooterss eatre narrat:tvs,

p:r,esl:a y drslll!l.-

t'Dl:gla.ron es.da.vez. m~i. d1ficil.e11 de piil□.i!r atm-

dle:ado a. cue:smiaes. fo:rma.les.. ;¡Qu.é es lo que
hai:e que uo.a •obra. Ute:rar Ja. sea. dramaturgia. y
:n.o ~tra..:0&amp;11.r E~te p:ro'blelllll.·O:D~lll~ lco-y.alo b!
tl'lltsdmea. '1..a. d ram.s tul'fila de fa drsmaturgl.!I.
u aa.9Jíoo:cl:cn:a.cl.é:a desde Jai. cteacl!li; de Le cmmpleJldad". sin em'barg@. entraré tnlls en. detall !
¡sobre Lo especifico• de la fu.ac1b:a. dr.swat:u;:a. eo.
1a. 1lte:r.atura.y sun l9c:ló:n roa el h.ecb.o v11ro que
l:!.!i1 e1te.stro.
.Acaso sotes de: entrar e:a mater.L!J; babt'.19. que
ha.cer uoas ,ac:lersc:li::.:n.e.!l,. que qµjzá, a.o•estéo. de
:más.. par.a. po:a.e:mos en co:me:no-ca;n la fu:cma.
w :ote.lllp;uá.nea. df asU1Dtr l!i~ dJfereacl.!is eatre
el beclu:i teatral y el hechm·lite ra.d.o.

La.reJactéín am.o:r-mdJ.o eat:re el U!3tro y la. ]Lteratura. es tan vleJa en el muadm occldeataL -y
a.c.sso•tambHn eo. el occldentaL1zad.o- OOIJJ!!J la.

cu.er;:tló:n de los g~aem&amp;, A]gu:aos Jtlildná□ pe:asar que es. ab.su.rd.o 'l®'.ID3rse la.m.aleana des.darar este, p?rO· todavía ea el s.lglo XXI .se a lgum
badendo ro:og.re¡¡;¡¡¡¡ de teatro ron respetabUfslmlll3 s.c:idáml.ci!t8 quleo.es,. e:n lu,g:ix de b.!lblsr de
te;itrm. hablan de Utenturs d:ram ti.ca y d.!ln prr,r
sent.ad.o que: es.o es ·te:atriD..
EL teatro· no ti gura. de n.tro• de 13.a. bellas anea.

co,iao tal p orque está 0011&amp;:lderad!!iJ como parte
de 1s llterat·u:ra dentro del gétlero d:ramát lm ·, y
al espectilcufo teatral :se: le tom.:Ldo-ab a. i:»:lllD
l.lll!I. ven:l.mn t:ddlm.e□Jl:IO•Dlll de l:a. ]Uerstur,11.
Ya bada tl.asle~ d.el Sl¡¡¡l o XilX y p:rllX:lplOS del
XX comen.lió su. p:roces@ de eDJ.aa.c:lpa.cLó·n , pr¡tr
de::lrll) de alguna. llllilll.e ra.. SI bien Sl.an!B.l.awkL
pu¡;oab:i po:rque en um. o'bn la. m1tad. la hace
el esc1tlwir y la. ot:rn mitad l:a :h~e el 3ctrnr. Gromwsl..'1 -me:dJa□te su fil:mmsa. -YJa. n.ega:twa~depn,jó al teatro de aua artl:fldo;; y ro:ocluyó
que., para que d tfatro ex:111ta. aó~ se ne::eslta.
de un acto:r y 1lll e~pectsd.o:r.
En tl.emp!!i.Si recle::at~s. el teóll.co .argeatla.o Jor-

ge ID ubattl. h:a desc:rlte la. tea:trsl1da.d co:n. tres.
0'.1-:n.d:l.cl.o:n.es téslrns: el COJllllVl.lri, la J!)OfE!S!i's y Ja.
&amp;,P=ctac:léa .. Oiln e&amp;to•ha. df ja.do muy claro que
el teatro es .'!él.o·el qu.e a.{o.ate:e. el be,:b,¡¡,v!vo,.
!De alú ,S)? despre:n.de la. d:lferea.c:l.a. clara eotre
teatro, y Jnerst·un1. d:ramiltlcs, q11e ~ mils b:te:n
un berho que él □ama. r.n ilKtrn. R.eco:rdsod.ill· l11iE.
con.ceptiur., ~ lst@té11c@S de ooo· y poom~a se

pu.eie llegar a la.o:rndusló.a de:: que la 11:te:ratura.

�d:rnmátlc:a es Jtb!raturn en acto, y teatro en pa;.
te.ocia. De 1:a.JJLL&amp;wa fii,;w1!I, e.1 espectáculo le:a:t tal ea tea:tro•e:o a,:to•y JJtnatu:ra. en pote:od.n.
J;Pero. de d!ii•:nde te v1eme a.la llte:ranm. eatil. pot e11c1.al1dad. para .:o:nv.ertlnie e:n. teatro? ~cual
qute:r ·1e:1to, Ju:erar:l.o es sus.cej:t:lble de coa:vert Ir se en ·iest:ro. de Sl:!r t raaspo:rtedo~a.la.escena!/
Aqu( eat:rn. en Juego la.c11est1áa. d.e los geaero~.

puesto que Dl!I .!:él.o, b:ry tatn1cl.o:ne; srtf::;tJcag
al escr.ibJru□ texll!il, s:l□o• que puedeu haber de
•otra in.d.ole.. Hay qule:oe.s pllede n escrlbJr co·n la.
taten.c:Ló:n. pr!D:1pal de ¡ga1111r un pre:mto o u□a.
be:'.11; o p:retead¡rn. ll3ID3I fa ate nd ón. de tm3
poteac1al i;oreJa remá□uca o sexual Er,m» po:r
poJJ.e r 1!16lo un par de ejetnpfo¡; :mu:n.daaoti. J..a
deftn;1c1.6n :L:ateod.o:nal del a:11e, eame dJ.ce el filósofo,espa:liolJesé G3n:i!I.Les~poa.e el E!l!r del
3.rte e n. un pbmo fu.e:rn.d.e13:tte :m ismo.

Gém:e:ro llterar[o vs. fu:n,cló-111 l]ter,arila.

iPm otro le.do, i!.'&lt;lllbm m.uclioa ejemplos de t e:x:to.s
di 11.t.eraturn. dT3.lllltl.ca. ruyoil1 auto:re~ E!'.li:OD:mo ya.he sdialad.o en "La. drBIJl!lturgla de la.
dxa:ias:turg1a•, a11te Ja. problemátlGB. d.e los g~ presaroa :la iate□.cLán de b9be:r esctt10 pa:r:t la
:nems 11lern:am, Alf.o :nsa Rl!yeg ea,:o:atró ll:DJI. esce□a, :pero q,ue, al ser Uev.adw al llec:b.@v!w•.
alterJJJltlW pera. sc,neu es.ias dltlculta.des. m obtuvieron .sendos. fra.c:aso:s.. Jilodim.os m.e ndD&amp;u p:ropueata de te.orfu llle r:u:t:a que hace en el asr eatn ellos ,al propio., ReyeJi co-.n su. .lfl~la
Dealinde, Reya. hai:e aota.r que las géneros. son .m Jrt am' cam.o a. o a:31110, PaZ. ro•n La h~~ di:!
u:ns.es:ped,11 di! nuil.o g¡:¡rdtiin.o,. y para.e]lo 19.:rer;;. i88plM'lrtflt. Auibo,11 soo. graudes. figuras de 1a 11tu:alu:ra. u.n:t,rersa], pero :nD por eilD· p;1djeron
puesta.es ca.m1:i1.ar la. rrurada ..
coMtntlr uns obra 3d8Z!u3.d3.:pan el ese@Jl3rl.o.
iP:ara.ello, babIIB que adCDLttr que '1:00.11. .o'b:rn. :narrntiw .tl.ene a'lfi!o de (X)étic3.y de dxa:nU:IOJ; d.e se ha. lnte:otado•deftn.1.r también los gbems l 1.:igual maDera. la.obr:i dra.~.tl.c a read.rn algo de tfraJ1os J.)l):r su farma. ~La. obra. de teatro debe
:narra.tl'f.a. y de pDét:lca;y fo. mlmno•~u.ceded.ron 'l!.iner dJálogrui y s=ot3cl.ones~. 11u.el.e decirse..
el p!:!ema.. Hem.e s vJsto que ruaJquler texto es ,P'WQUémej,l;¡lr;,io l'l:CiSPl/0110081. de l.Ul&amp; Z!l,P3.1lil, ea
susoaptlb]e de ser 11.evad.o 3. la esce:llll. sln :n.ece- 'IJDa. □.!l!V'ela. q11e tle□e . olame :ote dJ.!il.q;:w. r.nea.ílll.dad de h;icerr lo•que oomú:n.meate se conoce tras que Mágllli'llll Ha.mliet. de !Helntr MUlle r, DO
oomo ada,11ta.ctó.-:a.Es de::tr. 1ua cambl!lr uoa.sola. tle n.e :al d!álogo¡¡ aJ. acot9:Len.es y est:i. ooa slpalabra.e la.stataxls del !eltto eacruo, se han 11.e- dernda. ~o:mm ua3 obrn 1DJ1estrn. de Ja. llte:rntun
vsdo s. esc~na d:l:v'el:'sm! obrs,,s¡ )jUI11Il.11s que ao dr11w:it1.ca. del &amp;1glo XX .. Podli.3lllos reguJr a&amp;(
perle necen aElclalm.eate a. la. dJlln1J1t11:r¡t.la. H:iy con mucho!! eJelll:pw.
mudlm e¡em;p1Ds.. H:lli::.e v.ar!m aD(!iB. un gru,po
iRE!tomfil!d.l!l a.iReyeS,. él pro,:pmne gµe en lugar de
e&amp;J;l!ltLol p:re&amp;'!Dtó ea.el iFestl'f.alde Teatro Nue- bab lar de g~ :ne:ros 1:lte:ra:rlos hab:r:ill. que mbla r
vo León lJJlll. versl.ón esctnlca. de n.at. oo.s:m~
mii:1a,s,. di :n.1110 calvlno, s.l.n. que e1 ·1e:1to wfr:lers. de :fu:ncto:n.es lite nu:las., Y ·todas las obras ·rengran.des caaiblns, S.ta embugo.• UJl!l ejemplo dr.flo. en. :m.ayo r o m!i!aor mid:l.d3, las ·1:re.1. funque ceamd&amp;@ para.dlgmáttro fue 1a poi s1a. en clmas. que él pmpo:ae: fuadó:n. m :rrstlv:i. :fua.CIDDpiliét:IC3. y fua.Clé D. dratll!ltl.C3. SJn embargo.
eaceaa.de MIYBrfB .stn fin·, poema.de largo allea~o en
m.propuesta. te6:rJ.ca.D.it se o::u,pa d.e d.e:f1atr
de José G~rostt.za. Esta. ve:r.s.Lón escéaica. estuvo
ca.da ·una de estas fu:n.cto•:n.es pan saber en q,ué
dJrJgld.a y a.ctwds.p¡¡,r Ar.ro.ando de il.e6a, qu:lm
coruilite:n.. PDdrfamoi e:atoa.ces 3&amp;umlr que ]o
oo :m.odltlcó. um. sola. pala'b:ra del te:xt o• de G0&gt;gue bate gue un texto. cu3lq111era.gue sea su.géIWltl2a•. jCówo es po!ilb]e que .s,a llEYE!.D. a.ea::e:n,11
□ero•. pueda ser Uevad.o aesce□a. es su fuucLó:n.
estm te.'t~a;s que a,pareatemeate no•:füe:mn be- :dram:itl.ca
.. AE.íque en mi articuloya.clta:l.o, me
c.b os pU3.el ·teatoo!I'
doy s.1.11. tares de construjr u:na.d.e:flal.dó:n de l3.
s uele de::l:~e. eatre crftJ.oo;; y crea:lares --1 aato :función drstll!ltlc3,
de teiitro o:omo de ]Ueratura- . que la. füfen?n.cl.e.
E!lltfl! 111. dr.!ll:Datu:rg.la. yotrog¡;jéaem!l1es qu_e éste. Iba rundó:n d r.a:mátlc;aic,e.s;;:,rttlllr.a ,o,rai
-fu.e :¡:e nsada p!lra. su represeata.c1i1a en esce- y vero!tml iltlld
na",.Esta amteacla. ti.e.ne uoa l~ l.c a. e.11 a:1-'Qrlea:cla. pero• pod.em.o.s descLib ltr en ella. q,u.e hay !E:n. "l.3. d:ramatllllll.B. de la dramgturgla" 11.ego, a
da:ram.e nte un s.llo¡;mmo. En. p:rJocipto, :allJl.c.a :la. c,onc]usló:n de que la. fu.oció:□. d:rnmát1.c11. e:n.
:¡;n:1.remllílS estar i11E!EUrllilS d.e ]a~ 1:n-ll!ncl.o:aE!.!l q,ue el te11.to no tleae que ver ~o•n el co•nill.cto; pues
t uw•un. autar al e.scrJb:lr ·uua.cfüra. Fe rnaD.do·de éste también se lleva a. cabo en la narrativa. e
!Ro,j11s, al escrib:tx il'A ~ ¿tuvo·la mten::Lón tadu.r o ea la pl!l@sf.11. Ad.e:más de lm :aum.e:rosOJ1
de hacer u;na mweJ,a o u;n,a Dbra. de t eatroi No eJemplos que podl!tllos J.)l)Der de ·iest:ro, iln mm.hay furm.3. de p:raguat:arli!. Y 3.1mgue p udJers. tite ro,. ba.bla.nd.© en t é IIll1Jli)3i arliStl!!léll.coli.
re¡s¡p¡:mder a Ja.pregu;n:rs, oomo11 po11d.ramoo sater
iL:il. dr.!llll!ltnrgta eser.Ita cam.[)llrte ooa. las
que dice la. verdad.• No re puede teaer la certe- ·otras dr.s1IU1tu;rg1as (la del actor y ],11 d.el d:lrecza de 1a latea.cl;¡¡:nallda.d de ]a.ge:n:le al e1ct1.btr, ti:!r) 1a progre.s:Lóa dr.m,iiti.ca. eateadida. co010

63

�Horno Theolk:ms
·u.a.proceiSli). dJsJ~ctloo y po~ po:r el cual.se le
da. 3:rt Lcnl!ld.6n ( es. dedr. cab.emón y cob.l! l'.l!DCl.:a) a un dlscuno. P&amp;O· da:l:@q¡u la lJter:arura.
dra01litlca. es. un heclm t!i. rtitro, babrla qmi l a .cer dl:.ttoc Ló:o entre 111. dTI1mstu:rJtla.de 'Wl esct1t@r y 1a. de uncre.edor ~ :11.1.0 0.
1Jteratllt'3 drs01$itlca. t leoe la pote:n.c l3ltdsd
pgr .11 ser U@Vllda a. e;CE□ll. y er;:tll poteoctaJJdad
:r:td.lca en 19.ftmc:L(m dra.má.tl.c:a d.d texto escato. ¿il?&amp;o· W IDO· se p:¡dr ia. de:únlr E.!ISta. fum: lifin?
s l¡si.üead¡:, a.iDuba:tti. hab:ri.a Ut13. mn:U.c:16 o. que
tendru.que cump.11:rr la.pote:ncislldsd :par.a. o:o:nve:rtl:rne e n "es~Iltura. ar.al.•, ~
- e-limo se da
esta. pon!nc:1sll.dad psra. l!! e.scr1111:r:1. or:al~ !l?'ara.
ello :b!Jy dotJ cll!ll.dJclJlla.6!!(: la. pL1.mera. es que
debe aim:phr con coodJ cto:ae5. de a:udJbfüdatL
Ers derlr. el 10.'.'.tmr de llteratur.11.:puede regre&amp;!frse para. lier al.~o que no Ollm_p:re:n.dl.ó·. :pero en
lll sala de ·ieatro.•D @ 8:! le _puede p edir al actor
q u.e repita.algo q u.e no se entendJ.6...'.E.a.fm:nétLca.
y s:llltaicl.s de la. lectura. ea. sllt :nclo y del a.cto
de habla.ea e~ O:!ll!I. ~o:n d.1gt:lat3JS. Lo, qmi ;ue:na
'bie n ea el pa.pal no•ilil.e:ia.pre .sueaa.b:Ien e:n la
aala ddteatro y viceversa.
].3

:mr el !llt:ro ]adD·. aun.que &amp;lll dlSU.T :IDllciD de la.
a u.dlblUdad , está. la. ve.roo..11JJUl:tu.d •. iLlll que ea la.
pflgloa. puede 1.i::er&amp;e como alta.poes:ia; e n el e.5.cemrJo puede ~OD3I rl.!11.ble, 9m.u 1er.sdo.,o tat:ntel.1glble~y v..lceverss. lo que e:a ]9 e:.CED9 nos
&amp;1.ena. agradable; oo:mpre:a.s.lble u, ,org~ntoo, e:a.
el pa_pel puede l.eene oom!'!J- r,iu:qpl.6-:n. pedeatre
oslm_ple:m.e:n:te estúpido. El.deom.o teatrlsta.~
pafuol .Alfo nro s.e.stre -a.ero r, d.tre::t-O'Il' y dn :m_a..
tllllo-. :re:lste que sl IIE!'\!llr de gtrn. 'U:09 de sus
@braE;. e:a. cada. teatro provtac:la]. a. u1J.o de los
·técnio:ns. lo· ponían a h!IO?C' un pape1 pequ.e:fi.o.
pu.es :110 ·teafa caS!l oont.rata:r y. llevar de gi:ra.a.
11.a. acto r qull te:af.s. uo3 io.l:a.ap3l1.c:l.&amp;n e o. este:rw oon un bTI! w djáJogo: •¡Oh. un ci.dIM!r! •. Ro.
una. oc.B&amp;Ón ; uJJ técnico 3l que L'le le asl.g.oit!i el
breve papel, pasó la lan:le p:re.sa d.e loo n.e:rvios
eosa.y:i:odo 11u 'ÚnJ.c9 Un.ea. Al lleEjar Le :tim.c:Liñin
y e:atrsr s. esc~:na, al temr y:i. oo:ru:tlgo el !I.E!B'tllBCJlil. se:r etl!lueJto p@
r la tsO?oogratl'a y las
Ju.o!~ d.d t eatro1 y w r a. otro pensa:naje des:mgr.ñnd.olle; m ¡;udo de:Lr ~¡ab. un ca.dmre:r1•~ea.
lu? r de ~le ssJ16 ,¡¡,:rgirnl.c3meote:· •¡oafu:i, un
mu.erlm)! " iEs por ei.o que i :ntre d:ramaturgos se
5Uele d.e:Ln: -Ja. e~O:!Cla. mao.da~,.
Sabre esl3 dJS:lnd.mn ys h1ibfa. ·temrJzado, Éml-

64

le zolá. ea. el siglo• XlIX ea sus, e a ~ so'b:re
el n.at 1Lra.lls.111a.. Zo.lá. define al tta tra co:01.0 • d
úJt lmo ba.51::16:n d.el oo:oveo.c:Lo:nalls1t10J'. y hace
las. .m:lmn9~ ®b:set1111ctna ei en C1.W1to 9. que Ja.
veros1.Dll11tud. enl!l.le:rura.de wm n.,r¡¡veJa. e:n Ja
ao]edad. de la.casa. y en voz. baja, a.o es: la. misma
que d.uraate el o¡¡,mJ:vlo te.atra] •(en palabras de
JD ·ub1ttt). en la. sala, de:n:tro de uca..co.le:tlvJ.daiL

Y ui po:r es•o qu.e, para. qu.e el ·te9tro 11.egue si.
nstu.l'liillilmo. se de be elllpeza:r, r;:egón i!I, po:r el
texto•dramátl.CO· del eBc.ruo r. &lt;1r.as.p¡¡¡sru:ra. bastaJJte djsrutlble; ya.que: hubo· mtu:ralls IDO e:a Ja.
e:sc!!na.9nt!s que en lallteratur.a.d:ram:itla..
"La. e50!o.a ID!loda" quiere dedr audJ.'b:Uida.d y
ve:ro.!!:lmllltud, qu.e VJID d.e la JruDfl. l.H obrss.
testralea de iP.111, y R.eye~, e:atre ot:roi!! mucilm
geDJJ!I.S d.e l.!1. l11ern:tu:ra. SC!n Sl'D. duda. grand.es.
texto~ llter.!lrlm. S1o eJIJba;rgmi, no purl:inu 11
aka:nzar el é:x:lto.•deseado e:n esceo.a. p!)r tener
ua:i. fu.ad.6.n dxamátl.c.a de01:a.S!tad~ baja, es. dedr. prnr CJIJ'eO!r de :rud:11:íWdsd y v.eRTl!ltmllltud
pm.l!! ESO:!.oa. s1'b1ea puse el e¡em_plo•de Mu.erre Sil Jtli:r/evaoo.a e.nma, hay que :resaltar que, a.
falta. de ·una fu:ncl.ón dn mátlCB.suficiente. 1b ta.
tl.lJlo que ille:r sup]jda. :por ]a drlall!Jlturgls. d.i! 1d:1reao:r y del a.ct@r (que er.!la la. mls.ma :pernC!oa.)•
pan.q u.e é11ta. pudJ.e:ra llegar al esce:aaJ1o.

NO obSL!IDl e. el que un 'll!Xl !ll ·t eaga :pot!?tl.Cl.!111dad. pan. la e.si::e.na n.o es sutlcl.e:nte. L!I fu□.dó.11
dramát:lca. del te."tto• l lterul.o :n.o crea. sala. la.
po$eds ·teatral. és·ia. depe:ade de có IDO se re Ledoa.e co-n fas. dnu:miturylai d.e lo¡ c:read.o:re.11 esO?Dl.C.·OS. Ml1.J5tl'3.de eU.@es. el sa:l:íLd.O· caso de .lA
!l");l tota. de .Anl:ó•.o. c heJül'l, la. cual fraoisó e.o.au
es.t rea0 e:o san Fete.sbu.rg,¡¡, e:a .189~, pero que
do~ ati.os despu.éa lagr6. éxito. mundI3l ooo. la.
pu@tl. del '.F~:at r,n. de Arte de 'M·OStú. ~:n. tncius.o
se CQWt:ltuyó en. blt-lll del teatro orode.□ta.l.
Verda~ v,erosí:m1btoo y f.ahsací:ó:ni

SI un.o•!Se deueae un lllli!me.at..i•en ]a .revfa,ló.11
b.15tó:rlca. que Éd,gar Cebal.lM ha::e de 1H técru.cas de .sctuac:Lóo. .ea accidente, se pu.ed.e no:tar
qu.e en el deb3te e:n:tre é:s:tui a.¡xarate:a, 9lm@:nÜ'S;
des.de el s.:lglm X'\.'1ili, das c,o:aO!ptos pan. ai¡um.entar.: remad 1 nmumm•. QUlz.!i no sea cas-wil qof estos.dos collceploo. seantamb:l.~:o. fu.a dsm.e:otslH m otr:is drui dlscip'Jlms:: la.:tll.OSii!•fl"a.
y laclencl3.. Aunque eiSi muy t e:at3d.o:rrn:1neo2sr
a.indagar por este 11d.o.l:i.exre:o.stén de es1e'trabaJo.no perml.tlr'lata.lca! a.. Basteselialllr que, :al
m.enm en cueatlhn d.e ver.dad; ta:ata e:n. c:le.o.c:ia.
m mo-en fí.loso:fill. y m te.stm, ésta h.a.,¡¡Ld.o- d.11sp.laz3da.pm r Lll vero:.lmftltud..

se ¡u.e le peaur que Le verdad.e o. c:leo.c:lll.ce:rnspo,n.de :al 1,-ertlll8 latino. E!.!1 de:'.lr; uo:i creeacls
m-:n:trasmda y oomp:robada. co:n la :realidad ·ObJet:tw; '1JJ1:a. ve rdad. que ademá.s ea a::umul.a tlva.
y qu.e ge.o.en.s:Lstemas. d.e saberes ooogrueates.;·
mlE!atrn5i que fa v2rd9d. e o. el mt~. oomo die~
!Hel.degge:r, ooa-espande :a la. 11rertJefill goeg;a. es.
decir; u:a de5@i::ulta:1Dle:otl!!·, uaa reve.lac:I00 al.
lect,¡¡:r-especm.do.r de la.obra. di arte; y qu.e a.demfls e.sla.vudad. n.o e.s am muleUva; sta.o que es.

�pro.p:la. de un r,;elD• ente :poéfuc.o•.. ¿iPero, ron tsn
djJlt1:Dt3:S!é'
A p3.tUr de los t:t3b:aJos de fllaoo:ffa del leo,w.:iaJe,
imcL!ldo~ par RlJsg¡fil y \'\i'JttgE?a.ste:I□• seguidos
p¡¡1r el ci:n:□lo de Vle:aa. y -de algllll!l forma.term1aados. por Ka:d il?!Zípp&amp;, ~e desprende que
la ve:rdad en d;mcls de:peode mucho, d.el Jea,.
f:ill!IJe, de la fimrm!I e:n qu.e ses□ fimrmul.ed!l:s l!ls
leyes ypmpOSLClil!nes. Ul,/(li'.sacrim concep:~ de
il"®ppe.r. asegu;ra. que. )Era. que ·um :p:ropo~L
cl/0:a.
sea. ve:rdadera. debe e~tal' oo:nstru!da. de for.a1.a.
que é.si~ pueda ser · fawida.~. es da:tr, que se.a
susO:!ptlbJe de ser negada.

L9 falsal:liÍO. ea. este &amp;?nt:ldD. t:b.?tu mucb.o que
ver mm ]!I ve rru.LmlJ:ltud. iE] g_ue un.a pmJí'.lBlcLón tenga que iSer coJJ&amp;ruJda. para que pue.d,11.
ser contrastada. y a:eptada. co·n-e¡tlda.• :pardalm!?Dte a.ceptada. o recballlda, 'Uea.e que ver más
ooa. la ve:ros:imlJLtud. q11e coa. fa verdsd. iDe Ls.
llllSJJla.farma. al co•:n&amp;ruJr un1exm con fu:0::1,t;n
dn;1Dá.tlca, ésta. debe L'ler ~oat:ralita:la.coJl el b.eC:bo vlw del. tea.tro: · la esc:aJ.a.:manda.•..

us verdade.!l en cteac1a. dice "]']J]!lmm: Klmn.
se mueven eatre :paradigmas., y eeo lo•reafirma. Edgar :P.fo:rla alh!ib]ar de q·ue la a.c:ep:aclón
de las. :1deu1 depende del. me:lio .!IIIlb:lente en el
que és.tas se e1cuentrea_es decir. ea dmedJJll
geopo]it1m y cult□ral,. además de la ép1:1ca., que
las enmarca. Líll m1s:111e :pod:daml!!IS dectr de t.a
vem:.H,ln1fUtud.. !Ésta dl!:pead.e del t:lem,()l) y el
eap!lc:I.O· e:n CJ.ue ]a ,rnbrn se de:11srmlLB, Y ea este
seaud,o. :reto.ma:n.do s.zalá. es10 :podóa expl1cu
p¡ll:r qu.é se ]¡¡¡gro prtm.ero•la vern:,Jmllttud.:oaturaJLsta en la:nevda.que e:n el teatro, al menos en
la. f-:r:a:o.:::la del s.iit10 Xl!X.
Et ura:ate ua. e:a.cu.eatm tctemad.o:aal. de
traductores en nw.Lemb:re del afio. pasado, la
tsatrtst:a; :pede~3. y traductora. amnil Aguj:rre
(a:rgenun.a pero na.c:10-n.al izada DW[Ica.na) amtaha q:ue ea ..u-gent le.a. hasta.:fiaale. de L,¡¡s aó.os
60 y p:rtoctp:l.crn de lm ~ . aón se esttlaba.hll.'blu
de •tú• e:n. el test:ro, pae s. que e:a la. erute s.e
1lablaba de -vos" desde s.Le1D.pre. Ji.a&amp; o:mveocLo:nes obligaban a. ello. La. literatura Jll. h!ibis.
emj¡;rad.o al "V·os~. pero •el último• l:mtlón del
oomrettcl.o:aallsmD' JJ!l lo h!ib1':a. 1Lecl!.o. mio.. !LB.
veroslJa.ftltud en 1:a. esce:aa -llls oomrec.cl.o:aes-

por I¡¡¡ ts:atl!f, Ueae que hliber -ve:rdsd• en :Is. es.ci!ns, iClt'L!I verdad que, m.iaque n.o ll.eg□e al de:.-

orultaJlllen·10. pueda. ser susceptl.ble de ser ml.&amp;'lda.. La. vero;;:im1lltud. tambLén So! mueve e:at:re
ps!lld.lgmss. P'or e.ro. algUJJ.!il.ll t r.adu.clo,res aflxm11□ que las traduocl.onelii tl.enen que ser re:a.ovadas. C!lda qwn:e sti.o~. al meaos..Y es10 !!.'t'.PllC'I. tambléo. q□.e. 13. traduo:iéa.que fuaclo·:na.en
·ua. JG.ÍS, n.o :fim.c:IDae ea. otro aunque t~nga.n la.
m l.ilDll. Le:og□3 •. AsJmls!ID.li!, ·lml!b l.éa E!Xpllc.s. qpe
hay.a d1f.ermt B!l tlprui de tr.ed□cct,rrme:s , Er. dec:lr.
que -por ejemplo.- se :roeda. i:o:aserva.r 111 U'3.duo::l.ó. :n. de .Hllmi'rt de la e dlmrJal Po.rróa.pa;ra.
:tlnell. académ:LOl!JS y di dlvulga=ióa, pero que
ésta Do :fumio:a.e :psn.11m pue!lta.en e!lceaa..
iFodifam.0lii decir que en la fu.actóa. dra.m áuia
del texto u ·1er.11r1o.• rn. veoo&amp;Lmfütud. ti.ea.e qpe
pa&amp;a:r :pmr uJra ralsa.cLó•n pan g_u.e &amp;1s1a. una.
"'veIWd'" ,¡¡,rgáotca.ea. elhecbo vl1ro del teatro.

llibliogr.irffa

C:1ntú r~,f;A:uÍ&lt;). •1.:,¡ dr;imaturgi:ade l:1 dr.:arn:ú:urgia. Ura apnt00mllción de:de las cier.,i;is de a ccrn¡:lejidad'. Dodc I;; Otra Orilla. Cuad',rno~ d', D,umaturgia
(ont.wnpoll!Ín"6. Espc:añ:1, ni'.rnl!f"O 14. 1009.
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úm:a Lal, losé. Fio,Soflo dirf mti:.1\/tóldrid: Editori.al Sl'n1:!!Sis. s~
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JNr.a¡'Jr..:.:O. Mamo, finirud, ::&amp;dad. l.h:fñtf, Afianza,
2.007. pp. .49.Rf
111,:,rin,, Edg&gt;.r, ft rnimdo '- l,n iidel:i,r,, M:drKl, Cit,edn,

fue:roin camb1and@ y abara. s.;1alguien tmea en 2())6.
escena, se Le oon&amp;:ldera CBdum y •ohw]elo, es Re::,l!s. Alfons.:a. Obras = ~ s l'Gf. X\f. 1:r d'eslimf,.
cl.eclr, :fialtii!· cl.e veroslmftltud. La vero:s.1m1Jttud Ap.,11:11:e para la l\rm"fo l\ituar.io. W-..IIÍa:. Fonckl de Culque se pu.e de te:a.er ea e1 ~tú"' y en • ¡ob, ua. cae tura Econórnicl.199~.
dáver!' al se:r cult1.1111 fA ~ p-iJ.e;J.e pe:rdencJe al Sastre, Alfanm. El' d'rarm y l!ll rM§ug_ies. ·tDmo l. Guiser 1c!lat:rastada. oo:a. l!l.nalldad. DO obj.;!t:llr.!1 ~in.o p.jzo:i¡ (fsp¡¡ñ;o) Hiru, sfa.
Stllnishrnki, Kanmntn. ft r.rot..a]~dd oaw~~, mismate:rJal de la e.&amp;:eD.a.
iED. este &amp;e:attdo. :podemo~ de:tr q,ue l!I.·teatraJi-

clad.e: n. pGte:n.c:la.t.amb:Lm u .e De que pa1ar po:r ·un
p:ro.ce.so de f'alsa.clh-a al co.:mrut:lnse ea a.et-o. Y

mo~ 2fpt«lff!!J ,rm.ta d'Q ra VWlfflM B&lt;m.dcn1, Álba
Edicai1l 2007.
Zol.i, Emie. fil natu1l'lfl:¡mo. 11.irc.dona: Edid:mes PeninS&lt;.Jl;i, ¡,:¡oo_

65

�Emoue:mtro J'm!!lro:pol.ilamo, de- dalilza.m ntempot'ameiil

Crudeza, erotism,o y superstición
en el XV[II 'Encuentro

MetrrO'pOl'i tarn o, de
Danza Contre,m poránea
P·o r Miln1h ai Cecilia V,a1dlez

l X\'U l[ Eacueatro Metrop!i!lLIAIDO de
Danza COn le m,po. d JJe a. se 1:DSLWJ:ró el
:u_d e :meyo de 2Jlill 6 can el ho:iaeCL11Je a
1a. maestra.SllllllY sav.oy. :re:•o□oc1é:admle por su.
trabaj o•artú;Uco y docente eu DUestra ciudad.
Ella agraded:i'!I r11. w as.l.steotes reoo:rdam.Dal :flD!il que para ,fJ;m:,erJ ia dama .sólo·hay •§.'re e.star

E

f)R?S'rntf.

11 oo:□tLDuaclóu :la.fundó:a.

empero c@u u□ e:xtra:to. de la. eb:ra. de Arte-J'.t6vil !DaJJza. c :lan¡
l.1'1:1' mrta11 .ii\e Mm, bajo :la. care¡:,grafía dJ? JudJtll 'li'@ Ilez. y co:n el 3 1,XlY·G esce~flco, de ugo
silva. qUJen f:ib:t1có•CU11tro &amp;llL!ls que :rnleJaban.
el erot:l.ii:me de las caxtas dJ? .No:ra.Barm ,:Je, e!ipo.sa del esi:!:rltor frSmts Jo.:.'{'02 .. Él; un hDmb:re
co:mp,lejo, y ella, uaa. mujer s.Jmple, llevaran
11.□a. relac:10:n du;rnrle:ra que qul.'da plasmada. en
loi, peguetili!s t m oi de José i&amp;Jge:nJo•s.!'u:u:hez
que ~e p:re11e:ataa en d ei.:peclác:ub .
66

!Ea. segundo lugar .i:e prese□t6 el grupo,Gato· Eo;raJzado•/ NLp:les. DI rabe-

za, con Si~ a.. ErJJ:. Ellzo·n do y ctnthy;i. Dueti.as se u:nJe:ro:n para crear
esta ,ob:ra cruda. ea:ia qui se emfreotatan l M mies de la. sumjRló:n y e1
m,urol. :n_a li)l!Jlame□te entre 1cm:pe:rsi:msJes. &amp;IJl!il de la do:mlllS.ción que L!I
1;;-ocJeda l eJerce robre todos, En m.ollle□toi,, espectral, la.•obra era atolll:pa;ti.ada. por Te.ss.y Al1~ a.ctu,aado can un a:tre de d.LvJnLdail. c·.:mtrolando
el n 1tern.o a I jugar fO:D lm saa:tdoo y IJL!Ullpulaado a&amp;( a los 'bajlarllles,
U :rnuJer ~n la ·tcr,:ms de oon.ctencta. que por :tnJ!)m_entos le. s.part.!iba. de
su rol sumlso y que preb'!ndía llevarlo a.él. y el 1to:1□b :re. a ese e.stado de
Ube:ratLó:a, Sin emoor¡¡o, fas ma.scaIBB e:rau wás :fu.e:rtes.
il?o:r últl.mo se ba:11.ó la.pieza de su:oay s.ir,oy; Pomm de ¡pensar, ea. la q1Je
el eof.renta:n tento fue clsro. en su co·mpl!l&amp;tcl.ó:o p;!:M coa poros retos
bada la.a.udl.eaCLa. iPLe:za. ne:aa de :□1.ovJt111e□ms 11□.do.s y tlgurashe DD.l!i&amp;!IS.
una.forma mreo¡;ráflca muy 11.m.p:la.y trabajada •.

En otra.fund.ó:c, el juives. 2l de msyo se pras!:!Dt6 la.careogr11ffa di iRJJby
Gs□:1ez . ~poo. o.b:ra de te:rm.a::rualy que nos po.ne fre□te a l a.mueney
l.m cataclilo1DOs euqu!! :o.e s ell'f□dve Ja.aatural!!UI.Clil·:O. toos.su fuerza; :nos
muestra. e:6:mDla. mi:peivlve:adll.estáa.la. par de ems fuerzas y g,1u ·too:@;
co :o. elt1empl!l, vu.e.bre a la.m tid:Jao:trla.d.,

�t!sll!ñth:lli ~rlM. kró(Jn!'/.íl't dt Gl!ñ CldM

!Po:r &amp;u. parre. el C@]ec:tlvo· La. Aurora. presenté
su obra Jmatrn». l.o.s 'bal]artois, ai:leat:ráni:lo□.oi en su mundo•de m .perstld .l!J,n.e:., e:nvolvl.er©:ll.9.]1!!15, B!lJ:eCIBdn:res en ese muadll!· t e:meroso.
m&amp;gim y al fLnal lleoo de fe. su. uso del m□t­
do a:mblA?□tal e:ra. late:res11ote y oo:mpletab.a Ja.
se:n&amp;1ct&amp;n de estar lami?rnos en llJla. atmD.s.fera.
es.p;!da.l.e:n. Le que Tes:;y Ar.las., co:rn@mfisrlco y
como• 1atérpce1e e.smba LIIDibtéa mwlucr.ada.
Colec:tl1fo La. Aumra. ea un glllp.ül q·ue se :fu•rta.le:ce sobre: Jai :pa;cUrulalli:lsd&amp; de: cada ·un.o de
sus i.megna.ates.

UD.a. pu.esta. em eWl!lla. ea algm de ro llllis bás:1co, a.lgo•s.lmpli!: una. per~ D.!I mi:ov:lkad.ose frente
a llftms.,. et11 ,obsnv.s.da y e□ronce.s tmp:tlcs aJgo
más.:. UD 1odll!·. un IDllDdD.· ram:p~m encerrndD.
en el J□lérprete y que se t:ra.us:porta a. II3'){és de
su cuerpo .. U:na. fuo.c l6n. cmn tres buenm propuestas danwtlau dt d.tfere□Jes ge:neratl~Di?s.
de n.u.estra. cluda.d ,

La. maestra. E:~ndtra. vega. mter,preto• ua ttag-

menro de 1a. co:reogra:fia. de foi;é Ollvares,, ,so
p,ru¡oo. deaD.ta:odo, con í51l. p:resen.cla, s.11. 000.oc:I.IDlento y su.'tray¡!CtarJit. sus mov.tm1eot~
precllmll, en lo peq,ueflo, en d detalle. n.o~ b.a.blaban de] Uempe y de la.:1D1JJer, de l!l.wewor.la.
y la.magia.

·-67 -----

��'

j

e '

GJ
~

to
r 1
G

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza.m ntempot'ameiil

Danza, conternpor'á,n ea

y tecn,o logía:
Análisis ,d e la 'P'TO'p uesta

actual en M,é xico
P°'r IR.os,ella. PaU!llillil o Giiilindo Esparza*

Si .~, baltet ,ciásico Joo oopaz de fma.gi-nar

zapatifl:as de punta (u-11 invemo tecoo.lógico).
E111onces, los qu-6' penet1ecemos a ia mrnza
GOllteffljJ'O/"illfh?il, ¿qué tipo de zapatillas Sel'S'm05.
,capaces de inlifent1Jf,Ítmto ,a los irruevas.
tecnofogtas?

Vívi.an Fritz

I

mágeaes tarpó:rea~ d.1Blli!I!IL011Bdas par Ja. l1J2 y fragm~nritdas en rf. o

mw a□t:l□a:tural~ fuJJ.daweototi a.1td! ov.1aialf.S l11tangJbles que OOII'fJve:a coa. el 1DovJmje:ato tanglb]e e:n unm1&amp;mo &amp;pid o, abs.tracd 11JJes.

oo:ace:ptuales, alterruincla eatre v.JJt11aUzac1.ó:n y ma:terJal tzad.6 n,. cuerp¡:E'&gt;
qneb3.b:lta:n EiSffild.,os dl.f.erli!lll:@y. ato. enibargm.,. du1za:njuam,

rucucbar la frase:: "da□iii. co:otempa.rá:uea y

tec□11l(f)grw-:, 1mpllca. ¡:Jelle -

ralme nte lac tar 11n :prt1D.e:r paD!amlea to al vJdeodaJLUI, t raa Jo rual sucede um . selie de ieoh:meoos cuy.as c.ar,1tcterfstlcas són 110 so:n del todD
c19.tllB,,. evJde:nclando ]!i n~eald!ld de

p:rmfu:ool.uir e:n ernte co:mp.leJo tsm-

PD de ai::c:lóu.

vam.o s :a. e:ntend.e:r pwr ~dacza. y m.e:'!Jac l~ n teco.o.l~ l.c a.", e:I. cam:p:¡ de
squellss 0bras que han tr.s.asf1gu:r:1i1.(l) fa :c.oc16n de da:DU. v.lY'a. y la h!m
:p11esto en d:1i ~ oon u:n. :m.edw ·1e:nC1lógtco1..
Actualmen:te es tna.ega'b]e l.a :relac:16 n. d:laJ.éctlca. qlll! ex:l.ste entre la daaz:a y. los m.eclJ.e s 'lec.no.l 6g1cos. :rele.cl.óa f:n la cual la dmza. Juega. el rol

·• F'Ottm!m fsfí'i!D,IJ'.IDHII lll mes'il ,ilo di!Íllil'O: IP/ótf.l!lttfói'¡ de dtu'iü coo,,
tcmpoíl.lñeác Eñ e1 íñ:itt&lt;i id.ci. X'rJll l!!ñcíi eñli'o MW!!!p(ilil:lOO IM- 0:1 í'l2:ll
C'Onlcrñ(.Mltlloo.:a.
~ t,;tufloz. Pmm, lltl!III: •.¡l¡f¡(G,ximac:loo .111w.d:uiza y mooactón roe~
~:;t. í!ii,: D:i~iw:~1.'a.fl [t.oriwñk'lad ,d;c dilíWl &lt;:n á'ñ&amp;i]. !!hit!:-,
2011 OOj!Oftitllb ('fil: hl~al'IUlf l!tl'I!Mñp;.'Jí'MM.l!b'i'allmióñci!\l:i pi'l)iíis
·~~,o¡jilé'IUl, ,-.«iélflid6ft,,L~Qk.:I,
l T ~ Cfii'léÓdl'i fotñó 1fa0110i'l li'l!dtlñO', ñiáliün t.!iplitlfé O m&lt;&gt;Ctp.

�co,1:pór110 y ruglmjco,. m.1.eatra~ que los :rnedlos
tec□.CAliiliglc•!Mi ~e tram;;flgurau en uua. e:xtewló o.
de Lills seotldm de e.ste cunpo•. coJI!/'lvle o:l•o na.tlJl'lllldad y art:lfk:JaUda.d deot ro de 11.n :mjsmo
E!i!ip:achm, escfutl.c,o o virtusl Esta.:relsd.itfí11 E!;tlste
desde uempzís antiguos pero ron d a:crJbo del
auevo 111gl.o, lH pcr;slbJl:ldade d:1gua.les. y elect:róai.cas hm o:rl.gtnsdo fen6a:ieoDs híb:l1dm:·
vid eods:oza. d.l!llJ:z:a.·telemáuca. :pfatsfor.DJas vtrtus18 - t::mro apoi.:ltl'las, co:m.o de s.rdlmo - .
dama. 1astaJ.ge1ém. espa.c:IDS lJUDe:ra:~ danza.
toteractlva o mulumi dti. captlll'3. de movimiento•· y djs,posltmes temo~l.co.s que fu:n.cio.aa;o. ccimo :protess1Si del cuei:po,3 • La. lista. e.s
ts:nJar¡¡¡s.amao, laili :ne~dadei11 de lo~ cre:ado:res

.l. 11.:ai gé:n.e!ál5 de !lllrua.,d'..a:niZa medl:adai te~noiéig~am.ente.

No es pos:lble .P:re.scl:a.dtr d.d ooa.cepto de tecnología al hablar a:&amp;Cl. de la klstU!rla. de la
humarudad~gracias a. ella.el llombre L;¡¡gró evoluci.o.aar ba.sta. co:mrerttrse e o. la. ~ ledad. estratlfi.csda. y o:rysJJtzsda. de] preSie:ote. Nill uigloba. á.rucamente :coJi.qllln!ls o ~p¡!ISilt:rros. miis.
bleu es ·uaa. m:aae:ra. de e:uteader e Lmua.do ea
el q11e mames sumergid.os y de traru;fu.IIDll'lD
e:n. .aquello qut la.toJag.to.ad.án di.e le, a.tra.vm de
la!i b.E!rriulJientml t0:a.ológJ.cas que surJsn comD
respuesta.

escé D.1.000. S:tll3]&amp; dlCDi!tl.

!En a.á" recieatu . se ha.tndswi.d.o,:res.pacto. s. 13.
verdsdera.fimct~a que cnm,ple esta. medl11clán.
dando OOIJlO· Telll.ÍL'CildJl) '.ILOCLODi!S que van d.esde
Los flaea puramente utLlltul.e s l asta la.,gé:aeats
de :n.uev.ss real1dad.es ( vJrtll!lles ), en lss que di.ch!!.:relacióa d3ll7..!l-te:!m¡¡]~.!I, se torna legitima
eo el mo:mentm e·o. que lE :med:IM ·tE!CDn.l~ l.cM
pa.&amp;1.n de ser u n. elm.eato. eS02a.ográtl.co má&amp;.
paJ3. trau~ormarae ea u n ageote que p,roplc:le
"(~é1·i ma rej.wmu&amp;icté.n trtnoi.11&amp;N de laa nadones ~woos soore ro.;s clenvntoo eseRooJl!s
,i'e, ra .0011:1», ta;\es mmor l'll'l:'T,IM. tten~, ~m y
m:ol&lt;i'lnif'llro { ;.•¡,•~

!Enl.a. prasaate pon.eaclll. se reallzll:r:i. u11 breve
esbmn aae:rcs di! Jo~ fuadaJa.E!lltos d.e la :m.e:l:la.Clón ·te.ct1ol.,t,¡¡1ca. en la.damu1. con1em:pIDr.áaea 'f
su. &amp;Ltuaclóa.actuliil e:u M&amp;lc:o~para tal ribJet!Vl!ll
se partl,r:í de c;¡¡:nceptoi ese:a.clale.s Ol)•IDD· ·tec:a.o Lq¡¡í.s, :reslldad. vlrtl.L!ll, :toten.ctlvldad. y la. ebsolesceocla. del CUE!rp:l. qu.e C·O:DJI.E!!l.Sdlll a.UD3
reflenóa fll131 acere.a d.e Mé::tl.CO y ]a. S.1tU3C:IÓ·D.
qu.e, hlliy pmr hoy, pl.aateau lo~ crea.doí!3S! ea:~
a.l.oos rc.e:IJaJes...

Arte y tecnal.ogla. san co-n.cepcl.oa.es. que se
c:o:as.LderaJJ Oples:t.s.11 en mu.clJag o.c.ssto.nes;
pero el dewiroo,Uo del. arte y de C9d3. d.1RC lptllJ.3. que le oo rup¡me, JaduL
da la d:aaza. tau:ibJ.éa.
d ep!llde de lis t ra;o.m,¡¡¡rmaclo•:nes tec.aológlta.s.
q11e le aJJlecedea. il?'ara e]lm;lau· h barrera eotre
estos c:Gaceptoi, est udjo.sos .si:t11sl.e.s p:ropo.nem
d~jar d.e l!ld.o la. n.oc láa cs.rtes.!sm.1 que m i.oca a. fa :ra2ló:n s;¡ibre el c:u.erp:¡,, d.e ma:aera. que
cl.eo.cla. te::a;¡¡ klgía.y .arte .se co-mpreadan m'mD
fu:rma.s. q·ue apu.ata.o. hada.el :militJJ.o o'bJet:tvo de
e.'tp]jcar d muadD.

Ade:DJáJS. para que el arte y la tecnología. geae:rea ,oo:ra.s d.entro de las cuales d:lalo.guen ]e¡;ftllllsmimte. la. :noción de :Laten.o::ióa e:;1 :fun:1.sJDE!lltal Jillrrlngl!:r, cl!lreógrnfü,. artlst.!1. m.eilsl e
lJlve&amp;lgaiar. a,110esn po,r el seondo de m1a·borac1ó.a e:ntre dJvernos medJ.o.s e.o kls q ue lntervJeo.e uo. .sistema de c:o :n:trol, a. t:l'lllfés del. rual
el movtm:l.en:tl!ll, lD.11 ge_¡tl!lls. y las acclcin&amp;1 del
cuerp,iil 1mn c3ptu:ra'l.rui par m.e:1.1.o de d:l~pMlt:1w:. e.lectré DlCO.si y fügltale.!l C·GID.O'\!'.ldeDCámaJ3S.
o se:mrn:i res, que a. su wz Bct:l\!'an o cciat:rolan a.
otros disp oslttvm qu.e fuacio.aan comom.edro:
V.Ideo, .!IUdlo, texto, E!Dtre Ot:nM, Los artliSil3S
e:n.f¡¡¡,c,¡¡.dos en E!!ilte rumbo rten.en .ima necmflmd
Cftll'rell[El de ~ 1m d(áb,;lo mw proJilmib
CDn l'ili tnfmmat:tán dtgttaf' y,a ,¡p;? é:!m ell\ll&amp;trld.r.d,
en eonjunrf.M 0011· ei l!U"/'p!I, W'l oodigo di! er11oflDn~ dmtimrciis. mt.er;ril:meisl y tem~ dls.ma!MS'
p lffill t'll'Of 'IDl'Q p t.em ,E':l\':611 #ro 4..
Paxala. dsaz.a, lDsmJ?d:IDs teco.olitfigltos d:lgltaJ.es.
o:fre~en tods. U.119 nueva.g:lm!I. de p¡¡s.Lb:llldsde!i
por iSll C.!1p3.Clda.d. par.a. oo:nstruJr UD3. re alid!ld.

