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                    <text>3, place cle la

Sork■a~

Puu

Le 1er Octobre l9ll

Le Numéro : 1 fr -50. Étranger : 2 fr.

•

ARTS, LETTRES, SPECTACLES

Un reportage: L'homme aux gants, par HENRI BltRAUD. - Un conte de JEAN GALTIER-BOISSI:E:RE : « La montre
et le poulet». - Un poème de JULES SU?ERVIEILLE. - Chroniques: LES Lt. TI kES : A propos de« la Maison
de Claudine ». par ALEXANDRE ARNOUX. - Ju de massacre : « Un roman audaclewr », p:u JEAN BERNIER. Les livres, par GUS BOFA, DOMINIQUE BRAGA et J. LETACONNOUX.- Conséquences Inattendues: En marge
des théories d'Einstein, par JEAN DESTIDEUX. - LE&amp; ARTS: A quoi sert un t~blnu? par JEAN-GABRIEL
LEMOINE.-JauJmes, par LOUIS LÉON-MARTIN. - LE l H EATRE : « Le Théâtre des Aris », pa'r LJi:ON MOUSSINAC. - Les premières, par PAUL FUCHS. - LA MUSIQUE , AcacHmle nationale de musique, par LUCIEN
MAINSSIEUX. - CHROMIQUE CIN EMATOGRAPHIQlJE: Une rantalslede RENÉ KERDYK. - LA VIE
FINANCIERE : par JEAN AtJBRY. - L'Oiflcede livres.
----~,,,,- 111'1-M!'lll-'l!,,,.,.,MTT;r_"(}T :
n ij s â 1 JiO et 3 fr.). France: 40 fr. Jî:tra~ger: 60 fr.

/

��LE CHAPOUlLLOT

UN REPORTAGE

L'HOMME AUX

GANTS

(1)

PAR HENRI BÉRAUD
Un homm~ en proie au démon de la curiosité, c'est
Saint-Vincent-sur-Jard. On l'atteint par une route bordée
M. Elie-Joseph Bois, rédacteur en chef du « Petit Paride vieilles haies, derrière lesquelles, de loin en loin.,
sien », le plus grand curieux in the world. Mais c'est
~n arbre noir et chevelu se lève comme un chouan, pour
un curieux de seconde main. Ce recordman veut tout
mspecter l'horizon.
\
voir et tout entendre, jusqu'au fond de l'univers, sans
A Saint-Vincent on me dit :
quitter la passerelle d'où il dirige le dreadnought jour- Il n'habite pas le pays. Sa maison est au bord de
nalistique de la rue d'Enghien. C'est pourquoi il donne
la mer. Tenez, là-bas... Mais il y a un chemin d'orprocuration de ses yeux et de ses oreilles à maints agiles
nières, votre camion ne pourra pas passer.
collaborateurs ·qui, bondissant sur le globe et courant
Je partis seul, à pied. C'est ici que l'histoire commence.
. sur les flots, vont examiner, écouter, peser, juger, éva* "*
luer, poursuivre, interroger et disséquer tout ce qui parle,
rampe, brûle, meurt, croule, surgit, tue ou juge sur la
Pour aller du dernier village habité au refuge soliterre. Les hasards de ma vie et la confiance de M. Bois
taire du Tigre, il faut traverser une plaine de cailloux
font que, pour son compte, j'ai vu mourir le pape et
de bruyères et de genêts. C'est le no man's land. On n~
Landru ; que j'ai recueilli les confidences de Fallières,
rencon~re personne ; des oiseaux, volant bas, secouent
de Loubet, de feu Charles IV, du cardinal-doyen Vanuleurs ailes sombres ; un silence lugubre. Cela fait réelletelli ; d'un nommé Sarroit, premier ministre égyptien,
ment penser aux terrains foudroyés de Champagne et
lequel est bien le clown le plus malfaisant de la politique ;
de l'Aisne. Le chemin gravit un petit mamelon. De là
de Mme Marc Swinney qui pleurait son mari vivant mais
il dévale, en se tordant sous les nuages et va se perdre:
déjà mort-sur-parole, du général anglais Macready dont
élargi et tout usé, dans le sable, au bord de la mer.
la poitrine ressemblait à une collection de timbres-poste ;
La maison est là, sur ce sable, à droite, seule, abso&lt;le Mgr Duchesne que je vis agoniser avec tout l'esprit
lument seule, sans arbres, sans murs, sans haies,
d'un prélat du xvme dans un appartement parfumé de
sans jardin, san5 rien.
cigare et d'encens sous les terrasses du Palais Farnèse ...
II y a un grand cercle fait de piquets en bois blanc,
Le samedi, 9 septembre, je méditais chez moi, dans
à hauteur d'appui ; un piquet tous les trois pas et tous
mon fauteuil, sur la fortune des imbéciles ; et je pensais
rattachés par un fil barbelé. Au milieu, on a bâti. En
à M. le marquis de Flers, endossant l'habit vert . qu'il
vo~ant cela,_ on imagine le vieux politicien mis1U1thrope,.
avait jadis bafoué, pour rentrer au « figaro » par ia
amv_ant un JOUr au bout de cette lande déserte, courbant
fenêtre, lorsque la sonnerie du télépho!le retentit. Au
les epaules et traçant, avec sa canne dans Je sable, ce
bout du fil, il y avait une voix, une voix grave que je
rond qui limite sa solitude. Et on le voit de même sur1
reconnus aussitôt :
veillant de son œil dur et goguenard l'homme qui ficha
- Avez-vous lu l' « Echo National » de ce matin ?
dans le sol ce piquet portant cet extraordinaire écriteau :
Je ne fais point de ce jotirnal ma lecture ordinaire ;
Défense d'entrer - propriété privée
je le confessai. La voix poursuivit :
Clemenceau propriétaire de cette parcelle sauvage de
- Le numéro d'aujourd'hui publie un télégramme de
ce coin abandonné des vagabonds, des farfadets ;t 'des
Clemenceau, qui annonce soh départ pour l'Amérique.
bohémiens ? Est-ce un éclat de rire du Vieux ? est-ce la
Ne seriez-vous pas curieux de connaître ses intentions ?
profession de foi d'un irascible ermite? esi:-ce l'instinct
- Si, dis-je, certainement. Encore faudrait-il qu'il soit
ancestral d'un paysan demeuré paysan jusques après les
désireux, lui, de me les soumettre.
conseils et les congrès du Salon de l'Horloge?
- Le mieux serait d'aller voir ce qu'il en pense. VoulezClemenceau m'a dit :
vous prendre le train ce soir ?
- J'ai mis tout ça, la pancarte et les fils de fer, parce
- Bon. Pour où ?
que, tous les dimanches, des bandes de baigneurs venaient
- Pour la Vendée. Clemenœau est là-bas ... Vous vous
s'asseoir devant ma fenêtre et manger des boîtes de
renseignerez sur place ...
.-~;!!!!!~-._
sardines en me regardant manger.
Je saisis mon chapeau, mon parLa maison n'a pas d'étages. C'est
dessus, mon sac de nuit. Le lenun rectangle de torchis, barbouillé
demain matin, qui était dimanche, je
de chaux et percé de cinq ou six
me trouvais aux Sables-d'Olonne.
ouvertures. On dirait une de oes
Un vent glacé courait entre le ciel
tentes d'ambulance que l'on voyait,
et_ la mer. ~s nez rouges se croiavant la guerre, dans les expositions
saient sur la promenade, et les Sablaide la Croix-Rouge et qui contenaient
ses, en jupes rurt_es, montraient jusdes mannequins de la Belle Jardiqu'à mi-cuisse, leurs jambes gainées
nière très proprement blessés.
de coton noir. 1Après diverses démarDu côté opposé au chemin, la consches, je décidai le propriétaire d'une
truction se termine par une baraque
camionnette à 1.1e conduirê dans l'un
de planches peintes en vert pomme.
des villages où l'on pouvait trouver
Le devant, ouvert, forme une véClemenceau.
randa, avec un toit ~rcé d'un trou,
C'est un hameau gris et plat :
par lequel passe le tronc d'un arbre.
Puis il y a une porte \'itrée, qui
~1)_ Détail d'une ettre\·ue avec l\I. Georges
donne
accès dans l'arrière de la baClem ncean dont le iécit.parut dans le Pelil
ra,que. C'est le salon.
Parisien du 11 septc111bre 1922.

On y voit plusieurs chaises-longues, une bergère garnîe
de soie jaune, un bonheur du jour, une table anglaise de
l'époque Directoire, des fauteuils d'osier, quelques moulages de chefs-d'œuvre italiens, de gros in-folios dépareillés. Tout cela, je crois, sans grande valeur. Mais par
terre, couvrant au tiers le parquet de bois blanc, un
magnifique tapis de prière, une fortune. Il y en a !Un
tout pareil dans le cabinet de travail de la rue Franklin.
J'eus l'occasion de le voir lorsque Clemenceau revint à
Paris, après son voyage aux Indes. li y a encore dans le
salon de planches un miroir singulier, dans un épais cadre
d'ébène. On s'y voit à contre-jour et si sombrement que
la glace semble réfléchir un portrait de musée.
Cependant le vent marin secouait les portes et tout le
salon craquait. j'attendis assez longtemps. Clemenceau,
parti dès l'aube, son bâton à la main, n'était pas encore
de retour. Vers dix heures, on vint me dire qu'il rentrait.
]'observais, par une sorte de hublot, le chemin que
j'avais suivi et par lequel, dans ma pensée, Clemenceau
devait arriver. Je ne voyais rkn.
De guerre lasse je me retournai : C'est alors que, dans
le trapèze lumineux que formait la véranda, sur te fond
mouvant et brillant de la mer, je vis une ombre s'inscrire
brusquement.
C'était lui. Il ressemblait tout · à fait aux statuettes de
carton peint qui le représentaient au temps de l'armistice
et que l'on vendit chez les confiseurs. De loin,. on apercevait d'abord son chapeau bosselé - « son chapeau
comme la pluie » eût écrit V.erhearen - et sa grosse
moustache blanche pareille, sous son nez, à un mouchoir
en boule. Il marchait à tout petits pas, très vite ; tout en
venant à moi, il me regardait avec une intense curiosité.
C'est un trait de sa nature. Il regarde passionnément.
Je me le rappelle, à la Chambre, durant les interpellations.
Sans un mouvement, sa tête ronde de Vendéen enfoncée
entre ses épaules, il guettait constamment l'orateur. JI attachait de même son regard sur le long Wilson lors de la
séance plénière du Congrès de la Paix où je m'introduisis
en fraude, le 20 janvier 1919 (1). Au fond de ce regard
flambe une lueur qui, lorsque le vieillard bouge la tête,
semble danser comme les feux follets de son
pays. Cela étonne et effraie. Il le sait et en
joue. Il adopte alors un air cynique dont l~s
étrangers prennent vite ombrage. M. Orlando
a dit sa pensée là-dessus, et M. Keynes en
fit tout un chapitre de son fameux livre.
Sans me quitter des yeux, Clemenceau arriva
sous la véranda jusqu'à la porte vitrée que
j'ouvris pour aller à sa rencontre. Il entra,
toujours très vite, et me fit asseoir, malgré
moi, dans la bergère. Lui-même prit place
sur une chaise. Il ne tarda pas à se trouver
assis de côté, les jambes serrées, le bras
allongé sur le dossier.
Il avait jeté sur la table son chapeau de
drap. Son crâne chauve est d'un ton sans
doute unique. C'est un jaune extrêmement
fin et chaud, le jaune des brioches avant la
cuisson, du fromage d'Ementhal et de certains marbres de Sicile. Vers le front, la peau
brunit et se fonce, à coups d'estampe, jusqu'au
chaume dru et blanc des sourcils. Les joues
ont maigri, allongeant le visage et faisant
paraître plus gros le nez, assez commun. Sa
barbe était faite soigneusement. Il portait un
(1) On trouve deux récil dece reportatre. L'un dans
l'Œuure du '20 janvier 1919; l'autre &lt;lais le n• 1 du
Progrès Civique.

3

col droit croisé, avec un nœud de cravate noir, cousu,
mis un peu de travers. Son costume était de beau drap.
taillé largement et il portait des gants gris très neufs.
Nous parlâmes longuement. Il ne consentit point à
ce que je notasse ses paroles. Je suis sûr, néanmoins, de
de les avoir rapportées textuelles (1 ).
Avec l'attention que l'on imagine, je le regardais parler.
La préoccupation de retenir littéralement ses propos ne
me gênait guère. On ne prend pour ainsi dire jamais
d'interviews importantes un bloc-notes à la main ; aussi les
reporters expérimentés savent-ils, comme les amateurs
d'opéras, écouter et regarder simultanément.
Il n'y a guère, même au théâtre, de visages aussi
mobiles que le visage de Clemenceau. N'était sa
mo'l.lstache qui le singularis,e, aucun de ses portraits ne
lui ressemblerait. Ce n'est qu'une vivante suite d'expressions et d'instants. Il passe avec une rapidité déconcertante de la jubilation à la fureur, s'animant seul, ·car
sa conversation est un monologue coupé en tranches
courtes et sans nombre.
Au début de la conversation, l'ancien président du
Conseil parlait d'un ton las, les yeux fermés, « avec un
visage impassible, de parchemin ». Il n'ouvrait les yeux
que pour dire, de loin en loin, familièrement :
- Ça, faut pas le répéter...
En effet, je ne répétai point ce qu'il me priait de taire.
Mais c'était les plus intéressants passages · de son monologue... Peu à P'eu, Clemenceau s'échauffait. Sa voix
forte et claire, accoutumée à r.émplir les salles des parlements et des banquets, frappait durement. les cloisons
de la petite baraque. Comme je lui demandais si, dans
certaines circonstances, il consentirait à reprendre le pouvoir, il sursauta :
- Hein ? quoi ? ... qu'on vienne me chercher !. .. qu'ils
viennent me demander ca... vous verrez un oeu !. ..
Une extraordinaire jetiness·e, mais qui date.' Il est jeune
à la façon de 1875, avec les allures, les airs hardis d'un
républicain de café. Tout en parlant il fourre ses pouces
dans les goussets de son gilet et, des autres doigts, bat
la mesure sur son ventre, à la façon de.s gandins de
Dumas fils. Il est, comme on dit, marqué.
Du moins on ne se lasse pas de le voir vivre ;
~t on ne s'étonne pas de le trouver prêt, touJours, à la lutte, tant il paraît bâti pour
l'action.
Je le crois assez vain de sa v,e rdeur. Ne
prit-il pas soin de faire hisser, sur un mât, durant notre conversation, une sorte d'étendard
japonais, qui représente un poisson bariolé.
- C'est la carpe, dit-il, qui, ·en ExtrêmeOrient, est le signe de la virilité.
Pendant une heure, il m'a regardé sans
relâche. Il a cessé de me regarder en cessant
de parler. Il était ailleurs, tout d'un coup.
Alors je me suis levé. Il voulut me reconduire jusqu'au sommet du chemin. Arri vé là.
il me tendit trois doigts de sa main droite;
que je sentis durs et forts sous le gant. En
même temps, dans son p oing gau che, il serrait son chapeau et son bâton. Je fa que'.ques
pas. Lorsque je me retournai, jè vis ses ~aules
et sa tête descendre de l'autre côté du mamelon, profilés en ombre chinoise sur l'écran de la
mer, et il disparut très vite comme s'il tombait
à l'eau.
: l) Il est inutile, je p~nse, d&lt;' Ir~ cifr1 ici, lr~ journaux de toutes les provinces el de toutes IJ.,; n1tions

(res ayant reproduites.

�5

M. BINET·VALMER
A
vieux jours : il fait
militaire pour l' épo~nue : la légende et
,ites quelconques, en
avec leurs souvenir&amp;
a encore cours, cette
honnêtes romans à

A PROPOS DE

« LA

ue ses calculs ména1re de conserves de
de toutes sortes, ne
:me. Car « Les Jours
'est pas un vrâi livre
évidemment, écrire
t ce que vaut l'écrivt Binet-Valmer â 1e1.1
rte-fannion », si j'ai

MAISON DE CLAUDINE»

P,\R ALEXANDRE ARNOUX
Je suis bien aise que Co'.ette ait écrit la « Maison de
Claudine » (1) et qu'elle n'ait pas laissé ce soin à quelque
confrère. Ce n'est pas, mon Dieu, que nous manquions de
talents dans ce siècle, ni surtout de talents féminins,
encore moins de souvenirs d'enfance de l'un et l'autre
sexe ; mais enfin, si la plupart des femmes content avec
agrément leurs dernières tartines et les premiers chatouillements de l'adolescence, jusqu'au dépucelage inclusivement, aventure qui forme le centre, le fond et la
substance même de leurs ouvrages, le thème jamais fatigué de leurs méditations, il faut bien avouer qu'elles
ignorent parfois la simple franchise, ou qu'elles l'outrent,
qu'elles dressent une franchise insolente, agressive, et
qu'elles songent plutôt à jeter un défi à la pudeur masculine qu'à composer un livre de bonne foi et d'humilité. Peu d'entre elles surtout ont le souci du style,
qu'elles placent volontiers dans un bavardage lâché, un
négligé du matin, ou je ne sais quelle précieuse recherche du fin du fin ; elles confondent, pour tout dire, l'art de
l'écrivain avec la mode, et l'ornement durable, la naïveté
solide avec le fard ; quand el'.es ont mis du rouge, elles
croient avoir travaillé. Qu'elles prennent modèle sur
M. Anatole France, qui publie ses mémoires. A sept ans, il
prévoyait l'affaire Dreyfus et il était déjà académicien ou
presque ; c'est pourquoi sans doute il se montre peu à
l'Académie, il l'a assez vue, depuis le temps ; il vivait de
littérature et de philosophie et maudissait tout le long
du jour l'Université, comme un véritable universitaire.
Je suis bien curieux d'apprendre, quand il arrivera au
chapitre de l'amour, sur quel texte grec il s'est fondé
pour faire, en bafouant l'érudition, ce que tant d'illettrés
pratiquent sans avoir traduit Homère ni Héraclite et
quelles déductions métaphysiques il en a tiré sur-lechamp, au nez de sa compagne et au mépris de toute
civilité érotique. Mais revenons à la « Maison de
Colette » ; car je barre, dès maintenant, du titre, cette
Claudine qui n'est qu'un masque, un masque ébréché,
usé, et qui ne colle plus au vrai visage.
Inutile, n'est-ce pas, d'analyser le livre par le détail :
tout le monde l'a lu ; qui ne l'a pas fait, je le déclare
indigne de vivre et de paraître à la lumière du ciel, je
le déclare mort et non avenu. Je dirai deux mots cependant Clu sujet pour rafraîchir les mémoires débiles, sableuses, que le vent de chaque heure égalise et remodèle.
Voici : Colette a été petite fille, elle habitait une maison et un jardin ; elle avait une mère, une sœur, un frère,
( 1) Fer.encz i, édileur.

des voisins, un cœur, cinq sens subtils, s,ains et curieux,
des animaux, des plantes ; elle a vu des événements,
merls, mariages, naissances et autres choses extraordinaires et communes. Un sujet rare et singulier en somme,
et qui, peut-être, n'a jamais été traité par personne, avant
elle.
Je traîne dans ma poche ce livre, depuis un mois, et
je l'en so-rs à toute occasion, dans le métro, au restaurant, sous le parapluie qui me protège du soleil d'automne.
D'abord, quand il est arrivé par la poste, je l'ai retourné
un moment; il n'a r_ien de merveilleux, c'est du papier.,
mais un papier qui n'a pas l'odeur des autres, de ce papier
à chef-d'œuvre sans doute dont le stock s'épuise si lentement. Je l'ai ouvert. Il y avait un nom sur la première page, un beau nom, celui de mon trisaïeul, de mon
aïeul, de mon père, et le mien en dernier compte, sans
faute d'orthographe, avec deux A hautement barrés et
deux X en croix de Saint-André propres à donner la
torture à un hanneto-n. Cela fera bon effet dans la vitrine
où j'enferme les « Idylles » dédicacées de Théocrite et
le « Don Quichotte » que m'adressa Cervantès l'année
m ême où il n'obtint que quatre voix au prix Goncourt.
Puis j'ai coupé le livre, plaisir divin. Qu'on ne m'envo:e
jamais de volume rogné, je les exècre ; il se rencontre
t ant de romans qu'il suffit de couper pour s'épargner la
peine de les lire, et sans remords puisqu'on a rendu la
politesse. J'ai donc coupé la « Maison de Colete &gt;&gt; en
249 tranches ; des mots passaient sur l'aile rapide des
feuilles, des mots tout neufs, qui n'avaient jamais servi
pour personne, des fleurs, des bêtes, des parfums, des,
robes, une jambe de bois, une lanterne de projections,
une main replète de vieille dame, une chevêche, une
chevelure, un presbytère, Minet-chéri, une romance, la
tombe d' Antoniphronque Bouscops, des scintillements et
des visages-, aomm.e on voit, du dehors, par le tambour qu~
tourne, à l'intérieur d' un restaurant, des bijoux, du linge,
des mâchoires, d-es fruits. Après cela j'ai lu le livre. Il
commence ainsi :
« La maison était grande, coiffée d'un grenier haut.
La pente raide de la rue obligeait les écaries et les
remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie à se
blottir en contre-bas tout autour d'une cour f ermée ... »
J' ai avalé le tout d'un trait, et je l'ai repris ensuite
a loisir, un chapitre par heure, pendant des jours. Les
phrases déjà perdent leur sens originaire et le maléfice des images trop répétées commence à agir ; les tours
et les mots prennent une valeur mystique, deviennent des
formules d'incantation, se vident de leur contenu pri-

ne peut se résoudre
!rnier livre :
1vropathe et joueur

LE MOUCHOIR DE ROSINE
Le, Parfums de ROSINE, 101, Fauboura Saint-Honoré • PARIS

(qui, par un hasard
ric:ès (sic).
par un hasard non

magnTIITfU"'e mman:-rmus n' eussron amaT57rrra-grrre- pour- - -1nonrs~c:u-ncu- , "1:s, 1'ui:nnan1r:
elle d'autre logis, un peu cahoté, un peu de guingois en
Les dames de ces messieurs, anciennes héroïquesapparence, mai:s d'une si ferme architecture intérieure
dames-blanches, richement décorées de la croix de guerre
qu'on n'y pourrait retrancher trois marches ni détordre
avec palme.
la glycine d'un nœud sans rompre un ensemble si cohéUn aveugle de guerre.
rent que son harmonie paraît dépourvue de méri te et
Quelques anciens embusqués, pour le contraste nécesnécessaire, d'une simplicité si savante et si aisée, d'une
saire (qui, par un hasard étrange, sont tous français).
sensibilité si robuste, si solidement étayée, si pudiquement
Enfin, un juif ~gnominieux, profiteur de l'arrière, comme
épanouie. Rien de soufflé ou de creux là-dedans, mais
nous n'en avions plus rencontré depuis les romans -de Gyp.
un miracle continu d'équilibre, le divin mariage de l'art
Tout ce joli monde ne parle que de la guerre, après
et de l'instinct, la soumission a:.ix voix de la nature e t
quatre ans de paix, ne vit que du souvenir de la guerre,
le redressement de l'intelligence ; il faut un terroir et
regrette la guerre, ou attend la prochaine gue1Te.
l'enrichissement des générations pour produire une telle
A le lire hâtivement, le livre serait négligeable : il
fleur, nourrie de siècles ,et sauvage encore, cultivée et libre.
continue la noble tradition des bourrages de crâne de la
presse de guerre et emploie à cette besogne un style faus~
COLElT-E. CROQUIS DE JEAN OBERLÉ
sement familier d' ru1cien grognard, sans valeur littéraire.
En l'examinant de plus près, on découvre qu'il n'est
autre ·que le livre-programme des « chefs de section »
pour les prochaines élections et cette découverte étonnante lui donne au moins un sens et un but.
M. Binet-Valmer déplore que les fameuses élections
de 1919 n'aient servi qu'à de faux poilus.
Ce n'est pas gentil pour le bloc national et ses élus,
mais c'est p-eut-être vrai.
Il dit encore que la guerre a changé le inonde (ce que
je ne cro1s pas pour ma part, sa merveilleuse inutilité
est peut-être son unique beauté), et que le monde nouveau doit appartenir aux anciens combattants.
Le mot : ancien-combattant ne signifie proprement
rien en français. On combat ou on ne combat p'.us. Sauf
erreur, nous n'avons plus à combattre.
Il fut déjà assez difficile à l'époque, de définir exactement le vrai combattant. Il y eut des combattants de
1re zone, de 2c zone, de 3-e zone, des combattants de
cinq ans de front, de quatre ans, d'un an ou de fractions
insignifiantes d'année. Il y eut toutes sortes de cqmbattants et même des combattants qui ne combattirent pas
du tout. Il doit donc y avoir toutes sortes d'ancienscombattants, quoi que cela puisse signifier.

�5

LE CRAPOUILLOT
mitif et acquièrent cette puissance inquiétante des prières
magiques, des textes saints, des obsessions littéraires.
L'œuvre échappe à l'auteur, au lecteur et vit d'une existence que Colette n'a pas connue, ne connaîtra jamais.
Je dis : « Cheveux longs, barbare parure, toison où s'est
réfugiée l'odeur de la bête ... » Je dis encore : « ... Ce

Tou tes

les

BELLES ROBES
sont de

A PROPj

PAUL POIRET

Je suis bien aise q
Claudine » (1) et qu'e
confrère. Ce n'est pas
talents dans œ sièd
encore moins de sou
sexe ; mais enfin, si l
agrément leurs dernl
touillements de l'adol
sivement, aventure
substance mêine de leurs ouvrages, le thème jamais fatigué de leurs méditations, il faut bien avouer qu'elles
ignorent parfois la simple franchise, ou qu'elles l'outrent,
qu'elles dressent une franchise insolente, agressive, et
qu'elles songent plutôt à jeter un défi à la pudeur masculine qu'à composer un livre de bonne foi et d'humilité. Peu d'entre elles surtout ont le souci du style,
qu'elles placent volontiers dans un bavardage lâché, un
négligé du matin, ou je ne sais quelle précieuse recherche du fin du fin ; elles confondent, pour tout dire, l'art de
!'écrivain avec la mode, et l'ornement durable, la naïveté
solide avec le fard ; quand eJ:es ont mis du rouge, elles
croient avoir travaillé. Qu'elles prennent modèle sur
M . Anatole France, qui publie ses mémoires. A sept ans, il
prévoyait l'affaire Dreyfus et il était déjà académicien ou
presque ; c'est pourquoi sans doute il se montre peu à
l'Académie, il l'a assez vue, depuis le temps ; il vivait de
littérature et de philosophie et maudissait tout le long
du jour l'Université, comme un véritable universitaire.
Je suis bien curieux d'apprendre, quand il arrivera au
chapitre de l'amour, sur quel texte grec il s'est fondé
pour faire, en bafouant l'érudition, ce que tant d'illettrés
pratiquent sans avoir traduit Homère ni Héraclite et
quelles déductions métaphysiques il en a tiré sur-lechamp, au nez de sa compagne et au mépris de toute
civilité érotique. Mais revenons à la « Maison de
Colette » ; car je barre, dès maintenant, du titre, cette
Claudine qui n'est qu'un masque, un masque ébréché..
usé, et qui ne colle plus au vrai visage.
Inutile, n'est-ce pas, d'analyser le livre par le détail :
tout le monde l'a lu ; qui ne l'a pas fait, je le déclare
indigne de vivre et de paraître à la lumière du ciel, je
le déclare mort et non avenu. Je dirai deux mots cependant du sujet pour rafraîchir les mémoires débiles, sableuses, que le vent de chaque heure égalise et remodèle.
Voici : Colette a été petite fille, elle habitait une maison et un jardin ; elle avait une mère, une sœur, un frère,
( 1) Fer enczi, édileur.

D'abord, quand il est arrivé par la poste, je l'ai retourné
un moment; il n'a r_ien de merveilleux, c'est du papier.,
mais un papier qui n'a pas l'odeur des autres, de ce papier
à chef-d'œuvre sans doute dont le stock s'épuise si lentement. Je l'ai ouvert. Il y avait un nom sur la première page, un oeau nom, celui de mon trisaïeul, de mon
aïeul, de mon pèl"e, et le mien en dernier compte, sans
faute d'orthographe, av·ec deux A hautement barrés et
deux X en croix de Saint-André propres à donner la
torture à un hanneton. Cela fera bon effet dans la vitrine
où j'enferme les « Idylles » dédicacées de Théocrite et
le « Don Quichotte » que m'adressa Cervantès l'année
même où il n'obtint que quatre voix au prix Goncourt.
Puis j'ai coupé le livre, plaisir divin. Qu'on ne m'envo~e
jamais de volume rogné, je les exècre ; il se rencontre
tant de romans qu'il suffit de couper pour s'épargner la
peine de les lire, et sans remords puisqu'on a rendu la
politesse. J'ai donc coupé la « Maison de Colet'ce » en
249 tranches ; des mots passaient sur l'aile rapide des
feuilles, des mots tout neufs, qui n'avaient jamais servi
pour personne, des fleurs, des bêtes, des parfums, des
robes, une jambe de bois, une lanterne de projections,
une main replète de vieille dame, une chevêche, une
chevelure, un presbytère, Minet-chéri, une romance, la
tombe d' Antoniphronque Bouscops, des scintillements et
des visages, oomrne on voit, du dehors, par le tambour qw
tourne, à l'intérieur d'un restaurant, des bijoux, du linge,
des mâchoires, des fruits. Après cela j'ai lu le livre. II
commence ainsi :
« La maison était grande, coiffée d'un grenier haat,
La pente raide de la rue obligeait les écuries et les
remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie à se
blottir en contre-bas tout autour d'une cour fermée ... »

J'ai avalé le .tout d'un trait, et je l'ai repris ensuite
à loisir, un chapitre par heure, pendant des jours. Les
phrases déjà perdent leur sens originaire et le maléfice des images trop répétées commence à agir ; les tours
et les mots prennent une valeur mystique, deviennent des
formules d'incantation, se vident de leur contenu pri-

qui s'attache de splendeur aux cordons rouges d'une
vigne d'automne que ruinait son propre poids ... » Et
aussi : (( Le grand-duc s'appuya sur l'air et fondit
dans la nuit dont il prit la couleur de neige et d'argent. » Je ne comprends plus le livre, je le cite hors de
propos et je brûle de le commenter ; ce qu'il avait de
doucement lumineux se pare d'une obscurité éclatante :
en un mot, il devient classiq;ie en moi. Avant ce désastre où sombrent les grandes œuvres comme les médiocres
dans l'oubli, que je tâche de rassembler mon jugement...
Le talent de Colette s'épure chaque année et gagne
en profondeur et en naturel. Nous avions entrevu jadis,
derrière le p,arisianisme et un esthétisme qui ne man·q uait ni de force ni d'agrément mais qui craque aujourd'hui sous une poussée de sève, ce visage de terrienne,
cette figure ;unie et contradictoire, pétrie d'obstination
et de primesaut, ce dangereux regard à qui rien ne
demeure caché de ce que contiennent les êtres humains,
végétaux, animaux, cette oreille qui devine les secrets
du vent, ces narines qui ont épuisé les saisons. Qui elt
résisté à tant de raison, de grâce ferme et douloureuse,
à ce langage savoureux et nuancé ? « La Maison die
Colette » dépasse tout cela, et même les (&lt; Dialogues des
Bêtes », et même « Chéri &gt;&gt; qui n'est., en somme, qu'un
magnifique roman. Nous n'eussions jamais imaginé pour
elle d'autre logis, un peu cahoté, un peu de guingois en
apparence, mai:s d'une si ferme architecture intérieure
qu'on n'y pourrait retrancher trois marches ni détordre
la glycine d'un nœud sans rompre un •e nsemble si cohérent que son harmonie paraît dépourvue de mérite et
nécessaire, d'une simplicité si savante et si aisée, d'une
sensibilité si robuste, si solidement étayée, si pudiquement
épanouie. Rien de soufflé ou de creux là-dedans, mais
un miracle continu d'équilibre, le divin mariage de l'art
et de l'instinct, la soumission a:.ix voix de la nature e t
le redressement de l'intelligence ; il faut un terroir et
l'enrichissement des générations pour produire une telle
fleur, nourrie de siècles et sauvage encore, cultivée et libre.
COLETTE. CROQUIS DE JEAN OBERLÉ

" LES JOURS SANS GLOIRE ", DE M. BINET·VALMER
PAR GUS BOFA
M. Binet-Valmer pense déjà à ses vieux jours : il fait
aujourd'hui des conserves de gloire militaire pour l'époque à venir où la guerre sera devenue : la légende et
les « chefs de section », des macrobites quelconques, en
possession de raser tout le monde avec leurs souvenirs,
périmés. Il change, pendant qu'elle a encore cours, cette
monnaie de souvenirs contre d'honnêtes romans à
7 francs l'un.
Je crains pour M. Binet-Valmer que ses calculs ménagers ne soient déçus et que ce genre de conserves de
guerre, fabriquées avec des déchets de toutes sortes, ne
vieillisse encore plus vite que lui-même. Car « Les Jours
sans Oloire » de M. Binet-Valmer, n'est pas un vrài livre
de guerre. Chaque auteur n'a pu, évidemment, écrire
qu'un seul livre de guerre, qui vaut ce que vaut !'écrivain ou ce qu'a valu le combattant M. Binet-Valmer a tell
le sien : « Les Souvenfrs d'un porte-fannion », si j'ai
bonne mémoire.
Cependant il continue à écrire et ne peut se résoudre
à démobiliser sa plume.
Nous trouvons ainsi dans son dernier livre :
Un ancien colonel français, névropathe et joueur
invétéré.
Un héroïque-ancien-poilu-mutilé (qui, par un hasard
curieux, est Grec et se prénomme Péric:ès (sic).
Un ancien-courageux-major (qui, par un hasard non
moins curieux, est Roumain).
Les dames de ces messieurs, anciennes héroîquesdames-blanches, richement décorées de la croix de guerre
avec palme.
Un aveugle de guerre.
Quelques anciens embusqués, pour le contraste nécessaire (qui, par un hasard étrange, sont tous Français).
Enfin, un juif ~gnominieux, profiteur de l'arrière, comme
nous n'en avions plus rencontré depuis les romans ·de Gyp.
Tout ce joli monde ne parle que de la guerre, après
quatre ans de paix, ne vit que du souvenir de la gue,rre,
regrette la guerre, ou attend la prochaine guerre.
A le lire hâtivement, le livre serait négligeable : il
continue la noble tradition des bourrages de crâne de la
presse de guerre et emploie à cette besogne un style faussement familier d'ancien grognard, sans valeur littéraire.
En l'examinant de plus près, on découvre qu'il n'est
autre que le livre-programme des « chefs de section »
pour les prochaines élections ,e t cette découverte étonnante luÎ' donne au moins un sens et un but.
M. Binet-Valmer déplore •q ue les fameuses élections
de 1919 n'aient servi qu'à de faux poilus.
Ce n'est pas gentil pour le bloc national et ses élus,
mais c'est peut-être vrai.
li dit encore que la guerre a changé le inonde (ce que
je ne crois pas pour ma part, sa merveilleuse inutilité
est peut-être son unique beauté), et que le monde nouveau doit appartenir aux anciens combattants.
Le mot : ancien-combattant ne signifie proprement
rien en français. On combat ou on ne combat p'.us. Sauf
erreur, nous n'avons plus à combattre.
Il fut déjà assez difficile à l'épo-que, de définir exactement le vrai combattant. Il y eut des combattants de
tre zone, de 2~ zone, de 3e zone, des combattants de
cinq
s de front, de quatre ans, d'un an ou de fractions
insignifiantes d'année. Il y eut toutes sortes de cqmbattants et même de-s combattants qui ne- combattirent pas
du tout. Il doit donc y avoir toutes sortes d' ancienscombattants, quoi que cela puisse signifier.

�6

LE CRAPOUILLOT

Je crois bien que pour M. Binet-Valmer les s~uls vra~s
anciens combattants sont les ex-chefs-de-sect10n, mais
je ne vois pà.s de raison valable pour qu'ils gouverne~_t
la France. Que M. Binet-Valmer, par exemple, parce qu 11
fut employé, durant la guerre, à bord d'un de ces aut~bus en miniature que l'on nomma des tanks, y rut
acquis des titres à devenir un jour ministre du Commerce
ou des P.T.T.
Dans le but, je pense, de faire plaisir à ces anciensoomhattants électeurs éventuels, M. Binet-Valmer oppose
volontiers l; guerre saine, et féconde. en noble; senti.
ments, à la paix amollissante et ~auv~1se aùx hero~. ,
f entends bien que cette antithese n est pas expnmee
avec une conviction profonde et naïve comme celle des
demi-soldes de l'Empire. Mais elle est à la base de son
livre et continue, implicitement, partout.
Quand M. Binet-Valmer nomme la guerre une affreuse
chose, c'est par la bouche d'une faible femme et il sousentend : « mais combien glorieuse ! ».
Les anciens combattants, q'tl.Î ne furent oncque::; chefs de
section, disent plus véridiquement : « la guerre est ig:1-0ble », et cette épithète dispense ensuite de parler de !5l01re.
Cela les rend aussi' moins sensibles au souvenir des
souffrances communes que M. Binet-Valmer l~s invit~
à évoquer, 'sans cesse, à l'exemple de ses heros qu~
passent leur vie (ils ont prooablement des rentes . ~m
leur permettent ce sport) à remuer de t~ls souven~TS,
avec des « ah c'était le bon temps ! » de vieux tartanns
en rupture de sabre.
Les anciens combattants qui ne furent pas chefs de
section n'ont le souvenir que d'une souffrance : la hantise de' la mort. Les autres., la faim, le froid, la fatigue,
tout cela était connu et accepté gaiement dès le temps
de paix. Celle-là fut une nouveauté déconcertante pour les
soldats de 1914 et la vraie souffrance commune.
Le souvenir en est ignoble, comme la guerre même et
les anciens combattants ne tiennent pas à l'évoquer, fût-ce
en faveur d'un candidat député.
Je voudrais, en passant, reprocher à M. Binet-Valmer,
les lamentations de son héros grec perpétuellement en
deuil de sa jambe perdu,e. Les mutilés de guerre gardent,
pour la plupart, une attitude fort dign_e et résigné_e et
n'étalent point leurs _infirmités._ Les glo:ie~x culs-d~-Jatt~,
en vareuse bleu-honzon fleune de meda1lles, qui sollicitent dans fa rue la pitié des passants en faveur de bâtons
de vanille ou de lacets de souliers sont des culs-dejatte de naissanoe et non de guerre.
.
.
Le Périclès de M. Binet-Valmer ne vend m vanille,
ni lacets de souliers, ma,iis il est ridicule et ennuyeux.
Toujours dans le but de faire triomph~r la bon':e
cause électorale M. Binet-Valmer n'a pas craint de mobiliser outre les ~nciens combattants et les braves mutilés,
jusq~'à nos glorieux quinze cent mille morts!
Depuis plus de quatre ans qu'ils sont portés morts
ils ont pourtant acquis le droit d'être reconnus et qu'on
les laisse dormir tranquilles !
Il est entendu, une fois pour toutes, que ces glorieux
morts appartiennent en propre à la Ligue des Chefs de
section, ainsi que toutes les victimes d~ ~a guerre,. les
aveugles, les populations ~nv~hies et les eglises en ~urnes,.
Personne n'a protesté a l'epoque contre cette pnse de
possession arbitraire. Elle 7st mai_ntenan~ _chose acquise :
contre toute notion de droit, le vif a saisi le mort.
Je trouve cela peu déœnt. .
.
,
Est-ce qu'une loi ne pourrait pas enfin preserver ces
morts tombés dans le domaine public ?
Est~ce qu'on ne pourrait pas interdire de marcher sur
leur tombe?

Est-ce qu'on ne pourrait pas enfin leur foutre la ~aix ?
Envisagé comme auteur des « Jours sans Gloire »,
M. Binet-Valmer me paraît ne plus trouver sa place dans
un monde redevenu pacifique.
Je llj'en vois qu'une possib-le pour œ héros obstiné,
qui ne veut pas déposer ses 'lauriers : c'est le Panthéon.
Et j'imagine volontiers cette fête patriotique.
. .
Le 11 novembre prochain, anniversaire de 11 anmsttce,
le corps, préalablement embaumé, de M. Binet-Valmer,
traversant Paris panni un peupk recueilli, pour s'en aller
donnir dans la 'crypte fameuse un sommeil défini~if, qu!
le préserverait de connaître les jours sans gloire qui
nous attendent encore, e::;pérons-le, pour longtemps.

SIRÈNES
Tu sais les ports ...
Attouchements des quais,
Bateaux qui vous accostent
Avec des noms et des drapeaux inviteurs
Lourds de légendes et bariolés de gloires,
Des mâts si hauts dans la lumière
Qu'ils semblent brûler : oriflammes ;
Et la mer, divan
Aux coussins mouvants
Peloteurs de torses ;
Et le vent qui dégrafe,
Et le sel qui assoiffe ...
Marseille, Porte de l'Orient ?
C'est trop peu :
Porte de tout ce que l'on veut,
Où tous les rêves appareillent,
- Tour du monde
En quatre-vingts secondes Un peu, beaucoup, éperdûment ...
Léon Mouss1NAC.

Par P. JEAN-DESTHIEUX
doit être possible de savoir quel est le poids de lumière
Tout n'est pas dit sur l'incroyable Einstein (1). Les phisupporté par un animal vivant à la surface du globe,
losophes et les théosophes n'ont pas encore exploité
puisqu'il a été possible d'évaluer .à 58.000 tonnes (2) la
comme il faut ce merveilleux « filon ». M. Bergson, certes,
masse lumineuse provenant du soleil reçue chaque année
ne l'a point dédaigné et pour notre part nous regrettons
par la terre. La terre, en ce calcul, est une entité planéd'avoir connu trop tard afin &lt;l'en tenir compte ses derniers
taire considérée comme un "1:out. Quèlle est 1a part de
écrits. Ce n'est peut-être pas ici le lieu de s'aventurer dans
chacun de nous dans cette distribution annuelle des parles halliers épineux des déductions métaphysiques qu'un
ticules lumineuses? - C'est ce que nous ne saurions
homme d'imagination pourrait tirer de ces théories de
préciser ici. Mais si tout ce qui précède est vrai, comme
la relativité à la faveur desquelles le temps et l'espace
l'affirment les savants, une bascule de haute précisioPse trouvent en définitive absorbés par la vitesse, considépennettrait de constater qu'un être vivant ne représente
rée en ses prodiges les plus rapides comme l'unique étapas tout à fait le même poids, selon qu'il est soumis à
lon possible de la durée. Mais pour l'humoriste, les glanes
l'éclairage d'un soleil de canicule ou qu'il est placé dans
seraient, dans le champ moissonné par les savants, aussi
« l'obscure clarté » d'une nuit de gelée.
nombreuses que celles dont les métaphysiciens ont fait
Si cela n'était pa~, ou bien la théori,e serait en défaut,
leur nourriture spirituelle, depuis qu'on s'est avisé de
ou bien l'être vivant ne se comporterait pas comme les
prendre au sérieux ce fameux Einstein.
autres masses : on peut supposer, par exemple, pour
Hélas ! le don d'humour, l'un des plus prodigieux
expliquer le cas d'une masse constante, qu'il se produise
qui soit accordé à quelques-uns d'entre nous, puisque
entre cet être vivant et la nature un échange d'énergie
rire est le propre de l1 homme, ce don pourtant si rare
également constant. Peut-être sommes-nous comparables
n'est pas au nombre de ceux dont nous osons nous flatta-.
au radium et absorbons-nous exactement autant d'énerNous sera-t-il permis, toutefois, sans nous exposer aux
gie que nous en extériorisons. Peut-être le principe vital
traits des gens trop graves, de risquer ici un certain
ne consiste-t-il qu'en un tel échange. En tout cas, il n'est
nombre d'hypothèses, toutes un peu frêles en leur appapas interdit de penser que, exceptionnels ou non, accaparence, toutes inattendues, à coup -sûr, mais non pas inadreurs d'énergie nous en sommes aussi producteurs. Peutmissibles, ni ridicules, à oe qu'il nous semble, et en
être rayonnons-nous, comme les autres corps radiants.
faveur des.quelles nous prenons licence de solliciter la
Il se peut qu'entre animaux, qu'entre hommes, des échanbienveillance des fervents d'absolutisme?
ges d'énergie, des échanges de rayons se produisent, sans
Einstein nous apprend entre autres choses stupéfiantes
que nous nous en doutions. ee· n'est pas certain : la
qu'il n'y a pas de distinction spécifique .ni autre à faire
science n'a pas dit cela ; les philosophes ne l'ont point
inter~enir en nos raisonnements entre la masse et l'énersupposé ; mais l'hypothèse h'est pas absurde.
gie. L'identité de la matière et de l'énergie est aujourOr, cette hypothèse, pour fragile qu'elle soit, elle serait,
d'hui' admise par la plupart des ,savants auxquels les
si elle pouvait être retenue, étonnamment féconde ... Laistravaux d'Einstein ont paru dignes d'intérêt. Les consésez, à notre rêve, en la confidence de cet article, ~a
quences d'une telle découverte ont été toutes signalées :
liberté de s'avouer.
le rayon lumineux, succession de particules projetées par
Comment expliquez-vous la sympathie? Vous ne
la masse solaire à travers l'espace illimité mais nullement infini► a un poids, comme le courant magnétique.
l'expliquez pas. Elle est, résultat conscient d'impressions
Plus tu R rayon lumineux ou magnétique est_pesant, plus il
mal définies ; résultat d'une réflexion que l'esp,r it n'a pas
véhicule d'~nergie. Les corps radiants perdent de leµr
guidée. Nous ne s·erions pas surpris si l'on nous disait
masse au fur et à mesure qu'ils nous éclairent. On arrive
un jour qu'elle est le résultat d'échanges favorisés p.ar le
à peser le rayon d'une étoile. La matière en apparence
courant mystérieux qui peut aussi bien se produire entre
inerte d'un morœau de charbon, ou le fluide d'un ballon
deux êtres mis en présence pour la première fois
d'oxygène, ou le pétrole enfoui dans le sol représentent
qu'à distance entre deux êtres d'une même famille
autant d'accumulateurs d'énergie. Et s'ils perou deux êtres unis par des, seritimerits
éprouvés. Du coup, vous auriez l'explicatipn
dent de leur masse en se consumant, c'est
✓,:?~
_,, ,
de phénomènes tels que ceux qui procèdent de
dans une proportion égale à la perte d'éner'
,,
gie qu'ils -subissent.
r·
~ la télépathie, de la suggestion, ·de la transBon. Eh bien, l'être vivant aussi J:1eprémission de pensée, etc... Echanges magnésente une masse. Est-ce à dire que l'impo-r~
~ tiques, par conséquent, qui, entre deux sujets
tance de cette masse correspondante absoluif,_ €
parliculièrement sensibles, peuvent provoquer
ment à la valeur de l'énergie dont il est doué? ~ ( ~
~ ~
des troubles, des attitudes, des affinités d'or- Sans aucun doute. Cette masse est variable.
\.... \.)
dre sympathique ou physiologique ou psyL'énergie absorbée ou manifestée aussi kloit
chologique d'un caractère exceptionnel. Du
coup, enfin, tout ce qui nous paraît mystérieux
être variable. Constatez que l'êt11e vivant est
dans les quelques manifestations reconnues posounûs à la pression de l'air comme à l'in- //"' ~
sitives du psychisme, dans les rencontres de la
fluenœ pesante des rayons lumineux et qu'il
~\
pensée, dans les appels à distance, dans le flair
de certains animaux, dans le s~tts de l'orienta~jv,,1.'
(1) C'est le titre d'un volume que l' auteur de cet
tion ·q ue possèdent certains oiseaux et dans
al'ticle vient de publier aux éditions du Carnel critique.
tout ce qu'enfin nous nommons instinct sans
(2) Voir le livre de M. Ch. N ordmann, astronome
y rien comprendre, tout cela et tout ce que no~
à l'Obse1·vatolrc de Paris, sur les théories d'Einstein,
EINSTEIN
oublions deviendrait intelligible pour noUi- .

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LE CRAPOUILLOT
LE CRAPOUILLOT

A quoi bon préciser notre pensée ?
.
Qui n'a pas eu, une fois ou l'autre, des avertissements
de ce genre : vous êtes dans une rue quelconque ; tout
à coup, une pensée vous traverse l'esprit : · tiens ! et
Un Tel ? que devient-il ? - L'instant d'avant, vous ne
pensiez pas à lui : vous regardiez une jo~e femme, ou
quelque objet à la devanture d'une bouh~ue: Aucune
association d'idées n'explique que vous pensiez a Un Tel.
Mais vous faites quelques pas et vous tombez nez pour
nez sur Un Tel lui-même que vous n' aviez pas vu depuis
six mois. Comment l'expliquez-vous ? L'hypothèse d'une
renconhe magnétique précédant la rencontre réelle est-elle
inadmissible ?
Autre chose : vous êtes dans la rue, ou au spectacle :
vous suivez le spectacle qui s'offre à vos yeux. Soudain,
vous éprouvez une certaine gêne ; avant d'avoir réfléchi
sur sa cause, le besoin vous vient, spontané, de regarder
derrière vous : un regard rencontre le vôtre, que vous
surprenez, qui se détourne aussitôt, contrarié. ~o~s ne
reconnaissez point la personne dont le regard a ete surpris par le vôtre pour la raison très simple que vo~s
la voyez pour la première fois.. Pourtant, parce que depuis
un moment, sans doute, ses yeux étaient orientés vers
vous qui ne vous ·en doutiez point, vous avez eu nettement à un moment indéterminé, l' impression d'être regardé. Comment expliquez-vous cela ? Et n'est-il pas
logique, ou du moins plausible d' admettre qu'à votre
insu vous aviez été impressionné par une force inconnue,
ou par un rayonnement insoupçonné, émanant de la
personne dont votre vue occupait la vue ?
Des impressions, des mutations de ce genre, nous en
notons à tout instant de la vie. Plus simplement : vous
êtes à la campagne et vous vous promenez. Vous avez
déjà couvert plusieurs centaines de mètres à travers des
bois où vous ne pouvez être aperçu à distance. Tout à
coup, vous vous retournez, et vous reconnaissez votre
chien, qui arrive ,en &lt;:ourant, la langue vibrante, po~r
vous rejoindre. Vous l'aviez laissé à dessein au logis.
Mais il a pu vous rejoindre : pas un instant il n'a hésité
sur la direction à prendre. Il savait où vous retrouve r,
quand vous-même, en partant, ignoriez le terme de votre
promenade. On dit : c'est le flair, particulièrement développé chez les chiens, qui explique un tel phénomène, t eHe-•
ment commun qu'il apparaît normal. Le flair ? c'est bientôt
dit ! Mais vous ne laissiez derrière vous aucune trace ;
vous êtes un homme soigneux et nulle odeur ne vous
faisait cortège. Alors ? Est-il ridicule d'expliquer le flair
extraordinaire du chien par une sensibilité particulièf'e
à sa race, par une aptitude spéciale à subir le rayonnement de l'homme et à reconnaître celui de ses familiers ?
Cette hypothèse d'un rayonnement possible de l'individu, voire de l'anima! - les animaux, dans les p ériodes
de « chaleur », se pressentent parfois à de très grandes
distances - nous la risquons à tout hasard, sans en
attribuer au philosophe de la relativité la moindre pate:.-nité, mais non sans faire rem arquer qu' elle est conforme,
selon toute logique, à son enseignement. Et si cette
hypothèse ne vous semble pas absurdt d'ailleurs, l'ex;ilication d'apparence fantaisiste que nous dem andons aux
théories d'Einstein le sera-t-elle davantage à vos yeux ?
Cent exemples de cette sorte, choisis dans l'ordinai re
de l'existence ou dans les manifestations les moins rares
de l'instinct, chez certains animaux, s'offrent à l'esprit
de tous. Nous ne pouvons rien affirmer. Nous ne pensons
pas que l'intuition ait la moindre valeur logique. Mais
nous pensons que si jamais nous obtenons la certitude
d'avoir risqué ici une hypothèse inadmissible, ce sera
bien dommage pour notre entendement. . . et pour Einstein
lui-même.

UN ROMAN AUDACIEUX
PAR JEAN EERNIER
En m'adressant « La Garçonne », mon pudique camarade Galtier-Boissière me recommande de ménager les
lectrices du Crapouillot, de peser les citations du nouveau
roman de M. Victor Margueritte que je pourrais être
amené à faire et, notamment, de ne point parler d'une
certaine guirlande de garçons et de garçonnes dont il est
question à la page 198.
Diable! « La Garçonne » n'a cep,endant p as été imprimée en Hollande et ne circule pas sous le manteau.
« Roman audacieux », - « Quatre-vingtième mille », « Centième mille », clament les placards du « Journal », du
« Petit Parisien », du « Matin », l'étalage du moindre
kiosque, la vitrine du plus infime libraire. Un tel su~cès
est de nature à ap,aiser les alarmes du plus discret des
critiques.
Voici quelque soixante-dix ans que Proudhon dénonça
sous le nom de « Pornocratie » les désordres et la déliquescence où la soi-disant émancipation des femmes,
chère à Mme Sand, allait jeter la société française.
« Comme les anciens, disait ce vieux paysan jacobin de
« Proudhon, nous sommes arrivés aux dernières aberra« tions de l'idéalisme; et si le crime de sodomie est
« poursuivi par nos lois, le commerce n'en est pas moins
« florissant, et comme chez les anciens il a trouvé des
« apologistes .. . Le mariage devenu une affaire, le concu« binage dédaigné, nous sommes en pleine f?!Omis cuité ...
« Nous voilà parvenus à l'amour unisexuel, on parle
« de parties fines où la f ashion féminin e se livre.
« comme tes Romaines de Juvénal, à des combats triba« diques, lpsa Medullinre frictum crissantis adorat. »
Depuis, il est vrai, les temps ont marché. Le crime
de s9domie (au xve siècle on brûlait encore ces messieurs
en place de Grève) n'est plus poursuivi par nos lois. Ces
messieurs laissent au vestiaire leur auréole romantique
de satanistes. Quarante ans après le mari, la femme et
l'amant, ils ont fait leur entrée dans le monde.
La guerre de 1914, réactif universel et tout-puissant,
marqua, dans cette question des mœurs comme en toute
chose, le début d'une étape décisive. Et n'est-ce pas
quelque peu en raison du fameux « c'est la guerre ! »,
excuse de tous les débordements, qu'il nous est donné
de voir, depuis deux ans, nos jolies mœurs de démocrates
idéalistes et patriotes, se refléter dans notre littérature ?
Qu'on songe à cet égard au chemin parcouru depuis le
procès fait à l'innocente Mme Bovary et les premiers
romans de Bourget, jusqu'au M. de Charlus de Sodome
et Gomorrhe.
Enfin, pour ce qui nous occupe, je veux dire pour ce
ce qui a trait au sujet de cette « Garçonne » si grotesquement prénommée, combien ne connaissons-nous pas
maintenant de femmes ou de filles qui, les unes parce
qu'elles gagnent de l'argent, les autres, au contraire, parce
que oisives et stériles e t comme telles sujettes à toutes,
les divagations et à tous les dévergondages, nous la font
(si j'ose dire) à l'affranchissement et à l'égalité des droits
et des devoirs, nient l'irrémédiable différenciation sexuelle

et, confondant licence et liberté, amour-propre et honneur, se décomposent toutes vives !
Ecrire le roman d'une de ces piètres amazones, en
narrer les avatars, en montrer la foHe, sans bégueulerie,
en mettant au jour toutes les gangrènes et toutes les
sanies qu'on eût voulu, eût pu donner lieu à une œuvre
forte et :salutaire. Mais, pour cette tâche, il fallait un
autre homme que M. Victor Margueritte.
Monique Lerbier, l'héroïne de la « Garçonne », n'est
qu'un personnage de convention. Cette petite jeune fille
falote et soi-disant pure, qui se toque d'un fiancé intéressé
et malpropre (comme trop de fiancés bourgeois en l'an
de grâce 1922); qui, couche avec lui ante nuptias, et,
t.rahie, recouche pour se venger avec le premier venu
dans un quelconque hôtel de la rue Pigalle, ne saurait
en rien nous toucher. Seul, le culot d' une feuilletoniste
pouvait en faire l'hé:roïne, le grand personnage dramatique
et sympathique qui sous prétexte de s'affranchir, se
roule dans l'ordure pour rencontrer enfin l'âme sœur et
se régénérer dans le plus affranchi et le plus classique
des ména~s.
Délayée dans la pleurnicharderie, cette donnée banale
eût pu occuper cent jours durant le rez -de-chaussée du
« Petit Parisien » (surtout si conjointement à un assassinat quelconque, Monique avait été une ouvrière séduite.
engrossée, plaquée et tournée grue). Pour écrire un
« roman audacieux » il n'y avait qu'à faire de l'héroïne
une bourgeoise, inteUectuello-artiste ou artisto-intellectuelle, en mal d'affranchissement, à lui coller dessus (pour
faire la pige aux « Don Juanes »), le barbarisme de
« Garçonne » et pour évit,e r l'ennui et appâter le client,
cherrer dans la peinture de mœurs. Enfin, pour porter
l'audace à son comble et corser le ragoût d'un filet ae
sauce bolchevik, mêler aux séances de cuissage et
d'opium, aux « partouses » à trois, quatre ou cinq, et à
toutes les étreintes, caresses et tripotages du monde,
le rappel opportun des « profits et pertes » de la guéguerre.,
et le spectre de la famine russe, en exposant ingénument que l'idéal démocratique (ah ! qu'il était beau sous
l'Empire !) remédiera à tout.
C'est ainsi que minutieusement et complaisamment,
avec dans l'expression, toute la platitude et la fadeur du
naturalisme le plus épuisé, s·e déroulent, de page en page,
les évocations « audacieuses ». Ah ! tout y est, vraiment
tout. « La Garçonne » est, à cet égard, une encyclopédie,
un compendium, une somme des « plaisirs de Paris » :
Coucheries simples, nonnales malgré certains raffinements de postures (cf. page 162, quand Monjque à genoux
cueille de la lavande), sodomie, bilitisme, onanisme., flagellations, opium, bonne petite « partouse » à six ou sept
à la maison Philibert. J'en passe peut-être. Et toujours
avec le détail grossier, le mot cru.
Mais plus peut-être qu'en un tel étalage, l'odieux de
la « Garçonne &gt;&gt; s'affirme dans la phraséologie sociale
dont son auteur prétend la justifier. Ce livre serait, selon
les dires de celui-ci, « un livre de gauche », lancé contre
l'hypocrisie d'une morale périmée, une œuvre courageuse
et saine, quasiment révolutionnaire. Grâce vous soit rendue, Monsieur Victor Margueritte, de me permettre ainsi
d'écrire que nous recommençons à être quelques-uns à l'extrême-gauche qui en avons assez de voir assimiler l'idéal
révolutionnaire, austère et terrible, à je ne sais quelle anarchie jouisseuse et sentimentale. Tirez votre « Garçonne »
à deux cent mille, nous vous remercierons même de nous
montrer par son succès la bassess,e des, milieux dirigeants
de notre démocrassouille, mais, s'il vous plaît, ne mêlez pas
les idées de gauche (non plus d'ailleurs que les idées de
droite) à un pareil trafic.

VI N G T

9

ANS

APRÈS

- Les amis de M. Millerand affirment que
lorsqu'ils seront au pouvoir, il n'y aura plus
de soldats. (Dessin et légende de Job, t xlrails du
«Gaulois du dimanche »: 12 avril 1902.)

UNE INTÉRESSANTE RÉÉDITION
Les dévotes d'Avignon, par JosÉPH1N P É LADAN.
avec avant-prorns de G.-L. Tautain (Monti~ nouveau ).

Se produira-t-il pour Péladan ce qui s'est déjà produit
pour Gobineau ? Sont-ce les Allemands qui vont nous
révéler l'auteur du « Vioe Suprême » comme ils avaient
déjà recueilli et adopté l'auteur de I' « Essai sur l'inégalité des Races humaines » ? M. Gustave-Louis Tautain nous ave1tit qu'outre-Rhin tels livres de Péladan
sont tirés à 15 ou 20.000 exemplair,es, tandis qu'en franœ ,
le public sait tout juste de cet écrivain si rare cm,'il
avait failli devenir ma~, ce qui n'est. pas en somme une
aventure à prendre au séri,eux ! Pourtant le cas de Péladan mérite autre chose qu'un si aimable dédain. J'y
vois même une des plus prenantes singularités de la
littérature française. Il est peu de sujets que n'ait touchés la hâte dévorante de Joséphin Péladan, peu de
choses qu' il n' ait senties, peu d'idées qu'il n'ait remuées.
On rencontre dans la profusion de son œuvre d'étonn antes
annonciations, des vues d' une originalité scabreuse, insensée. L'écrivain chez lui, très inégal, se montre tantôt à la
hauteur des plus grands, éloquent et d'un emportement
intellectuel superbe ; tantôt verbeux, lassant. C'est bien
de Péladan, créateur incomplet et - M. Tautain l'a
fort bien discerné - par certains côtés féminin, qu' on
pourrait di.re qu'il eut une espèce de génie.
« Les Dévotes d'Avignon » sont une des œuvres les
mieux composées, les mieux réussies de Joséphin Péladan. Je voudrais faire lire ce roman si cérébral, si particulier, si hautain, si ardent. Je me bornerai donc à
dire qu'il constitue une des choses les plus abominablement érotiques qu'on puisse se procurer pour 6 fr. 75.
Sans un mot grossier, san,s une attitude grossière, il y a
là de quoi damner toute l' Eglise.
C'est l'histoire d'une jeune fille regardée par un jeune
homme.
Dominique BRAGA.

�LE CRAPOUILLOT

ÉTUDES SUR LA MISE EN SCÈNE

LE THÉATRE DES ARTS(l)
PAR LÉON MOUSSINAC

Si pour le grand public et un certain nombre d'artistes ignorant les travaux des Allemartds et des Russes,
les ballets de Serge de Diaghilew furent une complète
révélation du renouveau de la décoration théâtrale, ils
n'éblouirent pas de même ceux qui . avaient entrepris
d'étudier à l'étranger les efforts et les réformes déjà
réalisées. Ainsi Jacques Rouché revenant d'un voyage
d'études écrivait son Art théâtral modertt.e où, après avoir
fait connaître les idées précises d'un Stanislâwsky, d'un
Meyetkhold, d'un Fuchs, d'un Erler, d'un Reinhardt et
d'un Gordon Craig, il tentait de fixer les principes d'une
mise en scène nouvelle qui s'accordât avec le génie français, avant d'en faire un.e application éclatante au Théâtre
des Arts en 1910.
Aussi M. J. Rouché estitne•t•il que lâ mi$e en scène doit
mettre le décor au servic-e exclusif du dtame, en nedisttayant pas le spectateur ou en ne dispersant pas son
attention par la reéherche inutile d'effets anecdotiques
ou de reconstitutions pittoresques : «-Pourquoi faire éclater un feu d'àrfifice ou défiler un oorlègie dàns le fond
de la scène, alors qu'au premier plart se déroule ttne
scène dramatique qui rt'en est point renforcée? » Il s'agit
donc de styliser Je décor : « On n'admettra que -1es
éléments décoratifs indispensables à la comprëhension
de chaque pièce, en s'efforçant de les disposer de la
façon qui seta la plus suggestive sur l'esprit du public. »
On obtiendra ce résultat en recherchant les rythmes, les
effets plastiques, l' llàrmonie colorée du drame à représenter : « Le décor devra être exécuté, non comme l'agrandissement d'un tableau destirté à figurer dans une galerie, mais tomme une œuvre décorative. Qu'on me passe
ces termes techhi.qttes de métiet, il seta traité en décoration et non en peinture ... On n'oubliera jamais, en
effet, que la scène est, comme l'a dit Taine, « un relief
(_l} Ç~ chapitre est extrait d 'un livre de Léon Moussinac: • La décora tion théâtrale, , à paraitre en octobre dans la collection de cl' Art

français depuis vil1gt ans • (Rieder, édit.).

qui bouge &gt;&gt;. On oonsîdérera ainsi l'art dramatique
comme un asptct et une dépendance de l'art plastique. »
Personnages ,et décor sont inséparables et dépendent
« d'un terme supérieur : le drame auquel le décor doit
servir de cadre. D'où ce corollaire évident : Ie décor
sera conçu à l'échelle de la pièce, ou, pour parler même
et plus précisément, de l'action particulière qu'il souligne èt qu'il illustre ».
.
Les oostumes doivent être réalisés en harmonie étroite
avec le décor : « Peintre décorateur et costumier collaboreront pour fondre l'apparence sculpturale et colorée
des acteurs èt des figurants avec les lignes et les couleurs de la décoration générale ; par cette entente minutieuse, on évitera les heurts, de tons, les bariolages inattendus, les contrastes violents entre la nuance d'une
étoffe et celle d'une tenture qui sont moins imputables
à la maladresse des costumiers qu'à l'ignorance, où d'ordinaire ils sont tenus, des lignes principales de la mise
en scène. » C'est pour cette raison que M. J. Rouché
estimait nécessaire qu'un peintre devînt le conseil du
metteur en scène en dessinant aussi bien les costumes que
les décors et en réglant d'acc-0rd avec lui et l'auteun,
les gestes et les mouvements des personnages. Ainsi pouvait-ôn parvenir à l'unité générale du spectacle.
« Nous possédons en rrance, ajoutait-il, une belle étole
de peintres décorateurs ; l'heure semble venue de tenter, avec leur conoours, un modeste essai, par lequel,
sans rien renier des. traditions de beauté léguées p-ar
le passé, mais en cherchant une note d'art nouvelle, on
s'efforcera d'élever l'art dramatique à la hauteur atteinte
par la culture artistique de notre époque. » Ce « modeste
essai » fut en réalité la remarquable saison du Théâtre
des Arts qui re-ste l'honneur même de M. J. Rouché
et où il appliqua pleinement et parfois avet tant de
suggestive beauté, les conclusions mêmes de son étude :
« La mise en scène, à notre avis, peut être réaliste,
fantaisiste, symbolique ou synthéiiqUe, tùrnporter des

éléments plastiques ou peints. Il nous plaît de voir jouer
un mélodrame dans une mansarde avec des éléments
purement réalistes, si ceux-ci sont harmonieux, une féerie
dans un décor de Guignol piqué de jolies taches de couleur, une court.e scène du répertoire devant une belle
tapisserie de l'époque, une fantaisie orientale devant un
paravent japonais ; le ragoût sera un délicat ra,pport
entre un costume et une draperie, une jolie arabesque
de feuillage, fût-elle dans une ridicule bande d'~ir. ~ou~
réclamons pour le metteur en scène toute l1berte, a
condition que les mo_yens e~ployés soient artistiques. '»
M. J. Rouché réunit au Théâtre des Arts, de 1910
à 1912, la plus remarquable collaboration de pe!ntre~,
de musiciens et d'auteurs dramatiques qu'on ait Jamais
vue encore en France. Ce fut surtout une démonstration éclatante de la possibilité où l'on était chez nous
de mettre en scène, en appliqu,ant nos goûts avec méthode en -exaltant aussi notre personnalité, tous les genres
dram~tiques. Les Ballets Russes, nous l'avons_ vu, avai:nt
réalisé la fusion des arts plastiques et rythmiques grace
à la collaboration étroite du musicien et du peintre ;
Je Théâtre des Arts élargit la formule et prouva qu'il
était possible de l'appliquer avec la même puissance
de suggestiofi, à une comédie ou à un drame. L'effet
fut d'autant plus heureux qu'il prouvait combi-en la routine qui emportait notre théâtre était lame~table, et réagissait avec éclat contre la médiocrité, la banalité, par une
originalité et un goût exceptionnels. Enfin, un art de la
scène s'établissait chez nous et c'est ainsi que se renouait
cette tradition poursuivie à &lt;&lt; l'Œuvre » avec de petits
moyens et née au temps où Fragonard et Boucher peignirent les premiers décors de la scène française. Ce
fut un beau c::&gt;mbat en "'faveur des idées nouvelles enfin
reprises et exaltées. Et à ce combat participèrent des
peintres comme Dethomas, Drésa, Piot, Charles Guérin,
d'Espagnat, Desvallières, Segonzac, Albert André, Prinet, Georges Delaw, J. Hémard, Bonfils, Hermann-Paul,
Laprade, Carlègle, Francis Jourdain et un artiste d'une
fantaisie extrême, - excessive peut-être, - mais toujours original : -Poiret.
Le succès prouva que la formule nouvelle, qui avait
si bien réussi avec la fête hardie des Russes (facilitée par
ce fait qu'il s'agissait de ballets, c'est-à-dire d'une forme
dramatique où l'action n'est pas toujours précisée nettement, reste dans une poésie vague, et permet une très
grande liberté de conception), pouvait parfaitement
s'adapter à des œuvres dramatiques modernes en contribuant même à en accuser les caractères et la poésie.

LES PREMIÈRES
PAR PAUL FUCHS

Théâtre des Arts. L'éPeil du f aw1e, comédie sociale
de M. Edward KNonLOCK, traduite par M. Jacques
ATHANSON.

Il y a décidément un abîme entre le goût du public
anglais et celui du public français. Il semble pour nous

11

stupéfiant que la pièce enfantine et dénuée d'intérêt qrte
vient de représenter le Théâtre des Arts ait pu, de l'autre
côté de la Manche, être acclamée pendant des centaines
de soirées ...
L'histoire est celle des amours clandestines d'un député
et d'une cuisinière. Celle-ci est un être d'élite : elle guérit le politicien d,e son penchant pour l'alcool ; grâce à
son influence il prend une part de plus en plus brillante
et plus utile aux aftaires de son pays. Pourquoi, dès lors.
ne l'associe-t-il pas. à sa vie ? Elle est charmante physiquement : elle a suscité en lui « l'éveil du tauve ». A
défaut, d'ailleurs, d'autres agrétnents, il trouverait en elle
une maîtresse de maison accomplie. Ses hésitations sont
pour nous incompréhensibles et nous comprenons encore
moins pourquoi la servante au grand cœur et à l'esprit
têtu retuse au politicien de gérer pour lui une exploitation agricole. C'était pourtant son rêve, être fermière !
Mais non : cuisinière elle est, cuisinière elle veut rester.
Elle. se cramponne à ses tourneaux.
.
Le député, vexé, part pour la Franœ (ça se passe pendant la guerre) et se fait casser la figure. Une amie
d'-enfanœ ,qùi' l'aimait sans trop oser le lui dire (quels Don
Juans que ces collègues de. M. Lloyd Georges !) et la cuisinière qui, depuis, a épousé un brave ouvrier, pleurent
ensemble cet être falot. Elles sont bien bonnes !
Mlle Paulette Pax, à l'instigation de qui, dit-on, nous
devons la rèp,résentation de cette pière, incarne la housemaid avec ardeur et adresse. L'allure commune -qu'elle lui
prête semble la plus naturelle du monde. Mlle Gladys
Maxhenœ est une jeune :fille aux gestes simples, gr_acieux,
Et le timbre émouvant de sa voix nous a rappelé parfois
celui de Mme Moreno.

A l'Œuvre : Le Lasso, drame en trois actes de
M. BATTY WEBER.
Mon premier contact av,ec la toule luxembourgeoise a
eu lieu à la descente du train, dans une fête foràine.
Devant un jeu de massacre, des jeunes gens congestionnés lançaient avec une joyeuse violence les balles
de cuir sur des poupée_s représentant le Kaiser, le Kronprintz, les généraux alle.tnands. La boutique s'intitulait :
« Au Massacre des Têtes de Boches ». La fou!e, aimable
et gaie, parlait français. Les fillettes, vêtues de clair,
ressemolai,ent ,à nos grisettes. Je n'en pouvais croire
mes yeux et mes oreilles ! L'accueil, enfin, que je reçus
de chacun ne me fit pas regretter de m'être arrêté
un jour ou deux en r•evenant de Rhénanie chez ces amis
inconnus ...
M. Batty Weber vient de ce pays. « Le Lasso », titre
et symbole de sa pièce, c'est l'hérédité. Celle-ci nous
ligote, régit nos actes. Deux frères, même s'ils sont de
caractères opposés et s'ils ont vécu dans des milieux
très différents, feront, au même moment, si un même
mobile les guide, le même geste. C'est ici le cas : ces
deux frères se trouvent tace à face, la nuit, devant un
coffre-fort dont ils sont, l'un et l'autre, prêts à forcer la
serrure. Pour amener cette situation poignante, l'auteur
a échafaudé ùn drame arbitraire un peu, mais émouvant_,
où les personnages sont bien campés. Chacun dit ce qu'il
doit dire, fait œ qu'il doit faire.
Auct.me des pièces que monte M. Lugné Poë n'est
indifférente. Celle-ci est ,peut-être moins achevée que
certaines de celles qu'il nous a présentées. 11 n'ért faut
pas moins le louer une fois de plus de la ténacité qu'il
met à rendre familières au public parisien les ceuvres
capitales, et trop peu connues ici, du théâtre étranger.
Comme toujours avenue de Clichy, l'interprétation et la
mise en scène sont parfaites.

�• CRAPOUULOT
LE

J

Pendant mon service militaire, j'ai passé une quinzaine
de nuits dans les commissariats de p:&gt;Lce èe Charonne ou
de la Villette, à l'occasion d'une grève - je crois - de
boulangers. Les nuits blanches étaient lono-ues à tirer ·
les bancs du « quart », où nous nous all~ngions tout
hamachés, avaient l'élasticité des noyaux de p;che, le::;
« violons » sentaient fort mauvais ; et cependant je n'a11rais pas cédé ma place pour un dîner au fameux
« Cochon d'Or », car chaque nuit, ou presque, il m'était
donné d'assister gratuitement à de pe'.its spectf,c'es, au
moins égaux en bouffonnerie aux plus truculente, charges
des Moineaux père et fils.
. 1~ me revi,e~t précisément en mémoire un de ce.3 pet b
mCJdents tragico~burlesques dont je fus, sous le pantalon
garance, le témoin anonyme; et, au risque de me voir
mal noté sur le « dossier mondain » que toute importante personnalité parisienne possède dans le~ cartons
verts de la Tour Pointue, je ne puis résister au désir
de la conter.

• ••
Une nuit, un agent ,en civil entra dans le commissariat
tirant derrière lui son dernier coup de f.let : deux f:l!e;
en cheveux et un gros homme à face réjouie.
- J;~i arrêté ~et individu, déclara le « bourgeois ».
dans I mstant qu'il recevait d(c! l'argent de ce3 femmes,
à la sortie du métro Charonne.
- L'homme a-t-il des papiers? demanda le commissaire.
- Monsieur le Commissaire, je l'ai fou:I Jé,
à seule fin de voir s'il ne recélait pas d'armes ·
il n'a pas de papiers...
'
Le gros homme n'avait pas la mine d'une
&lt;(terreur» faubourienne ; au contraire, une fac~
écarlate de bon vivant, des joues en forme
de _tomates, avec sous un nez rubicon~, deux
petites crottes noires à la « Charlot », qu'un
c~up ~e, fer faisait tournoyer pittoresquement.
L air legerement goguenard, le prévenu ne semblait point trop emmouscaillé. Il salua poliment
le Commissaire et déclara d'une petite voix futée

qui contrastait bizarrement avec son tour de poitrine :
. - Monsieur le Commissaire de police, y a méprise,
Je m'appelle Philibert Courtecuisse et suis établi boucher,
311, rue des Orteaux, à deux pas d'ici. A preuve que ma
bou:geoise m'attend à l'heure qu'il est. Je n'ai pas de
papiers SUT moi, c'est véridique, mais il vous ·sera aisé .. .
L_e Commissaire l'interrompit pour appeler un planton,
qu'tl envoya aux renseignements. Puis :
- Nous serons fixés dans quelques m:nutes sur l'exactitude de vos assertions. Mais, au cas où vous avez
dit la vérité, veuillez m'·e xpliquer pourq~oi vous receviez
de l'argent de fille:, publiques à la sortie du métro
Charonne?
- Monsieur le Commissaire de police, répondit le boucher, je gagne honnêtement ma vie et jamais je n'ai reçu
d'argent des pouffiasses !
- Eh dis donc ! Oras-Doub:e, tu poarrais être poli !
lança une des filles.
- Silence!
- C'est pas des raisons parce que Monsieur est dans
les gigots pour qu'il soye malhonnête avec le monde,
appuya la seconde fille.
- Assez ! coupa le Commissaire ; monsieur Courtecuisse, voici un de nos agents, M. Pér~u, qui assure ...
vous assurez, n'est-ce pas...
- Je jure, SUT mon honneur, monsieur le Commissaire ...
- ... vous avoir surpris et arrêté au moment où vous
receviez de l'argent ...
- Votre homme a fait ,e rreur; je revenais de
dîner chez mon a.mi Poupette, vous savez
bien, le mandataire aux H::1lles. Si ma mfo~gère
ne m'a pas accompagn~, c'est qu'elle ne s'accorde pas avec la dame de Poupette, rapport à
ce que sa belle-mère a cherché des raisons .. .
- Au fait, mon ami, au fait !
- Ce que je disa:s, c'est à seule fin d'éclairer les tenants et about:ss:mts de l'affaire. Parce
que, n'est-ce pas, monsieur le Commissaire de
police, nous ne vivons plus, Dieu merci ! aux
temps des rois capétiens où l'on foutait pour un
oui pour un non, le pauvre monde dans des
oubliettes !

/

J

- Faites-nous grâce de
vos connaissances historiques et venez au fa:t .. .
- Je s :) r ;a·s donc du
métro Charonne, continua
le boucher, lors;:iuë je fas
acccs :é par c~s deux ... d-~moise les qui me caus~rent:
« VLns, mon gros ché~i.,
qu'e'.les me disaient, viens
t'amus~r avec deux petite-3
dames bien experte3, tu ne
regrètteras pas ton pognon. » A quoi j'ai répondu poliment, en galant homme : « Non, pas ce soir, mes petites
cqattes, ma bourgeoise m'attend et je me fe~ais disputer
en rentrant. » C'est pendant œ::te conversation que le
bourgeois a fait son apparition. Il m'a fouillé, en me faisant mettre les bi:as en l'air, comme au Ciné, et m'a dit
de le suivve au « quart ». Et il a ajouté : « Toi 1~ poiss, si
tu cherches à t'esquiver, je te crève. » Vous pensez, monsieur le Commissai1~e de police, si j'avais envie de commettre une évasion, moi un commerçant établi, marida (1 ),
rangé des autos, père de famille, car j'avais oublié de
vous dire que j'ai une petite fille et. ..
- Bon, bon, pas de détails, dit le Commissaire.
Puis se ·tournant vers son subordonné :
..:_ Dites-donc, Pérou, vous entendez ce que dit Monsieur?
- C'est des mensonges, hurla le « bourgeo:s », je l'ai
vu recevoir de l'argent de cette brune-là, de la main à
la main, monsieur le Commissaire. Je pense, monsieur le
Commissaire, qu'entre la parole, d'un agent de l' Administration et cet individu ...
- Halte-là, je ne suis pas un individu, je paie patente !
- ... Souteneur, souteneur, c'est un souteneur, monsieur le Commissaire. Il y a plus de six mois que je le
file en 'Suivant son petit manège à ce marlou-là !
- Où ça ? questionna le boucher.
- Où ça ! mais sur le boulevard de Charonne, dans
la rue de Ménilmontant. ..
- Depuis six mois ? Tiens ! j'avais oublié de vous
dire, monsieur le Commissaire de police, que je ne suis
installé que depuis trois jours dans J.e quartier., c'est même
la ,r aison pour quoi vous ne me remettez pas ; auparavant, j'étais commis à Brives-la-Gaillarde, à l'enseigne
du « Cochon qui sommeille », chez Costecalde.
Le policier s,e taisait. Etonné par l'assurance de ce Courte cuisse, le Commissaire, perplexe, se tourna vers les
filles. Des agents galants leur avaient avancé un banc.
Elles rigolaient de l'aventure, bonnes filles, habituées à
faire périodiquement la navette entre le trottoir, le «quart»
et « Saint-Lago»; pas laides d'ailleurs, l'une blonde
décolorée, avec des « chiens » et des « guiches » encadrant un visage fatigué mais fin, l'autre brune aile-de-corbeau, coiffée en coques, avec un faux air d' Andalouse
effrontée.
- Connaissez-vous ce Monsieur ? demanda le Commissaire.
- Cette bille-là ? Ah ! pensez-vous qu'on a ça dans
ses relations si ce n'est des fois comme client, s'indigna
la brune. C'est un cavé!
- C'est ce soir la première fois que vous le voyez?
- J' comprends! s'écria la blonde. Non mais, voyez-vous
cette bellure qui croit que nous en lâchons à des mochetés. Si je devais assister une personne, ce serait pas un
enflé comme ça !
- Ah ! c'est tout de même fort de café! rouspéta le
(1) Marié.

13

boucher : voilà un flicard qui me traite de barbeau, et
puis des biftecks qui m'insultent et disent que je ne suis
pas susceptible d'être aimé pour moi-même ! Ce qu'il
faut en ·e ntendre au jour d'aujourd'hui !
- Dites-donc, Pérou, mon ami, questionna le Commis-saire, avez-vous des preuves ?
- Ah là, là ! interrompit une fille, vous, fatiguez donc
pas à lui faire entendre raison à votre poulet!
- Poulet ? qu'est-ce que ça veut dire « Poule~ )&gt; ?
- Monsieur le Commissaire, expliqua Pérou, c'e.,t ainsi
que ces filles nomment maintenant les « b-Ourgeois ».
J' t'en fauterai des poulets, moi, fille à soldats !
- Mais depuis le temps qu'il cause votre poulet, continua la fille, vous avez encore pas vu qu'il était saoul ?
- Je proteste, s'écria t'agent, effectivement congestionné ...
- Plein comme un œuf, schlasse, je vous dis, no:r,
rétamé .. .
- ... comme une cass,e role !
A ce moment l'agent qu~on avait envoyé aux renseignements rentrait et confirmait de p6int en point les déclarations du gros boucher.
- Monsieur, vous êtes libre, avec nos regrets, déclara
le Commissaire (sans qu'on sût exactement s'il regrettait
d'avoir arrêté le bonhomme, ou biien d'être contraint
de le relaxer) .
- Merci, monsieur, répondit le gros homme, s,eulement
avant de partir, je désirerais qu'on me rendît ma montre.
- Votre montre ? s'étonna le Commissaire.
- Ma montre.
·- Et qui' vous a pris votre montre ?
- L'agent en bourg,e ois.
- Qu'est-ce -que vous dites, ? s'écria le dénommé
Pérou.
,
- Je dis, répliqua avec calme le gro-s homme, que
vous m'avez pris ma montre. Et profitant de ce que
!'alguazil moustachu rotait de colère ,a u point de ne
pouvoir parler, il mit les points sur les i : - Lorsqu'il
m'a arrêté, votre bourgeois m'a fouillé. Il vous l'a avoué
lui-même tout à l'heure ; il m'a palpé toutes les poches ;
je dois dire qu'il m'a laissé mes clefs et mon porte-monnaie . .. mais il m'a pris ma montre. Je pensais qu'il me la
rendrait au commissariat.
,- Votre montre ! Moi, j'ai pris votre montre! éclata
le roussin.
- Ma montre, parfaitement, ma montre en or, qui me
vient de papa ... A preuve qu'il l'avait achetée à !'Exposition Universelle !
- Monsieur, interrompit le Commissaire d'une voix
sèche, je conçois que cette arrestation, quelque peu arbitraire, ait pu vous être désagréable et crois vous avoir
exprimé tout à l'heure mes regrets personnels, seule-

�i4

LE CRAPOUILLOT

on, je uppose plutôt que vous serez définitivement rayé de cadres de J'administration, sans préjudice
d'une condamnation probable ; mon ieur Pérou, nous ne
voulons pas de brebis galeuse dans nos rang !
- Brebi galeu e ! monsieur le Commi saire me traite
de brebis galeuse ! s'écria Pérou, qui, as ommé par ce
dernier coup, s'effondra ur un banc et se mit à sangloter
comme un enfant.

• ••

ment je vous conseillerais tout de même de ne pas vous
payer ma tête, parce que ...
- Monsieur le Commi s aire, veuillez me pas er, je
vous prie, le regi tre de réclam ations. Je uis bon garçon,
vou avez été à même de le constater. eulement vous
avouerez que ça dépa se les borne . On m'arrête, on
me fouille, on m'in ulte. Je me tiens peinard, j'attend
que mon innocence éclate. Elle éclate. Et voilà qu'on
veut, au nom de je ne sai quel principe, me confi quer
mon chronomètre ; et puis, je n'ai qu'à dire merci ? Ah
crotte ! Il y a des juges à Berlin, monsieur Je Commissaire,
et d'abord je vai écrire à mon député : Tl interpellera
les ministre !
- Vous maintenez votre accu ation contre l'agent
Pérou, matricule 21.035 ?
- Et comment ! Ou alors, qu'il rende la montre.
- Bien, monsieur.. . Dan ce cas, voici un papier et une
plume, Yeuillez formuler votre plainte qui sera enr gi trée
demain matin.
Le gros homme aisit le porte-plume et se mit au itôt à calligraphier ses doléances. Sa signature apposée
avec un upe rbt: paraphe, il reprit son parapluie et son
mou et s'enquit :
- Puis-je m'e bigner?
- Parfaitement, mon ieur, vous êtes libre.

•

• •
A peine fut-il dehors, que le Commissaire explosa :
- Dites-donc, Pérou, qu'est-ce que c'est encore que
cette histoire-là ? mon ami, faudrait voir à ne pas jouer
au petit oldat avec moi ! Comment, non content d'être
saoul comme ...
- Comme une bourrique, ricana une des donzelle .
- Moi, saoul! je uis saoul? prote ta l'argou in. Mai~
je ne ui pas aoul, monsieur le Commi aire. Voulezvou que je vous le prouve : Tenez, regardez-moi marcher ! une, deux ! une, deux ! C'c t-y la démarche d'un
homme plein? Et je peux écrire! Faites-moi faire une
dictée, mon ieur le Commissaire, vous verrez.
- Taisez-vou , Pérou ! Je connais vos antécédent ...
Et d'abord vous puez le marc à pl ein nez!
- Une dictée, monsieur le Commissaire, une dictée,
une dictée pour l'amour de Dieu!
- L'amour de Dieu, Pérou, n'a rien à foutre avec la
plainte de M. Courtecuisse : Etant ivre, vou avez commis
la maladre e d'appré hender un honorable commerçant,
l'ayant arrêté sans preuves, vous l'avez fouillé et l'ayant
fouillé, vou avez, mettons ... égaré sa montre. le cas,
pour un agent assermenté, est d'une gravité exceptionnelle. Demain, je tran mettrai la plainte avec un rapport
circonstancié, et vous n'y couperez pas ...
- Je ne vai pas encore avoir huit jours de mise à
pied?

15

LE CRAPOUILLOT

A ce moment, une femme aux uperbe appas, simplement vêtue d'un peignoir et le crâne orné d'un millier de
bigoudis, apparut dans l'encadrement de la porte et se
précipita vers le bureau du Commi saire.
- Mon ieur le Commissaire, il n'est r:en arrivé à
Firmin au moins ? Il n'e t pa rentré et je suis très
inquiète ...
- Voici votre époux, madame, répondit le Commissaire, et il en fait de belles ! il e saoule, madame, et
quand il est aout, il vole le montres !
- Firmin va encore être mis à pied ?
- Pérou va être chas é de l'admini tration, madame !
- Chassé? Mais qu'est-ce qu'il fera, monsieur le Cornmi aire ? li ne sait rien faire, cette andouille-là ! Eh bien,
nou voilà propres avec les enfants et le terme ! Mais,
monsieur le Commi aire, continua la femme d'un ton
enjôleur, est-ce qu'il n'y a pas moyen d'arranger ça ?
- Il y a un moyen, madame, un seul, répliqua froidement le Commissaire après avoir narré l'aventure : faire
retirer sa plainte à M. Courtecui se, boucher, 311, rue des
Orteaux.
- Je vais le voir tout de suite, déclara cette femme
prompte aux décision : il est trois heures et demie, il
faut que je l'agTafe avant son départ aux Halles.
- Merci, Eugénie ! merci ! je n'oublierai jamais ce
que tu fais pour moi ! s'écria l'infortuné Pérou. Puisses-tu
réussir?
- Je saurai bien l'attendrir, ton boucher ! répondit
Mme Pérou en s'esquivant.
La demie de trois heures sonna, puis les quatre heures ;
le quart, la demie. L'agent cuvait son vin, étendu sur un
banc; le Commis aire somnolait ... Enfin, l'épouse Pérou
surgit, uivie du boucher en blou r bleue et casquette
cacao. Pérou auta sur es pieds.
- Voilà, annonça la superbe femme, M. Courterui se
qui a eu la bonté d'avoir pitié de moi. .. Oh ! pa de toi,
de moi !. .. Et qui veut bien retirer a plainte, pour ne pas
mettre une famille entière sur la paille.
- Passez-moi le papelard, dit Courtecuis e. Et l'ayant
reçu des mains du Commissaire, il le déchira avec un
g-este qui ne manquait pas de grandeur.
L'agent Pérou, qui n'était pas encore totalement dégrisé, se jeta à ses pieds, embrassant avec transport ses
main qu'il arrosait de ses larmes.

- Monsieur Courtecuisse, dit le Commissaire avec,~n.e
intonation de père noble, permettez-ma( de vous fe_hcrter de votre générosité. Vous êtes beau 1oueur, monsieur
Courtecuisse. Inutile de vous dire que toute les recherches po sibles seront effectuée pour retrouver la montre
perdue. Au revoir, monsieur Courte~isse, et soyez persuadé que l'agent Pérou regrette sincèrement un moment... d'égarement qui ne se renouvellera plus. .
.
Le boucher donna un shake-hand au Commissaire, fit
de sa main grassouillette un petit igne cavalier à l'agent,
salua a ec un très gracieux sourire la superbe Mme Pérou
et s'en fut, dans une apothéose.

M. A. Kouprine a conté cette idylle et e&lt;:tt~ ~agédie
dans une langue pleine d'images et de ren~uruscences
bibliques. Les archéologues contesteront peut-etre l'exa~titude de décors où se meuvent es per onnage , n:ia1s
il le a peints avec une telle couleur qu'il d~nnent 1'11lusion d'une fidèle restitution ; l' éclat du cadre aJoute_enco re
à la majesté de Salomon et à la grâce de Sulamite. Ce
joli conte tune œuvre d'art parfaite.

J. LETACO

DESSI

DE GUY DOLLIAN

• ••
Je te rejoigni dan la rue. Pour un louchébem un soldat
est toujours un poteau.
- Dites-&lt;lonc, lui dis-je ça vous coute tout de meme
une montre cette histoire-là ?
- Pense~-tu mon pote, me confia le gros garçon avec
un bon saurir~, ma toquante, tien la v'là, j' l'avais dans
mon gousset, comme de juste.. .
.
Puis il ajouta en me présentant avec un sourire _de
coin, un magistral oignon qui devait compter au moins
les siècles :
,
- Seulement, tu comprends, moi, j'aime pas qu on me
prenne pour un ...
Jean ÜALTlER-B01 SltRE.
A

A

LITTERATURE ÉTRANGERE
S ulamite, par

(1).
Ce conte biblique est un ouvrage, exceptio~ne~, par
finspiration et par la forme, dans l_ ~uvre s1, reahste
d'Alexandre l(ouprin~. C'est une fantalSle de po~te, dont
le lyrisme s'est échauffé à la lecture du « Cantique _d'.es
Cantiques » et qui s'est diverti à paraphraser la Bible,
en imaginant la brève aventure d'amour dont le Cantique est l'impérissable écho.
.
Salomon le roi au sept cents femmes et aux trois cents
concubines' a connu toutes le sensualités de l'amour:.
mais igno;e encore l'amour, le don total et absolu du
cœur avec l'abandon charnel. Par un joyeux et frais
matin, dans les vignes odorantes, il r~ncontre ~ne _jeune
Paysanne Sulamite dont la chanson simple et bmp1de et
'
,
l'infinie beauté
le 'troublent profondément. Il n' eprouve
peut-être tout d'abord que d~ désir, tan~is que Sulamite,
dès les premières paroles, des les prem1er~s. caresses du
roi dont elle ignore le nom et le rang, 1 aime tout de
suite : « Mon cœur tout palpitant, dira-t-eile plus tard,
s'est ouvert à ton approche, telle une fleur épanouie sous
la caresse légère du vent du sud, pendant une nuit d'été. &gt;&gt;
Mais la candeur et la sincérité sentimentales de cette
vierge l'étonnent,, le ravissent; . il découvre l'infini de
l'amour et aime a son tour, ventablement, pour la première fois. Jal~use, la reine Astis fait tuer Sulamite.
Celle-ci meurt en remerciant le Roi de son amour, de
sa beauté de sa sagesse, du bonheur qu'il lui a donné et
Salomon jure qu'aussi longtemps que de êtres humains
s'aimeront le nom de Sulamite sera, de siècle en siècle.,
prononcé avec ferveur et reconnaissan~. Sulami~e m~rte,
Ie grand Roi, inconsolable et reconnaissant, d1ct:, a la
gloire de celle qui fut aimée entre toutes, de 1 « Umque »,
les premiers mots du plus beau chant d'amour
« Mets-moi comme un sceau sur ton. cœur... »
ALEXA.NDRB KouPnINB

( l ) Traduit du ru ·e par Marc Semenoff el S. Mandelj J:!r~tace de
Camille M uclair. Collection : La Geste d'Erot aux l!;d1lions du
Monde ·ouveau.

POETE A L'HOTEL
PAR JULES SUPERVIEILLE

Feuillage du petit m atin
Trempé de gave et de rosée,
Tu te soumets dans ma croisée
Comme un doux aveu gle au soleil.
QI.Ul lle âme as- tu c11 oisie, quelle éime?
Au. fond de m on lit blanc eL noir
Titube encore u.n. peu. de soir...
Es-tu Jrèn , tilleul, pl.alun e?
T u me suggères d'a lle r voir
Orl prencl . a so1Lrce la vallée
Et que j'y ·verra i détoilée
'ne inconnue aux cils c:lém.e nts.
Feuillage, feuillage, tu mens,
Tu, mens aussi comme les a1Llres,
Q tie j vis daJl.ç trois continen t
Chez la négre e et che:. fa blonde,

Et chet celle qui m e soufjlai t
on tabac bleu dans la figure
Et me tirait a langue dure
Pour voir et que. jt devenais.

, OUX.

�17

LE CRAPOUILLOT

~~

A QUOI SERT UN ,f ABLEAU?
PAR JEAN-GABRIEL LEMOINE

I

ous ne sommes pa l'b , ,
de I' Art pou; l' A t 1 11 s I eres de la vieille théorie
qu'un tableau es; ~n y ha encore ~es gens qui pensent
suff1·t JI
e c O e parta,te en soi et qui se
·
Y
a
encore
Goncourt . J
• des ge ns qui· d.i ent, comme les
· « magmer qu'une œ
d' rt
•
à q~elq~e chose c'est avoir Je.; id~:~e de :et d;~ve servi~
avait fait du radeau de la M ' d
mme qui
~o/e et misRl'h~ure dans Ja vo~/! e L~enn~t~a~u:
mener ene Chavan ce dans « La L.b
t·
I er e » en est
bien la preuve II
•t
un tableau? et la ~~~~a~~éesce;~e question,_: A quoi sert
résument ainsi : un tableau ne e~;r~s:s ~ il a reçue se
~élas ! ce n'est que trop vrai aujourd'~uret c'est pour
q uo1
_on peut regretter de voir s'allo ,..,
h
,les kilomètres de murailles t . , ~ ~er c aque ann ee
tiles que nous parcourons à ca:~~~eee sati/es œuvres inu-

v~~~t

• ••
qu~ ~3:tait :~~=nt reveni~ à ~ne c?nception plus logila traditiot nous Îe ~/?ftn, a quoi sert un tableau ?
orner
i . un tableau sert d'abord à
d'~v?iru:t~~~c~I

=~:

~::s ~:r:~;1~ree/~,!~~~ce colorée

~r:~isé{ai:i:\n~;:c d:nai~trag~ tavorable, a !~tu~!ti:
hasard, mais destiné à { ~ 9u1 ne s_o nt pas choisis au
est d'accord pour admettr: qi:riefa:~lo1r. rout le monde
!}epuis que le tableau de chevalet ::t~ :r un _tabl~au.
.r·dtre depuis le xv11e siècle - il e t ,
, 1vente, c estpremiers « Tableaux de Che I
a_ presumer que les
de Poussin - on I . d
va e » turent les œuvres
u1 onne un cadre qu.
t·t
lui, comme son nom l'ind ·
.. 1 cons 1 ue pour

t

d~;te"acc?mpagne obligat~t~e~~- m~~~u:nt::~a~~~
embry~ d~C:t~:~gne. le t~bleau est analogue à ces
Elle
t ·tg
q1;U persistent dans le corps humain
nous a, souvenir de la vrai
tu
.
qui est une décoration d'une na~r°a re . du. tableau
ta~leau est au1ourd'hui corn ris
e parhcultère._ Le
qur prétendent revenir à la bopnne ptard_qt_uelques artistes
'
t·
ra 1 ion comme
d ecora
ion pure. Mais si le tabl eau est ' cela n'e une
t ·1
1
?
que ce a les exemples sont là d
l'H" . '
s -J
depuis le moyen âge pour nous
q~!o1fe1/t:~;!:

m::~er

a le devoir d'être d'abord un décor il a le droit
.
estpr~s~ue un devoir aussi, de n'êtr~ pas que cetd qui
fa ongrnc du tableau nous le montre comme une «· surasce pl~e cou~erte de couleurs dans un certain ordre
est e,;bJ:: »Juiv::t la définition célèbre. Sa raison d'être
a .
ra on un panneau ou d'un mur comme un
Pi~~~~ dâ_ten~~e ou une tapi~seri~. Il en tint Îieu d'abord.
t
iscu a1t cette assertion il serait tacile de m
rer qu~lle est la conclusion d'une étude qui a été on;;~t 1a:tt
sur la con~ition des artistes au
les
c r9u~ les pe_mtres étaient propres à toutes
tion d'~~:e~ha epts la peinture d'un lambris, la décoral'exécution d'unm
ca~on d'une t?pisserie jusqu'à
royale Ce rt·
_e ou a reproduction d'une effigie
.
s a I ans-peintres
et no
f t
.
qualificatit d'art· t ,
n ar is es-pemtres (le
xv111e siècle)
ts e n aprt~ara!t dans son sens actuel qu'au
'b,
- resso 1ssa1ent de la corporaf
d
0
~e:n:s;!t (e~a~emen~ des peintres-selliers qui to~ ~aie!~
ses de
a cls asseo1br ~' &lt;les « faudesteuils » et des châsma es en ois).
si~~;st-~e d~nc_ q~i ~ès l'origine sépare Je tableau du
diff~
~eco_r ; mtnn equement rien, toutefois il s'en
. rencie a1s,~men~ par la qualité du travail et les conna!~sanfe qu_JJ_ eXJge de son auteur. la qualité du travai es preosee dans les contrats
actes
t
passés devant notaires _ il y est spécif",
souven
1
leurs empl ,
te que es couoyees seront « loyales » fine l'o
et. la combi1;1ai on d'iceJJes « durable ». D'aut~ &lt;~:;:-yl »
pemtr~ a t?1t ses preuves avec le chet-d'œu
, e
~antre qu'il connaissait à tond les lois de I vre. Il a
:1ve,hdu_ clair-?bscur, de l'anatomie du corps bau:::p~c;
_a p ys1onom1e et du symbolisme qui accom a ne to
Jours_ au moyen âge l_a représentation figurée. ~/somm~le peintre est un artisan « intellectuel et ·1
'
pas de le taire valoir en toute occasion:&gt;
t ne manque

bes

(li

mi;:;

r:~b:e

A-

ta;:

•
••
le \e :rblea~ actuel est en état d infériorité manifeste sur
a eau e ce temps-là. Ceci dit ans offenser nos
i\ ?t.3 m me nt par Jl curi B ouchO t
J••( l_)Jam1
er J!)O ).
(R evue de., Deux-Monde.

artistes qui sont pour la plupart d'une intelligenœ et
d'une culture générale très supérieures à ceux d'autrefois. C'est que les artistes actuels ne « veulent pas &gt;&gt; s•!
soumettre à la même discipline que ceux d'autretoi .
L'artiste de notre temp œuvre « pour rien, pour le
plaisir », première erreur, un tableau a une destination.
Comme un vase à fleurs n'e t pas une « œuvre d'art en soi »
destinée à une vitrine de musée, mais n'est beau que
parce qu'on peut y mettre de- fleurs , un tableau est
l'ornement de quelque chose. L'artiste de notre temps
croit qu'il suffit qu'il ait traduit sa fantaisie sur
une toile pour avoir tait un tableau, deuxième erreur,
un tableau s'ordonne uivant des loi qui le rendent plus
expressit que d'autres : Quand on dit qu'il y a une
rhétorique de la peinture cela effraie nos artistes, et ils
y reviennent pourtant par des voies détournées - ô
combien! - voyez les cubi tes! L'artiste de notre temps
a la terreur de ce qu'il appelle « la littérature » et il peint
des magots dans un style de maçon avec de prétentions
de philosophe. li met de l'intelligence partout, dans sa vie,
dans sa conversation, dans ses prétaces et il ne veut pa
en mettre dans son art ! bizarre préjugé ! Or, la fom1e
a une puissance de sugge tian non par e:Je-même, mais
par l'Idée qu'elle suggère. Tomber en transe devant
3 pommes c'est ce que Péladan dans son style franc .
appelait se livrer à des « pollutions optiques » : peindre
3 pommes c'est faire une étude et C- n'e 3t que cel a, l'art
peut autre chose. L'artiste de notre temps peint le mo nde
et peint les êtres avec un matérialisme singulièrem ent
désuet et que ne lui permet plus ni la littérature ni la
philosophie. Un visage doit être l'expres ion d'une pensée, un geste, le signe d'une action, il est urgent d'en
tenir de nouveau compte dans l'art. Sans doute, l'arti ~te
actuel nous dira que s'il n'exprime pas le- « étafa
d'âme » de ses modèles, il traduit au moins les siens
et que l'intérêt de son œuvre est qu'il s'y exprime luimême. C'est peut-être l'intérêt de son art, mais est-ce
l'intérêt de I' Art ? On pourrait lui répondre que la plupart du temps sa personnalité médiocre n'oftre qu'un pauvre intérêt, que le public, en tous cas, réclame un art
moins égocentrique et que le sûr moyen de lui vendre
c'est de lui tournir ce qu'il veut. Mais, hal '.e-là ! dit l'artiste de notre temps imbu des théories de I' Art pou1
l' Art : il est inférieur de plaire au public !. . . Quatrième
erreur. Qu'il ne s'en prenne donc qu'à lui s'il vit isolé
et sans commandes ! Jamais, dans !'Histoire de l' Art,
l'artiste n'a eu la prétention qu'il affiche aujourd'hui de
ne travailler que pour lui et d' « impo e r s:i visi on ». On
n'impose rien dans l'existence sociale, on subit, la vie
pratique est taite de compromis. Un artiste de génie doit
faire « pour plaire au public » un tableau génial. La
Peinture est remplie de réali ation de œ genre et elles
sont magnifiques. Qu'on n'aille pas nous « bourrer le
crâne » avec la Dignité de I' Art. L'art est un métier, il
n'est digne que s'il est dignement exercé, c'est à-dire par
un homme supérieur, d'une taçon supérieure ! L'artiste
d'aujourd'hui n'oserait pas nous donner tort mai - il ergotera sur le point die savoir ce qu'il faut entendre par artiste
et art supérieur. C'est pourtant bien simple. On a toujours exprimé la même chose par les mêmes .mots :
un artiste supérieur est un homme qui possède à tond
son métier ou son art, c'est-à-dire qui ne s'enlerme pas
clans une « manière 11 . On appelle cela aujourd'hui cultiver son originalité, c'est « se complaire dans son 1gno•
rance » qu'il faudrait dire. Un art supérieur c'est un
art qui peut exprimer tout et par « tout » nous entendons,
non seulement la sensation des rapports de volume et de
couleurs qui sont l'art primaire, mais la suggestion des
émotions et des idées, ce qui est I' Art suprême. La pein-

ture est un langage qui se passe de mots, puisqu'elle les
remplace par des tonne que nos yeux voient. li est
exact que la peinture allégorique, qui personnifie des
mots, est une absurdité pla tique, mais tout le reste du
champ de l'intelligence peut être exprimé par l' Art.
Voilà à quoi ert un tableau. Un tableau est un décor,
mais c'est un décor « parlant ». Il parle à no yeux, il se;i
à traduire mieux que nous ne pourrions le faire des
émotions, des entiment , de idées qui nous sont chères
et que nous serion impuis ants à rendre aussi parfaitement que peut le faire l'artiste, puisque c'est son métier
de le faire pour nous.
Jean-Gabriel LEMot E.

JAULMES, aux « Arts Décoratifs»
PAR LOUIS LÉON-MARTIN

J'ai trop d'e time pour le labeur de M. Jaulmes pour
cacher à l'artiste que je n'aime point son carton de
tapisserie destiné au haut commi sariat de Strasbourg.
Ces deux vierges, l'une cuirass · e, l'autre en flottante
tunique, montant la garde de chaque côté de l'écusson
à devi e républicaine, m'ont paru trop peu inattendues :
et l'ensemble de la composition, da ique et tricolore,
po sède un je-ne-sais-quoi de « 14 juillet » populaire
en désaccord certain avec la coutumière aristocratie
de l'auteur.
Par contre, il faut d ire b-::aucoup de bien du rideau
exécuté par tu· po1.r le Grand T héitre de Lyon
La première impres ion est excellente, ce qui, pour un
rideau, est un mérite essentiel. Le rouge et l'or se marient
harmonieu ement et donnent à l'œil une immédiate satisfaction ; puis l'on découvre des rapports plus rares, tels
les verts noirs des feuillages ; et le dessin, dont l'heureuse
et générale ordonnance se détache en ocre-terre-cuite
sur le fond de pourpre somptueux, vous retient enfin
par I ingéniosité, l'abondance des détails, le symbole
agréable et clair... De la sorte, si l'idée peut sembler
amusante d'inscrire en tons neutres l'arabesque décorative essentielle, elle se justifie rationnellement encore..
comme nous venon de le voir, par la néce sité de l'effet
rapide à produire, - nous sommes au théâtre - eftet
que l'artiste a cependant réussi sans rien perdre de sa
personnelle distinction.
L'essentielle qualité de M. Jaulmes, en ses recherches
décoratives, est le gofit. j'entends bien que, dans l'art
tout court, le goût doit céder le pas à la puissance qui
seule est féconde et vraiment inventive ; mais ici je me
demande si le goût, c'est-à-dire la recherche d'un agrément de qualité dans les combinaison des tormes et
des couleurs, n'est point la vertu cardinale. Quoi qu'il
en soit, à cet égard, M. J aulmes est étonnamment doué.
Il est un des rares artistes qui osent, de ce temps, s'attaquer au somptueux parce qu'il est sfir de ne Jamais
tomber dans la banale et plate opulence.
Certe , tout n'est point d'un mérite égal. On peut
s'étonner de l'ordre peut-être trop cla sique, de l'abus
des guirlandes, de la symétrie trop jalou e ou encore
que l'architecture générale ne soit obtenue que par des
équilibres trop stricts ; mais ces défauts eux-mêmes à supposer qu'ils soient tels - ont leur raison d'être.
Ces guirlandes ont leur place en une salle de théâtre
traditionnelle et quant à la symétrie et à l'ordre classique, ils collabore~t à la pompe de l'ensemble et que
l'artiste a délibérément voulue.
Je tiens ce rideau pour une œuvre, non seulement en
isoi excellente, mais iencore particulièrement représentative des conceptions décoratives de son auteur.

�iO

LE CRAPOUILLOT
renom des art et du goût français, il chercherait à
remédier à cet état de choses.
La réforme serait fort simple : tablant sur la scandaleuse impos ibilité où nous sommes d entendre les
chefs-d'œuvre mod les que nous a légués le Passé,
puisque Lulli, Gluck ou Mozart ne pem·ent plus nous
paraître autrement que sous 1a forme nébuleuse et loin·
taine de personnag mythologiques, il suffirait de promulguer un décret dans le goût suivant
PROJET DE LOI

.. ACADÉMIE NATIONALE DE MUSIQUE"
PAR LUCIEN MAINSSIEUX

riv~:

~ays;:. du Danube, fraîchement débarqué sur nos
d'admir:tion~~• ; 0J:11ntt œ ti_tre Aflamboyant; est rempli
.
en so1-meme ce langage .
« N at ion combien
t · d. •
·
« et
ho
1
!!ge e JU ic1euse qui sait con erver
norer es chefs-d'œuvre de son pas é et
« pétuer Je culte dan 1
.
en per« id vivace encore les e peuple ; comb1e_n donc doit ~tre
« nationales !
respect de la pensee et des gloires
« Noble institution que
11
.
« la tradition et d'exécut 1ce e qw ~rmet d'entretenir

«1

s:i::-:c::tr~s

er es œuvres immortelles comme

«
les ont co~~ue et qui oblige Je peuple
« entendre ~t o~ant, uperf1c:iel mais sensible à les venir

a en garder la mémoire !
« Et, sans doute les interp , t
é •
« sont-il , dès leu; .
re 7s, pr cieux auxiliaires,
« éduqués afin d'êt Jere se, d soigneusement choisis et
« sacrée. San nul rJ ~gnles e contribuer à cette tâche
•
.
ou e es plus grands efforts pé •
1
et~~ ~~~
« un but de ifu~ e ~ux c~b_otins q_ui voudraient dans
Pauvre et he~r~~ , ebvanb ite franchir ce seuil redouté. »
x ar are : ignorant de nos
d e « concessions à perpétuité
» Us un
m~urs
entrefilet paraissant habituenedient d _peu le cla~s•_que

:E;':i,:lrf:-:tp~J:~~'.i

~'..r,~; .:iit!~~]
:~~~~~:!

~~é~::C::o~~;Iie ~v~~af1f mtent dans ~sg~if
de
, , a en ueuse artiste dans le rôle
un· "J ,{:mport~ un su~es unanime. Tous ~pplaudirent à

~~n~~~~~

genc;
r;!:~i~s:;~~J~!an~1~e;~~:ux, inMtelliguente (ou une TI ·· ) rf .
.'
. ,
une arfinesses du rôle ~ts ,Pa aite qw 1:ndit a ~avir toutes Jes
Il s'agit générale~~~ ~mpte desormais une ... etc. »
notre Académie ati a1 d u.ne pers?nne avec laquelle
raison L
o.n _e, a contracte un... mariage de
,. . . a presse est mv1tee et se trouve participer au

reJOUISSances.

X

To~t ~ela est fort bien ! mais que de ienneat d
combmais&lt;?ns ~es droits de l' Art et ceux du Public
ces
enCpeât;rmer etlant payant, donc intéressant, on Jui donne
.
re que que nouveautés ou reprise M .
b1in sur le nombre sont exécutées correcte!ent ~s comendant toute Ja saison dernière ·,en ai
• ,
Loltengrill. Toutes les autres étaieJ t At, compte une:
que p
·
Al
n ga ees par quelrenue_r ro_ e réservé à quelque... bienfait
~foute o~ bienfaitrice du Théâtre. Sans doute ~W: sans
Je ne vois nulle autre raison qui me satisf
, dis-Je, car
B !:[e rap~elons P,as la mémoire héroïque d:sss~ose Caron
d:Cva, an Dyék, Maurice Renaud Féart . évano ·· '
. mougés, exilés ! Seul Delmas dem~ure
.
ws,
Jeune artiste digne d'eux Mme Ritte c· en~re et une
'
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est envahi par une coh rt d
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• o e e chanteuses sacrilèges qui
de music-hall. aN: ~~~~e:e dont 0 ? s'emp.are d'une scène
des besoins de 1' Art
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re e.
pur, car ce n est pas ce qui les intéEntre ces extrêmes
, •
cères b"
' ne neg1igeons pas quelques sinqu'il i~~~~ai~n:ur;!~s;e Ce stt ~eux-ci, au contraire,
que leur talent soit d ,.,en ~m1ere, en. ne' retenant
sans considéraf ,
eJa existant, soit a naître
Belles Madame~o~ie~cune ~ur les cris ind!gnés de~
tions vocales I
protégees et pour leurs préten-

0~~~4 donc où en est l'art du chant dans notre Grand
Quant au Répert. o1re,
·
chefs-d'œuvr
on_ y chercherait en vain les
luxueux bât·e clastsiques, qui sont la raison d'être de ce
imen.