~ \'!le.:. i'tl bl.o!l.

y Müi".o.:1. Pónl.o,. Pb'bltc Pñri:i!ls homwntit Pfcytt'.ID a~ í1WO:s~l!lil11 t'!ii
óanz¡¡1moocrliCI y c o ~ e a . Tlllla Gr.alloo Lim: !'mncl!VidOO,, MS1 p.1~
"' &amp;áid uY.r, lil!aü, y Biii.!m'wñili, ¡l¡laiñ •l(ern,:. Thü', ~a ~i.'m. fl~IW'. l!ñt Oiic.,qio ~ t f i U i l
1í'Dfim'lü!lrtiwi. OORACULTA. Ol!MART: Mill:ifo,, 2008. 11). lil!t
~ l).&amp;-N: !Auchlffi, ~

4'

tdeñ:i.

,,..61_ _ _ _ __

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza. m ntempot'ameiil

1mp.alpable en l!l que el cue:rp:í bumaoD•se des:p]ace wu □atural1dad.i lareaJLdad vJrtuaJ, :o!Dm bre que se 1, alotga a. las te:a.al¡¡¡,gí.as o:un1;ut:ac:L®:ll!ll es qu.e cres;o 19. fl·ua:L6n de eoca□tl'llne
!a.rnersos deat:ro de un :muod.o artl.tlclaJ. ,n, d.e
Juabltar espacli:Hl que Do iSe ecu:ueotrao. en. eUu.gar de la p:raiyecc:i6:o. !l:n!D que ron a.je□l!i8 al ei.pd.@. Pero la rea!tdoo rvbtual,(tmt~nJ f!S' una
l!He'►.'l'I ,1r.111i'!'rl.rurd.!ld7 y. romo, 'L!ll es 1:mprnr~ate
·t0rnarla. en cueata.:pani. desar.mUsr las caasecueo.les 1m:pllcado□e.se1Jlétl.i:as que acauea,.il'.li
.,&amp;mm e.nm !lll"R:i g!li:' ,cad'tJi::i:i .,:d mostra~ y•.sm
e:01.baq¡¡;, par med:Jo d.e esta m.edlacl.6:o. a:u:rge:n
:n.uevas :p0mbUldadl'!i11 :p:arn su crescllin, w d_eilia:iro.1I.a su. p:rese:mc1.lfxa.y su d:lfumma,
iPE:ro no•es p0s.Lb]e hablar de dama mn tamar
e:n cuenta al ru..erpmromi!I• ropmrte y ue3d@r;
al 111.1im.o t lE!lllPO· que. desde s:1empre, ha. &amp;Id.e
el l!e□Z-1!1· .wbre el a.ial re pueden plasmar ]as

dl:\l'e:r&amp;!is vJs:Lenes culturales en que se mcuentre mse:rto. El arte no es la exc~pct6D, y d.es.-d.e tiempo atr.ás C•om,truye dlscurwll srn'bre el
lll1Sm11.t LB.1:anue:nrla de la.tecn.ol.ogta.:a.o pndJa
evJtar c:o•:n:fluJr oo:a. este eleweuto esencial d.e
13. dama, p:rov!!íca:odo la.J.dea. de o.bmlesceo.cla
del c.'1.1.erpo cCimD un f..actor de rJe.5Bo y; a. la vez,
de posl.b:lltdsd. pBra. la dama ooate:mp:n:i:n.es.
!El hombre est:i. em.[).i!..sndD·a. llevar su cerebro
fuera. de su cráo.oo, y ms :oeivlos. fu.era. d.e su
Jfiel La. nueva 'h?CDI&gt;.lllgía. e:ngeo.dra u:o. :nu.!?W!I
Ji.omb:re 9.. &amp;s1tét:Lca:01eote hab]sndD, este tlpz; d.e
sui:esos. que replaotean las cars.a:erfst1cas del
Je:nguaJe de ]a dama, precisan a.'hrlr w evas ](..
:n.eas de 1nve.st1gac:16n ,;rue, te&amp;rJ.omi.eat.e; a.da.re n y p:rectseo.el. palle l"llJJla de Je que está. oru.:rrJ.eadD· cae 19. :re.lai:::Ló,:n. ds02'.ll.-te::nolegía.
dectr qu.e
1!!i.ll e1eme ntes ese:ndal.e.:11 de Ja. danza. a.e :01.oo:1flau1 de Ja..s:1gu1.e:nte IIIS□era: el e!iip:a.cto es d.es.-:nntertsJ1111.do ttn11 vezmliB; p;!nm muy d.tfe:reate
a.:la. roa.o.era.ea. que Lo:le ifu.ller u Cll;,:kar scblem.mer Jo, 11.1d.eoon ea ép¡¡ca.s pasailw¡; allora par
v'ias dlgJtales el mav.J:ml.e:n:ID se captura, se tras,l!id~ s.e trand'tere y se racon:fll!).l:r3/ :re:mater.la.11211: la. percepción k l.n.estéglca tt1dtmeo»t®rnil
iBieVe y srrlssga.dameote p:¡d.rfamo~

-

de la e:aergía, Ja pom.ciiim y ra velocidad ~o:a
J.o.ilueudadas pl!l·r fa 1.Dformad.éu ¡;¡eosorJal q11e
emeq;e de las medJ_ac[.;:¡nes tecoo16g.lcas en la
UiOi!□a. o ea l.!l l,XIDtalla.J.a.

Joc¡¡e [liJanes, estudl.ooo d.el lilCle [onte.mporá:n~ Jodicaque esta. :fur01.a ho:rlzi:mtal y &amp;lmultho.ea d.e 1o.·ieracc16:o. este juego mtna.ctlvo
.ebl.e:r~m g,ue puebla b.oy el espscto, y e:clge Le
c1be:cpe:ro!pc1.ón. 'tleae que ser estudl.a.da p;:u
lo~ leó:rJ.coa d.el aJte11,. !En tal C!ISO; fa literatura
e."Clisl:eJ:lte !"fspe,:t,,:,. a la. tnedl!i.clón teco.ológl.ca
e:n 19. dall.7..!I, m Ji,té:,cioo y t.ods. Jl.sUDD3mé:rica,
.epu.nta.:prtoo1l1iln.e:ote sl vld.e:odsms: iH.3.ydE!E
l.acblDO. ea. Mélnco.: ROdllgo Alo:ns.o. en Argeatlm; y. Erls.!I.Mufwz, e□. Cblle, por mew:J.o:nar aJgu:m:;a de loli te&amp;rJ.cos mja desta.cados..

Ademm ae han ge:o.erad.e d1ve:raas noooaí!ili
rezpecio al e&amp;:(B:lo, a. la realidad vl1t'ual. o• a la
r.eJJ1ed:1a.c16:n tecn®l.6g1.ci, más alli. del v:ldeDda:nza; en tal tas¡:; las JDNest:lgaclones aii;o i;oo
j dive:ne~ y e~C3ii31.. E:n el C'Jl~o esi:edl11m d.e Mé-

:x:100. DllSm :pa:fs a1ín :nn ba ge:ael'lldo a.panacloaes. al :nJve1 de J□:v est:lgalJID:re.s de otros :pai.ses; oomi:i¡ s usao !Koz.el, foh!Jo ·oes Blrrioger,
Steve Dlxtm. J.f.ark CO:olg1Ja, !P'.blllp Aw.land.er;
CbrlBl:te Cllrma, il'e'tr.ll iKupp;.!n o if!ls:n.L S3:n:m-

na,.
E:n el alío 20@]; !S:lrrlnger se p:rquotót ¿Cómo
podrfamm b3ílar cao.partES;rem.otss ea tL.e:mpo
:real '?1 2.. m e.1 2.01:3, oo qu.e c.s'be pregu.atamDs

e¡,¡, ¿.cuál es w:u ]as IJDpll.cai:l.!i!Ues estét:lcaa que
t l.eoe:n. tales pro.c:es!!i.lli Estll. c.lam que la. d!ln:za
es u.ca. dJsc1:pU11a. del a:n e y ru labor; :par eode;
es; coouauar cao. 1:a. :rdlex:16·0 de ]a e.'1:1.:s:telld.e
bulIL!llla.• sta. embilJilO tam(:(!lm• p·uede 1gn_orax
Jo,s m.edw tec:nológLo.o~ dl.gttale~ qui :ha□ :t.Dler­

veo.lilo su.le:ngua.je..
IDe la ftcctéa s. la vJrtuaUilsil.

3&amp;l i:mrno la -obd.el cuerp¡!I y m rel:acJó:u dlrect.e
~on ]a. t.eca.elogfa. son. hec.bi:is cltín fue:nea 0011nota.cli:i:nes id.eol4¡1.cas; fUG.OO:fl.cas y estétl.cas
que :requteranser estud13da,s; oon delelllmlimto
para trascen.1.er en Ja a:pucs.clifm d.e la. media3illlBSO:!□.cla

'Kóial, Siismi. CiMllr. p(!rl'W'm~ñ-f&lt;t, ~ Ü ! 1 , j!h;{!fltlífñl3it!t~. Mti!!stttihü9dis fil'lffilil» al'
TC'!.'.hnol.GW, eSfl',ll"i.l, :2001. p. 91. Tr.ilii:.Mx:lm pro¡r,¡a
1
ll'O.Yllé,!¡ l!mllló: IMC!~ ñ &amp; y v.lsi'.tm di:: l1lfm; Al::~. Lád. M:llrllfM t.mdoo.elad. Colv!tf)IW'lfd. y
ct~M d.é ltl, elllíil'.ll ronttm'lpátl'.lñOO,immlt.AM. FailCA y C01'4ACULTA: ~ DJI!. 2007. p. 20.
s M!lühlli\, Mút!l'MIIL Ttlf-n~ tfc!I. ,¡¡m; é'óm:~riC'l!r. t:Ic:-t lli'te .C!llr'it"°mpai.lM_~ tif &amp;i'@ :ffl
.fiütlrt:".t&amp; (01\\do pót ,.Jói'O'!•.ttm.i:'!I~ Íl.áe!r. lMlruéó, 2rll'O. p. lO"R
w Birlngcr, .tdlatilies. ~ llttd iño!lb U:d1i"IOl'lí1Ñ!f, l!ñ: PAJ: Á jói.fl'nl)J ol pttfi¡)t~ 400
.an, •!Jr)l :M, n~ 1. ~ :20CQ. p. !flS. 'li'rriiíliOCl'iln pt,Ocpi~,
"' J'u.:tnm, J'llliUlfJ:. r ~ r;llff l.ll'l'Cl CQ'll'('Rl,{Nlráfroo: dt![ óWifC ~WQ,!100.a.! .ano :5in :uomelflcl l!áeb: Mb.lM, 2'MI&gt;. p. !O:!.
111 B ~. Johliññi.-s. "Dtlñtc .liñd fiiMlti, lct'.I-Mto¡íiús"'. (fr. lPAJt Á plm.'il ól plií',IOl'im~
iiñli
M I, ·!XII. t&lt;I, ñ~. 1. l!n,:,fo,, ~(12. p. lH,.

-

�ClónU!tDIJ!·l0glca.en la dama. tw sólo de maaera.
des,;::rJ1;tl\fa, litoo tawb:lect part teuio de UDa. reflz.'tliim iatelectual respecto a.ta]e&amp;p:roa?so.s y a.
cuáles ser.lio las coo.sEl'!:ue:ndmi.

2. Sl1llilar:Jón .1ema1 en IM'é.lll eo.

aJim iff.'lyde !Laduoo :rec;akó Ja.
o.e caúdad. de p:rofu:adizar C\l!IDto aatJ?s. ea. ]a.
pr-oducel.&amp;n de dama medjada. po-r la. tecnol.ogfa. es:1,);!'r.lf.lca:rn.E!ote en M.él:l.m : nJils Mtllm M
gµ.ed.eado al ma:rgen ,:le las. reileirt©D!!&amp; te6'I lca!!i
sob:re la oo:ntemporacelda:I. ea. eLnte co:reogr.l.f lea;· muestra. da:nm sigue ata.da a. Los. cáoo11e.s
est~tlcos de la. mod.E!rnld:ad rn apro:x:llllliado111e a.
las :aue\!lls. tecaiJ! I.Gglas slítlo. desxle ltD. punto de
lf.Jata.utl:lltarl.o'- 2., nuwqulea.e&amp; detractauel ww
de lm t ~ aologías debJdo a.la obsalesceo,;::111. del
cuerpo, c-omo qule aea Si~ :refll:!rea.:a e.ll!l.:a.part!r
de 1110 tnterseoclé:n le¡tlU1119. en. el. lea gusJe de ]a
dama. carecen de posturas con -c¡¡¡mprom.im
e.stétJco, é tLOlll y ~Irtl.Cliil [µua.] CO·R su jQCledad.14.

!lia::t :alguaol!

b.a. ad.eatrado en la ·temátjca y propmae qu.e
la tec:n®l.ogia ea]a. eso.?oa debe propi.clar qu.e::l&gt;l?
&amp;'irntll! 1\1 búnl:cth-&amp;l'i:rd y. tlJ11:iJ;,¡l/n,. gue ~i hsmiSe

mtmhls ~!)"i'lm .q.ue se lll'eJl { ,-J Q!}'lllffil
Qt:flf7!Jlr fllll!MJJ !l;J(lí!lflWi de- mrfl€roomre entre

a

roo

ar tistai', eom el músfm y ri fiXlleégm{o [ ,~J Q!re
d tnté.tpnte ifel'dmmte• .al estar OOll &amp;!: i'nteefm:e
{temo.r&amp;,im], ~ m i e,;stm;wis fqoe,J lo mGro.!Ji\immren pam 00U!11' f ..J &amp; oi\il!) qlt!:'. cuando uso
tnrer{a.ce. tni'ellro br.:mr.rl'..
'li"lllE!!S; .aftrJJLlld®:r»s s¡¡¡n evidmJ.ct.s d.e una co.acl.e11c1:1. reaovat11. y tontE!rn;pooí m.e:a :al D!¡;;p;!ct-o
d e la 1mplem.eata.cLón d.e medl,¡¡,s, tecno-lóglcos•.

Vogrlg fui. cread.o dama. lctera::t:tva, dama. Iost.al.ai::Ló:a y e:x:,pe:rJm.ent:ai::l.áa oo:a w.e,¡¡rai;ile.:11 que
alt:e:ran la. :reladó:n :110:nldo-movtlDie ntl!I• sob:ra
~erá qui?,. m :n dpa~o-de] tl.em.pm, ]os ci'.lt'eógra.- la esce:n:a. Ml.eat:ralli teatm. otros co:remgra.ful; s.:1füs e n.Mé:x:1.00 han L;¡¡grado en.cnm1mr a Ja. daa:za. gu.ea ~us. prop:u1s.lla.eas de l.tll!'eSt1gac:1.áa. mm.o
po•r seaderos m!is a:cr.Lesgiid.m ea d rlllllbmde VivJaJJ cruz, que ha producido V'.ldeodaoz.s,
la meduc:l.&amp;n ·iec :n.ológ.Lca? J.lllc:bos .!u,pectos son. además. de pr!Iíp·uesta&amp;e:.c~lc.as J:ateractlV11s y
decl.st'll111S :p.!lr.11. hacer (m no) d3.Jllll:· l:a cultura. Js vJd.eo escé:ruca:·sdemh1 de H:iycle r.ac:b:lan. p:rogestlén y sus :po.Jtucas cul'rurala l a. ee0ooaúa. d.m:rnr.a. cmreógraf.l. y lltdel!l!lrtls.ta.que. tam'b:l.é:n
f'a.cti:u~ &amp;octal.e.;, de educa.c:Lóu y étli::o~. por es :p:ro.ducto.ra. de eapect.!irulos wultt1□.edJa. crJm.enc:l®ll!lr ·ull.®So cuaJJOOiii;. iRn el caso· d.e Méx:1.- tl.c.s. de dao;z.a. e 1mrest:lgllde:ra. y co-JJ.11:t®ra. del
0J·. ]:as poafbíl1dades psn. ¡tea.erar p:ropu.esC!.Sl
llb:ra Vi~.zm·de !,o e:111'!'m a ro p.mrd&amp;I!,, Ju ato
dalli'fstlC'a.11 m.e dl!lda111 prr,:r la.·tecn®lo,gill. s.ma dlb- co:n N9.ye II Be□11:u:rn.e.s,
t:latas. a.13s de mglaier:ra. Ale ma.imi.·O Australu.
sedes de a~m111 de ]ai. ww¡;afiJas de daJ12a. Ln- Real izar u□a. bsta.de tod,,;;n;¡ aqueUos que. e□. lllllt&amp;a.c tiva. m~!i :reoo:n.ocl.das d.d mun:lct Rl!lndom yor o meno,r grad.o. van l:ttcur.s:lo:ca.ado en este
dicmce de \"lay.a.e McGragor¡ Kbw obffllillllt11' ru'b:ro de ls midjsc:Ló:n tecoológ1.ca ea e.l país.. es.
im11 Ars El'tthmiK'll'Plirureklb y if."hunl.}· Mln"B de u:oa.1:abm:r deUc9d:a.que :m:¡11:1.ere 3:tea.c lém es:peG:ldeo□. obaaa□ek
cla),¡ &amp;t□ eml:lilrgo aliun.oa de lo,s □Qmb:res. que
destacan so·:n.: .N11rla !Fng,¡;.so. que ha traba.jada
iEa. un J.f.é:xloo oo:n am:p]Lo racgo de d:lve:rsl- v.1deod3:nz.s;· !Ri:ído !hice.di. Octml.lo lttu.rbe,
dad. cultunJ y detlcl.eate :rep;!rcmló-n soctsl en. Mauricio 'N:aw, :Marla.m. A'rteaga. Alfredo SsJocuaarn a:i a:ne, loo c:read.o:ras. d.e boy e:n dfa ta.m- món.. Am!lr.am:a Yemug0-. illie:a:lro Go:az.!ilez. co.bJ.é:n está;n realiza.do propuestas Lnll!re&amp;!Ultea 1.e::tLV!il :f.112'.SOlll, de A:aa·bella. Pareja y Leo:a3nJo
a.poyados por bw•t:ecb O· .llll'i teoJa.¡;, ·te::aol~l.c!ilJl Marl:U'IB; Dan.mpliml!, dirlglrlo po:r :Nlg"e.11 Be:amfls s;itt.stlcados,, d.oa.de 1mpfra. la mceslda:I. de hum.es. y [o:rge: Ortlz. 'loo.os ellos p:rofund:l:mn
m:n.stru:lr uaa.d.taUctl.ca da:nza.-tecna.J.ogla.llaJlo- e:n ]11 erj)!rl.eaclll d.el v..ldeoda:oza. y, Bl é DDOS
sa. d.esd.e el c.am:po. :p:rát tlta:· mbel vogrlg., 'tat- más. en la un:p.ll!meotac:Ló:n de la. :proye::cwn
larlna. y coreógraúi. tuilo-d:o:r.DloJ.co.:.mexl.caDa. mu.lt 1□1e!i1Ja. e□. vl)ro. gen.erando l□te:racclo:□es,

•~ ltldilná, Hoy.de: "DmUI y l.l:o'lólógll:i: fdlÁflk:li, y .i«loo :s«l:IL Rxll\~bñe$ -G!.s'ic:F.ilb!i". l!ñ: MI:).
~ l l l \ 6:lñ.!i, y ~~ ~ 'l'lñ IIñt.i,!i~ Di:t,?OñiJ!ú 'lfñ: h l i ~ . l t l ! í ' j l ( J ~ ' i ' I ~
H•Íl!i(fl:;m.
ai Cliw,, .JóS6 Lüi!I: "il!:!d,i:,-1. V ~ d.:iñ'.fi'i y ñ!iéW:i! ~
s" [áiim:"'li!llii, &lt;:ñ ¡¡i'l'!&amp;ll!J!f. E!,'¡¡ .M li2'.Q ~ ! lt ilC.'llit'Illl ó !i reflwio.rn.V :5"11::fii ,ane- é!II l'O:l], lfr,~ücñt:lllf~ M~ito. 2.ttl9. Ci:ij'l'Cmilh!•
i:fi: 1'11.fj'YA\:ii"WO.Oírg.il)1ti-V$1hct,...~
d i i . ~•iíüc\!ád . o ~lmi

,,..63_ _ _ _ __

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza.m ntempot'ameiil

eot:re el cusi:po humnllil y ]s.v lrtu31Ldad qus IDS
me:U.os t eimE.Jt,glt.orii -ofreCl;!a..

respuesta a. la oleai:la de creai:l.ores mediales 11 n la.daozs, tsmbté:n hm sllrftldo 1:n.1cta.t:IJl.11s pgr.e .!lp oy.ar y d.11r d.lfus.:l.ó:n 3. sus @llrns.,
eatre loo que destaOiUJ festtva.les oomo Aglte
!J' illi'n u,..frn/t,XJI itinmmte de vldeoo'lmm, fuada.d.o en el 201!8 po:r Xtmeoa. :r.noarey y !Paul:lna
iRllt:2rh:i, mtllr¡i:ado cl.e p:ro:mt1llW:r la dlfus1&amp;.J1,
:p:roduro.6:n y reflexl.ó:n d.e Jm a:rtes del m.ovl:rnenw y 1as artes aud.LGVls□alesl.cli.; e.l .fmtl,-oi
.d,e, duru:a y medlo.s .,iimríli1.ws ( FmDüm), que
apoya Ja.co1Jj11.ot!ón de ]a.da;oza. o:m el cine, e1
vJdio y otros medios te::o.olégl.cos, eacabel!li:l,0
pn:r Mm'lll.na. Arleafl'.9 y iliayde !Lamia.o di?Ede e]
Cl1!1:1110

Bibk,grma
Birrin!Jer, lohannes. "D,;nce ~n:I media t:echnologie$u.
En f'AJ: A.joo,ml¡¡f perjtllmal.x:e andan:, ,-:il.14, rio. l.

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f ritz, '!¡!fygn •u. crmcián ded::u,z:i.: die = : i bs: nuevas

n1 óo:k:imSJt~ un. breve eib,n,m d.e IE• que
ocurre.11ttmil:lrumte en Mé:tlO!tl. stn la tnte.ncbli:n
de. deJar fuera @tras propuestas. dan:1s tlCilS
:igual de Jwportllotes d.eatro d.e Ja.teD1.litlca. Lflll
que ¡;e :p:reteoi:le e~ que emta. :reflen6:n det!lne
!a:•ni:,tlgll.cl.o:ne~ acadha.lt3s. aten::a.de Jm te:111A.ttrns aqu[ ruge l1d.as p3:ra. qu.e, [:l!rt!endrn d.e este
:p1JJJOO, se pu.eda alwadar ea. la med:111c1iii-:n lecnológla . coJJJ.O e]fmeot·o dl5Cllr.s:l'fo de la.daaia
oo:ate:m_pomea, ei!l_pec{fkam.e:n:te de México;
d.e tal l11'1m:ra. qu.e. cmsdo-:rei, tal~ cpretesi e 1nves11wado:res a_p uum ll!JCJa.·um ro.a.c1.e11c.1a. q_ue.
]eg1tt1De]as :l1JJpllca::l.o o.es e~tétlc.as qu.e .s.e b11JJ
ge:n.erado d.e:n:tro•di la m:;c!ó-a tr.sdl.c Lonal de la
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w.'ltc,_mp,wálXII, Taller Grafo:» l:bda-, Mont;a;dco, 21llll.

Ro:s;¡Jc:s, Emilio: imil'mp,l,!lll!IC:m r ••ísi6,;i rfe uno Atopb.
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64

"' hflp:t{\;f!/,l'il,1J\1LC:'!'sn:Leoml
., ,, lllp'lt!i.riiw.lfl1:i ~ il

�!Por Flrarrncisco .Alonso !Gopez ·vmaUobos

Chia pas el prioceso, de desair,ollill de la danM. m :n:l:ecapoo:áoe.a Yulma. Serra;n.o. qu1eu poste:cl@r1Dente BS111.clla
ha a lelo m ~s len~o que ea. el ceJJtro y :mIDrte del pafu.,. ét'lta hace l!IU a m ClaudJa.iLalrJsta.yse lategra,a. Delfos,; cbllJ.1.s
apallcló:n en d esomalt:o c•on el mr,.:ntaJ.e de i,;na :Mérlda en l 95l!, c oeUo y l\,l2ribaoa,:z~nte, p:1r :DLmcl.o•:nar a]s\1.g)ll en llegó.•a.Ch:la:¡:w a reaUz.ar Ballet l!to-oornJ)llk. llJl/il p:leza. co:reo¡_tráfka :oa_a.. gLJleo.e,:i,. al jgual qlu -,o. hemoa gtiSl:io.aado
que busmlxa fü1st:rar la vi.da de lo~ lDSJllS. !De a.bí se hsn Ido aglut1DJ111d.o :recun¡;s ecoa.6:mtoos a t:ra,nfa de p:roye,;:to.s de
Losavant:ea de este género da;ndsi:i.o:i e:n.:laeoudad. y :no es.sloohasta, d creadóo,y pmtoocl~n ('GD. co:auaua.r can la d.12006; gu11 se s.ceatós.111 act:l!tldad mote m:i;o:rs:nea. de la danza. con la. Jle- fustim:n d.e e:stll. dlsctpltDJI.:artfllt l Cll.
D

E

fl'.l:lda de Rrndml.fo, Reye~ Co.Ttét C(!l'Jl]j),fu:n.é'.li!iílllffb!l del Cl11□1'ejo !Elsta:tal psrll.
l.lil,cultura. y ]as Artes de Chl.3:pilll. Q)lh?lllil.SU.Vt2 ·trae .a 19.Cludad. 3 FUdlth Pero· qué e:n:iende:mm po:r p:royecm,, ili:n pala.camero•1• :(Xilt'3. lm:psrltr clases,. A.qui ID:lt :111. el lla.mado :nú.cle© de LB daou. 'bras de: csrlos Garcl!I,1,;urrtú:Ez. e:n 1Jl guia. :para.
w •:n:l.!wpo:riw.e a en Cbl.epas, dad.o que el maestro Rod@lfo ReyeB 1□tcl,11 part Lclp.ar ea. 1a c,o:IJN!Jlca~UJrJa. del !Pro¡lf,Jma. de
u□.a.

EsUwulo a. la cre.e.c1ó:a. y Desarrollo A rl:L,,tl.oo
(l?ECl:M.) que basta el 20l!l!, promovía. el esta.do, de Chlap.'!IS; d:tc:e: La ¡p,!loobri! ~ o a~
,a i\a repnsentm·tM en ¡p,enpectéll!I: .l'l,e ,11110: Mea ,o
,coocepto, por i'D t1111tD un ;proyecto .~
debe
A :ftn.sl.es d.e 20011 ll~a. a. Cblll,p;is, zaJn. ub.ll!!í, bailar lo!!, y care&amp;grnfa ve- .mte.Jiden.e corno•Ul1 ~tdt, Ge '6 tnta'#gmda JI
rBC:IUllll]ll. qui.en ooatlDÍlll d proceso d.e sdl.estramlento corporal. :abarll. lo s.mst.bQtdm!;. niedlG'J\li'!!l el t:rt.m eJ ~m fmíin
e:afec:i:ad.GSe en 1lllB :n:ueva geaera.clJ!Da, de do:nde surgen ba:llarJ:na&amp; com.o ,o.eq;,¡eS!!J! ffil rnar:emt o l,ii vtiait, ffltniÑl;\'B de Mil

ardua. lab!llr t:rayem;Jm C!ll·DSaateme ote a. c·o:reóitraiim:s. pan. l m:parti;r
clases. y realizar m.o.ata.je5;, tal es el taso, de R!!íla.ado Eleattte q ue m.oot·ó
'n"OZOi! ,a,e rí'd:i 12; ,e; el :maestro Gutllermo A:ril.aga, que motivó. a soffa c orz.-0. a.realizar el man·1:aJe c h1a:pas c6.11m:100.

• E!i'i ~ ctíít tt,¡¡l.k,ti, ti Soib C:orm, btillllrlAfl dr'ltl¡tJ.F11'.:Ca ll'.l.é odílf1%!1 Cm'11'ei'lil)®fle:I\ 'Í DÚ, O:'lñii.mtÓ ~e 1:1 oonim ti'! Chl:ipo!!i
lú ·l.'am:Jó !Un píi.X'(IS'C&gt; ñí11j l.áilO, cli:-bltoo ~ j¡¡ CA; lL,j!lrnill qiló &lt;!xl!!ilet ;e.o¡¡ ,,,t Oi!i'lli'O d&lt;!t pi:Jli. §, Oim~ to ~!'Jlllli !lié' .tufilh
Cllmcrn .al «lt:ldo lfl:!lowlr.:l, lío i;■'(!Sllr!Clal de&lt; wdaJiWI cc:wiirmp;arttlii:l:I, y as ,ella 1:11!$iCRílkrll oo Ci5ffi mérnaro icn, 1.-t a!il:ldo. iOuan,
do me illifl a!'lt, ~I} OOi'ilK:~ Lo (1.íc Año ~ ~ h_éei» oon 19llílbt.Elmwm;pai; í : f i l ~ ñ'11:1 «:$,l)Oñdló qlltl é!á , e ~
!51:í li la~ f¡(.,Cltó ,almlC.'11&lt;'!r di} Los ~&amp;)Y 4JJtl WI) fuá lífl 1íaóíWlj(!· IQOlllifn~;:l(íl'. ~ ÍÜÜJ \&lt;M lléólll.'ii él móf!ftljé, la , f ~ J t ¡
:!l.é t.:ihlll qr~do tl1 Dwiito ~ V- ~ t i hllbbñ Umlldó et adieslrARÍcli'll.ó CM d1li\ '"-' O~ñ ll, !IJ llilg~ ., OóñllmlllfCí'I ~ o tb\2w flll!tMl'iea, tdú ,Mt ow.ñe6- Ftlw:ii'l'IMIC i!i, d!in:n ./i0í'ILOmpór~,úl'íi ~~ .tútfth C:!imíitó a s ~
anllfuZ,o a brindar i:il a!!nlllllrio d'IL:lp;111ec:m o1Jr.os cerno AjJlu.l oo taíio.s, .adcmAs de .id.'osrar .11 las pcrson:is lntu,es.:uiils Ctl
0&amp;ll, éllld,plitlá pH\íJ &lt; . ~ di&gt; &lt;¡/J&gt;(I a'! Ot&gt;e ñ'lll&gt;ñl«'lló M/!4i!Wlb:u'i ,([locr,
i QuiCMS l0.111'Z!b11n dll&amp;l:S C«I ,el, fflllCSll'O IRd.:lrdo, mil' CGl!lCfl~ SOtl'lli C012G,. tu eran Taría Ramoe, Edp IMillllntl'«, Rk31ióo
f?tai'leó 'f i:tb. lll'íla pi::.tb ~ ,O;cñlC ,l~Ylif3,. pu~ M !tt ~ r,éñfti ~ •nl!IC/t/0 lfñgú~ :!lfí ;uii:lbaí':ilO,. O(Ji'lifCñl.!I (fJJé&lt; &lt;JplMC:!i,
liN:ilm)¡¡ ta, óporliíii'dl11'i do lrl l ~ 0Qn Rill:IMó lllc!:'.Ull(l; y./1 ñ{} !!il! ti,ejll~ .00 llli dáiilll, tmiémpirr.'iii©c Qiiíl.árM hrljó líi drc-t..
cloo ,d_o ~ íñílú!!fú la llilfll fiii&gt;z.M é'SC' dr:l'.ó: Sollti C:li1!%o o:u~ftl¡¡ 0011 :Sil pi'O(otii) .Cilé'Mm!i ;¡ h:I, l[li'Mfñlfidó )'ti ;,,w,s, pí(::tll$.
l'kl, !\li llj¡_1bfltl, ¡ptit &lt;l:i~lb: O\Up.Os ~C!; P.lt.!lí'áó i=r.lñOt&gt; ail11)t111lt.ld&gt;. . p,:iü ~ llt'.il.t&lt;,t t:11'.!, XC:ift.\1 !il hlfo ,i:...¡ iñÓllÍlllJJá ~OfMcm d'0 Pali::nquc ~'a; abra,•l.'31mt QiJC diñgc Hcm:'.m GaÜ!idQ.
i Gáf&amp;, Ml:lrliiwl: Cll~ 11!:., C~ó®bóF.11' lmpíló~i&gt; Olilwl:/1, .eot.lACU.TA, M~ko, pó9, ~

,.65....------

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza.m ntempot'ameiil

Sin emb9Jgil·e1 estsdo no-otorga ]os, su.:fi.cleat~s
estjrnuJns. :rara 111. cresd.ó:a. lD que n.,ms Il.evs. a
establ.ei:e:r ¡;mmrnet:ros de p:md11cr:lrnn menos
tost~
geamnd.o aai um c:re.eCLón m.enos
:recu.a:eate, .llil rque d ves: uarlo, 1a. esceuogra.:ffjj, y Jo;¡ mis.mm b!llfarlnes no Jlegan mlos,
.se :neoeslta. del recul'lSQ m.ometarm :pa:ra. cerrar
estos delos. de produ.ccLé:a, porqui es b:b.?11 .s:ab:Ld.o que la llnl.c.a. huramleota. del batla:rla ts
s u.cuerp¡¡, s:111 embaq¡o,necesuam;:;s de spoyos
v.l1usles. p9I3. pro.voc.ar 11D :amb:limte. ¡j@llerar ua
:nuew E!.!l_pe.c:lo. :revelar u:na.:re3.lld11d. sJterna.y
llllrB e1Jn ea necesario E!Site recu:n¡¡o,

1

M.llltb3&amp; ve:e~ n.os :reull1DJ.os la Qe:alE! 1Dteresals

de l'ill rniagm l!I del i!OJ1ÍIMI"", es d.eclru:na. lal.ct11t1v.s ún.1.ca y ol1JetLVBm.ente ao rocurreate,. coa elfl:n de obtemer:rerultednt. cancretm !Por lo
·tanu, deben ser. a. lll1 :pílrecer. ·~porale:s (po.r mque debemos ·rermtnar
de ual1zar todas 1H tauas. pla:nreadas en el uempm establectdo). debem.er. or.l.entarlos:baJo•cle:rtos obJet1WJ1 que lograreuu¡1.s gradas al woJu.nl:llll
de act:tvJdaoe&amp; que de&amp;a:[[ljj),1J.eJD08 de ma:nera :lategral y tramwerB..'11, e.s
tmllteri'a)

decir. lllte:crelai: Í!irn .as ..
s 111 eml:mgo, b.ahl!lr sob:re la.~stL&amp;n de lll.:prod11cc1ón de Hto~ proye::tN
m Chlap.H, no e.si c¡¡¡ga S!!!actll.a, meJli!l!li cuaaoo el proye::to es uos.ob!ll
cl!lremgráflca. dadú que lwis b3.1lar.l.nes que :re.all:mrnirr;; proye¡ztlllB de crea.cté:ny/ o d.lfuslón.de L3 dan113. caatempo:ma.ea. reaUZllmIDs enJn.ma.yo:rfa
de los CBIOS. ·ro.d.Oló ]ll)S pa,peles.. ea de:tr. el de cre.ado:r. latérprete, :IJUDJLD!ldo:r. vesrua11.111B.y tl:naJD1e::nte el p ro:m@·tmir de mJ.eatm ane, porfalta.del
recurro m.i::m.etarlo, que es stn. duda. ·LJDo•de m mm l orlJsJE!l.li3ble&amp;, ya
que, a..:0.10-1nd1ca. Rafael iPelia. casado:: w.s m:-~s ft,¡mid.ero.s ¡p,lllllib/llit(l}l
oopwdll&gt;!.rliM en sti relm:i~ oon w.rmí'.!l\l IJlll600 mlsnilo!l!N.111'16.'!ll'.
Por ell.o\ para l¡¡¡,grar elite :reruno d.e una Jost:ltuc:láa. pó.b]Lca. o p:r.11,rs.da,
tenemos. q□e ge:a.enr 11n p:royecto-1Dl!!]lE1tb]e,. :raualr lll sufti:le:ate tnJormazlitfinpa:rn eat.llblecer 11:nm!lrc-o teá tl.c•o-'h.lBtárl.co, facll.1tando la p laalflca.cltm d.e tsl farma. g,ue la elabo:ra:l.ful.d.e un p:royectm dé corno raruJt3.dliil
Ja re.a1.1za::1!!fín de proouctos o secvLclM ca¡;mces. de: ~ausfa.ce:r :aa:es.1oade.s
bum,::rat1cas, de resoJve:r pnrolemas soClaJes, d.e oo•n.s.trulr nueva&amp;JiD5,lbl1Jdaoes y/ o•de foctal.eclw le:alo iSl.latentable de nuE!Sl:rasdoea~, con la.fina
ute:acLó:a. de ad.quJr!r dlcbo ei.tímulo. Por ello debew_o~ e1nablecer u:n
tema que caat:t1.buya.de ma:oi:ra.Ol!i.atua.d.eate a.la.5DCl.eda.d.demde 1a. p?npecttva.de 1a. 1a.st:1tuc.16:a. qu.e baya.Jaoza:l:o ]a convocatoria.
marcar 1.os objet:tvm. que pretend.e:moo Jo.grar y j'uiltjficar la.im,portiincta
de] :proyecto t:n cuestLé11, porgue lo que Je.s lcteres.a.son los datos cll!lnt ltatlVIH.

en l!e:n.erar UD p :royecto d.e daoza, y coa. n·ue&amp;'tD!iS p:roptoi :recu.rsos emp!!Zam.os a.:realtzar e1
m.o:ntaJ.e, ecbamos a a:adar :auist:ra. carreta. de
.5Uetios.. Para. am.tn.o:ra.r l,ms cost,¡¡s de djfusión
utilizamos la11 :ra:les soc:L!lles, hsi c.artdes he1:.hoSi a. mao.o y Jas :loterw:acloa.es e:n d e!lp.sclo
pers da:runa.prooa:l:lt:a..91 públlco-de In que.521'11
la mb I'3 oo m:plet3.. Pe ro 13. pr::mducchfm. c•amn ln
10.dJc:a.:,;mrJu d.e uifi:a e:n su Jt'bro: "Espect~rnlo~ e.9::é:n.1L'OS. p:rod.u.cc1ón y dlfuswa"::se: ¡¡q'íere
mfmlr:E&amp;11 gemmioo JD" l!I ,ocrti.t&amp;ad ~JW!tli .de
i'w fglllipW de tromp a ffil,lft ~ pro,redimienws
~i'.i!lca.&lt;l'ooparo l'Dg.mr :llll: ¡prodl.M!to rult1m11*-.
E&amp;to :1.1:11 duda.a]LO.Jlls.genera.un gu:to-..
Pmr lo ·t:mto, es s los gestare!!, o :pro.motor@:.
r□Jtur.al.es .11. qu:len. no~ cocre:;;poade t r.aasfarmar e1.eno.s ·b:1.ea.es. en otros de JD3Yor u:ttltd.11.d

me:d1ame la omnbmaCLó:n. d.e acttv!da.des y :p:roce;limle.n:mn; para. 1a. obtea.c.ló n. de ·LJD -objetivo
dete:rm:load®, en ua. p:roces@ en el que wte.rvJ.ec.en e1fmeoto.s pN plos d.e 111 ~tl.Ó·JL, ;:,¡¡ mo
]a. Úl&amp;e de Jafortru1dón o dlaga.olitl co social, la
p.l!lnlfl.c:acl óa, la resllzacté:a, la. e;'tph!tad.001 y
flnabaecte Is. ro:o::1us:lóa. daaoe determtoaramos Joti 3lcsllcei. log111dos cm.a 111 o hm.,
u .n. eJemplm 'bastante clam de este e¡e:rc1e10 en
CblSpas ]D.· han realJZll.d@ Cbarls coe:llD y Ma:riba.Cl!I. Zilr.ste, trabaja.a.do est:recbaJDe.ate este
.sector de fa actividad srtiactlOil. a. t:r:rm,fa de la
:pmd.11.cctón de eaptct:iimlos de danza contemporánea, Al haber redb!d.o uo. a:llestramleato
~ ;;0111.0 bailarinas. de ro11tempcrril11eo y est11dJs;a,.
1 te~ de la 1:Lcea.c:19tu:r:i. en .ge.11tl6n y p:romocLó:a

Det L~ Mw'iSO, ~étloJIM ~ mk_os, ~·~ difú!!iá'i, ~TA, M~
200B. pilo.,. 21.
• Ofkl.Qti, B«ilfl?,. l!ñlí'(~é ti l'iflll'i9¡'.J ;iió Lttlñ. i'C.'lfO, qti.il·.:ljj:lt«ó f-fi l.ai tl.}wt,t, SiimM LGOA. oo. :S,. dildtlíll Olm.-.ífi'\.
r~ :ooot. ~ !!S
1

66,

SGñí).

�de l!is artes, b.s:n oo.cJu:n:13.dD lH herJ:llmtenlas1
metodolti,glrss que las ha llevsd.o s. far.mar el
grtlJO mliltld.ls~l.p}jrutrlo Amlln!!i1C'.lt:dcrn ClilD el
gµe real1umn el espect~culo esO?aLco, multL-

clón del ·telll.!I, d.u:crJpctó:n de fa metod.ologfll,
me:tsi\1 ycrniaogrnma de a:t:IV'Jdades1"',

Quiero• t enme.a r ctta:ado a. Mansa de León.

dLscJpU□ut,o

coo ruta a JDJ1r, po:rque e1 amor no quJe.a. dJ.ce:, Dl:'!:.le .~lll!er un rnémdi:l· ,die, l':lll'.00);1·
es. oo•Jo y a.ganar.se en el 20 il2 e1 eaHCDul.o PEC- pl?lill &amp;r rml'l!md&amp;r &amp; tm.a pmdocci6Jl e.vcéntru y
DA, co:n la.obra Hlé Dime mucbD,.
Qll!l!i se ~uéere ,de prof~alm ~ rNi'ta-n e,s,ru
!Po:r ot:ro lado iFranclsco VJfüilobos, a tr811'éa
de su p:roye,:t,o Co:rs.pusct:n.em,, constru.ccloc.E!.11 de :m.ovl:mjeJJt,¡¡¡,, prem.ta.do, tsmblé n por el
pnl,gt:1:Dl!I ante:d.@:r, g~:11.E!!ré d1ver:s:o; ts.lle:res en.
1~. entidad. Cbmps;ners. enf.orsil.os al dess:rm ilwi
escé 0100 00:1'01!'1ráfl.CO C'.O:DtetDp!!lráDl!O·. ¡;cl.1'3,
lleva:ra.escen.am®otaJes de danza co□tem:pm~.­
aea, co,roo par eJeo:rplo:: Efuc~o•Quásar. YértJ¡;m¡
de 110.d:l&amp;.fiJ:11.cl.o cal, Srr,llloqlli!!t :rem.e:01n.o. entre
ot:ras, con. el obJet1\!'o es.pzdf'1co. de oon:ttn:uar
o:m la pro:n oclón di? la. da.nza.en el es.talo.
Así pues, am:m:lmm qµe 1D.!i1 espe::t foulD!i1 so. o.
UD!I, acttvld9d, cttltu:rn.l, par lú te□llll tleDl!!ll fu:ncloaes cuJtu:rnJe~ ccrm 11:M. c,orreBpuade:ar lB. s.

en~ y em !,113:!tión enm insrttudGl'lf'S', p,:imt.intioor.e~ e #ntdatnl!l!p~ enrrepúbl~
n t i ~ .cmidena y ~est.:wea cll1iura2e~ ~!Ml
~f ser:e.dtinimm en.UJ1 mep- n¡,¡.~ m woo tipo dl!1
e ~ E l ! .a r~7:

m~

Pn:r Jo ta:rrto•la. p:rooucc1.ó:n y 1.11. pro:m1:1ná'n es
la scttv.Jdad.medIS11te Ja cual traasfarn.11moo al
cuerp;!l ea uu11, pi.eza. aneo~réflca. g:ue perml'ta ecta.b ]u u:n dl!rl,¡¡¡go. oo:n to.das lo.i sectmres:
el e::on.ó:mLcm, que gea.e:re u:na ·ut11lda.d.; el hu.mano) que propicl.e la. ret:roaltia.e:atacl.ón escéDlc.a.-e.s1téttca; y el esp:lt ltu:al. q11.e motive .!l 13.

refll:OCIÓ.n. y 3JlitUm. d,e 1D.!i1 tlt mpo:. ea ]os que
vJvtrnns.

los secto:res de e:tpres.1éa.srt1Etlca que prece:nden gt:nernr UDS. acuvldad ctm.Juata.pan.lillgrar
pr·ocluctos o bleae.s gue p:roplclea la. recrea cié n.
y 111:eracLóu de los esp.lrJtua ea la cuwuul.da.d•.
M a11.sa. de 11.eé.n co:cne:at:a. que • la. ¡;e.stl.ó n cult11.r.11l se está. piil•Dle:ado de moda. e.11 3Jgo que en.
Méx:I.CO· se le etDp l.eZll, 3, d3r imp.tll:rtSll.C.l.ll, emp1e:rn,a oru:[flr un e~p11.i:10, a.·teal!r espacto!i1 Justs:m.eau de fiHIDSC'.IÓll; e!ll 3Jgo, que se neceslts.

para. ·tra□mormar rad1.calm!!Dte el :nivel que se
nene de la presen~c1nia de ~spart~.culos ese~
□IOi!s

ea. la :reallzaci.ó:n de girase:,

&amp;1a duda la utlllzadón d.e e51:aa. he:rra.mi.entas. las q11.e perm1U.eron a. Hlére:cn.e mucll!ll ,o. a.
Ca cpuscla.e.!il~, li!bteaer 11n estl'.rcul.o ec,¡¡¡a.ó:m!ro
pan. d.esarro.Jlar u:n. :pro.yecto dun:n.te un diez
ml!i\11:!.S y :pude p;!rc!llUIDl' di! lJL tmpo,:tt3:0.C'.l9 de
IJ.IBDE!!J3I el, t:rsb3JO· E!llltéal.co y .!ldCDtalstrnt:IY1i!J
en ooaju:at®. lo cual se logra.medla.11,e el segmm1eam,de un proyect® b1.e:a mrgaalzado. :IWS.m®
que debe oon.teuer lrDs &amp;l.gule.111:ea apaJtados.:
A:atecedeates, Justl.flcaci.ó:a. objetivo• geaeral.
obJet:l:v'o}l palt1.culares ,o es,pedfkoi, d.e&amp;:ctp&amp;

-

Bibli,:,y;¡fLl

Oc León, lif¡riu, f,:pwctócutGtS csafn¡a;¡.!I. ,:mdua:ió.n y
difrni6n, CONAOJ...TA, lil,búm, 200~
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,urrurol, CONAO..LTA, Moéxico, 2007.
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ra proo'ua:i6n ,m ras ar-

t,u ~ . u . Col. Em::ncbgLl, Mellico, 2002.

01:J:9,L, Beatriz, Entreviste il M,uin de León, ·t.cllti:, ,;¡uc
ip;an!C, m b re,ím r;omo, LGD.ta, no. ~. cu:bd ai~
gbn, S'onor.i, 2009.