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Et
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car n:~: ap:~~~uf ;:~~:ayons deux fois! Deux fois,
buables car · •
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usagers et 2&lt;&gt; comme contrithéâtre 're~it ~~e 1 ~~~~!~~~~a~;Et~r,e cela paraisse, ce
De deux choses l'une
l'O ,
·
subvention et alor
,' ou, pe~a ~'a droit à aucune
tre des B
s 9.u on 1 assimile a un simple théâpièces à s~~~~:a1;~/~ebi: se Ji~rer à l'exploitation de
il
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avoue est le Jucre ou b"e
s~bdvention o_fflcielle et doit alors e~ ëcha~~
.
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It ,
tOlre classique (répertoire Sl\p
,
n co~p e reperDepuis Monteverde L lü Jose ne ~as faire recette).
Ciluck, Rameau, M~zartu et
arc-A~tome, Charpentier,
Bizet, et même Fauré des te Webeodr, Jusqu aux Wagner,
D
mps m ernes.
e cette eule manière l' A d, . N
1ue peut remplir sa destin tica em1e ationale de MusiMaJ
a on.
heureusement le spectacl O ff
ntérieure est Join de pré t e , e:f par s_on économie
Le désordre intestin es:~n er un ideal aussi satisfaisant.
eux-mêmes machinés ar Ia son comble : les machinistes,
chestre ; yndiqué
c es ~~v_reu~es, manœuvrent l'or1! chef d'orch t
apor ise, 1 orchestre manœuvre
~ien heureux ~
~~~=I d~oi~~ir: iss~ut de ~ntillesses,
mposer ses désidérata L
~
ssis ne vient encore
nettent sur leur carte · d es .c?tonstes sont souverains (ils
e Vl I e . DE L'OPtRA) 1 fi
nn ts di cteront bientôt leu
es gulOpéra que pour le Titre. rs
ases. On ne vient à
L~ situation semble ans issue
S1 le Parlement pouvait h
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q.ie chose qui soit étran c ez nous s w~ér~ser à queJc.ères ou politiques
. t ger aux combmaisons finan1 mai.s ouchant seulement au glorieux

êt;:~~tr~:t

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~!'

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Article premier. - Par définition, l' cadémie Nationale
de Musique est assimilée au régime de la Comédiefrançaise et tenue de garder au répertoire et de représenter, au minimum deux fois par semaine, les œuvres
classiques qui demeurent la gloire et la richesse de la
Nation française.
Art. 2. - En conséquence la subvention actuellement
ridiculement insuffi ante sera portée à un chiffre de ...
Art. 3. - En cas de non-exécution des conditions
ci-dessus, l'Opéra rentrera dans la catégorie des entreprises privées et la subvention sera retirée d'office.
Art. 4. - Le Directeur responsable aura toute autorité sur le personnel et le chef d'orchestre devra être
obéi sous peine de renvoi.
Considérant la déplorable tolérance des « remplacements » et que la grande cause des mauvaises exécutions réside en ce que les musiciens se trouvent dans
la nécessité de courir à droite et à gauche et de jouer
n'importe quoi pour gagner leur vie, leur traitement
sera augmenté de manière à ce qu'ils puissent consacrer
tout leur temp au théâtre et coopérer avec plaisir et
enthousiasme, en vue d'une exécution ,parfaite.
Ils appartiennent au théâtre. L'orchestre pourrait être
celui de l'Association des Concerts du Conservatoire.
C'est le meilleur connu, et il est occupé une seule fois,
le dimanche en matinée, par les concerts dominicaux.
Art. 5. - Le chanteur et chanteuses, choisi parmi les
meilleurs, eront royalement payés.
En aucun cas ne saurait être tolérée l'offre d'une commandite de la part d'un ou d'une artiste protagoniste,
ou de la part de ses amis, car la Direction doit conserver une indépendance absolue ...
Inutile d'ajouter que je n'ai aucune illusion dans le
suocès d'une semblable proposition.
Et cependant ce serait l'unique manière de ne plus
donner raison à l' Etranger, qui regarde notre Opéra de
Paris comme le plus vétuste du monde et qui fait de nos
gloires passées des légendes ! Ce serait signer le Décret
de Mort des funestes errements qui font qu'en notre
Théâtre National Lulli est inconnu, Oluck oublié et
Rameau un fantôme somnolent.
Vivifions l'antique demeure où dorment les momies:
brisons les bandelettes, éveillons les éternels et bienfaisants génies !
Je crois indiquer la seule méthode pour aérer un peu
la vieille Mai on vermoulue, somnolente et de tout point
semblable à un Ministère.
La direction actuelle n'est pas en cause, ell~ est comme
nous, elle est, malgré son bon vouloir, comme nous victime. L'irresponsabilité de l'esprit démocratique et administratif pèse sur eile comme une chape de plomb.
Pendant quel' Académie Nationale donne Oou.nod, S,aintSaëns et Ambroi e Thomas, la Comédie-Française affiche
Corneille, Racine et Molière.
11 est vrai que ce « cahier de charges &gt;&gt;, pudibonds
voilez-vous la face, fut signé par un «Impérialiste» 1

L E C IN É MA
Les Deux Orphelines, o'E GRIFF1TII (~1ax Linder).
La firme Erka, qui s'est spéciali ée dans l'écoulement
des mauvai lai sé-pour-compte américains, se devait de
nous présenter cet insipide mélo historique, qui est une
erreur de Griffith.
'
« Les Deux Orphelines », en effet, transpo ées en
images d'Epinal « à l'américaine », sont un des films les
plus intégralement manqués que j'ai eu l'occa ion de ne
pas applaudir. Il n'a qu'un mérite : ous faire comprendre tout le tact et toute l'intelligence qu'ont dû déployer
les metteurs en scène du « Trésor d' Arne » et du « Signe
de Zorro ».
Sans nul doute, le film hi torique e t le plus diffic:te à
réussir, parce que le spectateur ne peut e défendre d'une
certaine répugnance in tinctive à voir s'épanouir sur
l'écran cet anachronisme : des Gaulois, ou ùes pages
Henri II, ou de seigneurs Louis XV surpris par Je procédé cinématographique dont l'invention remonte à la
fin du siècle dernier. Pour réu ir il faut autre chose que
du goût et mieux que de l'exactitude : Dans les « Trois
Mousquetaire » de Diamant-Berger, costume et paysages avaient été reconstitués avec le plus grand soin, ce
qui n'empêchait point la réalisation d'être d'une platitude
achevée et d'un grotesque désespérant, les châteaux les
plus authentiques donnant tous l'impre sion de déoor
de studio ! Le tour de force
t moins grand dans le
film de Oriffith, car son vieux Paris - on ne sait pourquoi moyenâgeux, et très inférieur en pittore-que à
celui de Rolida - est, et paraît en carton pâte.
Quant aux marquis Louis XVI, i!s semblent évadés d'un
couvercle de boîte de crottes de chocolat ! Et que dire
des piteuses gardes françaises, figurants mal stylés, des
combats bêtement réglés, où les adversaires se tirent des
coups de canon à bout portant, d'un duel à l'épée qui
semble joué par de mauvaises doublures de théâtre de
quartier, du tribunal révolutionnaire dont les membres
ont tous des gueules de mécanos yankees !
Quant aux moyens employés pour extorquer les larmes
d'un public sensible, ils sont d'une pauvreté rare. Oriffith,
qui a réalisé un des m~illeur films connus, « Le Lys
brisé », mais qui en a signé près de cent cinquante
autres, est un cinégraphiste d'une très vive originalité
et d'une très grande puissance, mais c'est aussi un primaire américain, doublé d'un prêcheur humanitaire d'un
mauvais gont insupportable. Vraiment, le martyre de
l'enfant aveugle, il aurait pu lais er ça aux sou -FeuilJades ! Et le coup de la guillotine ! Depuis « Charité »,
un des chapitres d' « Intolérance », quarante romans cinéma nous ont présenté, en images judicieusement alternées, le héros, sur le point d'être électrocuté, pendu ou
fusillé, tandis que son sauveur, l'ordre de « surseoir » en

�20

LE CRAPOUILLOT

poche, arrive en Cadillac de 100 HP. Dans les « Deux
Orphelines nou n'y a,·on · p s coupé d .! l.l mach 'n :! de
Guillotin, avec c~tte malh cu~e.1se Lilian Gish, le cou
dans la lunette, 1.. yeux exorbités et semblant jouer de
l'ocarina (1) avec ses doigts tremblotants sur ses lèvres
exsangues, tandis qu'accourt providentiellement le député
Brissot, au galop d'un solide percheron ... Tout de même,
ces effets-là ont un peu faciles pour l'artiste qui réalisa
les demi-teintes du « Pauvre Amour » !
Je me sui lai sé dire qt 1 ~ ce film avait été payé par
l'éditeur le même prix que l'admirab·e « G ::isse » de Ch:1plin, qui, la saison dernière, fit courir tout Par:s. Je
doute que ce théâtral mélodrame fas_e longtemp le
maximum à Pari , nonob tant le concours d'un quarteron
de manifestants appointés, soi-di ant « camelot du roi »,
que le patron place chaque soir dans la salle, en espérant
un succès de scandale que l'œuvre ne mérite même pas.
Jean ÜALTIER-801sstÈRE.
(1) Cf. J.-J . J.i&lt;lclul (Œunt&gt;s compfèle ).

21

passé deux longues années au J2c crustacés) était tout

! " CRAPOUILLOT"

à la joie de revoir le monde. Non qu'il songeât aux
petites femmes. Il aurait rougi de ce sentiments et
il savait qu'il lui était fatal de rougir. Mais, pensait-il, il
e marierait bientôt. Epou erait-il la petite milliardaire
de se rêves ? Peut-être celle-ci l'attendait-elle de l'autre
côté de !'Océan. Comme on idylle serait poétique et
tendre. Ah ! le premier a,·eu du homard à l'Américaine !
« JI en était là de ses réflexions et il venait de parcourir quelque distance, en tenant toujours par pudeur
les yeux baissés, quand un événement extraordinaire
jeta le trouble dan son âme. Il connut soudain l'émotion la plus violente, la frayeur la plus insensée. Il crut
sa dernière heure venue.
« Poussé par une vague plus forte que les autres, il
avait été précipité contre un îlot inconnu. Son corps,
projeté en avant, avait heurté un obstacle. Une lumière
crue, subite, l'avait inondé. Horreur ! Le malheureux
homard était devenu rouge, tout rouge ... »
Et le célèbre Crescent-Touchand ajouta, avec un bon
sourire :
« Il avait piqué un phare. »
René Î\ERDYK.

les

Toutes

BELLES ROBES
sont

OU EN SOMMES-NOUS?

HISTOIRES DE BETES A DORMIR DEBOUT.
LE HOM.A.AD ROUGISSANT
« Savez-vous, nous dit l'autre soir à br0le -pourpoint
le célèbre Cre cent-Touchand, profes eur au Muséum,
savez-vous que les homards ont une p ychologie, comme
vous et moi ? »
Nous regardâmes l'illustre savant d'un air interrogateur. Il ne lui en fallut pas davantage.
« Le genre homard, nou dit-il, appartient aux crustacés décapodes-m acroures, famille des astacidés. Mais
je ne vous apprend rien.
« Je vous étonnerai davantage en vous disant que
les homards ne sont pas dénués d'intelligence. lis savent
qu'il leur en cuit de e lais er prendre et que, contrairement à nous, qui de\'enon pâles en mourant, ils sont
saisis au moment de leur trépas d' une suprême rougeur.
« On comprend donc que leur principale occupation
soit d'éviter de rougir. C'est vous dire à quel point
leurs manières sont chaste et leurs propos réservés.
Leur société est très ferm ée, le cercle de leurs amis
choisi. Ils évitent certaines relations équivoque comme
l'anchois et le bar. Car l'anchoi fait peur et les bars
ne sont pas très bien fréquenté .
&lt;&lt; Ils se promènent avec des airs d'ancien régime. Ils
ont du sang bleu dans les veines (je laisse toute la
responsabilité de cette assertion à l'illustre savant). Ils
s'abordent avec une correction parfaite et leur salut demeure chaste et pur. Mais laissez-moi vous narrer une
petite anecdote, ajouta M. Crescent-Touchand.
« Un jeune homard élevé dans ces idées à la fois
craintives et pudibondes, s'aventura loin du rocher
paternel.
« C'était un soir de brouillard, et notre audacieux
qui venait de terminer son service militaire (il avait

ppelons le principe de
rovision (intégralement
vres » reçoivent chaque
ux qu'ils désirent. Ces
r du « Crapouillot » en
éraire de la revue. Les
ai sont acceptés à parcs. Pour recevoir, dès
veaux par moi~ pendant
e 300 francs (les romans

de

PAUL POIRET

LA VIE FINANCIÈRE
Il fut une époque où les gens qui parlaient de f ailüte
ri quaient le foudres de la justice et où le défaitisme
financier - comme l'on di ait alor - était fort mal porté.
Les temps ont changé. Aujourd'hui, il est de rigueur de
crier à la banqueroute et chacun de le faire à qui mieux
mieux. Affirmer actuellement quelque foi dans l'avenir
de la France est, dans un journal de bon ton, parfaitement impossible. C'est qu'il s'agit de remuer des égoïsmes voisins, afin de leur faire oubl:er le spectac:e de la
faillite allemande en évoquant le spectre de celle de
la France. Le pessimisme est donc à l'ordre du jour.
Tant d'idées confuses circulent en conséquence sur
notre situation financière qu'il n'est peut-être pas sans
intérêt de remettre les choses au point. Pour nous faire
comprendre, inutile d'amonceler des milliards. Comparons
seulement, si vous le voul ez bien, le bilan de la France
à ce que serait celui d'un particulier dont les dettes et
Jes créance se présenteraient dans des proportions analogues à celles de notre pays. Possesseur d'un miJlion en
chiffres ronds, notre homme lui ferait rendre quelque
150.000 francs de revenu annuel par son travail. Mais
une hypothèque de 300.000 francs pèse sur lu~ et il doit
faire face, en outre, à diverses dépenses domestiques.
Aussi devrait-il, en principe, mettre de côté, chaque année,
de 30 à 35.000 francs avant de s'offrir quelques plaisirs.
Jusqu'ici, cependant, il ne l'a pas fait, parce qu'un v:eux
monsieur de ses amis, en qui il a eu beaucoup de confiance autrefois, a réussi à lui persuader qu' il lui serait
plus facile d'obtenir l'argent nécessaire d'un voisin malhonnête à qui notre personnage a récemment administré une correction méritée. Aussi ne met-il de côté
que quelque vingt billets par an, environ. Pour le reste,
il ne s'en fait pas.
Voilà, en quelques mots, la situation de la France.
ituation grave, exœs ivement sérieuse même, mais non
désespérée, à moins que l'on ne s'obstine à la rendre
telle. Car enfin, c'e t un fait qu'avant de crier à la
faillite il serait peut-être plus utile de s'occuper de faire
rentrer les impôts. Mais cela, personne n'ose le faire_.

office de livres », lancé
~uillot », dépassent nos
1ptions surtout sur nos
rs étrangers loint~ins,
courrier nous arnvent
,ce, du Maroc, de Suis~,
,agne. L'initiativ~ p~1~e
omaine de la librame
du public qui désire
utés et nous témoigne

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21

LE CRAPOUILLOT

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dout_e que ce théâtral
maximum à Paris nono
de manifestants a~point,
que le patron place chac
un succès de scandale q

car 1924 n'est pas loin pour les parlementaires. Quant
aux joumali tes, ils pensent au tirage, qu'il faut soigner
à tout prix. Cependant il est des faits que l'on devrait
oser citer brutalement. Par exemple, que l'impôt sur le
revenu a fait rentrer dans les caisses du Trésor français
60 millions de francs depuis le début de l'année, c'est-àdire très exactement la somme qu'il rapporte en Angleterre en un jour!
ous savons que l'on va s'écrier immédiatement que
nous sommes injustes, et qu'en définitive c'est à l' Allemand à payer. Nous sommes absolument d'accord et nous
désirons qu'il paie le plus possible. Mais pour cela,
il n'y a que deux moyens : l'emprunt international et
les règlements en nature. Sans le concours des EtatsUnis, l'emprunt international est impossible. Or, les Américains disent, sans ménagements, ce que nous venons
-d'exposer avec force égards.
Restent les paiements en nature qui constituent la
meilleure des solutions. Mais pour qu'elle rende ce que
l'on e t en droit d'espérer d'elle, il ne faudrait pas que
les trois quarts de la France des patriotes soit dressée
~u cri de : « L'Allemagne ne paiera pas... en nature ! »
Car telle est la situation ; tous ceux qui savent quelque
chose de la campagne occulte, déclanchée contre les acœrds de Wiesbaden depuis leur signature, en conviendront. Pensez-y un peu, laisser aux Allemands le bénéfice des commandes des régions dévastées pour s'occuper de cette chose si ridicule, si inepte - l'exportation !
Convenons, toutefois, qu'à cet égard les accords de
Lubersac-Stinnes constituent un sérieux pas en avant.
Pour la première fois on paraît s'être avisé qu'il valait
mieux reconstruire les régions dévastées qu'en faire un
musée de propagande. Mais constatons ce hasard que
l'accord a été conclu de notre côté par un marchand
-de charbon, en somme, par un intermédiaire. En effet,
qu'eût été faire un producteur dans cette galère, par
exemple, un métallurgiste ?
La conclusion de tout cela ? Mon Dieu, el:e est simple.
C'est qu'il vaut, somme toute, mieux acheter de la rente
française que des couronnes autrichiennes ou de la « Corocoro ».

(i) Cf. J.-J. Jadclot (1

BARNA
Le. Parfuma de ROSINE. JO 7, Faubolll"S Saint-Hoaoré • PARIS

HISTOIRES DE B~TES A DORM IR DEBO UT
LE HOMARD ROUGISSANT
Savez-vous, nous &lt;lit I'
. ,
le célèbre Crescent-Toucha:~tre soir a brûle-pourpoint
savez-vous que les homar-d · ' professeur au. Muséum,
vous et moi ? »
s ont une psychologie, comme
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ga~~~s nregar~~me l'illustre savant d'un air interroL ·
ne ui en fallut pas davantage
« c genre homard nous d"t ï
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ge en vous disant que
qu'il leur en cuit de ps~ ld~nués d'intelligence. 113 savent
rement à nous qui cleven~~!er .prendre et que, contraisaisis au mom~nt de leur tré fal~~ en mou!ant, ils sont
« On comprend donc
p s un7 s~prerne rougeur.
soit d'éviter de rougir. 't;es!e~~ pnn~ipal: occupation
leurs manières sont cha tes t ous dire a quel point
Leur ociété est très fermée e I leurs I propos réservés.
choisi. Ils évitent certaines r '1
cer: e . de leurs amis
l'anchois et le bar. Car l'an~ha !on; _equ1voques comme
ne sont pas très bien fréque t s ait peur et les bars
« Ils se promenent a ·ec d n es_.
,
.
,
ont du sang bleu dan~ le e . ~trs d ~nc1en regime. Ils
responsabilité de cette assesrti \ em~\
lais e toute la
s'abordent avec une oorrectio on a .' ustre savant). Ils
me~re chaste et pur. Mais 1~ parfrut7 et leur salut depetite anecdote a1·outa M Caissez-mo1 vous narrer une
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qui venait d e tenniner son service militaire (il avait

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. 11 fut une époque où les
r_1squaient les foudre de I g~ns. qu, p r ~...,....,....,_~.m
fmancier - comme l'on d' \ J~sttce et ou le défaitisme
Les temps ont chan é A1i~1 a ~rs -:-. était fort mal porté.
crier à la banquerou1e. et j~urd h~t, 1•l es~ de rigueur de
mieux. Affirmer actuelleme:tn e e fa1~e à qui mieux
de la France est dan
. quelque foi dans l'avenir
ment impossible.' C'es~ ~~,-{o~rn~: ~e bon ton, parfaitemes voisins, afin de leu /. s agi . e remuer des égoïsfaillite allemande en , r aire oubl.er le spectac'e de la
la France Le pess·m·evoquantt le spectre de celle de
.
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Tant d'idées confuses circul
ne a or re du jour.
notre situation financière qu'·I e~t
conséquence sur
intérêt de remettre le- ch
i n es peut-être pas sans
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oses au point p
.
comprendre, inutile d'amoncel d
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. ' . e b1lan de la France
les créances se présente a. particulier dont les dettes et
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150.000 francs de revenu a e u; era.it rendre quelque
une hypothèque de 300 000 t"nue _ p~r son travail. Mais
faire face, en outre
dive rancs pese sur lu~ et il doit
Aus i devrait-il, en principe ~~ d!pe~s~s domestiques.
de 30 à 35.000 francs avadt d r~ e_cote, chaque année,
Jusqu'ici, cependant il ne l'a e s ~f~;tr quelques plaisirs.
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fiance autrefois, a réu'ssi àq~i li a eu beauc~~p ~e conplus facile d'obtenir l'arge t persu_ader qu d lut serait
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de Belgique, d'Angleterre, d'Espagne. L'initiative prise
par le « Crapouillot » dans le domaine de la librairie
répondait à un véritable besoin du public qui désire
être tenu au courant des nouveautés et nous témoigne
son entière confiance.
Pour les nouveaux lecteurs, rappelons le principe de
cet « office » : Moyennant une provision (intégralemwt
remboursée), nos « abonnés de livres » reçoivent chaque
mois le nombre de livres nouveaux qu'ils désirent. Ces
livres sont choisis par le directeur du « Crapouillot » en
parfait accord a\'ec la critique littéraire de la revue. Les
(( abonnements de livres » à l'essai sont acceptés à partir d'une provision de 100 francs. Pour recevoir, dès
leur parution, 4 à 5 volumes nouveaux par mois pendant
un an, tabler sur une provision de 300 francs (les romans
se vendant de 5 à 7 fr. 50).
Ce service sera particuli('rement apprécié : par les
provinciaux éloignés de tout libraire, par les coloniaux
et les étrangers qui seront tenus - san retard - chaque
mois, au courant de la production littéraire française.
En dehors des envois d'office, tous les souscripteurs
peuvent, sans craindre un double emploi, nous demander
sur leur provision tous les livres qu'ils désirent. En
cas d'urgence ils peuvent télégraphier. Pour les pays
desservis par avion nous adresserons par cette voie, sur
demande, toute commande pressée. Pour les pays lointains, I' A. O. F., l'Extrême-Orient, où le « Crapouillot »
compte de nombreux et fidèles abonnés, nous ferons
coïncider les envois avec les départs de paquebots-poste.
Notre premier office était particulièrement difficile à
choisir, puisqu'il paraît peu de livres pendant l'été. (&lt; La
Maison de Claudine », de Colette, a été choisi comme
1 livre du mois ». Puis, suivant les indications personnelles,
nous avons complété les colis avec « Lucienne ", de
Jules Romains, « Les dévotes d'Avignon », de Péladan,
&lt;&lt; Panam », de Carco, « Le Phannacien pirite , de Billotey, etc. Nous espérons que nos premiers corrcspondant3
ont été sati faits de cette sélection, qui sera d'ailleurs
beaucoup plus aisée pendant la saison d'hiver.
Ceux de nos abonnés qui n'ont pas encore souscrit
trouveront page 22 la formule à nous adresser pour 1~
constitution d'un dos ier personnel et l'attribution d'un
compte courant.
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                  <text>Le Crapouillot es una revista satírica francesa fundada en agosto de 1915 y desaparecida en 2017. Inicialmente fue un periódico en las trincheras lanzadas por Jean Galtier-Boissière, quien lo dirigió hasta 1965, convirtiéndose a su vez en una mensualidad artística y literaria, luego en una publicación bimestral política y satírica, con pretensión escandalosa y controvertida. Después de una interrupción en octubre de 1996, nació una nueva serie en mayo de 2016 para finalizar en febrero de 2017.</text>
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                <text>Le Crapouillot es una revista satírica francesa fundada en agosto de 1915 y desaparecida en 2017. Inicialmente fue un periódico en las trincheras lanzadas por Jean Galtier-Boissière, quien lo dirigió hasta 1965, convirtiéndose a su vez en una mensualidad artística y literaria, luego en una publicación bimestral política y satírica, con pretensión escandalosa y controvertida. Después de una interrupción en octubre de 1996, nació una nueva serie en mayo de 2016 para finalizar en febrero de 2017.</text>
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                    <text>16 4vrier 1923.

PUBLIE
UN NUMÉRO SPÉCIAL SUR

« IDYLLE •• peinture DB MAltCEL ltOCHB

LE SALON
DES

CRITIQUE DE ROBERT REY

��1.

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doa Notes pu le oomto Emeot do GAJt•y·

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Prix de chacuq de ces volumes : i 2 francs
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- - f'4llllLLII DW UÀJll&gt;8 - par Lenla Hl!Rl'n'8 do la TOUR
l Yelume, 11 mu.t. : 9 francs.

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la I,JfillATRIE DE FRANCE
99,

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a tctlt♦ t/éd,ucation S :3nttme1Jtlale ntuetrw flli':
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�LE · ' ' CRAPOUILLOT" AUX ' ' INDEPENDANTS"
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�DANS LE CAS DE" LA "GARÇONNE"

L'ÉDITEUR EST-IL RESPONSABLE?
,fon nrliclc sur 1f. Vif'lor Margucrille m~a Ynlu de nombrl"nsr~ lrllrcs cl je renrnrqnc avec une certa ine salisraction
f]uc /OllS mes rorrcspondan ls - m~mc ceux qui clHcn dcnt
Totor - sonl d'aYis que dans le ras de la (1 Garçonne &gt;&gt; l'éditeur cs L plus rcsponsahlr que l'au leur.
Qui dirige h \fai~on Flammarion? En nom , M. Flammarion fils, en fait MM. \l ax et Alex Fischrr, directeurs

&lt;c lilt.Praires

ii.

•••

Je ne me Bivrerai pa'S à des p1aisanteries sur le physique
de rcs ménechmrs dont une aïeule eut sans doute un regard
pour Qc tapir du Jardin des Plantes. Je ne m'/&gt;-lenclrai pas
sur les exploits guerriers dr res &lt;lC'ux inaptes qui. en r9r/i,
apfl•s avoir dénomhrP le&lt;:. hros.sf's i1 rrluirf' &lt;'1 les pot~gcs
&lt;c cndencPs n ù la caserne de Troyes nu titre de µ-ardes-rnitcs,
.;p fircnl bornhard('r n~da{' Jrur:- du ,c Bulletin d(',;; Armfos ii
ii Paris, el enrouragt'r:•nl no;; vaillants petits poilu-; à ~c
faire détfriorcr le porl rait ù leur p]a-cc (&lt;lire qu 'au front ils
aurai('nt p11 avoir la honnc rorluno d'&amp;tre défig-urés!). C'r;;;J
('Il récompen~r sans do11IC' d(' rrs servir('~ ('XC'CptionnC'ls que
Rosi-.Tmcpho rrçnrrnt ~e mt-me jour, l'cx-rroix des braves,
à. la première pr·omotion cl'nprès guerre - avant Dorge1ès,
Mac-Orlan, A1·noux, et hicn d'autres jrnnrs écrivains,
moins indiqués év idemment parer rru'ils ont. -prouvé leur t.al&lt;'n.t et arrompli lem· d&lt;'voir.
Je ne prendrai pas non pins la peine dr discuter les mérites littéraires de ces drnx as de la plalitudc prétentien~r.
Pas besoin de roupi. d'épaule- p011r enfonrcr uno porle lar:zcm&lt;&gt;nt ou,·er lr sur le néant. ..
Cornmcnl, mr dircz-Yous, clrs pen:;onnag-rs au~:-i intégralement nu1s - c&lt; les plu~ ennuyeux des au1enrs gais I l ~ dc,·inrent-j]s un beau matin le-s maîtres d'une des premières firmes françaises, et curent-ils lirenrc de conlrôlcr une bonne
partir Jr la produrtion du r0mnn françaisr
C'c~t un de ces troublants et incxpli ca blrs my.sthcs de ]a
vie parisirnne : Peut-êlrr unr simpl e réponse de ~1. Flammarion pè-re, à un ami qni s'1;lonnail de la rapide ascension
des rnfanls-collés, snffiri"l.il-cllc à &lt;''&lt;pliquer ce tte stuprfianlC'
faveur : &lt;c Que voulcz-vou,;) les Fischrr sont des hommes
d'affaires incompnrahles : 11s arriY&lt;'lll i1 faire acreplcr à noi.
anlcurs des rondilions que nous-mt·mrs n'o.scrion&lt;; jamais
lonr proposer. &gt;l
Je r&lt;'grctte de n'avoir pa.s unr pctile anecdote personnelle iù sorUr snr la rapacité &lt;lr rcs messieurs. Ils n'ont
jamais en li me refu,;er quoi que rc soit car je ne leur ai
jamai,; rien demandé. Mni.s je pense que ni l'un ni l'autre
ne nie des faits qui sont de notoriété publique et dont le
faisceau ('OTISlitnc leur 'f-f'Ule orig-inalité
ce has monde.
l\1'1. Max et Alex Fi~her ont introduit clans le miliru littéraire clcs u~agcs qui jusqu'alors étaient ré;;:;rrvés aux transactions des m -arrhands dr pcrles fausses dans lt's ghettos internationaux. Lcnr C':lSai d'inclnstriafü:alion drs lettres 1C"!t
met exac t&lt;'m cnt sur le ml'•me plan que ces mercantis du
cinémn qui, à fore&lt;' de cc &lt;'omhinni;;;ons ll, de commi;;:;sions
cl de ristournes ont rénssi à faire tomhcr an dernier rang
de la pro_cli1ction mondiale un art &lt;le C'réation françai;;:;c.
Je ne raconterai pas ici snr ks fischcr brolher's des histoires qui courent les bureaux de rédaction : tel auteur contntint d'accepter un contrat où il abdiquait -ses droits pour
régler 1a puhlicilé. tel autre renonçant à son tant pour cent
sur un des tomes d'un ouvrage en deux volumes ... Rien ne
n1ontro mieux les méthodes ultra-modernes de ces deux

en

Si

POUS

roquinel;; rl11 jo11rnali5mc qu'nn de ,Jeurs plus"' récents
exploits : L'expu~~ion p11rc et simple d'un jonrnll-1, pour
prendre sa place. d'un chef de rubrique qui n'avait pas _-1
l'avantage de se présenter au palron avec un ronlrat de •1
publirilé clans rhaqnc main' I!.
Ce petit porlrail moral, sommairement bross&lt;~, des auteurs de C&lt; Pour s'amuser rn ménage 1i était nécc,;;:;,;;:;aire pour
définir le rôle &lt;Jne jouèrent &lt;'C'S ,dr11x personnages dans Ir
lancement de la &lt;&lt; Garçonne l&gt;.
Car relie cc Garçonne &gt;J ·c'est le ronronnement de l'œuvre
que Î&lt;'s Fi$rher ont entreprise dans la maison à eux livrér.
A la tête d'nnc firme possédant un crédit in compar.able &lt;' t
un énorme po11Yoir dr -difru~ion en province et à l'étranger.
dans cp1 C'l ,;;:cm; no.;;: deux &lt;'ompèrcs ont-il nigui~lé la production? Essayl'rrnt-ils -de pousser 1es écrivains de valeur
allach1ts à leur maison, les Dnvcrnois, les Chérau? Poinl.
J~s gros lirag&lt;'-" furent toujours réscrvéi. à des ouvrages médiocre.,; snr lesquels .c~l Ca-it, un formidahlc cffOTt de pnbliciLC'. ii des 1ivres toujours ouverlemcnl ou hypocrilemenl
pornographiques étafant avec nne insic;lanC"e voulue Pt porfois ious ("Quleur d'un hnmanilari ..;me désuet, la corruption dos mœurs françaises et la clfromposition d'une société pourrie. Œuvres révolutionnaires? te Actes de foi J&gt;?
Non pas : rahachagcs de vieux marrhcnrs pognonisles mais
hnmanitairC's. de maniaques ob~déi;; tantôt par Je sexe, tan tôt par le drapeau (on plus exactement le fnnion), ou de
salonard.;; pl'-déraste.s et bolchm·i~anls. Est-il ulile de citer :
« Jouir &gt;J de feu Paul Margueritle {ah! ces fi.Js de généraux.
-quels beaux litre~ ils dégotentl) 1 1&lt; Prostiluée &gt;&gt; de Virtor Marfl HNilte (806 mill e), sans parkr des petites polissonnerie.~
df's dames de la famille; et Jcs faisandrrie.s l"rruivoques du
Mignon Manrice Rostand; cl les grivoiseries mals,rincs &lt;le
Ilinet de \Vaqm cr, dont Flnmmarion réédita Je (&lt; Lucien JI
en édition populaire. Voulez-vous mieux? ~•a-t-on p-â.3
dans les milieux de gauche opposé à l\fargueril le, Léon
Daudrt et son (&lt; Enlrcmctteuse &gt;&gt;il Or, quel est l'éditeur de
celle H Entremctlcuse l&gt; : Flammarion bien entendu, qui,
du m omr nt ,q ue ça rapporte. rait aussi bien à droite qu'à
goche le trust &lt;les cochoncetés 1
Mais la « Garçonne ll, c'est Je bouquet! l'apoth éo:::e de fa
pornographie morose et humanilairc! Ils savaient bien cc
qu'ils raisaiC'nt, nos deux madr(i; compères, en inondant les
journaux du monde entier de leurs aguichants placarcls :
&lt;1 ](' roman fr pins audacieux &gt;l. La va1cur de cettr in-sipide
histori&lt;'lle de la Rihliolhè&gt;quc rosr oil toutes ks vingt pages
notre Totor a plaqué 11ne photo ohsri''nr n'(&gt;tait pas rn cause.
li s'agissait d'un coup monté, d'nnr honnc affaire en pcrspecu,,e.
Qu'on ne me croie pas devenu .subitement bégueule, ce
n'e.:L pas dans mon tempérament! )lais .il faut touL de
même, dans l'intérêt des vrnis artistes. l'tahffir une différence entre un Fragonard et les cartes transparentes offerte,:; aux collég irn,; par des individus o1ivâtrcs. Le cToquis le
plus audacieux de Guys, de Lautrec- ou de Rouault, la page
la plus o~(,c clc Casanova ou &lt;le Mirhrau, restent une Œ\tvrc
d'art, tandis que la« Gnrçonne JI n'&lt;'~t qu'une td•s plate orclurr. 11 renvient d'autant plus d'insislcr sur rc point, q11c
Ç"C sont préci~hncnt le::; Margueritte et. &lt;'Om;ort.s avec !leur
audace sans !aient qui nous ramPneronl 11n de 'f'es jours la
cen,;mc cl ses imhfrillitl's.
D'a.illcnr.s, Margucritlc - sos défenseurs l'ont assez répété - n'a pas été J1Ptri pour avoir écrit un livre et cochon »

désirez vous abonner au&lt;&lt; Crapouillot&gt;&gt;, détachez le bulletin de souscription del' enca,t rose.

5

1 f. CR \POi ILLUl

AU'SALON DES INDÉPENDANTS

'

diffusion de l'ounage avec ses déplorables répercussions
qui a été pub1iq1.1ement LJhlméc, cl que, de celle diffusion,
l'éditeur c.st as:--ur1~menl plu;;; rc-.pon~ahk que l'auteur :
fr m't;lon11r tpie dc,ant de:; faits aussi graves, le !i~ndit·al dt.':- 1~ditc11r." n'ait pas jl1gé utile d'envisager les m e,.;urc.-: i1 prcndn·. di\/lS l'inféJ'(.'.-l &lt;le l'édition [rançai,~c en général, pour mcllrc hor.s d'aat de nuire un confrère au:;:Ü
nclt('me11l maHaisant.
Je m'{,tonnc que la grande Chanedlcric, tl{•:-irclhC par
1111 ('Uup d'frlat de &lt;&lt; r&lt;'lcvrr le pres·tigc &lt;les Lctlrc:, françai_~p-: t1 rEtranµcr i&gt;. se ..oit arrN{e dan:s :-on hl.îme - au
ri5quc de paraitre as;;ouvir 11n e yc11gca11ce poli1iqu e - à un
si mpl e complice.
Et je m 'étonne cuc01·c plus que les din.,ckurs de la mai;;:;.on Fla1nrnarion qui onl acc('pté, 5inon commandé,&lt;&lt; la Garçonne ll et l'ont 1-ancé an•c Ile fracas que l'on ~ail, n 'aient
pa~ C'ncorc eu Je ges te non pas &lt;l'L'légancc, mai:-- &lt;l'l·lémrnlairc co rrect ion clc se solidari;;cr avec leur aull'ur, en ren, oyant kur petil ruban ;'t )1. le Général Dubail.

Jean

JANE ROSOY: PAYSAGE

ni rnln1c pour •noir prostitué son titre J.'écri'"·ain dans une
a-;-.t•z ha,:"(' cntrrpri.:-c l'Ommc1Tialc, mais uniqucrnent en
rahmn du rl'lentisscnwnL de sou œu, rc à l"élrangcr à une
époque partieulil·rernt'nl trou!.,Jéc ol1 notre pays a-vait hc~oin de tout ;;;011 &lt;'ré dit.
Qu'il rnc soit JH.'rmis d'emprunter i1 la &lt;&lt; Liberté 11 où préc-i,,hnrn l eollahorenl :\n1. \'tax el Allex Fis-cher, quelques
dl'lai\,- _-;ur le lancement &lt;le la « Garçonne 1i à l'étrangn
En \lll•maµ-n c le lin·r .se vc-nd so111- une bande indiquant
&lt;c Etude de la jeune fille françaÎ!-C 11 • .\ux. Etab-Lnis la propag-ande aJllt&gt;rnandc a fait tirer li dl'S milliers d'exemplaires
dL'" &lt;( .\lurcl'&lt;HIX 1'110isis &gt;&gt; renrt'rmant les pa.,~age.; les plu,,
sah·,. l'll a,,mt soin dï11Ji,p1cr qut• l'auteur, fils d'un génl'ral fran~ai,, élait &lt;-ommandcur de la Légion d'llonneur
« t't'l ordre d1: rhna lerie fo11d1~ par \apnléon 1er li, ex-pr~.;id1•11I tl(• b :-:ocit'll· dl'" p:t&gt;ns de lellrcs, une des pcrsonnalill' Jp,; pl11-. n,.• pl'l;'-L'nlaliH'." &lt;ll' nolre H1'•publique d'après-

ÜALTIER-tlOISSIÈRE,

P. -S. ,l'insère bien volonliC'J',j la lcllr~ :-UÎ\tll"lll' do Mme ,Marcelle Tina) re que j'avai:5 inciùemment citée dans mon dernier article :
)fonsicur,
Je c;11is sÙl'I' qu'il ,011,; serait &lt;lésag1fablc d'a,oir écrit une phrac;c
imolc11lail'cme11l injuste, c-t &lt;''&lt;'c:l /1 ,otn· di•li,·atcs:-i,c &lt;l'honnête
homme - cL 11011 pai de confrère - que je fois appel. Vous êlcs
mal l'l'n-;.,ign,;, k n'ai j,1n111i~ ri..•11 "'ollil"ili'·, d j;unai,i apostillé aucune demande offki&lt;•ll1•. \ 011,. nm1·z ai,,"·mt•nt la prcll\ c.
Qnoi que ,oug pui~,Îl'Z !Toin•, à prnpos d'un i11 ci&lt;lt•11t d{,jà loint11in. \"OUS aurez, je crni,, le soud tic lt• rapport ~·r cxacll'mcnl.
~O)l'Z ep1·Lai11 qur j, ,011, fais celte pctit.e observation sans anwrllunc. You~ ne me ,·m1nai~,t'Z pas. \'011s pou,cz H)lh trompn· c.1u·
le cat~•ctère ù'1111 écrhain qui 1Hi ,ous g11nlc pas ram:uuc de voln'
ironit•, et ,ous cnroic l'cxprcs~ion de son e~timc litt{•raire d de ~t•,-

sc nli111c11l s très di4ingué:-.

g1wrn'l
Tout .•r ti1•11l &lt;•n ,.,. lllOIHll' l'I loult-....... 11•-; l'n1·111~ de l'acli, ilt'· lrn1na i111· ~1· pt:nl:lr1•11l : l 11 li,n· i1 .-..1H'l•l•,; 011 1111e

c hanoou d1· 1·af1.,·&lt;'0JH·crl pl'UI d{·l'idt•r du ,ort d'une alliance
Je rrn'nw qu'un Ji~cours ou un Jilm peul innuer le change.
Vid or ,taq!tlt'rillc a été frap-pé a~~&lt;'Z c:x-adcml'nl pour avoir
ri,.;qué de eompron1cttrc le erl"dit frnnçais à l't'·tranger, au
1rn\nw litre qu'un man·han&lt;l de eanu·mhcrls &lt;)Ili in o nd erait
les cinq contirn•11t.:, -&lt;le fron1etons pourd.s pourrait être just1..•111t•11t ,.aqu6 par noire Charnhre de Cornmern::.
1:·1·~t i1 Ùt•,.;,ein que j'cmploil' c-el lc l"Omparaison co11111u' r c:ialt· p11i~p11·, ùan:- !le ea.s &lt;le la. u Ga1·rounc &gt;1, l'arl n e tirnl
a1w111H~ plar1•.
l.1•,; &lt;'•rri,aîn,- :-a1b :1ucu 1w tli-.li11dion de parti n'ont 4u':)
:-,;c lourr d'unl' m t'.surc qui dis{'n~ditc un faux artiste sur l e
marehl' mondial, parce qu'il.~ onl lout intl'rèt à -ce que le:;
kttrc"" françai:-,;('_~ j ùui,.,-cnt d'une bonne l'olc .'1 l'étranger t'I
jJ .. srrairnt biPH maladroit s dl' paraitre &lt;lékndrc &lt;le Lrè:IJL'aln print"ipt•~ _.:; ur 1111 a11-;.si déti.:stalde prétexte.

•
*.
Pui,.;qm-' l'affain· c:-.l ramenée à :-;es proportions Yraic:i- cl
qu'il ne .s·agil plus J.c « lliberté de p cuséc l&gt; à défendre.
mais d'une a.:-.-;:cz ma1lproprc lrahi,-011 com111ercialc à liquider;
puisqu'il esl admis aw:si hicn par le~ déft'nseurs qu~ par I&lt;'~
d,;tradcurs tll! \ ictor ~larguerillc, que c'est a,ant tout la

BERJOLLE: PORTRAIT,

�AU SALON DES INDÉPENDANTS

DESSIN DE J.-J. JAOELOT (EXTRAIT DE •LAON&gt;)

DERNIÈRE HEURE
La Librairie de France ya publier un ,wiweau poème de Léon A-1oussinac: Dcrniè!'c Heure. Suile lyrique où l'auteur
des He-Ilets de bonheur exalte les dominations hum.aines, anx temps où les races s'éyacJeront de la terre pour soumettre
l' unù1ers à leurs lois sentimentales et rationnelles. Et le poète imagine l'épopée de l' 11 onune qui a re/ usé cle suivre les
conquérants et reste seul parmi les ruines des civilisations déchues atrendant sa nwrt et celle dP la Terre et évoqwmt
l'instant où s'accomplissent ailleurs l~s plus hauts destins de l'Humanité.
LADISLAS MEOGVES: PAYSAGE

NOTRE-DAME
Cathédrale,
Ame battante de la cité,
Elan unanime de plusieurs siècles,

î

: PORTRAIT

JACQUES THÉVENET: ,, LÉONIE•

Cri pathétique d'unité ;
Cathédrale,
Si haute dans le ciel 1 comme jaillie
D'une âpre volonté de monter jusqu'à Dieu,
Et d'où 1 Sinaï, descendirent,
Parmi la voix ample et grave des cloches,
Les commandement et les lois ;
Cathédrale,
Vers où montait aussi,
Crevant les clameurs soulevées,
L'appel éperdu d'espérance
Des grands peuples agenouillés ;
Cathédrale,
Splendeur immobile et pourtant rythmée
A la ferveur du rythme universel,
D'un geste pur ·d'ogive enfem1ant le tumulte,
Etreinte immense et baiser profond de la prière;
Cathédrale,
Pourtant, un jour, orgues et cloches se sont tues,
Un souffle a ouvert tes façades,
Bousculé tes autels et défoncé tes châsses :
L'oracle scientifique a occupé la chaire du miracle.
Règne fini. Le ciel trop lourd !
Cathédrale,
Arche naufragée du moyen-âge ...
Les !siècles passent. Dédain, puis insulte
Et crachat en plein visage :
Le Sacré-Cœur !
Cathédrale,

Ombre qui s'illumine et mange l'or des soirs,
Notre-Dame douloureuse
Qui n'eût même pas, torche brandie,
La joie suprême
D'allumer son propre bûcher pour le martyre 1
Cathédrale !. ..
0 ce geste dernier1 ses tours 1
Moignons de pierre,
Prière mutilée des mains jointes ...
Et le regard des yeux crevés de ses v:traux.
Et la rosace, son cœur en sang vidé d'amour ...
Et la flèche, toute sa foi décapitée !. ..
LOUVRE
Plus rien qu'un champ de cendres ...
Les rois ? Force arbitraire
Nourrie d'un sang d'esclaves, droit divin !. ..
Un formidable coup de pied
A renversé les trônes lourds.
La beauté depuis ?
Rose poussée dans le fumier de la douleur,
Enorme et cueillie, au coin des lèvres,
Parfumant l'âme d le ciel.
Tout le Passé tordu, brisé,
Déraciné par l'ouragan, - révolte -,
Abattu sous la hache, - raison ·,
Et jeté, cadavre, au miJieu du brasier
Dont la flamme éclaira toute la Terre
Et où la Terre, plusieurs siècles, se chauffa.
La Beauté n'a pas de ruines.
Tout le reste : grandeur usurpée,
Cendre et poussière ...
Tel est le destin.

�8

LE CRAPOU!LL01

AU SALON DES INDÉPENDANTS

BASTILLE
La première des bastilles !

Et d'un cœur fier de supporter
Les plus hauts battements
De l'idéal et de la loi
Dont il est ivre,
Marche à la conquête des Lois.
Mais il reste tcujou;s un obsLc·e à bousculer,
Holocauste douloureux -et nécessaire.

L'abcès crevé d'un coup de bistouri,

Enfin!

Cicatrices encor visibles :
Témoignages et, mieux, exemples,

Volcans éteints, toujours béants.
Combien de peuples ont, depuis,

Le progrès n'est qu'un entassement de victoir~s
A pres
• ce sommet, un autre sommet :
'

Transfusé leur sang pour survivre !

Quelques-uns y ont succombé,
Cendre du sacrifice, grâce à quoi
Depuis hier, l'humanité, sûre de vaincre,
Dans l'unité d'un corps harmonieux et

1
1

Bastille ! sursaut de réveil, geste sacré,
Bastille ! la première étape
De l'ascension des hommes vers la lumière.

Léon Mou:s, ,A".

LES LIVRES A LlllE ... t:T LES AU'l'llES
par Gus Dof'a
UN ROMAN D'AVENTURE 1Mit10BILE
A

la terrasse, par
Léon BARANGER. (La
Renaissance du Liore.)

M. Léon Baranger goûte
le plaisir paisible de rester
assis à la terrass: (que:ie que
soit cette terrasse) et de regarder passer les gens. Ils les voit avec des yeux de
peintre et en fait des croquis exacts et expressifs.
Il a vu ainsi passer M. Poule, et assez souvent pour
en faire le héros de son livre.
M. Poule n'a guère d'autre fonction dramatique que

LES BEAUX LIVRES
L'Ingénue libertine,
par COLETTE, avec les
dessins au pochoir de
Chas Laborde. ( J1 enri

Jonquière, édit.)

La chasse au bibliophi:e fat
b mode durant

un sport à

les années de guerre et un
peu après.

Ce gibier de choix abondant, d'une capture aisée et

rémunératrice de,•ait tenter, outre les ,•izux chasseur3
professionnels, quantité de jeunes trappeurs improvisés
qui s'équipèrent hâtivement, à l'imitation de leurs aînés,

d'être cocu, encore ne l'est-il pas d'une fa~n active mais,
et se mirent en campagne.
dirai-je, statiquement.
Ils ne savaient d'ailleurs pas grand'chose du bibliophiEn fait, il s'occupe jusqu'au bout du livre à intégrer
lus vulgaris, but de leurs efforts. C'était, pour eux, un
cette notion anonnale, moralement et matériellement.
amateur de oonserves littéraires, un coUectionneur de
M. Poule promène sa condition socia~e de co~u médilivres-momies,
entortillés de riches bandelettes.
tatif- parmi des aventures féminines assez vives et des
Pour attirer autour des pièges ces sortes d' Antinéasréflexions péripatéticiennes assez curieuses.
de-blibliothèque, mâles ou femelles, il suffisait d'amorcer
M. tlaranger les note les un.es et les autres avec nonavec quelque opuscule - ignoré et jeté à la poubelle
chalance et ironie, et dans un style pittoresque, ingénieux
du temps par des générations disparues - à l'odeur de
et sympathique comme celui de certain~ livres d'Anatole
moisi et de faisandé, mis en valeur par un caractère gras
France, qu'on relit deux ou trois fois pou: '.e se,ul pla·et lardé de gravures à la mode de l'époque.
sir d'y rechercher un plaisir déjà éprouvé.
Aventure à fleur
Placé sous le vent du bibliophile, il était notoire que
cl ' â m e et à fleur
celui ci s:: devait rue:.·
AU SALON DES INDÉPENDANTS
de peau, i l f au t
1

sur l'appât et l'emporter dans sa tan.
ni ère- Iibrafrie, pour

un effort pour connaître, tant elle est
simi,lement
contée.

s'en repaitre et s'en
faire, Dieu s:tit qu::!-

qu'elle recouvre une

humaine et profonde
psychologie.

les

Propriétaire d'une
mine riche en minerai
de précieuse sensibi-

incon-

Aucun de ces éditeurs n~ophyte3 ne
s'avisa jamais de re~

I:té, M. Baranger a
l'insouciance

voluptés

nues.

chercher pourquoi les

ch a r-

choses

devaiellt

se

mante de ne l'exploiter qu'à sa guise et

passer ainsi, 0:1 n'es-

se~on son bon plaisir.
Cela consiste à ramasser à fleur de

de ces an:maux étranges pour !e dis1s~quer
et d~couvrir s::m an:•
tomie secrète.

saya de capturer un

terre des pépites de
métal pur et des ca'l
Joux à peine veinés,
qu'il nous offre pêle•
mêle

a\'CC

sourire.

Ils farent donc sinétonnés le
jour oùi la guerre fi.
nie, et les nouveaux
riches gavés de japon impérial et de
cèrement

un a:mabJ..:
PEIN1 URE DE GOERG

.M. SAVAEUX: NATURE MORTE

E. LABAT: FEMME ASSISE

�8

LE CRAPOUILL01'

.AU -SALON DES IN DÉPENDANTS

BASTILLE
La première des bastilles !
L'abcès crevé d'un coup de bistouri,
Enfin !
Cicatrices encor visibles :

Et d'un cœur fier de supporter
Les plus hauts battements
De l'idéal et de la foi
Dont il est ivre,
Marche à la conquête

A. BERG EV IN: OO~PTE USE

OLGA SACCHAROFF: PEIN1 URE

qu'elle recouvre une
humaine et profonde
psychologie.
Propriétaire d'une
mine riche en minerai
de précieuse sensibi1:té, M. Baranger a
l'insouciance charmante de ne l'exploiter qu'à sa guise et
se'.on son bon plaisir.
Cela consiste à ramasser à Heur de
terre des pépites de
métal pur et des ca'I ·
Joux à peine veinés,
qu'il nous offre pêlemêle êVc c un a:mabk
sourire.

PEIN1 URE DE

GOERG

nues.
Aucun de ces éditeurs néophytes ne
s'avisa jam.ais de rechercher pourquoi les
choses devaient se
passer ainsi, o:.i n'essaya de capturer un
de oes animaux étranges pour !e diSs~quer
et d~couvrir s'.Jn an::tomi'e secrète.
Ils forent donc sincèrement étonnés le
jour où1 la guerre fi·
nie, et les nouveaux
riches gavés de japon impérial et de

1

M. SAVREUX: NATURE MORTE

E. LABAT: FEMME ASSISE

�iô

Lt CRAPOUILLO't

tt CRAPOUILLOt
hollande de poids, leurs livres cessèrent de
et à un texte qui, mieux que tout autre, pourencontrer des amateurs.
vait se passer d'aide.
Peut-être n'ont-jls pas encore compris.
Je n'ai pas à me mêler des affaires d'édiQuelques éditeurs peu avertis, c,mtinuant et
tion
de Mlle Colette, ni des contrats de
accompagnant la tradition des maîtres du méM. Jonquières, encore moins des projets de
tier, ont repris, aujourd'hui, à pied-d'œuvre
Chas Laborde, mais il me paraît souhaitala question du beau livre et nous en voyons
ble que cette triple collaboration ait une
déjà les résultats : Des jeunes comme la
suite d que M. Jonquières réussisse à nous
banderole-A1omay-Crès-Jo11q11ières et pas mal
donner une édition complite des œuvres
d'autres, s'attachent maintenant à parer des
de Colette, dans le même format, avec la
œuvrcs vi\"antcs au lieu d'emmailloter des
même perfection typographique et d'autres
cadavres sous des housses luxueuses et il
illustrations de Chas Laborde.
se trouve, aussitôt, quantité d'amateurs, paCela constituerait un ensemble à peu
raissant sains d'esprit et intelligents, pour
près unique dans l'édition de luxe actuelle,
goûter de tels ouvrages et les collectionoü les éditeurs s'arrachent d'ordinaire et
ner.
se disputent horriblement le droit d'imUne équipe d'artistes nou,·caux s'est réprimer sur des papiers de prix, les lamvélée toute prête pour orner et illustrer ces
beaux d'un même auteur, chacun dans sa
livres noU\·eaux. Daragnès, Chas Laborde,
manière et selon son goût, bon ou mauFalké, Ch. Martin, Hémard et d'autres (1),
DRIEU
vais.
auxquels on ne pensait pas.
C'est donc une forme entièrement neuve du beau livre
Mesure de la France,
M. Drieu La Rochelle, requi se crée sous nos yeux, et !non plus seulement destinée
1nt· Dmcu LA Hoc:11ELLE, venant de la guerre à vingtà cette espèce de bibliomanes, aveugles, à antennes sen{Grasset.)
cinq ans, s'est brusquement
sibles, qui jouissaient, paraît-il, à caresser des reliures
senti à l'étroit en son propre
ou à palper des vélins de prix, mais à une race, neuve
pays. Il y manquait d'air et respirait mal, et s'est avisé
aussi, d'amateurs de livres, qui savent tous lire couramde mesurer la France pour connaître si, d'aventure, elle
ment et ne collectionnent plus les fautes d'impression ou
n'avait pas diminué en son absence.
les seuls bouquins introuvables.
Il la mesure consciencieusement dans tous les sens :
C'est à ceux-là que j'adresse I' « Ingénue Libertine)).
il en mesure la superficie, la population, l'âme, l'appétit!
le cœur et le -cerveau. JI la juge sévèrement et ne Je lui
Ce livre de Colette, un des meilleurs, à mon sens, de
c11voie pas dire.
l'époque Maugis (qui le vit paraître sous un autre titr~
Il lui reproche d'abord de n'avoir pas f,üt assez d'enet pour d'autres lecteurs), renaît aujourd'hui dans une
fants depuis un siècle. Il nomme cela un grand crime
édition digne de lui : fraîche, claire, ordonn(-c et d'une
et dit que nous en avons été punis justement en 1914 et
typographie plaisante qui met en ,·aleur la sensibilité
que cc n'est pas fini : l'Allemagne a été tentée par c~
et la Yigueur du texte.
trou dans notre population, qu'elle a vou·u boucher. C'e~t
Les petites a,·enturcs amoureuses de cette ingénue
bien fait pour nous.
étrange, l'audace un p.!u plaquée et voulue de certains
Comme elle n'a pas réussi il n'y a pas de raisons pour
passages, y prennent une autre figure que dans l'édition
que d'autres ne soient pas tentés à leur tour. Il no_~~
ordinaire, elles ne semi&gt;lent plus que des touches un peu
montre des peuples de millions de têtes, louchant deJa
vives, mais nécessaires à la Yie et à l'émotion de cett~
vers ce Yide et guettant le moment d'y tomber.
pochade physio-psychologique, et plutôt physio que
Ces idées ne sont pas neuves et le plus gros mérite de
psycho.
l'auteur
est de l~s présenter avec intelligence. TouteChas Laborde a merveilleusement compris l'illustrafois sont-elles nouvelles pour lui et il apporte à les
tion d'un tel line et qu'il lui fallait seulement en orner
soutenir un grand lyrisme d'homme jeune et de poète les marges d'une discrète évocation du texte. Aucun de
car il est l'un et l'autre - fort sympathique.
ses quelque trente de:;sins n'est épisodiqw·, le3 petites
Habitué à la méditation solitaire des tranchées, il n'a
histoires galantes de Minnc ne l'intéressent p-1s. Il suit, de
pas souci des contradicteurs possibles. Il ne discute
chapitre en -chapitre, la figure de cette petite f.11:.! précoce
point : il .affirme. Il impose a,·ec v_.éhémence la Vérité
et naïve, aventureuse et sans perversité, qu'il a esquissée
qu'il croit avoir trouvée et sa fièvre ne connait pas Je
dès le début et en note les états successifs avec une sorepos.
Qu'il jette dans la fournaise de son style des
briété, une élégance ,et une intelligence qui font de ces
chiffres,
des -exemples ou des appels héroïques, qu'il
croquis, rehaussés de taches ,·ives, comme un pastiche
insulte on qu'il glorifie, qu'il gémisse ou ricane, le modu texte de Colette.
teur déchaîné vibre sans cesse, à la même tension. Cela
Des JX'intres dénués d'esprit ont fait, de tout temps,
ne laisse pas que d'être un peu fatigant.
courir le bruit qu'un artiste se devait d'être intcUi]'approu,·c qu'il parle selon sa pensée d sans ménagegent pour se conserver sensible.
ments,
mais l'Evidence même, criC-e sur ce ton de proChas Laborde, parmi quelques autres d'une génération
phète
en
transe, donnerait une furieuse envie de ,contrapensante, prouve le contraire. j'aurai &lt;l'ailleurs l'occasion
diction.
un autre jour de dire cc que je p~ns.e de lui et ptus
Pour respectables qu'elles soient, les idées de M. Drieu
généralement de cette « équipe ».
La Rochelle ne sont pas infaillibles : il n'est pas prouvé
Le livre qui nous occupe nous donne un éthantillon de
par l'expérience des siècles, non plus que par son livre,,
sa double qualité. C'est un exemple rare d'une illustraque
les péchés d~s ~cupl:s, l'imp~érnyancc,. la pa~~sc,
tion capable de se rendre utile au texte qu'il accompagne
le dilettantisme, 1'1rome SOlent forcement pums et n aient
pas leur bon côté.
(1) :&gt;Icn:1 ! (:'\olc de Gus llofu,)
Le malthusianisme même peut être défendu, M. Drieu

La Rochelle nous affinne que nous n'aurions pas eu la
guerre si nous avions fait vingt millions d'enfants depuis 1870, comme fit l'Allemagne.
.
.
Je le veux bien, mais nous ne l'aunon~ pas eue. s1
l'Allemagne s 1était abstenue comme nous-mcmes de faire
ces enfants.
Il affirn1c encore bien d'autres choses : il manie sans
façon les empires, les siècles et les millions d'homme:-,
il jongle avec les entités et les réalités et se pron~ène,
ivre de concepts géants, parmi un monde d'hypotheses,
mesurant, mesurant tout, avec un mètre de caoutchouc (1),
qu'il tend ou raccourcit lt sa guise, sans s'arrêter jamais.
Certaines de ces hypothèses paraissent pourtant grosses
d'une idée nouvelle, d'un horizon inc:&gt;nnu. ré,·élé soudain, comme le conçurent Norman Angele ou Chesterton hors des chiffres et des documents, par une
clairv~yance de génie. On croit voir ~éj~ se disjoi~~r:
une forme de langage vétuste pour hberer une vente
prisonnière.
Et brusquement l'auteur s'échappe par la tangente,
œntrifugé par sa foi ardente, et piétine déjà dans un
ciel voisin.
Son livre est plein d'intelligence et d'une étrange_ force
de conviction qui émeut le lecteur et le transporte au
delà de la de;nièrc page, vibrant, étourdi de ce continuel
fracas d'idét.'S secouées, satisfait, rompu, mais :
Désormais décidé à douter de n'importe quoi, pourrn
que cela soit proposé par M. Drieu La Rochelle.
II parait que la littérature
mon Go~rEz u 1; 1.A ::S1rn- espagnole rencontre en cc
:SA, pri•sc11l1: par \'alcry moment une veine abondante
Larbaud, traduit pa1· et produit des chcfs-d'œuvre.
•\lulhilù1: Pu111ès. { 1Jer- M. Valéry Larbaud nous l'af11ard Grasset, les cahiers firme et nous donne, à
l'appui de st.&gt;s dires, des
verts).
, 11ant·11
d u nune
· r·.11· de
cc
I ons
la mine cie la &amp;:ma, qui est en pleine exploitation.
Le procédé, industriellement, b.anal, est n?uveau en
matière littéraire et demande a ctrc plus frequcmmcnt
employé, à condition de puiser un peu au hasard, et
comme on dit, en style de sous-sol, au tas du toutvenant.
. d '.
Une sélection trop judicieuse des extraits denen rait
une véritable collaboration du traducteur et nous en prendrions une idée fausse de la valeur du filou.

Échantillons, par Ha-

ii

Ceux que nous présente M. Valéry Lar~a~d sont assez
dissemblables pour qu'il ne puisse pas merder cc _rcp_roche et que nous partagions volontiers son admiration
littéraire pour M. de la Serna.
II y a de tout dans cc recueil choisi dans trois ou quatre
li\'rc·s de cet auteur jeune et f(-cond.
Des notations rapides et pittoresques à la mode de
Jules Renard.
Des idées concentrées aux développements nombreux.
Des \'isions de poète, des amours d'enthousiasme,
des indices de sensibilité.
Tout cela jeté pêle-mêle à l'impression _fi~urc asse_z
bien la production d'une mine inépu~sab_Ie d',1dec~, cx~l_?1tée sans souci de machineries comphquces, a pemc tnees
avant leur expédition.
. .
Le seul caractère connu de ces disparates est une v1s1on
singulièrement plastique des choses.
Nous la trou\"Ons souvent à l'état brut, quand l'auteur
nous dit par exemple :
!,es grnrulrs /oromofivcs urinent .~implcment su.r la voie
et ,1w11ul elles ~•en vortl, on voit l'~rwrm~ fluque qiùlles ont
laissée, ti1~de. et &lt;JIIÎ fume comme il co11V1ent.

Ou:

1

1

/.,· cid ,Ï,·s n11i/s d'hit'cr· &lt;Hi il r,,:k, 11u,:i; ww l1111e lczill1:c
furme de ul11ço11, l'Sl 1/lt r'il'/ ['Ulll' 111iti11l'11rs.

I'/!

Plus sou,·cnt encore le morceau est usiné, un rapport
abstrait et clljptique joint deux images précises :
l'oltr tmv11ill,·r il fuul 1ît,·1·

s11

/,uuue qui ••:~l r·1:m11u:_ 1111

tic fr,rç11/ IJIIÎ 11(11/S rl'/i,•11/, (Jlli TWIIS r/1.:/1'111/, 1/IH 1:c
11,ou.s laisse· 1,a.~ to11lc 11ulre [il,erl,:. \ln prose libre
bcsom
tl'è/rc /i/11:,i,: 111,1 1111• ,fr cela •
(1/1/L&lt;'rt/L

1,

Ou encore :
1:dui &lt;J!li 1•,t 1dki11l 1l'11n t•omi.,s.•111'.''~ 11,• :.11111 l'S/ _1'. 11•~
1111111,,.1: 1.,./11/111'1' &lt;JIIÎ 1•Î1'11/ ,l','/r,: ":~.wts.,111'.·,• JIii/" /J1~u, ~1.,s11.,si,de uu coll/l'tlu, /ti,·/1e1111·1tl 11v1u11111'/cc p/1'.s l11c/1, 111c11/
,1111 , r/1111s J,, rio.~ : i1tlhfr11rc111e11l ri d1111s /1: 111111·.

Cette clairvoyance du trait typique et c:~t.~_ J?récicu::c
faculté de le noter en tache vive, cette ~e~s1b1htc s}:nthctique des choses semblent être le pnnc~pal attrait du
talent de M. de la s~rna et il n'est pas 111111cc.

( 1) Inventé et prêcé,lc1111uc11l cru ployù pur Cali riel de Lau lrc ;.

PORTRAITS D'ENFANT DE MADAME RENÉE GEO PINGET (GALERIE ARTÈS)

Gus BoFA.

�JEAN LÉON: NU
ZINGG: PAYSAGE

LE SALON DES INDÉPENDANrl S
1

I
C'est fou ce qu'elle est athénienne, notre démocra-

tie ! EUe a bâti naguère un palais grand de taille et
par définition. Elle a voulu le dédier aux arts, à condition qu'ils fussent « beaux

&gt;l ,

ce qui met dans une

situation fort humili'lnte les arts qu'elle n'estime pas
suffisamment bien habillés. Elle a manifesté son intention, en lettres d'enseigne, au fronton du pourpris officiel.
Aussi, depuis lors, voyons-nous des automobiles, des

Nous en parlerons en de,1,x fois.
Nous supplions le lechur de bien admettre ceci: Nous
n'avons absolument pas établi un ordre de mérite. Il
est des toiles obscures dont nous allons parler; d'autres
ou plus belles ou plus notoires ne seront signalées que
dans le deuxième num éro spécial.
Mais pour nous y reconnaître voyons d'abo-rd quel

est le principe qui préside aux Indépendants :

chevaux, des tracteurs agricoles, des « artistes français &gt;},

Ni jury ni récompense. C'est entendu, mais encore ...

des appareils de chauffage et autres objets ou denrées
plus ou moins comestibles se succéder dans la vaste

Allait-On grouper en quelques salles ce qu'on estime le
meilleur ou le plus intéressant et laisser la foule des

gare. On y donne même accès aux arts, quelquefois.

autres stagner, morne amas, dans la longue enfilade
des galeries. On l'a tenté naguère. Le« Crapouillot» lui-

Seulement il faut qu'ils se dépêchent. Au fond, el dès
qu'il ne s'agit plus de batteuses ou de bœufs gras, on a
si bien conçu l'endroit à toutes fins inutiles que le
plancher, ne peut, sans fléchir, supporter un bloc de sculpture de 800 kilogs (sic). Il faut étayer; et l'autre jour, l'infortuné Henri Béraud, martyr de son obésité, laililit
passer à travers le parquet du premier étage, entraînant avec lui, sous ses dé-

bris mortels, deux ou tro:s
tonnes de bâtiment.
Les Indépendants n'ont eu
que neut jours pour s'organiser. Le 1cr février se:ul~-

menl ils ont pu pénétrer dans
une moitié de leur local à
peine évacué par le Salon d,e
la Machine Agricole et par Il
« Foire aux Semences )&gt;.

us Ind épendants se sont
donc

installés

au

milieu

des semeuses perfec;ionnées

(très supérieures au système
Roty), des charrues et de
ces ponts métalliques dont
l'aspect dégage tant de ga'.té
qu'on les a n ommés des
« ponts roulants ».

Or, ce Salon des In dépendants comporte environ

6.000 en vois.

BRABO:

même estima que c'était fort bien lait. Mon haïssable
moi prétend au contraire que persister dans cette voie

menait les Indépendants à la ruine.

Ils se doivent d'être une salade.
li faut que les Indépendants soit la capitale dt'S loires
aux croûtes ; que les petits coudoient les grands ; et qu'il
y en ait pour tous les goûts ;
que l'intérêt soit également
réparti. Seu!ement comme il
est des Indépendants irréductibles qui se sont fait un
honneur de prendre leur
vieux s:ilon révolutionnai:e
pour autre chose qu'un t.~emplin ; co-mme ceux n. sont
restés f'dè!es à I eur premier
principe et n'ont pas cessé
de rZpudier a pri~ri la CJ-mpétence d'un jury quel q1'il
soit, c.:&gt;mme ceux-là sont tout
de même un p~u p'.uG chez
eux aux Indépendants que
les artistes qui se faufilent
- en t out bica tout honneur - d rn s q11-tr~ s:ilons
par an, il s se sont accordé
la facult é maxima ù'cn\'oyer
quatre toiles au lieu de
NATURE MORTE
trois. Ces dictateurs de

r
l'indépendance, vous Ie voyez, tous sont modestes.
Comment organiser la salade ? Dans ce genre d'opération le hasard est passé maître depuis qu'il est des pâtres

en Chaldée : On groupa les envois par ordre alphabétique. Mais la procédure n'était pas nouvelle. Et, l'an
dernier, les A, les B, les C se trouvaient au rez-dechaussée, mal partagés en des salles où ces mystérieuses lois qui régissent l'évolution des foules ne conduisaient pas les visiteurs. Aussi, cette année, les A, les B,

tes C montent au premier. Le bas est pour les D, E, F,
0, H, J, J, K, L. Au surplus, pour améliorer leur
chance on a établi latéralement au départ de l'escaI:er de droite de jolis tun-

Une de leurs plus étranges manifestations est dans
la tendance qu'ont les visiteurs à se diriger d'abord
vers la gauche quand ils ont pénétré dans un hall.
Cette lois, prenez l'escalier de droite. L'ordre alphabétique vous y convie et vous perdrez l'habitude de
n'apporter à l'aile sud de l'exposition que des yeux las
et des jambes vannées.
Innovation encore : sur le catalogue même, vous trouverez le prix de chaque œuvre exposée. Il n'est pas
défendu de marchander, je pense. Et puisque nous parlons du catalogue, je vous signale qu'en vain vous y
chercheriez tels ou tels artistes qui, jadis, exclus de
partout, durent aux seuls

nels voûtés de to-ile, éclai-

Indépendants de sortir de
leur misère et d'escalader
les degrés qui mènent à
la gloire, bientôt à l'Ins-

rés de diffuseurs. Ils '.'&gt;&lt;·
ment des galeries assez
intimes où h lumière est

titut. Ceux-là, qui sans
les Indépendants seraient

agréable.
En lace de l'entrée, au
fond de la rotonde, Pri-

morts de faim, d'oubli, à
moins qu'ils ne fussent
devenus bookmakers ou
directeurs de coopéràtive
âlîmentaire, ceux~ïà, dis.je,

mavera mettra ses petites inventions, et nous
pourrons encore cette année entendre un vieux
monsieur dire devant ce

ont laissé tomber - flac !
- leur vieux salon. Rien,

stand abondant, où s'entassaient tant d'œuvres signées de ce nom à saveur

pas un dessin, pas une
esquisse, pas une carte de

péladane : « C'est une jeune fille qui a fait tout
ça ? D:eu qu'il y a des
femmes travailleuses ! »
Je parlais tout à l'heure

tous ceux-là Pierre Bonnard donne chaque année
une leçon, belle autant

visite. Le procédé manque
au moins d'élégance. A

4u'inutile, en se faisant

des lois mystérieuses qui

guident la marche du public.

LUCIENNE BARBEY: PEINTURE

représenter par quelques
belles toiles. Il n'en ont

�14

LE CRAPOUILLOT

LF. CI\APOUILLOT

15

------------------------------------cure. Tard ou tôt ils seront
EWALD
punis, car elles tournent
avec une horrible vitesse les
aiguilles qui marquent l'heure au cadran de la vogue
(comme c'est bien dit!).
1\i\aintenant parlons des
peintures puisque aussi bien
il faut en venir ]à. Un tableau c'est un cadre. Le peintre met une toile dedans le
critique met des mots 'autour. Sans la critique le tableau ne serait pas comJ)Iet.
tandis que sans tableau la
critique vivrait tout de même ; car elle est le vice
aimé de la société contemporaine. Il est des jours où
l'on en reste épouvanté . Jamais
je dis 1amais et
j~ _crois savoir un peu d'histoire
jamais le byzantinisme esthétique n'atteignit le point où nous le voyons.
Je me demande comment un artiste ose faire quelque
chose, qu01 que ce soit, sachant qu'avant même l'accouc~1ement, son œuvre sera disséquée 1 discutée, comparee par une horde de gens effroyablement savants et
diserts ; qu'à travers elle on va scruter son tempérament, ses habitudes, ses s,ouvenirs, qu'on va lui découvrir
?"nt tares magnifiques et compliquées, vingt qualités
ignobles. li sera comme un paysan mal instruit dont on
a rndiograp,hié les tripes et qui voit, effaré, des Diafo1rus penchés sur le positif, distinguant des choses
mystérieuses pourvues de noms affreux. Je ne vois d'un
peu comparable à cette saoulerie de casuistique et d'esthétisme où se complaît notre temps, à cette dialectique

t PAYSAGE

0,1 chacun parle tout seul,
heureux de se faire comprendre ou d'en avoir l'air, que
la préciosité obsédante des
dévots du xvne siècle plus
équivoque pfriode, quand on
mettait l'amour de Dieu dans
toutes les sauces et qu'on
ratiocinait sur la grâce jusqu'à la trente-troisième fatigue. Jamais autant qu'aujourd'hui je n'ai, pour mon
humble part, aussi profondément compris l'inutilité de3
mots.
Vous allez arriver salle 27
si vous faites ce qu'on vous
dit et vous y verrez des
femmes troublantes qu'a
peintes M . Pierre-Marcel Béronneau. C'est, c::,mme vous
le savez, un élève de Gustave Moreau. On me, l'a dit;
je Je crois; croyez-le. Puis, dans la conversation vous
direz : M. Béronneau qui fait des femmes très' blanches, avec une pâte très · épaisse, dans laquelle naguère, il enchâssait des cabochons ; un élève de 'Gustave Moreau, n'est-ce pas ? En somme, ce n'est pas si
lo}~ de l'Orphée du Luxembourg ; moins la grandeur
deltcate du paysage et le rameau du citronnier. Sachez
aussi que M. Béronneau expose aux Artistes français.
On ne vous en demande pas davantage. Puis vous verrez
des divinités olymp-iennes de Morgan Russel, Américain :
le Jugement de Pâris, les Vents, géants qui batifolent
sur un tapis fait d'un simple petit continent. C'est une
idée assez originale et d'une grandeur dantesque. Je
vous recommande, dans cette même salle, Je portrait.

fort soigné, d'un brave adjudant du 325c de ligne ; et,
plus loin, un Saint Sébastien qu'un singe débarrasse de
ses flèches. Voilà qui nous ramène à la saine tradition des Indépendants où le mysticisme doit conserver
sa place et où l'on trouve ce qui ne se rencontre nulle
part ailleurs. Près de cet exemple de charité, M. Marcel
Lenoir s'est représenté derrière son épouse qui porte
avec respect un casque de pompier reluisant comme une
réclame de pâte à polir. Ce beau casque, c'est, dit le
catalogue, le laurier promis. Le symbole n'est coté par
l'artiste que 8.000 francs. C'est donné. Le plus drôle c'est
qu'en vérité Marcel Lenoir - follement imité par les
jeunes de l'Ecole des Beaux-Arts et un des soi-disant
révolutionnaires les plus inféodés à la plus traditionnelle des écritures - est tout près de se voir couronné
de ce laurier métallique. Je lui prédis ici l'Institut pour
dans quinze ans et je sais fort bien que -cet horoscope n'a
rien qui puisse, au fond, bien au fond, lui déplaire.
De la sal~e 29, où trônent M. R,omulus-Phidias,
Madel-Oswald -et M. Maertens vous passez (comme
c'est curieux) dans la salle 30. M. Luc-Albert Moreau et
M. Marcoussis se font face. La toile de Luc-Albert Moreau représente, dans un éboulement de tranchée, un
soldat qui fait la boule comme un gros cloporte ; près
de lui, coulé en biais, comme sur une fin de toboggan,
tête en bas, un cadavre aux mains grêl~s, aux doigts pliés
comme les pattes d'une araignée morte. Le tableau est
composé de plans agencés en l:lrges facettes. Les gris,
les beiges, les bruns y dominent) fait::; de pigments épais
et lissés. L'impression est puissante. C'est le cinquième
tableau que fait Luc-Albert Moreau sur ce thème, soit.
Du moins il est de c~ux qui ne s:iuraient vite oublier
la mort qui les frôla de si près et dont ils sentent
encore à leur front le sale baiser. Il n'a pJs c.ncore.i
éliminé toute l'horreur dont ses yeux ses.ont repus. Cela
ne vaut pas évidemment cette petite merveille qu'on
1

peut voir de l'autre côté du bâtirnent 1 au Salon d'Hiver..
et qui s'intitule « La Mort de l'Of-ficier ». Un officier.,
en tête de sa section, tombe frappé à mort, tandis qu'à
ses regards pleins d'extase apparaît dans une auréole
de gloire, en plein ciel, une énorme croix de la Légion
d'honneur. Marcoussis, plus modeste, veut channer par
des combinaisons peut-être profondes 1 à mon sens agréables seulement, mais très agréables, de belles couleurs
se succédant, se marquetant, donnant en un mot une
impression fort décorative. iMetzinger est aussi dans
cette salle, avec son embarquement d' Arlequin et son
bal travesti. C'est du Verlaine revu par Alexandre Mercereau. Mondzain avec un paysage plein de verts très gais,
de toits rouge vif. La salle 31. .. , mais dites, faut-il nécessairement que nous parcourions ensemble toutes les
salles ? Changeons de jeu. Je vous dirai seulement ce
qui m'a plu, ici, puis là. Vous, vous regarderez entre
ces reposoirs si je n'ai rien oublié qui vous charme.
Vous découvrirez un tas de choses . Vous en serez flattés.
Je note, salle 32, Quizet. Je suis surpris qu'à I' Automne
ce peintre n'ait pas eu plus de presse. Je le trouve remarquable. Ses hautes maisons se découpent sur des
cieux dtad.ins, ses carmins, le sol écru et verdi de s.es
terrains vagues sont faits de tons aussi délicats que du
Bonnard. Il ne pastiche en rien Utrillo, mais peut-être
sans Utrillo ne ferait-il pas si neuf et si bien. j'insiste
sur Quizet. Je ne l'ai jamais vu. Sa peinture me suffit.
C'est un poète et c'est un peintre. Avant j'avais noté
la grande composition d' Hélé na N uttùzg, laquelle, Merveille de Modestie, cote sa toile 50 francs. Ces grands
nus davidiens vus à travers le prisme d'André Lhote
valent plus, et comment! Puis Valentine Prax qui prend
à Dufresnc mille trucs, Osterlind qui nous ramène aux
temps où triomphait la vision de Cottet et de Dauchez, les sites bretons traités au couteau, non sans
adresse, évidemment. Sail~ 34, la Péruvienne d'Otis Old-

)
1

MARCEL 6ACH: SAINT-CIRQ-LAPOPIE (LOT)

A. LEVEl~LÉ: LES BUVEURS

�MILICH: VUE DE SAINT-PAUL

AU SALON DES IN DÉPENDANTS

l
\
1

r

field pense à des choses dramatiques ; et Picard Ledoux,
avec sa grande lutteuse mauve, s'éloigne de plus en
plus des duretés qui jadis lui furent si chères,. Il a raison
(que je dis). L'immense salle 36 ·contient Je clou, m'a-t-on
dit, du Salon, Pasciu : une immense composition représentant !'Enfant Prodigue
au milieu de ses fastes et de
ses passions. Je voudrais
avoir Je temps de m'habituer.
Je n'y comprends rien, et j'y
vois peu de chose. Des peintres que j'estime m'ont dit
que c'était colossal, que Pascin est un grand dessinateur
et je me suis rappelé, pour
leur donner raison, le mot
fameux de Gauguin : « Savoir dessiner, ce n'est pas
dessiner bien... un peintre
qui n'a jamais su dessiner
mais qui dessine bien, c'est
Renoir. »
lJ ne faudrait pas quitter
cette aile sans avoir vu diverses choses assez savoureuses. Entre autres les Petits Musiciens de Makowslli,
un groupe de gosses munis
de tambours et de trompettes et qui posent devant l' objectif avec un petit air
moule tout à fait expressif.
D'ailleurs ce sont des œuvres de ce genre qu'il
faut voir d'abord au Salon des Indépendants. J'attaquais tout à l'heure les
ABEL

peintres qui laissent tomber les Indépendants aprè&amp; y
avoir vendu leurs premiers tableaux. Je ne m'en dédis pas. Mais ce sont particulièrement les notoires,, les
jeunes de quarante-cinq ou de cinquante ans que je
visais. Pour les autres souffrez que je me contredise.
Au fond, le Salon des ln1 dépendants se compose de
deux éléments : quelques
hommes comme Signac,
Luc-Albert Moreau, Destignères, Diligent, 1gounet de
Villers, etc., qui n'exposent
qu'aux Indépendintset qu'on
ne voit que là ou chez leur
marchand. Puis les peintres
du dimanche, les concierges,
les huissiers, toute la mass-z:
des « rig-olots » ou des poètes qui s'ignorent. L'amas
de leurs toiles forme un bricà-brac comique mais touchant. Leur œuvre - prolem sine matre creatam fille qui n'est issue d'aucune
mère, est de haut ragoût.
Nous y reviendrons en détail. Ceux-là non plus, on ne
les trouve pas ai!lellrs, pas
même chez l~ur marchand,
puisqu'ils n'ont pas de marchand et
moins encore
d'acheteurs. Les Artistes
français les ignorent, FAutomne, c'est trop fort pour
eux. Le Salon d'Hiver estime
qu'ils ne savent pas assez
bien faire encore. Il ne leur
GERBAUD: S"RE

LUC-ALBERT MOREAU: SOLDATS DANS LA TRANCHEE

1

HÉLÈNE PERDRIAT: MES AMIES

A. FAVORY: NATURE MORTE

�LA PE _
I NJURE Al)
.

! /'

SALON DES INDÉPENDANTS

--.,

BARAT·LEVRAUX: NU

1

KVAPJL :

&lt;c

DANS L'ILE n

FRANÇOIS-ALBERT QUELVÉE: LA CHAUDE JOURNEE

EKEEGARDT:

ÉTUDE

�AU SALON DES INDÉPENDANTS

WALTER LE WINO

A LIÈROV : NATURE MORTE

AU SALON DES INDÉPENDANTS

INTÉRIEUR

VALDO BARBEY: NATURE MORTE

R.

ANTRAL: MATERNITE

_,

. ANDAÊ VllLEBEUF: PAYSAGE

JEANNE 6ARADUC: NATURE MORTE

LIAUSU: NU

�FERNAND·TROCHAIN: PAYSAGE DE NEIGE

CLAUDE FLIGHT: PAYSAGE

LE CRAPOUILLOT
Toujours ·en tournant dans ce premier étage vous
rencontrerez d'excellents envois. Celui de Savreux, dont
tout de même on commence à connaître un peu trop le
compotier à grosses côtes ; une suite de dessins et une
tête peinte avec une pâte à la fois somptueuse et_ discrète, un métier déjà sûr, un sentiment plein d'une aimable gravité par Mlle Jeannine de Saint-Cyr. Signac,
enfin, roc irisé qui domine l'océan des Indépendants
avec sa grande Venise, faite de douces étincelles.
(A s11iorr ).

Robert Rsv.
PEINTURE DE MAINSSIEUX

i

r
I
r

j

reste que les Indépendants et ils y viennent de bon
cœur. Quant aux autres, qu'on vient de voir à l' Automne, croyez-vous qu'en deux mois ils aient pu bien sensiblement évoluer? Je me méfierais de transformations
si promptes et si opportunes. Dans les, travées où nous
étions avant ces digressions, parmi lesquelles je me réfugie, voyez un très beau paysage de J ean Marchand. L'art
malsain et charmant d'Hélène Perdriat se donne libre
cours dans &lt;&lt; Nos Amies » et « la Biche au Bois &gt;&gt;, toute
une sensualité fort moderne s'y déguise sous une imagerie désuète. Jean Puy, Quelvée, Ramey, Carlos Reymond animent cette région
du Palais. Dans la salle où
nous avons déjà signal~ Pascin, il faut longuement considérer l'énonne composition
de Casimir R.e ymond, le
Marché, d'une dureté voulue
et qui doit être vue de loin.
Elle a très grande allure ;
dans ses couleurs, dans ses
volumes, elle est agencée en
vue d'un effet décoratif auquel elle parvient puissamment. Sans doute on devine qu'il s'agit là d'un art
né sous les mêmes cieux
que Vallotton. 11 en a I' austérité, mais aussi la certitude. Voici une grande composition, à deux nus, de Suzanne Valadon, qui, d'année
en année, sans qu'elle ait à
bouger, apparaît de plus en
plus classique au sens le plus
beau, le plus durable du
mot. Puis une considérable,
une étonnante toile d'Utrillo : « les Moulins de Montmartre ». L'apport d'Utri!lo
dans le paysage moderne, est
énorme. Qu'on aime ou
qu'on déteste ce peintre il
n'en est pas moins une date
importante dans l'histoire du
paysage. Voici la Baigneuse
de Sabbagh, vaste motif où
BÊCAN: PORT RAI r
alternent des adresses allant

jusqu'à 1a roublardise et de déconcertantes faiblesses que le peintre aurait pu tout au moins dis,simuler.
Dès l'instant qu' il aborde une sorte de réalisme classique, il fallait que son académie fût impeccable ; impeccable à la façon d'une esquisse de Cabanel au besoin, ou
d'un bon él ève de Lefèvre ; c'eût été intelligent comme
, charpente ; mais auprès d'une aussi large aisance de
!facture, d'une mise en page heureuse, apparaît, comme
un bouton, un raccourci maladro,i t et pénible, un effet
de dessin, un « trait )&gt;, comme disent je crois les musiciens,
raté. Or, rien n'oblige M.
Sabbagh à faire des traits.
Il peut exécuter de remarquables toiles sans y piquer
çà et là des acrobaties manquées. D'immenses peintres,
un Delacroix par exemple voyez ses dessins - ont eu
l'humilité de renoncer parfois à tel effet de perspective qu'ils se sentaient mal
en train de donner. Certes.
je ne prétends point conseiller à M. Sabbagh de renoncer à faire de grandes compositions ou des nus ; d'éviter de jouer la difficulté tant
qu'il ne ne sentira pas sa
main très sûre, puisque aussi
bien il choisit un genre et
une manière qui ne supporte
pas la moindre dissonance.
Il n'en est pas de même de
Mme Olga Sacharoft qui
fait des compositions aimablement fantaisistes. C'est
du Marie Laurencin mais
peint en russe. Ce qui chez
Marie Laurencin est charme
et pureté se fait sous le pinceau de Mme Sacharofl inquiétude et violence contenues. li est amusant de voir
la manière de Foujita faire
école et M. Diego de Monteiro s'inspirer du jeune maître japonais pour faire doubleportrait des sympathiques
D'HENRI BÉAAUO
frères Martel, les sculpteurs.

23

inconscience, qui les rend plus grands encore. Tant il
est vrai que l'art le plus vaste se trouve, à condition
qu'on sache l'en extraire, dans le banal et le quotidien
et qu'il ne saurait se mesurer aux ambitions plus ou
moins intempestivement affichées.

A la galerie Barbazanges: Féder.
M. Féder, dont j'ai dit l'an passé le formalisme doctrinaire, s'affranchit mais non sans peine. Certes, sa
palette s'est éclaircie. Mais s'il se libère de ce poncif de
noblesse qui présidait jadis à ses compositions, par contre
son -exécution méthodique et sans variété, plate, Yernie
et sans rappo1is profonds, obéit encore scrupuleusement au dernier canon de la mode, je veux dire le
style 1923-1830.
Louis U:oN-MARTIN.
Médaillons d'enfants, pastels par Mme RenéeGeo Pinget : chez Artès.
Cette artiste a consacré son talent incontç5table de
pastelliste à portraicturer des enfants.
Métier ingrat où le peintre doit lutter sans cesse : contre le modèle pour saisir un peu d'âme sous des traits
mous et instables ; contre les parents, partialement indulgents pour le physique de leur rejeton, possédât-il la
face d'une autruche ou celle d'un idiot professionnel :
contre sa conscience enfin pour lui arracher des conccssion'S à ces sentiments respectables.
Mme Renée-Géo Pinget a surmonté la première de
ces difficultés : Ses gosses sont vivants, expressifs et
modelés avec vigueur.
Une excessive bonté d'âme a laissé l'artiste moins
armée contre sa propre pitié pour des mères sensibles
et fières de leur maternité .
G. IL

(GALERIE BLOT)

PETITES EXPOSITIONS
A la galerie Sambon: Louis et Mathieu Le Nain.
L'exposition des frères Le Nain illustrerait une fois
de plus, s'il en était b-esoin encoreJ la théorie de la sincérité, de la simplicité, partant du dédain des formules
à la mode. S'ils ont du génie, ce n'est qua de conscience ret
de probité car ici l'honnêteté est telle qu'elle s'approche du don le plus haut. Certes, pour ma part, je préfère
les tableaux de Louis plus l'bres, plus slrs, d'une pâte
plus savoureuse, d'une manière que Chardin rappellera
par ]a suite ; mais les deux frères sont excellemment des
peintres et de bon labeur ; tels rouges pleins, tels noirs
profonds, tels blancs nuancés et surtout l'orchestration
général-e l'attestent chez l'un comme chez l'autre.
Que m'importe après cela que Mathieu ne soit pas
sans gaucherie, que ses figures sans grande expression
soient parfois identiques ? L'essentiel est ici l'infini respect de ces artistes pour leur art, leur volonté haute de
se limiter à ce qu'ils savent, de peindre ce qu'ils comprennent et ce qu'ils voient avec une application, avec
une foi, avec presque une humilité, je ne dis pas une

PEINTURE DE FEOEA

�cqo:iu,s

DE DRÉSA POUR UN DECOR DE LA• FLUTE ENCHANTÉE•

ET MUSIQUE
_,_\ l'Opéra
L'Opéra

vient enfin

sentation digne de

œ

de

La Flûte enchantée.

nous donner une repré-

grand cadre comme

de son

rôle de premier théâtre lyrique de France. Nous réclamions des représentations modèles des Classiques, dont
Lully, Rameau, Gluck et Mozart. Nous avons gagné
Rameau, aujourd-'hui c'est Mozart. Nous voyons avec
joie notre programme prendre corps. li import e aujourd'hui d'obtenir que de telles manifeshtions ne viennent
point passer dans notre ciel comme un météore sans lendemain. Cela doit, au contraire, demeurer le fond de
notre Opéra.
Il faut à présent que ces œuvres ne soient plus des
genres de festivals presque inaccessibles, mais qu'elles
restent au répertoire.
On me dit : « Cela est si difficile à chanter qu'il faut
des artistes spéciaux 1 alors ... » « Mai; ces artistes n'appartiennent-ils pas au théâtre ? En ce c,s autant engager
les exœllents que les médiocres ! » - « Si bien ils nous
appartiennent1 mais ils doirent chanter autre chose. » « Ils doivent chanter la musique la meilleure le plus
so11vent, je ne connais pas de meilleure Loi. D'ailleurs,
vo,c, moribonde la légende du classique ne faisant pas
recette.
Le tout c'était d'y apporter le même soin que lorsqu'on
monte une pièce nouvel1e 1 au lieu d·.:: professer comme
c'était notre mode que tout était asse~ bien pour du
classique. C'est justement cc que j'avais toujours dit :

l'événement est venu me donner raison. « La Flûte Enchantée », convenablement donnée, fait salle comble. L'inconvénient de cette réussite, c'est que nous, critiques .
lorsqu'une pièce est bien, a du succès, on nous refuse
d'y aller voir! Ah ! si c'était moche ça changerait!
alors on est heureux que la critique y vienne ! Au fond 1
tiens, c'est une idée ! on devrait toujours dire que c'est
moche!
Mais ma conscience est plus forte malgré tout, et voici
le récit fidèle de ce que j'ai pu voir, quoique installé en
lapin au fond d'une 2° loge.
Tout comme 1' « Anneau de Nibelung » roula sur la
quête et la dispute de l'anneau magique, forgé de l'or
du Rhin, ainsi « La flûte Enchantée » a trait à celles
du tout-puissant cercle solaire (le Zodiaque) dont la possession confère également l'omnipotence.
Le sujet profond de cette pièce, que l'on donnait pour
superficielle, est le thème éternel de la lutte sexu~lle
du principe mâle solaire (l'esprit, la pensée, la raison)
et du principe nocturne lunaire féminin (matière, passion, instinct), contraste qui est à l'origine des antiques
cultes de l'Inde. Nous verrons comment la lumière sera
triomphante_
,
Ce cercle magique, le Roi de la Nuit le détenait jadis.
A sa mort, jugeant qu'une cervelle de femme ne pouvait
en jouir dignement et craignant avec sagesse que sa
femme ne s'en servît pour ses passions et ses intrigues,

LI! CRAPOt:ILI.OT

il le légua à l'austère Zarastro et à son aréopage, société
assez semblable à celle des chevaliers du Saint-Graal de
Parsifal.
La reine dépouillée ne pardonna point cet héritage aux
hommes vénérables et les poursuivit de sa haine et de
s4!S embûches. Pensant y mettre fin, Zarastro s'empara
de sa fille Pamina qu'il détient comme otage.
La vindicative reine envoie le jeune prince Tamino,
amoureux de Pamina, à s1 recherche, avec mission de
l'enlever à ses gardiens et lui remet une flûte magique.
Mais le jeune homme impressionné par la majesté du
Temple et par la noble sérénité des rites et des pensées
auxquelles on y sacrifie, après avoir traversé Je3 terribl~
défenses qui en interdisent l'accès, demande de l_u1même à subir les épreu,,es de l'lnitiationi espérant bien
par là obtenir définitivement s1 b'.en-aimée.
_.
Dans sa clémence éclairée Zarastro y co;1sent et vo1c1
Tamino et son compagnon fidèle Papagcno, homm,.,,oiseau oiseleur, personnage assez semblable à Falstaff
ou Sancho-Pança, parcourant les e;-itrailles de la terre,
trébuchant dans des obscurités opaque5 ; terrifi1s tantôt par des apparitions monstrueuses, tantôt 'par les
éclatements de la foudre et surtout s::&gt;umis à la d!.trc et
implacable loi du silence. Parfois un prêtre vient les
ranimer au moment où ils désespérèrent de revoir jamai,;
la lumière du jour et leur indiquer la nouvelle épreuve
qu'ils doivent encore subir. .
. .
.
.
.
Ils voient enfin leurs angoisses f1mr. Tammo, v1ctoneux
de toutes les épreuves, est récompensé selon ses espérances. Il est admis à l'initiation et reçoit son amante
de la n1ain généreuse de Zarastro, œci en grande solennité
dans le Temple auguste' et sacré de la Sagesse.
Papageno reconnu indigne d'un tel honneur ?cvra S:!
contenter d'une charmante Papagena, elle aussi emplumé·e, cc qui semble d'ailleurs suffire à son bonheur. Quant

25

à la jalouse Reine de la Nuit, qui a tenté en désespoir de
cause d'armer contre Pamina Zarastro d'un bras homicide,
personne n'en parle plus : c: s~ra là _s~n ~hâtim~nt.
,,
Cette pièce &lt;late bien d~ l'cpo;:iu:! ou cta1~~t, en gra_nù ...
faveur Je culte de la Raison et les sOC!elcs secreles
connues sous le n:.&gt;m de Franc-Maçonnerie. On n'en avait
point encore discerné le côté d'ambition matérielle,('.&lt; ;u
posséderas la terre })), mais seule;nent l~ noble cote 1deê.l
qui suscitait le plus brûlant cnthousiasn:ie. Tout, jusq~'au
magique et cabali::;;tiquc cérémonial qui ac_~om?agna1t la
nou\'elle Foi, tout parlait puissamment et. v1doncusement
aux imaginations, ressuscitant ce men·_e1l!e.ux t~mps de
l' Antique Egypte si inconnue alors mais dont on soupçonnait déjà )a formidable énigme. C'était l'époque de
la Révolution française. Oœthe consacra la plus grande
partie de son Wilhelm Meister à ces idées.
J'avais entendu déjà
La Flûte à l'Opéra-Comi~uc
avant la guerre dernière. Privé, si j'ai bonne mémoire,
de tout!.! la partie déclamée, le livret en étai~ parfaiter_nent
incompréhensible; gloire à )'Opéra, malgre U'l « regll!ment &gt;&gt; désuet avec raison bousculé, de l'avoir rétabli dans
son intégrité. En plus d'une compréhension indis1nnsable,
la pièce y gagne une rare noblesse.
.
A l'Opéra-Cornique, jouée d'une manière désinvolte,
elle devenait telle une revue-féerie à la Gaieté-Montparnasse. Toutes les parties sacrées étaient chantées comme
à la blague. Aussi grande a été notre joie de trouver
enfin le sérieux el le respect auxquels un tel chef-d'œuvre
a droit.
Du lever du rideau à sa dernière chute, ce spectacle est
un enchantement.
Faisons-le revivre à notre souvenir, honteux de notre
sèche analyse.
.
.
Tout d'abord un paysage rocailleux : le pnnce :amino
va être dévoré par un serpent-dragon, grand-pere de
l'illustre Fafner de Siegfried, mais est délivré par les
trois fées de la nuit, en costumes noir et argent et
aux lances éblouissantes.
Puis nous sommes à l'Olympe de la Puissanœ des
Ténèbres. Nuit indigo. La Reine de la Nuit sur son trône,
auréolée d'un rai de clair de lune, couronnée d'un firmament où s'épanouit une cascade d'étoiles magiques, chant~
son long discours i sa voix semble une pluie de perles !
et quel style !
La vision s'anéantit soudain résorbée dans le fracas
de la foudre.
Nous pénétrons maintenant chez le terrible Zarastro,
et voyons Pamina prisonnière, ~scla,~es et le~r ch,ef, 1-z:
noir et lascif Monostatos. Pamrna reve de hbcrte. _
Puis le rideau se relève sur les formidables muratll~
du Temple-Fort (si l'on pe~I dire) vu de l'extériwr. Trois
portes de bronze, quelques bleus palmiers ornent le.;
abords du monument.
Le prinœ Tamino approche. Son indécision devant
les trois portes · enfin il se décide et va frapper aux
., 1. &gt;&gt;
portes : celk: de' dro1tc, ccile d~ gauc 1te : « A~nere
à cliaque fois lui répond une
tonnante q1!1 sembl_c
sortir de la porte interdite. Enfin, 11 frappe a la troisième. Oh ! mystère auguste, la porte s'ou\'re lentement,
sans bruit, pendant qu'à l'orchestre

vmx

s'élève le thème
de )'Origine du Monde (le même de celui du Rhin chez

�f

!
1

26

LE CI\Al&gt;OUILLOt

Wagner), 'Ct qu'un prêtre, vêtu de blanc, s'avance et
demande au héros les raisons de sa venue et de sa haine
pour Zarastro. Oh ! ce thème de la haine, wagnérien en
plein, sombre énergie, puissance du Mal ! Tout cc discours
est une des parties culminantes de l'opéra, et par sa
force, sa mansuétude, son élévation touche à la musique
de tous les temps. Moins romantique que du Beethoven,
une telle musique est de même ,·eine que les plus magnifiques efflorescences tonales des discours des Hans Sachs
dans les Maîtres Chanteurs ». Que dire devant le leitmotif préauseur de la Foi, menant au succès et au bonheur, thème qui traverse et soutient toute l'œuvrc.
Scène sublime, hautaine, impérissable, inaccessible presque. Nul ne vit auparavant rien de tel, et, certes, Wagner

s'en souvint !

l
1

1

}

Elle se termine par le ballet des esclaves, rendus de la
férocité sanguinaire à la douce folie, grâce au son du tambourin magique de Papageno (voir Obéron, qui annonce
lui-même Schéhérazade !).
Enfin l'acte se conclut sur le majestueux cortège de
Zarastro et la mansuétude qu'il montre envers Tamino
auquel il enseigne que la Sagesse doit triompher de la
Haine.
Le 2~· acte s'ouvre sur le conseil des sages1 assemblés
en triangle, derrière eux un triangle de pierres obéliscales
et un épais rideau de palmiers s'épanouissant dans un
ciel bleu magnifique. Nous reverrons souvent ce décor.
Nouveau discours de Zarastro : il obtient des prêtres
que, sui\·ant son propre désir, Tamino soit autorisé
à. se soumettre aux épreuves de l'initiation. Solennellement l'assemblée sonne les appels rituels dans les trompes sacrées.
Nous retrou\'ons donc Tamino et son fidèle Papagcno
errant dans des voûtes souterraines. Nuit opaque. Tonnerre. Egarés, ils se heurtent aux ol&gt;sfacles de l'obscurité. Mais deux prêtres apparaissent - leurs flambeaux
éclairent la salle, on aperçoit deux superbes colonnes et annoncent à Papageno qu·une Papagena lui est destinée. Celui-ci est fort satisfait mais préférait encore rester
garçon si de nouvelles tribulations en doi,·ent être encore la rançon.
Cette lois nous voici sur les bords idylliques d'un large
fleuve, sur ses rives boisées on aperçoit un sphinx couché. Lumière matinale. Pamina repose convoitée par Monostatos. A l'instant où il se dispose à poser ses lèvres
sur le doux visage endormi (car tel un gml\"ernement
d'Etat moderne, il a JX'rdu l'occasion en discours), voilà
que l'apparition de la Reine de la Nuit ,•ient le mettre
en fuite. Il surprend néanmoins la com"ersation que
celle-&lt;:i tient à sa fille et découvre que cette femme haineuse veut faire assJssiner son maître. Elle prétend
imposer à Pamina le meurtre de Zarastro, coupable de
posséder légitimement le Cercle Solaire ainsi que la
puissance souveraine qui y est attachée. Zarastro accourt,
confond la femme tra:trcss;:: et pardonne à Pami:ta. Encore un superbe discours chanté orne sa clémenc;::.
De nouveau la salle souterraine à la colonnade. Silence commandé aux 11éophytes. On leur rend flûte et tam.
bourin. Paraît Pamina qui s'étonne et se désole du mutisme de son amant (scène analogue à Orphée).
Quant à Papageno, cette fois, il observe aussi le mutisme, car il a la bouche plein;:! ; il mange, il dévore, car
un repas somptueux sorti du sol lui est miraculeusement
servi.
Mais les trompes sacrées résonnent qui rappellent les
postulants à la lumière du jour.
Jls comparaissent devant l'aréopage de n0u\·cau réuni.
On décide des dernières épreuves à infliger à Tamino

27

LE CRAPOUILLOT

en le reconnaissant victorieux des premières. Quant au
réaliste Papageno, il est disqualifié, attardé en compagnie du vin miraculeux et en proie à l'horreur des
tonnerres, fumées qui n'ont pas tardé à dissiper les illusoires délices.
Puis c'est une forêt primitive, digne de Paul et Virginie ... Voûte de lichens .. . Palmes, cactus. Trois filles
blanc et argent.
3, acte. Paysage volcanique, désolé, lunaire, de la\'e et
de pierre, sous un ciel nocturne. Portes dans le granit. Cavernes d'où deux gardes aux cuirasses sanglantes chantent le solennel avertissement, mélopée sacrée1 rJ1hmée
par les violoncelles comme une marche sacrée.
Tamino impavide résiste à la terreur qui envahit sis
sens. Pamina accourt le rejoindre. Le site sauvage s'illunùne d'une aube rouge. Tamino jouant de la [Jûte magique traverse le site cataclysmique, suivi de la fidèle
Pamina. C'est l'épreu\'e du feu . Puis Pépreuve de l'eau.
Une cascade immense ruisselle sur 1a plaine. Ils traversent
le flot. Triomphe. Zarastro unit les amants. Nuit.
Rivage maritime.
Papageno veut se pendre. Trois filles l'en empêchent.
Paraît Papagena. Duo humoristique.
Les entrailles de la terre. Cavernes. la reine et les
trois dames. Le traître Monostatos. foudre.
Enfin la gloire dans le Saint du Saint. le Temple, séjour
de ]a pure lumière. Un rayon du soleil illumine Zarastro sur son trône, entouré des gardes, prêtres, lévites,
esclaves. Tandis qu'une joie s:1inte annonçant Tannh~user
pétille à l'orchestre.
Rien que cc récit doit faire imt1gincr quelle est la
part de la mise en scène de M. Drésa dans cc succès.
En notre temps où l'on oscille du décor Châtelet,
Mogador, Opéra-Comique au décor cubique ou même
complète111cnt inexistant, M. Drcsa a su trouver un
juste milieu entre l'imitalio11 mesquine d'une nature

d •a_.elle
inimitable et la tenture embêtante qm· prc'ten.x
seule tout figurer. Ses décors sont un _plaisir des_ )_eu.'
lis témoignent d'une variété_, d'une mvcntion. m~puasables I et l'hannonie qu'ils dcgagent tant en cux-mcr:iies
qu'en rapport avec les personnages et les c~s.tumcs ~-~ennent multiplier le charme évocateur. de l_a s~ m~~&lt;~mc.
Oh I joie ineffable ! pou\·oir cnfm dire • ~ 01 1,i ~me
magnÙique une complèfrnunt belle . rcpr&lt;.'sentation.
Louons en' bloc Mme Ritter-Ciampi (Pam,na), Mlle(l;"arguerite Monsy (La Reine de la Nuit), Mlle Da\"(ct -?a)ena) MM. Rambaud (Tamino), Huberty
aras
1qui;tapace (Papageno). Quant à M. fa~crt (Mo~_osta:
tos) il est insuffisant, voix et styl~, quo1q~ ,1 1oue d autre
part d'une façon amusante son role de negre. 1 . cette
j'ai l'été dernier, attrapé M. Reynalùo Ha '".'
_
f . -~ dois dire que je re\'iens sur cette mauvaise m1p:~sf~~ J - placé asscl loin pour pouvoir Jlcntendre. bien.
L'orchestre fut palpitant et vivant sous la m_am d~
son chef. Rythme, sensibilité, inte!h~ence. Peut~etre :es
tenll es de cuivres gagneraient-clics a ctrc prolo~gcesi Pt u
d'ailleurs ou-t
farouchement, plus solen ne11emen.t ., comme
,
tes les parties puissantes gagneraient a plus de lar_geur c
. ,
Luocn MA1~~ILL 1X.
de maieste.

rn,

~:l~-

dir le Thé{ltre du f'rup/e, dans l'inl11dnee~!e ri!
'
· c dresse au sem
'
tueuse maison qui s
- · ' . . U\'rier de la capitale.
à l'entrée même du vaste quartier Dol· . 1 ~ poète déliw
,
. e de 1\\ Julc:,;
c acre, c
L'autre est 1œu\ r
. ~ ·» et &lt;lu « Chant provincial »,
cat des • Roses blanchTc/s. ·t
du \la rais donner aux
.
. lu a\'eC le
zea re
,
'
b"
qm a \OU , • 11
d
'est le Vieux-Colom 1er
Bntxellois un pc &lt;lant e c,e q~
c du Marais pour les Parisiens. [)~1~1-; . l _an~;eam:~u;iun grand immcud'où le nom de s:i~ t_l~fttrde / ectaclc qu'il a complètebll', contenant une s,l e
. p lateau et ses ooulisses
ment trans~orméc, d~tant_ s~:s p r~ffinés, établissant les
des pcrfcct1onnements les p
, . -ant la scène
..
. plus savants rcumss.
·
jeux de lu1111cre 1es .
.
rolonger l'action
1
à la sa~lc par des :s~~~~17reouai~:~ n~~lcrnisé, a\'ec une
dramatique., 5ur c .
~ ,. ·tar de Jacques Copeau .
f rm ce par lm - a 1 ms
t
roupe o
. .
.. d.
·\ces littéraires classiques ou
il n'a voulu 1oue~ q~'.?, es
.rv\ussct du Mérimée, de
modernes : _du l :\~ ic~;istan Bernard', du Edmond Sée ..
l'lbsen, du (Jogo , u
, ente encore pour
Si cette belle entreprise est tro~ ,~e&lt;; un succc·s maté·
·
q u'on puisse a ff .inner qu 'elle a rea 1se
, atttour d'elle tous
rtT
'clic a groupe
riel, o~ peu~ cert.' :terd qsulcttre~ dans une même et chaude
tes anus des a s e c
sympathie.
- t
ar son but et
C t !fort intelligent s'apparenta,1 rop, P•,
.e e
.
.
1 . de M Jacqucs Copeau, pour
ses moyens d'action, ~ cc_ t~ 1 b:c - un directeur qui
que l'animateur du V,eux-1 o ~mu~ ~es questions de bou•
met le souci de l'art_ plus tau q ui . il a voulu hospitatique
ne lui donnat pas son ap~ 1~ trou ' du théâtre
tiser chez lui, pour lqueflgu:s:osnon,ra~,•tre Rc~cions-lc. La
. t
lS C atre C
•
du M arats c nm
I d. 1
Sganarcllc &gt;&gt; de Mosoirée oil nous a~·o1;s app.at~ .1 ~ « Gogol est une des
lière, et &lt;c l'H),i1cncc .
à la fois pour l'u:il
plus rnrieuscs_, ct,cs plu~ p a1 •, a~·~ns depuis longtemps
et pour
l'esprit, a laque let "?au,~ -er· cette compagnie est
, L''d, 1 , uc \'CU rc 1s
assi~tc:
1 ca
l
,.
.
·t un Dullin : même comprécdm ou tendent un Cope.iu c
,
. de le dégager
hension de l'esprit de l'œuvre, me,111efsouo de l'cxpn'mcr'
même recherche in\'cnï ive dans· , •'l. ,:·1çon
un accord. parfait'
_
t 1
,- effort pour rea 1,s"r
'
.
1
mcmc c 1curet .,
,
.
,· bien par la mise
entre le texte et sa prcscntation, aussi
1 . u des
l'i
·e des couleurs e Je
en scène que par
l~turmom M;is si da~s tout ccl~,
•
,
.
1 ., e l'art des cos mes.
mmer s,
.
,.
. , de ses heureux. devanciers,
cette compagmc s inspire
. . rt • Cc qui la caracelle n,cn garde pas moms son ong1~a 1
nne humeur.
térise est une c:.mstantc et commumcahl~ e. ~c se divertir
Elle ~st jo\'ialc. Chacun des a~eu~/ tri~r donne avec
à jouer pour son, pr_opre com1~;~·cu~e tru~lcncc. Cette
un ensemble qu amme une J · ., · t
le montre
. .
. unit Mohere c nous
savourcu~c fa~t:usac raJC
-t d'abord un peu surpris
sous un 1our rnattcndu,. 0~ :~core par l'originalité copar cc burlesque, sou ig~c, c
M Y\·es Alix Mais, à
mique des costumes d~ssincs par ... 1· e ·a la· f··,rcc est
1
qui me m • ' '
coup sllr, cette ·m t crpre't·,lfon
1 . 't, lu « Corn imaginaire »
t
plus près de la robuS e gaie e.'
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, , dans la
que celle de la rue ~ichclieu ou tout es no) c
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LES PREMIÈRES
.
A u Vieux -Col om b 1er.
- Hcpr1'..-,t11 talions du lhhid ~larais de füux,•lles.
tre u..
. . belges - et ils sont nombreu ·~
ceux de nos anus
.
·1 .
T
ou_s
. de l'art français dans ses m~rnt c~- qm ont le sou□
Il
sui\·cnt en ce moment, a

tations les plus no~vt~ :ts, paes·,onné le &lt;l~vcloppement
e&lt;: u n in cre
1
Il
Bruxe es, av . - th''t les très différ.·nte" p:ir eurs
trepnS"'~
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L' •
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de eux en
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bl t,les inr Jeu r but. . u 111.:
d ' ct· 11 mais sem a - •
moyens .. a ~o
R~ger Hcaulîcu, un :111tcur pk-in &lt;1~~
a été crcec par
de mettre
. l té· qui. aYan t conçii Je cksscin
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talent et dc \.O on '1 . 1··q11cs fran,~is à la p◊rtt·e du
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-d 'œuyrc &lt; r,11na 1
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blic là oil il était sur e e
peuplei alla cherch~r, so::~uccès qui ne fait que grantrouver, et fonda, a\ ec
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M

CROQUIS DE DRÉSA

'

grisaille et la convention. M r· e les acteurs du théâtre
Imprévus et cuncux dans o ,er .'
dre dans l' « HY·
du Marais
_sont ré~·élés
pr~~1::~rs russc-s n'a piis
méné.c » de üogol. L~ _tab eau vizor du même Uogol,
la portée '?cial_e du calet~d:s ~ne -inoubliable silhouette.
dont Lugne-Poc a c:1~ 1pc ~ · ~
,
t d'un maniaque
ù· d, I·
Il ·'· ·t ·a d'un cd1bata1re n:calc,tran '
s ag, '
.
d T 'plep·,tte des bor s e ,,
de- 11inaction, d'un~ t·spL'CC f c, .· n . ~ veut "à toute forœ
,
, . nnncuse pro css1onnc 11
,
Neva,
. · •• La pa:ce
... 11
et en action trois "prc. , qu une
•, me· &lt;lind
1
mur a une · Jet
.
l'cul .- l't ....donne 11cu
•-a une suite de sccne~
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• •
a là un tableau haut
d'une ùésop1lantc coca'.Sscnc. 11 y

se

1e

�28

LE CRAPOUILLOT

tt CRAPOU!ttot
en couleurs de l'ancien Saint-Pétersbourg, capitale factice créée par l'arbitraire, m·ec ses fonctionnaires rogues,
ses parvenus, ses militaires avantageux, son esprit m1~squin1 étriqué, « louis-philippard }&gt; éclos entre le corps
de garde et le bureau. Faut-il, comme le veut M. André
Le.\'inson, dont l'intéressante notice présente la pièc•:! au
public, Yoir dans Podkoliessinc 1 le héros de l'histoin2 1
une synthèse de certains caractères de l'âme russe?
Cet homme condamné pa.r son indolence à rester en
marge de la vie, est-il frère di.! ce,; héros qui servaient
de porte-parole à Tolstoï pour exposer SJ fameuse thèse
de la ' non-résistance au mal :; ? C'est bien possible. Ce
qui est certain, c'est que ce personnage ainsi que tous
ceux de la pièce est d'une ineffable drôlerie. Ce cômique violent est ·extériorisé dans toute sa force par les
acteurs ; leur jeu unit un je ne sais quoi de guignolesque à la frappante vérité. Les costumes de M. Scher1

i(

vashédré, exécutés par l'atelier du Marais, sont en
parfaite concordance avec ce mélange d'extravagance
et de réalité. La mise en scène évite le double écueil
d'une excessive simplification et d'une exactitude puérile dans le détail. Elle situe l'action avec quelques accessoires ingénieux. Ce qu'il faut louer surtout en e11e,
c'est la couleur. L'intérieur bourgeois où se passent les
deux derniers actes est tendu d'un rose passé sur lequel
se détache avec \'iolencc un canapé dont la soie, bleu
vif, s'orne de dessins éclatants. Enfin, au premier plan,
la ~ouverture jaune qui recoU\·re un guéridon bourgeois, met une note puissante qui attire l'œil en l'amusant. Tout cela, avèc ces oppositions voulues, est d'un
art où la violence équilibrée est toujours harmonieuse.
Jamais les Russes, mênie là où ils ont triomphé, n'ont
fait mieux.
~
Paul Fuetts.

29

même chose ». Et c'est si bien de la conversation vivante,
naturelle, spontanée, qu'il faut pour en goûter pleinement
la saveur, l'entendre et non la lire. A la lecture, une pièce
de Sacha perd beauco~p : l'attention s'égare à suivre tant

ÉTUDES THÉATRALES

PAR

LOUIS

Da11s lllUll pn:rt•d1·11L arlide s ur lL -B. Lenorn1a11d ,,,;e
trou,e 1111e phra~e qui, de prime abord, nie parais::oait
gt'·11a11lc JJOlJr parler comme je Je Youlais dc1 Sadia Guil.J·).
Ct~llc phra:-c la Yoici : (&lt; JI.-H. Lc11onna11d. c:st le premier
dramaturge de notre t'poquc )&gt;. E,·idemmc11t c'csL un peu
cxcJu_,,;if; surtout lorsqu'on a à par1cr ensuite du fils de
Lucien Guitry. Déct'rnmcnt je ne pouYais offrir à Sad1a la
seconde place, je sais de source sùre quïl est (( un t)·pc dan:lc g1•nrc de Ct\sa.r ll l'L 11uc c'csL par conséquent une place
quïl n',•nyie pas. "ai-. je ne snab aussi comment toumt•r
la &lt;liffirulté; lorsque, me rappclanl a,·oir autrefois étudié
i( le jardin des ral'Ïlll's grci:qucs i,, je fis appel .'l nws connaissance:; ét1mologiqucs pour m'apcrcc\oir qw.• Sacha
11·l•tail pa:; un dramaturge - c'c:sL-à-dire un monsii·ur qui
faiL, qui con:struiL des pièce!; de théàtrc - mais Lien un
auteur dramali1p1e &lt;&lt; de génie &gt;J au sens premier du mol,
c'csl-à-dirc un l'C'rivain possédanl &lt;1 un talent inné, ~ne disposition natureJle &gt;&gt; pour exprimc-r de!i idées sous la forme
dramatique.
La conscience en repos, j'allais donc pom·oir discourir
congrûmcnl sur Sacha 3orsqu'une autre difficulté surgil :
comment allais-je pouYoir me prononcer en plciue connaissance de cause, parlant en toute justice, sur les qualitéti
de la production fanlaotiquc de mon auteur : près cil'
soixante pièces dont ,ingt ù p&lt;'ine ont t~lé publiées cl don 1,
pour ma propre part, je n'a\ais vu jouer qu'une dizaine.
Alors je pris la réwl11tio11 tiui,anlc: agis ,b-à•Yiti ùc Sacha
comme il agiL lui-n1ème "is-à-vis du public cl ùe la vi&lt;.•,
c'c:;t-r1-dirc butiner au hasard dan:,; ij(JII œunc, en allant
~ans ordre, nolanL mes impressions ft ma fanlai~il' et m'arrt'tanl où je trouverais mon plaisir, ain~i que Sal°ha Hl dans
la vie, cl de ne me soucier de l'impression que le mari
d'Yvonnc Printemps aurait de mes opinions qu'autant qu'il
se soucie de celles du public. Car c'est un des traits marquants de l'œuvrc de Sacha qu'elle semble (•erilc bien plu;;
pour le plaisir de l'auteur que pour celui tlu spectaleur :
&lt;( Tant pis si ça ne leur plaît pas, ma pièce est très bien tout
de m~me ... » doiL-il penser après le baisser du rideau. C'est
pourquoi il est fort malaisé de faire a.-u,·re de critique ,i~à-vis de cc Lhéàlre•là, il échappe complètemenl à un jugement analytique quel qu'il ~oil, il plait 011 il ne plaît pas.

CHÉRONNET
Parfoi-; rn&lt;~me l'cm se ~cnl pris, charnu\ malgré uu ecrlain
ag-acCnH'nL de la raison.
t :cci dil, je p&lt;'1l'ie, ayant pris louh.·s mes précautions oratoires, pouvoir rn·avcnturrr sans trop de danger dans cette
œuffc qui va de .\ono à Un Sujet de Homan.
J'aYab bien sougé, pom· faciliter mon parcours, à marquer des points &lt;le rcphc, c'c:-;t-à-&lt;lirc pour me retrou\·er à
c:-:--a)Cr une sorte de da'i.'i('Jllent pat· calt~goric des soixante
pii•c&lt;-•s . .\lais c'était trl'!', délicat, Sacha s'étant hicn gardé de
:ù•n l('nir à des g&lt;'llrC's déterminés, ou de sninc une évolution q11elconr1uc - je You:s dis que C'.'l'st trt•s diUlcilc de
parler Je rauleur de Deburau 1 - ('L j'ai dù abandonner
Ilien , ilt' Illon projet varrc que je sentais que rirn n'était
plus factice que ma clas:-if.ication cl que mes éLiquettcs
étairnt souvent impropres. Jai tout juste pu esquisser quelques ·rngucs sérfos : Les pochades clc jeunesse - le Kwzt,
Jeun Ill, Nono, Chez les ZoaqueD, le Cocu. &lt;Jtti faillit tout
gâter, etc. Les drames professionnels: Le Cornédien, Un Sujet de Honu.1..11. Les images d'Epinal à sujet historique :
Lajontaine, Deburau, lléranger, Pasteur. Les pièces phi~osophiqucs: Mon père a-vait raison, enfin cc genre typique,
cette nouvcnulé dans le th é.lire contemporain : la pièce fanlaisislc: le Veilleur de Nuit, Un becui \lariuge, La prise de
Berg op Zoom,, Je t'aime, etc ... Mais où placer Le /3lanc et
le Aoir, pièce hybride, mélangt• a!"isrz dfron&lt;'l'rtant de vaudeville, de comédie et de drame bourgeois ; Jacqueline,
adaptation excellente d'une nouvelle de Dm·crnois, et Les
Deux Couverts, celle saynète affadie tJUi .semble être le

résultal d'un pari d'être joué ;, la Com(~dic-~·rançaisc, cl
Un Type dans le genre de Napoléon, el lanl d'autres ...

Dans ces genres d'allure pourtanl 5i difffrcnte cl dout
quelques-uns convien nent plus ou moins à son génie, il
n'est cependant pas une pièce qui ne porte incoulcstablemcnL la griffe très personnelle, très reconnaissable de Sacha.
C'est, dans le dialogue, un tour qui ne varie pas, quel
que soiL le genre abordé. Jo ne dis même pas une science du
dialogue, car c'est la conversation jclée ,·ive sur la scène, ù
tel point que chaque pièce à la représentation, ne parait être
qu'un cane,·as sur lequel on frnpro\ÎSè chaque soir. J'ai
connu un vieux monsieur qui avait été voir dix fois
.Je t'aime pour bien s'assurer « qur chafJ.UC fois c'étaiL la

prendre au mieux Ocs adversités que nous réscne la vie, en
pa1·liculicr dans l'union conj ugal e.
Remarquons en passant que Sacha, e:sl-ee en raison de
son àgc {il a trculC'-sepL an:s environ ) ou par un penchauL
assez compréhensible du reste, ne joue jamais les cocus
dans ses pièces, mais uniquement les séd ucteu rs. Quant à
clic, que ce soil Charlotte Lysès ou Y,·onne Printemps, c'c:a;.t
toujours Elle, la femme jeune, jolie, spiri Lnellc, aimée,
dl•siréc cl conqui~e, tout de suite par cc coquin de Sacha,
tcllcmcnl bon garçon, tellement sùr de lui, Lcllemcnl inési:-;.lible dans son amoureuse argL1mentation.
Il y a aussi l'esprit de Sacha : -ce mot réflexe qui part tout
st'LÙ pour ainsi ùire, cette réplique du lac au tac, cette
n'·ponsc c( pour répondre &gt;J mais .si naturelle, si logiq~e 4~'il
semule que l'on aurait été étonné de ne point la YOlr falle.
Ce rapprochcruenl inattendu d'idées absolument contrairc:-ct aus~i cc besoin de dèconrcrtcr, 1c d'épaler &gt;&gt; par ses trouYaillcs impn~vucs (un vl:fitahlc directeur ile théâtre jouant
le rôle d'un directeur de théâtre - un acte entier joué sur
le l&lt; plateau &gt;l dans l'al.i:;cncc complète de &lt;léco1· - la rep1-é-

). a tout à la fois de la con,cntion et un mépris des &lt;'onvcntions théâtrales, une grande "ibcrlé prise envers Res
règles établies cl un tel mage cynique, ingénu, des ficeJlcs
et des trucs les plus périmés, que ces trois ou quatre actes
remplis d'artifices prennent des allures naturelles et normales : ~c vrai n'étant pas toujours vraisemblable, il nous faut
bien admettre que le !au:\. paraîl parfois fort vraisemblable.
Mai ii alors, direz-vous, celu doit toujours être la même
c:hose, toujours ce même néant d'action, celle même tournure d'esprit, et cc même dialogue, voilà qui doit être bien
monotone à la fin! Pardon, répondrai-je, la vie e:;t-ellc
monolonc parce qu'il ne s'y passe pas •toujours qudlquc
t·ho,•&lt;.·? ::\011. Eh bien! Sacha a fait de sa yje plus de cent
af'tc::; divcr:,,, ,oilà touL! Et ccmrne Sacha a -conçu et réal i:-;.é .-.on cxi~lenre de façon a:-"&lt;'Z agréable je crois, pourq 11oi voudriez-,ous que sa repn~~cntalion au théâtre nou.:.
produisît un effet contrain.•? Quand Sacha sera père,
croyez bien que cela nous ,,audra encore quelques actes
charmants.
lnconlc:;luLlcmcnL Sacha Guitry a donc apporté quel-

�28

LE CRAPOUILLOT

Lt CIIAPOUILLot
en couleurs de l'ancien Saint-Pétersbourg, capitale factice créée par l'arbitraire, avec ses fonctionnaires rogues,
ses parvenus 1 ses militaires avantageux, son esprit mesquin, étriqué, « louis-philippard )} éclos entre le corps
de garde et Je bureau. Faut-il, comme le veut M. André
Le\'inson dont ,·n ,

nai!-sance de cause, parlant en toute justice, sur les qualitl~S
de la production fanLasLiquc de mon auteur : près de
goix.anlc pièces dont, ingt it peine ont étL• publiées et dont,
pour ma propre pa1•l, je n'ayais vu jourr qu'une dizaine.
Alors je pris la n.'.•.!-ulution :::;ui,ante : agis , •is-,\-\i:::; de Sacha
comme il agit lui-même \Ü,-à-vis du public et de la ,·iC',
c·esl-~t-dire lmli □ et· au hasard da11s son Cl'U\l'l', en allant
sans ordre, notant mes impressions ~1 ma fantaisie L'l m'arrèlanl où je trou,·crais mon plai)-.ir, ainsi que Sacha va dans
la vie, cl de ne me soucier de lïmpression que le mari
d'ïvonne Printemps aurait de mes opinions qu'autant qu'il
se soucie de celles du public. Car c'est un des traits marquants de l'œuvrc de Sacha qu'elle semble frrite bien plus
pour le plai~ir de l'auteur que pour celui &lt;lu spectateur:
cc Tant pis si ça ne leur plaît pas, ma pièce est très bien Lout
de même ... 1&gt; doit-il penser après le baisser du rideau. C'e::;t
pourquoi il est fort malaisé de faire œune de critique ,isà-,is de ce Lhéàtrc-là, il échappe complètement à un jugemcn l analytique tp1cl qu'il suit, il plait 011 il ne plaîl pas.

vashédré, exécutés par l'atelier du Marais, sont en
parfaite concordance avec ce mélange d'extravagance
et de réalité. La mise en scène évite le double écueil
d'une excessive simplification et d'une exactitude puérile dans le détail. Elle situe
,. l'action avec quelques acces-

taisislc : le Veilleur de Nuit, Un brau. Alariaae, La prise de
Berg op Zoom., Je t'aime, etc ... Mais où plac&lt;'r Le Blanc et
Ir Noir, pièce hybride, mélanµ-(• ai:;scz décont'crtant de vaudcüllc, de comédie cl de drame bourg-coi~; Jacqueline,
adaptation excellente d'une nou,ellc de Duvernois, et Les
Deux Couverts, cette saynl'le arfadic qui semble être le
résultat d'un pari d'èlre joué à Ja Comédie-Française, cl
Un Type dans le aenre de Napofl!on, cl tant d'autres ...
Dans ces genres d'allure pourlant si différcnle cl doul
quelques-uns conviennent plus ou moins à son génie, il
n'est cependant pas une pièce qui ne porte incoutestablc1nent la griffe très personnelle, très reconnaissable de Sacha.
C'est, dans le dialogue, un tour qui ne varie pas, quel
que soit le genre abordé. Je ne dis mème pas une science du
dialogue, car c'est la conversation jetée vive sur Ja scène, i1
tel point que chaque pièce à la rcpn~scntalion, ne paraît être
qu'un canevas sur lequel on improvise chaque soir. J'ai
connu un vieux monsieur qui avait i·Lé voir di.x fois
.Te t'aime pour Lien s'assurer cc que charpu• foiR c'était la

même chose ii. Et c'est si bien de la conversation vivante,
naturelle, spontanée, qu'il faut pour en goûter pleinement
la saveur, l'entendre el non la lire. A la lecture, une pièce
de Sacha perd beaucoup : l'attention s'égare à suivre tant
de nuances rapides, d'hésitations, de répartiC's multiples et
&lt;loit renoncer à embrasser l'cnscrnhlc &lt;les torn; el des expressions. Mais cc ton, ces arrêts, ces ioterjc-ctions insignifiantes
l'll apparence, ces reprises, ces silences, ces répliques, cc
n'est pas de la conversation quelcom1ue, impersonnelle,
c'est la propre façon de s'exprimer ùc SuC'ha cl pas une
autre; ,t'est ainsi que Sacha parle, chez lui à son ,·alet &lt;le
chambre, et dans l'autobus au rcccycur. Et c'est pourquoi il
faut que Sucha joue ses pièces doul il est l'animateul'. Sur
une scène il est le chef d'orchestre battant la mesure pour
ainsi dire et donnant le ton à chacun de ses interprètes cl
)-.on propre rôle surtout, joué par un autre acteur que luimèmc, dcyicnt fade cl sans relief. Il est impossible à un
adeur qui a l'liaLiLude de &lt;c dire 11 du dialogue fabriqué de
parler c-omme Sacha et r'cst pourquoi aus!-Î les pièces qu'il
11'écrit pas pour lui sont les moins bonnes.
Ici cnrorc j't'prourn une grosse ùifficulLC, ne sachant
t'(1mmenl exprimer déltcalcmcnt ma pcnsl•t·, n'osanl pa.s
dire de l'auteur du l\.wlz qu'il ne&lt;( joue n pas, qu'il est uniquement lui-même en scène cl est un &lt;( comédien n en YHlc,
qu'il n'y a pas de solution de continuité entre Saeha arteur
l'i Sacha citoyen, que c'est le même homme qui nous appan,it si naturel à l'optique de ln rampe el un peu te m '.:t-i-tu
, 11 11 Jans sa vie privée, toutes ces formules déformanl ma
pensée par cc qu'elles ont d'un peu irré"ércncieux. Hcureu.:wmcnt un article de M. Hégis Gignoux "·ie11l de rnc tomber
pro·vü.lcntie1lemen-t sous les )·eux et je me pennets d'emprunter à mon honorable confrèœ L'Cllc phra~c qui &lt;lil Uico
adroilcmcnl cc que je pt•11:;ais, cl ayec beaucoup de tact, et
1nèmc offre t'ava.11tagc, étant mise au passé défini, de c.:on~tilncr une fort helle l;pitaplH': c( Son thétltrc est sa ,·ic et
!'la vie est 1'iOn théùtrc ! )J C'est tout Sac lia en onze mots ...
Mais, ainsi qu ïl ,~r-rit ses pièces dans le ton où il s'exprime cuut·ammcnt, l'auleur de Je l'aime prête à ses perso1111:1gcs ~a propre mcnlalité et sa façon personnelle plci1ll'
d'une oplimislc philosophie de concevoir la ,ic. Sacha est
uu amorali:&gt;tc en action . Pour lui, la vie n'est qu'une pcrpéluclJc règ le de trois dont il a extrait toutes les comùinaisons
p11ssiblcs, !-Î j'o,:e m'exprimer ainsi, cl l'on puurrail tirer de
!.-;&lt;&gt;Il œuvre :
1 ° Un manuel ùu parfait amant ou de l'art de séduire les
f1..•mmes des autres sans dangcL· avec la manière de réussir à
chaque fois ;
2° lU 111a11ud du parfait Sganal'Clle ou &lt;le la façon de
prendre au mieux Res a&lt;lvcrsitl-s que nous réserve la vie, en
particulier dans l'union conjugale.
Remarquons en passant que Sacha, est-cc en raison dC'
son âge (il a lrcntc•s&lt;'pt ans enYiron) ou par un penchant
a--sez compréhensible du reste, ne joue jamais les cocus
dans ses pièces, mais uniquement les 1:Séducleurs. Quant il
elle, que ce soit Charlotte Lysès ou Yvonne Printemps, c'est
toujours Elle, la femme jeune, jolie, spirituelle, aimée,
d1'siréo cl conquise, tout de suite par cc coquin de Sacha,
tellement bon garçon, tellement sùt· de lui, tellement irrésiRtiblc dans son amoureuse argumentation.
11 y a aussi l'esprit de Sàcha : ce mot réilexe qui parl tout
s1·ul pour ainsi ùirc, celle réplique du tac au tac, cette
rh.&gt;0n:sc c&lt; pour répondre» mais si nalurcllc, si logi&lt;1ue tiu'il
sl'rnl&gt;lc que l'on aurait élé étonné de ne poiHL la Yoir faite-.
Cc rapprol'hcmcnt inattendu d'idC'es ab'.'IOLument contraire:el aussi cc bc:'ioin de déconrrrlcr, (( d'épater 1) par ses trou,aillc:S impn'•ntcs (un -..-t'fitahle directeur &lt;le théâtre jouant
k rôle d'un direçteur de théâtre - un acle entier joué sur
le tt plaleau &gt;J dans l'absence com piète de décor - la rnpré-

1911
J:;.enlation d'une pautomime ,1ux. Funamlmlrs, la scène représentant la sall1..· pkinc de spectateurs du petit théàtre du

Boulc,arll du Crime - une pièce c-n pro5e dont un acte- est
en ,cr:;, de., etc ... ).
\&lt;• ,oila-t-il pa:s les traits c:,scntiels d'un c:-prit. que les
cr·ititJUCs le::. plu:i avisés ont qualifi{; d'indl'fini,.;-:.ablc?
Enfin il ) a &lt;c la manièrn 11 &lt;le Sacha, 1111 peu ,eule parfois, mais p:IL'inc de ·n'rvc, de dé,:;imullure et d'un laisser
aller qui sait toujours s'arn~ler :'1 1cmps, et au~si ùc rc-lâchernent el d'in~ouei &lt;le la forrnc cl &lt;lu fond : ne l'a-l•il
pas dil lui-même dans ce mol de la fin ,de Je t'aime qui
pourrail s'appliquer à toutes :--c.;; pièC'c-s sans exception :
... Il Ianl que ]a critique pui~.'-C dire : « cc n'e.st pas une
pièee ... li ne se pa.~se rien. J&gt; Dans une pièce de Sacha il
y a toul à la fois de la con,enlion et un mépris des f"Onvcntions théâtrales, une grande ili!Jcrté prise envers les
règles établies el un lei usage cynique, ingénu, des ficelles
cl des trucs les plus périmés, que ces trois ou quatre actes
remplis d'artifices prennent &lt;les allures naturelles et normales : lie ,rai n'étant pas toujours vraisemblable, il nous faut
bien admettre que Je faux piirnît padob fort vraisemblable.
~lais alors, direz-vous, cela doit toujours être la même
chogc, toujours cc même néant d'action, cette même tournure d'cgprit, et cc même dialogue, ,-oilà qui doit être bien
monotone à la fin! Pardon, répondrai-je, la vie est-elle
monotone parce qu'il ne s'y pas:;e pas toujours quelque
dw.~e? :\on. Eh bien! Saclrn a fait de sa vie plus de cent
actt'" di,crs, ,oilà toull Et c·c...nune Sacha a &lt;'onçu et réalisé son ex.i:,tcnc-c de façon as.~rz agréable je crois, pourquoi -..-ou&lt;lriez-,ou::; que sa reprl':--cnlalion au théâtre nous
produisîl un effet contraire? Quand Sacha sera père,
cro)·ez bien que cela nous vaudra encore quelques actes
charmants.
lncoulcstaLlcmenl Sacha Guitry a donc apporté quel-

�LE CRAPOUILLOT

30

\

que chose &lt;le neuf dans la pro&lt;luction théâtrale -contemporaine. C'est cette impression de sincérité, de frakheur, de
vie que ne vient jamais alourdir uuc thèse ab:)1.1·use, celte
vi:s comicu Liriéc des cffrts les plus simpllcs ou ·les plus naturel:,, un rajcunis::cmcnt enfin ùa1h la l'OIH'l'plion de l'art
dramatique. Et Ioules ces qualités 11ous les retrouvons surtout dans une série que j'ai appeJt"·c, assez improprement
d'ailleurs mais ne pouvant mü·ux f.airc : les pièco:s fantaisistes. C'est dans ct'5 piùccs-là qu'il faut chercher· ile ·v éritable génie &lt;le Sacha l'L c'est parmi clJcs que soHt les chcfs&lt;l'œun·e de l'auteur &lt;.le Biranger.
Que le -commi'Ssairc Je poliœ llcrio poursui,c ùc ses
assiduités, dans Lu. Prise de Berg op Zvom., Paulette Vannaire dont le mari est un maniattue du découpage en bois;
que le peintre Jean de\ ienne dès le premier acte du reilleur
de i\uit l'amant de &lt;'rllc clame qu'rnlrelicnl un vieux men1brc de l'Jnslitut, el cela anc le conscutcmcut rassuré &lt;le
c&lt; Monsieur ll; que Je Duc de Varencay qui a des principes
finis5e au troisième acte d'Un beau i;uu·iage par épouser
Simone; que Dcbu•rau se meurn d'amour pour Marie Duplessis; que Georges, durant les cinq actes de Je t'aime, se
conlento rt.out simplement d'aimer Denise : qu'importe?
C'est toujours le couple éternel, c'est toujours Lui amoureux d'Elie, cl c'c~t toujours le mèmc charme que nous
éprou,ons &lt;lovant celle mème stratégie_ amoureuse, souriante, légère, gaie, devant cette ironie où cependant lransperce parfois juste assez d'amertume, de sccptî-cisme cl de
désabusement pour nous rappeler que tout n'est pas toujours drôle dans l'amour et daJ1s la vie.
C'est pourquoi j'aime mieux :-iacha G11ilr~ quand il c::;L
Sacha tout naturellement que lor:;11u'il est aulcur dramatique el quand il se moque de la philosophie que lorsqu'il
philosophe. m y a de la prétention el du boursouflage da11s
Mon Pèl'e avait r"ai:sc.m, Pasteur· est ilien t( chromo &gt;&gt; populaire et conçu dans une Io1n1e un peu trop 1nélodramalique,
et j'y ,sais certaines répliques - comme dans Mon Père avait
raison d'ailleurs - c1ue n'aurait pas désavouées d'Ennery, (,"t.
Le Blanc et le Noir m'a laissé bien rèveur ...
Cert.aines gens me font. bien rire qui réclament de Sacha un chef-d'œuvre définitif (au fond que I)eut bien être
un chef-&lt;l'œuvrc définitif?). Ce chcf-d'œuvrc-là, Sacha ne
nous le donnera jamais -car il ne nous le doit pas; le chcfd'œuvre de Sacha c'est au contraire cet ensemble d'essais 1
de sketchs où il a su adapter à la scène la vie ,courante,
joyeuse ou mëlancolique, d'une faç.on bien plus récl1e, bien
plus émouvante parfois mêrne, bien pllus 1c vivante n il
coup sûr que lanl d'autres qui R&lt;'- sont en vain efforcés
d'atteindre .le même but dans des pièces compliquées et
sans attrait. Cette représentaLion anecdotique de la vlie
mulliple, voilà Ja vraie forme du génie de Sacha Guitry.
Et étonnons-nous plutôt que celle source ,qui semble inépuisable no -se soit pas encore tarie, el que celte merveil•
lcuse facili té, cc rtaJcnt inné, spontané, ce &lt;( génie JJ n'ait
pas été gâté plus &lt;J.UC cela par les félicitations et les louanges de toutes sortes dont on J'a accablé et aussi par ces comparaisons ,5augrenuc-s quïl a eu ù suppoMcr avec d'autre~
génies comme ceux des auteurs de l'Avare cl d'Jlamlet. Le
seul point commun de Guitry avec Molière et Shakespeare
c'est seulement que, comme eux, i! interprète ses propres
œuvres (à cc compte-là, M. Louis Verneuil pourrait bien
être un Shakespeare au petit pied). mais je sui-s sûr que
l'ambition de Sacha Guitry u'cst pa-s -d 'ètrc comparé à qui
que cc soit mais bien plutôt que son nom sei-ve à son tour
plus tard à la postérité de terme de comparaison. Qui pourrail l'en blâmer?
Louis CnERO:""i\ET.
1

UNE SCÈNE DE

11

Abonnez-vous

VANINA•

a

sans
BELLE REVUE

PLUS

DU

MONDE

LE THÉATRE

.

ET COMŒDIA ILLUSTRE

LE CI N É.M A
Vanina, film allemand .
« Vantna » a été réalisé d'après Stendhal, dit l'affiche. L'aventure, simple, qui oppose l'amour de .deux

Si vous êtes des mille nouveaux abonnés, vous recevrez, g ratuite ment, tous les
numéros parus depuis le premier Janvier 1923 .
Une année complète de Comœdia Illustré d'avant-guerre ( Prime valable
se ul ement pour la France et les Colo nies et contre l'envoi de 3 francs pour frais de
port et de manutentio n),
A partir du premier mars , le Théâtre publiera , chaque mois ,

UNE

jeunes gens - Vanina, fille du gouverneur, et le Jeun·.!
chef des conjurés - à l'implacable et féroce vo lonté
du gouverneur, se déroule dans une ville qu'on n'a pas
jugé nécessaire de situer avec précision. Dans l'espace
et à une époque non plus rigoureusement fixée dan.&gt;
le temps. C'est bien ainsi. Il n'y a pas dans tout le film
une seule prise de vue qui n'ait été faite dans le studio
et les décors, remarquablement réalisés (certaines ma~
quettes sont insuffisantes, mais le princip:! ~3t ex_cefümt)
ajoutent à l'expression puissante de certaines image~.
Excellence du laboratoire, magie des lumières dont il
s'agit seulement de découvrir les formules et de pénétrer les secrets pour atteindre à la plus haute perfection cinégraphique !
,
.
.
AU point de vue de son developpement le ftlm contient
des longueurs, surtout au début. Le rythme y est souvent incertain. Mais la représentation est remarquable.
Le réalisateur joue fort bien du blanc et du noir sur des
plans et manie les lumières av~c une vi~osité. s?uvent
juste. Je note les effets a_dm_irables_ qu'il a tires des
voiles et de la robe de l'heroine (scenes de la to,letk,
du gouverneur et de sa fille, de la prison) ; je note encore la simple valeur des gris dans quoi s'opposent les
caractères exprimés supérieurement et, d'un coup, par h
silhouette des perso'!nages. Une recherche d_e sty)isation évidente ajoute a la force de l'action (scene ou le
gouverneur, appuyé sur des béquilles, reste seul dans
une grande salle, attendant la décision des jeunes _gens).
Les images de l'ins~rrechon dans les rues, sont megales,

Les tableaux de la dernière partie, grâce au jeu plusieurs fois admirable de l'artiste qui a composé le rôle
difficile du gouverneur, atteignent à _une véri_table puissance. je songe surtout à cette scenc terrible ou la
fille jette à terre son père infirme, celle où le ye11lard
retrouve ses béquilles et son implacable cruaute et la
dernière d'une beauté sauvage.
.
Après (&lt; Le Cabinet du Docteur Caligari », « les Tro1~
Lumières » « Le Rail ))1 « Nosfératu », « La Terre qw
flambe » «' La Femme du Pharaon », voilà un film qui
nous re~seigne singulièrement sur les recherches cinégraphiques en Allemagne, et nous prouve, non seulement
une volonté d'effort, mais une force d'expression person•
nelle originale qui n'a que faire des niaiseries sentimentales' et cherch~ moins le développement d'une actior:i en
soi que son interprétation émouvante par la plastique
animée.

Léon Mouss1NAC.

COMPLÈTE

Cette collection sera ina ugurée par

Mademoiselle BOURRAT
Pièce ·en

Le

quatre

actes

France et Colon ies :

retourner

1.5,

ANET

Claude

p our

5 5 francs. -

-u.:n.

.A:n. :

Étranger

!'Administrateur du T HÉATRE

M.

à

M.

70 francs.

D'A BONNEMENT

BULLETIN
à

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plus gros succès de la Saison

.A.bo:n.riexn e :n.te

A venue Mon,aigne, -

et COMŒDIA

P A R IS

ILLU S T R É

( VIUm• 1

Veuillez m'inscrire pour un abonnement d'un an à la Revue LB Th éâtre et Comœd/a Illustré à
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rnais ~ouvent très réussies,.

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que chose &lt;le neuf dans la pro&lt;luction théâtrale -contemporaine. C'est cette impression de sincérité, de frakheur, de
vie que ne vient jamais alourdir uuc thèse ab:)1.1·use, celte
vi:s comicu Liriéc des cffrts les plus simpllcs ou ·les plus naturel:,, un rajcunis::cmcnt enfin ùa1h la l'OIH'l'plion de l'art
dramatique. Et Ioules ces qualités 11ous les retrouvons surtout dans une série que j'ai appeJt"·c, assez improprement
d'ailleurs mais ne pouvant mü·ux f.airc : les pièco:s fantaisistes. C'est dans ct'5 piùccs-là qu'il faut chercher· ile ·v éritable génie &lt;le Sacha l'L c'est parmi clJcs que soHt les chcfs&lt;l'œun·e de l'auteur &lt;.le Biranger.
Que le -commi'Ssairc Je poliœ llcrio poursui,c ùc ses
assiduités, dans Lu. Prise de Berg op Zvom., Paulette Vannaire dont le mari est un maniattue du découpage en bois;
que le peintre Jean de\ ienne dès le premier acte du reilleur
de i\uit l'amant de &lt;'rllc clame qu'rnlrelicnl un vieux men1brc de l'Jnslitut, el cela anc le conscutcmcut rassuré &lt;le
c&lt; Monsieur ll; que Je Duc de Varencay qui a des principes
finis5e au troisième acte d'Un beau i;uu·iage par épouser
Simone; que Dcbu•rau se meurn d'amour pour Marie Duplessis; que Georges, durant les cinq actes de Je t'aime, se
conlento rt.out simplement d'aimer Denise : qu'importe?
C'est toujours le couple éternel, c'est toujours Lui amoureux d'Elie, cl c'c~t toujours le mèmc charme que nous
éprou,ons &lt;lovant celle mème stratégie_ amoureuse, souriante, légère, gaie, devant cette ironie où cependant lransperce parfois juste assez d'amertume, de sccptî-cisme cl de
désabusement pour nous rappeler que tout n'est pas toujours drôle dans l'amour et daJ1s la vie.
C'est pourquoi j'aime mieux :-iacha G11ilr~ quand il c::;L
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philosophe. m y a de la prétention el du boursouflage da11s
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et j'y ,sais certaines répliques - comme dans Mon Père avait
raison d'ailleurs - c1ue n'aurait pas désavouées d'Ennery, (,"t.
Le Blanc et le Noir m'a laissé bien rèveur ...
Cert.aines gens me font. bien rire qui réclament de Sacha un chef-d'œuvre définitif (au fond que I)eut bien être
un chef-&lt;l'œuvrc définitif?). Ce chcf-d'œuvrc-là, Sacha ne
nous le donnera jamais -car il ne nous le doit pas; le chcfd'œuvre de Sacha c'est au contraire cet ensemble d'essais 1
de sketchs où il a su adapter à la scène la vie ,courante,
joyeuse ou mëlancolique, d'une faç.on bien plus récl1e, bien
plus émouvante parfois mêrne, bien pllus 1c vivante n il
coup sûr que lanl d'autres qui R&lt;'- sont en vain efforcés
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c'est seulement que, comme eux, i! interprète ses propres
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l'ambition de Sacha Guitry u'cst pa-s -d 'ètrc comparé à qui
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et à une époque non plus rigoureusement fixée dan.&gt;
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une volonté d'effort, mais une force d'expression person•
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soi que son interprétation émouvante par la plastique
animée.

Léon Mouss1NAC.

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Charg1~ de Conrs ii la ::=orbone,_
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André

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Encyclopédie française de haute culture

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charmante, que la crinoline avait rendue indispensa : le
et comment elles les portaient.
Les femmes seules pouvaient congrument parler de ce
vêtement, toile d'araignée plus que feuille de vigne, le
plus intime et le plus moderne des accessoires de leur
toilette. Toutes - et appartenant à tous les mondes
- se sont complaisamment prêtées à ce jeu qui ]es
amusa : leurs confessions, leurs préférences et leurs
habitudes dégagent un 1&gt;arh11n de féminité auquel on ne
saurait se tromper.
Un sourire qui se prolonge, un livre gai et de belle
humeur et ils sont plutôt rares.

Avee les traduclioos, si iodigestes, des ouvrages de Llorente et
de Lea, nous ne possédions en France, an sujet de l'Jnqoisilîou
d'Espagne, que d'arides monographies et quelques romans feuilletons bitin vulgairement populaires.
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L'auteur, M. Edmond Cazal, a choisi les faits caractéristiques et
vraiment eorieu1, où bouillonnent les plus violentfa passions :
ltn:ure, cupidité, cruautP, orgueil, qui fureot les quatre rou~ mo•
trices de la terrible machine inquisitoriale.
Ces faits, d'no paasionnant intérêt dramatique, l'auteur lts a
très adroitemeot rêliés par une rapide et spirituelle chronologie
de l'inquisition, des origines à la déchéance.
La pbysîooomie tourmentée du 11aoglaot Torquemada, qai brO.la
de tous les leU1 des voluptés charnelles avant de se dessécher ain
brasiers du pins cruel fanatisme, illumine ioferoalement tout ce
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                    <text>���•
BIBLIOT EC ,-

1'1·uit 'cr1111&lt;· (l'll\T(' ('OlllllllllH' l't \'olo11tail·&lt;·. Jl c·omp01·tt.-- une n"110y¡1t ion ('Olllpli•te : lond &lt;'l 1'01·111&lt;', nw.fti•1·(' &lt;'f l&lt;'l'hlliC{llP. Jl vis&lt;' H.
1•xpl'imm· l'e~s&lt;'tl&lt;'&lt;' de• l't'•poqm· dai1s d&lt;:'~ u~uv1·es·de stylc. - La
111a-;t it'•rc~ du nouvc•,ut &lt;'la~si&lt;+.:rn&lt;', c•'pst la YÍ&lt;' f•t l'h(,)mme morlPr1u•s, eo1u:us aussi l,ie11 sous l'asp&lt;'el dc•s c·oll&lt;'l'livités quf' sous
l'appa1·cttW&lt;' ele• l'i1ulivi1l11 - irnlividu to11t difft"1•p11t, d'aillcm·s, de
&lt;·&lt;•lui qui &lt;·011. ·t it uait l'ohjc•t &lt;111 1·las:-.:il'is11H' anl'il'll. C&lt;'fte 1•ppr{•sc•ntatirn1 total&lt;:, profo111l&lt;· P1 ha1·111011i&lt;•usc', sc•1•¡1 1'1l'~l\Tl' &lt;lu
xxe sit'.•dt•. J,(' dassh·is111&lt;· lllO(h•l'll&lt;' ('St lll' il ,. a Pll\'i1·011 quinze
H"l!-.; il ¡1 S&lt;'~; p1·1'.«·ur~&lt;'111·s, &lt;'I fh...ji\ sc•s JH'&lt;'lllil'rs 1wdt1·Ps. Ta1Hlis
q11'1111&lt;' li'...!.·111·•(• &lt;k p1·osillt•111·:--, h la s11it&lt;• el&lt;' F1·a11&lt;"&lt;' &lt;'l de~ Bat'l't'S,
fl'il\'ilillilit'llt ¡\ lllilÍlll&lt;'llil' &lt;&gt;11 ¡'¡ l'&lt;'Slillll'&lt;'I' )p Sl'lllilll('lll &lt;lt&gt; la J)&lt;'l't't •1·t ion, t .11 l' lis q11·1111 {:la 11d&lt; •l, &lt;,u u 11 I&gt;1·1111st Ju ,111·s11 i nlic•11t la&lt; lt'•eonn•i1&lt;' clt• la 111a1ii•1·t•, d'm 1t1·c•sq11i 1·1•1w1·•s&lt;'111&lt;'1lt le• 11&lt;111\'t•I c'•quilihr&lt;•,
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· Ch&lt;.•nrn'Yi&lt;'l'I' ...
it _&lt;•f's
11wit1•ps c·o111111&lt;' i1 &lt;·&lt;•11x &lt;111 X\'ll" sii•dt• - ~&lt;111s l'i1IY&lt;Watio11 du
mouton blanc qui jadis ~&lt;•t·Ynit d't•11~&lt;'ig1H' a11 1·uhart&gt;t oú sp
1·éunissui&lt;•11t Rad1w, L,1 Fo11t,ti11&lt;•, ~lolii•1·&lt;• d Hoil&lt;.•au -. . s(•ru
d'assur&lt;'I', s&lt;•lo11 110s 11111Y&lt;'11s, l'&lt;'liil1li:--s&lt;'IIH't lt &lt;h'•fi11itif c\'1111 classi&lt;·ism&lt;' 1110&lt;h•1·1w ('f dl's ~-c'•l'it&lt;'•s &lt;•st h&lt;.'•t iq11&lt;•s qui &lt;'tl sont ¡'1 la fois
l'&lt;-'Xp1•pssio11 &lt;'t la 1·1H11liti1111. l'tH' ll'II&lt;· tl'II\T&lt;' 11'1•st pas d&lt;' &lt;·PllPs
qui s.'imp1•oyist•11t &lt;'ll qw•lq11&lt;•~ a111·1&lt;··c'•s, ;'i la lllillli&lt;\1•p el&lt;• &lt;"&lt;'S 111ouvements ,11·tistic111c•s, fugitil's &lt;·1111111H' cl,•s 111rnlt•s, tlont 110t 1•p époque a pris l'hahitll(lc•. Ce• JH' sc•1·a pns tl'op J&gt;&lt;'llt-&lt;'11'&lt;' &lt;k tout un
sierle et d&lt;• la hrnlll(' &lt;'l t'm·ll' vol1111tc'• fiP plusit'UI'S gc'•11{•rations
pour l'ae,·omplil' ho11orahl&lt;•111&lt;.'11t.
L&lt;• 111&lt;'ill&lt;'111· hrn11111ag&lt;' &lt;¡11&lt;' 11011s p11issinw.;

l'PIHh'&lt;•

CENTRAL.

•1

U.A.N.L
·------------ -------,

ODE

•
I

ODE

HYTIER ouvre cabaret, Jean Hytier et sa séquelle !
11 accroche son enseigne aux jours de la canicule
' saigne,
Tandis que les moissonneurs ont le creux des mains qui
Que 1' odeur bleue des autos entete le carrefour
'
Et que, soulevée de fl.eurs, la lande de Cromedeyre
Montre tout-a-coup l'ét&lt;:'&gt; qui l'attaquait par dedans.

Cet animal de fer peint ne prend pas des airs terribles.
A d'autres l'effet brillant de la criniére et du rabie l
Ce n'est point par le regard qu'il veut nourrir ses clients.
Mais Racine et Poquelin passaient jadis sous sa porte.
Aussi voyez comme il tient gaillardement sur ses pattcs !
Je sais des auteurs bouffis qui l'intimideront peu.

1

�JULES ROMAINS

HOMMES AU SOLEIL

Beaux copains dn Mouton Blanc, trop fiers poul'qu'on lesétonne l
A d'autres les courts desseins et les honnétes fortuncs 1
Si tu veux mourir rentier, cours te faire médecin .
Ce dont on parle chez eux, dans la lumiere des litres,
C'cst de poinc;onner le temps, c'est de fa&lt;;onner le siecle.
Au moins voila du toupet ! Dieu reconnattra les siens.

HOMMES .AU SOhEIIJ .
-

FRAGMENTS -

•
Vous diriez que c'est le vin qui leur monte a la cervelle,
A les entendre chantant entre deux coups qu'ils avalent.
Mais il y a peu d'espoir qu'ils dessoulcnt de longtemps.
Des qu'ils se sentent faiblir, ils s'en rrYersent un verre;
Et quand ils auront vidé les pots qu'ils o·nt sur la planche,
Sous la voute ou l'reil se perd toute la cave est remplie l

JULES ROMAINS .

11 y a trop de douceurs, trop de lumieres, Trop de caresses, dans l'écume des vagues,
Meurent a nos pieds sous les roes tabulaires,
Pour que je n'éleve a ll'lon tour une voix.
Mais lorsque le matin est si bleu,
Lorsqu'un te! flot de parfums circule
Parmi les figuiers el les cactus,
Ton chant pourra-t-il assez vibrer,
O mon cceur de partout surpassé?
Tu sauras !
Car je sens qui me secouc
Une nouvelle force, assez murie
En pleine joie de la plus riche vie,
Pour dire au moins, cela seul, avec ferveur :
Le bruit qu'ont fait a mes oreilles
Dans la chaleur ascendante du jour
Les moucherons enivrés de soleil.

•¡ Le Jury de la Soclété Catulle-Memlés vient de décerner Je pr ix ann uel de Pobsie Primic·e-Men deR
réservé a un manuscrit, a" H ommes a u Soleil" qui sera procbainement édtté.
'

2

•
3

�GABRIEL AUDISIO

11
Ah! préfere au sentier la route
Qui sonne au heurt de tes talons
Et fait vibrer jusqu'a ton creur
Une dure ivresse d'empire.

Aime la route et son sol ferme
Et sa carcasse raboteuse,
Les peupliers saos abandon,
Et la rencontre a chaque étape
De chaque borne qui t'attend.
Sois plus amant de la route
Pour son gout sur et sa force,
Et peut-etre parmi toutes.

De celle, ouverte en plein roe,
Ou fume l'odeur des pins.
Nouvelle a chaque détour
Par les vallées découvertes.
Et qui, défiant le ciel,
Nous conduisit sur la cime
D'un éclatant jour de joie !

III
C'est un matin sans soleil.
Tres calme. Ni cíe!, ni mer :
Une langueur gris de plomb
Qui stagne s1,1r tout le port,
Surface d'eau lisse et lourde,
Sombre bitume immobile
Saos la moindre pulsation
Rythmique de clapotis.

4

HOMMES AU SOLEIL

Chaque bateau ancré tend
Son beaupré vers les lointains
Comme l'encolure haute
D'un cheval qui sent le vent.
Q.uais déserts luisants de bruine,
Les mats raidis, sur les poupes
Les pavillons tomba.nt flasques,
Et les groes griffant la brume.
Le matin tout gris se fige.
De l'autre cóté, le móle,
Horizon de pierre, trace
Un pesant trait plein qui masque
Les infinis qu'on suppose.
Oh! voir par dessus le móle
Peut-etre un océan clair !

IV
Voici déja quatre jours
Que les fumées des navires,
Montent dans l'air, verticales,
Sans qu'un souffle les dévie.
O ciel si. bleu, tyrannique !
Toute les proues sont tendues
Vers des horizons possibles.
O Dieu ! ne rompras-tu pas les amarres?
Et ne s'élevera-t-il pas le vent
le vent chargé de souvenirs.
Le vent qui porte vers plus loin?

5

•

�GA.B RIEL AUDISIO

V

Je Yous connais, pays que je n'ai jamais vus,
R.ivages lumineux je vous possede en moi :
.Me r. tu m'es révélée de l'ouest lt l'est !
Tu venais de Catalogne
Balancelle si gorgée,
Et je t'ai parlé du port
Que tu quittas lt la rame
Un soir d'aout lt bout de brises.
J'étais avec toi, navire
Aux triples ponts étagés.
Remontant l'Adriatique,
Faisant escale a Beyrouth,
Lorque tes propulseurs
Battaient l'eau pendant des jours,

t

HOMMES AU SOLEIL

Je vous connais cités, rivages, races,
Vous tout désir et seve de roa vie ;
Je vous possede et devant moi je pousse
Le souvenir du jour plein de richesses
Ou je pourrai _:_

Nouveau périple Vous aborder !

GABRIEL AUDISIO.

Eta is-je soutier ou mousse?
Mon visage aduste garde
Le reflet que les soleils
Et la chauffe luí donnerent.
Et l'afflux c~isant du sang.'
Viens avec moi, matelot!
Je te dirai plus d'un chant
Qui t'a bercé au pays
Et don t tu laissas les a irs
Dans les vents et les roulis.
Nous boirons, et je ferai
Passer du feu dans tes yeux
En te rappelant le gout
Qu'ont les femmes de chez toi.

6

7

�HENRY PETIOT

GANGRENE DE TOUT

GANGRENE DE TOUT

8. - Le professeur explique son idée. Les murs se déforment; les tables montent au
plafond. Le microscope se décompose, se pulvérise. Puis se reconstitue; les tables
reviennent en place,'les murs aussi. Suzanne fait signe qu'elle a compris.
9. - Le mot EUREKA passe cent fois de suite, en cent caracteres différents : entre
chaque apparition on voit la figure du professeur, de plus en plus joyeuse.

RÉCIT EN ALLURE DE FILM

II. -SUZANNEARHIER.EST MALADE: TUBER-,
CULOSE.
(Les passages en capitales seront projetés a l'écran, les personnages seront

tres longs quant a leurs oisages et trés saccadés quant aleurs mouvements, aucun

d'eux n'aura de sou,·ires, sauf l'agent 833, qui sera une grosse moustache sow;
uo grand nez).

l. - LE PROFESSEUR JORIS ARHIER CHERCHE
AVEC SA FILLE SUZANNE LA THÉORIE DES
MOLÉCULES.
1. Le cabinet du professeur J orís Arhier: les murs ne tiennent aucun comptt des
lois de la perspective : la lumiere tombe du plafond comme condensée par une loupe.

Le professeur Joris Arhier: grossissement progressif. Puis un microscope et un
carnet de notes. Arhier met l'reil au microscope.
2. -

3. - Un tourbillonnement: visiona J'ultra-mícroscope d'une goutte d'eau. Impression confuse.

4. - Sa filie Suzanne : mince jeune filie bléme aux pommettes trop rouges. Elle
apporte une petite plaque qu'elle remet a son pere.

1. Suzanne sort. A peine dehors elle s'appuie au mur. Elle tousse et porte son
mouchoir a ses levres.

2. Quand elle le retire. il est taché de sang. Grossissement de la tache. De plus en
plus. Vue au microscope. Danse effrénée des bacilles .

.3. - Trois fois la méme scene. Le mouchoir est rouge de sang. 11 n'a plus une seule
place blanche. Les yeux de Suzanne sont agrandis d'épouvante.
4. - Elle porte la main
les cavités qui les trouent.

a la poitrine. On voit les poumons (comme aux rayons X) et

5. - Suzanne regarde fixement devant elle; elle se voit elle-mérne. Son corps lentetement se décompose. Ce n'est plus qu'un squelette qui arrache des morceaux de
poumons.
6. - D'un geste elle chasse !a vision. On voit qu'elle pense : « Idée; découverte;
équilibre des forces ».

III. -

LE PICRATE ''S".

1. Joie intense sur le visage du professeur. Sorte d'hilarité convulsive. 11 agite une
éprouvette bizarre et lourde.
2. -

Suzanne entre. - Apparition aussitót du mot EUREKA cent fois répété

a toute

5. - Quittant le microscope Arhier parle a sa filie. On voit apparaitre en travers de
son front les mots «Equilibre des forces».

vitesse.

6. - Deux globes brillants; on sent une réciproque attention que contrebalancent
d'autres forces. Mouvements incessants.
7 • - Sur le front du professeur se trace cette phrase : «Si les molécules ne sont main« tenues en plape que par un équitibre des forces, ne pourrait-on point rompre cet
« équilibre? &gt;

4. - MOLÉCULES ACCRUES, DISSOCIÉES. PICRATE "S",
PICRATE "S". OU TROUVER UN RÉCIPIENT. S'IL SE SOLIDIFIE, ACCIDENT. MOLÉCULE GROSSIE ASSEZ POUR
CREUSER RÉCIPIENT.

8

9

3. - Suzanne et son pere s'embrassent.

�.

HENRY PETIOT

GANGRENE DE TOUT

5. - Le professeur verse un peu de ce picrate sur la table. On le voit se solidifier.
Et le bois de la table se gangrene. Décomposition su bite de la matiere. Une large ouverture béante dans la table. On voit que le savan t pense « MAITRE DE TOUT ! ::.
6. - Suzanne ; émotion. Quinte de toux et crachement de sang. Evanouissement.
Frayeur de son pere.

IV. -

AÍNSI NOUS TOUS.

V. -

LES HOMMES, N'EST-CE PAS"? HAINE.

Folie du savant. Haine, haine. Revoit le cimetiere dans ses yeux. Sa filie

1. -

mourante.
2. Apparition du fantóme de sa filie. 11 prend entre ses mains l'éprouvette du
Picrate "S".

J· -

Joris Arhier. Grossissement. Air féroce. Haine ! haine ! Pour se venger des

hommes.
1. Un cimetiere. Des fossoyeurs fi nissent de creuser une tombe. La mort leurfrappe
sur l'épaule et se réjouit avec eux.
2. Un grand enterrement. Des académiciens. Des officiels; beaucoup de monde.
Discours .
.3. - Joris Arhier. Air hé beté. Grossissement. Les larmes qui sortent de ses yeux.
Dans ses prunelles on voit ce qu'il voit: sa fille qui se déco mpose peu a peu et qui n'est
plus qu'un squelette jetant au loin des fragments de poumons.

-4. -

Les murs se déforment. La table se décompose. La maison semble etre éventrée .

5. - Sur le front du professeur apparaít le mot : &lt; VENGEANCE» et dans ses yeux
on voit l'image squelettique de sa fille.

VI. -

VENGEANCE SUR TOUS.

-

maitresse. Un

Dans le cabinet du professeur Arhier, cent récipients contienoent le Picrate "S''
11 est dans la salle et caresse, en souriant: son menton rasé. Grossissement. Daos ses
yeux on voit :
,..,

5. -J oris Arhier. Grossissement. Dans ses ye ux. on lit : « Jean Arhier, lieutenant au
d'artillerie de campagne, mort a Verdun, 1915 - M"' Michele Arhier, morte le 4 novembre 1918 - Suzanne .. . » et apparition de nouveau du corps qui se décompose.

2. París. Place de la Concorde. Cent récipíen.t s de Picrate " S" renversés. Le Picrate se solidifie. Tache; tache é cartée de plus en plus. Les arbres, les maisons, et les
hommes; une atroce destructioo.

4. - 11 regarde les assistants. L'un pressé de partir, l'autre pense
autre se gratte le nez. lndiffére nce soµs amitié fe inte.

a sa

2•

6. - Arhier dans son ca binet. Travail. U ne éprouvette se brise entre ses mains.
7. -

1. -

.3. - Vue d'ensemble. Les batiments s'écrouleot. La Tour Eiffel chancelle.
4. - La terre dans l'espace :· l'effrittement. La destruction : la terrea cessé d' exister.
les fragments fuient les uns vers le soleil, les autres ven; la lune.

Domestique fra ppe. Annonce :

MARCEL HAMO;,'-.;, DOCTEUR ES SCIENCES.
8. - Jeune homme ; air studieux. Parle au professeur. En meme temps qu'on assiste
lit les paroles sur l'écran :

a leur entretien, on

11

SACHANT ... AIDE ... NÉCESSAIRE ... PRÉCIEUSE ... Ml,'.: VOTRE FILLE... ESPÉRER.. . SUCCÉDER. .. REMPLACER SUZANNE 1
Nervosité du savant. Eprouvettes brisées. Renvoie l'homme.
9. - Quatr~ fois la meme scene se reproduit avec des acteurs différents.

10

5. - Sur un fragment plus considérable de la terre. Rapprochement. Le professeur
braque a travers une lunette astronomique les rayons du picrate "S" sur la planete Mars,
puis sur Vénus, etc.

q. -

De la lunette s'échappe une colonne grisatre que l'on voit traverser l'éther.

7. - Les mondes s'écrouleot. L'agonie du soleil. Une tache noire qui le gagne et le
dévore, entieremeot, entierement.

VII. - HUMAINS FOUS PARMI LES FOUS.
1. - Place de la Concorde. Le professeur Joris Arhier porte
récipient bizarre. Mais nul n'y fait attention.

11

a la main

une sorte de

/

�•

HENRY PETIOT

GANGRENE DE TOUT

2. -

Heurte voiture d'un camelot qui vend des verres noirs.

,3. -

Un crieur de journaux burle «La Presse».

IX. -

4. - N'OUBLIONS PAS QU'AUJOURD'HUI A TROIS HEUR ES QUARANTE-CINQ SE PRODUIRA UNE ÉCLIPSE ANNULAIRE DU SOLEIL.
5. - Arhier passe a cóté du crieur sans faire attention
dans ses yeux le spectacle des mondes qui s'écroulent.

AINSI FINI'_l' .. .

1. _

Un cabanon aux murs matelassés. Arh ier rit sans arret. et danse et saute et cric.

2 __

Sitot qu'il touche un objet la matiere se décompose et il en rit sans fi n.

J· _ Le squelette de sa filie appara it. 11 l'embrasse sur les _de~ts. Et ils se mettent
tous deux ¡¡ jouer avec la terre, le soleil et les planetes. lis dech1rent la terre en morceaux et 1a jettent dans 1'espace.

a lui. On revoit rapidement
·

6. - Des hommes nombreux sont stationnaires et leveñt vers le soleil un nez que
chargent des lorgnons noirs.

FILM MO U TON B LANC
METTEUR EN S Cb'NE :

7. - Arhier les remarque et on voit en meme te mps sur l'écran :

AURAIS-JE DÉJA PRODUIT DES HÉSULTATSf
HENRY PETIOT.
8. - Des lors tout prend un aspect extraordinaire. Les maisons semblent se pencher
pour regarder.
9. - Arhier pose son récipient a terre, en verse un peu; va plus loin, recommence.
ro. - L'agent 8JJ le regarde en semblant s'amuser beaucoup.

VIII. 1. Arhier revient
verse encore.

2. -

GANGRENE "? ! ·t !

a la premiere pla·q ue de Picrate " S''.. Rien

ne s'est produit. 11 ea

A la seconde, puis ·a la troisieme, etc.

J. - Regarde fixement de_v ant lui. Grossissement. Un point d'interrogation dans
ses yeux.
4. - La terre qui s'effrite ; le soleil qui disparait : l'éclipse se produit. Mélangér de
fafon intime le reve du professeur et la réalité astronomique.
5. - Un commissaire de police s'approche de l'agent 8JJ et lui montre Joris Arhier.
Mais lui recommande la douceur en lui expliquant qu'il a la rosette de la Légion d'honneur, que ce doit etre un personnage important. L'agent fait signe qu'il a compris.
6. - Touche Arhier a !'épaule etlui parle. Eclat de rire du savant. Jette du Picrate "S"
sur l'agent. Puis éclate en sanglots.

12

13

I

�JEAN HYTIER
LA DOCTRlNE DU MOUTON BLANC

IJa Doctrine du Mouton Blanc

Comment se nomme ce critique éclectique? - Arlequín.

L'impressionisme en critique est charmant. Je propose que les tribunaux jugenl désormais sur la mine.

CRITIQUE

-•.

La vérité est bon ne é. dire; el le est bon ne aussi 8 répéter.

Plus sévére vour les idées et les oouvres &lt;¡ue pour les hommes, ne prononee
le mot chef-d'ceuvre qu'1) bon esci»nt. Pénetre-toi de la formule :sub specie aeter·nitati$.

Sois exclusif; crois-tu pouvoir transiger avec l'erreur1 A ceux qui diront.
«Vous é~ trop systéma_tique... », réponds : « Votre co1·ps aussi me paratt bie~
systématiq~e; ~e pourr1ez-vous changer ce nez de place! Vos inlestins sont
!rop exclus1fs; 1ls refusent le cyanure de potassium ».

Pour dire une c~ose neuve, dis une cho::;e vraie: crois-tu que la vérité coure
les ru~T Et pourquo1 méme rougir de répéter une idée vraieT La vérité n'est pa!.
un, hab1t qu'on prend _e t qu'o_n laisse a volonté. 11 y faut souvent plus de courag;
qua~ paradoxe. Souv1ens-to1, é. ce propos, de faire briller la vérité plutót que ton
esprit.

Tu ~e dis que ce c1·itique est un bon hommeT Mais est-ce un bon critiqueT Je
te supphe de ne pas confondre le creur et !'esprit, ni d'autres choses diff'érentes.

Tu me dis encore : Un Tela tant d'espritl - L'a-t-il juste, _
nouveau 1 - On ne ronde ríen sur ce qui change.

CLASSICISM E
Le classicisme du XVll• siecle a peint l'homme en général, tel qu'il était con&lt;;u
il cette époque. ~ous a vons un nouveau classicisme u raire. Son objet, c'est essentiellement la vie rnodcrnc sous. ses deux a~µect.s : individue] et collectif. L'homme
el les groupes. Trop de gens ont méconnu le renouvellement de l'inspiration ; ils
raient d'un trait de plume l'apport énorme du 1·omantisme et des écoles qui l'ont
»utvi; mais cette waliére confu::;e mérite d'etre élabor-ée. Un Rophisme dangereux
consiste ti exiger l'ordre &lt;lans la maliér·e, dans l'objet, - ulors que c'est l'muvre
d'art qui doit le manifestel'. Ainsi l'on peut taire un portrait ordonné du désordre.
Tout ce qu'il y a d'impulsif, d'incohérent, d'anarchique dans certaines émes romantiques - cela meme e:-1t maticre a nne reuvre ordonnée : Flaubert l'a prouvé.
Qu'on le veuilleou non, la Renaissance du XIXe siécle, aussi bien dans le domaine
scientiflque qu'artistique, a contril&gt;ué u former l'homme moderne. Certains peu.T
ventledéplorer,maiscen'estpassurce terrain quesepose le probléme esthétique.
Le classicisme n'a pas u. refléte1· un ordre préalablement établi mais A imposer
le sien.

n est toujours
La vie modernc, l'homme moderne, psychologiquement et socialement: voila

14

15

�JEAN HYTIER
LA DOCTRINE DC iIOUTON BLANC
le domaine du nouveau classicisme. II s'agit d'une psychologie toute nouvelle, a
peine soup~onnée pat&gt; quelques rares écrivains; les poétes nous l'ont souvent révélée avant les romanciers; elle va plus avant dans les régions mystérieuses de
l'~me. Quant a l'art d'évoque1· la vie des groupes, il n'a pas quinze ans d'existence.
Sa fécondité est évidente.

cette envergul'e ni cette intensité. Commenl penser qu'il échapperait a l'ArU C'est
le mérile de Romains d'a\'oir compris et pr-oclamé qu'il n'y avait pas dans les
manifestations collectives matiere a esthélique sll·ictement personnelle, mais bien
commune. C'est en ce sens que le classicismc moderne sera unanimiste. - Il ne
sera peut..étre pas qu'unanirniste (il y a, on l'a vu, un individu nouveau qui ne se
confond pas avec l'homme coni;u a la rac;on du XVII• siécle); mais la notion d'unanimisme est centrale au mouvement moderne. On n'en saurait exagérer l'importance. Elle n'est pas la marque unique du nouveau Classicisme, mais la plus
caractérbtique, la plus rigomeusement Ol'iginale, - de méme que le fait social
n'est pas la seule marque de la vie moderne mais, quand méme sa marque essentielle. Si impor·tante est cette considération esthétique des groupesque, saos elle,
on etit pu douter de l'avénement du Classicisme nouveau. En prenant conscience
de la vie collective, on a conc1·étisé a son contact des tendances qui en étaienL
ditférentes.

Fond et forme. Cerlains écrivains ont préparé ou préparent un Age classique,
qui trop souvent ont manqué de plusicu1·:::; grandes verlus classiques ; ils ont surtout exploré les nouveaux domaines. Manc¡ue de maitrise du sujet, de mesure
tlans la puissance, d'équilibre. Te! M~rcel P'roust, dont l'muvrC' énormc et prodigieusement révélatrice, mais immodérée, est au classicisme moderne, bien
qu'avec plus de force, ce que fut a l'ancien l'&lt;-euvrc d'Honoré d'U1·fé. En proie f1 la joie
de découvrir, tousdeux se noient dan::; leurs trésors. D'autre!i, Lirn différentsdecet'l
précurseurs, sont tout équilibre, mais n'appliquent malhcu1·euS('ment un art
admirable qu'a une matiére connue. Extré me achévement d'un cla::-sicisme
ancien dont il constituent, par un miracle impossil&gt;le a répéter, une ,-urvivance
étrange. Te! !'admirable Paul Valéry, poéte unique, qui rejoint, pa1· Mallarmé,
Chénier, La Fontaine et Racine. Ho1·s do la com·!Jc de l'éYolulion, il fleurit excep.tionnellement. Mais les écrivains qui inaugurent vraiment l'Age, clRstiique, ce sont
ceux dont l'esprit domine les sujets qu'ils traitent. Ainsi l'indi\•idu moderno SOU1'
certains aspects nous est-il présenté fonciérement par Andr6 Gide. L'unité de son
oouvre n'échappe qu'a ceux que sa diversité déconcerte. O vous qui traitez Gide'
de démoniaque et de mauvais mattre, cessez de confondre l'art et la moral e. Mai5
cette question viendra en son temps ... Un écrivain qui a renouvelé de fond en
comble l'inspiration et la technique, c'est Jules Romains. San:; parler de l'apport
de ses romans a la psychologie de l'homme moderne, comment ne pas admirer la
révolution du donné littéraire par l'introduction, dans la poésie, le roman et le
théAtre, d'une maliére nouvelle 1 Mais ceci souléve la question de l'Unanimisme.

....
Les termes indioidu et gT'oupe n'excluent, bien entendu, aucune réalité, - ni
la nature, ni les créations lrnmaines de toute espéce. Il faut entendre par la
}'ensemble des choses, l'Univers total conc;u tantóL par l'ame individuelle, tantóL
par la collectivité. Ces deux tendances ~puisent, par nature, la matiére du Classicisme moderne.

JEAN HYTIER.

UNANIMISME
11 faut étre aveugle pourne pas reconnaltre que la notion originaleapportée par
les civilisations modernes, c'est la considération du fait social. Aucun autre n'a

16
17

•

�ERREURS

ERREURS
1. JRE

Verlaine d'ensemble, voila ce qu'on ne faisait guere, et c'est a
quoi l'on nous convie. Cette lecture, pour désobligeante qu'elle soit
la plupart du temps, un a mérite inconiparable, c'estque, dissipant toute
légende et tout malentendu, prévalant contre les gloriflcations ingénues
ou ironiques, elle remet les choses au point: je veux dire qu'elle faitapprécier l'égale platitude du personnage et de son reuvre. Aussi ne saurait-on
la trop recommander aux débutants de lettres qui, sur la foi de leurs arnés,
seraient tentés de croire au génie de Verlaine. Elle leur évitera d'etre a leur
tour victimes d'une sorte de plaisanterie énorme et dupes d' une insolente
mystification.
RENÉ DOU MIC.

µ

VÉRITÉS

veR1Tes .
L'art n:iit de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté.
ANDRÉ GIDE.

•
L'Art est toujours le résultat d'une contrainte. Croire qu'il s'éleve
d'autant plus h:iut qu'il est plus libre, c'eit croire que ce qui retient le
cerf-volant de monter, c'est sa corde.
ANDRÉ GIDE.

•
••
Toutes les grandes époques d'altiere production artistique se sont appuyées sur une critique outrancierement dogmatique ...

Arthur Rimbaud ( 1856). Ce fantaisiste serait plus connu, s'il avait mieux
su concilier la ruine et la raison.
GUSTAVE MERLET.

••

•

Premier numéro de la" Muse Fraru;:aise" Mars 192'2. Les poetes de
la Muse Franr;aise font un erevue parce que, liés d'amitié et ayant en commun l'amour de la poésie, une revue ou la poésie sera honorée, étudiée et
défendue, leur a paru une ceuvre agréable et utile, digne de leur activité
et capable d'intéresser de nombreux lecteurs.
Signé par les seize foodateurs de LA MUSE FRANCAISE.

•
••
Les una ni mistes seuls se tiennent au vers blanc ..... .
L'étranger doit savoir qu'en dépit de leurs prétentions a dévoiler une
muse nouvelle, ·a instituer meme un cours de poésie (!), ils ne représentent pas plus notre art qu'une cabane en pierres brutes ne représente l'architecture.
ANDRÉ THÉRIVE

18

ANDRÉ GIDE.

•

••
Le bonheur de l'expression fait partie des dons du poete .
LÉON DAUDET.

•

••
Et qu' on ne s'imagine point avoir retrouvé les lois de l'équilibre clas-sique du seul fait qu' on saura parler décemment pour ne rien dire.
JULES ROMAINS.

....

~- Jules Romains pense d'ailleurs qu'il y aurait quelque sacrilege a inscnre sur ~e fronton d'un batiment : « Ecole de poésie... ~ MM. Romains et
Chennev1ere entendent se garder comme du feude touchera l'inspiration.
a l'esthétique, a ce q~i fait la mat\er~ meme de la poésie. I!s veulent seu:
lement essaye~ de degager les lo1s etemelles de la techmque poétique
estimant que la technique est ch ose impersonnelle...
'
EMILE HENRIOT.

19

�MARTHE ESQUERRÉ

André Glde &amp; le Probl~me du Style

b E qu'il
Vieux-Colombier, fi&lt;léle a l'reuvre de régénération du Théé.tre Frarn;ais
poursuit avec tant de bonne foi et de vraie compétence, vient de représenter ·' Saül" de M. André Gide.

'

Cette reuvre si int6ressante par les tendances qu'elle manifeste, par sa rupture
décisive avec l'hérésic naluraliste, r¡ui mnge notre arl &lt;lramatique depuis plus d'un
demi-siécle, va nous servir de préte-xte pour accorder la queslion ca pi tale du style.
C'est un probléme si essentiel qu'il est impossiblc de le poser sans étre amené a
consid~rer la véritable nature de l'art. Il ne s'agit pas &lt;l'éta.blir une théorie, car les
notions relatives a l'art sont complexes et ne se lai.ssent pas aisément mettre en
formules, mais d'exprimerquelques idéesgénérales suggérées par les ceuvres qui
nous élévent au sen liment de la beauté.
« L'art, dit M. André Gide est une chose tempérée. El certes, je ne veul: pas dire

par la que l'reuvre u·art la plus accomplie serait celle qui se tiendrait a la plus
« égale distance de l'idéalisme et Ju réalisme; non, certes! et l'artiste peut bien
« se rappocher autant qu'il osc1-a d'un des denx póles mais a lp. condition qu'il ne
« quittera pas du ta Ion le secontl; un sursaut de plus et i1 perd pied ! ».

«

ANDRf: GIDE ET LE PROBLEME DU STYLE

dités ; l'lmperfection &lt;le la forme s'est aggravée de jour en jour et la littérature
dramatique est tombée dans un relachement extréme. Art et beauté devraient
étre deux no\ions indissolublement liées. Heureusement le scission ne s'est pas
opérée dans tous les &lt;loinaines, et la oú nous ne sommes pas familiarisés avec elle
il suffltd'en envisager la possibilité pour que l'absurdilé nous devienne évidente
Con&lt;toit-on un art musical qui ne serait pas agréable a l'oreille et qui n'aurait pas
le souci de produire des sons plus harmonieux qne ceux que nous entendons
dans la vie quolidienne 1 Un seul coup &lt;l'ceil jeté sur 'les ceuvres du passé peut
nous convaincre qu'il n'est rien de durable sans la perfection de la forme. Racine
ne laissait rien au hasard; il attachait autant ~'imporlance u l'achévement de ses
vers qu'u ses sujets.
Quelle semit la ruison d'étre &lt;le l'art s'il faisait &lt;louble ernploi avec la réalité
familiére? Pour4uoi se 1·endre au spectacle et ne pas regar&lt;ler tout simplement
les gens défile1· dans les rues ou dans les salons~ Pourquoi faire de la peinture
plutót que de la phot,og1·aphie? ll serait bien puéril de courir aprés une illusion de
réalité quan&lt;l nous vivons au scin de la réalité elle-méme.
Un art réalh,te est une notion aussi contradictoire que celle d'un cercle carré.
11 y a des raisons profondes qui font a l'artíste une loi de ne pas se borner a une
imítation survile. L'auteur qui copie les apparences familiéres et qui fait parle1·
ses personnages sur la scéne exactement corume dans la vie, s'enferme dans la
convention et la relati~ité, il prend pour une vét-ité essent.ielle une attitude qui
nous est imposée par les nécessités de l'existence.

"Saül" répond exactement ü cette conception. Le ton en est prodigieusement
varié; l'auteur emploie tous le~ registres; il va de 1a famili~rité a la plus pure poésie en passant par de curieuses nuances d'emphase et d'affectation. Mais un mistérieux équilibre ne cesse pas d'exister entre les éléments opposés. La familiarité
est déja poésie ; la poésie se souvient de la vérité familiére. On dirait que des instruments dhrérents fondent leurs sonorités les unes dans les a u tres, et nous sentons que la beauté de l'reuvre réside précisément dans cet accord.

Vivre, c'est répondre a des circonstances extérieures déterminées par des réactions appropriécs. Nul etre ne peut se soustraire á cette nécessité. Celui qui n'en
voudrait pasten ir compte et qui refuserait de s'adapter périrait bientót. Cette loi,
applicable a n'~mporte quel vivant, conserve toute sa rigueur quand on la transporte dans le domaine social. Nous sommes, en général, condamnés a une vision
intéressée de nos semblables; nous les percevons sous un angle utilitaire; ce
que nous connaissons d'eux, c'est la relation qu'ils ont avec no5 besoins. Nous
restons ignorants de leur véritable individualité, de leur organisation absolument
unique et du rythme original de leur vie.

Pendant
toute la seconde moitié du x1xe siécle et au début xxe., le thMtre a
,
réalisé ce paradoxe de séparer l'art de la beauté; les grands genres ont été discré-

Le r0le de la conscience est de jeter sa lumiére sur les seule.s idées capables d'éelairer nos réactions et de laisser dans l'ombre tout ce qui est sans rapport avec

20

21

�MARTHE ESQUERRÉ

la situation actuelle. De plus, la discipline sociale ne nous permet pas de donner
libre cours a tous les sentiments qui na.issent en nous. Le plus souvent, i1 nous
est avantageux de ne pas percevoir clairement le lumulle de notre éme.
La connaissance que nous avons de nous-mémes est relative a notre intérét, et
le langa.ge refl.éte ce caractére tout pratique de la conscience. Pourtant, des individus privilégiés sont capables d'une connaissance désintéressée. A mesure que
notre culture se perfectionne, nous nous élevons plus aisément au-dessus du
besoin qui hypnotise la plus grande partie de l'humanité; notre conscience et
notre langage deviennent moins serviles; nous tendons vers la poésie. Le poete
est précisément celui qui atteint a la connaissance la plus parfaite de l'Ame gréce
a un désintéressement inué de sa faculté de perception.
11 va chercher la vérité profonde des étres; i1 fait abouti1· tout ce qui est resté
latent en eux; i1 pousse asa limite la tent!ance de leur langag-e. Il fail fleurir ce
qui s'épanouirait librement si les hommes pouvaient s'affranchir et cesser d'étre
rivés a leurs préoccupations utilitaires.
De méme le sculpteur porte a lenr perf'cction et a leur plcin achévement des
gestes qui dans la vie ordinaire, reslent gauches, empruntés, el ne vont pas jusqu'au bout de leur intention.
L'art est un approfondis~ement de conscience et ne fail qn'un avec le probléme
du style Il n'est pas de grand art sans une certaine t.ran:;position de la réalité
familiére.
Il y a plusieurs degrés de transposition. Pas une des cornédies ue Moliere n'cst
la copie servile de la réalité, mais i1 est cerlain que le ton est beaucoup moins
élevé dans le" Bourgeois gentilhomme" que dans le " Mysanthrope ". Un pas de
plus et nous atteindrions le ton de la tragédie.
En peinture, le degré de transposition. n'est pas aussi élevé dans un porlrait
que dans une fresque. S'il fait un portrait, le peintre se borne a dégager avec netteté les trait caractéristiques d'un visage, mais s'il exécute une fresque, i1 pousse
jusqu'a la limite des intentions qui n'existent chez le modele qu'A l'état d'indications légeres. Chaque genre a ses lois. L'reuvre d'art est un équilibre entre les
lois d'un genre et la réalité observée. Et c'est ce que M. Gide exprime en disant:
« L'artiste peut bien se rapprocher autant qu'il osera d'un des deux póles mais
« é. la condition qu'il ne quittera pas du talon le second ».

ANDRÉ GIDE ET LE PROBLEME DU STYLE

Racine ne sacrifie rien aux lois de la tragé&lt;lie. L'action, telle que nous l'observe.rious dan~ la vie en est peut-étre retardée; n'importe; le poéte ne supprime pa~
les vers qui sont nécessaires aux harmonieuses proportions de la scéne.
Bien entendu, toutes les J1arties de !'ensemble doivent subir la transposition,
mais elles doivent conserver en meme temps leu1'S nuances respectivas.
-·-1
Dnns "Saül " M. Gide éléve a une certaine hauteur le son général de la piéce ;
mais le langage d'un homme du peuple garde pourtant la &lt;l¡stance qui le sépare &lt;l(l
langage du roi ou de celui du gnmd-pretre.
l'C1
Quelques auteura ont compris la nécessité u'une styli::.ation mais leur errem·
1
a été de se substituercomplétementu lcurs ¡,eI'sonnages. Ces derniers se trouvent
alors arl&gt;itrairement transplantés dans un mil ieu étranger. Un pay:5an ~•exprime
o
comme un professeur de philosophie ou comme un brillant avoca t. 11 parle 'une . -t
langue suns aucnn rapport avecses habitudes, ses eondition3 particuliéres d'exi:;- ' • !Ti
tence et ses associations &lt;l'idées coutumiéres. 11 y a rupture avec la vérité de l'in- ·, ()
dividu. Ce n'est }-188 un arbre t¡ui po1·te naturelleinent ses t'l·uits, c'est un poteau ~;- :.,.,.
sur lequel on a accroché &lt;les fruits cneillis ailleurs. Peut-etre trouverait-on chez ·
Claudel ou chez d'Annunzio des cas oü le poele substitue son tempérament propre ,- O
A celui du personnage. Au contl'ail'e, r elisez « Cromedeyre-le-Vieil », de Jules
Romains. Vous sentirez que la beaulé de J'expres:sion est inséparable de la vérité
profonue. Le langage des paysans ue Cromedeyr·e e::;t justiflé par leurs hahitude..-;
de vie. Pas une idée, pas une image n'e."'.lt ar-tiflcielle. Si tous les habit.'-lnts d'un
village du Ploteau Central arrivaienL a la clni1·e conscience d'eux-rnémes et pos- !
sédaient le don d'exprimer ce qu'ils sentent, ils parleraient comme le poéte les ¡
fuitparle~
·
De meme que l'ivresse ne nous déforme pas, mais manifeste seuleruent ce qui ;____
est secret en nous, la poésie est une transfigur-ation des sentimrmLc:; humain:-;.
c·est une vérité plus profonde et plus belle. Le probleme pendant entre l'idéalisme et le réalisme n'a pas de sens. 11 ne &lt;levmit pas Y avoir de probleme. C'est
un symptó'me de déca&lt;lence.
_
Qu'est-ce que l'idéalisme ou le réalisrne &lt;le Sophocle? Mais chaque fois que l'art
traverse une période de dégénérescence, ou assi,,te a la dissociation des éléments qui étaient fondus ensemble a l'élat de purelé originelle.

d

¡

MARTHE ESQUERRÉ.

23
22

�JEAN HYTIER

J. PORTAIL ET ANDROLITE

Au aommet de la vllle,

d. Portall et "Androllte"

.. I E considere "Androlite" de J. Portail comme un début imporU
tant. A une époque oli les fantai8istes modulent de petites
chansons miévres, on est heurcux de consta ter un effort dont l'étendue, la puissance et l'unité peuvent etre rnédités avec fruit. Deux
volumes de ver;:;, six cents pages de poésie: un ouvrage d'enverg-ure. J'entends bien : les ceuvres le8 meilleures ne sont pas toujours les plus longues. Mais l'abondance de ce poéme n'est pas un
creux bavardage. C'e::.t, au cont1·aire, un livre riche, luxuriant,
qui vous révele mainte chose neuve.
Un rnont s'éléve, un village dort a ses pieds. Des hommes escaladent le mont, puis l'un d'eux y découvre un fllon de pierre. On
l'exploile. A cóté de la carriére qui l=&gt;e creusejusque dans le sol une
fois le mont nivelé par cette ext1·action intem-ive, une ville se constmit, s'étend, se gonne, palpite. Les médit6tions du poéte sur tous
ces spectacles, tel est le sujet « d'Androlite )). J. Portail a su le traiter
non sans grandeur. II a le sens des forces et des puissances, de la
Yie, de la mort. Surtout, il réussit a animer la matiére. II faut voir
comme il rend l'existence brutalc de la pie,-re. II sait la valeur poélique d'un spectacle comme l'exploitation d'une carriere, la construction d'une cité, et la prise de possession de la pierre par le fer.
Le poéme entier vit multiplement dans cette atmosphére industrielle et minérale, avec de brusques échappées sur la nature
rustique. La vie humaine s'y débat avec ses senliments; le poéte en
prend conscience, spécialement dans le beau "Nocturne »dela fin.
En voici le début; on y reconnattrait un poéte rien qu'a. l'opposition
de l'image qui s'annonce aux dixiéme vers :

A la plu■ haute fenétre d'une m:it~on,
Un homme est accoudt
et du balcon regar/le
Couler comme un fteuve
la desceote du ~olr
La chute du aolr sur la vllle II vol d'olseau
qui agontse,
Mals que farde encore a,·11nt 111 morl
aux couleurs de la vle
L'lncarnal rosé d'un t.endre ero!pu~,•uJe;
,1. la méme heure dan.s une tle alltiporlique
Une/emme se Ieee et re¡;oit paisil&gt;leme!lt

Sur ses épaules arrondiei, et nue11
Qui retomben.t ain.si qu'une O&lt;Uque
L 'aurore de Jeu comme un baptéme.

..
L'intérét d' «Androlite &gt;&gt; s'avére dans les images. Ce livre en est
~ic~ie a foison. L'auteur retourne l'oujetsous toutes ses faces, etcette
ms,stance, parfois un peu lente, impose une vision nette et comP_l~xe. Le~ procédés ~e construction de J. Portail sont la juxtapos1tion_ et l accumulat1~n. 11 ~n résulle une grande diversité, quelqu~ro1s n~én_ie de la d1&lt;;pers1on, comme dans un film cinématograph1~ue ou 1I y a tr?p de coupures. Portail ne cherche pas u
subJug_u er le Iecteu~ d un seul coup; il le trappe de coups successifs
et précrs. Cette mamére se révéle sur l'échelle de la simple phrase :
c·est encore aux cornlches du mont
Fa~onn.é, trt&amp;aé, gau,Jré, ruché,

Quelque nld see de béte ou d'hlronclelle....

Un autre exemple manifeste triplement ce procédé fonclamental :'
lme (la carrlére) regardail ~a jeune el tendre plerre
Qui, plus lard aux hatelnes de couleur des ltommes
Peu 4 peu daos rotmosph~re verte el bleue
Verdirai t, oieilllrait, bMmirait, bleuiNJ.it,
Mtriniée, par la maln des éléments
Et patinét par les pieds des morcheurs,

24

25

�JEAN HYTIER

Cor rodee par le feu des neiges,
Le still des pluies et des hrouillard1&lt;,
L'entaille oblique des avuses
Et le:i morsures du vent aboyeur.

Un poéte qui use, a ce point, de la juxtaposition use néces_sairement de la répétition. Le lecteur trouvera ainsi dans « Androhte&gt;1
maints thémes avec variatións. D'autres fois , l'ol&gt;jet repr-ésenté
devient un centre de vision ; il se fixe dans l'esprit du poéte et fait
rayonner plusieurs images:

J. PORTAIL ET ANDROLITE

Toute cette vigueur ne va pas sans gaucheries. 11 y a des scories
dans ce jaillissem.ent volcanique. On releve racilement des images
bizarres, déplaisantes, de mauvais gout. On sourit de lire que la
cloche de l'église « Cait l'amour avec Dieu ». II y a quelque naiveté a
écrire:
... Amdur. Flulde. Blectrolyge supreme
De deux corps qui ae dlssol\·enl run daus rautre...

L'aut.eurest malhabilea exprimeren ver~ le:5 pensées abstraites:
D'autres hommes

De hautes chem inéee de brique, •iole\tes
A quatr~ pans,
Couleur de sang caillé,
Elaient les obélisques terribles
De la cllé...
.•On dirait qu'elle souffie et respil'e
P~I' les gl'un&lt;ls fi.tts déhouchés
De ses cheminées...

..La ville e$l un chreur qui chante
P.. r les trompettes dressécs contre le eiel
De ;ies hautes chemlnees,
Elles sont les arbres de la ,·me, les tron1·~
Dont la sthe ardenle monte et s·exhale
A gros bouillons...

ll y a la, chez Portail, un étrange pouvoir qui le g·rise évidtmment. L'ivresse l'emporte méme quelquefois sur le gout :
Le rut du lravail de la villa en chaleur
Sans Lrhe a pro,·oqué
Toutes ces érec:tions de cheminées.

Ailleurs, par un phénoméne contraire, c'e~t l'image qui devient
centrale et insistan te; elle s'impose aux objets, s'épand sur eux :
La route est une courroie
Qui sangle et ralfermlt le village,
Dont les rues. rune apres rautre,
S"rimlncissent en lanléres percées de trou~,
S'etfllent en ruelles
Et piquent ca et la la chalr des maisons

Avec rardillon
Des raldlllons.

26

Et qui tous avaient
L'averslon du monde,
L'écteuremen t
De la vie en commun
Et la satiélé
De la sociél1t.

n est clair que l'auteur se donne tout entier. n est abondant
comme la carriére de son poéme; tous les matériaux n'y sont pas
d'égale valeur; c'est une richesse a JJrcndrn telle qu'elle est, sans
tri : je ne raís pas la petite bouche. Je sal ue en J . Portail plus un
créateur qu'un artiste. Plus puissant que délicat, on est cependant
heureusement surpris de le voir, de temps á autre, s'accorder ~u
milieu d'une ta.che rude et sévére une récréation gracieuse ; voyez
comme il peint une ronde de fllletles :
..•Elle s'élance,
Elle est échancrée, ajourée,
Ríen ne la relient
Et elle ne retient ríen,
Le vent y passe et repasse,
Et clapotante, écumante,
L'allégresse la traverse
Comme de l'eau dans un panie1· ..
-~-le rire la creuse au cent1·e
Comme un gretot,
Elle est uue corbeille légé re
Que la joie prend et souléve
Par ses naltes qui s'envolent,
Les tresses qui bon&lt;lissent,
Et l'anse souple et gracile
De ses dix paires de b1•as•..

27

�JEAN HYTIER

La ronde décrit des chiffres:
mte est un cercle qui s'allonge en zéro,
Puis un zéro qui s'étire comme un fruil,
Puis elle se hrl~e, se referme
El devienl la chatne sans fin
ll'un huit qui s'enlace 11utour d'un c hene.
Elle se coupe encore
Et s'elflle a ses bouls.
El de neu f _el de six
Enllse1·onne sa ns fin
Le ful d'un hélre neur.

•

« Androlite JI contribue, pour sa part, a la découverte de la matiére du nouveau classicisme. Portail posséde admirahlement le
sens de la vie moderne. n sait que l!i poé.sic se doit trouver dans les
choses ramiliéres, dans l'Univers qui nous touche directement, et
non pas dans la sphére abstraite, artificielle el creuse d'une inspiration poncive et exténuée. Aucun voile entre !'ame et le réel. Je
regrette de ne pouvoir citer tout ce que Portail dit s ur la ville, la
carriére, le reu, le mont, les cimetiéres... On ne songe plus a lui
reprocher ses i•ugosités, quand on pense aux élégances éca&gt;urantes
de tel poéte « distingué ». Portail ne prend pas des mines effarouchées pour peindre les réalités solides et brutales de la matiére. Il
s'r plonge avec la bel le ardeur d'un Verhaer:en.
« Androlite &gt;&gt; est un livre qui fait honneur u l'Unanimisme. Tels
passages expriment manifestement des sentiments et des mouvements collectifs :

J. PORTAIL ET ANDROLITE

• ••
Les seules réserves vraiment importaules que je rerai sur le
livre de Portail concernent la technique poétique. Trop peu souvent
on a l'impression d'un rylhme vigoureux et décisif. Quand l'auteur
y atteint, c'est qu'il se conforme, plus ou moins consciemment a la
technique moderne. Les effets d'opposition, entre métres longs et
brefs, pour lesquels Portail a manit'estement une prédilection, il les
retrouve,-a.it, avec plus de netteté, s'il adoptait le príncipe essentiel
de la mesure réguliére. J'ai bon espoir que Portail y arrive dans ses
ouvrages futurs (On attend impatiemment cette Océane qu'il annonce). I1 a trop le goút de l'arcllitectnre pour repousser une
~echnique organisée et organisalrice. Son vers parait, u chaque instant, s'approcher puis s'éloigner du nótre. 11 n'y a pas la quelque
ch ose de délilléi-é; l'inachévement de la forme, Portail ne l'a pas
v:oulu, mais subi. En en prenant conscience, il est probable qu'il
y rernédiera. 11 en retirera maints avantages, dont le moindre, et qui
ne s'obtient que par une discipline rigÓureuse, ne sera pas une certaine condensation qui manque a « Androlite »
Insisterai-je si longtemps sur un probléme de pure technique,
si celle--ci n 'étart trop généralement méconnue, et si l'ceuvre de
Portail ne me semblait si proche, par son esprit, par son ' souffle,
par son fond, de l'esthétique du nouveau Classicismet Installé au
cceur méme de la vie moderne, comme nous aimerions qu'un poéte
riche de tels dons ajoutíH a la plus vaste inspiration la forme qui
achéve et constitue, qui équilibre, et permet de durer.

JEAN HYTIER.

Comme au fond ct·une cave
La famille se reforme el caille chaque solr•..
!"ar

... Je Youdrais étre entralné
le courant soupfo et forl d'une route...

Mais le livre entier témoigne d'une maniere de voir collective. Et
merne quand l'auteur n'exprime que des réalités matérielles, il les
saisit, peut-on dire, globalement. C'est toute une partie de 1'Univer5
rnoderne qui nous est a insi rendue sensible.

28

29

�LE MOUTON BLANC

Noug serong lieureux d' affirmer ici
a partir du Nº 2

.

L'OPINION DU ''MOUTON BLANC"
--SUR - -

les livres
--&amp;SUR - -

les revues

QUI NOUS SERONT ENVOYÉS

30
La Cete-Saiat,André ( laére ). - Imp.

,IN!!LLI.

Le gérant : RRNE GAUD&amp;rR OY

�kmaulan Ha
ne publle que de l'lnédlt
CHA9UH NUMÉRO CONTIENT:
UN POEME OU !)NE PROSE;
UN GROUPE IMPORTANl' DE POEMES, TOUS DU MJ!ME AUTEUR;
UN't-: PROSE ;
"LA

oocrRINH DU MouroN 81.ANC ", NOrEs RlIDUI.IERES PAR

JHAN HYflER;

u:,.;E PAGE o'ERREURS Er UNE PAGE DE \"llRldS, SIG 'ÉES PAR ,NOS
CONT.EMPORAl'IIS;
UNE ÉTtJDE CRI flQUE SUR, UN MOU\'EMENT OU UNE QUESTION LITl'ÉRAIRES;
UNE ÉTUDE CRI flQUE SUR UN AU rEUR CONTEMPORAIN;
L'OPINIOS DU Mou l'ON Bt.ANC SUR LES Ll\"RES .ET LES RE\"UES.

PRIX POUR TOUS PAYS :
Le numéro . \. . . .. . . . .
2 Prancs

L'aboiuienient d'un

ltn.

20 Prancs

COLLABORE.NT AU MOUTO.V BLA.YC :
Gabriel Audisio, .Cha,.1,e,,. BoisH0n, _Geo,-ge., t'!!l.f'1111Priere
And,·é Cuisenier, Martlte lúquen•é, Pi.erre 1'i,vr,•
Paul Fieren.~, René GaudR,fi-oy. J-'ra11,; Hf'l.'P1u•
JeanHgtier,P·A. May, O. Mannoni, RenéMaublam·
1
•
'Jean Meunier, Henl'(J Petlot, Franci11 P0n!Je
J. Portail, Claude -André Pttf¡et
Jules Romains

ADRESSER TOUTE LA. CORRESPONDA~CE :

LYON

���</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>REVUE MENSUELLIC
PRIX:

2

FRANC&amp;

DifilE:.CTE:.UF? : PiE:Rfi&gt;E tAVRt:
RÉOACTEUF? EN CHEf : JEAN HYTiEF?

FRANZ HELLENS . . . . .
O. MANNONI. . . . . . . .
IEAN HYTIER .. .. . . ..

POÉMES POUR L'EAU SOMBRE . . . . • . . . • .
HISfOIRE DU NAIN BRIMBORION. • . . . . . . . •
LA DOCTRINE DU MOUTON BLANC . . . . . . . .

ERREURS DE . . . . . . . .

FRAN(¡~NOHAIN, CHARLES MÉRÉ, FLORIANpARMENTIER.. .. .. . . .. .. .. .. .. . . .
GEORGES CHENNEVIERE, IULE~ ROMAINS,
PAUL SOUDAY, CHARLES MAURRAS .. .. ..

VÉRITÉS DE. ...... ..
AGNUS, . . . . . . . .. ..
ANDRÉ CUISENIER . . . .

PALINOENESIES. .. .. .. .. . • .. .. .. . ..
LES ROMANS DE IULES ROMAINS. . • . • . . • . •

LES UVRES .... ....

ET LES REVUES . .. .. . . .. .. .. .. .. ..

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A

CENTÑA l.

'----,._ _ _ _.,:U:::·..!.A.~ • L______ _

est I' organe du classicisme moderne
publiera prochainement :
GEORGES CHENNEVIERE.
PAUL FIERENS .. . . .. ..
CLAUDE-ANDRÉ PUGET .•
FRANCIS PONGE
~PIERRE FAVRE ..
O. MANNONI. ..
FRANCIS PONGE
RENÉ MAUBLANC ..

GABRIEL AUDISIO .
ANDRÉ CUISENIER.
MARTHE ESOUERRÉ . .
JEAN MEUNIER. . . .

CHARLES BOISSON
JEAN HYTIER . . . .

LE CHANT DU VERGER
ODES
PENTE SUR LA MER
POÉMES
LA PRINCESSE IYRE
HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION
RÉFLEXION SUR ARICIE
ESSAI SUR GEORGES CHENNEVIÉRE, ESSAI SUR LES PRO·
POS D'ALAIN
L' ART ET LA PENSÉE POÉTIQUE
DE CHARLES VILDRAC
ETUDES SUR L'UNANIMISME
CROMEDEYRE-LE-YIEIL
MALLARMÉ ET LA SYNTAXE
ANGLAISE
LES MOUVEMENTS PARAS!·
TAIRES EN LITTÉRATURE.
L'ESTHÉTIQUE D'ANDRÉ GIDE.
... etc ...

Adresser directement
tout ce qui concerne
1• La Direction et I'Administration,
2&lt;&gt; La Rédaction -

a : Pierre

Favre,
4, Place des Terreaux, Lyon;

Manuscrits, Livres, Revues - a : Jean Hytier,
a Maupré, par Charolles (Saone-et.Loire).

T

OUT

a

l'opposé d'une prétendue tradition néo•classique

qui n'a d'autre idéal que l'imitation de formes périmées,
la doctrine du

" mouton blanc "
enlend, par le conlact direct avec la vie moderne daos ce qu'elle a
d'essenliel, renouveler les lhemes et l'inspiration, affirmer une lechnique
poélique, retrouver le seos de la forme achevée, rétablir un équilibre
daos. l'ceuvre d'arl, -

recréer un slyle.

Le romantisme a substitué a la matiere épuisée du classicisme du

XVII' siecle une partie de la matiere d' un classicisme nouveau, mais
saos réussir, laute de savoir organiser sa découverte,

a constituer

lui•

m@me une époque classique. Seuls, au milieu de cette renaissance
impulsive, des artistes plus conscienls comme Flauberl el Baudelaire,
arriverent

a discipliner la matiere romantique,

sinon moderne, el réali-

serent comme une préfiguration du classicisme futur. Mais, depuis eux,
le donné littéraire s'es! tellement enrichi, par l' apport m@me des événemenls, les révélations d'un précurseur comme Rimbaud, les expériences
techniques du symbolisme, l'elfort d'un Verhaeren, l'intuition d'un
Charles-Louis Philippe .. . qu'il faut reprendre la tSche

a pied d'ceuvre.

Alors que tout romantisme es! une dispersion anarchique et
personnelle, lout classicisme est une synthese spécifique, lruit d'une

�•

oeuvre commune et volontaire. 11 comporte une rénovation complete :
fond et forme, matiere et technique . · 11 vi~e
l'époque dans des oeuvres de style. -

a exprimer

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

l'essence de

La matiere du nouveau classi-

cisme, c'est la vie et l'homme modernes, conc;us aussi bien sous

I'aspee! des collectivités que sous I'apparence de l'individu - individu
tout différent, d' ailleurs, de celui qui constituait I' objet du classicisme

Poemes pour I'eau sombre

ancien. Cette représentation totale, profonde et harmonieuse, sera .

I'oeuvre du XX' siecle. Le classicisme moderne est né il y a environ

I

quinze ans; il a ses précurseurs, et déja ses premiers maitres. Tandis
qu'une lignée de prosateurs,
laient

a maintenir

ou

a la suite de France et de Barres, travail-

a restaurer le

HOMME

sentiment de la perfection, tandis

qu'un Claudel, ou un Proust poursuivaientla découvertede la matiere,

J'a.i peor et

d' autres qui représentent le nouvel équilibre, ajoutaient aleur révélation
prolonde de l'objet une organisation pleinement classique:

Le

meilleur hommage que nous pmss1ons rendre

maitres comme

a ceux

du XVII' siecle -

Je ne sui.s plus fatigué,

J' ai rcprÍ.s les ramcs,

Jules

Romains, André Gide, Georges Chenneviere ...

a

ces

je .mis gai,

Aucune peine Jan.s mon ame

Et cepcndant

j'ai pcur.

Je tremble et rien ne trouble
Mon bonbeur ;
Chaque ombre en moi se double

sous l'invocation du

D' une darté meilleure,

E, cependant je tremble.

mou ton blanc qui jadis servait d' enseigne au cabaret ou
se réunissaient Racine, La Fontaine, Molie,e et Boileau. -. sera

11

d'assurer, selons nos moyens, l'établissement dé6nitil d'un classicisme
moderne et des vérités esthétiques qui en sont

a la fois l'expression'et

condition. Une telle oeuvre n'est pas de celles qui s'improvisent en
quelques années,

a la

maniere de ces mouvements artistiques, lugitifs

comnle des modes, dont notre époque a pris l'habitude. Ce ne sera pas
trop peut-etre de tout un siecle et de la bonne et forte volonté de
plusieurs générations pour l'accomplir honorablement.

FEMME

la

J' autres femmes
Viendront peut-Ctre fe parlcr;

Ecoute,

Si

tu le veme, écoute-lc.s,
Elles n' atteindront pas ton 3.me.
Je me souvicns, je me sui.s vue
Dans le miro ir J'un beau jour :

J'étais

dc.stini!e

Et j'é~aÍ•

al' amour

tout~ nue .

Je le sa.Ü, aussi bien qu\l Íera da.ir
AprC:.s la nuit san., lune,
Tu le.s lai&amp;&amp;eras une a une,
Elles ne .sa uront pas te plairc.

I

�FRANZ HELLENS

D'autres Íemmes pourront venir
Et te parler tout has;
Mais aucune ne te Jira
Ce que j'ai su te Jire.

III

HOMME
Ma vie est désorma.is sonore
Comme l'air Ju printemps.
Un merle a chanté, un coq chante encore 1
Est-ce en mon ame, est-ce ailleurs ?
Je n'ai jamais aimé tant
Ni soup~onné pareille aurore.

L'aÍr est tendu comme une harpe.
Mon Dieu, 1'aimerai-je aujourd'hui 1
Son ame tremble dans les arhres,
Je l'entends briller, je la vois c1anter,
Elle est sonore, elle reluit,
Comme les veines d'une harpe.
Je sens le printemps dans mes cordes.
Jamais je ne l'aimerai mieux 1
Elle danse nue au seuil de la porte,
T oute la route est dans ses yeux,
Et e'est en elle que s' accorde
Le fol inconnu noir et bleu 1

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

Je viens Je loin, ne vois-tu pu?
Regarde mes yeux verts et tenJres :
Toutes les brumes, tous les glas,
Tu peux les voir et les entendre
Dans mes yeux verts, et tous les pas
Depuis les a.ges que j'avance.
Je suis celle qui :commence
Et qui pourtant vient de tr~s loin,
La nuit dilate mes pupJlcs,
Je n'ai pas peur, ;'aime la vie.

J'ai vu la reine Je Saba,
J'étais aux noces Je Cana ;
J en'ai pas peur des grandes marche,.
J 'ai dansé devant l'arche
Avec David,
J'ai trempé dans la Íontaine
Ou le grand Pan ,e baignc
Mes yeux avides.
Tu voi.s, je viens de loin,
Je n'ai pas peur,
Ríen ne m' arrcte,
Je commence.
Je n'ai pas peur, ;'ouvre les mains,
J'offre la tete
Au vent qui vient 1
Je

IV
FEMME
Tu vois, je n'ai pa. peur,
Rien ne m' arrcte,
Je n'ai pu peur, j' aime la vie,
J'ai toutes ses couleurs dans: mes pupilles
Et toutes ses rumeurs dans ma tete.

2

sui, celle J'1ier et de Jcmain.

J'ai. traversé tous les chemins

De Chypre et de J udée.
J'ai pris tous les parÍums,
T ous les onguents, les hennés hruna,
San, quema peau ,e ,oit r.Ídée.
Je suis Íraí'.che comme le vcnt,
Et sombre comme l'eau,
F ugitive et paienne.

3

�FRANZ HELLENS

Mon ame eat dans le vent
Qui fauche les tombeaux,
Paienne et plw anciem:1.e.

POEMES POUR L'EAU SOMBRE

Si tu hésites, laisse.
Tout ce qui gronde cu moi,
Je ne le Jonne qu' une fois 1

V

VII

HOMME

HOMME

Oh quelle angoi.sse, quJle dure
Et pure angoisse me fait mal ;
Je ne respire qu'avec peine
Et meme le bien me fait mal.
1

Je n ai pas faim, mais ;' ai grand soif
De tout, de rien, et je suis ivre
Sans avoir bu, sans que ma soif
Me fasse regretter de vivre.

VI
FEMME
Prends cette main rebelie
Et cette houche qui ne dit
Que la moitié de ce qu'elle
Pourrait Jire.

Déja. le ciel est plein de l 'énorme tcmpéte,
Le vent semé par nous, rapide et Jur,
S'est levé cette nuit Ju sol obscur
Et touche maintenant le soleil Je la tete.
Un tourbillon rude et mortel, né du hasard,
gonflé cette nuit Ju souHl.e de nos ames;
La tcrre est déchirée et le ciel est en flamme,,
Et ce fracas est né du feu de deux regards.

S'est

Nous n'avons pas haissé les yeu.x devant la foudre
Et nous n'avons pas voulu Ju ciel bleu;
Nos cceurs sont faits pour semer le grain ténébreu,x
Comme la meule est faite pour le moudre.

VIII
HOMME
Je n'ai ni portes ni f enetres,
Je suis muré en toi,
Et j'ai croisé mes mains
Pour mieux te voir et te counaitre;

Ma bouche est cruelle,
Mes yeux sont maudits,
Mon ame eat pire.

Si
Si

tu ne crains pas ce qui brule,
ton amour devant rien ne recule,
Prends cette main rebelle,
Lo feu maudit Je ce regare!
Et ces levres mortelles.
Demain sera trop tarJ.
J' ignore les promea.ses.

4

Je ne suis ríen qu'un peu Je- chaír
Qui se tient immobile,
Avec une ame toute pleine,
Un ceeur ardent et des yeux clairs.
Ma place est désormais marquée,
Le ciment noÍr Je la douleur
.M.'a pour toujours fucé

5

�FRANZ HELLENS

O. MANNONI

Dan.1 un caveau Je ta mo.1quée.

Je ne demande qu'a. rever
A la splendeur Je ta nature ;
Cette omhre n' est pas trop ohacu.re
Pour que je puis.se m'élever,

Histoire du Nain Brimborion
PREMIER FRAGMENT

Ni cette

chrypte trop profonde
1
Pour que j' entende jusqu a moi
Descendre cette voix
Qui vibre au cceur Ju monde.

IX
FEMME
Apr~s tous ce.1 Jéparts, tous ces matins,
Le soir est b, sen, mes deux mains;
Et tout ce temp.1 que j' ai cherché 1
Que la fatigue me parJonne. ·
Sens mes Jeux mains que j'abanJonne,
V oís mes c1eveux tressés ;
Ma robe est large et j'ai laissé
Un peu de chaira tous le, ages.
GliHe ta main .1ur mon visage,
Tu sentiras ses pfu profonrls,
Et cette veine ,ur mon f ront
Que le vent fou Íit se gonfl.er
Et qui ne veut pas s'en aller.
PrenJs mea Jeux maÍn8, sens mes yeux gros ;
Pour ton orgueil, voici ma plainte,
Pour ta souffrance mes sanglots,
A cleux genoux et le.1 maina jointes.
FRANZ HELLENS.

6

Comment Brimhorion, engendré par un roí déja mort, naquit

J'une

E.lle encore vierge.

Le Roi Adolphe avait a l'entour de quarante et sept ans quand il
prit a femme la princesse Cunégonde. 11 n'eut pas le temps d'assister en
personne a son mariage, car c'était pendant les grandes guerres et il ne
voulait commettre en d'autres mains que les siennes propres le soin de
conduire ses armées a la victoire. Il manda vers la princesse quatre
ambassadeurs, tous bien de leur personne, dont l'un portait l'anneau de
mariage, le second le contrat, le troisieme une lettre et le quatrieme une
fleur de lys. Mais la fleur de lys se fana durant le chemin, ce qui était de
mauvais présage.
Le mariage fut célébré avec beaucoup de pompe, cependant que le
Roi Adolphe amassait lauriers sur lauriers. Il livrait une bataille qui
devait étre décisive quand les ambassadeurs lui revinrent. Le premier
portait un anneau envoyé ar la nouvelle reine, le second le contrat
signé et parafé, le troisieme une rose en bouton, le quatrieme le portrait
de la reine par le peintre de la cour.
Le roi mit l'anneau a l'annulaire, le contrat dans sa poche, la rose
~ son chapeau et ordonna de découvrir le tableau qui était voilé de
velours cramoisi. Mais avant qu'on ne l'eut fait, une pierre d'artillerie
réduisit en miettes le portrait de la reine et navra le roi malement aux
deux genoux. Ah, s'écria-t-il, je meurs, et je n'ai pas vu le visage de
mon épouse, fftt-ce en peinture.
Il y avait pour lors aux armées un fort habile chirurgien appelé
mattre Tagliandi, originaire de Milan, qui en savait sur les navrances et
blessures plus qu'aucun homme de son temps. Il lava les plaies du roí
avec une infusion d'arnica et autres plantes vulnéraires et lui fit un
beau pansement de la chemise d'un arbalétrier.
Les hommes d'armes voulurent venger leur prince et la bataille
ayant soudain repris, les ennemis furent écrasés. Mais le lendemain les

7

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

jambes du roi étaient noires et puantes, et maitre Tagliandi conseilla au
chapelain qu'il priat pour leur commun Maltre, disant que des lors toutc
espérance se devait remettre entre les mains de celui qui ressuscita Lazare
sentant déja.
Cependant la nouvellc Reine qui, avec un train magnifique, approchait ,iu camp royal ou1t parler de la grande victoire qui faisait du roi
¡¡on mari un nouvel Alcxandre ou quelque César pour le moins; elle en
ordonna de doublcr les étapcs. Une vieille sorciere du nom de Crapaudinc l'accompagnait. La reine portait ason col un talisman donné par la
sorciere; c'était une pelote de verre filé de Venise avec, au milicu, un
~il de rainette, et la pelotte devait se briser le jour que le roi serait
infidele a la reine sa femme.
Comme Cunégonde arrivait au camp, le roi se mourut. Cunégondc,
trouvant un cadavrc mal odorant en place du jeune roi victorieux qu'elle
s'était figuré, ne versa cependant nulle larme, car, ne l'ayant point connu,
elle ne l'avait pu aimer. Mais elle eut peur de ne pas rester reine et dit
sculement: Plut au ciel, du moins, que j'eusse corn;:u de lui.
Mattre Tagliandi, songeant que le cadavre était encore chaud, que
le Roi avait été continent par force durant cette longue guerre, chaussa
ses lunettes doctorales et mit son bonnet carré, disant qu'il était temps
cncore de faire plus de rois ni de princes qu'il n'en était dans l'almanach.
N onobstant les remontrances du chapelain et le baragoin de la sorciere,
il ouvrit les ventricules spermatiques de sa majesté Adolphe, et avec un
long et fin roseau qu'il appelai t en grec se ringue et canule en latin, il
aspira et insufla a la reine grandement émue un peu du liquide qui donne
la vie.
Comme il restait grande abondance de semence royale et qu'il eut
tcnu a crime de lese majesté de la laisser perdre, il l'injecta par moitié a
une suivante de la Reine, Mademoiselle Thérésa de Bombessa, et a une
fille simple d'esprit, nommée Marie, qui aidait a soigner le Roi. Et il
cut pour lui les vieux maréchaux qui approuverent, disant que le Roi
l'cut bien fait, s'il eu.t été vif. Mais au moment que Maltre Tagliandi
s'occupait de la suivante et de Marie, la pelote de verre que la reine
portait au cou éclata avec beaucoup de bruit, et la reine se sentit triste,
songcant que feu son mari la trompait le jour méme de ses noccs.

La sorciere fit un sortilege pour savoir si sa mattresse était enceintc,
et il se trouva que non. Cependant elle lui conseilla de prétendre que
oui, de garnir ses vétements d'étoupe et de foin durant neuf mois, disant

8

O. MANNONI

que, le terme venu, il ne serait pas malaisé de trouver un enfant nouveau
né, et qui serait prince. Et la reine, un mois apres, ayant enlevé un peu
de paille a sa paillasse dit a ses suivantes, avec un sourire honteux,
qu'elle était grosse. Et il y eut des messes &lt;lites pour le bien de sa
grossesse.
La suivante Thérésa n'était pas plus enceinte que la reine, mais prit
pour le devenir un autre moyen, s'y employant avec un homme d'armes
du nom d'Hamelin et qui était puissant ribaud. Mais ils furent surpris
par une servante qui en fit des comes, si bien que Thérésa en eut la jau1üsse et une fausse couche qui la tint deux mois au lit.
Quant a Marie la Simplesse, ainsi l'appelait-on communément, elle
était entrée dans un couvent dont la supérieur&lt;! ne tarda guere a s'apercevoir qu'elle était grosse et la fit vi si ter par les matrones. Et les matrones
trouverent qu'elle était grosse en effet, mais aussi qu'elle était pucelle et
criercnt au miracle. Et il vint des pélerins de tous les pays pour la voir
et emporter de ses reliques, et déja ne l'appelait-on plus autrement que
la Vierge Marie, et disait l'on que Jésus-Christ allait revenir sur la terre.
Mais les théologiens disaient que non. D'aucuns, méme, citant SaintJ ean, opinaient pour l'Antéchrist.
Le pape enfin craignant un schisme et s'étant assuré que la grossesse
non plus que la virginité n'étaient controuvées manda la bulle Si quaedam virgo ou il était dit que la grossesse de Marie la Simplesse devait
etre imputée a sorcellerie. Et Marie quina le couvent de nuit, et se
refugia dans un petit hameau ou le curé ne lisait pas les bulles du Pape
et ou on ne la reconnut pas. Elle n'osait dire en effet que sa grossesse
était d'origine royale, car la reine l'avait menacée de mort si elle en
soufflait mot. De plus elle tenait elle méme pour peu catholique la fa~on
dont elle avait con~u et pour un sorcier le savantisslme Tagliandi.
· Cependant la reine, qui portait des robes de plus en plus larges et
garnies de chiffons tremblait qu'on ne connót un jour la vérité touchant
le b~tard de Marie la Simplesse, et elle pria la sorciere de le faire mourir
a sa naissance par envotitement, ou d'obtenir du moins par quelque
sortilege que ce fut une filie. Mais la sorciere, ayant consulté ses tarots,
déclara que l'un non plus que l'autre ne se pouvait, par ce que c'était fils
de vierge ; mais qu'il resterait nain toute sa vie . Et le meme jour, a
minuit, ayant cueilli de la mandragorc, elle fit un philtre a cet effet.
Quelques semaines plus tard, la reine faisait passer pour son fils le
nouveau né d'un pauvre cordonnier nommé Michel et le faisait baptiscr
Adolphe. Le meme jour, Marie la Simplesse accouchait d'un fils qu'elle

�FRANZ HELLENS

O. MANNONI

Dan.1 un caveau Je ta mo.1quée.

Je ne demande qu'a. rever
A la splendeur Je ta nature ;
Cette omhre n' est pas trop ohacu.re
Pour que je puis.se m'élever,

Histoire du Nain Brimborion
PREMIER FRAGMENT

Ni cette

chrypte trop profonde
1
Pour que j' entende jusqu a moi
Descendre cette voix
Qui vibre au cceur Ju monde.

IX
FEMME
Apr~s tous ce.1 Jéparts, tous ces matins,
Le soir est b, sen, mes deux mains;
Et tout ce temp.1 que j' ai cherché 1
Que la fatigue me parJonne. ·
Sens mes Jeux mains que j'abanJonne,
V oís mes c1eveux tressés ;
Ma robe est large et j'ai laissé
Un peu de chaira tous le, ages.
GliHe ta main .1ur mon visage,
Tu sentiras ses pfu profonrls,
Et cette veine ,ur mon f ront
Que le vent fou Íit se gonfl.er
Et qui ne veut pas s'en aller.
PrenJs mea Jeux maÍn8, sens mes yeux gros ;
Pour ton orgueil, voici ma plainte,
Pour ta souffrance mes sanglots,
A cleux genoux et le.1 maina jointes.
FRANZ HELLENS.

6

Comment Brimhorion, engendré par un roí déja mort, naquit

J'une

E.lle encore vierge.

Le Roi Adolphe avait a l'entour de quarante et sept ans quand il
prit a femme la princesse Cunégonde. 11 n'eut pas le temps d'assister en
personne a son mariage, car c'était pendant les grandes guerres et il ne
voulait commettre en d'autres mains que les siennes propres le soin de
conduire ses armées a la victoire. Il manda vers la princesse quatre
ambassadeurs, tous bien de leur personne, dont l'un portait l'anneau de
mariage, le second le contrat, le troisieme une lettre et le quatrieme une
fleur de lys. Mais la fleur de lys se fana durant le chemin, ce qui était de
mauvais présage.
Le mariage fut célébré avec beaucoup de pompe, cependant que le
Roi Adolphe amassait lauriers sur lauriers. Il livrait une bataille qui
devait étre décisive quand les ambassadeurs lui revinrent. Le premier
portait un anneau envoyé ar la nouvelle reine, le second le contrat
signé et parafé, le troisieme une rose en bouton, le quatrieme le portrait
de la reine par le peintre de la cour.
Le roi mit l'anneau a l'annulaire, le contrat dans sa poche, la rose
~ son chapeau et ordonna de découvrir le tableau qui était voilé de
velours cramoisi. Mais avant qu'on ne l'eut fait, une pierre d'artillerie
réduisit en miettes le portrait de la reine et navra le roi malement aux
deux genoux. Ah, s'écria-t-il, je meurs, et je n'ai pas vu le visage de
mon épouse, fftt-ce en peinture.
Il y avait pour lors aux armées un fort habile chirurgien appelé
mattre Tagliandi, originaire de Milan, qui en savait sur les navrances et
blessures plus qu'aucun homme de son temps. Il lava les plaies du roí
avec une infusion d'arnica et autres plantes vulnéraires et lui fit un
beau pansement de la chemise d'un arbalétrier.
Les hommes d'armes voulurent venger leur prince et la bataille
ayant soudain repris, les ennemis furent écrasés. Mais le lendemain les

7

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

jambes du roi étaient noires et puantes, et maitre Tagliandi conseilla au
chapelain qu'il priat pour leur commun Maltre, disant que des lors toutc
espérance se devait remettre entre les mains de celui qui ressuscita Lazare
sentant déja.
Cependant la nouvellc Reine qui, avec un train magnifique, approchait ,iu camp royal ou1t parler de la grande victoire qui faisait du roi
¡¡on mari un nouvel Alcxandre ou quelque César pour le moins; elle en
ordonna de doublcr les étapcs. Une vieille sorciere du nom de Crapaudinc l'accompagnait. La reine portait ason col un talisman donné par la
sorciere; c'était une pelote de verre filé de Venise avec, au milicu, un
~il de rainette, et la pelotte devait se briser le jour que le roi serait
infidele a la reine sa femme.
Comme Cunégonde arrivait au camp, le roi se mourut. Cunégondc,
trouvant un cadavrc mal odorant en place du jeune roi victorieux qu'elle
s'était figuré, ne versa cependant nulle larme, car, ne l'ayant point connu,
elle ne l'avait pu aimer. Mais elle eut peur de ne pas rester reine et dit
sculement: Plut au ciel, du moins, que j'eusse corn;:u de lui.
Mattre Tagliandi, songeant que le cadavre était encore chaud, que
le Roi avait été continent par force durant cette longue guerre, chaussa
ses lunettes doctorales et mit son bonnet carré, disant qu'il était temps
cncore de faire plus de rois ni de princes qu'il n'en était dans l'almanach.
N onobstant les remontrances du chapelain et le baragoin de la sorciere,
il ouvrit les ventricules spermatiques de sa majesté Adolphe, et avec un
long et fin roseau qu'il appelai t en grec se ringue et canule en latin, il
aspira et insufla a la reine grandement émue un peu du liquide qui donne
la vie.
Comme il restait grande abondance de semence royale et qu'il eut
tcnu a crime de lese majesté de la laisser perdre, il l'injecta par moitié a
une suivante de la Reine, Mademoiselle Thérésa de Bombessa, et a une
fille simple d'esprit, nommée Marie, qui aidait a soigner le Roi. Et il
cut pour lui les vieux maréchaux qui approuverent, disant que le Roi
l'cut bien fait, s'il eu.t été vif. Mais au moment que Maltre Tagliandi
s'occupait de la suivante et de Marie, la pelote de verre que la reine
portait au cou éclata avec beaucoup de bruit, et la reine se sentit triste,
songcant que feu son mari la trompait le jour méme de ses noccs.

La sorciere fit un sortilege pour savoir si sa mattresse était enceintc,
et il se trouva que non. Cependant elle lui conseilla de prétendre que
oui, de garnir ses vétements d'étoupe et de foin durant neuf mois, disant

8

O. MANNONI

que, le terme venu, il ne serait pas malaisé de trouver un enfant nouveau
né, et qui serait prince. Et la reine, un mois apres, ayant enlevé un peu
de paille a sa paillasse dit a ses suivantes, avec un sourire honteux,
qu'elle était grosse. Et il y eut des messes &lt;lites pour le bien de sa
grossesse.
La suivante Thérésa n'était pas plus enceinte que la reine, mais prit
pour le devenir un autre moyen, s'y employant avec un homme d'armes
du nom d'Hamelin et qui était puissant ribaud. Mais ils furent surpris
par une servante qui en fit des comes, si bien que Thérésa en eut la jau1üsse et une fausse couche qui la tint deux mois au lit.
Quant a Marie la Simplesse, ainsi l'appelait-on communément, elle
était entrée dans un couvent dont la supérieur&lt;! ne tarda guere a s'apercevoir qu'elle était grosse et la fit vi si ter par les matrones. Et les matrones
trouverent qu'elle était grosse en effet, mais aussi qu'elle était pucelle et
criercnt au miracle. Et il vint des pélerins de tous les pays pour la voir
et emporter de ses reliques, et déja ne l'appelait-on plus autrement que
la Vierge Marie, et disait l'on que Jésus-Christ allait revenir sur la terre.
Mais les théologiens disaient que non. D'aucuns, méme, citant SaintJ ean, opinaient pour l'Antéchrist.
Le pape enfin craignant un schisme et s'étant assuré que la grossesse
non plus que la virginité n'étaient controuvées manda la bulle Si quaedam virgo ou il était dit que la grossesse de Marie la Simplesse devait
etre imputée a sorcellerie. Et Marie quina le couvent de nuit, et se
refugia dans un petit hameau ou le curé ne lisait pas les bulles du Pape
et ou on ne la reconnut pas. Elle n'osait dire en effet que sa grossesse
était d'origine royale, car la reine l'avait menacée de mort si elle en
soufflait mot. De plus elle tenait elle méme pour peu catholique la fa~on
dont elle avait con~u et pour un sorcier le savantisslme Tagliandi.
· Cependant la reine, qui portait des robes de plus en plus larges et
garnies de chiffons tremblait qu'on ne connót un jour la vérité touchant
le b~tard de Marie la Simplesse, et elle pria la sorciere de le faire mourir
a sa naissance par envotitement, ou d'obtenir du moins par quelque
sortilege que ce fut une filie. Mais la sorciere, ayant consulté ses tarots,
déclara que l'un non plus que l'autre ne se pouvait, par ce que c'était fils
de vierge ; mais qu'il resterait nain toute sa vie . Et le meme jour, a
minuit, ayant cueilli de la mandragorc, elle fit un philtre a cet effet.
Quelques semaines plus tard, la reine faisait passer pour son fils le
nouveau né d'un pauvre cordonnier nommé Michel et le faisait baptiscr
Adolphe. Le meme jour, Marie la Simplesse accouchait d'un fils qu'elle

�HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

O. MANNONI

ne fit pas baptiser, et auquel, dans sa joie et sa pauvreté d'esprit elle ne
trouva d'autre nom que Brimborion.
Le petit gars;on du cordonnier était le plus laid que l'on pOt se
figurer. II était né velu comme ua ours, louche, et le nez en pied de
marmite. Néanmoins toutes les dames de la cour crierent qu'il était
beau sans parangon et une vieille douairiere déclara qu'elle avait vu feu
le roi son pere au berceau et que l'un était l'autre tout craché. Mais elle
rougit, se reprit, et dit qu'elle était trop jeune pour l'époque, mais qu'on
le lui avait décrit.
Tout au contraire Brimborion était un bel et gros enfant bien
ressemblant au roi Adolphe. Mais quand les pretres surent qu'il était né
un fils a Marie la Simplesse, ils l'allerent trouver et lui demanderent le
nom du pere.
La simplesse n'ayant su que répondre, les pretres hocherent la téte,
et le bruit se répandit que Marie avait couché avec le diable sous la forme
d'un bouc noir, et l'on parlait déja d'une belle flambée, avec du latin.
Alors la nouvelle accouchée enveloppa Brimborion dans ses bardes, et
s'en alla loin des hommes, dans les montagnes sauvages, parmi les ours
et les loups. Et l'on raconta dans le pays que le diable l' avait emportée
durant un orage qu'il a vait fait cette nuit la.
Au bout de deux mois, Brimborion cessa de grandir ; il avait juste
deux pieds de haut. Marie ne s'en affligea pas, et meme elle rendit grace
a Dieu, disant: Seigneur mon Dieu, vous m'avez cboisie emmi toutes
les femmes pour me faire un don que vous n'avez daigné faire a aucune.
Car il est vrai qu'a beaucoup de femmes vous donnez des fils selon leur
désir, mais ils grandissent et quittent leur mere pour guerroyer et voyager. Tandis qu'a moi votre bumble servante, vous avez donné Brimborion qui ne grandira pas, qui ne me quittera pas, que je porterai toujours
dans mes bras. qui sera éternellement mon petit enfant.
Ainsi parlait Marie, parce qu'elle était simple d'esprit, et si les
hommes des villages avaient pu l'entendre, il se seraient gaussés d'elle.
Mais elle les avait oubliés, et son creur était plein de joie.

Les hommes, de leur cóté oublierent la vierge qui avait enfanté, mais
on racontait dans les villages qu'une sorciere bantait les montagnes et
que des voyageurs fourvoyés l'avaient rencontrée, accompagnée d'un nain
tout nu qui sautait de rocher en rocher. Et ceux qui avaient vu ces choses
en parlaiem avec tant de terreur que nul ne se souciait d'aller voir s'ils
disaient vrai.
Quelques jours avant la date fixée pour le sacre, le prince Adolpbe,
qui avait alors treize ans, étant a courre un sanglier dans les montagnes
y fit la rencontre du nain tout nu, qui le regardait gravement, immobile,
les poings sur les hanches, ses longs cbeveux noirs trainant derriere lui
dans les ronces. Les gens du roi, connaissant les fables des villages,
s'enfuirent au galop, ne laissant la que le prince, un piqueur et le nain.
Le piqueur fit le signe de la croix et, saisissant le nain qui mordait griffait et burlait, le roula dans son manteau et l'emporta sur son cheval.
Mais pour la premiere fois ie sanglier échappa, ce dont le prince fut tout
marri, si bien que le piqueur lui demanda la permission de reporter le
nain ou il l'avait pris, disant qu'il leur portait malheur. Mais le prince
fut d'avis, au contraire, qu'il fallait que cette capture le consolat de l'autre,
et qu'ainsi du moins il ne rentrerait pas bredouille.
Marie la simplesse entendit de loin le bruit de la chasse et se tint
coite daos les rochers jusqu'a ce qu'il eut cessé. Quand les momagnes
furent revenues au silence, elle appela Brimborion. Sa voix, a cause de
la disposition des rochers, s'enflait jusqu'a la vallée, mais Brimborion
ne répondit pas. Elle le chercha tout le soir, dans les cavernes et les
halliers, le long du lit des torrents. Quand elle comprit qu'il avait été
enlevé par ceux d'en bas, elle poussa un grand cri, et se précipita
vers la vallée, sautant de pierre en pierre, pers;ant les fourrés, jetant ,;a et
la ses bras en courant, et les paysans, qui, revenant de leur travail,
l'apers;urent ainsi daos le soleil couchant, avec ses longs cheveux flottant
derriere elle et sa robe de feuilles sauvages, en eurent tant de frayeur
qu'ils n'oserent en dire mot a leur femme ni surtout a leurs petits.
Comme vous savez que la femme la plus rusée, en de telles circonstances, perd sens et mesure et agit comme une bete, ainsi Marie la Simplesse, qui n'avait aucune malice, entra dans le premier village qu'elle
encontra, criant que, pour l'amour de Dieu, on lui rendlt son petit enfam.
Les paysans s'enfuirent d'abord, et la femme des montagnes, seule dans
le cimetiere, au pied de l'église enténébrée, se lamentait ainsi qu'elle
avait vu faire les loups, les nuits de pleine lune. Le curé, a sa fenetre, la
regardait en tremblant, agitant un rameau de huis béni et soufflant du
latin. Mais le fossoyeur qui craignait les revenants et non les sorcieres'

Marie et le nain s-on fils vécurent a la maniere des bétes sauvages,
mangeant des falnes et des racines ; Brimborion apprit aussi a épier les
animaux et a les engeigner. Bien qu'ils n'eussent ni feu ni abri, comme
leur esprit était simple et leur corps sain, ils ne se croyaient pas malheureux, et, chaque soir, Marie remerciait le ciel qui l'avait franchie des
hommes.

IO

1

11

�JEAN HYTIER

HISTOIRE DU NAIN BRIMBORION

vint a elle avec un lacet dont elle se laissa lier les poignets. Et les
hommes, ayant appris qu'elle était liée et soumise, en firent une grosse
risée et descendirent la voir.
Le curé lui dit avec bonté de se confesser, l'assurant de !:absoudre,
et la priant qu'elle avouat tous les crimes, quelque grands qu 1ls fussent,
la miséricorde divine étant infiniment plus grande.
.
La Simplesse confessa honteusement quelques peccadilles de sa ieunesse, et réclama derechef son enfant. Mais le pretre, h?~hant la tete,
la fit vetir par sa senante d'une robe a manches plus chrettenne que son
vetement de feuilles et mener chez le maréchal, ou on la tortura. Elle
avoua alors le Diable, le bouc noir le saLbat et les c~voOte~ents. Et les
hommes qui avaient perdu des parents ou des besttaux lu1 en demandaient compte et lui crachaient au visage.
Le curé cepcndant !'aspergea d'eau bénite, prono~c;a les paro)~~ de
l'exorcisme et lui donna l'absolmion, l'assurant qu'.etant confessee et
repentie elle irait droit au ciel. Puis les hommes la m1rent da~s la chaudiere, et on alluma le feu. Le petits enfants du village, dansa1ent autour
de la marmite se tenan t la main et chantant :

La Doctrine du Mouton Blanc
Symbolisme et Classicisme Moderne

a

La difficulté qu'a toujours eue la critique définir le mouvement
symboliste manifeste son anarchie fonciere et la multiplicité des tendances qu'il recouvre. C'est proprement un sur-romantisme, ou un
romantisme au second degré. La liberté dans I' art, réclamée par les
romantiques, mais d'une maniere plus polémique que profonde, et
avec la reconnaissance plus ou moins avancée des grandes lois esthétiques, conduisait déja a la constitution d'esthétiques personnelles,
un régionalisme, mais encere fédéral, en littérature. Le phénomene
s'aggrave avec le symbolisme ; c'est le morcellement érigé en príncipe; ce n' est plus un régionalisme, mais un particularisme jaloux et
nquiet. Ainsi s' est accentué du Romantisme nos jours une dispersion maintenant voisine du néant, et dont le symptome le plus évident
a été l'impuissance du vers-libre a se constituer. 11 y a eu presqu'autant
de vers-libres que de vers-libristes. Comme il était a prévoir, la confusion s'est augmentée par la création de mille écoles transitoires,
essentiellement constituées par un individu et quelques complaisances;
dix ans apres, personne n' en sait plus le nom. Seul, l'Unanimisme a
réussi a persister, a s'accrottre et a s'approfondir, iustement parce
qu'il constituait un effort contraire a la dispersion, parce qu'il était un
mouvement constructeur, et que loin de borner, comme les chapelles,
son ambition conserver strictement son petit coin d'originalité, il ne
trouvait rien dans le monde qu'il ne dut englober un jour. 11 mettait fin
tout le mouvement post-symboliste, symboliste et romantique, et
inaugurait un nouveau mouvement classique qui va s'accentuer au
cours du siecle.

a

a

En,otcelle-nous, sorciere,
Poivre sel et cornicbon ;
Te voila dan, la chaudiere
Ion Jan \aire
Te voila dan• le chaudron
Ion lan Ion.

La Simplesse, liée dans la marmite, jusqu'au cou dans l'eau _déja
fumante, voyait danser tous ces petits enfan~s! ~t elle se senta1t ~-e
· l'amour pour l'un deux, le! plus méchant, et qm e~an_ bossu, parce qu 11
lui rappelait Brimborion. Elle ne cría ni ne se ~la1gn_1t, souffrant bonnement la mort, parce que le curé lui avait prom1s le c1el.

O. MANNONI

a

a

a

Ainsi le classicisme moderne s'oppose tout ce qui I' a précédé
depuis un siecle. Mais il ne lui jette pas pour cela I'anatheme. Et
meme cette vaste et trouble Renaissance dont il se dégage, il la
déclare nécessaire, il en fait une condition de son avenement. 11 faut,

12

13

�LA DOCTRINE DU « MOUTON BLANC

»

en effet, que la matiere de I'art se renouvelle périodiquement. Les
grandes époques classiques comme le XVII• siecle épuisent le
donné littéraire qui leur est offert; une nouvelle matiere doit etre mise
au jour, et c'est par mille efforts divergents, plus souvent aveugles
qu'éclairés, que se révele enfin peu a peu le domaine ou un classicisme nouveau viendra instaurer son ordre. Nous n'avons pas a renier
les carriers qui ont extrait les matériaux souvent grandioses, bien
qu'encare bruts, dont nous voulons construire la maison ; iustement
parce que nous nous opposons aux essais instinctifs pour affirmer une
architecture consciente, nous jugerons équitablement ces artisans
involontaires dont plusieurs furent des maitres admirables qui tenterent
déja d'esquisser I'ordre au milieu du chaos. Nous profiterons de toutes
les expériences. Mais il est temps, avec ceux qui depuis quinze ans
I'ont voulu et commencé, de continuer sans relache et sans défaillance
le classicisme moderne. Ce classicisme doit se prouver. C'est en le
faisant que nous le prouverons.

JEAN HYTIER

HENRY BATAILLE
11 commeni;a comme un poete. Puis, incapable de résister aux
sollicitations du succes, i1 écrivit vingt pieces illisibles, sans style,
sans vérité, sans art. En proie a un désordre émotionnel intense, il
brassa aveuglément des idées généreuses, de la psychologie amorphe,
des theses inconsistantes, du lyrisme de casino, des ficelles de mélodrame, du pathétique de feuilleton et de I'esthétique mondaine, avec
un sens totalement obnubilé de la réalité. Dans ses préfaces aux
journaux, il essayait rageusement de se persuader du contraire. 11 dut
souffrir terriblement de I'opinion ou du silence de ceux dont seule
I'approbation a1Jrait pu luí donner le calme et la confiance, de ceux
dont il n'avait pas su faire ses pairs. Ouelque chose de pur et d'ancien le jugeait au fond de lui. Sa race lui reprochait une trahison. Et
sa haine pour la critique, qu'était-ce done que la conscience de sa
déchéance 7 11 avait assez de talent pour savoir qu'il n'en avait plus.
JEAN HYTIER.

Travaux de Déblaiement

EDMOND ROSTAND
11 exemplifie les ravages de I'erreur esthétique dans une ame
généreuse. Sa plus grande originalité fut de tirer des effets de ce
qu'habituellement on nomme maladresse, gaucherie, manque, raté,
claudication, mauvais gout... Emphatique et mievre, il aurait monté
l'infini en épingle de cravate, sonné la charge sur le mirliton. 11 prit
la pointe pour I'esprit, la iactance pour la noblesse, le chic pour
I'élégance, le pétillement pour le lyrisme. Ses images meme ont I'air
de calembours. La nature n' est plus chez lui qu'un décor. Tout a perdu
sa substance. lngénieux et sans génie, sinon dans I'a peu pres, il
calamistra soigneusement pour ses pieces quelques commis-voyageurs
de l'idéal. Dans sa boutique : « Aux cent mille pastiches ,. ou tout ce
qui luit n'est pas or, il enseignait prestement, avec des cartes emprunt
ées, a faire des réussites.

15

�ERREURS

•

ERREURS
EJmonJ RostanJ son reuv re Jemeurera sur le, sommet&amp; de
notre littérature... - un Jes granJs noms Je la poésie frani;:ai,e ... ce grañcl mouvement, ce souffl.e proJigieux, qui nous secoue, qui nous
emporte, qui notu lais,e houleversés et émerveillés ... - Rostand est
tout de meme le •eul poete qui, apre, et depuis Hugo, nous donne
l'impres,ion de prendre sa suite, d' etre de sa classe.
FRANC-NOHAIN.

Il n'y a rien Je plus pres J'une tragédie de Racine qu une piece
de Bataille.
CHARLES MÉRÉ.

•.. La pblodoxie et l'inconséquence unanimistes ont beaucoup contrihué a la ruine de la doctrine dans les eaprits les mieux disposés a luí
faire accueil.

VERITES

VÉRITÉS
L'anarcbe littéraire a Íait son temps. Il Íaut aujourd'hui reconstruize tous les genres littéraire.s, l'épopée comme le roman, le Jrame comme
le pocme, .san.s tenir compte des mauvai.ses ohjections que J'on peut accumuler contre la nécea.sité J'un dassicisme moderne, ou, ,i le mot vous
effraie, d'une école approp~ée a notre époque.
GEORGES CHENNEVIERE.

Le.s nouveaux poetes vont contÍnuer avec Je nouvelles ressource,
1'effort de création organique qui a marqué le Jébut du siecle et qui doit
s'étendre sur le siecle entier en dépit de crises plus ou moins violentes
mais passageres. Ríen n'empechera que le XX.e siecle soit un siecle
J'organisation, de construction comme le Íurent, chacun a leur Íai;:on, le
XIJie et XVlle. Et dans cette grande reuvre l'esprit poétique jouera un
role essentiel.
JULES ROMAINS.

• •
Meme dans le choix de sa technique, M. Jules Romains ,'e,t
manifestement inspiré du docteur Le Bon .

... La postérité ... n'admire que les ceuvres Je grand style, et laisse les
autres aux érudits, comme simples documents.
PAUL SOUDAY.

•

• •
Ün e.stima Ínsupportable la contrainte Je d ouze volumes sur un

motif qui comportait tout au plus le développement d ' un poeme.

•
• •
La Íortune Je

1'unanimi.sme a

été en somme assez éphémere.

FLORIAN-PARMENTIER.

16

TI n'y a pas deux ryt~es, deux arts,_ deux heautés,, l'une, c~assique,
l' autre romantique. Il n y a pas un Jemt-chceur de poetes b_erus se rattachant au type classique, et un demi;chceur de po_etes maud1ts se ~attachant au type romantique. 11 y a 1erreur esthét1que du ,ro~a~hsme,
liberté du poete, asservissement du poeme, dont les ecr1vam~ du
Jix-huiticme et du dix-neuvieme siecles ont tous souffert et dont 1ls se
sont affranchis Jans des mesures tres inégales a proportion de leur génie et
de leur bonheur.
CHARLES MAURRAS.

�AGNUS

•

•

P ALINGENESIES

pas comme fui /'art de produire des vers brillants et finis, approchant
de la pureté de ceux de Racine. »

Palingénésies
Yoici comment, en 1835, M. André Thérive appréciait les tentatives
littéraires de ses contemporains. M. André Thérive existait en 1835
sous le nom de M. Odolant-Desnos.
Sur Víctor HUGO : .. Trop confiélnt dans ses forces, il a pensé
pouvoir, non pas devenir /e nouve/ atlas de notre ancienne littérature,
mais /e créateur áune nouvelle... Dans sa tragédie d'Hernani, il est
tres rare de pouvoir trouver deux vers passables de suite; tandis qu'a
chaque page, on rencontre des enjambements inadmissibles, et des
mots áune trivialité du plus mauvais goílt... Ce qu'il y a de plus
désolant dans M. Víctor Hugo, c'est de voir que sa volonté seu/e
commet /es fautes qu'i/ seme expres dans ses ouvrages; el/es
n'échappent point a son instruction... ; lorsqu'i/ veut suivre une autre
voie, il la seme de beautés du premie, ordre. Ainsi... on trouve peu de
choses a critique, dans /e fragment suivant de son Ode sur la statue
de Henri 1\1 :

Sur Casimir DELAVIGNE: « Son style, pur comme celui de Racine,
a néanmoins plus de chaleur que celui de ce grand maitre.

1

On trouve aussi dans M. Casimir Lavigne des vers heureux
frappés souvent au cachet des maximes; ainsi sont /es suivants :

1

Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance...
Oue la patrie est belle au moment qu'on la quitte !...
Tout doit mourir, tout doit changer;
Un culte meme est passager... »

Sur les vers de CHATEAUBRIAND : « Des lors, ce grand génie
commen~ait déja, mais lentement, a corriger son style, et /'on conna!t
de /ui quelques vers bien frappés. Sa définition de la foret est tres
belle... :
Foret silencieuse, aimable solitude,
Oue j'aime a parcourir votre ombrage ignoré! "

Nous publierons une autre fois I'opinion de M. André Thérive, en

1835, sur les prosateurs du temps.

Assis pres de la Seine, en mes douleurs ameres,
Je me disais : la Seine arrose encore lvri,
Et les flots sont passés ou, du temps de nos peres,
Se peignaient les traits de Henri.

•
• •
A la meme époque, Guillaume /\pollinaire s'amusait déja aux
Calligrammes. Mais, n'étant pas encore assez expert dans cet art, il
se dissimulait sous le pseudonyme de M. Bres. 11 voulait, suivant
M. André Thérive, « forcer la typographie a rendre sa pensée en
meme temps que sa phrase » :
de.
pi

Chacun /e rappelle franchement de tout creur dans la route de /a
bonne littérature, route qu'i/ connait si bien et dans laquelle il est si
brillant quand il veut bien s' y retrouver. ,.
Sur les vers d'Alfred de MUSSET : « a f exemple de M. Víctor Hugo,
i/ fes fait mauvais avec intention. •
Sur LAMARTINE et Casimir DELAVIGNE : « Le chantre des
Méditations poétiques est monté á un seul vol au sommet du Parnasse
fran~ais, et la, donnant la main a M. Casimir Lavigne (sic), il s'y
est emparé avec fui des premieres places... S'il (Lamartine) a /e génie
de la composition plus étendu que celui-ci (Delavigne), il ne possede

ra

tant; il devient
mon

'

en

Le chemin va

�le

Les Romans de Jules Romains

vois de
ce lieu élevé
l'arbre de Beauregard
qui domine tout l'ho
rizon d1.,1 pays
limousin;
che
ne
fa
meux
dans la contrée.

Lucienne porte a six le nombre des romans, contes ou groupes de
contes de Jules Romains. Nous pouvons done, des maintenant, jeter un
regard d'ensemble sur cette partie de son reuvre.

•*•
Rappelons d'abord, dans l'ordre de publication, le sujet de chacun
des livres.

Le chemin
des
cend
et
me
conduit
au bord d'un
ruisseau.
go
pont

Uti

ce

que

de

sur

che

l'on

I'ar

de

l'apen;ois

écumeuse.

•

. ..

ANDR~ CUISENIER

•

AGNUS

BRÉS

Ouant a M. Alfred Poizat, il endormit successivement les
générations sous les noms tragiques de Campistron, de Claude
Guimard de la Touche et de Luce de Lancival. (Les savants bien
informés prétendent que M. Alfred Mortier ne serait que le double
pour ainsi dire métapsychique, de M. Alfred Poizat.)
AGNUS

LE BouRG RIÍGÉNÉRÉ. - Une inscription, mise dans un urinoir par
un nouvel habitant, secoue un bourg inerte, et détermine en lui des
troubles nombreux, variés, profonds, qui le regénerent.
MoRT DE QuELQU'UN. - La mort d'un mécanicien, retraité et solitaire, émeut a Paris toute sa maison, arracbe du village natal son vieux
pere, détermine des formes éphémeres d'existence qui atteignent leur
plus haute intensité au cortege funebre, puis se défont peu a peu, par
la mort des vieux parents et l'oubli progressif des autres hommes.
LES CoPAINS. - Un groupe de copains, apres de copieuses libations
et la consultation d'un somnambule, imagine une série de mystifications
qui secouent une caserne, une église, une place publique, la population
entiere de deux petites villes, puis va, en pleine montagne, célébrer son
triomphe par un repas solennel.
SUR LES QUAIS DE LA VrLLETTE. - Les buveurs d'un cabaret de la
Villette, en échangeant leurs souvenirs sur le 1" mai 1906, le 1e' mai 1907
et autres évenements ou incidents, montrent comment ils ont éprouvé
le pouvoir d'un groupe sur un homme, ou d'un homme sur un groupe.
DoNoGoo-ToNiu. - La réclame faite par un mystificateur et un
banquier véreux autour d'une ville fictive, qu'un géographe en chambre
a située au centre d'une prétendue région aurifere, détermine, par le
monde entier, des mouvements d'aventuriers qui aboutissent a la découverte d'or et a la fondation réelle de la ville.
Luc1ENNE. - Dans une famille provinciale ou les deux sreurs sont
également éprises d'un cousin indifférent, l'arrivée d'une nouvelle maitresse de piano, Lucienne, détermine des changements profonds, qui
aboutissent al'amour soudain du jeune homme et de Lucienne.

21

20

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS
ANDR~ CUISENIER
On voit déja, par ce seul aperc;u, quelques-uns des caracteres communs a ces récits. D'abord ils sont, au plein sens du mot, réalistes.
Romains ne raconte pas d'aventures romanesques. Méme a ses plus
énormes mystifications, le Rut d'Ambert, la Destruction d'Issoire, la
Charge des autobus, il donne une base solide : l'auditoire dans l'église,
la place publique un jour de fete, le faubourg un jour de greve. 11 ne
fait pas non plus reuvre d'érudition, et de reconstitution historique.
En fin il ne construir pas de romans a these et ne tient pas, a la faveu r
d'une intrigue amoureuse, a nous donner son avis sur les diverses questions du jour. Bref, il ne cherche ni a s'évader du réel, ni a le déformer,
mais simplement a le représenter te! qu'il est, te! que nous tous pouvons
le voir, si nous regardons ingénument et, selon le mot de Ch. L. Philippe, comme des barbares. Et pour le rcprésenter ainsi, il n'a pas
besoin de modeles extraordinaires, il n'a pas a recourir a des scandales
mondains, des exploits d'apaches ou des danses negres. Il ne trouve
utile de nous entralner ni aux antipodes, ni dans les milieux qui ont
encore écbappé aux enquétes minutieuses des observateurs professionnels. ll Iui suffit, a l'auberge, dans la rue, dans sa maison, de regarder
le premier personnage qui se présente, si banal paraisse-t-il. Et sans
chercher plus loin, il en fait le héros d'une, ou rnéme plusieurs de ses
histoires.
De tels récits sont naturellement simples. Romains ne prétend pas,
dans ses six petits livres, tracer le tableau d'une société entiere, a la
fac;on de Balzac, Zola ou Tolstor, et, a travers les ramifications d'innombrables personnages, montrer le jeu complexe des forces naturelles
et sociales. Il ne cherche pas non plus, comme Flaubert, a suivre le
développement continu d'une existence, et condenser daos l'histoire
d'un de ses héros l'histoire de toute sa génération. Il se contente, au
contraire, d'actions simplu et peu chargée1 de matiere, la fac;on des écrivains classiques. 11 clarifie, allege et surtout unifie. La transformation
d'un village, qui était un épisode dans le Médecin de campagne ou le
Curé de village de Balzac, devient l'unique sujet du Bourg régénéi-é. Le
lancement d'une entreprise, qui se compliquait d'une médiocre histoire
amoureuse dans le Bonheur du dame, de Zola, ou d'innombrables épisodes dans l'exubérant Trust de Paul Adam, devient l'unique sujet de
Donogoo-Tonka. Toute action épisodique est écartée, et le récit, meme
s'il semble prendre son temps et se mettre lentement en route, ne se
laisse entratner a aucun détour et va droit au but.

a

1.

a

Ces récits simples, et qui plongent dans le réel, ont entre eux une
ressemblance frappante. Des le premier aperc;u, on peut les ramener a

22

~

é::;:~:n;

B
é é éré Mort de Quelqu'un et Donogoo-Tonka,
deux 7pes. Da~~
(fait ou idée) et en suit, pas a pas, dans
Romams parlt u
le développement et la propagation. Daos les
l'espace et e temps,
.
·
·
l.
1 prépa. S l
. d la Villette et Lucienne, il su1t pas" pas a
Copaim, ur es quau e . b
uement éclate Et ces deux sones de
ration d'un évenemen,t qu1l' rusq Q e l'évcne~ent soit au commencerécits se completent l une _autre. u a la fin comme dans Je second;
ment, com?"e dans le prem1er tyf~,¡c~ater ou' qu'en éclatant il se proqu'il se prepare lentement avan
s' que ce qui fait le sujet véri, · d' ndes nous constaton
page par une_ sen,c o
'
nt cet évenement se préparc ou se protable du réc1t, c est la fac;o~ do 'ºl
ºt a travers les individus et les
page, autrement dit le _tra¡et qu t
Romains dans ses romans et
groupes. C'est sur ce tra¡et qubeºlse p ace iºe'es qui lui révelent, entre les
· l l'gnes
1
mo 1 es et var
,
comes.
. . II en 1sutt es
s des rapports nouvea ux d'ou il tire toute une
ind1v1dus et es groupe , . .
.
d, ge également de ses autres
. .
d
d Cette v1s1on qui se ega
.
v1s1on
u
mon
e.
.
enu
d'appeler l'unanim1sme.
ceuvres, est ce qu'il est désorma1s conv

tUI

•*•
.
résentc les groupes comme des étres
On sait que Romams se rep
.
et meme comme les seuls
1 ou moins de consc1ence,
.
.
v1vants, ayant p us
é h les individus que par un arttfice
étres réels, dont on ne peut d tac er . • (ce sera l'ob¡ºet d'une autre
.
N
ouvons entrer 1c1
d'abstractton. ous ne P
d
. .
Rappelons-en du moins, a
étude) dans le détail de ce genre e v1s1~n.
propos des romans, les principaux caracteres.
.
'
turellement
Romams
est
D'abord c'est une visi_o1~ d ' e?s,em bles. N ªes
Sans remonter
a la nplus
pas le premier écrivain qui ~1t traite des gFroaunpce. au x1x• siecle, de nom. · ·
eut lu1 trouver en r
,
haute anuqutte, on P
b
llent a rattacher leurs personbreux devanciers. Balzac et F~al_u ert e~cle· la pension de famille, le vila un ffil teu SOCia •
nages a un groupe ou .
d
rtains romans de Zola, les groupes,
lage, la petite ville, Pans. Et _ansdce
utés le cortege de grévistes
B
le Magasm e nouvea
,
.
tels que la ourse,
. •paux personnages. Ma1s les
, . bl
t meme 1es pnnc1
deviennent de venta es, e
a ropos des individus, ou s1,.
romanciers voient encore les grou~eds' p eux-m~mes ils n'y réusis.
d les cons1 erer en
•
comme Zola, ils essayent e
.
f
tºque du réel par un effort
sformauon antas 1
•
sent qu~ p~r une_ tran
hez Romains. La vision des groupes en
d'hallucmatton. R1en de te~ c urelle et se fait sans effort. 11 se transtant que groupes est chez lu1 n~t 1 ;s contemporains, daos ce nouvel
te d'emblée comme les socio ogu
~;;re de grand;urs. Ainsi dans le Bourg régénéré :

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

ANDM CUISENIER

« La ci_té dormai~, a plat ventre sur un pays agricole, dont elle SUfait
et absorba1t le travail au cours de béates digestions » (p. 20).
« Le bourg n'élait qu 'un parasite, une voracité et
(p. :u).

une stérilité »

« S!I vie sans remous ftagnait au-tour de quelques ilots. lls GVaient

beau_ co~tituer les cen~res et les points de jonction des forces , elles n'y
par&lt;!1ssa,cnt guere moms atténuées qu'ailleurs. C'étaient l'église, qui
faisait graviter vers elle la plupart des f emmes; le bazar, dont to u tes
les ámes d'r.nfants dépendaient; des cafés, principalement le café de la
MGirie, ou se réunissait une quantité d'hommes; dans le haut quartier,
IG maison de tolérance. Puis des centres périodiques : le marché du
jeudi, qui n'était qu'un acle régulier d'absorption; le.:; séances du Conseil
municipal; des dtners, suivis de causeries qui assemblaient plusieurs
famiiles influentes, et résumaient l'état d'esprit collectif. L'énergie d'une
ville se mesure au nombre et a la taille des groupes qu'elle suscite en
elle pour s'y condenser. CMz le bourg, ils élaient rores et mesquins »
(p. 23).
« Pendan! un an le bourg s'est acharné a ramper de l'est vers l'ouest.
Comme un arbre qui voudrait se déraciner, il /orce pour s'arracher au
monticule qiii supporte la place Haute; il laisse se dessécher toutes ces
rues escarpées et tranquil/es; il n'en prend presque plus conscience.
Vers l'ouest, il s'étire jusqu 'a se couper en deux. ll s'épaissit autour des
usines : la briqueterie et la tuilerie rue de la Gare, la scierie sur un
chemi11¡ parallele. Un quartier populeux, avec des maisons et des voies
rectilignes, enveloppe les fabriques de sa masse croissante. L'ancienne
nsine a gaz, que le bourg ne percevait pas, car elle se cacho.it d deux
kilometres, dans un repli du sol, iZ l'atteint, la saisit, la joint a son
corps par une troinée d'habitations » (p. 71).

Dans tous ces passages, le bourg se présente a nous, comme a tout
spectateur qui le regarderait du haut d'une colline, et en observerait les
mouvements ainsi que ceux d'une ruche ou d'une fourmiliere.
Mais Romains ne se contente pas de prendre, du haut de la colline,
une vue générale qui resterait lointaine. 11 pénetre a l'intérieur de
!'ensemble, pour le saisir par « une .•arte de perception immédiate. » Ainsi il
arrive au visiteur du Bourg régénété « d'apercevofr a la (oís une fenétre oit
langui11aient dea rideaux brodél, une boutique de pátisserie, un bec de.gaz,
la far;ade d'un édifi,:e public. ll s'intéi·e,sait bien au feu des couleur·s et des
lignes, d l' arrangement des apparences; mais il sentait surtout les r·apports
intéi-ieur1 qui, comme des nerfs invisibles, unissent profondément ces chose, ,
(p. 20). Cette perception est une sorte de collaboration entre celui qui
pen;oit et l'objet per,;:u :
" Le soleil avait aactement ce qu'il fallait de calme froi.s, d'aisance,
de limpiditi! surannée pour que le bourg eut l'extérieur qui convenait
le mieux a sa psychologie et, sans feindre une attitllde, fit surgir chez

son visiteur des pP.nsées individuelles correspondant le mieu.x possible
sentiments d'étre collectif » (p. 18).

a s,s

Et c'est généralement le promeneur, le voyageur ou celui qui vient
d'avoir un soudain bonheur qui, parce qu'ils regardent avec un reil plus
désintéressé, et en se soumettant le mieux aux influences des forces,
arrivent a la perception la plus riche :
« Un voyagcur, au sortir de la gare , prendru ¡uste les rues ou la ville
se révele et qui sont l'axe de son áme; il /era les détours nécessaires; il
s'arrétera a certains carrefours ; il découvrira te centre de gravité et s'y
attardel".l plus qu'en fo¡¡t autre point. Personne ne l'ouro guidé, personne
n 'aurait été capable de le guider ainsi. ll aura du ce succes a son instincl,
a la chance ou a quelque faveur mystérieuse. Le soir, quand il remontera
tn watr-Jn, il possedera une idée essentielle de la ville; il en saura sur
elle presque autant qu'elle, et nul individu au monde n'aura encore refu
d'elle de si completes confidences ». (BouRG RÉGÉNÉRÉ, p. 19).
&lt;&lt; Done, je regardais avec appétit et confiance. Je vouiais profiter de
ma disposition favorable. Trop de fois, me disais-je, entre les choses et
moi, j'ai Zaissé régner un voile qui les éloigne et les fait mentir, u ce
point qu'ime barre de fer me semble alors d'uM consistance douteuse el
d'une matiere sans durée. Aujourd'hui, je le.~ sens bien présentes, bien
réelles, carrément plantées en face de moi, et pourtant amies de moi. Je
me réjouis de l'air de pténitude qu'elles ont. J'ai envie de penser qu'elles
sont combles, et que, si leur surface reluit, ce n'est pa.s d'ttre flattée par
la lumiere, ni t'ue par des yeux contents, c'est d'étre tendue par la chair
trop fournie qui est en dessous ». (LucrENNE, p. 12).

Il s'établit ainsi, par cette perception immédiate, un rapport nouveau
entre l'homme et les choses. Celles-ci ne sont plus seulement, comme
chez tant de romanciers, un décor que l'on pourrait supprimer sans
inconvénient. Elles ne sont pas, comme les intérieurs de Balzac, le
reflet et la traduction d'un caractere. Elles n'agissent pas mécaniquement sur l'homme, comme chez les romanciers disciples de Taine.
Elles révelent sans défiance les dispositions les plus secretes de l'univers.
Et elles le font, précisément parce que le spectateur, le promeneur
qui les regarde d'une fac;on désintéressée ne cherche pas, pour des raisons pratiques ( 1 ), a les isoler, a les décomposer artificiellement. Elles
se présentent a lui toutes ensemble, et l'unanimisme, comme le bergsonisme, est une vision totale. Celui qui est dans une chambre « sent que le,
murs ne sont pa, une limite, qu'ils relient la piece exiguif d une cho,e plu1
va,te qu'ils luí tt·ansmettent la pression de tout ce qui est derriere eux &gt;
' régénéré, p. 28). On peut done, a toute heure et en tout heu,
.
(Bourg
(1) G. BERGSON. -

Mati~re et Mémoire, chapitre I et conclurion.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

méme le plus désert, éprouver ce genre de v1S1on. 11 ne résulte pas,
comme chez certains philosophes, d'une conception panthéiste qui dissout l'individu dans l'univers, ou, comme chez les mystiques, d'une
communion sentimentale avec lui. C'est une sorte de toucher, un contact direct, comme par une antenne, avec toutes les ondes qui passent :
« C'était un de ces quartiers que nous aimons tant, vastes, tristes et
forts , otl rien n'est apparence, otl tout existe avec vérité et concentration
ou les puissances les plus secretes de l'univers vont et viennent en plein;
rue, parce que personne n'est la qui. les épie. Tu sai$ ? Des maisons pas
tres hautes, et irrégulieres, des cheminées d'usine, un grand mur sans
Jen~tres et sans a/fiches, un bistrot rouge au b(ts d'un Miel meublé, et
surtout une présence continue, un :souffle qui n'en Jinit pa:s, une rumeur
pareille a tin horizon ». (LEs CoPA1Ns, p. 120-121).

Et c'est une réponse aux plus lointains appels :
« Mais le plu:s gra,id frisson, c'était sur la ville qu 'il passait, a cause
de l'heure et du ciel. Et il n 'y avait pas de lieu otl on le conntlt avec plus
de majesté que sur le boulevard désert.
« ll arrivait, ample et lent; ses ondes affluaient !'une derriere l'autre;
les _saccades et le:s spasmes avaient eu le -temps de s'y fondre et de s'y
apa,ser ; les mouvements notieu:c s'étaient résolus en chemin.
« Le jeune homme participait de tout son creur a cette émotion. D'un
centre invisible, des cercles bienfaisants se dilataient jusqu'a lui ...

« ll éprouvait mieu:c qu 'un autre cette poussét que faisait ta ville;

il la receooit contre son flanc droit; elle sembfo.it intense et répé!ée ;
c'étail comme une pulsation; !'O.me la laissait entrer et la transformait
en paroles con/uses qui réclamaient un nouveau destin ». (MonT DE
QUELQU 1UN, p. 211·213).

Réponse qui vient du plus profond de l'étre et qui établit un
rythme commun entre l'homme et les choses, en cette pré1ence continue
d'ou nul objet, méme le plus lointain, n'est exclu.
On voit, par ces quelques remarques, combien est riche ce genre de
vision, et a quel point il serait inexact de renfermer Romains daos une
spécialité, méme la plus vaste. Tout au plus peut-on saisir chez lui, du
Bourg régénéré a Lucienne, une tendance de plus en plus forte a passer
de l'arrangement de, apparence, aux rapport1 intérieur,. Mais rien de plus
naturel que ce mouvement d'une expérience qui s'enrichit, et qui, selon
le programme qu'il s'était tracé des son premier article du Pen,eur (r},
(ex~rimer moins le décor que le sens profond de la vie modeme),
l'onente de plus en plus vers l'étude de la vie intérieure.
(r) Les Sentiments unanimes et la Poésie, avril rgo5.

ANDRE CUISENIER

Nous prenons les termes de vie intérieure au seos le plus large et
désignons ainsi la vie des groupes aussi bien que celle des individus,
puisque c'est le propre de Romains de ne pas concevoir les uns saos les
autres, et de chercher tous les rapports qui peuvent mutuellement les
unir. Nous avons done maintenant a saisir, du dedans, la diversité des
étres qu'il anime. La encore, nous devons nous borner a un aperc;u
sommaire.
Nous trouvons naturellement, au point de départ, une représentation de la vie des groupes répondant a la vision que Romains en a prise
du dehors. Elle n'est pas sans analogie avec celle des sociologues. Mais
tandis que ceux-ci considerent surtout, en savants, des groupes stables,
la famille, la profession, la cité, dont ils cherchent a dégager les caracteres généraux, Romains considere surtout des groupes en mouvement,
dont il cherche a saisir l'individualité fuyante. ll les étudie done de préférence a leur naissance, dans leurs transformations, et a leur mort. 11
suit, dans Mort de Quelqu'un, Le, Copaim et Sur le, quai, de la Villette,
les manifestations, faibles ou puissantes, de leur vie élémentaire. Qu'il
nous suffise ici d'en noter deux aspects. Leur naissance est peut-étre ce
qui nous donne l'image la plus directe et la plus précise de la création :
c'est un groupement brusque autour d'un évenement, réel ou idéal, que
se représentent une ou plusieurs consciences :
« Les clairons reprennent. Des voix commandent. Une masse
s'ébranle. ll se fait un vide dans le fond de la place, comme dans u,i
corps de pompe. La Joule de deu:c rues est aspirée avec un sifflement.
Mais les deu:c rues, a leur tour, aspiren! le reste de la ville. La multitude
se ramasse, se canalise, afflue, con/Lue, Ambert existe, d'un jet ». (Les
CoPAINS, p. 185).
« Nous sommes saisis d'une émotion singuliere; nous ne pouvon,
détacher nos yeuz de cette petite troupe serrée aut?ur du poteau; de cette
chose naissante et inquiete dont le poteau prononce le nom ». (DoNocoo
ToNIA, p. 95).

Et la conscience que les groupes prennent, sous l'action magique
de la parole, de leur individualité et de leurs limites, nous donne peut
~tre aussi l'image la plus claire d'un étre a·la fois « intérieur et supérieur
a nous &gt;, d'un étre divin :
« Les copains étaient envahis par un sentiment singulier, qui n'avait
po.s de nom, mais qui leur donnait des ordres, qui aigeait d'euz une
satisjaction soudaine; on ne sait quoi qui ressemblaii a un besoin d 'unité
absolue et de conscience absolue.
&lt;t lls en arrivtrent a comprendre qu 'ils voulaient certainu paroles,
qu'ils seraient ussouvi:s par une voix.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS
ANDM CUISENIER
« Si plosieurs chosu n 'itaient pas ditu cetle nuit mime, il seroit
jamais trop tara pour les dire.

e

« Si plusieurs chosu rülles n'ltaient pas contestüs et mani/uUu,
elles seroient d jamais pcrdues.
« 11 y avait Id vraiment un besoin vital; on ne pouvait pas ruser avec
lui, ni l'endormir, ni lui en promettre, car il empruntait quelque chose
d'impatient d, l'idü mime de la mort ». (LEs CoPAms, p. 243-244; S également la fin, p. 249-251).

Ainsi la vie unanime, des ses formes les plus simples, révele l'action
créatrice de la pensée, et l'efficacité de son instrument décisif, qui se
trouve étre, par un singulier rajeunissement des vieux mythes, la
parole.
La pensée ne crée pas seulement les groupes réels, qui plongent
dans la matiere et les événements. Elle crée aussi des étres imaginaires, qui tirent leur force uniquement des groupes qui les pensent.
Ces1 ce que les sociologues appellent les représentations collectives,
qui, par leurs ditférentes variétés, et notamment celle des mythes religieux, ou dans l'histoire de l'humanité une considérable importance.
C'est ce qu'Anatole France a illustré par un exemple mémorable, celui
de Putois, ce jardinier imaginaire dont les méfaits troublerent toute
une petite ville. Romains nous en donne, A son tour, des exemples
variés, et ce qui restait, chez les sociologues, une interprétation savante
de l'histoire, ou ce qui paraissait, chez France, simplement ironique,
devient, dans l'unanimisme, une expression directe de la vie intérieure.
C'est un fait, que nous existons non seulement par nous-mémes, mais
aussi par ceux qui nous pensent. Le plus célebre, comme le plus obscur
des hommes existent plus ou moins, selon les grouqes plus ou moins
nombreux ou leur existence pénetre, et ce trajet qu'elle suit a travers les
Ames est sans doute l'image la plus précise que nous pouvons nous faire
de la gloire et de la survie:
u ll ne tenait plus au cadavre par une 1eule /ibre. Entiirement libfré
de cette chair, et la laissait couvrir dans le cercueil. Et il se multipliait
pour peupler cent corps vivants ». (MoaT DB QvBLQu'UN, p. 167).

« Le cortege passa de son allure naturelle. Ses; hommu /rémissaient
d'orgueil et de joie. Le mort leur sembla une chose terrible ; ils l'aimerent avec vénfratio11, comme un dieu qu'on poutde, et ils s'identi/ierent
,i lui » tfbid. , p. 178).

Et ce trajet qu'un étre, méme mort, suit a traveu les !mea, une
idée, méme factice, produit d'une erreur ou d'une mystification ( 1),
(r) Cl. Tu1BAUDF.T. -

peut aussi bien le suivre. Elle peut se nourrir, se fortifier de tous les
groupes réels ou elle pénetre, renforcer l'unité et la conscience de ces
grnupes, et méme déterminer des groupements nouveaux :
u lis ,e turent pour lais1er l'idü lu remplir peu d peu. .(1ri, 1ur Leur,
caiue,, en cercle, ils penchaient le cou, et ils ovaient l'oir de fixer un
mime point du sol. L'idü pétillait Id, a1.1 centre du groupe, et te, quclre
e,prit, luilaient par cet unique royonnement.
« Comme, alentour, les autre, hommes dorm11ient; comme tou, lu
autru hommes étaient une pous,iere de rivts, il n 'y avait plu1 qu '1111C
idü qui vtilldt dans la ville ». (Bou11.c RicÉNfú, p. 43).

Elle peut aussi, et mieux encore que les groupes réels qui sont
éphémeres, briser les cloisons qui séparent les Ames individuelles, se
m~ler a leurs pensées les plus secretes, a leurs souvenirs et a leurs
son ges. Un contact, un perpétuel va-et-vient s'établ~t e~tre Ie_s pensé s
7
individuelles et les pensées collectives, et par son aguauon anime la vte
intérieure.
Les groupes et les représentations collectives remplissent les individus, mais ceux-ci peuvent les utiliser, les méditer, les tran~former a
leur gré. Les psychologues et les sociologues,_act~~ls ne ~ro1ent ylui;,
comme ceux de la génération précédente, que 1 md1v1du son une simple
résultante des forces sociales, un automate 1pi1-ituel qui met le, pa, dan,
le, pa, de ,e, prédéce1&amp;eur1 (1 ), une victime des crises politiq~es et _éc~nomiques, déchirée par des cas de conscience plus ou moms art1fic1~ls.
Des penseurs comme Mreterlin~k, Bergson et Freud, de~ romanc1ers
comme André Gide et Marce! Proust se font une concepuon beaucoup
plus souple et nuancée de la vie individuelle.
Et avec eux, Romains se la représente, méme sous ses aspects quotidiens comme un courant de pemée1 d'une diversité infinie, et que tous
les élé~ents que nous venons de démontrer contribuent a enrichir.
Par le dialogue in::essant qu'elle poursuit a~ec les_ choses, p~r la force
des groupes qu'elle conce~t~e en elle _pour s ~n fat~e un ma~1que po~voir, par le courant des idees collecttv~s qui la penetrent, 1 Ame md1:
viduelle se fortifie de toutes les forces, vibre a tous les mouvements qui
traversent le monde. De la ces ramifications, ces enchevétrements de
pensées qui courent toutes ensemble et que nous ~ésitons d'habitud a
7
percevoir a la fois, mais que l'analyse de Lucienne met en pleme
lumiere:
« J'l1714ginai une longue rue amfricaine, des maison, de ciment, de
mital et de céramique, au:c murs entierement lavables. Et sans perdre un

Nouvelle Revue Fran~ise, juillet 1921, p. 89-9r.
(r) BAllllES. -

Amori et dolori sacr1.1m, le 2 nov,,mbre en Lorraine.

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�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

mot de ce qu.e !tfarthe allail me dire, sans cesser d'élre allenlive au~
singuliers mouvements de torsion qui tui parcouraient le cou et le buste,
au point de sentir qu 'ils usayaient de se continuer m moi-mlme, et que
certains de mu muscles cachú les imitaient dtjiJ., je pousuivis avec
insiltanu ma réverie fortuite. Tout en haut de mon esprit, une ,orte de
Umoin considérait mu de~ suites de pensées, les rapprochaif l'une de
l'autre, lu entrela9(lit avec un inuplicable plaisir, et refusail malicieu&amp;e•
ment de donner ta préférence d l'une du deuz ». (LucI&amp;lfflll, p. 103).

Mais, par delA cette diversité, l'Ame peut se rassembler et prendre
son élan vers les grandes exaltations. La beauté (1) et l'art (2) l'y inviten t. L'amour l'envahit comme une fievre :
« Ce qui me prit alor, tendail a ,e détacher et a me détacher de moi,
a.,pirait ma vie hors des limites de ma personne. Mon agitalion, la maue
d'4me remuée, semblait cherchtr d'elle-méme a se porter non 1ous mon
front ou dans ma poitrine, non dans l'épaisseur préservée de mon corps,
mais en avant de moi, dans cette sorte de lieu spirituel que nous 1enton,
se former au-dessus de nos tétu quand plusieurs hommes ,ont rassemblc!s ». (LucrnNNB, p. 204).

L'amitié est une promenade A deux ¡\ travers le monde et les idées,
une expérience commune de l'éternel (3). Et tous ces grands moments
d'exaltation apparaissent comme impérissables, se rejoignent les un¡¡
les autres (4) au travers des espaces immenses que parcourt la méditation.
La méditation peut l!tre celle d'un groupe, comme ¡\ la fin de
Donogoo-Tonka, celle de deux: amis, comme dans la promenade des deux
Copains, ou, comme dans Lucienne, celle de l'Ame solitaire qui « dépo1e le
fardeau quotidien • et par son ivresse éleve toutes choses ensemble « au
niveau des nuage1 univer1el, ». Sous ces diverses formes, elle se déploie aux
moments les plus solennels, dissipe tout mystere, établit le regne de
!'Ame.

•

• •
Cette représentation mobile du monde et de l'Ame, cet incessant
défilé de pensées qui se poursuivent, s'opposent ou se pénetrent, devait
prendre tout naturellem:mt la forme narrative, et l'on ne s'étonne pas
si Romains trouve que leu,r diversité suffit, sans la complication d'une
intrigue, A remplir un récit. On pourrait le vérifier ¡\ propos de chacun
( 1) Lucitnne, p. 186-193.
(2) Lucienne, p . 7,.
(1) Les Copains, p. 11R-119.
(2) Les Copain.s, p. 121. - Lucienne, p . 208.

3o

ANDRE CUISENIER

de ses livres. Contentons-nous de le faire pour le premier et pour le
dernier, afin de voir comment, de l'un ¡\ l'autre, la méme vision se
développe et s'enrichit.
LE BouaG RÉGÉNÉRÉ. - Romains considere la structure et les
rythmes du bourg, et, par dela ces apparences, le secret de son ame
inerte. Puis il montre, par des fragments de dialogues, l'inscription
subversive qui se propage dans différents milieux bourgeois et populaires. 11 en suit les progres dans quelques ames individuelles, celles du
curé, du bedeau, du maire. Il en montre les premieres conséquences
visibles, un jour de marché, puis les changements qui en résultent dans
la structure et les rythmes du bourg. Romains suit done, dans cette
petite légende, la marche d'une idée, avec l'impartialité, a peine nuancée
d'ironie, d'un savant qui en tracerait Je graphique. Et il nous présente
ce développement dans toute sa généralité. Nous n'avons du bourg,
malgré les quelques exemples de perception immédiate notés plu~ haut,
qu'une vue d'ensemble, et des individus, qu'une psycholog1e s1mplement esquissée, pour laquelle il suffit de les désigner par leur fonction
sociale : le postier, le rentier, le percepteur. Le récit est done rapide, et
d'une sécheresse voulue : il dessine la courbe d'un mouvement.
Luc1ENNB. - C'est surtout l'histoire d'une ame. Des les premieres
pages nous en apercevons la mobile richesse, son enthousiasme music~l,
son contact frémissant avec les choses. Ces choses nous sont présentees
sous leuraspect le plus individuelet le plus concret? qui va'.ie selon l'heu~e
et les dispositions despersonnages,et qui nous laisse tou¡oursapercevo1r
leur arrangement et leur sens profond. Romains les choisit naturellement parmi ses impressions familieres : la gare, la salle de restaurant,
une rue de petite ville, une chambre solitaire qui s'ouvre, pour la méditation, aux puissances les plus vastes : le silence, ou l~s cl_oches dans la
nuit. Mais il rattache aussi son héroi'ne, avec une mmuue nouvelle, a
un milieu provincial particulier : la famille Barbe!enet. Le p~re, la
mere, les deux tilles, le cousin, la bonne, nous appara1sse~t tour A tour,
au salon, a la ler;on de piano, a table, dans la rue, en votture, dans les
circonstances les plus simples de leur vie quotidienne, e~ avec leu~s
paroles et leurs gestes les plus ordinaires. _Ils nous appar~1ssent auss1,
non plus en eux-mémes, mais tels que Luc1enne et son am1e, chacune a
leur far;on, les pensent. Ils nous apparaissent encore, chacun avec leurs
pensées les plus cachées, qui s'ouvrent par le développement progressif de leurs confidences. Ils nous apparaissent enfin comme un groupe,
qui peu ¡\ peu enveloppe et pénetre une ame, au point de se l'incorporer.

�LES ROMANS DE JULES ROMAINS

Et nous suivons le mouvement secret de cette ame en qui le spectacle
puis la confidence d'une rivalité amoureuse font éciore l'amour : amou;
qui naít d'une indilfére~ce amusée, d'_un~ conversation familiere, et qui
se transf~rme et grandtt, par la méduauon, par de véritables examens
d~ c?nsc1~~ce, par cette sorte de dévastation que produit la beauté.
Ams! la v1s1on des choses et des groupes s'offre a nous a mesure que se
succedent. les nuances fuyantes d'une ame individuelle. Les analyses
p_sycholog1ques les plu~ neu~es continuent les traditions les plus class1ques du roman fran1¡a1s, mats en les assouplissant par le mouvement
continu du monologue intérieur.
De la plus ancienne comme de la plus récente des deux reuvres il
se dégage done une impression commune, celle d'un art qui est tout en
mouvement. La forme cinématographique donnée par Romains a l'un
de ses contes ne résulte pas d'une simple fantaisie d'artiste qui cherche
constamment a se renouveler : elle exprime la tendance méme de sa
pensée, qui se déroule naturellement par images, et aime a percevoir
ensemble plusie~rs séries d'images qui se déroulent. Le mouvement qui
n_ous transporte ,mstantanément de Londres a Porto, Naples ou l'Aménque du Sud, d un paysage a une pensée, d'une conversation a un souvenir, ce mouvement qui, par son accélération ou son ralentissement
varie !'as~ect et le rythme des etres et des choses, n'est pas particulier
au scenano de Donogoo-Tonka. II est aussi la grave et lente succession
de pensées_ et d'évenem~nts qui se développent a la fois au village natal
et a la ma1son mortua1re de Jacques Godard. 11 est le rire, tour a tour
bouff~n et lyrique, ou s'épanouit le groupe des Copains. 11 est la conversauon, tour a tour gouailleuse, indignée ou épique, des buveurs de
l'Ambas~ade. 11 entratne, co~me de véritables étres vivants, les propos
de Luc1enne et de son am1e, les conversations provinciales du salon
Barbelenet, les discours enjoués de Pierre Febvre. Qu'il se propage a
trav~rs l'esp?ce, ou par des paroles ou seulement daos les ames, qu'il
suscite et a01me des groupes, des idées ou des individus, le mouvement
est _le princi~e et la raison méme du récit. 11 s'y contemple et y découvre
qu'il esta lu1-méme son but, enchainant l'un d l'autre des acte, gratuit, et
bouleversant le train ordinaire de l'agitation humaine.
'
De Ja des changements ala forme du récit. Plus d'éléments stables:
longues descriptions d'objets immobiles ou d'étres au repos, dissertations
philosophiques et sociales. Plus de longs retours sur le passé des personnages, ni de laborieux efforts pour les amener daos une impasse
d'ou ils ne peuvent sortir que par les artífices du mélodrame ou du vaudeville. Sans doute il y a des paysages, des portraits, des analyses
psychologiques daos ces différents récits, mais saos que jamais s'interrompe le mouvement de l'action, ou le coumnt de pemée, des personnages, ou le déroulement de leur conversation :

ANDRE CUISENIER

« Pendant ce temps, je ne quittai pas des yeux Madame Barbelenet.
J'examinais son image avec un exces d'attention presque absurde, sans
toutefois perdre une de ses paroles. Ses traits m'apparurent !'un apres
l'autre, détachés et mRme grossis dans une lumiere dont j'a.vais le sentiment d'ltre !'origine , tandis que la. suite dt ses propos s'engrenait irrésistiblement sur mon esprit comme une fine roue dentée. A ce point que,
visage et discours, les deux choses finissaient pour moi par n'e11 /aire
qu'une. Chacun des traits et chacune des paro/es se levaient du mime
mouvement, comme soudés l'un a l'autre. L'un et l'autre me sembla.ient
identiques par nature,. el depuis toujours. La. bonne écoutant a la. porte
m 'entra conjointement avec le relief granuleux et la touffe gri$dtre de la
verrue de Madame Barbelenet. Le nom de M. Pierre Febvre m'arriva en
liaison si étroite avec la. paupiere gauche un peu gonflée et tremblante
de Madame Barbelenet, que je fis monter mon regard vers le sourcil et la
premiere ride du front, comme pottr activer ce qu 'on avait a me dire de
M. Pierre Febvre ». (Luc1ENNB, p. 70).

Sans doute aussi il y a un évenement qui, comme nous
l'avons vu se prépare ou se propage, et constitue le mouvement
meme du récit. Mais l'auteur suit ce mouvement sans le précipiter a l'intérieur d'une crise, sans le déformer par un dénouement adventice ou une conclusion morale. Par l'emploi des
moyens comme par la vision d 'ensemble, il le laisse se former
et se développer devant nous, pour nous donner l'impression d'un
étre en marche.
Ainsi, malgré les différences dans la conception et la technique nous pouvons dégager de ces récits certains caracteres, ceux-la meme que nous avions entrevus des Je début de cette
étude, _ par lesquels se définit un art classique. Ce n'est pas
ici le lieu de les préciser : nous ne pouvons que les indiquer pour
conclure. Comme les écrivains classiques, Romains croit que
l'artiste doit partir du réel et représenter la vie, sous son aspect
a la fois éternel et actuel, telle que chacun de nous, chez lui, a
l'échoppe du barbier, ou en se promenant dans la rue, peut la
voir. Comme eux aussi, il croit que cette matiere, simplement
ordonnée, doit suffire, et que le triomphe de l'art, c'est avec le
minimum de moyens, de tirer le maximum d'effets. Comme eux
enfin, il y parvient en approfondissant le réel, en l'enrichissant par
une fa~on de le voir, a la fois bien a lui et conforme aux tendances de son époque, autrement dit en le stylisant. Romains prépare ainsi la voie, par ses romans comme par ses autres ~uvrea,
a ce qu'on pourrait appeler un classicisme moderne.
ANDRÉ CUISENIER

33

�LIVRES

REVUES

j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous les Livres qu'il rec;oit 1 ·

1 Le Mouton Blanc_donne son opinion sur toutes les Revues qu'il rec;oit 1

J. PORTAIL : Androlite (poeme).

Dessins d'A . Favory.
Ed. de la Charmille, 24, rue Eugene-Millon, Paris.
2 vol. : 30 Jrancs. - Cf: n • 1 du « Mouton Blanc ».

JULES ROMAINS : Lucienne,

Roman. - Ed. de la Nouvelle
Revue Franraise - 1 v ol. : 6 fr. 75. - CJ : l'article
d'André Citisenier dans le présent n•.

HENRI DALBY : Poemes de la vie mordue,

ornés de gravures sur bois de Raymond Thiolliere. Ed. Images de
Paris, 14, rue du Clottre-Nolre-Dame, Paris. - 1 vol. :
9 fr.

Le sens de la vie moderne, ferme :

une lechnique souveul

Parfois une sentimentalité un peu facile, - un manque
de condensalion et de sobriété. Mais il faut faire confiance
au poete qui a su préciser des notations comme celles-ci :
Lea hommea vont vera lea portea.

11, aaiaia,.,nt la poignt!e

...

Comme un pauvre prend du pain.

Oeux puaanta ae croiaent
Au m~me point qu'hier
Et ae marquen! l"heure.

...

Un enfant court pour rattrapper la minute
100

Directeur : Franz HELLENS,

a BkUXELLES.

N• 5, Septembre.

.JosÉPBIN MILBANER : Un romancier juif : Opatoschou.
ANDRÉ BAILLON : Les « amitiés francaises » et l'amitié
frau raise. « Or, si nous connaissons la France - a
parl les bonnes uolontés que j'ai signalées avec
plaisir - quel effort la France fait-elle, de son cóté,
pour nous connartre ? » Assurons a André BAILLO!'f
que la littéralurc Lelge sera bien accueillie au
Mouton Blanc.
GABRIEL AUDlSIO signale un livre de poemes de Louis
BRAUQUIER : Et l'Au-iiela de Suez.

INTENTIONS. -

Directeur : Pierre-André MAY,

a PARIS,

Nº 7

Juillet-AoOt.

Midi strit! de aireneo.
Leo ouvriera travaillaient
Dan, un tranap: rent silence
Fraaile comme un criatal.

Qui marche avec

LE DISQUE VERT. -

camarade ll-bas tout a;, bout de la rue.

- A signaler un emploi curieux presque inusité, des image,
gustatives ; l'auteur les mele souvent aux images olfactives, comme il est naturel ; lire la piece amusante
« Petite ville a confitures » .
J . H.

AnRIBNNB MONNlER : Gide
Certain,, goOtant la saveur
Du singulier mélange,
Diaenl qu'il cooticot de l"ange•. .
D'autre, , au faible palaia,
S oot brúl&amp; par les épicea,
Lui aieot : • D émon I lea vices
Savent noircir ju1qu au lait. »
0

ESQUERRE : « Saül ».
HENRY DALBY : Trois poemes d'une bonne technique.
G ABlUEL AUDISIO : L'invention artislique et le mitieu
MARTBB

e$térieur.

LA LANTERNE SOURDE. ·

Directeur: Paul Van Der B0RGHT,
BRUXELLES.

a

publie la couférnnce faite par Jules Ro.MAINS a l'Université de Bruxelles, le 2; mars 1922. Nous ne
pouvons malhew·eusement tout citer, mais on en
trouvera quelques passages dans les « VÉRITÉS » de
ce n º . Le grand poete aimé et admiré de la nouvelle
génération a bien voulu nommer plusieurs collaborateurs du Mouton Blanc. « On peut citer les noms de
Gabriel Audisio, lean Hytier, Claude-André Puget,
Mannoni ; en Belgique, Augustin Habaru, Robert
Coffin, Lucia Van Doren, J. J. Van Doren, J . Portail,
Paul Fierens et Paul Chandail. »

LES NOUVEAUX CAHIERS ALSACIENS. - Récl. en Chd:
Henri S0LVEN, N• 6. l.',I P. OY.S :'IIOTILÉs,i°5, RU I! IF.N~O!'I, TOURS.

O. MANNONI : Retour(Poeme).
Le girant :

RBNÉ

GAUDEFROY.

�le mouton blant
ne publie que de l'inédit

Cll.tQUE NU~teno CONTIENT
UN POR.ME OU UNE PROS.E ;

UN GROUPE JMPORTA'.'liT DE POEMES , TOl'S Dl' MEME A(;TEl"R ;
CNE PROSE ;

({ LA DOCTRl~E DU

MO(.;TO~

BLANC

» , NOTES RÉGULIERES PAR

,IBAN HYTJER ;

UNE P\GE o 'ERREURS ET U!llE PAGE DE VÉRITÉS , SJGNÉES PAR NOS
CONTEMPORAINS ;
UNE ÉTt:DE CRITIQUE l&lt;tUR U~ MOUVEMENT OU UNE QUESTION LJTTjRAJRES;

UNE ÉTCOE CRITIQUE SUR UN AUTEUR CONTEMPORAIN ;
0

L 0Pl~ION D1.' 'MOUT0:-0- 8L\'.'of: SUR LES LIVRES ET LES REVUES.

PRIX POUR TOUS PAYS
2 francs
20 francs

Le numéro . . . . . . .
L'abonnemenl d'un an.

COLLABORENT AV « MOUTON BLANC. »

Gabriel ,ludisio, Charles Boisson, Georges Chennevilre
Audré Cuisenier, Marthe Esquerré, Pierre Fa,,re
Paul Fierens, René Gaudefroy, Franz Hellens
Jean Hytier, P.-A. May, O. Mannoni, René Maublanc
Jean Meunier, Adrienne Monnier, Henry Petiol
Francis Ponge, J. Portail, Poujol
Claude-André Puget, Jules Romains

LVON
4,

,-LACIE

0KS

T•PIRKAUX,

4

•

�Nos Amis doivent etre nos Propagandistes
Donnez-nous les noms et adresses des personnes susceptibles de
s'iméresser

a notre

revue. R~mplissez cette fiche et adressez-la:

4. Place de.-.; Terreaux., 4
L..YO N

au " mouton blanc ''
NOMS

ADRESSES

�</text>
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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                    <text>•iEVUE MENSUEL.L.IE
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Je

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la

Il

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La

.style. -

a exprimer" l'essence

Je l'époque

matiCre Ju nouveau classicisme, e'e.st .

vie et l'homme moJcrnes, con~us aussi bien sous

vités que .sous l'apparence de l'inJiviJu d'ailleurs, de celui qui constituait l'objet
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J'aspect des collecti-

1,

1

J

1. l 1 . A ;

BIBLIOTECA

CENTRAL.

U. A.N. L

GEORGES CHENNEVIERE

ind ividu tou t Jifférent,

Ju classicisme

ancien. Cette

barmonieuse, sera

rceuvre

représentation

totale.,

du

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cla.ssicisme moderne est né il y a environ qu1n:e ans;

A Charlotte CHENNEVIÉRE

1

il

a

ses précurseurs, et déj3. se.11 premiers maitres. Tandi.s qu' une lignée

Je prosateur~,

ala suite de France

ou 3 restaurer le sentiment Je

Ja

et de BarrC.s,. travatllaient

a maintenir

perÍec tion, tandis q u'im C laudel, ou

un Proust pour.suivaient la découverte de la matiCre, J'autres qui représentent le nouvel équilibre, ajou taient 3. leur révélation profonde J e
l'objet une organisation pleinement clas.sique : Ju les R omains,

A.ndré

GiJe, G,o,ges Chenneviere ...

Le

Le Chant
du Verger

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a ceux J u XVII'
qui jadis servait

Fantaine,

,i,cle -

J'en.scigne

'º"'

mouton blanc
réuni.s.saient R acine, La

l'invocation Ju

au cabaret oll .se

.Moliere et B oileau _. &amp;era J'a.ssurer . .selon nos moyens,

J' établi.ssement

dé.Gnitif d' un classicisme moderne et des vérités esth~-

tique.~ qui .sont

a la

1

fois rexpression et la condi t ion. Une telle reuvre
1

n e.st pas de celles qui s improvisent en que]que.s années,

a la· maniCre Je

ces mouvements arti.stiques, fugitifs comme des mode.s, dont notre époque
a pris l'habitude. C e ne sera pa.s trop peut-@tre Je tout un .si~cle et de
la bonne et forte volonté de plusieurs générations pour Yaccomplir h onoral,lement.

(IDYLLE)
\lente /'ore et lí raím crollent :
Ouí s'entraíment soef dorm ent.
(CHANSON D'rllSTOIRE)

�GEORGES CHENNEVl:BRE

LE CHANT DU VERGER

\

Le

Toutes les trois.

Chant

du Verger
Vente l'ore et Ji raim crollent

Jeanne. -

A la porte de la grange,
Le vieux Jean battait sa faux,
Car les luzernes sont hautes.
« Pere Jean, ou est Marie? •
Le pere Jean a souri.

Blanche. -

Pauline emplissait les jarres
Ou moussait la chaude neige
Du lait qu'on venait de naire.
« Pauline, as-tu vu Marie? •
Comme Jean elle a souri.

Oui s'entraiment soef dorment

Cla,re. -

Que fais-tu la, sceur bien-aimée,
A la barriere du verger ?

Blanche. -

Sceur, pourquoi es-tu sortie
Avant qu'ait grincé le puiu?

/eanne. -

Sceur, pourquoi t'es-tu levée
Bien avant que la servante
Ait descendu au cellier ?

Toutes les trois. -

Avant qu'on ait entendu,
Sur les pierres de la cour,
Les galoches du valet
Qui donne a manger aux betes ?

Claire. -

Notre pere n'a rien dit.
II regarde maman coudre
Dans la salle qu'étourdit
Le bourdonnement des mouches,
Oublies-tu que c'est dimanche?

1outes les trois. -

Claire. -

Nous avons remonté les poids
De l'horloge au coffre de chene.
La vaisselle et les cuivres luisent
Dans la lumiere vaporease
Que le chevrefeuille verdit
A la fenetre treillissée.
Partout nous t'avons cherchée,
Dans l'étable, dans les champs
Et dans la niche du chien.

2

Nous avons fouillé la huche
Et vidé toutes les creches.
Oublies-tu que c•est dimanche?

Claire. -

7outes les trois. -

Jeanne. -

J'ai poussé la petite porte de derriere,
Celle qui donne sur les prés.
On aurait dit que d'un seul bond
La plaine s'engouffrait avec l'air et le ciel
Dans la maison.
Mais tu n'étais pas la non plus.
J'ai cueilli cette 8eur et je sois revenue
Sans t'avoir trouvée sous les saules.
Et nous avons longé, ensemble, le vieux mur
Qui borde le chemin du bois.
De la breche, ou le bourg s'encadre
Une nouvelle pierre, encare tout humide,
Etait tombée,
Et sur le parterre beché
11 y avait des pas que nous avons suivis
Jusqu'a ce puits ou tu vins seule.
Tu ne sais pas que c'est dimanche ?
Le lavoir est silencieux.
Sur les routes, dans les sentiers,
On n•entend pas geindre l'essieu
Des charrettes pleines de tre8e.

3

�GEORGES CHENNEVI8RE

Blanche. -

Claire. -

Toutes les trois. -

Marie. loutes les trois. Marie. -

Tu ne sais pas que c'est dimaoche?
Sur les cordes et sur les haies
Seche et blanchit le linge gai
Qui gesticule daos la brise
Ou 8otte la 8eur du pommier.
Tu ne sais pas que c•est dimanche ?
A travers un vol de colombes
Sonne la mease de dix heures.
Et daos l'ombre du mail désert
Chaque gar~on guette sa belle.
Regarde-nous. Es-tu fachée?
Que fais-tu la, les yeux baissés,
Et les coudes sur la margelle ?

Blanche.

Toutes les trois. -

Marguerite. -

Habitante du verger,
T ourne vers nous ton visage,
Je regarde les nuages
Qui passent sur l'eau du puits.
Petite sreur au front triste,
Viens a la fete avec nous.

Marie. -

Je me penche sur mes jours
Qui glissent au fil de l'eau.

C/aíre. -

/eanne. -

Je regarde mon image
Se rider daos 1'eau du puits.

/eanne. -

Blanche. -

LE CHANT DU VERGER

Sous les cerisiers, la-bas,
Voici Marguerite.
Elle vient a petits pas :
Sa mere J' épie.
Car souvent elle s•attarde
A causer pres de la haie.
• Mere, ne me groodez pas,
« L'eau s'est renversée.
« Mere, ne m'en veuillez pas,
« La chaine a cassé. •

Marie. -

/eanne. -

Blanche. Claire. -

• 11 •faut que le maréchal
« Remplace les vieilles mailles,
« Elles sont usées, •

« 11 faut que le charpentier
« Répare la vieille poutÍe.
• Elle va céder. •
Marguerite, Marguerite,
Combien de temps te faut-il
Pour remplir un seau ?

C'est aujourd'hui jour de fete.
Combien de temps vais-ie. mettre?
Vous riez 1
La chaine ne casse pas.
La poutre ne cede pas.
Car mon fiancé m'attend.
11 ne me faut que l'instant
D'un baiser.
L'eau se plisse et s'assombrit
Sous les gouttes qui retombent.
Nuages, revenez vite.
Booheurs légers, suspendez-vous
Aux pointes des branches 8euries.
Je l'attends. Je sais qu'il viendra
Bientot, du coté des prairies.
11 viendra, je veux qu'il vienne,
11 sera comme l'image
A la page qu'on connait.
Dis-nous celui que tu attends,
Est-ce le vieux propriétaire
Qui demeure au bout du village ?
Est-ce le beau commis bancal
Qui travaille chez l'arpenteur?
Est-ce le jeune sacristain?

5

�GEORGES CHENNEVIERE

Toutes les trois. -

Marie. -

LE CHANT DU VERGER

11 sont ensemble. 11 luí appoile
L'amour que je lui ai donné.

Tu ne sais pas que c'est dimanche?
Nous danserons ce soir au bal,
Et nous rentrerons en chantant,
T outes les quatre, un air de danse.

Ah I qu'ils seraient beaux sur la route,
Vers moi, les pas du bien-aimé.
Entend-il la voix du verger,
Plus ardente d'etre jalouse?

Sa voix dans la nuit, l'entendrai-ie?
Dites I Que fait-il ? Ou est-il ?
Ou est celui que mon creur aime
Et pour qui mes joues ont rougi ?

Reviens ici. Fais-moi du mal.
Je pardonne : voici mon creur
Qui redemande des mensonges,
Content pourvu que tu lui parles 1

Je le cherche des yeux sous les peupliers gris,
Dans les prés que ses pas égayaient de son ombre.
C'est pounant toi, matin si longtemps attendu,
Matin, qui es déja quelque chose de luí.
L'aube a peine naissait quand j'ai vu, de mon lit,
Dans la vitre profonde ou trempe le feuillage
De la belle de nuit et du volubilis,
L'étoile du matin briller de tous ses cils.

C/aire. -

Qui vous a dit qu'il me trompait?
L'eau du puits est lisse et !impide.
Paix sur la terre a ceux qui aiment.
11 va venir le long des haies.
Cruel horizon, rends ta proie 1
Privés de lui, mes yeux se lassent.
Et vous, mes sreurs, faites silence,
Si vous le voyez avant moi.

11 va venir, sois patiente.
Espere encore, Marion.

Mane. -,Jamais il ne m'appelle ainsi .

Me trouvera-t-il assez belle?
Mes bras a ses bras triomphants
S'ouvrent, comme s'ouvre la grange
Aux chars d'ou débordent les gerbes.

11 me donne des noms qui changent,
Et je sais toujours que c'est ~oi.

/eanne. Blanche. Jeanne. -

5ouviens-toi de la Romanichelle
Qui tirait les cartes sur un chale.

Que dans ses bras forts il m•étreigne 1
Qu'il me prenne dans ses mains douces l
Que ses baisers soient sur mon corps
Comme les grappes sur la treille 1

Souviens-toi de l'oracle des Beurs,
Des vingt pétales aux voix contraires.
Méfie-toi de la rousse aux yeux gris.
Garde-toi de la blonde aux yeux bruna.

Marie. -

Une blonde, je la connais.
Je les ai vus qui se parlaient
A voix basse, sous une porte.
Pourquoi m'a-t-il dit qu'il m'aimait?
Une blonde. Vous le saviez.
Elle, du moins, l' a vu venir.

6

C'est lui la-has. Je suis heureuse.
Le matin l'entoure. Ma joie
Est plus nombreuse que le grain
Qui sort en ao0t de la batteuse 1

/eanne.
8/anche.

11 vient du coté des prairies.
11 a franchi la passerelle.

7

�GEORGES CHENNEVU:RE

C/aire. Toutes les trois. Marie. -

LE CHANT DU VERGER

Sa tete dépasse les haies.
Louange

a l'amour de Marie 1

Je n'ose pas lui faire signe,
Et je sena que ses yeux me cherchent.

/eanne. -

La rosée a mouillé tes bas.

Blanche. -

Ta chaussure s'est délacée.

Claire. Marie. /eanne. -

Marie. Blanche. -

Tu as laissé tomber dans l'herbe
La barrette de ton corsage.
Dites-moi si je lui plairai.
Me trouvera-t-il assez belle }

Les troit. sreurs de Marie. -

/eanne . Blanche. Claire. Le jeune homme. -

II arrive devant la grille du chateau.
Tes cheveux sont comme des ailes repliées.
Nous chanterons autour de toi
Pour qu'il se trouble.
II écoute, debout, l'heure venue de loin.

C/aire. -

Tes yeux baissés sont comme deux tetes d'oiseau.
Nous nous tairons autour de toi
Pour qu'il te trouve.
II approche. 11 regarde

/eanne. -

Les trois sreurs. -

Le jeune homme. -

a travers l'aubépine.

Cette rose nue,
Prends-la dans ta main
Pour aller vers lui.

Blanche. -

Autour de ton cou,
Mets ce collier d'or
Qu'il ne connait pas;

Claire. -

Et sur tes épaules
Ce voile d'amour
Que ta main broda.

8

Tu ne nous réponds plus. Tu lui parles déja.
Laisse-le te chercher encore.
La fe1e n'est pas commencée.
Que cherchez-vous dans le verger
De si bonne heure }
Voici des Oeurs, si vous voulez;
Des fruits, si vous en désirez ;
Et, si vous me la demandez,
Ma révérence.

Ce que je suis venu chercher,
Depuis longtemps vous le savez.
C'est une lille aux beaux atours,
Dont le pied mince est plus joli
Que le museau d'une souris
Au ras d'un trou.

Ne tremble plus, Oamme candide du verger.
Nous danserons autour de toi
Pour qu'il te cherche,

Marie. -

Marie. -

./eanne. -

Les trois sreurs. -

/eanne. -

N'avons-nous pas toutes ici
Le pied mignon, la jambe fine.
Mais vous refusez de nous dire
Qui de oous est la préférée,
Pour que chacuoe s'imagine
Que vous I' aimez.
Ne chaotez plus. Ne daosez pas.
Je veux la voir. Elle se cache.
Son sourire est pareil au bruit
D'une goutte d'eau daos les cendres,
Elle est ma joie de tous les soirs
Et mon dimanche.
Acceplez l'épreuve du jeu,
Et tachez de vous reconnaitre
A vec ce bandeau sur les yeux.
Voici la plus belle des roses,
T oute blanche, au parfum de thé.
Devinez celle qui vous l'offre.

�GEORGES CHENNEVU!;RE

le jeune homme. Blanche. -

Ce n'est pas elle.

Ce n'est pas elle.
Voici le bleu myosotis,
Sans auue parfum que son nom.
Devinez celle qui vous l'offre.

le jeune homme. -

Certes, vous etes peu galant,
Et nos fleurs étaient inutiles.
Vous ne pouvez pas meme dire
Celle de nous que vous aimez.

le Jeune homme. -

C'est celle qui n'a pas chanté,
Celle qui ne m'a ríen offert.
C'est l'habitante du verger,
Qui m' attendair a la barriere
Entre le puits et le pommier.

(aMarie}. -

le jeune homme. -

Marie. -

Ce n'est pas elle.

les trois sreurs. -

les trois sreurs. -

les trois sreurs. -

Voici le plus beau des reillets,
Tacheté, au parfum de camphre.
Devinez celle qui vous l'offre.

le jeune homme. Claire. -

LE CHANT DU VERGER

Je te donne cette fleur
Qui ne pousse que daos l'herbe.
Son nom je ne le sais plus.
Je l'appelle, comme toi :
e Celle que j'aime entre toutes J.
Je te baptise, comme elle :
e Blanche reine du verger J.
La brise souffle daos les branches,
Silence autour de ceux qui aiment.
Tu es si belle que je veux te voir danser.
Mais non, reste debout, presdu pommieren ffeurs.
Laisse-moi prolonger le plaisir de t'attendre.
Quand tu viendras vers moi, tes pas et ta douceur
Orneront le verger d'une arche fine et tendre.

IO

le jeune homme. -

les trois sreurs. -

La feuille change de couleur
Le long des branches balancées.
Mais la fleur a gardé la sienne
Dans la brise qui l'effeuilla,
Daos l'herbe ou tombent ses pétales.
Laissez rever tous ceux qui aiment.
Je voudrais tenir daos ta main,
Et m'y blottir, sans remuer;
Te sentir tout au tour de moi,
Comme le jour et comme I'air.
Je te regarde saos te voir.
Je suis venu, et c'est dimanche,
Et nous sommes au mois de Mai,
Daos un verger, sreur, douce amie.

La brise caresse les toits
Ou les pigeons vont s'endormir
Daos une nappe de soleil.
La fete s'ouvre. Les enfants
Montent sur les chevaux de bois.
Ne parlez pas a ceux qui aiment.

Marie. ·-

Je me rappelle qu'autrefois
Je grimpais souvent au grenier
Pour y rever pendant des heures.
C'était l'été. Je me faufilais sur le foin,
Et la, je me plaisais a répéter, tout bas,
Des mots simples,desmots comme e plaíne J ou • jardin •
Qui me semblaíent plus beaux parce que j'étais seule.
La chaleur dormair sur les blés. Par la lucarne,
J'apercevais, perdu daos l'herbe et daos les arbres,
Un toit que j'adorais de tout mon creur d'enfant.
Je lui envoyais des baisers :
Et j'attendais un grand bonheur,
Tu es venu daos le verger.

le jeune homme. -

Je cueille une fraise des bois,
Tu es belle, au mili!!u du ver~er, sous les branches,

II

�GEORGES CHENNEVIERE

Dans ce dimanche, ou tout parait puri6é,
011 la fleur qui s'en va laisse de sa blancheur
Au ciel des jardins et des champs.
Les trois sceurs. -

Marie. -

Le jeune homme. -

lvtarie. -

les trois sceurs. -

LE CHANT DU VERGER

Marie. -

a

Viens, je te conduirai devant notre maison.
Tu verras la vigne et le lierre
Et la fenetre de ma chambre,

Paix sur la terre ceux qui aiment.
Souffle, brise, dans les· sentiers
Qui vont vers la fete et le bal.
Souffle, tandis que les enfants,
Montés sur leurs chevaux de bois,
Font le tour d'un monde qui change.

Nous franchirons tous deux le seuil, et je dirai
Voici celui que j'ai choisi,
Et voici celle qu'il a prise.

Vois la campagne devant nous ;
L'horizon d' 011 tu vins vers moi;
L'arbre, ou je t'attendais, peureuse,
Craignant qu'on n'entendit mon creur.

Viens avec moi; je te menerai daQs les champs.
Je te montrerai nos prairies
Et les agneaux de cette année.
Viens. Tu me meneras au bord de la riviere.
Nous franchirons la passerelle
Par 011 mes yeux t'ont vu venir.

J'accourais vers toi, sans y croire.
Arbres et buissons du chemin,
Connaissez-vous celle que j'aime}
Je m'arretais. Je regardais.
J'hésitais. Je voulais te voir
Et te quitter, pour te revoir.
Soirs aimés. Rendez-vous furtifs,
Pres des murs ou pousse l'ortie.
Belle ombre de toi dans la nuit 1
Croix amoureuse de tes bras 1
Je sentais, contre ma poitrine,
Sur mon creur, le poids reten u
De ta douce main repliée.
Le chien de la ferme aboyait,
Et le ciel tombait sur mes levres
En meme temps que ton baiser.
Ne dites rien. Laissez passer
Sur le chemin tous ceux qui aiment .
. O nuages, voilez la !une,
Pour qu'ils restent un peu dans I'ombre.
La brise souffle dans les branc:hes.
Dorment en paix tous ceux qui aiment.

12

Je te donne ma main. L'amour est devant nous.
Je t'aime tant que j'aime tout
Dans le monde profond qu'il m'ouvre.

Viens. Je comprends. Je veux tout revoir avec toi.
Je te donnerai mon baiser.
Je ne sais comment te le dire.

Les tro,s sceurs. -

Mettez votre robe de bal.
La fete tourne sur la place.
Dansez jusqu'a l'aube prochaine.
La brise souffle. L'ombre bouge
Et le feuillage se balance.
Paix et silence a ceux qui aiment 1

GEORGES CHENNEVIERE.

.'

�P ...

ESQUISSE D'UNE P ARABOLE

nou, jeter Je, pierres. Nous Jumes riposter, le laissant hientot pour mort

Esquisse d'une Parabole

,ur

la route.
Plus loin nous rencontrames un autre fou qui marchait seul et

péni1lement. TI paraissait

a bout de

forces ; mais, des qu'il vit notre

gibier, il s'élan~a sur nous, espérant nous le ravir. N ous luí en Jon-

Nous

étions Jeux sur une 1aute dme, témoÍns J ' une grande iné-

Jl parut

étonné, mais il était fou, et il mangeait sans joie, nous

regardant avec colere. Alors nous lui parlames, et peu a peu il semblait

galité Je la nature.
On voyait

names.

a droite

a gauc1e, des

un pays dénudé, déserté des eaux, hrulé par

comprendre.

plaines toujours vertes et fertiles ou Jes arbres

e Celui~ci est moins fou que l'~utre, Jit mon Írere. L'autre était

non taillé, portaient des fruits lourds et coloré~. Un aigle planait, Íixant

fou principJement parce qu'il avait trop Je gibier pour lui seul et gu'il

le soleil;

sa proie; et Jans 1'1erbe

e'étaient

marchait courbé sous sa richesse, ne pouvant ni voir ni penser. Celui-ci

des massacres J'insectes.

Cependant notre esprit, attentif au spectacle Je la nature, ne
sen trouvait pas c1oqué.

N ous

échangions en des paroles Jifférente5

Jes pensées Ídentiques : ríen ne nous étonnait ni l'inégalité Ju sol, ni
la guerre des Ínsectes; nous concevions seulement notre supériorité avec

il marchait Jroit, et il pouvait voir, bien

qu'avec Jes yeux Jouloureux et

injustes. » En effet, quanJ ce fou eut rempli son ventre, il s'intéressa au
spectacle Je la nature.

Jl

vit alors et pensa comme nous ; et Jorénavant

cJui-ci marcha avec nous.

Jélices.
Voici : nous v1v1ons , voyions, et pensiona. C1acun de nous jouissait Je gravir cette haute clme en compagnie Je
heau et 1ien ainsi,

était fou principJement parce qu'il avait Íaim, et qu'il était seul; mais

l'autre, et il le trouvait

a sa ressemhlance. Ainsi l'amour entre nous était né;

l'intJligence engendrait la bonté, l'intelligence étant l'amour Je la vie,

.. •

.

a notre

1'un assommait un serpent qui
1'un servait a la nourriture Je 1'autre.

Les autres, maigres, Jévetus, couraient Jevant, travaillant pour les
premiers, aplanissant le chemin, chassant les mouch.es, tuant les serpents,

La lutte

de gibier. Comme nous approch.Íons il crut que nous lui voulions Ju mJ

s'arma

Je pierres et nous

blessa. Alors now lui parlamcs, mais il ne comprit pas, car il continua

a

11 obtenaient ainsi quelque peu Je nour-

était entre certains riches qui voulaient se ravir récipro-

quement leur gibier; et 1'on voyait leurs misérables clients se hattre entre
eux pour 1'un ou pour 1'autre, suivant que l'un ou l'autre avait l'ha1itude
Je leur jeter l'aum6ne. En cette circonstance nou, nous cacha.mes, car
nous étions peu et

Cependant nous rencontrames un fou qui portaitune lourde ch.arge

rencontre. Tow marchaicnt courbés

vers la tcrre. Quelques-un.f portaient beaucpup Je Íruits et Je gihier.

riture.

a c6te, et souvent le haton de
mena~ait 1'autre ; souvent. la chasse Je

14

tueuse Je fous qui venait

cueillant les Íruits Je la terre.

N ous marchions allegrement c6te

( or, nous ne savions ce qu'était le mal). TI

Plus tarJ encore nous aper~11mes une multitud.: agitée et tumul-

i1 étaient beaucoup, et

tous Íurieux. Apres la bataillc

tant Je maigres étaient morts et le butin était en

si mauvais état que la

colere gronJait et tremblait chez les maigres survivants. Alors nous aortimes de notre cach.ette et nous cri1mes

aces hommes de

ma1tres et de les Jépouiller. F urieux, avec notre aide,

15

se jeter sur leurs

ils

vainquirent

�P ...

JEAN HYTIER

wément. Ils se repurent comme eles hrute&amp;. ma.is leur visage changeait

a

vue J'ceil. Alors nous leur parlames, et les ayant Íntéressés au spectade
Je

la

nature, now leur montrames

a voir et a penser. Des lors ils virent

La Doctrine du Mouton Blanc

et pen&amp;crent comme nous, et toute cette multitucle vint avec nous .

. • ..

Des conditions du Classique

N ow poursuivimes ainsi notre route, chassant et travaillant Je concert, et .furtout contemplant la nature, pell6ant et étucliant. Beauconp
clantaient et clansaient, et la vie nous était facile.
Souvent nous rencontrions eles fow affaméa qui venaient rapiJement grossir notre société sans grand elfort Je notre part.

QuanJ nons rencontrions des fous courbés sous un trop grave
poiJs Je gibier, now les Jépouillions Je leur richesse. Alors beaucoup,
se rJevant furieux, étaient hÍentat éblouis Je voir et Je penser, et ils
venaient avec nous. Mais ceux qui, refusant Je voir, aboyant apres leur
gihier, fermaient les yeu:x et tenclaient les poings, nous les abattions san,

11 y en a deux : l'originalité, la mesure.
L'originalité est touiours moderne. 11 n' y a pas d'ceuvre classique
qui ne constitue un enrichissement. C'est pourquoi le chef-d'ceuvre
est imprévisible; son apparition ressemble a un miracle. C'est un fait
unique. Dans le grand art, il n'y a pas de répétition. Le chef-d'ceuvre
n'a pas de ressemblance. Sa prodigieuse nouveauté n' a rien de
commun avec la jeunesse fardée des indépendants de pacotille.
Effectivement, il y a deux f~ons d'etre moderne: exprimer l'essence
du siecle, et reproduire l'effervescence de la surface; toute la différence du génie qui peint l' époque, au gandin qui porte la mode; l'un
foncierement original, l'autre simplement imitateur. Vérité plus que
paradoxe, celui qui atteint la généralité est infiniment plus personnel
que celui qui suit la singularité. Beaucoup s'y trompent.

a

P ...

L'origina lité peut suffire pour survivre, mais non pour créer
l'ceuvre parfaite. Le génie ne construit pas nécessairement des chefsd'ceuvres classiques. Proust qui apporte au monde une psychologie
nouvelle manque, cependant, d' équilibre. Puissance n'est pas raison.
Racine était, a la fois, puissance et raison.
L'ceuvre parfaite exige la mesure. Possession du sujet, mahrise
de soi, libre disposition des moyens, usage exact de la puissance,
souplesse dans la force. Vouloir l' ceuvre, du moins I'accepter et la
re-vouloir quand elle jaillit des profondeurs obscures, au lieu d'en etre
débordé aveuglément. Les classiques ont la plus grande et la plus
subtile conscience de leur art. Ce sont les romantiques qui font leurs
ceuvres malgré eux; quand ils savent échapper a ce hasard impulsif et
trouble ils sont classiques. Le classicisme est rationnel et volontaire,

�LA DOCTRINE DU

«

MOUTON BLANC

»

le romantisme est émotionnel et subi. C'est la, et la seulement, qu'il
f aut chercher leur opposition, et non pas, comrne on I'a fait, dans une
prétendue discordance d'idées morales dont I'art n'a point a s'occuper.
Mais ce sujet mérite qu'on en reparte ...
La mesure accorde le sujet avec lui-meme et avec son expression. L'originalité dans la mesure donne le style.
Si quelques-uns ont cru pouvoir se passer de mesure, d'autres,
plus pauvres, ont cru pouvoir se passer d'originalité. lis n'apportent
rien et périront tout entiers. Leur mesure meme, ne s'appliquant qu'a
un donné épuisé, ne peut le rajeunir. Car la mesure n'est pas étrangere a I'originalité. L'ordre, grace a ce ferment, prend des caracteres nouveaux; sous la discipline des grandes lois esthétiques, on
corn;oit une organisation insoup9onnée, une f ac:;on encore inconnue
d'harmonie, un style. Mais la mesure, non fécondée, n'est que le gout
de I'ordre ancien, le sens de I'ceuvre du passé; rien n'en saurait sortir
de créateur; c'est une mesure sans vertu qui aboutit a l'imitation, au
pastiche, au néo-classicisme. Ainsi Alfred Poizat refait de la tragédie
sans se douter que c'est Romains qui est classique; ainsi cent romanciers refont du Flaubert sans savoir que Valéry Larbaud est plus classique qu'eux. Le classicisme reconstruit sur des plans, mais sur des
plans nouveaux.
11 y a une catégorie de jeunes auteurs bien séduisants qui possedent une certaine mesure, qui ont une originalité. lis ne sont tout de
meme pas classiques. Dons brillants, intelligence excitante, heureuse
habileté, ils ont, de plus, le mérite d'etre modernes. Mais voila que
leur modernité n'est plus que de I'actualité ! lis ne sont pas I'usine, le
port, la gare, mais le dancing et le jazz-band. Leur style, tout en paillettes, tout en étincelles, se boit comme un cock-tail, mais il va se
déchirer comme une soie précaire ! Leur actualité ne fera qu' un
déieuner de soleil. lncompréhensibles dans dix ans, car la minute a
plus de poids sur eux que I'éternité. Articles de luxe destinés a se
démoder. Tout en surface. Ce sont des automobilistes qui s'engagent
dans des impasses; au fond du cul-de-sac certains tournent sur place;
les plus malins font demi-tour. Paul Morand est un de ces charmeurs;
va-t-il continuer 7 Autre sirene : Cocteau, si mordicant, mais qui
manifeste bien sa versatilité quand il prétend, meme avec raison,

18

JEAN HYTIER

qu' un poete ne doit pas tenir ses promesses ; qu' est-ce a dire, en ce
qui conceme Cocteau, sinon qu'il change perpétuellement d'impasses 7
A chaque instant, un mur devant lui, et volte-face ! Trop fin pour
s'obstiner (et se pasticher lui-meme), il se dé peche en trépidant d'aller
faire fausse route ailleurs. - Mais I' art classique est une progression
sur une grande route toujours ouverte ...

________ _________
...

RÉPONSES
1. Doctrine et Génie. - On me rappelle que les doctrines ne
créent pas les ceuvres mais qu'elles en sortent. Tout justement, le
Manifeste du Mouton Blanc déclare que nous voulons assurer, selon
nos moyens, « I'établissement définitif d' un classicisme moderne et
des vérités esthétiques qui en sont a la fois I'express,on et la condition. »
Notre ambition n'est pas d'indiquer des recettes qu'il suffirait
d' appliquer pour avoir du génie ou du talent, mais d'exprimer les lois
dans lesquelles s'inscrivent et s'inscriront les chefs-d'ceuvre et les
ceuvres du classicisme moderne - par ailleurs si parfaitement imprévisibles. Ce sont, au contraire, les pasticheurs du passé qui savent
d'avance reconnaitre la figure de leurs magots. Mais ce que nous
savons parfaitement et rigoureusement, e'est ce que ne devra pas
etre, c'est ce que ne sera pas le chef-d'ceuvre de demain ; nous savons,
par exemple, qu'il ne répétera ni Lamartine, ni Moréas.
Nous essayons ici d'établir les conditions du chef-d'ceuvre et du
classicisme moderne. Nous en cherchons les conditions nécessaires,
non pas les conditions suffisantes. 11 y a, croyons-nous, des lois esthétiques profondes communes aux grandes ceuvres classiques. Si nous
réussissons a les mettre en évidence, nous retrouvons les limites ou se
meut le génie; mais nous n' enseignons pas a avoir du génie.
2. Doctrine et Classicisme moderne. - La Doctrine se formule

a demi par un effort d'intuition intellectuelle, a demi par I'analyse des
ceuvres classiques modernes. On recherche, d' une part, les conditions
esthétiques générales du chef-d'ceuvre; on essaie, d' autre part, de

�LA DOCTRINE DU « MOUTON BLANC »

déterminer les caractéristiques du Classicisme moderne. Or, il y a un
Classicisme moderne. Non seulement il se f ait et se fera, mais il
existe. Des reuvres importantes qui méritent d'etre appelées classiques, et dont quelques-unes sont des chefs-d'reuvre, supportent
I'analyse. Ainsi Marthe Es querré a pu expliquer I'esthétique théatrale
d'André Gide, André Cuisenier pénétrer la structure des romans de
Ju les Romains. Des noms nouveaux sont pleins d'espérance et déja
de succes : ainsi Portail qui s'attaque a la matiere la plus modeme
saura devenir tout a fait classique. J'en citerai quelques autres plus
tard. On aura la sagesse de n'exiger pas qu'ils soient nombreux.
3. « Ordre et génie ». - Apres ce qui précede, faut-il dire que
sans génie il n'y a rien qui compte, meme avec le souci des regles 7
Mais simplement que le génie, sous peine de se perdre, ne peut
méconnaltre impunément les grandes lois esthétiques. C'est une
erreur de croire que le génie dispense de tout. C'est une erreur aussi
de croire que les regles dispensent du génie.
4. Originalité et classicisme. - On conc;:oit que le génie puisse
iouir d'un calme olympien. 11 n'a rien a craindre dans le temps ni dans
I'espace. - Le génie n' a rien craindre des génies du passé: il
enrichit la tradition. Racine n'est pas diminué par Corneille, mais il
diminue Campistron. - Le génie n'a rien a craindre du génie : il se
différencie par essence. Moliere n'est pas diminué par La Fontaine,
mais il diminue Boursault. - L'originalité n'est pas dans la négation
de tout rapport : Racine et Corneille observent une esthétique générale commune, et different infiniment plus que deux néo-symbolistes
farouchement indépendants.

a

S. Unanimisme et UMnimisme. - 11 y a fagot et fagot. J'ai dit
que le Classicisme moderne serait unanimiste. Je n'ai pas dit que tout
unanimisme serait classique. 11 y a un unanimisme batard et facile,
sans vertu classique, un unanimisme romantique.
6. lndividualisme et Unanimisme. - J' ai dit que le Classicisme
moderne serait unanimiste, mais je n'ai pas dit qu'il ne serait que
cela. A la fin du Manifeste et dans la doctrine du premier Mouton,
on reconnaitra les deux tendances exhaustives du Classicisme
moderne, les deux manieres originales d'envisager l'Univers, I'une

20

JEAN HYTIER

foncierement individuelle, I'autre foncierement collective. Pour la
clarté des idées, on peut désigner deux auteurs représentatifs de ces
deux tendances: André Gide, individualiste, - Jules Romains, unanimiste.

L7Auberge et les Clients

Voila trois mois que nous avons repeint les murs, accroché
I'enseigne, ouvert les portes. Une affiche savoureuse, composée par
un maitre enseignait aux passants la qualité des vins. Nous avions
retrouvé dans la cave quelques bouteilles vénérables d'un ius que
Poquelin versait a la Fontaine, dont Racine enivrait Boileau. Maint
connaisseur, plus d' un client gourmet ont voulu s'asseoir sur nos
escabeaux. Mais nul n'entrait sans exhiber ses lettres de noblesse.
Et voyez ! la salle est déja trop petite.
Cet homme sobre qui trinque avec I'avenir, c'est André Gide.
Cet autre qui souleve un monde sous la voute, c'est Jules Romains.
Tout pres de lui, une voix pure révele un secret fraternel : Chenneviere. Voici des compagnons plus jeunes: Portail puissant, Audisio
qui fait voir la Méditerranée, Fierens, Hellens, Puget. Et Pon ge circonscrit des élans sauvages dans des proses exactes. Et Mannoni, léger,
rit et iongle avec les coupes. Maublanc le moraliste, Cuisenier !'historien expriment le suc du siecle; Gaudefroy, Petiot, Boisson, Meunier le retrouvent au fond du verre. Mais voici Marthe Esquerré qui
sait le sens de la doctrine, Adrienne Monnier qui la chante et la fait
écouter.
Favre, la toque sur I'oreille. rit de voir la maison pleine. 11 boit,
pour sa part, plus d'un coup, et porte des santés multiples a la gloire
du Mouton Blanc. Aubergiste ! réjouis.toi ! il ne nous manque plus
rien, car déja les gargotiers ialoux qui frelatent leur piquette ne
trouvent pas notre vin bon.
)EAN HYTIER

2T

�ERREURS
VERITES

ERREURS
n

Sur lu lcrivaina "Jmboliate.r :
en est Je riJiculea. comme ce
1
Stéph.ane Mallarmé, parvenu a la notoriété pour n avoir ríen écrit et
Jont la critique dut respecter le mystérieux génie tant qu'J n'éta.it que
l'auteur Je quelques plaquettes introuvables; mais Jepuis, J a commis
l'impruJence de publier un recueil ou tout le monJe peut fue L4.pre.rMúli J' un F aune, si personne n'y peut ríen tléhrouiller.

RENÉ DOUMIC
•
• •
Sur Pierre Benoít {Revue Fidlraliste} : ... Jan&amp; ces pagea Ju
Lac Sall, quelles admirables répliques de comédie ! T ant pis pour ceux
1

qui s indigneront ou souriront : J Íaut oser écrire, tres simplement, que
e'est de la meilleure veine comique, que c' est du Moliere.

HENRI MANCARDI

•
• •

VÉRITÉS
La liberté ne vaut rien pour un artute.

ALAIN

•
• •
. Le _vér!table ~Lusicisme ne comporte rien de re.strictiÍ ni Je sup~res.Stf; J n est pomt tant conservateur que créateur; J se Jétourne de
1archaisme et se refuse a croire que tout a déja été Jit.

ANDRÉ GIDE

•

• •
. . Toutes les forces valables de la 1.ittérature de notre temps ae
d1r1gent, cro:yous-nous, vers un art krgement huma.in et un moJe J'expression simple et Jirect tel que le f ut celui des ckssiques .
LUC DURTAIN

Judiili.

HENRY BERNSTEIN

•
• •

. I1 faut Jonc .9.ue Je cla"ique ne soit pas semLlable a I'imitation Ju
class1que. Et, en eflet, il en Jiffere inÍiniment. II y a un vrai classique,
un clauique créateur.

Shalespearc ne pcut etre con.sidéré, non .1eulement comme un
écrivain de génie, ma.is meme comme un écrivassier des plus médiocres.

LEON TOLSTOI

22

ANDRÉ SUARES

�I

RENE LALOU

HISTOIRE DE LA LITTlfüATURE FRANQAISE CONTEMPORAINB

EXTRAITS

maitre de cette musique personnelle dont on retrouvera les
accents dans les livres de sa maturité, breve phrase antithétique
au final inoubliablement autoritaire.
PIERRE LOTI. - « Étre I&gt; et e&lt; sembler )), ces verbes élémentaires
reviennent perpétuellement dans les livres de Loti : symholiquement, car, faibles pour _précisément décrire, nuls autres
n'égalent leur aptitude infinie a suggérer.
MARCEL PRÉVOST. - L'originalité de Marce! Prévost réside dans le
róle qu'il a assumé d'écornifleur du romanesque pour jeunes
~ens curieux et jeunes filies inquietes ... 11 a prétendu les initier
a une vie moderne conventionnelle qui exclut soigneusement
toute grandeur meme daos la sensualité.
JU LLES VALLES. - 11 triomphe dans la satire concrete.
MAURICE DONNAY. - Toutes les reuvres &lt;le Donnay sont Jimitées par
ce perpétuel sacrifice a l'actualité ...
PAUI, HERVIEU. - 11 regne par tout ce théatre une pauvreté et un
convenu dans l'invention, comparables seulement au mélange
de platitudes et de hoursouflure que parlent les personnages.
Tout y t:st combiné pour l'optique théAcrale, daos un esprit
d'économie rebutant.
ED~1OND ROSTAND. - ... le drame de Cyrano et celui de Rostand,
le drame de l'écrivain de deux-ieme ordre qui aspire au génie.
GEORGES RODENRACH. - ... Ce caractere superficie! de la pensée
de Rodenbach devient facheusement évident lorsqu'il écrit en
prose.
ROMAIN ROLLAND. - Pour etre un grand écrivain fran9ais, il lui a
manqué de gouter sans effort cette France de Racine et de
Debussy, toute en nuances et en souplesses, triomphe d'une
intelligence raffinée devant lequel son creur est resté froid. 11 lui
a rendu pleine justice, mais, ne l'ayant point aimée, il n'a jamais
pénétré le secret de cette perfeccion.
CHARLES PEGUY. - Malgré cet effort tetu, il tomba avant d'avoir pu
s'enorgueillir d'un chef-d'reuvre authentique. JI ne se présente
néanmoins pas les mains vides et il serait supr~mement injuste
qu'il n'allat pas ce jusqu'a l'audience 1&gt;.