• l!::'iL'O rorMMo ~ « q¡¡o ,uliliUI, cl t~éjo l!WI~ P,u ra Lli, Qllllfll y to:t .A H~ ,s11, ~:s. p:itá
ru:,¡¡.- IM ¡iMi¡'«IO! 11 l,Og. ffilll.tí!: fl!ó bíin1ll, til'I lltlmtiOO óMftit'lmlfO,. i ~ del ll'llllQlmmfl dó ~
ltnli,o, a la 0r,eadtin,, Dwanallo .Arf~ko, lndUBO l'.3mlli Ul11T11111Ullil •¡ m ,apo,(111' ,¡¡, los Cro:&gt;"J GJ'C!S
á'tnmlfl ltt, ñld::ittlfn ,do !llí pr~
mó rofhii'ó lll il'l:wrüOI ebmó ~ üñ iP,/óyt'!!tú áilwtlll,
i1D ClirlJ!!s 1! Gtli'tf.'.11r.tañfml.
• Üleiñ,. F149- ll&amp;

·- ----67

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza. m ntempot'ameiil

Una cartera

le na
para la danza

1

Por A u ror.ai B u eírnsuc:eso

¡T

earfa de G:rwedad, agrupac16.a.de dao:ta
oo:ote:iapo.:rá.nea oo:n veinte af to.s d.e ·tn.
ytcl O'rJJI. en vísperas deJ 2.¡¡00 y bajo l.a
d1reo::16:n de ilwby Gila1ez, qulen en um. juots
y co:01.0 parte d11 un ejerdclo de grupo no.s p'ld.16, qu.e dtse!i!lramm o.u.estro p:rogram.a. 3.nual
No¡; d.ebíam.os reunir en pa.reJas; y. 11 Is.iS.t!lll!lna
presentar .el~á:n proyecto qu.e 1lalll3l'3. nues;tra
are:nclili•n y q□.e q□.wtéramos Jlevar a. c:i.b mOJJ•:n
el grupo•. La lnlagla3clf m vagó y al ttewpo se:áBlado· µre.se nlllm.os de.ro.e u.a. c·oacull&gt;o.· dE
creacL6n ce:~rid:l.,a. tal len'!&amp;; funciones d:Ldilaioa.s y un :festLval e:n. espacios alteroat:11ros;.
alguoas; p.royed:oi íDV-olucr.i.oon 3. otros grupos
y -at:ro.s sola:m.eote 9. nmría de GI3.m ad. EJJJ:re
los ral'.'.tor@:. ftmdam.eat9.le:s. :p:redoml:ll!ibs la.10tul.d.ifl.n. fa en.ergls. y la. juventud d.e todo~ ln8

10teg.ra:n.tes,
PartLno.~ de e.era• peso1&gt; y m,n. lo que pud:Léra.ro.o.~ a_porta.r; ya.~ a. pan. pigu algil.nas ooplas,,
e el teléfuoo. aida. proyecto ·teaf.a ;u propia

lista.d.f ne::atdarl.ea y su.valor,¡ algu:noi'l busca.bao slgu:ll!I.b E!Ca d.ómde aplLcarlos, otros, to.car
puertsi p,ar.a. coosieguLr los e.spscto!il, volaotes,

1

.soolrlo, rte., sln duda fue ua. peten&amp; ejerd.clo
de djse:lio y de.sa:rroUo de p:royectos .:ul:turales
para la agrupiclón que d.Le ma.durez y qlle; eD
lo,pe:rrom.l, dis:fruté ern.o:rmemeote. El sprendLu .Je fü3. robra 19. :cn.srclls y un1:aolo acel.ersdo.
IDe e.sa.époc3. logl1J:IDO!I CTI!9:t el F.mtl.\n.l de Dll'11-

m Llltml:a y &amp;p,ndoo Airemos que se llM a
cabo•pur d.oce aJi©S c-0a.se:utLw!il.
AOO coa aflo el !fes.ttval fu.e creclellde. !tal.cl.a.ma,i; coa el p:ré5tam.o del equLp!!! de aud:Lo.1 D.O
h.ab:f.a ·uo rueldo psra n.os0tros,, produdiunos 0
:reclclsN11I1DJ1 ooest m!il propio~ vestus:r.Loi . il?ar.a
el t e:rce:r 3fJo. {en la segunda edJ.ct-~n :pro-p:1!1.:m.eute) tom1egu:1mm plil:t :ps:rte del. CONAR'liiE
el :apoym-de S llO,oorn.oo Jl.!lra. 13 :pm durotin de
·tres :P:li!ZBS y loi i!"A&amp;t 03 de promocién y dl:fu..s:Lan. Nuestro i!!/.e o.w se Si!iStea:fa_íll· na. ex:itose
por aC rnlfilllo, y.a que oow.tst(,11. ea Jlevar 1a. da:n.za. a esJ),!l.cLwrurb!luoJJ o altema.t tv•o s. La e:xpectat:l\l'a de la gente; l.aiotervendéa.en el nrpicto,,
la au:t ;:,si.dad. ante el becho escénJ.ro y el asalto
a. fa ciudad. co.,n danza. era iauy atrsttM) y no.!il
dLvm:fü.. cada edldén pedf.s. m.ás y 01:u.. y fue

PM~ k&lt;ldli ilfi'í (!l '.)(\11~ l!lñtlrmli"ó MclMpóÜt'IIJió oilo ~ Ciliil('fiVl~ m lti ñ'li!-Mt Pft;,.
y di'.1FIUL

,e,¡¡ í'iit:lm'I ,do [Otid\o.$

�en fa te rcerll. do:ade ccxa.segllinlo:11 ·un a.pQYO par
parte de Ja. Coordlm .c ló:n Nsci.l!l•:n.!11 de lliln:za
del iLN.E A .• y de 13. mi:tlJTE!r&amp;ldad AlltÓ:DO:lll!I. de
Nuevo LOO.a. d.011de se agre~ó otra.Jtaea.d.e acdóa. que fuemu les talleces da.ncfat:lcos¡· c-o:mo
LnvJtaile especial e;tmr-o Aksel.ti Danza. Contemporánea. dl:rJ¡tldD· p or !Ouane cocbran. que
se preseató ea ]a. :reci.én :la.a:ugurada. ¡pJaz.a. de
Coleg.to Civil, JJa:ma:nd.o ]a ateott&amp;n de cieatos
de pssea.ote~. sd.e:Dl!is, !D1Ju1e1m.psrt16-u:ncurm
de Múslca.apl csda..a.lll.D::i:aza. en la !Fllcultad. de

p11:rtl.d pat1&amp;n lntera.a.c.lD-:n.:al. y hsb1a c:re:::ld.o. a 7
prese:at9'.'.lt'.i !Di!ili: B111 Sbanmn-:n de NUE!J.11. Yl!J,rk;·
Ass.Uo iDJar .lo\ dlr.l¡tld o pn:r Miguel Á:ngd iDfa.l;

de oa;,r.a.ca: :,.rezq_ulte m a:z:a. co-:n:tempcu.énea;
de !Dura:ngo; tres ~ rupaclones Locales; y il'emrrui.
de Grmra'la.d. Ollmo allÍltJ1·Qm.e15;. a.dem:'is de tres.
talleres y clases :magl.stra la .

Reruen:l.e la.re.spm?sla.de J.ltclm.e l l{3js.9Zl'• lllll?Stra•ssesoo-. d,jd.e:ado que e:I. fe:stlv:ilno e.stsba llsro ps:ra creOU", qu.e debía.se:r ps.cl.e.ate y ba.jar la.
Arte!! Esrénl~s.
meta eron.ó:m1ca, Sal[ ftmtrnde de e1,a s.esl6:n, y
en. mi.emeato•de mrlóa.liblrado en 1a. salida. de
ELere:!! ID.:l.t! noo, d.el festival era.p:ro~rcto:aal a:ii© e:nergen.c1a. do:nd.e p.rev.1am.ence la. .aza.fsta. baro-11. aíi.o. l.o que ·teniaJD.os mu.y claro ¡:cu11.su.é.'tl- b:la.lEibJa.do del co:rn.prollllOO que &amp;1(ilnlfi.caba e.se
to; sln querer djspar.ul.o o p @JJ.er meta~ tnalca;n- lugar y que al ~táb.!mmi de ,11cuerdo ea.apmya:r;
z.i.b]es. En. 2I004 tLWJ:m;:is el.apey-a-de :t.té:x:lm en. e:n. ,:as,¡¡, de e:n ergencl.a, deb:íam,¡¡,s.¡ :il...- Leer el
!Esozaa de WNCA. y d.e:otro de este ftnancl.a.- 1nst:ru,ctlvo, y l,- Sa.b?r el DD.mb:re del CO]ll.',PBml.e:ato p¡rra ]a.agru.pa.c 1.é·n por dos a:óoo :a.os da.- fl.e:ro d.e junto. .N'os prese:at.e.mos, leimos el lasbu 351l!i.aríss. ,m, cu:aato .a.:Me:rc:id.e'l:ec:nl.a.c ult1J.- tru.ctl.w , l1J.eg,J :m.e d.edtqué .a pnw1r y pzoss,r
r.11l a.ca.:ip d.e espec.laJis:tas d.elKean.e:l.y Cen'ler.. e:n.dreufo. ~obre mi i!Ven·oo; y Js.:ln.d.lgnscl.6:nque
!En -ocss.10:aes. :roe pllrecla que plante9.t.:an ·una p:rmduJeron la!! pa]sb:nu; del e:s:_p;!cml:lllta borss.
reslld11d ajera. 9. Is de nue1&gt;tro país.. 11ero 9. tln antes.. hllsta. que ful. tnterrumplda por 1!1111 ps.Lede cui!n·tas nru; serv'.ia d.e p110. :m.aaera c.ada. se- bJas. de] oo m_p3flJ!:ro de JllJl'OO, P:~Dr.lilld.O•m.e SL
&amp;lé o. que tenfamD&amp;. E:n. el 200 5. n;_p.:rne m i caso. era. anl&amp;ta: coateste: -st soy 'ba11arllla aun:¡ue
y. la.a. dlflcultaies que e~tab:a. 'l .e.a le ad.o con ml ah.ora a:udo ea. calidad d.e pro1J10to:ra. cultural, y
fest:l'fal, el cual,, ):ID:r p:rllD.era vez prese.ataba. ·us ted.~a qué se de dica? ilil c-o:otestó: ~A :resolve r

�Emoue:mtro J'm!!lro:polilamo, de- dalilza. m ntempot'ameiil
p:ooblE?Dlas". (Q11é loOll. pao.sé, 11:i de tsol!r mu.-

cho tr:i'baja). ·Me cantratsn emp:ri!ss_s,. detecte
11roblem&amp;ll y ,mfrezoo ~0:1.uclo:a.es y las e~trat@glas :r1ar.e Jlega:r s. ello, Rll.t:le:rn:~ d.e camps.lias
soy asesar pol.rtLco".. (nutere&amp;iate,. vo•l!f[ a. i;eu.sa.r),.De pro:oi:o dijo;:-&amp; que el problema de loo
uustas es que no LSal:.!:n qué qujere la. &amp;ídedad,
iton egoJstai. Fer es;¡¡. no•co:ru.lguen p:resupua.tor, 'Mf pira::ló desagra.dable y de mal guste
q,ue él, sJ:nconD.ozr. hablara s,¡¡b:re el'tema. )'mtl:tlqué 1Jlllll que otro p11Dto y :m:ieatr.as él.h:ida..11u
tr:ib:i.jo: ·d.et..rt3X prob]!1!1ll3Si'. Sin sab@r, Htaba :reclbl.end0 una ase~o.rra i!Xprés y de plim&amp;
nlveJ, que m hsbfa. llevad.o ni en Ja c:irrer.a de
001D1J.a1cec1&amp;n y mui:b.o :m.e:am¡ en teatro o d!ID.'t.!za.b
. to.do. e!e
z:a. Ri!CIJerdo 00mo lD1 ci..
o.rro
e&amp;:J_ue :ma que hssta eat-o:aces me habla.fun.clD.n:ado. SL queda Ueva:r :a ca.bo m:l festival debía
ser flexible y :rep]urtear el p:reyec:'t,¡¡i. c ua;n.d o
ll!$Jl: a tasa. ·1nmé el p:royeclll y ~us :aúau.~ms
y desg]o¡¡é de maol!l3. d:lfamate.. Me h:ida.csn'Udsdes de p:ra¡¡u11tas iob:re :mJs prrtl.qp:i:at.!!ili y
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sutrnlnJor

!IUIL sJJa:naoa:: wLls.riny ooroografu· de talla.1n·terna.c1onal qmen J;l:!S!= a.un :p:rob.lema.a.atvel d.e
l!I. carlera. babia a:p¡Jrtado a la. danza. una fo:rma
dife:reat, de &amp;pre.s:lh·n. apoya.do en su pattn.e:ta
y. un par de :muleta.e;..
A:1.stto D iario:: Su progtllmll. b:ibl!lbs. wb r~ el
:medfo.ambteate..M'll'f fresco-. novedl!í.00 y dJoA.ml.ro-, l'' se pn!:.eatsif11. e:n los cr uces de Psdre

Mler y Z:ar.agl!iza, !Du:csnte JJiJg :rojos d.e l.rui sema1a:ros. Y .ss:I ful esru.dl!ln.d.m· cada. pr@pue:na.

m~onces pude baOi!t llIL!I nue!/3. agea.da y peu do-nes es;p:!ctfl caB:
- SEMiltifAT en Pala.el.o• !Fed.e:r.al en

Gua.dalu¡:e..
--esotro de Reibabll.lta.cL6n y Ed.u.csclón
Especial d.!! !DJiF N'u,e,ro !t.eém.. (VJ§tj.oiJ!,
brrls:i;edsj@ y 25'lt. de oon.o:rarlos B:IIL S.bs.-

an.o:n) .
... OJ:n¡¡,uJad.o General d.e ms madm
uw.dos (TI30S:(X)•ne y ~ de ho.aora.rJ.o.s)
... Ml.lEl.clp:Lo de Monterrey. (&amp;ruJpo• de
audio paral!ls 7 :p:reset1taclon.ea)
- CONA!R:Tli ('Featoo•, apoy•a. para pa¡t!
de gru.po.!1 Jo.e.al.e s)
... Coa rdl:a!l.c.tán lil'sdD-:oal de !D:i.lWI. del
ENEA (iHlrrlrl.o:rarlo~ de grupog D8fl m:m1.l.ss y tram1po:rtscJ.ó:n)
iii

:ro

FONCA,- HO.ll.O·T3.CIM grupo~ klicale~.

prnm.oc i.Oa. ca:mlE!i!ta.&amp;. l!IIQan:1:zac1.é:a,.

Recuero.o esa edlcl.&lt;t,n en esp!i!dal c-0:1110 ·IUl!I
muy exltma. y oon mu.chm• orgtilJo Je cilll11!nté
en nuest:r:i. s:lg)[le:ate nmnl.ó.:n en Méirl.c-o .a MIC:ba.el !K.!11.SS.e:r. qu.eym-semia.cmmom 'fllY'J.era ·uIL!I
gra.n. estrella.e:a.Jafreate, aprendí a ser :fle:x:lble,
.a v e:r de¡¡,;).e varJos ~ngn los cada. proyecto, y !&lt;1
bLea. a. lo m.eJor DD. te:aia. las hlsto:rlas de éxito de las gra;nd.es fua.dac::l,¡¡iaes tate:ma.clD:aales;
a .m.l manera.y en :DJJ. c:Luda.d. a.p:rendj a b~ax
otr.ss o~rtu:ald:.Kl.es, ts:mbJJi!n. a qu.e si quJ.e:ro
qu.e mia o:mo:zcu1 yo ts:mb1.én debo Cii!Dll!oe:r .a
:mis :prospectos de :ipmyo, Dl1l•i11ó.lo Le e:m:patía ha-

c111 mi discurso. i11 la.o, y-o tlmb:1m tn.l!SC9:da. crnn

ellms..
De es.a e:."íperleud.a tuve el gur,to• de rouocer
.a mu.d ia ge:ote c-o:n la qu.e :m.e b.e :ra!noo.atra.dfl e:n dj:fure:atea ocasl.o:aea y q11e he .apoya.do

o v.1cevem11.. U.ca. de ]as opiilrtu.atd.!td.es. y de
las. :má1 grst:1flc:i.:ntes ha. &amp;Ido, tmb:lén fa relacL6:n co:a crum de DE!F' N .L. qll'l.e:aes .a:poy:ima
en un par de •OCMI.0:11.e!l. :pe:ro Jo- mejmr fue Le
c.oafla:11.cza de :pe:rml tl:rn.M .!iE!:r su equJpo de staff pira.dl.s.efu.runa sene de nille ois ailru raJ.es
.S:b1.e:nos .s. p.anmaas co.n dJscapsddades desde
2.007 y lm cuales hBu Jdo•creclei:dli! g.rJ1.clJaB .a
la dera.aJJ.da y el b u.ea trab.aJe• de nuestra. .asocl.ael.6:a,. En 2012 fu lillv!ta:la a fu:rma:r :i;arte del
P.rl:m.e:r a:.:aseje Co:asultlw de lDIF Moatemzy.
~n l3. Cl!!llllllón. de Acte y CU]tun .. CON.U'ffi,
.spoyá cllllD.dD. a.o-se podi9. co:n presupue tt¡¡,; lo
hada Oll•n espac1M O· 3],go en especie, :a&amp;[ corno
brindar ta:'.11:ldades, de lm-131111.llDenl. ]9¡¡. Dl:reccu:m.es. de Cul:turJL d.e :M'UDLClp]D él.e Mmmnrey
o ssa Fedro. r..a.em.p:res.a.Ole.e. ODJ!I o la llJANli..,
por DJe:n.clm•oar 3],gunlll&amp;

c ua:n.d.e reflell:lono robre ese festival en. esi;ecl.al erro que :no fu.e c:aauall.dad. e51:a;r en la.5311:ds d!! e:m.e:~~ncis y en este .a.mbl.eote, o, quizás
~ n est:i.fabor e~ :a.ormlill que busq:u.e:mfl8 eS1.11s m,.
llds;i de e:rn.eIE1@
:nctapsn. ll.evar a ci.1bonuestrolll
-objetivos, !He t @
nldo, Is :f.o-:rtuna d.e eam atrarrne
ton gente o::m. uaa g;ran callda:I. buma.a.a.y senslbl.e, qµe me ba.ayu.dado y ba.co,oí1ad@en miy
en .m:l!'i propueiSl:as,, ya.sea oon Twrfa de Gr~
dad. ® Fuada:Lé:n !DaJJ.L!I.!Reg'L!I.A.C.
Daaui. Utbam. y E~pac:los AlternD.B estuvo
v.lgente por doce a.íioo y pud.o librar ~~as
~]l!ctotlllss.,, bajos. u hal,!1'3.d.os p:res11pll!!stos,
cs.n:ibl,os de .sdmlnllil:r:1clo11.e1,, el :mismo, c:l:lm.a
a t:remoso de au.e.stra. cludsd. y e:n todo• c.ssm,
m.0Strar uaa. dama urbana de va;n¡¡¡uanlta, rica.
dtversa. d.tv.emda. do:a.d.e tamb]á:J pod:i.'ln eo.traaan¡e b.aLlarJo.es del uo-:reste con a:cele:atel'i

�Dl!lestro11 e:at11Jlere.Si de ca_p11clt8:IÓ:ll. Rwl.lmen-

te deddf. de!ilpllé&amp; de ]!l. lilutnJI. de d1flrlllt11deB
ca'ls vez m:rymr. cerrnr el clda del fe:.t:lr.il. Jo

dl:rJgJilm por Gw.1.11 ·w ebber y G:rsysc,,¡¡¡a M.111hood. Jograrnm presentar en 13 e.sce:n.a mexJcaru este p:nngrarn..a que se había :p:rM!!at:a:1.o co:o

gµe ayudaría. a. sa:aear.b y :repn,s:1.cuma:rm1s. e.s- gran éx:l~o•en aleman1.a. Al.lstralla. a madá. Estratp¡gtas de procur.acióa. de :fu.:nd.m.

patia,. etc.

Me p.areO! ta.mbiéa. que es. impo•rta;n:te vaJarar
aue.stros proyed:l!ís y qut oadli pudlera.:fiilt.srle
el :res.:peto o:mcela:odll! 11n apoyo eroc.ómloo doo
st m.11.ll!lsi s:irtes, no s~ mpmrq_ue se p:bmse que 13.
d11JI2ll.no :requle:re nicut100s o porque !il.!lbea que

A veces-obse:rv.o la cluilad.y me paxect mu.y fácU.Il~r a e]l:a, pero hay otras q11e :me ~rece es.
1Jldtíere□te,. sny 11Da. pzroom. pos.l.tlY'a. (bastaa·ooi) y no-:tnlport:a.que se cterreu:n.s.puma puedD
tocax @n otr:a. u. otra. Lo q1u me hs..ayud.ado-í?S.

de todos modoSl lo ba:rerncr&amp; Adernrui, mm:-:hmi
v.eO!!s se ha. co:nfun.dldo bad.e:odlll creer que eB

p@:nsar en q11e :nli!I se t:mta de :n.:adar oo:ntm.13 rorrle:nte, stno de s.pre:ad.er .a.ru.ds.r en.d.lfer.e:ntes.
dl:n,:cione&amp; y m:cmas. ser tlex:fble co:n 13&amp; pro-

un f.svo r e.1 q11e se bam a.los an:1&amp;rss &amp;ta. wr que
es. i;ane de la oJerr.a ruJJ:ursl. que se ·b:rtnda. eo. poti!itas. L0 1mpo:rt1111te
la ciudad.

de G.rm.redad y 11na. serv:lilora, e.l
2012. represeotó ua c.smbto rad:Loal ¡:ora.nue.st:ro tl'lllDJo•, cu:acdo ~Jsrmente teaismll!ll
mucbfalJDDll estren.011 y mciam.o!i y ha::famoo,.
lo que de :p:ro n:tli!I fue m.ot:l!lo de :refle:cl.tm y dt1cls.to:ma de ·h.scer meoOB pe:ro rneJo:r, nli!I lnv.e:rtlr
tnlls y vaLG·IlU' DllBSl::ro tr.aba.):!t. y Jas C·OS3S ha D.
lll!II' tbad.o. :meJor. Y eSLe veune a;nm mar10 p¡&gt;drá Jllo~t rar otra.etapa.de la agru.padó□.
!Pd:ra. Teoría.

teaer p.rese:o:ie qué
e:ra.l@q11.e me iuot:lvlilb.abaoe 3.\guDlllS&lt; IIÍIOBjuato
:a. 'l'eo:rfa de G:mredad,: eae:rg.ra. entwla5m.o y
aUD.que ya oo sr,y tan Joven. si: reOl!n:la.r las motiwd.o:nes q:ue nos baoz11 estsr en la 6!!:eaa.y en
el dlsefi.o,de p.reyectoo,. buSCB.nd.o-teoer la csrooim lle:aa. par.e e:llo~ y a.o,só]o dejársel.ill .111 s11ntlto
que IDllctws v.eO!!~ csrgue:mos ea e'IJa,
ei;

ELtraba.jo JUDto a. Ruby Gám.ez. me ha. ayudado
a.dtltle:nslo:nsr ]as msa.11, a.estu.dlar y escudrJfüar
ca'l.a p:royectD•, ver IJM1 retos y ·toc3x pu.e etas y
p11sa.r e:,ia¡;¡ puertas.
Las p:roducclo:o.es d.e Ruby &amp;lempre ban sido
IJD.a. ca:ia.de sor_
pJE!ia'll.Desde la fln,g ·te.la. nm uaa.
pa:re::ida. íll1JlO lUl!I. ea espafffl.co, uaa. cama. de
bo.~p:Ual, u:n. caooll@ 'b]aooo e:a. escema, tal tlPli!J
de m,sa, no de otra. ala.o de e~a ¿Cu!iuto•neoatillta.iS.\' ¿Qué ae:e&amp;lt..!itnJ:;.s'j; Ha¡;!im.o.s.lD p.i.es.

u

prKl.lr.:u:16:a de fü•adDs p:mi. Teo-:ós. de Gra.vedad lis. ldo des;de 11L'd!1.1:n.e11 de comu;ald.ad. l!ll
rnlm:al.e. OOrnli!I basta. lm dlttflos de propuests31
eJ!;p!!cil:I cas parn. e:mp:res11i., po:r ejmrplor Prev.lo
a. aue&amp;ro•vJaJe a.amlamhla.b.tclm©S un :ralilimet:ro de P1a.m.en d cor:rede:r del A.ne en el :sarao
A□tlguo (!Uf 1:0:0&amp;lstfa. e.□. que ]ol ¡:wElllll:eS do□31'3.ll una.mona:la. o Jo q·ue guiSl:eJJ para. reuwr
f!::,n.d,:,;; ¡:oranu.e.stro v.laje..
Tambté11 lJJla. caJa. coa. coope:ra~n voJu.atarJa.
en :alguna. :fu:od.ó:c. Y ol 11e d:1,g:1. lss c.amp11:li~
p:roplameate adernrui de l.ss ereadas pa:rn. nooia
itlt'bal13. tambtén ~A.ad.y. ao ca.nv:ii. el M11s1c3l".
de RUby Gáme:z, o -Road.klll" de Sp]Jatergroup
11D3.p:rodu.cctón austr.alla;iJ,B 1:rn:p.ras.:1.o:aa:aie que
¡;¡a.cudlé. ta,mbJén a. :reeñs. de Gravedad y que

,..
71..--_ _ _ __

�Teatro, re

1

Por .Jaiim.e Chabaudl Ma!illlilU5

los.

de

D°:.de ~1°:Bteatra]ea más 1DJp¡¡1rtante~ del. pala e.~.la.ciudad.
.r.te.oten:ey.. &amp;tmplenJ.e ate por la dfm.o.graff.a de pro.f~ lon.ale.s en.
!!l ra.m.o, p,rqui? Clleata. roo. étos E!i!:Ui? las fi.m:n:ad.o:ras en el arte
dralll9ti(o, un ·te3t:ro m:ia.erd3l 3ctl'l•O, y :por un mw.tm1.en:1:o s:11:fstlco,que
pese a. sua.alta~ y mJa&amp;de calidad. resulta pa~pJtante y alt1eo:Jp!llferoi. en
sus g.rlllls. En agosto de 200 2 E!!SCt'Jb.f.a m estt es_pacio•que al as.l.stlr .!ll
Festival de T~:atro d.e Nuevo León d.es¡:o.és de v..arlo!i afloo de o.o plBBr escemllos. regll!í/1,. ene s,z; cpraadía. grats:meate ve:r ua salto cusl;ltat:M&gt; e:n las;
pn:oct.ucd.oa.es ]ocal.e!!, Rll pa.rtl culsr. ene parect:a.que el trab3j o del 3ctor y
de la. dJreccLón de acl@ras. habla a'baado•nado de una. vez. y (Xlra. iiJ.ecnpre el
.earto:nam1ai~o y :far.m.al1dad. d.e m alillls So d.el.s:lg'ID pimo que lastró .el
tea:tro reglomont.eao. :basta.b!lte uaa. déC11da.
Al p:re~eacl!rr 2.0 de ]m :!7 p uestH en escea.s.:1X1:rticlp3JJtes en el XXlill
EJ1cueotro, iE:sl:3:tal de 'Festro-:N'uev-o L!ó:D. m1 eatu:.J.111:1ta -rnptol.ó-:n del 3.lio
pasado-se ve atemperarla.en parte,. Clertam.e:ate al !f'eattYal ~3lq ue se lav!'lao. p roduo::l.o•n.es de tadD· el país, y de] extr.anje ro) llega ].o !óe.lecdocad.o
:por u.o. )and.o., 1.ocal durante !l!l Ra.cue n:tro-. Al!C que 1.U!l.st:lr a.e;te últ1111D
ds 11n ¡:c:i:oorarna má~ pu:otusl del egtsdo de C·m&amp;M que m:13:rd9 el t E!'.ltro
reg;10. se1.spuealall en escena me llsma:n la.s:teoCJ.ón ea.un. mapa.mil&amp;bien

U

72

• T4lm ~ o . f.il~IMl.ti'lllll'rlli ,l}ñ (,t. l!WiO Ml.a'lk) él(!; i,!Jnió 2013. Se
pl111ie.o .ti,qúl Cóñ ~ ¡piCimí~ di:.-1 tlilllc'lí'.

�poco e:n.tusJa11mu1te: La 'lljf!renda, Pel!lli?ho.fln
d'el mundo, lii1t'las,, Rltngrama, Mí'M Jronttrt.la
y RJ Pr!ljta. S!:!l!il ·trab!IJm ron brio•y en algu.:na medlda. la.w:lllple to~ pare al ftn. destacados
plil:r pro puesta~ escéDLcas e bJen de rJ.E!.'ll,g'O·e de
bueoa.:t:actu:r:i.•
En La .re{i!.nlfl.da enro:crtnu:nm s un Joven.
auw.r-dln!ctim:r, Gllbeno Lo:redo. que oo□.c:re1a
una. dramaturgia. mu.y redo-:nda, qu:ltá 'lln poro
demasla'l.o lose rta. en la tr:adtcl.ó:n ( molesl®
piraJos. bu!c3do:res de :n.ovad11.des.). guJ! apue.s-'ta :()!Y'r un reaU&amp;mo que reJe sus dl.á lo.goo j'ugando a la.Fioter OD'D el Jfu subter.rá:c:eo de '"ll!il w
,:Hde". La dlreo:t6·:n. dt artox es rorre en el se:n.Udo del tex:te de maJJer.a'bastaJJte acertarla, con
d!!ís :tntérprates IDllY bue n.oo: it:L§Sette Trevtoo
y !RDbeno cázsres. Alfi□aL W:re:I® nos aternzade m:rner:i. un poc:o :fr.uza:l.a e11 dheclo real
del. Ioceodto preme dltadil! del ta&amp;1oo· Royal.e
dil!:nd.e mulie:ro:a. Sa pemcmas .. En Peqw.ño.fln
del mundtJ, de Vfcoo:r H.eroáo.de:z. {qne oodlrl,ge
00111,16:nJc:a 1a.a,so; act~a11 el ml1&gt;1uo· He:wiadiz
y se:rg,10 :Moxe:oD), ha.y 'lln lolamque no•abaoa
:na da. a. lo que VI? n:l:rá. y sin eiaba;rgo la. p11e.ta
:remonta eouJJ.a.~u1gLJnds ps:cte" esplé:odtds. en
dond.@la reslldsd. de 13. vlolea.c:Le. es; d:1Bto:rs1oru.da al grada de alau:uar lla. ¡:w¡¡e&amp;la.e11 ua traba)))
muy 00:01:em_po-:rtneo.
Ambas., La r.eferendm y Peqw&amp;· flrJ def
m1111iJo, posean segmentos,. al fJruil y el ja.lJ:191.
D!!!ifi:!C:l:IY.am.ente, que ¡s¡e weJve n 11n tanto en
ooatra de propuestas fraacam.e:ote to.te:resa.ntes
sobre la. sltwd.6n de vielen::l.a. 411.e vJv.e N\n?ve
León. s.oo:r.:13ds. de :m:aoe:r:i. abllro.a, m, obvia.
1otel:lgeat e.
En i\1l1stJ fmnrelizt1 d dtrec1or Alber rm, o :n.t lver·!&gt;3 tra!'! a eace:na ·1111. texto• n.o ~dramático"
de iL'u:ls Humbe:rto Ctl!i.stb.walte, que re presta
s cuslquJe:r t l:l.)l) de ex:p.attmeotsdtm y JuEl!a;·y

cuyo po.de r[o se 'basa j'ustameote .e:n la. estructura de una ~m.1:.s.~ del ti.to cs.t'b-:11.c-o q,ue el e.c11001r mam:if.lea. desde ~u desenfadado unwe:rro
:flccioaal y estlllsUOJ,. Oatlveros :r eúne a. b."e3
actoreiS basLIUlte dJBÚDbcl.o:s,, no !ib.smnte pa.radlgDlÍlt:lios; de:1 tea.tro reglo pal3. esla m.tsa:·
Ja;:l"Eie Segura, r,wler Se:ma y i.~ceale Gal.1odo•,
v1.e100 lobos de mar q11:12á dema.s.:l!ldo-oo:atlai·M
en s u.s hllbtll.dade.s lo cual no impide que sea.un
p]a::er w:d.m e:o e.sce:ns. Ta.o:ib:lé:o,, e:o e.re :mts.:01.0 Sie:otLd.a, se e.~t:ra:lia1103 Jll!IYOr pna::!1&amp;1.6:n e:n.
el tllil.!!D esce:01.co. eLooru:e-,i:,to de :pmducc:1én y
la. ILDldad. de] ei!ipect~culo 3. :waJJ.es d.e 11n bue:n.
dtre::l·o r cl!!m®es Oot:we:ro:;;,, a.u;o.qne se e:atlen.de que es UD traba.}lil e:n pro cese di? caostruccllto. Estl.MfíN:i·fr,tmtctrl&lt;Za puede: co:ove:rtine en
u□ cabalUtlll de 'ba·r.aJla. de Ja canelera regla s:tn.
m.uclJa dlflcul:llad;· digamos que ¡x¡,see todo~ Jo,:;;
tog,redJe:ates.
.Fo-t;ogmma d.e iH'UEjO 'Wlrth. dJr.lglda. pm:r e:1
:muy joven fHtro Chsr]e~. e\11 proou.cto, del Programa. P.rácttc3. d.e vuelo· 2cn:i. qui o:rg)LalliÓ la.
Goordloar:1.6:n Na:Lo:osl de Teatro del ENBA y
el gobJerJJi!i de 1'llmaull¡:m. Este pm¡;rama :reá.ne: a dlrectare.11 y equlpl!IS de jóve:11e.11 te.st:rtst35l
que reciben ru:e~orl3&amp;muy precisas pa:r3. Jle\mr
a cab@ Ull3. produo:l.ó:o,. La pueslla. de filkt.!l'ftlma. ·un texto• c-oote:rnplilrioeo• pero• cal!V!!D.cl.o:oa 1, dnimáttc;¡¡, es afront:ada. desde dave.s
postdrsm.!it1.c311 y pUstics.s. que quizá results.n.
desoo:acertaotE!S y I\''lsdo:raB. La .!IVE!lltu:r:i del
equJpo-es wuy valiosa. y iS'.la d uda.el oon.teaed.or
escéo:lm es tate ra.ante. Sin embar¡t,J, desile ml
pllDtlil• d.e vJsts, :asum.lr llllS. sctmu:::Ló:o. "resJtsts."'
cumdill y.a.se vJoJ.eotanm tod.os ]os c6d.1gos de
la. te::uualtda.d. resuJu un oo n:trase□ndo,. E□tu­
sla&amp;ma.no obstante.

iDos montajes m.ás cabila. destacar del pa.sadD· x:o ilI !Eo.c:u.eotro il!Slstsl de 'fest ro:· l 'i'lcll5!

,.73-...------

�De la. FA E pata ,et 1ml.lJ1¡00

74

y RJ ~ r.. Podri:amm decir que .mib03 se
encuentran en lo~ e:ttn'!min di la o:mte:mpo:ranelda.d. ·varos se ooasu-u.ye a partir de 11JJa.
d.rnmlltnrgLll l.':o:rn1e11c le:nal. muy b:len e:scrlt9. y
dtwn 1.da. o::m a.c:1.e:rtll!l:S y gutfi.!Ml d.e: -modl! m.Ldad.", y R1 Projf.'oct. que lllma.su. m o:w!da al aJre,
mu.cho más alto•y más ]eJrus. aaJmle:nde el tte~go de perderse en ]ss nubes.
Por 11,'aiYlll, Ad:r.lll:n.a.Ji'E!b.lsl,, C!Jbtuvo, @IiPram:lo:EIDLll~ carbiiDld.o de )3. UANI!.: o'bDI, q□J! teje la
h!B:·orla d.e d.oa bermams gemelas o,.m. .su.e rtea
muy dJi;t lctaa; la.i:atrovert:lda. q,ui auooa t l.e:oe
suertentco:n los ha mbres a.L coa.l!l.vlda;·y la eic'ITI!)Vtmda.g_
u.e: nempre ·trJUo.:fia:tl:ráo.d.osi a:t-odo•
aquel qu,e a.1a huma:na.poc:o· a(lra.ci:ula. le ,!!)J~te .. Cl!l.o.las actua.ctoD.es de :E.tJlaaa. c ruz, c.aluto
\ 1aldez. y cr.Lstl:na. Alaais ( quJ? ·tambl~n la dJrlge
Junto a.Gern:rdo. iDáv.lJa). l (iJca,;¡ fue ID m.eJor de1
EIJCU.ent:oo, desde: m1 puut@de V.llil~I.
Co.□ RJ P"W]ect D!l!i eDOlUtram.w co:n UD.
trabajo• ea d.e ode las ded&amp;lo:o.es artlsu.caa. .se
han g_uedado. a.:med:ID aamlao, tímidas tal vez;
c□3JJde el rlqo qu.e e:n:uru:L!lo. y DD cumplen
:ped.ia. todt!) el a.rmJ,¡¡ de1 que ms creadons e@n
ca:J:Qces. Desde 1a d;ramaturgla.amall!J~del reta.der Ga.b:rlel Contrerm,, hasta. la. dlxe::d&amp;n oon el
pll!te o:te [3'1"1E!f Zllll. Las 1u:tcueSi, :a peur de su.
t n.eirp@r.l.encJ:a. flna lJllE!ate t!C:ban tod3 Ja. caroe
al asador. -re-mar RooiEo y Jm'tem; prasumtr crue
¡;e le va.a.vl.o]i :n:tar fur1o.Hm.e.□te,, pan lufEi!!i retoro.a rla despu i!s. de la. pri:me:ra. mitad. cas.t coa.
:revere:ac:ls.( l'Oái n.o d.e m3J:ie:ni.textwl ). Implica

un.a. :f.!llta. de ci.anda.d. en cread.oras. 1an cOJ1ceptuosoB.. !Falta. chamba porque Ja. p:rovocacl.&amp;n
ble n vale lB. peca..
O!ila. un gremio que lfJ?. C11D.1b3JIZJ1 de IIl.!ID&amp;.9 rotldlam. el teatro de NU.eim :E.eón logra.
dar pa.w s 11D]D rtaut.es sacudlé o.el.ose t o.erclal! y
irle¡as e:o:ncep:L
o•:o.es que Lo lastraban hast.a.bace
poco. Ojalá que las m:Jews ge11erad.o:nes. pudJe~@n rnm:p;!r tllm'bhfu orri:n el cfrcuJ,m de ]a gr:IIJa.

e1ema ea d,oade Sf fesieJa ooa m .ym p1Ba&amp; el
fracaso ajeno•gu.e e1éxito :p:roplo, Estufa.en s us,
manos cortar am esa. aut·llfa¡;la. que l!ib.]o resta.
a. la creatwldad. y al bu.e n impllh,¡¡ de la!. OJlla!.
que: se ven creoa r en loo e.s:ceoauo¡¡ reg1.omData.1JW. Pmcaa ciudades pueden p:re~uwlr de ]a.
cantidad. d.e :festlvala;. y eacue:atrm. d.edl.cad\1!JSo
en ex:clusl.va. :al arte t,:atral co:me ti.e ne Moatecrey,: d.e N uevos Dlnctores (enero). SemED3.
d.e la Elrnmat11rg1a (marm),. Testro par.a. Nliim
f llllfN@). i&amp;ltatal (l u.□Lo), Feti baúl ,(]'11:Uo), r.to:uól¡;¡go~ (1ulJD), FestlvalNL( ago.sto) yel Coloq·uJ.o
(octubre). LabGr eDo.Imi q11e se debe a.m,!!)JllO!!E.
te.!ltrlstss y .!11 f:iestor q:u.e es !Roberto VfUa:cresJ,

sin duda.
ilil teatro re¡tlo•, &amp;la. e□1bilrgo•, se mueve... Y
bien..

�Emigr,a ndo

a1l e-efe
P-o r Antom11io 1'reJo Sancnez

ms,¡¡¡ de algu:ooo de m is co:mpafleros de generaclóo. al
poco tiempo, de tHml:tL!ll' mtg est□dlm t e3tra.lel!. en la FscuJtsd ele
A.UeBEScé:aLcas. me mudé a. la Ciudad.de MéXLCO.

·lllDl.o es. el

C

1,P'.a:ra.qué ,¡;¡,u] e1r&gt;11J; s e:r ;a,r;t\!lril
V.loe s. Ja.cap:ltal porque :proml!t ís oportllllida.des de trii:ts Jo .!lcb:o,1111 mful
v.arJa:I.H y rn.eJo:r pagadss. iRDtmatE!!;l. lol'l m.élmdo~ dí! pnrrd.□ccl.ó:n teatral
enM!llaterrey me de)llban. en.Ja. dewe:n:taJa. de a:.epr.sr rualq_
uler :p:11J)'pos1.dóa.numérk:a. salarial,. e:a vez. de ser -p:, q·IJ.len dt termioua. o n~ da;ra.
el costo de :ID.l.s ser;.Jclos. l!.a. oo:rta. dund.ón de ]as te:iapo.:radas no hada.
radttll9ble mt hioor 00:1110 eJe::uts.n:te.. AdeD1.ás, las, oportall.ld3de.!i de c3.pacltac::lény entrenamiento se ve:lsn Jlm:ltadM.
Actll!UlJleote VNO ea.una rolo:ala del ce:otro.. Traba.Jo nedw t le:m:plll romo
ta.ller de te.etro de 1JJl oolegto p:rlYsdo al sur de la.cludsiL Con
sste y -otT0.11 emp.leol'l rel8'.'.'.1.mia 3dnl'l am.llt .11ct11B:'.l®a, l e :podido, ea.omntrar
□a.a. ctrcu:a11tsae1a. eC©:ai'.lau.ca. estable, En dpmsado babr:fa. co:nsi.derndo

Dl!lest ro,de

esta. s:ltuaci:6:□ coJJJo ]am.enta.ble; ah.[llra co.rapreude•que llls e.'l:pectatlvas
era:a sólo espe.cula:loa.es ia¡;e:nuas .oob:re los terre:aos d.e m1 carrera,
[iQ11lero s.t!ir a.ctoiri'
He ate:s.tlgw.do•aJguoa¡¡¡ de las clrcumsta11da¡&lt;¡ prácticas del CD.edlo laboral
euque prete:ado· tni:□r.&amp;l.onm-y ma11teo.e:rme a:tlW!. Tamb:lm he coood.do a. oo legas de d;IY'!?rws oríge o.es y l:éc o:lcas,; b.e notado las. maner,gs e:o.
qµ.e se co:asl(!u.e un pap:!L. !E&amp; un :pano:rama.co:m.pleJo aate e1 que csmti10
co·:nstaatemeate la~ estrategL!ls para v.l!/tr ele ]o,que más dJ!ifr□to hacer en
la.v i.da.-h!ista el mo1Deato•, Al lgual que uo. inge Diera•o uo. mh:1.100, qpjJ?ro un IL&lt;!1!ia:r; q□lero. c-ump]Lr mis ob Jet:lvos (algunos ]es llaD1ao. sueñ.oo ),.

~ dlt ~

f,¡.ip_

,.75...------

�De la. FA E pata ,et 1ml.lJ1¡00

l=olt:J(}IO[io il4I' Allro.nm Trajo.

HliSl:a aJlteB de com:lutr IDl 11cencl,11tur,11, uo•c-onceb:fa algu,aoo a~peclos
labo:rale.,,¡ de la tote:ipretad.ó:a, co·mo·1D .w:a, ~alartm, autoge¡;tióa,. asuotos
:fL~Jes, en:tranllmlemto, lm~ n y :mlscioo.E!.!i púb]1ca11, !:!!Jire otros que
V©J de~cutateod;11a. 'li!od.os :muy :Lmp1,Mta:ntes pan.oonxtltutr un J:Erfil :l□te­
gcal. :p:rofes:i.o□aJ y Cll!DlpetltMii.
,¿ hto;rl

~ m.poco-te:nú co;ncle:a.cl3 de ]s. d;tfere:ncla entre J□t.zrprete y crasdar.
Alu:ira aé que. muy ,aparte de1 debate de .sl la ,actua:léu es o no ua. ute,,
ea1111hei::b.o•q11e la. labor creatlva, y no la.:I.IIlecpretall\l'a, e~ la.que da más
.auto:rida:l al art:lsts.y 1a. que m.e'jor se paga.{dlrecció n. dramaturgia.)..
IDt!sde etlA!ro; y sólo c.!l.d3.m lércllile8. p:m:r ele.r o :m lnu~l!l!s,. empecé a. bllcer
.srmui.up Comroy, uua fuw1:1. di :represeutactó:a. a'.milca. de oclgea. ta~.és
que 1mro.lui:ra. desde fa e~crltura.hai!ta.:la. m·terpretaclb·:n.. Coafio•en que
esta sctlv:ldad.sea.el t n:ld.o de mi. carrera. creauv..s .. Des,pué:l.-qulén .s:abedlrJ¡tlr mi&amp; e b:ru ,, co,:mo otmi o¡¡,mp3:fü.!:rw1 acto res, yii.1D baam..

:MlJeat:ras lalLW., ao d®y. por 1&gt;eatad1U1 w,a~egUlrua.tllibaJo como a:~o:r (a.
me:n!!ls que oo:aezc:a. a.la.perseo.a. ladlca'la. o te:aga.un go.Jpe de werle ) •.El
~:recLmte:nt,¡¡ d1:otro del roe:dm e~ :no es. dip:ld.o. iFte:ote :i este h.o:1:1:zmate ]s.
ún1t3.:m1mer.11. d.e ss.egu:rnrm.eull tr3mj o E!8. sin lug'llr a.dudss. E:e~t:lo:mi:nd.,m

lllW proye::too. IDebo llL'illlte:□erla. p,at1inc1ay a_
p:mvecl:L9r el uem:po entrena:cdo, ;;:-cm.ode:a.do•, apreadle:n.dli!l y creaad.o. ·md.o al mllliro.o tlempo~y aun
hactéo.dalo todo, seotjré qut o.e es su.ti.cl.e:ate. ª l?!?ro el se:tiorel:te q11eria.
ser a.ct-1u":. NI mod,o: reto a,:eptsdo,.
76

�Teatro de
1m prov1,sac1on
!!!

!!!

!!!

,

en Catatuña
Por R.o berlo Garciai Su árez

A

de~os

B~.:n:~lcma Uigué pmr casUBlldad. . y po~.
lll3reEi del dfsttn.a . iRmpecé a t rabaja.r co.n eLg;ru.po nron de l'GIS' midcru en
Mtm:terrey. ea a.quel iFó:rum 'U'.nl'l'e:r&amp;Bl de ]as CUlt-u:raa,, en 2007.;
al !i1gu:leate ati.o me tra.&amp;ladé a ·r.t1.lá:n donde tra.hiljé ron el LTS (L.w11rot..iriD lmm~~e senmrls~}. en la. misma. li:oea de 111Vest1gac1.6n teat:ralqu.e
'.:l'mtm d,e, IDs smti'dos. aAi. que dumote 2.0iI6 y lill09 htce :numn'0.53!1 tdas
y v u.el:tss entre M:ilán y la. ca.p ltal catalma. donde el Tfil Ueae m. S!!!de.
!finalmente m.e a.finqué aq□i. Ean:elo:n.a. Ue:oe u:na. v.asla o.:ferla a:rt:fatlca.
que va.desde 1.a·más co:mt :oc:L!ll, ].X!Y ad.a•l.)'l)'.t J.a.t:radiclonaJ. basta. los movim.leatos urbanos que mera.pre husca:n. la.:radtcalJdad., 8:1.e ndo uoa.dudad
muy ~ pular a D:tvel muodlal y punteando a.ser la. capital del turJs.m.o en
Europa, su.ele aJbe:[l])ar artistaa :plurlca::.h!!•D!lles ,oc.finad os en u.na.~
ra:fía :natural entre mar y montaña qu.e jamás, e.sp?:tl?m.as, dejará comrert lrse a. eita. :revol ude:ll!lda. ciudad en ·una mqja16:pol1s como lo es N'u.eva
York® la.C1udad de Mé:x:too.

,.77...------

�De l a. FA E pata ,et 1ml.lJ1¡00

hsn apre:adldo a vivlx (p@:r :n~
decir :11ob:rev.lvlr } y de s]~.J:ll!l.:m:m.er:i. sobrelleVllr ll. la. · 1IM1s..t&amp;n extrnaJe:ra.•.. A!ir mifa aad.o:n:a)jstH qu.e p;1e d!IJI.se:i; l9 hlsto:rill. de C.Stslutis
!!ti.empre bs.t e:nld@que ve:r oon el ír y ve:nlr de
ge:ntes VE!'l11d9:s d.e:sde ma.r, tl.e rn y al:re, :mmotstsate esté ea. ~9 e] mm.rlmte:aro 1adepende:nt1st9 C11tslá:n .
!Los cst:ils:oe11

iEl teatro en ESI'O!Lonu.se pui!de descrfblx come
a;m:pll@ea ofen:a.. iWllilla. ab nr algu:aa. de: las. va.:das .agendas cul'tur:ales pa.ra. darse cue:a.ta. d.e
q_
ue ea ·u:n fla. de: .semana. se pueden. apniCLa:n
soaibl'M cbt:a.as., ~re:du. las vers:1one:s cODtem:poráJ&gt;l!aiS. de: sba1e:E.paan (muy de: moda.). ca.ba:ret, duo ooatem_po-rlJJe o y m ata. teatro del
o-p:cLmldo•. Sta. ewbargo-uaa. warufesm.clón teatral que esl:A agarra□do fuerL!l.y v.l.QDr en Barce]oua. a¡¡,[ c@m®en ]as d uda des protago:□Jatas de
!l.!ittao:imérJ.1:a, es. el llamad®{mÓllle110· Impro.
!l.!is w m:p¡1l'das de teatro de J.mp:rov:lriiac:1611 e:n
i&amp;!lrcelo:□a han eo1co□trado-uJ1.® de 101, ealBbo:□.e!I
perdidos e:ntre el e."Jce□11rio y s u.pó.blco•.Fussoo:,
que es un teat:ro de act!l1r prlmera.rue□te y l uego
de dtrectec, y DIJJJCI, e muy :rua.vez.. de au:l)¡];r;
es Jares:¡:ruesta. de Lact©:r como artl&amp;a. cread.o:r y
aJi:D1.eata:I.D'r de: un póbJ:ko ávido de .ro,rpre~aa.
El teatro :tm:pl'O'ltlsad@ es un complejo .:¡¡\ste:ma
de: com11Dlcacl6a. entre a.et-ores y póbJ:1.00 que:
explota. la cual idad máiS especial del arte eoc~:DJ.oo: el ser en.viw.. iDeb lito a su carácter Llldioo
es s.te:mpre jocoso e bUara;ate, de to:a.olii estrlde:ates. y f á:ml.oos, y genera.dar de: adre:aalJaa,
de: ·131 ma.ae:ra. que: lo baOI!□. icaavert Ir.se en una
e:tpelle::nda ia.d uw adtct tira.
T.rsba.:tan.do. cada. ve:i: me aos can el TToom ih!
UJs senl!1m!s ¡:o:r el~cl-ón pro p:la. Jtl.E!rii m'ia. fue
:l!I 11.ecesl.dad. d.~ bm,c:ar :atternat:lvl)g qol! :me
:ma:n:tuv.J.e:raa. e:n contacta ron -otl'l.!l8 ttpOB de
teatro y pú.b.llco: lm! eaco:nt ré con el t~atro de
:lmprovlsaclrna, 11113 tarde, b11SC9:nd@trsbs.jo e:n
:l□ter.n.et. il..:a eco:□.onla erst:,ii :rruil J:Em es d.elíi!ndfble: siun@se :i;1mae l:a8pllJJJS.. AB.I que m ientras
me d e;;,;el.11b!I. ate□dJendo me!IB~ en :re!ltaurantes y ve:adl.e:ndo oontrs:lm par.11 la co:mpsflía
l!l.éct:dca de Jt]erl.!l e:n p.1.erta, mi d9.bll.t l.etn].l.111
par3.as1stir a ua.cun:o de: impoov!Eaclón teatral
que •or(la:nJz_ó e :tmpaJtjó A:a.dreu cas!IDDV3; junta-:a. él )8\l'J&amp; Alba d.!' Alba. y A]ben A:O~um
fu.a.dsmrui [mprocede::ate.!l.