PAUL GÉRALDY. - ... lorsque ce papotage s'exerce autour d'un des
grands themes amoureux que les génies ont placés sous la sauvegarde du bon goút, l'indécence commence ; il est pénible
d'avo\r a r~ppele: ~ l'auteur du ~?rceau intitulé _Dualisme que
ce su¡et a eté traite dans le deuueme acte de · Tristan et Ysole.
Paul Géraldy, avec cet art de ramener tout haut sujet a un
dialogue de salon ...
FRAN&lt;;:OIS PORCHÉ. - Tout son théatre exploite cette fausse ingénuité, il se fait une vertu artistique de son incapacité a égaler la
virtuosité de Rostand,
GEORGES DUHAMEL. - ... son universalité, Duhamel la recherche
non par une synthése, mais par une suite d'analyses ...
JU LES ROMAINS. - ... Son art est un art viril. .. La volonté rude et
tenace de Romains exploite un esprit si riche et si divers que
vouloir, avec lui, est presque synonyme de pouvoir.
.

de 1'Histoire Je la Littérature F ranfaÍse Contemporaine
Nous remercions vivement MM. René Lalou et Georges Cres de
nous avoir autorisés
publier quelques extraits de la remarquable
Histoire de la Littérature franr;:aise Contemporaine de M. René Lalou.
(Ed. Georges Cres et Cie, 1 vol. : 10 frcs).

a

CATULLE-MENDES . - ..• sa redoutable facilité a rimer n'importe
quoi.
JEAN AICARD. - ... son Pere Lebonnard (une piece en versa rendre
jaloux Eugene Manuel) et son Jésus se recommandent aux
fami_Jles pour leurs excellentes leyons de morale théorique et
prauque.
JU LES RENA~D. - Lorsqu' il atteint a une telle perfection, l'art de
Jules Renard évoque le souvenir des estampes japonaises ou un
animal, un arbre, une branche, fait tout fo tableau, comhlant
!'esprit d'une mystérieuse joie; l'influence des Goncourt aidant,
le penchant naturel de son génie, Jules Renard a évité le naturahsme de Zola pour rejoindre le réalisme d'HokusaL
AUGIER. - N'ayant point visé a retenir l'attention du lecteur curieux
qu'aucun obstacle ne rebutera de l'reuvre ou il a découvert
quelque originalité, Augier a passé tout entier avec son auditoire.
DUMAS Fils. - ... il gardera toujours quelques traits du prédicateur,
qui aime appeler le péché par son nom et le décrire avant de le
flétrir ...
·:· ses dernieres pieces, ou !'esprit boulevardier ~e fait apocalypuque ...
HENRY BECQUÉ. - L'art de Becqué est indéniable: on en éprouve
vite les limites.
VILLIERS DE L'ISLE-ADAM. - Axe/ n'est pas seulement l'reuvre la
plus caractéristique et la plus complete de Villiers de l'lsleAdam : c'est encore la dern1ere expression du romantisme européen, le Faust du XIX• siecle finissant.
PAUL BOURGET. - L'évolution littéraire de Paul Bourget s'est
déroulée avec cette régularité consciencieuse qu'on observe aussi
dans chacun de ses livres.
Le Disciple manifeste déja la coexistence en ~ourget d'un
effort sympathique pour appréhender loyalement la pensée de
son contradicteur et d'une incapacité fondamentale a y totalement réussir.
MAURICE BARRES. - ... une intelligence inlassablement curieuse qui
éperonne une sensibilité assez courte.
Déja (Du Sang, de la Volupté et ae la Mort) il se manifeste

'

�RENE LALOU

PAUL CLAUDEL; 7" . •· Ce~te musique universelle encore inentendue
dans la poes1e fran~a1se...
PAUL VA}-,ERY. - ~es images fondent le concret et l'abstrait en un
metal sans pa11le.
M;aitre de la ,Pure perfection racinienne ... il y réintegre la
dens1té mallarmeenne.
HENRY BATAILLE. - Les personnages y sont assortisaux coussins
et aux tentures ...
Avec. Bataille, le romantisme se refait une virginité par
l'encana1llement.
• _11 n'e,st point d'écr_ivain qui _ait plus souvent rappelé la nécess1te de ,1 aud~ce et qui se son s1 constamment dérobé devant la
plus necessaire des audaces, l'audace de la vérité ...
HENRY BERNSTE!N: - De graves critiques traitaient de surhommes
ces croquemnames pour grands enfants.
JEAN SA~M~NT-. - ··: a m&lt;?ntré qu'il possédait un génie « d.u toe,, a
peme infeneur a celu1 d'Henry Bataille.
TRISTAN ,.BERNARD. - ... son temps lui a fait crédit de tant d'esprit
qu 11 dem1&gt;urera probablement insolvable devant la postérité.
MAURICE MAGRE. - .. . une intarrissable fécondité pour démontrer
que l'o~ peut retourner le précepte racinien et faire de quelque
chose nen.
JU LES LEMA_ITRE. 7" .•. fut succ~s~iveme~t ~m universitaire distingue,
u_n P&lt;?ete d1stmg!-1~,. un ~n~1que d1stmgué, un dramaturge disungu~ et un po!J~1c1en d1st10gué : dans aucun domaine il ne se
mamtmt au prem1er plan .
.Sa sages~~ re,st~it ce~le_ d'un_ bou~geois cultivé qui n'abdique
pomt ses pre1uge~ , m,a1s 11 y a¡outa1t, en ses meilleures heures
la fin~sse narq~o1se d u~ p:iysan de la vallée du Loir. Cela lui
p~r~1t de para1tre plus elo1gné de Coppée et de Sarcey qu'il ne
l'eta1t 1·éellement.
PIERRE BENOIT. - Les premiers de ses romans d'aventures Kamigs"!ªT'_k. et I'Atlanti~e n'étaient pas tres inférieurs a~ produits
s1mila1res de Maurice Leblanc ou r.aston Leroux.
RENÉ BE_NJAMI,N_. - Gaspard ne dépasse pas la facilité superficielle
qui caracter1se les autres productions de René Benjamin.
PAUL et VICTOR MARGUERITTE. - Ils ne cessent jamais d'écrire
« comme tout le monde •.
LÉON DAUDET. - _Il fait des injures, chaque matin ainsi que d'autres
• font des halteres.
'
MARCEL PRO U ~T. - ,"; de cet art tout entier basé sur la lente reprise
p~r le mo1 d~s elements gue le temps y a déposés, de cet art qui
I~1sse aux d1verse~ pa~UE;S de la Recherche du Temps perdu
1 aspe~t de va~tes !11mes 1neg3;lement exploitées'. le dernier mot est
peut-etre moms l amour de I analyse que la hame de Ja synthese.
ANDRÉ GID_E. - Parmi les plus rudes assauts de son inquiétude ¡¡ a
garde son refuge assuré : le classicisme.
'
SU ARES .. - Alain ne cherche_point la poésie: Suares la remplace quelfo1s par un fard orato1re.
RENÉ LALOU.

GABRIEL AUDISIO

L'Art et la Pensée poétiques
de CHARLES VILDRAC

Si l'on ne comprime pas son creur, si l'on ne commence par en
étouffer la voix, il n'est déja plus possible de parler librement de Charles
Vildrac. Car le creur oppose toujours trop vite ses raisons irrésistibles a
la raison: qu'il frémisse, toute argumentation est ébranlée et il vaut mieux
des l'abord renoncer a toute possibilité d'investigation critique. Vildrac
est en etfet de ces hommes dont le seul nom est pour le cceur la source
de bien des émois par tout ce qu'il rappelle de tendresses, de douceur
indulgente, d'humanité.
La nécessité de bannir les appels du sentiment ne va pas sans rigueur
quand i1 s'agit de parler d'un poete qui vous offre le meilleur de son
amour. Mais cette rigueur est moindre si on aborde J'homme par le plus
extérieur de lui-meme, ce qui est le mieux sujet a mesures matériclles,
contróle, lois et partant discussions ou contestations possibles; j'entends
le mode de s'exprimer, J'art.
Charles Vildrac fait partie de ces écrivains qu'on a accoutumé
d'appeler, d'une fa&lt;;on _d'ailleU:rs assez simplement global~, les, un~nimistes seul groupe qm depu1s de nombreuses années au ose :presenter l~s caracteres apparents, si l'on peut dire, d'un corps constitué,
d'une équipe, a une époque ou la liberté est de mode, ou le bon ton veut
que chacun travaille en 1solé et n'exprime que des idées sans précédent,
par des moyens foncierement personnels. Le groupe des poetes de
l'Abbaye n'est toutefois pas si cohérent qu'on ne puisse dresser chacun
d'eux dans sa signification propre et son originahté; ou mieux encore,
c'est la belle homogénéité et la cohésion meme de ce groupe qui permettent de retrouver la valeur efficace de chaque effort individue!, la
réalité des différents apports, et de reconnaitre a chaque membre la
place qu'il occupe. Celle de Vildrac est nettement qualifiable, tant par Je
tempérament de l'homme que par l'art du poete.
Alors que Chenneviere, Duha~el et ~urtout Jules Rom~i.ns se
sont choisi une forme neuve ma1s fondee sur toute la trad1t1on et
l'évolution de la poétique franc;aise (comme le montre bien le cours
de technique poéuque institué l'an dernier par deux d'entre eux) (1),
(1) Cf. Nouvelle Revue Fran~aise, juillet 1922. - 1ules Romains, ! l ntroductio!1 d un
cours de technique poétique, et ltfercure de Franoe, du 15 octobre su1vant, un article de
G. Chenneviere ayant le méme objet.

�L'ART ET LA PENSEE POÉTIQUES DE CHARLES VILDRAC

d'autres, tels que Vildrac, s'en tinrent principalement aux moyens et
résultats de la plus récente expérience: le vers libri&amp;me en effet exerce
encore un regne évident sur feur ceuvre. Mais Vildrac ne semble pas
s'etre résolu a proscrire de son art tous les artífices extérieurs, apparents ?U v~rs-libre, ;_ art~fi~e? désormais pér_imés. Aucune phobie de
mauv:3-1s alo1 ne preside. 1~1 a la condamnauon d'une technique qui a
donne des résultats considerables. Tome forme nouvelle doit pour etre
viable se fonder sur l'acquis total de la tradition, meme la plus récente.
Or, le vers-libre, continuant avantageusement l'entreprise de libération
de la prosodie fran&lt;;aise, l'a enrichie et assouplie, a renové l'effort individue! et donné droit de cité a tomes sortes d'effets attrayants de success_ion, de rimes et de rythmes, d'assonances et d'allitérations, d'adéquat10n de la courbe du poeme a celle de la pensée, bref il a montré, apres
le _vers rom~n.ri_q~e et _le. mallarméen: jusqu'ou pouvai~ aller la poésie en
fa1t de poss1b1lites metnques et musicales. Il a montre: ce n'est pas dire
que tom doive etre reten u. Et le tort de Vildrac est bien sans doute d'avoir
pris en bloc une série de procédés qui tirent l'ceil lorsqu'ils sont accumulés, alors qu'ils rendent d'appréciables services quand on en use avec
mesure et pour telle fin, comme il se doit.
Le moindre de ces artífices n'est pas la répétition: il est difficile de
lire un poeme de Vildrac sans etre frappé par une permanente parité
rythmiq ue, une sorte d'oscillation réguliere dont les points extremes
sont marqués par des mots, des expressions ou des images qui se raJ?pellent l'un l'autre. Les Préliminaires du livre tl'Amour commencentains1:
Le grand oiseau blanc déploya des ailes
Qui étaient toutes pures, qui étaient toute&amp; neuves,

et tout au long de cette premiere piece, comme au cours de bien d'autres
dans le livre, au sein meme de la strophe, résonnent ces appels dont
l'inconvénient lt&gt; moins sensible n'est pas de ralentir le train de l'expression, d'alourdir l'image qui se voudrait dépouillée.
ll dévia un peu. il lomba un peu ...
Des plumes aussi, des plumes un peu...
lis joignent leurs paroles et joignent leurs yeux.
Devant cette porte ils s'arréteront
Ayant un pli mauvais sur le front,
A.yanl un mil mauvai&amp; pour s'épier
A.yant tm mil oblique vers la porte...
11.fais elles se plaisent bien ensemble

Toutes tes richesses, toutes mes richesses ...
Le bras égaré de cet aveugle
Que je deviens et que tu deviens ...

ou bien c'est la succession d'épithetes et d'expressions coordonnées:

GABRIEL AUDISIO

On pouvait quand méme demander av 11ent
Et des parfums et des musiques ...

tous moyens qui peuvent aboutir a un tel exemple typique d'alanguissement de la strophe, ou l'image sans cesse retenue ne réalise pas son
envol:
Quand on Jleve entre ses yeux et le soleil
Un verre áeau pui&amp;é a méme dan, lea roche,,
Un verre d'eau peuplé de helea minuacules,
On ne voit rien qu une eau ébloui,aanle el pure,
On ne voil rien que le soleil
Habillé de l'eau et non plus de r air.

J'entends bien que ces effets ne sont pas de pur hasard, mais recherchés · comme ils l'ont été par d'autres poetes. La répétition systématique
est u'ne source de mystere c_hez Maeterlin~k; elle 1;'e~t pas ~'u1; vain
secours a l'ingénuité de Franc1s Jammes. Ma1s le procede en so1 presente
un grave dan~er: généralement, et c'est le cas chez Vildrac, il. apporte
comme un dementi a la pensée. Bien des idées actuelles ou ango1ssantes,
de celles auxquelles on ne songe qu'en serrant les macho~res ou c:is_pant
les poings, bien des images, des sym~oles y prennent un, air _un peu desuet
de complainte et de chansons, d'a11leur~ so~vent aver~ ¡usque p~r ~e
titre lui-méme. Le Livre d"Amour ne conuent-il pas plus1eurs pages mutulées Cinq chamom? Faut-il rappeler le début des Chant, du Dé1e1péré.
Au long des jours et des ans,
Je chante, je chante.
La chanson que je:me chante
Elle est triste et gaie...
C'est la chanson pour tou;ours
Poignanle et légere ...

et le poeme assez récemment publié, Le Jardín, véritable complainte d'un
gars du nord? (1 ). L'adoption si fréq.u_ente_par Yildr?c de ce, type de poeme
est chose bien remarquable et _menterait qu_o1; s y ar;etat plus_l&lt;?nguement ici-meme si l'on ne gagnait tot la conv1ct1on qu elle paruc1pe au
temoérament de l'homme beaucoup pl~s qu'elle ne résulte de la t,ec?!1\que
de 1tartiste. Il n'en est pas absolument de méme lorsque les repet1t1ons
portent sur des sonorites choisies, mises en vedet,te par la chute du vers1
et prennent l'aspect de successi0n de :im~s ou ~ assonances. Ce s,ont la
des movens proprement voulus ou qui do1vent 1 é!re: le résultat n en est
pas tou)ours ce qu'on pourrait attendre. Osons d1re que le couplet de
libretto guette de telles strophes
Le grand oiseau blanc vola moins haul
Et il s'inclina comme un bateau
Qui a au coté une voie d'eau.

Un trou rond et rouge et noir...
(1) Cf. Noueelle Revtte Fran~aise, 1-' avril 1922·

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CHARLES VILDRAC

. C'es~ la ran~ot; des enrichisseme~ts p_rodigués par le v~rs-libre. Faut11 done a to~te, 1~ee venante un tel deplo1ement de sonontés, une mise
en reuvre s1 evidente de moyens purement extérieurs? Acceptons-en
quelques-uns, mais aux places qui Ieur conviennent. N'en serait-ce pas
une mieux indiqu¿e, le grand éclat de lyrisme ou le jet oratoire et imagé
a besoin d'etre alimenté et soutenu? Je pense a cette fin de l'Europe de
Jules Romains.
'
Foule de Hyde-Park en !fai ;
Foule du Lido en Seplembre ;
Foulea du port el du navire
Foule8 de l'Europe vivanle, ele.

~a}s l,e vers mes_uré qu ~ Vildr~c _manie souvent sans amalgame, paye
auss1 a l art son tribut d 1mconvenients, exactement inverses de ceux
auxquels il entend remédier. Qu'un solide agencement de mots pleins
de sens et de propre valeur, qu'un jaillissement harmonieux d'imao-es ne
viennent le soutenir et enrjchir, il lui faut s'incliner devant le grief(dont
on. ne l'épargne pas !) de sechere_sse et de prosai'sme : la poésie de Vildrac
qu1 procede plus par &lt; atmosI?he~e &gt; que par images, n'en est fatalement
pas exempte. On en prendrau a1sément pour preuve s:a et la quelques
f~agments,, d~ns l'Jntermede des Chanta du Désespét'é par exemple, si un
sm~~re frem1ssement de tendresse n'y était un sur garant de la pensée
poeuque.
Qu'a cet examen quasi mot-a-mot on n'objecte pas avec La Bruyere
que « le plaisir de la c1'itique nou.t 6te celui d'étre vivement touchés de tres
belles choses_. ~ L'art et l'enthousiasme ne sont pas sur le meme plan;
quand cdu1-c1 tombe avec l'accoutumance, le premier accrolt sa force
de duré~. J'accepte de me s~ouler de décl.~matio?s nocturnes, mais que
le plus 1vre emportement la1sse une place (il la la1ssera tót ou tard d'ailleun;) au commentaire a creur fermé. L'art est a ce prix; et l'art s'apprend. Lorsque les deux, enthousiasme et raison, se concilient chez le
meme homme (« le cmu1· en ébullition et la téte froide &gt; dit Nietzsche j
voila qu&lt;! prend corps l'idéal du lyrisme organisé, d'ou 1{e peuvent sorti;
que de tres grandes reuvres, mais rares. Vildrac lui est avant tout
lytique; l'appel de son inspiration l'arrache so~ven{ aux soucis de
l'aboutissement rigoureux, et sans doute l'entraine-t-il encore puisque
sa technique ne s'est pas sensiblement modifiée du Livre d'Amour aux
Chants du Désespéré et que, des avant ceux-ci, on trouvait dans les Découvertes, ces proses poétiques, q uelques-uns des « morceaux » de l'auteur
les plus solidement achevés.
. C'est done plus par son tempérament poétique que par son art que
Vildrac nous touche, et profondément; par son lvrisme sincere, chaleureux et sans attitude, par son ame généreuse qúi sait trouver le beau
moral ou il se cache et le créer, par son gout des choses les plus
humbles qui les exalte et les révele a leurs habituels contempteurs. Par
la Vildrac marque bien sa parenté d'esprit avec les poetes du groupe
dont il fait partie. Un des prmcipaux honneurs des &lt; unanimistes » est
bien d'avoir fait rentrer dans la poésie le sentiment de la valeur en soi
des choses, d'avoir &lt; animé », au plein sens du mot, le réel brut, la

GABRIEL AUDISIO

maticre inerte, d'avoir trouvé le langage qui émeut sans anifice en confrontant l'homme et l'objet. Grace a eux, comme dit Mannoni, « le poete
a retrouvé avec amour le monde oublié ... non pas la nature romantique teintée
de sentiment, mais le concret pur et nu, les aut?·es hommes et toutes les choses,
les ai·bres et les maisons, les ca11·efou1's et les usines. ll redevient comme un
enfant qui presse dam ses mains la terre qui lui est neuve » ( 1).

La création de ce langage dont entendent bénéficier plusieurs poetes
nouveaux venus de la génération actuelle, est une des P.lus riches découvertes de la poésie frans:aise: il n'aura pas fini sa carnere quand " l'unanimume &gt; ne sera plus qu'un souvenir historique. Et il faut dire que
Vildrac parle excellemment cette langue. Comme Duhamel se sent
le c~ur averli du bonheur

a cause du passage d'une voiture
Porlant sa bdche jaune el verte
La plus merveilleuse des bdches,

comme Luc Durtain qui montre que
Sur l'élroit steamer, que bossuent
Ses sacs d'oursins, se3 caisses áhuilres
Et ses pa11iers recouverls d'algues,
Un marchand esl couché béant•..

comme Chenne\liere et Jules Romains qui sait rappeler mille choses délicieuses, Charles Vildrac découvre qu'fl regne un soleil libéi-al comme un c,oup
de vin blanc, que l'enfant peut posseder autre chose qu'un beau carre de
ciel, car &lt; il y a la cheminée de t6le _d'un lavoir: fine, élancée, elle dépasse
tout. Un long morceau d'elle, d'un noir pr-ofond et de contours vurs est 1eul
avec le ciel si pu1· ... Mais voici que la cheminée du lavoir exhale 1oudain un
peu d'une fumée rousse et légei·e, une umée &lt;¡Ui plait au ciel et vous rapproche
encore de tui. - Mais voici, tres haut, vire1' frois hirondelles, et les cris
qu'elles étfrent dan.r l'espace sont comme un assoui•i,sement. - L'en/ant se
laisse pleurer a chaudes larmes.

r

II sait dire.
Je voudrais étre un vieitlard
Que j'ai vu sur une route ;
Assis par terre au soleil
ll cassail des cailloux blancs
Entre ses jambes ouverles

C'est parce qu'il voit et anime les choses qu'il peut lancer ce cri plein
de. promesses éclatantes:
Vie11ne du soleil plein le mur d'en face,
A Ion plus haul caneau vienne du bleu,
El les pieds ser~nt nus et cl,auds panni les sables
El des oiseaux voyageront avec lflS yeux !
(1) Cf. Inlenlio;is, o• 4, avril 1922.

3o

31

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CIL\.RLES VILDRAC

C'est par la qu'il montre l'ame d'un paysage :
I t y avait un remblai de gravas
Avec de&amp;Bus un chemin maigre
A jamais inquiet d'etre perché la
Et sans communion avec la terre.

C'est par la qu'il touche !'ame de l'homme :
O toi qui sail la langue
Qui retrouve et alteint dan&amp; leur nudité
Les hommes et les femmes avec qui tu es sur la terre

L'ame du soldat que la releve sauve pour un temps:
Et s'il réve. c'l's/ au délic,
D'61er u s souliers pottr dormir
A Neuvilly . dans une étable

L'ame du fantassin désespéré :
Je voudrais avoir été
Le premier solda! tombe
Le premier jour de la guerre.

Et c'est par la qu'atteignant l'ame humaine, il atteint aussi ie meilleur de son art, dans de telles strophes qui sont sans contredit parmi ce
que la poésie fran.;:aise a compté d'accents le plus purement émouvants
depuis des années :
La bonté des hommes
N étail pas constante ni tenace ...
.Mais lorsque son jour mrivail
Elle était aussi pénétranle el chaude
Qtt'une eau-de-vic qu'on boit en fraude
Dans les pri8ons ...
Il vil une ville
Choyée de soleil.
De beaux souliers neufs
Grinfaient a pas vifs
Sur les trottoirs propres.
El l'on entendait
Le long des boutiques,
Derriere les stores,
Toutes les pendules
Qui sonnaient midi.

GABRIEL AUDISIO

Celle de Vildrac est tout unie; c'est le roete de l'amour, au sens le plus
large du mot: l'amour pour tout ce qui existe et vit, l'amour humain .
L'humanité de Charles Vildrac est sous le signe de la tendresse : elle se
~anife_~te a ~ou~ les instants de sa vie, et non seulement de sa vie poéuque, ¡ en su1s bien sur sans le connaitre; elle se méle a chaq_ue autre
sentiment issu de la sensibilité: humilité, pitié fraternelle, am1tié, charité. Cette tendresse est répandue dans toute l'existence quotidienne que
le poete sait rendre meilleure a vivre parce que son optimisme y va sans
cesse a la &lt; découverte &gt; du beau et du bon et révele mille symptómes
d'excellence réelle chez l'homme. Pour cela, il fallait vraiment aimer
ses semblables, non par systeme, mais d'un amour total, on dirait
presque religieux.
Si cette tendresse se répand bien sur toutes les choses et tous les étres,
si cette sensibilité répond a tomes les sollicitations, s'offre a tous les
silences, reconnaissons aussi qu'elle le tait d'une fac;on « uniforme. Le
poete a en quelque sorte trop d'amour au fond de soi pour luí imposer
des différences de niveau et de qualité. Mais les memes battements du
creur, devaient-ils traduire tant d'émois différents? et l'amour n'aurait-il
point gagné a se hausser davantage ? Certes il est nécessaire d'affirmer,
de redécouvrir que la nature de l'homme n'est pas si entachée par des
fautes originel!es que bien des signes n'accusem encare un réel avoir de
bonté.
Donner du feu si poliment au premier fumeur passant, trinquer alors
qu'on pourrait trouver tant de raisons de se battre, se dévouer au service de n'importe que! promeneur égaré, voila sans conteste des preuves
de l'obligeance nauve de l'homme qui valaient d'etre di tes, avec plus ou
moins d'insistance; et l'on partage volontiers l'émotion du voyageur
angoissé, perdu dans une auberge triste, qui sanglote tout bonnement
parce que la petite fille lui a embrassé la main et donné une fleur.
Tendres chants d'amour, précieuses découvertes. Mais le découvreur ne
pouvait-il mener plus loin ses blanches caravelles? et les quittant, pénétrer des contrées moins accessibles que leurs rivages ? on l'eut aimé; et
ce qui manque, ne serait-ce point ce que les Préliminaires du l. ivre
d!Amour annon\aient, quand le poete était la,
Le réve tendtt désespérémenl vers des archipels
Et vers telle vie :
Une vie dans le vent, tou.les voiles dehors ...

Mais ou sont les archipels? ou cette vie dans le vent? Tant de banlieues parisiennes valaient-elles de supplanter ces Hes; et tant de tendresses de perites filies, de buveurs de guinguettes, de gars;ons livreurs,
cette existence au vent, voiles dehors? C'est Vildrac lui-meme qui
répond

Apres de tels exemples, il n'est pas téméraire d'affirmer que si cette

Et Je voudrais bien...
Mais l'eau croupissante aussi voudrail bien...

« nudité -., ce gout de la réalité vra1e des choses, conduisent Vildrac au

meilleur de son art, c'est que sans dome ils ne participent pas seutement
d'une communauté de tendances d'école littéraire. Par dela l'écrivain
plus ou moins artiste, l'homme se révele et le fonds de sa natu re propre.

On ne le regretterait pas tant si cette uniformité dans !'origine et
l'expression de la pitié n'apportait l'impression d'émois trop faciles et

33

,

�L'ART ET LA PENSEE POETIQUES DE CHARLES VILDRAC

comme une monotonie. Cette monotonie, le cercle fermé assez court
des themes d'insfiration la souligne encore : le poeme Vi1ite dans le
Livre d'Amour n est que le canevas de la petite p1ece l'lndigent qui termine les Découverte,. L'égalité du ton concourt aussi a ce résultat; il ne
change guere d'une piece, d'une ceuvre a l'autre, méme apres l'épreuve
de la guerre qui a pourtant secoué rudement le poete, lu1 meurtrissant
la chair, infligeant au meilleur de son ame le plus cruel démenti et laissant sa mémoire obsédée. Sa pensée garde la méme tournure et son art
le méme aspect. La guerre le surpasse; malgré, comme dit Romains,
que « l' évenement ait lepa, et le poil d'une bete quaternaire », il ne se résout
pas a Je pcendre durement, comme Durtain par exemple (il est vrai que
pour Vildrac « la colere est imptwe et stérile »), et dans sa révolte méme, il
semble se complaindre, et c'est encore sous le rythme de chansons
qu'il dit
C'esl au pelil jour qu'ils trépassent ...

GABRIEL AUDISIO

déja pré~ente au creur et a !'esprit d'un nombreux et valable public, que
nécessaire a identifier la qualité de sa pensée poétique. Par la on retrouve,
sans confusion possible, la place propre que Vidrac a prise par ses accents
persvnnels dans le groupe des poetes de l'humain. 11 est celui qui s'adresse a
tous,
la masse, au &lt;&lt; peuple », socialement parlant (et, qu'on le note, avec
succes), mettant le mieux a leur portée le langage et la pensée communs a
ses compagnons d'équipe; et ce n'est, en somme, pas un mince mérite pour un
membre du groupe auquel demeure depuis bientót vingt ans le nom d'u11animistes ? Contnbuant ainsi pour une bonne part a la cohésion du groupe, il
nous donne le droit de l'y situer. Seul, il ne serait pas impossible que, Charles
Vildrac demeurat sous l'aspect, d·ailleurs quelque peu contradictoire, d'un
élégiaque offert a tous les hommes ; considéré « en corps 11, il a une autre et
grande portée: il est le chemin d'acces de sommets tels qu'Europe, qui, sans
lui, seraient diffic¡lement atteints. Charles Vildrac est préalable a des auteurs
comme Jules Romains: il touche et conquiert des creurs qui désormais ne
se refuseront plus a de pures sources d'art, a de hauts envols d'humanité.

a

Ne m'objectez pas: « Qu'importe que cette tendresse ne s'exprime pas
differemment dans chaque cas; sa pitié est humaine et nous to11che ». Alors je
ne dirai plus rien. N'ai-je pas voulu des :'ahord que mon creur se fermat?
Sinon, reprenant le livre, je ne penserais qu'aux camarades, aux freres, au
frere. La tendresse de Charles Vildrac est d'un frémissement vrai qu'on ne
conteste pas ; on scnt sa main prete a se tendre a tous les dénuments, mieux
peut-etre que celle de mcilleurs théoriciens de la charité; rnais qu'on puisse
dire que toutes les pitiés n'ont pas la merne qualité, ne se traduisent pas de la
meme fai;:on; ainsi de la mort de Henri Doucet, ou Vildrac nous angoisse, et
de la réception de tel colis de poires, qui entend nous émouvoir par d'identiques moyens. Si l'amour total n'a qu'un plan, il est bon que l'expression en
differe suivant les especes. Cela est si vrai que l'on arrive parfois, meme sans
avoir lu au préalable vingt pages de Nietzsche, a ce resultat détestable: l'attendris&lt;:ement aboutit a des effets contraires. Ne va-t-on pas trouver bien que
Bastien ne s'emharque pas sur le Tenacity et se sauve avec Thérese? que les
jeunes filies rient du Monsieur qui tombe daos la rue boueuse? Tenez, on est
tenté de dire, a voix basse, car ce ne serait pas sans honte au fond: i/ est trop
bon ... Et ce qui ne contribue pas peu a donner cette impression, c'est un
certain ton « édifiant » qui regne en bien des poemes ou les « JI Jau t ... il ne
Jaut pas ... Fais ... 11e v.1 point.•. » semblent moraliser. Ce n'est pas a la charité
chrétienne qu'on s'en prend ici, mais a son expression qui peut etre autre.
Ainsi Georges Duhamel, dans la Possession du Monde, a-t-il réalisé un véritable
manuel du bonheur qui est loin d'etre un impératif sentimental ou ce qu'on est
convenu d'appeler un recueil de lectures morales. 11 faut cependant reconnaitre
que Vildrac se présente délibérément sous cet aspect, puisqu'il s'y encourage
ainsi :
Va, ne sois pas géné de laisser paraitre en toi
Lajeune filie et la mere que fut ta mere,
L'enfant que tu étais et qu'd jamais tu demeures.

GABRIEL AUDISIO

..

Indiquer ce qui manque de force mále a l'humanité de Vildrac, de« dosage 11
a sa sensibilité, était moins destiné a restreindre la portée de son reuvre,

34

35

�L IV R E.S
j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous
PAUL GAULTIER. 1 vol. : 7 .50.

L'idéal Moderne. -

LIVRES
les Livres qu'il re9oit

PAYOT, éditeur. -

Ce livre, couronné par l'Académie Crancaise, écrit « de bonne Coi »,
tente de concilier les « antagonismes » des théories modernes « en
une synthese supérieure ». C'est un ouvrage de bon sens, mais
qui nous rappelle la parole de GEoncEs DuMAS : 1, Le bon seos,
c'est toujours la pbilosophie de la veille. » 111. PAUL GAULTIEll
cherche a résoudre la question morale, la question eociale et la
question religieuse. 11 ne nous semble point qu 'il y ait réussi. Le
meilleur profit qu'on lirera du livre sera de revoir, pour son
propre compte, un grand nombre de lheses et d'hypoth~ émises
par des penseurs et des philosophcs de valeur inégale, mais auxquels !lf. PAuL GAuLTIER mele étrangement beaucoup d'écrivains
contemporains dont certains ne brillent pas par une compétence
notoire en ces rnatieres austeres : « Les passions vous rendent
1&lt; esclaves » ainsi que Gérard d'Houville l'a bien vu. » 11 arrive
aussi que 111. PAuL GAuLTIER entonce des portes ouvertes et que
ses développements sentent la dissertation scolaire. D'autres Cois,
plus visiblement soucieux du droit que du fait, il apporte des solutions puremcnt théoriques a des qucstions essentiellement pratiques.
La cause en est 1° daos un manqu ede sftreté Iogique qui conduit
l'auteur a brouiller les not'ons, 2° daos le désir d'opérer a priori
des conciliations entre des theses dont on ignore encore si elles ne
s'excluent pas. - Le style, trop oratoire, est cependant sans relief
0n y décele des clich \5 1 des redondances, des citations misérables,
et un abus de termes incidcnts, copulatifs, restrictiís ... qui alourdisscnt la phrase saos affincr la pemée : « La eharité est indispensable, je veux dire celle-lir. qui n'est proprement ni l'aumóne... ni
a jortiori ... A ussi bien la charité vraie... Elle est don de soi, le don
d'une 11.me ir. une autre 11.me, le don de toute son dme pour
reprendre le titre d'un roman de !lf. Bazin. Cette charité-la ...
etc ... » Une tendance marquée au verbalisme.

GEORGES TURPIN. - Quelques peintres du temps présent. de la Revue littéraire et artistique. - 1 Yol. : 3 fr.
GEORGES TURPIN. - Dans le sentier des marjolaines. Revue littéraire et artistique. - 1 vol. : 3 fr.

Edit.

Ed. de la

Le litre fade contraste avee la Cougue maladroite du contenu.
L'auteur se déclare « spontanéiste », daos une préface truculente,
ou il affirme que « la poésie ne peut etre qu 'immortelle » et les
,, versificateurs » « de fau.x-poetes ». « Ce poete-né incubera une
idée, et, les vers, l'instant venu, jailliront de son cerveau comme
des étincelles. » Les vers de GEORGES TunPJN semblent effectivement
jaillis un peu trop spontanément.

HERNANDO DE BENGO ECIIEA. - Le Vol du soir. - Théatre, portrait par E. A. Bourdelle. - Editions des Tablettes, 1 vol.
C'est un recueil de trois pieces : 1 ° Le Vol du Soir, 1 acte en prose.
Citons, les lextes se critiquent d'eu.x-mémes : « llfadge - Si tu
me comprenais / Mais ce n'est pas possible ; nul ne me comprendra jamais / Je suis nocturne et rétractile I » 2° Le Masque de la

llfort Rouge, drame chorégraphique en I acle et 9 tableau~ d'apres
EoG~ ALLA.N Pre. 3° Sorat/1.ma, drame musical en quatre épisodes,
mus1que de Gu1LLERMO U.NBB.

S. BOUTET-LAGREE. - Trois Légendes d'Armor. Tablettes : 1 plaquette.

Editions des

Ces vers libres ne manquent pas de comique :
Coursier stupide,
Je veux ma Sirene intrépide ...
Entendez-vous Morwack hennir
De la mer a la montagne ?...
Ecoufez sür le rivage
La légende du vieux Gradlon l ... etc...

PAULA. - Pietro mon cousin (mreurs de vierge moderne).
Editions des Tablettes : 1 plaquette.
Nous lisons sur la page de garde « Du mime auteur. Sapho, mon
amie (roman de mreurs lesbiennes), - Jacques, mon mari, Yves, mon amant ». L'auteur n'a qu'a continuer. - Pi~tro est
d'ailleurs, aussi affligeant que sa cousine. 11 p,-rle le méme francai;
qu'elle.

�REVUES
1

REVUES

Le Mouton Blanc donne son opinion sur toutes les Revues qu'il re9oit

1

NOS BONNES FEUILLES. dans un bar.

LA NOUVELLE REVUE F.RANQAISE. - Directeur : JACQUEs
füvIERE. Secrétaire : JEAN PAULIIAN. - Octobre :

MEMENTO
MARCEL PRousT : La regarder dormir. - ROGER ALLARn : Petite
fugue d'Eté. - Borus DB ScBLCEZER : Anton Tchékhov. - JEAN
G11\Aunoux : Finale de Siegfried et le Limousin. - ALBERT TBIBAUDET : La composition dans le Roman.
« L'épopée ne demande pas de composition, seulement les épisodes,
dont elle est formée, en exigent une ... Comme l'épopée, le ro man

LE DISQUE VERT. - Directeur : FRANz HELLENS.

-

Octobre

PAuL DERMÉE : Escale (poeme).

REVUE FEDERA.LISTE. -

Octobre :

dit fort justement par la voix de Castor : « Le grand poete est
celui qui ajuste sa fureur aux moyens d'expression dont il
dispose », mais publie des vers bien mauvais de JACQUBS PRBNAT,
forézien : Pou.r une jeu.ne épousée :

La maison est endormie ;
Et le jour grandit encor.
L'air est írais, a pres la pluie
On avance sans effort.

-

M. JACQUES REYNAUD, en signalant le Mouton Blanc, cite pelemele les noms des précurseurs et des artisans du classicisme
moderne que notre maniíeste s'efforce de présenter avec ordre. Il
nous reproche d'oublier 1',!AuRRAS.. Rassurons M. JACQUBS REYNAUD.
MAuRRAS, s'il n'occupe maniíestement pas la place centrale dans
la préparation du classicisme moderne que, d'ailleurs, il ne saurait,
guere accepter, se situe néanmoins exactement pour nous clans
« cette lignée de prosateurs » !JUi « d la suite de FRANCE et de
BARRES travaillaient a maintenir ou a restaurer le sentiment de la
perfection » dont parle notre manifeste. Nous invitons M. JACQUBS
REYNAUD
le Jire.

a

J. H.

La littérature espagnole en 1922 L'CEuvre b/Uie de Jules Romams.
·

G. DE Toll.RB. -

01 1
s0 :

Novembre

MAunrcE Bo1ssARD : Chronique dramatique.

:ROGER VALeELLE

u

ne fillette

LES ECRITS DU NORD~ - (Direcleurs : FRANZ HELLENs et PAUL
DERBORGHT) n
I, novembre 1922.

BENH~IIN C'nÉMIEux : Henri Duvernois : « On peut d'ailleurs se
demander si le classicisme du xx• siecle ne trouvera pas d'abord sa
forme dans le cante, comme celui du xvu• l'a trouvée d'abord au
thédtre et celui du xn• dans la poésie lyrique. »
MA.RoEL JouBANDBAu : Clodomir l'assassin. ALBERT CoBEN :
Projections ou Apres Minuit a Geneve.

est formé d'épisodes ... Et ces épisodes, eux, exigent une composition a laquelle ne manque aucun grand romancier ... L'expérience
nous montre qu 'un certain idéal de « composition » classique,
portant sur les caracteres et sur l'reuvre, doit étre considéré comme
un danger et un ennemi du roman ... En réalité, il y a deuz
grandes divisions de l'art littéraire : l'art a qui le temps est mesuré
et l'art qui dispose librement du temps. Le discours, la conférence,
le thédtre, la nouvelle, sont des genres tres différents, mais ils présentent ce caractere commun d'etre contraints a ufüiser un minimum de temps pour un =imum d'effet. De la la nécessité et les
lois de la composition. Le lyrisme, l'épopée, le roman, disposent
au contraire du temps a la fai;on de la nature elle-m~me...
L'épopée peut se répandre en liberté, et le roman aussi. »

Septembre

VA~-

'

GABI\I~L A

u-

Ma~omet;e, ~a Revue_ littéraire et artistique, l'Archer,
Lucifer, l A frique Latine, les Cahiers d'lcare la Gazette
des Alpes, les Primaires, la Mouette.
'

- Le -~outo~. ~lanc r~mercie toutes les revucs et tous les ·our;~Jx
quLa1 Ju_squ_1c1 o~t bien voulu signaler son apparition : i'Ane
r,
V1e littéraire, Bonsoir, Comcedia L'Intransi ea t

i

I

Journal du Peuple, l'Internationale, l'Eclai; Le Pro re! d:
Le
la Gazette des Alp~s, le Journa~ de Charolles: La Revie Fédérafut~'
La Dépéche al~érienne, La Liberté, Manometre, La Ré ubli
'
et lous ceua; qui se proposent de la mentionner prochainefnent~ue,

�JJOURNAUX
j Le Mouton Blanc donne son opinion sur tous les Journaux qu'il rec;oit 1

Donnez-noua lea noma et adreasea des pené&gt;nnea auaeeptiblea de
a'intéreaaer a notn: revue. Rempliuez cette &amp;che et adreaaez-la:

a

ACTION FRAN(,":AISE. - 13 novembre 1922. Orion, rendant
compte du Regret de la Grande lle (Madagascar) de PAuL
SouceoN, écrit :
Mais la deuxieme audace de M. Souchon a été cou.ronnée d'un
succes étonnant. ll a écrit ses poemes toul entiers en vers blancs
et, de tout temps, il a sembté qu.'il étail impossible de réussir le
vers blanc en frani;ais. Mistral a réussi le tour de force en proven&lt;;al, mais le Poeme dn Rhone prouve que le génie en sa plénitude
peut, comme la charité dans le cantique de lean Racine, tout
vaincre, tout esperer el tout soufffrir. M. Sou.chon, il fau.t le dire,
a réussi. Ses vers sans rime ont une mu.sigue invisible, mais qu'une
oreille exercée ne peut pas ne pas saisir :

Nous sommes d'une vieille race,
Aussi vieille que le soleil :
Quand nous chantions, les soirs saos !une,
Assis en rond autour d'un feu,
11 nous semblait que la grande tle
Révait taut haut par notre voix.
Voila qui est curieux et qui ouvre des horizons. Le tour de force
n'est peut-étre pas a recommander, a cause de la difficulté, mais,
une fois, on a plaisir a la voir tournée, et, tout compte fait, surmontée.
Comment se peut-il qu'Orion, qui aime la poésie, ignore encore
l'existence d'une lechnique poétique qui a fait ses preuves depuis
quinze ans ? Des poetes comme Jules Romains, comme Georges
Chcnneviere, comme Jouve, - sans compter des jeunes comme
Audisio, Puget, Ponge, Dalby, Goffin, Adrienne Monnier, Fierens,
etc... - obéissent aux regles d'un code poétique parfaitement
constitué, et dont on attend d'ailleurs la parution prochaine. Par
malheur, les André Thérive, qui ont la vue trcuble, prennent les
vers classiques modernes pou.r des vers blanca I Espérons que la
lecture du Mouton Blanc, et des poetes qui observent les lois de
cette technique destinée a remplacer la technique ancienne, instruira Orion et l'empechera désormais de découvrir l' Amérique....
a Madagascar.
J. H.

IMP. DES l\CUTILIÍS, 15, RUE JENSON, TOURS.

Le gérant : RENÉ GAUDEFROY.
#

· MAUPRÉ

..

par CHA ROLLES (S.-&amp;-l.)

au .. mouton blanc "
NOMS

ADRESSES

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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>REVUE MENSUELLE .

SEPTEMBRE
~OCTOBRE

CE NUMÉRO SPÉCIAL: 5 FRANCS

1 9 2 3

DIRECTRICE: MARTHE ESOUERRE
REDACTEUR EN CHEF: JEAN HYTIER

HOMMAGE
A

'JULES ROMAINS
:: MAUPRÉ ::
par CHAROLLES (S.-&amp;-L.)

DÉPOT : MÀISON DES ÀMIS DES LIVRES, 7, RUE DE L'ODEON, DÀRIS-Yle

��-.__
f

S_ I_S_L_ l O T__
t;:_C_A-·C
--E-N_T_R_A_L--~,

U.A.N.L,

NOTES

HOMMAGE A JULES ROMAINS
Le Fauconnier . . .

Portrait . . . . . . .

Adrienne Monnier. . .

A Jules Romains .

André Cuisenier . . . .
X . ........ ..
Marthe Esquerré ..
Gabriel Audisio ..
Benjamin Crémieux ..
Albert Cazes . . . .
René Maublanc
.. .. ..
Marthe Esquerré . . . .
Franz Hellens .
René Lalou . ..
René Maublanc

Jules Romains. Bio,rr,iphie . . .
Bibliog-raphie-lcono,rrapnie ..
Jules Romains, Poète épique .
Jules Romains, Poète lyrique. .
.. .. ..
Jules Romains, Romancier et Conteur ..
Le Comique de Jules Romains dans « Les
Copains,. ... . . . . . . . . . . . . . . .
Jules Romains et le Cinéma . . . . . . . .
Le Théâtre tragique de Jules Romains ..
c M. Le Trouhadec saisi par la débauche , ..
c M. Le Trouhadec, aux Champs-Elysées.
Sur la Prose philosophique de Jules Romains.

René Latou ...
Jean Hytier . . .
Francis Ponge .
O. Mannoni . .
. .... .
Georges Chennevière
Pierre Sichel . . . . . .
Benoist-Méchin ....
Claude-André Puget. . . . . .
Francis Ponge .

Jules Romains dans son Époque . . . . . . .
Jules Romains et le Clacissisme moderne.. . .
Qualité de Jules Romains . . . . . . . . . . . . . .
L'Attitude unanimiste .. . . . ... . . . . . .
Jules Romains et la Technique poètique ... .
La Phrase d e Jules Romains . . . . . . . .
Jules Romains, la Musique et les Dieux
Jules Romains et les Voyages . . . . .
Jules Romains, Peintre d e Paris . . . . .

J. Portail. . . . .

Étude et Variations sur un thème de Jules
Romains ... .. .... . . . .

Paul Fierens . . . . . . . .
Philippe Kourth . . . . . .
Waldo Frank (texte et traduction)
Herbert Read
id.
Stephan Zweig
id.
J. Estelrich
id.
Antonio Marichalar id.
Mario Puccini
id.

Jules Romains et la Belgique . . .
Témoignage de Suisse . . . . . .
La Vie américaine de Jules Romains
Jules Romains et l'Angleterre . . . . . . . . . . .
Jules Romains . . . . . . . . . . . ..
Jules Romains et la Catalogne
Jules Romains et l'Espagne
Jules Romains et l'Italie

Jean Hytier . . .

Ode .. . . . . . . . . . . . . ..

HOMMAGE

f!~i;s ~~:~~~~o~:~

L"Hommage à Jules Romains

•
••

Ainsi s'explique la composition du présent numéro. Nos lecteurs
nous pardonneront de_ ne pas trouver ici les noms de quelques
ainés de Jules Romams, notamment ceux de quelques maîtres
justement glorieux dont l'approbation nous eùt été précieuse.
Mais, à part un ou deux écnvains du même âge dont le témoigna~e s'explique, nous avons désiré que tous les collaborateurs
de I Hommage fussent plus jeunes que celui à qui il se t ro uve
dédié. Il va sans dire que les témoiRnages auraient pu être beaucoup plus nombreux. Mais le souci d ordonner autant que possible
des études particulières, d'en composer une image assez fidèle, ne
nous a pas permis d'additionner les marques écrites de sympathie
suscitées par notre projet. - Si l'on veut bien songer que Jules
Romains n'a que 38 ans, on pourra mieux apprécier la signification
d'un acte dont" le mouton blanc" est fier d'avoir pris l'initiative.

•••

•••
•
••

•••

L'HOMMAGE A J'ULES ROMAINS

,o

exemplaire sur japon Impérial (hors commerce), et
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van Gcldcr (dont , hors commerce) à 10 fr.
ÀDRESSER TOUT CE OUI CONCERNE

t• La Direction, à MARTHE ESQUERRÉ, •64, Àvenue Wilson, Saint-Denis (Sei;1e).
2• L'ADMlNlSTRATlON, à RENÉ GAUDEFROY, 18, Rue Notre-Dame-de-Lorette,
Paris. Ch~que Postal: 543.80
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Les Abonnés recevront le présent Numéro sans augmentation de prix.
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I

le Numéro ordinaire: 2 fr. -

Spécimen gratuit.

II

CHANGEMENT DE DIRECTION
L'ancienne direction du "mouton blanc'' ayant cessé de
s'intéresser à notre tentative, nous avons le plaisir" d 'annoncer à
nos lecteurs que la direction du "mouton blanc" sera désormais
assurée par Marthe Esquerré ' . Tous ceux qui ont marqué leur
sympathie à notre effort, et tous ceux qui se fussent réiouis de
son échec, peuvent être assurés que "le mouton blanc" va s\1ffirmer, se développer et continuer, avec la même méthode, avec la
même bonne humeur, mais avec une vigueur singulièrement accrue,
à intervenir dans la grande bataille spirituelle du X.Xe siècle.
Nous prions nos lecteurs d'excuser l'interruption dont a souffert la publication du "mouton blanc''. ~larthe Esquerré leur
demande de bien vouloir lui faire parvenir sans ménagr::ment toutes les réclamations et toutes les remarques de tous ordres qu'ils
pourraient avoir à formuler.
Une revue comme "le mouton blanc" doit être en relations
suivies avec son public. Entre eux deux, il y a, d'ailleurs, une
sympathie nécessaire, un accord de }ait, qui vient de ce que "le
mouton blanc" s'adresse expressément aux 1.500 lecteurs qui
font le public français, et aux quelques centaines d'amateurs
étrangers qui s'y rattachent spirituellement. C'est à ce public que
songeaient les grands classiques du XVII me siècle quand ils prétendaient que la première des règles est de plaire. C'est à ce seul
public que nous voulons plaire. C'est sur ce public que nous
comptons pour nous aider, nous encourager, nous conseiller, et nous juger.
(1) Marthe Esquerré publiera dans chaque numéro une Chronique thé,itrale.
Celle-ci ne ressemblera pas à ce qu'on entend d'habituùe par ce nom. L'auteur
prendra, au_ contraire, prétexte des spec_tacles du mois pou_r ~tudier les conditions esthétiques d'un grand an dramattque, dont le class1c1sme moderne ne
saurait se passer.

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Cromede:yre - le -Vieil
et le "Chéâlre poétique français depuis 1843
Le Théâtre poétique depuis lù chute des Burgraves
Le sujet de Crornedeyre-le-Vieil. Le caractère
dramntique et la composition de Cromedeyre-le-Vieil

Les Techniques Modernes
du Vers Français
Chapitre 1: Trois Techniques du Vers. classique et du Vers libéré. -

Chap. Il: Technique du Vers

Chap. Ill : Le Vers libre. -

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L'expression. La technique poétique.

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Paul Fierens, Waldo Frank, René Gaudefroy, Franz Hellens,
Jean Hytier, Philippe Kourth, René Lalou , 0. Mannoni, Antonio
Marichalar, René Maublanc, Jean Meunier, Adrienne Monnier,

Henry Petiot, Francis Ponge, J. Portail, Mario Puccini. ClaudeAndré Puget, Herbert Read, Jules Romains, Pierre Sayn,
Pierre Sichel, Stephan Zweig.

LUCIFER
publie, dans son numéro de juin (24 pages in-4°) :

Grand Hôtel Poil·e et Singes dans le noir, poème,
de MARINETTI; Les Charcutiers, pamphlet, de·Marius
R10LLET ; Beauduin et Marinetti, étude critique,
de Roland BELIIUAIRE
Abonnement:

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Frs par an. -

Rue de !'Abbaye d' Ainay,

1,

Lyon

�est l'organe du classicisme moderne
TouT à l'opposëd'une prétendue tradition néo-classique 4ui n'a d'autre
idtal que l'imitation de formes périmées, la doctrjne &lt;lu

"mouton

blanc"

entend par le contact direct avec la vie moderne dans ce qu'elle a d'essentiel,
renouveler les thèmes et l'inspiration, affirmer une technique poétique,
retrouver le sens de la forme achevée, rt:tablir un équilibre dans l'œuvre
d'art, - recréer un style.
Le romantisme a substitué a la matit're épuis ~· e du class1 ..: isme du XVrJi
siècle une partie Je la matière d'un classicisme nuu,·eau, mais sans réussir,
faute de savoir org:i nisi.:r sa découverte, à constituer lui-même une époque
classique. Seuls, au milieu de cette renaissance impulsive, des artistes plus
conscients comme flaubert et Baudelaire, arrÎ\'t'rent à discipliner la matière
romantique, sinon moderne, et réalisèrent comme une pr.!figuration du classicisme futur. Mais, depuis eux, le donné littéraire s'est tellement enrichi, par
l'apport même des événements, les révélations d'un pré..:urseurcornme Rimbaud,
les expériences techniques du symholisme, l'effort d'un Verhaeren, l'intuition
d'un Charles-Louis Philippe ... qu'il faut reprendre la tâche à pied-d'œuvre.
Alors que tout romantisme est uae dispersion anarchique et personnelle,
tout classicisme est une synthèse spécifique, fruit d'une œuvre commune et
volontaire. Il comporte une rénovation complète: fond et forme, matière et
technique. Il vise à exprimer l'essence Je l'époque dans des œuvres de style.
- La matière du nouveau classicisme, c'est la vie et l'homme modernes,
conçus aussi bien sous l'aspect des collectivités que sous l'apparence de l'indi_
vidu - individu tout différent, &lt;l'ailleurs, de celui qui constituait l'objet du
classicisme ancien . Cette représentation totale, profonde et harmonieuse, sera
l'œuvre du XXe siècle. I.e classicisme moderne est né il y a environ quinze
ans: il a ses précurseurs, et déjà ses premiers maitres. Tandis qu'une lignée
de prosateurs, à la suite de France et de Barrès, tra\'aillaient à maintenir ou
à restaurer le sentiment de la perfection, tandis qu'un Claudel, ou un Proust
poursuivaient la découverte de la matière, d'autres qui représentent le nouvel
équilibre, ajoutaient à leur révélation profonde de l'objet une organisation
pleinement classique: Jules Romains, André Gide, Georges Chennevière ...
Le meilleur hommage que nous puissions rendre à ces maîtres, comme à
ceux du XVJ1t1 siccle - ~ous l'invocation du " mouton blanc 11 qui jadis servait d'enseigne au cabaret où se réunissaient Racine, La Fontaine, Molière et
Boileau - sera d'assurer, selon nos moyens, l'établissement définitif d'un
classicisme moderne et des vérités esthétiques qui en sont à la fois l'expression
et la condition. Un telle œu\'re n'est pas de celles qui s'improvisent en quelques années, à la manière de ces mouvements artistiques, fugitifs comme des
modes, dont notre époque a pris l'habitude. Ce ne sera pas trop peut-être de
tout un siècle et de la bonne et forte volonté de plusieurs générations pour
l'accomplir honorahlement.

--

•

PORTRAIT DE JULES ROMAINS PAR LE FAUCONNIER
Apparlienf eu A1u$€e dr l'Alherfine ( Vienne)

•

�•

ADRIENNE MONNIER

A JULES ROMAINS

Après sept ans de service
Fait pour toi et pour tes frères
Tu me donnes privilège
De m'asseoir à votre table.
Mon art est encor peu sûr
Et vos lois me semblent dures, ·
Mais armée de ta science,
Je saurai forcer le vent
Capricieux à devenir
Un souffle pur et constant.

..

..

Je veux que mon premier chant
Soit formé pour ta louange,
Oui, la voix de ton élève
Te rendra grâces d'abord!
Ombres pressées en mémoire
Qui me demandez=un corps,
Retournez dormir encore !

•

Tu es grand parmi tes frères,
Et le plus puissant de tous.
Les secrets te sont remis,
L'avenir~t'est découvert,
Non pas l'abstrait infini
Où les lointains se confondent,
Mais la suite de cet âge,
Assez de temps et d'espace
Pour nourrir nos espérances,
Justifier nos efforts.

I

•
•

�A JULES ROMAINS

ANDRÉ CUISENIER

Comme un conquérant romain
Tu as parcouru le monde
Porteur de la juste loi.
Tes armées couvrent la terre,
Tes drapeaux couvrent le ciel,
Les rumeurs sont tes tambours.
Les monnaies et les mesures
Sont marquées de ta figure.
Point de ville ou de village
Qui n'atteste ton passage
Par de nobles perspectives :
L 'œil découvre peu à peu
La coupole et les colonnes
En ces avenues ·nouvelles
Qui montent légèrement
V ers des règnes de lumière .....
Quelle ivresse dans ces lieux
Tracés pour le pas de l'homme !
S'il marche aucentredesvoies,
Sur la ligne où se partagent
Les masses de l'étendue,
Il se sentira le maître
Aussi loin que va son œil/
ADRIENNE MONNIER.

Jules Romains
Jules Romains est né le 26 août 1885 dans le Velay (1), à quelques
lieues du Mézenc, au pays de Cromedeyre, dont il aime la rudesse t:t les
groupements antique,. Il a passé son enfance et sa jeunesse à Montmartre, au dessus de la viUe, des trains et de la banlieue d'usine,.
Soldat à Pithiviers, il éprouva la singulière force des groupes militaires,
et il eut, le 1er mai 1906 à Paris, la révélation de l'Armée dans la Ville.
Elève de l'Ecole Normale Supérieure en 1906, agrégé de philosophie en
1909, il fut près de dix ans professeur en province et à Paris. Depuis
quelques années, il a repris sa liberté, et il est tantôt à Paris, tantôt dans le
midi, ou en voyage par l'Europe.

On pourrait arrêter là cette notice biographi9.ue sur un écrivain qui \'eut
n'être connu que par ses œuvres, s'il ne fallait signaler quelques erreurs ou
légendes, et leur opposer des faits et des dates.
C'est en octobre 1903, en remontant un soir la grouillante rue d'Amsterdam, que Romains eut pour la première fois l'intuit1on d'un être vaste et
élémentaire, dont la rue, les voitures et les passants formaient le corps, et
dont le rythme emportait ou recouvrait les rythmes des consciences individuelles. Il écrivit alors les poèmes: La Ville C&lt;&gt;nscienle, La Conscience de la
Ville, A la Ville, et établit le plan de la Vie Unanime. Il avait lu Zola et
Verhaeren, mais déjà il s'en distinguait par une vision, bien à lui, de la vie
moderne. Il ignorait Whitman, q_ui n'était pas traduit, et, encore élève au
lycée Condorcet, il ne connaissait 9.ue de nom Bergson et Durkheim. S'il
devait plus tard les reconnaître, ainsi que Whitman, pour ses ascendant~, il~
n'eurent aucune part à sa découverte poétique.

Mars

1922.

Dès cette époque Romains comprit qu'une telle façon de voir la vie
moderne allait renouveler toute la matière de la littérature, et donnerait
naissance, non pas à une mode fugitive, mais a un vaste mouv,ment à plusieurs phases (2), qui s'accordant avec des tendances profondes, se développerait au cours de tout le siècle. Il ne voulut donc pas garder jalousement sa
découverte pendant les q_uatre ans où il travailla à la Vie Unanime. Il s'en
ouvrit à Chennevière, puu à moi. Et il la rendit _publique par l'Ame des
Hommes, le Rassemblement, le Poème d1t Métropolitam, l'article du Penseur
d'avril 1905 où paraît pour la première fois le mot Unanimisme et enfin, en 1906,
(1) Dans un hameau de la commune de Saint-Julien-Chapteuil. Son patronyme: Farigoule vient du village de Farigoule, en Velay, souche de ses ancêtres paternels. Le nom de
Romaine a ses origines dans la famille maternelle du poète, c'est-à-dire dan■ la plu1 montagnarde, la plus « Cromedeyrienne » de ses deux ucendances. .

(l!) lJ semble que noua aasiatona actuellement t. la fin d'une de ces phasea, et aux débuta
d'une seconde génération unanimiste.

3

�ANDRÉ CUISENIER

le Bourg Régétiéré. Evitons de prendre cc court récit po~r une pièce jouée à
l'Odéon, et _de. croire qu'Antome, malgré ses audaces, représenta en pleine
scene un ur1no1r (1).
Romains entra à l'Ecole Normale, étant déjà licencié. Il y acheva la
Vie Unaninie, et y éçrivit, en tout ou en partie, les Puissances de Paris, le
Livre de Priéres, Un Etre en Marche. Il s'initia à la botanique, la physiologie et
l'histologie, et, cherchant partout ce qui rattache l'unité vivante a un ensemble
plus vaste, composa un mémoire sur Les Variations de rindividualité che{ les
Thallophytes. Il y avait là de quoi l'occuper, et il négligea de suivre les cours
de phi1osophic les plus illustres. Il ne fut élève ni de "Bergson, ni de Durkheim,
et encore moins, comme on l'a imprimé, de Gustave Le Bon, que nous ne
savions pa~ professeur de sociologie, ou de Gabriel de Tarde, qui était déjà
mort depuis quelques années.
,
Romains resta à l'Ecole Normale de 1906 à 1909. Il est donc difficile de le
faire résiùer à la même époque à !'Abbaye, et même de dire que la Vie Unanime y fut composée, sinon typographiquement. A !'Abbaye vécurent ensemble,
de 1906 à 1908, Arcos, Vildrac, Martin-Barzun, Je peintre Gleizes, l'imprimeur
Linard, puis Mercereau à son retour de Russie. On y voyait aussi, moins
régulièrement, Duhamel, le compositeur Doyen, Je peintre Mahn. La diversité
dt! ces noms peut nous faire entrevoir ce que fut !'Abbaye: un {roupe fraternel
d'artistes, heureux de vivre ensemble loin des bourgeois et de 1 art ofôciel, en
une sorte de phalanstère. Mais si on devine la belle cohésion morale qui
cimentait ce groupe, on voit moins qu'il en soit sorti une esthétique
commune, et encore moins l'unanimisme. Il y avait l'esthétique d'Arcos
et de Duhamel, qui n'était pas tout à fait celle de Vildrac, qui n'était pas ci:llc
de Mercereau, qui n 'était pas celle de Martin-Barzun. Et quand Romains ou
Chennevière allaient voir leurs camarades à !'Abbaye, nous pouvons supposer
qu'ils s'y accordaient avec eux sur la nécessité d'une poésie plus directe, qui
suggérât l'âme j,ar I• peinture du concret; nous pouvons même le conclure, de
la différence qui sépare la Tragédie des Espaces et Ce gui Naît, ou Des Légendes,
Des Batailles et Selon ma Loi. Mais nous aoutons que Romains et Chennevière
aient fait partager à Duhamel ou à Vildrac leur propre vision des groupes qui
est strictement l'unanimisme, pas plus qu'ils ne les convainquirent en 19n de
la nécessité de constituer une Ecole.
Le bruit fait autour de l'Ode à la foule gui est ici (1909) et surtout de
l'Armée dans la Ville (1911) donna à croire que Romains a1lait se poser en
chef d'Ecole · il y eut des enthousiasmes, des haines, de l'ironie, mais pas
d'école unanimiste. Certes Romains et Chennevière auraient préféré que les
poètes de même tendance formassent, comme en 1663 les hôtes du Mouton
Blanc, ou en 1830 les romantiques, ou en 1885 les symbolistes, un groupe
cohérent. Ils croyaient, et croient encore, que des filroupements, unis par des
affinités élaborées et conscientes, sont préférables a l'anarchie actuelle ou au
jeu inconscient des influences, et qu'ils aident le public, la critique et même
les poètes, à voir clair. Mais il n'en fut pas ainsi en 1911. Arcos, Duhamel et
Vildrac, profondément individualistes, ont marq_ué alors en 4.uoi ils étaient
d'accord avec Romains, et en quoi ils s'en séparaient. Et Romams, en répondant à l'enquête d'Henriot (i), a distingué deux zones dans l'unanimisme;
ceux qui comme Chennevière, P.-J . Jouve (peut-être aurait-il dO. ajouter Jean
Richard Bloch) acceptaient tout son programme, et ceuz gui, comme Vildrac,

JULES ROMAINS

Duhamel, Arcos, préfèrent des ajjirmations plus générales et ne consenie11t pas
volontiers à formuler une doctritu ou à accepter une étiquette. Mais ces divisions
n'ont rien d'absolu. Et si l'on se représente mal une école unanimiste formée
seulement de trois ou quatre poètes, et encore moins Romains comme le
de/ de cette école, on ne peut nier qu'une certaine vision unanimiste s'est
précisée à partir de la Vie Unanime, qu'un certain matfaiel d'images, et certaines conceptions techniques de la versification, du roman et du conte se sont
peu à peu imposés aux amis de Romains, par exemple à Duhamel. C'est ce qui
permet de comprendre qu'une étiquette, qui convient mal pour les sujets
traités, se soit appliquée, pour la technique, a cette dizaine d'ecrivains que le
public continue à appeler unanimistes. Cette confusion se dissipera tôt ou
tard, et, avec un peu de recul, il deviendra aisé de faire la distinction _entre
les pseudo-unanimistes et les unanimistes véritables, dont le rôle ne fait que
commencer.

On sait l'attitude de Romains pendant la guerre. Il ne sortit du silence
que. pour protester par Europe, écrite en 1914 et 1915, qui forme une suite tragi9ue au V~yage des Amants (écrit en 191~), et qu'il n) a pas lie~ &lt;1:e prendre,
meme en citant à contre-sens, pour un livre bolcheviste (1). Puis 11 retourna
aux expériences de vision par la peau, qui devaient aboutir à la Vision extrarétinie1111,.

Cet ouvrage n'est pas une thèse de doctorat, comme ~emb!ent croire les
Cahiers de l'Anti-France. Ce n'est pas non plus une mysu~c~uon, c_omm~ le
crurent de nombreux confrères, et même des sava_nts ofh~1els, qui. avaient
entendu {&gt;arler du Prince des Penseurs ou des Copains et qui acceptaient mal
qu'un poete fît une découverte psycho-physiologique.
Et le Cours de technique poétique n'est pas davantage une mystification. Il
n'y a aucune malice à penser que tout art, même la poésie, comprend une
partie, le métier, qui peut s'cnseigner et. se transmettre par Je contact et la
voix des maîtres.

***

Technicien, psychologue, philosophe, romancier, dramaturge et, par dessus tout, poète, Romains se présente, à 37 ans, avec une vingtaine d'?uv_rages.
Leur diversité, qui fait de cha.:un d'eux une nouveauté pour ainsi dire _imprévisible, exprime la faculté qui est chez lui dominante : la faculté créatri~e. Et
leur unité montre que la création, chez Romains, se développe harmonieuse.
Il n'a pas de sincérités successives, il n'a pas connu ces crises violentes d'où
un écrivain sort transformé. Ce qu'il voyait à 18 ans, il le voit encore aujourd'hui, mais d'un regard plus riche.
ANDRÉ CUISENIER

(1) Cahieri, de l'Anli-France, numéro 3, p. 168 : C'est dan&amp; le Bourg rélJénéré,joué à
l'Odéon en 1906, que la formule unanimiste affronta, pour la première fois, le public.
(2) Emile Henriot, A qùoi reoent les jeunes gen, (1913). Page 35.

(1) Cahiers de l'Anti-France, numéro 3, p. 171 ,: Juatemenl, la ooilà qui ae dre,se à
l'Orient, celle réoolulion bénie I
Louange I Une horde tartare
Marche vers la guerre d'Europe.
Quelle guerre P La guerre réoolulionnaire, bien 1ûr, etc...•
Rassurons M. Jean Maxe, Le mot Louange est ironique, et il s'agit ici, non des horde,
de Trotzki, mais des troupes du tzar. Rassurons-le encore sur un &amp;utre point : Romains
n'a de tendresse pour aucun parti politique.

4

5

�BIBLIOGRAPHIE

ICONOGRAPHIE

BIBLIOGRAPHIE

PRINCIPAUX ARTICLES ET PRÉFACES

POÉSIE

Lea Sentiments unanimes et la Poésie. - Le Penseur, Avril 1905.
La Patate immédiate. - Vers et Prose, 1910.
Chronique de Paris. Journal. 1910.
Sur lea conditions actuelles du Théâtre. - Mercure de France, Décembre 1916.
Feuilleton de l'Humanité. 1919-1921.
Chroniques de la Renaissance. 1920-19n.
Préface aux Aventures de Sir Gorden Pym. - Edition La Banderole, 1921.
Préface à l'Album Le Fauconnier. - Edition Malfère, 1921.
Aperçu de Paychanalyae. - Nouvelle Revue Française, Janvier 1922.

L'Ame des Hommes. - Paris, 1904.
La Vie Unanime. - L'Abbaye, 1908 - Mercure de France, 191 3.
Premier Livre de Pritres. - Vers et Prose, 1909.
Un Etre en Marche. - Mercure de France, 1910.
Deux Potmes. - Mercure de France, 1910.
Odes et Pritres. - Mercure de France, 1913-Nouvelle Revue Française
3
192
Europe. - Nouvelle Revue Française, 1916.
'
·
, Les Quatre Saisons. - -Paris, 1917.
Le Voyage des Amants. - Nouvelle Revue Française, 19 n,
Amour Couleur de Paria.-. Nouvelle Revue Française, 1921 .

TECHNIQUE POÉTIQUE
Petit Traité de Versification. - (en collaboration avec Georges Chennevi~re)N ouvelle Revue Française, 192.3.

ICONOGRAPHIE

ROMAN ET PROSE
Le Bourg Régénéré, - Messein 1906 - Nouvelle Revue Française
.
1920
Puissances de Paria. - Figuière 1910 - Nouvelle Revue Française', 1 1 .
Manuel de Déification. - Sansot, 1910,
9 9
Mort de Quelqu'un. - Figuière, 1911. - Nouvelle Revue Française
3,
192
Les Copains. - Figuière, 191.3. - Nouvelle Revue Française 1922 ,'
Sur les Quais de la Villette. - Figuière, 1914.
'
Donogoo-Tonka ou Les Miracles de la Science. - Nouvelle Revue Française,
1920.
Lucienne. - Nouvelle Revue Française, 1922.

THÉATRE
L'Armée dans la Ville. 191 i).

Edition Mercure de France. -(Théâtre de l'Odé

on,

Cromedeyre-~e-Vieil. - Edition Nouvelle Revue Française (Théâtre du VieuxColomb1er, 1920).
M. Le Trouhadec saisi par la Débauche. - Edition Nouvelle Revue Française
(Comédie des Champs-Elysées, 1923).

SCIENCE

Aaaelin, - Portrait (peinture à l'huile) 1917, app. à Jules Romains.
Btcat. - Portrait (crayon) 1919 app. à Jules Romains.
Portrait (crayon) 1922, app. à Adrienne Monnier.
Portrait (peinture à l'huile) 1922, app. à Adrienne Monnier.
Bougeard. - Portrait (fusain) 1910, app. à Jules Romains, reproduit dans l'édition de luxe des« Deux Poèmes &gt;.
Dunoyer de Segonzac. - Portrait (pointe sèche) orne l'édition à tirage limité
d' c Amour couleur cle Paris &gt;.
Le Fauconnier. - Portrait (fusain) 1921, app. au Musée de Vienne, reproduit
dans • Figures Contemporaines •, album par Le Fauconnier, aux éditions
• Lumière•·
Gaffi. - Portrait (peinture à l'huile) 1911, app. à Jules Romains.
Plcart le Doux. - Portrait (peinture à l'huile) 1911, app. à Jules Romains.
Rouveyre. - Caricature, 1910, publiée dans • Visages des Contemporains •·
Sdgle. - Médaillon, 1906, app. à Jules Romains.
Slc:hel. - Portrait (peinture à l'huile) 1922, app. à Jules Romains.
Thleuon. - Portrait {peinture à l'huile) 1912, app. à Jules Romains.

La V:isfon. Extra-~étinienne et le Sens Paroptique. Recherches de psycho-phys1olog1~ expérimentale et de physiologie histologique._ Nouvelle Revue
Française, 1920.

6

7

�MARTHE ESQUERRE

Jules Romains, Poète Épique
Au début du XX• siècle, si l'on met à part les noms de Claudel, de
Francis Jammes, de Paul Fort, ~e Pau~ Val_éry, la poésie française n'~tait ~uèr_e
représen,tée_ que par des symboliste~ repentis. Le mouveme,nt syll?bohste_n avait
abouti a nen de fécond. Ses apotres les J?lus acharnes avaient abJuré et
s'étaient remis à adorer ce qu'ils avaient remé avec tant d'audacieuse ardeur.
Tous étaient revenus au Romantisme et au Parnasse.
De quel côté la poésie de l'avenir allait-elle s'orienter ? En guel point
la puissante nappe de la sensibilité moderne allait-elle se faire Jour ? Car
l'esprit poétique de notre époque était une incontestable réalité. L'âme du
XX• siècle possédait des tendances, des aspirations qui attendaient leur
expression esthétique. Elle était lourde d'un destin futur que personne n'avait
encore nettement formulé.
Romantiques et Parnassiens s'étaient plu à s'hypnotiser sur le pa~sé.
De parti pris, ils détournaient les yeux de la réalité actuelle et se confinaient
dans la solitude de leur cabinet de travail. La civilisation antique, le MoyenAge, tels étaient leurs_ sujets de prédilection. Dans ~es ~uvres pu~sées aux
bibliothèques, on sentait trop rarement la chaude palpitation de la vie.
Dès la publication de la Vie Unanime, Jules Romains révèle qu'il est en
possession d'nne source d'inspiration absolument nouvelle. Toutes les qualités d'une poésie vigoureuse, l'originalité de la vision des choses, l'inquiétude
de l'âme en face du monde, l'ampleur de l'horizon intellectuel suggéré lui
appartiennent. Il inaugure une poésie qu_i renfnce à vivre ~u J:!'.1Ssé. En s'attachant à l'heure présente, certes ~oma10~ n e11:tend pas mer l'1mportanc~ d_e
la culture. Artiste et homme de sciences, 11 réahse en notre temps de spéc1ahsation à outrance, le magnifique équilibre intellectuel et sensible dont Gœthe
fut un des i;lus illustres exemples. Mais lorsqu'il fait œuvre de poète, toute
sa culture n est plus qu'un moyen mis au service de·sa faculté de percevoir.
Il n'en retient que ce qui lui permet de parvenir à la plus haute conscience de
son art et à l'expressio~ )8: plus p~rfaite. ~a richesse intellectuel~e n'é~ousse
pas l'acuité de sa sens1b1hté et n obscurcit pas le regard dont 11 fouille les
apparences.
Dans trois œuvres épiques, La Vie Unanim6, Un Être en Mar&amp;lie er Europe,
Jules Romains s'applique à pénétrer le sens profond de la vie moderne, à
dégager la vérité religieuse que les homm~s d'aujourd'huj porten~ en eux s~ns
s'en apercevoir. Dans la préface du premier de ces trois recueils, le poete,
s'adressant à la ville qui va voir paraitre le livre nouveau, formule en un seul
vers la signification de son épopée:

JULES ROMAINS, POÈTE EPIQUE

dans un siie. Oh ne croit plus à Dieu. La science est à présent toute la lumière
de l'homme. Mais les grandes âmes ne sont pas satisfaites. La connaissance
ne leur suffit pas. Une aspiration religieuse les soulève vers une existence plus
intense. Comme 011 serait content si 011 avait un dieu ! Le dieu qu'il cherche, le
poète n'a pas besoin d'aller bien loin pour le trouver. Il passe à travers une
rue. Des marchands se sont assis au seuil de leurs boutiques. Il n'y a pas
autre chose, semble+il, que des gens qui prennent l'air.
Pourtant, tout le long d'eux, tout le. long du trottoir
Quelque chou s'est mu à cxàtu soudain
- Qu'eat-cc qui tra.n&amp;figu,e ainsi le boufcvud ?
L'allure de■ pua&amp;nta n'est pNsque. pu phyaiq_ue
•- L'air qu1oo rc.spire a comme un goût mental

Le poète a soudain le sentiment de baigner dans un fluide humain 1nmterrompu. Toutes les âmes particulières se mélangent en une chair unique.
Une meme substance nous englobe tous où rien ne se limite à l'individu, où
la moindre pensée, l'émotion la plus fugitive, le plus léger tressaillement de
vie, se répercutent à l'infini dans la masse totale pour en modifier la qualité.
La réalité essentielle, c'est-à-dire Dieu, n'est autre que l'individualité unique
qui résulte de la fusion des âmes ékmentaires. La vision unanimiste de Jules ·
Romains consiste dans la perception immédiate du constant dynamisme qui
organise les individus et rend chacun d'eux à chaque instant présent tout enuer
dans tous les autres. Pour la plupart des hommes, cette contmuelle interaction
reste ensevelie dans les profondeurs de leur inconscient. Ils sont encore trop
débiles pour sentir nettemeut l'inextricable enchevêtrement de forces rsych1ques qui les traverse. Leur pensée distincte éme rge d'une houle d'âme qu'ils
ignorent. Peut-être des philosophes formulèrent-ils, avant Jules Romains, la
réalité de la synthèse sociale. Mais ils arrivèrent à cette conclusion par une
série de déductions abstraites, par un effort de leur pensée logique. Le premier, le poète de La Vce Unanime découvre, dans l'immense domaine des
possibilités sensibles, les notes spécifiques de la conscience collective. Par
une disposition ingénue, il perçoit les groupes dans leur unité organique,
comme un musicien saisit, sans effort, un accord dans son ensemble. Chaque
collectivité considérée lui apparaît avec une physionomie propre et lui donne
une impression sui-generis. L'àme de la caserne éveille en lui une sonorité
psychique profondément différente du timbre de l'àme de l'église. Il n'est fas
secoué de la même émotion par la foule d'un théâtre que par la foule d un
café. Qu'rl me soit permis ùe recourir à une comparaison très imparfaite pour
essayer de préciser la nature si particulière de cette vision. Jules Romains
per{oit le groupe un peu comme un grand joueur d'ichecs se représente une
partie. On sait que les nombreuses enquêtes menées auprès des joueurs
célèbres ont démontré que ces derniers ne s'embarrassent pas de la vision
individuelle des pièces du ïeu. Ils ne retiennent des figures que leur puissance
d'action, leur valeur, leur !onction. A n'importe quel moment de son progrès,
la partie dans son ensemble, ne s'offre pas à leur esprit comme une série de
combinaisons successives d'images extérieures les unes aux autres, mais elle
leur donne le sentiment d'une composition de forces qui s'impliquent réciproquement.

Quelle est cette âme e~core ignorée ? De qu~lle~ richesses _spirituelles
insoupçonnées la Vie Unanime marque-t-elle la revelauon ? Le poeme débute
par un sentiment de tristesse et de désolation. L'univers marche ayant la tête

C'est bien, en effet, le sentiment d'une constante relation d,e forces spirituelles que nous suggère la lecture de Lii Vie Unanime et de Un Etre en Marck.
S'il me fallait caractériser, en raccourci, la qualité essentielle des nouvelles
valeurs sensibles découvertes par Jules Romains, je dirais que ce poète a
éveillé en nous la conscience dynamique de la réalitf psychique. Il ne m'est
pas possible dans un article aussi court, d'approfondir l'analyse de ce genre
de perception. Je voudrais pourtant souligner le caractère si frappant de l'ex-

8

9

Je. te. donne ton Ame. eat-œ que tu en veux?

'

�MARTHE ESQUERRÉ

pression dans les poèmes épiques de Jules Romains. La grande majorité des
images suggèrent le mouvement, l'énergie en action. Je lis dans Lti v,.,
Untinime:
Je suù la poln~ aigüe
D'oû ,.,élancent lu fluidu
Bt leur long g1iuement
Me couvre d'ttincellu.

JULES ROMAINS, POÈTE ÉPIQUE

Tout. chair peu à peu ae Tide,
Ce qu, (ait la titdeur, le poida
La coft.li:atan.cc du TiT&amp;nt
Est aspirt de proche en proche.
On ne peut paa le rettnlr.

Ou encore:
Je. voua imite.rai, ne.uronca. fe. se.rai

L'homme qui salt voler de !'lm• aux autres hommes
Un carrefour ioye.ux de. rythmes unanimu
Un condenuur de. l'énergie universelle.

Je trouve dans Un Être en Mtirche:
Cette rue elle seule a tant de vigueur
Ta.nt de façons de m'atteindre ou de m'avoir
Ta.nt de himil1eme.nta pareils aux couteuvrc;s
A faire serpenter le long de mea membres,
T &amp;ftt de rythmes qui care1se.at ou qui serrent

Que je n'ai presque plua la force d'y penur.

Cette manière de percevoir est éminemment compréhensive et religieuse
puisque la complexe réalité se prolonge et s'organise dans la moindre parcelle d'âme. L'absolu n ous est intérieur et Jules Romains révèle une disposition de la sensibilitê permettant un contact direct avec nos immenses richesses
latentes.

Uf!e inébranlable foi dans la déification des groupes humains quand
ceux-ci sau_ront prendr~ cons~ience de lel!r vérité, anime toute l'œuvre de
Jules Romams. Ce dermer avait rêvé de faire entendre à tous le chant de la
naissance de l'Europe divine. Mais avant 9.u'il ait consenti à l'essor de son
hymne, la guerre" beu!flé. Au milieu du délire général, sa foi demeure inaltérée. Il s'obstine à rappeler mille clioses délicieuses d'autrefois, à redire le$
jours de l'Europe pacifique. Et tandis que trop d'hommes se laissent étourdir
par l~s évènements et perdent jusqu'à l'envie de vivre, il termine Je poème par
un ".tbrant appel aux foules capables de réaliser la conscience unique et
ommpotente.
- Foutu de l'Europe vivante
Poul« contraires à la mort.
J• voue rtpttt qu'il est œmp1.

MARTHE ESQUERRÉ.

Grâce à cette intuition immédiate et spécifique des forces religieuses,
l'épopée de Romains constitue une création que rien avant lui ne faisait
prévoir. C'est, en effet, une épopée sans héros. Jusqu'à présent, il semblait
q_ue pour prendre conscience de soi, une collectivité fût soumise à la nécessité d'incarner son idéal dans certains personnages fabuleux, emhlèmes des
aspirations communes, images de la foi générale. Toute société, possède u ne
remarquable aptitude à créer des êtres sacrés. Certains individus sont particulièrement désignés pour remplir cette fonction sociale. Malgré la fréquente
médiocrité de leur valeur personnelle, les réserves de foi collective se déversent sur eux et les transfigurent. Ils deviennent des symboles de l'âme
nationale. (Monsieur Le Trouhadec n'est-il pas le héros de l'épopée monégasque, la Jeanne d'Arc de la petite principauté?) La poésie épique de Jules
Romains mar9.ue une rupture avec l'expression symbolique de la sensibilité
collective. Relisez le magnifique poème Europe. Aucune représentation emblématique des sentiments communs, aucun personnage héroïque, mais toujours
l'émotion directe. Toute la souffrance d'une chair vivante que la co rruption
envahit lentement trouve ici son expression impérissable. Avec sa vision globale et organique des choses, le poète perçoit la guerre qui ravage l'Europe
comme une monstrueuse larve calfeutrée dans sa proie et poursuivant sans
répit sa « succion irrésistible ».
C'ut un tiralllem•nt profond
Qui déconcerte lea entrailles
Et qui amollit lu genoux.
On tprouvc, on aait - pas cl&amp; doute Que quelqu'un d'énorme pour1uit
Sa auccion irrtaiati&amp;te

C'"t un&amp; douleur ai entrû
Qu'on en pallt

■ ans

en rien dire

10

II

�JULES ROMAINS, POÈTE LYRIQUE

GABRIEL AUDISIO
Tel que

Jules Romains, Poète Lyrique

Jules Romains, d'autres l'ont montré prophète de !'Unanime i qu'ici soit
salué le maître des émois secrets, le poete du. soi"-même et l'inume douceur
de ~on lyrisme. Poète lyrique, Jules Romains le fut dès l'origine. 11 n'est pas
vr~1. que cha~ter l'av~nement et la puissance des dieµx collectifs soit un
sU1c1de; la vie unanime n'est pas la mort de chaque être ; les Prières à ces
dieux mêmes s'élèvent vers eux sous la forme de l'hymne le J?lus individuel. Celui qui annonce la croyance nouvelle ne sollicite pas, li attend la
venue du monde :
J'•I sommeil et je m'étendrai aur le lit plie.•••

il attend, et peut recevoir de toutes parts car il est centre :
C'ut dan■ mon cœur que. tu Kru un Di:eu......

et son attente est la certitude même :
If faut 'béen mA!nte.nant que tu

■oit

un Di:eu.....

Que si pourtant la foule tente un refus, il lui en démontre inflexiblement
la vanité :

Cette rue en pente doucg
Qui sort avec natun1
D'un trop violent ca.rrdour

ainsi le lyrisme de Jules Romains exerce+il son pouvoir émotif. Mieux
encore : douleur ou joie, l'émotion se dégage le plus souvent comme une
douce tiédeur hors d un globe de feu; elle se répand, courbe, enveloppante ;
elle irradie. D'abord vous ne savez d'où elle vient : de nulle et de toute part,
semblable à ces fièvres des rivages méditerranéens qui s'emparent de vous
peu à peu, mais tout a coup vous vous sentez le cœur étreint. Hospenthal ! ô
semaine sonore .... Parfois aussi une joie éclatet ou bien un brusque frisson
passe comme le sifflement des trains g-rand sabre nu, soudain, prés d# ma joue;
d'autres fois c'est une volupté molle qui vous prend et vous humecte, comme
les vagues du lac de Côme si favorables au ventre de quatre canards ; et
encore telles déchirures, les petits éclats poig-nants des pliares dans les nuits où
on manque de pleurer d'e:tii ....
Mille charmes, tant d'émois!
Jules Romains, vous avez su faire çle nos yeux pour vous, ceux de Thérèse
et des filles de Laussonne pour Emmanuel et ses rudes compagnons. Pouvaitelle résister a la voix prenante du 'ih d'Hélier? et nous à toutes les vôtres ?
Non, car elles entraînent un acquiescement total, un suave abandon. Nous
savons bien que Therèse ne refuserait pas son âme à la patrie du roc, au pays
serré comme un ç-âteau de roi, même si le dieu caché de Cromedeyre ne parlait
pas par la bouc'ne élue de son plus valeureux jeune homme ! Nous le savons,
et aussi que ce n'est pas seulement une rencontre fortuite qui vous a permis
de mettre dans la plus haute ùe vos créatures humaines tant de divin.
GABRIEL AUDISIO

Ne te défends pas, foule femelle,
&lt;7est moi q,ui: te veuxt moi qui t'aurai.

Dans mon cœur, moi..•• est-ce là le signe de l'asservissement a la multitude,
l'abandon du soi-1nême?

Non, il est prophète, il est conquèrant: lyrisme.
Mais, tel que les prophètes véridiques, il ne marche pas vers les siens dans
l'appareil d'un mauvais maître ; sa conquête est sans fait d'armes, son règne
sans sceptre ni contrainte, .et, dans sa main, plus souvent que Je châtiment,
il aeporte des trésors d'amour, mille charmes. Sa force est de persuasion,
noble, souveraine ; sans jamais descendre aux séductions, il entraine.
Mille charmes, tant d'émois suscités sans cris, par une J?Ure sensibilité
que le pathos chercherait vainement a rendre trémolante ou a outrer ! Odes,
Le Voyag-e des Amants, Amour Couleur de Paris .... Des images qui pénètrent
l'âme et vous habitynt désormais, pareilles a tel souvenir qu'il évoque :
Cc bruit entrait en moi,
SI loin, qu'il ut restt••••

Des mots comme recréés, plus riches que les fruits d'or de la légende, et
qu'il vous prend un besoin de saisir entre les deux mains, et de palper, pour
y mordre la pulpe la plus fondante, la plus savoureuse.

12

13

�BENJAMIN CRÉMIEUX

Jules Romains, romancier et conteur

Le roman n'est pour Jules Romains ni « le miroir qu'o~
promène le long d'un chemin », ni un tableau de mœurs, m
une image de fa vie privée, ni l'étude d 'un caractère ou d'un
cas significatif soit par sa banalité, soit par sa singularité, ni une
suite de péripéties romanesques. En d 'autres termes, sa conception du roman ne se rattache à celle d'aucun des meilleurs romanciers du XIXe siècle.
Poète lyrique et théoricien par nature, Romains n 'est pas
plus romancier-né, qu'il n'est dramaturge-né. Il est venu au
roman, comme au théâtre, moins par une impulsion irrésistible
que dans le dessein de démontrer l'universalité littéraire de la
théorie unanimiste. Il s'y est révélé, comme dans sa poésie, à la
fois traditionnel et novateur, mais, tout au moins au début, ses
romans et ses contes n'étaient qu'une illustration, une mise en clair,
une traduction presque didactique de l'unanimisme. Le Bourg
régénéré, Puissances de Paris ne sont que des en-marges de la
Vie Unanime et d'Un itre en marche, ou, si l'on préfère, les portiques qui donnent accès au temple.
Le groupe qui suit, tout en étant strictement unanimiste

(Les Copains, Sur les Quais de la Villette, Mort de Quelqu'un),
est plus indépendant de la production lyrique de Romains à la
même époque. La volonté de «classicisme» y est déjà évidente.
Les obscurités, les ellipses, les audaces, les raccourcis et les clairsobscurs d'Un ttre en marche et de certaines Odes et Prières sont
complétement bannis de ces œuvres en prose. Une lumière
prodigue éclaire tous les recoins, tous les plis du récit.

Donogoo-Tonka, où la présentation ultra-moderne sous la
forme d'un scénario de film permet un étagement des divers plans
du roman et quand il le faut leur brusque fusion, Lucienne, dont
tous les éléments se retrouvent dans les œuvres précédentes de
Romains, au moins en germe, mais dont l'amalgame a été une
surprise, ouvrent dans la carrière de romancier de Romains une
phase nouvelle, toujours unanimiste, mais plus encore classique.
Qu'il s'agisse de réaliser sous nos yeux l'irréelle Donogoo-Tonka
ou de projeter devant nous les plus secrètes, les plus fugaces
pensées de Lucienne ou des Barbelenet, Jules Romams a recours
à un même mode quasi-scientifique de narration. Il rend compte

14

JULES ROMAINS, ROMANCIER ET CONTEUR

de deux expérience~ humaines à l'aide d'un langage d'expérimentateur.
On ne trouve plus dans D,;mogoo-7:o_n~a, ni dans Lucienne
les pages lyriques ou philosophiques qui etaient les plus belles de
Mort de Quelqu'un ou des Copains. Le l?oète cè~e la_place au
romancier, ne s'étale plus, tout en continuant a ~mmer har
dessous le récit. En revanche, on p~~t se deman~~r. si le psrc ophysiologiste qui a découvert la Vision ext,ra-retmienne. na pas
mfluencé profondément le roma~cier. ~e _n ;st pas e,n v~m qu un
artiste aussi conscient que Romains a red1ge_ son me~o~re sur la
vision paroptique ~ il _n'a pas pu ne. pas voir toute 1 aide que. le
style et l'esprit scientifiques pouvaient apporter au romancier
moderne.
Renan avait prophétisé une union de l'art et de la .scien~e
ui a été depuis interprétée de cent façons. Ap;ès Zola, apr~s
Paul Bourget dont le scientisme sociologique a fai~ long fe11;, apres
Marcel Proust qui procède surtout par comparaison (Voir, par
exemple tout l'épisode de Jupien et de M. de Charlus, dans
Sodome'et Gomorrhe - I), Jules Romains applique d'une façon
toute personnelle certains pr?cédés _scientifiques à, 1':tx:1 .d~ roman
soit pour conférer un degi-e maximum de « ~redtbillte » à un
roman fantaisiste comme Donogoo-Tof!ka, soi~ po_u r d~nner le
maximum d'« objectivité» à la plus simple histoire d amour,
comme dans Lucienne.
Si dans la clarté qui baigne Donogoo-Ton~a et Lucienne. on
peut reconnaître la traditionnelle clarté française ou gr!co-l!bne,
ce serait une omission grave que de n'y pas reconnaitre eg~ement une clarté scientifique toute moderne. I?ans la formation
du classicisme moderne dont rêve Jules Romains, la part de la
science sera importante, sans doute possible : Donopoo-Tonka
et Lucienne le précisent formellement et marquent a cet égard
une étape dans la carrière de Romains.
*

* "'

Lucienne toutefois, envisagée sous un a~tre angle, doit être
rattachée aux Copains et à Mort de Quelqu_un, de meme que,
d'un autre point de vue encore, les Copains se soudent au
Bourg régénéré et à Donogoo-Tonka.
Les Copains, Mort de Quelqu'un, L1fcienne sont le b-a-ba
A

du roman unanimiste. L'unanimisme visant à renouveler. la
vision de l'artiste, il ne doit P.oint s.'attaquer d'abor~ à des _su1ets
compliqués ou rares. Il doit montrer sa vertu reno!atrice en
traitant en premier lieu les sujets les plus élémentaires : une

15

�BENJAMIN CRÉMIEUX

JULES ROMAINS, ROMANCIER ET CONTEUR

amitié, une mort, un amour aussi simple que possible. Il ne
s'agit pas pour Romains de créer des personnages vivants et
particularisés, d'analyser des caractères, et on a pu l'accuser de
mettre en roman des abstractions, des symboles désincarnés
ou insuffisamment incarnés. C'est mal voir ce qu'a fait Romains:
ce sont non pas des abstractions, mais des synthèses qu'il
présente à notre époque héritière de cent-cinquante ans d'analyse
et de subjectivisme.

du néant des sentiments forts et jusqu'à une ville ; il témoigne
d'un excès de vitalité, et non pas du sentiment d'un ridicule ;
il est à base d'optimisme et de foi et ne recouvre jamais d'âcreté
ou de mélancolie. Comme tous les sentiments étudiés par
Romains, il est à base de santé et de normalité.
*
* *
Il reste à mettre en lumière un dernier apport de Romains
à l'art du roman, ou plus exactement à l'art du conte. C'est,
en effet, dans son recueil de contes Sur les Quais de la V illette qu'on trouve, mis en page pour la première fois avec
sobriété, des récits modernes épiques et légendaires: la charge des
autobus, la conquête de Paris par la troupe une veille de
1er mai, la promenade des ~révistes aux Champs-Elysées, etc ...
Cette innovation de Romams (et ici, il est évident que Walt
Whitman, Paul Adam, Verhreren ouvraient la route) a coïncidé
avec de nombreuses recherches du même ordre - Pierre Hamp,
Jean-Richard' Bloch, Luc Durtain notamment - et c'est de
toutes celle qui a pris déjà le plus de développement et
d'importance.
On voit quel précurseur a été dans le roman, comme dans
la poésie lyrique et au théâtre, Jules Romains. Retour à
l'élémentaire, aux sujets les plus simples ; rajeunissement des
plus vieux thèmes par l'application de la méthode unanimiste ;
art synthétique et objectif; class1cisme de la forme obtenu par
un amalgame du style traditionnel et du style scientifique ;
modalité nouvelle de comique ; technique du film appliquée à
la technique du roman; rejet de l'historicisme et du particularisme romantique et naturaliste et contribution à la restaurationdu sens de l'épique et du légendaire. Voilà en brd ce que nous
offrent et nous enseignent déjà les romans de Jules Romains.
La critique réclame de Romains romancier plus d'aisance
et une charpente moins apparente, bref des réalisations où la
volonté du créateur se manifeste avec moins d'évidence et où
l'idée jaillisse comme un jet d'eau ou un fût d'arbre, au lieu de
se construire pierre à pierre sous les yeux du lecteur. L'art tout
entier conscient de Romains ne condescendra jamais à flatter
son lecteur par des estompages et des concessions. Lucienne,
comme déjà les quarante dernières pages de Mort de Quelqu'un,
marque toutefois un stade où l'accommodation de l'esprit du
lecteur à l'objet que lui propose l'artiste est presque instantanée.
On peut attendre de la maturité de Romains des œuvres où s?n
art synthétique offrira dès l'abord toutes les couleurs de la vie.
BENJAMIN CRÉMIEUX

Ce n'est pas simple hasard si les romans de Jules Romains
ne peuvent se rattacher ni à Stendhal, ni à Balzac, ni à Flaubert,
ni à Meredith, ni à Dostoïewski. C'est à une tradition plus
ancienne qu'ils se relient, en dépit de leur dé_c or et de leur
accent modernes. Ils visent, comme les œ11vres des classiques
du XVIIe et du XVIIIe siècles, mais avec des moyens différents
et originaux, à exprimer l'humain.
A la littérature sensationniste d'aujourd'hui, Romains opp?se
un rationalisme nouveau. Bien longtemps avant que M. Juhen
Benda ait maudit le belphégorisme, Balzac avait mis en équation
le problème dans son étude sur la Chartreuse de Parme, en
distinguant la littérature des idées, qui fut celle des s~~cles
classiques et la littérature des images, propre au XIXe s1ecle.
« Le secret de la lutte des classiques et des romantiques,
écrivait-il est tout entier dans cette division assez naturelle
des intelÙgences. Depuis deux siècles la littérature à idées
règnait exclusivement.... La littérature à idées, pleine de faits,
serrée, est dans le génie de la France. »
C'est cette littérature «serrée» et « pleine de faits» que
nous offre Jules Romains dans ses romans. Nous sommes parfois
enclins à y trouver quelque sécheresse, à trouver trop crue la
lumière qui les inonde, à réclamer quelques coups d'archet sur
nos nerfs, des traits moins nets, des couleurs moins franches,
plus de flou et de mystère. Mais Romains demeure implacable
et ~e refuse 'à tous nos souhaits romantiques.

***

Le Bourg régénéré, Les Copains, Donogoo-Tonka en
mettant en œuvre la théorie de la mystification, dans laquelle
Albert Thibaudet voit justement une des maîtr~sses pièce~ de
l'unanimisme, apportent dans le roman français un ~o,mique
très particulier et nouveau. Nouveau non pas dans ses elements
(les fabliaux du Moyen-Age, Boccace et Rabelais foisonnent ,de
mystifications), mais dans sa motivation et sa port.ée ..L~ ~~e
unanimiste n'est pas négateur, il est constructeur; il fait Jaillir

16

�ALBERT CAZES

Le comique de Jules Romains
dans "Les Copains,,

Lorsque Jules Romain&amp; publia Les Copains, au début
de 1913, beaucoup de bons apôtres, qui avaient pourtant
lu Le Bourg régénéré, feignirent la stu~eur ou l'in~ig~atio~.
Des critiques hargneux, dont l'estomac bien accroche digérait
sans effort certaines plaisanteries plutôt salaces d'auteurs gais
professionnels, prirent des airs de pudeur offensêe. J'en sais
un - je ne le nommerai pas, mais j'ai sous les yeux la coupure de son article - qui déclara: « Le livre des , Copains
n'est ni une charge ni une satire, mais un genre de littéra
ture, le plus grossier, qui convient d'ailleurs parfaitement au
genre de talent de M. Romains. »
Il fallait vraiment avoir de mauvais yeux ou être né vieillard pour \'orter un jugement si péremptoire et si sévère sur un
ouvrage ou se développait un tempérament libre, vigoureux et
d'une si saine opulence. L'auteur _de ponogoo-Tonka et de. cet
inénarrable M. Le Trouhadec, qui triomphe en ce moment a la
Comédie des Champs-Elysées, a montré, depuis, qu'il était
capable de satisfaire les goûts le~ plus difficiles; Tou~ les ou':riers
de la onzième heure, tous les aimables confreres si merveilleusement véloces quand i~ s'agit de co~rir au s~cours. de la
victoire, proclament matntenant la puissance ~ tnvenhon de
Romains, la diversité et la solidité de son espnt supérieur en
tous genres. Mieux vaut tard que jamais: Cependant cette
puissance, cette fantaisie goguenarde, ce don de l'observa~.on
aiguë et cette faculté d'incessant renouvellement de la matiere
comique, cette rencontre de l'image trappante. et ne~ve, &lt;:ette
plasticité avec laquelle la langue se phe aux motndres tntentions
de l'auteur, toutes ces qualités s'étalaient déjà dans L.es Copains,
qui, joyeux, sortaient des presses à l'heure trouble ou ~e consulat
de M. Fallières touchait à son terme : tl ne fallait que les
y voir.

18

LE COMIQUE DE J. ROMAINS DANS "LES COPAINS"

1913 1 En ce temps-là, ni la Bourgogne ni même la France
n'étaient heureuses. Les gens moroses triomphaient, au sein
d'une République de démocrates mornes, quoique indéfectibles.
C'était l'époque où nous n'avions, pour tout potage, que les
brillantes improvisations du citoyen Cochon et du citoyen
Pataud, seules idoines à nous délasser des monotonies d'une
existence par trop « quotidienne )). C'était l'époque où, fée
barbue et « copain)) avant la lettre, M. Chéron, qui ne règnait
pas encore sur les betteraves et sur les navets, inaugurait impitoyablement les vivants et les morts, passait en revue à des
heures indécentes les sacs à brosses et les trousses à boutons,
sans trêve, sans repos, sans merci, sans pudeur. Jules Romains,
dernière incarnation de Momus, eût été bien mal inspiré s'il
n'avait point utilisé à des fins unanimistes ce fantoche qui tendait aux traits de sa raillerie une gorge velue, mais innocente.
Ajouterai-je enfin que 1913, année des Copains, est aussi l'année
qui vit éclore, dans La Flora du 15 février, les vers de M.
Lucien Rolmer, restaurateur de « l'art gracieux», qui chantait
l'élu de l'Assemblée Nationale en trois sonnets réunis sous ce
titre: « Ode à M. Raymond Poincaré))? Je n'en détacherai que
cette strophe :
Le souffle de ta gloire aère mon cantique 1
Comme le coq qui chante une dernière fois
Au moment où la nuit couvre la République,
Je te salue, O Poincaré,

tu seras roi.

Sombres jours I Le simple rappel de ces événements, déjà
lointains, nous fera mieux comprendre, je l'espère, pourquoi
Romains a éprouvé, à cet instant précis, le besoin de se donner
de l'air et de s'ébattre, sans toutefois s'écarter de la voie qu'il
s'était dès longtemps tracée et de sa conception si originale des
hommes et des choses.
Faut-il redire ici le sujet de cette farce plentureuse des
Copains et marquer les liens qui la rattachent aux autres _œuvres
de Romains, même aux plus graves? C'est une question que
notre ami André Cuisenier a déjà très clairement exposée dans
le Mouton Blanc d'octobre dernier: je me contenterai donc de
- reprendre l'essentiel de ses excellentes indications, en y ajoutant
quelques précisions sur lesquelles le plan même de son article
ne lui permettait pas d'insister.

19

�ALBERT CAZES

LE COMIQUE DE J. ROMAINS DANS" LES COPAINS"

Un groupe de copains, - ils sont sept, comme l'étaient ou
le furent les poètes du groupe de l'Abbaye, - après d'abondantes
libations dans un café montmartrois, consultent un somnambule
pour lui demander les moyens de se venger d'Ambert et
d'lssoire, deux sous-préfectures do~.t le .regard prov_ocat~~r,leur
a déplu sur une carte de géographie. Bien que le vm utilise par
le somnambule dans la scène de la consultation ait été récolté
« par des brahmanes monorchites », la réponse de l'oracle .n'est
pas très claire ; mais les copains l'interprètent de leur mieux,
et par des chemins différents, dont l'un notamment passe par
N~vers, ils se rendent à Ambert, puis à Issoire, afin d'y créer
et d'y défaire de l'existence : tour à tour, de par leur inson,da?le
volonté, les copains bouleversent une caserne et une eghse,
dissocient une place publique grâce à l'énergie d'un Eviradnus
modernisé, et enfin célèbrent par un repas ch:1mpêtre, dans une
forêt montagneuse des Cévennes la restauration de 1 Acte Pur,
à laquelle ils viennent de participer.

un tour de force d'avoir soutenu un tel train pendant huit
chapitres et de nous y avoir intéressés : et pourtant, cette course
hilarante à travers villes, sillons et forêts, est conduite de façon
à la fois si simple et si allègre que le lecteur le plus rebelle, s'il
n'a pas d'idées préconçues, se laisse emporter par le tourbillon.
Il est visible que l'auteur, copain entre les copains, a
d'abord voulu s'amuser lui-même ; qu'il possède un fonds de
bonne humeur alliée à un esprit d'observation ironique extrêmement pénétrant, et que, si la fête est réussie, c'est que Romains,
maître du chœur, sait, au besoin, conduire le bal.
Ne croyez pas qu'il soit indispensable d'être initié aux
mystères de l'unanimisme pour se ré3ouir à la lecture de ce livre,
abstraction faite de la doctrine à laquelle il se rattache. L'auteur
des Copains possède au plus haut point de rares qualités. qui
eussent suffi, en des époques moins difficiles, à établir solidement
une réputation d'écrivain dans le ~enre comique. Il a le don de
l'irrévérence. Il a le sens de la plaisanterie à répercussions multiples. Et puis, voyez avec quelle précision vigoureuse sont
silhouettés les sept copains : Lamendin, dont la tête est « ronde
comme une pomme » et le nez « tranchant comme un couteau
à ouvrir les huîtres», a l'air, quand il met la main sous son
menton, de « soupeser un fruit de choix» ; - Lesueur, dont la
figure est « un amas de poil», ressemble à « un caniche qui
aboie sur un meuble » ; - Omer, « qui a le nez rouge », est
doté d'un « facies bilieux et alcoolique», qui le désigne, au
moment de 1a création d'Ambert, pour les fonctions d'attaché
militaire; - Huchon, derrière ses lunettes rondes, transporte
avec précaution ses yeux « comme deux objets d'une réelle
valeur » ; . - et nous r econnaissons même ce Martin, dont la
figure finit par prendre un relief grandiose, précisément parce
qu'à chaque instant l'auteur nous répète que « son aspect ne
comportait rien de particulier». Examinez, au chapitre III, le
portrait de la patronne d'auberge affligée d'une imposante obésité :
« Elle se mit en devoir de faire demi-tour. Cette manœuvre
rappela à Bénin celle du Pont-Gueydon, dont jadis, à Brest,
il avait admiré le puissant organisme.» Toutes ces esquisses
sont bien de la main qui crayonnera plus tard cet ineffable
actionnaire de la Donogoo-Tonka, cet homme dont la calvitie
« reluit avec douceur» et sur le crâne duquel l'éloquence du
banquier réussit à faire lever peu à peu, par sa seule vertu de
propagande, un fin duvet.
Un autre talent que Romains utilise comme en se jouant,
c'est celui du pastiche : qu'on se reporte non seulement aux

Nous avons là une application nouvelle de cette féconde
doctrine qui a conduit Romains à la peinture des groupes,
seuls êtres vivants et même seuls êtres réels, et plus spécialement
à la peinture des aroupes en mouvement, en voie de croissance,
de développement ou de désagrégatio~. Nous retrouvons avec
plaisir dans l'auteur des Cop~ins c~lui de pn ttre e,n ma~ch~,
qui a si puissamment promu a la vie unamme le Metropolttam
ou le pensionnat de demoiselles en promenade. Nous voyons
les groupes prendre conscience d~ leur indiv~dualité sous l'action
magique de la parole, et nous suivons le tra3et. que peut accomplir une idée factice ou erronée en se nournssant de tous les
groupes réels où elle pénètre. Ici comme dans les autres ouv~a_g~s
de Romains, l'événement se prépare et se propage sa~s precipitation ni déformation, selon le rythme même de la vie.
On conçoit aisément que la théorie, chère à Romains, de
l'enrichissement de l'individu par les autres individus et la
description de ces êtres collectifs nés du contact des hommes
entre eux, si elle apportait la matière inépuisable d'une poé~ie
nouvelle, si elle imprimait au lyrisme ou au drame un frémissement nouveau, était, par cela même, et sans arrière-pen~ée
d'artifice ni de procédé, appelée à trouver dans l'observation
comique une application savoureuse et d'un _haut ragoût. Les
effets comiques se développent, dans un tel hvre, en ondes de
plus en plus larges et puissantes, au sein desquelles, comme des
fétus de paille, les menus éléments de la réalité quotidienne
virevoltent en une impressionnante sarabande. C'est presque

20

21

�ALBERT CAZES

bouts-rimés du premier chapitre, où l'auteur détourne sa malice
légère sur quelques poètes contemporains et même sur Jules
Romains lui-même, mais à l'épître en vers alexandrins, classiques
et périphrastiques à faire pâhr d'envie l'abbé Delîlle, épître par
laquelle Broudier, professionnel de « l'appareil qu'accélèrent
les pieds», fixe à Bénin un rendez-vous
.
Au square verdissant des Arts et des Métiers.

Dans ce bréviaire joyeux, tous les lecteurs trouveront de
quoi se satisfaire: les bons latinistes dégusteront l'étonnant
discours cicéronien, renouvelé du Contiones, et prononcé par
Broudier en pleine gare de Nevers, à la réception solennelle de
Bénin, pris pour un conseiller du Tsar ; les grammairiens les
plus délicats seront sensibles à l'harmonie de certaines répliques
de Bénin, qui excelle, par exemple, à faire d'un subjonctif fort
correct, mais un peu mattendu, la plus douce des caresses :
Utinarn aves super caput tuurn cacent ! C'est du frère Jean des
Entommeures, avec l'élégance et la haute tenue en plus.
Et voici ce que j'ose appeler une inspiration de génie: dans
un sentiment de pudeur que tout le monde comfrendra, Romains
a cru devoir mettre en latin un discours où i évoque discrètement l'obscène alliance franco-russe ; mais c'est en excellent
français que le Père Lathuile fait retentir les voûtes sonores de
l'église d'Ambert, en déclanchant, du haut de la chaire de vérité,
d'éternelles vérités relatives à l'œuvre de chair.
Soupesez aussi le discours que prononce, sur la place SainteUrsule « çonflée comme un biniou », M. Cramouillat;.idéputé
d'Issoire, maugurant la statue de Vercingétorix, - ou même au
chapitre III, la conversation poursuivie en une lointaine auberge
entre l'~xcellent ~rondier, qui se fait passer pour)&lt;coureur
Jacquelin, et Bérun, qui tranche du Santa y Cacao, champion
de demi-fond de l'Amérique latine.
D 'aucuns se contentent de reconnaître et de retrouver, dans
des scènes de ce genre, une incontestable propension de Romains
à la P,arodie et à la mystification. Mais prenons-y garde : la
mystification, telle qu'elle intervient dans l'œuvre de Romains,
est ancilla philosophiœ. Qu'elle soit à éclatement prochain ou
retardé, elle repose sur une connaissance admirable de la «pâte»
humaine et de sa plasticité ; elle offre tout l'attrait et tout l'intérêt d'une expérience sociale, qui, sous l'apparente bouffonnerie,
développe une portée presque toujours lointaine et sérieuse.

22

LE COMIQUE DE J. ROMAINS DANS "LES COPAINS "

En résumé, les lecteurs qui ne songent pas à rep~ocher. à
Rabelais sa verve drue, à Molière ses farces ~es plus etour~1ssantes, à La Bruyère ses «charges» les plus copieuses, à~olta_1re
son ironie et son irrévérence, et qui cependant ont la pretention
de demeurer des hommes d'aujourd'hui, s~umis à toutes les
influences et à toutes les tendances de leur epoque! ceux-là se
réjouissent d'entendre vibrer toutes ces harmoniques,. ~ans
l'œuvre de Romains, à côté du son fondamental unan1m1ste.
Quand on relit d'affilée, comme je viens de le faire, cet ouv~age
dont les truculences hardies n'excluent pas les fines notations
d'intuition pittoresque et de sensibilité intime1 on ~omprend à
merveille que des Compagnies et des Assemblees de Jeunes gens,
en divers lieux du monde, aient fait à ce livre l'honneur de le
prendre pour « Conseiller de la Joie et Bréviaire de la Sagesse
Facétieuse».
ALBERT CAZES

�RENE MAUBLANC

Jules Romains et le Cinéma
. , Quand Jul_es Romains co~mença à écrire Donogoo-Tonka, &lt;1 conte
cmematographique », le 11 septième art » ne s'occupait guère en France
qu'à adapter des mélodrames et des vaudevilles; c'est un contresens où
certains se complaisent encore (1) ; c'est pourtant le contre-sens le
plus complet qu'on puisse imaginer, s'il est vrai que rien, malgré lea
apparences, n'est plus opposé à !!écran que la scène.
En dehors de la production française qui était à cette époque
la plus médiocre de l'univers, on connaissait en France les films
italiens, d'une somptueuse absurdité, et certains films américains :
des comédies sentimentales d'une niaiserie désarmante et parfois
agréable, des aventures de cow-boy, simplistes et moralisatrices, avec
le beau resard clair de William Hart, les premiers Charlot, d'un comique
clownesque inventif et direct, gâtés seulement par les affligeants soustitres - fautes d'orthographe, fautes de français, fautes de goùt - que
de misérables adaptateurs français glissaient entre les images. On n'avait
encore vu qu'un des chefs-d'œuvre de l'écran: Forfaiture -(J'entends ici
par clzef-d'œuvre, non pas une œuvre parfaite ni d'une beauté incontestable, mais une œuvre représentative, typique, capitale). l.a production
suédoise était à peu près inconnue, la production allemande l'était
complètement.
Ainsi le cinéma se réduisait pour nous soit à une malheureuse copie
du théâtre, soit à des intrigues puériles, servant de prétexte à quelques
belles images de pays étrangers, soit enfin à des anecdotes brutales, des
faits-divers, des pitreries, des exploits sportifs.

Donogoo- Tonka parut à ce moment, d'abord par tranches dans la
Nouvelle Revue Fra11çais,, puis en librairie. Aujourd'hui, près de quatre
ans après, cc scénario développé en œuvre littéraire n'a pas encore été
filmé. Tout se passe pourtant comme s'il avait été projeté sur tous les
écrans du monde et comme si son éclatant succès avait suscité autour de
lui une armée d'imitateurs. De même qu'après Forfaiture et pendant des
années, il y eut dans tous les films nouveaux une scène de cour d'assises,
de même tous les meilleurs films d'aujourd'hui empruntent des idées et
des procéMs à Donogoo. Au fait, y a-t-il bien imitation voulue et directe?
(1) Qu'on penM au Crime du Bouif el à Triplepalle.

JULES ROMAINS ET LE CINÉMA

Je n'en suis pas sûr· peut-être Romains a-t-il seulement contribué à
créer un de ces mou~ements de pensée par lesquels les arts évoluent,
peut-être a-t-il seulement lancé dans le domaine public des id~s que
depuis lors chacun reçoit, avec l'air qu'il respire. Peu impor~e d'ailleurs ;
en tous cas la plupart des progrès que réalisent dans leurs films les plus
récents les « cinéastes l&gt; de France, d'Allemagne, de Suède et d' Amérique, Jules Romains les avait conçus en 1920•

***

Je voudrais démontrer cette proposition en analysant brièvement les
principales des idées neuves qu'on peut tirer de Donogoo-Toda.
1. Le film doit comporter aussi pe~ de te~te que possible._ San~
doute Donogoo n'est-il p_as, com~e Le .f!ail, un film s~ns sous-titJ:es ,
du moins en comporte-t-il le moms possible: quelques tetes de ~hap1tre,
pour nommer les personnages ou identifier }.e li~u de l'action. ~es
explications nécessaires pour compre~dre_ 1 mtn~e sont donn~
presque toujours au moyen de lett~es, d art1cl~ de J011maux o_u ? affiches : convention sans doute, mais convention proprement cmegr~phique, puisqu'elle fait lire au p~blic ce que les pe~son?a_ges sont cens~
lire, et non ce qu'ils sont censes entendre. Romams eVl:te le plu~ qt~ 11
peut de projeter sur l'écran des. fragments ?e conversation, c est-a-drre
de nous faire regretter que la voix manque a ses personnage!&gt;.
1

2. - Le film peut et doit faire rire sans cloy,~eries et san~ calembours projetés en sous-titres i il doit mêler le seneux ~u comique. ~~
n'a qu'à ouvrir Donogoo à n'importe quelle page pour s en apercev~1r,
et si l'on cherche des comparaisons, on n'a qu'à penser aux dermers
films de Charlot, à L'idylle aux ChaMps et surtout au Gosse.

3. - Le film doit utiliser !e:'&gt; .res~our_ces tec~n~ques et ~es ~ucs du
cinéma pour s'élôigner de la v_ente obJectI_ve et_ real~ser_ 1~ 1~u~1o~s de
notre fantaisie ou de nos passions. Ce qui revien~ a dire . 1 a, enir du
cinéma (comme art et non comm«: moyen d' éd~cation et. de documentation) est moins dans la reproduct10n pure et sunple d~ reel _que. dans sa
stylisation, sa transposition. Ici Romains s'est attach_e part1cuhè~ement
au rythme: si d'ordinaire les scènes de Donogo~ doivent« se d1;rouler
sur le rythme ordinaire des évène~ent~ de 1~ vi_~ » (p. 7), parfo1~ elles
s'accélèrent pour donner l'impress1~n ~ une vie f!evreuse &lt;;&gt;u de 1 impatience crois:;ante du personnage.(') Ams1 lorsque d1ve,:ses ~c~nes nous ont
été présentées qui tendent à nous pénétrer d'uue meme idee (la propagande de la Donogoo-Tonka, l'attrait de son pro~amme ~ur les .aventuriers du monde entier), les mêmes images « reparatssent cote à cote et ~e
poursuivent ainsi pendant quelques secondes, sur un rythme a~celéré (r). ))(p. 6o, cf. p. 70). De même, lorsqu'un des pers6~nages est a _la
recherche d'un banquier pour commanditer son entrepnse, nous ass1s(1J Romains nf 1'est pas servi du ralenti qui était à peine innnt~ _au moment où il
l-criYait. De mème on emploie aujourd'hui quelques trucs nouveaux : ~ISJOn trouble, glac~•
dêformante.q, pellicules n~atives - mai, le principe est le même. La YOie reate OU\trte, mais
o'tat Romains qui l'a ouverte.

�RENE MAUBLANC

JULES ROMAINS ET LE CINEMA

tons sept fois à des scènes analogues, mais la première seule se passe
sur un rythme normal: dans les autres il y a « une accélération régulière
du rythme des évènements, de telle sorte que la septième scène se déroule
comme une vision de noyé » (p. 38). Ici c'est la hâte et la fébrilité du
personnage qui deviennent manifestes par le rythme du film. Mais cela
nous amène à une remarque essentielle.

Autant dire que Romains a cherché le premier à donner au film un
intérêt psychologique, c'est-à-dire non seulement à prêter aux personnages des caractères vraisemblables, mais à reproduire, par des moyens
propres au cinéma, la vie de l'esprit telle que peut la saisir l'analyse
interne.
5. - Enfin Romains â sans doute voulu montrer avec Donogoo qu'un
film peut et doit faire penser. Ne l'aurait-il pas voulu qu'il l' aurait fait
quand même ; car il porte avec lui, où qu'il aille, sa philosophie. Un film
philosophique, c'était alors une nouveauté; c'en serait peut-être une
encore, malgré la masse des films à prétentions philosophiques.
Donogoo, sous l'apparence d'une farce, a un fondement plus solide; ou
en tirerait aisément toute une série de moralités, étagées en profondeur,
dont la première pourrait être : l'erreur scientifique est pârfois aussi et
plus féconde que la vérité; la seconde: une mystüication peut créer de la
vérité; la troisième: quand un groupe croit bien à \!ne illusion, elle commence déjà d'exister ; la quatrième: les croyances collectives ont une
sorte de réalité objective; et la dernière: c'est en imposant aux hommes
un commun idéal que la société transforme le monde matériel. Et ces
deux dernières formules sont les principes fondamentaux d'Emile
Durkheim et de la sociologie française (1).

4. - l,e film peut et doit traduire la pensée même des personnages,
les souvenirs, les projets, les rêves, avec leur rythme, leur irréalité. leurs
incohérences. Jusqu'alors on n'avait exploré qu'une partie du domai o.c
cinématographique. Sans doute les premiers qui tournèrent un film
avaient-ils découvert l'eau qui coule, la vague qui se brise, le vent qui
agite un drapeau, le cheval qui galope, les batailles, les poursuites ; le
monde de la réalité mouvante vu par des yeux normaux, le monde des
sensations visuelles. Mais le monde du cinéma n'est pas celui-là seulement. Il est aussi - qu'on m'excuse, professeur de philosophie, d'employer volontiers les termes de la psychologie scolaire - le monde des
images visuelles et plus généralement, par les associations et les
transferts de sensations, d'images et de ·sentiments, le monde de la
connaissance sensible. Et c'est précisément ce qui oppose, au fond, le
cinéma à la littérature et plus spécialement au théâtre ; le théâtre
cherche, par des mots exprimant des idées et des raisonnements, à
évoquer des images ; le cinéma doit par des images évoquer des idées et
des raisonnements. Les deux arts visent ainsi, par l'un des deux modes
de notre connaissance, à reconstituer le monde complet de notre pensée;
mais le cinéma. essentiellement sensible, use de moyens opposés au
théâtre, essentiellement conceptuel ; et c'est pourquoi le cinéma n'a
pu trouver son vrai chemin qu'en tournant le dos au théâtre.
Je ne crois pas me faire illusion en imaginant, derrière D onogoo,
une thèse de ce genre. Toujours est-il que nombreuse~ y sont les scènes
« où les seuls évènements qui défilent sont les pensées des personnages ,,
(p. 7). Nous avons ainsi l'impresslon de vivre en vérité dans la peau de
ces personnages, de voir avec leurs yeux, de déformer le monde selon
leur imagination (ce qui, appliqué a des imaginations détraquées. donne
l'art allemand « caligarique )&gt;) . Le som·enir et le rêve se traduisent sur
l'écran avec la discontinuité et parfois la simultanéité de leurs images.
Les spectateurs assistent au travail, au &lt;c courant » de la pensée des per •
sonnages. « Nous n'avons pas trop de peine à suivre leurs propos, car, par
moments, la pensée est si intense qu'elle devient visible. Il se forme
autour de leurs têtes des fantômes fugitifs, que nous avons juste le
temps de reconnaître ,,. (p. 73). Le film réalise matériellement une psychologie essentiellement dynamique ou cinématique (ici les deux mots
se confondent), une psychologie tout imprégnée de bergsonisme (1).
(1) Romains est ici très près de la théorie esthétique exprimée vers 1912 par Marinetti
et le futurisme italien; les futuristes prétendaient appliquer le bcrgsonisme à Ja pPintnre,
en rassemblant sur le même tableau les images diverses, incomplètes et fugiti ves qui s'évoquent dans l'esprit p:n un souvenir de voyage ou un rêve d'avenir. Mais ce qni était absurde
pour un tableau devient naturel et juste au cinéma. Fixer sur une toile le mouvement de la
pe~ et étaler dans l'eepace la durée psychologique, c'était un contre-sens ; on n'abontisaait qu'à une sorte de rébus, loin de toute beauté comme de toute -rérité. Laisser au contra.ire

***

Ainsi les dernières découvertes de l'art cinégraphique, elles sont
déjà dans l'œuvre de Romains. Elles y sont même à un degré si éminent
que, réalisé aujourd'hui, quatre ans après qu'il a été publié, D01togoo
serait sans doute le plus neuf, le plus profond et le plus passionnant
des films.
Et si l'on voulait s'évader de la technique du septième art, il faudrait
dire que Donogoo est, entre Les Copains et M. Le Trouhadec s11isi par la
débauche, le second épisode d'une longue histoire, qui a liiOn unité comme
sa diversité. Il faudrait voir avec quel art Romains pour la conter s'est
prêté tour à tour aux exigences opposées du roman, du film et de l'œu vre
théâtrale. Mais cela, c'est une autre histoire.
Et puis il faudrait dire que Donogoo n'est pas seulement un bon
scéttario de film, mais une belle œuvre littéraire, écrite comme Romains
sait écrire, qu'on y trouve des mots de philosophe et des phrases de po~te :
Un homme longe u ne rue dans on ne sait quelle ville. Ce _n 'est P.~int u_n e
promenade, cc n'est pojnt 1;1n e aventure . L'~omme ae:complit u n mnéra1re
quotidien, et les pas qu 'il fait sont peut-être vieux d e dix ans . (p. 147) .

Mais c'est encore une autre histoire.
RENÉ MA UBLANC.
devin_e r sur l'écran, autour de la tê~ du ?erd_onnage, , _une circulat ion de s?nga&amp; ,, {P· 6l ),
c'est imiter, avec la part de conv~nt1on creatr1ce nécessaire à tout art, la reah té meme de
notre vie mentale.
( 1) Comme le montre lumineusement le récent ouvrage de C. Bouglé : Leçon, de Sociologie sur /'Evolution des Valeurs.

27

�MARTHE ESQUERRE

Le théâtre tragique de Jules Romains

En 1911, alors que le théâtre poétique n'était représenté en
France que par une lignée d'écrivains qui vivaient sur l'hérita&amp;e d'f!ugo sans avoir recueilli son génie, et qui n 'avaient
guere dev:el&lt;?ppé que les germes de mort du romantisme, alors que
Rostan~ etait, ce ~ue. nous possé~ions de mieux en fait de gloire
dramatique, 1 Odeon Joua le premier des drames de Jules Romains
L':Armée dan~ la Ville (1). Neuf ans plus tard, en 1920, 1;
V1eux-Colomb1er représenta Cromedeyre-le-Vieil.
L'indigence du théâtre au moment où il l'abordait Romains
la p,rocla~a~t énerAgiqueme,nt da~s la sobre et vigoure~se préface
qu 11 publiait en tete de L Armee dans la Ville. « Je tiens pour
certain, disait-il, qu'il n'y a pas eu, en France, de grand art
dramatique depuis soixante ans, dep-µis la chute des Burgraves.»
D'honnêtes dramaturges avaient cherché le remède dans
deux d!rections o:pp_osées. ~es uns voulaient revenir au passé et
ressusciter la tragedie classique. Les autres proposaient d 'innover
et de. créer un théâtre d'idées. Mais la tragéd ie classique avait
depuis longtemps épuisé son énergie vitale ; vouloir qu'elle se
survive et qu'elle se répète, c'était précipiter encor e la décadence.
Quant, au drame d'idées, avec sa prétention de faire penser les
gens, t1 ne soulevait le plus souvent que des questions sans intérêt
véritable et les traitait avec une mentalité de primaire. Il ne
pouvait faire illusion qu'à un public sans culture. Et c'était
n'importe quoi, des discours, des conférences, plutôt que du
théâtre. Les personnages débitaient des exposés de considérations
abstraites et n'étaient animés d'aucune vie profonde.
Romains ne pensait pas que rien de viable pût résulter de
ces tentatives.
D'ailleurs, c'était en vain que les écrivains sérieux se fatiguaient à trouver la solution. Il leur manquait de se rendre·
(1) Les premières œuvres d11 t héât re de Claudel, Tête d'Or, La Ville, La Jeune
Fille Violaine, Le Repos du septième Jour, sont d'admirables poomes lyriques. C'est
1eulement avec L'Annonce faite à Marie jouée en 1912, et L'O/age, pu blié en 191 1 et
repré■e nté en 1914', que Claudel apportait à la question u ne solution vraiment dramatique
et recréait un ety le.
·
'

LE THÉATRE TRAGIQUE DE JULES ROMAINS

compte d'un phénomène capital dont Romains eut le sentiment
immédiat : la complète oblitération de la tradition dramatique.
Ils se condamnaient à un effort stérile pour ne pas comprendre
d'abord que le lien était rompu entre les grandes époques créatrices du passé et la nôtre. Ils ne savaient pas que, pour eux,
les œuvres de génie étaient semblables à des univers merveilleux
et interdits dont les principes générateurs leur échappaient. Ils
ignoraient leur ignorance. S'ils méprisaient l'inspiration vulgaire
et la fausse psychologie des auteurs applaudis au boulevard,
ils s'accordaient néanmoins à louer l'habileté prodigieuse avec
laquelle ces derniers construisaient leurs pièces. C'était là l'erreur
la plus pernicieuse. Les véritables lois du théâtre n'avaient rien
de commun avec les procédés qui donnaient aux gens l'illusion
du «métier» dramatique. Faute de posséder la saine tradition,
les fabricants à succès avaient peu à peu édifié une technique
purement artificielle. Romains, dans un article paru au Mercure
de France en décembre 1918, a mis ce malentendu en pleine
lumière :
« J'indiquerai l'essentiel de la chose en disant que
les loi internes du théâtre sont ce qui donne au drame une
organisation, une vie autonome, un équilibre et un mouvement
spécifiques, en un mot ce sont des 1ois animatrices; tandis
que les procédés en question sont destinés à obtenir ce que
j'appellerai la participation maxima du public à la pièce ....
Les lois internes du drame ne créent aucune dépendance entre
l'œuvre et un public particulier. Par elles, l'œuvre se suffit. »
Mais ce n'était pas assez de comprendre que les lois de la
dramaturgie étaient corrompues pour être en mesure de les
rétablir dans leur santé primitive. Ici, la meilleure attitude
critique était forcément négative. Pour retrouver les principes
éternels, il fallait un courant créateur qui les dé~osât en poursuivant son mouvement propre. Romains, par 1 essence même
de son génie, par la nécessité de son inspiration, restaure le
théâtre dans sa pureté originelle, et rencontre, intacte, la source
du jaillissement dramatique. Par-dessus les siècles, il rejoint
Eschyle sans se mettre à son école et sans faire œuvte de disciple.
La parenté est frappante entre son drame et la tragédie eschylienne. Ce n'est pas de parti-pris que Romains· revient à l'antiquité ; il n'en subit pas l'influence intellectuelle comme les
auteurs du XVIIe siècle ; il ne se propose pas un modèle. Le
souffle créateur qui anime son œuvre inspire l'œuvre d'Eschyle.
Le même élan organisateur aboutit d'une part aux Perses,
d'autre part à Cromedeyre-le-Vieil. Ici et là, c'est le même
rythme de vie.

�MARTHE ESQUERRÉ

L'.attitude de la presse, au lendemain de la première représentation ~~ (?romede'}'re f_!lt significa~ive. La critique s'écria
~ue « ce n etait pas d1!- théat;e ». Ce disant, elle décernait, sans
sen douter, un magnifique eloge à Romains. C'était vrai le
nouvea~ dra~e était aussi éloigné que possible du poncif auquel
le publt~ était accoutumé. On voyait bien ce que l'œuvre n'était
pas, mats pour comprendre ce qu'elle était, les journalistes
~us.sent dû s~".:oi~ 9ue ce qu'ils appelaient du «théâtre» n'en
eta1t pas. C eut ete trop leur demander. Je ne puis entrer ici
dans une analyse détaillée qui me permettrait de mettre en relief
le caractère profondément dramatique de Cromede'}'re (ce sera
d'ailleurs l'objet d'une autre étude). Qu'il me suffise pour le
mome!lt d'indiquer la parfaite coïncidence de l'inspiration de
Romatns avec l'essence même de la création dramatique.
Primitivement, le drame estla vie d'un chœur, l'action d'une
âme collective. Sans doute, il évolue très vite. Le chœur tragique
repr~sen~e une uni té multi~le dont les éléments ne tardent pas à
se d1ssoc1er ; des protagonistes sortent de lui ; il se scinde en
personnages distincts. Le noyau originel continue d'abord de
subsister, amoindri, à côté des individus auxquels il a donné
naissance. Puis, il s'épanouit jusqu'à sa limite et finit par réaliser
toutes les possibilités individuelles qu'il contient. A ce stade de
'son existence, le drame, au lieu d'être un accord comme au début,
n'est plus qu'un accord ayant perdu son unité primitive et dont
chaque note parvient séparément à notre oreille. Mais quelle que
soit la multiplicité des personnages qui le composent, ces derniers
doivent être unis par une harmonie si profonde que chacun d'eux
soit représentatif des autres. De même chaque note de la phrase
musicale à laquelle je comparais le drame-accord évolué doit sa
qualité spécifique à la résonance des autres notes en ell:-même.
Le théâtre ne reste du théâtre qu'à la condition de se souvenir de
son ori~_ne et de ne pas se dispenser d'être une harmonie. La
composition d'un drame suppose donc un sentiment délicat et
~xiqeant de l'.o:ganisation des êtres.qui le peuplent, une aptitude
mgenue à samr dans une perception synthétique les actions et
le_s réactions ,des _individus !es un~ sur l~s autres. Ceux qui sont
depourvus d oretlle dramatique n aboutissent qu'à une juxtaposition cacophonique d'individus. En d'autres termes, un génie
dramatique est d'autant plus parfait qu'il tend vers la perception
de la conscience unique des ~oupes; l'attitude anti-dramatique
par excellence consiste à considérer l'individu comme une réalité
qU;i s~ suffit à elle-même, à prétendre composer une phrase
melod1euse avec des notes dont chacune est choisie sans tenir
compte des autres.

3o

LE THÉATRE TRAGIQUE DE JULES ROMAINS

Comme je le disais tout à l'heure, il y avait donc, dans la
pensée de Romains, une sorte de nécessité qui le condamnait à
retrouver les conditions génératrices du théâtre. «Dès l'origine,
écrit-il, le drame a été une projection du m'}'stère unanime sur
le plan idéal de l'art.» Mais le ~rstèr~ ~nan!me est p~écisément
son élément naturel. Il en a la v1s1on a1gue ; 11 en expnme toutes
les nuances. Spontanément, il perçoit le groupe comme une
réalité plus essentielle que l'individu. Sa sensibilité à la conscience
unanime en fait un génie dramatique de race.
On comprend à présent que lors9.ue ~omain,s 8:b?rd~ l_e
théâtre, il ne s'en tienne pas aux notes d1ssoc1ees del umte primitive. D'emblée, il frappe l'accord originel. Ce sont des groupes
qu'il anime; il se hausse à des« synthèses supérieures». Groupe
contre groupe, comme dans L'Armée dans l'!- Ville,. ou grot1;pe
souverain comme dans Cromedeyre-le-Vieil. Par la, Romains
restitue a~ drame une qualité perdue depuis la poussée créatrice
de la Grèce antique. Par là aussi, ~1 _atteint les co~flits les ~l~s
profonds, les sentiments les plus religieux dont puisse tressaillir
l'âme de l'humanité. (1)
MARTHE ESQUERRÉ

(1) Pour l'étude complète de Cromedeyre,.Zt;- Vieil, voir. notre essai de
critique : Cromedeyre-le-Vieil et le thédtre poétique français depuis 1843,
paru aux éditions du Mouton Blanc,

31

�FRANZ HELLENS

" M. Le Trouhadec saisi par la débauche "

j'estime qu'une pièce de la valeur comique et satirique de
M. Le Trouhadec saisi par la Débauche devrait avoir trouvé
sa place tout de suite dans le répertoire de la Comédie Française. Quand je songe au théâtre contemporain, niais, sentimental,
qui s'est faufilé parmi les chefs-d'œuvres du répertoire classique et
s'est fait décerner, sans aucun droit, l'honneur de la représentation sur
les mêmes planches que celles qui soutiennent le rythme du pas
moliéresque ou cornélien, je demeure confondu et je me demande
s'il n'existe pas une loi cachée en vertu de laquelle les œuvres
fortes et taillées pour l'avenir ne peuvent s'affirmer 'que sur un
épais fumier d'œuvres mortes. M. le* Trouhadec est une pièce qui
possède toutes les qualités du théâtre classique le meilleur et en
même temps un accent bien nouveau qui vient de l'esprit de l'auteur,
averti des nécessités et des réalités modernes. j'ai déjà dit que le
&lt; rire pur &gt; tient la haute place dans quelques ouvrages de Jules
Romains. &lt; Satire directe, pointue et impitoyable, écrivais-je dans
le Disque Vert de juin 1922, satire d'escrimeur rompu au métier
et qui s'amuse à porter à chaque coup, laissant l'adversaire dans
un pire état que s'il l'avait abandonné. sur place, inanimé, car le
rire des spectateurs d'un pareil assaut persiste après l'affaire, et
l'on voit que le rire tue mieux qu'un coup d'épée authentique. ,

"M. LE TROUHADEC SAISI PAR LA DÉBAUCHE"

« Ce rire se gonfle, s'amincit, spirale, fait accordéon, on l'aperçoit
comme s'il se déroulait en action sur l'écran ; il n'est pas seulement
logique, mais encore formel, et d'un volume qui se spiritualise ou
se matérialise à volonté. Cai unique dans notre littérature... C'est
un rire qui devient chair, métal, fluide, contour, et se résout en
sonorités que les dieux homériques n'ont certes pas soupçonnées.&gt;
Il faut remonter à Rabelais pour retrouver quelque chose à ta
fois d'aussi plein et d'aussi aigu. Je le répète, M. le Trouhadec
saisi par la débauche devrait voisiner à la Comédie Française avec
les meilleures pièces du théâtre classique. Elle y brillera un jour,
et l'on s'étonnera qu'il ait fallu si longtemps pour qu'on s'aperçfit
que c'était là sa place, sa seule place, sa place naturelle.

FRANZ HELLENS

Jules Romains s'amuse à taquiner la bêtise, la muflerie, la
vanité imbécile : les meilleurs auteurs du théâtre classique, depuis
Aristophane, ne l'ont pas fait avec plus de verve et une nervosité
mieux contrôlée. Le rire de Romains est lucide comme celui de
Molière ou de Beaumarchais ; il se différencie cependant de celui
de ses prédécesseurs, en ce sens qu'il est avant tout plastique.
C'est là son caractère essentiellement nouveau. Ici encore, je
ne puis faire autrement que de répéter ce que j'écrivais jadis à
propos des Copains, de M. le Trouhadec et de Donogoo-Tonka :

33

�RENÉ LALOU

RENÉ MAUBLANC

" M. Le Trouhadec "
aux Champs - Élysées

Sur la prose philosophique

A la lecture, la forêt empêchait de bien voir cette clairière.
Les Copains nous avaient imposé une vision de Bénin ; depuis 'DonogooTonka M. Le T rouhadec existait pour nous. En lisant la comédie,
nous nous préoccupions trop de comparer leurs nouvelles images aux
anciennes : l'amateur d'événements prolongeait-il bien le compagnon de
Broudier ? Saisi par la débauche, le géographe restait-il lui-même ?
Aujourd'hui les voici en scène et bien vivants ainsi qu'en témoignent les
rires d'un auditoire qui ignore. le plus souvent leur histoire passée.

Il n'est guère de mode de citer Boileau. Mais le Mouton
Blanc ne sacrifie pas à la mode; il se donne même pour tâche
de dégager les styles des modes, ce qui dure de ce qui passe.
Or c'est précisément ce que sut faire Boileau, avec une prodigieuse lucidité. Aussi le Mouton Blanc ne peut-il manquer de
saluer avec respect la mémoire de Nicolas Boileau-Despréaux,
dont Jean Hytier est aujourd'hui, la férule à la main, l'authentique successeur.

Autre évidence: M . Le Trouhadec saisi par la débauche est aussi
arbitraire qu•une comédie classique. On s'en doutait un peu, à dire vrai ~
la représentation le confirme avec éclat. V ou, connaissez ce, cubes dont
les diverses faces combinées créent des tableaux différents : la ·pièce de
Jules Romains est le plus parfait des jeux de cubes. Il y a le cube Le
T rouhad~c avec ses six faces : dignité, abjection, avarice, prodigalité,
gîtisme, ruse. Il y a le cube de la malhonnêteté humaine qui porte quatre
visages et deux blanc-.. Un cube enfin est réservé aux femmes : Madame
Trestaillon, la Vieille Joueuse et quatre places pour la mobile Rolande.
D'un coup de pouce, Bénin présent ou Romains invisible c~mbine leurs
assemblages, avec tant de prestesse que parfois nous entendons deux voix
sortir du même cube. Car rien n'est plus libre que cette rigueur extrême:
l'apothéose qui réurpt. sous la bénédiction bachique d'Yves le Troubadec,
membre de l'Institut, tous nos fantoches évadés de leurs cubes et rendus à
la vieredoublble, cette apothéose est lucide comme la preuve d'un théorème;
elle couronne d'ironie la souplesse de cette géométrie.

14 Mars 1923

RENÉ LALOU

de Jules Romains

Je cite donc bravement les vers célèbres et méprisés:
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

C'est vrai, en somme, et surtout dans les sciences et en philosophie. Le philosophe, dès qu'il parvient à délimiter et à fixer sa
pensée, réussit par là-même à l'exprimer en termes justes et même
à trouver, s'il pousse à fond le travail d'analyse, les formules
exactement appropriées, celles dont aucun mot ne saurait être
changé, ajouté ni retranché. Car il y a une forme adéquate qui
s'ajuste à l'idée claire et distincte : tout philosophe digne de ce
nom la rencontre, au moins de temps en temps.
Cela ne veut pas dire que tous les philosophes écrivent bien.
Il y a, indépendamment de la force de la pensée, indépendamment même de la valeur technique de l'expression, c'e$t-à-dire
de la rigueur avec laquelle elle traduit cette pensée, il y a une
vertu propre du style philosophique, qui est une forme particulière de la beauté littéraire. Il peut exister à la même époque
des philosophes d'égale profondeur et d'égale importance, qui
n'aient, artistiquement, aucune commune mesure : ainsi Platon
et Arist9te. Au milieu du XIXe siècle, nos deux plus grands
philosophes, Auguste Comte et Renouvier, écrivaient mal;
Victor Cousin écrivait bien, mais c'était un philosophe médiocre.

'
35

�RENÉ MAUBLANC

SUR LA PROSE PHILOSOPHIQUE DE JULES ROMAINS

Schopenhauer écrit mieux que Kant, qui le dépasse de cent
coudées. Tarde écrit mieux que Durkheim, dont la pensée est
plus ample, plus ferme et plus féconde.

Bouglé. S'il s'en sert, c'est avec une telle discrétion qu'on s'en
aperçoit à peine ; longuement préparée, l'image est alors comme
natur~lle et presque nécessaire. Qu'on en juge par deux exemples.
Il s'agit d'abord de la découverte en matière psychologique :
Faire un~ découverte, ce n'.e~t pas présenter d'une façon
neuve des notions communes ; ce n est pas davantage esquisser
ou édifier un système général d'explication des choses connues,
non susceptible de vérification expérimentale, et destiné seulement à satisfaire les besoins spéculatifs de l'esprit; ce n'est
même pas risquer quelque hypothèse ingénieuse, issue de la
méditation, mais incapable de subir l'épreuve du laboratoire.
Une découverte est une annexion. L'explorateur découvre un
continent, une île, ou un simple îlot, selon ses moyens et sa
c~ance; ... Mais ce n'est point faire une exploration ni une
decouverte, au sens véritable, que d'avoir des impressions de
voyage dans un vieux pays (page 24).
Et voici une analyse de l'attention. L'auteur distingue
l'attention qui nous est familière et qui est constamment renouvelée par la succession des images et des idées, et « l'attention
vraiment fixe, qui se cramponne à un objet immuable » et dont
nous n'avons aucune idée. Il conclut :
Certes, notre attention est discursive, au sens où discursif
signifie coureur. Nous sommes habiles à suivre des fuites
d'idées. Mais que la proie s'immobilise, et elle nous échappe,
emportés que nous sommes par notre élan.
Ce n'est pâs de la poésie, comme on voit; c'est, semé de rares
et sobres images, un excellent langage technique.

Ainsi il y a bien une beauté philosophique du style, et elle a
son importance. Une importance moindre,. bien sûr, que dans la
littérature proprement dite : on conçoit peu un grand poète qui
écrive mal ; on le conçoit mieux déjà d'un grand romancier ;
on le conçoit tout à fait bien d'un grand philosophe. Mais tourtant le grand philosophe sera puni de mal écrire : car. i sera
·fastidieux et sa gloire en souffrira. On préfèrera Descartes, qui
paraît si clair, parce qu'il écrit bien, mais qui au fond est si
souvent obscur (r), à Comte, si riche et si limpide, mais qui
distille un si redoutable ennui.

** *

Si ces remarques ont un sens, j'ai le droit d'étudier ici le
style philosophique de Jules Romains, sans dire un mot de sa
philosophie.
Que toute l'œuvre de Romains soit pénétrée de philosophie
et que l'unanimisme soit voisin du sociologisme; que d'autre part
la découverte du sens paroptique soit une des conquêtes les plus
décisives - encore que contestée - de la psycho-physiologie (2),
ce serait facile à démontrer, mais ce n'est point mon sujet.
J'ai à dire seulement que Jules Romains, sous son vrai nom
de Louis Farigoule, écrit une des plus belles proses philosophiques qu'on puisse lire.
Cela ne signifie pas du tout que La Vision extra-rétinlenne(3)
soit écrite comme La Vie Unanime, les Odes ou Amour couleur
de Paris. Il y a certainement plus de philosophie dans la poésie
de Romains que de poésie dans la philosophie de Farigoule.
Il est difficile d'imaginer un style plus sobre, plus purement
rationnel, plus dépouillé. Romains ne se sert presque jamais des
images, bien moins que tel philosophe contemporain, Bergson ou
(1) li y a deux sortes de clarté chez Descartes. L'une, conforme à la règle de Boileau,
répond à la clarté de la pensée. L'antre vient de ce qu'il est un grand artiste : c'est une
clarté artiRtique ou artificielle, une cla.rté illusoire de l'expression, qua.nd la pelllêe n'est
que ténèbres.
(~ J'ai quelques raisons de croire qu'elle ne sera plus eontestée bien lo11gtemps.
(3) J'emprunte mes réfé,enee1, à la deui;ième édition : Louis Farigoule - La Vision
extra-rétinienne et le aens paroptique - RA!cherches de psycho-physiologie upérimentale
et de phyaiologie histologique. - N.R.F. 1921.
.

36

** *

Uii langage technique! Il faut insister sur ce point. Romains
n'hésite pas un instant devant ce qu'on appelle parfois le jargon
philosophique ou scientifique. Le premier chapitre de son livre
s'intitule : Remarques sur les rapports actuels de la morphologie et de la physiologie dans l'histologie du tégument;
et le second : De fa physiologie histologique à la psycho-physiologie expérimentale. Bien plus, il forge des mots nouveaux:
sens paroptique, fonction extra-rétinienne, vision homocentrique
ou céphalique, vision sternale ou hétérocentrique.
Un cuistre, nommé Antoine Albalat, a voulu, dans un livre
récent (1), s'égayer aux dépens des pliilosophes. Recopiant des
(1) Comment il ne faut pas écrire (Pion).

·

�RENE MAUBLANC

SUR LA PROSE PHILOSOPHIQUE DE JULES ROMAINS

pages de Cousin, d'Hamelin, de Bergson, il se plaint que ces
auteurs emploient d'autres mots que ceux du langage courant.
La querelle est absurde : autant vaut reprocher à un physicien
de parler de cathode, de volts et d'ohms et d'équivalent mécanique de la calorie, à un peintre de parler de subjectile, de
cadmium et de vert de Hooker, de glacis et d'embu, à un tonnelier
de parler d'erminette, à un charpentier de parler 'de besaigüe, à
un menuisier de parler de guillaume et de brusquin. Il est clair
que tout technicien, pour nommer les objets ou les idées propres
à sa technique, a besoin de termes précis, que n'aient_pas usé les
impropriétés du langage courant. Jules Romains n'a pas le ridicule de prétendre, avec les mots de tout le monde, traduire des
concepts expressément philosophiques et fixer des phénomènes
inédits.

La psychologie de découverte a besoin d'une méthode
et d'une technique de découverte. Cette méthode et cette
technique n'&lt;;mt pas été improvisées. Comme il est arrivé maintes
fois dans l'histoire des sciences, ce n'est pas à la science qui
devait finalement en bénéficier que revient le mérite· d'en avoir
formé l'ébauche et hasaraé l'emploi.... Ses origines empiriques
lui ont valu la méfiance de quelques bons esprits, qui tremolent
à l'idée d'être abusés par les prestiges des charlatans (p. 24-2.S).

***
Une langue franchement prosaïque, une langue rebutante
par sa technicité : qu'est-ce qui fait donc la beauté de ce style
philosophique ?
C'est d'abord la sobriété: pas un mot de trop. Ensuite la
propriété de l'expression : pas de bavures ni de flou, le mot juste
à la juste place, chaque phrase frappée comme une médaille.
Et puis encore le fait, rebelle à l'analyse, qu'une phrase a un
rythme, qu'elle est dense et pleine, riche de sang et bien en chair.
Ainsi le passage suivant :
La psychologie expérimentale, comme la physique, ne veut
connaître que des faits naturels et des lois naturelles. Elle ne
pense pas sous la catégorie du «pathologique». Tout est normal
à ses yeux, en ce sens que tout est soumis aux lois générales de
la nature. Elle ne vise point à recueillir une collection d'étrangetés. Bien au contraire. Elle ne s'intéresse qu'au général. Mais·
elle est persuadée qu'ici comme ailleurs le généra[, avant d'être
reconnu, prend figure d'exception (p. 28-29).

I_l s'y ajoute parfois un autre élément : la connaissance
approfondie de la langue française, dans son histoire comme dans
sa vie actuelle. Il arrive par là que Romains, sans aucune affectation d'archaïsme, donne l'impression de la langue classique:
non pas la langue du XVIIIe, la langue nuancée et subtile que
manie Anatole France, mais la langue forte et drue du XVIIe.
On sentira ce que je veux dire, dans Ia page ci-dessous, à certains
détours de phrase :

38

***

Enfin l'art de Jules Romains est non seulement dans les
détails du style, mais aussi etsurtoutpeut-être dans la composition
de ses livres. Dans ce traité psycho-physiologique, la composition
semble aussi purement scientifique que possible : paragraphes
désignés par des chiffres ou des lettres, récapitulations, conclusions. Tout cela est plein cependant d 'un art discret, mais fort :
il y a dans la succession des chapitres le même rythme souple
que dans ce défilé d'images, de souvenirs et de rêves 9u'est
Le Voyage des Amants. Ce n'est pas le balancement régulier et
artificiel des thèses, objections et réponses, l'ordre prévu de la
dissertation universitaire; c'est la vie même et le mouvement
d'une pensée. On a l'impression - l'illusion - d'assister à une
découverte, d'en suivre la genèse, le développement, le succès :
c'est une histoire - une belle histoire et une histoire vraie qui déroule ses péripéties devant nous. •
Et voilà pourquoi l'essai sur La Vision extra-rétinienne se
lit avec la même aisance que Lucienne, et avec la même attention passionnée.
RENÉ MAUBLANC.

�RENÉ LALOU

Jules Romains dans son époque
_Romains ~ A~ oui, l'unanimisme ? &gt; Il est excellent que le
pub(1c, en sa Justice télégraphique, fasse aussitôt suivre d'un mot
en 1sme le nom de Jules Romains : lier au nom de ce créateur
l'idée d'une doctrine, c'est, en effet, rendre un sommaire mais digne
hommage à l'irréductible alliage d'intelligence et de volonté qui te
fait unique en ,On temps.
Unique parce qu'il est un inventeur de valeurs nouvelles
unique au sens où Rimbaud est unique, irremplaçable. On n~
s'étonnera donc pas que Romains ait pu, à 25 ans, avoir position
de chef d'école devant la critique française aussi bien que devant
l'élite européenne. Songez qu'à la date de 1911, La Vie Unanime
et le Manuel de Déification avaient montré l'évidente nouveauté
de son inspiration, Le Bourg régénéré, Un Etre en Marche et
L'Armée dans la Ville prouvant comment elle ouvrait au roman
à la poésie, au théâtre, des voies encore inexplorées.
'
. D'aut~es se seraient _bornés à organiser ces conquêtes ; il les a,
lm, affer_rmes en les élargissant. Parfois il a déconcerté : le &lt; comique
géo'?1étnque &gt; _des Le Trouhadec, ta psychologie impérieuse de
Lucienne, le su1et même de La Vision Extra-Rétinienne ont dérouté
ce~~ins_ esprit~ qui requièrent d'une originalité qu'elle demeure
umhnéa1re. Mais nous restons persuadés que ces œuvres nécessaires
se~ont comprises ~n jour par tous ceux qu'a déjà enivrés la joie
épique des Copains et courbés l'ardente bise qui souffle sur
Cromedeyre, tous ceux pour qui la double image du monde externe et interne - s'est agrandie lorsque Mort de Quelqu'un
leur révéla un univers aux tentures de somptueuse solidarité, quand
les Odes leur traduisirent en paroles les plus complexes rumeurs
de l'âme, individuelle et multiple.
Sur la carte littéraire de 1922, faisons le point, ne te comparant,
comme il sied, qu'aux premiers. Egalement sensible à l'originalité
et à la perfection, soyons assurés que Romains goate l'une dans
l'ampleur de Claudel ou la fluidité de Larbaud autant qu'il reconnaît
l'autre dans la prose de France ou de Gide, dans les poèmes de
Valéry. Mais ces aînés ne sont nullement ses maîtres, encore moins

JULES ROMAINS DANS SON ÉPOQUE

les sociologues auxquels d'aucuns l'ont maladroitement attaché.
Si nous devons lui chercher des prédécesseurs, invoquons Verhœren
et Barrès auxquels il s'apparente trop intimement pour ~enter _
de
les imiter. Car il possède en commun avec eux un accent moubhablement autoritaire ; sa vision rapproche parfois ses constructions
par groupes des peintures hallucinées de Verhœren ; mais il ne
partage qu'avec le seul Barrès cette soif d'individualisme césarisant,
dernier secret d'un unanimisme intelligent, que l'un et l'autre savent
compatible avec l'universalité de Gœthe.
Essayant de le présenter devant la postérité, j'ai marqué ailleurs
comment sa doctrine, loin de tuer en lui l'artiste, avait accru l'élan
du poète et la soupless~ ~u roma~cier. Pour acheve~ de le situer
dans son époque, il sufflr~1t de ~edue quelle_ den.se umt~ sa ~ensée
confère à toutes ses créations. Rien, avec lm, qui ne soit clair : en
proposant à son siècle un dieu, n'invitait-il point ennemis comme
amis à se grouper logiquement ? Dès le premier bratant appel de

La Vie Unanime

" Je te donne mon âme, est-ce que tu en veux ? "

il offrait à son époque 1:exemple d'une jeu~e libe.~é dans une
nouvelle contrainte. Romains a ébranlé la poésie trad1t1onnelle en y
faisant retentir le cri farouche des gens de Cromedeyre ; nous
l'avons entendu jadis
• Avoir la tonnante joie
D'être, au centre de la foule,
Un éclatement qui tue. "

Et puis, ayant imposé aux hommes la découverte de celui de
leurs visages qu'ils n'avaient jamais so~gé à reg~rd'7r, no~s avo_n~
vu la fougue de ce vainqueur s'épanouir en méditations ou le fmt
de l'expression enclôt une suggestion infinie. Tel sobre poème
d'Europe
• Je remercie la demeure
D'être petite et perdue... "

nous autorise déjà à dater les premières réussites du &lt; classicisme
moderne &gt;.
Aux critiques qui viendront demain_ la tâch~ sera plus facile.
Indifférents aux passions d une heure, ils expliqueront comment
Gide et Romains ont l'un et l'autre, enrichi pour l'âme humaine la
connaissance de soi Gide en y réveillant un arrière-fonds d'anarchie,
Romains en y ranidiant une obscure discipline, une confuse loyauté
cosmique qu'il amène jusqu'à la conscience précise. La dureté de

�.

·-~------------------------RENE LALOU

Romains est la conséquence d'1,1ne lucidité qui ne désarme point.
Sa rigueur égale celle de Valéry, mais il l'exerce sur l'objet qui
semble s'y prêter te moins: on dirait parfois qu'il exige de ta
matière ta même logique que Valéry réclame de l'esprit•. Cette
âpreté intellectuelle cause la netteté de ses articles critiques : à
preuve son hommage à Flaubert, son résumé de la psychanalyse,
sa préface à l'album Le Fauconnier.
Que nos successeurs, cependant, ne dédaignent pas trop notre
aide. Qu'ils écartent nos commentaires pour rester seuls avec
l'œuvre. Puis, qu'ils interrogent tel dessin de Bécat ou bien ce
portrait où Le Fauconnier a peint son ami tel qu'il leur apparaîtra,
certain de son message divin parmi les événements périssables.
Mais si alors l'historien hésite et n'ose deviner dans ce regard
limpide sous le front volontaire toute la sensibilité, mieux affinée
que cette du cœur, dont l'intelligence garde le privilège, qu'alors il
se retourne vers nous, qu'il accepte notre témoignage et qu'il lui
fasse crédit, même pour ce que nous n'aurons pas su dire.
RENÉ LALOU

(1) A titre d'approximation, on sigaalerait entre Valer y et Romains la difference
d'une penaée mathematique s'appliquant naturellement aux mathématiques et d'une pensee
mathématique imposant sa loi aux aciences naturelles. (Etant entendu que procéder par
comparaisons de ce genre, c'11st forcer une fenêtre pour aller ouvrir, de l'intérieur, une porte
rebelle.)
.

JEAN HYTIER

Jules Romains et le classicisme moderne

Le terme de classicisme moder-ne est en train de faire fortune.
Il le doit, sans nul doute, à la valeur de son contenu. Même
ceux à qui il est le plus hostile commencent à l'employer comme
une expression courante et naturelle. Je crois qu'après si peu
de numéros parus, le 0rtouton 73/anc peut s'en trouver encouragé
et, s'il en était besoin, raffermi dans ses desseins. - Quand nous
avons employé cette expression pour la première fois (dans le
manifeste du M'louton 73lanc), ce n'était pas sans l'avoir longuement mûrie. Effectivement, le terme de classicisme était déjà
lourd de sens ; l'abus le plus étrange en avait été fait, notamment
par les successeurs actuels des Campistron, des Gilbert et des
Lebrun, qui, sous l'étiquette de néoclassicisme, ne nous offraient
qu'une fade ripopée de pastiches et de centons; d'autre part, on
sait dans quelles débauches le terme de modernisme s'était roulé;
enfin, le désir d'un véritable classicisme n'était nullement une
découverte originale du 0tfouton 73lanc: l'efficacité de notre
premier effort révèle même à quel point l'époque était travaillée
par le besoin d'un ordre mental nouveau, et, au surplus, bien
des textes d'avant ou d'après-guerre annonçaient ou réclamaient
une discipline classique. Il était tout naturel qu'en nous
vouant spécialement à la tâche, nous apportions la formule.
Nous avions d'abord pensé à moderne classicisme qui, par rapport
à ancien classicisme, impliquait différenciation et continuation
(seule tradition conforme à la vie profonde) ; mais moderne
classicisme sonnait mal et dangereusement, surtout pour nous
qui allions être obligés de lutter pour des héros vraiment représentatifs du monde moderne mais aussi contre certaine litt~rature
superficielle et modern'style. Classicisme nouveau n'était pas
inexact, quoique un peu mou pour la bataille, mais rappelait
trop néoclassicisme, dont il fallait se garder comme de la peste.
En retournant moderne classicisme, fes difficultés s'aplanirent ;
classicisme moderne sonnait bien, indiquait bien notre situation ;
on comprenait que nous voulions une organisation aussi ferme
que celle du 17me siècle, mais que nous ne songions pas à la
répéter en plus mal, que nous avions à exprimer parfaitement

�JEAN HYTIER

JULES ROMAINS ET LE CLASSICISME MODERNE

un univers inconnu, original et présent. On a vu dans le manifeste et dans les premiers 04.outon que, depuis quinze ans, le
classicisme moderne attendait seulement d'être compris et nommé.
Il existait. Il y a de grands écrivains classiques-modernes. Il y a
des chefs-d'œuvres classiques-modernes. Il y a un esJ?rit classiquemoderne. Le classicisme moderne possède une techmque poétique
originale destinée à remplacer la technique poétique ancienne ;
il emploie un vers régulier, parfaitement organisé, qui est proprement le vers classique-moderne . .
Le classicisme mode1·ne doit à Jules Romains plus qu'à tout
autre. Nous le dirons mieux quand nous aurons rendu pleine
justice au sénie d'André Gide. On a souvent dit que si Chateaubriand était le père du romantisme, Jean-Jacques Rousseau en
était le grand-père. On pourrait peut-être dire, en l'entendant
bien, que si Romains est le père du classicisme moderne, son
grand-père est André Gide. - Le classicisme de Gide a été
vraiment cette victoire dont il parle sur le romantisme intérieur.
Au reste, le rôle de Gide se marque par une influence distante ;
on sait qu'il a toujours aimé mieux faire agir qu'agir lui-même.
Il nous a redonné, après une époque incohérente, le goût du
classicisme ; il nous l'a conseillé ; il l'a surtout pratiqué pour luimême : son classicisme est presque un classicisme personnel.
S'il agit, c'est par un rayonnement qui lui laisse sa liberté ; en
lui-même il respecte toujours l'indépendance d'autrui ; si Gide
ne s'est complu qu'aux influences secrètes de l'exemple, c'est qu'il
n'a jamais voulu être un chef. Romains débutera plus rudement,
sans craindre de mettre la main à la pâte et d'agir directement
sur le siècle. Il n'a rien du magicien dédaigneux; s'il a quelque
hauteur, c'est celle d'un conquérant. Il marche de face, sans
pourtant ignorer la souplesse qu'exige le maniement des forces
terrestres. Son action est précise et d'une admirable économie,
d'une étonnante simplicité de moyens. Il y a plus de prodigalité
sous l'apprêt de Gide. Sans Romains, il est douteux que le
classicisme moderne eût pu se faire; autour de l'unanimisme se
sont rassemblées les forces d'ordre de l'époque. On peut dire que
le classicisme moderne, Romains l'a voulu. - Gide, tellement
éloigné du choix (j'entends dans la réalité des faits) par sa philosophie, a considéré la bataille spirituelle de haut, non qu'il y fût
indifférent, mais sa curiosité ne lui permettait guère l'intervention.
Même ses notes, si lucidesi sont d un témoin. Sa responsabilité
est souvent involontaire. Il ne jouit tant de son influence que
parce qu'elle est imprévisible. Néanmoins, répétons-le, Gide est
tout Je contraire d'un indifférent (il est intensément attaché, mais
il ne veut rien sacrifier) : il a toujours, avec une générosité

admirable et un désintéressement qui ne se trouve que sur le
plan supérieur où la sûreté irréductible du génie l'empêche de
rien cramdre, signalé hautement les écrivains (les v1·ais), notamment ses cadets, dont la vertu profonde méritait sa sympathie, et
qui sont les plus dignes du respect du classicisme moderne :
Jules Renard, Francis Jammes, Charles-Louis Philippe, Péguy,
Valéry Larbaud.... Romains lui-même. Avec non moins de
courage il a dénoncé les erreurs funestes à l'art. Il a écrit sur le
cl~ssicisme même _un certain n&lt;;&gt;~bre de textes qui ~onstitue_n!
déjà comme une Bible du classicisme moderne. Ce n est pas 1c1
le lieu de parler de l'œuvre. On sait sa place pour le Mfouton
73/anc.

44

Romains, lui, est volontairement responsable du classicisme
moderne. Il lui a donné son sens, sa direction centrale, non pas
la seule, mais enfin l'essentielle jusqu'ici. Il lui a fourni sa
matière la plus neuve, la plus moderne, celle qui constitue la
substance même de notre temps. La prise en considération du
fait social en est la caractéristique féconde. L'importance de
l'unanimisme n'a pas besoin d'être soulignée. C'est une révolution
qui change tout. Il n'y en a pas eu d'aussi radicale depuis le
romantisme. L'étonnant, dans la réussite de Romains, c'est qu'il
a su échapper aux dangers de la découverte ; il ne sait pas
s'égarer; dans la révolution il maintient toujours l'ordre ; il
dompte toutes les rébellions. Son unanimisme a vite pris la
grande allure classique. On imagine ce qu'aurait pu être un
unanimisme romantique (on s'en rend compte facilement par les
contrefaçons de ceux qui, craignant sott~m.ent d'avoir un rang de
maître dans un grand mouvement unamm1ste, ont préféré, dans
un isolement sans grandeu., subir l'influence d'un homme).
Au lieu de cela, Romains a imposé à la matière une forme
de plus en plus achevée. Sans doute, au début, il avait p~ine
à maîtriser une fougue superbe (La Vie unanime, Un Etre
e,i marche, Prières, L'Année dans la Ville), mais bientôt l'abondance se discipline, et la période des purs chefs-d'œuvres
commence. A 1exemple brutal de Hugo, Romains préfère alors
l'exemple équilibré de Gœthe.
C'est devenu une banalité de dire gue Romains a renouvelé
tous les genres avec l'unanimisme : .poésie, roman, théâtre. Si
l'on ajoute qu'il a cr~é une technique poétique nouvelle, _qu'il a
illustré la psychologie d'une découverte surprenante et nche de
conséquences, le tout avant l'âge de 38 ans, on lui refusera
difficil~ment la plus h~ute a~mir,'.1tion. Sa té~acité lui a. fait
acquérir les qualités qm ne lut étaient pas foncières ; de visuel

�JEAN HYTIER

FRANCIS PONGE

et moteur qu'il était en poésie, il s'est fait auditif et musicien.

Il est impossible de prévoir jusqu'où il étendra ses conquêtes.
Je crois que Jules Romains peut être tranquille pour sa
gloire. L'hotnm~ _gui a donné en poésie Europe, au thé~tre
Cromtdeyre-lt-Vteil, dans le roman Mort de Quelqu'un, dans le
genre comique Les Copains, n'a pas grand'chose à craindre de la
postérité. D'ailleurs aucun de ses ouvrages n'est indifférent.
Un petit livre comme Manuel de Déification est une des clefs,
peut-être la clef même de son œuvre. Les Odes sont d'un lyrisme
personnel qui étreint et qui dévaste. Il y a dans les Quais de la
Villette des modèles de récits épiques et populaires : quelle sève
et quelle santé f Lucienne a été une révél ation Jélicieuse. Les
d~rniers poèi:x1es de ~o~ains ,(Amour coul~ur de Pans, et les
pièces qui suivent, ams1 que I Ode pour le ._1, /1.outou 'Blanc) sont
peut-être les plus pleins, en même temps que les plus heureusement cernés, de ceux qu'il a écrits. Enfin, l'ensemble architectural
de l'œuvre est d'une religieuse harmonie.
N'oublions pas que Romains est un Jort. Il s'est fait tout
seul. Il veut le groupe, mais pour en être le neurone. Il ressemble
au bélier noir ~ui, dans Cromedeyre, donne sa forme au troupeau
de Thérèse. C est un maître. En ce sens il nous donne aussi un
exemple ; à regarder Romains, les forts comprendront ce qu'ils
doivent consentir au groupe, ce qu'ils doivent garder pour eux.
Romains aura, sans doute, des disciples, mais toute son œuvre
volontaire crie, à qui sait l'entendre, l'indépendance foncière des
vainqueurs. Il ne faut pas s'en étonner : le génie est spécifique
et, en un sens, toujours solitaire. Si donc, comme on le veut,
le classicisme moderne s'affirme, si, comme il est nécessaire pour
qu'il vive, il doit avoir, après Romains, des maîtres, ceux-ci ne
lui ressembleront pas plus que, jadis, Racine, Molière et La
Fontaine ne se ressemblèrent entre eux ou ne ressemblèrent à
Corneille. C'est la communauté des grands principes de l'art qui
crée les écoles classiques, et non pas celle des tempéraments qui
sont irréductibles. Mais les écoles ont besoin de maîtres. Romams
en est un pour le classicisme moderne. Il a aussi sa place parmi
ceux de tous les temps.

Qualité de Jules Romains

D'un sexe très défini, ni grec ni latin, mas...
cul.in, français, moins populaire que montagnard.
Moins gaulois que Rabelais, moins parisien
que Molière, moins bourgeois que Flaubert, un peu
plus sentimental que ceux....là.
Il parle à haute voix dans un air léger de
montagne. Il tient à la terre par les pieds. Il n'est
pas soucieux.
Sa demeure aux générations e-,t une anfractuosité
d'un confortable naturel.
Frère jovial, aîné qui tient du pére J

FRANCIS PONGE

JEAN HYTIER.

47

�O. MANNONI
L'ATTITUDE UNANIMISTE

L'attitude unanimiste

L'unanimisme est une foi. C'est la croyance dans une
chose à fain et que des hommes font peu à peu. Il s'agit
d'exalter une forme de conscience qui nait d'un certain accord
entre plusieurs consciences ; de réveiller en chaque homme
un être qui le dépasse. Jusqu'ici c'est surtout la littérature qui a
subi l'influence de ce levain mystique. Mais la littérature est un
domaine assez vaste et dont on fixe malaisément ies limites.
Toute une période qui fut romantique ne le fut pas seulement
en littérature ; un événement littéraire influence toujours les
mœurs, la politique, la philosophie et les religion les plus traditionalistes d'une époque.
Cette forme de conscience gu'il s'agit d'exalter trouve sa
place quelqùe part entre l'intelhgence et le moi profond de
Bergson. L'intelligence n'appartient pas plus à l'unanime qu'à
l'individu ; elle est universelle. Quant à la richesse obscure que
nous sentons en nous, à cette vie sentimentale qui est le fond de
notre être, elle échappe également à la conscience collective.
Aussi l'unanimiste se détourne toujours de l'individualisme sentimental et de ce conceptualisme sans force cher aux philosophes.
Et c'est pourquoi il est toujours décevant d'exposer l'unanimisme
comme une doctrine, et celui qui en parle en termes abstraits
ne le fait pas sans un vague déplaisir. Analysé, il prend une
figure trompeuse et semble une construction adroite mais un
peu arbitraire. Il faut être unanimiste d'abord, sans espérer êtré
converti par la théorie. Comme toutes les conceptions un peu
profondes et créatrices, l'unanimisme ne se laisse jamais que
circonscrire mais non pénétrer tout à fait par le raisonnement
seul. Il échappe à l'esprit du critique comme le style au grammairien ou la conscience vivante au psychologue. La religion
n'est pas dans la théologie.
***
Jules Romains ne nous apporte ni un système fermé ni un
plan de réforme sociale, mais bien plutôt une hypothèse laquelle
n'a d'ailleurs pas besoin d'autre justification que ses écrits. De

cette mys~ique qui, mal entendue, eût pu conduire soit à une thau~aturg1e Insoutenable soit à un humanitarisme facile - et ce dern~er défaut, tous le~ unanimistes ~e l'ont_ pas évité avec a~tant de
sureté qu~ leu~ maitre - est sortie une littérature singulièrement
forte et smguhèrement riche en possibilités de renouvellement
ou de développ_ement. A telle enseigne qu'aux yeux de beaucoup
de lec~eurs qui ne peuvent se refuser au charme vigoureux de
cette htJérature, la doctrine unanimiste semble cependant inutile.
Cho~e imprévue,
tal:nt. de Jules Romains en arriverait ainsi
à fa1re du tort à 1 unamm1sme ! Cela sera com.eris plus tard ·
pour_ le moment beaucoup n'ont vu dans l'unarumisme qu'un;
doctnne abstraite assez étroite qui, donnée avant l'œuvre semblait
ne pas la pouvoir porter; mais c'est dans l'œuvre totale &lt;les unanimistes que l'unammisme se trouve, et non pas dans les exposés
qu'on en peut faire abstraitement.

!e

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce qui caractérise
l'œuvre unanim~ste, e! de choses difficiles. Il ne suffit pas que
des groupes y s01ent mis en scène; et encore bien moins que des
sentiments altruis_tes_ y soient exaltés; l'altruisme s'oppose radicalement à l'unanimisme par cela seul qu'il distingue le « moi »
de « l'autre» et surtout parce qu'il a un fondement sentimental.
Jusqu'~ù faut-il avoir poussé l'in?ivi~ualisme pour se laisser
attendnr par une morale de la sohdanté ? Rien de plus impitoyable que le véritable esprit unanimiste · il ne s'accommode
q~e d'une lucidité virile. Toute sentimentalifé lui est faiblesse et
laideur.. Le vaSl!e ~ l'âme, vo~là ce do1:1t il faut triompher d'abord.
La po~s1e 1:10amm1ste se plait à décnre ces « réveils », pénibles
lut~es mténeure_s des ténèbre~ et de la lumière. Il y a dans cette
attltu~e volontaire _un_e énergie é~onnante 9_ui :i'~ban~onne jamais
Romams. Pour lUI, Il semole bien que l mdividuahsme ne soit
qu'une paresse de l'esprit. Sans doute il y a un individualisme
qui n,e ma~q~e pas de force, 1:fiais ce n'e.st pas contre celui-là
que 1 unammistne est une réaction. II serait trop simple d'opeoser en bloc unanimisme à individualisme. Ce 9.ue Jules Romams
a toujours repoussé c'est l'individualisme sentimental et dépri!Ilant, _la tare r?ma~tique, le narcis_sisme i~tellectuel, le culte
1mpréc1s du mo1; c est là le sommeil dont 11 faut se réveiller.
La première chose à faire, c'est de sortir de soi, et de reprendre
contact avec le monde concret. Un caillou dans la mam d'un
e_nfant c'~st une plus vér!table richesse que toutes les hallucinations faciles auxquelles s abandonne un symboliste.
Cet amour des choses, qui est peut-être le fond de toute
poésie véritable, imprègne d'un bout à l'autre l'œuvre de Romains.

49

�O. MANNONI

L'ATTITUDE UNANIMISTE

Il perçoit avec amour et pense toujours avec des choses.
L'imagination sentimentale cède chez lui le pas à une sorte
d'intelligence sensible. De là est né ce qu'on appelle « l'expression
immédiate &gt; des unanimistes.

. On connait ce défaut dans ces romans où le lecteur se retrouve
tOUJ?urs pa!ce c~ qu'il est invité à s'y mettre d'abord par une
~e~umentahté qui_rest~ forcément dans le vague tout en prétendant
a 1 a?,alyse. Comb1end œuvres ne sont que des canevas vendus tout
dessm,és pour que ~o~s y ~rodions nos rêveries ? Là aussi et jusque
dans 1 étu_de ~e _la vie lnténeure l'unanimisme apporte une lumière
neu".e qui dissipe l;s _vapeurs sentimentales. Une œuvre comme
Lucienne est unammiste à plus d'un titre · non pas seulement
parce que l'événement qu'elle rapporte est i'imroduction dans un
groupe fermé de deux éléments étrangers, mais encore et bien
plus 1;ar le ton et _la méthode d'analyse. Ici la vie intérieure est
traduite toute e~u~re dans ce langage d; l'~nt:lligence sensible
propre aux unamm1stes. Je pense à ce qu écnva1t Jules Romains
dans un des premiers numéros d'Jntenttons à propos du problème
du ~tyle chez Flaubert. Les_ rêveurs t[~uveront sans doute que
Luczemze est une œuvre froide. Ils n aiment pas trop voir les
c~oses à _la gr~nde lumiè!e d~ jo~r, ils préfèrent quelques allus10,f!S 9.u1 e_xcaent leur imagmatton, car il leur semble que ce
qu ~ls imag1,nent ~s~ plu~ beau que ce qu'il_s _voient. Mais je ne
cro1_s pas qu 11 y ~lt 1ama1s eu de grand mus1c1en méconnu parmi
les Joueurs de guimbarde.

Cette façon de dire n'est _pe~t-êt~e p3:s trè~ juste. _Toute
expression est un détour, et un en n expnme nen. L expression est
d'esprit à esprit. Passer par la chose pour exprimer un&lt;&lt; état d'âme»
dans le sens le plus large, bien entendu, de cette locution, on
ne peut pas dire que ce soit exprimer plus immédiatement qu'avec
des mots abstraits. Mais c'est exprimer avec plus de force, c'est
donner à l'œuvre écrite un peu de cette éternelle jeunesse du monde
des choses, devant lequel nous restons toujours des enfants à qui
on a seulement appris à ne plus ramasser les cailloux. Tantôt le
poète évoque des choses qui sont quelque part dans ce monde et
nous oblige à y prendre garde. (Kurop~. - Le ~oiteux, _dans le
dernier acte de Cromedeyre.) Tantôt 11 constrmt un obJet à la
mesure de ce qu'il veut exprimer:
« Il nous fallait un été

Bâti sur quatre pilastres ;
Une saison en coupole
Où le pas fît un écho ... »

Ainsi la poétique de J~les Romains s'~ppose parf~ite~ent à
celle de Mallarmé (ce qm ne veut pas dtre qu 11 n y ait une
influence sensible de Mallarmé sur Romains). Tandis que
Mallarmé s'efforçait de suggérer un objet au moyen du sentiment,
comme peut essayer de le ~aire la_ musique qui pr?~oque le
sentiment d'abord quelquefois avec iuste assez de précision eour
suggérer un objet vague (encore que presque toujours la musique
n'exprime qu'elle-même), Jules Romains, au contraire, pose
l'objet pour provoquer le sentiment et ne fait grâce à aucun de
ces mots abstraits et imprécis qui émeuvent par leur seule imprécision.
1

L'écrivain qui au lieu d'apporter la réalité solide sur laquelle
les mains ont prise ne fait que semblant de la donner est une
manière d'illusionniste. Il suggère, mais suggérer c'est trop laisser
au lecteur d'une dangereuse hberté. Le lect~ur imagine et croit
voir ; il retourne vite dans cette rêverie facile et paresseuse, et
comme il y a toujours assez de raisons de penser à soi il revient
toujours à lui-même comme Narcisse à la fontaine. Ce n'est pas
là le défaut de Mallarmé, il était trop grand poète pour ne_ pas
l'éviter. Mais c'est proprement le défaut romantique et symboliste.

So

l_l est toujours trop f~cile de ramener l'homme à lui-même,
de lui rappeler une expénence obscure que le langage obscurcit
encore. Au_ contraire l'unanimisme a conduit Jules Romains
SUf une, voie parallèle à celle o_ù titube Freud: Le Dragon qui
veille à I entrée de la ca!erne y laisse pénétrer qui veut, et ceux qui
sor~ent ~euvent aller ou bon leur semble pourvu qu'ils aient les
mams vides. Le héros seul, par ruse ou par force rapporte
dans ses mains fermées quelques pierres précieuses dé;obées aux
t!ésors o~sc~n:s. Ceux qui ont plongé leurs mains dans les
richesses_ mv1s1bles sans en savoir rien distraire s'étonnent de voir
àAla lum1è,re du s?leil ce qu'ils n'o_nt pu que toucher comme en
reve. Ils s ém:rv_e11le!1t et eux auss_1 vou_draient annoncer ce qu'ils
en savent. Mats Ils n en peuvent nen dire, sinon que ce sont de
grands trésors.
O. MANNONI

Sr

�GEORGES CHENNEV[~RE

JULES ROMAINS ET LA TECHNIQUE POÉTIQUE

Jules Romains et la technique poétique

Dans l'intention de transformer le vers, les symbolistes, ou
plus exactement les verlibristes, l'ont réduit à un simple caprice
d'écriture, qui rend impossible tout contrôle, et que ne suffit pas
à justifier l'usure de l'ancienne technique.

Mtme dans le choix de sa technique, M. Jules Romains
s'est manifestement Inspiré du docteur Le Bon.
PLORIAN-PARMBNTIBR
Les unanimistes seuls s'en tiennent aux vers blancs.
ANDR8 TH8RIVB

La deuxième audace de M. Souchon a été couronnée
d' un succès étonnant. Il écrit ses poèmes foui entiers
en vers blancs.
ORION

Parler de la technique poétique de_ Jules ~omai~s est pour
moi une tâche aussi agréable que facile, m~is . déh~ate pou~tant, parce qu'elle m'engage dans ~n débat ou 1e sm~ à la fois
juge et partie, sans autre ahernauve que de me !aire ou d_e
défendre les idées que ~ous . avons. e~posées, Ro:11arns et m01,
dans un Traité de Versification qm vient de paraitre.
Selon l'excellente méthode du Mouton Blanc, je profiterai de
l'occasion pour. rectifier c~r~aines erreurs et affir~er. quelqu~s
vérités, à nos nsques et penls. Cette _formule r:str,ict~ve est, Je
l'avoue, d~ pure politesse, car la techmque dont il s agit ne court
pas le morndre danger.
*

•*

Les vers de Jules Romains ne sont ni traditionnels, ni libres,
ni blancs. Ce sont des vers accordés. Mais je ne me charge pas
d'expliquer en quoi ils procèdent des théories du docteur Le Bon.
Tout le monde sait que la technique poétique traditionnelle
repose sur certains éléments ~'obligation qui peuvent. se résumer
ainsi : syllabisme de la J?étnque ; p_résence de_ l~ nme à la fi~
du vers · alternance des nmes masculines et fémmmes ; césur~ ,
règle de '1•e muet; prohibition de l'hiatus ; arrangement spécial
des vers dans les poèmes à forme fixe.
Cette technique, qui est encore cell~ de Malla~mé et d_e
Moréas, s'est épuisée à l'usage. Le seul Rimbaud y a1oute vraiment quelque chose de neuf (1).
(1) Voir des poème• comme

Jeune Ménage, Patience, Eternité.

Toutes les erreurs, en cette matière, viennent d'une confusion
entre le fond et la forme. Le fond se renouvelle de lui-même,
selon l'époque et selon le génie du poète. Mais la technique
relève de la forme seule, et la forme a ses conditions sur lesquelles
le génie ne peut entreprendre qu'à moins de respecter les données
essentielles du vers. Répétons-le une fois de plus. Si rien ne
distingue le vers de la prose, inutile d'aller plus avant. Mais si .
l'on admet une différence entre ces deux formes du langage, il
importe de la fixer avec précision, et sans recourir à de faciles
jeux de mots. Gardons-nous d'aborder une discussion qui nous
mènerait trop loin, et qui fait, en partie, l'objet du livre plus
haut cité. Nous prenons le droit d'affirmer qu'un vers, reconnu
comme· tel, impfique sa définition. Il n'y a vers que lorsque le
langase est soumis à des conditions précises de rythme et de
sonontés. La principale de ces conditions réside en une répétition
aussi régulière 9.ue possible, d'un effet rythmique ou sonore. La
notion de vers-hbre est contradictoire dans les termes, comme
le serait celle d'un carré libre, abstraction faite de ce que le vers
ou le carré sont susceptibles de contenir.
L'existence d\l vers est liée :
1° à un support métrique indispensable : le pied en latin ou
en grec, la syllabe en français ( 1 ) ;
2° à des rapports de sonorités .
A ces deux propositions, nous pouvons ajouter les deux
suivantes :
1° La nature même du rythme oblige le poète à une répétition de l'effet rythmique. En principe, il n'est point de vers
isolé. Tout vers doit avoir son « pendant ».
2° La nature même de la sonorité lui permet d'envisager
d'autres rapports sonores que la rime, et d'autres positions de
sonorités que la fin du vers.
Il suffit d'un peu de Iogigue pour comprendre ce qu'une
telle technique ajoute à l'ancienne. Elle admet de nouveaux
(1) Toutes le, tentatives qu'on a faites pour fonder le vers français sur la quantité ont
échouè, -la même 1yllabe ·comptant pour une brève ou pour u11.e longue, selon iea besoins de
la cause.
·

53

�GEORGES CHENNEVIERE

JULES ROMAINS ET LA TECHNIQUE POÉTIQUE

mètr~s, peu e!Ilployés jusqu'ici, notamment les vers de 9, II, 13,
14, 1:&gt; et 16 pieds _(1); et des accords ayant pour base non seulement l'homophome des voyelles ou diphtongues (rimes) mais
aussi l'hétérophonie des voyelles ou diphtongues avec ho~ophonie de l'une ou des consonnes adjacentes (accords proprement
dits). Elle admet enfin pour tous les accords, c'est-à-dire pour
tous les rapports de sonorités, des changements de position qui
offrent au poète une liberté nouvelle, tempérée par de nou~elles
obligations. Voilà pour la théorie.

Pour exprimer un effort pénible et inquiétant, Romains
recourt avec bonheur au vers de 11 pieds :

***
, J'aï sous les yeux .les œuvres poétiques de Romains, depuis
1Ame des Hommes qm fut couronnée en 1904 par la« Société des
Poètes _frança~s », ju~qu'à ce p_e!it recueil intitulé Amour couleu,·
d~ Parzs que Je considère (am1t1é à part) comme l'une des expressions les plus achevées de la poésie française contemporaine.
J?~ l'un~ à !_'autre, ces œuvres marquent_ le progrès incessant, et,
si Je pms dire en hauteur, dune technique à la fois solide et
complexe, dont l'architecte retouche de temps en temps les détails
sans toucher aux fondations ni aux lignes générales.
'

Trop de voitures agissent à ma gauche,
Et trop de boutiques peuvent à ma droite ; ..
(c Un Etre en Marche&gt;, p. 132. (1)

Le vers de
l'alexandrin :

Le vers de

comme celui de

11

à

14

pieds est propre au récit soutenu, ou épique

Elle a dit que les garçons se contentent trop souvent
De choisir un visage, et dans le visage, les yeux ...
(« Cromedeyre-le-Vieil ,, p. 110.)

Dans les Odes, Romains rend à la strophe de 4 vers courts
(de 6,.7 ou 8 pieds) cette vivacité saisissante que la rime transf?rma1t en un badmage sans accent. Et voici des rythmes plus
aisés _et et plus subtils, dont la signification est si nette que je
me dispense de les commenter:
C'est une rue où l'on voudrait
Venir danser;
Une gaîté surnaturelle
Passe en cadence ...
(c Un Etre en Marche,, p. 115.)

Secouent la tête, tournent leur torse,
Piétinent les cheminées, se cabrent
Dans un désir bru ta! de galop. (p. 67 (3)

Des chocs profonds
Seeouent
La tête et les
Entrailles ...
(« Le Voyage des Amants,, p. 27.)

Ils affluent ensemble vers les portes,
Et la foule aussitôt ressuscite
Que le cimetière exténuait. (p. 109.)

,. Le_ vers de 9 pied~ convient également à l'interrogation, à
1 mcertitude, à la surprise (cf: le début de !'Armée dans la Ville
et de Cromedeyre-le-Vieil).

La ronde tourne
En bondiuant,
Comme la force
Des carrefours ...
(« Un Etre en Marche•, p. 79.)

(1) La limite pratique du vers e,t naturellement en fo11.ction de la capacité de l'oreille
l'égard du rythme.

, (2) Je ne puis, traite~ ici de la question de « l'e muet,, qui est d'ailleura plus simple
qu ~ ue le pense d ordm&amp;1rc. Je me contente do renvoyer le lecteur au cc Traité de Vera1ficat1on » .
(3) Ces référeaces se rapportent à !'Edition du •Mercure» (1913).

14

Cependant d'autres nuées sous le même accablement.
Dans l'abîme gris de l'Est, d'autres gares de l'Europe.
(c Europe•• p. 64.)

Mes famées cambrent leur poitrail bleu,

à

est au vers de

L'Eglise est terminée sans nulle aide, contre tous.
Elle se tient debout, malgré Monseigneur !'Evêque ...
(• Cromedeyre-le-Vieil •• p. So.)

1

. Les rythmes, chez Romains, sont très variés, mais ils restent
touio1;1rs soumis à cette loi de répétitio!l d?nt j'ai parlé plus haut,
et qui_ assu,re au poème son armature indispensable. Dès la Vie
Unamme, 1auteur recourt assez fréquemment au vers de 9 pieds
excellent pour traduire les mouvements saccadés martelés'
.
é neux.
.
'
'
1mp

13

(1) Cf:

c

Cromedeyre-le-Vieil •, pp. 11 en bas, 54, en haut, de ...

55

�GEORGES CHENNEVIÈRE

Mais je suis débordé. Je n'ai point fini d'étudier les rythmes
qu'il faut déjà que je passe aux sonorités. Le lecteur voudra bien
m'excuser de cette hâte, en considération du peu de place dont
dispose notre jeune Mouton.

*

* *
Romains n 'a jamais proscrit la rime. Qu'on se reporte, par
exemple, au f.0ème de la Vie Unanime intitulé Pendant une Guerre,
on verra qu il est écrit en rimes proprement dites à alternance
régulière. La seule liberté que le poète y prend avec la technique
traditionnelle, c'est de faire rimer un pluriel avec un singulier
(iJraines et humame) (1). Et quand j'ouvre Amour couleur de
Paris, force m'est de constater que gris rime avec Paris à la
page 10, et qu'a 1ur rime avec murs à la page 11.
Veut-on des exemples de rime imparfaite? (2)
Mais il ne peut plus repartir, il me tourmente;
Je crois qu'il s'insinue à travers tous mes membres
(« Vie Unanime&gt;, p. 123.)

de rime par augmentatio11 :
Ne laisse pas d'espace mort entre elle et loi;
Cache-moi la fenêtre où bouge de la toile ...
(«1•• Prière à la Maison&gt;.)

de rime par diminution :
La bicyclette osseuse a pourchassé les r,utes;
L'air qu'elle déchirait tremble encore à ses roues ...
( • 2• Prière au Village &gt;.)

de rime renve1·sée :
Mais tâche de peser à fond,
Pour nous rire de ton triomphe.
(« Amour Couleur de Paris • , p. 35.)

JULES ROMAINS ET LA TECHNIQUE POÉTIQUE

générale les œuvres de Romains sont très riches en effets de ce
genre, et si je ne craignais de donner à mon article l'ap~arence
d'un catalogue, je multiplierais les citations ~1). Je suis d ailleurs
fort étonné que tant de critiques soient demeurés insensibles à
une prog1·ession comme celle-ci, qu'il serait impossible d'obtenir
avec de simples rimes :
De la halte encaissée un chemin part sa ns ombre.
Il rampe sur la plaine, puis monte et se cambre.
Le clair groupe un instant trouve que c'est lug-ubre,
Ce chemin qui s'en va jaune comme un octobre.
Mais la lumière envoie une force aux vertèbres.
Il sourit au chemin sans âme où l'on est libre. (2 )

Pour finir, je recommanderai tout spécialement à la curiosité
des amateurs et des techniciens (Dieu sait qu'ils ne manquent
point à l'heure actuelle), l'Ode parue dans le premier numéro du
Mouton Blanc, où le poète réalise l'intégrité de la strophe par la
double systématisation des mètres et des sonorités : strophe de
six vers de quatorze pieds avec césure médiane, et dans laquelle
les deux premiers vers sont en accord simple féminin, les vers
5 et 6 en accord par diminution, les vers z et 3 en rime proprement dite avancée de 7 pieds au vers 2, le vers 4 seul restant
indépendant.

*

*

*
Je me garderai d'ajouter à de tels faits le moindre commentaire, 'et d'accoler au nom de Romains la moindre épith ète. Ce
n'est pas en trois ou quatre pages que l'on peut étudier la
technique d'un poète comme lui. Je n'ai eu d'autre dessein que
de guider le lecteur. Je le prie de bien vouloir maintenant relire
avec soin les trois épigraphes que j'ai mises en tête de l'article.
GEORGES CHENNEVIÈRE.

Ouvrez U11 Etre en Aia1·che à la page 142 1 vous y verrez
plusieurs exemples caractéristiques d'accords proprement dits
(amère, meurt, membres, mares) combinées adroitement à des
rimes (rassemblement, membres, meur·t, rumeur). La première
strophe de l'ode V (Odes et Priè1·es, p. 23) reproduit la méme
combinaison (chemin, cruellement, amère, membres). D'une façon
(1 ) Ou encore u11e troisième personne pluriel du présent indicatif avec un 111bst1ntif :
IIDOllOlll1nt et ombr1ll1, vlctent et ride.

(l'J J 'emploie ici la terminologie que nous avons adoptée dans le• Traité de Versification •. Le lecteur tirera aisément la définition de l'exempfe.

( 1J Cf : • Odea et Pri~res •, p . H% ;

c

Un Etre en Marche•, p . 157, vers 5 à H ; etc...

(2) « Un Etre en Marche•, p. 33 ; cf: • La Vie Unanime•, pp. 79, 81 ...

56

�PIERRE SICHEL

LA PHRASE DE JULES ROMAINS

La Phrase de Jules Romains

mots qu'elles rencontrèrent une justification physique. Elles communiquèrent à la forme unanimiste une sorte d'irréductibilité charnelle.

C'est peut-être une des œuvres les plus importantes de
M. Jules Romains que la manière dont il a introduit l'unanimisme
dans le langage.

On ne doit donc pas seulement à l'unanimisme un enrichissement de vocabulaire, mais une tendance de la phrase entière à
une possession de soi plus vraie, plus physique. On a souvent
parlé de la vie idéale des mots. Cette vie inférieure était la raison
de leur hypocrisie. Mais que n'avoueront-ils pas maintenant qu'on
les a amenés à découvrir leur peau ? Déjà M. Jules Romains a
ménagé à sa phrase des instants où plus rièn ne l'empêchait de
devenir un être, où l'harmonie de ses membres lui était anssi naturelle qu'à n'importe quel animal.

En se faisant l'interprête de phénomènes qui commençaient
à prendre conscience d'eux-mêmes, il a également aidé à sortir du
néant toute la terminologie qui leur est relative ; il a fait valoir les
droits des noms collectifs à une sorte d'autonomie grammaticale.
Pour leur avoir accordé délibérément la fonction de sujet
logique aussi souvent qu'il voulait suggérer leur responsabilité,
pour les avoir employés aussi religieusement que les noms abstraits
les plus redoutés, il a non seulement fait triompher la cause des
consciences plurales, mais il a découvert un Incomparable moyen
de traduction fidèle. On ne peut manquer d'apercevoir le progrès
décisif que fait faire à la phrase française le lancement de tournures
telles que:

Le bourg dîne plus tard, il dort moins.
A quatre heures, Issoire était devenu la place Sainte-Ursule.
Le groupe eut envie de se ressaisir davanta{fe.
Cette admission dans,le vocabulaire psychologique de termes
condamnés jusqu'à présent à un rôle purement descriptif a une
portée considérable. En même temps qu'elle élève la langue au
niveau de l'actualité scientifique, elle la débarrasse une fois pour
toutes des approximations préexistantes. Une acquisition aussi
vivante a en effet pour conséquence de modifier la valeur des
richesses auxquelles elle s'ajoute. Une fois autorisées à parler dans
la phrase les rues et les foules ont procédé à une sorte de révision
de ses anciens éléments. Elles étaient si récemment divinisées par
la connaissance de leur corps qu'elles surent exiger de tous les

58

Un livre comme Mort de Quelqu'un se passerait de lecteurs
pour exister.
PIERRE SICHEL

�BENOIST-MECRIN

Jules Romains, La Musique et les Dieux

Si l'on adopte la division des arts en arts de l'espace, et arts du
temps, il me semble que c'est à ces derniers que revient la plus ~nde
pa~ ?ans la formation du groupe. L 'espace serait-il une donnée plus
md1v1duelle que celle du temps? L'espace serait-il ce qui divise et le
temps ce qui unit ? Toujours -est-il que ni la peinture ni la sculpture
ne peuvent, dan~ ce domaine, le disputer à la poésie et à la musique.

JULES ROMAINS, LA MUSIQUE ET LES DIEUX

chaînes du sommeil, et en use avec nous comme Orphée des animaux.
La musique sera destinée à tuer en nous les derniers soubresauts du
monstre intérieur; les efforts de ce qui, en nous, n'étant pas communicable, n'est pas susceptible d'être « élevé à la puissance:, du groupe pour
nous révéler, autour ds nous, la naissance et le battement d'une respiration collective. Précédent de sa démarche l'approche foudroyante du
dieu, elle sera le lut qui unira indissolublement, ne fùt-ce que pour
quelques ins~ants, les individus entre eux, lts vidant comme des éponges
he'!rmses! afm qu'au centre de cette dépossession plus complète pût
s'epanouir,
comme u11 maitre cruel

La. Musique qui fut médecine chez les grecs, qui fut prière un peu
partôut, qui servait à chasser les démons, à endormir les bêtes ou à provoquer les tt-anses de la Pythie, la voici maintenant qui prépare la naissance des dieux nouveaux, mieux encore que le mot, le son aura
puissance de sortilège, d'évocation ; llomains accable l'individu sous les

cette autre présence qui
fait sourdre les larmes.
Par suite de son assimilation à un phénomène d'ordre psychique, la
musique, chez notre poète, sera souvent représentée comme un liquide,
un remous, un flux qui sourd invisible, secrété par les instruments et
s'élevant de l'orchestre comme une marée irrésistible. Soupirs rumeurs
sifflements, tels sont les mots que nous rencontrons sous 'sa plum~
pour é"oquer le moude sonore, qui se trouve, à son contact enrichi
d'accord et de résonances nou velles. Parfois ces éléments sont concentrés jusqu'à ne plus faire qu'un seul grondement continu souterrain
une sorte d'explosion ralentie.
'
'
Toute la fin de Cromedeyre est significative à cet égard. Rejetant
bien loin le dialogue des instruments champêtres, violentant le concert
pastoral, la voix de Cromedeyre s'élève soudaine et impérieuse comme
sa joie, et comme elle semblable à un déchirement du sol.
(Etde la manière dont il en parle, on sent bien que Romains connaît,
pour l'avoir subi, ce déchirement intérieur, cette lutte, ces abandons et
cette violence terrifiante de l'invasion musicale.)
'
On pourrait encore pousser la question plus loin et se demander si
ses phénomènes psychiques ne sont pas, en dernier lieu, assimilables,
c'?mme_ P;esque to~s les phénomènes de la, vie, à_ des lois physiques
determmees, (ce qui leur suppose une donnee spatiale et la possibilité
d'une mesure). Je ne sais. Freud prétend que le psychique forme un
domai_ne à part, irréd?-ctible ~ toute explicatiol! mécanique. Toutefois,
cette ivresse, cette depossess10n de nos facultes propres ne proviendraient elles pas d'une modification dans l'écoulement d~ notre durée
(qui a une si grande part dans ce que nous appelons notre personnalité)
rupture en quelque sorte de notre moi habituel par la présence d'une
durée autre qui se substituerait à nous-mêmes? Cette hypothèse serait
terri~le si on la_ pou~sait jusqu'au bout Elle l~isserait entendre que la
Musique pourrait arriver à provoquer la mort s1 la rupture parvenait à
être complète. Ne suffirait-il pas toutefois, pour cela, que nous commencions par être endormis momentanément, possédés, comme on l'entendait
au moyen-âge en parlant des démons? Malheur à l'imprudent qui s'aventure dans ces régions inexplorées ! Il court le danger de n'en point

6o

6r

Il est beaucoup d'angles sous lesquels on peut considérer cet art
mystérieux qui accorde, pour notre bonheur, les bois ou les métaux, avec
les plus secrètes exigences de notre cœur sonore. Chez un poète comme
Claudel, par exemple, dans l'univers duquel toute chose dénonce une
force captive, une fuite éperdue, quoi d'étonnant à ce que nous puissions
assimiler le monde à un chœur entremêlé, à un écheveau de paroles et de
murmures, toute force décelatit à son tour une vibration cachée, à l'unisson ou en harmonie avec notre propre mouvement?
Il suffit de s'ouvrir un instant aux cbuchotements de la création, à
la grande voix farouche des vents ou de la mer, à la prière de la forêt
attentive qui écoute et qui supplie, pour saisir dans son essence un univers
ou rien ne peut jamais atteindre le repos hors du principe créateur: oi.1
ce qui nous semble le repos. ne sera qu'un clza11gtment de mouvement
dans cette fuite vers Dieu qu'est l'horreur du dde (Et l'oreille intérieure,
si elle est assez pure saura même entendre, au-delà des rumeurs de ce
monde1 cette autre Voix, que nous font pressentir parfois un appel entre
les feuilles, une tristesse inexplicable ou une secrète hilarité).
Si j'ai prononcé le nom de Claudel, c'est que Jules Romains est lui
aussi un mystique, quoique d'une autre mani~re.
En ces deux noms se résument le double visage de la mystique
divine ei de la mystique humaine.
Chez l'auteur de La Vie Unanime, la musique nous apparaît revêtue
d'un sens différent non moins ancien ni moins émouvant. Remontant vers
ses origines, elle reprendra ses caractères -magiques, et nous verrons en
elle un phénomène psychique, hypnotique, de la plus haute signification.

�BENOIST-MÉCHIN

revenir. Perdü dans cette« nappe d'éclairs oscillants •, derrière la quelle se
dérobe la présence des dieux ou du néant, arrivé à ce point de sommeil
il risque de ne plus renaître au sein du groupe, pour peu que sa mémoire
ait été vaincue dans le combat: c'est du degte de résistance de cette
dernière que dépend dans ce cas notre immortalité.
.
.
***
Mais Romains entretient également avec la Muse des concerts, des
rapports moins inhumains et moins dangereux.

Comme ces pièces de musique de chambre. qui permettent une plus
grande concentration du bonheur, le poète nous fait goûter, dans nombre
de pièces plus courtes cette qualité enivrante qui semble l'apanage de
certaines phrases musicales favorisées. Le vers se creuse alors, il se
replie sur lui-même pour mieux contenir l'harmonie : la tendresse
déborde de toutes parts avec une effusion contenue ; voyez, dans les
Odes, d'une si riche perfection, après un moment d'hésitation, ces mouvements arrondis, eu partance pour l'azur; dans les Quatre Saisons, où
chantent tour à tour graves ou éclatantes toutes les fanfares de l'année,
la grande entrée de,; violons sous les mots
Tu veux que mon âme rompue
Pleure au souvenir des forêts.

Quoi de plus musical dans sa forme même, qu'Amour Cottleur de
Paris, avec ses rappels et ses refrains, comme une voix caressante ou un
bras qui enlace? Voyez lorsque Lucienne, traversant les voies de la gare
sent vibrer en elle-mème, comme une harpe, les lignes parfaites des rails,
pures comme les nombres d'or !
La seule perfection d'une forme amènera toujours le poète à la
considérer sous l'aspect de l'harmonie.
*

**
Vous connaissez bien, Jules Romains, les secrets de cet art difficile.
Vous avez part aussi à cet esprit de puissance et de liberté qu'est celui
de l'assembleur de modulations. J'ai pu juger souvent de vos connaissances dans ce domaine. Et que dire du rôle de la musique dans votre
technique poétique, oû vous remplacez l'harmonie de la rime par celle
plus cachée de l'assonuance intérieure et de raccord ?
Je voudrais qu'il m'appartint de dire ce que les musiciens doivent à
votre œuvre. Mais si mon hommage se fait hésitant et maladroit, alors
laissez la musique elle-même nous prendre comme la mer. C'est sa voix
impérieuse que j'ai voulu évoquer ici pour vous. Si j'y ai manqué, pardonnez-moi en raison de l'amitié avec laquelle j'ai tenté de joindre quelques harmonies à vos yers. J'espère ne pas en à.voir été trop indign-e.
C'est là surtout que je voudrais vous voir trouver l'hommage que je
vous dois.
BENOIST-MÉCRIN

6z

CLAUDE-ANDRE PUGET

Jules Romains et les Voyages

Il avance. Il s'arrête. Il examine. Le regard qu'il pose sur
les choses va jusqu'à l'âme, et l'âme elle-même ne lui résiste
point. C'est une prise de possession, je dirais presque une
absorption de ce qui l'entoure. Loin de lui la fièvre et le cosmopolitisme d 'un Giraudoux : tout ce qui est extérieur, trop
particulier ou éphémère, il le néglige à dessein. Giraudoux frémit
de la griserie des distances, d'un lyrisme cosmique, d'un besoin
de rouler beaucoup, de sentir vite et avec acuité, d'enre~strer
plus rapidement encore, et de repartir. Romains ne v01t que
l'essentiel, ne goûte que le durable. Il ignore la nonchalance
de Gide, qui naguère disait négligemment: J'ai pris le parti
de voyager. Romains marche lentement. Il est le conquérant
infatigable et sûr de lui, qui fait jaillir la voix unique que
recèlent les choses. Il a l'intuition du secret qui se cache, il le
dévoile brusquement, et sans crainte de méprise : il est certain
de ses aboutissements. Lorsqu'il écrit:
'
Cette ville sous le crépuscule, il faudrait
Qu'elle ait un corps pareil au mien et que je puisse
L'interroger tout bas en lui prenant les mains.

il sait qu'il va la questionner, il sait qu'elle lui répondra. seule victoire ne lui suffit point ; il n'a pas de paresse :
'

Une

.
Partout, je t'ai cherchée, Europe....

Partout, ill'a trouvée: le Midi, Marseille, le Rhône: [ « Vo-,,age
tordu comme un cep!»« .... le Rhône passe entre les champs ae
maïs, - Entravé de roseaux, appesanti d'îles boueuses,
griffé d'insectes d'or et rebroussé par le mistral. »
Le port de Brest ; [ « Et je sentais se poser sur moi,
Comme des gouttes l'une après l'autre, - les fanaux des
navires à l'ancre. » [ Le Rhin: « .. .. chargé de nations, - ses
eaux charriant les frontières comme des épaves.»[ La Hollande:
« Un sol ancien cftargé- de maisons trop nourries. » [ Londres
et « Tower Bridge en deux, dont les moitiés supplient le ciel. »
[ et l'âme de tous les hameaux rencontrés: « Il y a, vers le Nord
de la plaîr,e d'Europe, - dans un pays d'étangs que serrent

63

�FRANCIS PONGE

CLAUDE-ANDRÉ PUGET

des forêts, - Au carrefour de deux canaux voués à l'âme, un village, comme le cri d'un oiseau triste. »
Il soupire, évalue et juge en dernier ressort. Il est un des
seuls que je connaisse à ne regarder point ce qu'il a déjà dans
l'esprit. Il passe; il prononce quelques mots auxquels rien ne
pourrait s'ajouter, car ce sont les paroles mêmes que le pays
traversé murmure à son oreille. S'il entre dans une ville, il veut :
« prendre les rues où elles se révèlent et qui so'nt l'axe de son
âme »; il désire« en découvrir le centre de gravité, en posséder
une idée essentielle». - C'est toujours à cette pensée-là qu'il
revient. Aussi trois mots suffisent-ils pour une église : elle est :
« habituée aux siècles »; et deux vers consacrés à une rue d'Amsterdam aux maisons calfeutrées en murmurent le sens intime :
« On sentait en passant - que les murs avaient chaud. »
Sourcier des mouvements les plus secrets de l'univers ;
pèlei;in chargé du mysticisme de l'humain et qui dans son exaltation translucide, en donne la vision profonde ; « passant
efficace qu'un sol ne porte pas en vain », Romains voyage ..
CLAUDE-ANDRÉ PUGET

Jules Romains Peintre de Paris

. Eprouvant avec jouissance les progrès d'un si grand artiste, Je constate que le poème « 01.mour couleur de Paris »
est ~•une ~ualit~ très supérieure au recueil « Puissances de
Pans», et Je le dis dans une intenùon d'hommage.
L'art, da_ns « Puissances de Paris », est excellent. Ces peintures sont mieux que des états-d'âme. L'esprit de Barrès compose
ses p~ysages, sa volonté les soutient, son humeur les colore.
Roma~ns pro~ède autrement. D'un coup il donne la vie (1 ) . Puis,
se r~urant, 11 regarde, et décrit seulement. C'est tout-à-fait
class1~ue. Cependant, malgré rhabile disposition de reléguer la
thé_one à la fin, les sujets de chaque paysage, traités sans
lyrisme, sont peut-être trop étroits, toujours est-il que ces proses
~e _sen:iblent exemplaires et, pour parler méchamment, sans
msp1rat1on (2). En. somme l'idée du livre n'anime directemeqt
que la postface, qut est splendide#
·
« 01.mour, couleur de Paris» est un chef-d'œuvre. Il y a là
autant de «souffle» et plus de discrétion gue chez Claudel.

Plutôt que ses men:ibreE., !~âme de la ville y paraît, la figure
de son charme, sa manière d aimer, son air du moment.
1

C'est une romance. Paris les aime. Paris aime ainsi.
La mesure en est facile, jusqu'à étonner (3). Mais c'est un
défaut de Paris.
(1) La Rue Soufflot : « Elle est largé, etc.». La Rue du Havre : «Elle e:riste, etc.•
(2) Comparez: le «Bangan», « Ville la Nuit» «Décembre» dan• «Co

de l'Est».

'

,

•

·
nna,ssance

(3) « li faut te pencher un peu - maintenant que c'est la nuit _ te encher
sur mon épaule - amour couleur de Paris. »
p

65

�JULES ROMAINS, PEINTRE DE PARIS

L'atmosphère est obtenue grâce à. quelques
nuances d'être et d'agir préférables aux couleurs. (1)

J. PORTAIL

adverbes,

Enfin c'est un air comme il lui convient pour chanter ce
Paris actuel, qui ne conserve d'insolence qu'un peu, comme ~ne
bête atteinte qui s'enfuit mal (2), et qui tente, dans un bien
mauvais ordre des choses, après tant de bouleversements,
si faible, - un médiocre regain. (3)

FRANCIS PONGE

Etude et Variations sur un thème
de JULES ROMAINS
LA VILLE UNANIME*
I
La ville est au poète.
Elle existe par lui et pour lui. Elle est à la fois son avoir et
son être, sa joie et sa douleur, le corps inerte et répugnant de ses
biens, l'âme délicieuse et finement éveillée de ses maux.

Tout d'abord elle est laide, de cette laideur qui enivre l'homme
moderne comme un mauvais vin, défigurée, pleine de coutures et
de cicatrices et, six jours sur sept, l'haleine forte et le front
mâchuré. Elle est grêlée de \rous noirs, zébrée de volets, tatouée
d'ouvertures. Elle est à jour et cependant obscure, une ombre
orgueilleuse et froide coule comme de l'encre de ses édifices ... Elle
a des tours de hauteur, des colonnes de dédain, des campaniles
d'arrogance, toutes sortes de monuments, arcs, cintres, dômes,
beffrois, coupoles, gonflés de superbe et d'emphase ... Et pourtant
je ne sais quelle sombre humeur, cité l quelle jalouse langueur,
troupeau! exsudent tes murailles: mon œil, si loin qu'il t'observe,
n'aperçoit que maisons craintives, palais défiants, temples anxieux,
prisons soupçonneuses ...
La ville est forte et grillagée. Ily a des barreaux aux fenêtres.
Qu'importe !. .. Qu'il y entrer Elle est sa proie. Il ne sera point
dévoré puisqu'il est né dompteur. Regardons le pénétrer dans la
cage des hommes, le fouet à la main ...
*

* *

Ce qui est chair est vendu, esprit, aliéné. Le temps est précis,
l'espace, strict. Les rues sont rigides, les maisons sévères, les
(z) .- Une flamme a11ez heureiue », « une flamme à peine heureuse»,_ un feu
doré .- tout de mime », La c couleur ie Paris • e ■t si conventionnelle, ou a111rs s1 rare.
(,) Dernier couplet.

(3) On a parlé seulement des ouvragea dont Paris eat le c propos ».

66

• Pour Ulle récitation publique.
NOTE. - Apr~ avoir écrit l'article de critique que nous lui avions demandé pour le
préMnt numéro, l'auteur a préféré au dernier moment noua em·oyer ces pagea, howmagc
d'un poote à un autre poote (J. H.).

�J. PORTAIL
ETUDE ET VARIATIONS SUR UN THÈME DE ROMAINS
hommes inexorables. Tout est pesé, compté, mesuré. Tout est
insensible et absurde, exact et insensé.
Le jour, innombrable, le fond mêm,e de la ville est un
labyrinthe de divagations, la nuit, le lit à sec d'un Méandre
d'égarements. Les prudents s'y fourvoient, les vertueux s'y
détournent, la sagesse y va cacher ses écarts et tous font le saut
périlleux ou marchent sur la tête. L'homme des foules y erre sans
trêve cherchant son amour perdu et le fol enfant prodigue
achève avec des pleurs d'y dévorer le doux patrimoine de sa
raison. De beaux déments y courent porter leur âme en gage, nos
lévriers favoris, les nobles champions décimés du cross-city,
volent à leur perte, des funambules bvagabonds oscillent, des
équilibristes aventuriers chancellent, tous les chers illusionnistes,
tous les pantins adorables dont la vie ne ti~nt que par un fil
défaillent et périclitent.
*
L'homme va et vient sur* les* pentes de la ville ; il monte,
portant sa croix et ses péchés, il descend, retenant sa colère ou ses
larmes, comme un charretier son attelage. De longs trains fauves
et gavés de foules s'étirent au soleil comme des boas; d'autres
se tordent et fouillent la profondeur comme un tombeau. Des
hommes assis, des morts vivants voyagent sous la ville et dévident son intestin. De la terre pleine de larves et de vers blancs
éclosent sans cesse les autobus blindés, hannetons vulgaires, les
torpédos limousines, scarabées sacrés. Les stations des métros
sont celles d'un calvaire.
... On suit le cours inépuisable des rues. Des bancs d'hommes
passent, défilés funèbres, régiments, processions... Çà et là, retirées du flot, des places d'indifférence, des squares staçnants en
marge de la vie, - pelouses plantées d'arbres aux futs noirs,
havres de gazon (pourquoi n'y entrons-nous jamais ? - l'Eros
populaire y appareille ses pauvres idylles, des enfants s'y ébattent, des couples y relâchent, des barbons s'y échouent...
Le jour naissant se traîne comme une limace. L'aurore mal
cueillie est un coquelicot fané. On vend les cheveux coupés de la
terre. Des femmes charrient la dépouille mortelle de l'été ... Etal
des saisons, les marchés sont des morgues de fleurs, de fruits, de
chairs roses et de poissons. Les halles brillent, se fendent, éclatent.
Du ventre ouvert de la ville s'échappent ses entrailles. ..
Des maisons qui nous font signe les plus jeunes sont hâves
et ne peuvent nous retenir, d 'autres ont les joues fardées, la peau
recrépite, de plus vieilles, d'immémoriales, un sourire en ruine,
des yeux déjà brumeux ... Il y l:l des écoles, des usines, des casernes,
des hôpitaux, des cimetières, de profonds et solides entrepôts de

'

c_onserv~ humaine. Il y a des bâtiments anguleux, des constructions en eAquerre, des hangars à perte de vue ... 0 docks infinis, murs
s:1ns fenetres,. profils sans regard, passants sans espoir 1. .. Tout
1 esp~ce, au !oin est coule~r de pain bis. Frontière sévère, ride du
s~uci, 1 horizon renfrogne nous garde à distance, sentinelle. Les
biplans sont les seuls oiseaux de l'air ... Défense aux aviateurs
d'emporter la carte du ciel.
Des viaducs poussent leurs verrous sur la ville ; des ponts de
!er la cadenasse_nt à triple tour. :rrisonnier de ses quais, de temps
a autre aux arrets dans des bassins aux cadres de ciment le fleuve
fortifié roule entre deux remparts sa masse verte et c~uleur de
forêts. L'e.au déplissé;, tirée par les herses d'un puissant barrage,
es! contrainte de refleter la face camuse des maisons ... La ville se
mire dans le fleuve ...
... Et toujours elle naît, s'enfle, s'accroît s'élargit plus durement. Les places se dilatent, les carrefours se'gonflent, les rues se
changent en avenues, les avenues en boulevards ... La coupe aux
bords mouvants, amers, s'évase avec violence. Toutes les venelles
sont,rompu_es, tous les passages forcés, toutes les impasses fouï~s ;
l~s levres distendues ne peuvent plus se donner de baisers... La
':i!le aux.flancs stériles, ~u cœur désert, aux seins gonflés de vent,
s epanouxt sans amour ...
*
* *
Des querelle\s la déchirent. Le peloton téléphonique s'use à
les ~accommoder. . L'ab~me de froideur qui s ouvre entre ses
hab~tants est sa plaie tQUJours b~ante_. Les cordes des trolley, les
grelins des p~sserelle~ e~ ces vieux Jou~urs attentifs qui posent
feurs arches 1, une apres 1 a_utre y font ça et là de gros points de
suture ... Mais quelle angoisse cruelle traverse en cet instant mon
cœur, q~~l re_gret aigu? ... Ah! Vains g~iefs, chimériques reproches,
alarme tnJustifiable 1 De quoi ~e plaind~e? ~our quoi protester?
Les ra~ports du monde n~ sont-ils pas tres sains !... Ni contact, ni
contagion. I;es hoIJ?-mes s appr_ochent, mais ne se touchent point.
Fortement immunisés, parfaitement réfractaires inaltérables
impénétrables l'un à l'autre, ils se hantent se 'cherchent s;
~~urt;nt, se croisent, se liguent, mai~ san; jamais se no~er,
s etr~u:~.dre, sé &lt;:onfondre. If y a des ~iaisons sans alliage, des
affi.mtes sans fusion, des accords sans union. Il y a des aimantations
~ans l;lm?!lr, des abouchements sans baisers, des ententes sans
Ja~ais s eco!1ter... 0 le bel entassement des hommes! Ils ne font
guere que s étayer entre eux, chacun prenant l'autre pour ados
ou support. .. Faux géants L~ur ~r~ndeur ~e se soutient que par
la courte échelle et tout 1 altier edifice qu ils construisent n'est

!

68

6g

�J_-PORTAIL

ETUDE ET VARIATIONS SUR UN THEME DE ROMAINS

qu'une pyramide d'acrobates, incessamment défaite et refaite, où
les plus lourds, les moins agiles sont en bas, les plus les~e~ en haut ceux-mêmes que Pascal nomme les habiles-. 0 cite, monceau
d'hommes! ...

des esprits, et certains jours, il croit presque y parvenir, il s'en
approche, il l'appelle, il l'atteint, et déjà les corps se sont trouvés,
les lèvres se sont bues, - ô ces mains qui s'étreignent, ces seins qui
s'écrasent, ces reins qui s'épousent. .. -quand les âmes se cherchent
encore ...
...Adieu, beau courte amoureux de toi-même... Sache
désormais rester pur. N ajoute point à ta division ... Et surtout
défie-toi moins des baisers du serpent que de sa bave ...

*

* * bien profondément au cœur
Nul vivant en effet ne s'implante
d'un autre. Distincte, close, inaccessible, l'âme humaine est
pareille à ces fruits rebelles qu'on ne peut ouvrir qu'en les brisant. N'est-elle pas en effet, petite ou grande, amère ou douce,
vivace ou .racornie, l'amande d'os ou d'ivoire, le grain de nielle
ou de blé, ou plutôt en notre tourbillon plein de dangers, ~a ~pore
inconnue et charmante qui se referme et fait la morte, dirait-on,
pour échapper à la mort? Ah! subtile, t'éveilleras-tu un jour en
d'autres mondes naissant à d'autres vies ou bien te faudra-t-il
toujours attendr~ en ton sommeil, dormeuse, que les démons
t'emportent ou que les anges te recueillent ? ...
*
* possible,
*
La transfusion du sang est
non celle de la pensée.
La communion charnelle est moins impraticable que celle des
esprits. Epanchements d'un côté, étanchéités de l'autre. Elle _est
aussi la seule qui soit permise aux vivants. (Il n'! a de comm~nton
spirituelle qu'avec Dieu. Iln'y a de greffe humatne que physique.)
Et la première est née, depuis qu'aux Jardins harmonieuxd'Eden
y préluda notre Adam, d'un baiser modèle à l'aurore du monde
et ne s'achèvera qu'avec eux, la seconde n'a point encore
commencé...
Immédiate attirance I Foudroyante attraction ! Vous aspirez
l'homme comme un fétu, vous buvez en un éclair toute sa
substance, mais vous n'absorbez qu'elle!. .. Au pied de l'arbre du
péché les tronçons du se~pent! disjoit~.ts par .l'a~change,. -youdraient se rassembler. A 1ama1s banm de lui-meme, exile de
son unité première, indéfinime_nt divi~ible, l'être h~maindédou?lé
cherche à se reformer ... En vam !... Lange au glaive de feu qui le
déporte l'a marqué du signe multiplicateur, la croix ixée et p~ur
toujours l'a flétri du fatal matricule pair, le chiffre deux, racme
du nombre des vivants. La progression invincible commence.
Le désir est né. La multiplication continue engendre la division
perpétuelle, serpent qui se mord la queue ... Le couple, tordu de
spasmes, renversé de fureur ou d'amour, ~'épuise en efforts
effrénés en fébriles réflexes... Folles prétentions ! Monstrueuse
exigenc~ ! Cupidité sans bornes! Dans son farouche désir d'union,
il voudrait tout, l'hymen complet, absolu, l'entente des pensées
et la fusion des sens, l'embrassement des chairs et l'intelligence

* **
Cloisonnement général. Des enfants d'Adam nul ne trouble
l'autre. Tout un monde nous sépare de notre prochain et nous
rions et pleurons sans cesse à l'écart de nos frères. L'antique
alter eg~double comme une monnaie n'est qu'une contradiction,
un être fabuleux, un hermaphrodite. L'Amour lui-même, fils de
la Nuit (x), est aveugle. Les couples sont des parallèles qui ne
se rencontrent jamais ...
L'homme, né rebelle et singulier, a dans le cœur, pareil au
désert, d'inatteignables réserves d'isolement, des espaces sauvages
d'indépendance, et comme qui dirait des steppes de libre oubli,
des infinis d'éloignement. Il pénètre chaque soir en son Sahara ...
Il s'enfonce à travers cette terre sans routes, ni pistes, semblable
à l'air qui tremble et se consume, à l'océan ... Il s'avance amoureusement parmi ces collines qui ondulent à leurs cimes et dansent, foulant leur herbe sèche et brune, pareille à du poil de
chameau ... La trace de ses pas s'efface peu à peu à l'horizon ...
Il marche ... La \'laine frémissante qu'aucune ombre ne souille,
qu'aucune frontiere n'offense et comme agrandie encore par le
vent qui la presse, lui cède toujours ... La solitude brûlante ne
se refuse point à lui... Il marche ... Il n'y a rien à voir, ni
entendre ... Et cependant, tandis qu'il s'écarte ainsi, il ne s'égare
point et tout au bout de sa longue et muette traversée, l'enfant
prodigue, l'errant, le fugitif que tous croyaient perdu se retrouve
enfin en lui-même comme en la plus sûre et la plus suave des
oasis ... U s'y couche avec joie, s'y déplie ardemment et le beau
ciel sablé d'étoiles l'écoute chanter pour lui seul sa fervente
monodie ...
Si, plus haut que les autres, artiste, il se dresse, il n'édifie
encore et toujours que lui-même, obélisque intact, unique, d'originalité r De l'égoïsme sauvage, âcre, épineux, le génie est la
fleur cultivée, le fruit plein de douceur...
(1) Hésiode. Théogonie.

71

�J. PORTAIL

ETUDE ET VARIATIONS SUR UN THÈME DE ROMAINS

Nos grands élans nous mettent en nage. L'indifférence est
une boi~son fraîche, l'ingratitude, un délicieux sorbet. Nous ne
pouvons rien les uns pour les autres. 0 mon semblable, mon frère,
mon profond désintéressement de tes joies n'a d'égal que ta
parfaite e.ndurance à mes maux! Je suis rétif à tes transforts, tu
es invulnérable à mes blessures. Pure et naïve réciprocité., .. Seuls
sentiments dont il nous soit permis de faire l'échange!. .. Que
tardons-nous? ... A ton tour sois aveugle à mon extase, je suis
sourd à tes plaintes ... Ah! Que du moins notre honte mutuelle
achève tristement de nous unir, - frère, soyons muets tous deux,
toi devant mon bonheur, moi devant ta peine, - et qu'à défaut
d'amour ou de pitié, nous confonde enfin l'un l'autre, - gardons
notre secret, point de chants pour mon ravissement, point de
mots pour ta douleur l - un égal et cher silence, notre seule
sincénté ...

reposait notre âme est enfin tout à coup trouée à ses deux bouts,
et dans sa trompe subitement sonore, dans soit vide soudain
retentissant, là même où s'entendait jadis le doux battement d'un
cœur, le monde tonne à présent...

** *

· Grande ville diligente et affairée ! Métropole salubre et
laborieuse ! Le mouvement et le bruit qui ventilent tes artères
purifient aussi notre sang. Dans ton tourbillon souffleur qui remue
les eaux dormantes et retourne les nuées, la médisance en~ourdie
est battue, la calomnie inerte fouettée, la diffamation torpide cinglée. Partout ailleurs, dans les cités chétives, l'air est moins pur,
moins vif, moins renouvelé. Les pans de rues s'observent comme
des couples sournois: percevez ces échanges inquiets, ces coups
d'œils obliques, écoutez ces confidences malignes ... La cité géante
est plus saine que l'autre et pourtant en celle-ci la grand-place
provinciale qui tient en respect ses maisons respire déjà mieux
qu~ le cours, la route plantée d'arbres qui la traverse que les rue.-5.
Il y a presque une haleine de brise à ses deux bords sans vis à vis,
au versant solitaire des remparts, sur le quai frêle et dépareillé du
canal, un souffle à ses deux ailes, le port et la gare ... Qu'importe!
Leur solitude incomplète et stagnante est plus irrespirable que
la pleine et houleuse multitude et l'immobile et sourde mélopée
des cités t:ndormies, leur chuchotement étouffé, plus suffocants,
plus mortels que l'emphase agitée et gonflée de vent des villes
. capitales ...
L'action, sitôt qu'elle ~ntre dans la maison de n~tre corps,
en déloge, bonne ou mauvaise, notre âme. La vaine poussière
des miasmes ou des esprits est projetée au loin ... Trépidant tarare l ..
Voici désormais la maison propre, nette, hygiéniquement purifiée
de celle qui l'habitait, sans émanations ni touffeurs, lisse et
stérilisée... L'air et la lumière y entrent à flots comme en un
coquillage p~rcé ... La conque silencieuse au fond de laquelle se

... Ah! Que vienne le soir! Dors à ton tour, Tumultueux! Et
tais-nous ta rumeur ...

* **
... La ville est la nuit un fond d'océan. Les étoiles qui
naviguent, la lune qui se lève et prend son quart y découvrent
des déserts madréporiques, des solitudes pétrifiées, des monuments récifs, des habitations carapaces... Ce mont noir aux
étailles d 'ardoise est un rocher de moules endormies, cette colline
incrustée de toits pâles élève ses bras comme un arbre de corail,
cette place au centre allonge ses rues comme une pieuvre, ces
ronds-points sont des astéries, ces carrefours, des oursins, ces
coupoles vitreuses, des méduses, ces gares enfin toutes rayonnantes
de rails et qui vivent, des coquilles entr'ouvertes, et dans la nuit
de nacre, de paisibles plages, ces terrasses couchées que l'ombre
ronge, ces grands halls moirés, ces champs perdus de course et
d'aviation ...
Et l'homme ? ... L'homme !. .. Humilié par le sommeil,
plancton invisible à l'œil nu, il dort, les genoux soudés, sur son
dur lit de pierre. L'eau de mort qui suinte de ses murs et dans
laquelle il baigne dévie-t-elle la lumière céleste ou, fanaux oscillants, convulsives vrilles, les feux ~ivins s'y peignant tout en
pleurs la pressent-ils comme autant de ressorts ? ... Je ne sais .. .
Mais voici que soudain tout est abaissé, diminué, dissipé .. .
Tout glisse et choit sans nul bruit. De grands pans de silence
tombent doucement ... Tout vacille ou s'immerge ... Tout vogue et
va~e bientôt dans l'immense et profond courant universel et
déjà je ne vous vois plus, fiers édifices qui m'entouriez, colonnes
majestueuses et redressées, statues imposantes et renversées ...
Qu'êtes-vous donc d~venues, dites! dans cette onde étrange qui
monte et recouvre la ville, sinon maintenant d'humbles actinies,
de timides rotifères? ... Portiques, pylônes, beffrois, palais, l'ombre
qui sourd de toutes parts vous a, déracinés ... La nuit déferle
toute ! Quel puissant château de pierre et d'eaux s'écroule !. ..
L'eau même passe à son tour sur les ponts que le courant
entraîne. Le fleuve chevauche les arches. Les passerelles retombent et fuient comme des lianes ...
Ah I Dénouez-vous enfin, fils, nœuds télégraphiques qui
m'enchaîniez, cablessous-marins, flèc~es, clochers, paratonnerres,

�ETUDE ET VARIATIONS SUR UN THEME DE ROMAINS

PAUL FIERENS

désormais écheveau fragile et délicat de vérétilles et d'encrines ...
Houleuse ténèbre !. .. Tout chancelle et s'effondre sur des marches
invisibles ... Tout s'abandonne ou s'abat! ...

Jules Romains et la Belgique

Allez et dérivez, sombres rameaux de serpules que je n'ai
pas cueillis, fuyez, chavirez, tournoyants et noyés, hautes tours
métalliques que je n'ai point servies, grands arlequins treillissés,
fausses échelles de Jacob que Dieu repousse du pied !...
*

* *

Mais déjà les constellations se fanent et l'aube au loin
commence goutte à goutte de teinter l'énorme flot ténébreux ...
Le matin affleure ...

J. PORTAIL

(A suivre)

Jules Romains a beaucoup d'amis belges, ceux qu'il .connait,
ceux qu'il ignore. Il fait à Bruxelles, à Liège, à Anvers, des tournées
de prédication. Or, flamande ou wallonne, notre hospitalité se concevrait mal sans agapes plus ou moins jordanesques. Le rire des copains
secoue un instant la bedaine des taciturnes, l'enthousiasme a raison
des plus naturelles timidités. Naît-il un dieu ? Toujours est-il que
l'on peut voir, devant un Jules Romains surpris, souriant, ému,
cordial, un poète émêché boire à l'unanimisme!
C'est en de telles circonstances, parmi la fameuse &lt;.l chaleur
communicative», que j'approchai pour la première fois l'envoyé de
Cromedeyre. Il y avait de vieux poètes : des femmes récitaient leurs
vers sur un ton de mélopée tragique. Il y avait des jeunes gens qui ne
disaient rien. Mais sellicité lui-même de lire un fragment d'Europe,
Jules Romains ne consentit à s'exécuter qu'après un hommage à
Verhàeren. Retenons surtout ceci.
Si l'auteur des Odes et Prières - et ce n'est point au hasard que je
cite le recueil, aucun autre n'ayant plus complétement mis en lumière
les intentions et les procédés du maître - exerce à l'heure actuelle sur
les écrivains du nord une fascination dont je puis bien parler, la subissant, s'il enrichit notre conscience et nous aide à fixer le rythme d'une
démarche plus sftre, d'une progression continue, n'y a-t-il point, dans
le don qu'il nous fait, quelque restitution par équivalence ?
Entre Jules Romains et la Belgique un certain commerce d'échanges
s'établit. La Vie Unanime procède de la Multiple Splendeur, des Villes
Tentaculaires, des R7thmes Souverains, comme la peinture française du
diic-huitième sièole - et l'on peut dire alors: la peinture européenne procéda de Rubens en élargissant l'horizon de conceptions universelles,
en héritant de moyens techniques qu'il suffisait de porter à leur perfection.
Nul ae conteste à l'art français d'aujourd'hui, dans le domaine
plastique, sa s~prématie, son empire. ~t si la I_&gt;oésie. d_u nord ne sul,it
point la seule influence de Jules Romams, mats conJomtement celles
de Paul Valéry, de Blaise Cendrars, de Jean Cocteau, il faut reconnaître
que ceux-ci, s'imposant à nous, dérangent quelques habitudes de pensée,
tandis que que celui-là, bien au contraire, n?,us trouve disposés _à
l'accueil, préparés, favorables et comprenant déJa confusément ce qu'il
signifie sans détours. Par un phénomène analogue, un peintre comme

74

�PH. KOURTH
JULES ROMAINS ET LA BELGIQUE

.

Le Fauconnier, très aimé de Romains, impressionna vivement no,
meilleurs «constructeurs», leur suggérant un idéal qui, par tradition,
devait leur être na\urellement accessible.
Poètes belges de la dernière génération, nous avions pour Verhaeren
un culte assez platonique. Ce n'était pas ingratitude et, bien entendu,
nous protestions de toute notre ferveur contre la manœuvre des académiques escamotant la gloire d'un très grand p'oète pour faire le jeu de
sonnettistes proTinciaux. Mais Verhaeren nous était gâté par ses
tiisciples, imitateurs de ses tics de langage, impuissants, malgré tant
de souffle en vain dépensé, à rallumer les brasiers éteints.
Jules Romains nous rend Verhaeren, épuré, peut-être grandi. Dans
les strophes du méridional, nous percevons l'écho de la vibration
flamande. Cependant le tumulte s'organise, le chant de la vie intérieure
s'accorde aux harmonies de l'océan, de la campagne et de la ville, du
labeur moderne, d'une âpre joie révélés.
Et voici que d'anciens «intimistes» sortent de chez eux, regardent
le jour, clignent un peu des paupières, mais bientôt font sonner sur la
route leurs talons, leurs bâtons de voyage . Dans leur troupe, saluons
Franz Hellens, notre aîné, toujours prêt au nouveau départ et ne
s'arrêtant guère aux auberges, Robert Goffin qui approche d'un tournant,
Augustin Habaru, Lucia et J.-J. Van Dooren, René Purnal, quelques
autres.

Jules Romains nous passe en revue . Jean Hytier et ses compagnons
nous font signe. Sans oublier d'où nous venons, nous aimons nous
fondre dans le« groupe», y jouir de la meilleure sécurité, noul' plier à
quelque sérieuse discipline.
L'individualisme du nord est-il capable d'un tel renonceme nt ?
Ou l'exemple de Jules Romains serait-il plus fort que son enseignement ?
Je crois, pour ne rien céler, que nous n'accepterons pas en bloc ce que
le maître nl'us apporte ou nous restitue. L'œ uvre de Romains est de vant
nous qui proclame: occupez-vous moins de faire comme li dit, que de
faire, selon votre loi, comme il fit. Voyez comme il se cherche et se
trouve, comme il triomphe seul de lui-même, comme il monte en se
libérànt des attaches primitives, comme il réalise enfin son ordre.
Allez, et si quelque jour il semble que vous soyez loin de lui, sur
une autre pente, il saura bien que vous ne l'admirez pas moins, que
vous le respectez peut-être mieux et davantage. Le bon maître qu' il est
vous apprit l'audace; il doit tenir une certaine obédience pour le
contraire de la vénération, pour la parodie de l'amour.
PAUL FIERENS

Témoignage de Suisse
Cet article n'a pas la prétention d'apporter l'opinion de teut un
pays étranger sur Romains, mais simplement Je té~oign~ge. ~'un
groupe de jeunes qui, avant d'embrasser une carn,ère defi!11t1ve,
passent une partie de leur tem~s ~ mus~r, et une ~uJr~ a s_e pass1on1:1er
pour quelques uns de vos écnvams. C est donc 1c1 1~fi01ment _mo_ms
que le jugement d'une autorité et un peu plus qu une aàm1ratlon
individuelle.
Avant la guerre, :1-ous a_vions déjà 1~ Romains, mais part_ielle~en!,
certains d·es nôtres 1'1gnora1ent presque, bref notre commumou n avait
pas encore pleinement conscience d'elle-même. « La Vie Unanime »
circulait parmi nous, éveillant notre curiosité, notre intérêt, mais pas
encore notre enthousiasme.
Puis nos aîné11 glissèrent entre nos mains un exemplaire des
Copains n alors épuisés. Un frisson nous ttarcourut. C'était là temporaire mais d'autant plus intense, notre idéal de vie. C'était là une
forme littéraire qui convenait merveilleusement à notre mentalité.
Enfia quelques exemplaires, trouvés par hasard chez un libraire qui
n'avâit pas manqué d'intuition, produisirent l'effet d'une balle explosive:
de son centre le plus intime à ses plus lointaines extrémités, notre
organisme frémit.
&lt;1

Chaque œuv:e ~ouvelle ~ut_ comme le geste _qui cc_&gt;nfirme un_e
admiration. Adm1ratton, à vrai dire, dont le héros 1gn&lt;!lra1t tout, maIS
ne sont ce pas les plus ferventes et les plus durables ?
En automne 1919, il vint à Lausanne - précédé de Duhamel parler de la poésie moderne: nous bénîmes cette p're.nièae occasion de
posséder son visage. Le lendemain (ou le surlendemain) il consentit à
passer un après-midi parmi nous. Que nous étions fiers de le tenir enfin,
Que nous étions fiers de le tenir enfin. Nous étions émus du privilègeau lieu d'adorer des idoles de notre dieu, portraits médiocres, images
fantaisistes - de partager avec lui la « fondue », de suspendre nos
manteaux le long de la même paroi, de boire le vin tiré au même
tonneau.
La pr.emière partie seule de Donogoo-Tonka avait paru à la N .R.F..
Il lut le conte entier, forgeant à chaque phrase notre jouissance,
comblant notre avidité. Un sens que nous ne connaissions qu'à demi
s'épanouissait en nous, comme une fleur qui s'étale ...

77

�PH. KOURTH

TÉMOIGNAGE DE SUISSE

** *

ramassée. Il tempère ce besoin de communion avec l'uaiversel ou
l'absolu, au fond mystique et maladif, avec tout ce que l'existence
actuelle a mis en nous d'esprit critique et de méfiance, qui sous
empêchent d'être dupes de nos attendrissements. Ainsi ce lyrisme
premier et essentiel (et nécessaire), qui contient des chimères, de
l'idéalisme, de la souffrance, est contenu par une ironie, un «concrétisme»,
une joie de vivre. Maître de son bouillonnement intérieur, le dominant
(condition indispensable), Romains ray onne de joie, d'optimisme, de
tendresse discrète et généreuse. Balayant le médiocre, l'artificiel,
l'inanimé, il crée la vie et l'action. Ayant retrouvé une sorte de naïveté
et de simplicité subtiles, il se découvre un monde neuf, immense.

Pourquoi Romains sous une telle auréole ? L'âme contemporaine,
une nouvelle façon de sentir et de comprendre la vie nous passionne :
les personnages de Romains et lui-même nous éclairent, en qui vibre
une âme tissée de fibres si caractéristiqües du XXm• siècle.
Au milieu du confus chassé-croisé des idées, des théories, des
divergences, nous cherchons le courant qui semblelemieuxsymDoliser
notre époque : l'œuvre de Romains forte et claire nous sollicite encore
à cet égard. Elle nous émeut comme la vue d'un édifice ju,qu'alors
inconnu, conçu selon nos nouveaux gotlts et satisfaisant nos nouveaux
besoins. En deux mots nous y avons puisé l'approbation que peut
donner un moraliste et les jouissances que procure un artiste.
*

* *

On parle beaucoup d'une renaissance classique au milieu de la
confusion actuelle. On la dé5ire, on la pressellt, mais l'on n'y voit pas
toujours clair. En effet, les efforts semblent épars a s'approcher du but.
Celui-ci apparaît d'ailleurs brouillé, dans le lointain, le t errain est semé
d'obstacles déconcertants. Aussi ceux qui y tendent s'écartent souvent
les uns des autres selon leurs audaces ou leurs ressources particulières.
Quand à force d'attention l'esprit saisit enfin le sens et la portée d'une
direction, il se fixe et se repaît de la solution découverte. Ainsi Romains
nous retient, affirmatif et obstiné.
Le problème qui se pose est touffus : pour atteindre cette forme
littéraire ( qu'il est convenu d'appeler un nouveau classicisme) où
l'Europe d'aujourd'hui enfin dépouillée de son inCJuiétude se complaira
comme en son symbole, il ne suffit pas de pasticher un vieux siècle
classique. Non, ce qu'il faut, c'est posséder la richesse et la complexité
d'une âme moderne, prendre conscience en une seule vision de cette
richesse et de cette complexité, et les ayant ordonnées, en imprégner
la matière littéraire: alors l'œuvre sortira telle que nous la souhaitons.
Il nous semble que Romains possède cette richesse, qu'il a eu la force
d'imposer l'harmonie aux passions, aux élans qui se disputent nos cœura
modernes.

Un thème unanimiste est au centre de tous ses développements
littéraires, parce que mieux qu'individuellement, par le groupe on
pénètre la joie, la vie, on les perpétùe, on fait« cette expérience de
l'éternité » dont Romains est si avide. En appelant à la conscience les
groupes vrais et profonds, l'unanimisme est créateur d'action et d'ordre.
Sur les qualités de l'âme se moulent les qualités du style. A l'amout
du concret correspond ce qu'on pourrait appeler· le concrétisme dea
images. Images oh-tenues uniquemeRt par l'assemblage de mots concrets
et de verbes exprimant une action, qui suggèrent plus directement la
vie réelle.
A l'homme vibrant qui se domine correspond une langue nerveuse
~ui .s e dompte ; elle jette aux yeux la vision lumineuse ou au cœur
l émotion neuve.
Nous nous penchons pleins de ferveur sur l'œuvre de Romains,
parce qu'à son contact notre âme moderne vibre, notré esprit moderne
jouit, nos yeux modernes sont rassasiés.
Lausanne, février 1923.

PH. KOURTH

Comme un grand nombre d'écrivains actuels - Duhamel, Girau
doux, Salmon entre autres, poètes ou prosateurs, Romains est
essentiellement un lyrique. Lyrique qui veut exalter non le moi des
romantiques, mais la vie universelle, concrète et -terrestre, la vie
complexe, immédiate, et l'Htion qui en est la manifestation la plua
brute. Si ce lyrisme qui pousse à un besoin d'embrasser tout l'univers
n'est pas enrayé par un contre-poids nécessaire (ironie, certain
scepticisme, cynisme, esprit d'aventure, préoccupations esthétiques),
il provoque un déséquilibre, une mélancolie, si éloignés de cette
plénitude qui ne se trouve que dans l'ordre et la mesure.
Romains a su éviter l'écueil, il a eu la puissance de réaliser cet
équilibre qui le fait apparaître éclatant de santé, de force, de sympathie

79

�WALDO FRANK

La vie américaine de Jules Romains
He is herc in two ways which together make the One that will always
be associated with his name. The one
way is the litera!, the literary : and
here the limitations of American readers impose strict limits. America is
not qui te yet a people of 110,000,000 :
someone has called us a « state of
mind » : I once said that we were a
«promise». Howsoever, among these
myriad brains there are pathetically
few with a genuine sense of literary
values. And even of this small number (the brain cells of our colossal
body), there is the mere fragment that
reads French. But this small group,
alone not barred from reading JuJes
Romains, knows him unanimously
and has a sense of liis riçhtful place
among French writers w1ch yerhaps
is clearer than bis recognition m
France. It is a small group - but it
has good eyes.
This is the « nô~inalistic » place
among us oî Romains and of his associates - to borrow the good old terms
of Anselm and of Abelard. Realistically, his place in our spiritual and
literary life is vastly greater and far
exceeds the limits where his name is
known. W e are fond of saying hete,
that the true father of•Unanimisme is
W alt Whitman. Whitman is the lyric
prophct of Unanimisme. We «Ise
sang as he did the divinity of crowds,
the reality and inherency of groups ?
And his vaticination was not figurative, not ethical, not economic. Whitman undoubtedly was moved by the
organic vibrance of ferry-boat and
stage-coach, of hospital-ward and cavalry-brigade and funeral and church.
If you analyse his great poem, you
will find that in large measure the
density of his forms is due to his evocation of these neo-archaic bodies :
in large measure his resthetic relies

80

Romains se présente à nous par
~eWI: voies qui n'en font qu'une,
1 Unique, laquelle portera toujours
son nom. D'abord il se présente à nous
littéralement, littérairement : et ici
l'esprit restreint des lecteurs américains impose de sévères restrictions.
L'Amérique n'est pas encore, comme
on pourrait le croire, un peuple de
110.000.000
d'habitants : quelqu'un
nous a appelés un « état d'esprit».
J'ai dit un jour que nous étions une
« promesse ». Cependant, parmi ces
myriades de cerveaux, il est émouvant
de voir comme il y en a peu qui aient
un J;&gt;ur sens des valeurs littéraires.
Et c est même un simple fragment de
ce petit nombre (les cellules cérébrales de nol!·e corps colossal) qui lit le
français. Mais ce petit groupe, le seul
qui puisse lfre Jules Romains, est unanime à le connaître et a le sens, peutêtre plus clair qu'en France, de la
place qui lui est dûe parmi les écrivai~s _français. C'est un petit groupe,
mais 11 a de bons yeux.
Telle est parmi nous la place « nominaliste» de Romains et de ses compagnons, pour emprunter les bons
vieux termes d'Anselme et d'Abélard,
D'une ma1iière réaliste, sa place dans
notre vie spirituelle et littéraire est
bien plus vaste et dé~asse de beaucoup les limites jusqu où son nom est
connu. On aime bien dire ici que le
vrai père de !'Unanimisme est Walt
Whitman. Whitman est le pro~hète
lyrique de !'Unanimisme. Qui d autre
chanta comme il le fit la divinité des
foules, la réalité et l'existence en soi
des groupes ? Et sa prophétie n'était
ni symbolique, ni morale, ni économi&lt;JUe. Whitman, sans aucun doute,
etait remué par le frémissement organique du bac et de la diligence, de la
salle d'hôpital, de la brigade de cavalerie, de l'enterrement et de l'église.

LA VIE AMÉRICAINE DE JULES ROMAINS

upon the dimensionality of groups :
in large measure the lyric mass of bis
voice is volumed and sustained by
this same intuition, of the voluminous
lives about him. But of course, it was
never more than an intuition, unconscious, evanescent. Yet, if this be so,
you will understand why Jules Romains and his friends, realistically,
are a great part of ourselves. America
has been unable to continue the heritage of Whitman. Our group life is
still almost as inchoate as in 186o :
our activity of individual life is still
almost as anarchie. W e have not
groups, but herds. It was but natural
that France, the land of groups, the
land where almost alone in Europe
the individual atoms have combined
into complex, higher organisms,
should realise the superb prophecy of
our poet: should give it that actual
being in experience which is resthetic
form.
But I am convïnèed that American
writers await merely an adequate
translation and presentment of Jules
Romains - a Bazalgette - to recognize in him one of their dominant
unconscious masters. Much in France
that we love is outside ourexperience:
Gide, for instance, or Valéry or
Proust. Romains is so dee:ply an expression of our potentiel life - of the
inevitable direction of our cultural
growth - that even such American
writers as have never read im are
unconsciously his debtors. I might
cite such significant recent works as
the Spoon River Anthology of E. L.
Masters - the erection into extended
form of a town graveyard : or the
Winesburg, Ohio - Sherwood Anderson's most significant work - in
which the writers are foreever straining beyond the individual voices
whi,ch they alone know how to use,
to give articulation to the inchoate
group-soulofthe town. To such works
as these, the knowledge of Romains
would have been a godsend. For
what they lack precisely is that ratio, na! leverage of the cônscious mind
whereby the intuitions and~ecstacies

81

Si vous analysez son grand poème,
vous trouverez que la densité de ses
formules est due, en grande partie, à
son évocation de ces êtres néo-archaïques ; en grande partie son esthétique
repose sur la spatialité des groupes ;
en grande partie la masse lyrique de
sa voix doit son volume et son soutien
à cette même intuition des volumes
vivants qui l'entourent. Mais, naturellement, ce n'était jamais plus qu'une
intuition, inconsciente, évanescente.
Si l'on admet qu'il en soit ainsi, on
comprendra pour9,uoi Jules Romains
et ses amis sont, dune manière réaliste, une grande partie de nous-mêmes. L'Amérique a été incapable de
prolonger l'héritiige de Whitman.
Notre vie de groupes est presque encore aussi embryonnaire qu'en 186o ;
notre activité dans la vie individuelle
est presque anarchique. Nous n'avons
pas de groupes, mais des troupeaux.
Il n'était que naturel que la France,
le pays des groupes, le pays presque
le seul en Europe où les atomes individuels se sont combinés en de complexes et supérieurs organismes, réalisât la superbe prophétie de notre
poète et lui donnât cette existence
réelle qui est la forme esthétique.

Et je suis convaincu que les écrivains américains attendent simplement
une traduction et une présentation
adéquates de Jules Romains (un Bazalgette) pour reconnaître en lui un
de leurs maîtres par lequel ils sont
inconsciemment dominés. Bien des
ouvrages que nous aimons en France
sont hors de notre expérience : Gide,
par exemple, ou Valéry ou Proust.
Romains est si profondément une expression de notre vie potentielle, de
l'inévitable direction de notre développement intellectuel, que même tels
écrivains américains qui ne l'ont jamais lu sont inconsciemment ses débiteurs. Je pourrais citer tels récents
ouvrages significatifs comme : the
Spoon River Antholog_y de E. L.
Masters (l'extension d un cimetière
citadin), ou the Wtnesburg Ohio
l'ouvrage le plus signific:itif; de: Sherwood Andersont~dans~ tlesquels_! les

�WALDO FRANK

of the soul are formed into enduring
literary art.
And here, though I do not mean to
brillg my own wor~ even remotely
into a discussion of hterature, I must
testify to the great heartening and
strength which my knowled_ge of Romains has brought me. I d1scovered
him in 1916. And since those days,
when with a passionate sense of revelation I scoured the New-York bookshops for every word of his that I
could find he bas been to me ,nourishment ~nd a guide. For in him, I
discovered that alchemy of primitive
elemental uncreated stuffs into bard
pure forms, which is- the gold of art.
Y es : Jules Romains and Vildrac
are in our air. It would re9.uire the
technique of Mort de Quelqu'un. to
trace how this creating and expandmg
life works among our spiritual forces.
WALDO FRANK
Darien, Conn. December

1922.

HERBERT READ

écrivains ont sans cesse fait effort
pour dépasser les voix individuelles
qu'ils savaient seulement employer,
afin de donner son articulation à la
naissante âme collective de la ville.
La connaissance de Romains eut été
providentielle à de telf ouvr~~es. Car
ce qui leur manque, c es~ prec1sfme~t
ce rationnel coup de levier del ~spr~t
conscient au moyen duquel les intuitions et l~s transports de l'âme sont
fondus en un art littéraire durable.
Et maintenant, bien que je n'aie
pas l'intention d'introduire, si peu
que ce soit mon œuvre personnelle
dans une discussion littéraire, J"e dois
attester ~ue la connaissance e Romains m apporta un grand courage
et de la force. Je le découvris en 1916
et, depuis ce temp!, !J.Uand, ayec_ le
sentiment passionne d une revelahon
j'écumais les librairies de New-York
r.our y trouver le moindre mot de lui,
il a été pour moi une nourriture et un
guide Car en lui j'ai découvert dans
de rudes et pures formes, c~tt~ ~lchimie de materiaux bruts, ,1&gt;rtm1hfs et
élémentaires qui est le tresor de l'art.
Oui Jules Romains et Vildrac sont
dans ~otre air. Il faudrait la technique de Mort de Quelqu'un pour montrer comment cette vie créatrice et
dynamique travaille dans nos forces
spirituelles.
·
Trad. par Andrée JJ11tier.

82

Jules Romaîns et l'Angleterre
Any account of the influence of
Jules Romains in England must be in
the nature of an estimate rather than
a record. I think the first general notice of any of his writings in an English rev1ew was given by Mr F. S.
Flint in 1912 (Tlu Poetry Review, vol. 1
n° VIII). Mr Ezra Pound wrote about
him some months later in The New
Ag-e, and I myself published an essay
in Art and Let/ers in 1918 (vol. II,
n° 1). Ail thest! introductory articles
appeared, as one would expect, in
periodicals almost eii;clusivefy devoted to the interests of « les jeunes i..
Recently, however, the Times Literary
Supplement, representing our more
dignified literary interests, has devoted some attention to M. Romains'
work, and appreciative reviews of his
later books have appeared as a matter
of course. The recent critic of Lucienne, however, seemed rather wilfully to ignore the wonderful delicacy
of that psychological romance.
A translation of Mort de Quelqu'un,
by Desmond Mac Carthy and Sidney
Waterlow, appeared in 1914 under
the title of The Death of a Nohod'}I. It
met with a good deal of appreciation,
but it did not run into more than one
edition - perhaps it was overwhelmed by the distraction of the war.
I have not met with any other renderings of M. Romains'work, except the
translation by Miss Helen Rootham
of a few of h1s poems which appeared
in Art and L,tters in 1919 (vol. 1I n• 2).
But if the record of Jules Romains
in England is up to the present so
bare, r think that in the future it will
be different. In England the work of
a foreigner has to contend with
strong prejudices. In the first place,
the Eng1ish publishers are tàe most
craven set of commercial bagmen

83

Tout compte-rendu de l'influence
de Jules Romains en Angleterre doit
être plutôt de la nature d'une évaluation que d'un compte exact. Je crois
que le premier avis public, dans une
revue anglaise, de quelques-uns de
ses ouvrages, fut donné par Mr F. S.
Flint en 1912 (The Poetry Review, vol.
1, n• VIII). Mr Ezra Pound parla de
lui quelques mois après dans The New
Ag-e, et 1e publiai moi-même un essai
dans Art and Lelters en 1918 (vol. II,
n• 1). Tous ces articles d'introduction
parurent, comme on pouvait s'y attendre, dans des périodiques l?resque
exclusivement dévoués aux tntérêts
des« jeunes». Récemment cependant,
le Times Literar.7 SupplemenJ, représentant ce que nous avons de plus
littérairement solennel, a consacré
quelque attention à l'œuvre de M.
Romains, et des compte-rendus compréhensifs de ses derniers livres ont
paru tout naturels. La récente critique de Lucienne cependant semblait
plutôt ignorer à dessein la merveilleuse délicatesse de ce roman psychologique.
Une traduction de Mort de Quelqu'un
par Desmond Mac Carthy et Sidney,
\tVaterlow, parut en 1914 sous le titre
The Death of a Nohody. Elle rencontra
beaucoup de succès, mais elle ne dépassa pas une édition - peut-être futelle étouffée par le souci de la guerre.
Je n'ai pas rencontré d'autres traductions de l'œuvre de Romains, excepté
celle, par Miss Helen Rootham, de
quelques-uns de ses poèmes qui parurent dans Art and Letters en 1919 (vol.
II, n• 2).
Mais si le bilan de Jules Romains
en Angleterre est, jusqu'à présent, si
pauvre, je crois qu'a l'avenir il en sera
autrement. En Angleterre, l'œuvre
d'un étranger doit lutter contre de

�HERBERT READ
that ever impeded culture. To some
degree they are excused their lack of
enterprise by the indifference of the
reading public at large : in England

the number of intelliient people, who
interest lhemselves 10 modern developments in art and literature is extremely small. This is probably due
to the disproportionate influence of
the universities of Oxford" and Cambridge. These two cseats of learning &gt;
almost monopolise the higher educaùon of the country, and tend to produce a soci,,J rather than a eu/Jurai
tyfe. Good breeding includes beauùfu manners and a capacity to endure
a cold ~ tub &gt; every morning of the
year, but it does not necessarily im,ply
a knowledge of literature and pamùng. Remember, too, the English
tcmperament : an Englishman is
ashamed to be seen reading a volume
of poetry. In the train he will bide it
within a copy of The Sporli•z Times.
But the art of Jules Romains will
in time overcome even these circumstances, and I think in all probability
that bis triumph will come via the
thea1re. The English public, despite
the terrible post-war débauch of sentimentality, still retains its traditional
regard for the drama, and if there are
very few good plays to be seen in
London now, it is largely because
there are very few good plays written.
The theatres are also in the possession
of stupid financial speculators, who
neglect its possibiliùes. But there is
an unsatisfied need for good drama,
and the supply of native plays not
being equal to his demand 1 we shall be
compelled to go abroad. Wnen that day
cornes, such plays as L'Armù dans la
Ville Cromedeyre-le-Vieil, and M. le
Tro11Ldeç (this latter a comedy of true
Jonsonian «humours&gt;) will play in important part in our dramauc history.

I cannot honestly say that so far
the fiction and poetry of Jules Romains has had much infltlence in Engla.nd. E11r&lt;&gt;je was greeted with an
appearance of entbusiasm1 and M.
Romains is certainly not w1thout his
fervent disciples. But I can see little

vigoureux préjugés. En premier lieu,
lee éditeurs anglais sont la bande la
plus couarde qui jamais étouffa la
culture. A quelque degré, leur manque
d'initiative est excusé par l'indifférence de la masse des lecteurs : en
Angleterre1 le nombre des gens intelligents qui s'intéressent aux mouvements modernes de l'art et de la littérature est extrêmement petit. Ceci est
probablement dtî à l'influence disproportionnée des Universités d'Oxford
et de Cambridge. Ces deux centres
de culture monopolisent presque l'éducation supérieure du pays, et tendent à produire un type plutôt social
qu'inteflectuel. La bonne éducation
comprend les belles manières et le
pouvoir d'endurer un tub froid tous
les matins, mais elle n'implique pas
nécessairement la connaissance de la
littérature et de la peinture. Rappelez-vous aussi le tempérament anglais:
un Anslais est honteux qu'on le voie
lire un volume de poésie. Dans le
train, il le cachera dans un exemplaire
du Sportinz Timt1s.

JULES ROMAINS ET L'ANGLETERRE

positive effect on our literature. But
then we have very little literature to
b~ affected. If we do experience a
renaissance in the near future (and I
am not without ho{le) than I am confident that the fertile technical experiments of Jules Romains, the consistent modernity of his outlook, and
the beauty and firmness ofhis writing,
will contribute largely.
HERBERT READ

que, jusqu'ici, _les r~mans et la poésie
de Jules Romains aient eu beaucoup
d'influence en Angleterre. Europe fut
salué avec un semblant d'enthousiame
et M. Romains n'est certainement pas
sans de fervents disciples. Mais je
n'en peux voir que peu d'effet positif
sur notre littérature. Seulement, en ce
moment il n'y a presque rien dans
notre littérature qui puisse être influencé. Si, vraiment, nous faisons
l'expérience d'une renaissancl: dans
le prochain avenir (et je ne suis. pas
sans espoir) alors je suis convamcu
que les fertiles expériences techniques de Jules Romams, la modernité
logique de sa vision et la bea~té et
la fermeté de son style y contribueront.
Trad. par Andrée H11lier.

.Mais, en son temps, l'art de Jul1:s
Romains triomphera, même de ces
circonstances, et je crois qu'en toute
probabilité son triomphe lui viendra
par la voie du théâtre. Le public anglais, malgré la terrible débauche de
sentimentalité d'après-guerre, 6arde
encore sa traditionnelle considération pour le drame, et s'il y a très peu
de bonnes r,ïèces à voir maintenant it
Londres, c est, pour beaucoup, parce
qu'il y en a très eeu d'écrites. Les
théâtres sont aussi la possession de
spéculateurs financiers stupides qui
en négligent les possibilités. Mais il
existe un besoin non rassasié de bon
drame et l'offre nationale n'étant pas
egale à la demande, nous serons contraints d'aller chercher à l'étran~er.
Quand ce jour viendra des pieces
telles que L'Armée dans la Ville, Cromedeyr,-le- Vieil et M. le Trowl,adu
(cette dernière, une comédie de véritable « humour&gt; jonsonien) joueront
un rôle important dans notre histoire
dramatique.
Je ne peux pas sincèrement dire

85

�' .

STEFAN ZWEIG

JOAN ESTELRICH

Jules Romains

Jules Romains et la Catalogne

Jules Romains ist - und wer bestreitet dies noch ? - eine der strerksten dichterischen Krrefte Frankreichs
und dies nicht nur dank einer sprachlichen, einer rytmischen Begabung,
sondern auch aus einem prachtvollen
selten _klaren, ~elten energischen
Kunstwillen. Seme ungewœhnlich
scharfe, rapide Intelligenz ( die strerker ist ais die sonst lyrischen Dichtem erlaubt ist) dominiert und unterwirft die starke Phantasie : er weiss
immer im Schaffen was er will und
vor allem : er kann was er will. Niemals ist er das Opfer eines Einfalls
Gefangener eines Traumes, der blos~
passive Dichter - immer bleibt er
dank jenes leuchtenden Intellects Herr
und Meister seiner Kunst und wie ein
Feldherr erobert dieser siegweise
Willen Provinz nach Provinz. Dieses
Mamnliche liebe ich an ihm sehr :
selbst seine Traüme haben noch Willenskraft, seine Phantasien Lebensblu_t. Mit ihm verglichen, haben die
meisten andern Dichter die Bleichsucht und die Sentimentalitret unbefriedigter 1·unger Mredchen: man
muss selbst eicfenschaftlicher Intellectueller und Fanatiker der Wirklichkeit sein, um diesen wachen Traümer
ganz zu verstehen.
STEFAN ZWEIG

Jules Romains est - et qui le conteste encore ? - une des forces les
plus puissantes de la France littéraire
et ceci non seulement par ses grands
dons rythmiques et techniques, mais
av~~ tout grâce à sa superbe volonté
artistique (rare en telle clarté, rare
e1;1 telle énergie). Son intelligence rapide et excessivement claire (plus
claire qu'il n'est permis en général à
un poète lyrique) domine et maitrise
son imagination puissante : il sait toujours en créant ce qu'il veut et il
peut toujours ce qu'il veut. Jamais il
n'~st vi~tim~ de s?n i~agination ou
P.nsonmer dune revene - toujours
il reste, grâce à son intelligence artistique et lumineuse, maître de son art
et par cette volonté il conquiert
comme un général un domaine, une
province de l'art (poésie, drame, roman) après l'autre. J'aime beaucodp
en lui cette virilité, - même ses rêves
ont encore de la sève et de la volonté
ses imaginations un sang rouge et vi:
vant. Comparés à lui la plupart des
autres poètes semblent souffrir de
l'anémie de ces jeunes filles qui sont
leur public, tandis que pour aimer et
pour comprendre Romains il faut être
soi-même intellectuel passionné et fa.
natique de la réalité.
Trad, par l'auteur.

Pocs mesos ahans de la guerra, ja
fa mes de nou anys, un excel-lent

esperit de casa nostra, M. S. Oliver,
comentava al diari c La Vanguardia&gt;
de Barcelona la munior d'escoles literàries que venia produint la complicaci6 de la vida moderna. - Cinquanta escoles, en trenta anys, i només a França, en una sola llengua ! exclamava. Conreu artificial de la
inquietud - aqui també predicada, per la sola inquietud ! I el nostre
Oliver, que també era un conservador
escèptic, repetia amb Renan : - Tanta febre, tant afanyar-se per a canviar
d'error? Què en restarà de tantes
escoles?
En aquell article volander vaig
llegir per primera vegada el mot unanimisme, c amb la seva literatura collectiva &gt; i el nom august de Jules Romains, camb les seves proclamacions»·
D'aquelles cinquanta escoles non'hiha
rastre apenes. De les poquissimes que
han reeix.it, l'unanimisme n'és una.
Dels pocs noms que s'ha.n salvat, el
de Jules Romains és principal. Els
unanimistes han triomfat pel valor
individual de cadascù, pero també
pel contingut de la doclrina que els
ajuntava. Es que llur didàctica s'apoiava en una realitat social ; és que llur
estètica portava intimes virtus. I aiXi
suraren com a comunitat poetica ; i
ai:xi s'ha extès l'unanimisme, França
enllà, per Suissa i per Anglaterra,
fins a l'Escandinàvia.
L'agitaci6 moderna aglomera les
criatures humanes. Podia naturalment
preveure's una forma d'art que prengués per objecte la vida col-lectiva.
Podia preveure's l'artista que posés
en una ànima col-lectiva l'interès que
posem de costum en una ànima individual. Novetat? Novetat, absolutament, no. Animar corn un sol ésser

Quelques mois avant la guerre, il y
a maintenant plus de neuf ans, un
excellent esprit de chez nous, M. S.
Oliver, commentait dans le journal
« La Vanguardia » de Barcefone, le
foisonnement d'écoles littéraires auxquelles donnait naissance la complication de la vie moderne. « Cinquante
écoles en trente ans ! et rien qu'en
France ! dans une seule langue ! &gt;
s'écriait-il. « Témoignage artificiel de
l'inquiétude pour l'inquiétude ! prêchée aussi parmi nous - &gt;. Et notre bon Olh,er, conservateur et sceptique, répétait avec Renan: « Tant de
fièvre, tant d'affairement pour changer d'erreur l Que demeurera-t-il de
toutes ces écoles?&gt;:
C'est dans cet article que je lus
pour la première fois le mot unanimisme « avec sa littérature collective&gt;
el le nom auguste de Jules Romains
c avec ses proclamations&gt;- Des fa.
meuses cinquante écoles, à peine s'il
reste trace ! Mais parmi le petit nombre de celles qui ont réussi figure
l'unanimisme. Parmi les rares noms
qui ont survécu, celui de Jules Romains est le plus marquant. Les unanimistes ont triomphé grâce à leur
valeur individuelle, sans doute, mais
grâce aussi au contenu de la doctrine
qui les réunissait. C'est que le fondement de leur didactique était une
réalité sociale ; c'est que leur esthétique comportait une intime vertu. Et
c'est pourquoi leur communauté poétique a duré ; c'est pourquoi, par delà
la France, la Suisse et l'Angleterre,
l'unanimisme s'est propagé jusqu'aux
pays scandinaves.
L'agitation moderne entraine les
agglomérations humaines. On pouvait
naturellement prévoir une forme d'art
qui eftt pour objet la vie collective.
On pouvait prévoir l'artiste qui don-

86
4

.,

�JOAN ESTELRICH

una muni6: de gent,: una naci6,~un'poble, una c1utat, un cos d'exercit aixo s'ha fet en tots temps. Pero manc_ava ta! volta que aquesta obra poèhca s'exercis en forma reflexiva 1 del
tot intencionada.

nerait à l'âme collective tout l'intérêt
qu'offre ordinairement l'âme individuelle. Nouveauté? Dans toute la rigueur du terme, non. Animer comme
un seul. être un groupe d'individus,
une nation, un peuple, une ville, un
corps d'armée, cela s'est fait en tout
temps, mais il manquait à une telle
œuvre poétique une forme réfléchie
et parfaitement intentionnée.

Per qué l'unanimisme ha triomfat?
Fàcil és respoi;idre : Par la mateixa
r~6 que s'a~anten totes les construcc1ons, no edificades en la sorra, sin6
en la st&gt;lida realitat. Es a dir : perquè
é,~ un~ forma de l'art e~ern ; perquè
s n1:sp.1ra, pre~ent!!er ~bJecte la caractenstica social d 'avm, en les linies
essencials de l'art clàssic de tots els
temps. El seu perill està em el sistema,
que porta sovint a una arbitrarietat
extra-humana. D'on s'en deriven errors de psicologia i deformacions de
la realitat. D'on s'en deriva també
l'excés de detalls, fins a diluir-se
massa la materia poètica. Podem conce~ir, pero, en gràcia a l'obra acompl~da, un vot de confiança a l'unanimisme.

Pourquoi l'unanimisme a triomphé?
La réponse est aisée : pour la même
raison qui fait que durent les constructi9ns édifiées non sur le rêve mais
sur la solide réalité. Autrement dit
il a triomphé, parce que c'est un~
f~rm~ de l'art étern.cl _; parce qu'il
s msp1rc des caract~nstiques sociales
d'aujourd'hui et qu'.il en fait son objet, en restant dans les lignes essentielles de l 'art classique de tous les
temps. Le seul danger pour lui, c'est
le système qui dérive souvent vers
l'arbitraire et le non humain. D'où
les erreurs psychologiques et les déformations de la réalité. D 'où aussi
l'excès de qétails qui finit par noyer
la matière poétique elle-meme. Mais
en considérant l 'œuvre accomplie,
nous pouvons pleinement accorder à
l'unanimisme un vote de confiance.

Mes parlem, coicretament, de l'art
persona! de Jules Romains. La sevaa
obra, tan diversa i matisada, s'ha im~osat lentam_ent pero solida. Una qualitat excel-le1x en tota· ella : la seguretat. El nostre poeta podria pendre
per lema el vers de Leonardo : « Vogli sempre poter quel que tu debbi. &gt;
Sab el que vol, sab el que pot, sab el
que deu fer. Mostra, en tota l'obra,
la senyoria sobre si mateix i sobre la
propiaart. _Sembla contenir-se sempre
pcr_ a dommar el tema, perquè no li
fugm les idees, per a triar lliurement
els mots a cada instant.
La seva art, doncs, és la més 01?_0sada a l'art del poeta natural, a 1 art
de la &lt; paraula viva &gt; del nostre Maragall. Jules Romains no s'abandona
mai à la inspiraci6; ans bé, la regeix
sempre. No es deixa dominar mai
pels mots, ans bé, els tria i els compon a son albir. Es un artifex, un meravell6s artifex, amb els millors recursos de l'artificiositat i la mixtificaci6. Sostenia el nostre MaraRall que
només en la sinceritat i en I aband6
podia crear cl pœta. Jules Romains
demostra, pel contrari, que també la

Examinons maintenant l'art personnel de Jules Romains. Son œuvre,
si diverse et si nuancée, s'est imposée
lentement, mais solidement. La qualité dominante en est la sûreté et
notJ:e poète pourrait prendre comme
devise le vers de Léonard : &lt; Vogli
sempre poter quel che tu debbi. &gt; (1)
Il sait ce qu'il veut ; il sait ce qu il
peut; il sait ce qu'il doit faire. Dans
toute son œuvre éclate la maîtrise de
soi-mème et la maitrise de son art.
On croit sentir en lui une tension
continuelle pour dominer son sujet,
pour empêcher les idées de s'éparpiller, pour choisir librement des mots,
à tout instant.

(l) Que tu veui lies toujours potn·oir ee
que tu dois.

88

JULES ROMAINS ET LA CATALOGNE

mixtificaci6 pot ésser creativa. Pcrtany la seva lirica a la tesria de l'engany conscient, sistematisat per medi
d'una tècnica àgil i segura. El pœta
no és, aqui, un suggestionat, sin6 un
suggestionador.
Si Jules Romains ha tocat amb
emoci6 i sapièn-cia moites cordes de
la lira, també s'ha extès i complagut
- corn saben - en els aitres genres
literaris moderns : teatre i novcl-la.
1 dintrc la novel-la, la uovel-la colnica. Era natural que l'unanimisme,
per la seva universalitat, s'incorporés
el riure. El riure esdevenia l'experiment decisiu. L unanimisme era mort
si fracassava rient ; si sabia riure,
l'unanimisme estava salvat. Celebrem
de tot cor aqucst triomf. La Ciutat
futura f6ra insoportable abandonada
a la ferotgia dels agrupaments. Per a
equilibrar la fretura dels misticismes
col-lectius, calia cl ~ai deslliurament
del riure, la « gaia c1ència &gt; del riure.
Em sembla almenys curi6s remarcar aquest aspecte de l'unanimisme,
que pertany sercer a Jules Romains.
B. Crémieux ha so~tinçut una tesi
brillant sobre el seu sentiment comic.
Jo em permetré pendre peu d'aquesta
lesi de Crémieux, per a exposar els
meus punts de mira.
Quin riure ens ha ensenyat el tempcrament humà i liric de Jules Romains ? El pœta és home d'ulls blaus
- aquclla blavor de ce!, dels primilius flamencs, - pero de cara ampla,
de fermes linies facials. L'ensomni de
l'esguard contrasta amb la duresa del
rostre. Perl&gt;, tot i el coutrast, no en
resulta un rostre absurd, sin6 especialment, particularment harmonie.
Aixi el caràcter del seu sentiment comic, el quai fluctua entre Flandres i
el Mitjorn, abraçant tot el cos de la
França eterna. Del cel angèlic i les
esbojarrades kermesses del Nord, a
la llum, la claredat de perfils i els
forts repassos del Sud, mullats en vi
vcrmelf.
Primera condici6, doncs: un comic
pur. Segona: un comic «nostre :».
Tercera: un comic sense objectius
extra-comics. Volem dir que el comic

Son art est donc aux antipodes de
l'art du poète «naturel&gt;, de l'art de
la « parole vivante» de notre Maragall. Jules Romains ne s'abandonne
jamais à l'inspiration; il la gouverne
toujours. li ne se laisse jamau entrainer par les mots ; il les choisit et les
groupe à sa guise. C 'est un artiste,
un merveilleux artiste, qui possède
toutes les ressources de son métier, y
compris la mystification. Notre Maragall prétendait que c'est seulement
dans la sincérité et l'abandon que le
poète peut créer. Jules Romains démontre le contraire ; il prouve que
la mystification elle-même peut être
créatrice. Son lyrisme est lié· à la
théorie du mensonge conscient, érigé
ensystème, grâce aux ressources d'une
technique agile et sûre. Sur le poète
n'agit aucune suggestion ; la suggestion, c'est de lui qu'elle émane, au
contraire.
Si Jules Romains a su faire vibrer,
avec non moins d'émotion que de
science, bien des cordes de la lyre, il
s'est exercé et complu, comme on le
sait, aux autres genres littéraires
modernes : théâtre et roman.
Dans le roman, c'est le comique
~u'il a choisi. Il était naturel que
1unanimisme , dans son universalité,
s'incorporât le rire. Le rire était pour
lui l'expérience décisive. L'unanimisme était mort s'il y échouait; s'il savait rire, il était sauvé. Célébrons de
tout cœur son triomphe. Livrée à la
férocité des groupements, la Cité future deviendrait insupportable. Pour
y tenir en balance la rigidité du mysticisme collectif, il fallait la joyeuse
liberté du rire, la « gaia sciencia:,; du
rire.
Il me semble tout au moins curieux
d'attirer l 'attention sur cet aspect de
l'unanimisme, qui appartient en propre à Jules Romains. Son sentiment
du comique a servi de prétexte à B.
Crémieux pour défendre une thèse
brillante sur laquelle je m'appuierai
pour exposer mes propres points de
vue.
Quel rire nous a appris le tempérament humain et lyrique de Jules Ro-

89

�JOAN ESTELRICH

de Jules R-0mains no resulta pueril
corn cert .«humour&gt; britànic, estèrilme~t achma_tat a casa nostra. Ni és
cl nure satir1c de la desolaci6 intima
que fa un rictus forçat per a no esclatar en plor. Niés producte tampoc
de la banalit_at joiosa, que s'engresca
a_mb la prop1a rialla incoherent. Un
nure_ que no amaga agrures pessimistes n_1 reserves mentals ; un riure sense
finahtats . morals : un riure, en resum•
que no t e r~s que veure amb el « ridend~ corr1guntur mores&gt;. Hem dit
tambe un riure « nostre &gt;. Es a dir :
q:ue pertany a la nostra Europaessenc!al, la Europa humanista i comprensiva de Rabelais, hoste de Montpeller·
seiz~r de dinades famoses, begude~
a .010, llati mac~r!oni~ i paraules
~xudes. La trad1c16 d aquest riure
:trnb:t ~ns a les portes de casa nostra,
1 _avu1 s ~xpressa per exemple en els
nmots. den ,N~gués, &lt;J,Ue mostren el
que hi ha d uruversal 1 unanim en el
nostre. sabor6s barcelonisme. Jules
~omams recull la mateixa tradici6,
1 embolcalla amb una mica d'ensomni
blavis i la refina amb el seu esperit
selecte: Es optimista natural i relatiu.
Vull ~Ir.= que no desespera del proïs'!1-e, ~1 ~1 confia massa. Fi~rem-nos
1o:ptim1sme del doctor Pangloss des~re~ del comentari de Voltaire; l'optimume del doctor. Pangloss despuJJat de la seva candidesa prirnitiva per
la hurla civilitzada de Voltaire.

••*
El llenguatge d'alguns unanimistes
corn Duhamel, ens recorda el del
nostre MaragalJ. Uuanimista abans
del mot, unanimista del carà~ter de
Duhamel, fou el nostre MaragalJ
(186o-1911): Em refereixo al Maragall
àels « Elog1s de la Pœsia i el Poble »
al Maragall de. l'« Oda nova a Barce:
fona &gt; i dels articles- on condensava
la n~stra unanimitat patriôtica. Corn
segu1_a el fervor6s pœta, la marxa de
~a Cu~tat I Aquesta marxa amb els
1deals mconseguits 9.ue floten enl'aire
amb els estimuls mnumerables qu~
brollen de terra, amb les passions que
generen en els nostres pits, amb llur

go

mains? de ce poète aux yeux bleusde_ ce.~e limpidité couleur de ciel des
p~1m1hfs flamands - mais au large
vJSage d'un dessin si ferme ? Quel
co~traste chez lui entre le regard embue de songe et la dureté des traits 1
Cependant ni heurt ni contradictio~
da~s la physi~nom_ie ; mais une particulière, une smgulière harmonie.
Et c'~st là tout juste le caractère
du sentiment comique chez lui, qui
fluctue entre la Flandre et le Midi
et, embrassant le corps tout entier d~
l_a France éternelle, va des ciels angéliques et des débordantes kermesses
du Nord à la lumière, à la pureté de
P!Ofils, _aux: forts.repas du Midi, arroses de vin vermeil.
Ainsi. donc, condition première:
un comique pur. Deuxième : un comique « à nous». Troisième : un comi~ue sans obje~tifs extra-comiques.
~us voulons dire par là que le com1qu~ ~~ !ul~s Romains n'a rien de
la puenhte d un certain humour britannique _que l'on a prétendu stérilement acclunater chez nous. Ce n'est
pas no~ plu_s l_e . rire satirique de la
d_ésolahon mteneure qui se force au
rictus P?Ur ne pas éclater en sanglot..
Il ';le nait pas de la banalité satisfaite
qm e:,_ccite l'incohérence de ses pro:
pres nsées.
_C'est un rëve sans aigreur pessimiste, sa~s réserves mentales; un rire
sans finalité morale,. qui n'a rien de
commun avec le « ndendo COJTiguntur mores». Un rire «à nous» avonsnous dit ; un rire qui appartient en
~ropre à notre. Europe essentielle,
l'E:1rop~ humamste etlargement comprehens1".e de Rabelais, de l'hôte de
Mo~tpelhe_r, maître ès-agapes, beuv~nes, latin n_i~caronique et gaillar~1ses., La tradition de ce rire s'étend
JUS_qu à nos portes mêmes et se tradmt de nos jours, pour ne citer q u'un
ex~mple! dans les « ninots » d'un Nogues qui montrent ce qu'il y a d'universel et d'unanime dans notre savoureux . barcelonisme. Jules Romains
recueille ceJe ~radition, y mêle une
goutte de revene, y introduit le raffinement de son esprit d'élite. C'est un

JULES ROMAINS ET LA CATALOGNE

topada i encara amb les catàstrofes
que occasionen ! Per ella estava sempre apassionat i sempre serè, i somreia enternit al seu plrer i a la seva
dolor. Sempre el trobàrem entre la
multitud dels seus germans, ai:xi en
les grans festes, corn en els grans dols,
acuaint a renovar el seu sentit fratern.
Ell matcix ha ex,Plicat com sentia cl
dcliri triomfal d ajuntar la seva veu,
en una sola aclamaci6, amb les mil
veus de la multitud unànim. Odiava
l'egoisme dels que disfruten tancantse en la fortalesa dels propis murs,
sentint a fora passar el dolor, corn
un riu al peu de la casa. L'horror a
la multitud - que aigu professà després a Catalunya - era per ell un
signe de feblesa moral. Com l'horror
a l'espai és un signe de feblesa.fisica.
« La societat dels homes - digué és l'espai de l'esperit Humà &gt;. Jules
Romains degué reconèixer en aquests
mots una anticiJ&gt;ada definici6 moral
del seu unanimisme.
No desitjo palesar, recordant aquest
fet simpàtic de la nostra historia literària, aquella estulta vanagloria dels
pobles petits que en tot vollen ésser
els primers. Vull indicar només corn
la palpitaci6 universal, l'orientaci6
europea vers uns determinats objectius estètics s'ha expressat també expontàniament a Catalunya. Hi ha un
cas, per cerl, més concret i zairebà
anterior al de Maragall, en la literatura unanimista calalana : Raimond
Casellas, (1855-1910), primer mestre
de la nostra prosa ciutadana d'avui.
Tota l'obra lilerària d'en Casellas té
pcr finalitat expressa, ja del tot intencionada, la vida de les agrupacions,
l'estudi i l'expressi6 dels moviments
de les ànimes col-leclives. « Les multiluds &gt;, posà precisament per titol a
una de les seves obres capitals. I l'altra obra que sosté la seva gloria,
« Els sots ferèstecs &gt;, és per cert una
solida anticipaci6, bellament reeixida,
de la tendència que, dins l'unanimisme de Jules Romains, ha culminai en
« Cromedeyre-le-Vieil ,., El protagonista d'aquesta obra de teatre és un
esquerp vilatge de Cevennes. El protagonista dcls « Sots ferèstecs »,

optimiste naturel et relatif : il ne désespére pas du réel et n'a pas en lui
une confiance absolue. Imaginons
l'optimisme de Pangloss après le
commentaire de Voltaire; l'optimisme de Pangloss dépouillé de sa candeur primitive par la raillerie civilisée de Voltaire.

L'expression de &lt;tuelques unanimis·
tes, Duhamel entr autres, nous rappelle celle de notre Maragall. Unanimiste avant le mot, unanimiste du
genre de Duhamel, voilà ce que fut
notre Maragall (186o-1911). Et ce disant, c'est au Maragall de « Elogis de
la Pœsia i del Pobfe » que je pense,
au Maragall del'« Oda nova a Barcelona,. et des articles où il condensait
notre unanimité patriotique. Avec
quelle ardeur le fervent poète suivait
la marche de la Cité ! Cette marche
avec tous les idéals encore inaccessibles qui flottent au-dessus de nos têtes,
et les ferments qui sourdent de la
terre el les passions déchaînées dans
nos cœurs, leurs conflits et les catastrophes qui en dérivent ! Il la considérait, cette marche, il la vivait toujours avec ardeur, toujours avec sérénité et il souriait, attendri, à son propre plaisir et à sa propre douleur.
Toujours nous le trouvions parmi ses
frères, dans les grandes fêtes et dans
les grands deuils, renouvelant sans
cesse le sentiment de sa fraternité.
Lui-même nous a dit comment il s'abandonnait au délire triomphal d'unir, dans une acclamation unique, sa
voix à celle de la multitude unanime.
li haïssait l'égoïsme de ceux qui, retranchés dans leur forteresse, sentent
avec délice la douleur passer au dehors et battre leurs murs comme un
fleuve. L'horreur de la multitude était
pour lui un signe de faiblesse morale,
tout comme l'horreur de J'espace est
un signe de faiblesse physique. « La
société des hommes, nous dit-il, c'est
l'espace de l'esprit humain. » Jules
Romains n'a-t-il pas dft reconnaître
là une définition morale avant la
lettre de son unanimisme ?

91

�JOAN ESTELRICH

~ontmany, és, paral-lelament, un
vilatge de muntanya, esquerp i dur
també, c ferèstec &gt;. La lluita s'estableix entre el rector nou, que vol reconstruir la parrôquia enrunada, i
aquella «gent dels Uimu, desconfiada
neguitosa i autôctona. L'ànima collec:
tiva d'aquell~ « gent dels llimn, en tols
els seus mov1ments, en totes les seves
intencions i replecs, és meravellosacent expressada per la prosa artistica
de Raimond Casellas. r Casellas com
Maragall, moria pels volts de \910,
quan a Paris aquest art, que era el
seu, tot just començava a batejar-se
amb el nom d'unanimisme.
Què volem dir amb tot aixô? Simplement, que el millor esperit de la
França moderna s'al-lia perfectament
amb el millor esperit de la Catalunya
ressorgida. . Aixi_ comprenem que
Jules Romams vmgués, ja per dues
vegades, a Catalunya, i s'hi trobés
tant bé. Ens el condui, sens dubte,
fins a casa nostra, la seva curiositat
profunda per les ciutats originals i
potents, com Barcelona. Perquè, corn
ell la defini, Barcelona és « ciutat &gt;
amb intransigència i plenitud ; Barcelona s'encamina cap a la « ciutat
absoluta &gt;. L'impressionà la nostra inc~pient ~bra na~ional, corn aquesls
r1us que 1a s6n r1us a dues llegües del
punt on brollen. Veié que presideix
aquesta obra tant de seny corn d'entusiasme ; que no res corn el nostre
esforç s'assembla menys a una temptativa quitnérica : que té sôlids fonaments, d'acord amb la tradici6, i no
obstant, sense rutina. I senti aixô que
ja no pot sentir-se en les civilitzacions
incoherents: és a dir, que un moble,
una terrissa, un tapis i un pœma, poden pertànyer a un mateix sistema
d'humanitat. Tot aixô el confirmà en
la idea d'ésser els catalans, en els
confins, « homes d'Europa &gt;; d'haver
guardat sempre el contacte amb
l'Europa essencial; d'haver sabut, tot
servant la nostra sabor original, no
fer c bande à part&gt;, durant segles.
Car aitres peninsulars n'han fet de
« bande à part&gt; durant segles o se
s6n abandonats a influències extraeuropees. Existeix a Europa, com un

•

E:t mon intc~tion, en rappelant ce
trait sympathique de notre histoire
littéraire, n'est pas de donner dans la
niaise vanité des petits peuples qui
p_r~tendent, en tout, être les premiers.
Ja1 voulu montrer seulement comme
quoi la palpitation universelle l'orientation européenne vers des bu'ts esthétiques déterminés a trouvé son expression spontanée en Catalogne. Il
y a encore un cas, plus concret et un
peu antéi:ie~r à celui de Maragall,
dans la htterature unanimiste catalane : celui de Raimond Casellas
(1855-1910), notre premier maître dans
la prose « citadine &gt; d'aujourd'hui.
L 'œuvre littéraire de Caselfas a tout
e~tière po!lr obtet - un objet exl'ressement et intentionnellement choisila vie des groupements l'étude et
l'expression des mouvem~nts de l'âme
collective. « Les multitudes &gt; tel est
le titre de l 'une de ses œuvr;s capitales. Et parmi celles qui assurent sa
gloire, « Els sots ferestecs &gt; est assurément une anticipation so}ide et bien
réus_sie_ de la tendance qui , dans l'unamm1sme de Jules Romains a
abouti au couronnement de Cr~medeyre-le-Vieil. Ici le véritable personnage . c'est un â pre village des Cévennes. Dans « Els sots ferestecs &gt;, le
personnage, Montmany, est pareillement un villa~e de montagne âpre
et dur lui aussi, « ferestec &gt;. L~ lutte
s'engage entre le nouveau curé qui
veut reconstruire l'église démantelée
et cette « gent dels IIims &gt;, méfiante
et farouchement autochtone. L'âme
collective de cette « gent dels llims &gt;,
dans tous ses replis, dans tous ses
mouvements, Raimond Casellas a su
lui donner une merveilleuse et artistique expression. Et Casellas (comme
Maragall) est mort aux environs de
19m, alors qu'à Paris on commençait
tout juste à baptiser du nom d 'unanimisme ce qui avait été proprement
son art.
Quelle conclusion tirons-nous de
tout cela ? Simplement que le meilleur esprit de la France moderne
s'allie parfaitement au meilleur esprit
de la jeune Catalogne, qui prend
conscience d'elle-même. Et cela nous

92

JULES ROMAINS ET LA CATALOGNE

. pol de salut intel-lectual, que ha pogut canviar de Hoc lleugerament, en
el Cami_ dels seglcs. L 'agulla de la nostra bru1xola-son mots del pœta-indicà
sempre, obstinadamenl, aqueix pol.
De la mateixa fais6, iniciat el nostre ressurgiment, Catalunya s'ha posat al costal de l'Europa essencial.
En ~ot ~l que P?rtem de segle, una
asp1rac10 ens agita de r enovaci6 clàssica. Potser, després de França, cap
més literatura hi ha a Europa, llevat
de la catalana, de tant rica bibliografia, de tan insistent propaganda, a
favor del classicisme. Ra6, seny, intel-ligència, humanisme, claredatheu's aqUi les nobles banderes, a
Paris i a Barcelona. Estem d'aco,·d
en el projecte. Perô, corn bastirem
l'edifici? Els clements mater ials sôn
esc9:sso~. Poquissims s6n els pobles ·
avu1 dia capaços de realitzar una
organitzaci6 clàssica de la vida i de
l'àn_ima modernes_. Alguns escriptors
pansencs han arnbat a sostenir que
sols els francesos hav ien guardat una
certa salut moral.
Jules Romains, ben altrament, ha
indicat una tesi, tal volta d'excessiva
benevolència envers nosaltres. Creu
l'il-lustre pœta que les nostres aspiracions espontànit's ens designen corn a
col-laboradors inmediats de la França.
c D'altres no'n trobarem - ha dit enlloc, tan ben dotnts corn a Catalunra: bon seny, optimisme, gust de la
vida. Tenen lot aixô els catalans,
sense l'èmfasi ni la lleugeresa meridionals tan justament odioscs pels
homes del Nord &gt;. Estimulats per
aquest elogi d'un home sense rctôrica,
pot estar segur Jules Romains que
nosaltres seguirem treballant amb la
mateixa fe al cortat dels qui adualment, en totes les arts, actuen a Europa per mantenir la lliure respiraci6
de l'esperit i per dreçar la gran època
clàssica que els temps ens lian preparada.
JOAN ESTELRICH

g3

aide à comprendre pourquoi Jules
Romain~ est déjà venu deux fois en
Catalogne et s'y est si bien trouvé.
Ce qui J'a conduit, sans doute, jusque
chez nous, c'est sa curiosité profonde
des villes à la physionomie originale
et puissante, comme Barcelone. Car,
selon sa propre définition, Barcelona
est « ville • avec intransigeance et
plénitude ; Barcelone tend à devenir
la c ville absolue&gt;. Notre œuvre nationale encore à son berceau l'a impressionné, comme ces cours d'eau
qui, à deux lieues à peine de leur
source, sont déjà des fleuves. Il a vu
comme à cette œuvre préside autant
le bon sens que l'enthousiasme ; q_ue
notre effort ne ressemble à rien moms
qu'à une tentative chimérique ; que
les bases en sont solides, conformes à
la tradition, encore qu'étrangères à
toute routine. Il a ressenti chez nous
cette impression qui ne se peut point
dégager de civilisations incohérentes,
à ~avoir: qu•~ meuble, une porcelaine, un tapis, un poème peuvent
aepartenir à un systéme commun
d humanité. Tout cela, il l'a confirmé
dans son idée que les Catalans sont,
aux confins du continent, des « hommes d'Europe&gt;, qu'ils ont toujours
maintenu le contact avec l'Europe
essentielle, qu'ils ont su, tout en conservant leur saveur originale, ne pas
f~fre « bande à part&gt; pendant des
s1ecles comme tels autres péninsulaires qui ont fait « bande à l'art&gt; pendant des siècles et se sont hvrés à des
influences extra-européennes. Il a toujours existé, en Europe, une sorte de
pôle de santé intellectuelle, qui s'est
légèrement déplacé au cours des siècles. Mais « l'aiguille de notre boussole&gt; - ce sont les propres paroles
du poète - a, toujours indique, obstinément, ce pole.
Pareillement, dès le début de sa
renaissance, la Catalogne a pris f&gt;lace
aux côtés de l'Europe essentielle.
Dans tout le quart - ou presque de XXm~ si~cle écoulé, se fait jour
une aspiration vers la rénovation
classique. Et aucune autre littérature
en Europe, après celle de la France
n'y a participé peut-être par une aussi

�JULES ROMAINS ET LA CATALOGNE

riche bibliographie, une aussi constante propagande en faveur du classicisme. Raison, bon sens, intelligence,
humanisme, clarté : voilà les nobles
mots de ralliement, à Paris et à Barcelone. Nous sommes d'accord quant
aux plans. Mais l'édifice, comment le
bâtirons-nous ? Les éléments matériels
font défaut. Et ils sont bien peu nombreux les peuples capables de mener
à bien aujourd'hui une organisation
classi4ue de la vie et de l'âme modernes. Quelques écrivains parisiens ne
se. sont-ils pas même ris&lt;j.ués à soutenir que les Français. étaient les seuls
à avoir gardé une certaine santé morale?
Jules Romains, avec peut-être une
excessive indulgence à notre égard, a
émis une thèse tout autre. L 'illustre
poète croit que nos aspirations spon-

ANTONIO MARICHALAR

tanées nous désignent pour le rôle de
collaborateurs immédiats de la France.
« Nulle part nous n'en avons trouvé,
dit-il, d'aussi bien doués pour cela
que les Catalans; bon sens, optimisme,
goût de vivre : ils ont toutes ces qualités, sans l'emphase et la légèreté
méridionales, si odieuses aux hommes
du Nord».

Jules Romains
Sa présence parmi nous

Stimulés pa1· cet éloge d'un homme
qui n 'a pas coutume de faire de la
rhétorique, Jttles Romains peut être
sûr que nous continuerons à travailler, soutenus par une foi commune,
aux côtés de ceux qui, actuellement,
dans tous les arts, s'efforcent de
maintenir en Europe le libre souffle
de l'esprit et de s'acheminer vers la
grande épo9-ue classique que les temps
ont préparee.
Trad. par Mathilde Pomès.

•

94

Era en Madrid, en la primavera
de 1922., y un grupo de amigos, que
inconscientemente se habia formado
en tomo al poeta, durante su breve
permanencia entre nosotros, regresaba lento después de decirle adi6s en
la estaci6n. Sin decidirnos a desmembramos defi.nitivamente, nos fuimos
acompanando unos a otroshasta nuestros portales respectivos y, una vez
separados quedamos, cada uno de
nosotros, debilitados, disminuidos,
con los bordes desgarrados y las aristas deshilachadas ... - pero claro es
el unanimismo nada tenia que ver en
todo esto y nuestro pensamiento se
enlazabra tan solo con el eje partido
de este nucleo al cual una brusca
arrancada de tren acababa de desligar.
Cuando, completamente solo, me
encontré en mi cuarto, me sorprendi6
evidenciar lo efimero de aquel desquiciamiento, pues le vi desaparecer,
poco a poco, para dejar paso - sin
paradoja - a una sensaci6n diametralmente opuesta : me empezaba a
sentir, en efecto, mas fuerte, mas intimamente cuajado y mas substancioso, hasta el punto de que en mi espiritu, lleno de ansiedad, pero también
de creciente firmeza, se formul6 netamente, esta prejunta : no estara precisamente, la eficacia del viage de Romains en su propria presencia y ella
mis ma ha podido ser bastante para
entonamos realmente, como un trago
de vino, rojo, caliente y cordial?
Esta primavera se habia iniciado
desapacible y revuelta estabamos,
seguramente, flojos, enturbiados, estragados también por las bebidas excitantes y artificiosas que habfan ser-

C'était à Madrid, au printemps de
Un groupe d'amis inconsciemment formé autour du poète pendant
son bref séjour parmi nous s'en revenait lentement, après lui avoir dit
adieu à la gare. Ne pouvant nous
résoudre à nous démembrer définitiv ement, nous nous raccompagnions
les uns les autres jusqu à nos seuils
respectifs. Nous étant enfin séparés,
chacun de nous se trouvait affaibli,
diminué, ses contours déchirés et ses
arêtes effrangées ... Toutefois l'unanimisme n'avait évidemment rien à voir
à cela. C'était seulement notre pensée
qui demeurait unie au pivot brisé de
ce noyau disloqué par un brusque départ.
Une fois dans ma chambre, complétement seul, j'eus la surprise de découvrir combien un tel amoindrissement
était éphémère. Je le vis même s'évanouir peu à peu pour faire place sans paradoxe - à une sensation diamétralement opposée. Je commençai
à me sentir plus fort, flus intimement
dense, plus substantie , à tel point que
dans mon esprit, encore anxieux,
mais pénétré d'une assurance de plus
en plus ferme, cette question se formula avec netteté : l'efficacité du
voyage de Romains ne consiste-telle pas précisément dans la présence
même de celui-ci et cette présence
n'a-t-elle pas suffi à nous donner du
ton, comme une rasade de vin vermeil, cordial et chaud ?
Le printemps s'était montré aigre et
mauvais. Nous étions sftrement affaiblis, troublés, empoisonnés aussi par
ses boissons excitantes et frelatées,
tervies à notre avidité par les profi•
teurs de la guerre, par les exploiteurs

95

1922.

�ANTONIO MARICHALAR
JULES ROMAINS, SA PRESENCE PARMI NOUS
vido a nuestra avidez los profiteurs
de la guerra, los explotadores de la
confusi6n, de ta mê!ée y de la per_eza
subsiguiente .. y la llegada de Roma.ms,
su estancia y su vida, en Madrid venia a ser a modo de inyecci6n necesaria, oportuna, saludable. Conociamos
de él sus libros ; escuchabamos ahora
su palabra ; pero era, mas que nada,
su presencia misma la que lograba
realizar esa aludida transmisi6n de
clasicismo que es, esencialmente, vida.
Veamos: Jules Romains es clasico
por esencia porque la sabrosa enjundia
de su temperamento, calido y sens1;1a_l,
esta regarda por la sangre de la v1e1a
cepa rabelesian_a ; de la ~a~ pura tradici6n, pero v1va y balhc1o~a, pues
es bien moderno y actual qwen realiza una revolucion poética y aporta
una afirmac~&lt;in constf1;1ctiva qi:e constituye un SIStema. (S1 yo hub1era de
e~licar el Unanhnismo, lo haria
sobre un mapa humano, de esos en
que el desollado muestra ~odas las
ramificaciones y dependenc1as de la
trama vital).
Es clasico, también, por potencia,
pues la recia estructura de este avido
perceptor ùe « p~tenci_as » esta ~ni~ada por un espfntu. v1goroso, 10:1nal,
estimulante : impuls1vo. Su clas1c1smo
esta siempre « en marcha» y va, como
alguien ha notado, propagandose en
derredor d~l mito que lo engendra.
El fuerte no es él que se abstiene,
por miedo a embriagarse, sino aquel
que bebe copiosamente y el vino no
se le sube a la cabeza, sino que se le
derrama por las venas y toni~ca su
trepidacion. Los ojos de Romam~ que
parecen saltarines, turbados, oscilantes prôximos a caer de espaldas... no
pie'rden nunca ese deste~lo de « luci&lt;;J.a
embriaguez » (mas_ luc1~a, para _el,
que la severa continenc1a) de_ q~en
sostiene y domina sempre - y s1 deJan
de mirar, no es para caér apagados y
rendidos, sino apartandose alegremente con la confianza plena, con la
despr:ocupacion de quien ha comprendido sobradamente.
Hemos, llegado, naturalme11:te, a
fijarnos en la persona de Romains, y

de la confusion, de la mélée, de la
paresse d'après.
L'arrivée de Romains, son séjour â
Madrid, se trouvait être ciuelque chose
comme une injection necessaire, opportune et salutaire. De lui nous ~onnaissions ses livres ; nous écoutions
maintenant sa parole ; mais, plus que
tout, c'est sa présence même qui opérait cette transfusion de classicisme,
lequel est, par essence, de la vie.
Jules Romains est essentiellement
un classique. La richesse savoureuse
d'un tempérament ardent et sensuel
s'abreuve chez lui au sang de la vieille
souche rabelaisienne, de la plus pure
. tradition, mais d'une tradition toujours
vive et toujours active. N'est-il pas
bien moderne en eŒet et bien actuel,
celui qui opère une révolution et apporte une affirmation constructive qui
est tout un système (si j'avais, moi, à
expliquer 1 Unanimisme, je le ferais
sur une carte humaine, sur une de ces
figures où l'on voit sur !'écorché toutes
les ramifications et toutes les dépendances de la trame vitale).
Classique, il l'est aussi par P1!-ÏSsance. La so!ide structure de cet avide
perceptêur cle "puissances" est animée
par un esprit vigoureux, jovial, stimulant, impulsif. Son clacissisme est toujours "en marche" et va, comme on
l'a fait remarquer, se propageant autour du mythe qui lui donne naissance.
Le fort n'es~ pas _celui qt:.i,_par ~:mr
de l'ivresse, s abstient de boire. '-' est
celui qui boit copieusement et chez
qui le vin ne monte pas à la tête, mais
se répand dans les veines et stimu~~ la
trépidation vitale.
Les yeux de Romains, on dirait
qu'ils sont titillants, troublés, vacillants, prêt à... rouler sous la table ;
mais il ne perdent jamais cette lueur
"d'ivresse lucide" (plus lucide, pour
lui, que la continence sévère) de c~lui
qui toujours reste ferme et donune.
S'il leur arrive de ne plus regarder,
ce n'est pas pour se reposer, éteints et
harassés, c'est pour se détourner joyeusement, avec cette entière confiance
et cette insouciance de ceux qui ont
compris de reste.

96

es que también es clasico por presencia
y aun esto : fisica y espiritualmente.
Su aspecto refleja las dos cualidades
tfpicas de la casta francesa : el perfil
penetrante, incisivo, de buscador inquieto, a la vez ironico y lirico, y el
cogote jocundo y sanguineo de robusto
tclemita placido, denso, nutrido. Su
espiritu ofrece, igualmente, esa « présence continue » que las cosas tienen
para él y que él tiene para las cosas,
a las cuales enfoca esa facultad, peculiar en él, de sentir directamente, que
diriase, al mirar toca, para gozar las
cosas mas y también para comprobar
la auténtica estructura de su forma.

•*•
i Qué habra de verdad eu estas reflexiones mlas? Jules·Romains, facétieux
y babil mœestro de optimos elementos
y " cuisine profonde ,, es hombre capaz de dar reiilidad a un mito. Cierto.
Pero un feliz encuentro, al poco cempo, vino a comprobarme la legitimiaad de todo lo expuesto.

Era, esta vez, en Paris ; una noche
en que, después de asistir a la clase
de técnica poética, ,cenabamos en la
Butte. Y cuando Jules Romains, frente
a mi, me sirvio un trozo de cordero y
lleno después mi copa, recordé aquella
transfusi6n de savia que habia entonadomi primaveramadrilenay me senté
mas hierte y mejor dispuesto para asimilar ahora el sabroso vino que él me
ofrecia, y poderlo pensar - sintiéndolo, plenamente, hasta transfigurarlo
en esplritu.
ANTONIO MARICHALAR

Il était naturel que la personne même de Romains retint notre attention.
C'est qu'il est un type classique. Son
physique reflète les deux qualités distinctives de la race françaue: le profil
pénétrant, incisif du chercheur inquiet,
ironique et lyrique à la fois ; la nuque
gaillarde, sanguine du robuste thélémite placide, dense, nourri.
Son esprit offre cette "présence
continue ' que les choses ont pour lui
et qu'il a pour les choses, cette faculté
de sentir directement, si particulière
chez lui et si forte qu'il semble toucher
du regard, comme pour mieux jouir
des choses et vérifier l'authenticité de
de leur structure formelle.

***
Quelle part de vérité peut-il y avoir
dans ces réflexions ? Disposant de
merveilleuses ressources et connaissant la "cuisine profonde", Jules Romains, facétieux et subtil maître, est
capable de donner la réalité à un mythe. Sans doute. Mais une heureuse
rencontre vint, un peu plus tard me
prouver le bien fondé de tout ce que
je viens d'eposer.
· C'était, cette fois à Paris. Nous
dînions un soir, sur la Butte, après le
cours de technique poétique, auquel
j'avais assisté. Jules Romains, assis
en face de moi, me servit une tranche d'agneau et emplit mon verre,
Je me rappelai alors cette transfusion
de sève qui avait bonifié mon printemps màdrilène et je me senti~ ~lus
dis_pos et plus fort pour assimiler
maintenant le vin savoureux 9u'il me
me versait, pour le penser, dans une
plénitude de sensation qui le transfigurerait en esprit.
Trad. par Mathilde Pomè•.

97

�MARIO PUCCINI

Romains et l'Italie
Romains non è un ignoto in Italia.

Ma mentirei per certo se dicessi che

•

la fama di Romains nei nostri circoli
lctterarii sia altrettanto vasta quanto
quella di Duhamel o di Proust. Dièo
nei circoli letterarii ; chè, quanto al
pubblico dei littori comum, l'ltalia
non ha fatto un passo avanti dal 1914:
cd è ancora, per dire un nome, a
Bourget. Ma b1sogna tener conto di
moiti fattori, e non solo littcrarii.
Dopo la guerra, infatù, dilago da noi
una lctteratura d'acatto, mediocre e
stanca: e tutte le esperienze dell'
anteguerra parvero dimenucate. Una
parte di coloro che ieri avevano spezzettato il mondo di Rimbaud, di Mallarmé, di Laforgue in un frammentarismo di maniera, ginochi di parole o
poco più, si dettero con la medesima
leggerezza al romanzo facile e procace, quale il gran pubblico domandava; mentre Paitra, la {&gt;ÏÙ seria d'intenzioni e d'ingegno, remtegrando le
csperienze dell' anteguerra; cerco di
reagire alla cattiva letteratura con una
disciplina di studio e di ricerca,
stretta c soffocata. E mentre il romanzo corne invenzione e scrittura decadeva fino al feuilleton, i pochi giovani che chiameremmo conservatori,
tornavano con un cilicio addosso alla
parolâ, decisamente votati a ritrovare
il senso dello stile, onnai trascurato
e stemperato dai {&gt;ÎÙ in una prosa
corrente e facile, di andatura giornalistica. Questa esperienza ebbe una
palestra combatuva ed esemplare
nella rivista La Rontk che si stamp_o
a Roma dal IJ19 al 19:12. Ma se l'efficacia polem1ca della rivista dette
frutti notevoli, non altrettanto diremmo dell' efficacia artistica. Il ritorno
a Leopardi ed altri sforzi della Ronda
per creare un lnovimento neo-classicista si frantumarono nella concezione

Romains n'est pas un inconnu en
Italie. Mais je mentirais assurément
si je disais que la renommée de Romains dans nos milieux littéraires est
aussi vaste que celle de Duhamel ou
de Proust. Je dis : dans nos milieux
littéraires, car, pour ce qui est de la
masse des lecteurs, l'Italie n'a pas fait
un pas en avant depuis 1914: elle en
est encore, pour citer un nom, à
Bourget. Mais il faut tenir compte de
nombreux facteurs, et non pas uniquement littéraires. Après la guerre,
en effet, ce fut chez nous ùne inondation de littérature de bric-à-brac,
médiocre et usagée : toutes les expériences de l'avant-guerre semblaient
oubliées. Une partie de ceux qui
avant 1914 avaient brisé l'univers de
Rimbaud, de Mallarmé, de Laforgue
en un« fragmentisme &gt; poncif, assemblage de mots ou guère mieux, s'adonnèrent avec la même légèreté au roman facile et piquant, que le grand
public réclamait; les autres, les plus
sérieux, les plus pleins de tafent,
complétant leurs expériences d'avantguerre, cherchèrent à réagir contre
la mauvaise littérature grâce à une
discipline d'étude et de recherches,
étroite et étouffante. Et tandis que le
roman - fond et forme - se ravalait
au rang du feuilleton, les quelques
jeunes écrivains que nous appellerons
conservateurs, en revenaient, le cilice
sur les épaules, à la recherche du
style, qui, négligé et délayé, n'était
plus qu'une prose courante et facile
de journaliste. Cette expérience littéraire eut un organe combatif et caractéristi9.ue dans la revue La Ronda qui
parut a Rome de 1919 à 1922. Mais si
l'efficacité polémique de cette revue
obtint des résultats notables, on n'en
saurait dire autant de ses résultats
artistiques. Le retour à Leopardi et

g8

ROMAINS ET L'ITALIE

medesima che ispirava gli scrittori
della rivista : i quali videro appunto
non un classicismo moderno e vivo
quale ci ha dato precisamente Ro~
mains, ma un classicismo freddo e
stilizzato: di ricalco, non di creazione.
Romains, per intenderci, raggiunge
una severa disciplina stilistica attraverso una densa esperienza di vita ·
laddove i neo-classicisti italiani dell;
vita e della realta non hanno (nè se
ne curano) alcuna visione o sensazion_e - e il loro sforzo si esaurisce essenz1a1mente nella parola : che si illumi!1a be!1si, . e acqu~sta. ':ita, ma di una
!llummaz1one e v1tahta non durevoli;
10 quanto la materia su cui si esercita
è troppo fredda e libresca. Da qui
l'_errore; e la conseguente incomprens1onc non solo del problema capitale
di un classicismo moderno, ma anche
dell' opera di certi scrittori stranieri
o nostri che lo venivano realizzando
davvero. Romains avrebbe dovuto
essere sentito dai rendisti : ma, se
anche essi lo avvicinarono, Îl loro interesse fu breve e momentaneo. Troppa umanità e vita crano infatù m
Romains, perchè essi si abbandortassero ad una tiduciosa ammirazione.
D'altra parte neppure il nostro Leopardi fu da loro intenso per quello
che era ; e sebhene vedessero gmstamente nella sua opera il centro vitale
dal qua le prenderc le mosse per creare
un classicismo moderno, essi ridussero la tragedia di Leopardi a una
tragedia di stile, impoverendolo, o
tentando, di tutto il suo contenuto
umano e morale. Questa mancata
adesione alla realtà annullo dunque
il più no bile sforzo di rinascita che
abbia avuto l'Italia dopo la guerra.
E bene si intende che, mancata questa comprensione da parte del gruppo
più vitale, poco o niente altri gruppi
o elementi di gruppo produssero.
Tuttavia, bisogna dire che se non
c'è ancora da noi un vero classicismo
moderno, e mancano per esempio
scrittori corne Romains, Gide, Proust
e Duhamel, germina o verzica nel
nostro terreno un' inquietudine latente
chc potrebbe da un giorno ail' altro
trovare i snoi artisti. Quello che Ro,

les autres tentatives de la Ronda pour
cr~er un mouvement oéo-classique se
br1serent sur la conception même
dont s'inspiraient les collaborateurs
de la revue : ils rêvaient en effet non
pas d'un classicisme moderne et vivant, tel que nous l'a donné précisément Romains, mais d'un classicisme
froid et stylisé : un calque et non
plus une création. Romains, précisons-le, se plie à une sévère discipline de style, mais l'applique à une
vaste expérience de la vie, tandis ~uc
les néo-classiques italiens n'ont (et
ne se soucient d'avoir) de la vie et de
la réalité aucune vision, aucune sensation. Leur effort s'épuise essentiellement sur les mots : ces mots s'éclairent certes et prennent de la vie, mais
c'est d'une lumière et d'une vie sans
durée, car la matière qu'ils recouvrent
est trop froide, trop -livresque. D'où
leur erreur, d'où leur incompréhension non seulement du probleme capital du classicisme moderne, mais
encore de l'œuvre de certains écrivains étrangers ou italiens qui étaient
en passe de réaliser cet idéal classique. Romains aurait dû être senti far
les écrivains de la Ronda, mais s ils
l'approchèrent, leur intérêt pour lui
fut bref et momentané. Il y avait en
effet trop de vie et d'humanité dans
Romains, pour qu'ils l'admirassent en
toute confiance. D'ailleurs, Leopardi
lui-même n'a pas été par eux admiré
avec justesse: ils virent bien dans
son œuvre le centre vital d'où pouvait
naître un classicisme moderne, mais
ils réduisirent la tragédie de Leopardi
à une tragédie du style, l'appauvrissant, ou tentant de l'appauvrir, de
tout son contenu humam et moral.
Ce refus d'adhérer à la réalité a réduit
à néant le plus noble effort de renaissance qu'ait connu l'Italie depuis la
guerre. Et l'on conçoit que, cette compréhension ayant fait défaut au groupe
le plus vital, les autres groupes ou
éléments de groupe n'ont nen produit
ou guère.
Toutefois il faut dire que s'il n'y a
pas encore chez nous un véritable
classicisme moderne, que si nous n'avons pas d'écrivains comme Romains,

99

�MARIO PUCCINI

mains ha realizzato nella sua opera
comincia sabbene con altri mezzi e
forme, ad esprimersi anche in altri
paesi, sopratuttô latini. Si veda !'opera
del nostro Pirandello, per esempio.
Non diresti che Pirandello sia un
unanimista; e pure lo spezzettamento
o trituramento ch' egli tenta della
realtà, se non lo porta a realizzazioni
di gruppi umam potentemente vivi
corne in Romains, gli dà almeno una
fisionomia curiosa e nuova; e Unamuno e Gomez De La Serna in Ispagna non hanno tentato il medesimo?
Chi legga Las nove/as es•mp/ares di
Unamuno trova appunto nel prologo
di questo libro una teoria che non è
diversa da quella che ispiro se non
tutta almeno gualche lato o momento
deU' opera di Romains ; chè anche
Unamuno non vede il dramma umano e l'individuo con la scolastica e
monotona opacità degli psicologi e
veristi ; ma ne studia e scopre le varie fü;ionomie attraverso la sensazione
non tanto della realtà apparente quanto della interiore ; e questa, corne
risultato di un' irradiazione vasta,
universale.
Certo Romains è oggi, tra i romanzieri occidentali, il più classico e
moderno ; in guanto esprime la vita
nei snoi aspem universali ed eterni,
ordinando la sua materia con un procedimento ed una tecnica elastlci e
nello stesso momento semplificativi :
si da raggiungere appunto quella reaiiHar_ione epica def dramma umano
che fu precisamente la conquista dei
classici del passato.
MARIO PUCCINI
Falconara Marche (Italia)

r8 marzo 19:13

Gide, Proust, Duhamel, germe ou
lève chez nous une inquiétude latente
qui pourrait du jour au lendemain
trouver ses artistes. Ce que Romains
a réalisé dans son œuvre commence,
bien qu'avec d'autres moyens et sous
d'autres formes, à s'exprimer dans
d'autres pays, et surtout dans les pays
latins. Voyez, par exemple, chez nous
l'œuvre de Pirandello. On ne {&gt;eut
dire que Pirandello soit unanimiste,
et pourtant l'émiettement, la trituration qu'il fait subir au réel, tout en
ne Je conduisant pas à des dalisations
de groupes humains, puissamment
vivants comme chez Romains, lui
donne du moins une physionomie
curieuse et neuve. Unamuno et Ramon Gomez de la Serna n'ont-ils pas,
en Espagne, tenté quelque chose de
semblable? Qu'on lise les Nove/as
Esemplares d'Unamuno et on trouvera
dans l'introduction de cet ouvrage
une théorie qui ne diffère pas beaucoup dè celle qui a ins{&gt;iré sinon toute
l'œuvre, du moins une partie de
l'œuvre de Romains. Unamuno ne
voit pas le drame humain etl'individu
à travers l'opacité scolastique et monotone des psychologues et des véristes; il en etudie et en découvre les
aspects divers à travers la sensation
non pas tant de la réalité extérieure que
de la rtalité intérieure, qui est pour
lui le résultat d'une vaste irradiation
universelle.
Certainement Romains est aujourd'hui, de tous les romanciers d'Occident, le plus classique et le plus moderne: il exprime en effet la vie dans
ses aspects universels et éternels, ordonnant sa matière selon une méthode
et uné technique élastigues et en même temps simplificatrices, si bien
qu'il atteint cette réalisation épique
du drame humain. qui a précisément
été la conquête des classiques du
passé.
Trad, par Benjamin Crémieu:r.

100

JEAN HYTIER

ODE
Quand la ville inquiète en mal:de son génie,
Souffrant que son destin rampât sur les genoux,
Implorai(l'horizon,
Quand son corps dispersé cherchait sa voix dans mille
Et, toujours en gésine, au hasard des cellules
Retombait impuissant,
Du fond tumultueux des Cévennes, un homme
Jailli du roc barbare et dans son front massif
Portant un dieu humain,
Accourut se pencher au-dessus des enceintes
Et, nommant leur sauveur aux foules inconscientes,
Cria : Jules Romains !
Tu fis souffler l'esprit_au plein des multitudes,
Trépider la conscience au creux des bâtiments,
Bondir le cœur des gares ;
Le théâtre et l~ port, la caserne et le -temple
Rassemblèrent soudain leur âme obéissante
Comme au bruit d'un tambour.
Tu donnas une forme à la tribu confuse;
Tu foulas son terroir comme un libérateur
Ou comme un conquérant.
La foudre de tes dieux est tombée sur les hommes ;
L'éclair de ton passage est inscrit sur l(monde
Et sur tes monuments.

IOI

�JEAN HYTIER

•

* •

Ton ouvrage est pareil aux orgues de basalte,
Harmonieux volcan dont la lave s'étonne.
La force bouillonnait au creuset du cratère,
Mais l'esprit la tira des entrailles terrestres
Et, fuseaux délivrés, et, parfaites colonnes,
La fit s'élancer vers le ciel!
Napoléon forgeait âprement la victoire,
Mais Gœthe par l'esprit lui donnait l'air facile.
Qui vaut mieux du César ou bien de l'Olympien?
Toi, tu voulus monter du combat à la cime,
Et tu voulus sept ans au roc de Cromedeyre
Que Corneille se fît Racine !

•••
Enfin ton plein génie gonfle une gloire forte,
Constructeur de cités !
Même en leurs cris jaloux mille crapauds te chantent:
Ecrase-les du pied !

ODE

Mais voici, joie et tempête
Mille jeunes cavaliers.
Sur des routes, d'autres troupes
Font miroiter l'étrier.
Que le vent, été viril,
Rafraîchisse tous les fronts,
Et qu'emplisse l'air salubre
Les poumons prêts aux vivats !
Les panaches, les écharpes
Sont un soleil dispersé.
Une ville qui t'attend
S'ouvre au loin comme un portail.
Et dans la foule unanime
Qui crépite en étincelles
Et de toi tire son feu,
Une main se dresse et vibre
Pour lancer, aigle invisible
De ton triomphe augural,
Le salut d'un homme libre
A ton char impérial.
JEAN HYTIER

Que les cœurs subjugués te louent ! mais dans le siècle

Seulement quelques-uns
Parmi tes monts abrupts bivouaquent sur les cimes
Où souffle la Raison .

•••

102

103

�Les Qyatre Premiers Numéros du Moulon Blanc
et la Presse
I

EN FRANCE
L'ACTION FRANÇAISE (25 Février 1923). Orion. LA DOCTRINE IJU "MOUTON BLANC" « Le troisième numéro du mouton blanc est riche en axiomes
irréprochables. Il, est beau de voir des écrivains, qu~ s_e veulent« avancés»,
graver cette enseigne sur la porte de leur revue. Vo1c1 les excellents principes qu'ils posent: (suit le résumé de la doctrine).
Ces bon~es généralitès sont so~tenues par ui:i détail judicieux et pertinent. Ce tran, par exemple: « Racme et Corneille observent une t'Sthi:tique générale commune, et diffèrent infiniment plus que deux néo-svmbolistes farouchement indépendants.,.
·
L'EcI,AIR. (19 décembre 1922) • Beau programme! Belles formules: ... Dans chaque numéro de la nouvelle revue, nous trouvons - entre autres pages fort
intéressantes - un tableau d'« erreurs» et de « véritéS&gt; qu'il nous sera toujours agréable de citer. »
L'HUMANITÉ (11 février 1923), Parijanine : LE MOUTON BLANC. « Je ne
crois pas que le Mouton Blanc se satisfasse de peu, qu'il ne tienne pas compte
de la substance des livres ... Tantôt je m'éloigne de M. Jean Hytier, r,rntôt
je me rapproche de lui ... C'est dire qu'en cet instant je règle mon attitude
sur la sienne. C'est alnsi que je lui rends hommage. Sa théorie et sa critique
m'intéressent beaucoup.
.
... Le troisième cahier de cette revue contient un ddicieux poème &lt;le
Chennevière : Le Chant du Verg-er. &gt;