78

Luego-de ,:jm::o meses de eatre:naD1Je:otot□ten­
s.Lvo y formativo·, para acatar un :mJwmo de los
m.od.olii del ·teatro de improvl!ia:Ló:a, A:ndreu ya

tenis. o:1-mo-J,llln lsoz.gra.o!I al :ru.e do- p.g.ct:mdo
11oa. functó;n. s@m9ll.sl. m el. iVbl!lm -Crub de la
csJle V3l!m.ci9.
Ji1 Mtnum se c-o:mrJ.rt1ó :rá:pJdam.e:nte en nue&amp;tra
casa. y ,IIUllque al :lalclo llll vJ C·O□ll.111 Ull e Dtrenamle:nlD· ac~oral J□1po:rta:nte e:□. mi carrera,
que además era.dtvertldo y entre amlg08- aboca. se ha co-nve:rt1do e:□. ml p:r!Jld:¡:.'81 fue:□te de
:l.n.gresos¡ mmblao uut:rabaJo de guía tudstlco
alteraatl'f.® p:ua.Ja n-.:wd i6ewid -(as;ioclJaclé□ de
tr@tam:und.01, y v.taJe:ro&gt;8 ), y p3l21. a.a: aa:ae u□
extra. uoa JLocbe po-r .'Selll!l□a trabajo•baciem:lo
tams de gu.15ol, Y,!![Jadm e:n el ú:aLco :resta.11rante-taquería. m.exl.ca□a. del ~
sec, 'baJrlo· ea
el g-ue v.Lvo.. !El. resto del Utm:po hl.l:O· lmpro:v1sadó n teatral en djst1otas. facetas: eru:ayo¡¡¡
que &amp;m más bien e:at:reoamieot!!IS, co-nt:at tos
y rel!idoaea Oil·:n ot ra.5' compa:li.faLlo df ]a.cludal;
.asistir e-amo pó.b11co a. otro5; maws de: tmpro
y, po.r su:puesto, 11uistI3. act:llrJda.d que: a.barca
de dre a cuatro :functo.aes se:Jllaaali'!s, uJJa. fl¡a
cada fueves e:n el Mf1lwa -Club.. otra más ca:1.a
d.os viernes. ea. ·un J1nal ooctumo l'Lal:Il!ldo·'if'itt¡
7Wi'ster. ubicad.o ,n el coot:rovertl.d.o-y famoliio
b.srrJ.o deliRo.tuf;,el.resto deltLempo-d.oyf\mdc.nm paJtj.cuJa.nis. pa.ra. eventos es,])l!CL!ll.es corno
fiestas priva.das. y locales de w:ia.e dJa. :mu.y al
estilo :o.oeyargulc.o. do:ad.e rnotw1~tas del
d.mi ~ e i.mp:rovJ.sad.®re.s teatrales e11tretle:aea. a.11.a. pó.bll.co que djsfruta. del fe:o.ó rneno
es~wi:o :mieatras bibe y oa□a. No suelen Sft
estas las :fuo.clac.es de a,ayo:r c:al!dad srtl'st Lea.y
profu:adldad, slnemba:rgo so11a.queUas que más
:redJtuaa. un 1:ngreso eroJÚimioo 1:mporta.nre
:para u□ a oompaóf.a teatral de :tt,veois que estli
en su primera. elapa. de desarro.Jlo,
ElloceoUvo· ECOD.Ó:IDI.CO es. lmportsate, y elt eatr@ de IJD.provJsacl.ó:n ,se ad.apta mu.y. ble□ a. la
't:rklB cultural~que afecta.a to.d.o· el m:u11clo de
dl&amp;llltalll!laera, depea.dl e1tdJ.111 ]a!aUtucl.eu q11e
te e ncuelltre!!I, Hay poc-o dlnero eu ge.aeral, oo
3!filo- e.o el ambiente teatral. a.s.íque c:crn:mr coa
uu bue 11 agente co-merdal e~ Jmpi.i:ctaate y D0:8llltw.s lo teoe:1Do~ en uuatro dJrecto r Audreu
G!lsaJJl.üiV3. Ad.emáa el públloo ban::el.onls., d.eprlJDldo por la.ccLs.ls esi:mi.o.la, prefiere mve:rtlr
d :ti□ de sewa:na e11 IJllll. copa. co:n l.os a:mJgo1,
y aJgul.eo. q_ue b~sicam.eote ]es h.i\\li'I rdr sin
m ce:rles. pem.er mu,bo, lleD.!IDdo l.os chibs de
eome,:Ua.tl:po sta:na, mo~o, que: lacluso la Parar
mo:llTlt CóJme4J,· esladau:n.1d.eo.se ya t i.ene su sed.e
1bérl.ca,

�&amp; eu ese eti:pado do.o.de e] teatro de Jtmp:ro.v.1-

aparentemente e tem3. ddteatro eu el muml.o,
sactón eal:rla.'blea. a. ss.te pll'b]Jco pue~ iS!?.da. ésta. &amp;lu eo:ibargo p;1e do rew. nocec eu él su. capa(:11a ú:nJca. oferta. de un teatro•latell¡¡JeDle, q11e te dad p3n so'b:relleva:r e&amp;t3. &amp;ttu.acJóu deb:ldo a &amp;1.
d tvle:rte s:l.n. o.'bitdar 11:a.certe :refla:1.o•nar y que propia natu:raleza. p.le.5 el testro de tm,provJsaJnduso el póblro :IOáA ordtn.arto re.co:11oce en cl&amp;u es s:l.mple ea :aparJend.a. pero muy oompleel a.cto•r jmp:rov.l&amp;idor UDa. calidad artfsttca. e jo plllr deba.jo de liU pi.el
Jotelectlva.i5a.tlsfacteodo•s:w sanas de entreteolmlento•s.ta Uegar a .ser vuJgary carente de con- Elaxoalona. e~ uoa ciudad q,ue sabe apred:ar el
teold~ valJoso. 'Y ea bue:oo para. a.mba¡¡, :[Xlrtes teatro y n.o esG11tl:1Da. a. la. b.o:ra. de p.oo. m.cwe:rlo.
:i;oeis además de ser ·1J:n. eotrenamJ.e nto para al A diferencia de otra11 grandes. cmdade.s lústór.1actil&gt;'r, ea. esta¡; época.5 rewlta.·u:a 1m:¡:ortante tn- cm,eat, turístl.cas de Elll'l!!pa. e n. Ea.roel.o•na se
greso eoo:n6m:too.
pui de a.l'in d~iSla.r e tr ~ll OO!ltro .co:n clerto•aire
11oitlilg.1camente mooernl.'st:t.
Por airo ],!Ido Improrede-nte.v y el resto de oom:[XlÍIÍSS de 1m,p:rov.Jsacli5:a de Espatia (e :tmagl:no
del mundo), tstá:a de .e.cuerdo que e.s un teatro
:fiicll de m.C!V!Zr. pues .sderaás d;i att o:res y té en.la!! no hay esce:n~ r.sfis.:at al:reéo, DI oo:m.:pllcadoo eqlllpos de audio, :n1 Ju.ces.;; es oompleta.meate ada.pt.ab]e :a cualquJer Upo de esceaarJ.o.
:¡:o.e.s tte:ae la ca:pacldad.de crear uno sin. babe do
:fis:lcsme nte, ta:ato dentro c1uJ1.e a la tn:lea:lpe:rJt.
ato a.grada m11cbo a. lo¡¡ í:e.stl!/'alts de ·teatro y
:oostl\rales culturalm, pu.ea con l.os c.ada. vez :DJás
de&amp;btdmtadoo :reajustes p.re.supueiSl:ales que
cada soble:rao oto:rg:i. le11 31:rae p!!de:r oont:sr
oo:n OJ,mpafrf351 de csllda:i que .a. su ve:z n.o representen uo.E1asto,oo:astd':!t'Sble.

No qw.u'O clectr e:o:n esto•que el ·t2st:ro de tmprovJsscl6 n se.a el futuro ,o 19.sO:luci.á,n a Is cr.lsisl

·-79 -----

�De, lai il!lllateca, de·lla IFA E

Doce director,es teatra,les

de la segunda,mitad
del siglo XX

Si gt teatr.o fuero un v:woo st1'10 "Teeordat",
ra.cordar q11.e .S011tO.s humooos :vp.reg~ntarse:

,¿E.so qui .sigrüft,ctJ?

2003
c·o:ml!l a.u'lora de dJclJ.o bb:ro, el mal o:01JJpreode la. &amp; perJe m:ia, la v.lsJón.
la. creat 11.rldad y 1a. &amp;Laguhr maae:ra. dA? a:p1slo:oa:rse :i;or la dJrecclón escánl,ea de doce :recooocld00; dJrect:o,r m de teatro de ,oc:l:il) paf.se11 dlstmtos. de Orle:ale .!I Occl.de:ate. iPo]ly IN.ID le ng.gla :a ]3 OüJ:IDUDjdgd teetra]
ua. -pe;:J.ac1to• di p:1el desauda de Jos a1g□1e n.tes dtre::1oxes que cllJn ws
bia:o,:ijJilS aLemb:raJl la. 1nquJetud. por Lm.a._itlm1r, crear y c-ouocer má~ allá
del ll'.m:lte oo:atmentai ellos soa: iEl.lge:Dio•Barba, .Anae Bogut. !Dedan
JD,m:aaell.so. W:tJltam K~ntrJdge, !R.obert Lepage, Slm6:nMcBum.ey. 'Yukio
Niaaga.w:i. Trevo:r Nll:n:n Pl!ter Sb!tla, Hab:ib 'il'.all'l.i:r, 1ulte Taymo:r y Roben ,vJiaoa..

Ke:ctrldge oo:m:le ma su. proceso de cre.11;: Ló:a
~ l!lboru1do dibujos, y:a. q,ue su tr:ibajo•esoé:a:l~o
.se ceatra.ea. lo~ tltereB. El. afirma que &amp;1 punto
de partida ñu darse meara que u:a 1j1e:re e:ra un
dtbuJ(l) t:rJdlmea.&amp;l®wl, y fue en 1991 que e m.:p:reade junto a la.oo:mpaflfa ru:cd.sp:rLng Fup¡;et
la crea.ct.611 de piezas :io□Jttmedl.a; otro as:i;ecto
i.mpmrtmte de !KeatILclge es Sill, Í.SSidllldíi.n pl·I
el:ibonr pe lfcLílas aoliaa.d.srs c0n un proceso aJ
rual llsmB. -ctn.ematogra.fül. de la edad. d.e :pledra·. que oo~te eu q·ue la. secue.oda de eBtas
eJata¡¡, pasan por un p:ooceao de alterad.611. Entre sus es:pecU.culos de.s:ta.ca:a:· \Vo.yz.ec.k, Ubu
.aad tbe t rutb co:rnm.lsriilo n. y c,o:a.fesslo:ru; o:f
zeao.-..

A :ioe dla.d.o.s del.s:tglo•XX comteo:m.un.a. evolucLó:o iSillda.l,, poUtl.ca, eoo n.6:mtc:a.y desd.e luego cultural;; en este segmeato se .sltóan e.stos. doce mag:ao1 diractares de teatro•. ya.que todos d lli!li oo:Dlle llllll s. esoalsr paldaá.os
en. 111. e111~ns teatral eatre l©S a:fim ,40 (Hablb 'FllnvJr) y 70. e. de:tr; sin
e.tcepc:1&amp;n aJgu:nn.ron bLJos d.e Jaguertll. d.e la!i vallg1.]an:l:1m11; de l:is ca n:tra.cultura~, te&amp;t:lgoB ddd.e~aJ]ljj)Ilo d.e 13. lel.evl.!il.Ó:a. y de la crecle:rlte Lndwtrla.: ctne matogrtfica, Dl!l□uf.icture:ra. y la. Jmparab]e d.e Jm armas .. T,¡¡,do
este teJLdo bisl:6ILco n.o es gratuito. ei. u:a.a. m.aJJ.e:ra. de coatextual:tzar a.
.gtllndes Illli1g,:&gt;il1 lo~ q,ue roo eabs 3. estos d.oce dtnctore3, y que el libro
sbarda. Al mo:m.e:n:t® de p:m:es.'lr Ja.1Jrtormi1.c1~n resal tm ciertas caracte1ú.ucas que uaen a.m creadares,. por ejemplo:. el s;uda frJ.cen.o· 'YfJUlam

Otro dJ:recto:r centrado enla.m ultlm.edla.e~ Ro·ba1 Lepage. co:n. ·u11 esílo 11111~0 de :aur.s.cl.6:a
no,lla.e.s]. bílla¡¡Dls:ino,y tecc.o:bgla.. Él c,DJllje:a.23 iSl.lill ea!l:rym pliUé:trl mi.es :a los actimres q11e:
d1b11Jea:· pwr eJem_plo.. en sumo:• d.e u.na. a.oc.be
de verano, le!il pl.dJ.ó· dtbuJa:r sw weáoB, y e!illo
reYela. gra.11 pirte del. espectáculo,. Lepage nos
:regala. ·um :reflixlbn:1JJuy l:n:t:eres.aate .sam:a.del
tea:tro•, lll te.levJsl6 n. y el et.o.e; afl,Clll!I. que :al ~al
q_ll.i! la. :wtografia. llbe:ró a l.a p:lal'U:t:I, de ae:r L9
cmulzla y :retraU11ta. d!! la 1l.1!il~or:la. de fa mJslll!I

• cuál es el l,X!lpel del dj:rl!ctm'?, ;l:,QUé es ex:a.:tameate lo que haD:!11',
¡,có ~~ se de11a:rrolb.su tl'3bsjort Sal! 111lls. prem.1.sas de Polly []vln m.ru
lJbro. D l.l"l!COO.re.!l. A'rteg ssdajcis.

l

l:rvtn es ·ucra.acredJtad:a.dJrectoca.y actr:lz.teat:raJ, que se estre.oa. e:n.

llO

1 Tmtll) ;¡¡:iñltllc,1 ,dJj ,e~
dt.\ ilí.!tú/1,.t Oii. lú, ~'b!.lot'l'étl ® t3' PAE! t'lf'Q!lí'iHáG !)ói' ~ ! ' ! e ~ p!tlll,CílM'lllñliOF.íí" ü1
Ella l~miitlfi'llll
tt::«J. leJ! .~ MO f¡¡J~ a } ~ p!)t: l .le. Dañft.O ~
. (fé!l!)fmtlmlo (1):) lá lbilil!iiltot.ll}. r.tl.l!. Cl)!añ:ltli
I.IOí'Nli'i\éZ. (tltJOl:"Ml ® lá ~ 'I DF.l. ~v,r¡ f&gt;.úp(l\'ll, ( édiOO:t:. ~ñi!iilÍIICl tlé Hó.íft.o, 1!$e~í4

ª°'

-

�A.ene Bogart afirma. que el proces;:¡ ·teatral debe ser :muy o::;o:pzr.atlw.
c,omn f.:fürJcu ·u:m.m.esa. "i.V.11110:a d.101! q,u.e es como un edffl ct,o bab IU.ctonal el arq11J1e:io hace la. m,¡¡a es.tru.ctura y los a.ctmres/ mbnsnce.11 dlsefüto. .su departsmurto c·on e]eme:alw y. dec·mrad.oa tota1aieate dlstllltoo..

l?O'r otro lado Eugen:10 Eaiba. cr!31.dor del o dtn 'Fmtret y :llmdarlar de la.
]S'FA (itnlematlan:al sch.o olof'F'.he.atn A.atb:ropel.ogy) empez6 a hacer
teatro c111,n gente m:'.bazada. d.e Les e~ruel.M. s.rrntenlend.o unll. d:tnáml.ca y
rela.c1.ó:n oo:r1z_ontal d!!l 11:pw a.lumn.o-p:rofe&amp;!I. s.tn e:mba rg,¡¡¡, a.l a.f ecila su
compaJi:fa es una d.e ]a~más acredJtadas .. iBsrba traba,Ja cma d¡¡¡i. druua.t urgln d:lff:reutes:. la o:rgilc.:Lca del actOJr y el te:icto o•coDtexto :narrattw, y
af:lr.ma que ]n.d.ecstda.d debe ser el t.erce:relemeo:te de 1.ad.ramaturgl..s; la
d1nsld3d. es 1.o 411.e mnntlen.e vtvs. 19. atclón. Po:r ,otro lado, Ji:ibla de ·treJi
periodos de foIIIL!l.ctón o -ap:reodWJe" come él lo· nombra.. que :n.0 eB
•l)tra.OlilSa.que lamlegrac!óa, ,s cede:r g.ra.11. pute d.e tu parmDSlJdad.pua.
em.pe.za:r a5u:1Dlr y ai:ep:ar valo l'l!!&gt; impo:rtad¡¡;s,
Pnr otro,l3dD Decl.en Do:ca.ellan 9SUDJ.1! Is.9ct119d.ó-n oo:mi1l•]a.naturalelll.
pr.lmlgenta del. ser, e5; de:l:r que vllltlDO!i dl!i11eia.petiaado papeles. e~ por

manera la. te.lev.ts:Ló:n y e] ctoe :ao han macado al
teatro. lo 1lao.1Jberado. aflrmsodo• que dteatm
:no está.muerto, el teatro es Jtb:re. !Por otro l:a.do
y ea CGOtl'll.p :iS LCLIÍD, Yuklo N1aa~.a dice que
el t'E!3tm estjj. muy tnfluldo pn:r 1ll td~vl.!ll.ó:n y
J.gs ·te::nol.•! ~ias. A.SeVe:ra que 1lay que devo:t:ve:r
el teatro a. loi. acw:res.
La i:mnera. d!! t raba.ja.r de Ful le Taym.o:r :n.o es
mey alejada.del dfbu.jo., ella.tr.sbaJa ldeo¡µ-amas.
ea de~ busca l3. esmcl.e. de Ja. ab.stmcd.ón y los
1del!ltra~ le permlte:n v.~uatlzar de ID.llnera
general u:n.!I :p:1eza: trabaja en. m :1Daytill:r:ia. oon
mascaras,. ve11t11aJ:1.IU\S;, esceDograftas y dioora.do~ Ollmb:t:c.ados o:m alta tecoologfa. U n.o de rus
eapectilc11lil'I.S! '.1Jl9.~ n.o:1Db:rad.os es 'th.e Llon J(:jag
E!ll. Ero3dMy. y · qué decl:r de Rooiert w nso:n.
arqunett(!). y p:1:aco:r, iÉ1 n11nca. e.11cud1~ 'teatro. 'f
aflcwa. g.ue de 1larerlo biC:boDo e¡;tar'.i!l.hli:hmdo eLteatro que ha;:e. s u :1Danera de t:raba.jax es
sumam.e:ote Jateresante. co:1D.e:nza.nd.o par su.
impulso 31 qu.el:ulcer te.al ral, y.a que fue graclS31 a.
Le. ad0pt'.l&amp;n.de unJoven 111ordrnaud.o, afr ll!lm .encaa.o ll!im.1tdo R.symond. {él e:m~:ndJa el mundo
a.tra.véill de alg~ vJ.IIUllles y aetillles) que su tra.ba.jo•cl!ln él se comrirtl.ó e:11 una.•ob:ra. de 7 bar.as
Jlama:l.a Tha Deafioan Gla:ace, u:m.®pera.mu.da.
3clJJ:1011.d.a por lms s urreallst.!111, Wlb on sftrma
qLJ.e J.g, luz es el e'.l!!llll!!llti!ll más tm.pona:nie d.d
teatro, a.s.f. oo:io.o· su o::¡mi:epct®usnru1tect6:a.1ca.
esto lo· lleva. a. .se:r u11 dLre::t-o:r poco•apeJilad.o•a.
1a ps:lcoJ.ogfa. del actar. el prefiere J:adlcacl.o:nes
0010.0, ~mils Ji noo •, ~m.á ! ij:pJdo", •mgs h!Jtto"
etc, Y'asf oomo,

eso q11.e el ·trab!JJ(!). fuada:m.e:atal ron el atmr Oll·Mlste en desblcquea:de
por medio de la.IDI:ura, es d.e;:::l.r, Ja.fu.e a te de toda 1a vida. del acton cu!Lllil®
e] acte:r:ae sabe lo qpi eat:i. ha.cl.e:ndoy ses:lente bloqueadll! e.!lrporq11e no
ve :la. ID:lllaa, sien.do eL:IDledo el :p.e:or e.nem.lge de ésta.• 11.a. DI.a.ca.se encuen.tra.en. l:a.p:regunts.;j.!I.qué le ~s~oy hsdend.o esro o s.q11.eJlo? Alfjo :ps.ractd0
afirma SJmon. M.cburn.ey 952Ve111:nd0 que el t í'lilt ro e:11 :lmaglnaL'.lán. y ¡.;u
espad.a está en la. rueate del .Pu,b1Lco · esto•es lo gu.e ~el,),!lfa .al teatro· de
•otras :u:tes,,, m:o el hecho de .:rue nos. 1m.ag1ne:mm, que ha.y a'lg·o allí cuando
no Lo hay,. n1 el be:b.o. de q□e S1.1Spe:ndamm ou.est:ra tncredul!dad., si no el
he:be de que Lo hagam(!IS; juntos, :al lll:111.me t iempo".

E:n. camb:10, :tilll.tilb ruwJr y T.revor Nunn t r:ibaJan en tase n.la.:unprovts:a.c lóu, laclu¡¡¡o u n. actor de Tie'\fl:l·:r 'Nuun :logro. Jwprev:llfil 14 horas de
la vJda dt ru :p.e:rsmaa.je.. Tawlx com'blna dte.atro !Hll:nd:á.t:radJcli:i:aal co:n
pasajes urbano.!i. PO'r últl.010 e.tá el praceso cre.:atlva de Peter S.le!JJ, s:u.s
reaultoo®S. ba.n.:.Ido :n.o:mb:rnd.os como de las :mayo. r,is mn.w acl.o.nes de~cl.e
Brecbt, @SJ:e dl:re.ctliír enm ntro en el teatro un :pm02111m de 111octaJl.uic1.ó:n.
aun.que a~ra g,ue en w forma. a.cltl!ll el. ·teatro· w. a. amnr. Y claro q,u.e
va.a. 010:cl:r y va a reaa.cer. el te.atm como la. vJda.es UD.acto•efl:m.ero. u:n
secreto que .00:1.o orurre eotre el espectador y el acto:r en el ml!lmeotQ pn?c1ro y j.!llms se v uelve :al :m.lam.o. lug:ir. Hem.os vJ:;t(il có:n o. e;to.s1 c)jred:uras:. .11. su :a umera.h!ln :matado, ]jbera:l:o. am3di!I· y reiSic.:ata.do sl te3tm•, co:rn0
ua.ol! se acoplan a la.a. nuevas ·te('.l].i!llDgialil y i!ltros Jm :rei::bazao. y cads.une
de ell08 usa. :mélwll!IS dJstLDroa :i::ora :p:ceparar al a.cl®r, de&amp;le 110a JmprovJsa.cl.6"1. hiusta. el e:afre:otam leat·o 00:11 sus :i:eo:re~ m:Ledos; -otros e l'l!a.tl1rM
se en.cle:cr,!IJJ a. dib'11Jar. a. ima¡;l.n.ar. Ell defl:n:ltm . esta. c:em.pJl..ad.Ga es u:n
ag::amJo.•p.ars.l!I.cre.acl.6:11 y los ere.adore;.

81
,,¡¡;¡;,.----

�Co!Lalbora dor,e.s
1

Ali:!e'I GClll1!!:al'e2 M:el'o11Dll1.1111UU '!JO 'Y (trli:lm ou1:0no,. ,Egresa:l'l!ll de la tFa.cultaJil d'e lieatro del I ns!l!hluto
su perl\n de h rtes d'e l!.a Habana y dt lai r.laertrr,la
en, l'eatlNI p0r la 1Ulmt..·er3ilrl'3All c0m1rílut:ernse d'e
Ya.drl'd. Dirige ell AulJJ de !teatro en,lla 1J.111lverrslda.d
C:.Srriklís.111 ,de l\ilaiil rlilL

IaYl'eir:sem-.a. cacedrr.l.lico,a.,\!irry dirrea :0 n:ea1Jrall

A mallf,aJll/f 5eremh,e ll.'l!lml!'Gonzál'ez. IBtudl,mte de
8-"ill) s.emes. tre de la l!.Aií de ria liAE.

h1an111ell R.1\lllz G:ar,d,a. ~ y dlí!!~!lr wstarrl1k:,m!Sl!!, 1Dlrector d&lt;! lla.E!!tuel'a de hrt:e alraJiíiáll«i· de l'a.
llllnlwrsl!ilad de CO!S.ta ltk:a.

A.rrtmnl,o, 'lir:eJ:o, IEgire!SJ.d,:;, d'e l'a ILAIT de lla IFAE en
20JLL
IBail'arlm, ·C0re6grafa y J!'l'!:DílilOti:11ra cwltuml. Dlrrlge lai a:impalid3. de cilam·m
contemportine:a, iíeor,fa d'e Graw;ilad y tFUlndad6n
l!)¡:m:za, Regl'ill M ,

Dlllcitor ¡¡lló.rn la lUlillwer51,il'adl •lile INue'la ll'ork, G'l:a-

duaiilo del cemtro •de !Drama dt I1.:.Qrndrei. Pir,:rre:sorr
de tlelil"\pi:t 011m19l'et0 en,la, 1UM L.
Karlill 8mn.. Eis,tudl3.nte de 2&lt;&gt; semes,tre de lla.u..r.

M,uil'el'a. Gl!J3íf.al'upe L.mpez IFl'llrre5.. E~tudlant:e iil@
2• •s;elifle5ilre de lalLAT.

Allrora. Dl:l'EJll!iU(ot!.iO.

c:a~sa:nil ra ,Gabrile'lill 1:omres 'iTrrnli!io, E:,1¡udlam:e
-de ,'!.-yo s;ememe de rai ILAli de l'ai IFAE,
,Cirl':s1il3Jlli1Platil&gt;.. Egremoo de lla LDC de l:a, tFAE. ID!ll-cernt~ ern lla.16\iE.

Ma111'0 cantó. Orarmtwí'§o, dlrect:or y docemte,.
IDOotll&gt;F en IEstudio~ Hurmnls.tk,M pi!&gt;r ell llfIEzMI
Ü'illilJltlS !Monterrey, Art1J1al'rmente íl!s'liile era lilJuana, 6.C., d!lllilrl'e se dE:Semp.e~a wmo Pmes,¡¡rr !lle
iílem!OO)·Coflil~'e to en,11:1.I/JIAl"ít:.

MaJ!lthiai ,c:emllla. Val'dez. Core6.grafa. y lt!allar;tna.•
E9 resiaih d'e lla.lLDC de lla F.AE.. l lilt~líant:e dellgrulfJ!il ~0ksa

M'.a)'ra. v;ar,gas. IE:rtudlamte d'e •6'" stmtstre de l'ai

talYilra Pt),p!W,ai. Egresada. de lla Aal.d'emlai t,ia.(!l0nal
de teatro y dme ( N'A liRIZ) cile sefira ( Bulgaria) d'e
,donde es [l;J:r,ctora. lü&gt;l!w:ent:e de l'ill FAE y 1111lj!mbra

ILA1i,

del Cuerp!il Am.riliirnik i'il,

Mrh¡¡¡rn IPt Kang;artW~ Giiin!égrrafo, ;1f0cente de l'ill
lf:l!!E..

Emmai 11.ozano, F,iundadQra. de la G!:lml!'-aJlifa .l\ilil:e
r.16(11-Dana d 'arn y de !Naranjo IE!studl;:. E!idrik:o,
Docernte ern lla F,-;Ey lballal'ima, de tia cormpañía, tltular,d, Dall!lai Contemporárnea, d'e lla. Ullt!NL.
FiiraJlld:!'(0•AIDClil) l.•ópez Yll lal@li:!os. Egtres:a.Gb d'e 113.
ll'celilOlaliurai en Ge:.tlón y F\r,;:¡modi!ll!l1•de lla.s; mes
y la Espe,tilalld'adlen,Apredadoo,de llas Mes, en,lla
lllll!llwrsilab.d d!i! Clj!nclas y Am!~ ,de Clhla¡pas.

O:s!fal'd'G c ana, natrólogn, y •ciril:lo::;•c:ubano, IDIIT'i!di!íll' de la, IFacutm:11de liea1lro. áel I nstltJJti!I su,p,e-

rrlor d'e &gt;irte d!I! I';¡¡ Ha:l:0rna.
1

aobel'Ul ,Garorai su~11ez. IEgre!Sallo de la rLAií de lai
IF:AJE elil 1112004.

Roberta IPáez. 1Eru.Jdl3111te orle i-vo sell!'le.tre de l'ai
LA1i d'e fl;¡ IF.A!E'.

,e:.abr1'el ,cam:tr;e-ras.. tNaJnrad;:,r, draJ'l'murr~¡¡¡, ¡¡¡er1odlsta. Hill m lalluml.do• em 1nomero:s;m medios lmfommlvos. y eJercce lla. e!S!()rltura y lla lrmglnadón
desde facetas. 1111'1!&gt;1)!' dlv-errs.as.

Rll c[o,10 e·nrn l':!&lt;e Rilllll os. sá: n!!lile~ Es.tur d1:1nte !lle 2."
!Sl!!mestre de la, ILA1i,

R.ose'llill IP'au'll'ma, ,G¡rllrncilo Esp:ain:.a. Bailarina,, dii:íGretdhem ()l'!lrtés. 1Egrre!Sad3 de la ILAli ,de 11;¡_IFAE
y de la rMa.es~m ern ME:S de 113. F:AV d'e la ILl1!!NI!.,
Doc-ente ern, la IFAE y mlernibfl!ll d'el Ouerr¡~ Aal-

dérmlo:i,
131 me, CihlaliJaudL IDl131i11MUf-90, ,CJIÍtk,e y d'llla!!nt~
dlrectJllrr d'e IPaS.@ de Giil.l@ IR.E.V,l~ta M~iik"alll;!J de
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13. EX¡¡¡re!Sili!in
DaíllOÍstilclié coo,,i:,rlenta.clo!lm e1111Darnza e llllllli:ernplllr.l.nea,-de l'a, l!Jd(3,y lla•p.,fae!.ilJ!fa en Airtf• d'e la tlAA..
§:!/1111\l:ai ,Gornzll'ez. !Dlocent:e de IJJ F.11!E. C,oorriillnalll@ra •dell c:emre de autmprendl!laJ.e de l!lll¡¡¡r,na.s;.
(CAAl!)II) ,

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              <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaAvanzada&amp;bibId=1754056&amp;biblioteca=0&amp;fb=&amp;fm=6&amp;isbn=</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Semana de la Dramaturgia</name>
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                    <text>�N C ACIÓ P.RÁCT CA
EN LA DRAMATURGIA
f,;.CARGO"OE!

Lunes 28 de Jullo 201.\
19:00 hrs.
Entrada Libre
Teatro Espacio "Rogello Vlllarreal Ellzondo"

d:e la Facultad de Arte Escénicas
Praga y Tríeste s/n, Col. Residenci al Las To.rres
campus Med'eros de ta UANL. Mo:nt,er:rey, Nuevo 1León.

Informes: 83s7,8 447 ext.:104

�Obra de Teatro

raesb,aratando
el sue.ño
Dirección:

Carlos Nevárez

."S,.,,.,..,.....
••

••..r•11m,a
~-.◄ti

Viernes 7y14de mano. 20:00 horas
SálJadD 8 y 15 ele man.o, 20:00 horas
O.minga 9y 16de ma~ 19:00 horas
Costo:$ al, pliblko en general/
$40, maestros, estudiantes ymiembros del INAPAM

TEATRO ESPACIO"ROGEUO VILLARREAL EUZONDO"
Praga yTdeste sfn, Colonia Resldendal Las Torres
Campus Maderos de la IJANL MonterreJ, Nul!VII le6n
INFORMES: 83578447 EXJ.: 104

11 FAE.IJAII.

fAE_IIAll

�CONTENIDO
Editorial

5

El nuevo rostro
del maestro de actuación

6

Entrevista a Christine Schmalor,
Felipe Pérez y Alaciel Molas
Por Janneth Villarreal

Maestros de actuación para
un teatro nuevo

12

Por Ever Orlando Dueñez Rojas,
Fátima Salas y Ximena Villarreal

Creando vínculos: 4º Encuentro
de Egresados FAE UANL 2014

13

Por lván Flores

Julián Guajardo. Memoria impresa
de una vida en el teatro

16

Por Armando de León

Vox Orbis:
El teatro y sus homólogos

19

Por Mayra Vargas

El drama está en lo que no se dice

23

Por Fátima Salas

Ladraturgia

24

Por Mayra Vargas

HO MO THEORICUS
La incertidumbre como hábitat:
notas sobre la dramaturgia de la
danza en Happy Planet
Por Enrique Lozano

w

2

26

�REPORTAJE ESPECIAL
Espacios alternativos en Monterrey:
¿Una respuesta informal a
la situación teatral local?

36

Entrevistas por Mayra Vargas

Entrevista a Moani Compeán

43

Por Vidal Medina

Entrevista a Allan Du rell

44

Por Mayra Vargas

La Bodega de Dionysios:
Una mirada a la producción teatral
independiente en Monterrey

46

Por Vidal Medina

NOTICIAS
La Ley de Mecenazgo - Función a
beneficio de "La estación"- Premio
a dramaturga regia en FESARES

50

DE LA FAE PARA EL MUNDO
lnteractividad en las artes escénicas

54

Por Verónica Cruz

Colectivos teatrales

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Por Alejandra Alvarez

LIBROS
Entrenar para encontrar el camino
de vuelta

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Por Yarezi Salazar

Colaboradores

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3

w

�Dr. Jesús Ancer Rodríguez
Rector

lng. Rogelio G. Garza Rivera
Secretario General

M.H. Janneth Villarreal Arizpe
Directora d e la Facultad
de Artes Escénicas

Dra. Elvira Popova
Editora responsable

Vidal Medina
Redacción

Mayra Vargas

OM

ESCENICUS
REVJSTA D E LA FAC ULTAD
1

Colaboradora

DE ARTIES ESCÉNICAS
DE LA UAN l

Guillermo Reyes
Diseño
Consejo editorial:

Celso Garza Acuña
Vidal Medina
Emma Lozano García
Elvira Popova
Rodolfo Obregón
Reynol Pérez
Genaro Saul
Carmen Correa

HOMO ESCENICUS Revista de la Facultad de Artes
Escénicas de la UANL, Año 3, No. 5, enero-julio
2014, es una publicació n semestral edit ada por
la Universidad Autónoma de Nuevo León, a t ravés
de la Facultad de Artes Escénicas. Calle Praga y
Trieste s/n, Col. Las Torres, Monterrey, Nuevo
León, México, C.P. 64930, Tel. 83578447.
www.esce nicas.uanl .mx, escenicas@ua nl .mx,
homoescenicus.fae@gmail.com Editor responsable:
Elvira Popova.
Reservas de Derechos al Uso Exclusivo No. 042012-08081218100-102, ISSN: en trámite, ambos
ot orgados por el Instituto Nacional del Derecho
del Autor, Licit ud de Tit ulo y contenido: en
trámite otorgado por la Comisión Calificadora de
Publicaciones y Revist as Ilustradas de la Secretaria
de Gobernación. Registro de marca: en t rámite.
Impresa por Serna Impresos Vallarta 345 sur,
Colonia Centro, Monterrey, N.L.
Este número se t erminó de im prim ir el 30 de
noviembre de 2014 con un tiraje de 500 ejemplares.
Distribuida por la Universidad Autónoma de Nuevo
León a t ravés de la Facultad de Artes Escénicas, Calle
Praga y Trieste s/n, Col. Las Torres, Monterrey,
Nuevo León, México, C.P. 64930.
Las opiniones expresadas por los autores no
necesariamente reflejan la postura del editor de la
publicación.
Queda estrictamente prohibida su reproducción
total o parcial de los contenidos e imágenes de la
publicación sin previa autorización del Instituto
Nacional del Derecho de Autor.

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UANL

HOMO ESCENICUS
REVISTA DE LA FACULTAD DE ARTES ESCENICAS
DE LA UANL
Año 111, num. 5, enero-julio 2014

En portada:

Happy Planet. Dir. Philip Grünenberg.
Foto: Carlos Lema Posadas.

�EDITORIAL

Llegamos al tercer aniversario de nuestra revista que a paso pausado pero
seguro sigue uno de sus propósitos de trascender en el ámbito académico
y profesional. Para ello cada vez nos apoyamos más en colaboradores con
experiencia y reconocida trayectoria, sin descuidar por supuesto la participación de los docentes y los estudiantes de nuestra facultad, que son el motor de la existencia de Homo Escenicus. Co n gran satisfacción compartimos
un logro más: la formación de un consejo editor ial y la primera edición de
la sección arbitrada: hechos que sin duda elevarían el nivel académico de la
revista y de la misma Facultad. Homo Theoricus ya existía co mo un espacio
para la publicación de textos teóricos. A partir de ahora esta sección publicara exclusivamente textos que han pasado por el requisito de un riguroso
arbitraje y también textos de reconocidas personalidades en el ámbito de
la teoría teatral y dancística. El primer texto arbitrado que abre la renovada
sección es del colega colombiano Enrique Lozano quien reflexiona su experiencia como dramaturgista en una puesta en escena de danza.
Como es costumbre, las actividades de la FAE nutren de manera importante
nuestras páginas, es por ello que somos testigos del taller dedicado a la formación docente en las artes, a través de la entrevista que nuestra directora
hace a los talleristas nacionales e internacionales.
Las posibilidades de actividad profesional independiente en la ciudad están
analizadas a través del reportaje especial y las entrevistas con teatristas y
propietarios de espacios alternativos. De esta manera se quiere abrir un
espacio de reflexión y dialogo sobre problemas concre tos de la vida teat ral
local.

Elvira Popova

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w

�EL NUEVO ROSTRO
DEL MAESTRO
,
DE ACTUACION
POR JANNETH VILLAREAL

Co mo parte del plan de trabajo a realizarse en la Facultad de Artes Escénicas de la UANL y que comprende el período adm inistrativo 2013-2016, se encuentra invariablemente nuestro interés en la búsqueda de nuevas formas y estrategias de enseñanza para la educación superior del teatro y de la danza.
Gracias al apoyo inmejorable por parte de l CUT (Centro Univers itario de Teatro UNAM) hacia nuestra
institución, y a la vinculación que logramos tener con parte de su cuerpo docente, la Facultad fue sede
del proyecto itinerante: "El nuevo rostro del maestro de actuación", con el cual una generación de
maestros de teatro se ocupa de perfeccionar e innovar la forma de dar clase frente al estudiante que
aspira a ser un profesional de la actuación. Después de tres días intensos de trabajo con nuestros alumnos del octavo semestre, como ejecutantes y la observación por parte del personal docente del área,
además de alumnos espectadores; nos reunimos los maestros Christine Schmalor, Felipe Pérez, Alacie!
Molas y una servidora, Janneth Villarreal, para realizar una entrevista a manera de plática, para así
compartir nuestras experiencias y poder reflexionar acerca de esta Maestría recién creada por el CUT
en colaboración con el AKT- ZENT de Berlín. A continuación compartimos nuestra plática.

Janneth Villarreal: Maestra Christine, ¿cómo
se consolidó esta relación entre el CUT de la
UNAM y el AKT- ZENT del Instituto de Teatro
de Berlín, para crear esta Maestría del maestro
de actuación?
Christine Schmalor: Podemos decir que la
relación empezó con un maravilloso golpe de
suerte. Nos conocimos por el AKT-ZENT, el
Centro Internacional de Teatro de Berlín, que
es el Centro de investigación del Instituto Internacional de Teatro, cobijado por la UNESCO.
Por razones triviales, estábamos buscando compañeros interesados en México, porque había
la posibilidad de programas culturales México
- Europa financiados por la comisión europea,
así que este es un enfoque muy artístico. Cuando Jurij Alschitz, el líder y director artístico del
AKT-ZENT estaba visitando México, de hecho
con el propósito de un proyecto más grande,
el de la Biblioteca mundial de entrenamiento
teatral, la investigación sobre métodos de entrenamie nto teatral alrededor del mundo. Durante esta visita de investigación en la Ciudad
de México, él conoció a Mario Espinosa, del
CUT, UNAM y una vez que ellos habían estado

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intercambiando ideas, le preguntó: "¿Mario, qué
crees que es lo que más necesitas en tu país, en
tu universidad?", y él contestó: "enseñanza para
maestros". Y maravillosamente, de alguna forma dos mentes se encontraron en el momento
indicado y con las posibilidades adecuadas para
hacer una aplicación inmediata. De esta forma
desarrollamos el programa juntos. Mario Espinosa trató de encontrar maestros, no sólo del
CUT, sino también de otras universidades en
la Ciudad de México y el país en general; aunque no tantas así que, si continuamos con este
tipo de programas, creo que podría ser muy interesante incluir más universidades de todo el
país; sin embargo este fue un muy buen punto de partida. Por nues tra parte, hemos traído
varios maestros de Europa y también de otros
países de Latinoamérica, por lo que hasta ahora, hemos tenido participantes de diez u once
naciones diferentes, lo que lo hace un curso de
estudios realmente internacional.
JV: A mí me parece una decisión muy acertada, porque hay que reconocer que nadie nos
enseña a ser maestros. ¿Por qué hablar de un
nuevo rostro del maestro de actuación? ¿Por

�''La nueva cara del maes.tro
de Actuación''

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Alaciel Molas ~src:o,
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Lunes 3 yMartes 4 de marzo de 2014

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�qué es necesario?
CS: La cuestión, por supuesto, siempre es
hablar sobre desarrollo o innovación, en cualquier campo. Normalmente empezamos desde
la situación de la educación, digamos desde
las univers idades. El teatro está, más o menos,
reproduciendo sus procesos y de algún modo,
está simplemente esperando que las universidades o las escuelas de teatro, le den los nuevos actores con los que pueda continuar. Quizá,
afortunadas innovaciones surgen de los grupos
de teatro pero lo raro es que, en nuestro sistema, las escuelas de teatro son en su mayoría, los
lugares más conservadores y, yo creo que ésta
es una situación bastante extraña. La generación joven o los maestros, si los llamamos no

"El programa brinda las
herramientas para que cada
uno de nuestros estudiantes
se transforme en un maestro
realmente bueno y único".

sólo maest ros sino investigadores, deberían ser
el motor de la innovación. Pero, ¿cómo ser el
motor de la iimovación? Por supuesto, también
necesitamos conocimiento, nuevas metodologías y nueva información; así que la idea de esta
maestría fue dar la oportunidad de educar, de
entrenar nuevas mentes creativas, que por sí
mismas creen nuevas ideas; de tal manera que
cada uno de nuestros estudiantes se transforme
en un maestro realmente bueno y único, para
multiplicarse a sí mismo.
JV: Felipe y Alacie!, ustedes que son parte
de esta primera generación de la maestría, háblenme un poco de su proceso, tanto del aprendizaje como de la elección para su proyecto de
tesis.
Felipe Pérez: Bueno, yo creo que todo esto
nace de la necesidad de expresar nuevas cosas
como profesor. Yo siento que en este momento
en la escuela, en la universidad en donde estoy,
se necesita un relevo generacional y se necesitan nuevas ideas, se necesitan nuevas formas de
enseñanza.