LA Vrn LITT~:RAIRE (1•• octobre 1922) : « Marthe Esquerré signe une intéressante étude sur André Gide et le problème du style.»
REVUE CONTEMPORAINE (1•• Avril 1923) Léon Treich : « ... un parfait essai sur
Georg-es Chennev1ére. »
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE (15 novembre 1922), Gilbert Charles : « ... présente le
plus vif intérêt. - Cette revue à une doctrine. - La revue est h1en laite et
tout à fait digne de l'intérêt le plus actif. C'est substantiel sans pédantisme ... &gt;
LEs PRIMAIRES (Février 1923), Guy Otte: « Ses ambitions sont grandes et nu:,les.
Dans une ode liminaire, crânement campée en vers de 9uatorze pieds, Jules
Romains nous présente «Jean Hytier et sa séquelle». D heureuses prl;miccs
dans les deux numéros du début. Nous suivrons avec intérêt ces gén.:reux
efforts tendant à faire naître une synthèse ordonnée du choas littéraire et
artistique actuel. »
' L'INDÉPENDANCE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE (Mars 19231: « une revl.le qui occupe
une place tout à fait à part, c'est Le Mout1;n Blanc. Revue d'avant-garde, le
Mottlon Blanc veut travailler à établir le classicisme moderne. C'est ce que,
dans chaque numéro, explique avec force J. Hytier, affirmant « la doctrine
du Mouton Blanc». Dans le numéro de décembre, ses affirmations sont
illustrées superbement par le poème de G. Chennevière: le Chan/ du Verg-er,
et, en janvier, par les Odes, de Paul Fiérens; le Mouton Blanc est de ces
revues qu'il faut suivre, car elles iront loin.»
L'ÉvEIL "l&gt;ES JEUNES (4 novembre 1922), Jean Desjardins: « De Gabriel Audisio...
des fra~ments d'un recueil: Hommes au Soleil... Il me plaît, aujourd'hui,
d'avoir a dire tous le cas que je fais de sa poésie chaude ... Enfin je signale
la large ètude de Mme Marthe Esguerré sur «André Gide et le problème
du style». J'en reparlerai, la question « Art, Vie et Beauté» étant toujours
d'actualité littéraire. »
BoNSOIR (12 février 19~3}, Charles Derennes: «Les bonnes lettres ... et les mauvaises. - Je ne parle pas d'unanimisme (ou de classicisme moderne) avec un
peu d'ironie, d'ailleurs affectueuse, pour donner un coup de patte - de ma
patte d'ours - à la jeune revue le Mouton Blanc, dont le dernier numéro
contient beaucoup de réflexions justes, ce qui est d'autant plus méritoire
qu'elles sont le fait d'hommes qui veulent fonder une école, que dis-je ?
une doctrine! .•. C'est pour Jean Hytier que je parle, à lui que je fais allusion.
Bon dieu de bon dieu, quand donc se déc1dera+on à comprendre qu'il n'y
a pas d'écoles, qu'il n'y en a jamais eu ... Il y a ce qui est beau d'une part;
d'autre part, ce qui est moche .... »

�LE PROGRÉS DE LvoN (6 octobre 1922\. R. Cantinelli: « une revue qui dès son
premier numéro ... s'impose à l'attention. M. Jules Romains l'inaugure par
un poème truculent, qu'accompagnent des articks bien pensés et nohlcments écrits.»
· LA GAZETTE DES ALPES (23 septembre 1922), Henry Petiot: « Aussitôt les principes que porte imprimés la page rose de garde sont appliqués : Gabriel
Audisio publie un fragment de son livre de poèmes qui vient d'obtenir le
Prix Primice-Mendès. •
(25 novembre) « Tout serait à citer ... et surtout l'excellent article d'André
Cuisenier sur les romans de Jules Romains. »
•
(24 février) «•••toujours intéressant et vivant. Jean Hytier expose comme
d'habitude la doctrine... tandis que l'illustre merveilleusement le beau
poème idyllique de Georges Chennevière : Le Chant d1, Verger. »
LE BoN PLAISIR, Toulouse (Février 1923). J. Léger. « Voici un très beau poème
idyllique d.e Georges Chennevière: Le Chant du Verger, qui possède un vrai
parfum de printemps. Les images multipliées et neuves sont d'une touche
délicate ... Oui, c'est un beau poème d'un grand poète. »
LA TABL.E RONDE, Arras (Mars 1923), Claude Kamme: « Applaudissons à cette
profession de foi et aux intentions dont elle témoigne. Le Mduton Blanc ...
pourra devenir le signe de ralliement des partisans d'une œuvre salutataire. •
LA MouETTE, Le Havre (Avril 1923) : « A. Maupré (Saône-et-Loire) ... paraît
superbement édité Le Mouton Blanc... On y trouvera une longue et délicate
poésie de Paul. Fierens; un im~ortant essai st!-r le poète Georges ChenneYière, par Rene Mauhlanc, et bien des pages rntéressantes. »
Luc1FER, Lyon (Décembre 1922) : « Fort belle étude des romans de Romains
par André Cuisenier. Notes très justes de Jean Hvtier sur le cl.assicisme, le
Je symbolisme, l'unanimisme. Er de Jean H ytter encore, cet « Edmond
Rostand ... » .
L'ANE D'OR, Montpellier: •· Une rubrique fixe d'~ Erreurs» en parallèle avec
celle des «Vérités» promet d'être souvent piquante. Heureuse idée. Dans
son ensemble le « Mouton Blanc» est fort intéressant et je serai très heureux d'en reparler. »
LA PENSÉE FRANÇAISE, Strasbourg: « •• .les Odes de Paul Fiérens plaisent.
LE RArn: L DE L'YONNE (4 février 1923), Henry Dalbr: « Cest une revue hardie et catégorique ... Je signale au passage ce be effort, et je vois grand
son avenir. »
JouRNAL DE CHAROLLES (Octobre 1922), Antoine Rigaud: « C'est une tentative
ùe la plus haute portée littéraire et dont toute la presse se fera l'écho. «
LA Vrn PROFESSIONNELLE, Sénonnes (Fév:ier 1923): « N'e~t-elle pas belle cette
doctrine qui entend « par le contact direct ave~ la. vie; moderne dans ce
qu'elle a d'essentiel, renouveler les thêmes et l msp1rauon »?
.t\.KHBAR, Alger (15 décembre 1922): « Le Mouton. Bl~nc... Sa cuisine de bon
goût veut être classique et moderne. Elle y reuss1t. »
,
LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE; LA RE\'UF. FÉDÉRALISTE ; LA LIBERTÉ:
L'INTRANSIGF;ANT; LE JOURNAL DU PEUPLE; L'INTERNATIONALE; MANOMÈTRE i
CoMŒOtA ; LA DÉPÊCHE ALGÉRIENNE; LE SuD-EST RÉPUBLICAIN; LES EcR1Ts DU
NORD ; LES CAHIERS D'ICARE; LES BEI.1.ES-LETTRES; LE PETIT PROVENÇAL;
INTENTIONS; LA VIE UNIVERSLTAIRE; LA PAIX NATIONALE ; LE COURRIER CINÉMATOGRAPHIQUE ; LF- PROGRh DE SAÔNE-ET-LOIRE; LYON RÉPUBLICAIN; VIENT
DE PARAITRE; etc ...
ont
annoncé Le Mouton Blanc, reproduit, analysé, cité son manifeste, ainsi que ses
sommaires, ~ertains de ses textes, ses Erreurs et ses Vérités, discuté sa doctrine
et son espnt.
IJ

A L'ÉTRANGER
Les revues et journaux étrangers ont parfaitement compris le sens et la
portée de notre effort. Qu'ils en soient remerciés vivement ici.
BELGIQUE.
Dans le THYRSE, du 15 janvier 1923, G.M. Rodrigue présente
avec précision et cite en partie n&lt;?tre manife~te et le s?~maire des deux
prenners num( ros. Il nous souhaite de devenir un fort belier.

=

LES ECRITS ?U NoRD (Novembre 19n) , citent une partie importante du manifeste et signalent l'Ode de Jules Romains et l'article de Marthe Esquerré
« André Gide et le style au théâtre )),
Da~s Mrn1, J.J. van Dooren signale plusieurs fois le Mouton Blanc et ses
sommaires.

~

SUISS~. - GAZETTE DE LAUSANNF: (19 Janvier 19..13): « le Mouton Blanc a
p1u~hé 1~ns. s~n N° 3 quelq_u~s judicieux extraits de !'Histoire de M. Lalou.
J a1 pla1~1r a signaler cette Jeune et entreprenante revue de littérature et
d'art qui, dans ses études du mouvement contemporain fait une large et
juste place à Jules Romains et à l'ancien groupe de !'Abbaye. ))
ALLEMAGNE. :- D.\s KuNSTBLATT (Avril 1923), présente la revue et son pro·
gramme. Il aioute : « Le Mouton Blanc combat contre le romantisme et le
sensualisme, mais résolument aussi contre le faux classicisme ce néo-acad,·misme dans lequel un.! partie de la France littéraire et artistiq~e est tombée.»
CATALOGNE. - LA REVISTA a reproduit intégralement notre manifeste.
LA VEu DE CATALUYNA (7 janvier 1923), nous consacre un long article: LI:: MOl;TON BLANC. - « Par son programme, par son art de choisir par sa
sévère critig_ue étudiée, l'initiative du Monton Blanc nous sembie d'une
solide vocatwn à la durée . »- Voir aussi le numéro de Juillet de LA VEu.
EGYPTE. - L'EGYPTE Nou\lELLE et les CAHIERS DE 1.'OAs1s (Alexandrie) nous
signalent plusieurs fois.
ESPAGNE: - HoRIZOt:iT.E (15 déc_embre 1922), José Bergamin, dans u_n, excell~nt. aru~le ~ Class1c1smo », dit du Mouton Blanc que « son appanuon est
sigmficauve ».
Til Blas nons signale dans LA EPocA de janvier 1923.
HOLLANDE. - ~ET GETIJ (Jan\"Îer 1923) présente et commente l'effort de
nos deux premiers numéros.
NEwE ROTTERDAMSCHE COURANT daus un long article sur la « Trilogie
de Jules Romains (Les Copains, Donogoo, Le Trouhadec) » se réfère à
l'article d'André Cuisenier sur « Les Romans de Jules Romains» (M. B.
Oct. 1922).
ITALIE. - LA CUI.TURA: « Le Mouton Blanc .. . se définit, rien de moins,
«organe du classicisme moderne,, .... Nous verrons, puisque la revue est
écrite par des gens de talent et de goût, à en extraire quelques jugements
sur les contemporains. On lit ceci, que nous trouvons dans le fascicule
d'octobre et que nous ne pouvons pas ne pas appprouver, sur Henry
Bataille; c'est de M. Jean Hytier: « li commença ... ».
IL CoNSILIO (Avril 1923) : « Le Mouton Blanc que nous avons annoncé
dans le 1•• numéro continue à se publier à Maupré et avec beaucoup de
succès. Dans le dernier numéro nous avons lu quelques odes de Paul
Fierens et l'habituelle rubri 1ue distinguée que le rédacteur en chef Jean
Hytier écrit dans chaque numéro;« La doctrine du Mo1tto11 Blanc,,, destinée à résumer la pensée et l'art contemporains. Très belle dans sa concision est la synthèse critique de l'œuvre de Proust: « Explorateur d'un monde
qu'il n'a pas su ordonner» et excellente la défense du livre de Lalou, contre
lequel se dresse-ta banniere de l'orthodoxie parisienne. »
LETTONIE. - LAIKMETS présente le Mouton Blanc et son programme, et
reproduit les.passages essentiels du manifeste.
TCHÉCO-SLOVAQUIE. - Dans la REVUE FRANÇAISE DE PRAGUE que dirige
Daniel Essartier, René Maublanc dans une longue et pénétrante étude
« Vers un nouveau classicisme», présente excellemment 1e Mouton Btanc,
cite presque en entier son maniteste, et expose avec une justesse remarquable les conditions d'un classicisme moderne. L'effort du Mouton Blanc
trouve ici un interprète fidèle et précis. René Maublanc ajoute enfin :
« On dira: autre chose est de concevoir, autre chose de réaliser. Certes, et
je ne prétend point que cet effort si digne de remarque remplira son grand
dessem. Du moins la nouvelle revue s'annonce-t-elle vivante et variée. Les
deux premiers numéros contiennent des articles sur André Gide, J. Portail
des vers de Romains, de Gabriel Audisio, de Franz Hellens, une pénétrante étude d'André Cuisenier sur les romans de Jules Romains. Il contient
aussi la « doctrine du Mouton Blanc» des pages où Jean Hytier, avec le
dogmatisme tranchant du doctrinaire, mais aussi avec un bon sens souriant,
pose ses principes esthétiques en des formules frappantes et fortes.»
« ... Le Mouton Blanc, lui, a son hut : comme autrefois le Mercttre de
France, plus récemment la Nouvelle Revue Francaise, il naît pour défendre
une doctrine littéraire. Il lutte, donc il vit. ~

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'LIT TOUT"
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ADRESSER LES MANUSCRITS A JEAN HYTIER

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                  </elementText>
                </elementTextContainer>
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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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              <text>Septiembre-Octubre</text>
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                <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                  <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                <text>Subtitulado "órgano del clasicismo moderno", Le Mouton blanc imprimió siete números entre septiembre de 1922 y noviembre de 1924 (primera serie: septiembre de 1922 a enero de 1923; segunda serie: septiembre-octubre de 1923 a noviembre de 1924). Su título hace referencia al cabaret Le Mouton blanc (rue Saint-Denis en París) que alguna vez frecuentaron Racine, la Fontaine, Molière y Boileau. Esta publicación fue editada primero en Lyon por el crítico literario Pierre Favre, luego en Maupré, en Saône et Loire, por Marthe Esquerré. Pero esta revista de estilo clásico fue ante todo obra del escritor y crítico literario Jean Hytier (1899-1983)</text>
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                    <text>��■ 18LIOTl:CA

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CENTRAL
A. N. '-

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LECTURAS .E LECTA

SCHAHRAZADA

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DE TODOS LOS PAISES:5==

VOL. I.

LICTUa&amp; IILICTA
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HISTORIA PRODIGIOSA
DE LA CIUDAD DE BRONCE
CUBIITO DB

LAS MIL NOCHES Y UNA NOCHE

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ben-Barkhia el mando de los guerr,eros humanos, y a
Domriat, rey de los efrits, el mando de todo el ejército
de genios, que ascendía a sesenta millones. y el de los
animales y aves de rapiña recolectados en todos los
puntos del universo y en las islas y mares de la tierra.
Hecho lo cual, yendo a la cabeza de\ tan fonnidabl~
eJército, Soleimán se dispuso a invadir el país de mi
soLerano el rey del Mar. Y no bien llegó, ;ilineó su ejército en orden de batalla.
"Empezó por formar en dos alas a los animales, colocándolos en líneas de a cuatro, y en los aires aposto
a las grandes aves de rapiña, destinada,, a servir de
centinelas que descubriesen nuestros movimientos, y a ,
arrojarse &lt;le pronto sobre los g'.tt:rreros para herirh:5 y
sacarles los ojos. Compuso la vanguardia con el ejército
de hombres y la retaguardia con el ejército de genios: v
m:rntuvo a su diestra a su visir 1\saff ben-Barkhia, y a
su izquierda a Domriat, rey de los genios del a.ire. El ,
permaneció en medio, sentado en su trono de pórfido )
de oro, que arrastraban cuatro elefant,es. Y dió entonce,
la señal de la batalla.
"De repente híwse oir un clamor que aumentaba con
el ruido de carreras al galope y el estrépito tumultuoso &lt;lt los genios, hombres, aves de rapiña y fieras guerreras; y resonaba la corteza terrestr.e bajo el av.:&gt;te forn:idable de tantas pirndas. en tanto qm· relemHaba e: 1
. aire con el batir de millones de alas, y con las exclamaciones, los gritos y los rugidos.
·'Por lo que a mí respecta, se me concedió el nmndo d,,
la vanguardia del ejército de genios sometidos al rey del
20

LA

CIUDAD

DE

BRONCE

Mar. Hice una seña a mis tropas, y a la cabeza de ellas
me precipité sobre el tropel de genios enemigos qtte mandaba el rey Domriat. E intentaba atacar yo mismo al jefe de los adversarios, cuando le vi convertirse de impro,•i~o en una montaña inflamada que empezó a vomitar
fuego a torrentes, esforzándose por aniquilarme y ahogarme .::on los despojos que caían hacia nuestra parte
en olas abrasadoras. Pero me defendí y ataqué con encarnizamiento, animando a los míos, y sólo cuando me
convencí de que el número de mis enemigos me aplastaría a la postre, dí la señal de retirada y me puse en fuga por los aires a fuerza de alas. Pero nos persiguieron
por orden de Soleimán, viéndonos por todas partes ro-deados de adversarios, genios, hombres, animales y pájaros; y de los nue5tros quedaron extenuados unos.
aplastados otros por las patas de los cuadrúpedos, y precipitados otros desde lo alto de los aires, después que les
sacaron los ojos y les despedazaron la piel. También a
m: alcanzáronme en nú fuga, que duró tres meses. Preso
y amarrado ya, me condenaron a estar sujeto a esta cokmna negra hasta la extinción de las edades, mientras
que aprisionaron a todos los genios que yo tuve a mis
órdenes, los transformaron en humaredas y los encerraron e11 vasos de cobre, sellados con el sello c1e Soleimán.
'}Ue arrojaron al fondo del mar que baña las murallas
üe la Ciudad de Bronce .
''En cuanto a los hombres que habitaban este país, no
se exactamente qué fué de ellos, pues me hallo encadenado desde que se acabó nuestro poderío. ¡ Pero si vais
21

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11

NOCHES

Y

UNA

cjos. Y a sus plantas despl,egóse un espectáculo que t
contuvo la respiración.
Estaban viendo una ciudad de sueño.
Bajo el blanco cendal que caía de la altura, eu toda
la extensión r¡ue podría abarcar la mirada fija en los h
rizontes hundidos en la noche, aparecían dentro del recinto de bronce cúpulas de palacios, terrazas de ca~
i,pacibles jardines, y a la sombra de los macizos, brillahan los canales que iban a morir en un mar de metal,
cuyo seno frío reflejaba las luces del delo. Y t:l broa..
ce de las murallas, las pedrerías encendidas de las ~
pulas, las terrazas cándidas, los canales y el mar entero¡
así como las sombras proyectadas por Occidente, amalgamábanse bajo la brisa nocturna y la luna mágica.
Sin embargo, aquella inmensidad estaba sepultada, como en una tumba, en el universal silencio. Allá dentro
ne había ni un vestigio de vida humana. Pero he aquí
que con un mismo gesto, quieto, destacábanse sobre mo.
mimentales zócalos altas figuras de bronce, enormes jinetes tallados en mármol, animales alados que se inm(!•
vilizaban en un vuelo estéril; y los únicos seres dotados
dt. movimiento en aquella quietud, eran millares de in•
mensos vampiros qlle daban vueltas a ras de los edifi•
cios bajo el cielo, mientras buhos invisibles turbaban d
extático silencio con sus lamentos y sus voces fúnebres
en los palacios muertos y las terrazas solitarias.
Cuando saciaron su mirada con aquel espectáculo extraño, el emir Muza y sus compañeros bajaron de la
montaña, asombrándose en extremo por no haber adwrtido en aquella ciudad inmensa la huella de un set
24

LA

CIUDAD

DE

BRONCE

humano vivo. Y ya al pie de los muros de bronce, llegaron a un lugar donde vieron cuatro inscripciones grabadas en caracteres jónicos, y que en seguirla &lt;lescifró y
tradujo al emir Muza el jeique Abdossamad.
Decía la primera inscripción :
¡ Oh hijo d~ los hombres, qué vanos son tit-S cálculos 1
¡La muerte está cercana; no hagas cuentas para el por'Venir; se trata de un Señor del Universo que dispersa
las naciones y los ejércitos, y desde sus palacios de vastas magnificencias precipita a los reyes en la estrechri
t11orada de la ti1mba; y al despertar sit alma en la igualdad de la tierra, han de verse reducidos a un montón de
a,niza y polvo!

Cuando oyó estas palabras, exclamó el emir Muza:
''¡ Oh sublimes verdades! ¡ Oh sueño del alma en la
igualdad de la tierra : ¡ Qué conmovedor es todo esto !"

Y copió al punto en sus pergaminos aquellas frases.
Pero ya traducía el jeique la segunda inscripción que
decía:
i Oh hijo de los hombres! ¿ Por qué te ciegas con tus
jJ1'opias manos? ¡Cómo puedes confiar en este vatu
mundo? ¡No sabes que es u1z albergue pasajero, mia morada transitoria? ¡Di! ¡ Dónde están los reyes que cimentaron los imperios? ¡ Dó11de están los Ctmqitistadores,
los dueños del Irak, de Ispahán y del Khorassán? ¡ Pa:aron cual si nunca hi,bieran existido l

Igualmente copió esta inscripción el emir Muza, y
escuchó muy emocionado al jeique, que traducía la ter-

cera:
25

�MIL

NOCHES

Y

UNA

NOCHE

¡Oh hijo de los hombres.1 ¡He aquí que transcurreit
tu vida hacia eí
término final! ¡Piensa en el día del.Juicio ante el Scñof,
tu Dueno ! J Qué fué de los soberanos de la India . de la
China, de Sina y de N11bia!' ¡ Les arrojó a la nada el
soplo impla,cable de la muerte!

CIUDAD

DE

BRONCE

No pudo el emir Muza contener st1 emoción, y se estuvo largo tiempo llorando coJ1 las manos en las sien.e$,
y decía: ''i Oh el misterio del nacimiento y de la muerte! ¿ Por qué nacer, si hay que morir? ¿ Por qué vivir.
si la muerte da el olvido de la vida? ¡ Pero sólo Alal1
conoce los destinos, y nuestro deber es inclinarnos ante
Éi con obediencia muda!" Hechas estas reflexiones, ~encaminó de nuevo al campamento con sus compañeros,
y ordenó a sus hombres que al punto pusieran manos ~la obra para construir con madera y ramajes una escala'
laga y sólida, que les permitiese subir a lo alto del muro,
con objeto de intentar luego bajar a aquella ciudad sin
puertas.

En seguida dedicáronse a buscar madera y gruesas
ramas secas; las mondaron lo mejor que pudieron con
sus sables y sus cuchillos; las ataron unas a otras con
sus turbantes, sus cinturones, las cuerdas de los camello~, las cinchas y las guarniciones, logrando construir
una escala lo suficiente larga para llegar a lo alto de las
;,;mrallas. Y entonces la tendieron en el sitio más a pro pósito, so~teniéndola por todos lados con piedras gruesas, e invocando el nombre de Alah comenzaron a tre1;ar por ella lentamente, con el emir Muza a la cabeza.
Pero quedáronse algunos en la parte baja de los muros
J,ara \'igilar el campamento y los alrededores.
El emir Muza y sus acompañantes anduvieron durante
algún tiempo por lo alto de los muros, y llegaron al fin
ante dos torres unidas entre sí por mm puerta de bronce.
cuyas dos hojas encajaban tan perfectame•ite, que no
s,: hubiera podido introducir por su intersticio la punta
de una aguja. Sobre aquella puerta apar,ecía grabada en
relieve la imagen de un jinete de oro que tenía 1111 brazo
extendido y la mano abierta, y ,en la palma de esta mano
había trazados unos caracteres jónicos que descifró en
seguida el jeique Abdossamad y los tradujo del siguiente
r,odo: "Frota la puerta doce v,eces con él clavo que ha:'
en mi ombligo."
Aunque muy sorprendido ele tales palabras, el emir
Muza se acercó entonces al jinete y notó que, efectivamc:nte, tenía metido en medio del ombligo un clavo de
oro. Echó mano e introdujo y sacó el clavo doce veces.
Y a las doce veces que lo hizo, se abrieron las dos hojas
dt: la puerta, dejando ver una escalera &lt;le granito roj•J

26

27

lr.,¡., dias, y miras indiferente cómo corre
l.
, 1

i 'A

Y exclamó el emir Muza: "¿ Qué fué de los soberanos
de Sina y de N'ubia? ¡ Se perdieron en la nada!" y deóa la cuarta inscripción:
¡ Oh hijo de los hombres! ¡ Anegas fa alma en los placeres, y no ves que la muerte se te monta en los hombros
espiando tu.s movimientos! ¡ El mundo es como una ttla
de araña, detrás de cuya fragilidad está acechá11dote la
nada! ¿A dónde fueron a parar los hombres llenos de
espcrau;;as y sus proyectos efímeros? ¡ Cambiaron por
l.1 tumba los palacios donde Jwbitan bi,hos ahora!

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1
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j'

MIL

NOCIJES

Y

UNA

C / f, D A

•1ue descendía caracoleando. Entonces el emir Muza !
su&amp; acompañantes bajaron por los peldaños de esta esca,.
lera, la cual les condujo al centro de una sala que daba
a ras de una calle en la que se estacionaban guardias armados con arcos y espadas. Y dijo el emir Muza:
"¡ Vamos a hablarles antes de que se inquieten con nue!l-&lt;
tra presencia !"
Acercáronse, pues, a estos guardias, unos de los cuales estaban de pie con el escudo al brazo y el sable des,
nudo, mientras otros permanecían sentados o tendid0$.
Y encarándose con el que parecía el jefe, el emir Muza
le deseó la paz con afabilidad; pero no se movió el
l•ombre ni le devolvió la zalema; y los demás guardias
permanecieron inmóviles igualmente y con los ojos
fi.jos, sin prestar ninguna atención a los que acababan
de llegar y como si no los vieran.
Entonces, por si aquellos guardias no entendían el
árabe, el emir Muza dijo al jeique Abdossamad: "¡ Oh
jeique, diríjeles la palabra en cuantas lenguas c.on01:tas !" Y el jeique hubo de hablarles primero en lengua
e-riega; luego, al advertir la inutilidad de su tentativa,
le!&gt; habló en indio, en hebreo, en persa, en etíope y en
sudanés ; pero ninguno de ellos comprendió una palabra
&lt;le tales idiomas ni hizo el menor gesto de inteligencia.
Entonces dijo el emir Muza: "¡ Oh jeique ! Acaso est;n ofendidos estos guardias porque no les saludaste al
estilo de su país. Conviene, pues, que les hagas zalemas
al uso de cuantos países conozcas." Y el v,enerable Abaossarnad hizo al instante todos los ademanes acostumb-ados en las zalemas conocidas en los pueblos de cuan
4

2S

J?

DE

BRONCE

tas comarcas había recorrido. Pero no se movió ninguno de los guardias, y cada cual permaneció en la misma
actitud que al principio.
AJ ver aquello, llegó al límite del asombro e] emir
Muza, sin querer insistir más; dij o a sus acompañantes
que le siguieran, y continuó su camino, no sabiendo a
qwé causa atribuir semejante mutismo. Y se decía el
jeique Ab&lt;lossamad: "¡ Por Alah, que nunca vi cosa tan
extraordinaria en mis viajes!"
Prosiguieron andando así hasta llegar a la entrada del
zoco. t Como encontráronse con las puertas abiertas, pe·
netraron en et interior. El zoco estaba lleno de gent,es
&lt;¡ue vendían y compraban ; y por d~lante de las tiendas
se amontonaban maravillosas mercancías. Pero el emir
Muza y sus acompañantes notaron que todos los compradores y vendedores, como también cuantos se hallaban en el zoco, habíanse detenido, cual ' puestos de común acuerdo, en la postura en que les sorprendieron; Y
se diría que no esperaban para reanudar sus ocupaciones
habituales más que a que se ausentasen los extranjeros.
Sin embargo, no parecían prestar la menor atención a
lá presencia de estos, y contentábanse con expresar por
medio del desprecio y la indiferencia ·el disgusto que semejante intrusión les producía. Y para hacer aún 1nás
significativa tan desdeñosa actitud, reinaba un silenci,i
general al paso de los extraños, basta el punto de qu;:
eu el inmenso zoco abovedado se oían resonar sus pisadas de caminantes solitarios entre la quietud de su all. En árabe suk, o sea mercado.
211

��•
Ji/L

NOCHBS

Y

DB

Caudo mcribieroa ... - perpmiaoa ata .
ci6a, que les coamovi6 mucho, fnnqueal'Oll ana

en

que creslaae hablan salido la vlapera de

y

puerta que ae abrla
medio de la pieria,
una sala, en el centro de la cual babia uua bermoaa
de mármol transparente, de donde se eseapaba an
1idor ,de agua. Sobre la pila, a manera de techo
blcmeate coloreado, se alzaba un pabell6n cubi~
colpduras de seda y oro en maticee diferentes,
nados con un arte perfecto. Para llegar a aquella
ti agua se encau,aba por cuatro canalillos trazadoec
el suelo de la sala con sinuosidades encantadoras, y
da canalillo tenía un lecho de color especial: el
tenla un lecho de pórfido rosa; el segundo, de t
el tercero, de esmeraldas, y el cuarto, de turquesas;
tal modo, que el agua de cada uno se teftía del colot
1u lecho, y herida por la luz atenuada que filtrabau
sedas en la altura, proyectaba sobre los objetos de
alrededor y las. ·paredes de mármol, una dulzura de

Nje marino.

°"

Alli franquearon una segunda puerta, y entral'Oll
segunda sala. La encontraron llena de moneda■ ant'
de oro y plata, de collares, de alhajas, de perlas, de
bíes y de toda claae de pedrerías. Y tan amontonado
taba todo, que apenas se podía cruzar la sala y '
¡,or ella para penetrar en la tercera.
Aparecía ésta llena de armaduras de metales pr
&gt;OS, de escudos de oro enríquecidol con pedrerlu,
cascos antiguos, de sables de la India, de lanzas, de
nablos y de coruas del tiempo de Daúd y de Sol ·
y todas aquellas armas estaban en tan buen estado

.

BRONCB

que las fabricaron.
laego en la ~ sala, enteramente ·oca-

QDOS

umarios y

estantes de maderas precioaas, donordenadamente ricos trajes, ropones ■un•
de valor y brocados W...dos de un IIIOdo
Dalle alli se dirigieron a una puerta abierta
116 el acceso a la quinta NlL
. , contenia entre el suelo y el techo mis que
eiaeres para bebidas, para manjares Y para
: tazones de oro y plata, jofainas de cristal
c:opu de piedras precious, baudejas de jade Y
de diveraos colores.
bubiet'on admirado todo aquello, pensaron en
wtire 1111 pasos, y be aquí que sintieron la téntallevarse un tapiz inmenso de seda y oro que
1111&amp; de las paredes de la sala. Y dotrás del tapiz
gran puerta labrada con finas marquet~a_;;
y ébano, y que estaba cerrada con cerroios
ain la menor huella de cerradura donde meter
Pero el ~ue Abdouamad se puso a estudiar
o de aquellos cerrojos, y acab6 por dar con
e oculto, que huho de ceder a sus esfuerzos
la puerta gir6 sobre sí misma y di6 a los viajeacceso a una sala milagrosa, abovedada en
de c:6pula y construida con un mirmol tan pulido,
un espejo de acero. Por las ventanas de
ula, a través de las celoslas de esmeraldas i
filtrábase una claridad que inundaba los obun resplandor imprevisto. En el centro, SOl!e-

sa

�MIL

y

NOCHBS

nido por pilutru de oro,

UN,1

NO

oobre cada nna de lis

babia 1111 pájaro con pi-je de ~ 7 pico
bles, erguiase una especie de oratorio adornado
¡aduras de seda 7 oro, 7 al que 1IDU ¡radu de
unlan al melo, donde ur,a magnifica alfombra,
mente ~cada con lana de rolores gtori~
foOftS sm aroma en medio de su ckped sin aa ·
IOda la vida artificial de sus florestas pobladas
roa 7 aoimates copiados de manera exacta, cc,li ID
natural y sos contornos verdaderos.
El emir Muza 7 sus acompallantes mbieron
f"I~• del oratorio, y al llegar a la plataforma
llmeron mudos de sorpresa. Bajo un dosel de 1
IJ salpicado de gemas 7 diamantes, en amplio
construido coa tapi«s de seda IUJlerpUeSIOS, r
una joven de tez brillante, de párpadoo entornados
~I audio tras UDU larga• pest•ftas combadas, 7
belleza
realzábue con la calma admirable de sus
.
&lt;1ones, con la corona de oro que oellia su cabell
la di~dema de pedrerias que constelaba su frente, Y'
d húmedo collar de perlas qne acariciaban 111
piel. A derecha y a uqaierda del lecho se bailaban
esclavos, blanco uno y negro Otro, armado cada
&lt;'OD un alfanje desando y una pica de ..,.,.o. A loa
del lecho había una mesa de mármol, en la que apar
rabadas laa siguientes frases:

'ª

,s,,.,

/a '11irg...
Y llla ffllllad

Toa,,,,,,, l,ija del ,e, d, lo1 ,A.

Mi citldad / ¡ Pn,d,i ~ ;/,uro o 111 th1to, flÍoj,ro qwe logrtUlt ,,_,,,,.,

IOI,

DB

B((ONCB

,....,.,,._,__6r, __ _

.,.ua ,... ... ewo,da6, ,... ,. ,,.,.,,.,.
emir Mua 1111 repaso de la ....,..cióa que bula prele!lCia de la joven dormida, dijo
: "Ya eo hora de que """ alejlllRIINII dapah de ver coau tan aaombrosu, y
hada el mar en baaca ele loa de
DO

oliltante, Clflel' de -

palado todo

,-ruca: pero guardaoo de poae.- la mano aodel tty o de tocar sos Yellidoi.
dijo Taleb ben-Sebl: "1 Oh emir nuestro,
palacio poede compararse a la belleza do
1 Seria una lútima dejarla ali! en vez de Ue• Damasco para ofrdnela al califa. Valdrb
repJo qne todas las mforaa de efrits del
cmtest6 el emir Maza: "No po •le. "'" tocar a
porque seria ofenderla, y nol atraeriamo:I
" Pero ettlamó Taleb: "1 Oh emir nuestro!
-.ivu o dormldu, no se ofenden mmca por
tales." y tru de babel" dicho estas pa1abru,
a la joven y quiso le-.antarla en ~ Pero
de repente, atraYOl&amp;do por loa alfujes y
de loa aclaYOS, que le acertanra al mismo tiem11 cabeza y en el coruáa.
,aquello d emir Maza no quito permanece.- ni
más en el palacio, y orden6 a ans acompafllle ..Ue.-an de prisa para emprender el camino

11

llegaron a la playa, -

at

;Jf

•

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a _.

�- ......... ________ _
J.llD NOCHBS Y

•

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UN~ NO

,_..., 1 que cou t¡ ediena a Ju n:Z 91• •
y canfOl'llle a la f6ramla m-hnan• Y dijo
Maza el de mú edad entre ellot, y que parecfa
jefe: H¡ Oh venerable jeiqae ! ~ de parte de,
tro daelio d celifa Abdehnelek bm.Vietwú,,
car en mar . . _ cm efrita de tiempoe del
Soleim6n e Pnedea ayudaraoo ea
in•
DOS y explicamos el misterio de esta ciodad
priY&amp;doa de movimiento todos los seres
Y
d --..o: H Ante todo, hijo ll'io, In• ae saber '1ª"
toe ~ w b•II- ea esta playa
la palabra de Alab y ea la de ID Enviado ( cm él
¡;aria y la paz!) ; pero euutos se enc:aeotrao
Ciodad de Bronce están encantados desde la
ciad, y (lfflll9lleCerÚ ul huta el die del Juicio.
a lo&amp; .....,. qne coatieoea efria, nada mu &amp;di
curároaloa, pue81o qv~ poa•tm"41 UDA porci6o de
qoe UDA vez destapados, DOS sirven pera cocer
y alimeatoa. 0a dartm"41 todos loa qoe quuáia. 1
Dlellle ea necesario, antes de destaperloo, hacerlos
PU golpeú,dolc» cm las 1D1D01, 7 obtener de q •
habitan el juramento de que r«ODOcerán la v
la mi1i6n de nuestro profeta Mobammed,
primera falta y ID rebelión contra la aopi'emacla de
leimúa ben-Daúd!" Luego dadi6: "Ademáa,
deseamos daros como testimonio de naeMra,
al Emir de los Creyentei, amo de todos noaotros,
hiju del mar que bemoa pmcado boy mismo, y qae
mi• bellu qne todu fu biju de los bombra."

D-

r

CXJ••

•

Da

.... dicho e1ta1 pcld

BR.ONCB
"t, i,I

aclao -

Maza doce dé cobre, lldlldaa en ploNllo de Solelmia, y laa das biju del - •
._ maraYillosu criatoras de larp cabellos

-

laa olu, de eera ele 1 - y de -

ad-

1 recloo.6oa y doroa CDel goijarroe marinos;
d omlJllp careclan de laa IDllhlOlldades
gmerabnente son patrimonio de las biju
y fu auatltulan con un cuerpo de pez
• derecha '1 • Uqllierda, de la propia las mojera cuaodo adYierten qne • aa puo
la atenci6n. Tenlan la vos mny dnlce, y ID
nmltaba encantadora; pero no eomprendlan nl
ninguno de loa idiomas eonoeidoo, , - . t i , espouder ímicamente cm la -,rila de w
laa prepntp que ae les dlriglan.
¡tiJerou de dar lu graciu al anciano por ID ~1iaadad el emir Muza y aua acompellantea, e m-.
a él y a todos los pescadores qne eatam coa
ea el pala de loa maauhnenea. a Danaaco, la
• las florea, de laa fTatu y de laa ..... dak:e&lt;.
la oferta el anciano y loa peaeadores, Y todol
fllvieron primero a la Ciudad de Bronce pera
,-nto pndieran llevarte de caaa ~ joyel,
'.lodo lo 1;iero de peso y ,-do ele valor. Cargamodo, ., deacolprou otra vu por las marabronce, llenaron sus lllC(II y caja de provilion~
laeaporado botín y emprendieron de nuevo el
ele Damuco, adonde Regaron felizmente al .cabo
larp Yiaje alo inc:jdenciu.
1
17

�MIL

NOCHES

Y

UNA

El califa Abdalmalck quedó encantado y marav'
mismo tiempo del relato t.JUC de la aventura le
el emir Muza, y exclamó: "Siento en extremo no
ido con vosotros a esa Ciudad de Bronce. ¡ Pero iré,
;::i;(

la venia de Alah,

"1

•

admirar por mí mismo esa&amp; ma

llas y a tratar de aclar,r el misterio de ese en
miento!" Luego quiw abrir por su propia mano los
ce vasos de cobre, y los abrió uno tras de otro. Y
aalía una humareda muy densa qut" com·ertíase
t.:n efrit espantable, el cual se arrojaba a los pies del
Jifa y exclamaba: "¡ Pido perdón por mi rebelión
Alah y a ti ¡ oh Scfior nuestro Soleimán !" Y dcsa
rian a travf's del techo ante la sorpresa de todos los
cunstanes. ~o se maravilló menos el califa de la bell
l"Cl'

de las llos hijas del mar. Su sonrisa, y su voz, y
idioma desconocido le conmO\·ieron y le emocionaron.
hizo que las pusieran en un gran baño, donde viví
alyún tiempo para morir de consunción, y de calor
t'J.ltimo.
En cuanto al emir Muza, obtuvo del califa pe
p~ra r-ctirarse a Jrrnsalén la Santa, con el propósito
pasar el resto de su vida alli, sumido en la medit
,1( las palabras antiguas que tuvo cnida,to de copiar
1ius pergaminos. ¡ Y murió en aquella ciudad. des
&lt;le ser objeto de la veneración de todos los ere
&lt;,tuc todavía van a visitar la kubha rlonde reposa ca
raz y la bendición del Altísimo!
Trad11cido dt'l árabt· por ('/

.

V trsión es¡,aiiola dt

EL N U E V O P A R I S
•

POR

J. W. GOETHE,

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Yo no me -.la tnaqai1o por com¡ilelo¡ tl

flolar ea tl ••-.... . . .
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.. ,atte jf . . . . ., lllirlllla . . . . . . . . . .

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R6picle I Lle Die cambU de ropa¡

al

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r1ICIJli6 "

redeciDa ele colara,

polvadoa calJelJo, ta -

de haberlos daempolndo f u ~ , coa
J1111110 mio. Mlnme a 1111 1'111 ape)o y me
muy bien con mi dwru, macho mú a mi
coa mi rlgiclo traje de c1Qminao. Hice al¡uboe
p i - como lu que ballla •illo a 101
el twn,. Segala mirándome al espejo y
e&amp;saalidad la ima¡eo ele 1111 Dicho qae babia a
palda. SobN, IU blanco fondo - - colpdu
des caerdecltaa, anida cada ana coaaip mlama
a.ocio qae DO Die era dado ftl' cletde lejo&amp;. V:
In ,t- e nente e interropf al viejo acerca del
,w Ju caadai. El, may mnable, dacalp ana
y me la Olllell6. Era un mrd6a de leda verde
faene, CUJ01 cb extremoe, aaidoe por 1111 caen,
CM dos beodidaru le daban Upfflo de un imtl
tn cu,., uso no es may apetccil,le precli-Oldll!
coaa me pueclú crave, y pre¡wuE al mjo qaf
decir aqaello, Me rapoadi6 may lran,¡uilo y a
diciendo que era para loo que ahusaban ele la
,a que siempre se estaba ali! diapaeato a otorcarles.
, i6 a colgar el c:onl6o ea au litio y aie dijo q,1e
gaiera, p- esta vea no me cogi6 de la mano, lino'
caminé libre a IU lado.

.Mi gran carioeidad era labor· ahora d6ade
atar la paena y 411 paeme para atrav-.- la -ja

.

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1i CllrDO ..... pd6i, JI J tuir,
..._ l!end6e m la 4anda-.
1111 cf.._ de prlla • ella: IH' ll-

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me llon6 la fflla, paea

de . . - . plcu.

a telllWar
, aquel atrallD - - - termln6 - que
'Y partellDU

¡

&amp; Wi

... mcllaann - - - - . lo
al dotl aad,- _ , . ele eJérdt!&gt;; arma..
alaiem, lanzarse uao sobre otro. La vis:,... podlan afrlr tal coafuiola Y .._
iadeclblemeaie uadl1oeo faé el ver •
pol cumplew, cabrieron la n.doacloa
formaron el mú soberbio pacnte qa~ Nbc
Abora .., abrfa ante IIIÍII ojoe 1111 paiia-o
'ardla, dividido en eatreluada. hanralee
J formab&amp; 1111 075
!al lallerlnto¡ con verdea guarnJcionea ele ana pluta
qae juab habla lido . . . por mi, y n.,.
de 1111 color diatiato en cada comparti.
apenas levantaban del l!Mllo, coa lo ,..._
firihnentt lu &amp;pu truadu. Aquella
de
pcé al pleno _,.__ del sol.
ojoe, pero cui ao aabla d6nde
-pie,,, pues loa serpenteantl!I oende,os ~

,..i-ite':.

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partaima ualada, que :4_,.., delo en el luelo o _ , .., ehlo re,ol
AnduYe alg6n tiaapo al lado de 1111
1al
clavados ea tierra, balta que adverv
centro de aqael drcalo de' 9llridoa arrlatti,
gran macbo redondo de olpre1e1 Y llainoe,

de -

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a través de los cuales nada -podía verse, porque las
'.11ªs inferiores parecían brotar del suelo. 1'.1i guía.
1'11pulsarme precisamente a tomar el camino más dir ·
to, me dirigía si11 embargo hacia aquel centro, y,
gran sorpresa, al penetrar en medio de los altos ár
vi ante mí el pórtico de columnas de un magnífico
heflón d-e jardín, que parecía tener análogo aspecto
e~trada~ hacia los otros lados. Pero, más aún que .
c:emplar arquitectónico, me encantó una música cel
que brotaba del edificio. Tan pronto me parecía oír
laúd como un arpa, una cítara o algún otro instrum
to de cuerda q~e no era ninguno rle a.quellos tres. I
puerta a que habíamos llegado abrióse al instante
p~és de una leve llamada del viejo; pero ¡ cnál 11 ~ f
mt asombro cuando vi que quien salía a abrirnos
n~•a li~da muchacha idéntica totalmente a la que me
Lia bailado en suefios sobre los dedos! Saludóme
también. como si fuéramos antigi¡os conocidos y
ro_gó que en_t~ara. El viejo se quedó fuera, y yo 1fuí
tras de la ntna por un corto pasillo abovedado con her
ir.osa decoración, hasta la sala central, cuya magnífi
;,!tura, digna de una catedral, atrajo a sí mi mirada
entrar. Y me llenó de asombro. Mas mi vista no p
detenerse allí mucho tiempo, pues era solicitada abaj
¡,or un e~cantador espectáculo. Sobre un tapiz. preci
mente baJo el centro de la cúpula, estaban sentadas
triángulo tres doncellas vestidas &lt;le tres colores diver
sos, una ele rojo: otra, de amarillo; de verde la tercera
los asientos eran dorados y el tapiz un perfecto band
de flores. En sus manos estab¡m los tres instrument
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que yo había podido diferenciar desde fuera; pero, turbadas con mí llegada, habían cesado de tocar.
- ¡ Sed bienvenido!- dijo la de en medio, que est,1ba sentada frente a la puerta, vestida de rojo y con

el arpa sobre las rodillas.- Sentaos al lado &lt;le Alerta,
y oíd, si sois aficionado a la música.

Entonces descubrí en un rincón wi banquito bastante
largo, en el que había una mandolina. La amable mu•
chacha la tomé en sus manos, sentóse y me ofreció sitio a su lado. Veía también ahora, a mi derecha, a la
Ségtmda dama; tenía el traje amarillo y una cítara en
la mano, y si la arpista era de figura espléndida, gran1les rasgos fisionómicos y porte majestuoso, en la citarista se descubría un ser ligero, gracioso y alegre. Era
una esbelta rubia, mientras qne aquélla estaba ornada
\IOT tma cabellera castaña. La diversidad y armonía de
la música no me apartaba de contemplar también a J,i.
tercera bella, con su traj,e verde, cuya manera de tocar el laúd tenía para mí algo conmovedor y desagra.
dable al propio tiempo. Era la que me prestaba may,~r
atención y parecía dirigirse a mí con su música: pern
yo no podía acabar de comprenderla, pues tan pronto
me parecía tierna como intratable, sencilla como ca¡irichosa, según cambiaba de semblante y modo de tocar. A veces semejaba querer conmoverme; otras, bur.
larse de mí. Sm embargo, hiciera lo que quisieta, ga.
naba poco conmigo, pues mí vecinita, que estaba ta11
pró:,cima a mí qtl!e se tocaban nuestros codos. se había
apoderado de mí por completo: y, como en aquellas
tres damas descubría yo manifiestamente las sílfides de
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esos aplastados soldados de plomo que tenemos nosotros,
sino que hombre y caballo tenían cuerpos naturalmen.
te redondeados y estaban hechos de la manera más
perfecta; también era difícil comprender cómo se man ..
tenían en equilibrio, pues se apoyaban sobre sus proa
píos pies, sin ninguna peana.
Habíamos contemplado, con gran contentamiento,
cada cual nuestro propio ejército, cuando la muchacha
me declaró la guerra. También habíamos encontrado
artillería con los soldados: hasta unas cajita» llenas
de pulimentados balines de ágata. Con ellos debíamos
luchar uno con otro, desde cierta distancia; convinien.
do también, con toda severidad, que no se tiraría con
más fuerza de la necesaria para derribar las figura:i,
pues no había que estropear ninguna de ellas. Alterna..
tivamente disparamos la artillería y, al principio, sen.
timos los dos gran contento. M'as, cuando mi rival observó que yo apuntaba mejor que ella, y que, al fine.!,
alcanzaría la victoria, que dependía del número de soldados que hubieran quedado en pie, acercóse más y sus
frmeninos disparos alcanzaban también el deseado éxito. Derribóme una porción de mis mejores tropas, Y
cuanto yo más protestaba, tanto más ansiosamente tira!&gt;a ella. Esto acabó por disgustarme, y declaré qut
haría lo propio. En realidad, no sólo me acerqué mis,
sino que, en mi mal humor, arrojé las balas con mucha
más fuerza, con lo que no pasó mucho tiempo sin que
saltaran en pedazos algtmas de sus diminutas oentau,
rt"~as Ella no lo notó al principio, ~n su acalorrur.iento,
pero yo me quedé petrificado cuando vi que las rotas·

N U E V O

P'.ARIS

rillas volvían a juntarse por sí mismas: amazona y

caballos formaban un todo de nuevo; cobraban vida, y
lanzaban a galope desde el dorado puente hacia lo~

etilos, y, corriendo de un lado a otro, acababan por desaparecer hacia el muro, no sé de qué manera. Apenas
Jo hubo advertido mi hermosa adversaria, cuando prorrmnpió en clamoroso llanto, y dijo que yo le había
tausado una irreparable pérdida, mucho mayor de lo
e podía ser expresado con palabras. Pero yo, que ya

~aba irritado, me alegré de poder hacerle algún dafio, Y torné a arrojar, ciega y víolentament,e, unos baes de ágata, que me habían quedado sobrantes, en
de su ejército. Por desgracia acerté a darle a la
ina, que hasta entonces había sido respetada en nues.
bien ordenado juego. Rornpióse en pedazos, y a sus
inmediatas subordinadas cupo la propia suerte;
pero al momento volvieron a estar sanas y enteras, y,
poniéndose en fuga como las otras, galoparon alegremente bajo los tilos, y desaparecieron hacia ::1
muro.

Mi rival me reñía e injuriaba; pero yo, una vez lan~o, me bajé para coger algunas balas de ágata que
aban sobre las doradas lanzas. Mi irritado deseo era
· uilar todo su ejército: mas ella, nada lerda, saltó
robre mí y me &lt;lió un bofetón que me hizo zmnbar la c:theza. Yo, que siempre he oído decir que cuando nos
una doncella debe responderse con un beso, cogíla
de una oreja y la besé repetidas veces. Ella lanzó un
'to tan penetrante, que hasta a mí mismo me diti
'edo; soltéla, y eso fué mi suerte, pues en seguida no
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.. hlacha1!a. - alu palpit■l,u, IDdo .. eaerpo
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Lu do■ P'-■I 1e lucieron o7r a 111 - • ■e
raa. El CUllo del raitdlor -jaba. cetta del IUJO,
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El -.in- alado tearé, un 61timo añJeno,
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11 de amor, dapaá ej-.6 IIDI ,..,•íarlj

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detal--.queSalda~-lo alfo del delo, ■e ,.., p6IWa,. .wa.
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-e1-...--,dela¡na~clel
•nqu•¡ en.iad por ello■, e11JC1 !loe 1 c:omr, , - . . . , puato que JO fff a

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dicho - . el ndlelilw muri6. Lu . . primaeho, , _ habla CUlllldo .... IJa.,
almdD, el pajecito de Jo■ callelloe ....... .,
d6ade ettaN el nido. Valtlldn, que era all
plcuo, .. ¡ "" ,t f6,:fJ 11 le el hJlar l
- .. ~ . , Jo
dlicaltad. ~
acod■du en el balc6n. lo. espen':an coa
Plwfo lhil6 Vafentla, u..ando ti nWcl •
Las IN■ ¡,ec(aell lln tlllll,1h la c:allaa.
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pb~ lmo:
es Taylor, eh? Pero, Taylor, _. . _

a?

t6 Jiijo de la lana. Tieaes - torea
tus"'-; - rayoa W- -W. la
lietes loebelOede- &amp;loa lallioe a loe•la tierra. Todo e11i 111"7 liiee. ~
tienes l6grlmaa. Caaado -6 la laata,
la - de la madre. Cuando le eDlllf mis
conluce loo c:aeutoo con que vrlÍllaha tu llllllct.
eso -,e que eru hijo oa,o 7 mi peqiidlo
- La lana siempre ha lido amip mla,-4jo
-pero no sabia yo que fuese mi madre.
- P,.,,,.N ,mute tu hermana si lo sabe. Los
mae.tw se complacen en woc:erJa por
- ...... taato de las fton,o dndlda11
-Pero ¡ si tenemos madre en qa
mucho para IIIUllencl'IIOI I
-1 Ah I Pero es tu madre entre lu 1lllbol
haae ~ tu vida, 7 la bellc,.a de ta Yida
medida de - cHu.
Mieatras el Dfflo meditaba '!Obre ron a las reju del puqae 7, pa•llldo en fnaee
miciola porterla, salieron al camlao real. Ua

Jo-.

•Cr&amp;ffenor.
. . , JlllliWe,. dijo el parda, riendo.
Ve-.. a ate llitio, Taylor? Pw le 11egac
~ IIIÚ Joco que :,o.
lllir6 al allo c,orif'c
111e 1 le dijo:
...,.del!Slar•la-,T...ito.
, PfD i&amp;.diS .!l homhft COII tuda formaiWad;
ha heeho hoJ lfta frues. Si no lo ~
que se YOITm poeta; e inc fiiui ......,.
mado de c:ordara con el fueao de la 1-, •
palad..., Taylor¡
reiw serU bechoo polvo. 0a lo adYiel1o.
aelor. M'117 bien. Pero ahon, tiene llll'ed p

Se~--°"

:MIiio, dijo el hambre - - - - . . . C:aur,a tu
Por la gracia de la Prowlclencla, tocb ...
que e j - autoridad aeciaa. Vala
-uh ..1IOI a la lu de la i ojos SOiadora vi6 el aiCo qae •
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Cul se hahla padiclo de . _ - - - . la las de la 1 - 1e ahri6,..., p C111t1e
qae ......._ el amino, e illlmlll6 la ►

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                    <text>���LEOPOLDO LUGONES

LOS CABALLOS
DE .ABDERA
CUENTOS ESCOGIDOS

•

LECTURA SELECTA
MEXICO MCMXIX

��LEOPOLDO

LUGONES

LOS e,ABALLOS

DE

ABDERA

se las naturales exageraciones de toda pasión, hasta admitir caballos en la mesa.
Eran verdaderamente uotables corceles, pero bestias al fin. Otros dormían en cobertores de· biso;
algunos pesebres tenían frescos sencillos. pues no
pocos veterinarios i,JOstenían el gusto artístico de la
raza caballar, y el cementerio equino ostentaba en.
tre pompas burguesas, eiertamente recargadas, dos
o tres obras maestras. El templo más hermoso de
la ciudad estaba consagrado a Arió11, el caballo qué
Neptuno hizo salir de la tierra con un golpe de su
tridente; y creo que la moda de rematar las proas
en cabezas de caballo, tenga igual proveneneia;
siendo seguro, en todo caso, que los bajos relieves
hípicos fueron el ornamento más común de toda
aquella arquitectura. El monarca era quien se
mostraba más decidido por los corceles, llegando
basta tolerar a los suyos verdaderos crímenes que
los volvieron singularmente bravíos; de tal modo
que los nombres de Podargos y de Lampon fignrabau en fábulas sombrías; pues es del caso decir que
los caballos tenían nombres como personas.
Tan. amaestrados estaban aquellos animales, que
las bridas eran innecesarias, conservándolas únicamente como adornos, muy apreciadas desde luegG
por los mismos caballos. La palabra era el medio
usual de comunicación con ellos; observándose que
la libertad favorecía el desarrollo de sus buenas
condiciones¡ dejábanlos todo el tiempo no reque-

rido por la albarda o el arnés, en libertad de cru1.ar a sus anchas las magníficas praderas formadas en el suburbio, a la orilla del Kossínites, para
su wcreo y alimentación.
A són ele trompa los convocaban cuando era menester, y así para el trabajo como para el pienso
nan exactísimos. Rayaba en lo increíble su habilidad para toda clase de juegos de circo y hasta de
salón, su bravura en los combates, su discreción en
las ceremonias solemnes. Así, el hipódromo de Abdera 1anto como sus compañías de volatines; su
cabafüría acorazada de bronce y sus sepelios, habían alcanzado tal renombre, que de todas partes
acudía gente a admirarlos: mérito compartido por
igual entre domadores y corceles.
Aquella educación persistente, aquel forzado despliegue de condiciones, y, para decirlo todo en una
pdahra, aquella "humanización" de la raza equina,
il:an engendrando un fenómeno que los bistones
festejaban como otra gloria nacional. La inteligench de los caballos comenzaba a desarrollarse parrja con su conciencia, produciendo cosas anormale; que daba~ pábulo al comentario general.
Una yegua había exigido espejos en su pesebre,
atrancándolos con los dientes de la propia alcoba
pitronal y destruyendo a coces los de tres paineles
crnndo no. le hicieron el gusto. Concedido el caprielo, daba muestras de coquetería perfectamente visble.

6

7

�L E O P O L D O

LUGONES

Balios, el más bello potro de la comare;a, un
blanco, elegante y sentimental que tenía dos campañas militares r manifestaba regocijo ante el recitado de exámetros heroicos, acababa de mori~ de
amo~· por una dama. Era la mujer d&lt;' un general,
dueno del enamorado bruto, y por cierto no ocultaba el suceso. Hasta se creía que halagaba su vanidad, siendo esto muy natural, por otra parte, en
la ecuestre metrópoli.
Señalábasl" igualmente casos de infanticidio,
que, aumentando en forma alarmante, fué recesaria corregir con la presencia de Yiejas mula¡.; adoptivas; un gusto creciente por el pescado y por el
cáliamo, cuyas plantaciones saqueaban los animales; y Yarias rebeliones aisladas que hubo de rorregirse, siendo insuficiente el látigo, por rucdio
del hierro candente. Esto último foé en aumento.
pu.es el instinto de rebelión progresaba. a pesar e~
todo.
Los bistones, más encantados cada vez eon sis
caballos, no paraban mie'ntes en eso. Otros heclrn;
más significati,-os produjéronse de allí a poco. D,s
o tr{'s atala.ies habían hecho causa común contra m
carretero que azotaba su yegua rebelde. Los cab.llos resistíause cada vez más al enganche y al ;\~go, de tal modo que empezó a preferirse el asm.
Había animales que no aceptaban determinado ap•
ro; mas como pertenecían a los ricos, se defería a SI
8

LOS CABALLOS

DE

ABDERA

rebelión, comentándola mimosamente a título de
capricho.
lTn día los caballos no vinieron al són de la trompa, y fué menester constreñirlos por la fuerza ; pero los subsiguientes, no se reprodujo la rebelión.
Al fin ésta tuvo lugar cierta vez que la marea
cubrió la playa de pescado muerto, como solfa sucecln·. Los caballos se 11artaron de eso y Sl' los vió
reirt'f;ar al campo suburbano con lentitud sombría.
::\1Pdia noche era cuando estalló el singular conflicto.
De pronto un trueno sordo y persistente conmovió l'l ámbito de la ciudad. Era que todos los caballos se habían puesto en movimiento a la vez para
asaltarla; pero esto se supo luego, inadvertido al
priÍwipio en la sombra de la noche y la sorpresa
de lo inesperado.
Como las praderas de pastoreo quedaban entre
las mmallas, nada pudo contener la agresión; y,
aña&lt;li&lt;lo a esto el conocimiento miuncioso que los
animales tenían de los domicilios, ambas co,;;as acrecentaroll la catástrofe.
Noche memorable entre todas, sus horrores ~ólo
aparecieron cuando el día vino a ponerlos en evidencia, multiplicándolos aún.
Las puertas reventadas a coces yacían por el suelo. dando paso a feroces manadas que se sucedían.
casi sin interrupción. Había corrido sangre, pues
110 pocos vecinos cayeron aplastados bajo el casco
V

�L E O P O L D O

LúGONES

y los dientes de la banda, Pn cuyas filas causaron
estragos también las armas humauas.
Conmovida de tropeles, la ciudad obc;curecíase
con la polvareda que engendraban; y un extraño
tumulto formado por gritos de cólera o de dolor,
relinchos variados como palabras a los cuales mezclábase nno que otro doloroso rebuzno, y estampidos de coces sobre las puertas atacadas. unía su espanto al paYor visible de la catástrofe. Una especie
de terremoto incesante hacía Yibrar el . suelo con
el trote de la masa rebelde, exaltado a ratos como
en ráfaga huracanada por frenéticos tropeles sin
dirección y sin objeto; pues habiendo saqueado todos los plantíos de cáñamo, y hasta algunas bodegas que codiciaban aquellos co'rceles penertidCA.'l
por los refinamientos de la mesa, grupos de&gt; animales ebrios aceleraban la obra de destrucción. Y por
el lado del mar era imposible huir. Los caballos, conociendo la misión de las naves, cerraban C'l acceso
del puerto.
, Sólo la fortaleza permanecía incólume y empezabase a organizar en ella la resistencia. Por lo
proµto, se cubría de dardos a todo caballo que cruzaba por allí, y cuando caía cerca era arrastrado
al interior como vitualla.
'
Entre los Yecinos refugiados circulaban los más
extraños rumores. El primer ataque 110 fué sino nn
saqueo. Derribadas las puertas, las manadas intrnducíanse en las habitaciones, atentas sólo a las col10

LOS

CABALLOS

DE

ABDERA

&lt;Yaduras suntuosas con que intentaban revestirse,
: las joyas y objetos brillantrs. La oposición a sus
desi~nios fué lo que suscitó su furia.
Otros hablaban de monstruosos amores, de mujeres asaltadas y aplastadas en sus propios lechos con
ímpetu bestial; y hasta se señalaba una noble doncella que, sollozando, narraba entre dos crisis ,;u
percance : el despertar en la alcoba, a la media luz
de la lámpara, rozados sus labios por la innoble
geta de un potro negro que respingaba de place_r
el belfo. enseñando sn dentadura asquerosa; su gnto ele pavor ante aquella bestia convertida en fiera, con el rf'splandor humano y malévolo de i,us
ojos incendiados de lubricidad: el mar de sangre
con que la inundara al caer atraYesado por la f'Spada de un serYidor ...
Mencionábase varios asesinatos en que las yeguas se habían diYertido con saña femenil, despachurrando a mordiscos las víctimas. Los asnos habían sido exterminados, y las mulas subleváronse
también, pero con torpeza inconsciente, destruyendo. por destruir, y particularmente encarnizadas
contra lo~ perros.
El tronar de las carreras locas seguía estremeciendo la ciudad, y el fragor de los derrumbes iba
aumentando. Era urgente organizar una salida, por
más que el número y la fuerza ele los asaltantes la
hiciera singularmente peligrosa, si no se quería
11

�L E O P O L D O
abandonar la ciudad a la
ci6n.
~ hombres empezaron a armarse; mas pasado
el pnn:ie~ momen~o de licencia, los caballos habíandec1d1do a atacar también.
Un brusco silencio preeedi6 al asalto. Desde
fortaleza dintinguían el terrible ejército que se congregaba, ?º sin trabajo, en el hipódromo. Aquello
tardó vanas horas, pues cuando todo parecía d"
pue to, súbitos corcovos Y agudfsimos relinchos c:
ya causa era imposible discernir, desordenaban
profundamente las filas.
El sol declinaba ya, cuando . e produjo la primera carga. T ~ , f ué, si se permite la frase, más que
una demostrac1on, pues los animales se limitaron a
pasar corriendo frente a la fortaleza. En . bº
&lt;¡ueda
ºbºll
cam io,
r . ron acn 1 ados por las ·saetas de lo defensoDesde el más remoto extremo de la ciudad lan;áronse otra v~z, Y su choque contra la defensa
ué formidable . . La fortaleza retumbó entera bajo
aqu:lla tempe tad de cascos, y sus recia muralla
d6n~ quedaron, a decir verdad profundamente
trabaJada .
'
Sobrevino un rechazo, a l cual sucedió
. muy luego un nuevo ataque.
Los que, demolían eran caballos y mulos herrado que ca1an a docenas ; pero sus filas rráb
con e
·
·
ce
an e
ncarmzam1ento furioso, sin que la masa pare12

8 CABALLOS

DE .ABDERA

disminuir. Lo peor era que algunos habian
· do vestir 8118 bardas de combate en cuya
de acero se embotaban los dardos. Otros llejirones de tela vistola, otros collares; y pueen au mismo furor, ensayaban inesperados re-

De las murallas los eonoeian. ¡ Dinos, Aethon,
eo, Xanthos l Y ellÓS saludaban, relinchaban
oaamente, enarcaban la cola, cargando en
con fogosos respingos. Uno, UD jefe ciertate, irgui6se sobre BUS corvejones, camin6 aai
trecho, manoteando gallardamente al aire, como
danzara un marcial balisteo, contorneando el cuecon serpentina elegancia, hasta que UD dardo
le clavó en medio del pecho .•.
Entretanto, el ataque iba triunfando. Las muralaa empezaban a ceder. ·
St\bitamente una alarma paraliz6 a las bestias.
aas sobre otras, apoyándose en ancas y lomos,
garon sus cuellos hacia la alameda que bordeala margen del Kossmites; y los defensores, vol~dose hacia la misma dirección, contemplaron
tremendo espectáculo.
Dominando la arboleda negra, espantosa aobre el
¡Cielo de la tarde, una colosal cabeza de le6n mira• hacia la ciudad. Era una de esas fieras antedilunas cuyos ejemplares, cada vez mis raros, deftltaban, de tiempo en tiempo, los montea R6dope .
Kas nunca se había visto nada tan monstruoso,
18

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de bloq,aw a 99 el
lllp, eont1mporA.ieo de Ju momdu, --1pi6

....... c1ivinicladea.

Y de npate eapes6 a andar, lento el
M.OC..tl-delafrondaquqpeeb.e
...., .. aliento de fnpa que iba IÍD dada •
111' eiadad -1116ndc. en nplo.
.. .-.r de .. ' - - predipa 'T de - . . _
ro, r. •lialloe &amp;blnadaa no reiimeron -□ejan
. . , , tdSn Un 16Io fmpeta laa anutr6 por la
J1t,a, en illNeisi6n a la l!aeehis, 1-1:uMh 1m
~ haraeú de arma y de..,--, pues M
. . . ~.tr&amp;VMdeluolal.
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eontn eemi,Jante enemigo t ¡Qué re-e de bl'Ollee
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11

r!ll■C
11

�LA LLUVIA DE FUEGO
EVOCACIÓN DE UN DESENCARNADO DE GOl\1ORRA

•

R

ECUERDO que era un día de sol hermoso,
lleno del hormigueo popular en las calles
atronadas de vehículos. Un día asaz cálido
y de tersura perfecta.
Desde mi terraza domini{ba una vasta confusión
de techos, vergeles salteados, un trozo de bahía
punzado de mástiles, la recta gris de una avenida ...
A _eso de las once cayeron las primeras chispas.
Una aquí, otra allá -partículas de cobre semejantes a las morcellas de un pábilo ; partículas de cobre incandescente que daban en el suelo con un ruidecito de arenas. El cielo seguía de igual limpidez; el nunor urbano no decrecía. Unicamente los
pájaros de mi pajarera, cesaron de cantar.
Casualmente lo había advertido, mirando hacia
el horizonte en un momento de abstracción. Primero creí en una ilusión óptica causada por mi
miopía. Tuve que esperar largo rato para ver
caer otra chispa, pues la luz solar anegábalas bas17
2

�L E O P O L D O
tante; pero el cobre ardía de tal modo, que se
tacaban asimismo. Una rapidilima vírgula de
go, y el golpeeito en la tierra. Asi a largos in
valos.
Debo confeaar que al comprobarlo, experim
té un ,·ago terror. Exploré el cielo en una a ·
sa ojeada. Persistía la limpidez. ¡ De dónde ve
aquel extraño ¡rranizo 1 ¡ Aquel cobre 1 ¡ Era e
bre! ...
Acababa de caer una chispa en mi terraza,
poeos pasos. Extendi la mano; era, a no caber d
da, un 11,'ránulo de cobre que tardó mucho en e
friarse. Por fortuna la brisa se levantaba, ineli
nando aquella lhn·ia singular hacia el lado opu
de mi terraza. Las chispas eran harto ralas, a
más. Podía creerse por momentos que aquello había ya cesado. No cesaba. Fno que otro, eso al,
pero caían siempre los temibles gránulos.
En fin, aquello no había de impedirme almor.
zar, pues era el mediodía. Bajé al comedor atraveaando el jardin, no sin cierto miedo de las chispas. Verdad es que el toldo, corrido para e'ritar
el sol, me resguardaba ...
... ¡ Me resguardaba I Alcé los ojos; pero un toldo tiene tantos poros, que nada pude descubrir.
En el comedor me · esperaba un almuerzo admirable; pues mi afortunado celibato sabia dos eo,
sas sobre todo: leer y comer. Excepto la biblioteca, el comedor rra mi orgullo. Abito de mujeres 7
18

LLl'VlA

DE

FUEl/0

poco gotoso, en punto a vicios amables nada _pomperar ya sino de la gula. Comia solo, 1D1enun esclavo me leía narraciones geográfica&amp;.
había podido comprender las comidas en
paiüa ; y si las mujeres me hastiaban, como he
o, ya comprenderéis que aborrecía a los hom(Diea años me separaban de mi última orgía!
e entonces entregado a mis jardines, a mi.a
a mis pájaros, faltábame tiempo para salir.
vez en las tardes muy calurosas, un paseo
)a orilla del lago. Me gustaba verlo, escamado de
al anochecer. pero esto era todo y pasaba meain frecuentarlo.
i. vasta ciudad libertina, era para mi un desierdonde se refugiaban mi.a placeres. Escaaos ami¡ breves visitas; largas horas de meaa ; lectumis peces, mis pájaros; una que otra noche tal
orquesta de ftautistaa, y dos o tres ataques de
•
1
por ano ...
'1'~a el honor de ser cousultado para los bantes, y por ahí figuraban, no sin elogio, dos o
salsas de mi invención. Esto me daba derecho
digo sin orgullo-- a un busto municipal, con
ta razón como a la compatriota que acababa de
tar un nue,·o beso.
Bntretanto mi esclavo lela. Leía narracion,,.. d•
y de ni~ve que comentaban admirablemente,
)a ya entrada siesta, el generoso frescor de las
19

�LUGONES

LEOPOLDO

ánforas. La lluvia de fuego había cesado quizá,
pues 1a servidumbre no daba muestras de notarla.
De pronto, el esclavo que atravesaba el jardín
con un nuevo plato, no pudo reprimir un grito.
Llegó, no obstante, a la mesa; pero acusando con
su lividez un dolor horrible. Tenía en su desnuda
espalda un agujerillo, en cuyo fondo sentíase chir'i-iar aún la chispa voraz que lo había abie-rto.
Ahogámosla en aceite, y fué enviado al lecho sin
que pudiera contener sus ayes.
Bruscamente acabó mi apetito, y aunque seguí
probando los platos para no desmoralizar a la servidumbre, aquélla se apresuró a corresponderme.
El incidente me había desconcertado.
Promediaba la siesta cuando subí nuevamente a
la terraza. El suelo estaba ya sembrado de gránulos de cobre; mas no parecía que la lluvia aumentara. Comenzaba a tranquilizarme, cuando una
nueva inquietud me sobrecogió. El silencio era absoluto. El tráfico estaba paralizado a causa del :fenómeno, sin duda. Ni un rumor en la ciudad. Sólo, de cuando en cuando, un vago murmullo de
viento sobre los árboles. Era también alarmante
la actitud de los pájaros. Habíanse apelotonado en
un rincón, casi unos sobre otros. Me dieron compasión y decidí abrirles la puerta. No quisieron salir; antes se recogieron más acongojados aún. Entonces comenzó a intimidarme la idea de un cataclismo.
20

L A.

DE

LLUVI A

Fr.:EGO

Sin ser grande mi erudición científica, sabí~ que
nadie mencionó jamás esas lluvias de cobre mca~deseente. ¡ Lluvias de cobre! En el aire no hay minas de cobre. Luego aquella limpidez del cielo, no
dejaba conjeturar su procedencia. Y lo alarmante
del fenómeno era esto. Las chispas venían de todas partes y de ninguna. Era la inmensid~d desmenuzándose invisiblemente en fuego. Ca1a del
firmamento el terrible cobre -pero el firmamento
permanecía impasible en su azul. Ganábame poco
8 poco una extraña congoja; pero, cosa rar~: hasta entonces no había pensado en huir. Esta idea se
mezcló con desagradables interrogaciones. i Huir!
¡Y mi mesa, mis libros, mis pájaros, mis _peces q~e
acababan precisamente de estrenar un v1ver~; ~s
jardines ya ennoblecidos de antigüedad -m1s cmcuenta años de placidez, en la dicha del presente,
en el descuido del mañana 1 . . •
¡,Huir?. . . y pensé con horror en mis po_8esiones ( que 110 conocía) del otro lado del desierto ;
con sus camelleros viYiendo en tiendas de lana negra ~ tomando por todo alimento leche cuajada,
trig; tostado, miel agria ...
Quedaba una fuga por el lago, corta f~ga después de todo, si en el lago como en el desierto,
gún era lógico, llovía cobre también; pues no VI·
niendo aquello de ningún foco Yisible, debía ser
general.
No obstante el vago terror que me alarmaba, de-

s:•

n

�LEOPOLDO

L U G O N

cíame todo eso claramente; lo discutía co
mismo, un poco enervado a la verdad por el 1
go digestivo de mi siesta consuetudinaria. Y
pués de todo, algo me decía que el fenómeno
iba a pasar de allí. Sin embargo, nada se pe
con hacer armar eI carro.
En ese momento llenó el aire una ,·uta vib
ción de campanas. Y casi junto con ella, adve
una cosa: ya no llovía cobre. El repique era
acción de gracias, coreada casi acto continuo
f'I murmullo habitual de la ciudad. Eata d
taba de su fugaz atonía, doblemente gárrula.
algunos barri011 hasta quemaban petardos.
Acodado al parapeto de la terraza. miraba
un desconocido bienestar solidario. la animaci
vespertina que era toda amor y lujo. El cielo
gula purisimo. Muchachos atanoaos, recogían
escudillas la granalla de cobre, que loa caldere
hablan empezado a comprar. Era todo lo que q
daba de la gran amenaza celeste.
Más numerosa que nunca, la gente de placer
loría las calles; y aun recuerdo que sonreí va
mente a un equívoco mancebo, cuya túnica
gida basta las caderas •!! un salto de bocacal
dejó ver sus piernas glabras, jaqueladas de ciu
Las cortesanas, con el seno desnudo según la n
va moda, y apuntalado en dealumbrante cosele
paseaban su indolencia sudando perfumes. U
Tiejo len6n, erguido en su carro, manejaba como
22

L 1, l l v / A

DE

J,'UEGO

una vela. una boja de estaño, que con apropintura• anunciaba amores monst':"ORos de
: ayuntamientos de lagartOR con e,snes: un
o 'f nna foca: una doncella cubierta por la dente pedrería de un pavo real. Bello ca":el, a
mla • v garantida la autenticidad de las piezas.
amaestrados por no sé qué hechicería
ra. y desequilibradoa con opio y con asafétida.
leruido por tre• jóvenes enmascaradas, ~asó un
amabilísimo, que dibujaba en los patios. con
oa de colores derramadOR al ritmo de una daneacmas secretas. También depilaba al oropite v sabía dorar las uñas.
Un ;e1&gt;&lt;onaje fofo. cuya condición de eunuco se
vinaba en su morbidez, pregonaba al són de
:;Jil6talOR ele bronce. cobertores ele un tejido singu• que producía el insomnio y el deseo. Cobertocuya alnlieión hablan pedido infructuosamenAt loa eiuclad•nos honrados. Pues mi ciuclad AAbía
...,r, Rabía ,ivir.
Al anochecer recibí dOR visitas que cenaron conJli¡o. Un condiscípulo jovial, matemático _cuy~ vi!111 desarreglada era el escándalo de la ~ienc1a, "!
• agricultor en~iquecido. La gente sent1a neces141d de visitarse después de aquellas chispas ele colillft. De ,·isitarse y de beber, pues ambos se reti~eompletament• borrachos. Yo hice una ráp1!ila salida. La ciudad, caprichosamente iluminada,
labia aprovechado la coyuntura para decretarse

¡~;

23

�LEOPOLDO

LfíGONES

LA

DE

LLUVIA

FUEGO

una noche de fiesta. En algunas cornisas, alumbraban perfumando, lámparas de incienso. Desde sus
balcones, las jóvenes burguesas, excesivamente ataviadas, se divertían en proyectar de un soplo a . lai
narices de los transeu.ntes distraídos, tripas pinti.rrajeadas y crepitantes de cascabeles. En cada tsquina se bailaba. De balcón a balcón cambiá.bansf'
flores y gatitos de dulce. El césped de los par~ues,
palpitaba de parejas ...
Regresé temprano y rendido. :Nunca me acogí
al lecho con más grata pesadez de sueño.
Desperté bañado en sudor, los ojos turbios, la
garganta. reseca. Había afuera un rumor da lluvia.
Buscando algo, me apoyé en la pared, t ·por mi
cuerpo corrió como un latigazo el escBlofrío del
miedo. La pared estaba caliente :_\" conmovida por
una sorda vibración. Casi no necesité abrir la ventana para darme cuenta de lo que ocurría.
La lluvia de cobre había vuelto, pero esta wz nutrida y compacta. Un caliginoso vabo sofocaba la
ciudad: un olor entre fosfatado y urinoso apestaba el aire. Por fortuna, mi casa estaba rodeada de
galerías y aquella lluvia no alcanzaba a las puertas.
Abrí la que daba al jardín. Los árboles PStaban
negros, ya sin follaje; el piso, rubierto de bojas
carbonizadas. El aire, rayado de vírgulas de fuego, era de una paralización mortal; y por entre
aquéllas, se divisaba el firmamento, siempre impasible, siempre celeste.

Llamé, llamé en vano. Penetré hasta los aposentos famularios. La servidumbre se había ido. Envueltas las piernas en un cobertor de biso, acorazándome espaldas y cabeza con u.na bafiadera de
metal que me aplastaba horriblemente, pude llegar
hasta las caballerizas. Los caballos habían desaparecido también. Y con una tranquilidad que
bacía honor a mis nervios, me dí cuenta tle que estaba perdido.
Afortunadamente el comedor se encontraba lleno de provisiones; su sótano, atestado de vi.nos.
Bajé a él. Conservaba todavía su frescura; hasta
&amp;U fondo no llegaba la vibración de la pesada lluvia, el eco de su ~rave crepitación. Bebí una botella, y luego rxtraje de la alacena secreta el pomo
de vino envenenado. 'fodos los que teníamos bodega poseíamos uno, aunque no lo usáramos ni tuviéramos convidados cargosos. Era un licor claro
e insípido, de efectos instantáneos.
Reanimado por el vino, examiné mi situación.
Era asaz sencilla. :No pudiendo huir, la muerte
me esperaba; pero con el veneno aquél, la muerte
me pertenecía. Y decidí ver eso todo lo posible,
pues era, a no dudarlo, un espectáculo singular.
¡lTna lluvia de cobre incandesc~nte ! ¡ La ciudad
en llamas! Yalía la pena.
Suhí a la terraza, pero no pude pasar de la
puerta que daba acceso a ella. Veía desde allí lo
bastante, sin embargo. Veía y escuchaba. La sole-

24

25

�LEOPOLDO

LUGOXES

LA

LLUVIA

DE

FUEGO

Percibíase claramente la combustible lluvia, en
trazos de cobre que vibraban como el cordaje innumerable de un arpa, y de cuando en cuando
~ezclábanse con el~a ligeras flámulas. Humaredas
negras anunciaban incendios aquí y allá.
Mis pájaros comenzaban a morir de sed v hube
de bajar hasta el aljibe para llevarles ag~1a. El
sótano comunicaba con aquel depósito, vasta cisterna que podia resistir mucho al fuego celeste;
mas por los conductos que del techo y de los patios
desembocaban allá, habíase deslizado algún cobre
Y el. agua tenía un gusto particular, entre natrón
Y orma, con tendencia a salarse. Bastóme levantar
l~s trampillas de mosaico que cerraban aquellas
v1as, para cortar a mí agua toda comunicación
con el exterior.
Esa tarde J' toda la noche fué horrendo el espec-

táeulo de la ciudad. Quemada en sus domicilios,
la gente huía despavorida para arderse en las calles, en la campiña desolada; y la población agonizó bárbaramente, con ayes y clamores de una
amplitud, de un horror, de una variedad estupendas. No hay nada tan sublime como la voz humana. El derrumbe de los edificios, la combustión de
tantas mercancías y efectos diversos, y más que
todo la incineración de tantos cuerpos, acabaron
por agregar al cataclismo el tormento ele su hedor
infernal. Al declinar el sol, el aire estaba casi negro de humo y de polvaredas. Las flámulas que
danzaban por la mañana entre el cobre pluvial,
eran ahora llamaradas siniestras. Empezó a soplar
un viento ardentísimo, denso, como alquitrán caliente. Parecía que se estuviese en un inmenso
horno sombrío. Cielo, tierra, aire, todo acababa.
No había más que tinieblas y fuego. ¡ Ah, el horror
de aquellas tinieblas que todo el fuego, el enorme
fuego de la ciudad ardida 110 alcanzaba a dominar; y aquel hedor de pingajos, de azufre, dE&gt; grasa cadavérica en el aire seco que hacía escupir sangre; y aquellos · clamores que no sé cómo no acababan nunca, aquellos clamores que cubrían el rumor del . incendio, más vasto que un huracá11.
aiuellos clamores en que aullaban, gemían. bramaban todas las bestias con un inefable pavor de
eternidad ...
Mi casa empezaba a arder.

26

27

dad era absoluta. La crepitación no se interrumpía sino por mio que otro ululato de perro O explosi~n anormal. El ambiente estaba rojo, ;. a su
traves, troneos, chimeneas, casas, blanqueaban con
una lividez tristísima. Los pocos árboles qu&lt;' conservaba_:1 follaje retorcíanse, negros, de un negro
de estano. La luz había decrecido un poco, no obstante de persistir la limpidez celeste. El horizonte
estaba,_ esto sí, mucho más cerca, y como ahogado
en.. cenizas. Sobre el lago flotaba un denso ,:apor,
que algo prevenía la extraordinaria sequedad del
aire.

�L E O P O L D O

LUG~lf

Bajé a la cisterna, sin haber
tonces mi presencia de ánimo, pero entera
erizado con todo aquel horror ; y al verme de p
to en esa obscuridad amiga, al amparo de la
cura, ante el silencio del agua subterránea, me
metió de pronto un miedo que no sentía -estoy
guro- desde cuarenta años atrás, el miedo ·
til de una presencia enemiga y difusa ; y me
g llorar, a llorar como un loco, a llorar de mi
allá en un rinc6n, sin rubor alguno.
No fué sino muy tarde, cuando al escuchar
derrumbe de un techo, se me ocurri6 apuntalar
puerta del sótano. Hícelo así con su propia
lera y algunos barrotes de la estantería, de
viéndome aquella defensa alguna tranquilidad;
porque hubiera de salvarme, sino por la ben'
influencia de la acción. Cayendo a cada insta
en modorras que entrecortaban funestas p
llas, pasé las horas. Continuamente oía der
bes allá cerca. Había encendido dos lámparas q
traje conmigo, para darme valor, pues la ciste
era asaz lóbrega. Hasta llegué a comer, bien q
sin apetito, los restos de un pastel. En cambio
bí mucha agua.
De repente mis lámparas empezaron a amo
guarse, y junto con eso el terror, el terror pa
.zante esta vez, me asaltó. Había gastado sin
nrtirlo toda mi luz, pues no tenía sino aque
18

LLUVI.A

DE

FUEGO

No advertí, al descender esa tarde, t&gt;n
todas conmigo.
luces decrecieron y se apagaron. Entonces
que la cisterna empezaba a llenarse con el
del incendio. .. o quedaba otro remedio que
; y luego, todo, todo era preferible a morir
o como una alimaña en su cueva.
duras penas conseguí alzar la tapa del sótano
los escombros del comedor cubrían. . . . .
• . Por segunda vez babia cesado la lluvta m. Pero la ciudad ya no existía. Techos, puerpn cantidad de muros, todas las torres, yaen ruinas. El silencio era colosal, un Vt&gt;rdasilencio de catástrofe. Cinco o seis gra~des
redas empinaban aún sus penachos; y baJo el
o que no se había enturbiado un ~o~ento, ~n
cuya crudeza azul certificaba_ mdüerenc1as
, la pobre ciudad, mi pobre ciudad, muerta,
para siempre, hedía como un verdadero ca8•

er.singularidad de la situación, lo e~orme del
meno y sin duda también el regoe1Jo de hae saÍvado único entre todos, cohibían mi doreemplaz~dolo por una curiosidad som~ría.
arco de mi zaguán había quedado en ~1e, Y
dome de las adarajas pude llegar a su cima.
0 quedaba un solo resto combustible y aquello
parecía mucho a un escorial. volcánico. _A tr:
en los parajes que la ceruza no cubrta, bri-

n

�,~ fOPOLDO

'
. . . ..- .. --.;.c1etaep,e1..wn
. . tl ledo clél Werto, napland..ra . . .
·. _. 4-....,. 11D anqal ele eobre. • i . m
-•lao&amp;ra-11911.iel.11eo,i......,"... de ... ec:cl ...._ - tormata.
du la que hl!fan -•tieniclo NIJ)lnble el
iuante el eateotimo. Bl Ni
In--,
114f11111r cdndacl . ers.;-lla a a,obiarme eon
JaNlcla cl9olae16n, eaando llaeia el lac1o c1el pu
J)lll'el"bf a bulto que ftlllba entre la ralna.
11P llcabÑ, y llabfame penibiclo oiertamen-, p

brilla•

- cUl'lcfa •

mf.

N9 ,..__ •«Jemtn aJa,mo de extraa,llep, y á'e;ando por el areo Yino a NPtane
·JPlro. Tratüue de 11D piloto, IAlvado COPIO
en 'ua 'bedep, pm, apulialeanclo a

1a propl,

rio. .A.llalla de •IOt6nele el arna y por ello

Aaeraraclo • eete l81peeto, - ~ • in
le. Toct.. 1- .llarooa ardieron, loa muellee, 1- el
~ ¡ y el lap llabfue vuelto •marro. AIIPlf
adT,rti que llaJll6..... 'a TIIII baja, DO - affli4
'ri ,-fp- por c¡u'- A leYADtar la mfa•
Of"'8e Pli bodep donde quedaban a6n dos doll
.... d e ~ altrnnoa qu.oa, todo el Yino ••.~
De repente Dotam.Ol' 1111a pohareda llaeia el lacl
c1el dlllierto. la PGhueda de una carrera. AJP4
na ;anida que timaban, qlliá, en -•ro, lea
J)lltHetu de ...... o de Seboim.

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L L . U VI ,t

I&gt;- I, ,

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to h ~ de M111uir ~ ...._._ eapectUnlo tan t11Dlaclor IGllio .,...__ · ·
1111 tropel de 1 - , lM . . . . .obhfirl: l E
1h1hrto, . - _.,,_, ,. la ei1ldíld a·•
twiw de Nd, enloqueeidcw de 1""1Mlfa,e
Ncl y no el llaabre era lo que Jea adu • ;
puuon junto a Deaobul IBl aclNttilw. tY.
•'116 eatado Tenfan I Nada ·eU• h!OIGíC,..
tan 16pbfflUJlte la
- eonio gatos - - . ndaeida i:- " · ••
Ul'Ollea la crin, lea ijal'el, en 4ellNiml de c6micoa a medio Telltir, coa ·1a fera
el rabo
y erilpado el de . _
que l117e, lu garru p v ~ , elion1 11do
-todo aquello deefa a la elal'AI - 1"1,
de IJorror llajo el uote oeleate, al utr ele Ju
ru enernu que no habfan eOIJletrl)ido -

.• ~e.

agudo

'lea.

illdaban loa

annidorea -

-

11D

denuf!I

ojoe, y bl"OHl19ente ~
.-n-era en b1J1C&amp; de otro dep61ito, a,otado tam; haata que aentúd- )MIi'. tiiitu ea temo
po,trero, eon el e,ileinado hoeieo a alto, la
11 vagoroaa-de deitolaoi6n y de eternidad, que,
• al cielo, eetoy llel'lll'O, Jllli[iúeme a ragir.
JAia 1. • • nada, ni el f'AtaeliRDO - - hm::or.a,
llet ~lamor de la eiudad moribmufa era taJt lorroeomo - llanto de bema eobte Ju ninaa.
oa rugjdoe tenfan WlA evicleneia de palabra.
O

en -

11

�·il•--

J 1771-lll q1Qá 'alle qft delGNI de
J -de c1eal-. a
di'1'lllidld 11'-n •
Aeinta de la heada a,repba a su
aaerte, él pavor de lo inoomprenaible. 8i
taN lo lllftO, el 101 eaotidiuo, el eielo
inieno t...ñar. ¡par q1t6 • udfan 1 JJOI'
ltabfa apa t. . . Y eueeieaclo de toda idea
lMNa loa •ofrmoa, 1111 llanor era
deeir, IÚII eapantoao. Bl U'lllllpOl1,e de 11t
eJnábalOI a eieri,. f t p Doei6n de
ute aquel cielo de donde había eatado
llu'ria infernal, y 1111 nigidoe pregmmbaD
- t e aleo a la tremoda que oaUNba
4-, ¡.Ali! ... rusidoa, lo tnieo de
• IIIJ8 ..-nabaD a6D aqaellaa iftu
ella: éúl oaemabaD el horrendo Nereto
c:M tnf.,; e6mo interpretaban m III dolor
Dl8dlable la eterna aoledad, el eterno ai'ileDllij

are-

.--.-d...

.

A:q~ no debía durar mueho. Bl metal

•

r•

ai .....,.._ . . . de la

hiri••

771161tiaa-,a1Rlen-,aro-de-

(lrfo,,éehar el apa de la elnerna en mi balo
; 7 deapuá de buaar hlttllmente 'QJl 1ft.
jab6D, darmdl a ella por la II lin■1a que
pan efeetnar n lill.¡,- na
ba - . , . el poao de .,._, 4118 me
un gran bieneetar, apeau turi.do por la
de la mu.ene.
agua ' - 7 la ohaenridad, me deTolriffllll
ffinpp,oaidadea de mi aiatenela de rieo que
de ecmehür. Bunclido iuta el nello, el
de la U:,pi- 1 chloe impnei6D de

. ..--de---.

afuera el lmnoú de faet!o. l'cn,n•1,,_ a eaer -.brGa, De la bodep DO llepaolo rumor. Pereil,f m - UD !dejo de Jla.
iJH entraban por la puerta del 16tuo, el . .
• tufo ~ . , • Llffé el pomo a mi■

cla&amp;9 empu6 a llover de nuev,o, mú
_.. ,-do que nunea.
Ba ~ Rbito deeeemo, aleenemoe a
qu 1- iftu • deab&amp;Ddaban bwando a •

Jo1--.hra■•
•
IJ"CUIOI a la bodep, DO aiD q1le D08
ru al¡1IIIU ehl■pu, 7 eompnndiendo que

nuevo oh!IJ)aff6D iba a

CODIUJDar

la ruina, me

, - , a ~hlir.
11

•

ll

�LA ESTATUA DE SAL

H

E aquí cómo refirió el peregrino la verdadera historia del monje Sosistrato:
Quien no ha pasado alguna vez por el mo1188terio de San Sabas, diga que no conoce la desolaei6n. Imaginaos un antiquísimo edificio situado sobre el J orclán, cuyas aguas saturadas de arena amarillenta, se deslizan ya casi agotadas hacia el mar
muerto, por entre bosquecillos de terebintos y manzanos de Sodoma. En toda aquella comarca no hay
más que una palmera cuya copa sobrepasa los muros del monasterio. Una soledad infinita, sólo turhda de tarde en tarde por el paso de algunos nólllades que trasladan sus re baños ; un silencio colou.l que parece bajar de las montañas cuya eminencia amuralla el horizonte. Cuando sonla el viento del desierto, llueve arena impalpablP ; cuando el
viento es del lago, todas las plantas quedan cubiertas de sal. El ocaso y la aurora se confunden en
lllla misma tristeza. Sólo aquellos que deben expiar
rtandes crímenes, arrostran semejantes soledades.
En el convento se puede oír misa y comulgar. Los
onjes, que no son ya más que cinco, y todos, por ·
35

�LEOPOLDO

L

U G O N
ESTATUA

lo menos, sexagenarios, ofrecen al peregrino
modesta colación de dátiles fritos. uvas, agua
río y, algunas veces, vino de palmera. Jamás ~al
del monasterio, aunque las tribus vecinas los respe-.
tan porque son buenos médicos. Cuando muere alguno le sepultan en las cue-vas que hay debajo a Ja
orilla del río, entre las rocas. En esas cuevas am.
dan ahora parejas de palomas azules, amigas dél
convento; antes, hace ya muchos año~, habital'OII
en ellas los primeros anacoretas, uno de los cual•
fué el monje Sosistrato cuya historia he pro
tido contaros. Ayúdeme Nuestra Señora del Carmelo y vosotros escuchad con atención. Lo que vait
a oir, me lo refirió, palabra por palabra, el hermantPorfirio, que ahora está sepultado en una de 1cuevas de San Sabas, donde acabó su santa vida t
los ochenta años,en la virtud y la penitencia. Dios
le haya acogido en su gracia. Amén.
Sosistrato era un monje armenio, que había r&amp;,
i;uelto pasar su vida en la soledad con varios jóvenes compañeros suyos de Yida mundana, recién.
convertidos a la religión del Crucificado. Perten&amp;cía, pues, a la fuerte raza de los estilitas. Despuél
de largo vagar por el desierto, encontraron un dfl
las cavernas de que os he hablado y se instalarmi'
en ellas. El agua del Jordán, los frutos de UIII'
pequeña hortaliza que cultivaban en común b&amp;ltaban para llenar sus necesidades. Pasaban lo~ díaí
orando Y meditando. De aquellas grutas surgían
36

D E

·s

A L

nmnas de plegarias, que contenían con su esrzo la vacilante bó,eda de los cielos próxima a
~plomarse sobre los pecados del mundo. El sacri' o de aquellos desterrados, que ofrecían diariaEJte la maceración de sus carnes y la pena de sus
os a la justa ira de Dios, para aplacarla, eYin muchas pestes, guerras y terremotos. Esto no
saben los impíos que ríen con ligereza de las pe• ncias de los cenobitas. Y sin embargo, los sacri(Íéios y oraciones de los justos son las claves del
ijJ!ho del universo.
A1: cabo de treinta años de austeridad y silencio,
&amp;aistrato y sus compañeros habían alcanzado la
antidad. El demonio, vencido, aullaba de impotenBa bajo el pie de los santos monjes. Estos fueron
abando sus vidas uno tras otro, hasta que al fin
~trato se quedó solo. Estaba muy viejo, muy petueñito. Se había vuelto casi transparente. Oraba
lrrodillado quince horas diarias, y tenía revelaciofles. Dos palomas amigas, traíanle cada tarde alinnos granos de granada y se los daban a comer
ton el pico. Nada más que de eso vivía. En cambio,
~)fa bien como un jazminero por 1a tarde. Cada año,
él viernes doloroso, encontraba al despertar, en la
aabecera de su lecho de ramas, una copa de oro
a de vino y un pan con cuyas especies comulga' absorbiéndose en éxtasis inefables. Jamás se le
oeurrió pensar de dónde vendría aquello, pues bien
atbía que el señor Jesús puede hacerlo. Y aguar37

�LE 0-P O L DO

LUGONEB

&lt;laudo con unción perfecta el día de su ascensión 1
la bienaventuranza, continuaba soportando sus añoe,
Desde hacía más de cincuenta, ningún caminanft
había pasado por allí.
Pero una mañana, mientras el monje rezaba con
sus palomas, éstas, asustadas de pronto, echaron 1
volar, abandonándole. Un peregrino acababa de llegar a la entrada de la caverna. Sosistrato, después
de s~lu~a le con santas palabras, le invitó a repo.
sar, rndrnandole un cántaro de agua fresca. El desconocido bebió con ansia como si estuviese anonadado de fatiga; y después de consumir un puñado
de frutas secas que extrajo de su alforja oró en
compañía del monje.
'
Transcurrieron siete días. El caminante refirió
su peregrinación desde Cesárea a las orillas del mar
Muerto, terminando la narración con una historia
que preocupó a Sosistrato.
-He visto los cadáveres de las ciudades malditas, dijo una noche a su huésped; he mirado humear el mar como una hornalla, y he contempla•
do lleno de espanto a la mujer de sal, la castigada esposa de Lot. La mujer está viva hermano
mío, Y yo la he escuchado gemir, y la h~ visto sudar al sol del mediodía.
-Cosa parecida cuenta Juvencus en su tratado
"De Sodoma ", dijo en voz baja Sosistrato.
-Sí, conozco el pasaje, añadió el peregrino. .Al·
go más definitivo hay en él todavía; y de ello re-

7

36

l

A

ESTATUA

D E

S A L

sulta qne ]a esposa de Lot ha seguido siendo, fitñológicamente, mujer. Yo he pensado que sería
obra de caridad libertarla de su condena ...
-Es la justicia de Dios, exclamó el solitario.
-¿No vino Cristo a redimir también con su sacriftcio ]os pecados del antiguo mundo ?-replic6 suar~mente el viajero, que parecía docto en letras sag-raHas. t.Acaso el bautismo no lava igualmente el IH~&lt;'a~o contra la Ley que el pecado contra el Evangelio? ...
Después de estas palabras, ambos se entregaron
al sueño. Fué aquella la última noche que pasaron
juntos . .Al siguiente día el desconocido partió, llevando consigo la bendición de Sosistrato, y no necesito deciros que, a pesar de sus buenas apariencias, aquel fingido peregrino era Satanás en persona.
-El proyecto del maligno fué sutil. Una preocupación tenaz asaltó desde aquella noche el espíritu del santo. ¡ Bautizar la estatua de sal, libertar
de su suplicio aquel espíritu encadenado! La caridad lo exigía. la razón argumentaba. En esta lucha transcurrieron meses, hasta que por fin el monje tuvo una visión. Un ángel se le apareció en sueños y le ordenó ejecutar el acto.
Sosistrato oró y ayunó tres días, y en la mañana
del cuarto, apoyándose en su bordón de acacia, tomó, costeando el Jordán, la senda del mar Muerto.
La jornada no era larga, pero sus pirrnas cansa39

�L E O P O L D O

L U G O N

das apenas podfan ~nerle. Al! marchó d
doa dfaa. Laa fieles palomas eontinuaban a ·

,1

Undole eomo de ordinario, y
rezaba mneho,
fundamente, pnea aquella resolución afligfa)e
eztremo. Por fin, cuando 111a pies iban a faltar
laa montañas ae abrieron y el lago apareeió.
Loa esqueletoa de laa eiudadea deatnúdas iban
eo a poeo deavaneeMndose. Algunas piedras
madu. era todo lo que reataba ya: trozos de a
hilerae de adobes carcomidos por la sal ,. eim
dbs en betún. . . El monje reparó apen.,; en
j~tet reatos, que proeuró evitar, a fin de que
pies no ae manchasen a su eontacto. De repente
do su viejo cuerpo tembló. Acababa de advertir
cia el sud. fuera ya de los escombros, en un
de laa montaiiaa deade el cual apenas se los perci
la ailueta de la estatua.
Bajo su manto petriJicado que el tiempo ha
roldo, era larga y fina como un fantasma. El
brillaba con límpida incandeaeencia, calcinando
roeu, _haciendo eapejear la capa salobre que cub
las hoJas de los terebintos. Aquellos arbustos,
la reverberación meridiana, parecían de plata.
el ci,lo no habla una sola nube. Las aguas ama
dormían en su earacterlstiea inmovilidad. C
el viento soplaba, podfa eaeucharse en ellas, d
los peregrinos, cómo ae lamentaban los ea
de las ciudades.
Sosistraio ae aproximó a
40

E S TA

T l' A

D E

S A L

dicho verdad. Una humedad tibia cubrfa au
Aquellos ojos blancos, aquellos labios blanban compietamente inmóviles bajo la inde la piedra, en el sueño de 8U8 siglos. Ni
·cio de vida salla de aquella roca. El sol la
ha con tenacidad implacable, siempre igual
hacia miles de años, y sin embargo, eaa efigie
viva, pueato que audaba ! Semejante sueiio
el miaterio de los espantos blblicos. La códe Jehová babia pasado sobre aquel ser, eaamal~ma de carne y .de peiiasco. ¡ No era•
•dad el intento de turbar ese suelio T ¡ No caepecado de la mujer maldita sobre el inaenque procuraba redimirla T. Despertar el misuna locura criminal, tal vez una tentación
infierno. Sosiatrato, lleno de congoja, ae arro• orar en la sombra de un bosquecillo ...
o se verificó el acto, no os lo voy 'I decir.
únicamente que cuando el agua sacramental
sobre la estatua, la sal ae diaolvi6 lentamente,
los ojos del solitario apareei6 una mujer, vieja
la eternidad, envuelta en andrajos terribles,
lh·idez de ceniza, flaca y tembloroea, llena
·glos. El monje que habla ,isto al demonio ain
o, sintió el pavor de aquella apariei6n. Era el
lo réprobo lo que se levantaba en ella. Eaos
vieron la combustión de loe azufres llovidos
la cólera divina sobre la ignominia de las cin; esos andrajos estaban tejidos con el pelo

es

41

�L E O P O l [) O

ESTATUA

""°"

de los camellos de Lot;
pies bollaron
nizas del incendio del Ererno ! Y la espantoaa
jer le habló con su ,·oz antigua.
Ya no recordaba nada. 86l0 una vaga viaicSia
incendio, una sensación tenebrosa despertaba a
vista de aquel mar. Su alma estaba vestida de
fuaión. Habla dormido mucho, un sueño negro
el sepulcro. Sufría sin saber por qué, en aquella
mersión de p&lt;'ffadilla. Ese monje acababa de sal
Lo sentía. Era lo único claro en Bu visión
te. Y el mar. . • el incendio. . . la catáatrofe ..•
ciudades ardidas ... •todo aquello se desvaneofa
una clarovidente visión de muerte.-Iba a morir.
taba aalvada, pues. ¡ Y era el monje quien la
salvado!
•
Soaistrato temblaba, formidable. Una llama
ja incendiaba SUB pupilas. El pasado acababa
desvanecerae en él, como si el viento de fuego
hiera barrido su alma. Y sólo este convenci ·
ocupaba su conciencia: ¡fo mujer de Lat utaba
El sol descendía hacia las montañas. Púrpura
incendio manchaban el horizonte. Los días
coa .re,·h·ían en aquel aparato de llamaradas. Era
mo una resurrección del castigo, reflejándose
segunda vez sobre las aguas del lago amargo.
sistrato acababa de retroceder en los siglos.
cordaba. Habla sido actor en la catástrofe. Y
mujer. . . ¡ Esa mujer le era conocida 1 ·
Entonces un ansia espantosa le quemó las
42

DE

SAL

8u lengua habló, dirigiéndose a la espectral
'tada:
Knjer, respóndeme una sola palabra.
Habla . . . pregunta ...
_,Responderás'
¡
ble . me has salvado!
' na
'
ta brillaron como si en ellos
ojos del aDBCore
'
. h 1
resplandor
que incendia a as
coneen trase el
ta~s. dime
.
. t e cuando tu rostro se vol-MUJer,
qué Vl8
para mirar.

.

le rea ondió:
p
'
-Oh, no... p o_r Elohim' no qmeraa saberlo.
_. Dime qué V1Ste !
-~o. . . no. . . 1Seria el abismo 1
-Yo quiero el abismo.
-Ea la muert,,. • •
-¡ Dime qué viste 1
-No puedo ... ¡no quiero!
-Yo te he aalvado.
-No ... no ...
El sol acababa de ponerse.

Una voz anudada de angustia,.

-¡ Hab~

1

• ó Su voz parecía cubierta
La muJer se aproDm
.
. ba
.
aba,
ae orepuaculiza , agompol vo; se apag

d

do.

1

-¡ Por las cenizaa de tua pa rea ....

E~=:~ !aquel espectro aproximó su boca al oid

�LEOPOLDO

LUGONE/:J

do del cenobita, y dijo una palabra. Y Sosistrato
fulminado, anonadado, sin arrojar un grito, cayÓ
muerto. Roguemos a Dios por su alma.

FRANCESCA

e

.

ONOCILE en Forli, adonde había ido para visitar el famoso salón municipal decorado por
Rafael.
Era un estudiante italiano, perfecto en su género. La conversación sobrevino a propósito de un
dato sobre horarios de ferrocarril, que le pedí para
trasladarme a Rímini, la estación inmediata; pues
en mi programa de joven viajero, entraba, naturalmente, una visita a la patria de Francesca.
Con la más exquisita cortesía, pero también con
una franqueza encomiable, me declaró que era pobre y me ofreció en venta un documento-del cual
nunca había querido desprenderse,-un pergamino
del siglo XIII, en el cual pretendía darse la verdadera historia del célebre episodio. Ni por miseria,
ni por interés, habríase desprendido jamás del documento; pero creía tener conmigo deberes 11 de
confraternidad", y, además, le era simpático. Mi
fervor por la antigua heroína, que él compartía
con mayor fuego, ciertamente, entraba también
por mucho en la transacción
Adquirí el palimsesto sin gran entusiasmo, poco
45

�L E O P O L D O

dado como soy a las inve tigaciones .hist6ricas;
mas apenas lo tuve en mi poder, cambié de tal modo a u respecto, que la hora escasa concedida en
mi itinerario para salvar los cuarenta kilómetros
medianeros entre Forli y Rímini, se transform6 en
una semana e~tera. Quiero decir 9ue permanecí
siete días en Forli.
La lectura del documento habría sido en extrt'mo
difícil sin la ayuda de mi amigo fortuito: pero éste e lo sabía de memoria, casi como una tradición
de familia, pues pertenecía a la suya desde una remota antigüedad.
Cuanta duda pudo caberme sobre la autenticidad di' aquel pergamino, qued6 dt&gt;svanecida ante
su minucio. a inspección. Esto fué lo que me tomó
más tiempo.
El documento está en latín, caligrafiado con esas
bellas y fuertes g6ticas tan características del siglo
XIII; y que, no obstante un avanzado deterioro, on
bastante legibles, gracias a la cabal individualización
de cadn letra en el encadenamiento de los ren~done , y a la anchura de lo espacios intermedios entre ésto . Hasta se halla legalizado por un '' signum
tabellionis," ciertamente muy complicado con sus
nueve lazadas, y perteneciente al notario Balzarino
de Cervis. Su data es el 12 de junio de 1292.
Si descifrar las letras no era del todo fácil, la lectura del texto resultaba pesadi~ima, por las innumerable abreviaturas y signos convencionales, que

"ª

R

A

N

e

E

s

o

A

brían hecho indispensable la colaboración de un
eógrafo, a no encontrarse allí su ant~guo dueño
o una clave tradicional; pero e a m1 mas abreturas y signos eran preciosos, por otra parte,
mo prueba de autenticidad.
Había entre ellos datos concluyentes. La &lt;&gt; atrada por una línea oblicua que baja de derecha
izquierda significando cum, signo peculiar de los
timos añ~s del siglo XIII, al comienzo del cual,
í como en los anteriores y en lo sucesivos; tuvo
ra. forma : el 2, coronado por una b, a manera
e exponente algebraico, (2h) significando d,~, y agre¡rnndo con su pre encia un dat~ mas,
uesto que las cifras arábigas no se generalizaron
n Europa hasta el siglo XIII; el 7, represen~do
r una A 11in travesaño, como para marcar die~
ición. la palabra &lt;'or¡,111.1 abreviada en su pr1n
'
9
l
mera sílaba y coronada por un 9 (t\or ) Y e vocablo fratribt(S abreviado en .ftbz con un_ ª sup~rpuesta a la_; y una i a la t; amén ~e d1v~rsos signos que omito .• •o quiero olvidar: sm embargo, las
Iniciales de la heroína, aquella J, y aquella R tan
earacteristica también en su parecido con las PP
manuscritas de nuestra caligrafía, salvo el trave1año que laii corta .
. Existen, además. en la margen del texto, a ma-.
nera de apostilla, dos escudos; un? en for~a de aneha almendra. característico también del siglo XIII
1 el otro romboidal, es decir, blasón de dama, sal47

�L E O P O L D O
vo exeepciones rarísimas como las de algunos
conti; pero los Visconti eran lombardos, y eu
época de mi documento, recién conquistaban la
beranía milanesa. Además, los blasones en cu
ti6n se hallan acolados, lo que indica unión c
yugal. Desgraciadamente, su campo no conserva
no partículas informes de la,s piezas y colores
ráldicos.
Lo que dice el documento es imposible de ser
ducido sin desventaja para el lector, pues u
do latín perjudica, desde luego, al interés con
retórica curial, sin contar la sequedad del cono
to. Haré, en consecuencia, una traducción ~n
bre como me plazca, poniendo el original a d"
sici6n de los escrupulosos, con cuyo fin lo he
positado en nuestra Biblioteca Nacional, donde p
de verse a las horas de práctica.
Comienza en estos términos que, como se ve
contradicen al Dante, a Boccaccio y al falso
c.accio, quiene3 coinciden en afirmar la cona
ción del adulterio.
Jamás hubo otra relación que una "exal
amistad'' entre Paolo y Francesca. Aun .sus
nos estuvieron exentas de culpa, y sus labios
tuvieron otra que la de estremecerse y palid
en la dulce angustia de la pasión inconfesa.
El autor dice haber tenido esta comldencia
marido mismo, cuyo amigo afirma que fué.
Francesca tenía dieciséis años (la historia ea
48

R

A

N

e

E

s

e

A

·da) cuando la desposaron con Giovanni Mala- •
, como certificación de la paz concluida entre
Polenta de Rávena y los Malatesta de Rímini.
esposo, contrahecho y feo, envió a su hermaPaolo para que se casara por poder suyo, no atredose a presentarse en persona ante la joven, en
visión de un desengaño fatal y del rechazo con·ente.
Hallábase Francesea en una ventana del palacio
riego, cuando entró al patio de honor la cabalnupcial; y una dama de su séquito, equivocatambién, ·o sobornada quizá por el futuro esposeñal6le a Paolo como al que iba a ser su efeco dueño.
De este error provino la tragedia.
Paolo era bello y joven; culto en letras, tanto
o valeroso caballero:; cortés hasta el rendi•ento y alegre hasta la jovialidad; todo lo con.o de su hermano, cuya sombría astucia rayaba
cruE&gt;ldad, y cuya desgracia física había dado en
torvo pesimismo que es patrimonio de los conhechos con talento.
La joven se desposó, así engañada; y conducida
fué al castillo conyugal, el esposo verdadero
con elJa la primera noche sin dejarse ver, pues
bía entrado a la alcoba en la obscuridad.
reía que, consumado el matrimonio, la altiv~
la dama sería la mejor custodia de sus derechos
esposo, y no se equivocaba ,en ello, por cierto;
41
4

�LEOPOLDO

L U Q O

p.ero el aeto demueatra eoa eJaridad, ui la
..., de na pa.aqpnea, como el frio oüculo flU

&amp;lacerias poma.
Bl d ~ del d ~ fué horri1,Je..
ea fAcil eolegir, para la joven deapoaad&amp;; 7
ooao en¡endr6 desprecio 7 odio haeia el •
ul abUIU&amp; de su bll8Da fe virginal, aereoi6
el amor la simpatfa que por el otro habfa em

• naeer
¡Oúuta 7 eón avos diferencia, en ef
1.te la eurioaa ansiedad del breve noviu&amp;'o,
feeJaa hasta el deleite eon la pre,otam6D cW
prometido¡ el regoeijado orgullo del d.eapcJIOl'j
la pompa religiosa 7 el esplendor DlUD
parejamente reakaban la gallardfa del
7 aquel deapertai- ea loa bruoa del mLons•
,a primer mirada de eapoao amnent6 ya
ultraje de 1lD&amp; deawoo:6anr.a el eruel llnpe
811 fatalidad l
Uno, 11'11 todo reeuerdoe de dieha entre •
atiafaoei6a juv~ de belleza inmolada en
ru; el otro, sólo tiranfa del deber
· •
p!o innoble, fealdad eobarde.
o tenú¡ Jlláa que un rugo de grandea,.
el miedo que Dllpiraba; miedo que en tnílla
JO

deber, euatocliaban au honra como doa
Ftanceaea eai,er.aba uf a encontrar, en
caso de la diclaa legitillla, la dulzura prohi ·
infiemo.

.

A

N

e

E

(J

111 tona ,rima era, qlle la rebelión ele 1ot .eorno dejaba culmne con nieves de reaiglaaPaolo era el rayo de sol que recordaba, únimarchitoe phppolloa.
~ primero, como un peligro, 111 diaereeión
veneido 1u deaconfiauaa, hasta .ubstituir
una fratenüdad melane61iea lu repulsiones del
fingido desdén.
•
eeaca, en su misantropía que la in~ba a
!edad, despu&amp;i de todo grande en el castillo, no
a guato sino eon él; pero s6lo 1e veiaa a la
~el sol, en túito eollffJÚO de no eneontrane
la DOChe.
ovanni, ocupado en estudioa t6cticos quenoa libre-llenaban na horas a medias eon
ia nada advertfa, al parecer; pero loa joro~ tan cel8808 eomo pervenoa, y a, aabienloa jóvenes se amaban, divertíaae en ver- ·
decer. Aquel peligroso juego le -atrafa como
emoción a la vez lancinante y deliciosa, por
que al !in estuviese previsto como una obra de
L
hOl'l'eDdo beso cruzaba a veeea, mgiriendo
ionea por entre aquella tortura de la dignidel 'amor eomo un refinumento del infiereso llevaba diez añoa, eaa perversidad, fordoae de tiempo y de sombra, como el vino.
tras se eontuviesen, aentfaae vengado por la
a de 811 continencia; en caso eontran"o, en
11

�LEOPOLDO

lúGONES

la muerte fatal, aquella muerte CAÍ:-A que el canto
V del poema rememora, adjetivándola con el nombre del círculo infernal mencionado por el XXXIT,
como para mejor expresar su amargura única en lo
anómalo del epíteto. Así habían pasado diez años.
l,7traheroísmos y deberes, el amor hizo al fin su
obra. La misma sencillez de relaciones entre esposa y cuñado, creó una intimidad aun acrecida por
la frecuencia de verse.
Paolo se ingeniaba de todos modos para hacer a
aquella juyentud más llcyadera su clausura en castillo tan lóbrego; y su exquisita cortesía, tanto como su grave ternura, denetían hasta las heces el
corazón de aquella mujer, en quien los refina1nientos, todavía bizantinos de su ciudad nata], habían
profrmdizado sensibilidades.
~o alcanzaba a perder en la ruda prueba su gus1o por las S(.'derías suntuosas, por las joyas y el marfil; y es de creer que en su dulce molicie r11trara
no- poco el espíritu de aquel legendario malvasía,
t1ue consolaba la decadencia de los Andrónicos, sus
contemporáneos, inmortalizando la sombría pequeñez de la helénica Monembasia. Magias de Bizancio, que el viento conducía a través del Adriático
familiar; filtros ele Bizancio diluídos en su sangre
antigua; pompas de Bizancio aún coetáneas en el
lujo y en el arte, predisponíanla ciertamente al
amor; a aquel amor más deseado en lo extremo de
· su crueldad.
52

F

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A

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E

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A

Paolo era diestro en componer enigmas, que el
gusto de la época había elevado a un rango superior de literatura, empleándolos hasta en la correspondencia secreta y en las diYisas del blasón. Su única falta consistía en usar, para los que componía a
Francesca, el único doble tema de su hermosura Y
del amor.
Los primeros pasos fueron tímidos, disimulando
la intención en la vaguedad. El pergamino recuer- ·
da uno de aquellos juegos, cuya solución consistente en una palabra que tuviese sentido, recta o
inversamente leida, daba la soluci6n en legna-a11gel.
Cita igualmente uno, al que llama "la cruz de
amor,'' así dispuesto :
ECATE

J\"'EMEA
AMORE
FURIE
ThIE:NE
O este otro, en palabras angulares, que pueden

ser Mdas lo mismo de izquierda a derecha, que dr
arl'iba a abajo, y en el cual se prrci!::a más el balbuceo del amor:
AMAI

MIME
AMOR
IERI
53

�LEOPOI,DQ

LUGONES

O este último, del mismo carácter, y que el documento llama un enigma en V:

ANIME
AMARO

CUORE
Pero vengamos a la tragedia.
Habían llegado para Francesca los veintiséis
años, la segunda primavera del amor, grave y ardorosa como un estío. Su decenio de padecer, clamapor una hora de dicha; y en la tristeza que la
Juyentud trae consigo al definirse, y que es como el
adiós amigo a la aturdida adolescencia, habíanla
a;;altado miedos de morir sin gustar una vez siquiera el ósculo redentor de toda su vida tan injustamente negra.
Aquel otoño habíalos fraternizado más en largas
lecturas, que eran vidas de santos sangrientas de
heroísmos y singularizadas por geografías monstmosas; pero un día, aciago día, el malvado cuvos
diez años de goce infemal exigían por fin rl dt,;enJace de la sangre, puso al alcance de sus penas la
p,ala11te colección del No,·ELLINo.
i-Cuántas lPycron de aquellas cien narraciones
halladas por ahí, al ar.ar, eu una alacena? Quizá pocns, desde que tanto llc~ó a turbarlos la de Lanzarote del Lago.
Pué en e] baleón que abría sobre el poniente la

?ª

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alcoba de la castellana, durante un crepúsculo cuya divina tenuidad rosa empezaba a espolvorear,
como una tibia escarcha, la vislumbre de la luna.
Desde aquel piso, que era el segundo, se dominaba todo el paisaje condensado como un borrón de
tinta bajo la luz lunar. Las densas cortinas obligábanlos a unirse mucho para aprovechar el esca80 vano abierto sobre el cielo. Juntos en el diván,
el libro unía sus rodillas y aproximaba sus rostros
hasta producir ese rozamiento de cabellos, cuya vaguedad eléctrica inicia el vértigo de la tentación.
Sus pi~s casi se toeaban, compartiendo el esca bel.
Sobre la inmensa chimenea, una licorera bizantina
que acababa de regalarlos con el delicioso licor de
Zara, despedía en la sombra de la habitación el florido aroma de las guindas de Dalmacia.
Ya no leían; y así pasaron muchas horas, con las
manos tan heladas sobre el libro, que poco a poco
se les fué congelando toda la carne. Sólo allá adentro, con grandes golpes sordos, los corazones seguían viviendo en una sombría intensidad de crimen. Y tantas horas pasaron, que la hma acabó por
bañarlos con su luz.
Galeoto fué el libro ... -dice el poeta-. ¡ Oh, no,
Dios mío ! Fué el astro.
Miráronse entonces; y lo que había en sus ojos
no era delicia, sino dolor. Algo tan distante del beso, que en ello cabía la eternidad. El alma de la joven asomábasc a sus ojos deshecha en llanto como
55

�LEOPOLDO

LUGONES

una blanca nube que se vuelve lluvia al fresco de la
tarde. ¡ Y aquellos ojos, oh, aquellos ojos negros
como dos golondrinas tle la Pasión, qué sacrificios
de ternura abismaban en el heroísmo de su silencio! ¡ Ay, vosotros los q_ue sólo en la dicha habéis
amado, envidiad la tortura de esos amantes qué,
en el crepúsculo llorado por las esquilas, gozaban,
padeciendo de amor, toda la poesía de las tardes
amorosas, difundida en penas de navegantes, de ausentes y de sentimentales peregrinos, como en el
canto VIII del Purgatorio:
Era giá l 'ora che volge 'l disío
A 'naviganti, e 'nteneriace íl cuore
Lo di ch 'lian detto a' dolci amici a Dio¡
E che lo nuovo peregrin d 'amore
Punge, se ode aquilla di lantano
Cl1e paia'l gíorno pianger che si muore.

Pálidos hasta la muerte, la luna aguzaba todavía su palidez con una desoladora convicción de
eternidad; y cuando el llanto desbordó en gotas vivas-lo único que vivía en ellos-sobre sus roanos,
comprendieron que las palabras, los besos, la posesión misma, eran nada como afirmación de amor,
ante la dicha de haber llorado juntos.
La luna seguía su obra, su obra de blancura y
de redención, más allá del deber y de la vida ...
l:na sombra emergió de la trasaleoba, manchó
fugazmente el pavimento de lozas blancas y ne56

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gras, se escabulló por la puertecilla que daba acceso al piso, y por él a la torre. Era el enano del
castillo.
Malatesta se hallaba en la torre por no sé qué
consulta de astrología; pero todo lo abandonó, descendiendo la escalera interior hasta la planta donde estaba la alcoba de la castellana; hasta debió
correr para llegar a tiempo, pues era la pieza más
distante de la torre.
El éxtasis duraba aún; pero los ojos, secos ahora brillaban como astros de condenación con toda
la ' ponzoña narcótica de la luna. Aquella palidez
desencajada tenía el hielo inconmovible de la fatalidad, y una pureza absoluta como la muerte, los
aislaba en la excepción de la vida.
Materialmente no habían pecado, pues ni a tocarse llegaron, ni a hablarse siquiera; pero el esposo 'UÍÓ en sus ojos el adulterio con tan vertiginosa claridad, con tal col!-Sentimiento de rebelión y de
delito, que les partió el corazón sin vacilar 1lll ápice. Y el pergamino le halla razón a fe mía.

57

�DOS ILUSTRES LUNATICOS
O LA DIVERGENCIA UNIVERSAL

DRAMATIS PERSONAE:

H. (desconocido, al parecer escandinavo.)
Q. (desconocido, al parecer español.)
Andén desierto ele uua estación de ferrocarril, a las onee de 1a noche. Luna llena al exterior. Silencio completo.
· Luz roja de semáforo a lo lejos. Bagajes confusamente

amontonados por los rincones.
H. es un rubio bajo y lampiño, tirando a obeso, pero singu1armente distinguido . Viste un desgarbado traje negro
y sus zapatos de charol chillan mucho. Lleva un junco de
puño orfebrado que haee jugar vertiginosamente entre los
dedos. Fuma cigarrillos turcos que enciende uno sobre otro.
Un tic le frunce a cada instante la comisura izquierda del
labio y el ojo del mismo lado. Tiene las manos muy blancas¡ no (la tres pasos sin mirarse las uñas. Camina lantando miradas furtivas a los bagajes. De cuando en cuando vuélvese bruscamente, lanza w1 chillido de rata a la
vacía penumbra, corno si hubiese alguien allí; después proaigue su marcha haciendo un nuevo molinete con el bastón.
Q. gallardea un talante alto y enjuto¡ una cara aguilefia, puro hueso¡ hay en él algo a la vez de militar y de
universitario. Su traje gris le sienta roftl; es casi ridículo, pero no vulgar ni descuidado. Trátase a todas luces de
una altiva miseria que , se respeta. Este baee el efecto de
la reserva leal, tanto como el otro causa una impresión de

59

�L E O P O L D O

L UG O.,\.ES

charlatán sospechoso. Van uno al lado del otro; pero ae
advierte que no conYe1·san sino para matar el tiempo.
Cuando llegue el treu, no tomarán el mismo coche. Tamr,oco se han visto nunca. Q. sabe que su interlocutor se
llama H. porque al llegar traia en la mano . una maleta con
esta inicial. H. l1a visto, por su parte, que el otro tiene su
pañuelo marcado con una Q.
·

ESCENA PRIMERA.
H.-Parece que hay huelga general y que el servicio está enteramente interrumpido. No correrá un
solo tren durante toda la semana.
Q.-Locura es, entonces, haber venido.
H.-Más locos son los obreros que se declararon
en huelga. Los pobres diablos no saben historia.
Ignoran que la primera huelga general fué la retirada del pueblo romano al Monte Aventino.
Q.-Los obreros hacen bien en luchar por el triunfo de la justicia. Dos o tres mil años no son tiempo excesivo para conquistar tanto bien. Hércules
llegó al confín de la Tierra, buscando el Jardín
de las Hespérides. Una montaña le estorbaba el
paso Y, poniendo sus manos en dos cerros, la abrió,
dando entrada al mar como se abre, trozándola por
los cuernos, la cabeza cocida de un carnero.
H.-Bello lenguaje; pero no ignoráis que Hércules fué un personaje fabuloso.
Q.-Para los espíritus menguados, fué siempre
fábula el ideal.
60

DOS

ILUSTRES

LUNA 1'100S

H--(volviéndose bruscamente y saludando con su junquillo
la sombra).--:N'o sé si lo decís por mí; pero os adYil'r-

to que no acostumbro comer carnero con los dedos.
Vuestra metáfora me resulta un tanto brusca.
Q.-Aunque no me es desconocido el juego del tenedor en las mesas de los reyes. he gustado con más
frecuencia la colación del pobre. Desde la baya del
eremita al pan del trabajador, duro e ingrato como
la gleba, mi paladar co~oce bien el sabor de las
. Cuaresmas.
H.-Os aseguro que tenéis mal gusto. Por mi parte, compadezco al desdichado, ciertamente. Quiero
la igualdad, pero en la higiene, en la cultura y en
el bienestar: la iguadad hacia arriba. Mientras ello
resulte un imposible, me quedo en mi superioridad.
¿ Para qué necesitamos nuevas cruces, si un solo
Cristo asumió todas las culpas del género humano 1
Q.-Es condición de la virtud indignarse ante
la iniquidad, y correr a impedirla o castigarla. sin
reparar en lo que ha de sobrevenir. ¡ Pobre de la
justiGia vilipendiada, si su socorro dependiera de
un razonamiento irreprochable o del desarrollo de
un teorema! En cuanto a mí, no deseo ni la igualdad, ni nuevas leyes, ni mejores filosofías. Solamente no puedo ver padecer al débil. M:i corazón
se subleva, y pongo sin tasa al rescate de su felicidad, mi dolor y mi peligrt&gt;. Poco importa que esto sea con la ley o contra la ley. La justicia es, con
61

�LEOPOLDO

L

U G O RE -S

frecuencia, víctima de las leyes. Tampoco sabría
detenerme ante el mismo absurdo. Pero cada monstruo que me abortara en fantasmagoría, cada empresa vana que consumiera mi esfuerzo, fueran a
la vez incentivos para empeñarme eontra la amarga
realidad. t,Por qué halláis mal que luchen a costa
,de su hambre estos trabajadores? &amp;No es el hambre
un precio de ideal como la sangre y como el llanto T
H.-Poseéís una elocuencia prestigiosa que me
habría arrebatado a los veinte años, cuando creía.
en los pájaros y en las doncellas.
Q.-Os estimaría que no dierais alcance despectivo a vuestras palabras sobre las doncellas y los
pájaros.
H.-De ningún modo. Los pájaros tienen el mismo paso (da una corridita ornitológica sobre las puntas de
los pies) que las doncellas; y las doncellas tienen
tanto seso como los pájaros. Pero vuelvo a nuestro tema. Los obreros nada lograrán con la violencia. Os advierto, entre paréntesis, que no soy propietario. Los obreros . deben conformarse con las leyes: aprovechar sus franquicias, -elegir sus diputados, apoderarse del Parlamento, cometer algunas extravagancias para despistar a los ricos, como volverse ministros, por ejemplo, y después apretarles
-crac-el tragadero. . . si es ql1e no prefieren tornarse ricos a su vez. Es un sistema.
Q.-Cn sistema abominable. Pareeéisme, a la verdad, un tanto socialista.
62

D OS

I L U S TRES

L UN A TIC O. S

H.-No lo niego; pero a mi Yez os he notado
un poco anarquista.
Q.-N o os ocultaré mis preferencias en taJ f&gt;eUtido. Amé siempre al paladín; y no sé por qué ::rnhelo de justicia desatentada, por qué anormal coraje de combatir uno solo contra huestes enteras,
por qué sombría generosidad de muerte inevitable, en la Inisma obra de la vida que otros gozarán
mejor, sin perjuicio de seguir llamando ..;rimen a la
benéfica crueldad, hallo semejanzas profundas entre los caballeros de la espada y los de la bomba.
Los grandes justicieros que asumen en sí mismos
el duro lote del porvenir humano, son como esas
abejas de otoño que amontonan a golpes de aguijón la comida futura de una prole que no han de
ver. Matan para el bien de la v-ida que sienten germinar en su muerte próxima, arañas y larvas: como
quien dice tiranos e inútiles, quizá inocentes, siempre detestables. Ellas carecen, entretanto, de boca ; no pueden. gustar siquiera una gota de miel. Sus
únic,os atributos son el amor y el aguijón. Su obra
de porvenir finca en la muerte, qu&lt;: al fin es el único camino de la inmortalidad.
H.-6Sois espiritualista?
Q.-En efecto; ¡,y vos?
H.-Materialista. Dejé de creer en el alma cuando me volví incrédulo del amor. (Estremécese con
violencia.).

Q.-¡, Tenéis frío 1
63

�L•0P0l,D0
11.-No¡ p....,¡..-te. • una PNIM!11114Íi
- - , ai queriia, y - la ea- aquel e6he
A Ja ida me pareee un elefante, y a la
hall-.
Q.-(opute). Bita , _ DO d
(alto). Ea mi eofre de viaje. Su color y 111
1:ienen, en efecto, algo de paquidenao.
B.-Ha;r aofrea -ndinavea que pareee
- · (Vaeln .. Hl&gt;"i 4&lt;.I :,)• • aingular, e6mo
eupan eatu e-. Bltaa e-. que uno
n en el oomemo con loa es,eetroa. NotariÜI
- , euando vo;r a pronunciar tal o cual
•l ojo bquierdo ae me mete por equivocaei6a
de la naris. Ea una curioaa diaeordaneia. Bl
de la "erre" me baee vibrar Ju uiiu. 1
qué ehillan tanto mis zapatoa,
Q.-No, por cierto.
B.-BII una moda hm,pra. La he adop

n -rdarme aiempre de que debo pouer I
en el mismo medio de Ju baldoau, 9in piar
junturas. Xanfa que tiene, naturalm
nombn prieo16gico.

-

COJ&gt;- • lo lejoo el relluao ele u-•&gt;·
. 1Ah, el maldito jument.o laútieo I Creo
arranearfa Ju orejas con gran placer, a , - bondad eapeoffiea.
Q.-Yo aao a loa amoa. Son pacientes :r
Su rebuzno diatante, en Ju noches ela~

.,.... ...................... .
JhupHo..

.. ,_ ..... ,.... +•••.-.•
Oü1Jc1dli1 ID

aaet

ll.-,Oll,BO.Qifilale . . .

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Romm-seeJeate;,-..rl

_y_ _ . , . _ _....., . . . . . . . . .
CriÑallf, . . w;,-.•lli•Wble,lattt.

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Noeaqaede:ra.,_,__, Rlst.-laBwfacl, 1111toneee, 11&gt; demnoll. • el •l~.Bll_U......._.la.,_..
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�DOS
LEOPOLDO

f.

[I(}

la manía de silbar vivamf'ntC' cnando Yayáis de noche por sitios solitario-,, Y cierto frío i;ltcrmitcnte
en la. espina dorsal. Pero los cs-peetros dan buenos
co11SeJ0S. Co11ocen la filosofía de la vida. llablal\
como los parientes fallecidos.
Poco a poco os vais :,intiendo un tanto contradjctorio. Cometéis extnwagancias por d placer &lt;le
cometcrl~s. Ya habéis visto lo que me pasa. }lis zapatos chillones Y mis molinetes, son estúpidos; pero ~~y agradables. Son también impc&gt;rahrns categoricos;
,
p
. formas de razonar un ta11to a·n&lt;&gt;rsas.
ero el imperio d&lt;' la razón es tan efectivo en ella:,;
como en la lógica de Aristótf'l&lt;'s.
Luego, os entra. el :fastidio de todo lo que ama y
de todo lo que vive. "Cna individualidad estupei.l.da se_ desarrolla en vuestro ser. Habéis comenzado
r?mp1endo espejos o manchando tapicas con los
p~es llenos de lodo. Luego matáis fríamente de un
pistoletazo
la oreja a vuestra yegua favorita ..
L~ego quere1s algo mejor. Ya estáis a punto. Causáis, entonces, algún mal irreparable a vuestra madre o a vuestra mujer.
Q.-¡ Caballero!
H.-¡ Eh, qué clia blos ! Dejadme concluir. Habéis
d~ saber que yo he amado. Amé a una muchacha rub1~ Y poética; una especie de celestial aguamarina.
Dabale por el canto Y por la costura ; no desdeñaba los cleportrs ; pedaleaba gallardamente en bicicleta. A la verdad, era nn tanto insípida, como la

:?

• 66

ILUSTRES

LUNATIOOS

01YES

perdiz sin cscabecbr. Pero yo la quería con una
pureza tan grande, que me hrlaba las manos. Gustábame pasar largas horas, recostada la cara en sus
rodillas, mirando el horizonte que entonces queda
a niYel con 1mrstras pupilas. Ella doblaba gentilmente la cabeza con una domesticidad dr prima que
aún no sabe. 'l'enía la barbilla imperiosa; lo;; ojos
llenos de un azul juyenil e ignorante, cuando se
los miraba bien abierto;-;; pero habitnalmentc entornábalos soñadOl' desclén. La nariz, con un ligerísimo respingo. La boca un tanto grande, pero todaYÍa sin el más ligero desborde dr ese carmfa vir~inal qlll' mancha los labios sabedores del amor, corno l'l vino a una copa rn que se ha bebido. Eran.
quizá, un poco altos y fü\cos -sus pómulos. Pei11ábasr mny uÍPll. con sólo dos ondas irregulares y flojas de su rubio cabdlo. Lle--vaba siempre descubierta la nuca, rxagrránÜo su desnudez con una incli,nación de lectura. Esta era toua sn coquetería. ¡\O
:-;r distinguían r-;ns st•nos bajo la blusa. Sus manos y
sus -pies Nan más bien larios. La falda "trotteuse ·' dejaba acfürinar sus piernas delgadas y alti,·as de 11adadora. Pues la natación constituía su
r11canto. La natación con prligro de la vida. Prohibiéronselo en ya110. Iba al río con pretexto de coger -violetas y ortigas para adornar su sombrero· de
sol.
Dejé de ai:narla cuando descubrí que pertenecía
a la infame raza de las mujrres. No sé bien si mu67

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&amp;:s.
a
!_
f

�L .E O P O L D O

L

U G

Vuestros propósitos sobre la mujer, son ci&lt;&gt;rti.1t111nt.c'!
intolerables; y no más que por reduciros a la decisión de las armas, os digo que tomo a la luna por
doncella desamparada y que no permitiré a su respecto ninguna insolencia.
H.- ( encogiéndose con un tirita miento enfermizo).
No desconoceréis, caballero, que os he tolerado a
• mi vez muchas impertinencias. La medida está
colmada. La luna es una calabaza vacía y nada mú.
Sé bien que quien escupe al cielo, cáele la saliva
en la cara. Pero tengo la boca llena como un ma~
món que echa los dientes, y veo allá un cartel que
dice: "Es prohibido · escupir en el suelo." (Quégramática!) .Así, pues, oh luna, buena pieza, toma .
(escupe hacia la luna), toma (escupe nue,·amente). toma

'

ÍNDICE
Págs.

J,AS FUBRZAS ltXTRAÑAS

Lluvia de Fuego..................... . . . . . . . . . . . . . . .
Estatua de Sal.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

5
17
35

( escupe por tercera vez).

Mis señas, caballero.
Caballero, las mías.
Q.-(Miranclo la cartulina con asombro.) j El Príncipe
Hamlet!
H.-(leyen,lo con interés). j Alonso Quijano !
Q.-(sacando su tarjeta).
H.-(haciendo lo propio).

LUNA.RIO S)tNTIMRNTAJ,

Francesca ....................... .
Dos Ilustres Lunáticos ........... .

ESCENA SEGUNDA.
DON QUIJOTE alzando los ojos lmeia su interlocutor, ad•
vierte que ha desaparecido.
HAMLRT, bnscanclo con uua mirada a don Quijote, nota
que ya no está.
El lector se da cuenta, a su vez, de que don Quijote 1
IIamlet han desaparecido.

70
71

45
. ....•......

59

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                  <text>Lectura Selecta : Revista quincenal de divulgación literaria, Escuela Tipográfica Salesiana y publicada por F. González Guerrero y Fernando Leal, a principios del Siglo XX.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>��Jt1t..1~

�AUTORES MEXICAN OS NUEVOS

BIBLIOTECA CENTRAL

U.A.N.L

�M. SILVA V ACEVES

CARA DE VIRGEN
ORRAS DEI, AUTOR.
ARQU(Ll,A OK l\lARFlI,. -México. 1916,
ASIMOJ.A.

. ..... de pauprrr carJl8imus hort-o.

Srnn1rs.

(lin prensa.)

CAllPANITAS DF. PL"-TA V CkÓNlCA DIU. Rll\"

PCLGARCITO. {J!n preparaci6D, l

LRCTURA Sl!Ll!CTA
~ll!XICO MCMXIX

�4UMP!IONI

,_....,_a..,-.w
y

N - r . ...af™, oWiJliidft&gt;,
CIIYa.J.aOWD16Mu&amp;WIS,
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IIDL&amp;W IOII IIL

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•

L minúsculo genio de la tía estaba conmovido con la relación
que ella misma iba haciendo de
las peripecias y tropiezos de su -viaje
entre Veracruz y Puebla, cuando tenía
quince años. Las palabras alcanzaban
en su boca tonos elocuentes y el ademán
de sus manos temblorosas tenía pen•
dientes de su relato los semblantes inmóviles de sus dos pequeños sobrinos.
En la habitación, que se iluminaba en
aquella hora con las últimas lnces de la
tarde, y un poco apartada del grupo,
estaba también la madre de los niños,
joven y tranquila, haciendo labor de
13

�M.

SILVA

Y

ACEVEB

costura, que sólo ititerrumpía para escuchar a la anciana en los pasajes más
vivos. El viaje se había hecho en diligencia, por caminos montañosos e infestados de ladrones, bajo lluvias torrenciales y entre compañeros que, bien
eran mercaderes cobardes que temblaban a cada peligro, o señores prudenteis que recomendaban a las señoras la
mayor presencia de ánimo. La curiosidad de los niños por conocer todos los
pormenores de aquellas pintorescas escenas de camino, se demostraba en las
preguntas con que interrumpían frecuentemente el relato de la tía. El reloj
de la iglesia vecina hizo sonar las siete de la noche. Una criada había traído
luces para alumbrar la habitación, y el
sillón bajito de la tía, y las sillas de los
niños, y el sofá en que la mamá estaba,
y el gran retrato al óleo de la tía, con
treinta y cinco años menos que al presente, suspendido sobre el sofá, y el lecho modesto y aseado que se veía junto
al muro del fondo, y todo lo demás que
había en la habitación, así como las
personas mismas, hicieron su aparición
14

CAR A

•

D E

VIRGEN

más clara entre un juego de luces y
de sombras bien marcadas.
La puerta que comuuicaba con la
ha hitación contigua se abrió silenciosamente, y dió paso a un nuevo personaje. cuyo andar lento y callado para
nada interrumpió la plática. Era el valiente Almauzor, que reinaba despóticamente en la cocina y se ufanaba con
la ausencia de ratones en los lugares
más obscuros de la casa. Vcnía a traer
el me11saje de la cocinera y, para ser
notado, se adelantó hasta el centro de
la escena y allí, sentado en sus dos pat~s traseras, fué mirando con intención
las caras de todos. Después, aprovechando una pausa, lanzó un maullido,
que era el recurso extremo de su cortesía entre los hombres. El relato dt&gt; la
tía Re interrumpió en buena hora para continuarse después; la labor de
costura se su!lpendió también, y las
ágiles manos lo acomodaron todo cuidadosamente en un cestillo blanco; los
niños saludaron a Almanzor tomándole
las manos y haciéndole danzar, y todos
imlieron por la puerta entreabierta, de15

�.U.

SILVA

Y

AOEVES

jando en la habitación los asientos vacíos y, en medio del silencio y de la
luz amarillenta de la lámpara, una como forma impalpable de la Yida doméstica de aquella casa.

II
Mnrtin Ramos era un joven pintor ...

16

�-UTIN----llll~pha&amp;clr ele provilioi. qae vi'ria •
la Capilal ele n Bitado natal,
- .. faadJie, "'Ollpusta ele .. vieja
.S. i . - , Adela, 1111 jovea .,,_ 1'11lliia,: 4- liilol de ttw 1 eutto dlla,
JNiPtiilbcaate, llePW!eet ~ 1

Ollli per eapdiiho d&amp;la UIÚ, llUido
4e
1111 plúido eaento qua

•~a

--•laiPfaDlli&amp;.
Lfap I tc

1JB&amp;t1t••--·

... __.., . . . . . . l6lo par , . . ~ , 1u 11e11ae hiju a
111141 de - a,riealt,orel, tilnen que P~ • 'rida, ,a MtUdo paadeá l&amp;JI

�.'11.

S l L l' A

Y

A C E V E 8

tras con sombra para el rótulo de mia
tienda, o enseñando a las hijas di' los
ricos a copiar flores para que su educación no quede trunca, o bien decomndo cielos rasos e iglesias, y otras
veres retocando cnadros de sacristía
&lt;'1mc&gt;g-r0cidos con c&gt;l po!Yo . .A todas estas ocupaciones se avenía la humildad
&lt;le l\fartín y de todas su genio había
triunfado: Era el mejor pintor de la
ciudad. con amigos y admiradores en
&lt;&gt;l Gobierno, amistades entre las buenas familias y protectores generosos en
el clero. Empezaba a cobrar alientos
su natural modestia para salir al campo en un bnen día de sol, con su tela
hajo el brazo, ~- rnsa:rnr el paisaje. o
hi&lt;'r1 para logral', por medio de su¡,
anústades. tener r11frente a la más bella de las hijas del afortunado agricultor, resignada y feliz con la ilusión
de un buen retrato, cuando las cosas.
como es frecueute, se ordenaron de
otro modo.
f.Ja casa del pintor Ramos, pobre como su vida, se alineaba con otras muchas, en una calle larga que se veía
20

U A R A

D ¡;;

J'IRGEN

on&lt;lular siguiendo la inclinación suave
de una colina. Su .fondo lo llenaban
los copudos lÍ:rboles del río y el vago
contorno de una sierra azul. Esa calle
atravesaba la ciudad y en lo más alto se alzaba una iglesia, cuyos muros
habían sido los primeros que en la ciud~d se levantaron, y que de tiempo inmemorial había dado nombre a la calle que dominaba : era la iglesia e.le la
Soledad. En el interior de ella se eleyaban las plegarias más sinceras de
los fieles, en su mayor parte campesinos. y la Yirg-en de su advocación era
honrada con una solemnidad qué atraía
peregrinos y mercaderes de lejanas

tü·1-ras.
En la época de que tratamos, la
ciudad-capital de aq_ueUa proYincia
estaba floreciente; r, en la última Semana Santa, todos pudiel'on notar que
rn la iglesia de la Soledad hacía falta una renovación que le permitiera
ser un reflejo fiel de la fortuna y religiosidad de sus habitantes. El Padre
Tiuiz, que era el Capellán, fué el úni1•0 en quien ese pensamiento no germi2t

�M.

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L F A

}'

A

e

E

y

E

s

nó espontáneamente. Y pasada la fiesta de aquel año, f'll que, como siempre,
había tenido la ayuda celosa de las familias prü1cipales; y &lt;leshechos los altares y vueltas las imágenes a sus nichos, y recogidas las limosnas y clasificadas las ceras sobrantes, vuelta, en
fü1, la iglesia a su vida ordinaria, se le
veía todas las tardes. cu la puerta del
atrio, de plática ociosa -:,- regocijada
con los muchachos de la escuela o con
los ncinos que pasaban. Fué necesario que lma comisión formada de comerciantes, obreros y labradores, se le
acercara y le dijera que todas las clases querían ver renovada la iglesia de
la Soledad y mejorado el culto a la
bendita imagen, para que el P. Ruiz
pe11sara en esos complicados asuntos.

III
La piadosa leyenda de Santa Eulalia ....

11

�L

A piadosa leyenda de Santa Eulalia de Mérida había sido elemento importante para que,
desde la infancia, la vocación del P.
Ruiz se decidiera por el sacerdocio.
La de,·oción por esa Santa Virgen le
había sostenido siempre, y tan bella
y levantada pareció a su espíritu la
relación de esa Yida, que adquirió, sin
darse cuenta, el gusto por las leyendas ele los santos. Con esos libros había llrnado, por muchos años, las horas ele sus días cuando era un niño_
de escuela; después, cuando fné un
mozo graduado de Bachiller E'n su
25

�(,' A R ,1

D J,;

VIRGE.Y

Seminario, y, pol' último, cuanclo fué
estndiaute de Teología y sacerdote de
Cristo. Esta afición liter·aria ¡,. salYó
de un mal estilo y dió a su convPrRa-·
ción un color anecdótico, apartán&lt;lo1::t sensiblemente clr la rigicle;,; cles¡;arnada de las formas dialécticas. ::,u g-enerosi&lt;lad y dulzlll'a no en pequeña
J)arte provenían también de allí; y :rn
en el dorado camino ele las leyendas piadosas, su espíritu se enriqueció con otTos
gustos menores que él acogió con simpntía y estaban bien en su fisonomía de
Rabio l:Omo un rasgo indispensable: su
delrit(' por leer en libros raros, su conocimiento de las buenas ediciones, su
amor ])Or las estampas finas y aquella
erudición tan bien nacida que mostraba hablando de pintura Teligio1sa.
El P. Ruiz era también un maestro
pintor, sin ostentación ni vanagloria,
con antigua devoción por el arte, al lado de maestros en su mayor parte eclesiásticos y con un gran empeüo por
llegar a hacer una obra personal. Este era el P. Ruiz a qujen la provincia
sola no llegaba a explicar, sino con-

tando con el genio qur le era propio y
la suerte singular de su educación literaria.
Cuando tuvo alrededor de sí a esos
hombres de caras sencillas y semblantes humildes, no dejó de decirles en
el tono amigable e iróniéo en que solía hablar:
-Todo se hará según vncstl'Os deseos. La arquitectura de esta iglesia
puede cambiarse y las demás artes
pueden veniT a or11amentarla; su campanario será elevado majestuosamente para que puedan sus voces llegar a
los oídos más distantes. Todo esto lo
apreciarán los hombres y se hablará
de vosotros más allá de vuestra ciudad;
despertaréis la emulación en los pueblos, vecinos y ellos también reedificarán sus templos para honrar a sus imágenes. Pero cuando parezca que todo
un clamor unánime de devoción se encanlÍna a los cielos, guiado por vosotros, habrá pasado tiempo para poner
en ruina vuestra obra, y ese vano clamor se quedará en la tierra.
'' La simtuosidad del culto es vani-

~6

'27

�1'!.

SILVA

Y

A OEVES

dad necesaria de los hombres, por eso
escucho vuestra petición; pero creo
que, no sin razón, las leyendas han mezclado en ella una influencia misteriosa &lt;le castigo o de venganza que vaga
incierta entre los santos de Dios y el
Espíritu de las Tinieblas: tan extraña llega a aparecer en un momento la
retmión de los datos y circunstancias
que concurren. Cuentan que San Agustín decía que las construcciones nuevai:; son estorbo para que el espíritu
se abandone a la meditación.
"Yo soy espíritu preocupado para
remover una piedra o para mutilar un
árbo1, porque en el fondo de mi alma
Yive la superstición; y os confieso que
las palomas que anidan en lo alto de
• las grandes ventanas de la iglesia y
cuya forma han tomado para volar al
cielo, en presencia de los mismos verdugos, las almas de las vírgenes que
fueron mártires de Cristo, son el motiYo más serio que tengo para oponerme a vuestros deseos. El "'\'Uelo de esas
palomas y la alegría que comunican
a Jr soledad de la iglesia, me (~?.TI (!01128

O A R A

DE

VIRGE,..\'

fianza en vuestra felicidad. Si las desterráis de aquí, destruyendo sus nidos,
para Clllllplir un propósito v,1110. sentiría que habíais ]Jamado sohl'C:' Y•)sot1·os un caHtigo fatal.'·
En este punto, el tono de su_ YOz hizo que cada uno de sus oyentes meditara sobre sus propios intereses para encontrar sentido en las palabras
del Capellán. Entretanto, el P. Ruiz,
con la monotonía del que no se apasiona y aconseja sólo por caridad, movió
su discurso a otra parte, diciendo:
-Sería lamentable, también, perder, por un deseo -insano. la última
muestra ele arquitectura colonial que
queda en esta Yieja ciudad. Los muros,
ennegrecidos por el tiempo, porlr:hi
cambiarse en otros de piedra blan,:a y
pulida, con simétricas ventanas ojivales y ,-idrios de colores; pero d fspíritu, como las golondrinas, tardará en
anidar allí; los altares de oro viejo,
recargados de moldurns, podrán ser
convertidos en otros de yeso y oro brillante que ningún deleite darán a vuestros ojos; nuestra noble cúpula de azu-

�M.

S 1 T, ,- A

Y

A C E V E S

lejo8, ;,qué crepúsculo habrá que no la
haga aparecer graciosa? Cualquiera
otra que la reemplace, aunque sea
más espléndida, cambiará totalmente la silueta a que nuestras callef: l'.'Stán acostumbradas. Echaremos de menos largo tiempo las torres alegres :v modestas, y el sonido de
sus campanas nos pareberá otro saliendo de las torres orgullosas que intentáis levantar. Y los cuadros venerable.o:; que conservamos, hechos para
decorar nuestra iglesia, y que vemos
toda,ía en los mismof: lugares que los
benefactores les dieron, no los admitirá el templo nuevo, o ellos deslucirían
sus tonos y al cabo serían tratados
impíamente en cualquier forma y trocados por pint~lras nuevas sin valo.r ni
tradiciones. Las preciosas maderas del
órgano, labradas con primor por la fe
religiosa, nunca más las wríamos sino mutiladas y muertas. Es el alma de
las cosas que se defiende de la destrucción envolviéndonos interiormente en
Ulla nube ele recuerdos y seutimientos
delicados, que acaba por apoyar nuestra
30

CA R A

DE

rJROEN

e.xistrncia en la existencia de ellas misma,;. Emplead YUestro celo eu conservar la iglesia como está, como la conoció
Yuestra infancia )' la visitaron vuestro-; abuelos, y no queráis acabar con
t'f;ta casa en que Dios ha vivido satisfrcho."
El f!rupo de va11iclosos hombres de
provincia no contaba con la opinión
del P. Ruiz y quedó desconcertado.
Aquella visita terminó sin réplica alg-una y cada qlJ.i_en, con la mente fi,ja en las palabras que lmbía podido conservar, besó humildemente la mauo
suaYe del Capellán, en señal de desJwdida, y todos salieron de allí cuando las primeras estre11as aparecían en
el ,•ielo de aquella tarde limpia.

�IV
Fué motivo de indecisión para las

clases ricas ....

3

�UE motivo de indeeiai6n para laa
elaaea ricu de la ciudad, durante
una semana, la actitud del P.
Ruis. En la junta inm'ediata en que se
vieron reunidos de nuevo los vecinos
principales, despu&amp; de que fué ganándoles la tranquila violencia del amor
propio, todos convinieron en que el Capellin de la Soledad era obstieulo serio
para la renovación de la igleaia, y babria
que alejarlo Bi se queria eontar con
un templo moderno, digno de la eivilizaei6n de aua habitantes. Alguien
quiao defender al P. Rniz, preaoindiendo de 8118 ideas atraasdaa, y re-

F

36

�M.

8ILVA

}T

AOEVES

cordó a todos el celo que ponía en conservar a la iglesia el noble aspecto de
monumento antiguo y venerable, y aun
citó algún sermón en que todos pudieron apreciar el amor que el Capellán tenía por cuanto era de la iglesia
y de su historia, y terminó recomendando que para lastimar menos los sentimientos del Capellán al separarlo de
su iglesia, se procurara no apartarse
de las buenas formas; que procec1iendo así, la obra piadosa tendría los mejores principios.
Con tan suave opinión, aquellos espíritus fogosos se excitaron y acabaron por consideniT al P. Ruiz como un
enemigo a quien había que vencer y
dt&gt;struir.
Aquella ciudad 110 era cabeza de
Obispado. El P. Ruiz sabía, sin embargo, que los tiros darían en el blanco, como sucede siempre que los fuertes combaten a los débiles. Se propuso, con todo, no defender su puesto,
pensando en el olvido de la mitra y
en que aquel pueblo inculto no era
digno de poseer la vieja iglesia de la
36

C' AR A

J) ¡,;

I' IR U EN

~oledad. Entretanto, se abandonó, en
espera de los acontecimientos, y en su
vida no pudo notarse el menor cambio: su misa temprano, su paseo por
el río, ya entrada la mañana, su café
de siesta en la casa del pintor "Martín
Ramos, su ejercicio de lectura en medio de sus libros, y sus oraciones de
noche, S&lt;' cumplieron con el mismo orden que antes, y sólo en algún sermón,
predicado en esos días, pudo deslizarse un ligero asomo de melancolía que
nadit&gt; notó sino .A.dela, la esposa de
:Martín Ramos, que seguía con atendón eI discurso y conocía el tono familiar del P. Ruiz.
.Adela trnía dicciuue\'e años y el
ca bello de un rubio de oro. Era una
mujer sellC'illa, sin inquietudes espirituales que le fueran propias. pero con
una grau hospitalidad para las inquietudes ajenas. Vivía entregada. por entero a su hogar, en que movían sus risas sus hijos Roberto y Celia y en que
dominaba la voz cascada de su tía Laura. llena de sentencias y consejos, y
eterna &lt;lefensora de los chiquillos.
:n

�M.

r

S I L T' A

A C 1~· V E :-,

Adela, sin encontrar Pll ello vanidad.
llevaba en sus ojos una impresión d&lt;'
i;erenidad tan consoladora, que el P.
Ruiz le había dicho alguna vez. en la.
plática de sobremesa, CJ.Ue las vírgcne&lt;;
tle :M:urillo no te1úau ojos mejores. ni
Santa Eulalia mirara de otra mauera
el cielo desde la hoguera ence&gt;nclida.
De estos o semejantes propós1tos, i;e
seguían algunas Yeces pequeños temas
de conver¡¡ación sobre la manera de
interpretar los rostros de los santos
en la pintura española e italiana,
que no poco admiraban el espíritu un
tanto rudo de ::.\fartín Ramos, hombre
sin suficientes ideas en la materia "!&lt;sin valor para descubrir el fiu de su
vida y consagrarse a él. El P. Ruiz le
estimaba, porque veía eu él un discípulo en quien había despertado algunos entusiasmos y al que pensaba llevar pacientemente hasta donde quisiera seguirlo en el camino de su educación artística. Sentía necesidad de comunicarse con alguien en aquel medio sordo y poco sensillle para recibir
ideas de alguna delicadeza; por esto,

ª"

C .-1 R A

D E

principalmente, buscó la amistad de
Martín Ramos. Afortunadamente se
encontró con gentes sencillas en las
que su espíritu generoso supo despertar bien pTonto firmes simpatía!-, hasta
que llegó a ser el visitante diario cuya
presencia era i11dispens~ble, a la l10ra
de la siesta, para tomar el café.
Dt&gt; e;;ta manera, aquel buen hombre sin
familia, a quien nadie conocía cuando
llt&gt;gó a la ciudad, haría unos diez años,
a r1uieu su modestia nunca abandonó,
ni i,;u tranquilidad, aun en medio de
las dificultades que alguna vez pudo
crearle la fírmer.a de su carácter ante
las volllntac1es ajenas, &lt;;&gt;11 ningmia
amistad. de las que contaba. se confiaba tanto como en la de aquella familia
que a sus ojos se había formado y junto a su iglesia. También allí era donde se sentía más comprenclido, y esta
Pxigcncia, que es de todos. y que él
apr&lt;&gt;ciaha en :-:;u gran valor, le hacía
considerarse como miembro de aquel
pequeño grupo cuya vida le interesaba tanto como la suya propia.

��1
1

'

1

N los cuadros ele este género,
cuido, ante todo, de la armonía
de los grupos y en particular de
las manos y del aire de las ropas,decía con tono de superioridad o
de ironía el P. ,Juan Ruiz a Martín Ramos ~~ a Adela, frente a un gran lienzo en la sacristía de Ja iglesia de ]a
Soledad, donde tenía instalado su taller. Era un lienzo no terminado que
debía figurar en el tablero central de
un tríptico en que estaba representado el martirio de Santa Eulalia de
Mérida, según se refiere en el Himno
de Prudencia, y destinado a decorar

E

"I
1 '

•

43

�JI.

SILVA

Y

AOEVE8

el muro principal de aquella eataneia.
Era la Santa de toda 811 devoei6n 7
querfa dejar en la iglesia eae :recuerdo.
Con - idea no dejaba de e-.,rar
diariamente alg6n tiempo a la ejequ.
ei6n de 811 obra, y ahora que en ella ae
podian ya apreciar loa tonoa dominan.
tea y loa dibujo. mú firmes, la traba a sua amigoa, ineapaa de eontener por mú tiempo el aeereto en que
la conelbi6 y la venia .....,liund11 hasta entonees.
En el tablero de la izquierda
la unta iba eaminan•fo en medio
de la noche, por una senda espinoaa, de hufda de la easa paterna, eon
un rico manto apenaa echado encima
para cubrirse del frío, y el aemblante
animado, indiftrente a las aapereaa
del camino, fijo en un coro de qeles q ne de lo alto le ofreclan, como en
juego de niñoa, instrumentos de martirio. Una luz blanca y dulce ilUIIÚDaba a aquella niña de doce añoa y haela
brillar su cabellera de oro agitada por
el viento. En el tablero central las llamas de una hoguera que ae eonaume

''

CARA

DE

VIR6E

envolvlan el 'cuerpo desnudo de la santa aJ tiempo de morir y l!OIDO aeariei!ndola, llepban a 811 boea y ella pare3fa guatar hondamente de UD plaeer, en
tanto que una paloma blanca abandonaba aquel euerpo y volaba plAeidamente hacia la altura en medio del eapanto de loa verdugoa. Bl tablero de
la derecha l'l!preaentaba UD palaaje de
nie'l'e aobre una ciudad eonvenei-1.
La nieve habla cubierta la hoguera y
el cuerpo de la anta virgen estaba eomo bajo UD cúdido manto. Bn 811 roem, tenla la el[J)Nlli6n de un nifio euando duerme.
--&amp;guramente que- ahon. no guatiña de ella todavfa-dijo a sua vmtantea el P. Juan Rnis, retiri6nd- a la
aanta del tablero central, que era el
6nieo expuesto, y despu6t de un rato
en que llartfn Bamoa anduvo examillindolo de cerea ain podene f - . r
iapreai6n, mienuu Adela permaneela inm6vil eontemplúdolo al lado del
Meerdote.
-¡ Por qu6 hab6ia puesto tanto euiudo, Padre, ma -belleeer aJ verdu-

"

�.A-1.

S I L V A

Y

A C E V E R

go, en tanto que el grupo de fieles que
acompaña a la santa aparece apenas
bosquejado?, preguntó Adela con senciilez.
-En estos cuadros, hija mía. como
eu las vidas de las vírgenes mártires,
lo~ ,,erdugos son siempre gentes de
calidad, gentes ricas que tenían los
primeros cargos del gobierno y cuyo
esplendor omnipotente venía a encontrar m1a pequeña resistencia, una contrariedad, en la virtud heroica de estas cristianas primitivas. Con nada se
irrita tanto la voluntad caprichosa, como con un tropiezo leve que se le
oponga, y llega en su irritación a los
excesos más graves. E'sta verdad se
repite en las vidas eserítas de los santos más de lo que pudo repetirse realmentP en la vida misma, pues seguramente, hija mía, que esos romanos
sensuales y poderosos, cedieron eon
facilidad, en la mayoría de las veces,
a Ja obcecación de las vírgenes cristianas-que tal Jes parecía la virtud
de éstas-sólo por evitarse las molestias de una eseena como la que allí sr
16

&lt;' A R A

Di!:

¡r T R G J~' X

reprl'Senta. Por lo &lt;lemás, la cara plácida de los mártires hac&lt;" dudar mucho, a nn espíritu despreocupado, acerca de la verdad del martirio.
-Entonces, Padre, no me explico,
dijo Adela escandalizada, qué es lo
que queréis pintar, ni qué valor tenga esa tradición tau arraigada de donde nace' toda nuestra devocióu por los
mártires de Cristo.
-Tranquilízate, hija mía, repuso el
P. Ruiz, satisfecho del juego de sus
paradojas. ~uestra devoción nace de
allí efectivamente, porque hemos nacido cristianos y ningún esfu&lt;'rzo nos
cuE&gt;sta entender a la víctima para simpatfaar con ella. Otra cosa es entender al verdugo; para eso tenemos que
culfrvarnos especialmente, ~· a veces ni
así se logra. Para el n1lgo in.culto,
&lt;!lH' 110 ama la fragancia del estudio, estos cuadros se conviC'rten en telas YiYas en qur su alma se Ye representada
~· atormentado su cuerpo frente a unos
penwnajes inexplicables, que en medio de su belleza y su esplendor, tienen
Ja vida más triste, porque mientras
47

��M.

S 1 L 1· A

I'

AOF:í'F:S

-(~ Y cómo ha de Ser eso, Padre Yelijo Martín.
-Intento trasladar el rostro de Adela a ese lienzo que vPis inacabado y,
si tú lo permites, la Virgen Eulalia
tendrá la expresión más fiel que le
imagino.

YI
Con el ag-ua de lluvia que escurría . ...

50

�e

1

ON el agua de lluvia ,¡ne escurría del alero del corredor, fácilmente se formaba en el patio
irregular de la casa de Martíu Ramos
uua pequeña corriente qne iba a perderse en un caño que romunieaba con
el corral_ Aquella tarde Jiabía llovido con fuerza, y después de la lluvia, los niíios, con los pies desnudos,
se divertían en estancar el agua del
pequeño arroyo, oponiénclole una presa de arena. Por entre las maceü1s que
adornaban el corredor y las yedras
,¡ne trepaban por el barandal, podía
verse, en la habitación de enfrente, a
53

�ACfiJVRS

1· I U U E .Y

la tía Laura, calaclos los vieJOS anteojos, leyendo en un libro usado que,
por el forro d&lt;' tela negra que tenía en
la&lt;, pastas, se sabía que era la Historia Sagrada, y, apena&lt;, saliendo de la
penumbra, a Adela, que cosía y escuchaba la lectura. Almanzor, tir~do sohre el sofá, con un ojo entreabie1to v
con el otro dormido, pasaba la siest~
y azotaba regaladamente la cola sobre
su flanco. De cuando en cuando Adela
levantaba la cara y fijaba la vista en
lo alto, buscando una iclea intermedia, que estaba muy lejos, por cierto, del campo de batalla en que hacía
prodigios el valor de Judas l\Iacabeo,
según leía con entusiasmo la vieja

Lo que Adela pensaba era cómo uecir al P. Ruiz lo que su marido, con
grandes reservas, le había escrito desde México. ¿El espíritu del sacerdote sería fuerte para sufrirlo y bondadoso para perdonarlo~
Hacía algún tiempo que el P. Hniz
no Yisitaba la casa de Adela, sin que
ei:;to pudiera atribuirse a la ausencia
de Martín Ramos, que dos semanas
antr&lt;.; había partido para la ciudad de
México, cou motivo de un negocio, según hizo saber, pues ya en otras Yec.es, a pesar de esas ausencias, la visita del P. Ruiz no faltaba en aquella
easa.
Los chiquillos llevaban en triunfo
la rama de madreselva para su madre,
cuando Yieron, desde la puerta del zaguán, Yeuir al buen sacerdote que les
era tan familiar amigo. Corrieron,
pues, a encontrarlo con el regocijo que
solían y él los recibió con el festejo de
costumbre. Así entraron hasta donde
estaba Adela con la tía Laura, quien
ya no pudo terminar el episodio emoci011antt&gt; que a la sazón leía. Adela se

M.

:; I f, V A

l'

tía.
De pronto la niña Celia se volvió a
su hermano Roberto y le dijo:
-Súbeme en tus hombros para alcanzar esa rama de madreselva que
tiene flores y lle,arla a mamá. que le
gustan tanto.
Y el niño la subió y la rama de madreselva pronto estuvo en manos de
Celia.
54

55

�M.

S I L V A

Y

A C E V E S

desconcertó no poco, pero entró en la
confianza de siempre al segundo instante.
-Señoras mías-dijo el P. Rui;,; sin
má!:; preámbulo-no nos habíamos visto, porque siempre huyo de comunicar malas nuevas, aun a costa de los
únicos ntos de alegría que tengo en
este pueblo ingrato. Esperé hasta el
último momento y éste ha llegado.
Nuestra vieja iglesia de la Soledad va
a ser destruida sin otra causa que el
esplendor del culto. Tanto el Gobierno ci ,·il como el eclesiástico, de quien
yo esperaba más cordura, han consentido en la obra y yo soy el vencido.
Mañana partiré de esta ciudad.
Siguió un momento de pausa solemne que la tranquilidad del P. Ruiz
pronto desvaneció, y el ascendiente de
aquel espíritu sobre los otros fué alejando piadosamente de un dese1llace
doloroso la larga plátíca de aquella
última visita. Se habló de la necesidad
de un descanso proporcionado por el