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¿Cómo IJegué a mi producto de tesis? Sencillamente entendiendo las necesidades que
tiene mi escuela, partiendo además de mi experiencia artís tica. Algo que me ha permitido esta
maestría es, no sé si decirlo, entender técnicamente algunas cosas o entender conceptualmente o teóricamente cosas que yo, desde hace
rato había entendido dentro de la escena; que
las hacía y no tenía ni idea por qué las hacía,
algo que era como intuitivo, que era aparentemente improvisado, pero formaba parte del
entrenamiento que yo había tenido como actor
durante muchos años, en el grupo de Creación
e Investigación de la Univers idad del Valle a
la cual pertenezco.Me di cuenta de que, de lo
que yo ten ía que hablar era sencillamente de
mi entrenamiento, de cómo me había formado
en estos años y cómo esta formación como actor, le permitiría, a algunos de mis estudiantes
acercarse un poco más al perfil hacia el que los
guiamos en la Escuela de Arte Dra mático de la
Universidad del Valle. Las características de los
estudiantes que llegan a las admisiones y son
aceptados, nos permiten crear las condiciones
necesarias para que la educación se establezca
a través del pacto común, a través del juego, el
primer año es absolutamente mucho juego, hay
algo intuitivo en ellos y la idea es que tomemos
esa intuición creativa y la transformemos en
teatro. Entonces, mi tesis parte básicamente de
un entrenamiento de pactos secretos en escena,
de impulsos, de pulsos creativos, los cuales permiten establecer un lenguaje para el ensamble
que es el lenguaje del juego teatral.
Alacie! Molas: Bueno, tú ya conoces a Mario
Espinosa, ¡es un tipazo! Es indiscutiblemente
un hombre de teatro y es indiscutiblemente un
artista y un hombre con uno de los corazones
más bellos del mundo. Es alguien que está pensando y viendo todo el tiempo por los procesos
de selección, por las generaciones que se están
graduando en el CUT. Y desde que Mario está
en el CUT ha visto que hay una serie de cosas
que empiezan a ser inquietudes en los maestros
y lo que hizo, por un incidente que ya comentó Christine, es traer este programa, construir
este programa con ellos; de tal manera que todas estas inquietudes que el CUT, que él, como
una gran cabeza del CUT, ya había generado en
todos nosotros, en toda su planta acadé mica, se
puedan encausar en algo concreto.
Para mí, esta maestría fue un espacio para la
reflexión de mi quehacer, no sólo como maestra
sino como artista, por supuesto y siempre con
este espíritu del que Mario ha logrado dotar al
CUT desde que él está ahí.
Esto, para contestarte la primera parte, y
para la segunda, mi tesis está muy relacionada a
una inquietud, ya personal, que he tenido desde
niña, que es el lenguaje, de hecho yo estudié un
año de Lingüística Antropológica, y en realidad

�no conozco otra forma de respirar que no sea
escribiendo. Tengo una relación muy fuerte
con las palabras, tengo una relación muy fuerte con todo lo que es lenguaje; entonces para
mí, siendo maestra de asignaturas de análisis de
texto dramático y siendo tan cercana al trabajo
que tiene que ver con el lenguaje, obviamente,
con cómo construir lenguaje de ficción desde
la palabra, etc., y co mo directora por supuesto,
me surgió esta inquietud que sobre todo, es una
reflexión de este mismo quehacer, de esta misma semilla que inyecta Mario Espinosa, que es
la incidencia de la palabra en el acontecer escénico y en la articulación del d iscurso pedagógico teatral; porque creo que es una herramienta
muy poderosa que ya no estamos usando y que
sí está subordinando de una forma u otra a los
alumnos a un conocimiento, o al entendimiento
de un conocimiento, en vez de a su propia necesidad como artistas. Entonces, esa es la razón
por la que yo elegí el tema de mi tesis.
JV: Lo que yo pude observar en estos dos
días, es que no es el hecho de poder copiar o
trasladar uno que otro ejercicio que han creado, que además me parecen maravillosos por la
forma en cómo van construyendo hasta el final;
sino es una cuestión de empezar a pensar diferente como docentes, de la creación propia a
partir de cada experiencia, ¿qué seguiría a partir de todo esto?
Porque además siempre pensamos en el di rector teatral como creador, en el actor como
creador, pero el maestro siempre se queda
como en otro perfil, como en un "low profile", entonces me parece muy valioso que utilicen este término de que "El maestro debe ser
un creador". Entonces, ¿qué me pueden contar
acerca de eso?,
CS: Primero me gustaría hacer un puente
entre lo que Alaciel respondió a la última pregunta y la tuya, de lo que ella habló acerca del
respeto a Mario Espinosa y su escuela; porque
a mí me gusta como director de una escuela
de actuación. Si lo entiendo bien, el suyo es un
trabajo muy bien hecho, con una buena reputación, digamos que sin gran problema; pero,
él dice, yo necesito la escuela de la Perestroika en mi escuela, y estoy segura que no todos
los maestros de mayor edad estaban completamente contentos con eso, o dijeron: "¡sí, sí!
¡La necesitamos!", no estoy segura, pero él d ijo,
"la siguiente generación aprenderá y ca mbiará,
de alguna manera, mi escuela". Y eso le ganó
respeto. Y el primer paso fue, por ejemplo, lo
que hemos estado hablando, como podría ser
el proceso de selección y después creamos es te
gran evento, bas tante loco, para seleccionar a
los asp irantes, con dos variantes. Mario estaba
muy contento mirando cómo sucedía todo esto,
otros maestros estaban más co mo pensando:
"¿Qué es esto?". El resultado fue que él nombro

a cuatro de sus colegas para que fueran encargados del siguiente proceso de selección. Claro
que tuvimos problemas en cuanto a, cómo y a
quién estába mos seleccionando, así que dijo:
"¡Hagámoslo de una nueva forma!". Y creo que
ésta es una muy acertada actitud del director de
una escuela, que de alguna manera organiza la
"revolución" desde adentro. Porque la escuela
neces ita una constante renovación, después
de un año las ideas ya son viejas. As í que yo,
apoyo mucho este enfoque. ¿Cómo marchan las
cosas?, no podría decírtelo en concreto porque,
ahora estamos felices de ter minar esta maest ría
que fue hecha en condiciones muy específicas.
Estamos muy contentos que con la cooperación
de la ENAT y Bellas Artes pudimos rea lmente

"Hemos traído varios maestros de Europa y
también de otros países de Latinoamérica,
por lo que hasta ahora,
hemos tenido participantes de diez u once
naciones diferentes, lo que lo hace un
curso de estudios realmente internacional".

sacar adelante una maestría y no sólo un diploma del CUT. Así que ahora hay una alianza muy
activa entre las escuelas; si esto evolucionará
hacia un nuevo programa de maestría, aún no
estamos seguros. Pero claro que estamos abiertos de empezar el nuevo piloto, porque lo que
estamos haciendo es un poco afinar la táctica.
Los proyectos piloto siempre son posibles, podría imaginar por ejemplo para México, que
podrían unir fuerzas con más univers idades, lo
que es realizable desde el punto de vista práctico y financiero, y también mezclar a maestros y
alumnos de las diferentes universidades.
Acerca del programa de maestría, en concreto, ahora estamos planeando crear un nuevo programa de maestría para Asia, así que el
próximo piloto está planeado hacerlo en conjunto con la Universidad de Kazán, en Tartaristán o probablemente con Oremburgo o Kazajistán; Vietnam está interesado, quizá una
universidad de India, China y por supuesto
Europa. Esto también es parte de nuestra investigación; después de la conexión con Latinoa-

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�mérica, tener una conexión con los países euroasiáticos. Por supuesto, eso no significa que
le demos la espalda a Latinoamérica. Porque,
especialmente ahora, en México tuvimos una
muy buena experiencia. Entendemos que es
una necesidad y, lo digo en un buen sentido. No
quiero decir que nosotros sabemos todo y en
México nadie sabe nada, no, es una necesidad
de todos. Yo creo que ahora es el momento para
la reflex ión y diálogo con las difere ntes un iversidades. Nosotros estamos aquí y nuestros colegas están en otras seis universidades de México
para, primero que nada, promover la idea. Felipe Pérez: Bueno, lo que sigue ahora para mí
es, aparte de que yo creo que mi postura como
artista se fortalece muchísimo al compa rt ir con
tanta gente como ya dije, es transmitir esa postura artística, no imponerla, sino transmitirla a
mis estudiantes. Ayudarles a entender que ellos
son responsables de su camino artístico, que la
única manera de sobresalir o de ser diferente,
sin ser más que los demás, es teniendo un punto
de vista, es aprovechar la escuela para que se
caigan, para que se vuelvan a parar, para aprovecharla como un estadio de creación, más que
un estadio por el que sólo pasaste y empezaste
un día e intentaste hacer una carrera y entonces
eres licenciado.
Mi ideal como maestro y más que co mo
maestro, como artista, es auto perfeccionar, no
mi técnica, pero sí mi encuentro diario con las
tablas y en esa medida de auto perfección abro
un sentido holístico, espiritual, físico y mental
y mis estudiantes se van a auto perfeccionar
tamb ién. A mí alguien me preguntó alguna vez,
¿quién está arriba, en la cres ta del teatro?
En mi conce pto, es tá el creador; que puede
ser pedagogo, que puede ser actor, que puede
ser director, pero que crea unas cosas para impulsar esta nave del teatro. Así que para mí, digamos, co mo dice la maestra Christine el "Team
of teachers" de mi escuela, creo que debemos
tener un rumbo fijo, no importa cuáles sean
nuestros caminos pero en ese proceso de creación, si no estamos mirando para el mismo objetivo, a pesar de que estemos juntos, no va mos
a hacer absolutamente nada. Entonces entiendo
que ahora, en donde me encuentre, hay mucha
gente que está pensando lo mismo que yo, que
quiere renovar, que quie re crear desde la escena del entrenamiento diario.
AM: Lo que sigue para mí es, en real idad,
seguir planteándome preguntas con respecto a
nuestro quehacer. Soy parte del equi po de Mario para esta renovación, en el CUT y, del CUT
y del teatro. Me pongo por supuesto la camiseta
del CUT y yo sigo a ese hombre a donde sea. Entonces lo que sigue para mí es, llevar todo esto
que se aprendió durante dos años, a cuest iones
muy concretas y muy específicas del CUT; y obviamente la reflexión que seguirá siempre, que

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w

es, te paras todos los días y te preguntas qué diablos estás haciendo frente a un grupo y qué es Jo
que tendrías que hacer y cómo puedes mejorar
como artista, etc. Entonces, no tengo una respuesta concreta. Sé que deseo que esa pregunta
siga rondándo me por la cabeza durante mucho
tie mpo.
JV: ¿Crees que ese sea el principio del nuevo
rostro del maestro de actuació n?
AM: Yo diría que sí, uno se tiene que preguntar constantemente lo que decía Christine,
tienes que pregun tarte en la mañana cuál es
tu teatro, de la misma maneara que, qué artista quieres ser, qué ser humano quieres ser; es
decir es un planteamiento en el que estás todo
el tiempo tratando de determinar qué es el ser
que eres, en relación a todo lo demás; no para
darte una respuesta sino para poder tener un
horizon te y poderte construir en ese horizonte
y tener algo en el que sostener ese ser. Entonces
yo creo que para mí, es esta pregunta constante:
¿Qué es lo que esta mos haciendo?, ¿cuál es tu
responsabilidad? Y creo que las respuestas suenan bastante terribles pero, son también, otras
formas de abrir caminos.
JV: Me parece muy valioso por lo que alcancé
a observar que uno de los principales sentidos
de este nuevo rostro del maestro de actuación,
sea la libertad en el alumno; siempre y cuando
el maestro tenga un estudio y planeación absoluta y exacta de su clase para Jo que hay que
ser muy hábil, ser un guía que realmente brinde
las herramientas para la libertad creadora. Que
seamos capaces de irlos conduciendo sin coartar la libertad. Además de alguna manera también, permite que el estudiante comprenda que
el maestro no sa be todo. Porque luego sucede
que cuando uno se mete a estudiar una carrera,
cree que el maestro tiene todas las respuestas y
es al contrario; el maestro está ahí para genera rte preguntas.

"La idea de esta maestría fue
dar la oportunidad de educar,
de entrenar nuevas mentes
creativas, que por sí mismas
creen nuevas ideas".

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1

�MAESTROS
DE ACTUACION

PAl&lt;AUN
TEATRO NUEVO

POR EVER ORLANDO DUEÑEZ, XIMENA VILLARREAL Y FÁTIMA SALAS'

"Si quieren cambiar el teatro,
hay que cambiar las escuelas de t eatro;
y si quieren cambiar las escuelas de teatro,
hay que cambiar a los maestros".

Con estas palabras de Christine Schmalor, responsable del
programa internacional "El nuevo rostro del maestro de
actuación" empieza en la FAE el taller El acuerdo comtín
en el ensamble como sustento del texto escénico, impartido
por Alacie! Molas y Felipe Pérez, los tres pertenecientes al
World Theatre Training Laboratory (WTTL). En colaboración con el Centro Universitario del Teatro (CUT) de la
UNAM, el WTTL experi menta con estudios de posgrado
a nivel maestría para formar maestros de actuación en los
nuevos contextos del arte teatral. Para compartir los resultados de los estudios y los procesos de investigación, el
equipo recorre varias universidades de México.
Este taller, nuevo y trascendental en la formación de
los alumnos de la Facultad de Artes Escénicas (lugar donde se desarrolló el evento), retomó las raíces principales
de la actividad actoral y escénica que fungen como las bases primordiales de un teatro vivo e impactante. Durante
dos días, 14 alumnos del último grado de la dependencia
realizaron ejercicios y actividades escénicas que requerían únicamente de tres elementos: comunicación, comunidad y coralidad, refiriéndonos a este último componente como la unión intrínseca que se genera entre los actores
en escena.
Las act ividades del taller fueron divididas en dos etapas. La primera etapa, a cargo del maestro Felipe Pérez
(Licenciado en Arte Dramático de la Universidad del Valle, Cali, Colombia), se enfocó en la actividad comuni taria
de los alumnos con ejercicios básicos actorales. Llenar el
espacio, mirarse a los ojos, impulsarse para desplazarse,
generar un contacto con el compañero, entre otros más,
fueron las únicas instrucciones que recibían los participantes activos del taller, quienes, con dificultad, lograban
mantener o concretar cualquiera de las inst rucciones.
Alacie! Molas (Egresada y maestra del CUT de la
UNAM, además de coordinadora de su nuevo plan de es-

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w

tudios) fue la encargada de la segunda etapa del curso. En
esta parte del taller la maestra enfocó las actividades en el
desarrollo creativo de los artistas, ejecutando ejercicios de
coordinación coral en base a movimientos y figuras corporales mediante la improvisación. Co mo parte de la actividad los alumnos debían ejercer su autoridad y autoría
sobre sus creaciones artísticas, haciéndose responsables
de su voz creativa y defendiendo con verdad su act ividad
escénica.
Aparte de los 14 alumnos activos en el taller, ta mbién
se permitió la participación de 25 observadores (maestros, estudiantes, actores o personas interesadas en el
tema), quienes estarían como espectadores de la ejecución del taller, aprendiendo y dialogando las técnicas de
los talleristas, para crear una retroalimentación en pro del
taller impartido. Si bien, este curso es una oportunidad
importante de aprendizaje para cualquier alumno, también forma parte del doctorado de los maestros quienes
organizaron es te evento como exa men de titulación.
Después de un receso para la comida y tiempo para
descansar, se formó una mesa de d iálogo abierta al público en general en donde la maes tra Ch ristine Schmalor
expuso la tesis del progra ma "El nuevo rostro del maestro
de actuación". En esta exposición se aclararon los puntos
a trabajar por medio del taller y las actividades que los
maestros están rea liza ndo durante su ejecución. En palabras de los estudiantes act ivos: "Esto es lo más sencillo
que hicimos en la carrera. Lo hicimos desde el primer af10.
Y sin embargo, no pudimos hacerlo durante el taller. Hemos olvidado gran parte de las bases que, lo son todo en
el teatro".

' Material surgido de los traba¡os de los estudiantes en las cl ases de
Crttica T eatral 11.

�I

CREANDO VINCULOS:

4°ENCUENTRO
DE EGRESADOS FAE
UANL2014
POR IVÁN FLORES

4° Encuentro de Egresados de la FAE UANL 2014 Foto· Archivo FAE

"Por eso, pero, ¿en que trabajas?, ¿y cuánto te pagan en eso de las obras?
¿Ya eres famoso? ¿Por qué no te vas con la Nena?". Son preguntas con
las que familiares y amigos cercanos bombardean a un teatrero regio, el
cual merece de por sí mi sincero y profundo reconocimiento. Y es que
sobrevivir en medio del vertiginoso avance de los días en una ciudad
estresada por el tráfico, la tenencia, la inseguridad, las obras viales y la
tarjeta feria, requiere, como toda profesión artística, un esfuerzo sobre
humano. Y no se trata de poner altares, porque lo mismo te encuentras
un doctor conduciendo taxis, que a un actor de mesero en un restaurante argentino, o a un "listo" como presidente. Cada quien hace su
lucha y obtiene sus logros.
Y de eso se trata, de seguir en la lucha, de no bajarse del t ren; pero algo
muy importante para nuestra supervivencia es el trabajo en equipo.
Esto fue lo que llamó mi atención, cuando en diciembre pasado, a través de la Coordinación de Egresados, la Facultad de Artes Escénicas de
UANL, nos convocó a todos los egresados de las distin tas generaciones
a una reunión, con el objetivo de conformar el Comité de Egresados
FAE UANL 2013-2014.
Como novedad las reuniones de egresados funcionaron, al atraer a un
buen número de compañeros, que lamentablemente, se reducía al pasar

de los meses. Sin embargo, contra los tráficos, las ocupaciones de cada uno y la incredulidad de muchos, se conformó el comité
que gestó el 4 º Encuentro de Egresados de la
FAE UANL 2014, aferrándose al "a ver cuando hacemos algo" y transformando esta quimera en una invitación al resto de los egresados a seguir "Creando vínculos". Y el objetivo
no era sólo enlazar a las diferentes generaciones egresadas, sino acercar a los alumnos
y maestros de la FAE a vivir este evento en
búsqueda de la reflexión sobre la importancia de crear vínculos.
El lunes 31 de marzo tuvo lugar el arranque
del evento, con una inauguración que remembró los orígenes en los años 60, cuando
Francisco Sifuentes, Jorge Segura, Clemente Monárrez y Rogelio Villarreal Elizondo,
fundaban el Taller de Teatro Universitario
de UANL, con el objetivo de profesionalizar
las artes escénicas. Esta importante semilla

13

w

�plantada por estos pilares de la escena teatra l en
Nuevo León, que evolucionaría a mediados de
los años 70, en el Instituto de Artes; y más tarde
en la Escuela de Artes Escénicas, a principios de
los años 80; y que continuó su crecimiento, con
la intención de cumplir con los patrones académicos formales , al convertirse en lo que hoy es
nuestra Facultad de Artes Escénicas.
En el año 2010, se conforma el primer Comité
de Egresados FAE UANL, con la propuesta de
organizar un evento en el que se d iera la oportunidad de encuentro, convivencia y análisis
entre los distintos caminos emprendidos por
Egresados. Hoy el Encuentro de Egresados FAE
UANL llega a su cuarta edición, cumpliendo con
los objetivos propuestos en la VISIÓN 2012 de
la Un iversidad a través del Programa de Egresados de la UANL; diseñado para funcionar como
vehículo de enlace entre la comunidad universitaria y la propia Universidad, de tal forma que
la Institución de seguimiento a sus experiencias
laborales, áreas de desarrollo y especialidades,
mientras que los egresados obtendrán la oportunidad de actualizarse en programas académicos, bolsa de trabajo y demás beneficios para su
desarrollo profesional.
La programación se dividió en tres bloques de
actividades, el primero a las 18:00 horas, donde se celebraban mesas de d iálogo y talleres; el
segundo a las 20:00 horas, pues tas en escena de
teatro y danza. El tercer bloque fueron los "desmontajes", charlas en torno a los espectáculos
que se generaban justo al terminar cada uno;
en los que espectadores ( egresados, alumnos,
maestros o público en general) y el grupo participante en cuestión, reflexionaban sobre lo que
se acababa de presenciar: temáticas, lenguajes,
motivos, en sí un vistazo al interior de cada espectáculo, en voz de sus propios creadores.
Pero, ¿para qué hacer el Encuentro? Gilberto Loredo, quien fue el presidente del primer
Comité de Egresados FAE y fundador del ler
Encuentro de Egresados FAE UANL 2010, comentó que su idea tenía la principal intención
de que el Teatro Espacio "Rogelio Villarreal Elizondo" ofreciera a los egresados de la facultad,
un espacio para mostrar sus trabajos ya en el terreno de lo profesional. Y qué mejor que generarlo en un entorno de convivencia y reflexión,
en el espacio que fue testigo de sus orígenes en
el terreno de la creación escénica.
A poco más de cinco décadas de distancia de
haber iniciado la profesionalización escénica
en la UANL, desde la fundación del entonces
Taller de Teatro Universitario, el Encuentro de
Egresados de la Facultad de Artes Escénicas,
no podemos mas que seguir en la lucha por la

14

w

Titulo Pendiente, D,recc,on de Serg,o Duarre Monra1e presentado por el
Grupo de Egresados FAE Domingo 6 de Abril de 2014

profesionalización. Entre los egresados hay intérpretes, creativos, técnicos,
ad ministradores, gestores, todos muy capaces; la pregunta al final es ¿qué
constantes? Al iniciar las act ividades del encuentro, la cantidad de asistentes fue mínima, pero con el esfuerzo y trabajo en equipo entre la institución, la organización y el mismo público que recomendaba los eventos del
Encuentro, se dio un cierre hacia el fin de semana, con teatro lleno. Constancia, esa puede ser una buena conclusión.
Emma Mirthala Cantú, primera actriz regiomontana y maestra fundadora
de la Facultad de Artes Escénicas expresó tras presenciar una de las mesas de diálogo: "Que orgullo ver cuántos ca minos abrimos como fruto de
nuestro t rabajo." Y en efecto, a ellos, nuestros maestros, le corresponde
mostrarnos el principio de nuestro camino, enriquecer con su experiencia
la visión de un alumno sobre el futuro de su carrera. Puntos suspensivos
que cada uno al egresar debe convertir en logros. "Hacer todo con pasión"
co mo dijo el también maestro fundador, René Gerardo García. Orgullo y
pasión, que se deben acompañar de disciplina y constancia. Con la mirada
fija en construir, convirtiendo el tráfico, la tenencia, la presión social y cada
excusa en motivaciones para generar trabajos escénicos comprometidos,
sinceros, conscientes y de calidad.

''Algo muy importante
para nuestra
•
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superv1venc1a es
el trabajo en equipo''.

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JULIAN GUAJARDO
MEMORIA IMPRESA DE
UNA VIDA EN EL TEATRO*
POR ARMANDO DE LEON MONTAÑO

''Nuestro personaje tiene más
de seis décadas continuas de
cosechar éxitos en el mundo teatral''.

En la historia del teatro regiomontano son pocos los intentos que existen por elaborar un libro sobre la vida y obra del
maestro Julián Guajardo. A reserva de que nueva información
aparezca, yo como autor conozco tres, de los cuales dos están
publicados.
El primero se llama ¡No cambio el teatro por nada! Conversaciones con Julián Guajardo, y fue escrito por Alejandro Cantú
en el año 2004. Lo publicó el Consejo Estatal para la Cultura
y las Artes.
El segundo lleva por título Tras bambalinas. Una historia para
recordar, y es un trabajo escolar de Rodrigo Amaury Guajardo
Terán del afio 2011, cuya edición es toda una rareza, pues
tiene apenas un tiraje de cuatro ejemplares. Fue impreso en
la ciudad de Zacatecas y es edición de autor.
Hay un tercer intento formal, que por alguna extrafia razón
no prosperó, y que era trazado por un equipo de reconocidos
profesionales de la localidad, quienes al parecer fueron desviados por otros compromisos laborales, con lo que el gran
libro sobre Julián no aparecio.
Contrario a los dos primeros trabajos -que algunos dirán que
no se trata de libros sino de meros folletos- existen cientos de

• Discurso pronunciado en el homenaje a JuLian Guajardo en el Colegio civil

16

w

artículos, notas, reportajes, crónicas y editoriales que abordan algún aspecto de la vida o el trabajo de Julián, en medios
impresos locales, así como nacionales y extrajeros. Y no es
para menos, pues nuestro personaje tiene más de seis décadas
continuas de cosechar éxitos en el mundo teatral, interrumpidas sólo por motivos de salud, que - aunque superados a la
fecha- mantienen al maestro alejado de dirigir. Pero promete
regresar al escenario, y pronto, porque el teatro que hace Julián es verdadero, profundo, trascendente, sea en cualquiera
de los géneros que él toque, y para muestra, aquí está su trayecto reflejado a lo largo de mil 28 páginas de contenido.
Era tan grande el libro que tuvo que partirse en dos tomos, el
primero de los cuales está formado por las horas de entrevista
realizadas en esta sede de Colegio Civil durante seis meses,
material que se cruza con documentos como cartas, oficios,
diplomas, homenajes, distinciones y anécdotas, además de la
réplica que de él han elaborado algunos pintores, escultores,
fotógrafos y dibujantes. Es en este primer tomo donde aparecen sus reco mendaciones pedagógicas al estilo socrático, o
mejor dicho: platónico: repartidas aquí y allá en medio de los
diálogos con este interlocutor.
En el segundo to mo, por su parte, se consignan todas las notas
de prensa que entre 1960 y el afio 2000 aparecieron en los
diarios locales y nacionales (sobre todo) y en algunos medios internacionales. Aunque no lo parezca, también en ellas
se difunde su mensaje pedagógico y es por esa razón que las
hemos publicado. Porque el objetivo inicial que nos trazamos,

�Annandodo
Lo4n M on"'6o

Tomo 11

Bñ¡., I:;; Uuii", d\; lu pn:ru&lt;ü

al hacer este libro, fue arrancarle sus secretos teatrales como
director con miras educativas, si bien él no se siente maestro
de nada ni de nadie. Pero eso sí: se define como un hombre de
teatro y el hombre más feliz de la tierra.
Aparte del enorme placer que fue escucharlo, tenerlo como
alumno y trabajar a su lado, tengo que dar las gracias, como
autor, a todas las personas que de una u otra forma hicieron
posible que este intento de libro no se quedara en eso, sino
que efectivamente se materializara.
De manera persona l e institucional un agradecimiento muy
especial merece el Lic. Rogelio Villarreal Elizondo, Secretario
de Extensión y Cultura de nuestra Máxima Casa de Estudios,
por ser el principal promotor de este proyecto. Él es el autor
intelectual del mismo, mientras que un servidor solo es un
canalizador de ideas. Luego de él está todo su equipo humano,
que por razones de tiempo (más que de espacio) no mencionaré aquí, pero que está detalladamente consignado en el
texto. A todos ustedes por venir, les agradezco la presencia.
Y una cosa les aseguro: A pesar de los años, tenemos Julián
para rato.

"El objetivo inicial que nos
trazamos, al hacer este libro,
fue arrancarle sus secretos
teatrales".

En cuanto al personaje estudiado, sobre todo para que las novísimas generaciones sepan quién es y por qué estamos haciéndole este homenaj e, permítanme recordar un poco de lo
que sabemos de él.

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�Los homenajes y las distinciones

1 En

1955 obtiene el "Premio al mejor actor" con la
obra El cielo prometido , de Jorge A. Villaseñor, por parte del INBA, en el Festival Zona Noreste.

1 En 1956 obtiene los premios "Al mejor actor" y "Al

1 En 1986 durante el

X Festival de Teatro en Nuevo
León recibe un Homenaje por su trayectoria teatral,
por parte de CONARTE y CONACULTA.

1 En 1993 obtiene la Presea Estado de Nuevo León al
Mérito Cívico en el área de Teatro.
1En 1999 el Consejo para la Cultura de Nuevo León y

mejor director" por la obra La danza que sueña la tortuga , de Emilio Carballido, tamb ién en el Festival Zona
Noreste organizado por el INBA.

el Gobierno del Estado de Nuevo León le brindan un
homenaje.

1 En 1959 la Asociación

1 En el año 2003 obtiene el "Premio UANL a

de Críticos de Monterrey le
concede dos premios por la obra Los signos del Zodiaco, de Sergio Magaña: como "Mejor director" y "Mejor
escenógrafo".

las Ar-

tes".

Actividad pionera

1En 1964 obtiene el "Premio al mejor d irector" con la
obra La hermosa gente, de W illiam Saroyan. La institución otorgante es la Asociación de Críticos de Monterrey.

1 En

1967 obtiene el "Premio al mejor d irector" por
Medea, de Jean Anohuil. La institución otorgante es
Televicentro de Monterrey.

Musical Univers itaria en la entonces Universidad de
Nuevo León.

primer teatro de cámara en Monterrey: el Teatro de la
República.

1En 1970 obtiene el "Premio al mejor director" por El

1En 1959 es fundador y actor del Teatro Arcos-Cara-

juego de Zuzanka, de Milos Macourek. Dos asociaciones se lo conceden: la Unión de Crít icos y Cronistas de
México y la Asociación Mexicana de Teatro.

col en la Ciudad de México, Distrito Federal.

1En 1956 aparece como fundador, actor y director del

1En 1963 funda el Teatro de la Azo tea de la Universidad Autó noma de Nuevo León.

gana el "Premio al mejor d irector". Se lo concede el
Departamento de Bellas Artes del Estado de Jalisco.

1En 1966 funda el Teatro El Grillo, en Monterrey.

1En 1978 obtiene el "Premio al mejor grupo" con Los

Artes de la Universidad Autónoma de Nuevo León.

chicos de la banda, de Mart Crowley, en la Ciudad de
México. La institución otorgante es la Unión de Críticos y Cronistas de México.

1En 1978 funda la Sala Bertold Brecht de la UANL.

1 En

1980 gana el "Pre mio al mejor director " con la
obra El gorila, de Franz Kafka. Se lo concede el Frente
Cul tural Universitario UANL.

1En 1981 ob tiene el "Premio al mejor director" por La
muerte de un viajante, de Arthur Miller. La institución
otorgante es el Frente Cultural Universitario UANL.

1 En

1982 gana el "Premio al mejor director" por la
obra Crimen y castigo, de Fedor Dostoievsky, en la
Ciudad de México. Dos asociaciones se lo conceden: la
Unión de Críticos y Cronistas de México y la Asociación Mexicana de Teatro.

18

1 En 1951 es fundador, actor y director de la Revista

1 En 1969 gana el "Premio al mejor director" por la
obra El cianuro ... solo o con leche, de J. Alfonso Millán.
La institución otorgante es la Asociación de Críticos
de Monterrey.

1 En 1977 con La sonata a Kreutzer, de León Tolstoi,

w

A Julián Guajardo le tocó abrir camino en varias rutas, áreas
e instituciones teatrales, algunas de las cuales ya desaparecieron, otras se conservan, y otras más cambiaron de nombre o
de giro. Por ejemplo:

1 En 1976 es fundador y coordinador del Instituto de

Las puestas en escena
Hay obras por él dirigidas, como El gorila, de Franz Kafka, La
so nata a Kreutzer de León Tolstoi, o El cuento del zoológico
de Edward Albee, que alcanzaron las 100 representaciones.
Otras incluso rebasaron las 200, como Crimen y castigo de
Fedor Dostoyevski, El juego de Zuzanka, de Milos Macourek,
y Los chicos de la banda, de Mart Crowley.
Los actores y actrices a los que dirigió son más de mil. Los
periodistas (críticos, reporteros y columnistas) que han publicado notas sobre Julián se cuentan por cientos. Así que este
homenaje al maestro está bien justüicado. Empatan sus años,
además, con los 80 de vida de nuestra querida Universidad.

�VOXORBIS:

EL TEATRO Y
1
sus HOMÓLOGOS
POR MAYRA VARGAS

Vox Orbis es u n congreso anual de literatura
organizado por la Sociedad de Alumnos de la
Licenciatura en Letras Hispánicas del Tecnológico de Monterrey (Campus Monterrey). En
2014 Vox Orbis festeja su quinta edición uniendo voces en torno al teatro y sus ramas que hoy
acallan en el interés de literatos, hacedores y
espectadores de teatro. "Narrativa en escena"
fue el tema de esta quinta edición, que según su
manifiesto (publicado en el sitio oficial), afirma que se busca reflexionar acerca de qué es el
teatro y cómo se constituye en las fronteras de
la narración y lo dramático; siendo de principal
interés el término narraturgia. Para reflexionar
y debatir sobre este tema los días de Congreso
(13 y 14 de marzo) en la Sala Mayor de Recto ría del ITESM, se encontraron personalidades
como: José Sanchís Sinisterra, Edgar Chías, Alejandro Ricaño, Boris Schoemann, Vida! Medina,
Elvira Popova y Coral Aguirre, todos ellos inmersos en el mar de las letras y el arte teatral.
Para inaugurar al evento el alumno del Tecnológico José Carlos Seguin ofreció de manera
fresca y espontánea su actuación en un monólogo de su autoría, titu lado No soy un charlatán,
texto galardonado en el octavo concurso de monólogos de la institución. Esto funcionó como
interludio a la conferencia inaugural impartida
por Coral Aguirre, dramaturga, catedrática de
literatura clásica en la Facultad de Filosofía en
la UANL, directora y actriz de teatro.
En su ponencia Crónica de un escenario;
perspectivas sobre la evolución del teatro a través
del tiempo, Coral Aguirre hace un viaje reflexivo a través de la historia del teatro y la palabra
como una integridad sin lineamientos abso lutos
desde la Grecia antigua hasta la contemporaneidad, afirmando que en estos momentos de
la historia no se puede nombrar literatura y literatura dramática co mo entes disociados. La
palabra es contenido de música, sonido, significado y sensación. La palabra es la revelación
de lo humano y en ese sentido concluye: "Hay

Edgar Chias Etv,ra Popova y AleJOndro R,caoo Foro Mana Jose Monres Hemandez

"Vox Orbis festeja su quinta edición,
esta vez uniendo voces en torno al
teatro: "Narrativa en escena"
fue el tema de este año".

' Este repOftaje fue presentado en la clase de Critica teatral 11

19

w

�una sola literatura y sólo el actor en escena en
su despojamiento interior, en las vibraciones de
la voz y las sutilezas de la corporalidad, en el
entero darse material y dinámico, transfor ma
lo literario en drama y se yergue entonces allí
frente al público, en ese encuentro conviva!, la
literatura que pudiéramos llamar drama."
Después de estas emotivas y a la vez precisas palabras de la maestra Coral Aguirre, siguió
la conferencia de la Dra. Elvira Popova, quien
contextualiza la dramaturgia mexicana contemporánea y sitúa en ella la tendencia de incluir
la narración en el drama. Elvira Popova repasa
a las generaciones en la dramaturgia mexicana
a partir de Rodolfo Usigli hasta llegar a Legom.
Rodolfo Usigli, con su obra el Gesticulador,
es quien rompe con el mo lde de los textos dramáticos desarrollados con base en patrones
ex tranjeros. Ya para los años setenta y ochenta
Víctor Hugo Rascón Banda, Jesús Go nzález Dávila y Osear Liera, entre otros, se dan a la tarea
de experimenta r con el realismo, sin estructura

Chías (actor, director, profesor y dramaturgo)
y Alejandro Ricaño (director, actor y dramaturgo) ante una audiencia expectante. Coral
Aguirre había abierto la puerta de la narrativa
en escena y Elvira Popova había explicado el
marco de la mis ma, sólo faltaba que los dos dramaturgos nos tomaran de la mano para introducirnos de viva voz a la práctica de este tejido
teatral, y así, en un parpadeo, ya estaban Chías
y Ricaño explicando su visión acerca de la narrat iva escénica.
"Aquí donde la palabra es el paisaje", como
dice Edgar Chías, y eso es innegable, la dimensión que otorga la imaginación del espectador a
la narración dramát ica es la const rucción de un
espacio y un ritmo que va tejiendo la historia
sin ser explícita. Decía Ricaño que la narración
se rompe con la explicitud física, es decir, se
anula con la repetición y la descripción, eso es
un t iempo no permitido e n la narraturgia. Por
otro lado, comenta el propio Ricaño: "yo escribo teatro narrado porque es más fácil narrar

"El teatro es inherente al ser humano
porque es lo único que nos recuerda
humanos en esta jungla de poderes,
de animales racionales".

lineal, con personajes que cuestiona n su ide ntidad como individuos de la modernidad sin dejar
de lado la visión y la crítica social; situación que
no se vislumbra en la generación de los noventa, con dramaturgos como Estela Leñero, Jaime
Chabaud, Luis Mario Moneada o David Olguín,
entre otros, que presentan personajes hiper individualistas y post modernos que cuestionan
sus vidas sin sentido. Una de las cosas más interesantes en esta generación, como comenta la
expositora, es que ya no hay un guía como tal,
ahora son la televisión y el cine los padres de
la generación de los noven ta, y es precisamente
cuando la estructura de las obras se fragmenta
a manera de cuadro cinematográfico. Al final
de esta introducción a la dramaturgia mexicana
contemporánea la expositora dibuja el marco
teórico de la tendencia de la narrativizacion del
drama, mencionando a José Sanchís Sinisterra,
a José Luis García Barrientos y a Jean-Pierre
Sarrazac como algunos de los teóricos que sostienen, argumentan o critican la narrat ivizacion
del drama contemporáneo.
Ya de reojo se dejaban ver en la sala Edgar

20

w

que dialogar, es más fácil narrar que crear una
acción. Es una construcción mañosa que apela a
la imaginación del espectador. El teatro siempre
ha sido narrado, solo que antes un personaje se
lo narraba a otro y ahora se lo narra al espectador".
Uno de los temas de esta mesa radicaba en
las problemáticas que surgen en la narrat iva y
uno de los más preocupantes es la preparación
del actor actual, respecto a esto, co mentaba Ricaño que el ejecutante tenía que saber por qué
y desde dónde se está narrando, y proponía que
las universidades debían ponerse en sintonía
co n lo que está pasando en la actualidad del
teatro para que la preparación de los futuros
actores vaya a la vanguardia co n los incesantes
cambios que trae la postmodernidad. Finalmente el diálogo culmina con un sabor a intriga y
reconci liación entre la tradición oral y la tradición escénica, no sin antes poner sobre la mesa
una baraja de dudas y bibliografía para todos
los participantes como tarea para el enriquecimiento del estudio.
Otras de las actividades del Congreso fueron

�las charlas en la hora del café de la tarde, al aire
libre y con co mensales como Boris Schoemann
y Vida) Medina. Parisino muy peculiar, Boris se
licenció en administración y relaciones internacionales, sin embargo gran parte de su vida
la ha ded icado al teatro como actor, director y
traductor de obras dramáticas. Boris no busca
la palabra precisa, es lúcido, ingenioso en su
discu rso, inteligente locutor ya que sin darnos
cuenta, en tre risas, él estaba exponiendo la realidad social del artista, una crisis de calidad, de
"adormecimiento cultural" y una falta de autocrítica y conciencia. Boris Schoemann también
relató y explicó có mo llega a la traducció n de
obras de teatro y como lo hace sin ser literal y al
mismo tiempo mantenerse fiel al autor, afirma
que la traducción termina hasta que la palabra
está en boca de los actores.
En otro momento sigue el café literario con
VidaJ Medina, dramaturgo y director teatral
regiomontano, que se ha caracterizado por el
interés de buscar espacios alternativos para el
hecho escénico y es precisa mente donde radicó
la congregación de voces, en su plática se pactaron las fallas en el sistema teatral, la primera:
la falta de calidad en los espectáculos, no hay
un análisis, no se están buscando nuevos públicos, ni nuevos espacios, solo se recurren a las
becas gubernamentales, y la más importante y
con lo que cierra Vida), hace falta que se abran
espacios y que se cree un circuito de teatro independiente en la ciudad, hace falta eso y mucha disciplina.
Y tal como los peripatéticos en la Grecia antigua luego de charlar aJ aire libre, nos dirigimos
a la clase maestra de escritura dramática, impartida por Alejandro Ricaño. "Para que un personaje sea complejo t iene que ser contradictorio".
Como afirma Ricaño, la finalidad del teat ro es la
confrontación, si no se libra una batalla interior
no hay nada que librar al exterior, y aclara a la
audiencia que lo principal para escribir teatro
es al terar los sucesos. El consejo final de este
dramaturgo a los jóvenes es ser honestos, porque hacer teatro es un acto de honestidad.
El segundo y último día co mienza a cargo de
las po nencias pertinentes al tema de la narraturgia, la dicotomía del teatro co mo texto y el
teatro como representación, el discurso narrativo y el escénico a través del tiempo. David Colorado presentó su ponencia: Un enfoque rizomático para la puesta en escena; y Mayra Vargas,
estudiante de la Facultad de Artes Escénicas de
la UANL, tituló su ponencia: Ladraturgia. Ambas ponencias buscaban desen trañar las dudas
respecto al arte teatral y sus avances.
Así es como se llega al clímax del congreso:
la conferencia magistral del maestro José Sanch.is Sinisterra, dramaturgo, director, investigador teatral español, al cual se le debe la invención del término narraturgia. Pertinente a esto

Coral Agwrre Foro Maria Jose Montes Hemandez

V1dal Medina Foto Mana Jose Monres Hernandez

Jose Sanch,s sm,sterra Foto Mana Jose Montes Hemandez

21

w

�Bons Schoemann Foto Mana Jose Montes Hernandez

el maestro explicaba que a consecuencia de un
lapsus en un taller de dramaturgia se disparó el
término, que aunque genérico, es de utilidad
máxima para delimitar cierto espacio de trabajo.
Uno de los temas y recomendaciones del
maestro Sinisterra fue la invitación a acercarnos a la ciencia, sobre todo a la neurociencia.
Ya hace algunos años es ta disciplina encargada
del estudio del sistema nervioso, particularmente del cerebro, descubrió que una parte de
este está dotado de neuronas espejo, las cuales
están relacionadas con la empatía y la mimesis,
dicho descubrimiento abre una puerta no sólo a
las entidades científicas, lo hace también hacia
el arte, estas neuronas espejo son las encargadas de la co mpasión, la empa tía, y la enseñanza-aprendizaje, por lo tanto los actos y relatos
sinceros van a conmover al espectador o lector
y ¿y no es eso lo que el teatro busca, que el espectador sienta lo que el actor está sintiendo?
Pero el actor lo debe de estar sintiendo, y ¡vaya!
ahí está el hilo negro de las artes: la sinceridad.
Así lo prueba el maestro Sinisterra a lo largo de
su conferencia, propiciando que nos enamoremos de la letra-la palabra-el teatro. Sanchis está
honestamente embellecido por la literatura y el
teatro, y nos transporta a ese terreno fértil donde convergen las ideas y los mitos permitiendo
que el espectador que éramos nosotros, más
que reproducir su enseñanza, reflexionáramos
acerca del teatro.

22

w

Y así de peripatéticos nos dirigimos a la clase de Edgar Chías, quien recibió a sus alumnos
de la clase sentado a la mitad del aula en cuya
pizarra estaba escrito: DRAMA. De pronto este
rótu lo desata una lluvia de ideas en torno a deducir qué es el drama, unos opinan que es conflicto, por allá que es acción y por ahí que es una
situación, pero el conflicto, explica Chias, no es
la co ndición principal del drama, tampoco lo es
la acción o las situaciones y tampoco lo son las
al tas emotividades , ¿qué es el drama entonces?
nada más complicado que lo evidente; el drama
es para ser representado, es ficción y ¿qué es
la ficción? una construcción que está fuera del
orden natural de la realidad y los personajes.
Edgar Chías de manera magistral y paciente nos
otorga un poco menos de dos horas de información pertinente a las acepciones de drama y narración. Menciona que lo que diferencia al hombre del animal es la capacidad de crear ficción, y
las dudas se disipan. El teatro es in herente al ser
humano porque es lo único que nos recuerda
humanos en esta jungla de poderes, de animales
raciona les. Entonces me atrevo a pensar que el
teatro es el eslabón perdido, esa conexión ent re
el primate y el hombre.
Las act ividades dentro del Tec. fueron clausuradas por el actor Carlos Gueta, con la representación de De cómo Chato Mackensie tornóse
detective y todo lo demás, de Luis Enrique Gutiérrez Ortiz Monasterio, mejor conocido como
LEGOM.
Vox Orbis V nos dio invaluables experiencias. -Algo me rasguña el cuero- pensaba. La
vida es un acuerdo tácito y caótico, un mapa
donde ordenamos sueños, geografías distintas,
poemas interminables, colección de incertidumbres, pero en algo es irreductible ... Al tiempo te masajea el corazón, redirige tus pasos y
todo es posible gracias al poder de la palabra.
Estas líneas que intento sean lo más coherentes para finaliza r un texto que más que reseñar
dos días, han regenerado la células del impulso.
Las letras son posibilidad infinita de configurar
los sueños en poemas, dotan al pensamiento de
sentido, son duales. La vida es un acuerdo tácito
de ficción, de encuent ros y enfrentamientos, de
sueños e ilusiones, la vida es libro y esce nario
abierto. Hay que hacerle honor.

�•

EL DRAMA ESTA
EN LO QUE NO SE DICE
POR FÁTIMA SALAS

"El personaje contemporáneo
no debe estar subordinado a la trama,
importa más él mismo que la trama".

Son casi las cinco de la tarde de una soleada tarde casi primavera l. Alejandro Ricaño, dramaturgo originario de Xalapa,
Veracruz, está sentado en una silla, dentro de un salón del Tec
de Monterrey. "Pásenle, bienvenidos a la clase de las 4:45",
exclama sonriente. Observa atentamente cómo se va llenando
el salón, atisbando sigilosa mente el pizarrón del aula. "Hoy les
voy a enseñar có mo resolver ésta ecuación que escribí mientras los esperaba... no, la verdad no sé ni qué es. Mejor vamos
a hablar de otra cosa". Esto arranca una sonora carcajada de
todos en el aula. Comienza su explicación de la narrat iva en
escena.
Alejandro Ricaño fue sólo uno de los invitados especiales
al Vox Orbis V: Narrativa en Escena, evento llevado a cabo
por la Sociedad de Alumnos de Letras Hispánicas del Tec de
Monterrey. Anais Quintanilla y Lucía Aristi fueron las encargadas de conseguir los patrocinadores, entre los que destacan
Café Punta del Cielo, Cátedra Alfonso Reyes, XXIV FIL Monterrey y el Cent ro de Creación Literaria, así como de conseguir a los invitados especiales, que en está ocasión fueron Edgar Chías, Alejandro Ricaño, Boris Schoemann, José Sanchis
Sin isterra y Vida! Medina.
El encuentro tuvo como eje central la discusión de la llamada "narraturgia", término que se tomó de una conferencia
de Sanchis Sinisterra. Sin embargo, cada uno de los invitados
se mostró inconforme con el nombre, prefiriendo llamarlo
"narrativa escénica". Ricaño no fue la excepción.
"Hay cuatro componentes que conforman la dramaturgia:
la fábula , el carácter de personaje, la palabra y el discurso"
dice Ricaño "Y todo esto lo dijo un griego muy famoso, llamado Aristóteles." Entonces Ricaño nos introdujo al mundo
de la dramaturgia. Explicaba como las grandes tragedias griegas, como Edipo Rey, eran capaces de lograr inspirar a los
espectadores. "El personaje realiza un gran sacrificio, por eso

es inspirador." Ricaño señala que aunque eso inspiraba a los
griegos a cambiar su vida y seguir a los dioses, no hace lo mismo a la sociedad actual.
El personaje contemporáneo no debe estar subordinado a
la trama, importa más él mismo que la trama, señaló Ricaño.
"El drama está en lo que no se dice" dijo, "es más r ico el subtexto que lo ya dicho en el texto"; señalando que es trabajo del
director lograr que el actor esté cons iente de que sus acciones en escena coincidan con la historia del personaj e, tanto
la mostrada en escena como la que no se ve. "Es importante
tener imágenes claras de lo que está diciendo, si no el espectador no entiende ni que estas tratando de narrar" puntualiza
el dramaturgo.
Al finalizar la sesión, se hizo una sección de preguntas y
respuestas, y respondió así a una de las preguntas: "Escribo en
respuesta a preguntas que me hacen personas. No sé qué contestarles. Es como cuando tienes una pelea y se te traban las
palabras, y luego pasa el tiempo y tienes la respuesta perfecta.
Mis textos son esas respuestas. A veces me reclaman que una
frase es suya o que están tal cual son en escena. Es lo malo de
ser cercano a un artista. Tarde o temp rano te verás reflejado
en su obra." finaliza con una sonrisa.

"Es más rico el subtexto
que lo ya dicho en
el texto".

�LADRATURGIA*
POR MAYRA VARGAS

"La narraturgia busca distanciamiento a través de
ese humor malgastado que evade los momentos de
mayor tensión dramática y -¡pum!- la pistola dispara agua".

Un fractal en física, explica Alejandro Ricaño
en su obra Fractales, es una figura geométrica
que se conforma por una estructura base, sus
partes son idénticas y se repiten hasta el infinito. De la misma forma puede contemplarse el
teatro, arte de carácter efímero y en constante
evolución que a pesar de sus dist intas manifestaciones preserva su unidad primigenia, conformada por la acción y la palabra.
Una de las tendencias teatrales es la narraturgía, y son en su mayoría jóvenes dramaturgos
los que se inscriben desde hace algunos años a
las filas de la misma, uno de ellos es Alejandro
Ricaño, actor, director y dramaturgo que en
2011 fue galardonado con el Premio Nacional
de Dramaturgia Víctor H ugo Rascón Banda por
su obra; "Fractales", la cual es la historia de una
joven actriz que se ve envuelta en una serie de
conflictos para colocarse en el mundo laboral,
y se enfrenta con obstáculos emocionales que
no le permiten seguir avanzando.
Me permitiré emplear este texto como referencia y punto de partida para aclarar algunas ideas
y proponer unas dudas acerca de la narraturgía.
¿Qué es la narraturgía? No se puede hablar de
"Fractales" si no desmenuzamos este tejido de

• Es decir: el t eatro ladra.

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palabras y desarmamos sus componentes básicos. Dentro de los géneros literarios están situados el narrativo y el dramático. El narrativo se
caracteriza por presentar una historia por medio de un narrador que hace uso de diferentes
formas de elocución para describir el relato y
presentar a los personajes. El género dramát ico con tiene a las manifestaciones teatrales y se
centra en la presentación de un conflicto que
se va desarrollando por medio de las acciones
entre los personajes.
Nos enfrentamos aquí a un primer problema,
¿cómo se hace un híbrido de dos géneros suficientemente sustentables por separado, pero
que co mo hermanos gemelos es tán un idos por
la esce nificación de la palabra? y entramos entonces a un territorio en crisis, porque claro,
ambos, en tiempos posmodernos buscan alejarse del lugar común, del texto como el centro
de la representación, e irónicamente y simu ltáneamente se acercan más al lugar común. ¿Y el
narraturgo? (Término emergente que me permito conjugar). Está buscando en los confines
de la lengua que su teatro sea una especie de
historiografía de los personajes, que finalmente
y al mismo tiempo no se hace una creación de
personaje y todo queda a medias t intas, o esa
es la impresión que tengo. La narraturgia busca

�distanciamiento a través de ese hu mor malgastado que evade los mome ntos de mayor tensión
dra mática y - ¡pum!- la pistola dispara agua.
Es importa nte mencio nar que la narraturgia y
sus "gags" tienen un origen que parece pasar
inadvertido. Hablo de Brecht y su efecto de distanciam iento y las constantes interrupciones
a la progresión dramática del personaje, esto
provoca que el espectador no se involucre sentimentalmente sino que reflexione sobre las acciones presentadas.
Por ejemplo: Ana, la joven actriz que narra su
historia a través de un caleidoscopio de fractales, donde se vislumbran distintas aristas de su
vida, y los obstáculos que le persiguieron y persiguen hasta un pu nto de la narración, que se
supone, es la puesta en escena. Una de la bondades de la narraturgia, o al me nos para este; el
caso de Fractales, es que el final no existe como
tal, ya que Ana queda como un fractal que a
donde vaya y sin importar lo que haga siempre
será idéntica, porque su historia no se modifica:
si se fractura y volviese a armar en órdenes distintos, el aparente final y su conflicto serían los
mismos. Y he aquí el primer punto característico de la narraturgia: El drama de Ana no es el
de haber perdido a sus padres, o el de tener por
novio al más ruin de los hombres, su disputa se
centra en su condición como mujer, (porque he
de decir que el texto es un poco lascivo al género), su deseo de ser actriz versus su bloqueo.
Puede inferirse, entonces, que lo central en la
obra es el conflicto y no el personaje propiamen te. Ahora, nos enfrentamos a ot ro problema ¿están los actores preparados para abordar
este drama narrado, sin ese tono de "- te estoy
contando algo, interesante"? Aclaro que más
que cuestionar el talento, cuestiono este mal
generacional del siglo XXI: "no soy, no hago, no
me comprometo". No hay Hamlets dubitativos,
hay híbridos y una constante idea-necesidad de
huir del territorio aparentemente infértil, es un
bicho que carcome el interés por el arte ptrro y
el teatro se convierte en el trampoün y sólo se
escuchan ladridos, ladridos sin eco y el teatro
camina, no se detiene y en ocasiones sólo se le
ve pasar como un insecto en ámbar. ¿Cómo salir
de ahí, cómo des tapar las ideas?, ¿Cómo sacar al
teatro del aparador? No es una generalidad pero
le temo.
Alejandro Ricaño, es sin lugar una de las plumas
emergentes más virtuosas de México en cuanto
a la dramaturgia se trata, y hablar de "Fractales"
es posicionar la obra como un eje mplo claro de
la narraturgia, do nde el autor se da a la tarea de
jugar con el tiempo y con sus fracturas, sin dejar de un lado la coherencia. Es decir, su obra es

fractal y está escrita a modo dé .... El texto es as í,
no concreta, no cierra una idea, la normalidad
de Ana es lejana, los personajes son emergentes, no secundarios, brotan literalmente de la
tierra del recuerdo y son atemporales. Ana es
la cuentacuentos.
Con el fi n de no perder el propósito, apuntalo
que la narraturgia es, pues, una historia "ficcionada" con el efecto de ser narrada., Ésta podría
ser la primera partitura de la fisonomía de la narraturgia: una identidad circunstancial.
Para terminar, me per mito parafrasear a Ferna nda del Monte, y su ensayo "territorios textuales en el teatro denominado posdramático" en
el cual hace u na reflexión que cabe perfectamente en este tema: "El dra ma - dice Fernanda
del Monte- es una estructura basada en la trama que se crea a partir de una relación causaefecto." Entonces, habiendo encontrado la línea
entre el dra ma y la narración se puede deslumbrar una de las características de la narraturgia
y que claramente están presentes en "Fractales":
En el drama el personaje vive lo que cuenta, en
el "aquí y ahora" a través del diálogo-acción y
en la narraturgia se cuenta desde la ven tana
del voyeur o del yo en un tiempo no concreto,
buscando zurcir pedazos de la vida del narrador
que a su vez acciona en dicho fragmento.
Otra característ ica es que en la escenificación
de la historia las acciones van delineando al
personaje y no es el personaje el centro de la
obra, y que cumple con dos funciones para el
desarrollo de la trama, uno: narra; y dos: es.
Si no se me escapa otro dato de importante podría concluir que la narraturgia es sin lugar a
dudas una hilo del carrete de Brecht, que hasta
cierto punto es reconfortante porque los narraturgos se es tán dando a la tarea de afrontar la
fisonomía del creador escénico como una dotación de aristas. Actividad - vale la pena mencionarlo- se está efectuando de una manera
contu ndente que no desmerece a los tiempos.
Heiner MlUler, dice en su obra "Máquina
Hamlet", la expresión "-afuera ladra la plebe"-.
Co mparto es te sentir:, yo ladro, tú ladras, todos
ladramos y en cambio el teatro muerde y avanza. El teat ro es infinito, hasta el infinito en sus
distintos ros tros de la condición humana.