viaje y la distracción; del envío df'
frecuentes cartas; de visitar a Martín
iiti

CA R A

DE

T'fRGgA

&lt;'11 México: de guardar rn aqurlla casa algunos muebles y libros; dr la ~ran
devoción del pueblo hacia rl tríptico
de Santa Eulalia que el P. Rniz había
terminado hacía tiempo y decoraba
una pequeña capilla a Ull lado de la
nave de la iglesia. Acerca de él encargó, especialmente a Adela_, frrcuentes noticias el buen sacerdote.
La despedida fué tierna. Todos se
conmo,ieron y el P. Ruiz, para romper
delicadamente aquel momento angustioso, quiso salir de aquella casa lle·vando la rama perfumada de madreselva en rrcuerdo de los niños.

�Vil
La destrucción de la Iglesia de la Soledad ...

�A destrucción de la iglesia de la
Soledad fué rápida y la reedificación tuvo la lentitud de las
obras que patrocina una empresa cuyos fondos de administración andan
siempre muy codiciados.
El principio de esta reconstrucción,
sin embargo, fué de entusiasmo general por la nueva obra. 'roclo el mundo,
grandes y chicos, ricos y pobres. acarreaba, durante todo el domingo, su
''faena,'' o sea puñados de arena o un
canto de piedra cuyo volumen cada
quien medía por sus propias fuerzas.
Estos materiales se iban acumulando

L

61

�M.

s

I L

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A

1·

A

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E 1T E s

en un lugar de donde los operarios
pudieran servirse de ellos fácilmente.
Este resto de una tradición muy Yieja, más que un modo de construir, era
símbolo de una devoción general y de
un fervor religioso práctico y activo.
La obra fué avanzando lentamente,
bajo la dirección de arquitectos venidos de la Capital de la República, algunos de ellos extranjeros, q_ue para
dar gusto a aquellos apasionados vec111os, únicos que pagaban, empezarou por alabar su celo religioso y, procurando ajustaTSc a él, presentaron
un proyecto según el cual la iglesia se
levantaría revestida de una suntuosidad y elegancia que opacara a las mejores iglesias de los contornos, aunque
para esto fuera necesario renegar de
toda tradición y mezclar los órdenes
~- buscar los efectos más groseros a
costa de la solidez y de la armonía.
Así fué creciendo el nuevo templo sobre una base de Ol'O y de estulticia.
que no bastó para evitar derrumbes
ni peligros.
La decoración del nuevo templo fué
62

CA R A

DE

VIRGEN

&lt;'ll(•omrudacla a ).fortín Ramos, J· aqurl
¡lrupo de provincianos que encabezaba &lt;'l moTjmicnto para mejorar el culto y administraba los fondos. lo había pensionado pq.ra que en la Ciudad
&lt;le "l\,féxico estudiara el decorado que
eon vendría dar al templo.
El primer año fué &lt;le ·n rdadero fruto para Martín. Se inscribió en la Academia de San Carlos, conoció mae!'itros, empezó a Yisitar con frecuencia
bu; ¡:?'al!'rías de la Academia y los talleres de los discípulos más aYentajados,
él mismo fundó el suyo, y enderezó por
fin sm; ideas hacia el objeto de su mi~ión. Esta labor incesante no le impidió
atender desde lejos a su familia; sus
cartas fueron tiernas y- constantes. ~.\I
final de aquel año vino a la capital de
a&lt;¡uella provincia y supo todavía calmar las inquietudes de Adela, que se resignaba mal con aquella ausencia tan
larg-a; oyó todaYÍa con la ate11Ción de
sirmpre los consejos de la tía Lalll'a
Y fué amoroso con los niños. Sus vecinos admiraron sus talentos y toda la
6:!

�Al.

SIL VA

Y

A CE VES

ciudad, tácitamente, depositó en él su
mejor esperanza para el coronamiento de aquella obra.

VIII
Pero Martin volvió:, la ciudad de México ...

5

�ERO Martín volvió a la ciudad
de México a continuar estudiando sus proyectos de decoración, y en esta segunda vez la vida de
la metrópoli abrió su espíritu a la cu~
riosidad de los placeres que la pequeñez de la provincia y su timidez natural le habían ocultado.
En México, los pintores nunea han
faltado. Durante la Nueva España, llegaron a singularizar la '' Escuela
Mexicana'' que, por las telas que de
,ella nos quedan, se ve como una hija de la fuerte '' Escuela Española.''
Es pintura religiosa en su mayor par-

P

1

67

�M

SILVA

Y

AOEVES

te, hPcha para cumplir un voto, para
honrar un altar, para engrandecer una
devoción. Las iglesias coloniales, siguien_do las modas de la metrópoli,
comb1Uaban felizmente el oro abundante de sus altares con los tonos amables de las telas en que se representaban ya personajes aislados o escenas
edificantes para una sencilla devoción
cristiana. Afortunadamente pueden vertoda vía luciendo estos despojos del
tiempo, cada vez más incomprendidos
de las gentes.

s:

Los estudiantes de pintura de México concurren a la Academia de San
Carlos, noble Y viejo instituto que fundó ~- M. Carlos III, en .... , y cuya
gloria pasada bastaría por sí sola para hacer de México una distinO'uida
ciudad. Allí está la pinacoteca qu: con
el tiempo se ha formado con al.,.unos
originales valiosos de escuelas ºeuropeas, gran cantidad de copias v una
sala especial para la "Escuela ·Mexicana,'' en donde los grandes . lienzos
de lo~ Echaves, los Juárez y Arteagas, Slll llegar a un mérito excelso, Ue68

G AR A

DE

l. I R G E 1Y

nan aquel pequeño rincón de una simpatía íntima.
En este medio, el débil espíritu de
Martín Ramos recibió sólo las primeras
auras de una labor seria. Rodeado de
ami.,.os más jóvenes · que él, alegres y
lige;os, fué dejándose ganar por las
teorías que éstos le hacían, para sacudirle el polvo de la provincia, sobre la
vida que debía llevar un artista de vocación. Su propia timidez fué el mejor
aliado de su vanidad para arrastrarlo a los mavores desórdenes y hacerle olvidar p~r completo sus deberes sagrados.
El P. Ruiz, buscando la soledad y el
apartamiento, en vez de llegar a una
ranchería o poblado pequeño, en donde se hubiera considerado dichoso, vino a ser nombrado para regir el curato de uno de tantos pueblecillos que
rodean a la ciudad de México, entre
gentes pobres y laboriosas, cuyas costumbres tienen una simplicidad muy
primitiva. Son lugares solitarios y
tristes en que el espíritu despierta su
melancolía y la hermosura del paisaa:1

�J,f

&amp; I L V A

Y

A OE V E S

je lo rinde. Hasta allí iban a buscar
al buen sacerdote las cartas de Adela, cada vez más ansiosa por saber toda la verdad acerca de su marido, que
desde hacía muchos meses no le escribía.
El P. Ruiz poco se alejaba de su cura to, en donde tenía libertad y buen
humor para mil ocupaciones diversas.
Sus viajes a México eran, bien para
asmitos de su ministerio, o bien por
mero estudio. Se resolvió, sin embargo, al recibir la última y persistente
carta de Adela, a hacer viaje especial,
para saber con exactitud la vida que
hacía Martín Ramo~. Se habfa propuesto no ver más a éste desde que
supo la debilidad con que aplaudió la
destrucción de la iglesia de la Soledad
al verse encargado de estudiar el pro-'
yecto para decorar el templo nuevo.
La carta que escribió para Adela,
cuando llegó de vuelta a su curato
después de pensarla largamente, mi-'
rando a la ventana abierta sobre un
pequeño huerto de manzanos, decía
así:
70

CA R A

DE

VIRGEN

'' Tu marido, hija mía, está por ahora perdido para ti. Y digo por ahora, porque no desconfío en que el Cielo
le hará mudar de vida, en atención a
tus virtudes y oraciones.
"No fueron sus amigos los t¡ue le
hicieron cambiar, como yo creía al
principio, sino la gran soberbia que
de pronto se apoderó de su espíritu,
apenas supo que los devotos de la Viro-en de la Soledad en tu pueblo le haºbían retirado la pensión que tenía, en
vista de que ya no estudiaba, según
los informes especiales que fueron de
México. Por ellos se llegó a saber también que vivía con una mujer de mala
Yida v en nada más se ocupaba. (Y o he
podido comprobar ahora que, desgraciadamente, estos informes no eran falsos). Si no te escribe, es porque esta
mujer lo absorbe todo entero. Ella
tiene un taller de costura para señoras y él la ayuda haciendo dibujos de
sombreros y vestidos. ¡ En esto vino a
parar, hija mía, la decoración del
templo nuevo de la Soledad ! Por otra
parte, estoy enterado de que el temiL

�"1[

SILVA

Y

AOEVES

plo no adelanta, y de que el retiro de la
pensión se debió también a que el dinero se había agotado. En vez de una
iglesia vieja tendréis, pues, una ruina nueYa.
"Los desvíos de tu marido y la vi- ·
da disipada que lleva, acabarán pronto seguramente. No es hombre pervertido del todo. En esto más bien veo
la mano de un designio más alto. Debes, pues, resignarte a contriblúr con
tu parte para satisfacerlo; mira que
yo también tuve que sufrir cuando tocó mi vez.
'''l'emo, tanto como tú, que aquel
pueblo irritado por las desgracias que
le han sobrevenido desde que destruyó
la Yieja iglesia, se vuelva contra mí
como el causante y el vaticinador de
ellas. y que por ser el tríptico de Santa
Eulalia lo único mío que allá quedó,
sea movido por el demonio a cometer
un sacrilegio en aquella imagen bendita. Hay ya ejemplos numerosos de
esto en la historia del culto. Quisiera,
por tanto, recogerlo o que tú lo guardaras; y si encuentras un medio pa-

CAR A

DE

VIRGEN

ra lograrlo, comunícamelo en seguida.
'' N'o me pidas nue,·amente que me
informe de tu marido y mucho menos
que le hable. No quiero que él se imagine que he olvidado su falta y trato
de probarle que soy su amigo, aun
cuando en la realidad, como ves, lo sigo siendo.
'' Mi parroquia es apartada de la
ciudad, pero tranquila y alegre. Me
deja tiempo bastante para ocuparme
en lo mío. He pintado unos rincones
de mi iglesia y unos paisajes de esta
parte del valle, que mandé vender con
una firma supuesta y tuvieron felizmente buena aceptación.
'' A. la ciudad voy pocas veces; sólo cuando necesito consultar un libro
o cuando tengo algún dinerillo y la
curiosidad me tienta para pasearme en
los mercados revolviendo los puestos
de libros ·viejos y cosas antiguas. Por
cierto que siempre soy tan dichoso que
vuelvo con algo interesante.
'' .A.hora estoy afanado, es(lribiendo la
vida de una mujer indígena que vivió en esta parroquia hace mucho
73

�M.

SILVA

Y

A CE VES

tiempo, y llegó con sus predicaciones
a exaltar tanto la fe de estos campesinos, que una vez, en tiempo de las
siembras, les hizo ver en el cielo, hacia el Poniente, una cruz negra con
alas de cuervo que, según dicen las
leyendas de los naturales, voló hacia
el Oriente, indicándoles que cambiaran de medios ele vida. Desde entonces,
los habitantes, de agricultores que eran,
se convirtieron en industriales y, enseñados por María Antonia de la Cruz,
que así se llamaba esa mujer, se dedicaron a los tejidos de lana y a la alfarería en que ella era extremada.
)iurió y está enterrada en esta iglesia y cada año, en el mes de las siembrns, estas buenas gentes pasean por
el pueblo una gran cruz negra con alas
y la colocan sobre el sepulcro ele l\faría Antonia, para venerarla diariamente. En el archivo pobre de mi parroquia hay relaciones sobre esto, y
todavía se recoge mucho de la tradición oral. En algo se ha de emplear el
tiempo, hija mía, mientras florecen los
manzanos de mi huerto. Adiós."
H

IX
Y aquella pequeña ciudad, capital
de provincia ....

�aquella pequeña ciudad, capital
de provincia, tuvo au peor año.
La peste y loa bandidos la conaumfan a una. Su riqueza ae tornó en pobreza. Loa hacendados y laa gentes de
comodidad huyeron a laa primeras molestiaa, buaeando en otras ciudades mayor seguridad. Quedaron habithdola
vecinos pobres cuya devoción, al principio, lo esperó todo de aua oraciones,
pero el mal no cesaba, y la fe religioaa
se perdió, dando lugar a una desesperación que inflamó el cerebro de muchos, lanz!ndoloa a trastornar el orden. En todo el pala ae hablaba de aque-

Y

77

�.M.

S I L V A

Y

A OE V E S

lla ciudad como de un miembro podrido que se gangrenaba lentamente, y .
todos los auxilios de fuera venían a
perder su eficacia una vez que se aplicaban.
La nueva iglesia de la Soledad a
'
medio hacer, se había arreglado provivisionalmente para un culto raquítico
y pobre que hacía sentir más pesada, en
el ánimo de los escasos fieles, la ruina general. En uno de los muros y con
el solo fin de cubrir de pronto su desnudez, estaba el tríptico de Santa Eulalia en que todavía se leía clara la
firma del P. Juan Ruiz.
Adela, que por la conducta de su
marido era despreciada de todos los
que habían contribuído de algún modo a levantar el templo nuevo, llevaba
una vida de aislamiento que, tanto como los males que todos padecían le
,
'
hacia desear el momento en que abandonara la ciudad para buscar la vida
y la de sus hijos en otra parte. Tratando de- buscar luces que guiaran su
destino, acostumbraba ir por las tar7;,

CAR A

D E

VIRGEN

des a arrodillarse :frente al tríptico de
Santa Eulalia y allí soltaba sus pensamientos libremente y procuraba allegar fuerzas a su corazón. De pronto
alzaba los ojos a la pintura, y mirando el rostro de la santa Virgen, sentía
que su cuerpo entero se abrasaba en
medio de una hoguera; pero al mismo
tiempo ascendía del fondo de su alma una alegría interior que la hacía
caer en un desfallecimiento, sin que
se diera muchas veces cuenta de las
horas que pasaba allí postrada.
Un día de estos, en que así daba descanso a su espíritu, la sacó de ese estado una gritería de la calle. Oyó que
blasfemaban y maldecían, y se dió
cuenta de que las voces se acercaban,
pues cada vez oía más claros los gritos
amenazantes. Se levantó instintivamente y advirtió que 1a iglesia estaba
sola. Corrió a la puerta, y desde la penumbra del cancel, vió que un grupo
de hombres y mujeres del pueblo, harapientos y miserables, con el cansancio de la embriaguez en el cuerpo y
79

�N

SILVA

Y

ACEVES

una ira brillante en los ojos, arrojaba
piedras a dos niños que huían delante,
en los que ella reconoció luego a Roberto y a Celia, que venían de la escuela,
con sus cuadernos y libros, y que con
caras de espanto miraban a sus perseguidores y caminaban corriendo hacia
su casa, que estaba cerca. Adela alcanzó a oír el golpe fuerte de la puerta que le indicó que los niños estaban
en salvo y su pecho pudo respirar. La
escena súbita que acababa de presenciar y el espectáculo de aquella multitud rabiosa que la injuriaba y trataba
de destruir su casa, la llenó de una
fortaleza tan grande, que su rostro
se iluminó con la esperanza de ver
brillar el fuego bajo sus pies; y sola
eu aquella iglesia, que había tomado
un aspecto de ruina bajo las primeras
sombras de la noche, se apoyó resueltamente contra el muro de que pendía
el tríptico de Santa Eulalia; y aquella
cara de virgen en que la serenidad
se había posado tanto tiempo, se volvió con fiereza hacia la entrada, míen-

'"º

CARA

DE

VIRGEN

tras se oían distintamente los golpes
de las piedras contra los vidrios y ventanas y los primeros gritos de la plebe:
-Al cuadro del fraile maldito! ¡ Vamos a quemarlo !

81
6

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blilM o.n. (pablicado) •
... ffCOlldoa de E1111 ■la •• Cutro, tracJa.~da w di
...._ Valeada. ¡__,1 Bnriqae Amalep1. Lai.
{public:ado).
lña seleccionn de Jali6n d•I C.•I, Gulll.,_ '!11
Jallo Henwa ReiNig, Bdurdo lllarquiaa, J. SU
Barique Banch•. de.

cu-

SBCCION B: &amp;CHAHRAZADA.

Loa má belloa
de todoo loa ,....._
caatro n6meroa de esta aecdóa se forma,, u 'IOI. . . . de
400 "'giaao.
al. I N• l. Contiene cu.e-ato. de Goetbe, Gaatier,
. _ , , ( Konunri Vakumo), Amado N•rvo, Ricbanl llllddly H caeutoúabe (al(Olado).
Vol. 1 a6n1eroa 2, ~ y 4 (ea preparación).

La,..._

SBCCION C: VARIA.
~ l o a lle,....._, po&lt; 1-poldo Lagot1N (publlado)
U.ro de Moaelle, por lllarcel Schwub. Trad"""'6a N
Roloel c.-., (ea preporoción).
~ P•, por James 111. 11.rri•- Traducci6n de Julio Tmrl
(ea prepar■ciónJ.

&amp;earuiúa wlcccioan die Ga.ti,rrez N,jera, Rodó, Carl:,le, etc.

SRCCll&gt;N ll: AUTORÉI Ml!XICANOI NUBVO .
DIY■p- Rtenrtaa, po&lt; Josl Vuconceloa (agolado),

e;,,,. lle Vlrpa, por M. Silva y Acett1 (pablicado).
-.,.1rta: Lecc-d• coaaa y otro■ porCeauo ...
:frada y lihroe dej111io Tnrri, AlfonlO Reyo,etc.
Pn,:to drl ejemplar

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toda la R.ep4btlca:

CINCUENTA CENTAVO&amp;.
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jue l■ correapondenci■ al Aportado 1016.-Máko, D.f

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                    <text>���BENITO PEREZ GA.LDOS
Xació en fas Palmas (Islas Canarias), el 10 de mayo de 1843, r murió en llfatlrid, en enero de 1920.
"En la grandeza cuantitativa-dice José Enrique
Rodó-y e11 el inmenso ef!'cto de conjunto. ele la
obra, sólo el maestro de Meclán puede reivindicar, sobr&lt;' Guldós, el primado entre los contemporímeos. Con
nunrn inte.rumpido impulso, la ciudad interior de
esa estupenda fantasía se puebla de nuevas torrl's y
di' nuevas gentes. La fecundidad, que es la más relativa de las cualiclades literarias, equivale a la posesión de un don altísimo cuando escribir significa
crear. !lfodiana condición en el viejo Dumas, es marnvilla en Balzac y en Dickens. La fecundi1lacl de
Gald6s es do la alta calidad de 1a de estos últimos; es
de las positivas y las grandes, porque es de las que
responden a esa irresistible necesidad de producción
quo se manifiesta con el poderoso empuje de llll org~,nismo que desempe:ña la ley de su naturaleza."
Y Menéndez Pelayo dice: "En su modo de ver y &lt;l&lt;i
concebir el mundo, Galdós es poeta, pero le falta al- •
g-o de la llama lírica. En cambio, pocos novelistas
&lt;le Europa le igualan en lo trascendental de las concepciones; ninguno le supera en riqueza de inventiva.
Su vena es tan caudalosa, que no puede menos de
correr turbia a veces; pero con los desperdicios de
ese caudal hay para fertilizar muchas tienas estériles. Si Balzac, en vez de levantar el monumento
de la '' Comedia humana,'' con todo lo que en él hay
de endeble, tosco y monstruoso, se hubiera reducido
a escribir un par de novelas por el estilo de '' Eugenia
Granclet,'' sería ciertamente un novelista muy esti·
mable; pero 110 se1·ía el genial, opulento y desbordado
Balzac que conocemos. Galdós, que tanto se le parece,
no valdría más si fuese menos fecUlldo, porque su fecuudidacl es signo de fuerza creadora, y sólo por la
fuerza se triunfa en literatura como en todas partes''.

i,A ~O\' ELA E~ EL TRA¡\YIA

I

E

L coche partía de la extremidad del barrio de Salamanca, para atravesar todo
~ Madrid en dirección al de Pozas. Impulsado por el egoísta deseo de tomar asiento antes que las demás personas moyidas de iguales intenciones, eché mano a la barra que sustenta la escalera de la imperial, puse el pie en
la plataforma y subí; r ro en el mismo instante, ¡ oh preYisión ! tropecé con otro viajero que
por el opuesto lado entraba. Le miro y reconozco a mi amigo el Sr. D. Dionisio Cascajares
de la Yallina, persona tan inofensiva como discreta, que tuvo en aquella crítica ocasión la
bondad de saludarme con un sincero y entusiasta apretón de manos.
Nuestro inesperado choque no había tenido
consecuencias de consideración, si se exceptúa
la abolladura parcial de cierto sombrero de
paja puesto en la extremidad de una cabeza de
mujer inglesa, que tras de mi amigo intentaba
subir, y que su.frió, 'sin duda por falta de agilidad, el rechazo de su bastón.
)97

�BENITO

I'~REZ

GALDOS

Nos sentamos sin dar al percance exagerada importancia, y empezamos a charlar. El Sr.
D. Dionisia Cascajares es un médico afamado,
aunque uo por la profundidad de sus conocimientos patológicos. y un hombre de bien, pues
jamás se dijo de él que fuera inclinado a tomar lo ajeno, ni a matar a sus semejantes por
otros medios que por los de su peligrosa y científica profesión. Bien puede asegurarse que ,
la amenidad de su trato y el complaciente sistema de no dar a los enfermos otro tratamiento que el que ellos quieren, son causa de la confianza que inspira a multitud de familias de
todas jerarquías, mayormente cuando también
es fama que en su bondad sin límites presta
servicios ajenos a la ciencia, aunque siempre
de índole rigurosamente honesta.
Nadie sabe como él sucesos intei-esantes que
no pertenecen a:l dominio público, ni ninguno tiene en más estupendo grado la manía de
preguntar, si bien este vicio de exagerada inquisitividad se compensa en él por la prontitud con que dice cuanto sabe, sin que los demás
se tomen el trabajo de preguntárselo. Júzguese por esto si la compañía de tan hermoso
ejemplar de la ligereza humana será solicitada por los curiosos y por los lenguaraces.
Este hombre, amigo mío como lo es de todo el
mundo, era el que sentado iba junto a mí cuan1!18

L A ,"Y O T' E L A

P,

N E !, 7' R .,1 S l' 1 A

do el coche, resbalando suavemente por su calzada de fierro, bajaba la calle d" Serrano, deteniéndose alguna vez para llenar los pocos
asientos que quedaban ya vacíos. Ibamos tan
estrechos que me molestaba grandemente el
paquete de libros que conmigo llevaba. y ya le
ponía sobre esta rodilla, ya sobre la otra, y
por fin me resolví a sentarme sobre él, temiendo molestar a la ¡.;eiiora inglesa, a quien cupo
en suerte colocarse a mi siniestra mano.
-¡, Y usted a dónde va ?-me preglllltó Cascajares, mirándome por encima de sus espejuelos azules, lo que me hacía el efecto de ser
examinado por cuatro ojos.
Contestéle evasivamente, y él, deseando sin
duda no perder aquel rato sin hacer alguna
útil investigaei6n, insistió en sus preguntas,
diciendo:
-Y Ful anito, b qué hacé 1 Y Fulanito, ¿ dónde está~ con otras indagatorias del mismo jaez,
que tampoco tuvieron respuesta cumplida.
Por último, viendo cuán inútiles emn su;;
tentatfras pa1·a pegar la hebra, ech6 por camino más adecuado a su expansivo temperamento y empezó a desembuchar.
-¡ Pobre Condesa !-dijo expresando con un
movimiento de cabeza y un visaje, su desinteresada compasión. Si hubiera seguido mis
consejos, no se vería en situación tan crítica.
1119

�BENITO

PEREZ

GALnns

-¡Ah! es claro-, contesté maquinalmente,
ofreciendo también el tributo de mi compasión
a la st&gt;ñora Condesa.
-¡ F'igúrese uste&lt;l,-prosig-uió-qne se han
dejado dominar por aquel hombre! Y aquel
hombre llegará a ser el dueño ele la casa. ¡ Pobrecilla ! Cree que con llorar y lamentarse se
remedia todo, y no. Urge tomar lma determi11ación. Porque ese hombre es un infame, le
creo capaz de los mayores crímenes.
-¡Ah! ¡ Sí, es atroz !-dije j'O, participando
irreflexivamente de su indignación.
-Es como todos los hombres de malos instintos y de baja condición, que si se elevan un poco, luego no hay quien los sufra. Bien claro indica su rostro que de allí no puede salir cosa
buena.
-Ya lo creo, eso salta a la vista.
-Le explicaré a usted en breves palabras.
La Condesa es una mujer excelente, angelical, tau discreta como hermosa, y digna por
todos conceptos de mejor suerte. Pero está casada con nn hombre que no comprende el tesoro que posee, y pasa la vida entregado al
juego y a toda clase de entretenimientos iücitos. Ella entretanto se aburre y llora. ¿Es extraño que trate ele sofocar su pena divirtiéndose honestamente aquí y allí, dondequiera
que suena un piano? Es más, yo mismo se lo
200

LA

X O V EL A EN EL 1'R A,.\' V 1 A

aconsejo y le digo: "Señora, procure usted distraerse, que la vida se acaba. AJ fin el señor
Conde se ha de arrepentir de sus locuras y se
acabarán las penas." Me parece que estoy en
lo cierto.
-¡ Ah! sin duda-, contesté con oficiosidad,
continuando en mis adentros tan indirerente
como al principio a las desventuras de la Condesa.
-Pero no es eso lo peor-añadió Cascajares, golpeando el suelo con su bastón-sino
que ahora el señor Conde ha dado en la flor
de estar celoso ... sí, de cierto joven que se ha
tomado a pechos la empresa de distraer a la
Condesa.
-El marido tendrá la culpa de que lo consiga.
-Todo eso sería insignificante, porque fa,
Condesa es la misma virtud; todo eso sería insignificante, digo, si no existiera un hombre
abominable que sospecho ha de causar un desastre en aquella casa.
- i De veras? ¿ Y quién es ese hombre ?-pregunté con una chispa de curiosidad.
-Un antig-µ.o mayordomo muy querido del
Conde, y que se ha propuesto martirizar a la
infeliz cuanto sensible señora. Parece que se
ha apoderado de eierto secreto que la compro201

�l
el'

I'

1 \

BBNI'l'O

PERI~'Z

GALJ)OS

mete, y con esta arma pretende ... qué sé yo ...
¡ Es una infa:mja !

1

"

1
1

LA S O V E

r,

A

E X

EL T R A X 1· J A

Siguió el ómnibus su marcha y, ¡ cosa singular!, yo a mi vez seguí pensando en la incóguita Condesa, en su cruel y suspicaz consorte,
y sobre todo, en el hombre siniestro que, según la enérgica expresión del médico, a punto
estaba de causar un desastre en la casa. Considera, lector, lo que es el humano pensanúento: cuando Cascajares principió a referirme

aquellos sucesos, yo renrgaba de su inoportunidad y pesadez, mas poco tardó mi mente en
apoderarse de aquel mismo asunto, para darle vueltas de arriba abajo, operación psicológica que no deja de ser estimulada por la regular marcha del coche y el sordo y monótono
rumor de sus ruedas, limando el hierro de los
carriles.
Pero al fin dejé de pensar en lo qne tan poco
me interesaba, y recorrieHdo con la vista el
interior del coche, examiné Úno por uno a mis
compañeros de viaje. ¡ Cuán distintas caras y
cuán diversas expresiones! Unos parecen no
inquietarse ni lo más mínimo de los que Tan a
su lado; otros pasan r c&gt;vista al corrillo con impertinente curiosidad; 1mos están alegres,
otros tristes, aquel bosteza, el de más allá ríe,
y a pesar de .la brevedad del trayecto, no hay
uno que no desee terminarlo pronto. Pues entre los mil fastidios de la existencia, ninguno
aventaja al qne consiste en estar una docena
de personas mirándose las caras sin decirse palabra, y contándose recíprocamente sus arrugas1 sus lunares, y este o el otro accidente observado en el rostro o en la ropa.
Es singular este breve conocimiento con personas que no hemos visto y que probablemente
no volveremos a ver. Al entrar, ya encontramos a alguien; otros vienen después que es-

202

20.1

-Sí que lo es, y ello merece un ejemplar castigo-dije yo, descargando también el peso de
mis iras sobre aquel hombre.
-Pero ella es inocente; ellg es un ángel. ..
Pero, ¡ calle ! estamos en la Cibeles. Sí: ya .-eo
a la derecha el parque de Bucnavista. Mande
usted n.irff. mozo; qnP no soy de los que 1'acen la gracia de saltar cuando el coche está en
marcha, para descalabrarse contra los adoquines. Adiós, mi amigo, adiós.
Paró el coche y bajó D. Dionisia Cascajares
de la Vallina, después de da1·me otro, apretón
de manos y de causar segundo desperfecto en
el sombrero de la dama inglesa,- aún no repuesta del primiti\'o susto.

II

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1

�BENITO

Pb'REZ

tamos alll; unos se marchan, quedándon
nosotl'08, y por último, también nos vamos.
Imitaei6n es esto de la vida humana, en qu~
el nacer y el morir son como las entrada&amp; y
aalidas a que me refiero, pues van renovando
sin cesar en generaciones de viajeros el pequeño mundo qne allí dentro vive. Entran, aalen;
nacen, mueren. . . ¡ Cuántos han paaado por
aquí antes que nosotros!
¡ Cuántos vendrán después!
Y para que la semejanza sea más completa,
también hay un mundo chico de pasiones en miniatura dentro de aquel caj6n. Muchos van
allí que se nos antojan excelentes personas, ynos agrada su aspecto y hasta les ,·emos aalir
con disgusto. Otros. por el contrario, nos revientan desde que les echamos la vista encima: les aborrecemos durante diez minutos¡
en.minamos con cierto rencor sus caracterea
frenol6gicos y sentimos verdadero gozo al verles salir. Y en tanto sigue corrlendo el vehfeulo, remedo de la ,ida humana; siempre recibiendo y soltando, uniforme, incanaable, majestuoso, inaenaible a lo que pasa en su interior; ain que le conmuevan ni poco ni mucho
las mal sofocadas pasioncillaa de que es mudo
teatro; siempre corriendo, corriendo aobre laa
dos interminables paralelaa de hierro, largaa yreabaladiza• como loa aigloa.
20&amp;

:d NOVELA

EN EL TRANVJA

Pensaba en eBto mientraa el coche subfa por
calle de Alcalá, hasta qne me sac6 del golde tan revneltaa cavilaciones el golpe de
• paquete de libros al caer al BUelo. Recogido
instante, mia ojo• Be fijaron en el pedazo
periódico que ser,ia de envoltorio a los
ene,¡, y maquinalmente leyeron medio
g16n de lo que allf estaba impreso. De aúto aentí vivamente picada mi curiosidad; haleído algo que me interesaba, y ciertoa
brea esparcidoa en el pedazo de folletin
·eron a un tiempo la vista y el recuerdo.
ué el principio y no lo hallé: el papel esha roto, y únicamente pude leer, con curioad primero y después con afán creciente, lo
e sigue:
"Sentla la Condesa una agitación indescriple. La presencia de Mudarra, el insolente
yordomo, que olvidando su bajo origen
trevíaae a poner los ojos en persona tan al• le causaba continua zozobra. El infame la
ha espiando sin ceaar, la vigilaba como se
·gila a un preso. Ya no le detenla ningún resto, ni era obstáculo a su infame acechanza
debilidad y delicadeza de· tan e:,¡celente

ora.
"Mudarra penetró a deshora en la habitade la Condesa, que pálida y agitada, aintm

�B E .:Y J T O

l.

I' E R E Z

G A L D O S

tiendo a la vez vergüenza y terror, no tuvo ánimo para despedirle.
-"~o se asuste usía, señora Co11desa-, dijo con forzada y siniestra sonrisa, que aumentó la turbación de la dama ;-no Yengo a hacer a usía daño alguno.
-"Ob, Dios mío! ¡ Cuando acabará este suplicio !-exclamó la dama. dejando eaer sus
brazos con dP-saliento.-Salga usted; yo no puedo acceder a sus deseos. ¡ Qué infamia ! Abusar de ese modo d.c mi debilidad, y de la indiferencia de mi esposo, único autor de tántal&gt;
desdichas!
- " bPor q_ué tan arisca, señora Conde·sa ?añadió el feroz mayordomo-. Si yo no tuviera el secreto de su perdición en mi mano; si
yo no puiliera imponer al señor Conde de ciertos particulares. . . pues. . . referentes a aquel
caballerito ... Pero, no abusaré, no, de estas
terribles armas. -Usted me comprenderá al fin,
conociendo cuán desinteresado es el grande
amor que ha sabido inspirarme.
"Al decir esto, Mudarra dió algunos pasos
hacia la Condesa, que se alejó con horror y repuinaneia de aquel monstruo.
"Era Mudarra un hombre como de eineuc'nta años, moreno, rechoncho y patizambo, de
cabellos ásperos y en desorden, grand•~ y ~olmilluda la boca. Sus ojos 1 medio ocuho.3 tras
200

LA NO V E J, A

EX

EL

T R A .X 1· I A

la frondosidad de largas. negras y espe,,ísimas
cejas, en aquellos instantes expresaban la más
bestial concupiscencia.
-''¡Ah, puerco espín !-exclamó con ira al
ver el natural despego de La dama-. ¡ Qué
desdicha no ser un mozalbete almidonado! Tanto remilgo sabiendo que puedo informar al señor Conde. . . Y me creerá, no lo dude usía :
el señor Conde tiene en mí tal confianza, que
lo que yo digo es para él el mismo evangelio. . . pues. . . y como está celoso . . . si yo le
presento el papelito ...
-"¡Infame !-gritó la Condesa con nohlr
arranque de indignación y dignidad-. Yo soy
inocente; y mi esposo no será capaz de prestar
oídos a tan viles calumnias. Y aunque fuera
culpable, prefiero mil veces ser despreciada
por mi marido y por todo el mundo, a comprar
mi tranquilidad a ese precio. Salga usted ele
aquí al instante.
- " Yo también tengo mal genio, señora
Condesa-, dijo el mayordomo devorando i::11
rabia-; yo también gasto mal geni.o, y cuando me amosco. . . Puesto qu e usía lo toma por
la tremenda, vamos por la tremenda. Ya sé
lo que tengo q_ue hacer, y demasiado condescendiente he siclo hasta aquí. Por última vez
propongo a usía que seamos a:rw-gos, y no me
207

�BENITO

¡

PEREZ

CALDO$

ponga en el caso de hacer un disparate ... con.
que señora mía ...
"Al d reir
. es t.o ,;_r.lU
-.!f' d
arra contrajo la perga.
minosa piel y los rígidos tendones de su rost~o
haciendo una mueca parecida a una sonrisa ;
dió algunos pasos como para sentarse en'
sofá, junto a la Condesa. Esta se levantó de un
salto, gritando :-"No; ¡ salga usted! ¡Infame!
Y no tener quien me defienda. . . ¡ Salga usted!"
"El ma~·ordomo, entonces, era como una fiera a quien se escapa la presa que ba tenido un
momento antes entre sus uñas. Dió un resoplido, hizo un gesto de amenaza y salió despacio
con pasos muy quedos. La Condesa, trémula v
sin aliento, refugihda en la extr.emidad del
binete, sintió las pisadas que, alejándose, "'se
perdían en la alfombra de la habitación inmediata, y respiró al fin cuando le consideró lejos. Cerró las puertas y quiso dormir; pero el
sueño huía de sus ojos aún aterrados con la
imagen del monstruo.
'' Capítulo XI . - El Complot. - Mudarra, al
salir de la habitaeión de la Condesa, se dirigió a la suya y, dominado por fuerte inquietud nerviosa, comenzó a registrar cartas y pa.
peles, diciendo entre dientes: "Ya no aguanto más; me las pagará todas juntas.'' Después
se sentó, tomó la pluma, y poniendo delante

;l

e,;_

208

L A N O 1' E L A

E 1\' R L T R A S V I A

una de aquellas cartas, y examinándola bien,
empezó a escribir otra tratando de remedar la
letra. Mudaba la vista con febril ansiedad del
modelo a la copia y, por último, después de
gran trabajo, escribió con caracteres enteramente iguales a los del modelo la carta siguiente, cuyo sentido era de su propia cosecha Habíu prometi1[r, ,, 11.,ted w111 enlrerista y rne
a¡irrf!11ro ... "

El folletín estaba roto y no pude leer más.

III
Sin apartar la -vista del paquete, me puse
a pensar en la relación que existía entre las
noticias sueltas que oí de boca del señor Cascajares y la escena leída en aquel papelucho, fo.
lletín, sin duda, traducido de alguna desatinada novela de Ponson du Terrail o de Montepín. Será una tontería, dije para mí, pero es lo
cierto que ya me inspira interés esa señora
Condesa, víctima de la barbarie de un mayor. domo imposible, cual no existe sino en la trastornada cabeza de algún novelista nacido pa•
ra aterrar a las gentes sencillas. ¡, Y qué haría
el maldito para vengarse? Capaz sería de imaginar cualquiera atrocidad de esas que ponen
fin a un capítulo de sensación. Y el Conde,
¿qué hará 1 Y aquel mozalbete de quien habla20\l

�BESITO

PEREZ

GALDOS

ron Cascajares en el coche y Mudarra en el folletín, ¡, qué hará? ¿ Quién será 1 ¿ Qué hay entre la Condesa y ese incógnito caballerito YAlgo daría por saber ...
Esto pensaba, cuando alcé los ojos, recorrí
con ellos el interior del coche, y ¡horror! vi
una persona que me hizo estremecer de espanto . .Mientras estaba yo embebido en la interesante lectura del pedazo de folletín, el tranvía se había detenido varias veces para tomar
o dejar algún viajero. En una de estas oca- ,
siones había entrado aquel hombre, cuya súbita presencia me produjo tan grande impresión. Era él, Mudarra, el mayordomo en persona, sentado frente a mí, con sus rodillas tocando mis rodillas. En un segundo le examiné
de pies a cabeza y reconocí las facciones cuya
descripción había leído. N" o podía ser otro:
hasta los más insignificantes detalles de su
vestido indicaban claram&lt;'nte que era él. Reconocí la tez morena y lustrosa, los cabellos
indomables, cuyas mechas surgían en opuestas
direcciones como las culebras de Medusa, los
ojos hundidos bajo la espesura de unas agrestes cejas, las barbas, no menos reTI1cltas e incultas que el pelo, los pies torcidos hacia dentro como los de los loros, y, en fin, la misma mirada, el mismo hombre de aspecto, en el traje,
210

L A ,Y O V E L .A E ~Y E L

T R .A 1Y ¡· J A

en el respirar, en el toser, hasta en el modo de
meterse la mano en el bolsillo para pagar.
De pronto le vi sacar una cartera, y observé
que est~ objeto te11ía en la cubierta una gran
M dorada, la inicial de su apellido. Abrióla,
sacó una carta y miró el sobre con sonrisa ele
demonio, y basta me pareció que decía entre
dientes:
"¡ Qué bien imitada está la letra !'' En efecto, era una carta pequeña, con el sobre garabateado por mano femenina. Lo miró bien, recreándose en su infame obra, hasta que observó que yo con curiosidad indiscreta y descortés alargaba demasiado el rostro para leer el
sobrescrito. Dirigióme una mirada que me hizo el efecto de 1m golpe, y guardó su ca1·tera.
El coche seguía corriendo, y en el breYe
tiempo necesario para que yo leyera el trozo
de novela, para que pensara un poco en tan
extrañas cosas, para que viera al propio Mudarra, novelesco, inverosímil, convertido en
sér vivo y compañero mío en aquel viaje, había dejado atrás la calle de Alcalá, atrave::,aba la Puerta del Sol y entraba triunfante en
la Calle Mayor, abriéndose paso por entre los
demás coches, haciendo correr a los carromatos rezagados y perezosos, y ahuyentando a los
peatones, que en el tumulto de la calle, y aturdidos por la confusión de tantos y tan diversos
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~ ritleuta .., - " . . . . plJr

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Cafay•llrátllú-'f!"ta la@,rioáidadqalr
hiapitabt &amp;gad' - - . 41le a l ~
l!Gllliderer ollJiaG for;iado mlUlli\'á■lell'W ea
..... por la eolneidenela a. mial,
- oaato.daa pnr la ~'Nniiel6n e
~ J1érO que al fin ae me ~ llima 7 de inlfadable realic!ad.
Oaando aali6 el hombre en quien liNI
lwdlile
qued6■ae rst:eao
ll!lddenl:e de la: euia t'■le lo illtplk¡ú a ml
aaa, ao q-ieudo 181' en U. deHOliila
ti61l J■8Íl05 feemido que el noteUata, alltOI!
lo qu :mo.uto. lllllell hllbfa lelclo. X
,-t; a.111t a. ,e■¡r_--.. ae Ji. Caed 11,
ida(1 ea. lfJlaral flqe aa: letra y
una euía- a UtA ochellerito, eoa ~
eno y ló illro y lo de má alli. :In la

_,ordollle,

IJI

IV
OdMclo, Nlafa el eoe1ae 7 7&amp; par
11álór1,lle allflllldlv,e emtfa,p

~immt.11•••r••ft•W•
predaee eiliito . . . t1ll!'

a,,...

lo tdefto • 18 NBtf JI 1 ñ ha
-ill0Wdfll12'-ile~

·-·-------...--

. . . . - " ~..Me 'dlNI~~ . . . . ~ fflltm61ieD44I
111

�BENITO

PERE~

tenía, barbadas lllUII, limpias de pelo laa
aquélla■ riendo, é8tu muy acartonadas y
riaa. Después me pareció que obedeei
la contracción de un músculo com6n,
aquella■ caras hacían mueca■ y guiños, ab ·
do y cerrando loe ojos y laa boeaa, y m
dose altemativamente una ■erie de dientes
variaban deade loe más blancos ba■ta loe
amarilloa, afiladoe unoa, romos y gaatadoe
otro■• Aqnella■ ocho narices erigidas bajo
y seis ojos diversos en color y expresión,
clan o menguaban, variando de forma ; laa
eas se abrian en linea horizontal, produ •
do muda■ carcajada■, o se estiraban hacia
)ante, formando boeicoe puntiagudoa,
doe al interesante roetro de cierto benem
animal que tiene sobre si el anatema de no
der ser nombrado.
Por detrás de aquellas ocho cara■, cuyos
rrendoe visaje■ be de■erito, y al través de
ventanilla■ del coche, yo vela la calle y
eaaaa, loe traueuntes, todo en veloz ea
como si el tranvia anduviese con rapidez
gin-. Yo, por lo menoa, creía que
más aprias que nuestros ferrocarriles, más
loe franee■e■, más que loe ingleses, más que
norteamericanoe; eorrla con toda la vel
que puede suponer la imaginación, tra
se de la tra■lación de lo sólido.
21'

0l'ELA J,JN El, TRANVIA

·da que era más inten■o aquel estado
, se me figuraba que iban desaparela■ casa■, las calle■, Madrid entero. Por
te crel qu~ el tranvia corrla por lo
profunde de loe mares: al través de loe
se velan loe cuerpos de eetlleeoe enorloe miembros pegajoeoe de una multitud
pos de diversos tamaño•. Loe pece■ ebicudlan sus colas resbaladizas contra loe
ea, algunos miraban adentro con sus
ea y dorados ojos. Crusticeos de forma
ocida, grandes moluscos, madréporas.
·u y una multitud de bivalvo■ grandes
orme■ cual nunca yo los babia visto, paain cesar. El coche iba tirado por no sé
especie de nadantes monstruos, cuyo■ reluchando con el agua. sonaban como las
de una hélice, tomillaban la masa Ji.
con su infinito voltear.
visión se iba extinguiendo: después
"óme que el coche corria por loe aires, voen dirección fija y sin que Jo agitaran
· ntQS. AJ través de los eristal•s no se veía
más que espacio: las nubes nos envola veces; Ull&amp; lluvia violenta y r,pentina
rileaba en la imperial; de pronto sallaal espacio- puro inundado de sol, para volde nuevo a penetrar en el vaporoso seno
eelajes i11111ensoe, ya rojos, ya amarillos,
213

•

��R E -,\' I T O

I' r.."~ R E.- Z

G .ALIJOS

¡ Qué atrevimiento! ¿ü5mo ha entrado usted
:1 &lt;j llÍ-!

-Srí'íora-contestó el que había entrado·
joyrn de 1!1UY buen porte.- ¿No me esperab~
u,,;terl ! II(' recibido una carta suya ...
-¡ Una carta mía!- e.xelamó más agitada
la Condesa.-Yo no he escrito carta ninguna.
i Y para qué había de escribirla?
-Seiiora, vea usted-repuso d joven sacando la carta y mostrándosela-; es su letra su
misma lrtra.
'
-¡ Dios mío! ¡ Qué infernal maquinación!elijo la dama con desesperación-. Yo no he
escrito esa carta. Es un lazo qüe me tienden . . .
-Seiíora, cálmese usted. . . yo siento mucho ...
-~í; To comprendo todo ... Ese hombre infame. . . Ya sospecho cuál habrá siclo su idea.
Salg_a usted al instante . . . Pero ya es tarde;
ya siento Ja voz de mi marido.
En ef!.'cto. una voz atronadora se sintió en
la habitación inmediata, y al· poe¿ rato entró
el Conclt', que fingió sorpresa de ver al o-alá.n
~- después. riendo con cierta afectación, Je di~
jo:
-¡Oh! Rafarl, usted por aquí. .. ¡ Cuánto
til'mpo ! • • • Venía usted a acompañar a Antonia ... Con eso nos acompaña-rá a tomar el te.
La Condesa y su esposo cambiaron una mi21

s

L A N O V E L A E 1\' E 1, T R A 1,; V I

A

rada siniestra. El joven, en su perplejidad,
apenas acertó a devolver al Conde su saludo.
Vi que entraron y salieron criados; Ti que trajeron un scrYicio de te y ·desaparecieron después, dejando solos a los tres personajes. Iba
a pasar algo terrible.
Sentáronse: la Condesa parecía difunta. el
Conde afectaba una hilaridad aturdida, ~emejante a la embriaguez, y el joven callaba, contestándole sólo con monosílabos. Sirvió el te,
y el Conde alargó a Rafael una de las tazas,
no una cualquiera, sino una determinada. La
Condesa miró aquella taza con tal expresión
de espanto, que pareció echar en ella todo su
espíritu. Bebieron en silencio, acompañando la
poción con muchas variedades de las sabrosas
pastas Hnntley and Pnlmrr" y otras menudencias propias ele tal clase de cena. Después el
Conde Yoh-ió a re.ir con la desaforada y ruidosa expansión que le era peculiar aquella noche, y dijo:
-¡ Cómo uos aburrimos! -C-sted, Rafael, no
dice 1ma palabra. Antonia, toca algo. . . Hace
tanto tiempo f}Ue no te oímos. Mira. . . aquella pieza ¡fo Gorstchack que se titula '' :'.\'Iorte . . . " La tocabas admirablemente. Vamos, ponte al pimrn.
La Condesa quiso hablar; érale imposible
articular palabra. El Conde Ja miró de tal mo219

��LA XOVEJ,A EX EL 'l'RANVJA

BENITO

PEREZ

GALDOS

-Señora. . . es Yerdad. . . me dormí-contesté turbado al ver que todos los viajeros se
reían de aqurlla escena.
-¡Oooh.1 • • • yo soy ... r,oú1g ..... to decir
Cl)flchman . . • usted molestar. . . mi. . . usted,
eaballero. . . rery shacking -añadió la inglesa
en sn jel'ga ininteligible.-¡ Oooli! usted creer ..
my body es. . . su cama Jor usted. . . to sleep.
¡ Oooh! _qrntrem.an~you are a stupiil ass.

Al decir esto, la hija de la Gran Bretaña,
que era de sí bastante amoratada, estaba lo
mismo que un tomate. Creyérase que la san-.
gre agolpada a sus carrillos ~- a su nariz, a lirotar iba por sus candentes poros. Me mostraba cuatro dientes puntiagudos y muy blane:os, como si me quisiera roer. La pedí mil perdones por mi sueño descortés, recogí mi paquete y pasé revista a las nuevas caras que dentro del coche había. Figúrate, ¡ oh· cachazudo y
benévolo lector! cuál sería mi sorpresa cuando YÍ frente a mí. ¡; a quién creerás 7 Al joven
de la escena sofiada, al mismo don Rafael en
persona. Me restregué los ojos para conven•:erme clf' que no dormía, y en efecto, despierto estaba, y tan despierto como ahora.
Era él, el mismo, y conversaba con otro que
a su lado iba. Puse atención y escuché con toda mi alma.
222

-¡,Pero tú no sospechaste nada '?-Le decfa
el otro.
-Algo, sí; pero callé. Parecía difunta; tal
era su terror. Su marido la mandó tocar el piano y ella no se atrevió a resistir. Tocó, eomo
siempre, de una manera admirable, y oyéndola llegué a olvidarme de la peligrosa situación en que nos encontrábamos. A pesar de los
esfueuos q1=1e ella hacía para aparecer serena,
llegó un momento en que le fué imposible fingir más. Sus brazos se aflojaron, y resbalando
de las teclas echó la cabeza atrás y dió un grito. Entonces su marido sacó un puñal, y dando un paso hacia ella, exclamó con furia : '' Toca o te mato al instante." Al ver esto, hirvió
mi sangre toda : quise echarme sobre aquel miserable; pero sentí en mi cuerpo una sensación que no puedo pintarte; creí que repentinamente se había encendido una hoguera en
mi estómago; fuego corría ·por mis Yenas; la~
sienes me latieron, y caí al suelo sin sentido.
-Y antes, t,no conociste los síntomas del envenenamiento 1-le preguntó el otro.
Notaba cierta desazón y sospeché vagamente, pero nada más. El veneno estaba bien preparado, porque hizo el efecto tarde y no me
mató, aunque sí me ha dejado una enfermedad
para toda la vida.
223

���BENITO

PEREZ

- Lmiatir., luna tic.

,ti.... avffocated.... ¡

JJfy Gm1!

-Si lo sé todo; vamos, no me lo oculte ns
Dígame de qué murió la señora Condesa.
-¡ Qué Condesa ni qué ocho cuartos, h
bre de Dios !-exclamó la mujer, riendo
más fuerza.
-¡ Si cree usted que me engaña a mí con
risitas !-contesté-. La Condesa ha mu
envenenada o asesinada ; no me queda la m
duda.
En e~to llegó r l coche al barrio de Pozas
yo al término de mi viaje. Salimos todos:
inglesa me echó una mirada que indicaba
regocijo por verse libre de mí, y cada cual
dirigió a su destino. Yo seguí a la mujer
perro, aturdiéndola con preguntas, hasta q
s:- metió en su casa, riendo siempre de mi
·peño en averiguar vidas ajenas. Al verme
en la calle recordé el objeto de mi viaje y
dirigí a la casa donde debía entregar aque
libros. Devolvílos a la persona que me los
bía pedido para leerlos, y me puse a pasear
te al Buen Suceso, esperando a que saliese
nuevo el coche para regresar al extremo
Madrid.
No podía apartar de la imaginación a la •
fortuna.da Condesa, y cada vez me con!irma
más en mi idea de que la mujer con quien

A NOVELA EN EL TRANVIA.

mente hablé había querido engañarme,
tan.do la verdad de la misteriosa tragedia.
Esperé mucho tiempo, y al fin, anochecienya, el coche se dispuso a partir. Entré, y lo
· ero que mis ojos vieron fué la señora in.sentadita donde antes estaba. Cuando
vió subir y tomar sitio a su lado, la exprc.. n de su rostro no es definible ; se puso otra
como la grana, exclamando :
-¡Oooh! ...... usted ... mi quejarse al coach. . . usted reventar mi Ji ir ·it.
Tan preocupado estaba yo con mis confusioP/JB, que sin hacerme cargo de lo que la ingleme decía en su híbrido y trabajoso lenguaje, le contesté :
-Señora, no hay duda de que la Condesa
anrió envenenada o asesinada. Usted no tiene
• ea de la ferocidad de aquel hombre.
Seguía el coche, y de trecho en trecho detese para recoger pasajeros. Cerca del Pala•o Real entraron tres, tomando asiento en. nte de mí. Uno de ellos era un hombre al~ t seco y huesudo, con muy severos ojos y un
hlar campanudo que imponía respeto.
No hacía diez minutos que estaban allí,
taando este hombre se volvió a los otros dos
~dijo:
-¡ Pobrecilla 1 ¡ C6mo clamaba en sus últillos instantes ! La bala le entró por encima de
2:?9

�BENITO

PRRJ.:Z

1a

cla víeula derecha y después bajó basta
corazón.
- ¡ Cómo 1- exclamé yo repentinament
¡ Conque fué de llD tiro t ¡ No murió de una
ñalada!
Los tres se miraron con sorpresa.
-De un tiro, sí~ señor,-dijo con
sabrimientQ,t'I .alto, seco y huesoso.
-Y aquella mujer sostenía que había mu
to de una indigestióu-dije, interesándome
cada ,·ez en aquel asunto-. Cuente usted, ¡
cómo fuét
-Y a usted qué le importa f-dijo el o
con muy 8\;nagrado gesto.
-Tengo mucho iuterés por conocer el fin
esa horrorosa tragedia. ¡ No es wrdad q
parece cosa de novela f
-¡ Qué novela ni qué niño muerto f Us
está loco o quiere burlarse de nosotros.
-Caballerito, cuidado con las bromasdió el alto y seco.
-¡ Creen ustedes que no estoy enterado f
sé todo, he presenciado varias escenas de
horrendo crimen. Pero dicen ustedes ,¡ue
Condesa murió de un pistoletazo.
-¡Válgame Dios! Nosotros no hemos hab
do de Condesa, sino de mi perra, a quien
ll!lndo, disparamos inadvertidamente un t
:1110

NOl'ELA l•:N El, TRANVIA
uted quiere bromear, puede buscarme en
litio, y ya le contestaré eomo merece.
Ya, &gt;·a comprendo : ahora hay empeño en
lar la verdad-manifeeté, juzgando que
los hombres quer!an desorientarme en mis
uisas, convirtiendo en perra a la deadiaeñora.
a preparaba el otro su contestación, sin
mis enérgica de lo que el caso requerfa1
do la inglesa se llevó el dedo a la sien, copara indicarles que yo no regía bien de la
. Calmáronae con esto, y no dijeron una
bra m'8 en todo el viaje, que terminó paellas en la Puerta del Sol. Sin duda me ha.
tenido miedo.
Yo continuaba tan dominado por aquella
, qué en vano quería serenar mi espirito;
nando los verdaderos términos de tan emllada cuestión. Pero cada vez eran mayores
confusiones, y la imagen de la pobre seno se apartaba de mi pensamiento. En tolos semblantes que iban sucediéndose dendel coche, creía ver algo que contribuyera
licar el enigma. Sentía yo una sobrexci6n cerebral espantosa, y sin duda el traso interior debla pintarse en mi rostro, portodos me miraban como se mira lo que no
ve todos los días.
0

231

�BENITO

PEREZ

GALDOB

VII

LA NOVELA EN EL TRANVIA
-Sí, señor; y no dudo que la muerte ha si-

do violenta, por más que quieran hacernos

Aún faltaba algún incidente que había de
turbar más mi cabeza en aquel viaje fatal. Al
pasar por la calle de Alcalá, entró un caballero con su señora : él quedó jhnto a mí. Era un
hombre que parecía afectado de fuerte y reciente impresión, y hasta creí que alguna vez
se llevó el pañuelo a los ojos para enjugar
las invisibles lágrimas, que sin duda corrían
bajo el cristal verde obscuro de sus descomunales antiparras.
Al poco rato de estar allí, dijo, en voz baja, a la que parecía ser su mujer:
-Pues hay sospechas de envenenamiento: no
lo dudes. Me lo acaba de decir don Mateo.
¡ Desdichada mujer !
-¡ Qué horror! Ya me lo he figurado también-contestó su consorte. De tales cafres,
iqué se podía esperar?
~uro no dejar piedra sobre piedra, hasta
averiguarlo.
Yo, que era todo oídos, dije también en
voz baja:
-Sí, señor; hubo envenenamiento. Me
consta.
-¿ Cómo, usted sabe? ¿ Usted también la conocía Y-dijo vivamente el de las autiparru
verdes, volviéndose hacia mi

ereer que fué indigestión.
-Lo mismo afirmo yo. ¡ Qué excelente mujer l ¿ Pero cómo sabe usted ... Y
-Lo sé, lo sé-repuse muy satisfecho de
que aquél no me tuviera por loco.
-Luego usted irá a declarar al Juzgado;
porque ya se está formando la sumaria.
-Me alegro, para que castiguen a esos bribones. Iré a'Weclarar, iré a declarar, sí, señor.
A tal extremo había llegado mi obcecación,
que concluí por penetrarme de aquel suceso,
mitad soñado, mitad leído, y lo creí como ahora creo que es pluma esto con que escribo.
-Pues, sí, señor; es preciso aclaTar este
enigma, para que se castigue a los autores del
crimen. Yo declararé. Fué envenenada con
una taza de te, lo mismo que el joven.
-Oye, Petronila,-,-dijo a su esposa el de
las antiparras-; con una taza de te. "
-Sí; estoy asombrada-contestó la señora-. ¡ Cuidado con lo que fueron a inventar
esos malditos!
-Sí, señor; con una taza de te.
-La Condesa tocaba al piano.
-¿ Qué Condesa ?-preguntó aquel hombre,
interrumpiéndome.
-La Condesa, la envenenada.

2a:i

23:l

��•
BENITO

PERBZ

wa earioao !anee fu6 el de haber d
del profundo letargo eu que caf, verdadeia
rrachera moral, producida no Ñ por qu6,
uno de loe puajeroe fen6menoe de euaj
ei6n que la ciencia eatudia con 11'1'&amp;11 eui
eomo preeunore. de la locura definitiva.
Como es de nponer, el nceeo no taYO
1eeuenciaa, porqne el antipitieo penonaje
bauticé con el nombre de M:udarra, ea un
rado comerciante de ultramarinoe que ·
habfa envenenado a condeea alguna. Pero
por mucho tiempo despu6a peraiatfa 70 en
engallo, 1 aolfa exclamar ,-"Infortunada
deaa ; por mú que digan, 70 aiempre sigo
mia treer. Nadie me perauadii'i de que no
baate tUII dfaa a mano de ta iracundo
poso ••• "

Ha aido preciso que tranaeurran meses
ra que las sombras vuelvan al ignorado
de donde nrgirron volviéndome loeo, 1
la realidad a dominar en mi eabea. He
aiempre que reeuerdo aquel viaje, 1 toda
colllideraci6n que antes me inspiraba la
da vfetima la dedico ahora, , a quién
réia f a mi compañera de viaje en aquella

guatiosa expedición, a la iraacible ingl-,
quien disloqué un pie en el momento de
atropelladamente del eoehe para perae¡ruir
npuesto ma7ordomo.

¡VAE VIOTIBI

...

TRINDADB COBLHO

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reeuerclo, no le he diello quien era

¡Pm16nemel ¡eata eabea mlal Pero
aellor, NB1IÜ8 ai ~ ¡ 11G . . - ..... de una - · •• ¡Ocmooe aated Pat 81, ú. . . IIObte el 1qo Xa7or. .. Jao¡ qu6 aaruillal ¡no eai oiertof Pd.fl
pailaje de mi affBlun. De la 'ffDtana tW
la vela nbir 7 'bajar por el enplo de 1&amp;
o - bana de buWit; de~ ......
abe, Gll'bnadu, leatu, ollelu,
a1pieD entalla ua . . .l' '1iate 7 11M
en torllO na aroma de llmoll-.

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X&amp;e, le 8Cllltar6 a6mo ~ - :.wa
1111a jadia.. • Pero, ICIÚ le deefa f Ali.
Al¡aella tuéle, ft!81lenlo h!-, teDfa aa
OOll el talle "imperio" 1 mi ti Np111p,
ftN. La bna, a -nee. N11tabt 11a 1'lalti
Mnplla 11B rato ..... el .... 0rw
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quiere 1IJI &amp;fo; .. olTid&amp;. 'Toa. ..
Blrlan'16choc¡qeaeadaamm,
Jlr.86illllban OOll a tenor
"'"· •• Amor,
liarte.
Dllliati
I&amp;

••cmd~ '°

.., ~ pacle . . . . , .. IÍ\1llllr -

•~ onendo 10 elt.6 Tiejl, el Mlllltle

aaerieádu,teaae-aaLYo-i...1

ria 4eap• eomo .i primar at.t l4!l4
s. 'f9ll(a a, la - - . . .

iv•

-

JabiGiitllipupilae.- ■ laJ._

�V.

GAROIA

acercándose hasta qoe su labio pudiera
en mi oido su loeora:
- , C6mo podemos probamos qne noa
mos más allá de la muerte I Mira eata a
queña. Piensa qué dulee seria morir j
Yo no sé qué dije. Mi carne flaca y
ble tu\"o miedo. Tuvo miedo de esos b
querían lle,·arme consigo haeia la som
Tu\"o miedo dr esa boea que debla aer
como la muerte. Pero no lo era, señor.
relr0&lt;•edía aterrado, sentí que dos labios
hacían en los míos, con rl brso ~ cálido,
profundo, más agonizante, má.s terrible .••
como un minuto de desmayo. La ten
voz dijo en mi oido:
-Seré toya y moriremos.
Pero yo, Heñor, con una tremenda c61
c,ílera del náufrago &lt;1ue disputa su sal
a cochilladas, rechacé brutalmente aquel
zo y rrmP. con desesperadas fuerzas,
orilla. :-:os separamos con una e:i:tralla
güeuza y la fatiga de haber vivido sigl
Y \"ea, •eñor, lo más terrible; no
lar seguro de si todo fué soñado ... Dorml
enteros ... alguien decia: "Es un ataque
bral ''. . . Después s61o quedan jirones de
ses, palabras, neblina ... un dolor terrible.
re, he hablado mucho. . . señor. . . tenga
dad ; un poeo de morfina para dormir .••
11112

ENTRE SANTOS

"ª
J. M. MACHADO DE ASSIS

����T
MAGNA.DO

DE

razón de la lepra de la lujuria. Acababa
rellir con au amante, y había paaado la
en lágrimaa. Comenzó rezando bien, 0
mente, pero poco a poco vi su pensamiento
la abandonaba para remontar a ¡111 p ·
deleites. Paralelamente qnedaban ain vida
palab~s; ya_ su oración era pesada, luego
fria, 10consc1eute; loa labios rezaban, y 811
ma, que yo espiaba desde aquf, ya estaba
el otro. Al final se persignó, se levantó 1
f11é, sin pedir nada.
-Mejor ea mi caso.
-¡MejorT-,-pregnnt6 San José con c
s:dad.
-Mejor, y no es triste, como el de esa
bre alma esclava de la came, que ann Dios
drá salvar; a contarlo voy.
Callaron todos, y en expectación incl"
s11s ea,ezas. Yo tuve entonces miedo, te
~ qn~ los santos viesen algún pecado o
men de pecado en el fondo de mi alma.
pronto salí de este estado. San Franciaeo de
lea comenzó a hablar:
. -Mi hombre tiene cincuenta aiioa, y 111
Jer está en cama, con ·una erisipela en la
n!' izquierda. Hace cinco dfaa que vive en
e1ón, porque el mal se agrava y la ciencia
responde de la cura. Y véase lo que puede
prejuicio público: nadie cree en el dolor

no

R

E

SANTOS

ea (que mi nombre lleva) y nadie eree que
ame otra COia que el dinero; por lo que,
e que 811 aflieeión fué conocida, cayóle
ba todo nn aguacero de motea e invectivaa,
faltando quien asegurase qae Jo que hacía
llorar anticipadamente por los gastos de
tierro y sepultura.
-Bien pudiera ser que si, arguyó San Juan.
-Que es uaurero y avaro, no lo niego; UBU·
como la vida y avaro como la muerte; naextrajo tan implacable111ente de la faltriera de loa otros el oro, la plata, el papel y
cobre. Na¡lie amó tanto eÍ dinero, y moneda
e en 8118 manos cae, diflcilmente vuelve a
r la luz del dfa. Lo que le sobra de 8111 calo tiene en nn arca de hierro que cierran
ete llaves. A veces la abre, contempla su dio nn momento, y vuelve a cerrarla de priaa.
Eataa noches no duerme. La vida que lleva
s6rdida. Come poco y ruin, lo índiapenable
no morir. Su familia se compone de 811
ujer y una esclava nrgra comprada hace muos años, a escondidas, porque eran de conbando. Dice que ni 1iquiera la pagó, porque
1 vendedor falleció luego sin dejar nada ea·10. La otra negra murió poco tiempo deaés, y aquf veréis ai este hombre tiene o no
1 genio de la economfa. Sales libertó el caAver ...
lil

������PR.AJYOISCO

HRROZEG

corazón; y decía que habría preferido ser muchacho.
A esto se debía que ella fuese la más ferviente admiradora de las hazañas musculares
que yo realizaba en la verja del jardín, y si alguna vez la engañaba contándola la parte por
mí tomada en las luchas que organizaba con
los muchachos zíngaros en los alrededores del
pueblo, veía lucir en sus oj-0s la llama del más
sincero entusiasmo.
La pobre Vitza experimentaba una adoración sorp1·endente po-r mi húsar de cuero. Constituía el único objeto de sus· sueños, y su amor
hacia aquel militar contristaba hondamente
su infantil existencia.
Cuando quería expresar que una cosa era
bonita, encantadora y aún sublime, decía:
''¡E~ como el húsar!''
Kuestros padres no se fijaban en la extraña
pasión de Vitza. En ·cuanto a mí, estaba bien
seglll'o de que ningún otro húsar, por mucho
que se pareciese al mío, le habría gustado del
mismo modo a mi hermanita. Era el mío, preci- ·
samente el mío, el que la fascinaba.
'Gua vez el húsar estuvo en su poder.
Con ocasión de mi santo, me regalaron un
traje nuevo y un reloj.
En el primer transporte u.e alegría coní a
casa tl:&gt; mi abuela para que me admirara. En el

E

L

H

u

s

A

R

patio de la casa había un inmenso gallinero sobre el cual tenía yo costumbre de subirme para lanzar algún kikiriqní. Hice lo mismo aquel
día y Vitza, que se había quedado abajo. aplaudía con el mayor entusiasmo. Pero nuestra alegría acabó muy pronto. porque. al bajar. ru'.'
enganché en u.n claYO, y me lJice un desgarrón
de cinco _dedos en el codo de mi chaqueta nueva. Yo comencé a llorar y mi hermana palideeió de terror. La abuela adentro estaba confeccfonando unas apetitosas golosinas; pero no
entramos, y con el corazón en un puño, nos
volvimos a casa. La pobre Yi., que caminaba a mi lado, tomaba una parte muy gi-ande en
mi desgracia.
De pronto me cogió de un brazo.
-Oye, Didi, no llores; yo te lo arreglaré.
-Pero,-pregunté yo, con IDla YOZ llena de
desconfianza,-¿ sabes tú coser, Yitza?
-¿ Yo? Vas a verlo; coso tan bien que nadie lo notará.
De vuelta a casa, me oculté en la bodega y
Vitza comenzó a dar vueltas alrededor del cesto de costura de mi madre, hast-a que logró
apoderarse de cuanto necesitaba. Provista de
una aguja, de un ovillo de hilo, de unas tijeras grandes y de un dedal vino a mi encuentro. Me tumbé a lo largo ele una cesta de junco, y Yitza, arrodillándose con un aire grave,
283

1

,'

��.1
IRA.NOIBCO I!EJ¡OZE

•

pudo evitar a 1u alma la angllltia de 11D ci_.
imposible,
Súbitamente ea,y6 enferma.
Declaro que la envidié aineeramente. No !loefa eltado mú agradable que el de enftr.
mo. Le metfan a uno en la cama, le arropaba
con mimo, le eoloeaban mullldoe almohade-.,
pap6 ;y mamA le aearieiaban ;y, en temaD49
una pizquilla de algo que le dieran, inmediatamente ae h-.ofa aoreedor a 11D premio de bombones, ditilea o naranja,.
Para epararnos, me inatalaron en caaa de
la abuela.
La ea.a estaba junto a la iglesia ;y desde
nuestro patio vefame laa doe grandes toft'el
g6tieaa ; el Z1llllbido de laa eampanaa hada ·'librar loe vidrioe de laa ventana&amp;. Desde 1u paredes del cuarto donde dormfa, me miraban
11DU aelioru de largoe cnelloe. Pero lo que m6a
exoitaba mi interá era, sobre la c6moda, UD
viejo reloj de m6aioa. ¡ Qué reloj aquel tu
maravilloso! Debajo del cuadrante, en el aido
del balaneín, una maripoea dorada giraba de
derecha a izquierda. Entre lu doa oolllDIIIIII de
alabaetro, moetñbaae un verdadero jardfn oou
un eaatillo vaseo, UD nrtidor, 1ID08 \ulipanea
rojoe ;y un prado verde oaeuro; en el janla
campeaba un caballero eepañol, mimo eon

-

1,
~ ft . . . .

111111 On't. Ctlll ,i..... ,

...
_,_te
taw del eutillo. «:laaade el aloj aolléa¡

G-lú ~ ....

fijalla III IIW'IIU

.aon

diminuta ~

r•

1111&amp;

llif¡eba aee6.

Jrieemanht, lll fllballmi ._ba 91l ~
el eriaw-1 ondalelo wllll a
'Yueftu 1
brotabe una aclmirabh meloclle utlpa. Yo
-teinplaba
~
~
Pero - olvido hab1llr ele Vita.
Un dfa, la abuela - dijo qae la pobi,eeit,.

w

~-IPIM'lo

...

iba mq mal.
•
-Bueno, pellÑ 70; - q'i!lm deoit q11e le
dan muehoa hombeul.
p 9r la tarde la doncella mo • nuema ~
-. para decirnoe que iba • hlea d: medlei~
naa, ;y que Vita me npba qa11 l e ~ iDl

hwr.
_, Quiere mi ldllr, . .

f-hlbueef
mi llúa1&gt;
;yo.-¡D6nde lo he J)llélllOT Vo;y a bumarle••
Ignoro qu6 demonio petverio - '18pajó,
pe,o entré en el 81111'to1 oault6 mi. h6ar Nlo
la ehaqueta, Y fruquude la verJ&amp;, me p6 por el camp11. Ne - erel lel1l1'0 en
no eatuve lejal, -pl-talP/l!Jte tolo, bajo
Durante 1ar¡o tiempo aaduve el'l'lllte
• ~ orillp del ..-royo. 1Ola, aquella Vita 1
: : , 18 conformaba oon no ir al colegio 1 e9tar
comiendo bombonel todo el dfa, aino q11e, ._.
mis, querfa el húar !

.i.:

-

����</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>GUILLERMO VALENCIA
POBM4.S ESCOGIDOS.

C••----•
......... Pr61,....
11. 5ANIN 1:ANO.

LECTURA SI.UCTA.

NUWf.~0 U.

��LECTURA SELECTA
GUILLBR.110 VALBNCIA

.

.

■ 1 ■ 1.10

�GUILLERMO VALENCIA

POEMAS
ESCOGIDOS
PRÓLOGO DE B. SA,;í,-; CA,;o

DEL AUTOR
RITOS

MEXICO
LFICTURA

SELECTA

1920

�GUILLERMO VALENCIA.
lllei11 tlHÍln, lubes, tMlko,/osu &amp;16sl.

J-1,

E

1 lp. llllllftuia. A•. lb Cl8 ~•Pllembre, 54,

V, llOFMANNSTHAL

L al\o de I Sg6 la capital colombiana oyó hablar por prime•
ra yez: de Guillermo Valencia a causa de un inddente
parlamel'lario insignificante y ruirlo~o. Una mayorla into·
lerante necesitaba dar el ejemplo de una votación abrumadora
en que no contaban con el voto de Valencia. Era menester eliminar e.&lt;e voto para que no lo poseyese la minorla. Se suscitó
entonces la cue,ti6n relativa a la edad del poeta. Qucrlan descali6~rlo porque no tenla los veinticinco allos requeridos por la
ley para ve~tir las insignias de representan1e tlel pueblo. En efec,
to, no tenla entonces veinhcinco allos. Era íá !il probarlo, pero
la misma edad temprana del diputado, su pre encía, la aureola
qae empezaba a formarle su inteligencia, de-armaron a los promotores de este sacrificio. Pasado el incidente, era Val.::ncia una
6pra nacional. Lo babrla sido por unas semanas si no hubiera
tenittomás méritos que la precocidad y la apostura. Tenla, sin
embargo, una sensibilidad nue., que de. envolver y ampliar a los
·ojos de los bárbaros. Tenia un espirita preparado para recibir en
labor tumultuosa las nuevas ideas de su tiempo y para reRejarlas
en una obra ~tica donde hay plginas que devuelven el brillo
de las antorchas con que· fo~ anunciada hace treinta allos una
bllena nueva.
5

�VALENCIA

GUILLERMO

POEMAS

ESCOGIDOS

repetia Valencia revolviendo sus ojos pequefios, húmedos y mór-

bidamente luminosos, sobre el paisaje sentimental frecuentado
por la bohemia de aquellos generosos dias.
No he sabido nunca, ni acaso Valencia, si se mirara introspectivamenle ¡,ara averiguarlo, llegarla a saber qué fuerzas extrañas
le llevaron a impulsar la politica en un cierto sentido y a dejarse impulsar por ella. En 1898 vino a Europa. Puede cualquiera
figurarse cómo recibió por todos los poros las ideas y los sentimientos de que estaba entonces impregnada la atmósfera cultu·
ral. No consentla que forma ninguna de arte le fuera extraña.
Su forma natural de expresión artlstica es el cabo rimado; pero
la música, la estatuaria, la pintura le hacen vibrar con vehemeu·
cia sonora. En el·pequeño tomo de sus versos dado a la estampa
está doc11mentada de trecho en trecho la impresión que las artes
plásticas dejan sobre la masa ph1smable de su alejandrina orgr.nización nerviosa. VolviQ al pais en momentos en que un vértigo de pasiones contenidas y de injusticias escabrosas habla dividido a la nación en dos campos armados, dispue~tos a obrar el
exterminio en las formas más dolorosas y extrañas. Tomó parte
en la lucha de gladiaJores, porque no les era posible en esos
momentos desempeñ:ir el papel de espectadores, ni aun a los filó sofos idealistas. El mundo erá voh1ntad más bien r¡ue representación.
La guerra terminó de súbito. Valencia volvió a su provincia·
Y aqul es necesario apoyar un poco sobre el vigor adquisitivo de
su inteligencia y sobre el influjo que en ella ejercen los hombres
y los libros. Es constante que el trasegar por si~temas filosóficos,
aplicándoles con esmero la lente convexa de las propias impresiones, acaba por desengalíar de las teorías y por inducirnos a
encontrar plausibles todas las explicaciones del universo. Sucede:
también que las lecturas copiosas, en esplritus capaces de someterlas al análisis de la experiencia personal, les quitan a los libros su poder virulento sobre la propia in!eligencia. Valencia ha
recorrido el mapa histórico de la filosofla con la mirada escudrifiadora del que quiere orientarse para dominar los puntos salientes del territorio. Pero el escudriñar menudamente no le ha be·

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7

Venia Valencia de provincias y acababa de salir de un seminario: dos poderosas limitaciones. Ocupaba en el Congreso un
asiento que le clasificaba entre los hombres del partido conservador. Clasificarlo en un partido era limitarlo más, y señalarle
contornos a su noción del universo dentro de las cercas erizadas
del conscrvatismo era cerrar demasiado el espacio de sus excursiones por el mundo de las ideas. Continúan llamándole así.
Puede diseflarse en la piedra la sonrisa interior con que esta alma de curioso insaciable responde a la sombría dolencia de que
están enfermas Jas greyes cuando sienten la necesidad de ponerles nombres a las cosas.
Cuando terminó esa labor parlamentaria, el espiritu de Valen cia se dif11ndió por los cen:iculos literarios de Bogotá en busca
de las ideas que agitaban el mundo de las letras. Habla en esos
momentos una fermentación de las ideas, complicada con los
signos inequívocos de una renovación substancial en las formas.
Acababa de morir Sil va, cuya acción sobre la vida intelectual bogotana habla sido la del más poderoso excitante. Se habian formado cenáculos. Habla solitarios em~ñados en recoger dentro
de sus cerebros las ondas hertzianas del movimiento intelectual
del mundo. Era el momento en que estudiar parecía un nuevo
vicio inventado para dest['Uir una raza, y en que el objeto más bello de la vida habla sido concentrado en la ardua, complicada y
destructora labor de pensar. En ese medio Valencia encontró
por instantes su natural habitáculo. Conforme a la distribución
geográfica de las deformaciones intelectuales, alli se tocaban la
zona del liquen religioso clasificado por Juan ,de Dios Uribe y
las líneas isotérmicas d.e ese mar interior de cuyas algas se exhalan los venenos de la inteligencia:
Oh/ mere qui crias en ton seín jusU etforl
Calias balan~nt la juture fiole
Des grandes jleurs avec la óalsamiqzu 1nort
Pour le poeíe las que la vie etiole,

�GUILLERMO

VALENCIA

POE.JfAS

ESCOGIDOS

cho perder d.e vista la e~trella misteriosa que se posó en Belén.
Las filosoffas son para él ciertas o plausibles en cuanto no destruyan el imperativo categórico firmado con sangre sobre el Calvario, Y con todo, algunos libros le atraen con fru-cinaciones irresistibles. Algunos heterodoxos de la hora presente han tenido
el privilegio de seft,larle rombos en la existencia. Anandonar 1111
capital coloml,iana e irse a dedicarles toda su actividad y cariño
a las gentes, ideas e intereses de su ciudad natal, foé un pensamiento que le sobrecogió, sm poder remediarlo, al leer las últimas páginas de ese libro ea que Mauricio Barres pormenoriza la
psicologia de los desplantadus. Desde entonces vive en Popayán.
Estudiemos el ambienle de esta curiosa villa, a quien le ha dedicado Val1mcía, a más de sus anhelos de ciudadano, extra:fias
rimas de un sentido recón dito. Los espz;ñoles que et1lraron por
el Sur a tierras de Nueva Granada toparon en la primera parte
del curso del rlo Cauca con un verdadero parafso. Habían pasado por la montaña helada, celosa y abrupta, en viaje de miserias y de desesperación. Cayeron de repente en un clima benigno
una tierra levemente ondulada, fácil a [os cultivos, surcada de
varias corrientes, cubierla de flores y de· hermosos árboles. Alli
fu11daron ua pueblo, cuyas agitaciones posteriores labran hondo
surco en la historia de la comarca.- Ha sido un almácigo de grandes hombres. De ali[ han salido varones a regir la Iglesia colombiana, a llevar el peso del gobierno civil, a dirigir campañas de fama horripilante, a sacudir el candor de las mullitudes
cuando el fuego de la oratoria era elemento de dominio, a difundir enseñanzas vitales por todo el baz de la patria. Una atmós·
fera tiuia, una temperatura constante, sensibilixa exquisitamente los ner.,ios. La vecindad de los allos montes y volcanes, la
dirección de los vientos, tienen de comi nuo I a atmósfera en
má.,dmá tensión eléctrica, que se descarga periódica y frecuentemente sobre el p'lblado en sonoras y luminosas tempe~tades.
Los cerehros parece que se resintieran de la presencia del flufJo:
son vivaces, explosivos, luminosos. La ciudad tiene vfnculos de
hierro con el pasado, a tiempo que carece casi de medios de

comunicación con el resto del mundo. Su situación, la mentafidad de sus hijos, la riqueza uhérrima de la comarca, la han convencido de que se basta a si misma. Las glori:ls del pasado es
pallol las ha. hecho propias, y el esp!ritu maleante de sus veci• s
ha s.eñala lo en su rec1 uto la piedra que cubre los restos in11 ortales del Ingenio-o Hidalgo. Esta ciudad ama a Valencia &lt;-0n
un cariño exclusivo. Le llama su poeta y lo ha condecorado.
El haber nacido en ella no es el solo rasgo que le califica de
vate popaya~ejo. Ilay entre él y su ambiente preclilec10 marcadas consonancias. En esa c1u&lt;lad riñen batalla cotidiana el pasado, el presente y el porvenir. Esa lucha es el e~taclo de esplritu más d1seernihle en Valencia. Dije ya que es un poeta alejandnno. S~ñalemos los distintivos de ese estado de espfntu conocido en filosoífa y ea literatura con el n&lt;,mbre de «alejandrinismo».
«L'a!exandrinimu - dice Faguet - ~•ut la tmdance iJ, un
npos nlatif apres une periudé d'agt"tation.n El critico nonnaliano eMu vo lejos de ser preciso al oírecer esta definición en el
esrndio finls1mo e interesante, destinado a fijar las lineas esenciales de un estado de esplrir u, local ¡ ;or ,u primera manifestación y universal por sus periódicas reapariciones. La palabra relativo parece agreg,da por el critico al revisar las pruebas de imprenta; parece agregada por un alejandri,10 sobre el manuscrito
de un fiiósofo positivista. El alc,jandrinismo es el resultado de una
vi-,a agitación, producida en esplritus selectos por el choque de
-varias civilizac1one,. Es una predispo,icióu a hallar plausibles
todas las teorías y a trazar las líneas si o uosas en que se en lazan
todus los sistemas que se contradicen. Ocurre esta manera de
ver las cosas siempre que se ponen en pugna dos o más formas
de cultura., y cuando el espíritu sufre de la necesídad generosa
de

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9

Querer- se1ttidt1, vYlo y adivinarlo lodo.

Tal predispo;ición trae consigo una sensibilidad biperestt'!tica;

�GUILLERMO

VALE.1VCIA

una capacidad de percibir preferentemente las medias tintas,
las ideas evanescentes, los conceptos que oscilan muellemente
entre la verdad y el error. La sensibilidad del alejandrino está
en pugna cotidiana con el «bárbaro» ( 1 ). Su estado pem1ancnte
le predispone a sentir que tiene
••• . La frente m llamar y lt&gt;_s pies mtre lodo.
Para acomodar las formas de expresión a la intimidad de sus
sensaciones y fijar los matices más sutiles de ellas, el alejandrino ha obrado siempre transformaciones sobre el coloquio vulgar
que ha recibido en herencia. Franz Susemihl, en su Historia
,u la Literatura Griega en la Epoca Akjandrina, señala con
estas palabras la transformación del dialecto ático: "La lengua
griega misma, tomando poco a poco ur. car.ácter esencialmente
distinto, cayó (bajo el influjo de numerosos escritores no griegos
de origen, o griegos sólo a medias) de las formas áticas; en lasfor.
mas comunes, que se le hablan adherido, pero que no eran en
modo alguno una mera corrupdón del ático, sino más bien una
vegetación nueva, aunque no 1;gurosamente sana, que se dis·
tinguia de la antigua especialmente por una coloración abstracta
y rica en formas, al mismo tiempo que por la invasión de nuevasvoces compuestas y recompuestas y de voluntarios errores gramaticales." Si no se trataxa del siglo tercero o cuarto de nuestra.
era, podríamos presumir que este largo periodo del historiador
alemán era una critica risueña del modernismo hispano-americano. Y afiade, que 11na de las cuestiones ardientes en la primera mitad del siglo tercero, se eJ&lt;presaba en la alternativa
de si "los círculos de la poesía estaban colmados, o si era posible diseñar una expectativa para los poetas modernos." Antes
de seguir citando a este grave autor, importa hacer presente queescribió hace veinte aflos, cuando las contiendas del buen sentí[ 1J GEGBN 01 K BARBAllBN es la dedicatoria de las traducciones qu,.
forman parte cuacterístlca de su único volumen de versos.

10

POEMAS

ESCOGIDOS

do o del gusto servil no habían sido reflidas contra el modernismo.
Otro de los caracteres del alejandrinismo, según Susemihl, es
la aparición en la poesía d;: la nota lntima y personal. El yo
que llamaron odioso en tiempos d~ Fene)ón, el análisis de lo
subjetivo, era una dolencia alejandrina.
Hay, además, un detalle social de la époc~. alejandrina, sefia•
lado por este autor, que nos lleva de la mano a fiju en cifras históricas la reintegración de Valencia a sus patrios solares. ºToda la vida espiritual se refugió en las pequeñas monarquías donde el lazo común de la religión y de las costumbres helénicas
antiguas le cedian el paso a un cosmopoliti$IDO invasor, y en las
cuales el individuo pod!a, para su propia educación y p&amp;ra el
desarrollo de sus intereses privados, seguir su personal iniciativa
con menos trabas que en las viejas repúblicas." "La mayor parte
de los poetas alejandrinos se limitaron, con sentimiento adecuado, a la poesla de contenido estrecho, y en ella lograron crear
mucho nuevo y genuinamente poético, especialmente en la descripción de la vida individnai interior (individud!en Seetenleóens), en la graciosá representación de tiernas, sentimentales y
apasionadas sensaciones."
Oigamos a Valencia:

Ruurja ya el paúaje cubierto de neblina
Que a los fulgores trhnu!es áe lumbre vespertina
Mis ojos vüron con amor,
Buscando consonancias para mi ser enfermo
Sobre la tierra estéril de aqutl infausto yermo
Lleno de mu,1gos y de horror.
Yo cifro el mudo lago de la mdancolia . .... .
"El individuo -sigue diciende Susemihl- se refugiaba en su
11

�GUILLERMO

VALENCIA

interior, y esta inconmovilidad del espiritu, la apatía o ataraxia
era la más alta mir::l del esfuerzo humano" (1)
En las Cir-íieiias Blancas, en Los Camellos, los poemas de más
honda y tranquila vi~ión intelectual que debemos a Valencia, está calcada como adrede esta sentencia del critico alemán.
La nota caracteristtca de la poesla de Valencia, es su predilección por los tonos suaves y por las sensaciones Yagas, casi inexpresables; es su timbre más definido para figurru- entre los alejandrinos.
Su color favorito es el blanco o el gris; cuando sube un poco
en la gama de los tonos vivos, se complace en las suavidades
del azul. Cuando echa mano de colores más intensos, es en frases que le son adversas, como él mismo dice, o para evocar con
el contra~te, matices más delicados.
Los Camellos y Las Cigiidlas son unaorgia de blanco, y no solo en los colores, sino en las sensaciones del tacto, en los sonidos y perfumes, su sensibilidad parece limitada a lo exquisitamente atenuado. El silencio, la sombra, el recuerdo. los ecos
mudos, frecuentan su poesla como una antigua mansión abandonada:
1 Oír los mudos ecos que pueblan los santuarios
Amar las hostias blancas, amarlos inunsarios.

Exangiie como un fllármol de lo dorada Almas.

La ,¡ue robó al piano m las veladas frías
Parejas voladoras de blancas armonías.
La luna como un nimbo de Dios, desde d Oriente
Dibuja sobre el llano la forma ennescente.
11) Geschlchte der Orlechlschen Lltteralur In der Alexandrlner Zelt
von Fra.ni Susemihl, 1892.

12

POEMAS

ESCOGIDOS

Resurja ya t!l ¡,aisa;e ,¡ue reflejó mi tnenle
Como refleja 11!jo,zdo de llmpida corn'mte
El gris del turbio anockecer».
Es digno de notar en e.~tas citas el trueque de las sensaciones.
El sentido de la vista le suministra al del oído términos para cnnquecer la gama de las sensaciones. E,te procedimien10 rigurosamente alejandrino, les ha sido inctepado a los poetas modernbtas con igual amargura que ineptitud. A más de corresponder
a un estado de alma alejandrino, es uno de los recursos del espíritu humane para enriquecer la~ lenguas. Suave, corresponde
originalmente a una sensació11 de tacto: la le11gua ha e1&lt;pandido su significación aplicándola a todas las otras sensaciones. Leve, es sensación tactil por excelencia: el sonido, el color. han
menester de este calificativo para aumemar sus aplicaciones a la
descripción de las sensac;oncs. Dttlre, que es un calificativo
del gusto, es aplical,le a casi todas las sensaciones.

Las uaclucciones contenidas en el volumen de poesías de
Valencia, documentan su sensibilidad con la misma precisión que sus onas originales. Algunas de ellas son un milagro de rep,oducción. El simbolo de vastos alcances escondido entre las rimas erntéricas dd Señor de la Isla, de Stephan
George, aparece con todo &gt;U µres1 igio en la versión ins1&lt;pcrable
de Valencia. El Siuiio vivido, de Hofmannsthal, es otra maravilla de transcripción. César Borgia, de Verlaine, no ha podido
ganu un mtérprete mas concienzudo ni más hábil.

•
Valencia calla hace algún tiempo . El instinto de conocimiento, que en él a,ume proporciones tiránicu sobre el resto de
las funciones vitales, le ha ido arrebatando, sin dudá, la propensión a fijar en rimas complicadas el treno de sus sensaciones.

13

�VALENCIA

GUJLLERlrIO

La capacidad asimilativa y el placer de adquirir nuevas nociones en el trato con los hombres y con los libros, desvía tal vez,
las fuentes de inspiración. Sus amigos le suponen entregado en
este momento a la meditación de un poema dionisíaco, en que
quiere resumir completamente su noción de la vida. Con esa
obra y sin ella, la poesla hispano-americana les ofrecerá el ncmbre de Valencia a los criticas del porvenir para determinar el influjo que en esas comarcas ejercieron las corrientes renovadoras
en o, últimos días del $Íglo XIX.

POEMAS ESCOGIDOS
CIGUEI\AS BLANCAS.

B. S,rniN CANO.

Ciconia pielatis cultrix.

(La Rwisla de Amhica, 191.3)

PETRONIO.

D

cigüeñas la tímida bandada
recogiendo las alas blandamente
paró sobre la torre abandonada
a la luz del crepúsculo muriente;
hora en que el Mago de feliz paleta
vierte bajo la cúpula radiante
pálidos tintes de fugaz violeta
que riza con su soplo el aura errante.
Esas aves me inquietan: en el alma
reconstruyen mis rotas alegrías;
evocan en mi espíritu la calma,
la augusta calma de mejores días.
Afrenta la negrura de sus ojos
al abenuz de tonos encendidos,
y van los picos de matices rojos
a sus gargantas de alabastro unidos.
Vago signo de mística tristeza
es el perfil de su sedoso flanco
E

14

15

�VALENCIA.

GUlLLERJ,fO

que t&gt;voca, cuando al sol se despereza
las lentas agonías rle lo Blanco.
Con la veste de mágica blancura,
con el talle cic:: lánguido dist-ño,
semeja en el eiopacio su figura
el pálido estandarte del Ensueño.
Y si, huyendo la ¡;:irra que la asecha!
el ala encoge, la c11b.-za extiende,
parece un arco de rojiza flecha
que oculta mano en el espacio tif-nde.
A los fulgores de sirlért&gt;a lumbre,
en el vai,;en de su ran-;ado vuelo,
fingen, bajo la cónc;iv;i techumbre,
bacantes del azul tbrias de citlo ....

Esas an::s me inqui.-uin: en el alma
reconstruyen mis rotas al.-grias¡
evocan en mi espiritu la c11lma,
la :iu¡{Ust;i calm;i de mej0rt-s rl1as.
Y restauro del mundo los al&gt;rilf's
que ya no volverán, hor:is risueñas
en que ligó sus ansi11s juvt-niles
al 1.-nto crotorar ele las cigüeñas.
Ora dejando las helacl;is brumas
a Grecia piden su dorado asilo;
ora baten t-1 ampo ele i:us pluma!!
en las fangosas márgt-or!' dt-1 Nilo.
Y .. eo el Lacio los cárment-s de Oriente
olvidan con sus lagos y palmares
16

P

r&gt; E JI A

~

E~CVGIDOf;

para velar en éxtasis ardiente
al Dios de la piedad en sus altares.
Y junto al numen que el romano adora
abre las alas de inviolada nieYe;
en muda admiración, hora tras hora,
ni canta, ni respira, ni se mueve.
Y en reposo silente sobre el ara,
con su pico de púrpura encendida
tenue lámpara finge de Carrara, _
sobre Yivos colores sostenida.
¡Ostro en el pico y en tu pie desnudo
ostro también! ¿Corriste desalada
allá do al filo d,;: puñal agudo
huye la sangre en trémula cascada? •••.
Llevas la vestidura sin mancilla,
-pre:i en el Circo- de doncella santa,
cuando cortó la bárbara cuchilla
la red azul de su gentil garganta.

'l'oJo tiene sus aves; la floresta,
de mirlos guarda deliciosos dúos;
d torreón de carcomida testa
oye la carcajada de los buhos;
La gloria tiene al águila bravía;
albo coro de cisnes los Amores;
tienen los montes que la nieve enfría
la estirpe colosal de los candores;
y de lo Viejo en el borroso escudo
-reliquia de Yolcado poderio-

17

�a

l' / !. I, J,,' H M O

¡- .1 L R S

su cuello cri~•: en ,·l espacio mudo
ella, la nnvia láng-uida dd l'rio!
La cigüeña e. el alma del Pasado,
es la Piedad, es el ,-\mor ya ido¡
ma. su velo también está manchado
J el numen del candor, enn·jecido.
¡Perlas, cubri&lt;l el ceñidor oscuro
que ennegrece la pompa de us gala
¡Detén, O1\'idu, t:I oleaje impuro
que ha manchado la albura de us nla~.

*
'I urban su ,·uelós la ,·olubl calma
del nrenal - un cielo incandescente y c:n el durado límite, la palRJa
que tue ta el rojo luminar: ¡Oriente!
'I ú que adoraba In cigüeña blanca,
¿supiste su virtud? Entristecida
cuando una mano pérfida le a,·ranca
u \'agarosa lil)!:rtad, no anida.
Sacra vr:,,tal de cultos inmonale
con la no talgia de u altar caído,
e acoge a las vetusta· catec.lrale
y entre sus grietas enmaraña d nido;
abandona la húmedas floresta.
para ouscar las brisas del ver:ino,
r remonta veloz llevando a cu sta,
el dulce pe~o de su padre :mciaoo.
l~s la ami~a discreta de Cupido,
qu' del a tro nocturno a lo. fulgorc ,

18

1•

I .1

POEMA.

;;.·ao

G

rn º·"

oye del rapazuelo entretenido
hi torias de su. íntimos amores:
con la morena de ceñida boca,
altos senos, febril y apasionacla,
de exangües manos y mirar de loca
que enen'a como flor mponzoñada¡
o con la niña de pupilas hondas
- luz hecha carne, floración ele cielo! .....
1 1ue al \'iento t&gt; parce las guedej s blundas
y e~ 1, carnal animación del hielo! ......
con la nibia de cutis perla y grana,
emítica nariz y azul ojera,
&lt;¡ue parece, al tra\•é de su \'catana
ca ta \'irgen de gótica \'idriera .••.

Esas .a,·cs me inquietan: en el nlma •
recon~truyen mis rora. alegria.;
t\·ocan en mi e-p1ritu la calm::i,
la au,.,.usta calma de meJ0rt:s días.
Simoolo fiel de artísticas locuras,
arra trarán mi ueño eternamente
con su remo· que azotan la alturas,
con sus ojo que Lu •-an el Oriente.
Ella , \'Orn@ la tribu desolada
que boga hacia el paf &lt;le la (luimera,
atravie an en mmica bandada
en busca de amoro. a Prima\'ern;
y no ,•en, cual lo pálido« cantare ma alli de lo. ag"rios arenales,19

�VAl~E.YCJA
gélidos musgos en lugar de flores
y en vez de Abril las noches invernales.
Encanecida raza de proscritos,
la sien quemada por divino sello:
náufragos que perecen dando Kritos
entre faro de fúlgido de tel10.

....... ············-··········· ....
Si pudiesen, asidos de tu manto,
ir, en las torres a labrar el nido;
si curase la llaga de su ci.nto
el pensamiento de tuturo olvido;
¡ah! si supic en que el soñado verso,
el verso de oro que les Jé la palma
y conquiste, vibrando el Universo,
¡oculto mucre sin salir del alma!
Cantar, soñar....• conmovedor delirio,
deleite para el vulgo; amarga.'! penas
a que nadie responde¡ atroz martirio
de Pctronio cortándose las venas ••••
¡Oh Poetas! Enfermos escultores
que hacen la forma con esmero pulcro,
¡y consumen los prístinos albores
cincelando su lóbrego sepulcro!
· Aves que arrebatáis mi pensamiento
al limbo de la forma: divo soplo
traiga desde vosotras manso ,.¡ento
a consagrar los 61Qs de mi escoplo:
amo los vates de felina zarpa
que acendran en sus filos amargura,
20

E ;· C O G I D
y livido corcel, muc,·cn el arpa,
a la histérica voz de su locura.
Dadme el verso pulido en alaba11tro,
que, ragi&lt;lo y exangüe, como el ciego
mire sin ojos para ver: un astro
de blanda luz cual cinerario luego.
¡Bu co las rimas en dorada lluvia¡
chispa, fuente , cascada, lagos, ola!
¡Quiero el soneto cual león de Nubia:
de ancha cabeza y resonante cola_!

•
Como el oso nostálgico y ceñudo,
de ojos dolientes y velludas garras,
que mir.a sin cesar el techo mudo
entre la c.irccl ele redondas barras,
esperando que salte la techumbre
y luz del cielo su pestaña toque;
con el delirio de subir la cumbre
o de flobr en el nevado bloque:
del fondo de mi lóbrega morada,
coronado de eneldo soporoso,
turbia la vista, co el azul clavada,
alimento mis sueaos, como el oso¡
y digo al veros de mi reja inmota
pájaros pensativos de albas penas:
¡quién pudiera volar a donde brota
la avía de tus mármoles, Atenas!
De cigüeñas la úmida bandada,
desplegando las alas blandamente,
21

t&gt;

�t;

U I L L E R JI

o

l' A L ¡.; X ,, I A

vol&lt;'&gt; de de la torre abandonada
a la luz del crepúsculo naciente,
y saludó con triste algarabía
el perezoso despenar del día;
y al esfumárse en el confin del ciclo,
palideció la bóveda som brfa
con la blanca fatiga de su vuelo ••••

A. ARKOS.
Dt lodo lo eurilo amo s()/amrnlt
lv 1/111' d /,01116rr turiJJ,,¡ co• su propia s,1-cre. Eun"6e ron smigre y
nprtlWrrás ,¡ut la sa,rgr,· es upiri/11.
FllDElllC(l

E

11:TZSCHE.

N el umbral &lt;ie la polvosa puerta,
suci~ la piel y el cuerpo entumecido,
be VJSto, al rayo de una luz incierta,
un perro melancólico, dormido.
¿En qué sueña? Tal vez árida fiebre
cual un espino sus entrañas hinca
o le finge los pasos de una liebre
que ante sus ojos descuidada brinca.
Y cuando el alba sobre el Orbe mudo
como un ave de luz 1e despereza,
ese perro nostálgico y lanudo
sacude soñoliento la cabeza
y se ceba a andar por la fraga~ ,·ia,
22

I' o B JI .1

f.' •· (' O O I D O

con su ceño de inváli.to mendigo,
mientras mueren la rafagas del día
para tomar a su tangoso abrigo.
Hundido en la cloaca
la agita con sus manos temblorosas,
y de esa tumba miserable, saca
tiras de piel, cadáveres tic cosa11.
Entretanto, telices compañeros
obre la falda azul de las princesas
y en las manos de nobles caballeroi1
comparten el deleite de las mesas;
ciñen collares de valioso broche,
y en las gélidas horas de la necbe
tienen calor, en tanto que el proscrito
que- va sin dudio entre el humano enjambre,
tropieza con el tósigo maldito
creyendo ahogar el hambre,
y en las hondas fatigas del veneno
ee:bado sobre el polvo se estremece,
fatídico temblor le turba el seno,
y con el ojo tímido, saltado,
sobre la tierra sin piedad fallece.
Todos vuelven la faz, nadie le toca:
al bardo sólo que a su lado pa a,
atedia la frescura ele su boca
"donde nítidos dientes
se enfilan como perlas refulgente'!. - .. "
Misero can, hermano
de los p:uiac;, tú ini,·ias la cadena

�GUILLERHO

T" ,1 L EN C I A

de los que pisan el erial humano
roídos por el cáncer de su pena;
es su cansancio igual a tu fatiga,
como tú se acurrucan en los quicios,
o piden paz, sin una mano amiga,
al silencio de oscuros precipicios.
Son los siervos del pan; fecunda horda
que llena el mundo de vencidos. Llama
ávida de lamer. Tormenta sorda
que sobre el Orbe enloquecido brama.
¡Y son sus hijos pálidas regiones
de espectros que en la noche de sus cue,·as,
al ritmo de sus tristes corazones
viven soñando con auroras nuevas
de un sol de amor en mistica alborada,
y, sin que llegue la meatida crisis,
en medio de su mísera nidada
los degüellan las ráfagas de tisis!
Los mudos socavones de las minas
se tragan en falanges los obreros
que, suspendidos sobre abismo loco,
semejan golondrinas
posadas en fantásticos aleros.
Coa luz fosforescente de cocuyos,
trémula y amarilla,
perfora obscuridad su lamparilla,
solJre vertiginosos voladeros
acometen olímpicos trabajos,
y en tintas de carbón ennegrecidos,

24

POEMAS

HSOOOIDOS

se clavan ea los fríos agujeros,
como un pueblo infeliz de escarabajos
a taladrar los árboles podridos.
Sus manos desgarradas
vierten sangre; sarcástica retumba
la voz en la recóndita huronera:
alli fué su vivir; allí su tumba
les abrirá la bárbara cantera
que inmóvil, dura, sus alientos gasta,
o frenética y ciega y bruta y sorda
con sus olas de piedra los aplasta.
El minero jadeante
mira saltar la chispa de diamante
que años después envidiará su hija,
cuando triste y bamb I ienta y haraposa,
la mejilla más blanca que una rosa
blanca, y el ojo con azul ojera,
se pare a remirarla, codiciosa,
al tavés de una diáfana vidriera,
do mágicos joyeles
en rubias sedas y olorosas pieles
fulgen: piedras de trémulos cambiantes,
ligadas por artistas
en cintillos: rubíes y amatistas,
zafiros y brillantes,
la perla obscura y el topacio gualda,
y en su mórbido estuche
de rojizo peluche
como vivo retoño, la esmeralda.
25

�n

I

I J, L E R JI O

V ...J. [, E S C I A

La joven, pensafü·a,
sus ojos cla\·a, de un azul intenso,
en las joyas cautiva,
de algo c;¡ue duerme entre el tesoro inmenso;
no es la codicia sórdida que labra
el pecho de los viles:
es que la dicen mística palabra
las gemas que tallaron los buriles:
ellas proclaman la fatiga ignota
de los mineros; acosada estirpe
que sobre recio pedernal se agota,
destrozada la faz, el alma rota,
sin un caudillo que su mal extirpe:
El diamante es el lloro
de la raza minera
en los antros más hondos ele la hullera:
¡loor a los dolientes campeones
que vertieron sus lágrimas
entre los socaYont"s!
Es el rubí la sangr~
de los héroes que, en épicas faenas,
tiñeron el filón con el desangre
que hurtó la vida a sus hinchadas venas:
¡loor a los valientes campeones
que perdieron sus \·idas
entre los socavones!
El zafiro recuerda
a los trabajadores de las simas
26

•

I'OR.MA,'-

J,j 8 r. O

(J

/

el último girón de cielo puro
que vieron al mecerse de la cuerda
que los bajaba al laberinto oscuro:
¡loor a los se~ultos campeones
que no verán ya el cielo
·
entre los socavones!

Y el topacio de tinte amarillento
es recóndita ,ira
y concreciones de dolor; lamento
que entre el callado boquerón expira:
¡loor a los cauti\'os campeones
que como fieras rugen
entre los socavones!
La joven pordiosera
huyó .•••
¿Qué formidable voci-río
pasa volando por la azul esfera,
con el lejano murmurar de un río?
Es una turba de profetas. Vienen
al aire desplegando los pendones
color de cielo; sus cabezas tienen
profusas cabelleras de leones.
En sus labios marchitos se adivina
el himno, la oración y la blasfemia;
llama tebril sus oj'Os ilumina
de sacros resplandores:
pálidos corno el rostro de la Anemia,
27

D O S

�6

ILLEBIIO

VALE

llegaron ya: aOll los CoaqaWadora
del Ideal: ¡dad puo a la Bobeeiat
Ebriot t.odoc de an viao t ~
qae DO bebee lo. b6tban&gt;e, y eavaeltoa
ea aadrajoe. 8Clll almaa de cololo,
que 1reparáQ a la impaaible altara
doade afilan m hojas loa laurelea
coa que ciftca de olímpica Yea4aia
ea tu TU«, proecenio
a loa uacidoa de tu Crf..., ¡oh Genio:
Aquél mueatta aa aljaba
de~ombate, repleta de piaceléa:
el otro Tlbra, como rada clan,
UD cuadrado martillo J doa c:iacela;
te Íllkm&gt;p01 N dícaa 8U proyectos
de obras qae ~ etenao.a nagoa:

auaqae eaa mectoa,
el IÚnDOI ., el piacel lea harma atroa.
Ua acaltor ofrece
pulir la piedra como fiao eacaje
para velar • aeno que florece
bajo la tenae morbidez del traje;
aquése de foafórica papila
que las del pto iguala,
disdrre solo en actitud traaquila
coa el uul cuaderno bajo el ala;
y el bardo decadente,
el bardo mirtir que suaclta mofas,
levantará la frente,
airo nido de férvidu estrofas,
11

E

OGIDO

1 de 1118 labios, que el reir no ale¡ra,
brotari e l ~
como aa ágaiJa negra,
con las alu eoormea
deaplepdaa al Yiellto,
paracaatar la Venus Vaotorioaa
cuya violenta jueatad encarne
el espfrita atecre de la dioea
ea lu melaacolfu de la carae.

El IDIWeo, doblalado la cabeza
sobre la cl6bil cajJ.
d~•flOliDaoaon&gt;.
dice la TOS qH de loe cielot baja
como a ~ del jwéUa doGl'O,
1 , apmaao del cuello e d a ~
altilico~,
lo hace pilar C0D ripo alarido,
y coa alaogadoa arámaloa aimula •
el soUozo 4e - minir ~ - qaeJ&amp;
bajo et negro &amp;,g.a que to aenmpla:
y sobre todoa lota,
como UD aaef(t de amor ea aocbe larga, •
la pu del ane qae • duelo embotJ
y aa 8-gado coruóA embar¡a.

Deneatmada tn"ba
de miaerablea, weatro easaeio ffllO
vuela sólo eatre sombna como welaa
las grullas ea tu IJ()Chea de ver&amp;110.

•

�GCTJLLERMO

l"ALE

Eaa lamlwe uesiDa de los focos
que doran las aober1&gt;ia capilales,
arderá Vlft!etraa freat:ea iaaortales
y Yaelltraa alaa de za8r, ¡oh Locos!
Sia pan, ni amor, ni l"Uta
donde dormir vuestra febrile boru,
acumb&amp; a la bárbara cadena,
in máa visión que Ja c:bafada ruta

•

que os empaja a loa ~mot del Sena ••••
¡Canes, minero, artistas,
el luido recinto que o encierra
cOIISUllle vuestros miael'oa despojos;
y ea el agrio Sabara de la tierra
sólo hallaateia el aaua .... de loa ojo !
¡Huid como uaa banda tenebrosa
de pljaroa aocturaot1 que entre rama
bieadeo la obscuridad sin voz ni huella;
morid: para voaotro
no se despierta el dia
ni se cqlwnpia ea el Zenit la estrella
que llamaron loa hombrea Alegria!
Cuán lejos de vost'tro ae levanta,
sobre
. columau de marfil bruñido,
la audad de los Amos, 41onde canta
su canto d ventura.
el gozo entre las almas coodido.
Allí todol olvidan
vuestra angustia. Los árboles no dejan
-de silencio cargados y de florcsllegar, de los vencidos que se quejan,
30

E

o

ID O

el treno faaeral de au dolc)tel;
alli, cual ua torreate
que de au ondas a dormidas charcas,

resbala friameate
coa nrido IIOIIOf'O
1 oro, a loe aWamos de lu arca&amp;
AUi ... sedas c:rujeo
como crujen las carnea sacudidas
por las tieru: soa fiera que no ragea
los eres sia piedad.
ed como pua

sabre el marmóreo saeto,
con su capa de pieles, la hembra clPra
cual un oso gigaote sobr:e hielo.
,Por qué se abren 908 ojos
deamCS\11'8dameate?
¡ bl 8i es qae apaata coa ~ ro;o
el astro de la saop por Oriente.
Bajo e odio del vieato y de la lluvia
por la frigida este~ ae adelaatu
lo domadorc de la &amp;;tia r:1Hir,
yal perro sarnoaoa
e tornaron chacales. De ira ciego
el minero de ayer
precipita
sobre loa trancos. ¡Un airado fuego
entre sus manos trémulas palpita,
,. orda a la niites, al llanto, al ruego.
~e la tempesead de clmamita!
¡Son los hijo de Anarkosl Su mirada,
coa reverberaciones de locura.
evoca ruinas y predice males:
31

�r; U I L /, E R M O

r

AL E

parecen tigres de la Selva oscura
con no talgia, de ,·fctima y juncalc!I.
1:.1 furioso caer de sus piquetas
en trizas torna la vetusta arcada
que erigieron al 8ien nuestros mayores¡
y por la red de las enormes grietas
va filtrando, con tintes de alborada,
un sol de juventud su resplandores.
Aquél un arma ruda
pide, que parta huesos y que exprima
el verbo de la cólera¡ filuda
por el trabajo, recogió su lima
de fatigado obrero,
y bajo el golpe de Lucheni, ¡muda
cayó la Emperatriz como un cordero?
Pini, \ 'aillant, Caserio y Angiolillo,
vuestro valor ante la muerte espanta:
negros emperadores del cuchillo,
que rendís la garganta
como débil mendrugo
a las ávidas fauces del verdugo:
de duques y barones
no circundó plegada muselina
vuestros cuellos. Allí donde culmina
el dorado listón de los toisones
os diú la guillotina
. u mordisco glacial: vendimiadora
que la tez y las almas decolora.

E ,lf .-1

COGIDO

E

Aun parece vibrar en mis oídos
la voz de Emíle Henry; ya bajo el hacha
iba a rodar su juvenil cabeza,
como la flor al soplo de la racha,
y exclamó: •GERMINAL,•
y de su he1 i,la
&lt;:orriú una fuente de licor sagrado
que bautizó la historia dolorida
de los siervos, con óleo ensangrentado.
Y ;..se fué dulce al comenzar, renuevo
de razas de alto nombre.
¡,Quién me dirá si un huevo
e de torcaz o VJ"bora? La mente
no sabe leer lo q11e en el tiempo asoma:
el hombre, como el huevo,
¡en nido de dolor será serpiente,
en nidos de piedad será paloma!
Por dondequiera que mi sér camine
Anarkos va, que todo lo deslustra:
¡un rito secular que no decline
ante d puño brutal de Bakunine,
y el heraldo feroz de Zarathustra!
No puede ser que vivan en la arena
los hombres como púgiles: la vida
es una fuente para todos llena;
id a beber, esclavo• sin cadena;
potentado, ¡tu aiervo te convida!
¡Nada escucbanl Los pabres, a la jaula
de la miseria se resisten fieros,
33
3

�G

r·

I !, l g R ~1¡ O

l'ALFJXCIA

y con brazos de adustos domadores
y el ojo sin ternurá, ¡los enjaula
la codicia sin fin &lt;le los sefiores!
¿Quién los conciliará? Tibios rdlejos
de una luz paternal y vespertina
visten de claridad el linde vag0:
es que el Patriarca de los Ritos Yiejos,
de sapiencia cubierto, se a,·ecina,
con la nen·iosa p::lidez de un mago.
Es flaco y débil; su figura finge
lo espiritual¡ el cuerpo es una rama
donde canta su espíritu de Esfinge¡
y su sangre, la llama
que lo~ miembros cansados transparenta;
de su nariz el lóbulo movible
aspira lo invisible.
son sus patricias manos una g-arra
ftlml y amarillenta:
¡es ele los g-riegos la gentil cigarni
que con mirar el éter se aliment;,!
Impalpablt:: se irgue
-melancólico espectroy de la n11::nla blanca
a su místico plectro
la melodía arranca.
Impalpable se irgue:
hay algo de felino
en su trémula marcha,
hay much,) de di,·ino
34

POEMAS

ESCOGIDOS

en la nitida escarcha
que su cabeza orea.
Cruza sin otras galas
que la túnica nívea
que semeja las alas
rotas de un genio de celeste coro
y sobre el pecho una
cruz de pálido oro.
Alza el brazo. La Europa
lo aguarda romo a antiguo caballero,
debajo de una hóveda de acero¡
calla sus labios la soberbia tropa
de esclavos y señores:
el Pontífice augusto
trae el bálsamo santo r.¡ue redime,
y calma la batalla de panteras;
revalúa lo justo;
ya va a decir el símbolo sublime .•..
y de sus labios tiernos
salió, como relámpaio imprevisto,
a impulso de los hálitos eternos,
esta sola palabra:
u _I &amp;SUCRISTO. »

35

�GUILLERMO

V AL E

ESCOGIDO

SAN A TO 10 Y EL CJ.: TAURO.
Y .A1111111io, ,pu Aa61a rslado d,ua,uatuü,
rrw/adlt, n,po 9w Aa6ú, tllTP "'""fa/la111a,fo Pallo-m,uAo ,,u.for ,pu 11, a f#Ínl
tlr61a vúilar. Y ti Wlln'a/Jlt
fl/O.YtU/11
,,, UII 6,úul,, l/1le soslnda IIU dJl,iJu ,,,;,.,.
6ros, r111J&gt;r..ó a snuir deseo dt ir ""sa6ii, dnd,. Y J&gt;r&lt;&gt;"Cf'la n, d &lt;-i110 &lt;&lt;&gt;•mudo didffld11: •CrN n, mi Dios: El "" Jla ,,.,
t11#1/rar6 ni &lt;1,mpallno ,pu 11,r Aa promrlúlo.•
A¡,n,as J&gt;r-•m alas j&gt;ala6ras, vil, a Ao1Hl&gt;r, n, /arfr adJallo, a 911ic11 los /«fas
dr111&gt;mi-6a11 Hijlo&lt;nua11ro. Al ÚU/411/t
d
m frn,t, '"" la stlla/ tk la Crra, y
tliu al t11011sln,o: •,·llola! tE• ,p,J }arlt Aa/Jila ,.,,.. 119111 d si~o ,/1 DitJs/» Y ,J "'"'"·
/n,o, Aacin,do ruAi11ar 110 si flll dt /Jór6aro
y lrihlra11d11 las pa/t,Jrm más /Ji,11 9111 j&gt;ro11u11dállliolas, /Juuó ntlrr 111 A6rritla l&gt;«a Jiu11rs,1 /Jlnlldo Jart1 rtspo,,der: txlnldi,i /,u.
go la
tJnr,.-Aa, 11101tr4 al - ~
"" y, smujnHlt a avr, dtsttj!lr«iJ • 111
':lista lllrtl'llrtt1t1do los ilut,n,sos ct1•J,os.

rr

-na-,

"""ª

"'""Í'

ti,_,-_

"'ª""

La paz reinaba en torno:
cálidos cOuvio , por sus bocas de horno
aspiraba el Desierto. Ya no volaba una
tola pareja de ibis rojos. La luna.
lbriéndose ancho paso tras cenicienta franja,
ja sobre el polvo su amarillo naraDJa,
guida por un astro (dorada mariposa
e en derredor girase de una pálida rosa).
Súbitamente el monje, creyendo oir muy lejos
rumor, se detuvo, y a los blancos reflejos
1 astro melaac61ico vió la extraia figura
un monstruo que, a galope, cruzaba la llanura,
removiendo aren&amp;s se venía derecho
él; su cuerpo Oaco tembló como un helecho
e el aura mece; •acaso esa bruta carrera
e fuego diabólico¡ '81 vez hambrienta fiera. , • •
a llega! y trente a írcnte del vital e queleto
del monje, un sér no visto, desmelenado, inquieto,
'R pira. El ermitaao y el monstruo se interrogan,
, ui, bajo la calma de la noche dialogan:
EL CENTAURO.

SAN }KlONDIO.

A

In vita Sa•eti Pnllli er1111il,r.

el Ccnobiarca del
para templar los duelos de
en una helada cue,·a donde
marchóse en altas horas a visitar a
el mis viejo cremita.
NTONIO,

36

silencioso Egipto,
u vivir- proscripto
retoza el DiabloPablo,

Yo soy el viejo Hippofos: el último Centauro
que circundó sus sienes con el augusto lauro
cido entre las grutas del Sagrado Archipiélago;
y un hijo de Grecia, que, atravesando el piélago,
,ino a buscar la sombra de bosque escondidos
ara llorar la fuga de sus dioses vencidos.
Y soy la Fuerza alegre; mi brazo poderoso
37

�r; U 1 /~ L E H .ll O

VALEXC:IA

sabe peinar la ninfa y estrangular el oso;
y eo mi pecho, que tiene l.a aHpereza &lt;lel cardn 1
st: doblan las espadas y se despunta el dardo,
y, cual rodada pieJra que
Je topi::: en tope 1
;;ol,re las rocas dura-. n:\'ienla mi galope;
hasta los dioses tiemblan cuand0 la ceja enarco;
vo rompo dos encinas µara forjarme un arco,
y cifro la alegria de \·ivir. Soy un hombre
&lt;¡ue sueña, q11iere y puede, y a la p:ir llt"\"ll nombre
de monstruo_; tengo mente, y endurecido callo:
soy malo como el hombre y á.g-il como el caballo,
y velo extriüio simliolo. Soñador y lascivo,
quien conozca mi esencia conoce un adjetivo,
comprende el adjetivo uoi\·ersal y humano
que eatre su seno oculta la palabra: jPAGAN01

"ª

Tu nombre dí, f.'antasma que dialogas conmigo.
SAN ANTONIO.

Yo soy Antooio,

sicn•o del Señor tu enemigo,
que atempera :;ms pasos a la cele•ne norma
de Jesús, y proscribe la diabl1lica forma
que corrompe los seres, arrebata la mente
y hace perder el alma del hombre eternamente ..•.
No soy púgil: mis brazos no soportan el peso
de un ánfora colmadil.; se diría de yeso
mi figura unas vece!!, Cll otras aparenta
los contornos ch:: una raíz amarillenta.
frente, que no ciñe frr!sco l!'3jo, si.n ,;•ello
finge tan sólo el árid2 rodilla dd camello.
Soy un heraldo mudn de la roja \'icroria
lin

.'vu

38

J'

O ¡,; M ,.¡

ESOUU!DOS

!'obre d Olimpo. Digo la beldad y la ~loria
de Cristo con los seres qu.: son ele Polo a Polo.
liL CEXT.\UlW.

::-Jo p11e1le \·11e,;trú Cristo competir cun Apolo,
c·on el hijo snl.ierbio ild C:t'.ñudo y Latona,
que en los Lrazo~ de Dafnis al arpor se ahan&lt;lona,
,1 lle\·a el j~·nco c,u-ro que volcó Faetonte
por los campos azules dd abierto horizonte.
i-,:1 olímpico auriga dr la eterna carroza
donde l~ebo, ce,iido ,i,; lrrnn:.les, 1·et0¿a
con las Horns &lt;lt:snuJas, los sonoros tropeles
por el i'.ter dirige &lt;le sus raudos corceles.
Van caremln las soml,ras liajo el danlo ccrtc::ro
dd Anjuero divino; por el ancho sendero
1ue siguiú la ca1 roza, cruza el sol, pasa el día,
r la lu1. \"a regando su dorada a1·mon111.
Ese numen risueñu que iino,·ó la tri¡;teza
y ba rendido al Olvido su robusta cabeza,
es el paJre del Verso: con su mano divina,
al pulsar los lior,lones del arpa elt:fanciaa,
vnga, dulce, :tmomsa y simbólicamente,
ha forjado una patria más hermosa que Oriente,
donde yerra el perfume qut al ,!olor nfls arranca
y a do -vuela d sl1'1piro de amor-alondra hlam:a
qUt: sobre el píen llern la miel de un beso rojo .
De allí parten los yambos como flechas tlt: hinojo
dd artista con ct·los, que siiuiendo la huella
de :!.farsyas, lo cauti\·a, lo \·ence, lo desuella.
39

�G l' 1 L L E R JI

t)

VAL El\'CJ.A

Por la senda más agria riel adusto Parnaso,
con la crin en desorden, a la luz; del ocaso
subiendo Pegaso, ponador en sus ancas
dcl cantor Musagcta, de las Yírgenes blanc-as.
Y en la fiesta del mármol, sobre el bajo relieve,
entre dioses ri11ueños y Afroditas de meve
cuyas bocas ensayan las sonrisas eten1as,
se irgue Apolo: la carne de sus pálidas piernas;
el torso alabastrino donde la gracia ondula
c.n cadencioso11 planos¡ la frente que simula
un ara donde ofician la l¿uz y la Alegria,
y de su cuerpo iodo In ,·ivida armon1a,
parece &lt;¡uc suspiren por el khril contacto
1de efebos y de ninfas de delicioso tacto!
Al Crinado cantemos!

,a

SAN ANTONIO.

l&lt;::S un ídolo yerto,
es llo nombre en el mundll del csplritu, mu&lt;"rto.
F.L t:R.NTAl' RO,

Un dios más ucllo muestra que Apolo y Citerea.
SAN i\NTONIO,

' El triste, el dulce, el pálido Nabí de Galilea.
l&lt;::s el profeta jo,·en: como dorada llu,·ia
tiembla su pelo díicil, fluye su barha rubia:
El sabe lo que dice la voz de las colmenas,
40

E S O O U J D
'f ama los canes tristes como las azucenas;

7 100 sus ojos grandes, melancólicos, vagos,
y en su fondo rdlejan, como místicos lagos,
el divino silencio de las noches tranquilas;
y, cual besos que miren, sus absortas pupil.a.s
aprisionan la calma del azul horizonte;
10n !IUS manos delgadas como lirios de monte¡
por su \'OZ habla el eco de un arrullo divino,
y en ,·ez de lauros lleva la toca del rabino.
Es triste cuando ''ªKª cual un pastor extraño,
en busca de la O\·eja perdida del rebaño,
y cuando gime a solas por el amigo muerto;
e1 triste cuando, extinta la luz en el desieno,
con la cabeza baja y los ojos cerrados,
medita entre una fila de comellos cansados.
Si entre las frondas negras del olivar espeso
el de Kerioth le besa con su marchite beso,
aabiendo que su soplo sobre el Ungido \"ierte
la hez de la perfidia y el \"abo de la muerte;
cuando la vieja mano de Dios le desasiste
en el postrer instante de so dolor: ¡es triste!
Y si a la tibia sombra de la copadu higuera
sentado por las tardes, al pueblo que lo espera
le dice la parábola, y en delicioso abrigo
bajo la vid en fruto de Lázaro, su amigo,
a Maria-la tierna-y a Marta -la sentidaenseña a amar el Alma y a despreciar la ,·ida;
cuando, caudillo inerme de la legión futura
de mártires, levanta la mística figura,

u

t&gt;

S

�Gl ILLERMO

V

obre el paciente lomo de la borrica tarda,
y ca medio de las voce. del pueblo que le aguarda
entra a Salcm, de angustia y amor el alma llena;
cuando ea las hora1 grises de la última Cena
no ya la pecadora su casto pie le enjugay mientras Juan-el virgcn-tompane su lechuga,
el Rabbi d olado por la melancolía
¡es dulce, e dulce, e dulce!
La blanca l:,;ucari11tía
palpita entre su manos¡ con la mirada alumbra
los ti11tes nebuloso de tímida penumbra
que va llenando en olas aquel ereno asilo, ·
y, deak-ozado mártir al parecer tranquilo,
suscita sobre el tena cristal de su memoria
la pena sin orillas de u futura hi toria,
y oye vibrar el beso del hombre &lt;JUC le entrega
y la cobarde excusa de Kcfas que le niega,
y, como los retumbos de sorda catarata,
lo Mrbaros aullidos del pueblo que le mata,
mientras el ancho marco de la ventana hebrea
recorta azules tranjas del éter de Judea,
que está.diciendo al mártir de faz entristecida
•Cót,w jnlede ser li/Jre,ftkil, sensual la flida!
Coatcstame: ¿qué trágico calzó mejor coturno
que aquel Crucificado de rostro taciturno
que, erguido sobre el Gólgota, desde la cruz pasea
los ojo por su caro país de Galilea
que no verá en el tiempo, y en lánguido desmayo
se va muriendo exangüe? Cuando vestía el sayo
42

POEMA

coa1vu

E

de punzador ultraje, cuando cargó la carga
de su futura gloria, cuando probó la amarga
bebida el virgen labio dolorido y angricnto,
y oyó que su lamento se perdía en el viento,
¡fué el ~ágico sublime! La flor de los dolores
regb desde ese instantes~ cálidos_~lores,
y como banda nívea de CI ne f~m1ltarcs,
al arenal sin limites huyeron a millares
las vírgenes de Oristo, que ca u mansión de palma
bailaron lo que Grecia no aupo ver: ¡el Alma!
Alli, más victoria O que el orcomenio atleta,
con sus pasiones lucha vetusto anacoreta,
creador en el silencio de abruptas soledades,
de goce~ no sentidos, de volap-.osidades
que acendra el abstenenc Y oculta la tristeza;
allá desde las cruces levantan la cabeza
lo mártires heridos - sedientos gladiadores
que secan con su boca el mar de los d~lores.El impasible Ko moa de vuestra faatasaa
perdió tal vez su curytmia, 11 Olimpo, u alegria;
en cambio nuestras alm&amp;11 trocarOD la Quimera
por un país excelso donde el amor impera
Y· ...
Súbito el Centauro, doliente, silencioso,
se fué sobre la arena coa paso pere&amp;011o,
alejando, alejando• • •Y cutre la gris llanura
borró para los hombrea u helénica_ fi~, .
mientras el ,·iejo monje - con su baculo ~cierto con el signo de gracia borraba en el dcS1erto
las huellas del Centauro• • • ·

'ª

�GCILLERMO

Vd L E A' C I .A

POEMAS

E

" O O

a

1 D O ,"

y de doble mandoble, sin robarle un gemido,
del atlético tronco desgajó la cabeza.

LAS DOS CABEZA •
•'Om11is plaga trisll'tia rtJJdis rst d
c,11111i.r 111alitin, 1tt'911ilin mu/in-is."
F.L F.O,ESIA TICO

JLIUITH Y UOLOFKRNES.

B

(T.-sú).

senos, redondos y desnudo11, que al paso
de la hebrea se mueven bajo el ritmo IIOooro
de las ajorcas rubias y los cintillos de oro,
vivaces como estrellas sobre la tez de raso.
LANCOS

Su boca, dos jacintos co indecible vaso,
da la sutil escocia de la voz. Un tesoro
de miel hincha la pulpa de sus carnes. El lloro
no dió nunca a esa faz languideces de ocaso.
Yacente sobre un lecho de sándalo, el Asirio
reposa fatigado, melancólico cirio
los objetos alarga y proyecta en la alfoRtbra..•
Y ella, mientras reposa la bélica falange
muda, impasible, sola, y escondido el alfanje,
para el trágico golpe se recata en la sombra.

*
Y ágil tigre que salta de tupida maleza,
se lanzó la israelita sobr'1 el héroe dormido,

"

Como de ánforas rotas, con urgida presteza,
desbordó en oleadas ti carmín eoc4:ndido,
y de un lago de púrpura y de sueño y de olvido,
recogió la homicida la pujante cabeza.
En el ojo ap:igado, las mejillas y el cuello,
de la barba, en sortijas, al ungido cabello
se apiñaban las sombras en siniestro derroche
sobre el lívido tajo de ,~olor de granada ...
y fingía la negra cabeza destroncada
una lóbrica rosa del jardio de la • oche.

SALOMÉ Y JAOKANANN,

(.-l11t11ds).

Con un aire maligno de mujer y serpiente,
cruza en rápidos giros Salomé la gitana
al compás de los cr6talos. De su carne lozana
vuela equívoco aroma que satura el ambiente.
Danza todas las danzas que ha tc:jido el Oriente:
las que prenden hogueras en la sangre liviana
y a las plantas deshojan de la déspota humana
o la flor de la vida, o la flor de la mente.
Inyectados los ojos, con la faz amarilla,
el caduco Tetrarca se lanzó de su silla
tras la hermosa, gimiendo con febril arrebato:
45

�G {jff,LERMO

J' AL E

"Por la miel de tus besos te Jaré Tibcriades,•

Y ella dícele: "Ea .cambio de tus muertas ciudades,
dame a ver la cabeza del Esenio en un plato."

.

.

EM.A

01.A

Como viento que cierra con raquítico arbusto
en el TieJo magnate la pa ión se desata,
Y al guiñar de los ojos, el escla,·o que mata
apercibe el acero con su brazo robusto.•

Y hubo ~ave silencio cuando el cuello del Justo,
uelto en cálido arroyo de fugaz escarlata.
ofrecieron a Aotipas en el plato de plata
que él tendió a la irena con medroso disgu to.

unca pruebe , me dijo, del fic:or fememon,
e ea licor de mandrágoras y destila demeACia;
Jo bebes, al punto morirá tu conciencia,
larán tus cancion , errarás el camino.
a~egó: lo qne ahora vas a oir no te asombre:
mujer es el viejo enemigo del hombre;
cabellos de llama son cometas de espanto.
Ella libra a la tierra del amante vicioso,
Ella calma la angustia de su ed de reposo
el jugo que vierten laa beridak del .asto.

A POP YA••

Una lumbre que viene de lejano infinito
da a las sienes del mártir y a su labio marchito
la blancura lloro a de cansado lucero.
V - del mar de la muerte melancólica espumala cabeza sin sangre del esenio e esfuma
en las nubes de mirra de sutil pebetero.

*
LA l'.o\LABRA DE DIOS.

(~Wlllnis).

Cuando vió mi poema Jonatás el Rabino
(el espíritu y carne de la biblica ciencia),
con la risa en los 'labios me explicó la sentencia
que soltó la Paloma sobre el Texto divino.
46

COGIDO'

¡ Gwrifi,al, la Cillá ft,orulal
OAB&amp;lltU D 1 A MU ZIO.

mármole épicos, claros de lumbre y coronas,
ni muros invictos,que próspero hierros defiendan
y guarden leones de tranquila postura triuofal,
erectas pirámides -U1'Da 111 genio propiciasgaificamente tu fama dilatan, sonora,
a voces eterna , ¡fecunda Ciudad maternal!
1

tE1ttática, lúgubre, las procelosas cuadrigas
ueño sacuden, nostálgico pozo tic olvido!
jas de J ooia melifican del irbol en flor
e nutre , y al águila, ebria de luz y viento,
garras febrilc-a y el pecho tremente de luchas,
acan tus gélidas aguas de amargo a.bor.
'7

�r;(JfLI4BR.Uo

l'ALEXG/,t

Tú vives del silencio ... Cércante ,igílantes colinH 1

•Jo el Monte puro bajo el azul dc-stella.

Soh·eoas tu rio, alma ,·i,·a del gesto fugaz,
y t:I ánfora esbdta, ri"a de s,1ngre augusta,
perenne dcrramat 1 al brillo de estrell3!1 insomnes ....
¡y brotan la-. bélica, palmas en lirico haz!

J"ü vives del pasado. Púrpura de ratas sobcrLias
en prófugo io-.t;,ntc \'Olaba f1ucmanJo tui homOro~,
y en púbcrc-&lt;i gajos '-e rcian las pomas de miel. ...
¡Levanta! ¡la túnica tul ge de húnor y heridas!
Acudan tus buenos, y el ostro marchito reRtauren,
¡y mullan tus sendas con hojas de nue\"o laurel!
Y vivc!ól del futuro. Lag árticas hrumas del Tiempo
rasgas¡ con ojos !labio!I interrogas la Noche;
tus hijos epúnimos magnifican el pristino azur
con trémulos halo~, y miraa cu raza ventura
feliz en la fuerza, feliz en sondar el Misterio
•¡ue puso to el éter el místico Signo del Sur ....
Tú vive, de tus glorias. En himno sin tér-mioo vudan
tu soberbia esperanza con alas de Victoria,
tus bruñidos escudos, tu gladio de fosco metal.
Coo numeroso verbo tus triunfos el ágora enalba,
y, cutáli&lt;la íuentc, si',lo por ti murmulla
del htroe aquilino la. próJiga voz de cristal.
Y vives de tus dones. Tu misera gente africana
por- ti las manos muestra, sin hierros, a la Vida,
y, en férvido ahinco, monumentos de forma sin fin
erige con el bronce vivo de sus progenies
48

POJ.:.IJ..t.,

E ..,

e• ()

U 1 JJ O S

11ue en móvile!l grupo,, de toscas o nobles figuras,
relievao tu hazalla - ¡del uno huta el otro confín!. .•
Y vives de imposibles. Al óptimo, audaz Caballero,
Señor de la Man&lt;"ha, de escuálida, triste figura,
sepulcro le diste, bajo un roble de añosa virtud.
¡Pat~rico hidalgoJ de prez tus armas brillan:dos veces tus pares probaron al orbe !IIU temple:
en trigico golfo, tu yelmo, tu lanza, en Cuaspud.

Tú vives del martirio. Monótono arroyo de ungrc
aftuye de tu pecho al ávido mar sin orillas ....
¡Del Orto al Poniente glorifica tu 1ino - la cruz!
Al ara fatídica llcvan 1 cual eterno holocausto,
su geoio 1 tu Prócer: el mútilo toreo, Camilo;
tu victima sacra, sus púdicos lirios de luz ....
Y vives del orgullo. Colérica tril,u de azores
cus marchas pre!llide. Las víboras mudas se tuercen
al golpe moroso de tu cetro de insigne marfil.
A ti los relámpagos cifteo radial corona¡
a ti Lu cempestadcs rindco sus espada~ de oro¡
conquistas evoca tu rostro de fiero perfil
Y vif"et con tu •if'lo, libélula errante, cogida
entre las redes que urde la luz de monte a monte.
- La tarde se mustia ... Figuras cefüdas de tul
agrúpanse pávidas •.. Arde implacable hoguera:
el cóncavo cruzan torbellinos de nácares y oro,
y el Rey degollado, mil vccci. purpura c1 Azul ....

Ea lóbregas simas tu 8avia la plebe concentra
como el carbón sepulto la chispa milenaria.
411
4

�GUILLERMO

OBMAS

Tus bíblicas madres, cual upigu al beso de abril,
ioclinaasc gri.vidu ... ¡Fluyan eteraameatc,
como las aguas muda■ entre las ■elvaa mudu,
aa1 pr6ceros gérmcne■ de fausto Ti¡or juTcoiII

Ni mármoles épicos, claro■ de lumbre y coroou,
ni maros invictos que próspero■ hierros de&amp;cndaa,
y raanlea leones de tranquila postura triunfal,
ni erectas pirámide■ - arnu al genio propicio aarmficamcate tu fama dilatan, ■onora,
coa voces eternas, ¡fecunda Ciudad maternal!

Estática, lúgubre, lu proceloou cuadrip1
ta sudo aacudca, nostálgico pozo de olvido...•
Abeju de Joaia meli&amp;caa del árbol ea ftor
qme autre1, y al iguila, ebria de luz 7 viento,

laa prraa febriles y el pecbo tremente de lucbu,
aplacan tus gélidu aguu de amargo aabor.

LOS CRUCIFICADOS.
O ,rw.r, at,

,;u ##Ka!

negra, ■oa hnl canas,
¡oh Trágico sombrío!
1 mur dulce morir aales que Uepe

M

UY

la trémula vejez cavu?lta ea frío.

¿A qué ■eguir coa tacitumo puo
de camello,?.... Dormid al pi&lt;- del Monte
para no ver manchado el borizontc
con el ávitla 1ombra &lt;Rl Ocaso . ....

h

ESCOGIDOS

•
Ea lu audosu cruces

acoamn los mirtires; el brillo
roba el dolor a sua biachadoe ojos,
que miran a los imbitos deaiertoa
con la turbia fijeza de fos muertot.
Fuélea la tierra dolorosa: ea baces
brotó para sus 1ienea rama iadócil
de puntas erizada¡ clavo, &amp;los
que los írágilea hueso, taladraron;
para 1u cáliz, de amargura Ucao,
ta rida,-iamensa flor-audó veneno.
Ea la ■ cruce&amp; aodosu
se retaercea tu victima■, tocadq
de martirio lu tcara■ luminosu

por lividos perfiles coronada■•
Láapidameatt ea bilo■ tembladore1
tibia la 1aaire por sa íaz chorrea
y humedece loa pú'padoe, gotea
sobre la barba que ea rdlizos gramos,
cual en bronce tallada, se oscurece.
Y de 1u■ crineos la aoberbia roca
no bate ya, coa laa írementea alu

el grifo laminoso de lo eterno •••..•
Y se eutarbi6 la linfa b'lllllpUHte
de w &amp;laacas papilas,
claros pozos de lumbre
que del vivir el tedio rdlejaroa,
11

�POEMA,
G CTll,LERMO

V.AL ENOJA

y e mudo el labio que de cumbre en cumbre
vibró en la lid relámpagos de acero .•••
¡Oh martircs! ¡oh ruinas
qoc marcasteis el áspero endero
con gajo alterno de laurel y espinas!

Eo torno &lt;le las cruces
do murieron las victimas, aullando
se amontonó la plebe enfurecida
como un tropel de deslomadas hienas.
Y abajo, los zarzales por alfombra
. el Numen, el Amor la Calma·
'
y arnba,
'
1
los márbres, en medio,
rasgando-muertos-la terrena sombra
al blando golpe de su fresca palma.

¡Oh videntes. oh mágicos cantorc !
abogad el himno, que la cruz aguarda
vuestras manos febriles¡
huid rompiendo el arpa cristalina,
a refugiaros en las sombras. Llcgu
los salvajes de puño sanguinario:
cuando co la viña del luror se anegan
. a Dio1 CD el Calvario!
'
¡ase aoan
El verso, cual la tenue lamparilla
que entre las tumbas ocultaba Roma
alumbre mudo vuestras almas. Hick&gt;
llcvái sobre el espíritu cansado,
Y a los Libros-el Arbol de dolores12

E

COGIDO

del matador que insulta vuestro duelo
610 llegan los bárbaros clamore1.
Pobres muertos que co hórrida solumbra
durmiendo están: la ¡-afaga de gloria
sobre sus frentes pálidas no alumbra.
¿Qué imp0rta si mallana el Orbe acude,
el Orbe acude entero
a recoger los huesos polvorosos
del mártir que murió sobre el madero?
El libro quedará cual leño unto
de 1eca sangre por doquier teñido .•.••
y a la victima, en tanto,
sofocará la zana del Olvido.
Muy negras son tus canas,
¡oh Trágico somhrio!
y muy dulce morir antes que llegue
la trémula vejez envuelta en frio.
¿A qué 11eguir con taciturno paso
de camellos?. • . • • Dormid al pie del Monte
para no ver manchado el horizonte
con el ávida sombra del Ocaso..••.
En las cruces nudosas
perecerán los mártires. Doliente
el Ideal, las alas fatigosas
plegando en el azul, lánguidamente
descenderá sobre la tierra, herido¡
y como el Genio del silencio mudo,
las almas tristes lo verán caído
sobre el sangriento marco de su escudo •....
53

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Uijeron lu P1ram1des que el , iejo iml re11calda:
.amamos la fatiga con inquietud sf'creta ..... •
y TÍeron desde entonces correr sobre: una espalda
•liada en carne, ,i\"&amp;, su triangular silu&lt;"U•

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LOS CAMELLOS.

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1 ¡ji,U,

Los átomos de oro que el torbellino csparc"
quisieron en sus giros ser grácil vestidura,
y unido11 en collares por invi11ible engarce
vistieron del giho110 la escuálida figura.

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E B C O &lt;i 1 D O S

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os lánguidos camellos, de elisticas ce .

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•
n,ces,
e ver es OJOS claros y piel sedosa y bia
los cuellos recogidos, hinc:hada!I las ~ '
a grandes
.
nances
pasos rruden un arenal de Nubia.
,
Alzaron
.
• la caben para onentarse,
y luego
e 1 ~~ohento avance de sus vellosas piernas
- ªJº el rojizo dombo de aquel cenit de fue opararon silenciosos' al pie de 1as cisternas
.
g
....•
Un lu!ltro
• e1 uul magnifico
•
. apenas cargan bªJº
y ya sus OJOS quema la fiebre del tormento·
'
tal v~, leyeron, sabios, borroso jeroglifiCC:
perdido entre las ruinas de iJlíausto monumento.
Va:an~o taciturnos por la dormida alfombra
cu~n o c~erra los ejos el monbundo día,
'
baJ~ la virgen negra que los llevó en la sombra
copiaron el desfile de la Melancolía •.•..
Son hijos del Desierto: prestólcs la pal
un largo cuello móvil que sus vaivenes ítn;:"'
1 en sus marchitos rostros que esculpe la Q'.
¡10pló cansancio eterno la boca del Esfingei°'mera

u

,,

Todo el fastidio, toda la liebre, toda el hambre,
la sed sin agua, el )enno sin bernbra!!, los despojos
de cara vanas ..• huesos en blanquecino f'njambre ....
todo en d cerco bulle de sus dolientes ojos.

1\
11

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\ 1

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1 :

1

Ni las sutiles mirras, ni las leonadas pieles,
ni las ,·olublf's palmas que ri&lt;"gan sombra amiga,
ni el ruido sonoroso de claros cascabelee
alegran las mirallas al rey de la fatiga:

1

¡Bebed dolor en ellas, flautistas ,de Bi:r.ancio
que amáis pulir el dáctilo al son de las cadena■,
sólo esos ojos pueden deciros el cansancio
de un mundo que agoniza sin sangre entre las vcnaa!
¡Oh artistn'I! ¡Oh camellos de la Llanura , asta
que vais llevando a cuestas el sacro Monolito!
¡ l'ristes lle Esfinge! ¡novios de la Palmera casta!
¡Sólo calmáis vosotros la sed lle lo infinito!

1
'

\

'

1

¿Qué pueden los cd'ludos? tQué logran las melenas?
de las zarpadas tribus cuando la sed oprime?

1

55

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11

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!':.
..

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�6ti1LLBRJIO

COGIDOS

E

&amp;lo el poeta • lap sobre ate mar de arenq,
aólo 811 arteria rota la Hamaaidad redime.
Se pierde ya a lo lejos la errante can.....
dejNdome -caaeUo qae cabal¡6 et &amp;idio ••• ¡cómo buscar aua huella, al sol de la mdaaa,
eDlre lu oadu grisea de lóbrego fastidio!
¡No! buac:aré dos ojoa que be visto, flleate para
hoy a mi labio uhaaata, y aguardaré paciente
bata que suelta en biJoa de mfadca dulzura
refraqae 1aa entrdu del Hrico dolieate;

Y ai a mi lado cruza la sorda machedumbre
aaieatru el n¡o foado de eau pup&amp;a miro,
did que Yió ua camello coa boada peaadamdre,
ainado lileacioeo doa fuentes de aa&amp;ro ••••••

ca,aa blaaca ..... flpr'OII loe piacelea

a

.U rdnsdoe diacfpnloa deApelee:
aa llado maaojo qae ea AS cJaroe lucia
. . . . . . ndac:ea de la Crieop8a;

c:wpoa de serpiente clila1M lu - - ~ deecle el - · marp acecban laa 111111úaculu- - - pc,r los bol-des c:ammoa plateadoa
1eiitoe caracolee. baboaos y caneados.
el poema heroico ■e Tia alli la espada
a 1e6a por ~ y contera labrada,
e ewc:ó ~ formas del ciclo legeadario

~ torrea y grifos uo pincel lapidario,

la dama pdca de rectilúaea cara
por 1u reju de la vileta ran;

lu hadas triltea de la paaióa ucelu:
t6r'fida .,_, la aaapirada Elaa.

V

LEYENDO A SR.VA

-

traje suelto de recamado biao
ea Yoluptuoaoa pliepea de 1111 color indec:ieo,

BSTIA

y en el dmn tendida, de rojo terciopelo,

su

manos. como Yina pariaitaa de hielo,

aoateaiaa uo libro de co~ fino y largo,
aa libro de poemas delicioso y amargo.

pitidos la tibia yema blanda
ro&amp;aba tenuemente c:on el papel de Holanda

De aquellos dedo

.

los mell'08 raros de mmicalea t.imbrea:
m6Yilea y largos como ja¡oaos mimbrea,

dWimoa, que 'fiatea la idea ki••.-C
ta. alba l!lij• an rio traapan11tela Vida llora y la llaerttl sonrle,
el Tedio, como • ic:ido, coruoael dalle ••••

c:ul casto papo ele dbilea Ci_cera
IIIIIJl&amp;blLD eD aileacio 6pru de IDIIJ~
fflieroa . . Yiclaa, iDYioladu y aolu
la esputa ~ que circuada lu ola:
1T

�o

QUILLER
la naa de ojoe c6lidos y de bnmo cabello
pu6 coa m piaeelea de mna y ele ~

la qae rob6- al piaao ea lu •eladaa frias
pareja voladoru de b1aacu armolliu
qae fa.-oa por loe viea1m perdiéodoae 111111 a ...
.....,.., eanelta ea ■ombra■, ■e atristaba la laaa,. •••
Aqaeu, el pie de■Dado, gira como aaa aoaabra
qae tia hacer ruido pisara por la alfombC'a

de aa templo...y como el a e 11ae ciega el a■tro diaao
coa mirada Dicl6Jopa iluaioa el N,.,._

do al falipdo beso de laa vibrutea cliaea
11D aire triate '1 neo preladiaa doa Tioliaea •• - •

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

la....,....._acre......

eDa n baacaado • kilrmuo
- - a&amp;ta rotU

IJ8

1M bn ■ H,

por ella. •• «PuemM. e■ta doraeate hoja
mi aá- acon,te0ta, qllf'- mi aerelo ac:oafOja,•
entre ai la dama del recamado biao
fl&gt;Juptaoa&gt;■ p1iepea de color iaded■o,

proaipió del Hbro laa hoju volteando,
au1za ~ áareP rimu de 90ll &amp;tditl# 1 blaado
pmuaea de OrieDie. lo■ fflidoa rabies
lo■ joyeros mórbidoa de aedu cume■aea.
y6 venoa que parda como 1aatadóa ecos
.oca muerta; caatioa. nailetea ■eCOI

La Jau, como aa nimbo de Dio■• de de el Orieate
clbaja aobre el llaao la forma ennucaate...
de 1111 láapdo mmcebo qae el tardo puo pía
como bmcaado aa alma, por Ja pampa ocia.
B-..ea a au bermaaa; UD tifa la oqra Sepdora
-■obre la miea qae el beao primaTeral edoraabatielldo ■as •la■• ... alas de marciéla¡o,
biri6 a la virgen p6Uda ■obre el dorado piélap.
que cayó como UD trie'o... Amigaitu llorosas
la mtieroa de lirioa, la cüleron de roaa■;
céfiro de la■ tumba■, an banlo iarae6ta
le CUl6 canto■ trittea de la raza maldita
a ella, que ea aa lecbo de gaau y de bloadu,
ae uemejaba a Ofelia mecida por las onda■:

l DO

bacea cnqir, al tactO c6llc:ea iaodoroa;
que repreclacea loa 1eaeb1$Ddoa coro■

BJ••

la■ locu campaaaa qoe ea
Di/MIM
._,.;__ coa ■a■ ocea loe amettu c:ejijmltoa,
doa CD racimoa eatré Jaa ■epaitaru
bebene la sombra de ■aa DOChes o■curu- • • •

·---··········-······
teDdida. de tojo terciopelo,
maaos, como 'fÍft■ puúitaa dt- hielo.
laroa teatuaeate la págiaa poetren
iqllC, en gri■, mostrabe n caeno sobre aaa calanra.••
~ ■e quedó pensando, pcmudo ea la ama~
..y

c,a el di-ria

c¡ae acendran anacbu almu; peuaado ea la figura

•

�G U 1 L 1, E R M O

l' A L E N O l A

POEMAS

E

·oo,.;JDO -,

i:lcl bardo, que en la calma de una noche sombría,
puso fin al poema de su melancolía:

sentir en el espíritu brisas primaverales
• - monJeS
· . y los ro·1os misaletj
ante los VICJOS

¡exangüe como un mármol de la dorada Atenas,
herido como un púgil de itálicas arenas,

tener la freotc en llamas y los pic&lt;J entre lodo;
querer sentirlo, verlo y adivinarlo todo:

unió la faz de un Numen dulcemente atediado
a la ideal Relleia del eatigmatizado!.. ..

eso fuiste, 10b poeta! Los labios de w herida.
blasfeman de los hombres, blasfeman de la vida

Ambicionar la túnica que modelaba Grecia,
y los desnudas senos de la gehtil Lutccia;

modulan el gemido de las dc,;csperanzas,
1
¡oh rnistico sediento que en el raudal te lanz~-. • ....

.................................. : ...
,.

pedir en copas de ónix el ático nepentes¡
querer ceñir en lauros las pensati\·as frentes;

·Oh Señor Jesucnsto! ¡1or tu herida del pecho

ansiar para los triunfos el hacha' de un

;pe;d6nalo! 1perd6nalol ¡de ciende basta su h!cho

Arminio;
buscar para los goces el oro del triclinio;

amando los detalle I odiar el Universo;
sacrificar un mundo para pulir un ,•er11O;
querer remos de águila y garras de leones
con qué domar los vientos y herir los c,muones;
para gustar lo l!Xótico que. el ánimo idolatra
esconder entre flores el áspid de Cleopatra:

de piedra a despertarlo! Con tus man?s divinas
enjuga de su saogre las ondas purpurinas ....
p s6 mucho: sus páginas suelen robar la calma;
en
· 1 lma·
sinti6 mucho: sus versus saben partir e a
'
amó mucho: circulan rafagas de misterio .
entre los negros pinos del blanco cementerio ... .

................ ·....................... .

seguir lo ideales en pos de Don Quijote
que en el Azul divaga de su rocio al trote¡

No manchará su lápida epitafio dolienk:
tallad un verso en ella, pagano y deca,lente,

esperar en la noche fas trémulas escalas
que arrebaten ligera a las etéreas salas;

digno del fresco Adonis en muerte de Afro~ita:
o el hálito de una rosa marchita,
uo verso c Om

oir los mudos ecos que pueblan los .antuarios1
amar las ho tías blancas; amar los incensarios

ue llore s~ caída, que cante su bellez~,
'
q
.
.
•os ·que diga su tristeza ..•..
que cifre sus cnsuen , 1
••••••••••

(poetas que diluyen en el espacio inmenso
sus ritmos perfumados de vagaroso incienso)¡

ea voluptuosos pliegues de color 1odcciso.

eo

;~~~~; ~~~ ~~ ·d·a~~ ~-~- ;~~~~~~ -~~~-- .
el

�G

r

l 1~ /, J,,' R Al O

J' A 1, J: N C I A

¡Dolor! dijo el poeta: los labios de su herida
blasícmao de los hombres, blasfeman de la vida
1

modubn el gemido de la desesperanza·
1
fué el místico sediento que en el raudal se lanza.
Su muerte fué la muerte de uoa lánguida anémona
1
se c,•aporó su vida como la de Desdé.mona·
1

ebrio del vioo amargo con que el dolor embriaga
Y a los fulgores trémulos de uo cirio que se apaga.,..
;Así rindió su aliento, bajo un sitial de seda
el último nacido del ,·iejo Cisne y Leda!.... '

CROQUIS

B

el puente y ~I pie de la torcida
} ango!lta caUe1uela del !luburbio,
como un reptil eo busca de guarida,
pasa el arroyo turbio .••.
Mansame,;te
bajo el arco de reda contextura
que el tiempo afelpa de verdosa lama
sus ondas grises la corriente apura,
y en el borde los ásperos zarzales
prenden sus redes mó,iles
al canto de los yertos peñascales.
AJ•O

Al rayar de uo crepúsculo, el mendigo
que era un loco tal vez, quizá uu poeta,
62

POE]t[AS

b'SOUGIDOS

bajo el candil de amarillenta lumbre
que iluminaba su guarida escueta,
lloró mucho .• •·
Con honda pesadumbre
corrió al abismo, se lan:r.6 del puente,
cru:r.6 como un relámpago la altura,
y entre las piedras de la sima oscura
ae rompió con estrépito L, frente.
Era al amanecer. En el vado
temblaba un astro de cabeza rubia,
y con la \"ieja rátaga de hastío
que despierta a los hombres en sus lechos
vagaba un ,·iento desolado y frío¡
se crispaban los frágiles helechos
de tallo!! cimbradores; lluvia densa
azotaba los tecboll:
¡eomadccia la ciudad inmensa!
y me dije: ¡quién sabe
.
si aquellas tenaes gotas de rocm,
si aquella casta llu, ia
son lágrimas que vienen del vacio,
de11de los ojos de la estrella rubi:i!
Rubia estrella doliente,
solitario testigo
de la fuga del pálido mendigo,
¿fuiste su ninfa ausente:
¿eres su no,•ia muerta,
a los albores de otra lu:r. despierta?
~

�GU!l,LERMO

•

VA LENOIA

Rubia ei;trdla, te tigo
de.la muerte del pálido meodigo,
cuentame a solas u pasión secreta:
¿fué él acaso tu fén·ido poeta?
¿en las noches doradas
b .
,
ªJº el quieto follaje de algúo tilo,
tus mano delicadas
le_ entornaron el párpado tra.nquilo,
truentras volaba por su faz inquieta
tu fértil cabellera de violet.,?
Rubia estrella doliente,
~olitario testigo
&lt;le la fuga del pálido mendigo ....

.......... .............

Va cayendo la tardi=. So~!~·~~~&lt;~· · •
de insólita pai,·ura
mana del fondo de la sima oscura·!
el cadáver, ya frío,
se ha lle\·ado en 9us ímpetus el río.
Entre la zarza un can enflaquecido
lame con gesto de avidez suprema
el sílex negro que manchó el caído
con el raudal de sus arterias rotas:
luego el áspero hocico relamido ·
frunce voraz, y con mirada aviesa
temeroso que surja entre la gente'
alguien que anhele compartir su presa
clava los turbios ojos en el puente .•••'

P O E JI .A. S

ESCOGIDOS

MOISES.

l
LA ESTATUA.

y

dijo al mármol iVÍvd De las entrañas duras
surge el Profeta irguiendo su centenario busto
con las pupila, hondas, inmóvil.es y oscuras
cavadas en el hielo dr su semblante augusto.
Las siene., calcinaclas del rayo en las alturas,
la planta, vencedora dd arenal aduuo,
y de su añosa barba las vividas alburas
la mdjestad le dieron de un Hércules vetusto.
CeñiJo el rudo torso de piel sedeña, un manto
veló, de níveos pliegue:\, su gigaotez de roble;
con musculoso .. dedo'! asió la ley del Santo
solire ancha piedra escrita; y t"n ademán sereno,
alzada al infinito quedó su faz inmoble,
como escuchando el sordo repercutir de un trueno ..•

n.
ltL SÍMBOLO,

¡Salve, pujante macho! Vigor de prima\'era
cri~e en altas ru,·vas tu c;irne floreciente,
y porque al man1io asoml,re tu :mciaoidad de fiera
a Pan de Arcadia robas el nimbo de tu frente.
65

�GUJI,LRR/,JO

V d L R 1\' &lt;, 1 A

'I ú ci ras, como d hombre que vió la luz primer;.,
la san6re de los lJrutos y la divina mente:
co ti palpita el I.weh de la estrellada esfera
y en ti destella el 1-'auno de la pa •aaa gente.

Ere Fuerza, ere Alma, eres Valor tranquilo:
en ti se hum;rna d Kosmo ¡ tu!&gt; brazos de gigante
saciaron d aguas ,·ivas los áridos desierto .
¡Cómo okirlane, oh \·iejo libertador di!! • ºilo,
i el tiempo nos mediste coa etern:,I cua\lrante,
si desgarró tu mano Ja noche de los mue-rtos!

CABALLEROS TEUTO. ES.

D

u ·roico si~:fo en apartado día
cruzaba una part&gt;ja de teutones
por las llanuras de la vieja Hungría,
olvidados con nol,le l,izarr1a,
de e cudos, capacetes y trotones.
K

Tan sólo a sus cinturas eslabona
pesarlo anillo la marcial tizona
que a sus puñ0s de acero confió el rito:
bajo el limpio metal que la aprisiona
no ha turbado sus sueños t I delito,
ni en baj~ lid con la mesnada oscura
jamá:. melló sus filos tajadores,
ni, de su temple y su ,·irtud segura,
se abatió nunca a combatir 1:, impura
falange de malsines y traidores.
66

P O E .ll A

E,' (, O

a

I J&gt; O S'

Zur,la banda de pillos y gañaue
con la pareJa solitaria cierra,
que:, entre la grita audaz de lo rufianes
y al golpe de su.; toscos l!"Ua)iacanes,
en sangre moj;¡ la manchada tierra.
A destrizar la sórdida ga\'illa
b;istaba la teutónica cuchilla;
pero la ley caballeresca manda
perecer sin defen a eo la emancla
antes que herir a gentes de trabilla.
Lustre consigan los honrados fueros,
de la altivez al genero o brote;
a e. tilo de los bravos Caballeros,
¡prefiramos caer bajo el garrote
a mancillar los ínclitos aceros!

SURSUM.

P

cirio su plegaria ;eza
delante del altar¡ un incensario
alza nubes, y llora el campanario ....
¡voluptuoso ambiente de tristeza!
ÁLIDO

Allí, como el galán de la Pobreza,
desean a en el Señor un solitario,
que entre las negras fauces del osario
dejó caer su lán~ui,Ja cabeza.

. ................................ .
67

�9UILL&amp;BJIO

V.A.L&amp;NOI

¡Dadme a potar la miel de lo dmio,
...... a leer el -riejo perpa1ao
COD

-lliaaarioe de perfilea ro;.:

POEMAS DISPERSOS

q,,iero ..... a la iapaeiNe 'lllaa
daade le alooca CD las la IIOcl,e _ .
I)' mira Dio. coa ualea ojoel

_
,.,__ ~--""''
LA VISITA.

,........... ~,_,...... _.,,.

,,_,.,.
.'~"- ,.,,
--,1--..¡,,.,.•
e-... • -tr-•B.
r..,,-.,,-_,;,,,_...,_,.,.,

TllRRJS RIIURNEA.

(

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n ..., Torre ele -■rfil, • paertaal

A

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SM,-

El aal J el blea, loa .......,_ J la
atiaoalc--.lllelamor qae
roba tapa• coa eape,- ..nu.

~

...
'""-'-"•----,

&amp;I critico 8atu, ....... Jertu
'J el .-io &amp;bro ta dooel DO Mida¡
■i a la triba de lacu dolooida
aailaroa - bé,yedu . . . . , _
Vift a ta...,.,., la Beleaa: - - .
iapulñle, pc:iol; olhlma dieque oraó de mino el amoroeo criecoi

10 -como el ne qae Miaffft eocadaqaiero en la 1-bo-e de aa fa• ndioaa
¡apaceatar •

clraoloo ele fuesol

.

u_,... r""-, ~

JV.UI IVJOL.

. ...-

¡O,I_,. _ _ _ _

L

A -116poli . , _ 7 r,ne, ucaclla
ario aa,al - la prima.era
que ■il c,uadaa de oro 1 púrpura eatreabria
el éter 7 el ■ar '7 oobre la pradera.

aa

Al feaecer de ua ella,
,necieado aaa lalrCida, tuláatica eac:alera,
Mn....6 el -bt-al del Solitario
- 1,ombn, que yeafa
• apartada rqi6ll eotnnjera.

•

•

�-¡Emersonl-dijo al verle, el Kaestro, y al punto
- ¡Carlyle!-exclam6 el huésped •••• y fué tode.
El ■ilencio

aabe
cubrir a t.• eatatuu olvidadas •.••
Sentados frente a frente cabe la■ llamarinlas
del bogar, inclinaron las glorio as cabeza11,
Y comenzó un excelso coloquio sin vocshlos:
¡el coloquio de aquellas dos grandeza,!

Pcasad en el poder de dos fieros venablos
sin rozarse en el ímpetu de su febril porfia;
pensad en dos esferas siderales
que recorren ■DI seada■ eternales
alumbrándose, mudas¡ influyéndose, solas;
meditad en doe nubes preladas de tormenta
que cruzan por instantes sus espad&amp;H
•~ restallar de trueno 9ue revienta¡
ea dos esbelta■ áuforas colmadas
(dejen brillar su plenitud gozosa
CD perlas que se fundan sin ruido
en un pozo dormido)¡
meditad ea dos águilas rivales
trazando en el azal sus espirales
gigantescas por cima del abismo:
meditad CD dos poiaos de gracia deleitasa
que dejen mezclar, libre, por el sutil ambiente,
ID poder eacacial ca tímidos efluvios;
penad en doa amantes: con emoción ardiente,
70

y en plácido mutismo
remira cada uno la imagen floreciente
como i en un eapejo se contemplara él mismo.

se cambian su retrato,

Y en silenciosa actividad fiuía
la ar~ del reloj, y esos dos sentimientos
y esas do11 elaciones en aquellos gigantes

lo■ envolvía como la yedra

que hclcn ciegos a la lcjsnia

coaIDó

E

G U I L L E R .lf O

/

mudoa, eternizaban los instantes
.
entre un casueflo vago de vagos pcasam1eatos.
La ennegrecida pipa del escocés alzaba
teooe espiral que al ascender fingía
humo de un corazón que e abrasaba.
Emcnoa . . . . meditaba •. , •
La realidad dormía •..
y aquellas dos mudeces eran el libro abierto
donde cantaba el uno la augusta epifania
del otro; dos palmeras tlel desierto
que se fecundan desde velada lejanía.
Y ca ilcnciosa actividad ftufa
la arena del reloj. Y así puaron
horas sin cuento. La poatrera brasa
crepitó; al atinprsc, despertaron
loa absortos,
En fúlgido derroche
titilaban los orbca. en el ciclo.
¡Oh fecundo silencio!
¡Oh silencio gemelo de la noche!
V cacicada la escalera fantástica y torcida,
Emcnoo se alejó y el Solitario exclama:
•·Qué noche tan feliz entre las de- mi vidab
1
• 1
¡Amor que para herir no necesita el gnto

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V.ALEi\'CIA

EL CABALLERO DE EMMAUS.

Y

aconteció que al declinar d día
caminaban los dos tímidamente
hacia la polvorosa lejanía
de Emmaús, que en el limite surgía
como un dado de piedrwteluciente.
Y evocaban con dejo compasivo
del buen Maestro la final escena:
su dolor, su desmayo fugitivo
y el anuncio que el Hijo del Dios vivo
hizo al grupo feliz de Magdalena.
Y he ahí que por el árido sendero
súbito se acercó, sin ser oido
de los dos, un extraño compañero.
Y era el mjsmo Jesús, como un viajero
que cruzase país desconocido,
y dijoles:-¿Qué pláticas son éstas
que entre vosotros concertáis andando
y estáis tristes?
-Tú sólo de las fiestas
-dice Cleofas-retornas ignorando
el prodigio de cosas manifiestas,
mal peregrino!
Y el Señor responde:
-¿Qué cosas?
Y ellos:-Pues del Natareno,
cuya gloria sin par ya nada esconde,
74

l'

o ¡.;

M A S

BSCVG/JJ08

de Jesús el Rabino y el Profeta,
grande entre todo!!, entre todos bueno.
Del mismo que llevaron al suplicio
los príncipes del templo y fariseos,
y recibió condenación de muerte;
que en nosetros prendía los deseos
de ir tras su huella; del caudillo fuerte;
·dd Salvador del pueblo! Mas ahora
1
•
todo acabó, y es el tercero d1a
del suceso.
También unas mujeres
nos dejaron angustia aterradora
al relatar que del sepulcro babia
desparecido el cuerpo, y sobre el canto
vieron visiones de ángeles, ceñidos
en túnicas de pliegues luminosos;
que les trocaron en placer el llanto
¡diciéndoles que vivcl
Presurosos
al oírlas, los nuestros a porfia
arrancaron, y Juan llegó primero
y sólo halló la cavidad vacía,
¡pero no vieron al Señor!
Severo
les dijo entonces Él:-¡Oh raza impía,
tarda de corazim, a la fe dura!
¿Ignoráis el profético relat_o . .
.para Israel, y su triunfal historia~
&lt;Cómo se cumplirla el gran mandato
en Cristo, sin la cruz y sin la gloria?
75

�IIOEJIAB
8U/1,LERJIO

VALENCIA

Y cual leyendo ca historiado muro,

apaso use aus alma■ uombrada■
el libro diriaal de iaír\clO 1eUo,
dude lloiaés ea el puado o■curo
huta el hombre de pelo■ de camello.
Y fué puntualizando ea el llleaía1,

ESC06ID08

lo baila,- ea el aire perecrmc&gt;
con qae ftortiera
...---- el pan aobre la - •
10h pulcritud! i()h ■ello ~ • o
que aa admúa elimer&lt;&gt; eten,isul
i()b disúecióe que al ml■ere fUUII"
alas .-i1tel 10b ■ipo aobrebumaao,
tú la divinidad esterioriaaal

ea Si mismo, el anuncio milenario
que ciírabaa lu ardua, proledao,
J le■ moab'Ó, por fin, aobre el Calvario

al YHÓlf D&amp; DOLORBS de baíu . ..
Y eatre el blando coloquio lia teatiro■
-tinta■ ya lu rálapo po■trerao,­
bajo el murmullo de lo■ cabrahiro■
J el moroao nioréa de lu palmeras,
llegaron a Emmaú1 lo• tres amigos.
Y Él hizo amaro• de ■el[Uir.
Coa viva
iaquietad le detienen, y a 1u frente
le hace ■enw la humilde comitiva.
Parte el pan-la .,;,adl peooati..J ello■ le reconocen de repente.
Y aote ■us ojo,, de pa•ur turbado,,
Jeaút despareció, mientra■ decían:
•(No aos eatremecimo■ inflamados
cuaado al venir, ■u labio■ iaapirado.
los misterios recóndito■ abrian) •
Y e1o■ que ea el coloquio veapertiao,
• ■u ruda ignorancia moatañesa
DO

achirtieroa el hilito di•iao,
78

,,

�P O E JI

(1OQID'O

E

--f'

VERSIONES.
. EL SdOR DE LA ISLA.
(De STUAl'f GBOaGB.)

E

Seaor de la &amp;la
que hay ea el Sud, noa dijo la leyeada
que narraba sencillos pescadores,
a la luz del hopr bajo aa tienda:
L

Ea la Jala dorada,
~onde perfuman como abiertoe pomos
ncu roqau y verdea ciaamomos;
ea la lila tilente,
doade, al canto de Umpida corriente,
brftlan Ju ¡emu de color ailave
hubo aa cxtraio morador: ¡un av~I
De pies en la ribera,
•a pico de marfil descogollaba
la
alta palmera;

'

mu

cuando •iu alas, rojas
como sangriento caracol de Tyro,
turbaban el murmullo de laa hojas
al revolar ca el ambiente puro,
lentas, pcaadaa, flojas,
asemejaban nubarrón oscurg.

78

Dé dia eleapi'e oculu!
bajo 1u ,._, .i
la wde
pasibase del mar ea 1M orillu,
donde mezclaba el oriento
del ave rara el ilaateado acento
y el olor de las atgu .....,;ua..
Sacando la cabeza, lol delfines
amadores del caato
Ue¡abao de loe iltiaael coa&amp;aea
ea constelado ®'°1
,
y al ,olpe mutical de au aletaa
cruaban por e l . ~0 ~
chispas doradas y pbna¡es de
1

A.tÁ

oro.

'fi.tó loa aiglqa. ~ t o

el ojo de l a ~ criatura
no la midió, Yiolaadó l a ~ :
el náufrago tao 161n
que de HS ~ 161,rep Eolo
arrojó sia piedaél. tal ea la oyera
can1aÍldP en la ribera
al morir de una tarae áileadoa&amp; • • • •
Cuando por va priineA
llevó 11111elo ea ágil oavegaate
a 1a Isla dlatute,

se puso el ave a ~piar a aolas
le triste de la eatela
ea las iDtaetaa olas

donde fl9t&amp;ba la donnida vela,
'19

�,.1............. .....

-~---ftllel---

- ..,,........
............
•

- . . , . qgerida,

1,.,,••...,......
.................

....... 11 Ji Ali,
1, S. .... --■ ti

•

.
... ---~-·.....
,,...
..
.
.
....,....

et"-ido-..o

.,.._.....qll,I._..IIW
~

JIOZO DB ALDltA.
(De nua ca.o.GL)

E

..wo...,., de aldea

.............._
l.

e1--•

yrmel~ldl

ldh

alutl'iba~blljoellipQ,~.-....ca- c1i6 .. tu a illlllldU - - ......

Olladoaaereelaol.••-•4irip. Mdl!•ílc • mea■a

...................
l!ael--~e1 ... PIID

. . . . . . . . . . qae, - maene,
• Dioa ofrecieron el alma;
elotronftr'tad OCillla
lobaalafáebrelOMda

cle.......,

qae - - - ;..ao .... nea■
•crapo .....
oclkelu ■-clatcoereJu

••dcieeelNdelenciadu

LAS GUAC'MlítY

(Denu.d...,.._)

•cuc-~~..-.
peaaclloedlDcdoi'da__.~
y,ealre-~ . . . . . .
eoteillMarGIIM.-.rlL

· - - - 111 . . . . . . .
ylualalao._.,ea~

• gucaaa,-

blucu _ . .

CQDedlclM\8ea ., . . . . . . . . .

qae •lea ...... de aoc:lle
ca coaqufata •Ir ,.,.n y agua •••.

•

'

�GUILLERMO

VALEI\'CIA

ANlVERSARlO.

H

(De

STEFAN GEORG&amp;.)

toma el cántaro
de tierra gris;
no olddes la costumbre, y vente luego
en pos de mí:
Hoy ha siete veranos que lo vimos:
recuerda ... En tanto
que El hablaba, nosotras en el pozo
hundíamos risueñas nuestros cántaros!
Después ... un mismo día
nuestro novio perdimos: Hoy, hermana,
iremos a buscar en la llanura
la fuente que sombrean
dos álamos y un baya,
para que aJli
llenemos en silencio nuestros cántaros
de tierra gris ....
ERMANA,

POEMAS

ESCOGIDOS

¡leza de esta poesía? Yo la siento solamente... Si
usted tuviera la bondatl de contármela.,,
El respondió: «Lo bello está en la sencillez de la
tristeza. Los novios murieron, dice el poeta. Las novias dicen sencillamente: a El día del aniversario iremos
a traer agua de la tuente, en el cántaro de tierra gris,
en aquel sitio de la pradera en que se alzan dos álamos y un haya.» «Gracias," dijo Paulina.
Y luego añadió: «¿En qué está la tristeza de esta
poesía?»
« En nada. La tristeza es así. Sucesos de la vida
diaria, pensamiento silencioso a la orilla de la fuente,
en la pradera, dónde hay dos álamos y una baya.»
Silencio....
·
Paulina se 1nclinó un poco hacia adelante, con las
manos puestas sobre las rodillas, y dijo: «¡Tiene usted
una manera de explicarlo! Da una con lo triste, lo
palpa. ¡En verdad, usted es el poeta!»
«¡Ciertamente, yo soy el poeta!»
«¡Ah! ... Y ¿qué es Stefan George?»
"El poeta.»
«¿Y yo?»
Cl El poeta. ¡Los tres juntos somos el poeta!»

INTERPRETACION.

E

(De

PETER ALTENBERG.)

joven estaba leyéndole a la dama joven y pálida el ANIVERSARIO, de Stefan George.
u Lec usted de una manera, dijo ella. ¡Tal
parece como si fuera el poeta! ¿En dónde está la beL