"Yo ladro, tú ladras, todos ladramos y en
cambio el teatro muerde".

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�1HOMO THEORICUS

LA INCERTIDUMBRE
,
COMO HABITAT:
NOTAS SOBRE LA
DRAMATURGIA DE LA
DANZA EN HAPPY PLANET
POR ENRIQUE LOZANO G.

Happy Ptanet o,r Ph1l1p Grunenberg Foto Carlos Lema Posadas

Happy Planet, subtitulado "performance interactivo de danza", se est renó el 19 de noviembre de 2012 en el Teatro Varasa nta de Bogotá
en el marco del V Festival de Danza en la Ciudad. Tras hacer la venia en esa primera función
y abrazar a los demás miembros del equipo, los
dos directores y yo, el dra matu rgo (o dramaturgista), nos fuimos a tomar una cerveza para
celebrar. Au nque mi satisfacción era grande,
no solo por haber culminado una primera etapa de un trabajo exigente sino también porque
nunca antes había incursionado en el terreno
de la danza, había algo en el fondo que no me
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dejaba t ranqu ilo, una sensación que con el paso de los días fue creciendo y
que solo un par de meses después pude entender y resolver. Ese sentimiento que me impedía sentirme realizado puede resumirse en lo siguiente: ni
siquiera después del estreno podía defin ir co n exactitud cuál había sido
mi papel como dramatu rgo de la pieza. Podía enumerar, en una lista, las
actividades que había llevado a cabo, todas de naturalezas tan diversas que
no lograba agruparlas bajo una misma categoría conceptual y, por ende, en
torno a un mismo título, el de dram aturgo o dramaturgista. Había oficiado
de traductor, de observador, de amanue nse, de pole mista, de mediador, de
creador, de entrenador, de amigo, de asesor, de confesor, de investigador
e inclusive, de chofer. Al tratar de organizar todas estas funciones o de
darle una coherencia lógica para explicar concretamente mi participación
en la pieza me sentía como ante la enciclopedia china descrita por Bor-

�ges (1952:43) en "El idioma analítico de John Wilkins"1 • El desconcierto que me producía esta aglomeración de actividades tan
disímiles, sin embargo, me e mocionaba también y me reafirmaba
otra sensación opuesta a la de insatisfacción pues me de mostraba
que - por Jo menos en lo que respecta mi trabajo- había realizado
algo nuevo pa ra Jo cual yo no tenía precedentes ni lenguaje todavía
para descr ibirlo.

"No estamos listos para el dramaturgo"2
André Lepecki, curador, teórico y dramaturgo de la danza (ha trabajado con Meg Stuart, Vera Mantero y Francisco Camacho entre
otros importantes coreógrafos), cuenta una anécdota muy elocuente sucedida cuando empezó a dictar una mater ia de dramaturgia
experimental en la Universidad de Nueva York en 2001. Parte de su

de dónde surge- la autoría de la pieza.
Dado que en la danza contemporánea no
se inicia, por Jo general, con un texto previo - elemento que en el teatro resuelve al
menos de manera parcial el te ma de la propiedad- las ideas iniciales y los materiales
de partida son diversos y divergentes y se
man ifiestan como un magma heterogéneo
y confuso que se va aclarando a través del
proceso de ensayos. Básicamente Jo que
respondían los colectivos neoyorqu inos
a las cartas de Lepecki ofreciéndoles sus
alumnos era: no estamos listos porque todavía no sabemos de qué va la pieza, entonces en este momento no sabríamos qué
decir ni hacer con un dra maturgo (quien

"Uno de los terrenos en los que crece la dramaturgia es
aquel que se abre entre saber y poseer, saber en el sentido
de tener conocimiento para realizar algo, y poseer
en el sentido de ser el autor de aquello que es realizado".

presupuesto pedagógico era que los alumnos no podían aprender
exclusivamente a partir de materiales teóricos y debían tener una
experiencia práctica con algún equipo artístico en el ámbito profesional. Al darse a la tarea de buscar cómo ubicar a quince alumnos
en diferentes colectivos neoyorquinos co menzó a recibir, no sin
sorpresa, una respuesta recurrente: "no estamos listos para el dramaturgo" (Lepecki 2010:165). Es ta afirmación ponía en evidencia,
en su parecer, la observación de que en la danza la dramaturgia era
bienvenida (pues "da nombre a la consistencia, solidez y coherencia estética general de la pieza" [ibíd., p.165)), pero el dramaturgo
generaba resistencia, temor y rechazo.
Su conclusión sobre el por qué esta figura específica causa aprehensión es bastante reveladora y delimita el marco de operación de su
actividad creadora. Puesto que uno de los terrenos en los que crece
la dramaturgia es aquel que se abre entre saber y poseer, saber en
el sentido de tener conocimiento y competencia para realizar algo,
y poseer en el sentido de ser el autor y por ende dueño de aquello
que es realizado. La aparición del dramaturgo en un montaje afecta
ambas esferas pues su presencia en el espacio de ensayos obliga a
presentarle, y por ende a interrogarse sobre, el conocimiento y la
competencia del material con el que se está trabajando; y, por el
otro, a cuestionar quién o quiénes pueden reclamar - y sobre todo

además vendría a alterar con su intervención aquel bru moso y delicado ecosistema
de partida).
La anécdota anterior, me parece, sirve
para revelar dos cosas: que en la danza "...
la tensión en la que actúa la dramaturgia
es la que existe en tre un terreno confuso
de dispersión como punto de partida y un
terreno de cohesión fragmentaria como
punto final " (Lepecki 2010:172) 3 , y que
" ...el dra maturgo debe implicarse a través
de una metodología inexacta, pero rigtrrosa que no se base en el conocimiento y el
saber sino en el fallo, el error y el errar"
(!bid., p ., 161).

"Mirando sin un lápiz en la mano"4
El título del breve, pero capital ensayo de
Marianne Van Kerkhoven (dramaturga
del ensamble Rosas , cuya coreógrafa es la

' En la cual " lo5 animal e5 5e dividen en (a) p eneneciem e5 al Emp erador, (b) embal5amado5, (c) am a e5trado5, (d) lech one5, (e) 5irena5, (f) fabulo5o5,
(g) perro5 5Uello5, (h) incluido5 en e5ta cla5i0cación, (i) que 5e agitan como loco5, U) innum erabl e5, (k) dibujado5 con un pincel finl5imo de p elo de
camello, (l) etcét era. (m) que acaban de romper el jarrón, (n) q ue de l ejo5 p arecen mo5cas'.
' En5ayo d e André Lepecki incluido en el Ubro Repensar la dramaturg,a, CENDEAC 2010.
' El 5ubrayado e5 de Lepecki.
• En,;ayo de Marianne Van Kerkhoven pubLicado en Theater5chrift n.o5 5 y 6, 1994, p . 143.

�1HOMO THEORICUS
reconocida Anne Teresa de Keersmaeker) parte de una frase de Paul Valery
en la que pone de manifiesto la diferencia entre el observar las cosas mientras se las dibuja y el mirar sin un lápiz en la mano. En la primera actividad
el ojo está al servicio de la represen tación, su tarea es la de reconocer las
formas del mundo, delimitar, buscar fronteras, encontrar divisiones, volúmenes, texturas; en la segunda, la mirada no está en función de ningún propósito externo más allá de dirigir la vista hacia los objetos. Se podría decir
entonces que en el primer caso hay una serie de competencias que están
ausentes en el segu ndo, pero que en el segundo hay una 'pureza' que no
está presente en el primero. Esta 'pureza', para Van Kerkhoven (1994:143)
no es más que la ausencia de especialización en la mirada, Jo cual es crucial
para uno de los roles que ella asigna al dramaturgo: ser el primer observador del trabajo y por ende el 'vocero' del espectador hipotético que llegará
al teatro. Pero el dramaturgo, au nque en muchas ocasiones no es bailarín,
sí tiene u na competencia - quizá no de orden específicamente técn ica, pero
sí de carácter conceptual y artística en general- que le permite al mismo
tiempo estar adentro y afuera, esto le permite realizar uno de los propósitos
que suelen atribuírsele en su labor: la de ser puente entre la obra y su público, ser el mediador entre el hecho escénico y su audiencia.5
El dramaturgo de la danza es una figura que comienza a surgir a partir de los
años 70, pero sobre todo de los 80, ligada al movimiento de la 'danza teatro'.
Para Lepecki (2010:169) este movimiento se inaugura cuando el punto de

partida para crear una obra deja de ser la técnica, el argumento o el texto y comienza a ser un
determinado campo de heterogeneidades que
conforman una zona de indecibi/idad. Para Lehmann (2006:96) ésta surge cuando se abandona
co mo ejes organizadores de la pieza dancística
a los elementos narrativos y psicológicos. Los
argumentos de estos dos teóricos permiten
comprobar que en la danza contemporánea se
da una complejización de esta act ividad con
respec to a momentos históricos precedentes
en cuanto al punto de inicio de la pieza, pero
también en cuanto a su organización interna. El
corolario de lo anterior es que la obra entonces
- al plantear una experimentación en los niveles
conceptuales y estructurales- necesita una actualización en el plano de la recepción, requiere de parte del espectador, también, una nueva
manera de mirar que Je permita trascender la
confusión para lograr acceder a sus contenidos
o al menos - y quizá de manera más importante- a su mecánica. Esta necesidad de inteligibilidad de la obra suele ser uno de los aspectos que

' " Dramaturgy Í$ building bridge5, it Í$ being re5pon5ible for the whol e, dramaturgy i5 above ali a con5tant movement. lns,de and out5ide". (Van Kerkhoven 2009:11) La
dramaturgia e5 con w uir puente5, hacer5e re5Pon5able de la totaLidad, dramaturgia e5 5obre todo un movimi ento con5tante. A dentro y afuera.

Happy

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Planet D,r Ph1l1p Grunenberg Foto Carlos Lema Posadas

�conforman la tarea principal del dramaturgo en
la danza: descubrir en el vasto campo de heterogeneidades de partida las posibles líneas que
podrían convergir en el punto de fuga del ojo
del espectador. 6

"El dramaturgo ignorante"7
El cambio que se ha dado en la danza, sin embargo, no tiene su origen en factores exclusivamente artísticos, no es sólo que los pu ntos de
partida y las maneras de organizar o componer
la pieza hayan cambiado sino que estas transformaciones son el reflejo de mutaciones ocurridas en lo económico, Jo político y Jo social.
En la segunda mitad del siglo XX los sistemas
de producción y de consumo en los países industrializados comenzaron a verse marcados
por un giro crecien te hacia la predominancia
de la tecnología y el conocimiento. En esta etapa, que ha sido denominada por algu nos como
'capitalismo cognitivo' (Hardt &amp; Negri 2000),
la obra de arte contemporánea da cuenta de un
fenómeno, teorizado entre otros por Agamben
(1994:68-88) y Virno (2003:49), de disolución
gradual entre las categorías de poiesis y praxis,
las dos dimensiones del t rabajo que Aris tóteles definió como entidades separadas.8 En las
palabras de Bojana Kunst (2009:83): "la desaparición de la diferencia entre el trabajo cuyo
producto está por fuera de sí mismo (poiesis)
y aquel en donde el trabajo en sí mismo es el
producto (praxis) ha influenciado muchos de
los giros estéticos en el arte".9 Quizá uno de
los ejemplos más evidentes de esto en la danza contemporánea es la obra concebida por el
coreógrafo francés Xavier Le Roy en el 2002
titulada Project. En ella, el artista galo volvió la
producción de la pieza la obra misma y para ello
tuvo que encontrar una manera de presentación
del trabajo en la cual proceso y producto coincidieran. Por esta razón exigió a los participantes que fungieran de bailarines, coreógrafos y
dramaturgos simultánea e indistintamente. Una
de las personas que participó de este proceso
fue Pirkko Husemann (2009:52) quien llegó a
la audición queriendo participar como dramaturgo pero terminó, al igual que los demás, sien-

"El dramaturgo debe implicarse a través de
una metodología inexacta, pero rigurosa que
no se base en el conocimiento y el saber sino
en el fallo, el error y el errar".

do también performer y real izando d iferentes y d isímiles actividades. Esta
manera de trabajar de Le Roy exige de los participantes aceptar y partir de
un alto grado de incertidumbre, de no saber, de olvidar deliberada mente
las competencias, aptitudes y el conocimiento específico que cada uno ha
adquirido en sus procesos de formación.
Bojana Cvéjic en su ensayo "El dramaturgo ignorante", que parafrasea el
título del célebre libro de Ranciere 10 , propone justamente que tanto coreógrafo como dramaturgo deben estar unidos a través del denominador común de la ignorancia: "ignorancia con respecto al trabajo a realizar" (Cvéjic
2010:43). A través de esta característica tomada como punto de partida de
la obra, para seguir parafraseando al filósofo francés, se propone la igualdad
de las inteligencias y se opone la e mancipación artística a la creación normatizada. Como práctica, entonces, para Cvéjic la dramaturgia es especulativa. "Especular significa equiparar pensamiento con la creencia o fe en la
obtención de cierto resul tado sin tener previamente una evidencia firme de
esto" (Cvéjic 2010:53). Esta especulación, sin embargo, acota ella, debe ser
pragmática, es decir, debe estar en guardia contra las falsas expectativas,
debe imponerse unos límites a través del planteamiento de un problema y
debe brindar una perspectiva clara sobre una determinada situación. Sólo
de esta manera se logrará salir de la ignorancia - con algo de suerte- antes
de la fecha del estreno. Por esto, en la dramaturgia de la danza, concluye Cvéjic (2010:53), "aprendemos a decir 'pensémoslo de nuevo', porque
ahora no tenemos ni idea, pero para ento nces [el momento de la primera
función] lo sabremos".

Happy Planet
La pieza surge originalmente del interés colaborativo entre una bailarina y
coreógrafa colombiana que lleva 13 años en Alemania, Jennifer Ocampo, y
un director teatral alemán interesado en Colombia, Philip Grüneberg. Ellos
armaron el proyecto y nos convocaron a los demás integrantes del equipo.
En un trabajo como Happy Planet, en donde uno de los objetivos desde el

• Behrndt (2010:185) dice que tres de los temas principal es que surgen en torno al discurro de la dramaturgia de la danza son: l a dramaturgia com o proceso critico
que evidencia los mecanismos narrativos y composit ivos de la pieza, la dramaturgia como proceso que ondula entre la práctica y la reflexión, y el dramaturgo como
faciLitador de procesos reflexivos.
' Ensayo sobre la dramaturgia de la danza escrito por Bojana Cvéjic.
• En el ensayo " The Economy of Proximity', de hecho, Bojana Kunst propone, como hipótesis, que se podrlan ejempliflcar l os cambios en l os modos de t rabajo ocurridos en el tránsit o del fordismo al postfordismo haciendo un rastreo histórico de la danza contemporánea en el siglo XX.
• ''The disappearance of a difference between work whose fulfillment Ues outside of itself (poiesis) and work which finds its fulfillment in rtself (praxis} has influ enced
many aesthetic shifts in an ..." .
" El maestro ignorante: cinco lecciones robre la emancipación intel ectual

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�1HOMO THEORICUS
comienzo era trabajar con las historias y características personales de los miembros del grupo
la dramaturgia comienza con el proceso de las
audiciones pues como lo manifiesta la coreógrafa Hildegard de Vuyst (en deLahunta 2000:21):
"hay mucha dramaturgia involucrada en escoger a los bailarines porque (. .. ) realmente depende de lo que ellos traigan al proceso". Aunque este fue u n trabajo hecho en conjunto por
ellos, Tennifer tuvo el mayor peso en las decisiones pues tiene un conocimiento más amplio
del medio bogotano en particular y colombiano
en general. El desconocimiento del español por
parte de Philip tamb ién marcó el trabajo desde
el in icio pues uno de los requisitos para los performers fue que tuvieran al menos un conocimiento básico del inglés.
Para explicar el proceso de trabajo, particularmente en lo referente a lo dra matúrgico, dividiré
la pieza en dos tipos de elementos: materiales y
procesos.11 Los materiales tienen que ver con
aquellas condiciones desde las cuales se parte
y vendrían a ser de cuatro tipos: conceptuales,
humanos, estéticos/artísticos, y locativos. El
primero, cuando yo llegué al proceso, estaba
básicamente compuesto por dos puntos: interés
por trabajar sobre la identidad colombiana y el
Happy Planet Index. Posteriormente a estos dos
intereses iniciales se les sumó el libro de Raú l
Zibechi Territorios en resistencia: cartografía política de las periferias urbanas latinoamericanas
y, particularmente un deseo por indagar en la
idea de comunidad al interior del estado como
una especie de 'metaestado' constituido a través de la libre asociación. El segundo punto está
compuesto por la totalidad de los individuos del
equipo (abajo va el listado de funciones). El tercero por los siguientes presupuestos de orden
estético que queríamos encontrar o desarrollar en la pieza: doble competencia dancística
y actoral de los performers, voluntad de ficción
y fantasía ( deseo por ficcionalizar situaciones
dentro del género fan tástico), voluntad narrativa (deseo por contar una historia), interés por
hacer performers de los espectadores, integrar
al músico como parte del sistema escénico, indagar por el idioma inventado como manifestación y procedimiento de creación del universo
ficcional, utilización de las historias y características personales de los performers como insumo, y revisión de los diferentes referentes
artísticos que todos aportamos. Por último, el
cuarto t ipo de material, lo brindan los lugares
de ensayo, de experimentación y de funciones.

11

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Abajo va un bosquejo por puntos de los materiales

Happy

Ptanet Dir Ph1úp Grunenberg Foto Carlos Lema Posadas

"Happy Planet es un estado dentro de otro, un
país con pretensiones de planeta cuya existencia es fugaz e intermitente y cuyos límites son
los muros del teatro".

Los procesos serían la puesta en relación y movimiento de los materiales.
Los categorizo de la siguiente manera: recolección de información, cruce de
información, diseño de la macroestructura de la pieza, y entrenamiento. El
primero tiene que ver con recoger todo aquello que surja de los materiales
que pueda ser de utilidad. El proceso de selección es por completo arbitrario, pero no por eso deja de ser riguroso. Las act ividades que lo componen
son: lecturas e investigación de textos y diferentes materiales referenciales,
etapa de improvisaciones, visita a las diferentes locaciones, experimentaciones por fuera del espacio de ensayo, toma (compulsiva) de notas, y
discusión e intercambio de informaciones. En el cruce de informaciones
ya comienzan a aparecer retazos preliminares de la pieza. Este punto está
const ituido por: desarrollo de las coreografías, desarrollo de las situaciones
dramát icas, desarrollo del lenguaje inventado, desarrollo de la utilización
del espacio, desarrollo de la música, y desarrollo de la estética visual. Luego
viene el que es quizá el núcleo del trabajo dramatúrgico: el diseño de la
macroest ructura de la pieza. Esta labor fue delicada, tomó tie mpo y estuvo
caracterizada por un período largo de discusiones, ensayos y errores. Como
último punto quisiera mencionar lo crucial que fue el entrenamiento para
el proceso. Esta actividad se realizó a diario desde el primer ensayo hasta
el último y tuvo dos facetas diferentes: la dancística y la actoral. Por la naturaleza de la pieza se le dio prioridad a la primera, pero tratando de no
descuidar la segunda.

y procesos de la obra.

�A continuación va un bosquejo del proceso dramatúrgico:

Procesos:

Materiales:

1
Recolección de información
1.1
Lectu ras e investigación de textos y diferentes materiales referenciales
1.2
Improvisaciones
1.3
Visita a locaciones
1.4
Experimentaciones por fuera del espacio de e nsayo
1.5
Toma de notas
1.6
Discusión e intercambio de informaciones

l.
Conceptuales:
1.1
Identidad colombiana
1.2
Happy Planet Index
1.3
Territorios en resistencia: cartografía política de las periferias urbanas latinoamericanas de Raúl Zibechi
1.3.1
creación de comunidades
1.3.2
diferencias entre comunidad y estado
1.3.3
comunidad como posible estado adentro
de un estado
1.3.4
etapas de desarrollo comunitario
1.3.5
relaciones de poder entre estado y comunidades y
entre sujetos y comunidades

2.

2.3
2.4
2.5

2.1
2.1.1
2.1.2
2.1.3
2.1.4

2.6

Cruce de informaciones
desarrollo de las coreografías
desarrollo de las situaciones dramáticas
desarrollo del lenguaje inventado
desarrollo de la ut ilización del espacio
desarrollo de la música
desarrollo de la estética visual

3.
3.1
3.2

Diseño de la macroestructura de la pieza
Pruebas de ensamblajes
Rediseños

4.

Entrenamiento
Entrenamiento dancístico
Entrenamiento actoral

humanos:
Performance
tres bailarinas
un bailarín
un actor
un músico
2 .2
Dirección
2.2.1
una coreógrafa / directora
2.2.2
un director / dramaturgo
un director de arte (diseñador de vestuario
2.2.3
y escenografía)
2.3
Dramaturgia
2.3.1
un dramaturgo
2.4
Asistencia
2.4.1
una asistente de dirección
2 .4.2
una asistente de dirección de arte
2.4.3
un asistente musical
3.

3.1
3.2
3.3
3.4
3.4.1
co
3.5

estéticos / artísticos:
doble competencia dancística y actoraJ
interés por trabajar la ficción y la fantasía
voluntad narrativa
espectador como performer
interacción con el público y entre el públi-

2

2.1
2.2

4.1
4.2

Antes de pasar a hacer una breve descripción y explicación
de la pieza, qu isiera mencionar que el registro del proceso de
Happy Planet no pretende constituirse en modelo y es solo
una invitación a evidenciar, para su discusión, los trabajos y
pensamientos de la dramaturgia de la danza en nuest ro medio
pues, para citar a Juliana Reyes (2010:10) quien lleva ya un
buen trecho recorrido en este objetivo, "contar y reflexionar
sobre su gestación permitirá dar larga vida a lo efímero".

músico como performer
3.6
lenguaje como manifestación y procedimiento de
creación del universo ficcional
3. 7
trabajar con las historias y características personales de los performers
3 .8
referen tes dancisticos / teatrales/ audiovisuales/
musicales
4.

4.1
4.1.1
4.1.2
4.1.3
4.2

locativos:
espacios de ensayo
la casona de la danza
danza co mún
teatro varasan ta
espacios de experimentación
plaza de San Victorino
páramo del verjón
ma loca del Teatro Itinerante del Sol, Villa

4.2.1
4.2.2
4.2.3
de Leyva
4.3
espacio
4.3.1
4.3.2
ma
4.3.3
4.3.4

de funciones
Teatro Varasanta, Bogotá
Theater im Pumpenhaus, Münster, AlemaFFT, Düsseldorf, Alemania
Dock 11, Berlín, Alemania

31

w

�1HOMO THEORICUS
un 75% de gente que vive hacinada en un espacio pequeño y un 25% restante que se sienta a
su holgura a ver el espectáculo y que, además,
es alimentada con frutas y otras delicias por el
guía de los desfavorecidos. Este es el caldo de
cultivo para una revolución que deto nará en el
momento climático de la obra.

Happy Ptanet o,r Ph1l1p Grunenberg Foto Carlos Lema Posadas

"¿Stotish?" 12
Happy Planet es un estado dentro de otro, un país con pretensiones de planeta cuya existencia es fugaz e intermitente y cuyos límites son los muros
del teatro. En esta nación extraña se habla un idioma ininteligible, pero eso
no impide entender que las dinámicas sociales de este lugar estén caracterizadas por relaciones estrictamente jerárquicas y por un ejercicio irrestricto de autoridad de parte de los poderosos que refuerza la verticalidad
del sistema.
Al llegar al teat ro los miembros del público son recibidos en una aduana por
un oficial que no habla español y ante el cual, con la ayuda de una traductora, deben responder un cuestionario de preguntas capciosas tales como:
"¿cree usted en la reencarnación de los huevos?". A través de un sospechoso
mecanismo de selección la audiencia es separada en cuatro grupos. Esta
división determinará la experiencia que viva cada uno de los espectadores
pues sus condiciones de existencia en Happy Planet serán muy diferentes
de acuerdo al colectivo al que sean asignados (unos, por ejemplo, te ndrán
sillas y otros no; u nos verán ciertas cosas, los otros verán otras, algunos
verán poco).
Antes de entrar al espacio escénico los grupos se separan y en distintos
rincones del teatro so n instruidos por sus gu ías con respecto a su lugar en la
escala social, las posibles amenazas que tendrán, y la manera en que deben
entrar a saludar al presidente. De ahí comienza un corto peregrinaje hasta
la meca del poder, un rombo delimi tado por cortinas translúcidas de malla,
en cuyos cuatro lados serán ubicados. En el centro del cuadro está el gobernante, una figura autoritaria e intimidante quien los recibe con un d iscurso
inco mprensible. Los guías traducen.
Ese primer momento es uno de comunión colectiva, todos los espectadores
están, desde cuatro lados d istintos, mirando una escena central. El d iscurso inaugural pronto deviene una alucinación envolvente que arrastra a los
guías hacia una danza espasmódica con el presidente que culmina con distintas acciones diseñadas para cada uno de los cuatro grupos. Dos de ellos,
los menos privilegiados que no han recibido asientos, son obligados a fundirse en uno. Queda desocupado un lado del rombo y sobrepoblado otro.
Más adelante otro de ellos, abusado y maltratado, será también empujado a
unirse a las clases populares. De esta manera quedará un país formado por

En la aduana, justo al llegar, a cada u no de los espectadores se le brinda un kit de supervivencia,
una bolsa con confetti adentro. En el momento
de la revuelta los grupos populares emboscan al
gobernante y a la clase privilegiada, público y
performers comienzan entonces una guerra de
papel picado que acaba cuando una voz externa
- una intromisión que ya ha aparecido previamente en ciertos momentos claves- los invita
a todos a detenerse y sentarse o acostarse en el
lugar donde se encuentren. El resultado es un
colorido campo de batalla plagado de cuerpos
yertos cubiertos de picadillo de papel. Por úl timo la voz va guiando a los grupos, uno a uno,
para que se pongan de pie y caminen siguiendo
a su guía por el espacio, para que lo recorran en
silencio, para que miren los destrozos de la revolución y finalmente los invita a que dejen de
seguir a los otros e individualmente encuentren
su propio recorrido. Poco a poco bajan las luces
mientras la gente camina en silencio y el presiden te en un solo final se despoja de las prendas
del poder.
Este es, someramente, el arco de acción de la
pieza, el macrodiseño de la estructura. La idea
de crear un estado adentro de otro que comienza con una aduana, de inventar un país donde se
habla jeringonza, donde las injusticias sociales
llevan a la revo lución, tiene algo manifiestamente ingenuo, como si se pretendiera realizar
un juego infantil de equivalencias del mundo y
de Colombia en particular. Este punto de partida es importante para lograr el movimiento
que pretendemos, que podría resumirse en: un
tránsito de lo ingenuo a lo caótico, de la totalidad a la fragmentación, de la síntesis a su aplazamiento.
Para poder desconfigurar uno de los discursos
que organiza nuestra identidad colombiana y
que se manifiesta de manera más paten te en el
recurrente puesto de liderazgo que ocupa nuestro país en el Happy Planet Index 13 , había que
instaurar un dispositivo que apelara a la simplificación ingenua de una realidad compleja.
Esta simplificación es uno de los mecanismos
usados por los discursos oficiales para mercadear nuest ro país en el ámbito mundial. A partir
de la creación de una imagen parcial y simple
que promulga estereotipos colombianos como
la belleza de las mujeres, la riqueza de la música, la alegría de su gente, la vastedad de los
recursos natura les, el tropicalismo y la amabilidad general, se pretende ubicar a Colombia en

"Pregunta de Pepita. gula de la clase privil egiada, al presidente de Happy Planet.
"Este Indice mide la feUcidad de los habitantes de un pals a panir de tres variables: una autoevaluación sobre su bienestar, la esperanza de vida y el impact o ambiental Col ombia ocupó en el 2012 el tercer puesto en el mundo. http://www.happyplanetindex.org/

32

w

�un nicho específico del mercado mundial en el
que pueda ser competitivo ("el riesgo es que
te quieras quedar", por ejemplo, campaña de
Proexport). Este procedimiento de mercadear a
un país creando una identidad única y engañosa
a partir de la reducción a imágenes coloridas de
fenómenos complejos y mutantes implica unas
contradicciones que al ser puestas en evidencia
desconfiguran el discurso desde adentro revelando su falsedad.
Como procedimiento decidimos utilizar la oposición de lo caótico a lo simple a partir de dos
operaciones principales: la interrupción súbita
e inexplicada de la acción y la simultaneidad de
acciones no jerarquizadas. Un momento de la
pieza que ejemplifica el primer mecanismo se
da en la secuencia que denominamos "chaqueta
maravilla". En ella una de las bailarinas demuestra cómo esta prenda puede t ransformarse en
nueve artículos diferentes de vestuario tan disímiles como un bolso de mano, un cuello ortopéd ico con corbata o un par de pantalones para
salir a trotar. Esta demostración va acompañada
por una locución y arenga, de uno de los performers, como las que lanzan los vendedores
informales en el centro de cualquier ciudad colombiana. Este momento claramente figurativo
en el que el público reconoce sin dudarlo la situación, y por eso mismo la disfruta, parte de
la reafirmación de otro de los estereotipos que
nos atraviesa como cultura: aquel de que nuestra pobreza ha hecho de nosotros seres de creatividad inusual que se manifiesta en el rebusque. En el pu nto culminante de esta secuencia,
el actor comienza a exagerar un poco el tono
de su voz, su gestualidad se vuelve asimismo
hiperbólica, sus movimientos comienzan a semejar pequeños espasmos, su palabra se torna
repetitiva y quebrada, y de repente se lanza a
correr de un lado a otro del espacio en silencio,
pero jadeante. Esta interrupción súbita e inexplicada de la acción introduce el caos y sitúa al
espectador en el lugar que nos interesa: la duda,
ese terreno pantanoso donde las certezas desaparecen y la reflexión se vuelve impostergable.
La simultaneidad de las acciones tiene un objetivo concreto también que es la sobrecarga
del aparato perceptivo del espectador. Durante la obra hay momentos en que ocurren hasta
cinco acciones simultáneas que ocurren en distintos lugares del espacio y que no solo están
pensadas para ser vistas sino también para ser
escuchadas. La sonoridad de u na y ot ra se interfiere de una manera que no es limpia pues
no intentamos jerarquizar o darle prioridad a
ninguna en particular. El resultado genera, por
supuesto, un cierto caos que dificulta la experiencia perceptiva. Esta dificultad, sin embargo,
es una manera de dar al espectador "la libertad
para reaccionar arbitrariamente o, mejor dicho, de manera involuntaria e idiosincrática"
(Lehmann 2006:83). Al no resaltar un foco, no
ubicar una acción en primer plano, se le exige
al público tomar decisiones segundo a segundo respecto de dónde d ir igir su mirada y su
escucha. Esta decisión revela las preferencias,
afinidades y aversiones de los miembros de la
audiencia. Este complejo mapa de estímulos

Happy Planet o,r Ph1l1p Grunenberg Foto Carlos Lema Posadas

que configura nuestra percepción de la realidad hace que veamos o no, escuchemos o no, sin tamos o no (y hasta qué pu nto), aquello que ocurre en
frente nuestro.
El anterior mecanismo de selecció n es el mismo que utilizamos al caminar
por cualquier plaza o calle céntrica de nuestro país donde la información
que nos rodea nos excede y nos imposibilita para estar atentos a todo. ¿Qué
vemos y qué no ve mos? ¿Qué preferimos omitir consciente o inconscientemente? Estas decisiones, que conforman una experiencia perso na l, configuran ta mbién nuestra percepción de la ciudad en que vivi mos y el espacio
simbólico en el que se da el intercambio de mercancías, palabras, deseos y
recuerdos (Calvino 1972:15) entre los diferentes habitantes. Al remarcar la
individualidad del mecanismo nos interesa poner en evidencia la dificultad
para construi.r un espacio común, pero también y sobre todo reivindicar
que tanto en la ciudad como en la obra de arte el espectador / ciudadano "partiendo de su subjetiva sensibilidad actuaría como catalizador de los
procesos de creación y recreación" de ellas (López Rodríguez 2003).

Textos cítados:
Jorge Luis Borges. Otras Inquisiciones. 160 pág. Bs.As .. Sur, 1952.

"No estamos listos para el dramaturgo··: Algunas notas sobre la dramaturgia de la danza. l epecki, A ndré en: Bellisco. Manuel y María José Cifuentes. 2010. Jtrpensar la dramaturgia. Murcia:
Centro Párraga / CENDEAC.
Calvino, Ítalo. 1972 Las ciudades invisibles. Madrid. Siruela.1994.
'·Looking without pcncil in the hand." Van I&lt;erkhoven. Mariannc. Thcaterschrift 1994 nrs 5-6:

On dramaturgy
.. Dance. dramaturgy and dra.maturgica] thinking". Behrndt. Synnc K .. Contemporary Themer
Review. Vol. 20 lssue 20, 2010 p. 185 -196
.. European Dramaturgy in thc 21st Century, A Constant MovcmenC. Van Kerkhoven. Marianne.
Performance Research. Vol. 14 lssue 3. 2009 p. 7 - 11
J&gt;ostdramatic Theatre. Lehmann. Hans.Thies. Routlcdge. Abbingdon. Oxon. 2006.
dcLahunta. Scott, ·'Dance dramaturgy: speculations and reflections" in Dance Theatre Journal.
Abril. 2000. pp. 10-25.
'"fhe Economy o f Proximity: Oramaturgical Work in Contcmporary Dance". Kunst, Bojana. In:
Performance Research 14(3) pp. 80-87 2009
''The lgnorant Dramaturg". Bojana Cvéjic. r\tlaska. vol. 16 no. 131-132 (Summe r 2010). pages
40-5,3
.. \.Vhen the dramalurg becomes obsoJete. thc dramaturgical rcmains important". Husemann.
Pirkko. 6n: Maska, Volume 14. No. 3. Scptember 2009
The man without content. Agamben. Giorgio. Stanford University Press. 1999.
López Rodríguez.. Silvia. "Percepción y creación de la ciudad. f\•létodo simbólico-semiótico del
ciudadano para una re-creación de la realidad urbana... en Gaz.eta de anlropología [publicación
en línea l. Disponible e n Internet &lt;http://w,vw.ugr.es/~pwlac/G 19 l 7Silvia Lopl'Z. Rodriguez.
ru!f&gt;. [Fecha de acceso: 25 ele marzo. 2013 l.

Happy Planel es una co-produccion del Theatcr im Pumpenhaus Münsrer. donde se estrenar.'•
en Ale mania. y el f"reies Theater Düsseldorf.

33

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�. UANL

llJ.

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DiAMUNDIAL

EATRD 2014

ACTIVIDADES
Paatomima
Discurso de ta llrectom M.H. JannethVlllaneal
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le(brasSGbrtel·ttatm

Teatro de.Tfn
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C.elebración

Día Internacional de .la Da,nza
1

2014

La Facultad de Artes Escénkas se complace en invitarte. a la
li.lnción de !Pla para &lt;.OIIITlell'IGl"ar el Ola i n t ~ de la
danzá.

C.OMPAIIASIIMTADAS

Miércoles 30
deABRIL
17:00 h,o,ras

AWMNASFltEt.FSEMUTRE

aw,MfAslJNN'ISAVOY
COMI'~ DTUUUr IJE rMIYZA FOUU.ÓRKA. UANL

cqMPMHA 111VlAlt DEOANZA CONTEMPORANEA UANt
OJ8lPO ET!REO
HOMBRES-vtcroR BtlR.GOA

.
.• •.. ••..••

Enttoda ~
'

',,.

LA JROPA IJDEM
MOJCSA

PNJJDMEC.CHl/t
PIKWECrolNTERDISCIPUNARJO ENMOWMÍENTO- PIM

TEATRO ESPACIO-"ROGELIO VILLARREAL EUZONDO"
Praga yTneste s/o, Colonia Reslden,aal Las TOfl'es

Campus Mederos. de la UANL. Monterrey. NIJejQ León
I N ~ 83:57114'7 EXT: 104

�1REPORTA.E ESPECIAL

LOS ESPACIOS ALTERNATIVOS
EN MONTERREY:
¿UNA RESPUESTA
INFORMAL A
,
LA SITUACION TEATRAL LOCAL?
POR MAYRA VARGAS

La cuestión del espacio teatral como escenario de nuevas teatralidades ha sido abordada
en dist intas épocas desde diferentes enfoques
y autores. La perspect iva que nos parece más
ce rcana para el propós ito de este material es la
del d ramatu rgo y teórico español José Sanchis
Sinisterra, quien desde hace varios años teoriza
sobre la teatralidad menor 1 , como aquella que
se ocupa de as pectos parciales, discretos, aparentemente insignificantes de la existencia humana; o, del tratamiento de grandes referentes
temáticos desde ángu los humildes, parciales, no
totalizadores. Junto con esto -y es lo que nos
importa más que nada en este momento-, está
la reducción del lugar teatral; pues la teatralidad
menor se presenta en salas alternativas o salas
de pequeños formatos, ámbi tos teat rales que
reduzcan la distancia entre actor y espectador
para que fluyan "los sutiles circuitos de retroali men tación de energía e información que fluyen
entre la escena y la sala."
En es te sentido, para los propósitos de este
texto, he mos llamado espacios alternativos a
aquellos sitios en Monterrey que, esta ndo al
margen de los espacios tradicionales/oficiales
de representación, han alojado en el último lustro acciones, representaciones, actos performativos y todo t ipo de juegos teatrales y dancísticos. Medio oscuros, a veces olientes, entre cafés
y tabernas, con o sin consumo de bebidas y
comidas; estrechos o un poco más anchos; pro-

1

Sanchis SiniSlerra, J . (2008) Por una teatralidad menor.
Paso de Gat o, México. Cu adernos 1.

36

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píos o de renta, casi todos e n el centro de la ciudad, sin audio, iluminación,
ni tramoya, se han adop tado y adaptado como espacios escénicos: "Nuevo
Brasil", "La bodega de Dionisos", "Fuente Ovejuna", "La iguana", "Gargantúa", "La bodega", "Mamamor", "Ubuntu café", "Bistro", "San Juanito blues",
para mencionar algunos, han sido escenarios de éxitos y proyectos frustrados, han reunido todo tipo de público y han mostrado tanto la resistencia
como la flaqueza de la organización informal cuando de arte se trata.
Para revivir la memoria de estos espacios, pero también para reactivar
el interés hacia ellos como alternativa de trabajo en la ciudad, Horno Escenicus a través de su reportera Mayra Var gas, entrevistó a varios directores y
actores de la localidad, de los que más experiencia han te nido trabajando en
es te tipo de espacios: Iván Flores, Iván Domínguez-Azdar, Xav ier Araíza, David Colorado, Rodolfo Cantú, Raúl Escalona, Sergio Ortiz, Marilú
Martínez y Vida! Medina.
-La redacción.

Las preguntas:
-¿En qué mome nto u n creador decide trabajar en un espacio alternativo,
al margen de los es pacios oficiales?
-En el caso de Mo nterrey, ¿Que ofrecen estos espacios que no ofrezca
el teatro en su for ma convencional, co mo el Teatro de la ciudad, el Centro
de las Artes, la Casa de cultura, el Teat ro Universitario, etc? (En todos los
sentidos, libertad, creatividad ...amplitud de espacio... etc.)
-¿Cómo ha reaccionado el público en estos espacios, hay más o me nos
gente?
-¿Cuál ha sido uno de los principales obstáculos con los que te has encontrado en estos espacios?
-En tu caso, ¿qué espacio util izaste y con qué montaje? Por último y
brevemente, ¿nos podrías com partir como fue la experiencia?

�Las respuestas:
lván Flores:
En mi caso, fue en 2010 que comencé a trabajar con Bistro por casualidad,
yo d iría que por herencia. Tuve la fortuna de reinaugurarlo en abril de ese
año. Este espacio, funcionaba años atrás como galería-café y otros compañeros como Carlos Portillo y Luis Alberto Rodríguez ya habían trabajado
con Nora de la Cruz, la dueña, que además hoy en día sigue desempeñándose como pro motora cultural independiente. En aquel entonces, trabajaba
como asistente del honorable Francisco Sifuentes, en la puesta en escena
"Las 10 claves del Che Guevara", un collage de textos per iodísticos y la obra
teatral "Compañero" de Vicente Lei'íero. El maestro creó este espectáculo
para que se presentara en el Café Nuevo Brasil, otro referente obligado en
cuanto a espacios alternativos en Monterrey. El me pidió que buscara otro
espacio para que la puesta siguiera presentándose, y así llegué con Nora de
la Cruz, que en ese momento es taba al frente de ot ro desaparecido espacio:
el café Mozart.
Durante nuest ras presentaciones en ese café con la obra de Sifuentes,
Nora me dijo: "Tengo un lugar que te va a encantar, quiero que lo conozcas
y hagas ahí lo que se te ocurra". Y así fue. Se refería a Bistro, que había tenido que cerrar por la reciente ola de inseguridad que acabó con el Barrio
Antiguo. En cuanto Jo vi, nació mi primera razón: un lugar con su propia
esencia... Y entonces se me ocurrió realizar un recorrido por cada lugar
de la casa, donde el espectador encontrara una historia diferente, contada
a través de un lenguaje escénico también diferente. Ese era el "Recorrido
Escénico BISTRO", y con él empezó mi propio recorrido por los espacios
alternativos.
Ese mismo afio, tuve la oportunidad de t rabajar para la Coordinación
del Teatro del Centro de las Artes, y viví del otro lado de la moneda. Las
reglas, las agendas, los lineamientos institucionales y lo más determina nte:
los presupuestos; todos esos condicionantes que hacen que funcione un
espacio cultural. Tras dejar mi trabajo en el Cen tro de las Artes, dec idí que
lo mío eran los espacios alternativos. Definitivamente me enloquece la idea
de crear a part ir de un espacio ya determinado, intervenirlo y convertirlo
en una experiencia diferente cada vez. Sin imponerle horarios o reglas a

Decidí crear un lugar donde la prioridad fuera
la creación escénica. Hoy Tonalli (de náhuatl,
para DESTINO), comienza a generar actividad.
Me preocupo por los procesos. Donde todos los
elementos de la puesta en escena convivan con
un espacio que los recibe por igual, sin prioridad ent re una y otra, sin "otros co mpromisos
en la agenda". Nada más importante que la creación misma.
-El indiscutible obs táculo que se cruza en
algún momento en todos los espacios alternativos, es el presupues to. Hasta ahora no he
trabajado en algún espacio que te ofrezca ser
mecenas para tu puesta. El mismo Tonalli, no
puede ofrecer eso a los directores interesados
en trabajar ahí. Pero defin itivamente, la clave
sería fortalecer la infraes tructura de estos espacios; entre más seriedad, disciplina y constancia
se imprima en el quehacer teat ral en estos espacios, más indispensables serán.
lván Domínguez-Azdar:
-Creo que esta posibilidad surge de las ganas de
proponer encuentros distintos entre público y
creadores, pues la dinámica forzosamente se
transforma al interactuar dentro de espacios no
pensados para el hecho teatral. También surgen
estas posibilidades, a raíz de que nos fal tan espacios escénicos en Monterrey, el movimiento
teatral se refresca últimamente con gente joven,
que afortunada mente no se limi ta a trabajar sobre los espacios convencionales. Es tos lugares
ofrecen la posibilidad de profundizar sobre la
interacción, y permiten evitar el distanciamiento desde la escena. De pronto, el espacio con-

"La teatralidad menor se presenta en salas alternativas
o salas de pequeños formatos, ámbitos teatrales
que reduzcan la distancia entre actor y espectador".

la creación. Sin esperar meses y meses, para tener un fin de semana más
de temporada. Sin condicionar a un determinado número de espectadores
para que disfruten el resu ltado.
El año pasado regresé a Bistró para generar actividad, y se llevó a cabo
una residencia para la puesta en escena que Mónica Jasso 2 , trabajó con dos
actores del D.F. y uno local. El equipo dormía, comía y t rabajaba ahí mismo.
Así me di cuenta de lo va lioso del resultado, cuando tienes el espacio para
trabajar en él todo el tie mpo, en todos los sentidos: interpretativo, escenográfico, lumínico. El resultado habló por la experiencia.
Gracias a esta última ocasión , me llegó la necesidad de impulsar m i espacio propio. Ya que los espacios alternat ivos son "algo" además de espacios
que abren sus puertas al arte. Cafés, restaurantes, bares, salones de fiestas...

' De ouijas y aUas tecnologlas ( o escenas sobre la nada).

vencional puede resultar muy distante, o frío,
incluso si pensamos en construir un punto de
encuentro y comunión entre individuos. No
obstante, no creo que todo efecto que deba lograr el teat ro se circunscribe a la intimidad, lo
que sí creo, es que la construcción de un universo ficcional conte mpla todo, y el espacio te
determina en gran medida el t ipo de suceso que
está ofreciendo.
-Pienso ahora en 7 GOLPES, como la expresión radical del carácter único, singu lar y particular que adquiere un suceso al presentarlo
desde la mirada del espacio alternativo; En sus
tres ediciones el público lleno los recintos. En el
caso de MI AUSENCIA EN EL OTRO, la afluencia de público ha sido muy variada, y lo que he37

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�1REPORTA.E ESPECIAL

Espacio Allernar,vo Tonau, Foto Gwllermo Reyes

mos logrado notar, es que genera mucha curiosidad entre la
gen te el pe nsar como un suceso teat ral puede surgir desde
las posibilidades de un antro abandonado, por ejemplo. Creo
que eso está bien, la curiosidad es benéfica para el teatro en
muchos sentidos, más actualmente, pues existe público joven,
cau tivo, ávido de experiencias nuevas.
-La incomodidad para el espectador. Aunque soy de la
idea de confron tar y sacudir con el trabajo, esto no debe hacerse desde la perturbación o incomodidad li teral y física que
el espectador experimenta. Suena a una obviedad, pero he estado en eventos en los que se busca directamente incomodar
y transformar en pesadilla la experiencia del espectador, por
ejemplo, asistí a un evento teatral en el que se utilizaban bolsas de basura real circulando por el espacio, cuando la actriz
puso la bolsa junto a mí, me salí de la obra, el olor era insoportable.
Cuando intervenimos el ex antro ANNANÁ, pasa mos por
ejemplo noches calurosas para el es pectador, tampoco habilitamos un baño, y aunque siento el que espectador agradecía el encuentro real y rústico del evento, debemos pensar
en la manera de no volver un padecimiento la experiencia de
nuestros invitados. Además del ex antro que menciono, en el
que por cierto, nos enfrentamos a la dinámica de dota r de luz
eléctrica un lugar prácticamente e n ruinas, acondicionarlo y
limpiarlo, nos presentamos ta mbién en el CAFÉ ESPACIO,
ubicado en la esquina de Abasolo y Naranjo, también en el
barrio Antiguo.
Estas dos intervenciones pertenecen a la dinámica que estamos siguiendo con el montaje MI AUSENCIA EN EL OTRO,
pensado para espacios no convencionales. La siguiente temporada, la estamos pensa ndo hacer en un espacio en el que
estoy habilitando para la dinámica teatral, es una caja negra
ubicada al norte la de Ciudad en el que ade más están ya programados los trabajos de otros com pañeros. Esto me entusiasma mucho, pues creo que necesitamos ampliar la oferta
teatral, encon trando meca nismos de cercanía con el espectador.