82

83

,..

�GUILLERMO

VALENCIA
POEMA

om.

p-

(De PBTBR ALTBNBBRC..)

aDOllO al hombre todo,
¡menoa Ja lucha estéril! En silencio
cobre tu faz ¡oh César de la vida!
cuando ese Bruto pálido-la Suerteágil, leroz, certero,
entre tu corazón hllllda el acero.

Quedad, esfuerzos vanos, •
para la hembra, esclava de la vida,
que si rompe la tabla carcomida
y se despeña, en negro parommo
crispa sus manos débiles
¡eomo para agarrarse del abismo!

,

LA BALADA DE LA VIDA EXTKRIOR.

COGIDO

E

-como ruedan. los pájaros muen.osee caen de noche, de las quietas ramas,
yacea pocoa dw
o se pudren luego ■obre la hojarasca.

Y soplan 'J soplan 'J aoplu 1u ráfagas,
y siempre y de nuevo nosotros oimos
palabras,

palabras que hablamos,
y siempre, de nuevo, sentimos
el placer y el cansancio que sieutea
loa miembros ea todas las razas.
Y corren camino• por entre la yerba,

y, desparramadas,
bay ciudades que prenden antorchas,
y viven entre árboles,
y tienen cisternas que nos amf'nazaa,
fatídicamente sin agua:

¿Y por qué las hicieron? ¿Las unas
a las otras ciudades igualan?

Y

(De RUGO VOlf HOFMANlfSTBAL.)

crecen los niños con ojos prohmdos que ao ...
(ben nada,
y crecen y mueren, y todos los hombrea imitan
(su marcha.
Y crecen los árbolea,.
y las frutas ásperas
ea dulces devienen, y lu frutas dulces
86

¿son pocas? ¿son muchas? ¿su cifra es muy larga]
zy de dónde vienen loa cambios que alternan
la risa con lágrimas?
l.Y de dónde vienen
las mejillal pálidas?
y con todo dio
lo■ hombres ¿qué ganan?
lqué ganan
estos juegos sublimes y eternos
pue somos nos¡,tros, que aon nuestras almas?
86

�G U 1 LLE R .'1

o

VA l,ENCIA

¿Seguimos siquiera
la meta deseada?
¿de qué pueden servirnoli las cosa
las innúmeras cosas miradas? ..... .'

· · ··Y, con todo, muchísimo dice
el que dice: ¡la Tarde! pRlabra
que destila sentido muy hondo
Y un raudal de tristeza que mana
cual la miel que en suaYísimos grumos,
de los huecos panales resbala ••.•.•

SUEÑO VIVIDO.

POEMA ...

E::00GJDO

v en corrientes ,;le tinte anaranjado
:__como tibios lulgores de topaciouna luz que pintaba la flore:sta,
de triste claridad amarillenta,
y todo e taba lleno por las ola
,le una rara cadencia melancólica.
Y sin lograr iquiera comprenderlo
mi turbada razón, pero sabiéndolo,

clamaba sin cesar entre mi mente,
que aquella realidad era la lucrte. • • •
Y la Muerte hecha música¡ la hermana
de los hondo anhelos; la que ama

seres que viven, y los busca,
toda vigor entre la noche adu u.

a lo

(De

E

HL'GO VON HOFMAN. 'STHAL.)

Valle del Crep1ísculo llenaban
perfumes grisc- de color de plata,

L

como cuando la luna se tamiza
por catre nubes de borro as tiota,;.
No era la noche sin embargo. Presto
con los aromas de matiz de argento
se d1 iparoo en el valle o curo
mis vagos pensamiento de crepii,culo,

Y entre las aguas de una mar tranquila
me hundí callado ... y e me fué la vida.
Vi cálices de flore mi terio~as
Y negras, que brillaban en Ja sombra·,
S6

Y en silencio y ol'ulta entre mi alma
lloraba por la viJa una • 'ostalgia,

y lloraba y Ilornba, como llora
el que se va-lle\•ado por la ola.,
en una enorme embarcación marína
de fantásticas velas amaritl.isque a lo tenues fu\n-ores del oca o,
desde las agua. d un azul opaco
con igue divisar en la ribera
todo el cariz de la ciudad paterna:
y se oírccf'n las cnlle II su ojos
y percibe el murmullo de lo po:ws,
~7

�G CJl,LERMO

VALERC'JA

y de los caros bosques familiares

E"COGJDOS

P0Elt1A

a pira los aromas otoñale~,

El negro que en los ojos, cabello y ropas brilla,
contra ta, bajo el oro de una tarde amarilla,

} se finge de pies entre la arena,
como en las horas d la edad primera,

con el pálido mate de una faz altanera
de tre cuartos pintada y so:gún la manera

transido de inquietud, con las pupilas
arra ada en lágnmas e quivas,

de artista. españoles como de venecianos
cuando trazaban a lo nobles y soberanos.

y ve el roto cri tal de u ventana

y tra. ella, su alcoba iluminada ..••

La nariz, recta y fina, palpita. opl&lt;&gt; duro
de su boca menuda y roja, obre el muro

Pero la enorme ernbarcncibn marina
que no urte Jamás en la orillas,

los damasco agita, y en lo vago distante
perdida la mirada turbadora y errante,

sigue adelante en el . ilcncio mudo
que hacen las aguas de un azul oscuro

cual la cogieron tantas de la. viejas pinturas,
hormiguea en anhelo. de enormes a,·coturas. • • •

obre lo ,iejos má•aile tendidas
1melancólicas velas amarillas! .••.

!.,a ter a y ancha frente que urce inmcn!'o labra,
medita en. ansias loca, y en la brutal palabra

baJO la grácil gorra cuya pluma se mece,
¡sujeta al broche donde un rubí re plandece!

CES R BORG!A.
(De

PAUL YERLAINll.)

D
R

la, somura que sumen el vestíbulo ausonio
donde el busto de Horacio y el uusto de Pe-

N

(De

PAUL VERL,\L'IE,)

(tronio
de perfil y abstr,údos, ueuan en má,mol blanco la siniestra en la daga, con la diestra en el flanco 11

o ya mi ser conturban, equívo~ unh·er:.o,
tu campo:-, ni los eco de roJa ¡,astoralcs
antiguas, ni el reflejo de pompas aurorale.-;
ni el ol de!&lt;pcdazado y en el azul Jispcrso.

y una dulca onrisa que el mo tacho realza,
del fiero duque e¿. ar, la figura se alza.

Quiero de todo ahora reirme: &lt;le hombre y verso,
y de los templo~ griego y de las catedrales

s

89

�GUILLERMO

l' A L EN C. I A

P O E M A 6'

¡;::aoGIDO,

que buscan el \'acio con locas cspirale~:
ya de mi copa beben el ·aoto y el perverso.

APARICIO:--:.

¡No creo en Dio,! ahuyento de la memoria mía
el peo amiento; nunca me nombren la ironía
llamada amor que a tantos y tantas enardece;
con usto de morirse, con el ,;\'Ír cansado,
cual un e. quife roto del viento arrebatado
¡sobre el abismo negro mi csp1ritu se mece!

MUJER Y GATA.
(De l'AUL

VRRl,AINE.)

L

sorprendí jugando con su gata,
y contemplar causóme maravilla
la mano l&gt;lanca con la blanca pata,
de la tarde a la luz que apenas brilla.
A

¡Cómo supo e. conder la mojigata,
del mitón tra~ la negra redecilla,
la punta de mJrfil que juega y mata 1
con aceradoa: tintes de cuchilla!
Melindrosa a la par ~u compaiiera
ocultaba también la garra fiera;
y al rodar (abrazad3s) por la alfombra,
un sonoro reir cruzó el ambiente
del salón .... y brillaron de repente
¡cuatro puntos de ió ·foro en la sombra•
90

{De STÉPHANE MAI,LARMÉ.)

L

luna se ye]aba. Serafines llorosos
con el arco en lo dedos, adolorida el alma,
pensaban en la &lt;'alma
de las dormidas flores de tallos 'l"aporosos,
A

y heric1as por sus manos, las moribnnt!as \·iola
rompían en sollozos de un albor invisibli'",
c¡ue rozaban, r-0zaban
el azul apacible de las tíbi:ts corolas:
¡Era el día bendito de tu beso priml!ro!
La febril fontasia que las almas consume,
por bcrirme, a sabiendas se embriagó del perfume
de tristeza que lanza
la c&amp;secba de un sueño, sobre el sér que lo alcanzo.
tientras miraba el suelo con mirar ::ibstraíd,),
en la calma, en la tardc-, te me has aparecido
como una hada ñente,
como el hada risueña de mis tiempo· meJores,
como el hada riente que-de blanco fulgores
coronada la frentt:pasaba ante mis ojos,
pasaba ante mis ojos turbados dulcemente
dejando que su. manos regasen, m::il cerrada.,
¡nevados ramilletes de estrellas perfumadas!
91

�6lJI,LER.l!O

POEMAS

b'!iOOGJDO::.

¡• ,t L E X O I A
tDuermcs? la djjc. (Duermes? N,1da 1 n:.Ja ... ao
El lienzo funeral no era más 1-laoco.
Sobre la tierra de los hombres, ¡nada

UN SGE.\O.
verá el ojo, más blanco r¡ue ª'{lld l,lanc '
(De

GABRl~LK D'ASN'UNZIO.)

E

muerta, sin calor L.a henda
era ,·isi&amp;le apenas en el llaneo:
¡r-srrccha futa para tanta vida!

STAPA

El lienzo foni:-r,.! no era más blanc:
que e· cadá,·er. Jamás humana cosa
,·en el OJO, má .. Ulanca que aquel blanco.

\rd,ia Primavera impctílosa
os rristalcs 1 do cinifes inermes
go1pcaban con ala rumori 53 •• ,

\De

1

GABRIRLR l&gt; A~Nl1NZIO.)

e

que ya la música mi c~pi.-itu fatiga,
y el ideal me can,a como nos can!-a t.1na
bebida, cuya fuerza se disipó; ninguna
ficción, ninguna magia mi laxituc1 mitiga.
&amp;SAO!

••

Huyó de IWa el calor. Yo dije: ~Duerme&lt;;?
l •.&gt;n ua salvaje sonrdr \"Íolcnto

má!i cerca rcpctíJe: ¿Ducr'llcs? ¿Duermes?
~Ducrml"s? y al rccurJar que aquel acc.nto
n ... e!'"a e-1 mio, me crispe, de pavura..

'scuchr. ~¡ un murmullo, ai un acento.
Cautivo d~ la roJa arquitectura
se "databa t:n el bochorno un fuc,rte
oior a destapada sepultura.

él b.i.tito invÍsible de la muene
me estaba sofocando &lt;!n la cerrada
habitación. A la mujer inerte,
92

A7'1MAL TRISH:

Con cuánto aí:i.n al carro la juvcnturi se liga,
1ue llev;m los amores y rige la fortuna;
no importa que ~ea móvil la hcmLra cual la luna,
!lerá la misma siempre, ya ébano o espiga.
Otoños y veranos, ,ovicrno~, prima\'era!;,
interminables hora! somLrias, lastimeras,
a vuestra gris imagen mis tedios van unido~.
El indecible tedio de ver sobre la frenU!
un ciclo siempre el mismo, clemente o inclemente

¡ah, quién pudiera darme otros nuevos sentidos!

93

�G l' I J, L E R .ti O

VA LENOJA

I

ONETO.

(De

OLA\'O BILAC.)

P

Guillermo

oco me importa i burláis riendo
e tos versos purísimos y santos,
pue en esto de amor e íntimos llanto ,
de alabanzas del público no entiendo.

.I.T

DI

E

aleocia • • • • · · · · · • · · · · · · · · · · · · • · ·
POEMAS ESCOGIDOS
DB. "RITOS."

el.n-ñeñas hlanc:is. • • · · · · · · · ·
¡Hombres de piedra! alguno habrá entre tantos,
(uno tal vez) que esta pasión sintiendo,
aquí se ponga a remirar, midiendo
la vida que palpita en otros cantos.
Ese será mi público. De cierto
ellclamará: •Puede ,•ivir tranquilo
quien ama as, y es, a su tumo, amado.a
Y pensará, de lágrimas cubierto,
que aqueste ,·iejo cuento sin estilo,
¡jamis oyó con tanto ardor contado!

· ·· ···········
.. ........ .
Aoarko • • • • • · · • · • ·' • • · • • · • • · · · · · ·
...•
San Antonio y el Centauro . . . . • .. : : : ~ ..
Las dos ~abcus · · · · · · • · · · · · ·
. . .•..
.........
A Popayáo................
. .
. ..... .
Los Crucificados• · · · · · · · · · • · · .........••
Los camellos . • ·
· · · · · · •••.......
Leyendo a Silva • • · • · • · · · · · · · · · · ·
....••.
Croquis ... ••••·····················
............
Moisés••···· · · · · · · · · · · · · · · · · ·
....... .
Caballeros teutone11 ................ ."........ •
Sursum. • · • · · · · · · · · · • · · · · • · · • • · ·
.•••
Turns Ebúrnea •••.•..••...•..•••••..•.
6....

POEMAS DISPERSOS•

. . . -........ -..

La visita.•· · · · · · · · · · · · · · · · ·
....... .
La Guerra.••········· · • · • • · • • • • • • •
••..
A Jcaucristo. • • • · • • · • • • · • • • • · · • · · · · · · · • •.•
El Caballero de Emmaús .•••...•.........
95

15
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47
50
54
56

62
65
66

67
6

�VERSIONES.

El Señor de la hla..... . Sk/1111 Gtt&gt;rp... . . . . • •
Moio de aldea •...••••• EJ
Las guacamayas .•..••. El mÍl#lo... . • . . • . • • • .
Aniversario ....•••.••• El mismo. • • • . . • . . . . . .
Interpretación .....•.•.. hkr Alknberr... • . • . .
Oíd ..•••.••..•...•.•. El mismo . . . . . . . . . . . . .
La balada de la vida extcrior •.•........... H"K" vo11 Ho/11111111Ut/uzl.
Sueño vivido • . . . . • .. El mismo. • • • • . • • • • • • •
César Borgia..•.....•• P&lt;lld Ver/ai,u. • • • • • • • •
l\coaia. . . . . . . . . . . . . /11 ais1'1(). . • . . . . • • • . • •
llajer y gata . ......... El__, . . -. - - . . . .
Aparici6n. ........... -~Mallan,,/.....
Un 1ueño •••.•••.•••• •Gdritú U Á""""6ÜJ...
Animal triste•••••••... . /ll tnismo.. • • . . . . • • • • •
So.eco ............... Olll'll" Bilae...........

•il•". ... .........

Nra.

78

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81
lb
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84
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94

�LECTU~A SELECTA
91BLJOTICC.A DS DITU....aCJó• Llft■.aau
P1JaL1C1.1D.a roa r. ao &amp;.i.La aoa.aaa.ao

POBJU.8
AaadO Keno.-POBIIAB JUIOOGID08. (1 edkdmn,
a,otaclu).
BllMn Darlo.-POEJUB B800GD&gt;08 (11otac10).
Bqento 4e Outro.-POBKAS BEOO&amp;lDOB.
Oulllermo Valmda.-POEIU B BBOOGmos.

80BAIIBAZADA.
La

mu belloe cuentoa

de todOI IOI palleL

VoL L ntm. 1.-c'UBNTOS lle: "Lu JIO NocJIN 7
maa aoche", Ooetlae, ClaltUer, Lalca4~o Beana
(]tcdnm1 Tümno), Am&amp;clo Heno. Blchard Jllcl&amp;.

toa. ( ~ ) .
Vol L afun. 2.---ouBlffOS . . CHa Girdon71, Pal&amp;clo Valül. Gionmd. PaplDI, BacbUde, Urmoatof,
Pe4ro-BmWo OolL
Vol L nfun. S.--OUBXTOB 4e Páes Oalcl61, 'l'mclacle Ooelho, V. Garcia Oalcler6D, Jl&amp;cbado de Aa-

-

Jllrcui.

VABU

Leopaldo LqcmN.-L08 OAB4Lir08 'DB ABDBB.4.
•
(Ouentoa NCOSiclol),

zoJ Enrique Bo46.-PABABOLAB.

.4.lJTOBBB JIBXIOANOB llnJ'BVOB:
Zoe6 VucoaceloL-DIVAOAOIONBB LITDABU.I.
(Agotat.).

K. aftiva y ACeTe&amp;-OABA DB VIBGD.
.4.ltouo 11e7..,_UT&amp;Afl)8 JlBUBB B DU.ODrA·

moa.

•

Pree.io de eada n6mero en toda la Rep6bll,a:
60

OBNfA VOS.

:No N llrYe ninpn pedido lll no Tiene aeompaflMlo
de ID Impone.Apartado poetal 1018. lláioo, D. F . f
\

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>uICEO CATOLtICO

ltr1. Sra. de l111d1l1p.1 J S. l1is l1az111.
(CIUE DE SAN IOUSTII,)

BOLETI N MENSUAL.

BHD

l.
Con Apirobaclóo Eclesiástica.

,

QUERETARO.-1908.
,,,

""'Wi."'°""'~~~~---"'-""""'..,,._ -• - """"'

TIP. DEh SAG~RDO COAAZOff. AGUlhA 6 BIS.

o

�LICEO CATOLIOO
DE

Nuestra Seiora de Guadalupe y San Ltds Gnnzaga.
BOLETIN MENSUAL.

El Li,·eo (\ü'ilico tenor\ Dios mediante, su Boletín.
Y por qul•? Al leer este librito, los padres podrán fcitilmente cerrior,m;e de lo, adelantos de sus hijo-;, dar;,;e
tuenta de to&lt;lo lo sucedido en e:,te Colegio y vivir, por
der·frlo así, &lt;le su vida misma. Para los alumnos, ser:t
un estímulo po leroso; se &lt;le:.;pertar:tn y se desarrollar:IJl
el sentimiento del honor, la todtumbre del tr.1bajo y de
una conducta cristiana.
Que Xuestrn Señor,1, dJ Guiclalupe .Y San Luis Gonzap;a nos ayuden en t'flta obra. y la bendigan, puesto que
rsti i nspirn 1a. para la mayor gloria de Dios, el bien de la
Iglesia (¿ueretana, el a}_JrOYCC'hamicnto espiritual y m:1terial de la juventud y &lt;le la niñez.
1

Lt. ~-

------------·-

FONDO
FERNANDO DIAZ RAMlREZ

En el Liceo Católico ]os Hermanos de las Esc:uel.ts
eri~tianas dan:
1., L1 Enseñanza Secundaria y Preparatoria completa á 58 alumnos que cursan el primer año de Matt&gt;nüti-

�-2cas, Teneduría de Libros, Dibujo, Inglés, Francés, Lengua Castella:1a, Taquigrafía, l\fecanograña, Caligrafía
v .Música.
· 21 La Enseñanza Primaria completa y, además, los
alumnos que cursan el quinto año reciben clases de Inglés, Ciencia8, Dibujo, Nociones &lt;le Geometría y Algebra.
En fin todos los alumnos de la Enseñanza Primaria
curean clase de Dibujv.
Hasta la fecha el número de alumno::; asistentes es de
185 y matriculados 209.

media hasta las 5, los alumnos internos van á paseo.
Los padres pueden visitar á sus hi,;os durante los recreos.

CRONICA.
3.-Apertura de las clases para los alumnos internos.
4.-Son numerosos lm externos y medio internos
que llegan al Liceo. DesJe la mañana, 112 alumnos
presencian los curso~. Pero, antes de todo, se necesitaba
partir estos j6venes según la edad y la ciencia. Los de
la Preparatoria tuviervn que resolver las cuestiones siguientes:
ARIT:MF.TIC!..

MA~ANA.

7 h.
Misa.
7 h. :30. Desayuno.
8 h.
Clase.
9 h. 40. Recreo.
10 h.
Clase.
11 h. 15. Salida de los Externos de b Enseñanza Primana.
11 h. 45. Salida de los Externos de h Prcpamtori:1.
12 h.
Comida ......... Recreo.
TARDE.

1 h. 30. Clase.
3 h. 15. Recreo.
3 h. 30. Clase.
4 h. 45. Rosario y Oraci6n de la tarde.
5 h.
Salida de los Externos de la Primaria ......
Recreo.
5 h. 30. Estudio y Clase.
7 h.
Salida de los Externos de la Preparatoria.
7 h. 30. Cena.
8 h.
El acostarse.
Los Domingos y Jueves por la tarde, desde la 1 y

t"\) Divídase :6 por+.
b) Un jugador ha perdido los ! de los! de $45; á
cuanto asciende su pérdida'?
e )Los ! de un rnpital han sido impuestos al 4%, y
los ;.al 5%, .:Ü el rédito anual es de$ 144, lo cual es dicho capital?
ALGEBRA.

a) Restar 3a11 -4b2 c+d" -eª de 3b2 c+3d" -5eª.
b) Resolver el sistema X+y =7; X-y=-1.
e) Desarrollar la expresión (a+b-c)2 •
GEOMETRIA.

a) Cuando dos cuerdas se cortan, el producto de los
segmentos de la primera es igual al producto &lt;le los segmentos de la segunda.
b) Hallar un punto descle el cual se vean bajo ángulos iguales los tres lados de un triángulo.
e) ¿Cual es la superficie de un círculo Je 10 metros
de radio'?
LITERATURA ESPAÑOLA.

a) ¿Qué piensan Uds. del estilo de Cervantes?
c) ¿Cuales son las obras de Juan Ruiz de Alarcón?
CONTABILIDAD.

a) Ley del 'l'imbre en Méjico.

�-4b) l\IoclE&gt;lo ele Pagaré.
1:) l\Iodelo de Letra &lt;le Resaca.
12.-Peregrinación á la Iglesia de la Congreg:v·i6n'con
motiYo de honrará Nuestra Señora de Guadalupe.
14.-lnauguración ofidal del Liceo Católico. He aquí
el programa de fiesta tan solemne:
Re&lt; t pción por los Profernrcs y alunn:cs del Illmo. y
Rmo. Señor Obispo, Coadjutor; -Oanto: Ecce Sacerdos
magnus; -Discurso deljoven Salvador Loyola cuyo texto va á continuaci5n; -Contestación del Illmo. Señor
Obispo; -Cántico en francé3 en honor de S.1.11 Luis Gonzaga; --Te Deum solemne en la capilla; --Visita de los
Raloneti del Liceo ..... .
t:&gt;iseurrso del joven Salvado!!' uoyola.

Illmo. y Rmo. Señor:
Alguno3 día;, ha qu3 aguidáb::i.mos co:-i ansia tan
oportuno y foliz momento, para venir preanrom.:i á presentará Vtra. Srí.a. Illm:i. y Rma. el hom,mi0l' de nuciítra más profuncL.t gratitud por los egregio~ benefi.cios
t 1ue recibimos en este Liceo CfatMi.:o, vcr¡Lulero b:duarte &lt;le e&lt;laca.ción cristLrna y &lt;le SLLtv~ y firm0 dis_:iplin:i
psc·olar y religiosa.
.
Mer-.!e,l al e.-,clare(:icb, ap'.'&gt;st;.'¡]i..!-O 2 infati 6..1.bb c€lo de
)n, S1gmda l\Iitra de esta DiJcesi:5, qu.3 bu,,J,l con tan s.1lnd.able ahinco el perfücrionamiento mor,,l.é intelectual de sa venturo&amp;L gr0y, no3 conb.mos numerosos en
esta e:'lcuol:t &lt;le ht virtud, en do:1de los hijo:; da &amp;n
Juan Bautista de la. Salle, en mano.:3 de quiene-i no.~ habei::i confiado, al pa.$0 qu0 iluminan nuestro entendimie:ito mediante las cienci,1;, hununas, no.:; comunican
t:lmbién y con abundancia la savia cl0 Lt rdigi6n cri::itiana con sus enseñanzas mor.a.les y religiosas.
Demos gracias á Dios y á nue-:;tros llu.streB Prelados
al ver con que esmero nuestros Maestr.:&gt;3 religiosos trab~\jan en sentar en nuestros corazones convit:.ciones rrisfomas profundamente ar.raigala3, qu.c h~n &lt;le sur más

-,)-

tarde para. nosotros la verdaclcra razón de nueR~ros
triunfo. en la terrible lucha que nos esvera en la vida.
El raudal de favores y beneficios de toda clase que
recibimos en esta benditísima. casa, será siempre para
nosotros un estímulo poderoso á fin de que correspondamos á los afanes y sacrificios que nuestros celosísimos
Pastores se imponen, con motivo de asegurar nuestra
verdadera dicha, que consiste ante todo en la formación de nuestro coraz6n v en la ilustración de nuestras
facultade3 intelectuales, según los sanfaimos principios
de nuestra Madre la Iglesia Cntólica.
Cuando de repente nuestros bríos ele niños y de júvenes necesiten de un sostén para que perseveremos en
el cumplimiento de los deherL'S de alumno digno &lt;le sí
misrno y de lo3 cuidados de sus insignes protectores,
liastarft entonces que hechemos una mirada retrospectiva sobre la solPmne y tan tierna inauguración ele
nuestro Colegio 6 Liceo Católico. .
Sin &lt;luda alguna, el recuerdo de este hermosísimo &lt;lía
serú, para esta porción tan yucri&lt;la de Yues~ro aprisco,
· un ::1liento y una fuerza n,ornl que le.ayudaran á coronar
debidamente la obra tan importante &lt;le su educación.
No pasaremos tampo:.:o por alto que pertenecemos
á un Colegio que está bajo la protección y amparo de
la Reina Inmaculada de los Ciclos, b,tjo el nombro &lt;le
Nuestra Señora de Guadalupe.
Nos acordaremos igualmente que tenemos como segundo protector oficial al modelo angelical é insigne
patrón de la juventud, 8an Luis Gonzaga. . .
Tales son, Illmo. y Rmo. Señor, los sentimientos que
se agolpan en nuestros corazones y que, en este impereeedero y gratísimo día, os manifestamos con toda llaneza y sencillez.
Estos nobilísimos pensamientos, Illmo. y Rmo. Sr.,
no dejarán de ser como un nuevo motivo para que
&lt;;umplamos con perfección nuestras obligaciones escolares, y que sigamos así las huellas de loR mejores y be-

�-G-

-,-

neméritos alumnos que nos han precedido en esta santa Casa y que ahora honra:1 tanto, á la Iglesia, á la
familia y á la Patria.

31.--Es un deber para un buen cristiano Lendec:ir á
Dios en to&lt;la circunstancia y, en especial, al fin del año.
A las 5 p. m. se reza el Rosario en la capilla. Después
de una plática muy á propósito que re"uerda los beneficios del Señor y la bendición del Santísimo so canta
el Te Deum.
Visita á los Illmos. y Rmos. S3ñores Obispos con motivo del año nuevo.

lG-Prueba general de Aritmética. Salieron primeros:
Preparatoria (S0cción A): .A.n tonio V era, Bernardo
.M urúa, Miguel Vera y José Carmona.
Preparatoria (Sección B): José l\Iartínez y José B01ja.
59 Año: Manuel B01j~1, Enrique Rodríguez, Felipe
l;gal&lt;le y JaYier Arriaga.
49 Año: Gregorio Pantoja, Rr.món Esnarriaga, Roberto Frankfurt y Rafael ele la Isla.
3er. Año: Jo::;é Landaverde, Delfín Taló, Guillermo
· Cisneros, Fernando Arriaga y s~tlYaclor Rodríguez.
21.-Alumnos matric:ulndo::;: 200.
2:).-Prucha de Ortogr,1fia. Acertaron co·1 éxito particnlnr y digno de ~tlabanzas:
Prep:tratoria (Sección 1\): .'.\fanucl Oh·era, Miguel Vera, Franc:isco Veraz,l y .Antonio Vera.
Preparatoria (Sección B): 1fariano de b Isla, Roberto Tr~jo y Manuel Rodríguez.
•
·
[,-: Añ~: Carlos Campo-;, Felipe Ugal1le, Luis Llab y
Prndeneinno Cac·ho.
.p Afio: lLlfael de b Isla y Lni::; ~forroguín.
~3er. Año: Delfín Taló, Guillermo C'isncros .,v Ralnt.
dor' Rodrígm'z.
2•1.-A modi,t noche, misa &lt;'n.ntada v muy solemne 0?1
la capilla &lt;lel Liceo. Parn celebrar co~no Dios manda la
Pnl'.ieua de ~avi&lt;lud, la mayor p:nte de los alumnos se
confesaron .Y, en mu comunión ferriente ' J)idiPron al
.'.\ifi.o de Belén hB gracias necesarias para portarse Lien
durante el año escolar.
:25.--El Liceo no podía menos que tener su Arbol de
Navidad. Hemos de agradecer al Rmo. P. G.&gt;mez, capellán. l\IerJe-1 á su ge:rnrosidad todos los alumnos quedaron mny contentos, pues ca&lt;la uno fu6 favorecido por hi
~nert~.

Prep:uatoria (Seccif&gt;n A): Antonio Vera, JO Satisfecits; Miguel Vera, D s.; Salvador Loyola, 8 s.; FrancisC) \\ra.7-a, 7 s.; Esteban Sánchez, 7 s.; Salvador Sánchez, U s.; Vicente Vera, 5 s.; Luis Vera, 5 s.; José de
Ju \\•g,t, 5 s.; Priscili,mo Yega, 5 s.
Preparatoria (Secl'i{m B): .José Delgado, 8 s.; Mariano ele tl Ish1, 8 s.; Ju·rn \'pr¿¡z1, G s.; Ramón Loyol,l, ,5
s.; Carlos G(nnez. 5 ~.; :\fanut'l Rodríguez, 4 s.; Brnulio Unerra, 4 s.
Quinto Aiio. Carlos Üivnp'.):3, 0 s.: :-;,tlvaclor Pg~ll&lt;le,
8 s.; PeLlro {\nnpos, 8 s.; Eduardo l.Igalde, 8 s.; Rubén
Huiz, 8 s.; Rafael ~egrete, 8 s.; Enrique Rodríguez, 8
s.; Pablo Carnevali, G s.; Felipe Ugal&lt;le, 5s.; Luis Llafa,
5 s.; Gonzalo Acevedo, 4 s.; J,tvitr Arriaga, 4 s.; Manuel
Sánchcz Verín, 4 s.
Quarto Año: Gregorio Pantqja, 8 s. Roberto Frnnkfnrt, 8 s.; José Guerra, 7 s.; Ramón Esnarriaga 7 s.; Jesús Ramírez, 7 s.: Rafael de la Isla, 5 s.; ,Joaguín Díaz,
4 s.; Ramén 1Jribe, 4 s.; Joaquín Yernza, 4 s.; José Herrera, 4 s.;
Tercer Año: Delfín Taló, 10 s.; Gnc;tavo Camacho, D
,..:.; Salvador Rodríguez, 8 s.; Genaro Licastro, 8 s.; Jos'•
Lnndan:-rdr, 7 s.; Gonzalo González, Gs.; Guillermo Cis-

�-8neros, 6 s.; José Díaz, 6 s.; Carlos Ramírcz, 5 s.; :Manuel
Balandra, 5 s.; Francisco Llata, 4 s.; :Manuel Pozo. 4 s.
Segundo Año: Amador Ugalde, 8 s.;Alfonso Aceyedo
7 s.; José Veraza, 7 s.; León González, 7 s.; Rafael Veraza, 6 s.; Roque Campos, 6 s.; Antonio Orendain, 6 s.;
Agapito Pozo, 5 s.; José de la Fuente, 4 s.;
Primer Año: Guillermo Grey, 5 s.; José RiYera, 4 s.;
Benito Campos, 4 s.

EL BOL E TIN ,
&lt;Jall1da á. iod-00.

óiUJ

ciéndole,1 pre,,enéeJ.
M.t

lecto«:J ff ami!JoJ. l!aMIJ

me¡auJ. .deJcoJ po,;:

&lt;1aft,d fl ¡:no.ipe1tidad.

biceJ fatól:ó.

0uerétar.:.

�</text>
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                  <text>Boletín Mensual del Liceo Católico de Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga. Contiene planes de estudio, horarios de clases, discursos, cuadro de honor de alumnos y noticias religiosas.</text>
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                <text>Boletín Mensual del Liceo Católico de Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga. Contiene planes de estudio, horarios de clases, discursos, cuadro de honor de alumnos y noticias religiosas. </text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>LICEO 0ATOLI0O,
DE

Nuastra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga
BOLETIN MENSUAL .

.R13~Il.t-1908 .
........ , ..,,,..,,,..,,,...,,._,.,..,.,...., ..,,,....,..,.,._,.,._,,,..,.,._,,,..,,,,..,,..,,,....,,.,,,...,,,..,, ...... , ......

EXTRACTO OELt ~EGLtAfJIEf"'-TO
DEL LICEO CATOLICO.
(DE LOS EJERCICIOS RELIGIOSOS.)
a) Los colegiales tendrán un porte grave durante las
oraciones. Entrarán á la rapilla sin precipitación y sin
hacer ruido; llegarlos á su puesto se arrodillarán para
adorar á Dios ......
b) To&lt;los los alumnos deben mar un devocionario durante los oficios.
c) Los internos como medio internos y externos asistirán á la i\Iisa del colegio los domingos y días de fiesta, y también cada &lt;lía, á no ser que obtengan una li• cencia especial del Director. No obstante, están dispensaJos los medio internos y externos que cursan los años
cuarto, tercero, segundo y primero (véase el Boletín de
·Enero, núm. 2.)
d) Para merecer la protección de la Virgen Santísima
se ruega á los colegiales que lleven un es~apulario y un

rosario.

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de las almas, declic6se sobre todo á la instrucéi:'m de la
jurentud, y fundó un Instituto destinado priacipalmenmes. Tienen libertad completa &lt;le hacerlo más á menute á la educación &lt;le los hijo3 del pueblo. Empezó la vido. Para cumplir con este artículo los que se confiesan
da de comunidad con sus primeros discípulo; el dfa 24
fuera del Liceo deben entregar al Subrlirector una tt1rde J nnio de 1681; hizo yoto de estabilichd y oberlienjeta fechada y firmada por el confesor.
cia con doce de ellos en 1684; y para ,!arles en superf) No hay comuniones de regla. Pero los H H. recosona ejemplo de la mís pededa abne;;aci(m y del más
miendan á los niños que se acerquen con las disposicioabsoluto desprendimiento, renundó su canongía y disnes debidas á la Sagmda :\lesa según les permite el Contribuyó entre los pobres su rico patt·imonio. El mismo
fesor á quien sólo le toca dará sus penitentes una regla
di6 es •uela en Reim~, Par'.s, Marselhi y Grenoble; dimifija ...... .
tió el cargo de Superior en 1717,y secons:1g1-.'.&gt; con más
g) Cada día y durante tres cuartos de hora los Profeempeiio que 11un~a á confirmar á sus cli:;cipulo3 en el
eores dan la doctrina, y los alumnv, deben aprender el
ah;iamiento del mundo y en una perfecta sumisión á
Catecismo, los Evangelios y la Historia Sagrnda ...... .
las decisiones de la fgle,ia, firm',ndo,e, en testimonio
h) Los jueves á la 1 y merlia y los domingos á las 6
de ~us sentimientos acerca de este último punto, Sncerp. m. se reza el Rosario en la capilla del Li~eo y se exdote romano. Por fin, despu~s de haber dado, durante
pone al Santísimo.
cuarenta años, ('.jemplo Lle las m ís heroh1s virtudes,
murió en olor de s,rntid,ul, el \'iernes S,mto, á 7 de
Abril de JílV, en la cas1 de 8,rn Yon, en l{uan, donde
había fijarlo el ,:entro de su Instituto. ELSantcr Funda·oor ele/, estable ·i•.bs veintido; c.1s.1s, en la, que reinaba
el fernJr que él bahía inspirndo; aument', en breve tiempo este número lm,t:t lle~ar á ciento veintiuna cuanrlo
estalló!,, Revolnei6n frnnC"esa en 1789. En el año de
HJOO contaba el Instituto mil quinientas eincuenta y
una.
San Juan Bautista de la Salle nació en Reims (FranLuis X\', por letras p.1tentes de 28 de Septiembre de
cia) el 30 &lt;le Abril de 1651. .Aunque primo6 énito de
li24, confiri6 al Instituto l,i personnli&lt;lacl civil; y Beuna familia distingui(la en la magistratur,t, quiso eunnedi('tO XIII lo nproh '&gt;, así como también las Reglas,
sagrarsP en temprana edad al servieiode losalt:1res sienpor Bula de 26 de Enero de 172,5.
do honrado con el título ele canónigo ele la :IIetrópoli
Después de la R~vuluei5n, el Instituto fu~ restal,lceiá los diez y siete años. Hallábase ele s€1ninarisb en ::i,111
do legalmente en Francia por lo, dLcreto; leye, de 3 de
Sulpicio de París, cuando la muerte de su5 padre, le
Dieiembre de 180:3 \' 17 d · ,',!trlO de 18B.
obligó á voker á Reim~, en donde prosiguió sus e:;tuLa fama de santidad el.el piaclo;o FunrLulor fué credios v se graduó ele doctor en sagrada Teología. Fué or- ·
eien(lo
&lt;'Oll los año~. En 1834, los Sup•nor¿s del Instidenatlo de sacerdote en 1678, y desJe entonces se contuto y el clero de Francia, por órgano de sus primeros
sagró enteramente á la práctica de las buenas obras. ·
Pastores, iniciaron las oportun::is insl&gt;in;-i;:i3 ante laSJnAnimado de ardiente é ilustrado celo por la salvaci6n

e) Los alumnos se confesarán á lo menos una vez al

ltESEHA EIOGBAFICA
PE

SAN. dUA.N. BAUT'lSTJ BB LA. SALLE.

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o~jeto de su celo á los más pobres y desamparados; suy canonización de este insigne apóstol de fa juventud. frirlo tocio, ceder con todos, no quejar,e nunca 1 no darse jamás por ofendido; dar siempre á los demás la razón
Su Santidad el Papa Gregario XVI, con fecha 8 de i\Iasiendo _sie,mp)·e el primer? en conde_narse á sí propio;
yo ele 1840, firmó la introducción de la causa, y León
bendecir a D10s en toda circunstancrn, tomar la divina
XIII beatificó al siervo de Dios el 19 de Febrero de
voluntad
por única norma de la suya, amar en Dios á
1888. Posteriormente, se prosiguió con a&lt;:tividad el prosus
amigos,
y á sus enemigos por Dios, no ver ni buscar
ceso apostólico, hasta que, el 24 de i\layo de 1900, el
más_que
á_Dios
en todo, interesarse sólo por la divina
mismo León XIII inscribi6 en el catálogo de los Santos al glvrioso Fundador ,!el Instituto de las Escuelas gloria, olvidándose de lo demás; no tener aversión más
que al mundo, ni odio más que al pecado, ni más teCristianas.
m?r qu~ el de desagradar á _la. soberana mrijestad do
Para terminar estos apuntes, nos parece oportuno · D10s, m más deseo que el de mutar á Cristo ni más intranscribir el retrato tan fiel y tan vivo que ele San
clinación que á la cruz, ni más amor que el de D10s
Juan de la Salle hizo su primer biógrafo, el canónigo ¿no es esto el compendio &lt;le! Evangelio y el de la vid;
Blain.
del Sr. de la Salle?"
"Nadie, dice el piadoso escritor, tenía en más alto
grarlo el aspecto de un santo, que el Sr. de la Salle. L:1
gracia parecía estar de asiento en su rostro, romo para
mostrar á los hombres lo que era delante ele Dios, y manifestar en él las bellezas ele su alma. Su presencia sola
movía al amor de Dios. Tocio en su persona exhalaba
la fragancia ele las virtudes: humildad, modestia, mansedumbre, paz, igualdaJ de ánimo, mortiffoación, cari¡Oh, Señor Dios! que para la cristiana enseñanza de
dad y piedad eminente.
los pobres, y mantener en el camino de la verdad á la
" Siempre el mismo, en tantas ocasiones de penas y juventud, suscitasteis al glorioso Confesor San Juan
pesares como tuvo, en tantos aconte Jirnientos adversos
Bautista, y por El enriquecisteis con una nueva familia
y aflictivos, en tantos motivos de turbación é inquietud; á vuestra Iglesia, concedednos propicio por su interparecía un hombre cuyo col-azóu fijo en el cielo, no te- cesión y ejemplo que, ardiendo como El en celo de
nía interés alguno en la~ cosas de este mundo; un hom- vuestra gloria y de la salvación de las almas, vengamos
bre atento á regular todos sus deseos, aún los más san- á ser partícipes de su corona en el cielo. Amén.
tos, y todos sus proyectos rle mayor gloria de Dios, únicamente según el divino beneplácito.
ce Su vida es el mismo Evangelio reducido á la púctica: hacer penitencia, renunciarse á sí propio, mortificarse, humillarse, crucificar su car:ie; orar, conversar
con Dios; no tener trato con los hombres, sino para procurar su salvación ó recoger sus desprecios. tomar por
h Sede á fin de que se incoara la causa dEJ beatificación

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u¡; EXT~A~JE~O VISITA Eh lllGEO GATOlilGO '{ co¡1rnrncA A Uli

0RONI0A.

A/,'IIGO SUYO SUS 1/,'IP~ESIOfiES.

(Compoiieión. del alumn.o Ramón. Martín.ez.)
~li querido amigo,
ENTRE muchas cosas que tengo que decirte te hablaré especialmenw de mi visita al Liceo Católico. Anteayer fui á
dejar á mi hijo al ya dicho coleg'io. Creía que su separación
me iba á ser muy sensible; pero al contrario se me 1lizo alegre y risueña al ver el cariño y paternal solicitud con que reciben á los niños.
Noté el celo de los alumnos para estudiar sus lecciones; la
aleg-ría en los juegos. Cuando ven yenir á un profesor los colegiales le saludan con el dulce título de hermano, como si estuvieran en el íntimo trato de nna familia. Hubiera yo de~eado quitarme los años hasta llegar á aquella tierna edad
en que era arrullado por los cautos de una cariñosa madre.
acariciado por una suavísima mano y enjugarto mis lágrimas al calor de los besos maternales ......
Di g-racias á Dios por haber creado un santo Yarón que suministró á la Iglesia un Instituto ele hombres cledicaclos á la
educación y enseñanza de la juwntud. Este santo varón á
que me refiero fué San J uau Bautista ele la Salle, fundador
ele la Congregación de los Hermanos de las Escuelas Cristianas.
Se enterneció mi corazón al ver á quince hombres comer,
jugar, dormir, reir con los niños para conocer su carácter y
así conducirlos por el camino de la yerdad y de la razón.
Bondadosamente me enseñaron la casa en que está el colegio. Después de haber recorrido los dos primeros patios llegarnos á la capilla. Allí mi alma quizo permanecer por más
tiempo para adorar á su creador; allí entre las perfumadas
espirales del incienso se veía la esbelta estatua de .Ntra. Sra.
de Lourdes, y más abajo, el Sagrario en donde está depositado el Santísimo Sacramento. De la inumernble multitud
de niños con sus cabecitas suavemente inclinadas se elevaban
himnos de honor hácia el Ser Supremo. Esto tocó las fibras
más delicadas de mi corazón, y recordé que yo también había
sido contado en su número y que ahora, ay! ya no lo era .......

2.-Con motivo del &lt;lía del Santo &lt;lel Señor Gobernador del Estado, los alumnos del Liceo Católico tienen asueto.
8.-Proclamación de las Menciones para el mes de
Marzo.
Obtuvieron el Te,timonio de Satisfacción:
Preparatoria (Sección A): Antonio Loyola y Gutiérrez, Bernardo Murúa, Antonio Vera, l\Iiguel Vera,
Ilraulio Guerra, Ramón l\fartínez, Esteban Sinchez,
Sah·ador Sánchez, Javier Frías, Franci8('0 Torres Vicente Vera, Irineo L6pez, Manuel Olvera.
'
· Preparatoria (Sección B) : José de la Llata, l\Iariano
de la Isla, José Delgado, José Co6hlán, l\Ianuel Rodríguez.
5? Año: Enrique Ro:iríguez, Javier Arriaga Rubén
Ruiz, Salvador Ugalde, Eduardo Ugalde, Carl~s Campos.
4 ? Año: Juan Cisnero3, Rc1m6n Esnarriacra Roberto
. de la Lhüa, Enriqua "R'.ld.ríguez,
'
Fntnkfurt, Antomo
Rafael de la Isla, Antonio l\fainero, Pedro de la Vega,
Vicente Guerrero, Gregorio Pantoja, Prudencia.no 0,1cho, Rafael 11arroquín, JosiÍ Pena, Manuel Olavarrfa,
,Joa_quín Díaz, Germán Guerrero, Jo;§ Herrera, Luis
Marnero.
3er. Año: José Alzati, Gustavo C,1macho, Fernando
Arriaga, Carlos Rarnírez, Manuel Pozo, Jo,é Acruilar,
Delfi n 1\iló, Gen aro Lic:astro, S.tl vador R'.)Jrígue~, _R:1fael l\Iorales.
2? Año: Le6n Gonzilez, Amador Ug,1lcle, Alfonso
Acevetlo, Antonio Orendáin, Jes:ís EscJLeio, Roque
Campos, Rafael Veraza.
ler. Año: Benito Üfünpos, Manuel Familiar.
9.-Salitla reglamentaria.
13, 14, 15.-Ejercicios espiritu.lle3. Los alumnos escu-

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charon con suma atención la palabra rle Dio; y se prepararon con fervor á celebra!· las Pascuas.
.
16.--170 colegiales ,cumplieron con la Iglesia en la
capilla del Liceo.

93; Julio Camacho, 84: Rosendo L6pez, 81; Guadalupe
Frías, 62; Anto1Jio Loyola y Gutiérrez, 60; Antonio
Retana, 57; l\Iagrlaleno Olvera, 57.
Quinto Año. Jiáximun: 150; punto de examen: 105.
1 ?' División. Ga~los Campos, 123; Eduardo Ugalde, 117;
Sih·ano \'ega, 116; Teófilo Gómez, 113; .Antonio JJorales, 112; Salvador Ugalcle, 111; Pedro Campos, 111; A_ntonio Sánchez, 110; Rafael Negrete, 110; Gonzalo Acevedo, 106.
2 P División. Luis de Jáuregui, 106; Javier Aniaga,
105; Rubén Rniz, 105; :\fanuel Sánchez Verín, 100;
Luis Llata, 100; Miguel Aceveclo, 90; Frnncísoo C,tlvo,
!J6; Felipe Ugalde, 94; Enriqne Rodríguez, 93; Guillermo Frías, 90.
3 P Divisi6n. Esteban Bueno, 90; José de la Vega,
89; Jesús de la Concha, 88; Salvador de Jáuregui, 86;
Lui,; Artolozaga, 8-5; Cayetano Montes, 84; Alfredo Valderas, 82; Antonio Estrayer, 82; Felipe Tessier, 80;
Agustín Olloqui, 80.
4 P División. José Bo1ja, 80; ~alvaclor Suzán, 79;
Cristóbtil Peña, 78; Antonio Guerrero, 77; Francisco Pozo, 76; Pablo Carnevali, 75; Manuel Borja, 60; Manuel
Ugalde, 60. Antonio Rodríguez no sustent&amp; el examen.
Cuarto Año. J\Iúximun: 140; puntu ele examen: 98.
1 P Di visión. ~amón Esn3~:aga, 120; Juan Cisneros, 116;
Enrique Rodríguer., 112; JesCis Ramírez, 110; Arnulfo
,.\.Hamirano, 105; Roberto Frankfurt, 103; Gregorio Pantoja, 99; José rle J,mregui, 83,, RJ1n in Uribe no sustentó el examen.
2? División. Pruden:iano Cacho, 107; Ignacio i\Iomles,
103; José Pena, 96; R~fael de la Isla, !J3; Rafael j\farro ·
c¡uín, \JO; Felipe Cer-Ín, 89; José Herrera, 8.5;Guillermo
Pena, 79; Daniel Nieto, 72.
3 P DiYisión. llntonio de la l!lata, 109; Salvador San Román, 90; Luis j\{ainero, Si; i\Iannel Reynoso, 82; Luis
~Iarroquín 81; Joaquín Veraza, 80; Joaquín Díaz, 7:3;
Ricarrlo A nievas, 71; José Nieto, 69 .

EXAffiEf'l, DE AB~Iu.
Preparatoria (Sección A). Máximun: !50; punto de
examen: 105.
1 ¡,, División. Antonio Ve~a, 135; f,liguel Ve~a, 135; Bernardo 1Iurúa, 132; Salvador Loyola y Gutiérrez, 116;
Francisco Veraza, 103; Manuel Olvera, 91.
2 ¡,, División. ~amón f,la~tínez, 116; Adolfo Frías, 100;
Luis Vera, 100: l\Ianuel Guerra, 96; Prisciliano Vega,
95· José Oarmona 85; Alfonso :Martínez, 7-!.
¡,, División. Esteban Sánchez, 90; Salvador Sánchez,
87· Vicente Vera, 85; Manuel Trejo, 83; Cecilio Guerrero: 72; Manuel J uaristi, 65; Enrique Veraza no sustentó el examen.
4 P Divisió:i. Antonio Lugo, 57; Carlos Guerrero, 55;
Vicente Uo-alde, 27; AJfred0 Sosa, Hipólito Nevares,
Cosme Ga;cía, Francisco Torres, Irineo L6pez no sustentaron el examen.
Preparatoria (Sección B). i\Iáximun: 150; punto de
examen: 105.
1 P División. f,la~iano de la Isla, 114; Roberto Trejo, 11 O;
Eduardo Doblado, 105; Ignacio Herrera, 103; Ramón
Loyola, 101; José Martínez, 101; Carlos G.5mez, .98;
José Herrera, 59.
2 ¡,&gt; Di visión. Juan Ve~aza, 116; José Delgado, 115; Jesús Nieto 109; Braulio Guerril, 108; José de la Llata,
90; Rafaei Loyola y Gutiérrez, 88; Luis Tinajero, 82;
Luis Rodríguez, 64.
3 P División. José Coghlán, 105; Salvador Olloqui, 99;
Manuel Rodríguez, 93; José Corona, 86; José Veraza,
83· Juan Balvanera, 82; Ignacio Paulín, 67.
P Di\'isión. Manuel ~fendoza, 98; Rafael CháYez,

3

4

•

�-59-

-5841' División. fiianuel 0la11a1l'Ía, 105; Vicente Guerrero,
98; Germán Guerrero, 92; Edmundo Aguilar, 89; José
Guerra, 86; Antioco Aguilar, 85; Antonio Mainero, 77;
Ciro Vázquez, 67; Daniel Frías, 63. Pedro de la Vega
no sustentl&gt; el examen.
Tercer Año. l\láximun: 120; punto de examen: 84.
11' División. Clena10 llicast10, 108; José 1landa11e1de, 107;
Salvador Rodríguez, 103; Fernando Arriaga, 100; Rafael, Morales, 95; Manuel Pozo, 91; Esteban Paulín, 90;
Rafael Cabañas, 85.
21' División. Gustavo Camacho, 105; José Alzati 913;
Francisco Guerrero, 94; Carlos Ramírez, 91; Rosario
Camacho, 90; Salvador Loyola Mujica, 87; Miguel Procel, 87; Gnillermo Cisneros, 86; Jesús Frías, 73.
a1' DiYisión. José llguila,, 102; Gonzalo Gómez, 86;
Francisco Llata, 85; Delfin Tal'\ 81; Antonio de la Isla 81; José D;az, 61; Salvador Borja, 60. Ricardo Loyola' l\Iujica, Ramón Loyola Mttjica ;io sustentaron el examen.
4 ?' División. Guadalupe Vázqnez, 91: Francisio Camacho 78· Salvador Trejo. 69; l\Iannel Balandra, 68;
Ramó; de.Vicente, 67; jo,é Nieto, 63, Francisco Urquiza,_61; Felipe Cerv_antes, 45; Luis Juárez, 32.
~
SegundQ. Año. Máx1mun: 110; punto de examen: 17.
11' Di visión. !león González, 103; Alfonso llcevedo, 102;
Antonio Orendáin, 95; Amador Ugalde, 95; Rafael Veraza, 89; Jes-Ís Escoherlo, 85; Javier R:idríguez no su,ten tó el examen.
21' Divisi5n. José Vernza, 90; José da la Fuente, 86;
Jesús l\Iondragón, 86; Roque Campos, 81; Agapito Pozo , 80·, Vicente Juirez, 77; Francisco
Altamir,1110, 76.
,
Leopoluo González no sustento el examen.
31' División. Enrique Morales, 90; S.ilvaclor de la Is ·
la 86· Donaciano Ugalde, 84: Amarlor Orozco, 81;
E&lt;lna~clo Loyola l\Injira, 79; Antonio Pacheco, 77; José
Gutiérrez, 77; Agustín Vera, 77; Salvador Guerra, 59.
José Gorráez no sustentó el examen.
•

.41' Di visión. Luis Guerrero, 76; Jesús Santamaría,
74; Gustavo Echávarri, 73; Javier l\.fartinez, 70; Florencio Nieto, 67; Norberto Arcaute, 66; Franciseo Frías,
63; Javier Rodríguez, 55.
!j.P División. Carlos Balandra, 62; Manuel Ostendi,
55; Jesús Herrera, 55; Daniel Mercado, 50; José Centeno, 40. l\fonuel Echávarri y Salvador Gorráez, no sustentaron el examen.
Primer Año. l\fáximnn 50; punto de examen: 35
Benito Campos, :30; Gonzalo Cisneros, 28; Luis Fuentes, 27; l\fanuel Familiar, 27; R,ifael Juárez, 2G; Juventino Guerra, 22. Fernando Suzán v Salvador Martínez
no sustentaron el examen.
•

EL DIA DE MI PRIMERA COMUNION.

~s

.

~~: MANECJO el día predestinado para mi primera comuC,;.:'.f~, ni6n. Las campanas de la parroquia de mi pueblo

~ llenaron el aire con sus alegres sonidos al despuntar la amora, cuando ésta con sus sonrosados dedos quitó
el estrellado manto de la noche que envolvía la mitad del
mundo. Estaba yo envuelto en una especie de gloria que ninguno podría comprender, sino aquel que hubiere recibido por
vez primera el sagrado Cuerpo de Jesús.
Era esta una hermosa mañana primaveral en la que el
sol con sus rayos hacía resplandecer los campos de trigo y
hacía saltar miles de doradas chispas al arrovuelo que 'lamía mansamente los muros ele la huerta del cura.
Habitaba yo una bonjta casa de campo de dos pisos
desde cuyos balcones se d1v1saba perfectamente la agreste
forma de los alrededores. Desdé la puerta de mi casa, en la
que numerosas plantas trepadoras formaban un arco, que
en mi éxtas:s de felicidad creía había sido hecho para que
después de recibir á Cristo Sacramentado, pasara triunfa]'.
mente á través de su follaje.
Desd~ \a puerta d~ ~1i casa, decía, había qne recorrer
unos quuuentos ó seiscientos pasos hasta la parroquia.
Eran las seis de la mañana la hora en que nos pusimos en

�-60camino. Iba yo con traje negro y en la manga izquierda d
mi saco llevaba un moño de raso blanco como la nieYe; y
en mi mano derecha una gruesa vela de cera. Yo no cabía en
mí de gozo; parecíame que cada flor que á mi ¡iaso encontraba había Rido puesta allí para saludarme, fe icitarme y decirme: ¡Quien tuviera la dicha de ser tú! No obstante, mi recogimiento exterior no yariaba.
Llegamos por fin á la Iglesia. Poco después salía el sacerdote cou los monaguillos, el uno traía la vela y el otro
el platillo. Recé contrito las oraciones preparatorias mien
tras el sacerdote tomaba el copón del sagrario. Acerquém
después á la barandilla del altar. ¡Cual no sería mi alegrí
cual no sería mi entusiasmo al recibir por vez primera el S
cratísimo Cuerpo da Xuestro Señor! Cualquiera que le haya.
recibido me comprenderá. Sentíame transportado á las ce!
tes regiones, rodeado de ángeles que me ensalzaban, y e
murmurio del arroyuelo memo me parecía la música qu
los nueYe coros de espíritus entonaban: todo, en fin, armo
nizaba con mi pensamiento.
Después de terminada la misa quedé con mi madre, ta
feliz como yo, pidiéndole gracias á Dios, que no recuerdo m
haya negado.
Volvimos á mi casita de campo donde nos aguardab
un suculento desayuno. El camino que debla recorrer des
el zaguán hasta el comedor estaba regado con flores que
amorosa abuela se había encargado oe deshacer.
Pero todas las cosas tienen su fin, y también ese felicís'
mo día, pura mí, lo tuvo.
ADOLFO FRIAS IlELTRAN.

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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>LICEO CATOLICO
,DE

tuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga,
BOLETIN MENSUAL .

....,..,,,...,,..,.,...,,..,,,..,,,,..,,...,....,,...,,....,....,..,,,...

.

,_, .,,,._,,,.,,.

..,,...,,-,.,,,...,,..,,,..,,,,.

AGOST0-1908.

Cada jueyes por la mañana el Director y el Subdirector visitan todas las clases para proclaniar las notas semanales apuntadas en el Boletín de los alumnos.
Estas notas son: Muy bien, que se adjudica á los alumnos que han obtenido 13, 14 6 15; Bien, á los que llegan
l 11 6 12; y Regular, á los que han ganado 7, 8, 9 ó 10.
Los que han alcanzado menos de 7 notas merecen la

Ilota Jlal.
Además, los que han merecido el máximum de JO,

esto es 115 de buena conducta y 15 de aplicación, reciben
bn Testimonio de Satisfacci6n del Director.
Por no haber obtenido un total de 15 notas, sumano las de conducta y puntualidad y aplicadón, un alumno deberá concurrir al Liceo el jueves en la tarde mientra8 sus compañeros tendrán asueto. La nota O, si se
'refiere á la conducta, acarrea el ruismo castigo cual sea
ue fuere, en este caso, la suma de las demás notus. La
etendón de la semanu segunda de cada mes se paga el
domingo que signe la salida reglamentária
No se puede dilatar las detenciones sin un permiso
uy especial del Director. Toda falta contra esta dispo.ción es grave.

�-110Se rueo-a tí los padres ele familia que los viernes po
la mañaia devuelvan el Boldín de sus hijos, después el
haberlo firmado en las casillas correspondientes á le
notas de la semana. El cumplir con este artículo toca
los tutores en cuanto á los internos que no son de est
población.
Es de notar que les da vergüenza á los colegiales en
señar su Boletín cuando tuvieren malas notas y que, e
tal circunstarn·ia, no les faltan pretextos ó mentiras pa
ra no entregarlo. Ninguna razón puede excusar los pa
&lt;lres ó tutores de cumplir con su deber y de enterars
como ya queda dicho, ayudando así á los maestros e
la obra tan dificil de educar tí los niños y jóvenes.

-111-

Solemnes ffontras Fánebtres

DEL ILMO, Sr, Dr. D. RAFAEL S. CAMACHO.
Con la debida anticipación so repartieron htjosas invitaciones convidando á los fieles á las Vísperas y 1\Iisa solemne, que en memoria del Ilmo.
Sr. Obispo Dr. D. Rafael S. Camacho, tuvieron lugar los c;ías 28 y 29 de Julio del año en curso en
la S,ta. Iglesia Catedral. El templo presentaba un
magnífico é imponente aspeéto: un elegante hímnlo que lucfa cortinas &lt;le terciopelo negro, y en cual
se leían dísticos en clásico latín, se levantaba airoso en el centro de la iglesia; las columnas estaban
cubiertas en forma de espiral por tir, s de enlutado
crespón; los altares laterales ostentaban sentencias
de la Sagrada Escritura ó ele los Santo.1 Padres relativos al asunto. En fin las colgaduras negras que
por doquiera se hallaban simétricamente dispues. tas daban al templo, una elegante vista.
El día 28 á lao 5 p. m. entonó las Vísperas &lt;le
difuntos el Ilmo. Sr. Dr. D. Manuel Rivera. El
cauto de los salmos, composición piadosa del distinguido Sr. Director de la Escuela de Canto, fué
ejecutado alternativamente por el Orfeón formado
por buenas voces ele dicha Escuela y el coro compuesto ele gran número de sacerdotes y monaguillos.
Terminadas las Vísperas ocupó la cátedra sagrada el Sr. Pbro. D. Pedro Vera, pronunr.ianclo una
elegante oración latina, elogiando en ella los hechos gloriosos del Sr. Camacho, y terminando con
una deprecación á la Virgen Sma. por el eterno
descanso ele tan llorado Pastor.

�-112-

-113-

El día 29 á las 8. 30 a. m. dióse princ1p10 á la
ceremonia con el canto solemne del tercer Noctur;:io de Difuntos. A continuación el Ilmo. Sr. Obispo diocesano celebró de pontifical la misa de REQUIE.1'.11. La parte musical fué ejecutada por el orfeón , alterna(lO con el coro de la Catedral, el Serninario y el Liceo Católico, dando un resnltado
bastante satisfactorio y agradable.
En el panegírico ú oración fúnebre castellana
que, concluida la misa, se hizo del Sr. Cama.cho,
el Sr. Provisor Canónigo D. Manuel Reynoso habló
de las virtudes y en especial de la humildad, y &lt;l_e
los beneficios por los cuales le debe amor y gratitud la Iglesia Queretana al Ilmo. finado. Citó una
nota del Sr. Camacho, escrita por él mismo, en la
que relataba como unos po, os meses después de su
consagración había puesto un ocurso á la Sta. Sede,
renunciando la dignidad de Obispo no porque
quisiera eximirse de esta carga, sino 9ue se juzgnba in(itil é impotente para llenar debidamente sus
funciones , y con esto pr?bó su hu_mild~d; Enti:e
los beneficios ,¡ue el Sr. Camacho ]uzo, cito los siguientes: A v_i vó en el co~azón de l~s Quer_etanos la
gratitud hacia el ~Iarques del Agu1la, haciendo c~lebrar cada nño sus funerales; restauró el Caf!tO litúrgi co, de modo que cuando S. S. PIO X publicó
su ,d\lotu Proprio," respecto á la música sagruda, el
Sr. Ca macho pudo decir con satisfacción, en la Carta pastoral en que anun ciab.1 el decreto del S. Padre: que en la iglesia Catedral y demás iglesias se
desempeñara el l'anto, como se hacía hasta entonces, pues su ejecución era conforme con los des~os
de Su Santidad. Dió gran brillo á la Uongregamón
de Ntra. Sra. de Guadalupe de la cual fué siempre
muy devoto; restauró el templo de esta misma Con-

gre,gación; é hizo en fin otros muchos bienes que
sena largo enumerar y que harán su memoria bendita entre nosotros.
El Sr. Obispo tan luego como se terminó la oración fúnebre, cantó al pié del catafalco ull responso
con lo que acabó la función.
La iglesia hállóse e·n todos estos actos henchida
de fieles que unían sus plegarias á las de su pastor
para pedir al Ser Supremo el eterno descanso ct~
su querido Padre.
Esperamos qne Dios Nuestro Señor, en su infinita i:nisericordia haya concedido á tan virtuoso y
sab10 prelado la corona de gloria que se labró con
sus heroicas y acendradas virtudes.
BERNARDO l\IURUA y AN'fONIO VERA.

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-115-

0e la Compostorra.

un mueble ó asiento cualquiera, apoyarse perezosamen-

La compostura 6 manera de portarse es el conjun
de las varias actitudes del cuerpo. Una compostura de
cuida&lt;la resulta de la falta &lt;le educación, del olvido de
respeto que se debe á Dios, al prqjimo y á sí ~i_sm
Son reprensibles los modales orgullosos, la mohc1e, e
desenfado, etc. Es de notar que un tonto nun~a entr
habla, sale, ni se porta co~o los demás. _R~com10nrla 1
Iglesia el buen comportamiento á los mm1stros y fiel~
todo en los vestidos, en los gestos, en las conversaciones debe predicar la santa religión ..... .
Se une la higiene á la cortesía en la mayor parte de
las prescripciones ó prohibiciones en cuanto al cuerpo.
Se evitará de modo especial: sacar el pecho hacia ad
]ante manifestando asi orgullo é importancia; echa
atrás' denota soberbia y arrogancia; alzar los ~om?ros
una prueba de desprecio para &lt;:_On los demás; ~nchnar e
cuerpo de un lado y otro es sena] de cansancio ......
Estando parado se debe tener los pies casi p_aralelos,
no alejarlos demas!ado; no postrarse sobre_ sí mismo; n
descansar alternativamente sobre cada pierna; no bu
car la inflexibilidad de nn rnldado armado, ni la moli
cíe de una persona extenuada que se arrima cont _
cualquier objeto á rn alcance ......
B~ntado, las piernas han de form~r como u~ ángul
recto con las rodillas, y no se rlebe m apretar 111 apartar
]as excesivamente. Se recomienda quedar en eLasien
con el tronco derecho, sin echarlo atrás ni inclinar!
hacia adelante; no sostener la ca?eza con las manos, _n
enoancharse al respaldo &lt;le la silla; no poner los p1
sobre los barrotes de los asientos ......
Cuando uno está de rodillas, es decir en la actitud m
simbólica y humilde de la oración, conviene que te_n
juntas las manos. ó cruzados los braz~s sobre su rechn
torio; se debe evitar acurrucarse, arrimarse la espalda

te á una silla, esconder la cabeza en las manos, etc ......
Puede expresar la cabeza los más varios sentimientos: la benevolencia cuando se inclina; la humildad ó
sumisión cuando se rebaja; el orgullo ó la nobleza cuand9 se alza; la firmeza y voluntad si se mantiene derecha; el .ánimo cuando echa,la un pow atrás y hundida
en los homhros; la piedad si se inclina ligeramente hacia
un lado ú otro ......
Se debe evitar el inclinar demasiado la cabeza á la
derecha ó á la izquierda, hacia adelante ó atrás; el volverla sin medida; el contes~ar solamente por una señal
de cabeza ......
G. LI.

(Se concluirá.)

n el estado ele Micboacán, á unas sesenta leguas ae
la capital, Morelia, y en la tierra Caliente, se encuen·
tra s:tuado el pueblo de Huacana, hermoseado por
multitud de dones nttturales ele los cuales disfruta
en todo su esplendor. El calor es allí muy excesivo y en verano llega la temperatura á 30° aun cuando no disminuye
mucho en invierno. Los habitantes son á menudo acometidos por fuertes calenturas. No son muy astutos, sino por el
contmrio tibios y hospitalarios¡ su principal defensa estriba
en el manejo del machete en el que son sumamente ágiles.
Hizo una vez el Arzobispo de Michoarán, que entonces era
,el Ilmo. y Rmo. Sr. Dr. D. José Ignacio Arciga, una visita
pastoral á esta comarca, rica cual ninguna. La llegada del
Prelado produjo gran sensación en los indígenas de aquellos
lugares semisalvajes. 'l'odos acudieron á su encuentro ofreciéndole en cuanto les era dado numerosos presentes de más
6 menos valor. Los regalos consistían en yuntas, potrancas
1i otros animales que el Sr. Arzobispo por no desairarlos les
(i¡

�-116-

-117-

propuso el trocarlos por productos del mismo país; y al C8!'
bo de algunos días no encontrábase donde colocar tanto
frutos, como cocos, naranjas, plátanos, etc., con que los in
dios obsequiaban á su Pastor.
Hallábase 1m día confesando en la cafilla de San Juan d
Huacaua cuando, á cie1-ta distancia de confesonario, vió
un pobre tullido. Llámóle y preguntóle de donde era.
-Yo, contestó el hombre, vengo de un monte que dis
mucho de aquí.
-Díjole en seguida &amp;l Arzobispo: ¿Y cuál es tu estado?
-Pues ...... yo ...... soy viudo, Padrecito, y no tengo m ·
que dos hijas de 15 á 20 años y con ellas vivo tranquilo e
mi c:1suca, sin que nunca nos falte que comer.
-Y bien ¿cual es tu oficio?
-Padrecito, soy cazador. Salgo todos los días al cam
después de decir á Dios mi Padre, una oración. Mato un ve,
nadito, vuelvo á mi casa, y de esto nos mantenemos.
El Arzobispo asombrado y aun dudoso del caso, hízole Y
rias preg1mtas acerca de como siendo tullido pod1fa ser c
zador. El tan sólo contestó que todos los días al ir al can
po, su Padre Dios que es muy bu_eno, le p01úa enfrente un v
nadito, él lo mataba, lo llevaba á sn casa, y yendían la pie
v comían la carne.
· -Esto no puede ser, respondió el Arzobispo.
-No sería así si mi Padre Dios no me ayudase; pero com
es tan bueno, no me ha dejado ni un sólo _d ía sin sustento.
-Y ¿que es lo que dices á tu Padre Dios para que te dé e
Yenadito'?
-Oh, Padrecito le digo una oración, mas yo no la h
aprendido en ningún libro.
-Dime esa oración, replicó el prelado.
-Eso si que no, Padrecito; me da vergüenza.
-¿No me das gusto'?
-En lo que sn mercé quera, Padrecito, pero en esto no.
- :Mira qne te ruego me la digas.
-Pos Yea por ser pa su mercé. Al levantarme le digo á m
Padre Dios: «Ea, Padre DioR, tú me has dado estas hijitas,
ves que tengo que mantenerlas para 9ue no se vayan á ot
parte á pecar; ponme pues un Yenad1to para que tengamo
el sustento hoy,,, Y seguro de obtener lo que he pedido, sa
go al campo, ine espe1·0 un rato, después viene el Yenadit
le apunto con mi carabina, lo mato, y con no poco trabaj
lo llevo á mi casa, y mis hijitas lo preparan para comer.
Entonces el ArzobiRpO comprendió qne esto era un milagT

de fe, y después de haberlo confesado Yió que el tullido era
un varón justo, y que su pecado más grave era el haber apaleado en cierta ocasión á un perro que Je estaba comiendo
1os cueros de uu venado.
FRANCISCO

D 1,:LG AOO.

'é;

4.-Los alumnos de este plantel asi,tieron á los solem-

ne_s cultos que se C€lehraron en el temp 1o de Santo Domrngo.
7.-Prueba general de Dibujo. Siendo 10 el máximum
de las notas obtu\'ieron:
Preparatoria (Sección A): S,111,do~ Iioyola Gutiér.~)Z, 9;
Bernardo Murún, 8; Antonio Vera, 8; Ramón l\Iartínez,
8; Gonzalo Frías, 8; Miguel Vera. S; Manuel Guerra, 7;
Javier Frías, 7; Manuel Juaristi , 7; Francis ~o Torres, 7;
~IanuPl Trejo, 7; A&lt;lolfo Fríao. 7 ......
Preparatoria (Sección B): ~lanuel fllendoza, 9; Salvador
Olloqui, 8; Ran,611 Loyob y Vera, 8; José Cogh!Ctn, 8;
.E&lt;;u,u&lt;lo Doblado, 8; Jesús Kiéto, 8; José i\Iartínoz, 7;
Juan Veraza, 7; ......
5 C! Añ0: l!lf~edo ValdeMs, 9; Eduardo Ug,il&lt;lP, 8; Luis
de Jáuregui, 8; Teófilo G6mez, 7; Carlos Campos, 7;
Silvano Vega, 7; Perlro Campos, 7 ......
4? Año: José de Jáu~egui, 10; Juan Cisneros, 9; G~ego~io
Pantoja, 9; Jesús ~ami~ez, 9; Ramón Esnarriaga, 8; Germán
Guerrero, 8; PrisC'iliano Cortés, 8; Guillermo Pena, 8;
José Pena, 8; José Herrera, 8; Enrique Rodríguez, 7;
Daniel Nieto, 7; Roberto Frankfnrt, 7; í\Ianuel Olavarrín, 7; Ramón Uribe, 7 ......
3er. Año: Iiuis Juárez, 9; José liandallerJe, 9; Jes:ís Iiugo,
O; Ricardo Loyola i\Iujira, 8; José Aguilar, 8; Salvador

�-118-

-119-

Loyola l\lujica, 7; Guillermo Cisneros, 7; Salvador R
&lt;lríguez, 7; Genaro Licastr.o, 7; Gustavo Camacho, 7
Pio V. González, 7; Antomo de la Isla. 7; J\[anuel P
zo, 7..... .
Años 2? y 1 ? : Rafael Veraza, 9; lleón González, 9; l!ntonio Pacheco, 9; José Gutiérrez, 8; Alfonso Acerndo, 8·
Leopoldo González, 7; Agustín Vera, 7; Amad~r Ugalde, 7; Vicente Jnárez, 7; Amador Orozco 7; Jesus i1Iondrag6n, 7 ..... .

Testimonio de Honor: Roberto Trejo, I\Ianuel I\Iendoza, Carlos G6mez, Salvador Olloqui, Luis Tinnjero,
Ramón Loyola.
·

Proclamación ele las Menciones para el mes de Julio.

Testimonio de Alabanza: Eduardo Doblado, I\Ianuel
Rodríguez, Braulio Guerra, Rafael Chávez, J unn Veraza.

Mención Honrosa: Rafael Loyola Gutiénez, Julio
Camacho, Juan Balvanera, Ignacio Herrera, Antonio
LoyolaGutiérrez,José Martínez, Guadalupe Frías, Ignacio Paulín, José Corona, I\Iagdaleno Olvera.

-·~Pttepattatotria (Seeeión A.)

ieuinto Año.

Testimonio de tatisfacción: l!ntonio Vera, fl[anuel GuerPa,,
ftlanuel Trejo, ~:s:iliano V~ga, francisco Delgado, Javier frías,
Bernardo ftlurúa francisco Torres, Ramón ftlartínez, ftliguel Vera, Gonzalo fPías, Salvador lloyota GutlérPez.

pos, Rafael Neg~ete, ~ubén Ruiz, l!ntonio Sánchez, Pedro Cam·
pos.

Testimonio de Satisfacción: Eduardo Ugalde, Carlos Cam·

Testimonio &lt;le Honor (Grado Superior): Adolfo Frías,
Francisco Veraza, Alfonso I\Iartínez, Vicente Vera, Ireneo López.
Testimonio de Alabanza (Grado I\Iedio): Cosrne Gar•
cía, Luis Vera.
Mención Honrosa (Grado Inferior): Jesús Delgado,
l\Ianuel J naristi, ,Antonio Lugo, Cecilió Guerrero, Al
fredo Sosa.
....... '.'D&lt;Z ......

Testimonio de Honor: Salvador Ugalde, Enrique Rodríguez, Te6filo Gómez, Felipe Ugalde, Fernando Arroyo, I\Ianuel Sánchez Verín, Alfredo Valderas.
Testimonio de Alabanza: Gonzalo Aceveclo, Francisco Calvo, Antonio Estrayer, Esteban Bueno, Luis ele
Jáuregui, Silvano Vega, Francisco Pozo, Luciano Artolozaga, Antonio Morales, Felipe Teissier.
~Jención Honrosa: Antonio Guerrero, Javier .\rriaga, Salvador rle Jáuregui, Cayetano '.\fontes, l\lanuel

Ugalde, I\Ianuel Bo1;ja, Miguel Aceveclo, Guadalupe
Frías, José Borja, José de la Vega.

:

Pttepattatottia (Seeeión 13.)
Testimonio de Satisfacción: ftlariano de la Isla, Jesús f4ieto, José Coghlán, José de la lllata, José Delgado.

Coattto Año.
Testimonio de Satisfacción: Ramón Esnarriaga, Germán
errePo, Vicente Guer~ero, Enrique Rod~íguez, G~ego~'o Pantoja.

�-121-

-120Testirnonio ele Honor: José Herrera, Rafael de la Isl
Jesús Ramírez, Joaquín Díaz, Antonio l\lainero, Joa
quín Veraza.
Testimonio de Alabanza: Manuel Olavarría, José P
na, Guillermo Pena, José Nieto, Salvador San Román
José de Jáuregui, Luis Marroquín, Roberto Frankfu
Juan Cisneros, Luis l\Iainero, Rafaél :.\Iarroquin, Ricar
do A.nievas.
Mención Honrosa: Pedro de la Vega, Daniel Niet
José Guerra, Ramón Uribe, Pudenciano Cacho, Arnu
fo Altunirano, Ciro Vázquez, Felipe Uerón, Abd A
güclles.
...... 17&lt;7..,,.,..

Tetteett Año.

Testimonio de Satisfacción: José !Jandaverde, Salvad
Rodríguez, Rafael f,lorales, José Aguilar, francisco Guerrer
Gustavo Gamacho, José fil. Alzati, Carlos l(amírez, Genaro !Jic
tro.
Testimonio ele Honor: }lanuel Pozo, Jesús Lugo, Sal
Yador Loyola l\Iujica, Miguel Procel, Ramón Loyol
l\luji&lt;'a, Estcl an Paulín, Angel Sautto.

A.ños 29

y ¡9

Tes_timonio, de Satisfacción: Alfonso Acevedo, Benito Campos, V1ce~te Jaarez, ~lorencio f4ielo, Amado, 0rozco, Agapito Pezo, Agustt~_Yera, Jose Veraza, José Clorráez, francisco Darán
Jorge Septten.
'
Testimonio de Honor: Gustavo Echávarri, Guillermo
_ray; Salvarlor Gorráez, Roque Campos, l\lanuel Osten1, Norberto Arcaute, Francisco Uonzález Ed a ardo
P~~tt, Fernando Suzáu, Luis de la Isla, Ant~nio Oren-

d11m.
Testimonio de Alabanza: Carlos Balandra Javier"Rod~íguez, J\Ianuel Ec~~varri, Javier l\Iartín~z, José M.
Rivera, l\Ian_uel Familiar, Enrique l\Iorales, Rafael Veraza, Antomo Pacheco, Donaciano Ugalde Salvarlor
artínez, León González, Juventino Guerra:
l\Iención Honrosa: Jesús Herrera, Juventino Guerra,
Rafael Juárez, Alfonso du Pond, Ezequiel Segura
~gustín Huerta, José Santamaría, Eduardo Loyola iUu~
e~, Salvador de la Isla, Jesús :\Iondragón, Javier Roariguez, J?sé ,le la _Fuente,_ Francisco Fría~, Jesús Es~edo, Elis,eo A~;ular, Lms Guerrero, Francisco Altamll'ano, Jose Guti~rrez, Ramón Huert:1, Leopoldo Gonzále~, Gonz~lo C1sneros, Ama:lor Ugalde, Filiberto
:Agmlar, Jose Centeno, Salvador Guerra.

Testimonio de Alabanza: José Días, Gonzalo Gonza
lez, Ramón Llaca, José González, Francis~o Urquiza.
Mención Honrosa: Fernando Arriaga, Ricardo Loy
la 11lujica, José :Nieto, Manuel Balandra, Francisco Ua
macho, Francisco ele la Llata, Jesús Frías, Baltazar Sau
tto, Pio V. González, Rosario Camacll(), Antonio de
I~la, SalYador Trejo, Gonzalo Gómez, Enrique Sautt
Rafael Cabañas, Ramón de \'irente, Guadalupe Vá
&lt;¡twz, Guillermo ('isncros.

3.-Salida reglamentaria.
15.-;-Asunci6n de Nuestra Señora. Para honrar á la
ntís1ma y merecer su protección los alumnos se acerron á la Sagrada Mesa durante la misa mayor que
nt6 el ~rfeón de este plantel. En la tarde tuvo lugar
bendi?16n del Santísimo, y, en una plática de cirnstanc1a, el Rdo. P. Capellán recordó las grandezas

�-12.3-

-12:a!de Maria y las razones de su resurrección
gloriosa.
24.-Exarnen oral cnyo resultado dará á conocer
Boletín ele Septiembre.

AVENTURASDEUNGATO.
No quiero, magra, no quiero pan, quiero mi libertad.- E
tas eran las palabras de un gatito muy mimado de su am
que era una viuda sin hijos que habitaba una casa bie
amueblada. Vivia únicamente con su criada y su gatito. E
te era blanro con dos manchas negms en la cabeza y otr
par en la cola, aleo-re v juguetón hasta el extremo y lo su
cientemente capriámcfo para enfadar á otro qne no fuera s
ama. Tenía á su disposición una camita bastante cómoda,
comida cuando la queria, al punto que cuando con ciert
ganas veí::t un chorizo, un salchichón, se lo daban al mome
to y de lo mejor. Siempre que hacía alguna diablura, com
qnel.irar un vidrio, lejos de castigarle sn ama, le obseqniab
nn trozo de bizcoc:10 para que se le pasc1ra el susto.
Pues no oLs!ante de estar como Hey en aquella casa, n
gozaba de felicidud Cachirulo (éste era su nombre). Le 1
taba la libertad.
Se propuso de escaparse tan pronto como la ocasión
presentara.
Y verdaderamente que era tonto el animalito: salirse
una casa en que disfrutaba, para ir á probar en el mundo
la fortuna que bien podía serle adversa.
Cierta nz que ama y criada salieron á la calle, estaba C
chirulo mayando enojado y rasguñando la alfombra ele
sala. Quiero la lil.iertad, decía, quiero la Jibm'tad. Buscó y 1
buscó por todas partes, pero no pndo hallar un lug·ar p
donde escaparse. A fuerza de dar tantas rneltas á sn proy
to en su ya bastante exaltada cabeza gatuna, discurrió ir
la cocina en donde encontró ¡oh alegría! nada menos que
postiguillo wbierto. A la cocinera se le había olvicli;tdo cerra
lo, el aire lo abrió un poco más y Cachirulo terminó la ol.i
pues alegre como unas pascuas brincó á la puerta y con u
pata trasera abrió por completo el ventanillo. Sacó todo
cuerpo, ~- ¡zas! ele 1m brinco se p11s,J en el balcón inmediato.

Ca~·ó en el interior de una piem en que dificilmente se oiría
disparo de fusil, tant,a era]a boruca; los que la armaban
unos es~ndiantes. Y aqm va la P('imeradesgracia deCachn ulo. ~aei entre el (:\"rupo de colegiales, y agacharse uno
de ell~s a,c~gerlo, fue todo obra de ~m instill!te. Aquellos
pensm on crn ertuse con el gato ¿de que no se cln-ierte un col~g,al? pero en hora J11ala para Caclmulo. Emp'eza la diversión: uno le apr;etala c?la,_ otro le hace clarvueltfis ene! aire,
aq_uel qn_e paiecm más ¡mc10s0 le da un golpe, el de más acá
le ¡~a bigotes y or_e¡_as, y todo con intención de pasar el rato . .e.! gato b10!1 gms,era sacarles los ojos, pero teme degpués
pm su vida; i~1 ,iqmera osa moverse, ni bufar, nada, espera
con calma el fm tle su martmo, que por cierto lleo-ó pronto:
-un, criado vmo á llamará los coleg-iales á comer,} entonces
~ie cuando Cachirulo aprovechándose del intervalo que Jo de1ar?n libre, lo¡;ro escapar~e por entre sus piernas.
~ n:ás que a paso lle¡;-ó a una ventana, de donde, sin antes
re,lexiouarlo, B; avento con tocia la fuerza de sus patas y
pob1Jc1llo, ca"~º entre unas plantas que la mujer tenía
1;
balcon._ Despues de habe_rse dado tan buen o·olpe v &lt;.le haberlle enca_¡a.clo algunas espmas, f!Jé cojido potaqueÍla inhumana mn3e1 que le empezo á medir el lomo con una enarta.
_Luego que p~1do escaparse siguió su camino por una corn:sa Y en 1~ ¡mmera ventana que vió abierta se determinó á
entrar. Fue á un cuarto oscuro y lóbrego, con un mueblaje
llJU.Y m_nlo, una mesa en su_centro que ciaba á conocer
ue
su dueno no era muy enemigo del desorden y unos cuan1os
pupelesclesparramados por aquí y por allá, donde Cachirulo
t~1:·o la desgracia de meterse. Como primera cosa se escondio, pues er.1 J?rnclente y no quería sufrir por tercera vez Jo
que _1;a lo habm 1;1-contecido _por dos; y como segunda cosa
penso que comer,a pues tema hambre.
'
Poco tiempo después entró en la babitac,ón un hom llre
naco y demacrado. Llevaba unas cuartillas de papBI e~ dond~ SJ ru3J á e~cl'ibir tan lue¿,·o como s2 sentó. Escribía y
lela recw. 9aclmulo que había oído leerá su amadeduio, para su m~gm que aquellos eran Yersos y que el homb.re era
oeta.,Y sacaba además otra consecuencia: los poetas no coen. ~ orqn~ e!-1 vano_~speró. A las J p. m. el poeta S' puso
un rai~o leviton y saho a la caUe_ele donde no volvió sino ,¡,
__ 9. Cansado Caclnrulo y casi sm fuerzati sa,Jió de su escon·i30, '.:e,corrió toda la casa y nad_a de comer encontró.
Voh 10 á cammar por la cormsa; pero como no estaba
muy adiestrado en tales ejercicios y débil, cavó y se lastimó
na pata.
•
~

,ia~

e; ;;

�-124-

:===============::::::~
-1~-'í-

Una portera que por allí pasaba lo tomó en brazos y lo
llevó á casa de su ama en espera de una buena recompensa.
La señora dueña tan pronto corno supo que le tr3:mn su
o-ato se puso loca del puro gusto y luego que lo rec1b1ó después de multitud de caricias y de haber dado una buena gratificación á la portera, púsole al animalito una venda en la
patita enferma.
Desde entonces nunca se le olvida á la señora: cerrar todas
las puertas cuando sale, por miedo deque Cach1r~lo se salga.
Pero no hay pehgro pues el s-ato ya se babia fo1mado
una buena resolución:' Salí de m1 casa, decía, en busca de 1~
libertad, y no la pude conseguir. ~inguno e'.1 el mundo,. m
hombre ni animales son independrnntes. Su hbertad cons1~te
en sufrir con p_~cie1:cia y con resignación su suerte. Esto d1¡0
t'achirulo, y d1¡0 bien.
:MIGUEL VERA Y MANCILLA.

Cua.dro

de Honor.,
.. -·----

-------

Preparatoria (ti'ecrión A): Be~nardo l\lu~úa, !I ,nti,feeits; l{amón l\la~tínaz, DR.; l\liguel Ve~a. 9 ,.: Gonzalo
frías Beltrán, 9 s.; llntonio Vera, 9 s.; Javier Frhis
Beltrán, 8.; Pri~eilinno Veg-n, 8.; FranciRrn Ton~,.
8 s.; Sn.l vador Loyola Outiérrez, 7 s.; JI an iwl Tr~jo.
4 s.; Francisco Delgado, ± s.
Preparntoria (K8l·ción B): f¡lanuel f¡lendoza, 7 s.:
:\Iariano de la Isb, H.; José Del_gaclo, 4.
5? Año: Eduardo Ugalde, !) s.; Salvador Cgalde, l'i
~-; Pedro Campos, 8 s.; Antonio S'111,·lwz. K ,.: :\Iannol Sánd1ez Verín, 8 s.; Rafael :,O:egret,&gt;, 8 ,.; ('arios Campos, 8 s.; Tcófilo Gfimez, 8 s.: felipe l'galde, (is.; Enrique Roclríguez , (j s.; Lul'inno Artolozaga, 5 s.; José de la Vega, 4 s.; Fermuulo .\.rro_vo.

4 s.
4? A llo: José f-lerrera, 8 s.; llntonio de la ulata, 8 ,.;
Enriqae l{od~íguez, 8 R.; Ramón Esnarriaga, 8 ,.; Vicente
Gue~rero, 8 s.; Germán Guerrero 8 s.; Gregario Pantoja, 8
s.: Rafael rle la Isla, G s.; Juan Cisneros, ¡; ~.: LuiH
\Iainero 4 s.; Roberto Frankfurt, 4 s.
;1erAño: José llguilar, 9 s.: José ilandaverde, !J s.; Jesús
ilugo, !J s.; (¾ustavo Camacho, 8 s.; FrancisC'o Guerrero, 8 ~-; Sah·ador Rodríguez, 8 s.; Genaro Licastro.
8 s.; Salvarlor Loyola )lqjil'a, 7 s.; Rafael Jlorales,
7 s; Jo;;é ;u. Alzati, 6 s..
Años 29 y 1?: lllfonso llcevedo, (} s.; Agustín Vera,
8 s.; Amador Orozco, 8 s.; Benito Campos, 8 s.;
Jorge Septién, 8 s.; _l,'\orencio Nieto, 8 s.; Francisco
l)urán, 8 s; Vieente Juárez, 7 s.; Francisco González, 7 s.; .J,wiPr J[nrtínez, fl .s.; León Gonúlez, (i ,.:
Don,l&lt;'iano l'galde, os.; .Jo~é Verar.a. ,3 s.; Amador 11
~

�, s., av1er o u~, s.;
z, 4 s.; AntonioOrendfün, 4 i!.: Norbe
s.; Roque Campos, 4 s.; Eduardo Loyol
s.; Manuel Ostendi, 4 s.; Agapit.o Pozo,4

1

�</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>LICEO CATOLICO
DE

Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga.
BOLETI N MENSUAL.

EXA.l'J!Ef-t OE AGOSTO.
\

Preparatoria (Sección A.)

f!láximum: 140; Panto de EXamen: 98.
1 ?' División: Antonio Vetta, 126; f,{iguel Vetta, 124; Bettnattdo fllattáa, 115; Sah1adott lioyola Gatiél't'ez, 99,
2 f" División: ~món !ilarrtínez, 102; fttancisco Delgado 102;
Javier Frías Beltrán, 94; Gonzalo Frías Beltrán, 94;
Prisciliano Vega, 91; Adolfo Frías Beltrán, 87; Manuel
Guerra, 87; Luis Vera, 83.
3 f División: Fttancisco Tol'l'es, 100; Manuel Trejo, 80;
Vicente Vera; 77; Francisco Veraza, 75; Ireneo López,
74; Jesús Delgado, 73; Alfonso Martínez, 64; Cecilio
.Guerrero, 49.
4 ?' División: l\lanuel Juaristi, 74; Antonfo Lugo,
59; Cosme García, 51, Vicente Ugalde 45; Carlos Gue~
rrero, 44; Alfredo So,;a, 42.
~

�-128Preparatoria [Sección B.)

f,láximum: 140; Punto de Examen: 98.
1 e' División: Eduardo Doblado, 112; noberto Trejo, 10
f,lariano de la Isla, 103; Jesús flieto, 101; Juan Veraza, 100
José Delgado, 98; Carlos Gómez, 88; José Martínez, 8~
Ramón Loyola y Vera, 79; Ignacio Herrera, 67.
2? Diviaión: José Coghlán, 102; l\Ianuel l\1endoza, 93
Braulio Guerra, 92; Salvador Olloqui, 92; Manuel Ro
dríguez, 87; José Corona, 76; Rafael Loyola Gutiérrez,
70; Luis Tinajero, 62; José Veraza, 58.
J? DiYisión: José de la Llata, 87; Juan Balvaner
86; Rafael Chávez, 63; Guadalupe Frías, 59; Ignaci
Paulíi1, 57; Antonio Retana, 57; Antonio Loyola Gu
tiérrez, 49; Magdaleno Olvera, 35. Julio Camacho n
sustentó el examen.
Quinto Año.

f,láximum: 170; Punto de Examen; 119.
1? Dfrisión: Carlos campos, 133; Teófilo Gómez, 125;
Eduardo Ugalde, 122; Sah.1¡dot&lt; Ugalde, 119; Pedro Campos
116; Antonio Sánchllz, 115: Rafael ·Negrete, 114; Gon
zalo Ace\·edo, 110; Silvano Vega, 107; Antonio ~fora•
les, 98.
2 P División: !mis de Jáuregui, 125; Enrique nodríguez
124; Manuel Sánchez Verín, 113; llfiguel Acevedo, 108;
Gonzalo Fría_s Beltrán, 108; Francisco Calvo, 107; Felipe Ugalde, 99; Javier Arriaga, 88; Luis Llata, 72.
3 P DiYisión: Luciano Artolozaga, 115; Esteban Bueno, 114; Alfre,lo Valderas, 103; Antonio Estrayer, 90;
Felipe Teissier, 90: José de la Vega, 87; Salvador d
,J áuregui, 85.
4 P División: Fernando Arroyo, 115; José Borja, 86
Francisco Pozo, 85; Pablo Carnevali, 71; l\Ianuel Ugal

-129de, 66; Salvador Suzán, 60; Antonio Guerrero, 54; l\Ianuel Borja, 53. Rubén Ruiz y Cayetano Montes no
sustentaron el examen.
::..,.
•e:

-

cu&amp;rto Año,

f,láximum: 140; Punto de Examen: 98.
1 P División: namón EsnalfJfiaga, 117; Juan JI. Cisneros,
116; Enrique ~odríguez, 115; Gregorio Pantoja, 109; Jesús namírez, 104; l(oberto frankfurt, 103; Jlrnulfo Jlltamirano, 100;
Ramón Uribe, 92; José de Jáuregui, 84.
2 P División: José Pena, 102; Pudenciano C.cho, 101; Rafael Marroquín, 94; Felipe Cerón, 88; José Herrera 87;
Guillermo Pena, 84; Rafael de la Isla, 82; Jgn,1cio 'Morales, 78; Daniel Nieto, 74.
3 P División: Sahtador San l(omán, 107; Joaquín Veraza,
99; Luis Marroquín, 86; Luis Mainero, 81; Joaquín
Díaz, 77; José Nieto, 76; Ricarclo Anievas, 74. Antonio
de la Llata y Manuel Reynoso no sustentaron el examen.
4?' DiYisión: GermánGuélfJfe10, 109;VicenteGue1rero, 106;
Manuel OlallalfJfía, 101; Pedro de la Vega, 76; José Guerra,
64; Antonio Mainero, 63; Ciro Vázquez, 52; Abe! Argiielles, 44. Guadalupe Amador no sustentó el examen.
TercerA.ño.

ftláximum: 120; Punto de Examen: 84.
1 P División: José Jlguilar, 112; Genaro l!icastro, 108;
francisco Guerrero, 107; Salvado, noctríguez, 105; Valentín Waca, 104; Jesús l!ugo, 104; Rafael f,lorales, 103; José l!andaverde, 100; Angel Sautto, 96; f,lanuel Pozo, 95; Rafael Cabañas,
81.
2 P División: Gustavo Camacho, 107; José ft'laría Jllzati,

�-lJ0-

-!Jl-

105; Baltazap Sautto, 102; SalvadoP lio:fola l\lUjica, 97; Pío V
González, 98; fePnando Arriaga, 94; !!ligue! Procel, 92; Guiller·
mo CisnePos, 88; Carlos Ramit,ez, 88; Rosario Gamacho, 88.
3 P DiYisión: Gonzalo González, 98; francisco de la !ilata,
94; José Oíaz, 93; Gonzalo Gómez, 91; José Clonzález; 88; Est~ban Paulín, 87; Antonio de la Isla, 84; Delfín Talo, 81; Ricardo Loyola Mnjica, 80; Jesús Frías, 79. Ramón Loyola l\Iujica no sustentó el examen.
•
4? División: Ramón lilaca, 86; fllanuel BalandM, 84;
Francisco Camacho, 82; José Nieto, 82; Guadalupe Vázquez, 78; Enrique Sautto, 77; Salva,lor !rejo, 77_; Luis
.J uárez, 68; Francisco Urqu,iza, 65; Ramon de Vicente,
61; Salvador B01ja, 61. Carlos Borbolla no sustentó el
1·xamen.

Nieto, 65; Salvador Guerra, 61; Luis Guerrero, 60; Norberto Arcaute, 53; Francisco Frías, 50; Javier Rodríguez, 38; Jesús Herrera, !37.
2 P División: Francisco Durán, 67; Manuel Echávarri, 66; Ramón Huerta, 57; Carlos Balandra, 53; Salvador Gorráez,53; Manuel Ostendi, 52; Elíseo A"uilar 52·
Agustín Huerta, 50; Filiberto Aguilar, 47; Benit~ /
Campos, 45; José Centeno, 33.
3 P División: (Máximum: 50): Guillermo Gray, 29;
Rafael J uárez, 28·, Fernando Suzán 24· E&lt;luardo Pratt
' ,
'
24; Gonzalo Uisneros, 21; Manuel Familiar, 21. Salvador Martínez, Jnventino Guerra, y Luis de la Isla no
sustentaron el examen.

~

uRS OOCE OE uR f'lOCtl,E

t::JJ

-

Segundo Año,

fl!áximum: 100; Punto de Examen: 70.
1 P DiYisión: Alfonso Ace\/edo, 86; Rafael Veraza, 85;
Jesús Escobedo, 79; lieón Clonzález, 78; Agustín Ve~~• 78; Antonio 0rendáin, 77; Amador Ugalde, 76; Jorge Sepben, 74; Javier Rodríguez, 61.
2 P División: Jesús fllondragón, 82; Agapito Pozo, 79; Jo·
sé Veraza, 77; Roque J. campos, 75; francisco González, 74;
Vicente Juárez, 71; Antonio Pacheco, 68; José de la Fuente, 55; Francisco Altamirano, 53.
3 P División: lieopoldo González, 82; Amador 0rozco, 78;
José Clorráez; 77; Alfonso du Pond, 76; 0onaciano Ugalde, 76;
José Gutiérrez, 71: Salvador de la Isla 60; Enrique Morales, 50. Ec;uardo Loyola Mujica no sustentó el examen.
Primer Año,

1 P Di1·isión: José SantamaPía, 76; Gustavo EchávarPi, 7~;
Ezequiel Segura, 67; Javier Martínez, 67; Florenc10

Wilfrid fué el último que salió de la casa en que había pasado la_noche. Echó á andar de prisa por las obsruras calles cubiertas de nieve, sin sentir el frío, sin echar de ver lo
tarde que era, pues no tenía en su pensamiento más que la
mesa de juego á que había estado sentado, y los montones
de oro que había tenido á su vista, los cuales en medio de
las tinieblas ¡:arecía como que centellaban por delante de
~ y le decían: ¡Nosotros somos la alegría! ¡El poder y la felicidad somos nosotros!
De repente la media para las doce sonó lentamente en un
campanario.
Wilfrid hizo alto, púsose á mirar en torno de sí mas no conoció el punto en que se encontraba, el cual era ~o-uramente
uno de los suburbios de la ciudad de Viena. En frente de él
ele'vábase una _igl~sia y, cosa e~traor~inaria su puerta estaba abierta. W1hr1d que se sent1a rendido de fatiga entró en
i!lla. Dirigió sus pasos hacia el coro y sentóse en una banca.
No bien_se}rnbo re&lt;;linado _un momento, cuando la puerta
de la sacr1stia se abrió y salió un sacerdote revestido y trayendo un cáliz de oro en las manos. Luego que llegó al altar
miró en torno de sí y dijo;
«¿ Hay aquí quien quiera ayudará la misa?»
Nadie respondió. La voz retumbó en las profundidades de

�-133la iglesia, despertando solamente algunos ecos dormidos e
las antiquísimas tumbas...
·
Repitió el sacerdote su pregunta,peroconacento más triste ... Tampoco recibió respuesta.
·
Por tercera vez interrogó y con mayor desconsuelo. Entonces se levantó Wilfrid y dijo: «Aquí estoy Yº·"
Al punto encendió los cirios, dispuso el altar y púsose e
actitud de responder al sacerdote.
Acabóse el santo sacrificio. Luego cuando el celebrante hubo leído el último Evangelio, volvióse hacia Wilfrid y le &lt;lijo:
«Hijo mío, para recompensarte el servicio que me has pres
tado, te anuncio que dentro de un año has ele morir. ¡Hasta.
la vista! Delante de Dios nos veremos ... "
\Yilfrid quedóse solo. Cuando amaneció, se levantó y vol
vió ásu ca5a, pero sumamente cambiado: su conciencia aterra
da ante la, idea de una muerte próxima, clamaba á grito he
rido, diciendo:
«Es necesario restituir ese camlnl mal habido, apartarte d
estos placeres criminales, dejar esos pensamientos deorgull
y avaricia ... Por fin ya es tiempo que te conviertas."
Pasáronse ocho días v Wilfrid había vuelto á su mala vida
respondiendo á los gritos de su conciencia: «Tengo un añ
de plazo, con seis meses me basta para convertirme; puedo
aún gozar de la vida; dentro de seis meses me convierto."
Corrieron rápidos como el relámpago los seis meses.
Volvió á acordarse Wilfrid y dijo: «¡Seis meses me quedan:
pero ¿acaso necesito tanto para convertirme? Tres meses me
bastarán para reconciliarme con Dios y con los hombres ..•
Gozemos más ... Dentro de tres meses me convierto!,,
Juegos y festines se sucedieron sin interrupción durante este tiempo.
Willrid miró al sol que iba acercándose a.l signo de Capricornio y pensó: ¡Todavía me quedan tres largos meses! ¿Pa.
raque necesito una preparación tan larga? ¿No dicen que
la misericordia de Dios es infinita, y que un acto de contrición perfecta borra toda una vida de crímenes? Dejaré q ne
llegue la muerte, y cuando ya la sienta... entonces me convierto.
Lleo-ó el invierno y pasó la Navidad.
Siete días más corrieron.
Sonó la víspera del año nuevo, y Wilfrid S!J fué al baile c¡u
daba un hombre rico para recibirlo alegremente. Wilfrid ¡u
gó, bailó, rió, como tenía de costumbre, deteniendo de ve

en cim,mlo_ sus inquietas mimda~ en el reloj en que caminaban silenciosamente las horas. ¡Las once!
«P!ensa en~¡ juicio de Dios", decíale su conciencia.
W1lfr!d, qmeres un naipe dijole nn jugador.
1Y1lf'.·1d volvió á la mesa ~onde se derramaban el oro, los
naipes y los dados. «Con un mstante me basta para reconciliarme con Dios", díjose. Dió la media para las doce; nadie lo
notó.
_W_ilfrid recargado contra la mesa seguía sin resollarelmoV1m1ento de los dados que á cada instante aumentaban ó
disminuían el montón de oro que estabadelantede él... ¿Que
dia, que hora era? esto era de lo que menos se acordaba.
De pronto sintió que Je temblaban las carnes .Y pegósele
helada la lengua al paladar. Acababa de sonar la primera
campanadaclelasdoce. ~e retorció con desesperaciónlas manos ... y recordó ....

···-¡;¡·¡i¡~~i~·a~·s"a~--j~M··d·;~a~··_¡;~¡;¡~··a~~~~~~~;;·~~t~b~
qmeta y silenciosa. Era de noche, nero no había ni sacerdote
oficiando, ni baile, ni mesa de jueg'.o.. .
·
El año tan veloz, el terrible despertar en la eternidad halan sido tan sólo, nn sueño.
'
Lleno á la rnz de pavor y alegría, Wilfrid se prosternó
oró, y quedó convertido al punto.
'
Muchos años después murió en paz con Dios ycon loshomres, contento de no haber dejado su conversión para el últio trance, pues está escrito: «El Hijo del !,ombre viene á la /,ora
tn que no es esperado.,,
JAVIE!l FRIAS IlEL1'IlAN.

DE LA COMPOSTURA.

(Se concluye.)
El rostro es el espejo del alma. Se sabe que deja ver
~s sentimientos interiores. En paz el alma, el rostro se
q_ueda sereno y alegre; bajo el empt\ie de una satisfac6n legítima se despeja el semblante; atormentada la
~nciencia por un pesar cualquiera, el rostro se ohscure. Cuando estoy fastidiado me vuelvo triste, sombrío,

�-134melancólico; asustada mi alma, ,e me palidece el rostro
de terror ó se pone colorado. En fin, no se inflama el
semblante y no salen los ojos de sus órbitas por ser el
alma agitada por la cólera? De suerte que se da á conocer
el hombre p0r las varias impresiones de su rostro. Pues,
el tener ordinariamente una fisonomía dulce, quieta
modesta y seria, es muy importante. Buena costumbre
la de evitar el semblante soñador, distraído, desmedida,
mente preocupado, agitado 6 febril. No conviene tam poco una actitud tímida, torpe, embarazada; el reirá car
cajadas y fuera de propósito; un rostro triste con los que
están en la alegría y un rostro ri;ueño con los que es,:
tán en la aflicción. Se porta un cristiano según las cir
cunstancias y, en cuanto sea posible, no molesta á su
prójimos en sus modales. En todo caso me gusta más 1
alegría que la tristeza y soy del parecer de San Fran
cisco de Sales diciendo que un santo triste es un tris
santo. No permitirse nunca las contorsiones ó ademan
que hacen ridículo á un hombre.
La frente es el sitio del pudor, del candor, de la in
cencia, de la pureza virginal. Se dice de quien perdi
todo pudor que es un desvergonzado, un de.icarado, 1
que significa que ya no tiene cara. Nosotros los France
ses empleamos la palabra cceffronté,» sin frente. La fren
sosegada y serena anuncia la paz del alma la tranquili
dad de la conciencia; si es arrugada lo es á menudo ba
jo la acción del remordimiento más bien que de 1
edad ......
La nariz arrugada, arremangada, da no sé qué aspe
to cernícalo, tonto, algo repugnante. Deben siempre 1
narices estar muy limpias, y se recomienda el cambia
á menudo de pañuelo según la abundancia de las mu
cosidades ó las necesidades particulares. No es permi •
do el sorber, sobre todo con ruido. Nunca se debe JI
var la mano á la nariz y hundir los dedos en las miri
ces; estornudar sin cubrirrn con el pañuelo. Es mal

&lt;'Ostumbre l1t de sonarse á rada rnomt•n~o; y In ¡],, hacerlo con el lado ~el paíiuolo que ya sirvió ......
La boca entreabierta da también un aspecto desagradable Y. expone ~ás los dientes á que duelan del cáries.
~os lab10s ~emasiaclo apretados indican enojo ó molestia; convementernente cerradas expresan la bondad la
benevolencia, la distinción. No morderlos, no chuparlos con la lengua, no estar ni dar diente con diente.
Limpiar l?s die_ntes cada día y, si es posible, después de
cada comida. S1 h~y necesidad de toser, hacerlo tapindose la bo':a y aleJar~e por ser la tos violenta y prolongada. Facilmente _viene á ser costumbre el escupir á
cada momento y s111 razón. Val~rse siempre del pañuelo; nunca escupir al fuego, al piso, por la ventana ......
Bostezar es señal de fastidio de las habitaciones ó necesidad de respirar; hacerlo discretamente y sin 'ruido,
nunca bostezar y hablar al mismo tiempo.
Los ojos son los intérpr.etes del corazón. Manifiestan
bondad y benevolencia cuando dulces y modestos; se
vuelven duros y salvajes bajo la influencia ele la &lt;"Ólera y arrebato; la falta de educación los hace activos é
insolentes, mientras que con la molicie y estupidez vienen á ser ternos ó flojos. Las miradas falsas son inspiradas por la hipocresí~; el atolondrado tiene los ojos
errantes; el que está d1straido los abre clesmesuraclament.e hacia un punto fijo. En fin el guiñar el ojo indica
zalamería.
G. LI.

�-136-

CRONICA
El día 30 del próximo mes pasa0.o trece alumnos de
este plantel recibieron por vez primera á Jesús Sacramentado en el templo de San Agustín. Damos las gracias debidas á las personas que asistieron á los solemnes
cultos que tuvieron lugar, manifestando así su fe en la
divina Hostia y su amor para con Nuestro Señor.
2 de Septiembre.-Proclamación de los Billetes mensuales.

Prreparratorria (Seeeión H.)
Testimonio de Satisfacrión: Antonio Vera, Migue
Vera, Ramón Martínez, Bernardo Murúa, Priscilian
Vega, Francisco Torres, Gonzalo Frías Beltrán, Javier
Frías Beltrán.
Testimonio de Honor: Manuel Guerra, Salvador Lo
yola Gutiérrez, Manuel Trejo, Francisco Delgado.
Testimonio de Alabanza: Ireneo López, Jesús De
gado, Adolfo Frías Beltrán.
Meneión Honrosa: Vicente Vera, Francisco Veraza
• Manuel J uaristi, Cosme García, Alfonso Martínez, Lui
Vera, Alfredo Sosa, Antonio Lugo, Cecilio Guerrero.
Carlos Guerrero, Vicente Ugalde.

Prreparratorria (Seeeión B.)
Test.imonio de Satisfacción: Mariano de la Isla,
nuel l\lendoza.
Testimonio de Honor: Carlos G6mez, José de la 11
ta, Jesús Nieto, José Coghlán, Rafael Chávez, Rober
Trejo, Juan Veraza, Eduardo Doblado, José Delgado.
Testimonio de Alabanza: Luis Tinajero.
Mención Honrosa: Manuel Rodríguez, Rafael Loy

la Gntiérre~, Julio Camacho, Magrlale:io Olvern, ::l,ilrndor Olloqm_, José Corona, Braulio Guerra, Jo3:\ !llnrtínez, ~nton10 Retaua, Ignacio Panlín, Juan Balvanera,
I~nac10 Herrera, Guadalupe Frías, Antonio Loyola Gutierrez, l{amón Loyola y Vera, José Veraza.

(etlinto Hño.
,Testimonio d_e Satisfacción: Carlos Campos, Teófilo
Gomez, Antomo Sánchez, Salvador Ugalde, Eduardo
Uga,lde, Pedro Campos, Rafael Negrete, Manuel Sánchez
Venn.
Testimon!o de Honor: Luciano Artolozaga, Fernando
A~royo, Fe_hpe Ugalde, Antonio Estrayer, Enrique Rodng~ez, Miguel Acevedo, Francisco Calvo, Luis de Jáuregu1, José de la Vega, Alfredo Val el eras Guillermo
Frías Beltrán.
'
Testimonio ,le Alabanza: Pablo Carnevali, Sil vano
Ve.ga, G_~nzalo Acevedo, Felipe Teissier, Manuel Borja.
M~nc1on Honrosa: Esteban Bueno, Salvador de Jáuregm, l\Ianuel Ugalde, Javier Arriaga, Antonio l\Iorales, Salvador Suzán, Antonio Guerrero.

Cuarrto Año.
Testimonio de ~,itisfacción: Ramón Esnarriag,,, Germa~ Guerrero, V1cen_te Guerrero, Enrique Rodríguez,
Jose Herrera, Anton10 de la Llata Grecrorio Pantoja
Testimonio ele Honor: Rafoel de '1a Islt, Juan 'A Cis:
neros, Robcr~o Fr~nkfurt, Luis l\Iainero, Joaquín Veraza, Pudenciano Cacho, Joaquín Díaz, José Pena, Guillermo Pena, Manuel Olavarría, José Nieto Salvador
San Román, José de Jáuregui, Ramón Urib~ Luis Marroquín, Antonio Maiuero.
'
Testimonio de Alabanza: Arnulfo Altamirano Pedro
de la Vega, Jesús Ramírez, Ricardo A nievas. '

�- ].19-

- J.1'\i\lención Honrosa: Rafaal :\farroquín, Danid Nie
José Guerra, Abe! Argüelles, Felipe Uerón, Manu
Reynoso, Ignacio l\I0rales, Ciro Vázquez.
Tetteett Año.
Testimonio de Satisfacción: Francisco Guerrero, G
tavo Camacho, Jesús Lugo, José Landaverde, J
Aguilar, Genaro Licastro, José l\IaTía Alzati, Raf~el i\1
rales, Salvador Rodríguez, Salvador Loyola MuJ_1ca.
Testimonio de Honor: Esteban Paulín, Gmller
Cisueros, José Díaz, i\liguel Procel, Ramón Loyola 111
jica, Carlos Borbolla, Valen tín Llaca.
Testimonio de Alabanza: José Go117,áJez, Salvad
Trejo, Pío V González, Baltnzar Sautto, Ramón, Lla
Ano-el Sautto, Manuel Pom, Gonzalo González, :Berna
do Aniaga, Delfín Taló. .
i\lención Honrosa: Francisco de l::iLlata, l\fanuel B
landra, José Nieto, Gonzalo Góruez, Franci~co. Oam
cho Antonio de la hla, Rafael Cabañas, Frane1sco U
qui~a, Guadalupe V~1zquez, Rosario Camacho,. EnrJq
S,mtto, Ramón ele Vicente, Salvador Bo1:¡a, Lms Juar
Jesús Frías, Ricardo Loyola 1lujica.
Años 2~ y P
Testimonio de Satisfacción: Agustín Vera, Jorge Se
tién Vicente Juárez Benito J. Campos, Alfonso A
ved~ Florencio Nieto, Amador Orozco Francisco Durá
Francisco González, León de Jesús González.
Testimonio de Honor: Donaciano Ugalde, José Ve
za Javier i\lartínez, Antonio Orendáin, Roque J. Ca
po~, Manuel Ostendi, Agapito Pozo, José Gorráez, Salv
dor l\fartínez.
Testimonio de Alabanza: Amador Ugal de, Javier
dríguez, Leopoldo González Luis de la Isla, N orb~
Arcaute, Gustavo Echávarri, Eduardo Loyola Mt1Jl

Eduardo Pratt, Jesús Mondragón, Gonz.tlo Cisneros, Juventino Guerra, Rafael Juárez, Manuel .Familiar, Jo,é
María Rivera, Guillermo Gray.
Mención Honrosa: Juventino Guerra, Alfonso du
Pond, Salvador c;e la Isla, Francisco Frías, Jesús Escobedo, Salvador Guena, Manuel Echávarri, Ezequiel
Segura, Agustín Huerta, Francisco Altamirauo, Jesús
Herrera. Luis Guerrero, Rafael Veraza, José Santamaría, José de la Fuente, Javier Rodríguez, Antonio Pacheco, Ramón Huerta, José Centeno, José Gutiérrez,
Enrique Morales, Carlos Balandra, Salvador Gorr:tez,
Filiberto Aguilar, Eliseo Aguilar.
Puutos de Orden y Disciplintl.
Preparatoria (E'ección A.): 59; Preparatoria (Secci-ín
B): 82; 59 Año: 64; 49 Año: 59; 3er. Año: 111; Años 2°
y 1°: 99. La Pr~paratoria (Sección B.) y el Tercer Año
ganan un premio.
2.-Los profesores y alumnos del Liceo Católico se
van á la Catedral para adorar al Santísimo y pedir per-06n á Dios N uestw E'eñor del sacrilegio perpetrado en
este Santuario año., ha.
3.-IS. Los Colegiales tuvieron quince días de vacaciones.
28.- Prueba de Aritmética. Siendo 20 el máximum
de las notas obtuvieron:
Preparatoria (Seceión A): Miguel Vera, 20; Antonio
1/era, 20.; Prisciliano Vega, 20; Bernardo Murúa, 20; Salvador Loyola Gutiérrez, 20; Francisco Delgado, 19;
Manuel Guerra, 19; Javier Frías Beltrán, 19; Ireneo
López, 19: Gonzaio Frías Beltrán, 17; Manuel Juaristi,

17 ..... .
Preparatoria (Sección B): Carlos Gómez, 18; José Mar•
!nez, 18; Juan Veraza, 16; Eduardo Doblado, 16; José
oghlán, 15; José de la Llata, 14 ..... .

�-140-

-141-

50 Año: Carlos Campos, 18; Miguel Aceve&lt;lo, 17; F

De prontc, un ronco silbo ltls par,1liz6 da s.Jr¡m;sa. Del recodo surgía poderosa, violenta, coronada de fueo-o
una loPo0
. motora y por detrás asomaban los coches.
•
La madre, allá en el talud, lanzó un ~rito desesperado.
El padre con esa lucidez ele los inevitubleli mornentos de peligro dijo: «Es imposible llegar hasta el ta(ucl antes que pase
el tren.»
Lue~o siguió, pensando con el agolpamiento ele imágenes
y de iaeas que se producen velozmente y fuera de tiempo en
los trances supremos: «liay muchos rieles y por tanto muchas probabilidades de que la máquina no recorra la misma
vía en que estoy en estos momentos. Si echo á correr, el peli_gro es mayor. Si espero firme aqu.í. tal vez nos salvemos.»
~ o vaciló. Apretó fuertemente entre sus brazos al niño v
cerró los ojos.
•
El estruendo del tren se hacia mayor por instantes. Parecfa que la tierra era presa de una convulsión espantosa.
«Viene hacia nosotros, pensó, va á aplastarnos.»
Y apretó más al niño contra su corazón.
Entretanto sobreponiéndose á aquel como quebrantamiento, como machacamiento formidable de hierro con que se
aproximaba la locomotora, sobresaliendo entre el ruido seguían oyéndose los gritos de la madre allá en el talud. Y él
imaginaba su muerte. La máquina iba áaplastarlos, átriturarlos en los rieles. Vió su cerebro salpicando los durmientes,
sus miembros despedazados, dispersos: cortada la cabeza,
como de un tajo, por los filos de las ruedas y los ojos fuera
da las órbitas, corno para ver mejor lo horrible de la escena.
El niño que hasta entonces había permanecido en silencio
preguntó: «Papá¿ que va á dolerme»?
En ese mismo instante el estruendo llegaba á su máximum,
.Y la gigantesca máquina, con su cadena de coches, iba zumbando por los rieles inmediatos. •
Una sensación de bochorno, de calor intenso los envolvió .
Luego, al abrir los ojos vieron pasar el último vagón que
huía casi rozándolos.

lipe Ugalde, 17; Eduardo Ugalde, 17; Manuel Sánch
Verín, 15; Antonio Sánchez, 15 ..... .
4° Año: Juan Cisneros, 19; Antonio de la Llata, 1
Germán Guerrero, 19; Salva,lor San Román, 19; Ramón
Esnarriaga, IS; Gregorio Pantoja, 15 ..... .
3er. .Año: Gustavo Camacho, 20; José Aguilar, 18•
Genaro Licastro, 17; Angel Sautto, 16; Valentín Llac
14; José Lundaverde, 14; Baltasar S,1utto, 14; Lcopold
Tago, 14 ..... .
2° Año: Alfonso Acevedo, 20; Jesús Escobedo, 2
José Veraza, 20; Amador Orozco, 20; Agustín Vera, 2
Enrique ]\forales, 20; León de Jesús González, 19; Fran
cisco González, 18; Agapito Pozo, 16; José de la Fuen
te, 16; Jorge Septién, 16 ..... .
ler. Año: Florencio Nieto, 20; Jesús Herrera, 20
Ezequiel Segura, 15; :\Ianuel Echávarri, 12; Salvado
Gorráez, 12; José M. Rivera, 12 ..... .

LA LOCOMOTORA
Entre la pradera por donde paseaban un matrimonio
sus dos niños y el coqueto caserío, risueño á fuerza de colo
y claridad, estaba la pauta oscura y enorme de los riele
que prolongaban hasta perderse de vista en un cercano reco
do la acerada rigidez de sus paralelas.
Las tres personas tuvieron la misma idea: ir allá entre la
casitas rojas y azules que eran la seducción del paisaje. Pe
... y los rieles ¿el peligro de atravesarlos? Antesde queelhom
brelopensase, la señoraconelmayordelosniños quelaaco
pañaba, echó á correr, saltando durmientes y hierro; y
tres minutos se mostró triunfante al otro lado, sobre el t
lud alfombrado de cesped. Siguióla el esposo con el niño má
pequeño de la mano. El chico brincaba riel á riel y pretend
en al!\"unos caminar haciendo equilibrio sobre la angosta su.
perfic1e, sostenido por la mano temblorosa de su ancian
padre.

S~LVADOR LOYOLA GUTIERREZ.

�-142Uft.ll BUEft.ll JlCCIOft ~ECOf,IPEftS.llO.ll
En una de las calles de Madrid vivía hace ya muchos año
una familia que se componía del padre, una hermana suya,
-Y un hijo. El padre, que era sargento retirado, estaba ápun,
to de exhalar el alma, cuando llamando á su hijo, de mote
Polvorilla, le dijo: «Pedazo de mi corazón, yo no tengo dinero ni hacienda, he servido por mucho tiempo á mi patria y
así pues no tengo nada que heredarte; pero te recomiendo
que no te dejes llevar de la ociosidad y todo lo que no sea tuyo devuélveselo á su dueño.» Polvorilla prornetiócumplil' todo esto y poco rato después expiraba su padre.
El muchacho, con su tía, de oficio ramilletera, quedaban
solos en la guardilla. La buena mujer mantenía al rapaz pue1
este aun no ganaba nada porque estaba de aprendiz de pintor: por el día trabajaba en el taller, y por la noche vendía
periódicos en la puerta de los cafés.
Un día, que según costumbre volvíaá su casa con los pocos
reales de la Yenta, en una de las escaleras del café de que sa-.
lía, vió relucir á la luz de un farol un objeto, y se apoderó de
él. Era un lujoso portamonedas qne contenía unos mil duro
en billetes de banco, y una fotografía de una señora herm06a
aunque algo anciana. Inmediatamente pensó el muclracho y
dijo para sí: «Este portamonedas ha de pertenecerá alguien que
e~tá bien acomodado y quizás no le haga tanta falta que á
mí; por lo demás si perteneciera á un pobre como yo, cometería un verdadero robo apoderándome yo de él.»
Llegó á cas_a á todo correr, y allí se le imaginó ver ásu dihmto padre lernntarse de la tumba para reprenderle de la
acción que iba á cometer; y, dando vuelta, volvióalcafédonde entregó al dueño el portamoncdas,contándoletodo lo que
le había pasado por la imaginación. El cafetero abrazó tiernamente al muchacho, y le propuso una colocación, pero este se negó rotundamente á ello, pues quería purgar los minutos en que había pensado sobre el portamonedas. El cafetero
que conocía á la dueña del dinero, que era una de las damas
distinguidas ue la corte, avisó á ella y, al día siguiente, se
presentó donde vivía Polvorilla para recompensar al joven,
pero este se negó.
Pasaban los meses y Polvorilla iba adelántandose más y
más en la pintura. Una señora desconocida le compraba los
primeros bocetos en un precio diez veces mayor de su valor.

-143Alentado por eso el pintorcillo llegó á Ker un artista consumado. La señora desconocida, como lo ;5upo más tarde Polvonlla, no era otra que la dueña del portamonedas quien dP
esta manera pag·ó la buena acción del muchacho. '
Lo que á los padres s~ promete debe cumplirse, pues estos
precavidos hasta despues de muertos velan por sus hijos.
~fANcEL

J IJARISTI

Y ÜSTENDJ.

Subscripción

para el centenario de la llldBPBndencia me¡icana
· Preparatoi·ia (Sección A.) ............................... $ 2. 26
Preparatoria (Sección B.) .. .. . . . .. .... .. . ........ ..... 1. 30
59 Ano...................................................... " 1. 15
4-º Ano ...................................................... ,," o. 50
Ser. Año .................................................... ,, 1. 70
Afíos 29 y 19 ...... .................... .. ...................,, 1. 03

Profesorarlo ..................... ............................ ,, 1. 00
Total: $ 8, 94

•

�ÍP:!:~~~!:m~m~!,~~; "''"

fecits; Miguel Vera, !) s.; Salvador Loyola Gutiérrez, 9
s.; Antonio Vera, !) s.: Prisciliano Vega, 9 s.; Ramón
:IIartínez, 8 s.; Javier Frías Beltrán, 6 s.; Francisco To1-res, Gs.; Gonzalo Frías Beltrán, (l s.; :11auuel Guerra,
5 s.
Preparatoria (Sección ll): .José de la Llata, 8 s.; Ma1-iano de la 181a, 8 s.; Roberto Trejo, 6 s.; José Delgado,
6 s.; José Coghlán, 6 s.; Jesús Nieto,-! s.
fi9 Año: Ga•los Campos, !) s.; Edua.do Ugalde, !) s.! Pedro
Campos, 8 s.; Teófilo Gómez, 8 s.; Antonio ~ánchez, 8
a.; Rafael:'íegrete, 8 R.; Manuel Sánchez Verín, S s.; Guillermo Frías Beltrán, 6 s.; Salvador Ugalde, 6 s.; Fernando Arroyo, 6 s.; Felipe Ugalde, 5 s.; ~ligue! Acerndo, 5 s.; José de la Vega,-! s.
-!9 Año : ~amón Esna,riaga, 9 s.; Ge,mán Gae.,eto, 9 s.; Antonio de la hiata, 9 s.; Yicente Guerrero, 8 s.¡ Gregorio Pantoja, 6 s.; Luis Mainero, 6 s.; Antonio ~Iainero, 6 s,;
José :II. Herrem, 5 s.; Enrique Rodríguez,-! s.
,l? Año: Gustavo Gamacho, 9 s.; Gena•o hlcast,o, 9 s.;
Land1.werde, 8.; Salrnclor Loyola Mujica, 8 s.; Francisco Guerrero, 8 s.; José Aguilar, 7 s.; Salvador Rodríguez, 7 s.: Carlos Ramírez, 7 s.; Esteban Paulín, 7 s.;
Miguel Procel, 7 s.; José Alza.ti, 6 s.; Pío V GonzáJez, 5
s.; Fernando Arriaga,5 s.;Rafael ~Iorales5s.;JoséDíaz,
4s.; Ramón Lo,rola Mujica,-! s.; Leopoldo Tago, 4s.
29 Año: Alfonso Acevedo, 9 s.; Agustín Ve,a, 9 s.; Francisco
González, 8 s.; Amador Orozco, 7 s,; José Veraza, 7 s.;
León González, 7 s.; Jorge Septién. 6 s.; Amador Ugalde, 6 s.; JaYier Rodríguez y 'L'rejo, 4 s.; Vicente Juárez,
-1 s.; José Gorráez,-! s.; Roque Campos,-! s.
ler. Año: floser.cioNieto, 9s.;BenitoCampos,8s.;Francieco Duráu. 7 s.; Jos~ M. Rivera, 4 s.; DonacianoUgalde,-! s.

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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>DE

Nugstra Señora do Guadalupe y San Luis Gonzaga.
BOLETIN MENSUAL.

11'~-l,

EL BOLETIN
11al,,da á ✓aJo.J.

kclaua j/ ami¿¡oJ, IZaálnda/eJ ¡ne;;enteJ t1u..1 aufiote.1 deMa..1 ¡:wl' ..,, .,alud
M/11

:; pro.1¡:ieudad
Liceo eatólico.

0ucr&lt;'!aro.

El año escolPr 1908 se acabó y, en este plantel, hace
quince días tan animado todavía, no queda ni un alumno. Todos se han ido 11 ,3u casa para cle,,'.ansar y gozar
de un modo intenso de la vida de familia po~o más 6
menos interrumpida por la del colegio.
Se debe reconocerlo, este año fué trabajoso. En primer lugar duró más que de costumbre, pues verificada

�-380]a apertura ele las dases el 3 de Diciembre rno¡ salieron los alumnos ú va&lt;'aeiones el día 1:~ del actual. En
~egurn1o lugar, al principio de los cursos, no se con~
cían los maestros y educandot-i. Necesitaban los profes
res estudiar los modales, las ClJUlidndes v también lo:=:defectos de los niños. En cuanto á &lt;·8tos sé trnt,1ba. para todos &lt;le sujetnr:-e á nuevos método:- )·, p:.ira algunos. /¡8
tomar húbitos de trab,tjo, orden y &lt;li:Sciplima.. Con el favor de Dios, la protección de Xtrn. ~ra. de Gnndalupe y San Luis Uonzaga. todo se arr,eglú muy pronto
t'OlllO lo prueban evidentomcnte los rc~ultados que van
{t c·ontinuaciún.
HaLiendo ocurrido el ~r. Director del Liceo Católic
nl Gobierno del Estado, en solicitud del valor académi
co para los estudios de los alumno3 de dicho 'Estableci
miento, con arreglo á Ja ley núm. 24 de 16 de Noviem
bre de HJ08, el Sr. Secretario del mismo Gobierno
dignó participar al Sr. Director, que el G. U-obernado
había tenido á bien, el 19 de diciembre del actual, c:on
ceder eso valor aca&lt;lC&gt;mil'o, siempre que loa estudios s
sujPten á lo dispuesto en la ley respectiva.
'Cn jurado nombrnclo al efecto examinó á todos 1
alumnos tanto los &lt;le primaria como los de preparato,i
ria inmediatamente antes que se separen y aproveche
el tiempo de las vacaciones.

HllllDQOs de la Preparatona, que fueron aprobados.
2° Año de Idioma francés.

Salrndor Loyola Gutiérrez.
1er, AñO de Idioma francés,

Benzardo Murúa, AntonÚJ Vera, Miguel Vera, Ramón Mar,

,u:z, Prisciliano Vega.Juan Balva11era, José Coghlán, Braulio Gm:-

"ª•

Roberto Trtjo, Juan Veraza, Francisco Veraza, ,\htnutil
Guerra, Luit; Yera, Ireneo López, · Francisco Torres, )lumwl
Trejo, Vicente Vera, l'o1-nue Uarcia, Yicente Cgulde, ,Julio ca.
macho, Rafael CháYez, Jm,é Delgado, Bduar&lt;lo Doblado,
Carlos Gómez, Mariano de la Isla, Hufael Loyola Gutiénez;
Ramón Loyola y Yera, ,José de ln Lluta, ,J m,é .\lartínez )lunuel )fondoza, ,Jesfüi Xieto, 8alwulor Olloc¡ni, )luuuel llodríguez.

ler. Año de Idioma ln~lé.3.

Antonio Vera, M~[;U~~ Vera, Ramón Afartb~ez, Roberto Trejo,
Salvador Loyola Gut1errez, Bernardo )Iurua, Francisco , eraza, .Adolfo Frías Beltrán, Manuel 'Guerra, Gouzalo Frías
Beltrán, l'risciliano \'ega, Luis Vera, Francisco Torres Vicente l'galde, ,Jor,é Delgado, Eduardo Doblado, Carlos' Gúmez, )lariano de la Isla, Hamón Loyoh y \'era, )lanuel
Mendoza, Jesús XiétO, ~lanuel Rodríguez, Juan Yeraza.

: ---

~

---- -=

1er. Año de matemáticas.

Antonio Vera, Aligue/ Vera, Salvador Loyola Gutiérrez,
Bernardo )lurúa, )1auuel Guerra, Ham6n :uurtínez, Prisciliano Vega, Luis Yera, Ireneo López, .Francisco 'l'orret-1 Ja.
vier Frías Beltrán, José Coghlán, José Delgado, Edu;u-do
Doblado, Carlos Gómez, Braulio Guerra, )larmno de In Isla
José de la Llata, José )!artínez, )fanuel ?lltndoza, ,Jesús ~ie:
to, Salvador Olloqui, Roberto 'frejo, Juan Verazu.

:
Jer. Año de dibujo y trabajoa manuales.

Jesús Ni'eto, Bernarclo ~furlía, Antonio Yera, ~ligue} r era,
Francisco Veraza, Manuel Guerra, Ramón Mart.fnez, Prisciliano Vega, Luis Vera, Ireneo López, FranciB&lt;;o Torres, lla-

�-182nuel Treio. Yi&lt; eute Yua. Cosme (forcín, ,Julio C'arnuc:110. ,J mé
Coghlán: ,José Delgado. Eduardo Doblado. ;\foriano tle la Isla. Antonio Loyofa Gutilkrez. Rafael Lo;voln Gutiírrez, Ramón Loyola y Yern. ;\fanuel 1Ientloza, SalnHlor Ollor¡uil Hu1:erto 'frejo, ,Juan Yemzn.

fer. Afio de Lengua Naciona1.

Bernardo 1TfmzÍ-a, ,lfigud Vera, Prisciliano Vega, Julio Camaclzo, José Coglz!iJ.n, Afaria110 de la Isla. Ramón Loyola y Vera, Roberto Trejo, José Corona, José de l.z Llata, ltfanud Trejo, Salva-

dor Loyola Gutiénez, Francisco Yeraza, Adolfo Frías Beltrán, 11anuel Gúerrn. Alfonso ;\lartínez, Luis Vera, freneo
López. Francisco Torres. ~lanud T1ejo, Yicente Yer~, ,J,n·i~r
Frías I3elt!'án, Eduardo Doblado, Carlos Górnez. llrauho
Guerra, Antonio Lo-rola Gutiérrez, Rnfnel Loyola GutiérrPZ,
,José ~Iartínez, )1am\el ~lencloza. Jesús ~ieto. Juan Yeraza,
Salvador Olloqui, .Manuel Rodríguez, Juan I3alvanera.
:::=:..r,
re=::.::

t{istorria de una lV!edalla.
Allá en los tiempoR en que, en la República Mejicana se bntían los hermanos entre Rí, cuando los mejicanos rnatabnn á
los mejicanos, y en fin cuando todo estaba trastornado en
la naci(m, hubo para consuelo ele los católicos de YeraR un
hecho que debió alentarlos.
En el quinto reg·imiento ele infantería se había alistado
,Juan García indio de humilde origen y que en su juventud
había ser,ido en una parroquia de su' lugar natal. Era ,Juan
hombre poco instruído en las ciencias humanas, y aunque las
diYinas no las poseía en sumo grado, podía sin embargo decirse que era un católico á carta ca:tml. Para su desgrac~a ~.1gunos de sus compaiíerQ8 y superiores no eran tan cnshanos como era de desearse.
Pues bien, he aquí que un día cuando Juan tu,o que dejar
con los demás soldados el lugar en que se encontraba, al
pasar por una encrucijada del camino, que por demás era
bastante an~osto, y por el que transitaban despacio y á dbras penas, v16 nuestro hombre un objeto brillante que llamó
su atención.

Pensó que sería alguna moneda y con unn, prontitt1d admirable la levantcí del polvo en que yacía. .
,
Sus compañeros seguían con la mirad11 sus movimientos;
sin duda querían también elloi:i participar del hallazgo, pero
pronto vieron desvanecidas sus ilmüones: no era una monecla, mas una medalla en que ~or el anYerso estaba p.-rabada
la imagen de Cristo ~uestro Señor, y por el re,·erso la de In
Virgen Dolorosa con sus siete espadas clavadas. Juan la llevó á sus labios reverentemente. Algunos de sus compañeros
se mofaron de él por verle «tan fraile» como ellos decían. Pero García correspondió á la burla con un nuevo y sonoro beso estampado en la medalla y con colgársela al cuello pendiente de una cadenita de plata, antiguo regalo desu madre,
la que á su vez la había recibido de su abuelo.
Cierto día que un Señor Obispo de Méjico hacía la visita de

su diócesis como lo tenía de costumbre, y que con su sombrero ancho y su saco blanco iba sufriendo los ardientes rayos
solares por un camino bastante estrecho, se le presentó una
indita de las inmediaciones, suplicándole, hiciese un milagro
con su muchachito que postrado en cama siete meRes hacía,
no había conseguido aliYio alguno á pesar de cuantai-; luchas se le habían hecho.
El Sr. Obispo vió la gran fe que tenía equella india y confiando en la infinita misericordia del Supremo Hacedor, se resolvió á, asegurarle que la medalla que le daba y que debfacolgarle al cuel1o de su niño, le devolvería la salud.
Y en efecto así sucedió.
.
Los indios del lugar tenían aquella medalla con una pro- ·
funda Yeneración y no era mas que al~uno se enfermase, que
J·a la tenía en su caRa. y con ella multitud de hombres y mu¡eres que venían prestándola culto.
Los habitantes de X. se encontraban en un conflicto espantoso: se oían gritos de mujeres gue llorando y sollozando se
dirigían á la pequeña capilla del lugar. Se veía que los hombres vao-aban con algun serio pensamiento que lrn-1 ocupaba.
Se cono~ía que el Sr. Cura, hombre de unos cuarenta, años, y
bastante enérgico, ponía todo su empeño en quitar del ánimo de sus feligreses el sobresalto que todos traían reflejado
en sus caras.
Fácilmente se adfrina que los habitantes del pueblo de X.
y los indios que poseían la medalla regalada por el Sr. Obispo eran los mismos.

1

�-184-

-185-

Y también sin necesidad de fijarse mucho, se comprende
que toda la causa de su turbación tenía por origen la pérdi.
da de "su salvación,., esta era la expresión con que designa.
ban á. su medalla.
Entre los indios algunos miraron esta pérdida como casti.
o·o del cielo, otros romo cosa eventual, y otros, como reme.
aio de mayores males. Entre los primeros habla no pocos
riue creian que la medalla había sido sacada de la capílla por
los ángeles, otros, más supersticiosos, suponían ser obra de
las brujerías de tía K. que con sus malas artes la habla robado sin que alguien lo notase, y los restantes aseo-uraban
riue había sido un descuido del sacristán.
º
Los que crelan que la p6rdida había sido por evitar mayores males, no eran de los más tontos. pues veían que los indios 6olamente de la medalla hacían caso, lo que por cierto
ocasionó muchas irre,·erencias.
Nunca he sabido como ni porqué se perdió la medalla, es
el hecho que fué á parar en el lugar en que Juan la encontró.

01 PLOMAS.

................................................................................•............

Ahora tenemos que presenciar la escena de un campo de
batalla.
El quinto Regimiento de infanteria se había batido ron
mucho va_lor por espacio de seis horas, ya los soldados se
hallaban diezmados, por !al! balas enemigas que á cada momento pasaban silbando sobre las cabezas.
Entre todos sobresalía, Juan que erguido y sosteniendo sn
fusil procuraba hacer buena presa en el rampo contrario.
De repente una bala le alcanza en medio del pecho; Juan
cae por tierra.
Sus compañeros creen que ha sido matado. Pero no; n.l
menos por ahora no fué Ja, voluntad de Dios, quien, en su infinita sabiduría, supo servirse .de la medalla que Juan traía
colgada al cuello, para preRervarle de la muerte.
En el centro de la medalla y del lado de la imagen de Nuestro Señor se veía una ligera rnzadura que había sido producida por la bala.
Aquí se Ye claramente que si Dios permitió que se perdiera
la medalla en el pueblo de N.. también se sirvió de ella para
conceder una gracia especialísima al que la habla honrado.
MIGUEL VERA Y MANCILLA.

¡.

,, 1 1
)1

'

. Alumnos de Preparatoria que han merecido el diploma correspondiente al primer año de estudios:
(Sección A): Sal,ador Loyola Gutiérrez, Bernardo 1Iurúa,
Antonio Vera, }.[iguel Vera, Adolfo Frías Beltrán, Gonzalo
Frías Beltrán, Javier Frías Beltrán, Manuel Guerra, Ramón
~lartlnez de Vicente, Prisciliano Vega, Luis Vera, Ireneo L6pez. :Francisco 'rorres.
(Sección 13): José Coghlán, José Delgado, Eduardo Doblado, Carlos Gómez, Braulio Guerra, ~fariano de la Isla, José
de la Llata. José ~fartlnez, Manuel Mendoza, Jesús Nieto,
SalYador Olloqui, }.lanuel Rodríguez, Roberto '!'rejo, ,Juan
Veraza.

::: **
Alumnos de Primaria que han merecido el diploma
de estudios eorrespondiente al año que cursaron; l lO de
ellos fueron aprobados por el jurado ofü,ial.

==''

¡ e:::.::;

Quinto Año,

Carlos Campos. Téófilo Gómez. Eduardo Ugalde, Pedro
Campos, Silvano Yega, Salvador Ugalde. Rafael Xegrete; Antonio 11orales, Gonzalo AceYedo, Luis de Jáuregui, 1fanuel
Sánchez Verín, Luis Llata, Francisco Peña, Felipe Ugalde,
Gonzalo Frías Beltrán, JaYier Arriaga, Miguel Acevedo, Enrique Rodríguez, Esteban Bueno, Alfreclo Valderas, Antonio
ERtrayer, Fernando Arroyo, José Borj&gt;t.
t:=::J•
CuartoAñO,

Juan Cisneros, Ramón Esnarriaga, Arnulfo Altamirano,
Puclenciano Cacho, Felipe Cerón, Joaquín Díaz, Roberto
Frankfurt, Germán Gerrero, Vicente Guerrero, José Herrera,
Rafael de la Isla, José de Jáuregui, Antonio de la Llata,
Luis Marroquin, Rafael Marroquín. Ignacio 1forales, José
Nieto, Manuel Olavarría, G).'egorlo Pa,ntoja, Guillermo Pena,
José Pena, Jesús Ram(rez, tnrique Rodríguez, Salvador San
Román, Ramón Oribe, Joaquln Veraza.

�-186Tercer Año,

.José Aguilar, Genaro Licastro, GustavoCamacho, José 1L
Alzati, Fernando Arriaga. Rafael Cabañas, Rosario Cama.
cho Gui,llermo Cisneros, Josr Díaz, Jesús Frías, Gonzalo Góme/ Gonznlo González, ,José Gonr.ález, Pío V González,
l'l':11lri~r,¡ Clrel'l'éro, ,foHé Lnn,Ja\'Prde, Salvador L_oyola 11u1, . 1 . ,u,,11 Loyulu ,llujica, Hicardo Loyola )lu¡ica, Anto.
; 1¡0 ue la lbla F¡.ancisco de la Llata, Ignacio Morales, Jesús
l,uo·o BHteb~n Paulín, C,u-Jos fü1mírez, Enrique Rodríguez,
Deifo,' Talú, Leopoldo 'l'ago, Guadalupe Vázquez, ;\lanuel
Pozo, Yaleutín Llaca, Ramón Llaca, Angel Sautto, Baltasur Sautto.

Segundo Año,

Jorg'e Septién, Amad01: Ugalde, Jesús Mondragón, José
Antonio Borbolla, Francisco González, José Veraza, Antonio Pacheco, José Gorráez, Jesús Escobedo, Vicente Ju~~ez,
Agustín Vera Enrique Morales, Eduardo Loyola Mu¡1ca,
Salvador de 1~ Isla, Roque J. CamJ?Oe, José Gutiérrez, Aga.
pito Pozo, Javier Rodríguez, Ign~io Quiroz,. Leopoldo González, Antonio Orendám, Francisco Altanmano, Amador
Orozco, José de la Fuente, Alfonso Acevedo, Rafa.el Yeraza,
León de Jesús González, Alfonso Du Pond.

Primer Año.

Gustavo de Echávarri, Manuel de Echávarri, José Santamaría Florencio Nieto, Donaciano Ugalde, Jesús Herrera,
Elíseo' Aguilar, Salvador Guerra, Norberto Arcaute, Salvador Gorráez, Javier ~lartínez de Vicente, Francisco Durán.

**:::
Se entregarán los diplomas el día de la repartición de
los premios. Pero, si por u~a que_ otra ra~ón, un alum•
no no pudiere vol~er al Liceo, .siempre t!ene la facultad de pedirlo al Director del Liceo Católico.

(Imitación de la fábula de Samaniego Ell CUE~VO Y Ell ZO~~O.)
Hace muchos años viYía en París, rodeado de un lujo oriental, un potentado americano recién llegado á la gran capital
y dispuesto á proporcionarse todos los placeres y goces que
BUS inmensas rentas le permitían. No tardó en verse adulado
por un enjambre de amigos que se esforzaban en halagarlo y
felicitarlo á porfía, disputándose sus favores y sus preferencias. Pero entre todos estos el que más lol,\'ró facinarle fué un
jovencillo, tipo perfecto del calavera par1s1ense: astuto, hipócrita, derrochador y vanidoso. A los pocos díasde su encuentro quedó convertido en su inseparable: en su casa se le veía
á todas horas, en los paseos siem¡ire iba en uno de los coches del millonario, en tin, lo tenía dominado por completo.
Sucedió lo que tenla que suceder, que el zángano se iba apropiando poco á poco de la fortuna del americano. Este modo de proceder era muy lento, así es que_ se de&lt;;idió á. apropiarse de un golpe de los millones del mdiano, ¡ugándose el
todo por el todo.
En efecto, un día Je alabó la riqueza de loe tapices y muebles de un hotel del millonario, éste, cediendo á. un movimiento de vanidad, se lo regaló. Otro día lué la elegante forma
de uno de sus coches la que hizo que este pasara á ser propiedad del astuto parisiense, y de este modo el tonto millonario se vió desposeído de la mayorla de sus cosas, hallando
con asombro que después de un mes de amistad con el joven
le quedaba lo suficiente para vivir modestamente_ por muy
corto tiempo. Alarmado, entonces, por ~ste motivo, fué é.
ver é. su amigo esperando que le dev:o_Iv1era algun~ de sus
propiedades ó cuando menos que qms1era compartir con él
el dmero qu; tan mal había adquirido.
Pero al verlo sufrió una cruel decepción. Su falso amigo se
negó é. recibirlo dándole con la puerta en las narices, y no
queriendo aún ni saludarlo y mandándole con uno de sus
criados una esquelita que dec!a:
.
, Ya que las lisonjas hicieron mi ~ortuna, p_rueba lo mismo
con otros¡ pudiera suceder que tuvieras el mismo buen resultado que yo.
.
Quien oye á aduladores, nunca espere otro premio.
JAVIER FRIAS BELTRAN.

�1

-188-

El hombre que no se puede dominnr á si mismo es la vergüenza de su Religión, el desprecio de la sociedad y la burla
de sus compañeros; es un cobarde.
Una ele las principales maneras de dejarse sobreponer por
las pa~iones es la embriaguez. Por des&lt;rracia, en nuestras calleR y plazas pululan los que «haciend'o la mañanita,» como
vulgarmente se dice, se viven en las cantinas y tiendas de
abarrotes hadendo alarde de rnlentía primero, y después
embotados. bañados en sus propios desechos yacen tirados
en las calles expuestos á la vergüenza pú bliéa.
Todos conocen los desastrosos efectos de la embriaguez y
muchos quizá en su propio interés los habrán experimentado. Las principales consecuencias de este vicio son las siguientes:
1 ~ Arruina el cue, po y el alma.
2~ Conduce á mucuos otros pecados y vicios.
3~ Trae en pos de sí la miseria y la deshonra.
San Pablo, en su Epístola á los Corintios nos dice: «Ni los
borrachos han de poseer el rein0 de Dios.• Y que ¿es poca cosa perder la eterna Bienaventuranza por un vaso de vino?
Este inmundo vicio no se contenta con atacar sólo al hombre, sino que siemrre viene con sus inseparables amigos: la
impureza y el homicidio; y estos tres si no matan al hombre
víctima de una riña ó de una congestión, con la frecuencia
de este horripilante vicio el cuerpo se daña sobremanera y
acaba por morirse en un lamentable estado.
Ved á este hombre, era de una familia decente; muerto su
padre se entregó á toda clase de desórdenes y hoy minada su
salud s1gu~ frecuentando las tabernas; miradlo trastabiltando contra la pared, siendo la burla de esos piJluelos, ya cayó y se levantó con mucho trabajo. Se ha puesto un gorro
de papel y dice que es el rey de la luna. Entra á su casa, una
bohardiJla de los barrios más pobres de la ciudad, Je salen al
encuentro sus hijos y esposa llorando de hambre y él contesta á sus gemidos con fuertes golpes á su pobre mujer é hijos.
¿Qué hacer contra ese vicio?
Despreciadlo, niños, con horror y hasta con miedo; huid de
esas casas de prostitución donde se compra el boleto de ida
al Infierno.
RAMON ~fARTINEZ DE V1CF.NTE.

-189El año entr::¡nte D. 1\1. lo~ alumnos van á partirse entre o~ho curs~s bajo las designa?iones siguientes: Prepar~tona (29 Ano); Curso Comercial (2? Año); Preparatoria y Curso Comercial (ler. Año); Primaria: 59 Año;
49 Año; 3er. Año; 2? Año; ler. Año.
t:=...JI•

PI&lt;ograma de la PI&lt;eparatoria (29 J!iio):
a) Trigonometría rectilinea y esférica.
b) Noc10nes de Geometría analítica y de Cálculo infinitesimal.
c) Academias de Algebra y de Geometría.
d) Raíces griegas (tecnicismos y neologismos.)
e) Lengua ~ac10nal y Lecturas comentadas de producciones literarias selectas.
f) Francés.
g) Inglés,
Ji) Dibujo y trabajos manuales.
i) Lógica y Moral,
j) Ejercicios físicos y militares.

PI&lt;ograma del Curso Comercial (21 lliio.)
a) Aritmética.
b) Algebra
c) Lengua Nacional.
d) Francés.
e) Inglés.
f) Teneduría de Libros y Aritmética Mercantil.
g) Caligrafía Comercial y Escritura en Máquina.
h) Correspondencia Mercantil.
i) Taquigralfa.
j) Lógica y ~loral.
k) Dibujo lineal y de adorno.
1) Geografía general y, en especial, la de México.
ro) Ejercicios físicos y militares.

•• •
Por ser tan importante el conocimiento del Inglés, su
enseñanza será sobre todo práctica desde las clases ele-

�-1\JOrnentales, á fin de que los alumnos puedan pronto hablar y escribir correcta y fácilmente dicho idioma.

Pistoria de una moneda rnrerifia por una misma.
Era ya un poco tarde. Llegaba yo á mi casa pensando en
un asunto que me tenía preocupado, cuando al entrar tropezó mi pié con un objeto que al rodar produjo un ruido metálico semejante á un quejido. Era un centavo. Lo levanté instintivamente con intención de darlo al primer pobre que encontrase, ya que no sabía á quien pertenecía. Pero ¡cual Iio
sería mi asombro, r.uando al entrar á mi cuarto, para dejar
mi sombrero, oí unaij como voces! Asustado me volví para
ver de donde provenían, pues allí no había otro más que yo.
Después de haber buscado un rato pude notar .que el centavo
(que habla recogido y que al entrar !)Use sobre mi bufete)
era el que hablaba. Acerquéme y me dijo que en pago de haberlo levantado iba á contarme su historia, lo que hizo en los
términos siguientes:
"Como puedes ver " principió, "soy del año de 1899, tengo por tanto nueve años; pero en este tiempo ¡cuantas cosas he visto!. .. estámP atento.
Al salir de la casa de moneda caí en manos de un avaro,
y fu! á dar al profundo de una arca que era toda cerraduras;
allí estaban también otros centavos compañeros mios de infortunio. Todas las noches iba nuestro dueño á. encerrará.
este cofre á los centavos que había podido atrapar durante
el día y á contar y contemplar los que ya estábamos. ¡Qué
triste vida! digo, no tanto la mía como la de aquel hombre:
porque más bien que pertenecerle nosotros á él, nos pertenecía él á nosotros, tanto era el afán con que nos guardaba.
Un sólo medio habla para escapar de sus garras y era cuando nos cambiaba por piezas mayores. De ésta manera sal! de
su poder y entré al de un tendero. ¡Cuantas atrocidades v{
en mi nuevo domicilio! Desde el ca.¡· ón donde estaba oía yo
lo que el comerciante decía á sus c ientes para engañarlos; lo
veía yo cuando pesaba los electos, operación en la que siempre salia ganancioso con pérdida por supuesto de los compradores; vela ..... pero si te he de contar todo lo que vela,
no acabaríamos nunca, te lo diré mejor en una palabra: vefa

-191que_ era. un ladrón. ),le clió este con,erciantP de vuelta á una
cocmera que todo lleno de manteca me llevó al mercado
Después estuve sucesivamente en muchas partes, que n~ te
contaré detalladamente por no tener gran interés hasta que
una persona piado~a me dió de limosna en un te1;1plo.
¡Oh, .Y cuántas irreverencias ví cometer allí. Ví á esos hombres que al entrar apenas doblan la rodilla y se hacen garabatos en la frente, gue no parece sino que se espantan las
11:oscas, pero también muy risueño detrás de ellos al demomo que autes de asustarse de esas cruces gusta ruás bien de
ellas. Ví á esas beatas que todo el día rezan novenas, oraciones, .Y qué se yo, y que hacen gestos al rezar, y también 1-í al
chablo detrás deell_as, remedándolas, pues no hacen mas gracia ql!e la que har(a un fonógrafo ó un molino de rezar. Ví
ta11!b1én al demomo re1rse de los que dan limosna por ostentación, de los que se dan golpes de pecho por hipocresía de
los que ".ªn ali! á descansar ó á dormir un rato; en fin d~ todos los 1rreverente8.
·
Después me dieron de limosna á un pobre ciego de cuyas
manos caí al lugar donde me hallaste.
Es_ta es mi historia, ~on que ya ves si en los años que llevo
de vida no he oído y visto muchas cosas. "
As/ terminó su historia el centavo con lo que me dejó á mí
meditando.
ANTONIO YERA Y :MANCILLA.
•

=-==~=- - -

AVISOSa) La repartición de los premios se verificará en el
mes de mayo de 1909.
b) Los alumnos internos 6 externos que deben volver al Liceo han de ser matriculados, á lo más tarde, el
15 de Enero.
c) La apertura de las clases tendrá lugar el 8 de Febrero para los internos y el día siguiente á las 7 a. m.
para_ los externos y medio intern~s. Es de suma importancia que todos lleguen á la hora mdicada pues los cursos empezarán desde luego.
d) Se ruega á los padres de familia y á los alumnos
tengan á bien imponerse de las modificaciones del prospecto.

�Preparatoria (Sección A): Bernardo Murúa, 10 satisfecits; Antonio Vera, 10 s,; Miguel Vera, 10 s,; Salvador
Loyola Gutiérrez, 10 s.; Ramón Martínez, 10 s.; Francisco Torres, 8 s.; Javier Frías Beltrán, 7 s.; Prisciliano
Vega, 7 s.; Gonzalo Frías Beltrán, 6 8.
Preparatoria (Sección B): Mariano de la Isla, 8 s.;
José Delgado, 8 s.; José delaLlata, 7s.; JoséCoghlán, 7
s.; Carlos Gómez, 5 s.
59 Año: Carlos Campos, 10 s.; Eduardo Ugalde, 10 s.;
Salvador Ugalde, lOs.; Antonio Estrayer, 10 s.; Manuel
Sánehez Verín, 9 s.; Teófilo Gómez, 8 s.; Pedro Campo~, .
7 s.; Enrique Rodríguez, 6 s.; Alfredo Valdera~ 6 s.; Fe.
lipe Ogalde, 5 s.
49 Año: Ramón Esnarriaga, 10 s.; Roberto Frankfurt, 10 s.; Juan A. Cisneros, 10 s.; Vicente Guerrero,
10 s.; Antonio de la Llata, 10 s.; Gregorio Pantoja, 10
s.; Germán Guerrero, 8 s.
3er. Año: Gustavo Camacho, 10 s.; Francisco Guerrero, 10 s.; Genaro Licastro, 10 s.; Salvador Rodrí.
guez, 10 s.; José Aguilar, 8 s.; José Landaverde, 8 s.;
Leopoldo Tago, 8 s.; Carlos Ramírez, 7 s.
29 Año: Amador UgaJde, 10 s.; Francisco González,
10 s.; José Veraza, 8 s.; Roque Campos, 8 s.; León de
Jesús González, 8 s.; Agapito Pozo, 8 s.; Agustín. Vera,
7 s.; Alfonso Acevedo, 7 s.; Amador Orozco, 7 s.; Vicente Juárez, 6 s.; Javier Martinez de Vicente, 6 s.; Antonio Orendáin, 5 s.
ler. Año: Florencio Nieto, 10 s.; Francisco Durán, 10
s., Benito Campos, 9 s.

I~OICE.
!!VISOS,

•

Pag.
Programas de! Liceo Católico ................................... 1 y 189
Horario del Liceo............................................................
2
Extractos del Reglamento .......... ,....................... 9, 49 y 109
¿A qué horas se puede preguntar por el Director?.,........ 18
Para las Vacaciones ................................................. 46 y 89
'rareas de Vacaciones ...................................................... 163
COftlPOSICIO/IES Cl!STELLl!/11!S,

1

El Maguey, por Antonio Vera y Mancillfl... .. . ....... .............
Carta de pésame, por el mismo .......................................
Historia de una Moneda, por el mismo ............................
La Golondrina, por el mismo ..........................................
De la necesidad y utilidad del trabajo, por Miguel Vera
y Mancilla.....................................................................
El secreto de vivir en paz, por el mismo .........................
AYenturas de un gato, por el mismo ................... :..........
Historia de una medalla, por el mismo ...........................
Mi pueblo natal, por Bema,do Murúay Vera...................
Carta de pésame, por el mismo ........................................
Una madre, por el mismo ..................................
La civilizacion de los antiguos Mejicanos, por el mis.
mo ................................................................................
LacivilizacióndelosantiguosMejicanos, por Manuel 01.
r,r, •.••...••••

vera...............................................................................

La gruta de Lourdes en el Liceo Católico, por

66
15±
190
175
21
102
122
182
3-!
15±
175
73
75

Ramfm

Martfnez de Vicente ....................... ,........... ,....................
Un dla de campó, por el mismo ........... , ..........................
La embriaguez, por el mismo .........................................
Un extranjero visita el Liceo Católico, por el mismo,.....
Las doce de la noche, porJavíer Frías Beltrá11 .. ...................
Un viaje á Dolores Hidalgo, por el mismo......................
Los dos Amigos, por el mismo ........................................
Ceremonias en la coronación de los Reyes de Tenochti.

28
145
188
5-!
131
169
187

�-1941 /

·r.

tlán, por
Gómez y S. Ugalde .............: ..............~ ........ 105
El dfademi primera comuni(m, por Adolfo Frtas Bdtrán.. 59
· El día y la noche, por Sa~vador Loyola Gutiérrez............... 69
La locomotora, por el mismo ......................................... 1-10
Carta de pésame, por el mismo ....................................... 155
El cazador de venados, por Fra1ldsco Delgado ................ 115
Una buena acrión recompensada, por ll1anucl Juan·sti y
Oslendi........................................................................... 1-12
01 rido y perdón, por lreneo L6pez Rubio ......... ......... :...... li'iU
Deberes para con la patria, por B. ¡J/urúa y R . .Martínc:: 8-1
Como debe portar!;e un joYen, por X. Y. Z..................... füí

.

'

CROfHCA.

~~inas 3, 10, 18, 25, 28, 35, 38, -!3, 55, 68, 82, 103, 117,

.

.

136,148,171

¡Layrimei·a Comunión de 20 alumnos. .Fiesta de San Jo1• se, por José 11/artfnez......................................................
41
~Iuerte del Illmo. Sr. Dr. D. Halael S. Camacho.............. 61
La fiesta de ~an ,luan Bautista de la Salle, por Adolfo y
Javier Frtas Beltrán........................................................ 78
Solemnes Honras fúnebres del Illmo. 8r. Dr. D. Rafael S.
Camacho, por B . .Mu1úay A. Vera ....................... i .....~. 111
El Jubileo de Su Santidad Pío X., por X. Y. Z.............~! 172
Valór académico de los
. Estudios en el Liceo Católico .... 179

.

CUAD~OS DE f{OfiO~.

,

1

Pági 7; 1J,.18,31,4~ 71,87, 107, 12~ 144,159,178,192
,.

,
1

De
De
De
De
De

EXA.~ENES.

Enero ................................... .'.....................................
Abril..........................................................................
Junio ..................... :.........................: ......... !.:....... ~.....
A~osto .......................................................................
Diciembre............................... !.......................~ .. 180 y
. .fiOTAS.
1

Discurso pronunciado por un oficial francés el dí~ de los
funerales de un antiguo alumno de los HH. de las Escuelas Cristianas......................................................... .

La ~1entira ....................................... ~........................... ..
Reseña biográfica de San Juan Bautista de la Salle..... ..
De la puntualidad ......................................................... ..
De la voluntad .. :.. :.. ::.... :....... :............ '. .......... :................ .

'

22

56
90
127

185

l

I

1
l

�</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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                    <text>LICEO CATOLIOO
DE

Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga.
BOLETIN MENSUAL.

ENE~0-1908.

lxtra.cfadel Reglamento del liiceo Gafólico~.
Los internos como medio interno.-:; y externos deben
presenciar la :\fom los domingos, fiestas y también cada
día, á no ser que obtengan una licencia mipecial del Director. No obstante, por no caber todos los alumnos en
Ja. Capilla, son excusados los que cursan los años cuarto, tercero, segundo y primero.
•
Los alumnos todos jugarAn durante los recreos. No
purtiC'ipar en los juegos constituye una falta grave
contra el re~lameuto.
Los colegiales no pueden ir al recibidor sino durante
los recreos y sólo para nr á. sus padres (i personas mandadas por ellos. Fuera de los recreos se exige una. licencia especial.
Los medio intrrnos ,r externos pueden, con permiso
del Director, presenciar los p,1.seos que dan los iuteruos
los domingos, jueves y días de fiesta.
Las salidas reglamentarias :;e verifican el segundo
juews de ('ada mes para los alumnos que cumpl,ieron
lus condieiones que indica el prospecto. Lo~ interno~

..

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-11-

saldrán. con sus padres ó alguna persona que tendría un
escrito firmado por ellos, desde las 8 a. m. hasta las 7.
p. rn.
Los Ültfirnos que tienen dinero pueden entregarlo al
Subdirector que se les proporcionar.i cu mdo no;::ositen.
Ningún externo 6 medio interno puede ausentarse
sin pedir la licencia debida. 1'Jn caso de enfermedad so
debe avisar al Director lo más pronto posible de un modo ú otro (véase el artículo 17 del prospecto.)

internos durante la cena ... ;,Qué va suceder? . . . Al
fin de la comida, la suerte elige sus reyes, á saber: el
Rmo. P. l\I. Gómez; los jóvenes .Manuel Juaristi, Rafael
Negrete, Felipe Teissier, Ant0nio l\Iorales y Gnstavo
Camacho.
.
7.-Proclamación de los Bi-lletes mensuales (Diciembre): Han merecido la mención máximun:
Preparatoria (Sección A): Antonio Vera, Sal vad~r
Loyola Gutiérrez, l\Ianuel 01 vera, Francisco Veraza, l\hguel Vera y Bernardo Murúa.
Preparatoria (Seccíón B.): José Delgado.
59 Año: Carlos Camµos, Pedro Campos, Rafael Xegrete, Enrique Rodríguez, Rubén Ruiz, Eduardo Ugalde y Manuel Sánchez Verín.
40 Año: J csús Rmnírez.
3er. Año: Sal vaclor Rodríguez, Delfín Taló, GustaYo
Camacho, Genaro Licastro, Guillermo Cisneros, Gonzalo González y José Lan&lt;lm·er&lt;le.
10 y 2',&gt; Año: Amador Ugalde, José Veraza, Rafael
Veraza y llenito Campos.
12.--1·1 suerte designa al joven Rafael Kegrete para,
ser Rey de los Reyes. Inmediatamente despué;, el Secretario general de su Majestad lee una proclamación
muy larga:
Nos, Rafael primero, por la gn1cia &lt;le Dios y la suerte, Rey de los reyes en el Liceo Católico de Nuestra
Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga, saludamos
á todos nuestros súbditos y vasallos de hoy y del tiempo venidero.
Recibimos con benevolencia las felicitaciones muy
calurosas al mismo tiempo que espontáneas, los aplausos con que fué acogida nuestra elevación al poder supremo.
Al ceñir la Corona Real, reconocemos la net:esi&lt;lad
de poner nuestra confianza en Dios Todopoderoso y
tam hién el Soberano y Protector &lt;le todos los Reyes.
Nuestra primera preocupación en el día de nuestro

CRONICA.
---=

1 y 2.-Con motivo &lt;lel aiio nuevo los alumnos tienen
dos clías de vacaciones..
3.-Algunos alumnm más llegan al Liceo.
4.-Prueba general de Caligrafía. Salieron primeros:
Preparatoria (SEcción A): Esteban Sánchez, José de
la Vega, Miguel Vera, Bernardo Murúa, Salvador Sánchez, Antonio Lugo y Francisco Veraza.
Preparatoria (Sección B.): Juan Veraza, Luis Michelena, Luis Tinajero, Rafael LoyolaGutiérrez, Jesús Nieto,
?iiariano de la Isla y Luis Rodríguez.
59 Año: Gonzalo Acevedo, Eduardo Ugalde, .Manuel
Bo1ja, Salvador Ugalcle, Jesús de la Concha, Cayetano
Montes, Manuel Sánchez Verín, Francisco Calvo y
Luis Llata.
49 Año: Daniel Nieto, Adolfo Frías, Jesús Ramírez,
Arnulfo Altamirano, Roberto Frankfurt, Felipe Cerón,
Gregorio Pantoja, Ramón Esnarriaga y Rafael de la
Isla.
3er. Año: Guillermo Cisneros, Genaro Licastro, Salvador Loyola Salvador Borja, José Landaverde, Carlos Ramírez, Esteban Paulín, Gustavo Cama.cho y Salvador Rodríguez.
6.-Epifanía del Señor. Una sorpresa esperaba á los

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adveni~1~iento, es asegurar el bienestar del pueblo, la.
tranqmhdad de todos y cada uno, la prosperidad del
Estado y la paz co.:1 las demás naciones.
Con este motivo, y por decreto real, fechado de hoy,
Nos, Rafael primero, deseamos:

mo prueba de nuestra gratitud proponemos trabajar con
mucha actividad y, por nuestra docilidad y buena voluntad, manifestaremos que comprendemos la abnegación y sacrificio de nuestros amadísimos profesores dejando á Francia para venir á tierra mejicana y consagrarnos su salud, su vida para la mayor gloria de Dios,
nuestra instrucción y educación cristiana.
20--27.--Primer examen: escrito para los alumnos que
cursan en Preparatoria y en los años quinto y cuarto: oral
para los demás. Daremos el resultado completo de este
examen en el Boletín de Febrero. He aquí algunos textos de pruebas que tocaron á los jóvenes de Prepan1toria (ler Año):

·· ·y'_a~~~~-i~- ~~- ~~;~br;·:·~i· c;1~;~j~;; ¿~;iü~·l: ·j· i~¡.~· ~¡¿¡
.M rn1steno, el Capellán y Padre espiritual de la Corte,
el Here&lt;lero de la Corona, los l\1inü,tros y Embajadores,
l?s Gobernadores y Plenipoteneiarios, el Jefe d11 la Policfa secreta, el primer Caballerizo mayor, los Oficiales
de la Corte, el Benjamín y primer favorito de su Majm:tad, &amp;., &amp;.

·La proclamarión se t ~rmina así:
Art. 22. _Nuestra voluntad es que, Domingo próximo,
un g:randís1mo festival sea prepararlo por la CorM, los
• Oficiales de la Corona, los ejércitos de tierra y mar, el
pu~~lo_ de las ciu;lades y campos, á fin de que haya grande .iub1lo y alegrrn en todo nuestro Reino ...
Dado y firmado el 12 de Enero de 1908, ele nuestro
Reinado el día primero.
RAFAEL.

Por mandamiento de su ,'.\fajestad,
el Secretario general.

JOSE

l\:IARTINEZ.

19.--Fiesta de los Reyes (continuación). Es el día para los varios dignatorios de Rafael primero de dará. conocer de su modo de administrar ...... Mientras tanto un
artista toca el violín, el fonógrafo dá satisfacción á los
aficionados á la música; unas proyecciones (Colegio do
los H H. en Francia, descubrimiento de América Pedro castigado, la Virgen de Lourdes, París y Narites)
divierten ó instruyen á los súbditos del Rey. El joven
l\Ianuel Juaristi fué también aplaurlido. En fin se oye
la declaración siguiente:
Antes de acabar y dejar el cetro real, permítanos,
Carísimo H. Director1 expresarle cuanto le &lt;lebemos. Co-

ARITMETICA.

a) ¿Cual es la sexta potencia de 2; la cuarta de 3, de 5?
b) Calasancio compra 6 panes y medio de azúcar á $ 27. 75 cada uno y los revende á $ 31 el pan; cuántos ha ganado en el ne-

gocio?

.

c) El co::iente de una divisíón es 437, el div;isor 413 y el residuo 247,; ¿cuál es el dividendo?
d) Si 16 hombres pueden concluir un trabajo en 36 días, ¿en
cuánto tiempo lo terminarán con el auxilio de 8 hombres más?
e) ¿Que reglas se observarán para leer un número representado
por muchos guarismos?
f) Usos de la substracción.
g) ¿Cómo se hace la prueba de la multiplicación? Varios modos.
h) El producto de tres factores no se altera cuando se invierte
el orden de ellos ( á demostrar.)
ALGEBRA.

a) Que se llama coeficiente? exponente? grado de un término
entero?
b) Multiplicar (a-b) por (c- d) y dar cuenta del cálculo.
e) Desarrollar las expresiones siguientes: (a+ b) 2 ; [a- b] 2 ;
[a-t-b] [a- b]; [a+ b] 3 ; [a- b3 ) y traducirlas al lenguaje ordinario.
a3 -1-

b3

a3 _

b3

d) Valor numérico de la expresión ªª _ab -1- b 2 + ªª _
1_ ab _ b2
si a ¼Y b= 2.
e) Desarrollar (a+b--c-d) 2 •
f) Efectuar las operaciones indicadas: (a+ b) 3 -(a-b) 3 -2b 3
g) Dividir (2a4 -13 a 3 6+ 31 a2 b 2 -38 ab3 +24 b4 ) por (2a2

�-14-3 ab + 4b 2 ).
GEOMETRIA.

aJ Dos ángulos adyacentes cuyos lados exteriores están e11 línea
recta son rnplementarios.
b] La suma de los ángulos interiores de un triángulo es igual
á dos rectos.
TENEDURIA DE LIBROS.

aJ ¿Qué st entiende por productos industriales?
b] ¿Qué es agricultura?
cJ Por qué vías se efectúa el comercio, sea interior ó exterior?
el) ¿Qué persouas intervienen en los transportes?
FRANCES.

a) Traducir al castellano.
Le livre rouge est grand et épais. --Le¡; vre gris est-il plus grand
q·1e le livre rouge?--Le mur est haut, le banc est bas, la table est
haute, la chai~e est basse. Monsieur Dubois ne va pas da•.s le corridor, il reste dans la classe. Monsieur Collonge vieut-il dans la
clas,e ou reste -t-il da:is le corridorP--Le con cst entre la téte et
les &lt;:paules. --A.vez mus les pied-; sur le plancher ou sur le tapis?
J' ai un gaut pour la main gane he. Avez-v0us un cllapeau sur la
tete? Le monsieur a une can ne a la main.
b) Tradnire en fran~ais.
El libro negro está debajo de la mesa, el li~ro e:1carnado está
sobre la mesa. --U no, dos, tres, cuatro, cinco, seis, siete, ocho, nueve, diez, veinte, treinta, (:Uarenta, cincuenta, sesenta, setenta,
ochenta, noventa, ciento. ¿De que color es el pelo del Señor X?
Tengo un lápiz en la mat,o. (·Cuantos dedos tei:emos en las dos
manos? El Señor Berlitz tiene un sombrero negro. Su libro e.e \'d.
está sobre la silla, mi lihro está sobre el bufete. Vd. tiene cincuenta pesos y yo tengo veinticinco pesos. ¿Tiene \'d. el mbmo
número de libros que yo? Tomo un libro y después lo leo.
Querétaro, 21 de Enero de 1908.
INGLES. ( First course.)
a) Answer the following qnestions:
Why does thc teacher like the boys who are attentive in classi-'
--\Vhen do we u~e an umbrella'--Please, tell me where you live.
--Tell me the parts of a room.-- \Vith what do \Ve feed horses:1
--Why &lt;lo you go bathing?--How do you go from Europe to Mexico?--Name three things that \\e see in the sky.--\,Vrite fo;·
me the name of six flower3 which are in your text book.
b) Traducir al Inglés.
Vd. debería hacer eso.--Le doy á Vd. los buenos días.--Qué
quiere hacer su hermano de \'d.? -A casa de quien quiere ir su
hermano de Vd.?--Desean leer el libro, pero no romperlo.

-15INGLES. (Second course)
a) Ansv-er the following questions.
How many books are there on the table?--How many books in
your class?--What is the first and last letter of the alphabet?
--Why can you 11ot lift the desk?--Name four parts of a room?
--Can you open lhe window?--\\'hy can you not break the key?
-. What are you doing?--¿Wh1t have I in my pochet¿

b) Traducir al inglés.
•
Tengo el que Vd. tenía.--Tiene el asno su heno?--Tiene algaie:-i
mi libro?--Quién tiene el cuchillo?--Un muchacho travieso.
GRA:\IA'l'ICA CASTELLA:N'A.

a) ¿Que llam1mo3 radical d~ u:1a p:lla')ra? prdijo3' niijos?
b) Especies de nombres.
c) Formación ele los uombres.
d) Sufijos qne indican funcióu, dignidad, cargos, dependencia ...
COJ\1POSICION CASTELLANA.

De la necesidad y utilidad del trabajo, sea corporal ó intelectual.
22-Una comisión se va á felicitar al Illmo. y Rmo. Señor Obispo Coadjutor con motivo del aniversario de su co:1.sagración.
27-Proclamación del resultado del examen.

Pi~~1,;,,:¡¡,-ªg d.ª1 jov~:;¡, ~!Utr~,1el Ve1;a.
Carísimo H. Director:
Cuatro semanas ha est:tbamos juntos en este patio haciéndole pretH.mtes nuestros m~jores deseos con motÍ\'O
del afio nuevo. Hoy, gracias á Dios, Yenimos una vez
más á saludar y felicit._1,rle muy afectuosamente, pues
mañana es el día del santo de su reverencia. En efecto,
el 28 de Enero, honra la Iglesia la memoria y las virtudes del muy ilustre emperador de Francia, el Bienaventnrado Carlomagno. Los alumnos del Liceo Católico no
pueden menos que aprovechar esta bendita circunstanc:ia y cumplir sus deberes para con su amadísimo Dircdor, expresarlelossontirnientosdej6venes y niños hien
educados, manifestarle su agradecimiento por lo.;; egregios beneficios que disfrutan en esta casa, verdadero
plantel de instrucción v educación profundamente cristiana. Tal vez no comp"renclemos bastante todavía la be-

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-16lleza, el heroísmo del sacrificio que inspiró á nuestros
profesores dejar á Francia para venir á Méjico y consag:rarnos su tiempo, sus fuerzas, su vida entera, con motivo de iluminar nuestros entendimientos, dándoles el
c?noci°:i~nto de la venlad religiosa y científica, convicc10nes solidas para que seamos mis tarde hombres disti~g~idos por el saber, el honor y sobre todo buenos
cristianos que no tienen verguenza de obrar como Dios
manda. Los resultados del primer examen que van á
proclamar en algunos momentos son una prueba muy
evidente de los esfuerzos de la mayor parte de los colegiales. Una vez acostumbrados con el método de enseñanza de los H H. los triunfos escolares vendrán numerosos á recompensar la buena voluntad de los alumnos
Y. el ~elo de los maestros. He aquí por lo que toca á la
ciencia. En cuanto al hon )r bien entendido, á los prineipios que tienen su fundamento en la práctica de las
virtudes
seo-uir
los
.
1 cristianas, no tendremos más r,ue
'1
I:"
c¡emp os que nos dan diariamente los catedráticos de
este Colegio y, mañana, en nuestras oraciones, Carísimo
II. Director, rogaremos á su Santo, el tan poderoso Carlomagno y también el patrono y protector especial de
los Liceos, que le dé saJnrl y prosperidad al mismo tiempo que muchos años de consuelo y éxito en este Liceo
Católic0 de Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis
Gonzaga.
¡Viva el II. Director!
28.-Día de asueto en honor del Bienaventurado Carlomagno,
patrono especial de los Liceos.

Pn·pnratoria (:-;l'&lt;·ción A): 1Iigtwl Yera, U sati:-dec·it~:
.l osé &lt;le la Vega. 0 s. ; Alfonso 1fartínez. 8 :,;.; Alfredo
~mm. 8 :-. ; ~\ntonio \ 't'rn. 8.; fülnrnrdo }J urúa, 8 s.: Ramón 1Iartírn&gt;;,;, 8 s.; ~uh·aclor Loyola Gutiérrez, 8 s.:
Antonio Lngo, 8 s.; \ 'il'en te VPril, í s.; Estcbcrn Sánd wz. 7 s.; Priseiliuno \'l'ga. G s.; Enri&lt;1ue Vernza, 6 s. :
~Innuel Tr&lt;~jo. 5 s.: :\fonnel Ulvern,; ..J. s.; Luis Yern, -1: !-:.
Preparatoria l!--\el't·i(i n B): ::\fariano de la Isla, 8 R.; .To:,;(, Delgado. 8 :::.; .Jos(, }lar fa ( 'oronn. 7 s.; .Jfüm Y cn lZcl,
(j s.; ( \nlos U(mwz, G s. ; R.1m.'m Lo,·oln. 5 s.; José Xieto. -! :,;.; Roberto Tn:jo. 4 :,;.
·
Quinto .\ ño: Ed unrdo l'g,1lcle. !J s.: ~nlYüdor l'galde.
!l s.; Emiq m• Rod ríguez, 8 s.: ~ül\'nclor de Jáurcgui.
8 s.; &lt;'arlos Campos. 1-1 s.: Rafael Xep:rete, í i--. : Felipt
l'galclt,, (i s. ; .JaYÜ'r .\ rriag,1. (is.; l{uh('n Ruiz, Gs.; Pe- dro ('am po:-.. (is.: Pablo ( 'nrn&lt;•Yal i, -1: s.; ::\Iiguel .'l &lt;'eredo -t s.; .Jo:,;(, &lt;ll' ]¡¡ \'ega. •! s.
( \rnrlo .\ ño: ltoht·rto Fnmkfnrt, \1 s.: U-r('gorio l\rnlo0
.
.
1{O' 1·nguez,
'
.Jcl,
ns.:
.Juan &lt;'·1:--lll'l'&lt;h, ~)' s. ; I'•,nnc1ne
8' ::-.:
Antonio ::\lc1i11ero. ~ s.: Ifafael de la Isla. 8 s.: Am ulfo
.\ ltaminrno. í s. : J o/' Xieto, í :--.: .Jo~(, }L1ría IIerrer,t.
1 :-..: Lni:-- M ili lll'l'O. (Í :-:. : Hn11 u'&gt;11 r r il,e, G :-:.: Feli¡w ('(', ,.&gt; :-:.; ¡&gt;utmon
, I'',"narnagi.
.
¡·i :-- .; •Jo:-:,, &lt;··r ll,.-' l'l'ct. ,)- :--.
ron.
T 1•J'l'l'l" .\ iici": ( ~l' l lcll'O Liu1¡.;tro. !l s.; Uuill'l'mn ( 'is1H•ros
!) .,:.: ~nh·nclor Hod rígm•z. K i--. : &lt;iu:-:two (\uun ·lto. K s.;
.Jo..:(, Lallllanr&lt;k. K :-..; ( 'arlo:-- lh.i1Í1\.•z, í ...:: Fl'1'11 rnclo
.\ rriagn i :-:.: lt1fol'I &lt; 'nliaiia-: 7 s.; Fr,111ci:-:co Llata, 4 ,.;,;
I klfi:1 T;ilú. 1 s.; :\1 igud P rn('l'I. -1 s.; Jfatllh'l Pozo. +:-.
~l'gn11do .\f'o: lfafiH l Yl•rnzn. K :--.; .\ ntonio 01·L•n,lai11.
~ :--.: Ll'út1 &lt; ;onz.:Í ll'Z. K :-:.; .\ gapito Pozo, K :-:.: .\l fo11:-;o
.\l·1•,·('do, (i :--.: .\ 11rndo1· l':.tdcl1•. (i s. Yi 'l' II L· .Juírl'z. ·&gt; s.;
.\ 1i:.t&lt;1or Un Z&lt; P. ,j ~- : .J , :-(, Y&lt; 1,:zn. ·&gt;:--.: Don:H:inno t ·~·aldl'. ,&gt; s.; [{q :lll· ( '.11upos. -t s.: .J L•:-::is E:~voliprlo. -1 s. ·
J&gt;rillH'I' .\ iio: .Jo,.;', ( :nti(•l'J't'Z. ..¡. --. : lh·nito e llll))():-,, ..J.:-:.
0

�-18-

Sentimos mueho no poder trascribir en estas páginas
sílaba por sílaba ]a expresiYa alocución de Ntro. Illmo.
,v Rmo. Señor Obispo Coadjutor en la inauguración solemne del Liceo: según recordamos S. S. Illma. manifestó grande interés por la instrucción y educación &lt;le la
ju\'entud exponiendo S. ~- Illma. á los alumnos que
la vida del Li 1.'eo siempre había sido como una barquilla
agitada .por fuertes hurncanes, pero que Dios Ntro.
Señor también la había saC'aclo ilesa como todas las
olm1s de Dim,; que en las actuales c:ircuustancias daba
gracias muy espe&lt;'ialcs á Dios Ntro. Señor porque reía
tl1 Liceo lleno de vida y vigor y no como podría d0cin;e que hahía aeabaclo. Concluyó exhortando á los
alumnos para que f•orrespondieran á este insigne beneficio rlel eielo con su moralidad. su buen comportamiento y cspe(·ial apliea&lt;:ión, dnndo así gloria á Dios, honra
á si.1s Padres y al Liceo.
En el Cuadro ele Honor para el mes &lt;le Diciembre se
han oh·idaclo los nombres siguientes:
Preparatoria (Seeción A): ~fanuel Oh-era, ü s.; Bernardo Jlurúa, 9s.; Hamón Jiartínc-7., 7 s.; Jos~ Carmona, 4 s.

.A VISO.
Se puede pn guntar por el H. Director á las horas sitruicntes:
e- Los lunes. nrnrtes, miérC'oles, Yiernes y sábados, por
la mañana, ele lm; H h. y½, á las 11 y ½por la tarde, de
las :-s á las .\· los domingos, &lt;le las (i á t1s 11.
1

�</text>
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                <text>Liceo Cató́lico de Ntra. Sra. de Gudalupe y S. Luis Gonzaga, 1908, Año 1, Tomo 1, Enero 1</text>
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                <text>Liceo Católico de Ntra. Sra. de Guadalupe y San Luis Gonzaga </text>
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                <text>Boletín Mensual del Liceo Católico de Nuestra Señora de Guadalupe y San Luis Gonzaga. Contiene planes de estudio, horarios de clases, discursos, cuadro de honor de alumnos y noticias religiosas. </text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores</text>
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