38

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Xavier Araiza:
-Los espacios alternativos a los escenarios trad icionales de las
insti tuciones y del teatro empresarial apoyado por las televisoras, es un fenó meno que inicia en la década de los ochenta,
cuando empieza también la devastación urbana y el cie rre de
los pequeños espacios teatra les que se habían fundado desde
los años 60. La mayoría de los espacios alternativos han desparecido porque, salvo excepcio nes, no tenían un proyecto
más allá de lo circunstancial, de lo experimental entendido
co mo la puesta en escena de una idea sin continuidad cotejada con la teoría teatral, la dramaturgia, las técnicas, el rigor
actoral, y, sobre todo, con los cambios culturales, la debilidad
de una cultu ra teatral en los públicos amplios dominados por
el teatro llamado comercial y el entretenimiento televisivo,
ahora cibernético.
-El público ha reaccionado al teatro en espacios alter nativos de manera diversa. Hay público caut ivo, es decir constituido por espectado res relacionados con el ejercicio teatral y
amigos, y público exigente que busca alter nativas a lo que se
hace en los espacios institucio nales y comerciales. Hay que
decir que en otra época hubo público nu meroso que podía
asistir a tem poradas continuas de puestas en escena, público
que ahora no va al teatro a ver los espectáculos co merciales
o no le atraen los "experimentos escénicos" que no conectan
con su situación social e individual. Ese público se pierde buenos montajes institucionales porque es tos no duran más aJlá
de tres fines de semana y salen de la cartelera. De ahí que la
mayoría de los espacios alternativos surgidos desde los años
80 hayan cerrado. No sólo es importante el espacio físico alternativo, hace falta también una estrategia dramatúrgica, de
repertorio, de capacitación, administra tiva, promocional, de
acerca miento a públicos diversos: una filosofía y práctica del
teatro para nuestros tiempos oscu ros y siniestros , como diría
el gran Bertolt Brecht.
-He impulsado el trabajo independiente, de autogestión
teatral , distante del financiamiento institucional ( Universidades, CONARTE, CONACULTA... ) como único recurso, y
de la idea comercial del puro teatro de entretenimiento sin

�ambición artística alguna. Así, he llevado a escena en espacios que hemos habilitado (Galería Regia, Galería Arramberri, Gargantua Espacio Cultural) para respectivas temporadas
de A Puerta Cerrada de Jean-Paul Sartre (que llego a las 50
funciones), Las criadas y Severa Vigilancia, de Jean Genet; La
Loca del maniquí, La muñeca y El Gángster, textos de mi auto ría. La dificu ltad con estos espacios es que no están habilitados para la escena teatral y su función está orientada a otras
actividades artísticas y ad ministrativas con lo que se pierde la
continuidad de temporadas. Con esta experiencia de trabajo
independiente, de autogestión, reciente mente, el 6 de junio
(de 2014), inauguramos T heatron, espacio escénico propio
para puestas en escena, capacitación, curso, talleres. Se trata
de un proyecto de cultura teatral en todos los sentidos abierto
a las propuestas teatrales sólidas y con rigor estético.
-Los siguientes son los principios que definen el espacio
escénico de autogestión del cual soy responsable: "THEATRON / Escenas de Bolsillo, es un espacio para la producción
de montajes adecuados a la posibilidad escénica de un Teatro
de Cámara. Su vocación primera es las experimentaciones
con la dramaturgia y la puesta en escena vinculadas a la realidad contemporánea, al t ratamiento de contenidos, de formas
de representación que sintonicen con los conflictos sociales
y los públicos del siglo XXI. Paralelamente, abre su espacio
para la capacitación en las distintas áreas del arte teatral, la
literatura y la filosofía. THEATRON es un espacio donde se
practica y estimula la autogestión del teatro y otras artes,
fomenta el encuentro y el diálogo sobre la cultura teatral, la
función del arte en la era del ciberespacio, la civilización tecnocrática, la sociedad del espectáculo."
David Colorado:
-Hay más de una explicación. Creo que principalmente es por
necesidad, al no existir suficientes fechas disponibles en los
teatros oficiales y la falta de capital para cubrir el seguro de
sala en las salas comerciales, surge la necesidad imperativa de
presentar en otros espacios. La otra explicación es por decisión artística, como parte del discurso escénico, se aborda la
arquitectura del espacio como punto de partida de la puesta
en escena. Por supuesto, este no es un fenómeno exclusivo
de Monterrey; la existencia de espacios alternativos tales
como salas independientes, café teatros y espacios insólitos
como galpones o bodegas ocupadas responde a una demanda
por espacios de difusión de las obras teatrales. En todas las
ciudades del mundo, los espacios alternativos cumplen una
importante función social como nodos de producción cultural. Son espacios generadores de discurso y contribuyen al
enriquecimiento social, cultural y artístico de su comunidad.
Sin embargo, la experiencia en Nuevo León es algo amarga;
basta recordar el debut y despedida de "La Bodega de Dionisos" y más recientemente "La Bodega", que en su momento
tuvo una gran demanda. Pero hay que recordar que no son
los únicos casos, en menos de 40 años hemos visto como han
emergido y desaparecido una gran cantidad de salas independ ientes. Por lo tanto, no basta con preguntarnos ¿por qué los
creadores hacen sus montajes en estos espacios? Sino cuestionar, ¿por qué no tenemos salas independientes consolidadas
como El Milagro (en la ciudad de México)?
-¿Por qué han cerrado la mayoría de los espacios independientes? ¿Cuáles han sido los factores que han obstaculizado o
afectado el desarrollo y crecimiento de espacios independientes? Las respuestas inocentes salen sobrando, es un fenómeno
de gran complejidad que tiene que ver con el crecimiento y
desarrollo social de esta ciudad.
-En principio, lo que ofrecen son fechas disponibles. Si
revisamos los Encuentros Estatales de Teatro que organiza el

Cenarte, en los últimos cuatro años se producen alrededor de
40 obras al afio con un formato de producción similar: producción de bajo presupuesto, textos de autores nacionales,
tres a cuatro actores en escena, étc. Todas ellas apuntando
preferentemente a la Sala experimental, por la comodidad de
su ubicación y acondicionamiento. Al año tenemos 52 fines
de semana, lo que le daría a estas obras un promedio de 3.9
días al año bajo un criterio "democrático" de préstamo de
sala. Pero si tomamos en cuenta que hay vacaciones y festivales, las posibilidades se reducen. Contrario al 2005 y los años
anteriores, que teníamos menos de 20 obras al año, ahora
tenemos un crecimiento geométrico que asustaría al mis mo
Ma lt hus. Lo que es casi segu ro, es que estas cifras no van a
bajar en los próximos años, quizá los nombres ca mbien, habrá una mayor fluctuación de art istas escénicos y fenómenos
de migración o nomadismo, pero seguramente, seguiremos
viendo más de 40 obras, la mayoría de ellas no alcanzará a
ver las 12 funciones mín imas que requiere un trabajo para
"madurar", y será todavía más difícil alcanzar las 50 o 100
funciones. Es un tema de sobreproducción y falta de infraestructura, este tampoco es un problema exclusivo de Nuevo
León. La solución no es tá en cercenar o frenar esta proliferación de nuevos grupos y nuevos proyectos, sino en generar
espacios para la producción.
Por otra parte, además de las fechas, estos espacios ofrecen al espectador una experiencia distinta, mucho más humana y menos burocrática, hay una sensación de mayor cercanía. Probablemente, en el futuro cercano, veamos más obras
teatrales en casas, bares, locales, esperemos que esto repercuta positivamente en la calidad de los montajes.
-Supongo que te refieres a la cantidad de público que paga
su boleto. Por supuesto que hay más gente. En el Encuentro
de Teatro del 2011 que organiza el Cenarte se hablaba de una
asistencia del público que dup licaba la cantidad del año anterior. Esto nos habla de un crecimiento en la audiencia o público real que gusta de asistir al teatro. Pero este crecimiento es
producido por los mismos productores, es una relación simbiótica. Más gente quiere producir y más gente qtúere consumir. Prácticamente no vemos salas vacías. Pero esto es en los
espacios oficiales. La asistencia en los espacios independientes es difícil de medir, de los que mencionas, algunos de ellos
no tienen ni siquiera un año. Si quisiéramos comparar donde
hay mayor probabilidad de que asista más público que pague
su boleto, esto sería sin duda en los espacios oficiales o comerciales contra los espacios independientes. Si quisiéramos
medir el crecimiento proporcional en la producción de nuevos públicos, los espacios independientes tienen el liderazgo.
-Principalmente es más costoso en términos económicos
y de trabajo. Además de la producción de la obra, se requiere la producción del espacio para que la obra suceda: renta
del espacio, materiales, adecuaciones, etc. Sin embargo, co mo
artista aprendes a distinguir donde hay negocio y donde hay
crecimiento artístico. Además de la evidente inversión económ ica, se requieren horas de trabajo manual. Sin embargo,
estos obstáculos son la parte más rica y divertida de la producción teatral, gracias a estos obstáculos aprendes oficios
como carpintería, electricidad, el crecimiento artístico y personal no tiene precio, por eso considero que es un lujo que
vale la pena.
-Mucho tiempo fui de la idea de sacar al teatro del teatro.
Siempre fui el típico actor que quería hacer obras de teatro
en mercados, en la caUe, en casas. En muchas ocasiones hice
estos experimentos escénicos como eventuales acciones de
guerrilla, en las que mezclábamos teatro con danza, performance o confesiones personales (biodra mas). Pero la que fue
más acertada fue "Plan de Vuelo", en la que pude sintetizar
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�1REPORTA.E ESPECIAL
algunas de las tesis de guerrilla. Originalmente plantee la obra
en una casa, en un formato hiperrea lista, sin embargo, por la
estructura misma del texto, decidí montarla en una bodega
y d iseñar un espacio audiovisual analógico, en el que los actores manipularan desde la escena diversos dispositivos. El
"Flaco" y yo pasamos días y noches construyendo e instalando un sistema de iluminación basado en las famosas "latas"
o como él les llama "botes RC" (Roberto Cueva). El planteamiento ya no fue hiperrealis ta, más bien "do it yourself" en
un espacio escénico obsceno, donde se podía ver, lo que regularmente queda oculto al espectador. Quería investigar sobre
el cuerpo del actor cuando "no está" en escena. Por eso decidí
que los actores nunca salieran del espacio escénico y fueran
asistentes técnicos cuando no tenían textos, a esto le llame
"realismos desaforados". En un teatro convencional, esta
propuesta no hubiera funcionado. Necesitaba un galpón, una
bodega en la que fuera imposible para el actor huir cuando
terminara de decir su parlamento. Trabajamos el concepto de
"multimedias analógicas", en las que los disposit ivos eran una
extensión del cuerpo del actor. Toda es ta reflexión sucedió
gracias a que no había otra salida. El actor era su propio técn ico, porque estábamos en un espacio sin técnicos y sin equipo.
Yo me imaginaba un actor-máquina del que salían rayos de
luz, imágenes, sonidos... pero al fina l de cuentas, mi preocupación principal siempre fue la acción dramática, el trabajo
interno del actor y un deseo honesto por contar una historia.
En la Bodega pudimos dar más de 12 funciones, por eso aún
y cuando presentamos la obra en un teatro convencional también funciono la propuesta.
Rodolfo Cantú:
-En primer lugar, creo que la decisión de no poder tener disponibilidad o acceso a espacios teatrales surge por distiJ1tos
factores, uno de ellos es la gran y apretada agenda que tienen
estos diversos lugares, por otra parte, el elevado precio que
proponen algunos de estos escenarios. Con tarifas elevadísimas por func ión, y con la conciencia de que será imposible
recuperar lo invertido. El mecanismo de espacios alternativos
nos ofrece la posibilidad de presentación a un precio acces ible, o incluso a un acuerdo bastante viable. La comodidad del
equipo de trabajo es mucho mayor, ya que sabe que aparte de
ir "calentando" su producto, está ganando dinero, explorando
su t rabajo, haciendo teatro y esperando a que llegue alguna
oportunidad en algún lugar gubernamental.
-Sin especificar los lugares, no todos los espacios que ahora son alternativos ofrecen una libertad completa, pero son
espacios viables para algunas puestas en escena. La ausencia
de elementos técnicos como lo son la iluminación, tra moya
y demás elementos, hacen de estos espacios, lugares más interesantes para el espectador e incluso para el equipo de trabajo, dándoles una cercanía más directa con el público, y teniendo la posibilidad de conocer distintas audiencias, porque
ya no solo la gente "teatrera" acude a este tipo de funciones,
si no es la gente que en su vida ha ido al teatro la que visita
estos lugares. Así que más allá de una libertad o expresión,
nos ofrece un nuevo público, un público que exige no solo
calidad, sino divert imento.
-Por ser un espacio no escénico, la cantidad de audiencia
se reduce a un máximo de 30 o 40 personas, según sea el espacio. Y con mi experiencia he de decir que el acercamiento que se llega a tener es más interesante que cualquier otro
espacio en donde nos divide un proscenio. La sensación de
poder casi tocar o incluso tocar a un actor, hace que el espectador se sienta parte de esto, y agregando un espacio ameno a
la convivencia, todo se unifica para crear un mismo lenguaje
entre el actor y el público.

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-Pues han sido varios los lugares donde he trabajado: En
el caso La Bodega se presentó ahí, Desmantelados, Conejo 401 ,
Tabúes Primerizas, El Cielo en la Piel, y pues la experiencia
con todas ha sido distinta, pero el espacio se adapta muy bien
a distintas puestas, por su movilidad y equipo técnico. En el
ex Centro Cultural Monterrey, se presentó De Príncipes, Princesas y Otros Bichos , y tres de los factores más difíciles para
trabajar ahí, fue la ausencia de elementos técnicos; la ausencia
de público en la mayoría de las funciones, está provocada por
la mala ubicación de este lugar, que a su vez era provocada
por la ma la organización de la gente que lo llevaba a cargo. En
"Mamamor" y en el "Café Ubuntú" estuvimos con I Lave NY,
puesta que en si no requ iere ningún elemento técnico, y que
en las posibilidades de esta obra son completamente adaptables a este tipo de espacios, nos da la posibilidad de una buena
experiencia a nivel general.
Raúl Escalona Castillo:
-El artista tiene la obligación y necesidad de crear, y dicha
necesidad no está sujeta (o no debería estarlo) a las agendas
de los grandes teatros; en la urgencia de tener un lugar para
poder llegar al público se ve en la encrucijada de esperar por
lugar en los espacios convencionales o acudir a donde sea que
le permitan transmitir su mensaje. En este sentido, los espacios no convencionales ofrecen facilidad de encontrar lugar
de expresión en un medio que cada vez se vuelve más saturado en cuanto a agenda de puestas en escena. Hay personas
que reaccionan de manera favorable, pues encuentran en el
espectáculo que se ofrece algo novedoso que le da un plus a
la experiencia que viven en ta l o cual lugar, pero hay otros
tantos que encuentran en esto una molestia, pues altera el
concepto de "lo que se viene a hacer en este lugar".
-La adecuación de los mismos, puesto que no es teatro su
principal función, deben de compaginar las pues tas en escena
con sus otras actividades; ejemplo de esto es un lugar en donde alguien habitual mente se sienta a consumir una bebida,
ahora es un escenario, por lo tanto debe retirarse para montar
la escena, y eso causa alteración; por otra parte, en medio del
desarrollo de la obra, en un momento de gran tensión alguien
acciona una licuadora que se escucha hasta la otra cuadra.
-Hemos usado hasta el momento MAMAMOR y el Café
Nuevo Brasil; ambos ofrecen espacio de manera muy fácil y
sin grandes trámites, pero carecen de ciertos elementos que
tanto para artistas y público son primordiales para lograr el
convivio que una puesta en escena exige; aun así, es experiencia y es muy valiosa puesto que lleva a los creadores fuera de
las comodidades de la sala con acústica excelente y 200 lámparas y eso definitivamente amplía el espectro de herramientas a usar. Se presentó "Dícese de la Persona cuyo Cónyuge
ha Muerto" de Sonia Daniel.
Sergio Ortiz:
-Considero que hoy en día se ha buscado un acercamiento
todavía más literal con el espectador, un ejemplo podría ser
el microteatro que, relativamente, tiene poco tiempo en México, donde irremediablemente se busca una claridad y una
calidad precisa en el mensaje del montaje, por lo tanto ya se
descarta la posibilidad de cantidad (hablando de espectadores) y se recurre a la calidad del mensaje, que sea claro, sucinto para que a los pocos que estén pueda llegar de manera
más clara. Desde luego éste es un pensamiento romántico que
imposibilitará, prácticamente a cualquier "teatrero" novel, a
permitirle vivir de su "arte", pero que de cierta manera alimenta los deseos de seguir creando y trascendiendo.
-Por otro lado, nada romántico, la búsqueda de espacios
alternativos surge también de la creciente oferta teatral en la

�Theatron Espaoo admm,strado por Xav,er Ara,za Foto Adnan Bact

región, no equ iJibrada con la calidad, y la poca demanda por
parte de las instancias de gobierno encargadas de "satisfacer"
las necesidades de los creadores escénicos. Por lo tanto muchas veces se busca una manera de entretener, eficazmente,
al espectador y más rápido en un es pacio no-convencional
para el teat ro en lugar de esperar meses para unas cuantas
funciones en un espacio gubernamental (esto debido a las ya
conocidas "palancas", trabas, etc.) por lo tanto los espacios
alternativos nacen como ese paraíso de represe ntación más
fácil, menos "burocrá tico" y más natural para el nacimiento,
reproducción, posible consagración y muerte de proyectos
que quizá jamás te ngan la oportunidad de conocer un recinto
teatral.
-Los espacios fuera de lo oficial ofrecen cercanía con el
espectador, una posibilidad de que el espectador cambie de
"aires" y no tenga la visión paradigmatizada de lo que es ir
a ver teatro y ofrecen también la posibilidad de poner en jaque al creador escénico para buscar resolver todos los contratiempos (tanto de montaje escénico como de adaptación del
texto y de actuación) que se le puedan presentar en este tipo
de espacios, por lo tanto ofrecen un fogueo y crecimiento que
en ocasiones no puede aparecer cuando hay muchas "comodidades" de por med io.
-En Torreón, Coahuila estuve en un es pacio (ya cerrado)
Uamado "El Xamán, Cent ro Cultural del Desierto", en Monterrey, Nuevo León el "Centro Cultural Monterrey" (ya cerrado) y en SaltilJo, Coahuila "El rincón del teatro" (és te último
tengo la duda acerco de denominarlo alternativo o no).
A los tres fue con el mismo montaje; "De príncipes, princesas y otros bichos" de Paola Izquierdo.
-Desde luego fue una experiencia interesante, enriquecedora, frustrante, pudimos sobrellevar las carencias tecnológicas de los espacios: en el Xamán era un patio por lo tanto
la iluminación era nula, pero nos llevamos problemas como
lluvias, la gente no sabía dónde era, la falta de interés, pero a
fin de cuentas las dificul tades sie mpre aparecerán, afortunadamente no era mi única fuente de ingreso ese montaje, de

lo contrario qu izá mi romanticismo ya se hubiera derre tido
cual vela de cera, pero, como comen té más arriba, son experiencias que te ponen al límite y te demuestran si tienes la
capacidad de realmente dominar a las pequeñas masas, ya que
teniendo lo particular puedes dar el salto, más fácilmente, a
lo general. ..espero.
Marilú Martínez Rodríguez:
-Siempre exist irá la necesidad en el artista de expe rimentar
cosas diferentes, es algo que está den tro de nuestro inst into
creador, a mi parecer, al salirnos de los teatros nos enfrentamos a las condiciones primitivas y naturales del arte, nos
acercamos más al público, el contacto se siente mucho más
directo, en los espacios al ternativos desaparecen esas líneas
divisorias que delimi tan el escenario y del graderío, o simplemente se hacen menos perce ptibles. Hasta cierto pun to creo
que una sala de teatro con todos sus recursos tecnológicos, te
cobija, te cuida, te protege te da cierto co nfort, los espacios
alte rnativos creo que por el contrario, te desnudan, en el sentido revelador del término, te despojan del adorno, te enfrentan a la realidad de una forma muy diferente, quizá difícil de
explicar y entender. También te obligan a resolver las cosas
de otras maneras, el no contar con los suficientes recursos escénicos, es decir, la austeridad, luego te despierta el ingenio y
la creat ividad, descubres en la ocurrencia a veces las mayores
certezas, o lo contrario.
-Creo que e n general el público agradece el uso de estos
espacios, pues es como si tú le llevaras algo a su casa, porque
los lugares a donde uno acostumbra a ir se vuelven parte de
ti, de tu estilo de vida, tu hogar, a la gente le gusta conjugar
cosas, se puede beber una cerveza mientras ves tocar a un
músico, o comer una pizza mientras alguien te lee unos poemas, o tomar un café mientras ves una obra de teatro, en fin,
en una sala de teatro convencional no se puede ni comer, ni
beber, ni fumar, y en los espacios alternativos sí, según sea n
los casos y eso es un plus.
-A finales de mayo y principios de junio yo quise hacer

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�1REPORTA.E ESPECIAL
una lectura dramatizada en un espacio alternativo, el Mamamor, mi intención era presentar unos de mis textos dramáticos "Estación Hivern/Estación Invierno" y así dar a conocer
mi trabajo como dramaturga, por lo que la intención era simplemente eso: poder compartir mi texto, escucharlo, ver que
reacción encontraba en el público que acudía a ese lugar y ya
está; y la verdad es que fue una grata experiencia, como anécdota a propósito de es ta lectura, sucedió que uno de los días
de la presentación, unas chicas habían llegado a comer desde
temprano al lugar, no sabían que ese día habría una lectura, se
les aviso y se les invito a quedarse sí así lo deseaban, paso el
tiempo, ellas seguían en el lugar platicando, nosotros comenzamos la lectura y ellas decidieron permanecer hasta el final,
que bien, pensé, pero mis sorpresa fue al día siguiente cuando llega una de las chicas a pagar sus entradas de la noche
anterior, ya que se d ieron cuenta que había un costo por la
entrada a la lectura, y eso en su momento no lo supieron, así
que fue a pagar por la función, luego comento que les había
encantado, que se habían identificado mucho, en fi n, que les
había gustado mucho ... pues eso, para mí, fue el mejor pago,
y cosas como estas son las que me hacen amar lo que hago.
-Por eso creo que el uso de los espacios alternativos son
necesarios, no sólo porque encontramos nuevos códigos de
comunicación y de interrelación con el arte, sino porque nos
acercamos más a lo realmente fundamental y necesario para
que nuestro arte trascienda y eso es nuestro público.
Vidal Medina:
-En mi caso la idea surge cuando empiezo a pensar en nuevos modos de producción pa ra hacer teatro independiente.
La independencia te permite hablar libremente de lo que te
preocupa y no te sujeta a los tiempos y filtros institucionales.
Yo empecé a hacer teatro cuando veo que la literatura tiene
un obstáculo, el tiempo en el que llega al lector y el papel.
Entre que se escribe y se publica un libro pasa mucho tiempo,
en cambio entre que se escribe una obra y su materialización
escénica puede mediar mucho menos tiempo. Pienso en los
discursos teatrales como algo urgente; el teatro está sometido
a su tiempo y es hecho para su tiempo. He trabajado en varios
teatros independientes, primero en Fuenteovejuna, allá por
2006, un teatro bar que estaba en el Barrio Antiguo y que era
administ rado por Mario Cantú Toscano y su entonces esposa,
Elena, pero en el que colaboramos algunos miembros del desaparecido colectivo Contraseña: Coral Aguirre, Enrique Canales, Carlos Navarrete, Carla Monsivais, Jorge Luis Paz, entre
otros. Ese proyecto funcionó ocho meses, durante los cuales
no paramos de ensayar y montar obras de teatro. Luego tuvo
que cerrar por motivos económicos.
Tres años después, al lado de Món ica Jasso y de Yerika
Zambrano acondicionamos La Bodega de Dionysios como un
teatro en un barrio del centro con resultados poco favorables.
Pero levantamos una sala teatra l y lo hicimos con nuestros recursos humanos y económicos. Las condiciones de la ciudad
no era n las mejores en 2009. Había desconfianza de la ciudadanía y también inmadurez de nuestra parte. Luego vendría
la crisis de inseguridad de 2010 y 2011, durante la cual toda
la vida del centro se paralizó.
Monterrey era una ciudad difícil para el arte porque no
se había vuelto necesario antes de 2009 y se pensaba elitista.
Pero ahora las cosas cambian. La producción teatral no se detiene. Más cafés abren sus espacios para el teatro. Los artistas
de teatro buscan y hacen necesarios esos espacios porque los
necesitan para sobrevivir, así como la gente gusta de ir a esos
espacios y encontrar ahí el teatro.
Un teatro fuera de la élite teatral te permite generar otros
vínculos con nuevos públicos. Sin embargo también están las

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calles, los lugares abandonados, el riesgo de aparecer de súbito, las posibilidades de la imagen digital y el sonido... un
teatro no es necesario para que haya teat ro, cualquier espacio
puede ser el lugar al cual mirar, siempre y cuando ahí ocurra
algo que nos convoque. Ahora tenemos 7 Golpes, un ciclo de
monólogos breves. Cuando lo ideamos pensamos en ese nombre porque no sólo queríamos monólogos breves, sino sobretodo contundentes. Me parece que eso es lo que permite el
acercamiento. No vivimos tiempos fáciles, hay que hablar de
lo urgente, hay muchas dudas, pregu ntas, están pasando un
montón de complejidades en Monterrey, y por supuesto, en
todo México, pero de entrada se manifiestan de ciertas maneras en es ta ciudad. Hay que hablar de ello. Hay que hace
teatro de estas incertidumbres que nos atraviesan, de estos
golpes ... por eso 7 Golpes. Me interesa la eficacia más que el
éxito. Una práctica artística eficaz, y sin embargo en términos
prácticos, 7 Golpes ha tenido éxito, la gente ha llenado las tres
ediciones que ha tenido y ya hemos publicado el primer libro
con los monólogos de la primera edición. Obviamente que
muchas de las casas o sótanos no tienen ilu minación ni equipo. Nosotros hemos aprendido a trabajar así. Tenemos nuestras luces, conseguimos equipo de sonido adecuado cuando
no lo hay, conseguimos proyectores y lo que haga falta. Además he mos trabajado en bares y cafés. En el Café Iguana presenté 3 monólogos en una noche. Ahí la experiencia fue otra
co mpletamente distinta. Ahí tienen equipo y un espacio muy
grande, y la gente va. Tuvimos 70 personas en una noche,
nos fallaron cosas técnicas y ensayos, pero la gente respondió
y estoy seguro que mientras siga sucediendo la gente se irá
acercando más al teatro. El teatro puede servir para otras cosas además de para las que habitualmen te pensamos que sirve. Bertolt Brecht le lla ma la "refuncionalización" del teatro.
Puede servir por eje mplo para construir nuevos espacios de
reflexión y crear espectadores o para generar nuevos modos
de producción que nos hagan posible la vida en este mundo
haciendo lo que más nos gusta, vivir para el arte.

Conclusiones:
La idea de generar las mismas preguntas para creadores de distintas generaciones fue para evaluar la condición independiente
del teatro en Monterrey, respecto a esto David Colorado y Xavier
Araiza afirman que la condicionante de los espacios es que no
se consolidan, es decir, han salido a flote bastantes espacios y
todos han ido sucumbiendo por una u otra razón, lo interesante
es que la actividad teatral ha ido en aumento, los jóvenes como se
puede leer han invertido una gran cantidad de energía en crear
constantemente proyectos y no se han limitado a los espacios gubernamentales. Xavier Ara iza e [van Flores están fincando desde
su trinchera lugares específicos para escena teatral y no espacios
con giros económicos que abren lugar a expresiones escénicas.
La constante aquí es el interés por fomentar la comunicación
con el espectador y así mismo generar nuevos lenguajes, públicos
y formas de gestar proyectos, como fue el caso de Iván Domínguez que la idea se generó alrededor de espacios no convencionales, por lo tanto la búsqueda creativa no solo se centra en el
espectador sino también se abre a las cualidades imaginativas
del director y su equipo.
Espero que un futuro cercano la oferta y la demanda de proyectos teatrales generen espacios y una competencia sana que
permita la profesionalización de los grupos para que los espacios
que emergen no se sumerjan en el olvido con el paso del tiempo.
La idea es anclarnos a la idea .

�ENTREVISTA A •
MOANI COMPEAN
PROPIETARIO
DEL
,
CAFE NUEVO BRASIL
POR VIDAL MEDINA
Moan, Campean en el Café Nuevo Brasil Foto Adnan Bact

El Café Nuevo Brasil es un lugar tradicional del ce ntro de Monterrey, ubicado en la calle de Zaragoza, a un costado del periódico El
Norte, es y ha sido, por más de 60 años, un espacio en el cual muchos escritores, pintores, músicos, políticos y periodistas se han
reunido a comer o a pasar una velada literaria, una tertulia musical o hasta algún debate político. Moani Compeán, su propietario
hace 30 años, nos cuenta que heredó este local de su padre y desde entonces funcio na tamb ién como un espacio que da cabida a
múltiples expresiones artísticas de la ciudad, como el teatro, que es el tema que nos reúne en esta ocasión. A propósito de la existencia y proliferación de espacios alternativos que alberguen al arte teatral, le hemos pregu ntado a Moani, qu ien también cursó
estudios de teatro, sobre su experiencia al respecto y nos ha contado lo siguiente:

Vidal Medina: Moani, tengo entendido que fuiste parte del movimiento teatral en los años ochenta. Cuéntanos un poco acerca
de esa experiencia. ¿Como era el teatro alternativo en esa época en Monterrey?
Moani Compeán: Yo inicio en el extinto taller del Teatro de

VM: Treinta años ya que el Café Nuevo Brasil presenta obras
de teatro, ¿cómo ves la participación de los nuevos grupos de
teatro en este espacio, cómo era hace treinta años y cómo es
ahora?
MC: Al principio era intenso porque obviamente iba solo en

la República. Participé en el último de los talleres teniendo
como maestros a Clemente Monarrez, Jorge Segura, Paco Sifuentes y Rogelio Villarreal. Fue el ú ltimo taller porque inmediatamente después se empezó a construir la Macroplaza,
y el teat ro fue destruido. Posteriormente nos aglutinamos en
la Pinacoteca y en el Aula Magna de aquel entonces para organizar nos y seguir haciendo teatro con el apoyo de la universidad o co mo independien tes. A la par, en ese entonces,
estaba el también extinto Instituto de Cultura de la Universidad y estaba la Escuelita de Teatro. Dos años después de
eso me voy a estudiar a la Escuela de Artes Escénicas a la par
que mi carrera profesional en Comunicación. Mi experiencia con ellos fue básicamente en los talleres. En el taller de
teatro universitario hic imos obras de Shakespeare, Chejov y
Carballido, bajo la dirección de Paco Sifuentes y de Clemente
Monárrez. Posterior mente en Artes escénicas fue con Sergio
García, Virgilio Leos y Paco Sifuentes. Raúl Morantes y Minerva Mena Pe ña también fueron mis maestros. Egresando de
las dos escuelas vi la necesidad de subsistir, aquí en el Nuevo
Brasil, apoyándome en el esquema de que cualquier espacio
es vital y propicio para hacer teatro. Compaginé el pequeño
espacio que hay pa ra hacer teatro de bolsillo o montajes con
pocos personaJes.

esto del espacio alternativo. Ahora, tengo entendido que hay
más espacios que hacen exactamente lo mismo que yo y que
nacen con ese espíritu. Obviamente yo le apuesto a treinta
años de servicio atrás y sobre todo al servicio de alimentos,
por qué, porque andar por la libre no es fácil. Tienes que tener apoyos económicos.

VM: ¿Hace cuánto tiempo que en el Café Nuevo Brasil se presentan obras de teatro de pequeño formato?
MC: A partir de 1990, que es cuando yo lo tomo personalmen te, para ese entonces mi padre ya llevaba 30 años aqu í y
a partir de entonces inicio aquí con pequeñas obras de teatro
y hasta rutinas de danza contemporánea, a la par que hacemos exposiciones de pintura, fotografía y presentaciones de
libros.

VM: ¿El Café ha funcionado con apoyos económicos externos?
MC: No, totalmente independiente. Nos estamos moviendo
exclusivamente como independientes. No hemos met ido
n ingu na beca relacionada con apoyo a espacios. Y los grupos
o las personas que se presentan aquí, pues nos pone mos de
acuerdo con ellos y en base a sus entradas y mi consumo llegamos a un acuerdo.

VM: ¿Cómo es el acuerdo con los grupos?
MC: Yo mido las magnitudes que trae el trabajo. Por ejemplo
con base en recomendaciones y viendo el trabajo mismo. Lo
que aportan los grupos es u na cantidad de alrededor del 10%
para el café y lo demás para el grupo o la gente que trae el
trabajo.

VM: Por último, tienes algún día destinado a la programación de
teatro o cómo le hace la gente para programar aquí sus obras?
MC: Yo obviamente los invito a que vengan a agendar aquí su
trabajo, a que vean la sinergia que se puede hacer entre nuestra promoción y la de ellos, y que no dejen de hacer cosas.
Ahorita hay muchos directores de teatro y muchos actores,
esto se vuelve todavía más complejo para obtener los apoyos
institucionales y obviamente esta es una alternativa para hacer lo que a uno le gu sta. Y si no es aquí, será en otro espacio,
o en otro o en otro, pero que no dejen de hacerlo. La idea es
mantener el espíritu libre.
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�1REPORTAJE ESPECIAL

ENTREVISTA REALIZADA
A ALLAN DURELL
PROPIETARIO
DEL
,
CAFE MAMAMOR
POR MAYRA VARGAS

Mamamor es en términos básicos u na cafetería, sin embargo para la comunidad artística se ha convertido en un espacio de recreación. Se ha caracterizado por su calidad artística y las oportunidades que otorga al desarrollo escénico; sin lugar a dudas es un pilar
en la construcción de es pacios alternativos en Nuevo León, así que decidimos buscar al propietario y también actor, Allan Durell,
para saber su opinión.

Mayra Vargas: ¿En qué año y cómo surge "Mamamor", en su
concepción se pensó en un espacio escénico o eso surgió después?
Allan Durell: Mamamor surge en el 2001 y su concepción
siempre estuvo ligada a la difusión cultural. En ese año el
primer evento que hicimos fue financiado por una beca de
CONARTE que ganó mi hermano, Bryan Durell; en este evento se invitó a artistas de diferen tes disciplinas a realizar una
propuesta en la que el público fuera parte de la misma, en
los siguientes años se siguió trabajando en otros eventos con
la misma estructura, entre ellos: Caer Virtual y Amazónicas, presentados en el Barrio Antiguo. En el 2012 creamos
un portal en internet MAMAMORTV, donde hac ía mos video
streaming de en trevistas a los artistas, productores y creadores art ísticos de nuestro Estado, con el fin de conocer lo que
sucedía en la escena artística local. En el 2013 abrimos un
espacio donde vimos la oportunidad de ofrecer un foro que
funcionara co mo plataforma real para la creación artística, no
solo para el teatro sino para las diferentes disciplinas del arte
y también ser un punto de encuentro entre el público y los artistas, por otro lado nuestra afición al ciclismo y la nutrición
están impresos en Mamamor y es por eso que ofrecemos desde un Spirusmoothie hasta un café para despertar los sentidos.
Y justo acabamos de celebrar el primer aniversario en este
nuevo espacio ub icado e n Plaza La Purísima.
MV: Desde tu perspectiva qué hace falta para que los espacios
alternativos se consoliden, qué se puede mejorar?, y por ultimo,
¿qué papel toma el hacedor escénico en estos espacios, qué les
falta a ellos para que estos lugares sean plataformas claras para
la inserción y consolidación de espacios independientes.?
AD: Creo que para que los espacios se consoliden o tomen
presencia, se trata de tener una cartelera m uy activa y multidisciplinaria, que apuesten también a la producción y realización de eventos culturales que ayuden a regenerar el tejido
social y que integre n a su com unidad, y no solamente vender
ent retenimiento pasivo; que los grupos artísticos vayan también en la busqueda de explotar sus propuestas en estos nuevos espacios y que su gestación no este enfocada a un espacio
establecido. Y para mejorar esto, falta el principio básico de

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la oferta y la demanda. Entre más grupos artísticos existan
y estén en la búsqueda de hacer vivo su discurso, más foros
irán apareciendo. Como hacedor escénico existe de mi parte un compromiso de no sólo estar presente en los montajes
o ser parte de un grupo escénico, sino aprovechar la oportunidad de contar con un foro y ofrecerlo como plataforma
cultural esperando que esta acción se vuelva una act ividad
cotidiana en nuestra ciudad. Desde mi punto de vista me parece que hace falta compromiso de parte de todos nosotros,
los hacedores artísticos, el aportar a nuestra ciudad eso de lo
que carece: expresion art íst ica. Hay que estar realmente comprometidos con lo que hacemos y creemos y de es ta manera
haremos que la creación artística prospere.
MV: Cual ha sido tu experiencia con los grupos (de manera general) y cúal ha sido el principal obstáculo?
AD: La experiencia ha sido muy enriquecedora y creo que
ha sido para ambas partes, ver como los grupos se adaptan a
un espacio diferente al cuál su proyecto no es taba concebido
y como el público acepta el trabajo y entra en una convención con el artista, sobre todo que se encuentra en un espacio
abierto al sonido externo y act ividades fuera del contexto de
la obra. El principal obs táculo pudiera ser que aún no hay una
gran var iedad de proyectos escénicos que tengan la versatilidad de ser presen tados en un espacio que no es un tea tro,
pero sin duda en el ultimo año he visto como proyectos se
han ido adaptando a estos nuevos espacios, con lo cuál espero
que el obstáculo pasen a ser las lluvias en nuestra ciudad.
MV: ¿Qué sigue para el "Mamamor"?
AD: Continuar desarrollando la plataforma en internet y ofrecer una programación que genere contenido, así como seguir
realizando y produciendo eventos cul turales.

�' I

�1REPORTA.E ESPECIAL

LA BODEGA DE
DIONYSIOS

,

UNA MIRADA A LA PRODUCCION
INDEPENDIENTE EN MONTERREY
POR VIDAL MEDINA

En 2009 el panorama del teatro independiente
en Monterrey era ciertamente desolador; fuera
de los espacios institucionales no existían lugares para hacer teatro. Había, eso sí, un montón
de antros en el centro, pero ningún teatro independiente. Los intentos fugaces que existieron,
como Fuenteovejuna1, se habían esfumado para
entonces. Era necesario reactivar la vida del
teatro independiente. Se veía venir la crisis de
2010 y 2011, pero para entonces no sabíamos lo
que ocurriría. Nosotros pensábamos como artistas productores más o menos en los términos
que los define Walter Benjamín:
Mientras el escritor ( artista) experimente sólo
como sujeto ideológico, y no como productor, la
tendencia política de su obra, por más revolucionaria que pueda parecer, cumplirá una función
contrarrevolucionaria ( .. .)El lugar del intelectual
en la lucha de clases sólo pude ser establecido - o
mejor, elegido- con base en su posición dentro del
proceso de producción.
La Bodega de Dionysios fue el eje central de un
proyecto que llevamos a cabo como Teatro de
los Peripatéticos AC, una asociación civil constituida por Yerika Zambrano, Mónica Jasso y un
servidor, cuyo principal objetivo era producir
y promover teatro contemporáneo. La idea era
apostar por un teatro totalmente independiente. En la sala se programaría teatro local, nacional y hasta internacional, siempre y cuando
fueran producciones independientes. Un teatro
de calidad como aparato de resistencia respecto a los medios de producción acostumbrados,
en los espacios acostumbrados y para el mismo
público.

En marzo de 2015 se cumplen seis años desde
que inauguramos La Bodega de Dionysios, un 25
de marzo de 2009. La distancia me permitirá,
espero, cierta objetividad, aunque no podré de-

• Espacio independiente del Colectivo Contraseña. Fuenteove¡una. Barrio Antiguo.

46

w

"La idea era organizar en torno al
teatro un aparato de resistencia
respecto a los medios de producción
acostumbrados".

jar de lado mi punto de vista, es decir, la obligada subjetividad de quien
recuerda a veces de manera borrosa y a veces de manera nítida, los errores
y aciertos de aquella batalla perdida.
En cuestión de recursos podemos hablar de precariedad. Pongámoslo así,
nosotros rentamos la bodega y la acondicionamos, hicimos la publicidad y
además montamos las obras.
La bodega contaba con 20 metros de profundidad, 5 metros de altura y 5
de ancho. El trabajo de iluminación fue realizado por Roberto Cueva, "El
flaco", quien diseñó una iluminación de bajo costo y funcional con lo que
tenía a la mano. Focos, pares, leds, latas de chile y de cerveza. Tenía mos
montadas 16 luces en 5 varas, todo controlado por d immers y una instalación eléctrica impecable.
Recursos humanos de primera mano, con eso contamos siempre; nuestros
cómplices en este proyecto fueron, además de Roberto Cueva "El Flaco",
Lourdes López Castro, quien fungió como productora; la arquitecta Mariana Cabello Campuzano, quien diseñó el espacio del teatro; y los actores
que participarían en la obra inaugural: Iván Ontiveros, Laura Garciandía y
Homero Saldaña.
Con la Asociación Civil como respaldo, la idea era capitalizarnos a través de
donativos. Para efectos de equipamiento conseguimos dinero de Conarte,
quien nos donó 10 mil pesos, con los cuales compramos pintura y focos;
las butacas fueron donadas por el Sindicato de Trabajadores del Estado; y
teníamos también libros de teatro, porque la idea era tener una biblioteca
especializada, esos libros los donó la Embajada Argentina en México y algunos amigos. Los técnicos del Teatro de la Ciudad nos ayudaron a instalar
las butacas; los telones eran de Yerika Zambrano.
No está de más señalar que lo invertimos todo en ese proyecto: tiempo,
dinero y energía.

�A mediados de marzo la Bodega ya contaba
con iluminación, butacas y telones; la comunidad teatral de Monterrey había sido invitada a
entregar carpetas para la programación de sus
espectáculos en la sala. La inauguración estaba
pactada para el 25 de marzo. Roberto Vi llarreal,
director del Teatro de la Ciudad y el d irector
Luis Martín Garza fueron las personalidades invitadas para cortar el listón inaugural. Además
de la ceremonia propiamente dicha se programó la presentación del libro Tengo a mi vieja
encerrada en el armario, para lo cual estaba invitado el dramaturgo y editor de Anónimo Drama, Carlos Nóhpal, quien había hecho el viaje
desde el Distrito Federal con los libros recién
im presos. Posteriormente vendría el estreno de
la obra.
Estamos en marzo de 2009, la ciudad de Monterrey está entrando en un hoyo negro. Habrá
todavía una catástrofe natural y una crisis de
seguridad que le cambiarán el rostro definitivamente a la ciudad. Pero estemos en 2009 un
poco más, en la calma que precede a la tormen ta: La proliferación de ant ros hacen del centro
un terreno de cultivo para el desastre, ¿quién
querría poner un teatro? ¡No quere mos teatro!
A mitad de la función irrumpen gritos en la calle: ¡No queremos teatro! Los vecinos golpean
la puerta de lámina. Aunque la función se lleva
a cabo a puerta cerrada los gritos son audibles
en la sala. Las puertas hacen mucho ruido y las
están golpeando. Los actores, como parte de la
representación, gritan: ¡Pinches almorranas! y
al parecer son escuchados por los vecinos en
la calle, porque estos suben el tono y golpean
con más fuerza las puertas de lámina. Hace mucho calor. La Bodega no tiene climas. Toda la
gente está sudando a chorros cuando termina
la función . Se abren las puertas. Afuera siguen
los gri tos. Forcejeos entre los vecinos y la gente
que sale. Algunos vecinos cargan pancartas: ¡No
queremos teatro!, ¡No al teatro!
¿Quién querría poner un teatro?

La Bodega de Dionysios estaba situada en un
barrio antiguo muy cerca de los condominios
Constitución. La gente que conoce Monterrey
sabe que este es un barrio popular donde viven
al menos unas 20 familias que en su mayoría
son personas de la tercera edad aunque tamb ién
hay gente joven. Los vecinos tuvieron miedo de
que su barrio se convirtiera en un tugurio. No
sé qué idea tendrían de nuestro teatro, pero
pensaban que aquello se iba a llenar de carros
y de gente.

Tengo a m1 v1eJa encerrada en el armario O,r /van Ontiveros
La Boaega cJe D1onys10s Foto Veron,ca Enenkel

Tengo a m1 v1eJa encerrada en el armario o,r /van Ontiveros
La Boaega t1e D1onys10s Foto Veron,ca Enenkel

dones de la Bodega en la que todos los vecinos involucrados estuvieron
presentes. En esa junta se les presentó el proyecto de la Bodega, con pelos
y señales. Los temores de los vecinos estaban vinculados con el ruido, con
la proliferación de autos que invadirían sus casas y con la aglomeración de
gente. Les aclaramos punto por punto sus dudas. No debían temer la invasión de coches porque había un estacionamiento disponible justo a media
cuadra del lugar; respecto al ruido, nos comprometimos a invertir dinero
para aislar las paredes del teatro; y respecto a los horarios de funciones
(estaba el te mor de que aquello se convirtiera en un tugurio nocturno),
acordamos horarios flexibles .

No volvimos a dar otra función en la Bodega ,
que se mantuvo abierta algunos meses más pero
sólo sirvió para ensayar. Al día siguiente de la
inauguración, Protección Civ il se hizo presente
y nos clausuró el lugar. El municipio nos pidió
firmas de anuencia de los vecinos para darnos
un permiso de trabajo.

"Váyanse para otro lado, aquí no queremos ni necesitamos un teatro", se
oyó el grito de una mujer identificada como la líder del barrio, aunque no
vivía ahí: "No obtendrán nuestras firmas, llévense su teatrito para otro
lado". Al final obtuvimos cuatro firmas de las doce que necesitábamos y
con cuatro firmas era obvio que no obtendríamos el permiso del Municipio.

Organizamos una junta vecinal en las instala-

Uno de nuestros mayores errores, y el que sin duda nos costó el teatro,
fue no hablar con los vecinos antes de arrancar este proyecto. No les plan-

47

w

�1REPORTA.E ESPECIAL
Necesitamos espacios de trabajo. En Monterrey
los teatros oficiales son muy pocos y no pueden
responder a la demanda de las nuevas generaciones de actores y directores egresadas cada
año de la universidad. Tenemos muchos artistas
de teatro pero pocos teatros y nos tenemos que
sujetar a la programación oficial de festivales
y encuentros que organiza en su mayor parte
la institución cultural del Estado: CONARTE.
Por eso es necesario cambiar la mirada del artista y asum ir nuestro papel como productores. Productores en el más amplio sentido del
término. Los artis tas rea lmente necesitamos
espacios de trabajo. Si esos espacios no existen
tenemos que crearlos. Faltan teatros, cabarets,
plazas públicas, cafés, que se abran al teatro.
En Monterrey no había en 2009 nada parecido
a un circuito para el teatro independiente. Hoy
nuevos espacios están surgiendo. Esperemos
que surjan más espacios en los que la vida del
teatro se expanda, pero no surgirán por generación espontánea, son necesarios los procesos de
crecimiento. Para que el teatro independiente
de Monterrey merezca la mayoría de edad tiene
que construir su sitio dentro la sociedad en y
para la que vive.
Por ello creo que la experiencia de La Bodega
de Dionysios, me enseña que el teatro tiene que
escuchar a la ciudadanía y trabajar con ellos. No
co mo hace un político en campaña, prometiendo cosas; tampoco quiero decir que el teatro
tenga que darle gusto a la gente; sino que puede
manifestar su compromiso político hacié ndose
parte de la comunidad en la que trabaja.
Se puede producir teatro fuera de los marcos
institucionales. Si la gente ve teatro en otros espacios, hecho de otra manera pero con calidad,
los flujos de dinero se diversifican y el teatro
llega a más gente. Nuevos contenidos van de la
mano con nuevas formas de producción. No es
posible hacer un teatro revolucionario dentro
de los mismos esquemas obsole tos de producción, ya lo dijo Brecht.
Tengo a m1 vteJa encerrada en el armario D1r /van Onllveros
La Bodega ae D1onys1os Foto Veronica Enenkel

tea mos lo que haríamos, vamos, ni siquiera lo pensamos. No fue algo que
pasara por nuestra cabeza en ese momento. Cuando los veíamos en la calle
y nos preguntaban, sin duda les decíamos que eso sería un teatro, pero no
nos imaginábamos que nuestro teatro generaría tal oposición.
Esta falta de comunicación con el entorno fue sin duda nuestro mayor
error. Un error de mirada. Sin duda nuestra juventud e ignorancia respecto
de có mo hay que intervenir un barrio fueron claves en nuestra derrota.
A ese "No queremos teat ro" le siguió un largo silencio y mucho miedo, le
siguió una crisis que dejó las calles del centro desoladas por las noches.
Se acabó la vida nocturna en el centro de Monterrey. Las luminarias se
apagaron por un tiempo. La crisis con nuestros vecinos es sólo un ejemplo
de los síntomas generales que vive la ciudad. Mientras ellos, los vecinos, se
oponen a un proyecto artístico, y nosotros, los artistas, no encontramos la
manera de comunicarnos, la ciudad se hunde en un hoyo negro incentivado
precisamente por la falta de oportunidades, de educación y de expresiones
artísticas, por falta de espacios.

48

w

A postar por la independencia no implica renunciar a los privilegios que otorgan las becas y
premios que se otorgan en México, sino salir del
círculo vicioso de la dependencia total. Apostar
por la independencia implica pensar como empresarios y productores y no sólo como artistas.
Por otro lado apoyar la creación de teatros independientes debería ser una obligación en los
presupuestos es tatales. Aunque por otra parte
todo proyecto realmente independiente tiene la
misión de generarse recursos provenientes de
otras fuentes y no exclusivamente del estado.
Es ahí donde radica uno de los mayores retos
de cualquier proyecto artístico independiente.
La decisión de montar una sala teatral con una
Asociación Civil co mo respaldo legal, tenía
co mo marco estas ideas sobre la independencia
y la profesionalización de los trabajadores del
teatro. La Bodega de Dionysios sin embargo murió de joven. Como he dicho arriba, la mayoría
de edad hay que ganársela, no basta merecerla.

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Del Au,laal Te·atro

•

Danza C:Ontemporánea
Dirección: .__

Jaime
Bla11c

Viernes 11 de HIIJO 20;00 bolas
Séllllda 17 ile IIIIJG, 20:00 lloras
Domlngq 18 de maro, 1MO lloras
Costa:$ 00) lidJlico en general / S40, maestros. es1ulf1811tes eINAPAM
TEIJRO ESPACIO •ROGEllO VllLARREAL BJZOIDO"
Dlreccl6n: Praga y111este sin. ColonlaResldérrclal Las Torres
campus Mederos de Ja ll'NL. Montent11. Nuevo León
INFIIRMl:S: 83578447 EXT.: 104

49

w

�1NOTICIAS

APRUEBAN EN EL
CONGRESO DEL ESTADO

LAS MODIFICACIONES
A LA LEY DE MECENAZGO
El 23 de mayo la Comisión de Hacienda del Congreso del Estado de Nuevo León aprobó el dictamen de reforma al artículo 159
bis de la Ley de Hacienda del Estado (la Ley de Mecenazgo), con el propósito de ampliar el estímulo a la creación y producción
artística en el estado. Horno Escenicus pidió la opinión de los vocales de teatro en Conarte, el Dr. Ángel Hinojosa y al maestro
Carlos Glieta quienes estuvieron involucrados por parte del gremio teatral; as í mismo también al director y promotor teatral el
maestro Luis Martín. Pregu ntamos a estas figuras del ámbito artístico y cultural de Monterrey: ¿Qué significan estas reformas?,
¿Qué repercusión concreta habrá en cuanto a la producción teatral en la localidad?, ¿Cómo surgió la iniciativa, quienes estuvieron
involucrados por parte del gremio artístico local?

Angel Hinojosa: Para contestar a estas preguntas haré algunos
apuntes históricos sobre el artículo 159 bis: El Artículo 159
bis de la Ley de Hacienda del Estado de Nuevo León fue adicionado a la Ley el 28 diciembre de 2009 bajo los siguientes
términos:

ARTICULO 159 Bis.- Los contribuyentes que otorguen
apoyos para la creación de obras literarias o art ísticas
de autores nuevoleoneses podrán acreditar, contra
el impuesto sobre nóminas a su cargo, una cantidad
equiva lente al 80% del apoyo otorgado, conforme a lo
siguiente:
1.-EI monto total del estí mulo fiscal a distribui.r no excederá de $6, 000,000.00 anuales;
2.-El monto anual del apoyo susceptible de aplicarse al
estímulo fiscal no podrá exceder de $500,000.00 por
creador ni por proyecto; y
3.-El monto a acreditarse no podrá exceder del 20%
del impuesto sobre nómina a cargo del contribuyente.
(REFORMADO, P.O. 26 DE DICIEMBRE DE 2011)
(Originalmente era el 10%)
Los estímulos previstos en este artículo podrán aplicarse a los procesos de creación de obras artísticas a
que se refiere la Ley Federal del Derecho de Autor, en
las ramas literaria, musical, dramática, danza, pictórica o de dibujo, escultórica y de carácter plástico, caricatura e historieta, guion cinematográfico y fotografía. Para los efectos de este artículo, no se considerará

50

w

como creación literaria ni artística la interpretación, la
ejecución, la reproducción, la divulgación o la difusión
de dichas obras ni quedarán incluidas las obras que
resulten de la adaptación o transformación de obras
originales, ta les como arreglos, compendios, ampliaciones, traducciones, adaptaciones, paráfrasis, compilaciones y colecciones de obras literarias o artíst icas.
Los apoyos serán inembargables, deberán proporcionarse en dinero y el contribuyente podrá optar por
entregarlos directamente al creador o hacerlo a través
del Consejo para la Cultura y las Artes de Nuevo León,
conforme a las reglas de operación que este organismo
expida.
Los apoyos otorgados en los términos previstos en
este artículo no podrán acumularse a otros es tímulos
que se otorguen en relación con diversas contribuciones federales, estatales o municipales.
Corresponderá al Consejo para la Cultura y las Artes
de Nuevo León la autorización de los proyectos de
creación literaria y artística y el establecimiento de los
requ isitos y trámites que deberán cumplir los interesados para hacerse merecedores del estímulo fiscal.
El Consejo para la cultura y las Artes de Nuevo León
deberá publicar en su página de Internet, dentro de
los meses de julio y enero de cada año, un informe
que contenga los montos erogados durante el primero
y segundo semestres del ejercicio fiscal respectivo, según corresponda, así como las personas beneficiadas

�con el otorgamientos del estímulo fiscal y los proyectos de creación artística y literaria de dicho estímulo.
La Secretaría de Finanzas y Tesorería General del
Estado, con base en su disponibilidad presupuesta(,
podrá ampliar las cantidades previstas en el presente
artículo. Asimismo en el ejercicio de sus facultades,
verificará el correcto uso del estímulo fiscal.
El artículo tuvo un primer ajuste en el 2011 en relación al
porcentaje del punto 3: cambió del 10 al 20%.
Originalmente el apoyo estaba enca minado al proceso de
creación artística, se excluían los procesos de producción escénica, ya que se consideraban efímeros y material no tangible.
En la última modificación ya autorizada y que en tra en
vigencia a partir de julio del presente se logró lo siguiente:
1.- Quedan incluidas las producciones escénicas: teatro,
danza y música, como categorías para ser apoyadas, además
de las ya existentes de literatura, cine y artes visuales.
2.- Hubo un incremen to en el monto to tal del estímulo fiscal a distribuir anualmen te: pasó de 6, 000,000 a 15, 000,000.
3.- El apoyo por creador o por proyecto aumentó hasta de
1, 000,000 por proyecto de producción escénica y de 500,000
para creaciones artísticas no escénicas.
Considero que con estas reformas se hace justicia a los
proyectos escénicos para ser tomados en cuenta como procesos creativos ya que anteriormente no eran tomados en
cuenta en esta Ley. As í mismo el aumento del monto es importante, ya que en los últimos años las cantidades asignadas
eran insuficientes para la demanda de proyectos solicitantes.
El aumento del presupuesto y la ampliación del margen de
procesos artísticos repercutirá en el aumento de producciones con suficiencia de recursos, la formación de compañías
independientes que ya no sean una carga para el Estado y que
den lugar a que las becas sean aprovechadas por las nuevas
generaciones como plataforma para desarrollar una carrera
más profesional, la profesionalización del quehacer escénico
en nuestra localidad con capacidad de co mpetitividad con
las gra ndes producciones que viene de otras partes y lo más
importante, la repercusión social y cultural que conlleva el
fomento del arte en nuestra sociedad..
La iniciativa su rgió del Consejo de CONARTE en su etapa
(2010- 2013) desconozco a ciencia cierta qu ienes fueron los
que la generaron, pero tengo entendido que el gremio de Teatro tuvo una participación muy especial, aunque no se llegó
a nada en concreto. Al iniciar el nuevo consejo retomamos
el tema como punto importante a lograr y realmente participamos todos los consejeros representantes de los gremios,
redactamos un escrito donde exponíamos los motivos de la
necesidad de cambios y estuvimos "cabildeando" con los diputados para que apoyaran el proyecto. Realmente hubo poco
apoyo del gremio teatral para esto último, pero señalar a algunos teatristas que nos ayudaron as istiendo al Congreso: Luis
Martín, Rubén González Garza, Javier Serna, María Isabel el
Bosque, Iván Domínguez y Marlene Flores, quienes siempre

estuvieron presentes ... Y bueno estamos muy contentos por
el logro y seguros de que el resultado se verá a corto plazo.
Fuera del Distrito federal, somos el único Estado de la República que cuenta con este tipo de apoyos.
Carlos Gueta: Consistió en lo siguiente: Una mod ificación en
los montos, un incremento de 6 a 15 millones de pesos y lo
más importante, la posibilidad de producción escénica. Con
esta modificación a la ley de mecenazgo una empresa puede
apoyar una producción escénica por un monto de hasta un
millón de pesos... Que repercusión tendrá en la producción
del estado, creo que lo más importante, pensar en la posibilidad de puestas en escena con un rigor más profesional, pues
implica una serie de requisitos, muy parecidos a los solicitados en EFITEATRO. ¿Dónde surgió esta iniciativa? Desde
el pleno del consejo, por una iniciativa de un servidor y del
Doctor Javier Serna siendo consejeros del gremio ante Conarte, y que en su momento no se podía modificar la ley,
porque la misma debía ser efectiva para después solicitar su
modificacion, y fue hasta esta vocalía que tanto el Doctor Ángel Hinojosa, como un servidor pudimos darle continuidad a
dicha reforma, incluso fue uno de mis compromisos, en este
segundo periodo de consejero. La iniciat iva estuvo en todo
mo mento apoyada y dándole seguimiento, pero sobre todo
participando activamen te. El maestro Luis Martin, la joven
actriz Isabel del Bosque, mismos que estuvieron conmigo el
día que se votó a favor de dicha modificacion, así como los
vocales de las áreas de pláticas y música.
Luis Martín: La aprobación del dicta men de reforma va a permitir que producciones escénicas de teatro, danza y música
real izadas por un creador art ístico puedan aplicar para ser
beneficiadas en esta ley. En la ley aprobada en Nuevo León
se limitaba la aplicación a los escritores y guionistas de cine.
O sea que hubo una pifia grave, que dejaba fuera como creadores artísticos a directores escénicos, musicales, coreógrafos y disefiadores de espacios escénicos (escenógrafos). Era
una aberración porque el proceso de creación art ística que
requiere más recursos es precisamente la producción escén ica y en la ley aprobada solo se contemplaba la creación literaria o guionista de un proyecto. Puede haber repercusión,
si realmente hay iniciativa por parte de los creadores y convencen a los empresarios de participar en proyectos de nivel y calidad profesional. Siempre tendrá que haber una base
de producción aportada por el creador o su productor o que
haya sido parcialmente apoyada por alguna institución, pues
la aportación de la Ley de Mecenazgo no es por el costo total
de un proyecto. La iniciativa se presentó desde hace más de
un afio por los representantes de los gremios de teatro, danza y música registrados en CONARTE. Fue presentándose en
tiempo y forma la documentación que sustentaba la reforma
al artículo 159 Bis de la Ley de Hacienda y estuvimos as istiendo a sesiones de trabajo con las Comisiones de Hacienda
y de Cultura en el Congreso. Yo estuve acompañando a Ángel
Hinojosa en todas esas sesiones y ta mbién asistían algunos
colegas de las t res áreas mencionadas.

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w

�1NOTICIAS

''LA ESTACIÓN'',
DA UNA FUNCION
A BENEFICIO DE
FRANCISCO DE LUNA
La Es1ac,on Foto Arturo Torres

El 22 de julio a las 20.00 horas en Teatro Espacio "Rogelio Vi llarreal" de la FAE se orga nizó una función especial de la obra
"La Estación" a beneficio del colega y amigo Francisco De
Luna, quie n había sido hospitalizado anteriormente. En vista
de su próxima nueva cirugía y de la fa lta de seguro de gas tos
médicos (como la mayoría de las personas que conforman el
gremio de artistas en el estado de Nuevo León). La actriz Janina Villarreal invitó colegas, amigos, público en ge neral para
apoyar moral y financieramente al actor Paco de Luna.

*La Estación: Texto, Espacio y Dirección Escénica: Antonio
Craviotto. Actúan: Víctor Martínez y Aglaya Lingow. Iluminación: Gerardo Valdez. Musicalización: Víctor Martínez, Craviotto y Jaime Blanc.
Francisco de Luna enfunc,on a beneficio Foto Arch1voFAE

JOVEN DRAMATURGA
REGIOMONTANA
PREMIADA EN FESARES 2014:
Celeste Espinoza Uribe recibió el Premio Especial del Jurado
Ópera Prima en Dramaturgia del Segundo Festival Estatal de
Artes Escénicas de Baja California, por su obra La interesante
historia del origen de la palabra ciclo, presentada en ese certamen por Alethéia y Minotauro Teatro, bajo la dirección de
Ana Riojas.

52

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Ce/es1e Espmoza Fo10 cortes,a
de la autora

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ri\OJ1AD IEARfESEBCSiCAS

TEATRO
■ ESPACIO

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Taller

Método Dalcroze
En1señanza para el aprendizaje activo

lrm¡partida
por el maestro:

1ra m,ar Rodrigues
(Suiza)

• • •
Dirigida a los alumnos y egresados de las llcenclaturas de
Arte TeatAI y Danza contemporánea
lnicioSábado22defebrero, 11::00 a 14:0&lt;&gt;Hrs..
Lunes 24, marws 25 y miercoles 26. 11:00 a 14.."00 H'rs..
Jueves 27, 9l00 a l :2:-00 Hrs.

TEATRO ESPACIO~OGEUO 1/UARREAL EUZONOO"
Pra,g.a -, Trieste :sin. Cownla Re5ideodal las Torres
Campus~ de la UANL. Montm'éy, Nuél/,0 León
INFORMES; 83S78447 EXT.; 104

il

l'r\2020
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�1DE LA FAE PARA EL MUNDO

INTERACTIVIDAD
,

EN LAS ARTES ESCENICAS
POR VERÓNICA CRUZ

Tesi Room Contaninmg Mul11ple St1muU Know 10 Ec1Ut Cunos,ty and Manipulatory Responses Coreografo Mike Kelley Foto Archivo FAE

¿Cuál es la diferencia entre una experiencia artística en un cine y en un
teatro? ¿Por qué las artes vivas 1 permanecen vigentes a través de la historia,
aún en una era tecnológica? ¿Cuál es el rol del espectador en el arte vivo?
Estas son algunas preguntas que podrían desarrollarse hac ia discursos diversos y sin embargo confluyen en un término clave: Interactividad.
La interactividad es un concepto polisémico con diferentes acepciones
según el campo de estudio e incluso el lugar donde se estudia. En sus orígenes el término in teractividad se explotó principalmente en el área de la
informática y la telemática para hablar de la relación de intercambio de
información entre una máquina y un usuario. Poco a poco, co mo "por efecto
de elasticidad semántica" 2 la palabra tomó nuevas dimensiones. En el ca mpo
de las artes, se escucha frecuen temente en creaciones que buscan incluir o

fusionar elementos tecnológicos con alguna disciplina artística. Aron Smuts ofrece un análisis
del término donde se expone su utilidad para
propósitos generales. Aplicable a todo campo:
arte, artefactos o naturaleza.3 Del mismo modo,
establece que las respues tas, para ser consideradas interactivas, deben estar comprendidas
en un rango: uno no puede interactuar con algo
completamente controlable, ni con algo que
responde de manera completamente impredecible.•
La interactividad en las artes vivas se pue-

• A rtes que impLican una emisión sincrónica e in situ de al menos una parte de la obra anlstica. lmpUcan alguna ejecución en vivo, pueden ser: performance, danza.
teatro, música, ópera, circo, artes de la caUe, etc.
'GUÉNEAU Catherine, L'interactivité · une défimtion introuvable, In: Communication et langages. N"145, 2005, pp 118.
'SMUTS Aaron. Whal is interact ivi1y?, The j ournal of Aesihetic Education, Volumen 43, No. 4, Estados Unidos: Universit y of IWnois Press, 2009, pp. 53.
'Op.Cit. pp.64.

54

w

�de examinar a partir de esta concepc1on. Primeramente, consideremos la obra artística en
términos de comunicación. A manera de generalización podemos usar el modelo básico
de co municación para comparar al equipo de
producción, creación, dirección, actores, bailarines, músicos, performers, etc., como parte
del proceso de emisión. La obra es transmitida
como un mensaje que es dirigido hacia un público. Así, en este sistema los espectadores tomarían el rol de receptores. De este modo ten dríamos un flujo comunicacional unilateral. Es
decir, la emisión va sie mpre en el mismo senti do y los receptores sólo decodifican el mensaje
y reciben cierta información .
Sin embargo, para representar los flujos
comunicativos tenemos que añadir algo más.
La recepción del mensaje por los receptores
se abre frente a uno de los grandes debates del
arte: el dilema del d iscurso artístico o de "entender la obra". La interpretación del mensaje por los receptores en este caso depende de
varios principios comunicativos.5 El lenguaje de
una ob ra -o código significado- es interpretado
por cada espectador de manera personal convirtiéndose en un "co-cons tructor de sentido".
Así, en mayor o menor medida, cada receptor
toma parte e n el proceso creativo de la obra de
manera cognitiva. El proceso discursivo y situacional de interpretación de la obra redefine la
obra misma.
Ento nces, ¿Cómo se vuelve este sistema un
sistema interactivo? Recordemos que una obra
de arte vivo, implica como característica intrínseca su unicidad. La emisión de la obra es hecha
en un tiempo y espacio único e irrepetible y
por supuesto, la recepción también. La emisión
y recepción sincrónica del evento artístico ofrece la posibilidad de que se dé una retroalimentación6 del público receptor hacia los emisores.
Mucho se hablado de la influencia de los
espectadores sobre la obra. Principalmente en
el formato de arte escénico tradiciona/7 donde
las convenciones sociales suponen la presencia silenciosa del observador. 8 Incluso en este

Modelo Interactivo de la comunicación

Canal de retroacción
Fuente Bertranó (1995, p 20) en WARNIER JP. La mondiaúsat,on de la culture,
Pans La óecouverte. 2007

contexto, donde el espectador permanece físicamente aislado de la acción
dramática -o del texto performático-, donde se man tiene en silencio, en la
oscuridad, sentado en una butaca, aún en estas condiciones, se refuta una
pasividad del espectador.
Mathias Broth 9 desarrolla un estudio sobre la influencia que un público
en estas condiciones de expresividad limitada puede hacer. Sosteniendo
primeramente que el ser espec tador es una postura activa, con actividades
especificas y que las reacciones del público, por ínfimas que puedan parecer, causan transformaciones a la obra. Si el público de una sala está en un
silencio absoluto, emite tosidos, suspiros de asombro, está inquieto o distraído, ríe, etc. Estos transforman la atmosfera y dan una retroalimentació n
directa a los ejecutantes de la obra redefiniendo cómo es ta se desarrolla.
Así, el flujo comunicacional es en pri mera instancia dirigido de emisor
a receptor para enseguida abrir un canal de retroacción donde el flujo de
comunicación se vuelve bilateral y acepta una retroalimentación del receptor que se transforma en "emisor de retroacción" como en el modelo interactivo de la comunicación de Bertrand.
Así se crea u na relación entre sala y escena donde las emociones y la
sensibilidad son compartidas en un flujo comunicacional bilateral. El espectador afecta al escenario del mismo modo que el escenario lo afecta a
él.'º

' Hay cuatro principios principales que innuyeo en la interpretación de un mensaje " El princip,o de alteridad que dice que lodo proceso de comunicación se construye a rravés de una interacción (real o supuesta) enrre dos enridades, el prmc,pio de influencia que supone que cada una de esas entidades busca modificar los
comportamientos o los pensamientos del orro, el principio de regu/JJción donde cada uno debe manejar el inrercambio de manera de volverlo posible y finalmente, el
princip,o de pertinencia que supone que las dos entidades, para validar el proceso, deben de rener un saber en co mún" . CHARAUDEAU Patrick, "Les conditions de
compréhension du seos de discours", Langage en FLE Text e et compréheosion, Revista ICI et LA, Madrid, Soc. General Española de Librerla, 1994.
• En término; de Smut 'respons,vidad' (responss,veness ) " La inrerac tividad requiere de algún modo de responsividad murua·. SMUT Aaron, Op. Ci1 64
'ReOriéndo;e al form ato de e;pectáculos pre;entado; en una escena, con una separación sala-escenario. siguiendo las convencione; sociale; y de formato utiLizadas tradicionalmente.
• " El conrrato espec1acular supone la presencia silenciosa del observador: el murismo consenlido del especrador Justifica el movimiento del acIor, seña/JJ que cada
uno asume su rol en los limiIes del 'hacer- parecer"' HELBO A ndré. Le Ihédtre : Iexre ou specracle vivanr. Paris : KLincksieck, (50 questions), 2007, p. 67
'Refiriéndose al form ato de e;pectáculos presentado; en una escena, con una separación sala-escenario. siguiendo las convenciones sociales y de formato UliLizadas tradicionalmente.
• " El conrrato especracular supone la presencia silenciosa del observador· el mutismo consenlido del especIador 1ustif1Ca el movimienro del actor, seña/JJ que cada
uno asume su rol en los limires del 'hacer- parecer"' HELBO André. Le Ihédtre : Iexre ou specracle vivanr, Paris : KLincksieck, (50 questions), 2007, p. 67
• BROTH Mathias, Agents SecreIs: Le public dans IJJ construcIion interaclive de IJJ représentalion rhédlrale, Universidad Upp;al a, Suecia, 2002.
10 Se puede ver más sobre l a r eciprocidad de acción del espectador y la e;cena en: BOUKO Catherine, Thédrre er récept,on · Le specIareur post-dramaIique, Bruselas: P.I.E. Peter Lang. 2010 .

55

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�1DE LA FAE PARA EL MUNDO

Foro Haywarr-Gallery

Esto es, viéndolo desde el punto de vista del teatro tradicional, donde
la brecha sala-escena se mantiene. Sin embargo, hay una gran variedad de
dispositivos 'no convencionales' donde esta brecha se reduce. Obras que
incluso requ ieren la participación, la toma de decisión explícita y hasta la
acción de los espectadores para desarrollarse. En estos dispositivos el grado
de interactividad aumenta, se le da un mayor poder de retroalimentación al
público haciéndolo parte creadora de la obra artística.
De hecho, cuando una obra artística rompe alguna de las convenciones
del modelo trad icional y ofrece algún tipo de 'innovación' sobrepasando las
expectativas del público también aum enta la interactividad. Esto es gracias
al comportamiento del espectador. 11 Éste se compone: al dirigir la atención
hacia los estímulos de la obra, al coordinarse con los emisores por medio
de una interpretación de las acciones emergentes y al tratar de prever los
elementos que surgirán a continuación, entre otros. Cuando un espectáculo

Tendencia de aumento de interactividad

Posibilidad de investigar
respuestas del receptor
a la obra

Percepción de imprevisibilidad

Fuente Elaborac1on propia

11

no es previsible para el espectador, se provoca
mayor involucramiento a nivel cognitivo y se
puede hablar de 'mayor interactividad'.
No se puede ignorar que estos grados son
en cierta medida variables y subjetivos puesto que son influe nciados por diferentes factores no medibles ni controlables. Por ejemplo,
La previsibilidad depende de cada persona, va
acorde a sus experiencias previas y su percepción personal. Un espectáculo "muy innovador
y nuevo" para unos, para otros puede ser "ya
muy visto" o "evidente".
Aún así, podemos hablar de u na tendencia
de aumento de interactividad cuando una obra
tiene más probabilidad de lograr la ruptura de
expectativas del receptor y cuando es capaz de
integrar las respuestas de éste a la obra. Cuanto
más estas variables son explotadas mayor será
el grado de interactividad.
Evidentemente, los artistas emisores pueden hacer diferentes propuestas con potenciales
variados de interactividad por medio del diseño
de los dispositivos de sus obras. Históricamente
se han desarrollado diferentes dispositivos artísticos ut ilizando las más diversas herramientas de toda clase de disciplinas. Abordando nuevas maneras de establecer lazos comunicativos
y de transmitir obras con diferentes grados de
interactividad.
Las opciones para defini.r un dispositivo
son innumerables. La creatividad y la innovación artística nos aportan cada vez resultados
de nuevas búsquedas que ofrecen diferentes estímulos in teractivos y replantean las relaciones
sujeto-objeto.
Históricamente el rol del espectador ha sido
diversificado a través de dispositivos que varían
del modelo de teatro convencional y obtienen
un alto nivel de interactividad. Por ejemplo, formatos donde la respuesta del espectador determina el sentido de la obra co mo Augusto BoaJ1 2
que acuñó el término de "espectactor" con el
"Teatro del Oprimido" y el "Teatro Forum" donde se pide directamente una intervención del
espectador para resolver una situación planteada durante una puesta en escena. También en
el "Teatro invisible" donde los actores abordan
a las personas en lugares públicos y los hacen
parte de una situación sin que el espectador
esté consciente de que se t rata de una situación
ficticia.
Otros casos emblemáticos son los del "Nuevo Teatro"13, los dispos itivos de "Performance",
"Happenning" y de "Teatro Ambiental" donde
hay una gran apertura a la improvisación, el

Concepto de comporramienro del especrador ( Comporrement specracula,re) definido en BROTH Mathias, Op. Cit. ppl51
"BOAL Augusto, Jeux pour acreurs er non-acreurs, Paris : Ed. La Découverte, 2002
" " El tearro rradicional sigue una línea clara. El nuevo rearro es rangencial. Combina variaciones asociawas en remas visuales-auditivos, permurac/Ofles de azar,
juegos y via¡es (tanto cotidianos como psicodélicosJ' SCHECHNER Richard, Public Domain: Essays on rhe rhearre, USA: The Bobbs-M errill Company, inc, 1969. p. 147

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�azar y la espontaneidad. Las reacciones de los
emisores son material bien recibido e integrado
en la obra y la línea divisora de ficción-realidad
ondea y se hace más fina dificultando en ocasiones el discernimiento de dónde comienza la
obra y dónde comienza la realidad.
Otro modo de aumentar la interactividad es
recurrir a la experiencia sensorial. Obras donde
el mensaje -total o parcial- es transmitido por
medio de diferentes estímulos visuales, sonoros, olfativos, táctiles o del gusto que buscan
evocar una sensación. Obras como las de la
compañía española creada por Enrique Vargas,
"Teatro de los sentidos" 14 basadas en la investigación sensorial. En ellas cada persona hace un
recorrido por espacios diseñados para ofrecer
ambientes y estímulos físicos, en contacto directo con los ejecutantes.
Incluso hay obras que basan su explotación
interactiva en la creación interdisciplinaria.
Una obra artística utiliza métodos de una disciplina y los transfiere a otra introduciéndolos
de manera que amplíe las posibilidades de la experiencia artística y que proponga una innovación en la relación con el receptor. Por ejemplo,
la obra "Scripted Smal/ta/k" 15 de I&lt;root Juurak
donde los espectadores as isten a una sala teatral
tradicional para recibir una serie de guiones a
los que algunos de los asistentes se prestarán
voluntarios para leer con un micrófono. La acción principal es la lectura de los textos creando una "realidad guión". Abordan el tema de los
hábitos y mecanismos teatrales, los compuestos
entre actores, público y obra de arte creando un
juego que oscila de la metateatralidad a la metarealidad.
Otro ejemplo de esto, es la obra "Choreographing You" 16 de William Forsythe donde se
propone una 'coreografía' que será resultado de
una relación entre una ins talación-objeto y el
cuerpo de los receptores. CaJüicada como un
"objeto coreográfico" 17 que no entra propiamente en los parámetros de coreografía ni de danza
tradicionales.
Y por supuesto, otra gran categoría es la
constante implementación de las nuevas tecnologías para crear nuevos estímulos y nuevas
relaciones de cada uno de los elementos y las
personas que son parte de una obra. Estas van
siempre evolucionando a la par de las vanguardias tecnológicas. Un ejemplo es el espectáculo
de improvisación teatral "Appel au public" donde los espectadores dan su nú mero celular antes

"Históricamente el rol del espectador
ha sido diversificado a través de
dispositivos que varían del modelo
de teatro convencional y obtienen
11
un alto nivel de interactividad •

de entrar a la sala. Los actores improvisan y en diferentes momentos llaman
a alguien del público para tomar consignas de improvisación o decidir sobre lo que sucederá. En el intermedio los espectadores votan por SMS por
la improvisación que quieren ver al entrar de nuevo a la sala.
Estos referentes son a modo de ejemplo, más no pretenden ser una lista
exhaustiva de tipos de explotación de interactividad. Las maneras de producir innovaciones artísticas y de transformar el rol del espectador son infinitas y evolucionan constantemente.
Sin embargo, podemos concluir con la certeza de que las artes vivas
siempre implican interactividad. Se puede hablar de interactividad baja,
media o alta según el dispositivo artístico y la estructura de la obra. A di-

Tea/fo de los Sentidos El Mo de Anadna D1r Enrique Vargas
Fo10 Arctwo Tealro de los Sen!Jdos

" " La compañia ha desarrollado una prácllca que pone en relaclÓO el lenguaje sensorial, la f)Jética del Juego y la creación 1ea1ral. Su enfoque está basado en la
comunicación corporal y sensor,al ( ...f Docum ento de la compañia en el sitio web ' Tea1rode los sen!ldos', consuUado en Abrtl 2014, pp . 1.
http /lwww.teatrodelossentidos.com/contingu!/m _ noticies_ 3/documents/not _ doc_ 13.pdf.
u Performance presentado en el "Uve Art Festival Kampnagel" en Hamburgo, Al emania. El 30 de mayo 2012.
"Pieza instalación "Choreograplling Yoif de Wiltiam Forsythe en el Hayward Gallery. Londres. Del 13 de octubre 2010 al 9 de enero 2011.
" " Choreographic object" BIRRINGER Johannes y FENGER Josephine, Tanz 8 WahnSinn. Dance and Choreomania. A llemania: Hensche~ 2011, p 38.

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�1DE LA FAE PARA EL MUNDO

"Cuando un espectáculo no es previsible para el espectador,
se provoca mayor involucramiento a nivel cognitivo
y se puede hablar de mayor interactividad".

ferencia de una visita al museo o al cine donde la obra ya ha sido definida
con anterior idad y donde la interactividad quedará sólo en nivel de interpretación y cognición, en el arte vivo la relación con el espectador puede
variar a lo ancho de todo el espectro de posibilidades y ofrecer niveles de
interacción variados. El espectador puede participar e influir, cam biar el
rumbo de la obra, completarla y resignificarla.
La reacción del espectador de arte vivo actúa como influencia para determinar el desarrollo de la obra. El espectador está formando parte de una
situación viva donde su presencia no es indiferente, sino que él mismo forma parte de la experiencia artística. Esto hace que se perciba la experiencia
como una vivenc ia propia y que se relacione fácilmente a la experiencia
personal. La experiencia artística viva es más fácilmente apropiada por el
espectador que algo virtual o asincrónico.
La hipótesis de las neuronas espejo18 hace referencia a conexiones sinápticas en la corteza cerebral que se activan tanto cuando uno ve una acción
como cuando uno hace esa acción.19 De modo que al presenciar una obra
artística, el espectador desarrolla una relación empática co n el ejecutante
y las registra cómo si él mismo estuviera realizando la acción que observa.
Tam bién habla de un 'patrimonio perceptivo' donde se desarrollan 'esquemas' de cosas aprendidas sobre algún aspecto del mundo al combinar
el saber con la aplicación. De modo que cada persona desarrolla su patrimonio perceptivo según su acceso a la información y las experiencias que
ha vivido.
El proceso de comunicación en el arte aporta información, transmite un
mensaje. El grado de in teractividad implícita en la obra artística acerca al
espectador a una 'experiencia vivida' haciendo la parte de aplicación necesaria para aumentar el patrimonio perceptivo. En otras palabras, una obra
de arte v ivo con alto grado de interactividad aumenta nuestra capacidad
para percibir, asi milar y experimentar de manera más efectiva que otros
medios de adquisición asincrónicos y de manera casi tan efectiva como una
experiencia vivida en carne propia.
Así, desde el punto de vista de la in teractividad, yo no voy a ver una
obra, voy a vivir una obra.

Referencias bibliográficas:
ARB lll ~ichael, How the brain gat language: The mirrar system
hypothesis. Univers ity o f Southern California: Oxford Universily Press, 2012.
B /RRI NGER Johannes )' FENGER Joscphine. Tanz &amp; WahnSinn. Dance and Choreomania. Alle mania: J-Jcnschel. 2011.
BOAL Augusto, /eux pour acteurs et non-acteurs. Paris: Ed. La
Découvertc. 2002.
BOUKO Catherine. Thééitre et réception : Le spectaleur
post-dramatique. Bruselas: P.LE. Peter Lang, 2010.
BROTH. /\fathias, Agt?nts Secrets: Le public dans la constructfon internctive de la représenwtion théátrale. U niversidad
Uppsala, Suecia, 2002.
C f-1.A RAUDE.AU Patrick, Les condilians de compréhension du
sens de discours, Langagc en fLE Texte et compréhcnsion.
Revista ICJ et

LA . Madrid. Soc. General

Española de Librería.

1994.
GUÉNEAU Catherine. L'interac:tivité: une définition introuvable. I n: Commun ication et Jangages. Nº l45. 2005.
HELBO André, Le théátre : texte ou spectacle vivanl, París:

Klincksieck (Collection 50 q ueslions). 2007.
LEIGM FOSTER Susan. Choreographing Empathy: I&lt;inesthesia
in Performance, Londres y Nueva York: Routledge. 2011.
SCHEC H NER Richard. Public Domain: Essays on the theatre.
USA: The Bobbs-Merrill Company. inc, 1969.
SMUTS A aron. Wh&lt;1t is interactivity?. The journal of Aesthetic
"ARBIB Michae~ How 1he brain gol language: The mirror sys1em hypothesis, University of
Southern CaUfornia: Oxford University Press, 2012.
19
LEIGH FOSTER Susan. Choreographing Empathy: Kines1hesia in Performance. Londres y
Nueva York: Routledge, 2011, p. l .

58

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Education. Volume 43. No. 4. Estados Unidos: U niversity of
lllinois Press, 2009.
WARNIER Jean-Pierre. La mondiolisotion de la culture. Paris:
La découverte, 4e édition. 2007.

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UnMHSidad Au~Qfl¡la Nlle'JD Leári
FKUl\ld de, Mcl5ica
,., colabanpcl6n can III Facultad N Artes bcenlcas

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�1DE LA FAE PARA EL MUNDO

COLECTIVOS
TEATRALES
POR ALEJANDRA ÁLVAREZ

¿Qué es un colectivo teatral?, ¿qué lo define?, ¿por qué la opción de trabajar en grupo? Estos
son sin duda algunos de los cuestiona mientos que surgen al tratar de entender có mo funcionar
dentro de un colectivo teatral.

Desde éste sitio de inves tigación que deseo compartir lo traduzco en una inminente teoría que
construye acontecimientos en los que no se trata del "yo" o el "otro" en su individualización,
sino de la producción de un foco colectivo de enunciación, o en el modo en el que nos relacionamos con el contexto social, nuestra biografía y nuestra comunicación. Y es dentro de este tejido
de confrontación de fuerzas en el que encontramos un dispositivo escénico que nos representa
y presenta nuestra posibilidad de expresarnos en distintos planos de nuestra individualidad.
Ante este análisis reflexivo surgen diversas vertientes que llevan co ns igo la idea de conciliar
mundos e imaginarios internos que pudieran expresar lo que nos convoca en determinado
proyecto teatral; por tanto y entendiendo que este proceso involucra una búsqueda exhaustiva
proveniente de una convicción interior y manifestada en la ejecución de cada uno de nues tros
lenguajes, nos encontramos en la tarea de perfeccionar nues tro crecimiento espiritual, físico y
emocional, en camino a proclamar nues tro propio lenguaj e co mú n o iniciativa colectiva.
Siendo este el principal co metido, valoramos, potenciamos y colaboramos
en cada una de las inquietudes escénicas de los individuos que conformamos este colectivo
teatral, intentando sie mpre sumar y fortalecer el objetivo común, que según sea el caso, irá variando en los distintos montajes, que sin duda expondrán cada uno de nuestros pensamientos
más individuales.
Para atender a esta exploración escénica podríamos partir de la idea que nos propone el Teatro
Ideado (Teatro Devaised) desde la noción de lo que represen ta ser un "facilitador de experiencias" y comprendiendo la labor que este concepto nos expone, entendemos su importancia en
el se ntido que nos hace el hecho de "traspasar un mensaje a otro". Es así, que si la preponderancia radica en el entendimiento del mensaje en otro, podremos comprender que la eficacia se
encuen tra en "ponerse en el lugar del otro", y que en primera instancia se traduce a los demás
individuos del colectivo y por consiguiente en nuestro espectador.
Por otro lado también valoramos la capacidad de enfrentar los nuevos retos; desde nuestra concepción, entendemos este punto en la medida que podremos enfrentar lo desconocido o ajeno
como una herramienta de creación totalmente potenciable para nuestro proceso, es decir, que
si nos enfrentamos a una actividad, lenguaje, circunstancia, discurso o instancia propuesta por
alguno de nuestros colaboradores, la afrontaremos desde el lugar del descubrimiento y la creación, ya que es bien sabido que cada uno de los artistas-multifuncionales que aquí convergemos
surgen desde múltiples y variadas disciplinas y lugares altamente trascendentes para nuestro
objetivo común.

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�También advertimos la necesidad de escuchar las inquietudes de cada uno de nuestros integrantes ya sea que esta voz provenga desde lo intelectual, lo creativo, laboral o sensorial, como una
herramienta fundamental para nuestro crecimiento colect ivo deposi tando en el escucha nuestra
capacidad de empatía ante las circunstancias o retos que este proceso requiere.
Para conceptualizar este funcionamiento grupal, podría mos referirnos a una cita de Antonio
Lafuente a raíz de la epistemología del "Procomún" que a propósito de sus "Jornadas sobre Procomún" (Lafuente, 2007) sostiene que este concepto hace referencia a la nueva manera de expresar una idea en la que algunos bienes pertenecen a todos, y que forman una constelación
de recursos que deben ser activamente protegidos y gestionados por el bien común. Lo cual
respondería a un modelo de funcionamiento comunitario de algún arquet ipo de organización
colectiva que puede abarcar muchos tipos de bienes, ya sean culturales, naturales, sociales etc.
Usando este concepto del "Procomún" podemos vislumbrar el funcionamiento de un colectivo
teatral desde la idea que dicho funcionamiento y resultado no se basa en el objet ivo económico
o individua l, sino en el compart ir un conocimiento para solucionar o exponer problemas y optimizar el desarrollo humano de determ inado grupo social.
Así mismo, este modelo de ciencia propone algunas experiencias símiles a nuestras exploraciones tales como: pretender ser un modelo de devenir y de heterogeneidad, "que se opone al
modelo estable, eterno, idéntico o constante".
Poder co mpartir un conocimiento implica la noción de que d ichos descubrimientos nacieron
inevitablemente a partir de ot ros que antes ya lo exploraron y es bajo este acontecimiento que la
posibilidad de seguir creando conlleva una entera disposición ante lo compartido.
"El mundo democrático sólo puede existir en un entorno de gran diversidad de expresiones culturales
libremente articuladas y debatidas" (Smiers, 2007).

Lafuente sostiene en este ensayo sobre el concepto del Procomún que la cultura libre es un
claro modelo de creatividad comunitaria y es el cometido de un Colectivo Teatral encontrar la
libertad de nuestras creaciones y lenguajes en pro de la configuración de nuestro proyecto de
vida en el arte.
Junio 2014, Santiago de Chile.

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�1LIBROS

ENTRENAR PARA
ENCONTRAR

EL CAMINO
DEVUELTA
POR YAREZI SALAZAR

¡Existe un método para perfeccionar el trabajo de un joven actor una vez
terminados sus estudios? ¡El proceso creativo y de sensibilidad de un di rector y un actor implican más elementos que los ensayos antes de la puesta en escena? ¡De qué manera puede un egresado de licenciatura en Arte
Dramático mantenerse en forma y vigente? Para todas estas interrogantes
y muchas más, una sola respuesta en palabras del doctor Jurij Alschitz: entrenar.
Y es que el direc tor artístico del Centro de Inves tigación Teatral AktZent con sede en Berlín, sabe que la única vía certera para reinventarse es
el entrenamiento, el cual debe ir vinculado intrínsecamente a los ensayos.
Por ello la creación del libro Entrenando para siempre, editado por la UNAM
(2013), pues su elaboración surge ante la preocupación de presentar un
material que, si bien por un lado da continuidad a sus textos an teriores, por
otro sea el trabajo que integralmente esté dirigido a actores, directores y
pedagogos. El resultado es una obra perfectamente equilibrada entre ejercicios pragmáticos y comentarios personales que dan sentido a los primeros, explicados con un vocabulario simple, preciso.
El contenido de esta publicación da un fuerte valor a los recursos orales,
a los apuntes informales, al conocimien to que transmite un maestro a sus
alumnos en las aulas, pues consiste en una recopilación conformada por
una mezcla de actividades creadas y puestas en práctica por el mismo autor, por sus maestros, y los maestros de sus maestros, todo como respuesta
a la necesidad de preservar en la memoria de las nuevas generaciones las
técnicas que les permitan ejercer su profesión. "Éste es el legado de mis
maestros. Éste es mi legado. Por eso este libro se convirtió en mi libro fundamental. Es importante que cada uno tenga su libro. El libro siempre ayudará en el momento de dudas. Quiero que ustedes también tengan su libro.
No importa si está publicado o son simples anotaciones en un cuaderno ..."
(p.15). Así mismo, incluye breves notas que comparten experiencias enriquecedoras, las cuales complementan a cada ejercicio sugerido.
Es menester que Entrenamiento para siempre se vuelva un libro de cabecera para los estudiantes de teatro, para sus egresados y quienes decidan
dedicarse a la docencia en el ámbito teatral. Es menester que esta guía confluya con esa bibliografía que un alumno atesora celosamente como parte
de su acervo académ ico, pues esta obra, al igual que un fardo en altamar,
espera pacientemente el momento indicado para alumbrar el camino de
aquellos que, en busca de la ruta más exacta para llegar a un destino, se han
confundido y no hallan su camino de vuelta.

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�PROTOCOLO PARA
COLABORADORES DE LA
SECCIÓN HOMO THEORICUS
En la sección Hamo Theoricus se aceptan textos con las siguientes características:
·Son artículos originales que refl exionan y analizan problemáticas relacionadas
con el arte teatral y la danza contemporánea.
·Los textos tienen extensión máxima de aprox. 15,000 caracteres (sin espacios
incluidos), o entre 15-20 cuartillas.
·Se entregan en formato Word, escritos con letra Times New Roman 12, interlineado 1,5; títulos en negrita en el correo electrónico: homoescenicus.fae@gmail.
com
·Los t rabajos deben estar firmados por los autores con nombre y apellidos, institución de adscripción, país, correo electrónico.
·Todos los artículos deberán ser acompañados de un resumen en español y en
inglés, de 150 palabras; así mismo por tres palabras clave en español y en ing lés.
·En cada texto se debe incluir al final la bibliografía o lista de las obras citadas. En
Bibliografía solo se incluirán las fuentes y referencias que sustentan la investigación.
·En el cuerpo del texto y notas, no citar la ficha completa de cada ensayo o libro,
sino referirse en paréntesis a la abreviatura mencionada en las obras citadas: generalmente: autor/a y título abreviado y número de página.
·Las notas irán a pie de página. Reducir al mínimo, tanto en extensión como en
número. En lo posible no incluir citas en las notas, ni menos citas de más de 4
líneas.
·Citas: Dentro del texto y entre comillas, si no son más de 4 líneas. En párrafo
aparte, con dos sangrías, sin cambiar t ipo, si son de más de 4 líneas. La referencia
en paréntesis, inmediatamente después de la cita, con ind icación de número de
página.
EVALUACIÓN
Los artículos serán someti dos al criterio de expertos manteniendo el anonimato tanto
del autor como de los evaluadores. El resultado del arbitraje t iene tres opciones: aprobado para publicar de forma inmediata, aprobado para publicar si realiza las mod ificaciones
sugeridas por los árbitros y la tercera es el rechazo del trabajo con los comentarios necesarios del porqué no fue aceptado.

�COLABORADORES
ALEJANDRA ÁLVAREZ. Actriz, Direct ora y Product ora Teatral. Egresada de la Lic. en Art e Teatral de la
UANL. Magíster en Artes mención Dirección t eatral de la Universidad de Chile. Socia fundadora de la compañía DramaQueen Produciónes en Mont erey y de la compañía chileno-mexicana La Igualada Teatro. Actualmente dirige el grupo chileno- mexicano Colectivo de Invest igación Escénica Raíz Esperan za.

AMANDO DE LEÓN MONTAÑO. Periodist a, psicopedagogo y editor de libros. Fue direct or de la revist a
IMAGEN PÚBLICA y j efe de redacción de TR AYECTORIAS, publicación de ciencias sociales de la UANL. Es
miembro de la Sociedad Nuevoleonesa de Historia, Geografía y Est adíst ica, A.C. y cronista por el municipio
de Hidalgo, Tamaulipas. Ha sido profesor de Gramática, Redacción y Literat ura en diversas escuelas y facultades de nuestra Máxima Casa de Estu dios.

ENRIQUE LOZANO. Dramaturgo y director de teat ro residente en Buenos Aires. Egresado del postgrado
en dramat urgia de la Universidad de Antioquia en Medellín (Colombia) y del programa de dramat urgia del
Inst ituto Nacional de Art e Dramático de Aust ralia (NIDA) . Máster en escritura creativa de la Universidad de
Nueva Gales del Sur (UNSW) en Sydney. Ha sido docent e de los programas de arte dramático de la Universidad del Valle y del Instituto Departamental de Bellas Artes en Cali; y de la Maestría en Escrituras Creat ivas
de la Universidad Nacional de Colombia en Bogot á.

EVER ORLANDO DUEÑEZ, XIMENA VILLARREAL, FÁTIMA SALAS. Estudiant es de VI II semestre de la Lic.
En Arte Teatral de la FAE.

IVÁN FLORES. Egresado de la Facultad de Artes Escénicas, UANL 2002-2006. Docent e de la misma en 2009,
2013 y a la fecha. Administró el Teatro del Centro de las Art es de 2010 a 2013. Actualment e, junto a Orlan do Tovar y Debby Báez, es dueño y administ rador del Espacio Alternativo Tonalli.

JANNETH VILLARREAL. Actri z de t eatro y cine, bailarina y docent e del art e escénico. Egresada de la Facultad de Artes Escénicas y de la Facultad de Ciencias de la Comunicación de la Universidad Aut ónoma de
Nuevo León. Maestra en Humanidades por la Universidad Aut ónoma de Barcelona. Realizó estudios especializados en interpretación cinematográfi ca en el Centro de Estudios Cinematográficos de Cat alunya. Fue
miembro de la Compañía Titular de Dan za Contemporánea de la UANL de 1998 al 2002. Miembro del Taller
de Teatro experi ment al de la UANL desde el año 2006 hasta la fecha. Actualment e es Docente de la Facult ad
de Art es Escénicas desde el 2005, de la cual es Direct ora desde agost o del 2013.

MAYRA VARGAS. Estudiante de VIII semestre de la Lic. En Art e Teat ral de la FAE. Fue conductora del programa "Espacio escénico" en el Radio UANL. Actualment e, junto con Vidal Medina conduce el programa de
televisión por internet La lengua de gato.

VERÓNICA CRUZ. Egresada de la Licenciatura en Danza contemporánea (FAE) y del Técn ico Medio en Música de la Universidad Autónoma de Nuevo León. Maestra en Artes Vivas en la Universidad Libre de Bruselas
y en la Universidad de Niza Sofía Ant ípolis del programa Erasmus Mundus en Bélgica y Francia. Becaria del
programa de Estu dios en el extranj ero FONCA-CONACYT (2012-2013). Actualment e forma part e del programa de post master APASS - Advanced Performance and Scenography Studies en Bélgica con el apoyo del
Gobierno de la Comunidad Flamenca de Bélgica desarrollando el proyecto t eórico-práctico de "lnt ersensorialidad en performances int eractivos".

VIDAL MEDINA. Dramaturgo y director de teat ro. Actualment e imparte la materi a de dramat urgia en la
Escuela Superi or de Estudios Cinematográficos ILUMINA, coordina el cic lo de monólogos breves 7 Golpes
y se desempeña como redactor de la revist a Horno Escenicus, de la Facult ad de Artes Escénicas de la UANL.
Sus obras han sido publicadas por Conarte, Tierra Adentro, Anón imo Drama y Ediciones el Milagro. Dirige el
Colectivo Escénico Cuarta Transversa l.
YAREZI SALAZAR. Licenciada en Letras Españolas por la UANL. Ha t rabajado como tallerist a de literatura
infantil para CONARTE. En el año 2008 fue ganadora de la beca FONECA en la cat egoría de Jóvenes creadores. Es autora de dos libros infantiles: El secreto de mi tía abuela (Regia Cartonera 2010) y La gallina que
cruzó el camino (UANL 2012). Actualmente imparte clases de Gramática y Redacción en la Facultad de
Artes Escénicas de la UANL.

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�8 uANL
Del Aula al Te·atfo

Rosalba.y
los Uaveros

rle Emilio Cartí,allido
Dirección:

Gretchen
Cortés

VltiilCS 23 de IIIIJUJ 211:00 horas
Miado 24 de 11111,a, 21:00 horas

Domingo 25 de -,o, 1-, horas

Ce9II: $ 00, pJ)lico en general IS 40~ maestros. estuJiantes eINAPAM

TEAIRO ESPACIO -RO&amp;EllO VILLARREAL B.IZOIDO"
Dlreccl6n: Prag-a y lleste sin, Ct&gt;lonla Residencial Las Torres
campus Mederos de la ~ L. Monterrey, Nu1MJ león
INFDRM!S: 83578447 EXT.: 104

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                  <text>Revista que documenta el quehacer profesional de la Facultad de Artes Escénicas de la Universidad Autónoma de Nuevo León, promueve y divulga artículos de investigación teórica y crítica del arte escénico pertenecientes a catedráticos y alumnos de las licenciaturas en Arte Teatral y Danza Contemporánea.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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